26 mai 2002

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TUNISNEWS
3ème année, N° 738 du 26.05.2002

Pour consulter les archives de notre liste, cliquez ici: : http://site.voila.fr/archivtn

LES TITRES DE CE JOUR:

 

 

L.T.D.H: Infos –Express du 26 mai
AFP: Réforme de la Constitution: les Tunisiens ont voté sous l’oeil du parti au pouvoir
Reuters: Référendum en Tunisie sur la prorogation du mandat présidentiel
RFI: Tunisie – Vers une dictature constitutionnelle
RSF: Des militants de Reporters sans frontières dénoncent le régime policier tunisien
Mondher Sfar : La Nausée
EDLDT: Ben Ali, le référendum, Ne te servira à rien !
Balha Boujadi : Je vous félicite,  Mr.  Le  Président.
Taoufik Ben Brik : Les mille colères disponibles du citoyen tunisien
Sami Ben Abdallah : Éditorial : Non
AI Belge: Tunisie – Contre le pouvoir «primitif»
Le monde diplomatique: La dictature dans les têtes [extraits]
 


رويترز: بدء استفتاء حول اصلاحات دستورية في تونس
الحياة: التونسيون يقترعون اليوم للتمديد لبن علي
قدس برس : التعديلات الدستورية تركّز كل السلطات في يد الرئيس وتجعله حاكماً مطلقاً

 

nabilmansouri200.jpgEn ce 26 mai 2002, jour de deuil pour un grand nombre de tunisiens, nous choisissons d’avoir une pensée émue à toutes les victimes du régime destourien-benalinien.

Cette pensée va à tous nos concitoyens, Hommes et/ou Femmes assassiné(e)s, torturé(e)s, exilé(e)s, humilié(e)s, maltraité(e)s, privé(e)s de leurs simples droits.. depuis l’instauration du régime du parti unique dans notre pays.

En cette journée pénible, nous vous présentons UNE SEULE victime de ce régime indigne de notre peuple. M. Nabil Mansouri n’est ni un opposant, ni un intégriste, ni un gauchiste, ni un activiste, ni même un défenseur des droits de l’Homme…

Il a été un grand champion sportif, il a eu la malchance d’entrer en prison, il a été torturé comme des dizaines de milliers de tunisiens, il a été réduit (comme des centaines d’autres) à ceci.

(

M. Ben Ali, vous avez sur la conscience, vous personnellement et tous les responsables de votre régime, Trop de Sang, Trop de Larmes, Trop de Peines, de Douleurs et de Malheurs…

Aucune « immunité » constitutionnelle ou autre ne vous sera utile!

 
 
 
Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme

Infos –Express              26 mai 2002


Journée Nabil Barkati 

une centaine de défenseurs des droits de l’homme, des militants du mouvement associatif, des militants politiques et des membres d’ONG étrangères. ont participé samedi 25 mai 2002 à la cimetière de Gaafour (100Km de Tunis)  à la journée « Nabil Barkati » (militant du POCT) décède sous la torture au poste de la garde nationale à Gaafour le 8 mai 1987)
Ont pris la parole lors de la réunion organisée à l’occasion et animée par M Ridha Barkati  frère du défunt :

M Mokhtar Trifi président de la ligue tunisienne pour la défense des
droits de l’homme Le Bâtonnier M bechir Essid.
M Mohamed Jmour membre de l’ordre national des avocats de Tunisie.
M Radhia Nasroui représentante de  L’organisation mondiale contre la torture.
M Hamadi Zoghbi membre du bureau exécutif de la confédération tunisienne du travail.
M Salah Hamzaoui président du comité national de solidarité avec Hamma Hammami et ses camarades.
M Maher Hanine coordinateur du comité régionale de Sfax de solidarité avec Hamma Hammami et ses camarades.
M Abdel Moumen Belanés du parti communiste des ouvriers de Tunisie.
Le représentant de l’union de la jeunesse communiste.
Outre les participants tunisiens, des personnalités et des représentants d’ONG étrangères ont participé à cette journée parmi lesquels Mgr Jacques Gaillot qui a pris la parole au cours de la réunion.  
Un message a été adressé au participants et au comité d’organisation de la journée par le militant Ali Ben Salem président de l’association des ancien résistant et vice président de la section de Bizerte de la LTDH (qui a été sauvagement tabassé par les agents de la police vendredi 24 mai 2002 devant la prison civile de Tunis alors qu’il était venu pour exprimer sa solidarité avec M Hamma Hammami et Mme Radhia Nasroui).    

25 mai 2002

TUNISIE : Référendum du 26 mai


Des policiers confisquent le matériel de journalistes étrangers:
Des policiers en civil ont confisqué le matériel de plusieurs journalistes étrangers devant la prison civile de Tunis alors que ceux-ci étaient venus couvrir la tenue du référendum du 26 mai. « Chaque fois que des journalistes tentent de couvrir une réunion d’opposants en Tunisie, ils sont systématiquement suivis, harcelés, pris à partie et voient leur matériel confisqué. Il est clair que le président Ben Ali ne veut pas de témoins aux mouvements de protestation qui dénoncent cette mascarade de référendum », a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters
sans frontières. L’organisation rappelle qu’il y une semaine, un journaliste du Monde a été refoulé à l’aéroport.Le 16 mai dernier, Reporters sans frontières avait présenté, à Paris, Tunisie, le livre noir (Editions La Découverte), ouvrage rassemblant de nombreux rapports d’organisations de défense des droits de l’homme sur les violations commises en Tunisie.
Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, alors que plusieurs personnes s’étaient réunies devant la prison civile de Tunis en signe de soutien à Hamma Hammami qui y est emprisonné, plusieurs journalistes étrangers ont été pris à partie par des policiers en civil. Vers midi, Régis Nuysbaum et Hervé Dhinaut de France 3 qui filmaient le rassemblement se sont fait confisquer leur caméra par plusieurs hommes. Ces derniers se sont également emparés de l’appareil photo de Denis de Montgolfier d’Arte qui prenait des photos. Deux journalistes de la BBC, Paul Wood et Robby Right, qui filmaient de loin l’altercation entre les journalistes et les policiers ont été rattrapés par plusieurs hommes qui les ont interrogés une demi-heure et qui leur ont pris plusieurs cassettes. Les policiers ont ensuite intimé l’ordre à tous les journalistes de quitter immédiatement les lieux. La veille, des policiers avaient agressé plusieurs militants tunisiens des droits de l’homme au même endroit. Au début de l’année, déjà, lors du procès de Hamma Hammami,
les services d’ordre avaient eu recours aux mêmes méthodes.
Enfin, en début d’après-midi, le domicile de l’écrivain et journaliste Taoufik Ben Brik était encerclé par plusieurs dizaines de policiers. Des journalistes et des députés européens qui souhaitaient assister à une réunion à son domicile en ont été empêchés.
Virginie Locussol (moyen-orient@rsf.org / middle-east@rsf.org)
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and Middle-East desk
Reporters sans frontières / Reporters Without Borders

 

Réforme de la Constitution: les Tunisiens ont voté sous l’oeil du parti au pouvoir

AFP:
 
Les Tunisiens ont voté dimanche pour se prononcer par référendum sur une réforme de la Constitution qui autorisera le président Zine El Abidine Ben Ali à se maintenir au pouvoir, encadrés par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, parti au pouvoir), ont constaté les journalistes de l’AFP.
Selon les autorités, à 12H00 locales (11H00 GMT), le taux de participation était de 62,7 % parmi les 3,5 millions d’inscrits appelés à voter dans 15.000 bureaux de vote installés dans tout le pays.
Les votants semblaient peu nombreux en milieu de journée dans certains quartiers chics ou populaires des banlieues de Tunis, mais l’affluence était nettement plus grande dans le centre de la capitale et à l’intérieur du pays, selon des témoins joints par téléphone.
Ils devaient dire par « oui » (bulletin blanc) ou par « non » (bulletin noir) s’ils approuvaient dans leur ensemble les amendements proposés. Le président Ben Ali a voté avec son épouse, Leila, dans un bureau de Carthage, siège de la présidence au nord de Tunis.
La réforme constitutionnelle, qui touche la moitié des articles de la Constitution, prévoit le renouvellement sans limite des candidatures à la présidence de la République (contre trois mandats dans le texte précédent) et repousse de 70 à 75 ans l’âge limite pour postuler à la magistrature suprême.
Le président Ben Ali, 65 ans, arrivé au pouvoir en 1987 après en avoir écarté l’ancien président Habib Bourguiba pour cause de « sénilité », aura ainsi deux nouvelles possibilités de postuler à un mandat présidentiel.
Un amendement prévoit que le Président de la République « bénéficie d’une immunité judiciaire pendant et après l’exercice de ses fonctions « pour tous les actes qu’il a accomplis » durant cet exercice.
D’autres amendements prévoient une élection présidentielle à deux tours, la création d’une Chambre des Conseillers aux côtés de la Chambre des députés.
Les responsables du RCD, largement majoritaires à la Chambre des députés avec 148 sièges sur 182, semblaient les maîtres à bord dans les bureaux de vote, accueillant votants et visiteurs, faisant servir café et douceurs au nom du parti.
Pour la plupart des personnes interrogées à la sortie des bureaux de vote, le résultat du référendum, le premier organisé dans le pays, le résultat ne fait aucun doute et le oui l’emportera.
Ce qui fait dire au gérant d’une buvette ne disposant pas de carte, que voter ou pas « n’a pas de sens, le résultat est connu d’avance ».
Un diplômé en marketing sans emploi affirme qu’il n’ira pas voter et déplore « l’exclusion de la classe instruite, surtout les étudiants, seuls selon lui, capables de mesurer la réalité » de la réforme proposée.
Une délégation de cinq députés du Parlement européen chargés d’observer le déroulement du référendum, se trouve à Tunis. Ces députés espagnol, italiens et français auront durant leur séjour des contacts avec des parlementaires tunisiens, le ministre de l’Intérieur et des membres de la société civile, a indiqué à l’AFP Hélène Flautre (Verts-France).
Les bureaux de vote devaient fermer à 20H00 locales (19H00 GMT), les premiers résultats étant attendus dans la nuit de dimanche et l’annonce officielle des résultats complets lundi.
Cette réforme est appuyée, outre par le RCD, par quatre formations de l’opposition parlementaire. Un cinquième parti de cette opposition, Ettajdid, a décidé de ne pas participer au référendum et a été interdit de parole dans le cadre de la « campagne explicative ». La réforme est contestée par l’opposition dite « démocratique », qui a appelé au boycottage du référendum.

 

 

Référendum en Tunisie sur la prorogation du mandat présidentiel

dimanche 26 mai 2002, 14h23
 
Par Gilles Tréquesser

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TUNIS (Reuters) – Les Tunisiens ont voté par référendum pour modifier la Constitution et permettre notamment au président Zine el-Abidine Ben Ali de rester à la tête du pays au moins jusqu’en 2014.

Au cours de ce scrutin – le premier référendum national depuis l’indépendance en 1956 -, les quelque 3,6 millions d’électeurs inscrits étaient conviés à se prononcer sur des amendements concernant la moitié des 78 articles de la Loi fondamentale.

Les opposants estiment que ce référendum vise en fait à amender deux articles clés de sorte que Ben Ali, âgé de 65 ans, puisser rester au pouvoir pratiquement à vie.

Les articles 39 et 40 amendés annulent la limitation du nombre de mandats présidentiels – actuellement fixé à trois – et étendent l’âge limite des candidats à la présidence de 70 à 75 ans. Un autre article garantit aux anciens présidents une immunité judiciaire à vie.

Les électeurs sont appelés à dire « oui » par un bulletin blanc, ou « non » par un bulletin noir, à l’ensemble du projet de révision constitutionnelle.

Celui-ci prévoit aussi la création d’une deuxième chambre parlementaire, la Chambre des conseillers, et assure, selon le pouvoir en place, une meilleure protection des droits de la personne, en particulier en détention préventive et pendant les gardes à vue.

« Comment peut-on répondre par ‘oui’ ou par ‘non’ à une réforme compliquée qui touche une quarantaine d’articles », s’insurge Moustapha Ben Jaafar, un opposant de premier plan.

Pour le chef de file du Forum démocratique, parti non reconnu, le référendum est une « mascarade » uniquement destinée à renforcer la mainmise du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), sur l’appareil d’Etat.

PRESIDENCE A VIE?

Ben Ali est arrivé au pouvoir en novembre 1987 – « le changement » selon la dénomination locale – quand il a remplacé le « père de l’indépendance » et président à vie Habib Bourguiba, officiellement jugé sénile et dans l’incapacité d’exercer ses fonctions.

Le président tunisien est crédité d’avoir assuré la stabilité sociale et une croissance économique solide à un pays qui s’enorgueillit d’être un havre de paix dans le monde arabe et accueille chaque année cinq millions de touristes.

Ben Ali a été réélu en 1999 avec 99,5% des voix, un résultat qui a suscité les réserves de la communauté internationale. En vertu de la nouvelle Constitution, il serait en mesure de briguer un nouveau mandat en 2004, puis en 2009, jusqu’en 2014.

Des brochures en plusieurs langues distribuées aux journalistes étrangers rejettent l’argument de l’opposition selon lequel le référendum vise à restaurer une présidence à vie. « L’argument ne tient pas la route puisque seul le vote populaire peut décider si tel ou tel candidat ou tel autre peut exercer un nouveau mandat », peut-on y lire.

Alors que les opposants, qui sont au mieux tolérés quand ils ne sont pas harcelés par la police secrète, dénoncent l’autoritarisme du pouvoir en place, ce dernier estime que la Tunisie fera grâce au scrutin un « bond prodigieux » vers plus de démocratie et débouchera sur la « République de demain ».

« Le 26 mai sera sans nul doute un jour exceptionnel dans l’histoire de la Tunisie », écrit le journal El-Horria, organe arabophone du RCD, dans un éditorial publié en première page.

OUI POUR NOURRIR MES ENFANTS

Pour le scrutin, plus de 15.000 bureaux de vote ont ouvert à 08h00 locale (07h00 GMT) et fermeront à 20h00.

« J’ai voté ‘oui’ parce que je suis convaincu que les réformes apporteront plus de stabilité et amélioreront la situation économique », déclare Ammar Tayache, un employé d’université âgé de 58 ans, après avoir voté dans le quartier populaire de Tadamoun.

Dans la même école primaire, un ouvrier d’usine de 48 ans lâche: « J’ai voté ‘oui’ parce que je veux pouvoir nourrir mes enfants. » « Je suis un simple ouvrier, ne me posez pas plus de questions », ajoute-t-il d’un ton défiant.

Une victoire écrasante du « oui » est attendue.

Mais Ismail Boulahia, responsable de l’un des quatre mouvements d’opposition qui ont soutenu le référendum, se dit « contre l’auto-satisfaction et les chiffres exceptionnels qui transforment la volonté populaire en folklore », exhortant le gouvernement à analyser les vrais résultats.

Le secrétaire général du Mouvement des démocrates socialistes (MDS) déplore qu’il n’y ait pas suffisamment de dialogue entre les différentes composantes de la société.

« L’accès aux médias a été très limité », déclare Bouhalia après avoir voté dans le quartier huppé de Mutuelleville. « Nous n’avons eu que quatre minutes à la radio et à la télévision », ajoute-t-il, durant la « campagne d’explication » orchestrée pendant deux semaines par le gouvernement.

 
Tunisie
Vers une dictature constitutionnelle

Les 3,6 millions d’électeurs tunisiens sont convoqués le dimanche 26 mai pour approuver, par référendum, des modifications constitutionnelles ouvrant la voie à une «présidence à vie».

Ben Ali, chef actuel de l’Etat tunisien, voudrait que cette réforme signe l’avènement d’une «IIe République»
© AFP

C’est la quatorzième révision constitutionnelle depuis l’adoption de la Loi fondamentale, en 1959. C’est l’une des plus importantes par l’ampleur des réformes engagées et leur signification. Près de la moitié des articles est concernée. Quinze ans après avoir destitué Habib Bourguiba, le chef de l’Etat voudrait que cette réforme signe l’avènement d’une «IIe République» visant à conforter «l’ensemble des valeurs du système républicain», dont «les droits de l’homme et la solidarité». Pour cela il propose la mise en place d’un dispositif dont les principaux éléments convergent incontestablement vers une centralisation et une pérennisation des pouvoirs entre ses mains. L’abrogation de l’article 39, limitant les mandats présidentiels à trois, en est l’illustration. Cela signifie que Zine El Abidine Ben Ali, 65 ans, peut représenter sa candidature pour un nouveau quinquennat en 2004 puis en 2009. Et qu’il est donc raisonnable de penser, qu’ayant l’intention de le faire, il sera le président sortant en 2014. A toutes fins utiles l’éligibilité est portée de 70 à 75 ans. Autant dire qu’à l’issue du référendum, compte tenu d’une situation politique caractérisée par le délabrement de l’état de droit et la dérive autoritaire du régime, il se prépare une carrière de «président à vie».
 
Ce n’est pas le seul point qui pousse l’opposition tunisienne à appeler au boycott du scrutin. Dans son article 41, le texte stipule que le président bénéficie de l’immunité judiciaire pendant et après l’exercice de son mandat. Une auto-amnistie anticipée, en quelque sorte. Sur le plan intérieur, la nouvelle Constitution accorde au président l’essentiel des prérogatives du parlement, et notamment le pouvoir de légiférer et de ratifier (ou pas) les conventions internationales. Cette méfiance à l’égard du travail des députés s’explique mal dans la mesure où le parlement est massivement dominé par les élus du parti du président, le Rassemblement constitutionnel démocratique qui dispose de 148 des 182 sièges, les autres étant occupés par 5 formations, sur les 6 reconnues et autorisées en vertu de leur capacité à ne pas troubler les règles du jeu politique en vigueur. Cette affaiblissement du rôle législatif est complété par la création d’un Sénat. Mais cette «Chambre des conseillers», par sa composition, n’est pas à l’abri des critiques, non plus. Le président nommera le tiers de ses représentants, les organisations professionnelles, réputées contrôlées par le pouvoir, se taillant la part belle du reste.


Le souci de «faire démocratique»

A moins que toutes ces mesures ne traduisent la solitude du pouvoir et la nécessité pour le «palais de Carthage» de se protéger, encore plus. Au risque de sombrer dans une sorte de syndrome de la «citadelle assiégée». C’est également le signe qu’il ne prépare pas sa succession, faute de dauphin, et encore moins l’alternance. Pourtant le régime semblait déjà solidement verrouillé. De toute évidence celui qui fut le premier policier du défunt régime d’Habib Bourguiba y a mis tout son talent. Un appareil efficace, une répression impitoyable, une presse aux ordres et une communauté internationale complaisante au regard de son silence remarquable. La réputation d’un Ben Ali champion de l’anti-islamisme radical semble toujours fonctionner comme un bouclier pour ce président apparemment tant menacé, mais dopé par la grâce de «l’effet 11 septembre».

La participation sera massive. On vote en Tunisie, certainement par souci de citoyenneté, mais surtout parce que la carte d’électeur est indispensable pour l’accomplissement de toutes démarches civiles, comme l’accès au services sociaux, l’obtention d’un logement, d’un passeport, etc. La seule inconnue est le pourcentage des «oui». Lors des derniers scrutins, les scores n’étaient pas dignes d’une authentique démocratie, faute de crédibilité. En 1989, Zine El Abidine Ben Ali, seul candidat, avait été élu avec 99,27% des voix. En 1994, encore seul, il avait été réélu avec 99,91% des suffrages. Enfin, en 1999, contre deux adversaires cette fois, il avait été reconduit avec 99,44% des voix. Il se dit à Tunis qu’il se contenterait cette fois d’un résultat moins grotesque, soucieux désormais de «faire démocratique».

GEORGES ABOU
25/05/2002

 

 

Reporters sans frontières

Tunisie26.05.2002

Des militants de Reporters sans frontières dénoncent le régime policier tunisien

Le 26 mai 2002, alors que se tient en Tunisie un référendum devant permettre au président Ben Ali de prétendre à un quatrième mandat, une quinzaine de militants de Reporters sans frontières se sont présentés à l’aéroport international de Roissy Charles de Gaulle (Val d’Oise) où ils ont distribué plusieurs milliers de cartes postales au départ d’une dizaine de vols pour la Tunisie. Le document remis par les militants des droits de l’homme informe les touristes français que dans ce pays, « derrière la carte postale, un régime policier fait régner la peur ». Refusant d’appeler au boycott de la Tunisie, l’une des premières destinations de vacances des Français, Reporters sans frontières invite néanmoins les voyageurs à ne pas oublier « ceux qui sont persécutés » par le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali.

Texte intégral de la carte :

 « Tunisie : terre de sérénité ? »

« Tunis, Sousse, Bizerte… autant de villes qui font rêver les Français »

« Pour de nombreux Tunisiens, en revanche, ces noms évoquent les plus célèbres prison du pays. Derrière la carte postale, un régime policier qui fait régner la peur.

Le président Ben Ali n’aime pas la critique.

Liberté de la presse et liberté d’expression ne font pas partie de son vocabulaire. Début février, une fois encore, des opposants ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour délit d’opinion. Des centaines d’autres croupissent en prison.

Malgré tout, de nombreux Tunisiens continuent à lutter pour que les libertés fondamentales soient respectées. Lorsque vous quitterez la Tunisie, n’oubliez pas ceux qui restent et qui sont persécutés. »

En Tunisie, seule la presse officielle, aux ordres, a le droit de cité. Les défenseurs des droits de l’homme, membres de l’opposition – illégale – et journalistes indépendants qui osent critiquer le maître de Carthage sont la cible de l’arsenal policier (130 000 hommes) mis en place par celui-ci. Pour Reporters sans frontières, Zine el-Abidine Ben Ali fait partie des trente-huit prédateurs de la liberté de la presse les plus dangereux dans le monde.

  Le référendum convoqué le 26 mai 2002 par le président Ben Ali invite les Tunisiens à approuver des modifications de la Constitution de 1959, dont l’une doit lui permettre de solliciter un quatrième mandat lors de la prochaine élection présidentielle de 2004. Le 25 mai 2002, des policiers en civil ont confisqué le matériel de deux journalistes français alors qu’ils couvraient une manifestation de l’opposition devant la prison civile de Tunis en signe de soutien à l’un de ses leaders emprisonné. « Il est clair que le président Ben Ali ne veut pas de témoins aux mouvements de protestation qui dénoncent cette mascarade de référendum », a dénoncé Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. Une semaine plus tôt, un journaliste du Monde avait été refoulé à l’aéroport. En 1999, M. Ben Ali avait été réélu à la tête de l’Etat avec 99% des suffrages.

Le 16 mai dernier, Reporters sans frontières a présenté à Paris, Tunisie, le livre noir (Editions La Découverte), ouvrage rassemblant de nombreux rapports d’organisations de défense des droits de l’homme sur les violations commises en Tunisie.


 

بدء استفتاء حول اصلاحات دستورية في تونس


 
تونس (رويترز) – بدأ التونسيون يوم الاحد في الادلاء بأصواتهم في استفتاء على تعديلات بالدستور تتيح للرئيس زي ن العابدين بن علي حكم البلاد حتى عام 2014 .
وهذا اول استفتاء وطني منذ استقلال تونس عن فرنسا عام 1956 وهو يتعلق بتعديل نحو نصف مواد الدستور الذي يتألف من 78 مادة. ويشارك في الاستفتاء 6ر3 مليون ناخب.
وقال معارضون ان الاستفتاء يهدف في واقع الامر الى تعديل مادتين رئيسيتين للسماح لابن علي (65 عاما) بالبقاء في السلطة مدى الحياة من الناحية العملية.
وتلغي المادتان 39 و40 الحد الاقصى لفترات الرئاسة وهي ثلاث فترات في الوقت الحالي مع رفع الحد الاقصى لسن المرشح للرئاسة من 70 الى 75 عاما. كما ان هناك مادة اخرى تمنح الرؤساء السابقين حصانة قضائية مدى الحياة.
وقال المعارض البارز مصطفى بن جعفر « كيف يمكن لاحد ان يقول نعم او لا على مجموعة من الاصلاحات المعقدة تضم نحو 40 مادة. »
ووصف الاستفتاء بأنه ما هو الا قناع زائف لم ينظم الا لتعزيز القبضة المحكمة لحزب التجمع الدستوري الديمقراطي الحاكم على اجهزة الدولة.
وكان بن على قد تولى السلطة في انقلاب ابيض في نوفمبر تشرين الثاني عام 1987 عندما اعلن ان الرئيس الحبيب بورقيبة غير مؤهل للحكم نظرا لتقدم سنه.
وينسب لابن علي الفضل في تحقيق استقرار اجتماعي ونمو اقتصادي مستمر. واعيد انتخابه عام 1999 بنسبة 5ر99 في المئة وهي نسبة اثارت الدهشة في الخارج. وستتيح له التعديلات في حالة الموافقة عليها ان يسعى لاعادة انتخابه عام 2004 ومرة اخرى عام 2009 ليحكم البلاد حتى عام 2014.
وفي حين ينتقد المعارضون هذه الخطوة محذرين من انها ستؤدي الى نظام شمولي تؤكد الحكومة ان تونس ستقوم بوثبة هائلة في اتجاه مزيد من الديمقراطية.
وقالت صحيفة الحرية التونسية الناطقة باسم الحزب الحاكم في مقال افتتاحي ان اليوم سيكون يوما استثنائيا في تاريخ تونس وسيؤكد قيادة ابن علي ومبادراته الدائمة.
وفتح اكثر من 15 الف مركز اقتراع ابوابه الساعة الثامنة صباحا /0700 بتوقيت جرينتش/ وستغلق بعد 12 ساعة.
وتشمل التعديلات اقامة مجلس ثان للبرلمان هو مجلس المستشارين. وتقول الحكومة انها ستضمن حماية افضل لحقوق الانسان وخاصة خلال احتجاز الشرطة وفترة الحبس التي تسبق المحاكمة كما انها تنص على اجراء جولة ثانية من التصويت في الانتخابات الرئاسية.
وشرعت الحكومة من خلال وسائل الاعلام الخاضعة لسيطرتها في « حملة تفسير » على مدى اسبوعين لشرح التعديلات الدستورية المقترحة وقالت ان الاصلاحات ستؤذن ببدء عصر « جمهورية الغد ».
ووزعت الحكومة مطبوعات انيقة بعدة لغات اعدت للصحفيين الزائرين وتتضمن ردا على ما تردده المعارضة من ان التعديلات الدستورية تهدف لابقاء الرؤساء في الحكم مدى الحياة.
 
26.05.2002 13:30, Reuters

 

التونسيون يقترعون اليوم للتمديد لبن علي

يتوجه التونسيون اليوم إلى مكاتب الاقتراع في أول استفتاء شعبي منذ الاستقلال (1956). ويتناول الاستفتاء تعديل نحو نصف مواد الدستور.
وقدرت مصادر رسمية عدد المقيدين في لوائح الاقتراع بـ3652314 ناخباً, لكن لا تُعرف نسبة الإقبال على مكاتب الاقتراع وسط دعوات من المعارضة وجمعيات حقوقية ونسائية مستقلة إلى عدم المشاركة في الاستفتاء. وقال الجامعي رجب المسعودي لـ(الحياة): (ليست لدينا معاهد سبر آراء لتضع توقعات عن حجم المشاركة أو المقاطعة).
واعتبر مسؤولون في (التجمع الدستوري الديموقراطي) الذي يقوده الرئيس زين العابدين بن علي (65 عاماً) ان التعديلات ترمي إلى تعزيز الديموقراطية والحريات بانشاء غرفة ثانية في البرلمان (مجلس المستشارين) وادماج حقوق الإنسان والحريات في الدستور. وتشمل التعديلات نصف بنود الدستور الحالي الذي تم سنّه في العام 1956 خلال عهد الرئيس السابق الحبيب بورقيبة الذي عزله الرئيس بن علي في العام 1987.
ورأى معارضون, خصوصاً من المنتمين إلى أحزاب غير مرخص لها, ان التعديلات (خطوة إلى الوراء). وحذروا من كونها تفتح الطريق لـ(رئاسة مدى الحياة). وكان الرئيس بورقيبة (انتخب) رئيساً مدى الحياة في العام 1975.
وصدق مجلس النواب في الثاني من نيسان (ابريل) الماضي على مشروع التعديل الذي يُعرض على الاستفتاء اليوم بعد امتناع ستة نواب فقط عن التصويت, وهو يمدد للرئيس بن علي خمسة أعوام إضافية بعدما تنتهي ولايته الثالثة في العام ألفين وأربعة.
وبموجب التعديل رُفعت السن القصوى للترشيح للرئاسة من 70 إلى 75 سنة, ما يتيح للرئيس الحالي الترشيح لولاية خامسة في السنة ألفين وتسعة تستمر خمسة أعوام.
وعارض حزبان شرعيان هما (الحزب الديموقراطي التقدمي) و(حركة التجديد) التعديلات, وحضا على (تعديل حقيقي في خدمة الديموقراطية) وسن عفو عام. وحض الأول على مقاطعة الاستفتاء, فيما أعلن الثاني عدم مشاركته خصوصاً بعد منعه من التعبير عن موقفه عبر الاذاعة والتلفزيون.
وركزت حركات معارضة عقدت اجتماعاً في باريس السبت الماضي انتقاداتها للتعديل على بند يعفي رئيس الدولة من الملاحقة القضائية أثناء ممارسته مهماته وبعد ترك المسؤولية.
وشاركت أربعة أحزاب ممثلة في البرلمان في (حملة الشرح) التي استمرت أسبوعين, وانتهت أمس الجمعة, وحضت على التصويت بـ(نعم) للتعديلات.

(نقلا عن صحيفة الحياة ليوم 26/5/2002 )

 

الخبير الدستوري التونسي الدكتور عبد الوهاب معطر
أسعى لمنع إجراء الاستفتاء لأنه جاء مخالفاً للقانون وللدستور
التعديلات الدستورية تركّز كل السلطات في يد الرئيس وتجعله حاكماً مطلقاً
تمتع رئيس الدولة بالحصانة القضائية مدى الحياة يجعلنا أعجوبة في العالم

لندن – خدمة قدس برس (24/5)

(نور الدين العويديدي)

أكد محام وأكاديمي تونسي بارز أن الاستفتاء المقرر تنظيمه يوم الأحد السادس والعشرين من أيار (مايو) الجاري لتعديل الدستور في تونس, للسماح للرئيس زين العابدين بن علي بالترشح لدورة رئاسية رابعة, بعد انتهاء دوراته الثلاث في العام 2004, باطل قانونيا, باعتبار أنه قائم على أمر ترتيبي مخالف للقانون وللدستور التونسي الحالي.

وأكد المحامي والخبير الدستوري التونسي الدكتور عبد الوهاب معطر, أنه رفع دعوى أمام المحكمة الإدارية التونسية, من أجل إلغاء إجراء هذا الاستفتاء, وقال إنه ينتظر رد القضاء, مشددا على أنه سيتابع القضية, لإبطال الاستفتاء, حتى بعد إجرائه.

وقال الأستاذ الجامعي والخبير التونسي في القانون الدستوري, إن التعديلات المقترحة على الدستور التونسي الحالي تتعلق بها العديد من المؤاخذات القانونية والدستورية. وأضاف أن هذه التعديلات, تضيق من صلاحيات البرلمان, وتحرمه من الرقابة على الحكومة في المجالات المالية والسياسية, وتوسع من صلاحيات رئيس الدولة, ثم تضمن له الحصانة القضائية والمنع من المساءلة, مما يجعله « سوبرمان », أو رجلا فوق القانون, بحسب قوله.

وشدد الدكتور معطر على أن التعديلات المقترحة مضرة بالحياة السياسية التونسية, ومن شأنها أن تدعم الحكم الفردي, وأن تجعل رئيس الدولة فوق كل المؤسسات, قائلا إن هذه التعديلات ستجعل من تونس أضحوكة بين الشعوب, لأنها ستسمح لرئيس الجمهورية بأن يفعل ما يشاء, وأن يوقع اتفاقيات دولية قد تتضمن خيانة عظمى للبلاد, وأن يمارس التعذيب والإضرار بالدولة, ثم يجد نفسه فوق المحاسبة, متمتعا بحصانة قضائية مدى الحياة, قائلا إن ذلك يجعل تونس أضحوكة بين الأمم.

وفي ما يلي نص الحوار, الذي أجراه (نور الدين العويديدي) من أسرة « 

قدس برس » في لندن مع الأكاديمي والخبير الدستوري التونسي الدكتور عبد الوهاب معطر:

* تقدمت قبل أيام برفع دعوى من أجل وقف إجراء الاستفتاء على تعديل الدستور, بتعلة وجود مخالفات قانونية رافقت عملية الإعداد لهذا الاستفتاء.. أين وصلتم في هذه القضية؟

– بعد ختم مشروع القانون الدستوري من قبل رئيس الدولة, إثر مصادقة البرلمان التونسي عليه, قام رئيس الدولة بإصدار أمر رئاسي في 3 نيسان (أبريل) 2002 بدعوة الناخبين التونسيين للاستفتاء.. وهذا الأمر عندما نتفحصه, نجد أنه يفتقد للشرعية القانونية, لأنه لم يحترم المجلة الانتخابية, ولم يحترم الدستور.

وبما أنه وقع يوم 3 شباط (فبراير) الماضي إدخال تحوير على قانون المحكمة الإدارية التونسية, وجعلها مختصة بالنظر في الأوامر الترتيبية العامة. والقضية التي تقدمنا بها هي أول قضية في تونس تتعلق بأمر ترتيبي عام. ولسوء الحظ أو لحسنه, فإن ذلك يتعلق بالأمر الترتيبي, الذي دعا فيه رئيس الدولة المواطنين التونسيين إلى الاستفتاء.

وهذا الأمر مناقض تماما للمجلة الانتخابية وخارق لجميع قواعدها, باعتبار أنه حدد مثلا طريقة الحملة التفسيرية, وبيّن ما هي الأحزاب, وما هي الصيغ والإجراءات, التي تقوم بها الأحزاب في هذه الحملة, وبيّن كيفية الفرز والاقتراع.. فعلى سبيل المثال حدد الأمر الاقتراع بأن يكون بنعم أم بلا, ولم يترك مجالا للناس للاحتفاظ بأصواتهم.

فالطريقة التي وضع بها هذا الأمر تبدو مجعولة للتغطية على مسألتين: الأولى هي عدم ضبط عدد المقاطعين, والثانية تضييق الخناق على كل الأحزاب السياسية, التي لم تقبل بالاستفتاء, ومنعها من المشاركة فيه لإبراز مواقفها للرأي العام, والدليل على ذلك أن الحزب الديمقراطي التقدمي (يرفض الاستفتاء) وقع حرمانه من حيز مكاني ليقوم فيه بحملة مضادة للتعديل الدستوري, إذ تم حجز 6 أماكن فقط للأحزاب الموافقة على الاستفتاء, وحرم هذا الحزب من حقه.

وبما أن هذا الأمر الرئاسي الترتيبي لم يحترم القانون الانتخابي, وبما أنه قام بوضع قواعد قانونية عامة, هي من اختصاص مجلس النواب, فإن هذا الأمر باطل من الناحية القانونية.. ونحن في الدعوى التي رفعناها أمام المحكمة الإدارية أشرنا إلى أن هذا الأمر الترتيبي فيه ثلاثة عيوب أولها أنه مخالف للقواعد القانونية المعمول بها, وثانيها عيب الاختصاص, إذ ليس من اختصاص رئيس الجمهورية إصدار مثل هذا الأمر, وثالث العيوب يتعلق بالانحراف بالسلطة والإجراءات.

* (مقاطعا).. عفوا, ولكن كيف تفاعل معكم القضاء, خاصة أن الاستفتاء سيجري يوم الأحد القادم؟

– بالرغم من أن حزب المؤتمر من أجل الجمهورية, هو الذي تبنى رفع الدعوى, إلا أن شخصيات مهمة وذات إشعاع في المجتمع المدني, تقدمت بطعن في إجراء الاستفتاء.

الإجراءات تقتضي أن نتقدم بمطلب مسبق للوزير الأول (رئيس الحكومة), بعدها نتقدم بقضية في وقف التنفيذ للقضاء. وفعلا قمنا بنشر قضية في وقف التنفيذ منذ يوم 16 أيار (مايو) الجاري, وأردفناها بقضية ثانية يوم 17 من نفس الشهر..

فيوم 16 أيار (مايو) تقدمنا بقضية باسم السيدة سهام بن سدرين (الناطقة باسم المجلس الوطني للحريات), ويوم 17 أيار (مايو) تقدمنا بقضية باسم الدكتور محمد الطالبي (عميد الأكاديميين التونسيين) والأستاذ الطاهر الشايبي (ناشط نقابي), ويوم 18 أيار (مايو) قدمنا قضية باسم شكري يعقوب والصحبي العمري.. وهناك سيل القضايا تتتابع, ونحن نطالب من المحكمة الإدارية أن تنظر في الأمر قبل يوم 24 أيار (مايو) الجاري.

وقد وجهنا لرئيس المحكمة الإدارية تذكيرا ولفت نظر, وطلبنا منه أن ينظر في الأمر في أقرب وقت ممكن.. وفي الواقع فالقانون يعطي رئيس المحكمة الإدارية شهرا للنظر في مطلب وقف التنفيذ.. ويستطيع القاضي أن لا يرد علينا إلا بعد شهر, ولكننا طلبنا منه أن ينظر في الأمر قبل 26 أيار (مايو).. وإلى حد الآن لا جديد, ونحن نطالب بالنظر في الأمر, ودعونا المواطنين الذين تقدموا بالشكاوى أن يراسلوا المحكمة الإدارية حتى تنظر في شكواهم.

وأود أن أقول هنا أن أي مبتدئ في القانون, ولا أقول من بلغ فيه الغاية, يدرك أن هذا الاستفتاء يعاني بشكل حاد من مشكلة الشرعية القانونية.. فعدم المشروعية واضحة وظاهرة, بل مفضوحة. ونحن نعلم أن هناك حرجا كبيرا لأي قاض بأن لا يقبل الطعن الذي تقدمنا به.

وبعد إجراء الاستفتاء ربما تقول المحكمة الإدارية, ولكن سيقول جميع القانونيين في تونس, إن هذا الأمر هو أمر غير قانوني, وبالتالي فإن الاستفتاء, الذي ترتب عليه سيكون أيضا غير قانوني وسيكون باطلا, لأن ما قام على باطل فهو باطل.

* هل معنى هذا أنكم ستتابعون الموضوع حتى بعد إجراء الاستفتاء؟

– هذا أمر طبيعي, لأنه عندما يصبح الأمر الداعي للاستفتاء باطل, فالاستفتاء ذاته سيكون باطلا.

* لندخل إلى المتن بعد الشكل, فما هي مؤاخذاتكم على التعديلات الدستورية المقترحة, التي تؤكد الحكومة أنها تستهدف ترسيخ الديمقراطية في البلاد؟

– هناك مؤاخذات عديدة, فمن الناحية القانونية, أن الدستور, أي دستور, في أي بلد من البلدان, هو وثيقة عليا, تتضمن المبادئ الكبرى للمجتمع السياسي, الذي تقوده تلك الدولة. ولهذا السبب فإن الدستور يوصف بأنه سيد القوانين, ولذلك فإنه عادة ما يكون له نوع من الهيبة, ونوع من النفوذ, ولا أقول القدسية, لأنها كلمة قد لا تكون مناسبة, ولكن لابد من إعطاء الدستور هالة من الاحترام. وهذا الاحترام يتطلب عدم التداول على الدستور بالتنقيحات المتوالية, وجعله خرقة بالية, يتغير كالقوانين العادية, التي يقع المصادقة عليها وإلغاؤها في العام الواحد ثلاث أو أربع مرات.. وهذا هو الفرق بين القانون العادي والدستور. فلابد للدستور من نوع من الاستمرارية والثبات, حتى تتجسد جميع الأحكام الواردة فيه في الواقع, لتصبح تقليدا سياسيا.

والمأخذ الأول بالنسبة لنظام (الرئيس زين العابدين) بن علي, أنه جعل من الدستور, منذ عام 1987 وإلى اليوم, مجرد إطار قانوني, يمكن تغييره في أي وقت, ليس طبق التطورات السياسية الجارية في البلاد, وإنما يتم تعديل الدستور لتلبية رغبات سلطوية الطابع.. ولهذا السبب فإن أول اعتراض لدينا كرجال قانون أنه يجب وقف العبث بالدستور بهذه الطريقة.

فالبلدان, التي تحترم نفسها, والتي تعتبر الدستور وثيقة لها قيمة قانونية عليا, لا تتسامح بهذا الشكل في تعديل الدستور, إذ تقرنه بتحقق شروط كثيرة, وتجعل منه ضرورة سياسية صارت محتمة, لاستشراف مستقبل محدد, وليس استجابة لرغبة شخص معين.

عندما جاء الرئيس ابن علي في 7 تشرين ثاني (نوفمبر) 1987 قال إن الدستور القديم يجب تعديله, لأنه يتضمن الرئاسة مدى الحياة, ويتضمن الخلافة الآلية لرئيس الجمهورية. وبالفعل قام بتنقيحه في 25 تموز (يوليو) 1988. وكنت قد كتبت في ذلك الوقت عددا من المقالات نشرت في صحيفة /الموقف/, بينت فيها أن الرجل بدأ يكشف عن قناعه بعد أشهر قليلة من وصوله إلى السلطة, لأن التعديل الذي أجراه على الدستور كان يهدف إلى تحقيق شيء أساسي هو مركزة السلطة وتجميعها, وإعطاء صلاحيات أكثر لرئيس الجمهورية, وذلك على حساب الوزير الأول, الذي كانت له صلاحيات مهمة, بما يجعل السلطة التنفيذية متقاسمة بين رئيس الجمهورية من جهة, وبين رئيس الحكومة أو الوزير الأول, ولذلك كنا نقول إن عندنا سلطة تنفيذية ذات رأسين, وجاء تعديل العام 1988 وانتزع جميع صلاحيات رئيس الحكومة.

* عفوا دكتور معطر, فأنت تعلم أن الرئيس ينتخب من قبل الشعب, في حين أن الوزير الأول معين من قبل الرئيس, وبالتالي فمن المشروع للرئيس المنتخب تجميع السلطات بين يديه, لأن الشعب انتخبه وسوف يحاسبه, أما رئيس الحكومة فهو يحاسب فقط من قبل من عينه, وهو رئيس الجمهورية.. أليس الأمر كذلك؟

– فعلا الوزير الأول يعين من قبل رئيس الجمهورية, وهذا في الدستور السابق, لكن في عام 1976, ونظرا للحالة الصحية, التي كان عليها الرئيس (السابق الحبيب) بورقيبة في ذلك الوقت, فقد تم إحداث منصب الوزير الأول, وهذا كما هو الشأن في فرنسا, فرئيس الحكومة يعينه رئيس الجمهورية, لكن في اللحظة التي يعين فيها الوزير الأول, تصبح له اختصاصات يمارسها, ويستمد سلطته في ممارستها من الدستور, وهذا موجود في دستور الجمهورية الخامسة الفرنسية.. نفس الشيء كان في تونس أيضا.. فصحيح أن رئيس الحكومة يعينه ويعزله الرئيس, لكن الرئيس إذا ما عين وزيرا أول, فإنه يجب على رئيس الحكومة أن يمارس صلاحياته, التي أعطاه إياها الدستور, طبق النصوص القانونية المعمول بها..

وقد كان الوضع هكذا في تونس منذ 1976, ولكن ابتداء من عام 1988 تم إلغاء جميع الصلاحيات, التي كانت لدى الوزير الأول تقريبا, وخاصة تصرفه في الإدارة العمومية كلها, من وزارات وشرطة وغيرها, وكل ذلك انتزع من الوزير الأول, وتم إلغاء الفصل الخاص بذلك في الدستور, وتم إعطاءها إلى رئيس الجمهورية.

وإضافة إلى مركزة السلطة في يد رئيس الجمهورية, تم نزع المسؤولية السياسية عنه, وهذا يحدث لأول مرة في تاريخ الجمهورية التونسية.. في عهد بورقيبة كان الرئيس قابل للعزل أو للاستقالة الإجبارية.. فهناك حالات في الدستور التونسي منذ 1976 تسمى لائحة اللوم الثانية, التي يمكن أن يتخذها البرلمان, والتي تؤدي إلى استقالة رئيس الجمهورية, المنتخب من قبل الشعب.. وكان هذا التنصيص على الاستقالة, يعني أنه ليس هناك حصانة سياسية لرئيس الجمهورية, باعتباره مواطنا ليس فوق القانون.. وبالتالي كان هناك ما يسمى المسؤولية السياسية لرئيس الجمهورية, التي تم إلغاؤها عام 1988.

ولقد كتبت مقالا في تلك الفترة قلت فيه إن رئيس الجمهورية تحول إلى « سوبر مان », وكدت أن أحاكم بسبب هذه العبارة, وقلت إن الرئيس صار شمسا, وباقي النظام السياسي أقمار صغيرة تدور في فلكه, وليس لها عليه حيلة.. واستمر الوضع على هذا النحو.

* عفوا دكتور معطر, ولكن أنت تعلم أن تعديل العام 1988 قد قوبل برضا جميع القوى السياسية التونسية.. فلماذا تعودون الآن لتوجيه سهام نقدكم لتعديلات حظيت بالقبول الشعبي والسياسي العام؟

– لا يمكن أن أقول إنه قوبل برضا جميع القوى السياسية, لأنه في ذلك الوقت, تم وضع السم في الدسم.. الدسم هو القول بإلغاء الخلافة الآلية, وتحديد دورات تجديد ترشح رئيس الجمهورية.. قبل عام 1988 كانت هناك رئاسة مدى الحياة, فجاء التعديل بتغيير الفصل 39 من الدستور, وجعل من رئيس الجمهورية غير قادر على تجديد ترشحه أكثر من مرتين.. هذا هو الدسم, وكان الناس قد قبلوا به, لأنهم قالوا إنه عنوان تطور تونس نحو الديمقراطية, ونحو التداول السلمي على السلطة.. ولذلك السبب قبل الناس هذا التعديل.

ثم أيضا كان هناك نوع من الخوف, والمعارضة السياسية كانت مترددة, لم يكن هناك اهتمام كثير بالمسألة الدستورية, ثم إن الأمر وقع في ظل تلك الفورة التي رافقت تحول 7 تشرين ثاني (نوفمبر) 1987, ولذلك كان الناس لا يزالون يظنون أن الرئيس الجديد سوف يأتي بشيء. وفي هذا السياق كنت أغرد خارج السرب, وهذا أمر موثق.. وحتى الأساتذة الجامعيين في القانون الدستوري لم يأخذوا موقفا في هذا الموضوع.

* هل يعني هذا أن حالة الوعي الدستوري في تونس كانت أدنى مما هي عليه الآن؟

– هذا أكيد, وإلى الآن ما زال الوعي الدستوري منقوص في تونس, بالمقارنة مع البلدان الأخرى. فأنت تعرف أن الحياة الدستورية كانت دائما في شق, والممارسة السياسية في شق آخر.. ولذلك نحن لدينا مشكلات في ما يتعلق بالدستور التونسي, فمنذ غرة حزيران (يونيو) 1959 وإلى اليوم, نلاحظ, وهذا ليس من الناحية القانونية, ولكن من الناحية السياسية, وجود بون شاسع بين النص الدستوري من جهة والممارسة السياسية من جهة أخرى.. فالممارسة السياسية للسلطة عادة ما لا تحترم الدستور, وهناك أمثلة عديدة على ذلك. فالتفريق بين السلط غير موجود, ورئيس الدولة هو أيضا رئيس الحزب الحاكم, وهذه الحزب يسيطر على أغلبية أعضاء السلطة التشريعية, ووجود هذا الحزب في الهيكلين الدستوريين التنفيذي والتشريعي يؤدي فعلا إلى أن عملية التفريق بين السلط مسألة غير ذات مفعول..

في ذلك الوقت قلت إن الوعي الدستوري كان في حدوده الدنيا, ولهذا السبب فإن مسألة التفريق بين السلط, من الناحية المؤسساتية, ولا أتحدث عن الناحية العملية, لأنها غير موجودة عمليا, أما من الناحية المؤسساتية في الدستور التونسي, فمنذ ذلك الوقت أصبح هناك اتجاه نحو هيمنة مؤسسة الرئاسة على بقية مؤسسات الدولة, وخاصة السلطة التشريعية.

لكن الغريب في الأمر أن الرئيس ابن علي لم يكتف بذلك, فمنذ العام 1988 وحتى آخر تعديل دستوري, كانت هناك محاولات جدية لأخذ أكثر ما يمكن من السلطات لصالح رئيس الجمهورية من باقي مؤسسات الدولة.

عهد (الرئيس) ابن علي شهد ثلاث تعديلات دستورية.. حصل تعديلان هامان, ونحن أمام التعديل الثالث. في عام 1988 حصل تحوير هام في الدستور, استولى بمقتضاه رئيس الدولة على صلاحيات رئيس الحكومة, وفي تحوير 1997 استولى الرئيس على صلاحيات مجلس النواب.

فجميع الميادين المتعلقة بالجوانب التشريعية هي في الأصل راجعة لمجلس النواب.. هذا هو المبدأ العام, وقد جاء تعديل العام 1997, وحدد مجالات معينة لمجلس النواب, بطريقة تجعل باقي المجالات الأخرى ترجع لصلاحيات الرئاسة.. وهذا الأمر يعبر عنه بلغة القانون الدستوري بالاختصاص المسند والاختصاص الأصلي.. أصبح مجلس النواب له اختصاص مسند, بمعنى أنه لا يتدخل إلا في المجالات المحددة بالحصر في الدستور.

وعزز تحوير العام 1997 صلاحية المجلس الدستوري, وهو مجلس مهمته جعل البرلمان لا يخرج من الاختصاص المسند في الدستور, وما عدا ذلك راجع لرئيس الجمهورية.. ومن هنا بالنسبة للوظيفة التشريعية, ولا أتحدث عن المؤسسة التشريعية, صار رئيس الجمهورية كسلطة تنفيذية له اليد العليا, وله الاختصاص الأكبر في ممارسة الوظيفة التشريعية للدولة.. ثم ها نحن الآن أمام تحوير دستوري ثالث.

فتونس عرفت تعديلا دستوريا أول في 25 تموز (يوليو) 1988, ثم تعديلا في 27 تشرين أول (أكتوبر) 1997, الذي عزز صلاحيات رئيس الجمهورية, وأضعف صلاحيات مجلس النواب, من جهة حصر مهماته التشريعية, ومن جهة توسيع مجالات الاستفتاء.

الاستفتاء أدخل في الدستور منذ عام 1976, لكن التعامل معه ظل أقرب إلى الصفة الاستثنائية, أما في تحوير العام 1997, فتم فتح المجال للاستفتاء على مصراعيه, وجرى تمكين رئيس الجمهورية من التخاطب مباشرة مع الشعب, من دون اعتبار المجلس التشريعي.

وإذن فنحن, بفعل هذه التعديلات المتتابعة, صرنا أمام دكتاتورية قائمة على أسس دستورية, وأمام انفراد بالسلطة مؤسسا على الدستور, وأمام سيطرة تامة على دواليب الدولة. ونحن نعلم أن كل إنسان انفرد بالسلطة, فإن انفراده يقوده إلى الوقوع في التعسف.

القوى السياسية قالت إن الرئيس الذي أحدث تغييرات 1988 في الدستور, وعد الشعب بأنه سيرحل في عام 2004 عن السلطة, وكان هذا مصدر شيء من الأمل لدى النخبة السياسية, أن ينتهي الأمر في عام 2004, وترتاح البلاد والعباد من الفساد والتجاوزات والنهب والسجون.. كل هذا سينتهي عام 2004, وأنت تعرف أن التونسي متسامح ومسالم, ويقول ماذا بقي للرئيس؟.. بعض الأعوام ويرحل. لكن ماذا وقع؟ السلطة أعلنت أنها ستغير الدستور للتمديد لهذه الفترة السيئة في تاريخ تونس.

* دكتور معطر.. أرجو أن نبتعد عن السياسة, وأن نظل في مستوى المؤاخذات الدستورية والقانونية على هذا التعديل الدستوري؟

– كنت قد كتبت في العام 2001 مقالا تحت عنوان « إصلاح دستوري جوهري.. أم خديعة سياسية أخرى؟ », وبينت أن الدعاية الرسمية بشأن الإصلاحات الدستورية ليس لها من هدف سوى تغيير الفصل 39 من الدستور, حتى يمكن الرئيس نفسه من الترشح لدورة رئاسية أخرى. ونحن كنا في ذلك الوقت مغفلين, فليت الأمر وقف عند هذا الحد.. نحن كنا متفائلين, وكنا نقول إن هذه هي الشجرة, التي تخفي الغابة.. ولكن ماذا حصل في الواقع؟

نحن اليوم أمام إصلاح دستوري جوهري, كما تقول السلطة, ولكنه ليس إصلاحا, بل إفسادا لما هو فاسد في الأصل.

*

أكرر دكتور معطر سؤالي.. فما هي النقاط التي تعترضون عليها, بالإضافة إلى اعتراضكم على تعديل الفصل 39 من الدستور الحالي؟

– النقاط هي التالية.. ففي الفصل 39, المسألة ليست مسألة الدورات الرئاسية فقط, بل الطامة الكبرى جعل التداول السلمي على السلطة مستقبلا أمرا في غاية الصعوبة, إن لم يكن أمرا مستحيلا.. كيف ذلك؟. الفصل 39 جعل للرئيس حرية التجديد للرئاسة دون تحديد, وهذا بخلاف كل الدساتير, التي تعتمد التداول على السلطة, وهي قيمة أساسية من قيم الجمهورية, فلا بد أن تجعل حدا للدورات, التي يترشح فيها رئيس الدولة.

أما الاعتراض الثاني هو أن هذا التحوير وضع شروطا جديدة للترشح لرئاسة الجمهورية. إذ طلب أن يتم تزكية المرشح للرئاسة من قبل منتخبين, أي أعضاء من مجلس النواب أو رؤساء بلديات.

* عفوا ولكن هذا كان موجودا من قبل.. أليس كذلك؟

– لا هذا لم يكن موجودا من قبل في نص الدستور, بل كان موجودا في المجلة الانتخابية.. الدستور السابق كان يقول « عدد من المنتخبين », ولم يحدد صفتهم, والمنتخب يمكن أن يكون مستشارا في بلدية, وليس رئيسها ضرورة. وكان العدد متروكا أيضا للمجلة الانتخابية. ولأول مرة صار الدستور التونسي يحدد صفة المزكين بكونهم رؤساء بلديات وأعضاء مجلس النواب..

وأي نظام سياسي يسهّل على الحزب الحاكم, الذي يملك أغلبية في مجلس النواب, مثل ما هو الحال في تونس.. يسهّل عليه ترشيح رئيس من قيادته, بينما يجعل من الصعب بل المستحيل الترشح بالنسبة لغيره من الأحزاب..

وبناء على ما سبق فأنا أرى أن تونس ستظل حتى عام 2044 في يد الحزب الحاكم, بناء على هذا التعديل الجديد.. فبعد نهاية حكم الرئيس ابن علي في عام 2014, يمكن للحزب الحاكم أن يرشح رئيسا في عمر 42 عاما, وسوف يبقى في السلطة أكثر من ثلاثين عاما, إذا صارت الأمور على ضوء هذا الدستور الحالي.. أي أن يحكم حزب واحد البلاد نحو قرن كامل.. هنا المشكلة الكبرى في التعديل الجديد.. وعليه أنا أرى أن الفصل 39 لا يهم ابن علي فقط, بل هناك تقاسما للوليمة بين ابن علي وبين حزبه.

والأهم من كل هذا, أنه بالإضافة للصلاحيات الكبرى لرئيس الجمهورية, التي اكتسبها من الدستور الأصلي, ومن تحوير عام 1988, ومن تحوير عام 1997, فإن هذا التحوير الدستوري سيزيد من هذه الصلاحيات.. وحسب معلوماتي, وبحكم خبرتي بتدريس مادة القانون الدستوري منذ العام 1982, فإنه لا وجود لأي دستور في العالم يعطي صلاحيات لرئيس الجمهورية للمصادقة على الاتفاقيات والمعاهدات الدولية.. فهذه بدعة.

فبحسب الدستور التونسي, الاتفاقية أو المعاهدة المصادق عليها, لها قيمة أقوى من القانون, بينما القانون هو انعكاس للإرادة العامة, وهو يصدر عن مجلس النواب.. فكيف يمكن لاتفاقية دولية يوقع عليها رئيس الجمهورية أن تصبح نافذة أكثر من القانون, الذي يصدر عن مجلس النواب؟

ونحن نعرف أنه في الدستور السابق أن المصادقة على الاتفاقيات الدولية موقوفة فقط على مجلس النواب.. لكن التعديلات الدستورية المقترحة ستجعل من التزامات تونس الدبلوماسية في علاقاتها الخارجية, وفي الاتفاقيات التي توقعها, وخاصة في عهد العولمة, وما ترتبط بها من مخاطر, تمر من دون استشارة الشعب مباشرة, ولا استشارة البرلمان, ويكفي أن يوقعها هذا « السوبر مان » لتصبح سارية المفعول, وفوق القوانين الداخلية.. وهو ما يجعل رئيس الجمهورية ممثلا لتونس, بل هو تونس ذاتها, وهذا خطر شديد.

وأيضا فأنت تعرف أن البرلمانات بدأ تشكلها في العالم من خلال مراقبة المسألة المالية, ومراقبة ميزانية الدولة.. لكن التعديل المطروح للدستور فيه فصل يقول إنه يحجر على النائب في البرلمان أن يقترح مشروع قانون, أو يطلب تعديل مشروع قانون طرحته الحكومة, إذا كان هذا الاقتراح أو هذا التعديل يؤدي إلى انعكاسات على الموارد المالية للدولة.

وقد قال لي أحد النواب المحترمين في البرلمان الحالي, إنه إذا قال إن تعريفة فواتير الكهرباء أو الماء غالية, وفوق طاقة المواطنين, فإن بإمكان الحكومة, بحسب التحويرات المقترحة على الدستور, أن تقول له ليس لك الحق في طرح هذا الأمر, وذلك بموجب نص الدستور.. وهكذا فالأمور المالية ستخرج بهذا التعديل عن اختصاص النواب ومجلس النواب. وتكون الأمور المالية للدولة متروكة لرئيس الجمهورية وللحكومة.

وما تؤاخذ عليه هذه التعديلات المقترحة على الدستور أيضا, أن رئيس الجمهورية, الذي أعطي صلاحيات غير محددة, في مختلف المجالات, تأتي هذه التعديلات, وترفع عنه المسؤولية السياسية, بل والقضائية أيضا. فالرئيس صار اليوم يتمتع بالحصانة القضائية, وهذا ما يجعل تونس أضحوكة. وأنا أقول إن العالم ضحك علينا عام 1974, حين تم اعتبار رئيس الجمهورية السابق رئيسا مدى الحياة.. أما مع الحصانة القضائية لرئيس الجمهورية, فسيضحك منا العالم أكثر وأكثر.

فالفصل 41 ضمن عدم المساءلة التامة لرئيس الجمهورية عن جميع الجرائم.. حتى جرائم الحق العام لا يمكن مساءلته عنها, فهو يستطيع أن يعذب الناس, وأن يقتل معارضيه.. بل أن يمسك مسدسا ويطلق النار على الوزير الأول إذا غضب منه, أو إذا لم يعجبه تصرفا من تصرفاته.. كما يستطيع أن يتحرش جنسيا بمن شاء, أو أن ينهب خيرات البلاد, أو أن يوقع اتفاقيات فيها خيانة عظمى للبلاد.. ثم يأتي الدستور ليحميه رغم كل ذلك من المساءلة.

وهذه بدعة غريبة, ولن تجد في أي دستور من دساتير العالم مثل هذه الصلاحيات, ومثل هذه الحصانة القضائية, بل لن تجدها حتى عند الملوك العتاة في العصر القديم.. وهذا هو وجه المأساة في هذه التعديلات المقترحة على الدستور.

(خدمة الحوارات واستطلاعات الرأي –

الحقوق محفوظة لـ « قدس برس إنترناشيونال » – لندن)

 
FLASH INFOS

 Le ministére de l’intérieur a pu annoncer dés Midi le pourcentage de participation dans tout le pays! Quelle efficacité!!

 

Référendum sur le projet de réforme constitutionnelle


Le taux de participation a atteint à, 12h 00, 62,75 % à l’échelle nationale

26/05/2002– Le taux de participation au référendum sur le projet de réforme de la Constitution présenté par le Président Zine El Abidine Ben Ali au peuple tunisien a atteint à 12h 00 à l’échelle nationale 62,75 %.

L’opération de vote a débuté à 8h 00 et se poursuivra jusqu’à 20h00 dans 15 mille bureaux de vote dans l’ensemble du pays.

D’ailleurs vers 17 heures, il récidive et annonce: 

Taux de participation au référendum à 16 heures : 85,71 %


26/05/2002– Le taux de participation au référendum sur le projet de réforme de la Constitution, présenté par le Président Zine El Abidine Ben Ali au peuple tunisien, a atteint, à 16 heures, à l’échelle nationale, 85,71 %.

(source: le site officiel www.infotunisie.com )


Sommaire du 7éme numéro de le-mag tunisien Le Résistant, Mensuel tunisien d’information et d’analyse politique

Nous nous excusons auprès de nos chers lecteurs pour le retard qui a eu lieu dans la publication du Résistant. Ceci est du à une maladie subite qu’a rattrapée notre confrère Salah Karker. Ce dernier a eu une infection pulmonaire qui l’a retenue à l’hôpital de Digne-les-Bains depuis le lundi 21 mai où il continue, jusqu’à cette date, de subir son traitement.

Par cette occasion, nous prions Allah le tout Puissant de le garder sain et sauf et de lui accorder la très bonne santé pour qu’il puisse continuer son combat pour le bien, la dignité, la justice, la liberté et la démocratie pour notre peuple.

Sommaire :

Edito : La Nausée Dr. Mondher SFAR

Ben Ali, le référendum Ne te servira à rien Salah KARKER

Le « poulet roti » Dr Mondher SFAR

Informations Commentées La rédaction

Le Benalisme est mort Omar Khayyam

Non… ! Dr. Hachmi AYADI

Débat : Sur le forum TUNeZINE

Mise au point Chokri Hamrouni


الأستاذ محمد رضا الأجهوري يختار قناة الجزيرة الفضائية لإطلاق النار منها مجددا على وزير التربية الأسبق محمد الشرفي

في آخر مداخلة له في حصة « حوار مفتوح » التي بثتها قناة الجزيرة الفضائية مساء السبت 25 ماي 2002 ( أدارها الصحفي القدير غسان بن جدو وشارك فيها جورج حاوي الأمين العام السابق للحزب الشيوعي اللبناني وعبد المجيد ذنيبات القيادي في جبهة العمل الإسلامي الأردنية)، كشف الأستاذ الأجهوري عن معلومة خطيرة.

فطبقا لما صرح به السيد الأجهوري، الأستاذ في كلية الحقوق بتونس، في مداخلته يبدو أن الوزير السابق محمد الشرفي قد وصف الصحابي الجليل خالد بن الوليد بـ « مجرم حرب » في إحدى كتبه المنشورة مؤخرا. عنوان الكتاب، حسبما جاء على لسان السيد الأجهوري في البرنامج، قد يكون « الإسلام والسياسة »؟؟ لكن على حد علمنا فان أحدث كتاب لمحد الشرفي يحمل عنوان: « الإسلام والحرية..سوء الفهم التاريخي » الذي نشر أول مرة في شهر جانفي 2000 قبل أن يعرب في مرحلة ثانية. وطبقا للمعلومات المتوفرة فان النسختين الفرنسية (والعربية) من هذا الكتاب تباع حاليا في المكتبات التونسية بعد فترة من المنع.

وفي انتظار نشر النص الحرفي لما كتبه محمد الشرفي حول هذا الموضوع، ندعوكم للإطلاع مجددا على بعض ما نشر لدى صدور الكتاب في أول عام ألفين.

 

ISLAM ET LIBERTE – LE MALENTENTDU HISTORIQUE

Auteur :

MOHAMED CHARFI
Editeur :
Albin michel

ISBN : 2226105735 – EAN13 : 9782226105738 –

Parution en janvier 2000 – Nombre de pages : 272 – Poids : 377 grammes.

Voici ce qu’on a pu trouver sur le site français :

www.alapage.fr à propos de ce livre dans le cadre des « DEDICACES DE FRANCE INTER »

le 16 mai 1999

Dans la profusion des ouvrages qui paraissent sur l’Islam, ce livre capital mérite de retenir l’attention. Son auteur, universitaire tunisien, président de la Ligue des droits de l’homme dans son pays, a été ministre de l’Education et des Sciences de 1989 à 1994, période durant laquelle il a réalisé une importante réforme du système d’enseignement. Il livre ici les fondements de son entreprise.

La Quinzaine Littéraire
Gilbert Grandguillaume

le 11 mars 1999

LA DEDICACE DE L’AUTEUR :

Les châtiments corporels et l’oppression de la femme dans les Etats de l’islamisme radical, les attentats et la barbarie des GIA en Algérie donnent de l’islam l’image d’une religion de violence et de discrimination.

Pourtant, un milliard de musulmans à travers le monde vivent une « religion tranquille » qui ordonne d’être généreux, d’aimer son prochain, tous les êtres humains, et d’aider les pauvres et les malades, sans distinction de race ou de religion. Y a-t-il donc deux islams ?

Je m’emploie à démontrer que seule l’interprétation de l’islam, religion de paix, d’entraide et de concorde est conforme au texte de base, le Coran, et que toutes les violences et discriminations sont le produit de l’histoire.

De la même manière que les chrétiens, malgré leur legs historique fait de croisades et d’inquisition, ont fait une lecture critique de leur histoire pour retrouver les principes fondamentaux de leur religion, les musulmans doivent relire le Coran et l’appliquer quand il dit, par exemple, « Pas de contrainte en matière de religion ».

De nombreux penseurs interprètent l’islam de telle manière qu’il se conjugue avec la démocratie et l’égalité des sexes. Malheureusement, c’est l’islam classique qui est enseigné dans les écoles et non son interprétation moderne. La réforme du système éducatif est nécessaire pour que les pays musulmans accèdent à la modernité et que les musulmans vivent en paix avec eux-mêmes et avec les autres.

Mohamed Charfi

 
L’Edito du 7éme numéro d’El Mounadhil du mois de mai 2002:

La Nausée

A lire le compte-rendu de la réunion du samedi 18 mai 2002, tenue à Paris Place Saint Germain, l’on est pris de nausée.

Non pas à cause du mensonge de ses organiseurs qui ont prétendu avoir consulté et invité toutes les sensibilités ;

Non pas par ce que la Palestine n’a pas été évoquée et qu’aucune condamnation de l’Etat sioniste nazi n’a été formulée, ni de soutien au peuple palestinien martyre dans une des plus graves et des plus dramatiques épreuves de son histoire. Sachant par ailleurs que l’une des plus importantes sources du colonialisme que subit le peuple tunisien est sioniste, que Ben Ali est un des plus grands sionistes du monde arabe ;

Non, l’on est surtout choqué par la présence d’un criminel nommé Charfi officiant à la tribune aux côtés de ses pairs. Cela devait être un spectacle hallucinant de voir ceux qui se mobilisent contre le référendum, et contre sa plus importante disposition sur l’impunité, blanchir et promulguer un décret d’impunité au profit de l’assassin de plusieurs compatriotes étudiants à l’intérieur du campus universitaire de Tunis le mercredi 8 mai 1991 où des centaines ont été blessés et des milliers d’étudiants ont été arrêtés.

Pire encore, ce Charfi, critiqué par certaines de ses victimes, a persisté et signé ses crimes, sans remords, sans regrets, sans demander pardon aux victimes.

Nausée aussi quand parmi ceux qui l’ont accueilli dans la salle, se trouve le représentant du mouvement politique censé défendre les victimes.

Nausée aussi quand un représentant du parti qui se prétend être à la pointe de la lutte contre l’impunité renvoie dos à dos les éradicateurs laïques et les islamistes qui « excluent certaines personnalités de gauche », allusion manifeste à Charfi, comme si l’objectivité impose de mettre sur un pied d’égalité le bourreau et ses victimes. Inacceptable aussi ce prétexte avancé par le même représentant prétendant qu’il faille éviter la « guerre civile », car après Ben Ali « on aura à reconstruire le pays et l’on aura besoin de la paix civile ». Propos hallucinants s’il en est : comme si la paix civile pouvait être établie sans que les responsabilités de chacun soient assumées, et sans que chacun paie pour ce qu’il a commis qu’il soit islamiste ou laïque. Autrement, pourquoi ne pas conclure dès maintenant cette « paix des braves » avec Ben Ali, sa maffia et ses bourreaux, dont Charfi était un pur produit ?

Mais pour comprendre les raisons de cette triste bouffonnerie, il suffit d’écouter le même représentant du parti radical avouer sans sourciller que les politiciens opposants sont mus par des « ambitions personnelles qui sont une règle de base en politique que nous ne pourrons renier et passer outre ».

Voilà, tout est clair. La messe est dite. Au moment où nos concitoyens sont martyrisés par une maffia impitoyable, l’opposition, elle, fait de la boulitique. Elle n’a en tête que les « ambitions personnelles » « légitimes » et « insurmontables » ! Comme si le mot d’ordre impératif devant la gravité de la situation n’était pas de faire taire une bonne fois pour toutes ses « ambitions personnelles » « légitimes », les mettre dans la cuvette des toilettes et tirer la chasse d’eau dessus, et se consacrer en toute humilité au service de sa patrie et de nos chers compatriotes qui attendent avec impatience notre secours.

Le drame de la Tunisie, c’est que la notion même du sacrifice a été effacée du dictionnaire. La Tunisie ne connaîtra jamais la liberté et la dignité sans le vrai sacrifice de chacun et de tous les citoyens, et à commencer par le sacrifice de ceux qui se proposent d’assumer la direction des opérations de la résistance. La liberté a un prix que l’on doit payer. Les ambitieux n’ont pas leur place dans ce combat. Leur place est plutôt de l’autre côté de la barricade.

Mondher Sfar

Paris, le 25 mai 2002

msfar@wanadoo.fr

 
EDLDT
L’Espace de Dialogue pour les Libertés et la Démocratie en Tunisie

Ben Ali, le référendum, Ne te servira à rien !

Est-ce que Ben Ali est légitime ?

Avant de répondre à cette question, il faut bien expliquer d’où est-ce qu’il peut avoir cette légitimité. Certainement pas dans les grandes surfaces. Dans les chancelleries de certaines grandes puissances étrangères, pratiquant la contre façon de la légitimité, il peut trouver une certaine fausse légitimité. Lui, il a été toujours faux, il n’a pratiqué que le faux et il n’est capable de vivre que dans la faux. Faute d’avoir de la légitimité authentique, très onéreuse, pour lui surtout, en terme d’assise et de confiance, populaires, alors il n’est capable que d’avoir de la très mauvaise contre façon de la légitimité.

Bref, et pour répondre à notre question de départ, Ben Ali n’est pas du tout légitime.

Maintenant, une deuxième question s’impose : est-ce qu’ un illégitime peut être à l’origine d’un travail menant à la constitution d’une base ou d’une source de légitimité, en l’occurrence à l’amendement de la constitution ou la promulgation d’une nouvelle constitution pouvant orienter la marche d’un peuple ?

Le minimum de la logique nous impose de répondre par la négative. Vu ses crimes innombrables, sa corruption qui a dépassé toutes les limites, sa dictature sauvage et sa trahison contre la patrie, Ben Ali est le dernier parmi les dix millions de Tunisiens à pouvoir être choisi pour le faire. Il est en échec total sur tous les niveaux. Il ne peut plus être derrière le moindre des projets importants qui doivent être réalisé dans le pays. Il ne reste devant ce dictateur criminel qu’un seul projet, où il est appelé à fournir un effort et un très grand courage qui ne l’a jamais eu, c’est celui de se retirer du pouvoir, de restituer à l’Etat tout ce qu’il lui a pris et de se présenter devant la justice.

Bien sûr, ce dictateur est loin d’être sage, ni courageux, ni réaliste pour procéder de la sorte. Il va suivre sa fuite en avant. Il va annoncer les résultats du référendum, déjà préparés depuis longtemps. Il va le faire accepter par le peuple par 99, 99% des voix. Peut être que cette fois-ci, il va être plus modeste que les dernière fois en se contentant de 99,98% seulement.

Mais quelque soit le pourcentage de voix qu’il va affecter à ce référendum, il ne va jamais avoir la force de loi supérieure. Le peuple ne va pas lui accorder cette faveur. La constitution amendée ne va pas avoir de la considération et du respect auprès du peuple plus que celui qui l’a amendé. Bref ça va être un amendement mort né.

La constitution qui peut retenir et engager le peuple c’est celle qui a été librement choisie par lui, c’est celle qui traduit ses aspirations et ses grands objectifs. De ce fait ne peut jamais faire force de loi suprême, parce qu’il n’est pas un amendement reflétant un besoin populaire, mais plutôt un amendement traduisant les intérêts d’une personne, en l’occurrence le dictateur. Alors la constitution amendée va se trouver automatiquement rejetée sur le visage du dictateur Ben Ali, parce qu’elle est aussi illégitime que lui, elle est illégale et caduque.

Alors, si le dictateur rêve que le nouveau torchon de la constitution amendée va lui être utile, le secourir et lui permettre de se présenter pour un quatrième mandat et peut être pour un cinquième, eh bien il se trompe. Il va être aussi illégitime avant qu’après amendement. Quant à la constitution de 1959, si avant amendement, elle avait une certaine légalité, après amendement, elle va perdre toute légalité. Elle n’est plus une constitution, elle est devenue un simple papier privé appartenant au dictateur Ben Ali.

Contrairement à ce que croit le Général dictateur, l’amendement du 26 mai ne va pas résoudre le problème, ni pour lui, ni, encore plus, pour le peuple. Au contraire, il va approfondir la crise. Il ne va apporter pour le pays que plus de dictature, plus d’oppression, plus de misère, plus de mécontentement populaire, plus de mouvement dans la rue, plus de victimes et de perte de vie humaine par les balles des agents de répression du dictateur.

Bref, si ce dictateur n’a pas accédé au pouvoir dans un bain de sang, il a choisi d’en sortir dans le sang. Le peuple tunisien et surtout la jeunesse, ont repris dernièrement leur chemin vers la rue. Dans l’avenir, le processus doit aller en s’accélérant. Ben Ali, comme un chien enragé, et en plus blessé, ne va pas rester les bras croisés. Il va essayer de se défendre et de défendre son régime en ordonnant à ses forces de répression d’être plus brutales et plus sanguinaires contre le peuple qu’auparavant.

Que va-t-il se passer pour ces traîtres, ces mercenaires qui l’ont soutenu dans ce « référendum » ?

Jrad, le secrétaire général de l’UGTT, va connaître des jours difficiles. Il a roulé en contre vent, préférant de se placer du coté du dictateur pour protéger ses intérêts personnels que d’être fidèle à la cause ouvrière et celle du peuple en général. Il a joué le traître, sans même, être capable d’encaisser le prix. Les ouvriers qui connaissent déjà des jours difficiles vont connaître des prochains encore plus difficiles et vont débiter, en fin de compte, toute leur colère contre le traître Jrad.

Pour les petits partis parasites et satellites du RCD, tels que PUP et frères, ils vont continuer à vivre dans l’humiliation jusqu’au départ du dictateur. Je ne sais pas s’ils vont pouvoir continuer à vivre après lui.

Le reste de l’opposition, on dirait qu’elle est frappée sur la tête. Elle ne sait plus du tout où est-ce qu’elle doit s’orienter et qu’est-ce qu’elle doit faire. Dernièrement, dans de ses rencontres, Charfi, le bras droit du dictateur durant six ans, a été accueilli parmi plusieurs composantes de l’opposition y compris le mouvement Ennahdha, en héros. Le peuple tunisien ne peut plus rien comprendre. Certains sont arrivés à dire : pourquoi Gunzoui n’a pas été invité à ces réunions le pauvre, et ils ont tout à fait raison. Lui aussi n’est plus avec le dictateur. Ce dernier vient de le limoger et de le mettre en résidence surveillée. Pourquoi cette ségrégation ? Quelle est la différence entre Charfi et Gunzoui ? Ce qu’a fait le premier n’est-il pas nettement plus grave de ce qu’a fait le second. Bien que tous les deux restent parmi les plus grands criminels du pays. Pourquoi toute cette hypocrisie ? Où va-t-elle arriver cette opposition ? De quoi est-elle capable de faire ?

C’est au peuple de dire son mot, quand il le voudra, sur ces scandales.

De toute façon l’opposition actuelle, à part quelques exceptions, est libre de faire ce qu’elle veut. C’est comme ça qu’elle va déterminer son poids, sa position vis à vis du peuple et de ses intérêts, et c’est sur cette base que le peuple va décider combien va-t-il lui accorder de crédibilité et de confiance.

Mais il faut que tout le monde sache que le changement politique dans le pays n’a aucune chance de se réaliser sans avoir passer par la rue, par le terrain, là où se reflète la volonté populaire. Pour ceux qui ont le goût du militantisme des salons et des bureaux luxueux, qu’ils continuent à le faire, tant qu’ils en voudront et qu’ils soient sûrs que même après le changement, personne ne les empêchera à le faire. Mais qu’ils soient surs aussi que jamais ils ne vivront leurs royaumes que dans ces mêmes salons et bureaux.

Pour Charfi et son groupuscule d’extrême gauche, il est de leur intérêt de mettre fin à leurs insultes aux vrais maîtres du pays, de respecter le peuple et sa culture et de cesser de parler en son nom. Personne ne les a chargés de le faire, surtout qu’ils ne représentent absolument rien dans notre société, pas plus qu’une poussière pour cent, sans oublier, toutefois, le rôle de cinquième colonne de la trahison qui l’on toujours joué.

Le peuple tunisien a besoin de ses patriotes et n’a pas besoin de traîtres.

L’Espace de Dialogue pour les Libertés et la Démocratie en Tunisie (EDLDT)

Le porte parole Salah KARKER

25 mai 2002

http://www.elmounaadil.ifrance.com/elmounaadil/

elmounaadil@libertysurf.fr

 

Je vous félicite,  Mr.  Le  Président

Je vous félicite Monsieur le Président, vous avez gagné la bataille du referendum, sûrement vous vous sentez heureux, vous trinquez  dans votre bunker avec vos conseillers et vos bouffons à la santé de la « Nouvelle République » et à la barbe de ce peuple qui a cru en vous et en vos promesses, vous rêvez d’un quatrième et cinquième mandat, et peut être sixième aussi, mais rappelez–vous, vous aurez le même sort que Franco l’espagnol, Pinochet le chilien, Salazar le portugais, Baby doc. le haïtien, Viella l’argentin, Somoza le nicaraguayen, Souhartou l’indonésien et autres dictateurs qui ont resté au pouvoir encore plus que vous mais que l’Humanité les a classé dans la poubelle de l’Histoire et dont on ne se souvient plus d’eux.

 Je vous félicite Monsieur le Président, vous avez gagné une bataille, mais jamais vous ne gagnerez la guerre, la guerre est dure pour les lâches,  La Liberté gagnera la Dictature, il suffit de regarder autour de vous, beaucoup des têtes tombent chaque jour et beaucoup des chaînes se brisent.

 Je vous félicite Monsieur le Président, vous avez fait voir aux gens qui vous ont aimé et qui ont cru en vous que vous êtes ce que vous êtes : un lâche.  Vous êtes lâche car vous avez fui le débat des idées et vous avez préféré les coups de crosse, vous avez fui  l’opposition responsable et vous vous êtes jetés dans les bras de la mafia insatiable, vous avez fui une place dans le concert des démocrates et vous avez préféré les bas fonds des ordures  de l’Histoire.

 Je vous félicite Monsieur le Président, mais, faites attention,  la société civile peut supporter un dictateur cinq, dix, quinze ans, elle le trouverait même parfois sympathique, mais à la longue elle s’en lassera, et ce jour là vous allez vous trouver ou bien en prison, ou bien lynché sur la place publique, ce jour là je  ne vous féliciterai pas, mais je féliciterai le peuple tunisien, ce peuple qui vous a donné tellement des chances pour que vous changez et pour que vous respectez sa dignité, malheureusement les gens de votre espèce ne changeront pas facilement.

 BALHA BOUJADI  

 
TUNISIE.

Les mille colères disponibles du citoyen tunisien

Par Taoufik Ben Brik

Tunisie. Le référendum du 26 mai, coup de force constitutionnel de Ben Ali, suscite l’exaspération des démocrates.
Chaque jour, depuis dix ans, Jamel Ouled El Hou voulait quitter Tunis… sans grand regret. Cela était en partie dû à la nonchalance des gens, au climat venteux et aux insupportables tintamarres des mariages. Mais c’était aussi parce qu’une certaine humeur maussade s’était emparée de lui. Il a fait une fixation sur le départ de Ben Ali. Or ce dernier est partant pour un quatrième mandat, que la Constitution en principe interdit.
Aux termes de la Constitution tunisienne, Ben Ali ne peut plus se présenter à l’élection présidentielle de 2004, il aura effectué les deux mandats de cinq ans que celle-ci prévoit. Déjà sa réélection en 1999 n’avait été possible que par une lecture complaisante du texte fondamental : la période 1987-1994 n’avait pas été prise en compte. Il lui reste à trouver et à faire accepter par les Tunisiens et par l’opinion internationale un nouvel artifice pour demeurer à la tête de l’Etat. La parade : le nouveau projet de réforme constitutionnelle sur mesure, qui a été approuvé début avril par une Chambre de députés monocolore. Il sera soumis le 26 mai au peuple.
D’où le blues de Jamel :  » Ben Ali a-t-il vraiment besoin de ce  » machin  » pour y rester . Il aurait pu s’épargner et nous épargner cette farce de mauvais goût « , lâche-t-il, avant de rajouter :  » Lui, le gagnant par excellence avec ses trois raz de marée électoraux et son arrogance démesurée. Il a importé l’art soviétique de la communication, autrement dit il passe son temps à affirmer que sa politique est formidable. En d’autres termes, il est fondamentalement non tunisien. C’est un grand dictateur pour un petit pays. Offrons-lui l’Australie.  »
On devrait parler du  » mal-confort  » tunisien. Le mot est faible, les ambiguïtés trop douloureuses. Y a-t-il une vérité ici, une seule idée droite et claire, un seul sentiment qui sonne le plein ? Sans doute pas. Plonger sur Tunis, courir de Bizerte à Borj El Khadhra, tourner au ralenti sur les routes entortillées du Kef, c’est s’enfoncer tout de suite dans un flou d’illusions, d’évidences à double face et de malentendus. On aime sans doute la Tunisie pour ça : pour cette exaspération flasque, ce grand atermoiement des âmes coincées depuis des millénaires dans la même névrose des fêtards et des endeuillés. La Tunisie cherche à tâtons depuis plusieurs décennies la route d’un Liban affairiste ou d’une Suisse arabe. Choisira-t-elle un jour ? Regardez, écoutez : chaque minute ici nous parle deux fois et deux langages. Attention ! au palais présidentiel de Carthage aux locaux exigus des associations des droits de l’homme, il est interdit de simplifier. Pas une conclusion qui n’appelle un démenti, pas une  » vérité  » entrevue qui ne bascule in fine dans l’insignifiance, par une assurance : une quête. Et un doute.
Les premières ambiguïtés, celles qui guettent le visiteur dès sa sortie de l’aéroport, ne doivent rien à l’analyse ni aux chiffres. Elles se respirent sur les trottoirs de l’avenue Habib-Bourguiba, sur les étals de la Madina ou Bab Bhar, la porte de la mer. Elles composent cette extraordinaire toile de fond des problèmes tunisiens : la joie blessée… Mais la joie quand même. Il y a ici comme un appareil de gaieté instinctive, un parti pris ludique, une sorte de disposition à la joie qui font encore de chaque événement, fût-il grave, une manière de fête. Le visiteur risque vite de jalouser ces rires qui lui explosent à la figure, ces bourrades hilares qui viennent à point nommé déchirer les nuages d’une discussion. La plupart des réunions politiques sont presque toujours sauvées du  » sérieux  » par quelques tirades  » salées « .  » De quoi se plaignent donc ces gens si manifestement joyeux ?  » La réflexion est odieuse. Passé les premiers éblouissements, on découvre sans peine que  » la dolce vita  » tunisienne est aussi une joie blessée. Peu de rires ici qui, à un moment ou à un autre, ne grincent brusquement.
Derrière la pétulance tunisienne subsistent quantité de vérités  » non dites « , tout un fond de crispations dissimulées. En quelques minutes, à Tunis, n’importe quelle réunion politique peut déboucher sur une bagarre.
Une seule plaisanterie peut soudain faire bloquer les mâchoires et serrer les poings. Quand elle a touché, par inadvertance ou par sottise, une de ces blessures que chaque tunisien porte, à vif, au-dedans de lui-même, humiliations, assujettissement politique, chômage, angoisse du lendemain : rien de tout cela n’est exorcisé. Malgré, les apparences, chaque Tunisien garde mille colères disponibles dans la tête et dans le ventre. Il suffira d’un rien pour que l’aimable paysage de Tunis City devienne un enclos exaspéré où gronde la foule. Il faudra deux minutes pour que, dans les champs de céréales du Nord-Ouest, dans les palmeraies du Jerid, les gourdins resurgissent et des cortèges menacent. La tension jamais vraiment dissipée, la violence qui trame toujours dans les rues forment l’autre face de cette Tunisie  » bon enfant », que bien de nos gouvernants ont dû se repentir d’avoir jugée rassurante. Au moins une certitude : si, en Tunisie, les incendies parfois s’apaisent, les braises ne sont pas près de s’éteindre.

T. B. B.

(Source : le journal français « L’Humanité » du 23 mai 2002)

 
Éditorial : Non
Bonjour:
veuillez trouver ci-joint l’Edito du Neuviéme numéro de Tunisie-Soir qui pour des motifs techniques n’a pas pu être publié à temps.Nous l’annoncerons quand il sera on line.
Sami BEN ABDALLAH

www.tunisie-Soir.com

Editorial:  NON

« Je dénonce un mal qui nous ronge de toutes parts : Comment y aurait-il encore un Etat, là où il n y a plus des citoyens ? Ce n’est pas servir la Tunisie que de répéter à tort et à travers –contre toute évidence- qu’elle se porte bien, qu’elle ne s’est jamais mieux portée. *Ils se disent des mensonges. Ils se disent des faussetés les uns aux autres. Ils ont sur les lèvres des choses flatteuses. Leurs langues qui discourent avec arrogance. Ils parlent avec un cœur double* »  ( * La Bible) SBA

Dans quelques heures , les masses de Tunisiens que la propagande, la peur, l’ignorance et la cupidité ont réussit à mobiliser iront légitimer par un vain acte de partisanerie un Referendum que le Pouvoir a vidé, tant au niveau de la forme qu’au niveau du fond, de tout sens. Sur quoi ces Tunisiens seront-ils appelés à se prononcer ? Sur plus de libertés et de Droits de l’Homme inscrits dans une nouvelle Constitution ? N’était-il pas plus juste et plus crédible d’abord de respecter ceux inscrits dans l’actuelle Constitution ?  Sur quoi se prononceront ces Tunisiens ? Sur plus de pouvoirs accordés à la Présidence de la République ? Comme si cette dernière en manquait déjà ! De quelle séparation  des Pouvoirs nous parle-t-on ? De quel équilibre dans les pouvoirs nous parle-t-on  à la vue de cet exécutif omnipotent et omniprésent qui gouverne « parfois » à travers « les instructions » et non « les textes de lois »…et ces matraques de police qui s’accommodent d’une masse prédisposée à la servitude et à la soumission.

Dans ces moments mémorisés par l’histoire, il est déplorable de constater que le Pouvoir a fait fi des conseils des amis et des amis des amis faisant sourde oreille devant les revendications légitimes de la société –intérêts du système y oblige -évitant d’engager des « vraies » réformes.

Dans quelques heures  des Tunisiens iront voter. Pourquoi tant de suspens devant un résultat connu d’avance. Pourquoi tant de bruit alors que cette montagne qu’est l’amendement de la Constitution a fini par accoucher d’une souris ?

Dans quelques heures  des Tunisiens iront voter. Ils diront « Oui ». Sans surprise le verdict se soldera par de nouveaux taux à la soviétique . Sans surprise, le Pouvoir s’en pressera pour tirer une nouvelle légitimité. «  Le peuple a voulu ainsi » nous dira-t-on. Sans surprise les médias de caniveau se mobiliseront pour nous présenter cette armada de kobzistes, de nomenclaturistes et d’opportunistes qui peinent à accéder au stade de la citoyenneté comme des citoyens héroïques et patriotiques.

Dans quelques heures des Tunisiens iront pour voter. Ils diront « Oui ». Il y a d’autres Tunisiens qui n’iront pas voter, non par démission-mais par sanction, par dégoût et par mépris. Ils auront aimé que les choses ne se déroulent pas de la sorte, que des « vrais » débats accompagnent les amendements de la Constitution, que nul acteur politique et social ne soit exclu. Ils auront souhaité que le Pouvoir arrête sa fuite en avant, qu’il pallie à la logique du rapport de force, de la violence politique, de l’exclusion et de l’arbitraire à laquelle il recourt dans les temps difficiles en instituant la culture du dialogue, du consensus, du débat et de la transparence. Ils auront espéré que le Pouvoir tourne la page du « passé »  en engageant des vraies reformes qui permettront à la Tunisie de redevenir la République qu’elle aspirait à être .

Dans quelques heures des Tunisiens iront voter. Seront-ils sincères ? Peut être …. autant que la girouette l’est, qui tournant, tournant, avait fini par dire «  C’est le vent qui tourne, c’est le vent ». D’autres nostalgiques des années 87,88,89 les années de la liberté ne cessent de déplorer ce suicide politique, ce Referendum – Hémorragie ..cette Tunisie qui ne mérite pas tant d’ingratitude.

Dans quelques heures des Tunisiens iront voter, ils diront « Oui ». D’autres Tunisiens diront « Non » – à visage découvert- « Non ». Rêvant d’un avenir meilleur  pour le pays que ce présent, ils ont espéré le servir de l’intérieur, tendre leurs mains aux autres Tunisiens pour gagner les vrais défis qui se profilent à l’horizon : Ce sous-développement politique, économique et social. Ils ont nourrit l’espoir d’une réconciliation nationale. Mais, orphelins et forcenés de ce même espoir, ils sont convaincus cependant qu’en faisant un premier pas sur le chemin de l’émancipation de la servitude et du mensonge, le prix à payer pour se purifier serait assez cher : une privation de liberté ou des années d’exil. Qu’importe devant la dignité retrouvée.
 

Un Enfant de la République
Sami Ben Abdallah

 
UN PARCOURS EN DROITE LIGNE : DE LA MÉDECINE AUX DROITS HUMAINS

Tunisie – Contre le pouvoir « primitif »,
UNE SOLUTION : LA DÉMOCRATIE

jeudi 28 mars 2002,

 par Giovanna Calabrese

C’est avec le talent propre aux pédagogues que Moncef Marzouki, un neurologue tunisien, s’adresse au public en ce 9 mars 2002. Pédagogue, il le fut, brillant même. Il occupait en effet, une chaire de médecine à Sousse. Mais le médecin est aussi un militant actif de la défense des droits humains. Rien là de très répréhensible sans doute. Certes, mais le régime tunisien ne l’entend pas ainsi. Pour être le porte-voix des dysfonctionnements du régime qui se répercutent notamment sur la santé des plus démunis dans son pays, Moncef Marzouki aura à subir les pires harcèlements, la perte de son poste à la faculté et finalement le confinement à domicile. Moncef Marzouki n’est pourtant pas homme à se démettre de ses engagements : jugez-en plutôt !

Présentation

Médecin, praticien et citoyen au sens plein du terme, Moncef Marzouki a défendu tout au long de sa carrière la défense des droits humains ainsi que la promotion de la santé publique. Le professeur Marzouki est diplômé de la Faculté Médicale de Tunis. Il a fait sa spécialité de neurologie en France. Il fut ensuite enseignant à la Faculté de Sousse. Très vite, se posèrent à lui de nombreuses questions sur le pourquoi et le comment des dysfonctionnements sociaux et économiques qui se répercutaient de façon importante sur la santé du petit peuple et qui, en fait, reproduisaient sans doute les dysfonctionnements du système politique. Un système politique du parti unique depuis 87, depuis que le très vieux Président Bourguiba avait été écarté par le Président Ben Ali, qui, d’élections en élections, reste depuis au pouvoir et qui veut se représenter pour un quatrième mandat, ce qui est en principe interdit par la Constitution tunisienne. Partant du besoin des gens, M. Marzouki amorçait une politique de santé totalement innovatrice et novatrice. Il demande en effet à de jeunes médecins de s’occuper des plus démunis, de les écouter et partant de là, de réaliser une médecine plus communautaire. C’est ainsi que M. Marzouki quitte peu à peu la quiétude d’une belle carrière et d’une belle position sociale pour dénoncer haut et fort le régime tunisien. De 1989 à 1994, il dirige la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et est immédiatement en butte aux sanctions des autorités. Il fait alors plusieurs mois de prison. Ensuite, il fonde le Conseil National pour les Libertés en Tunisie, parti officiel, mais comme pas mal de partis, interdit. Affrontements et escalades s’intensifient en 2000 ; menaces de prison, début des procès et surtout, licenciement de sa chaire de Sousse. Moncef Marzouki se retrouve alors sans travail bien qu’il soit père de famille. En 2001, des condamnations tombent après des procès à l’objectivité plus que douteuse. C’est en 2000 et 2001 que commencent en France, en Belgique et en Suisse, des mouvements en sa faveur. La France lui offre et crée à son intention un poste de professeur associé en santé publique à l’université de Paris-Bobigny. Les médecins belges s’unissent, les hommes politiques étrangers se mobilisent. M. Marzouki est condamné à un an de prison avec sursis, certes, mais c’est le début de longs mois de harcèlements policiers intenses et éprouvants qui le condamnent peu à peu à l’isolement. Ses communications sont surveillées, son téléphone mis sur écoute, son courrier intercepté et il est bientôt empêché d’aller autre part que sur le trottoir, dans la rue, ou chez lui avec interdiction d’entrer dans quelque habitation que ce soit. Le courrier électronique est alors pour lui sa bouée de secours. Sous la pression, les gouvernants tunisiens cédent brusquement : en décembre dernier M. Marzouki a pu embarquer pour la France où il retrouva sa famille et l’université.

Conférence du professeur Marzouki

« Merci de m’accueillir ici. Quand j’entends cette présentation je me dis « c’est arrivé à moi tout cela ? ». Bien sûr tout cela fut dur, mais on peut résister à beaucoup si on a un minimum de foi et de solidarité. Fort heureusement, la foi, je l’avais, et la solidarité aussi. Celle entre autre d’Amnesty International que je tiens ici à remercier, la solidarité de médecins du monde entier et notamment celles des collègues belges à qui je rends un très vibrant hommage. J’avais aussi la solidarité des femmes et des hommes qui sont restés en Tunisie et qui malheureusement pour beaucoup sont inconnus. J’avais rédigé un papier qui s’appelle « les anonymes ». En réalité, ce sont les anonymes qui sont le sel de la terre et si j’ai eu la chance d’être connu et d’avoir été médiatisé, je ne dois pas oublier que je suis un anonyme qui a « réussi ». Mais, combien y-a-t-il encore d’anonymes qui attendent qu’on parle d’eux ? Car, à terme au-delà des droits de l’individu se pose bien le problème du droit des individus autrement dit, du droit des peuples. Il faut pour cela s’en prendre à la source du mal et cette source c’est la dictature. C’est uniquement quand on frappe la dictature au cour, que les choses s’améliorent.

De la difficulté d’être militant aujourd’hui

Il y a une réelle difficulté aujourd’hui à être un militant des droits de l’homme. Aujourd’hui, je suis resté pendu au téléphone, je n’arrivais pas à avoir du tout mes amis à Tunis, toutes les lignes étaient coupées : normal, puisqu’ aujourd’hui devait se tenir le procès d’Hamma Hammami.

C’est un très grand éditorialiste, un militant des droits de l’homme, des libertés, un homme de grande valeur, fin, élégant, pacifique . un intellectuel qui a été torturé sous Bourguiba, qui a fait des années de prison et qui a vécu pendant des années en clandestinité, quatre années de clandestinité !

Il y a peu, sortant de la clandestinité, il s’est livré à la justice. Et il a été condamné à une parodie de procès qui a duré trois minutes ! Il a été condamné, tenez-vous bien, à neuf ans et trois mois de prison. Bien que très malade, il fait actuellement grève de la faim (ndlr : arrêtée depuis). J’ai des souvenirs très émouvants de lui. Un jour, alors qu’il vivait encore dans la clandestinité, quelqu’un est venu me dire qu’il était gravement malade et je suis allé le voir. On change trois fois de voiture, on fait des trucs, enfin c’est du James Bond quoi ! Lorsque je suis arrivé, j’ai trouvé Hamma Hammami en état de crise, il soufrait d’une colite néphrétique. En fait, il avait besoin tout autant de me rencontrer en tant qu’ami, qu’en tant que médecin. Donc, cet homme d’honneur, de compétence est actuellement en prison. Pourquoi ? Parce qu’il a tout simplement voulu que la démocratie s’instaure et que le droit du peuple soit respecté. Il est marxiste et porte-parole du PCOT (Parti Communiste tunisien), un parti d’extrême gauche. Il est très proche des ouvriers et il n’a jamais usé de violence. C’est pourtant bien cet homme pacifique qui est condamné. Cela me ramène à l’ensemble du problème, car Hamma « n’est » qu’une de ces milliers de personnes qui ont transité devant ces pseudo-cours de justice et qui ont été torturées.

Pas de lanterne magique

Mais que se passe-t-il donc dans ce pays ? Il se passe tout simplement que la Tunisie est une dictature. Et qu’est-ce qu’une dictature ? C’est un régime pathologique, au sens médical du terme, pathologique où un homme se prend pour Dieu et considère que l’humanité qu’il gère, ces millions de Tunisiens, sont son troupeau. Un troupeau dont il est le pâtre et sur lequel il a droit de vie ou de mort. C’est le pouvoir primitif, un pouvoir absolu , le pouvoir du début des temps. C’est un pouvoir déplacé puisque c’est un mode d’exercice de la responsabilité qui consiste à considérer l’Etat comme un butin de guerre, dont on va disposer à sa guise. Autour de cet homme qui se prend pour Dieu, il y a la famille, qui elle, se prend pour « les quarante voleurs ». L’Etat, c’est la caverne d’Ali Baba et les quarante voleurs s’emparent des « Sésame, ouvre-toi », en l’occurrence : la police, la violence, etc . Ils se partagent ainsi le pays. Contre ce pouvoir « primitif » du début des temps – qui en même temps a une dimension de l’ordre de « l’éternel », car ce qui est en nous de primitif est à la fois du début des temps et malheureusement de la fin des temps et nous ne sommes que des primitifs permanents qui essayons de nous civiliser – il y a la démocratie ; cette volonté de mettre au point une alternative à la sauvagerie, le mode primitif par excellence de l’exercice du pouvoir. Hamma fait partie de ces hommes qui veulent que la Tunisie soit un pays civilisé, qui ne soit pas gouverné par un système qui s’apparente à celui du début des temps. Cette lutte, nous la menons depuis 30 ans, mais cela devient chaque jour un peu plus difficile. Il y a une espèce de malédiction qui semble s’acharner sur les pays du Sud de la Méditerranée. Depuis longtemps nous nous battons pour cette 2 ème indépendance car cet Etat n’est plus au service de la population. Il est au service de cette pseudo-famille dont j’ai parlé. Alors que nos pères se sont battus pour la 1ère indépendance contre l’occupant étranger, nous, nous nous battons contre l’occupant local, national, indigène. Pour nous, la Tunisie est vraiment un pays occupé. Si vous vous rendez en Tunisie, vous y verrez une police omniprésente. Les Tunisiens n’ont droit qu’à ce que la dictature veut bien leur concéder.

11 septembre . comme un voile noir

Face à cette dictature, nous voulons la mise en place d’une démocratie. Cependant, ce processus est bloqué par une série de malchances. Depuis le 11 septembre, nous avons l’impression d’avoir régressé de 30 ans.

Que s’est-il passé après le 11 septembre ? Déjà être militant des droits de l’homme avant le 11 septembre, ce n’était pas facile, mais maintenant cela devient une opération impossible et cela pour 3 raisons :

La première, c’est que nous avons régressé au niveau du discours des droits de l’homme, un discours que nous voulions, nous les démocrates, implanter au niveau du pays. Face au discours du pouvoir primitif, le chef, le parti unique, le culte de la personnalité, la force, la brutalité, la culture de domination, le machisme etc , et face au discours intégriste qui prône le retour à une pureté éthique, moralisant, autoritaire et autoritariste, face à ces deux discours, nous avions développé un autre discours qui consiste à dire que c’est par les institutions démocratiques que nous arriverions à solutionner ces problèmes. Ce discours-là évidemment a de plus en plus de mal à passer dans la population tunisienne.

Des regards différents

La population a réagi aux événements du 11 septembre de façon choquante à mes yeux : elle était « contente » de ce qui s’était passé. Je disais aux gens dans la rue -car nous sommes très proches du peuple et nous avons la possibilité de lui parler- « attention, vous êtes en train d’applaudir un crime : ces New Yorkais qui sont morts, ce sont des civils et des innocents ». Les gens rétorquaient : « Regardez ce que les Américains ont fait comme crime avec les enfants irakiens, les enfants palestiniens . ». C’est vrai, mais un crime qui se surajoute à un autre crime, n’efface pas le crime initial. Ainsi le crime du mois de septembre n’efface pas lui non plus les autres crimes commis par les Américains, il s’ajoute à la liste. Ce discours ne passe évidemment pas et les Tunisiens assimilent le discours des droits de l’homme comme ipso- facto au fait que la démocratie, est fondée sur des valeurs occidentales. Or, ils n’en veulent pas, ils ne veulent plus rien de l’Occident, ce y compris ses démocraties parce que, de toute façon derrière la démocratie, il y a beaucoup d’autres choses moins nettes.

« On vous l’avait bien dit »

La deuxième raison, c’est que nous avons à faire désormais à une dictature tout à fait déchaînée qui dit « Oui, nous avons eu raison, c’est nous qui avions compris, notre dictature était là pour maintenir l’ordre, pour casser l’islamisme. Regardez ce que l’islamisme a fait, nous avons bien la légitimité pour nous ». .Ce qui leur permet à la fois de justifier la répression d’avant et de préparer celle qui va venir. Les dictatures dans le Sud ont donc été revigorées par les événements du 11 septembre.

Il faut bien comprendre une chose, l’une des excuses de la dictature dans les mondes arabes, que ce soit en Egypte, ou en Algérie par exemple, c’est la lutte contre l’islamisme. Du moment que le terrorisme islamique a frappé l’Occident, les gouvernants se sont sentis pousser des ailes. Encore une fois, ce ne sont que des excuses parce que Ben Ali n’a jamais combattu les terroristes, mais les démocrates. Qui plus est, les islamistes en Tunisie, ce sont des islamistes politiques, ce ne sont pas des terroristes, mais enfin l’amalgame est vite fait.

Démocrates à leurs heures

La troisième raison pour laquelle les militants des droits de l’homme ont des difficultés est une question de responsabilité qui renvoie à la vôtre. Je vais être très franc. Comme démocrates, nous avons choisi d’adopter des valeurs démocratiques, dites occidentales. Pour nous, elles ne sont pas seulement occidentales mais universelles. Après tout, personne aujourd’hui ne dirait plus que l’algèbre est une science arabe. Il en va toujours ainsi quand quelqu’un invente quelque chose de positif. Ce quelque chose qui lui appartenait devient quelque chose d’universel, la propriété de tout le monde. Au moins, pour ce qui est de la démocratie, on sait que c’est la propriété de tout le monde. Mais malgré tout, il y a quand même une responsabilité des Etats occidentaux. Or, nous sommes absolument scandalisés par le comportement des hommes politiques occidentaux quand ils viennent dans nos pays. Ce ne sont que louanges pour la dictature et Ben Ali. Ce ne sont que discours dithyrambiques sur Ben Ali, la démocratie, la stabilité etc. Ce discours-là constitue un appui franc et massif à toutes les dictatures. Pour nous tout cela pose un grave problème. Qu’est ce donc que ces démocrates qui sont démocrates chez eux et qui chez nous viennent appuyer la dictature ? Est-ce du mépris, considèrent-ils que nous ne sommes pas dignes de la démocratie ? Chirac a dit il y a quelques années : « la démocratie c’est pour les pays occidentaux et chaque peuple a son rythme pour la démocratie . ». C’est comme si on nous disait, « nous avons des besoins physiologiques, mais vous n’en avez pas ». Parce qu’en général, les gens imaginent que la démocratie c’est les élections. En réalité, les élections, ce n’est qu’une partie de la démocratie. Pour nous, ce sont la justice indépendante, la liberté d’expression, la liberté d’association qui constituent ses bases. Donc venir nous dire que les peuples du Sud ne sont pas mûrs ou dignes de la démocratie, cela veut dire en clair que moi, je peux passer devant un juge acheté, moi, je n’ai pas le droit de m’exprimer, je ne suis pas assez mûr pour m’exprimer. Or donc, depuis le 11 septembre, les Etats démocratiques et notamment les Etats-Unis s’y mettent à fond pour appuyer les dictatures dans le Tiers Monde. Et voilà donc une raison de plus pour nous rendre la vie impossible et qui nous empêche de faire passer le discours des droits de l’homme auprès des populations. Tout le monde nous rétorque « Mais dis, de quelle démocratie tu parles ? Tu as vu ce Chirac, tu as vu ce ministre X ? Ils sont démocrates chez eux, mais ils viennent appuyer la dictature ici. Mais de quoi tu nous parles à la fin ? Nous, pour s’en sortir, il faut qu’on retourne à nos valeurs islamistes ; la démocratie c’est du bidon. » Ces démocrates sont en fait de faux démocrates, parce que quand on est vertueux, on n’est pas vertueux en deçà de la frontière et vicieux au-delà. Difficile de les entendre pérorer alors de la démocratie et des droits de l’homme. Et c’est en cela que consiste la responsabilité de l’opinion publique occidentale. Votre rôle est de faire attention et de faire pression sur les gouvernements pour qu’au moins ils arrêtent d’appuyer les dictatures. Parce ce que c’est à la fois une attitude criminelle et contre-productive. Ca veut dire appuyer Ben Ali et nous livrer, nous les démocrates, aux foudres de la dictature, nous sacrifier, nous démocrates, à la police politique pour que le dictateur serve les intérêts immédiats de l’Occident, la lutte contre le terrorisme en l’occurence. D’ailleurs, même au niveau de la lutte contre le terrorisme, c’est une grave erreur d’imaginer que les dictatures sont le paravent des terroristes. C’est elles qui sont à l’origine du terrorisme, c’est à cause de la corruption, de la pauvreté, du chômage que les dictatures s’installent, que les gens ont recours à la fuite, donc à l’immigration sauvage, et qu’ils posent finalement des gestes désespérés en ayant recours au terrorisme. C’est la formule que j’utilise volontiers : c’est prendre les pyromanes pour les pompiers. Or, les démocraties occidentales prennent actuellement les pyromanes pour les pompiers. Ils appuient les dictatures contre les intérêts à la fois des nôtres, et les intérêts occidentaux à long terme.

Il y a évidemment des techniques qui consistent à intercéder directement en ma faveur, en faveur de telle ou telle personne parce que cela ne coûte pas cher et que cela donne bonne conscience. Cela, moi, je le refuse. Quand Chirac est venu – car il est responsable de mon départ de Tunisie ayant fait pression sur Ben Ali, Chirac lui-même sous pression du parlement européen etc – je me suis montré au sortir de ma première déclaration d’une impolitesse et d’une incorrection incroyables. On m’a demandé ce que je pensais de Chirac et j’ai dit que j’en pensais le plus grand mal ; c’est à lui bien sûr que je devais ma libération, mais qu’est-ce cet homme qui vient appuyer la dictature tunisienne ? A mes yeux, la question ne se pose sous les termes de ma propre libération. Je ne veux pas lui donner cette satisfaction de croire que parce qu’il est intervenu pour une personne, cela lui donne le droit de lâcher tout un peuple qui soufre lui, sous la dictature. Ce que Chirac aurait dû faire, c’est de ne pas parler de Marzouki, mais de dire que la France ne veut pas appuyer une dictature, là saurait été un discours fort. Même chose pour le Ministre des Affaires étrangères belge Louis Michel, même chose pour Jean Pierre Chevènement, même chose pour les Américains qui viennent chez nous.

Un « pessi-optimiste »

Voilà donc trois raisons pour désespérer du développement de la démocratie du Tiers Monde.

Mais je vais quand même vous donnez trois raisons pour espérer, parce qu’autrement, cela serait très triste de clôturer sur des notes de désespoir. Il y a des gens qui me disent « es-tu optimiste ou pessimiste » ?

En fait, je suis un grand « pessi-optimiste », un mot inventé par un auteur palestinien ! Vous connaissez bien sûr tous l’histoire du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Objectivement, un homme de science ne peut le voir qu’à moitié plein et à moitié vide. La moitié vide, je viens de la dépeindre, mais la moitié pleine consiste en trois choses.

Debouts !

La première c’est qu’il ne faudrait pas vous imaginer que la Tunisie est un pays de victimes. C’est un pays de résistants. Quand la dictature s’installe, la société civile tunisienne se révèle d’une richesse, d’une puissance et d’une combativité qui me rendent fier. Face à une machine de 130.000 policiers et à une dictature appuyée par des Etats occidentaux, vous avez quelques centaines d’hommes et de femmes qui gardent en vie la résistance, qui contre-attaquent. Quand la dictature casse la presse, la répartie c’est d’inventer le journal électronique ou de créer des télévisions à l’étranger. Quand la dictature casse les partis, on en crée d’autres. Quand la dictature dissout la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, on crée immédiatement le Conseil International pour les Libertés. La dictature cassé le syndicat, un autre voit le jour. La dictature veut utiliser la cause des femmes comme prétexte, car c’est évidemment un grand classique en Tunisie, et immédiatement, il y a une association de femmes démocrates qui se constitue pour dire qu’avant d’être femmes, elles sont citoyennes et que leur combat c’est la liberté d’expression et d’association . les femmes, elles aussi ont refusé de se faire manipuler et d’être un paravent pour la dictature.

Vous voyez à quel point, la société civile s’organise et se bat et ce ne sont pas là de pauvres victimes qui soufrent dans leur coin. Ce sont des femmes et des hommes en lutte.

Des échanges depuis l’aube des temps

Je soulève le deuxième point qui permette d’espérer et j’apporte un correctif à ce que je disais tout à l’heure lorsque je parlais de l’Occident. L’Occident, n’est pas composé des seuls Etats, mais aussi de la société civile occidentale, et de valeurs universelles.. Les gouvernements sont souvent nos adversaires et parfois même nos ennemis, mais les valeurs, elles, sont universelles et il faut en tirer ce qui nous sert ; la société civile est quant à elle est notre allié n° 1. Et cela, c’est quelque chose de formidable, c’est même la chose qui me paraît être la plus positive. C’est ce soutien d’organisations, comme celle d’Amnesty, comme la presse, comme celle des organisations professionnelles de médecins, de syndicalistes, de juristes ., ce lien, indépendant et hors du contrôle des Etats je l’ai vu se tisser, il n’existait pas comme tel dans les années 60 et 70.Ca c’est quelque chose de drôlement positif et c’est ce renforcement des liens entre les sociétés qui va faire échec contre les politiques absurdes des gouvernements. Ce sont les sociétés civiles qui font pression sur les gouvernements pour qu’ils n’appuient pas les dictatures. Cela nous fait un pont de levier chez « l’adversaire » pour l’obliger à changer de politique et construire ensuite les vrais ponts, véritables garants contre cette horrible chose que sont « les guerres de civilisation ». Vous savez, qu’il y a un Américain qui a inventé une « belle » théorie sur la guerre des civilisations ; c’est une belle absurdité car depuis l’aube des temps, les hommes échangent et si on fait le compte des confrontations entre cultures et des guerres, elles occupent une part tout à fait marginale ; en tout cas elles sont majoritairement internes, Européens contre Européens ou Arabes, contre Arabes. Le plus grand nombre sont donc des guerres intestines, civiles, internes et une frange mineure est elle le fait de guerres contre « l’étranger ».

Par contre, les échanges eux, font que les civilisations n’ont pas arrêté de partager depuis l’aube des temps, et c’est à travers la culture et les sociétés civiles que se maintiennent ces extraordinaires échanges, que transitent bon nombre de choses ou d’idées. Ma présence aujourd’hui fait partie de cette collaboration entre les sociétés, de ce pacte de solidarité qui n’est pas soumis au pouvoir primitif de la dictature.

Ces femmes et hommes uniques

Le troisième élément est enfin une élément humain, il est le fait d’individus, de personnes. J’ai vécu en Tunisie des situations extrêmement difficiles et je n’aurais pu tenir sans cet extraordinaire chose qu’est la solidarité entre personnes, entre individus, entre humains. Vous découvrez des hommes et des femmes tout à fait extraordinaires que justement la crise a révélé à eux-mêmes.

Je crois qu’on ne se connaît pas soi-même si on n’est pas mis dans une situation de fonctionnement extrême, c’est-à-dire, de stress, de peur, de pauvreté extrêmes. Ce sont les extrêmes qui nous révèlent à nous-mêmes. Les extrêmes détruisent aussi, les personnes sensibles, fragiles, mais aussi ils font éclore des personnalités absolument extraordinaires. C’est le cas de Radhia Nasraoui (ndlr : avocate de défense de la cause des droits humains des victimes des violations de ces droits). Elle est haute comme trois pommes mais elle terrorise la police politique. Elle leur fait peur et je les ai vu trembler devant elle. Cette femme quand elle rugit c’est une lionne ! Il y a une autre lionne en Tunisie, c’est Sihem Ben Sedrine (ndlr : le 26 juin 2001, Sihem Ben Sedrine, journaliste et porte-parole du Comité National des Libertés en Tunisie – CNLT- fut arrêtée et maintenue en prison jusqu’au 11 août 2001, suite à ses déclarations à la Télévision »Al-Mustaqillah » basée à Londres) tout aussi petite en taille, mais tout aussi terrible. Et cela, ce sont des caractères qui se sont forgés à travers la lutte pour la démocratie et la liberté. Et cela est identique chez les Marocains, les Egyptiens, les Algériens . qui sont exactement dans les mêmes situations. Autant l’on trouve des hommes et des femmes qui assument le rôle de cette sauvagerie qui est en nous tous, autant de l’autre coté, vous avez des hommes et des femmes qui assument cette partie divine. J’ai demandé à des amis bouddhistes à Tunis ce que signifiait le signe de salut qu’ils s’adressent en fermant les paumes des mains l’une contre l’autre et en s’inclinant : « je salue la part divine qui est en vous » m’ont-ils répondu. Je crois que nous avons tous une part divine en nous et c’est cette part-là que les batailles contre une dictature met en lumière partout dans le monde. Et cette lumière, il faut qu’elle continue à briller.

Source : http://www.amnestyinternational.be/doc/article.php3?id_article=244

 

La dictature dans les têtes [extraits]

« La Fête au Bouc », un roman de Mario Vargas Llosa*

Par  Guy Scarpetta

 [ En  1967, deux  jeunes écrivains, le Mexicain Carlos Fuentes et le Péruvien Mario Vargas Llosa, se retrouvent à Londres. Ils en viennent à évoquer, dans leur conversation, l’incroyable galerie de portraits, tragique et bouffonne à la fois, des dictateurs latino- américains : Juan Vicente Gomez, par exemple, président du Venezuela pendant trente ans, qui fit annoncer sa mort de son vivant pour pouvoir châtier ceux qui s’en réjouissent ; ou le Bolivien Enrique Peñaranda, dont la mère déclara un jour : « Si je savais que mon fils deviendrait président, je lui aurais fait appendre à lire et à écrire… »…]

[La deuxième ligne d’intrigue nous fait pénétrer dans l’intériorité de Trujillo lui-même, peu avant sa mort, au moment où il est à la fois désavoué par l’Eglise, lâché par son « protecteur » américain, où tout autour de lui se forment les conspirations visant à l’élimineret où il s’accroche cependant au pouvoir, s’assure de la fidélité de ses services de  police à sa botte (les sinistres caliés), met ses collaborateurs à l’épreuve,  persiste dans l’exercice d’une dictature fondée sur la menace, les tortures, les exécutions, la corruption, le soupçon, les humiliations, les manipulations, avant de tomber sous les balles de quelques jeunes conjurés…]

[ Tout un monde, donc, ressuscité, comme s’il n’était pas de meilleure façon pour faire éprouver la vérité d’une dictature que de la saisir au moment où elle commence à se décomposer. Saisissante représentation des coulisses du pouvoir : un univers de peurs, de lâchetés, d’humiliations, de ressentiments, de rivalités secrètes, de manœuvres tortueuses, de conflits d’intérêt. La confusion, entretenue par le tyran, des affaires publiques et privées. La confiscation des richesses et de pans entiers de l’appareil productif à son profit personnel. Le népotisme généralisé (malheur à qui ose s’opposer aux enfants du dictateur, fussent-ils notoirement stupides, corrompus, incompétents). Le droit de cuissage élevé au rang d’une institution. Le contrôle et la falsification de l‘information. Le climat d’incertitude permanente que Trujillo se complaisait à entretenir autour de lui chacun, même dans le cercle le plus rapproché, étant susceptible  à tout moment d’être frappé de disgrâce, le plus souvent sans même pouvoir saisir les raisons de sa défaveur…

 On aurait tort, cependant, de ne voir dans La Fête au Bouc qu’une simple chronique des ces années noires de Saint-Domingue. Car c’est bien en romancier que Vargas Llosa aborde tout cela, à travers une foule d’anecdotes concrètes – et en nous faisant sentir, surtout, ce qu’aucun historien ne saurait restituer : la vie intérieure, jusqu’en ce  qu’elle a de plus trouble, des personnages liés au drame. A commencer par la folie de Trujillo lui-même : personnage tout à la fois médiocre, intensément mégalo, implacable, dénué de tout sens moral, constamment soupçonneux, maladivement maniaque, méticuleux, honteux du sang noir qu coule dans ses veines (il poudre son  visage pour dissimuler toute trace de négritude, dans une sorte de dénégation obsessionnelle), compensant sa déchéance physique (c’est  l‘époque où il est sujet à des accès d’incontinence) par un surcroît de cruauté, redoutable manipulateur d’hommes mais tellement enivré par sa propre puissance qu’il en vient à s’aveugler sur la réalité, à devenir incapable, in fine,  d’admettre que le rapport de forces en sa faveur a commencé à se retourner…]

Le monde diplomatique, mai 2002, pages 32, 33.

 * Mario Vargas Llosa, la Fête au Bouc, traduit de l’espagnol (Pérou) par Albe Benoussan, Gallimard, coll. Du monde entier, Paris, 2002, 606 pages, 23,5 euros.

 

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