9 novembre 2008

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TUNISNEWS

8 Úme année, N° 3092 du 09.11.2008

 archives : www.tunisnews.net  

 


CCTE: Zakia Dhifaoui violĂ©e et torturĂ©e – Ben Ali doit ĂȘtre jugĂ© par la Cour PĂ©nale Internationale Bakchich: Le Quai d’Orsay s’alarme de la mainmise de Ben Ali sur l’internet tunisien Taoufik Bachrouch: DĂ©mocratie et modernitĂ© Le Temps: RĂ©union, hier, du comitĂ© central du PDP – Les Ă©chĂ©ances Ă©lectorales de 2009, au menu Le Temps: Essai “De mon pays… ” (Journal d’un citoyen ordinaire) De KhĂ©mais Khayati Le Monde: Un mandat de trop


Le site provisoire de KALIMA: http://kal.mediaturtle.com


Projet de récolte de dons en faveur des prisonniers politiques libérés

 
AprĂšs la libĂ©ration des prisonniers politiques le 5 novembre 2008, VĂ©ritĂ©-Action lance une campagne de rĂ©colte de dons en leurs faveurs, pour effectuer des contrĂŽles mĂ©dicaux. But de la campagne RĂ©colte de dons pour la prise en charge mĂ©dicale des prisonniers politiques en Tunisie. EchĂ©ances Du 6 novembre au 31 dĂ©cembre 2008 Mention et coordonnĂ©es bancaires Un compte spĂ©cial est ouvert en faveur des prisonniers politiques N° de Compte CCP: 92-430942-6 VĂ©ritĂ©-Action 1701 Fribourg IBAN (Saisie Ă©lectronique): CH4509000000924309426 IBAN (Impression sur papier): CH45 0900 0000 9243 0942 6 BIC: POFICHBEXXX Adresse: Swiss Post – PostFinance Nordring 8 3030 Bern Switzerland Service des finances
Vérité-Action Mehdi Ben Hamida Tél. +41 78 715 96 35 Email: admin@verite-action.org

Collectif de la CommunautĂ© Tunisienne en Europe 1 rue Cassini – 75014 Paris – TĂ©l . 01 43 29 68 98

Zakia Dhifaoui violĂ©e et torturĂ©e Ben Ali doit ĂȘtre jugĂ© par la Cour PĂ©nale Internationale

Nous venons d’apprendre avec colĂšre et consternation les sĂ©vices sexuels dans les geĂŽles de Ben Ali dont a Ă©tĂ© victime une journaliste militante membre du Forum dĂ©mocratique pour le travail et la libertĂ© (FDLT), et membre de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) suite aux manifestations de soutien aux syndicalistes du bassin minier de Gafsa. Dans une interview accordĂ©e au quotidien suisse Le Temps, quelques heures aprĂšs sa libĂ©ration, Madame Dhifaoui a eu le courage de parler avec pudeur de son calvaire : «J’ai passĂ© trois mois et dix jours Ă  la prison de Gafsa. Au dĂ©but, j’ai Ă©tĂ© violĂ©e. Aujourd’hui, je suis en bonne santĂ©, mon moral est bon et je n’ai qu’une idĂ©e en tĂȘte: continuer mon travail de journaliste et de politicienne. Mais je ne sais pas si j’aurai le droit de le faire.» (Voir Le Temps du 7 novembre 2008, et Tunisnews, mĂȘme date, interview accordĂ©e Ă  Isolda Agazzi, InfoSud). Nous savons que la plupart des autres dĂ©tenus dans la mĂȘme affaire ont aussi Ă©tĂ© torturĂ©s, comme l’ont Ă©tĂ© et le sont encore une importante proportion des prisonniers politiques depuis l’accession du gĂ©nĂ©ral Ben Ali aux affaires en 1984. La torture et le viol pratiquĂ©s Ă  grande Ă©chelle en Tunisie benalienne constituent selon les critĂšres de l’ONU un crime contre l’humanitĂ©. Ils constituent aussi des armes faciles mais efficaces entre les mains du rĂšgime pour semer la terreur dans tout le pays. Ben Ali l’a compris depuis qu’il a pris ses fonctions de premier flic en 1984. La torture est pour lui la baguette magique qui fait de tout Tunisien un mouton, parce que humiliĂ© et terrorisĂ©. Nous demandons que ces crimes qui perdurent depuis 24 ans en Tunisie – pour ne compter que le rĂšgne benalien – soient dĂ©noncĂ©s et combattus avec la derniĂšre Ă©nergie par tous les Tunisiens. Nous demandons que le premier responsable de ces crimes et donneur d’ordre le gĂ©nĂ©ral Ben Ali soit arrĂȘtĂ© et jugĂ© avec ses complices et exĂ©cuteurs devant la Cour pĂ©nale internationale pour crimes contre l’humanitĂ©. Nous demandons aux militants de se mobiliser sĂ©rieusement contre ces flĂ©aux que sont la torture et le viol des femmes qui gangrĂšnent toute notre sociĂ©tĂ© et qui sont la clĂ© de voĂ»te de tout le systĂšme de terreur policiĂšre. Nous exprimons Ă  Madame Zakia Dhifaoui les sentiments de notre solidaritĂ© et nous lui apportons notre sympathie pour ce qu’elle a subi de la part de brutes inhumaines, et nous l’encourageons Ă  porter plainte auprĂšs de la Cour pĂ©nale internationale contre ses bourreaux et contre leurs donneurs d’ordres. Le Bureau Paris, le 9 novembre 2008  

Télégramme diplomatique

Le Quai d’Orsay s’alarme de la mainmise de Ben Ali sur l’internet tunisien

par Nicolas Beau Le prĂ©sident tunisien Ben Ali fĂȘte le 7 novembre, date anniversaire de son arrivĂ©e au pouvoir. Un rĂšgne sans la moindre libertĂ© d’information, comme le regrette l’ambassadeur de France. Les prĂ©sidents français successifs devraient Ă©couter davantage leurs diplomates. Le 28 fĂ©vrier 2006, Jacques Chirac, alors chef de l’Etat, prenait sa plus belle plume pour fĂ©liciter son « ami » Ben Ali de la libertĂ© d’information qui rĂ©gnait Ă  Tunis. Et Chichi en voulait pour preuve le sommet qui venait d’ĂȘtre tenu Ă  Tunis pour faire avancer les nouvelles technologies de l’information, dont Ă©videmment le Net. Lequel Net est, on le sait, totalement verrouillĂ© et surveillĂ© par des dizaines de flics, qui disposent de somptueux locaux un peu Ă  l’écart de la capitale. Lors de son sĂ©jour en Tunisie ce printemps, Nicolas Sarkozy chaussait les babouches de son prĂ©dĂ©cesseur et s’extasiait des progrĂšs rĂ©alisĂ©s par le prĂ©sident Ben Ali sur le chemin des libertĂ©s. Et tant pis si la sous ministre Rama Yade n’a pas eu le droit de rencontrer, lors de ce voyage, la moindre reprĂ©sentante de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne. Le 28 fĂ©vrier 2006, Chirac fĂ©licitait son ami Ben Ali pour la libertĂ© qui rĂ©gnait en Tunisie en matiĂšre d’information “Facebook”, rĂ©vĂ©lateur de la chape de plomb tunisienne Les PrĂ©sidents français devraient consulter davantage leur propre diplomatie. Apparemment, les agents du Quai d’Orsay sur place ont une vue moins rose des progrĂšs rĂ©alisĂ©s par les autoritĂ©s tunisiennes en matiĂšre de libĂ©ralisation. Dans un tĂ©lĂ©gramme diplomatique rĂ©digĂ© Ă  la fin de l’étĂ©, l’ambassadeur de France Ă  Tunis dresse un constat sombre de la libertĂ© d’information en Tunisie. A une rĂ©serve prĂšs, le rĂ©seau Facebook a Ă©tĂ© finalement autorisĂ©, aprĂšs de longues hĂ©sitations, comme le rĂ©sume le diplomate au dĂ©but de son tĂ©lĂ©gramme. « A dĂ©faut de pouvoir exprimer une opinion libre dans les enceintes traditionnelles, les Tunisiens, les jeunes et les intellectuels en particulier, se tournent vers Internet, comme en tĂ©moigne le succĂšs rencontrĂ© par le site internet de rĂ©seau social Facebook. La question de la censure de ce site s’est rĂ©cemment posĂ©e, avant d’ĂȘtre Ă©cartĂ©e par le chef de l’Etat lui mĂȘme. » Dans un tĂ©lĂ©gramme diplomatique datĂ© du 3 septembre 2008, l’Ambassadeur de France en Tunisie regrette “le contrĂŽle Ă©troit” du rĂ©gime de Ben Ali sur le net Pourquoi quelque 22000 tunisiens se sont tournĂ©s vers Facebook ? Et bien, les diplomates français l’expliquent fort bien, comme on peut le lire dans le document que nous publions ci dessus : censure des sites d’information alternative sur la Tunisie, d’ONG internationales de dĂ©fense des droits de l’homme, de partis d’opposition tunisiens et mĂȘme des sites de partage de vidĂ©os “you tube” et “daily motion”
.. « Un mĂ©dia politisĂ© Ă  la marge » L’essentiel des internautes de Facebook, comme l’analyse toujours l’ambassade de France, se passionnent pour des sujets plutĂŽt anodins sur le plan politique : la culture, le sport, la tunisianitĂ© ou encore la bi-nationalité . Ce qui a inquiĂ©tĂ© le rĂ©gime, c’est que mĂȘme si elle reste trĂšs minoritaire, la politique s’est invitĂ©e, ces derniĂšres semaines, sur Facebook. La plupart des dĂ©bats sur l’environnement et la laicitĂ© ne prĂȘtaient pas vraiment Ă  consĂ©quences. Le mĂ©dia, comme le constatent les diplomates, Ă©tait « politisĂ© Ă  la marge ». Ben Ali Ă©trangle l’Internet tunisien © Khalid Mais il a suffi que quelques internautes courageux (d’autant plus que sur Facebook, ils ne sont pas anonymes), Ă©voquent les Ă©vĂ©nements sociaux de Gafsa pour que la police tunisienne prenne peur. Une brĂšche Ă©tait ainsi créée, la chape de plomb commençait Ă  se fissurer. Ce que rĂ©sume parfaitement, lĂ  encore, les diplomates français sur place : « La fermeture de Facebook durant une semaine laisse percevoir la tentation d’une partie du systĂšme sĂ©curitaire d’empĂȘcher ce qu’il ne contrĂŽle pas ». « Une partie » ! Cette prudence est Ă  l’honneur de la diplomatie française. Et le tĂ©lĂ©gramme diplomatique de faire Ă©tat, en conclusion, de la volontĂ© affichĂ©e de Ben Ali de s’ouvrir aux nouvelles technologies : « La rĂ©alitĂ© vĂ©cue par tout internaute tunisien, conclut le diplomate, empĂȘche d’y croire sans nuance. » On ne saurait mieux dire ! (Source : « Bakchich » (Satirique – France), le 7 novembre 2008) Lien : http://www.bakchich.info/article5733.html  

Démocratie et modernité

Prof. Taoufik Bachrouch La modernitĂ© se prĂ©sente comme un substitut Ă  l’hĂ©ritage, pour avoir Ă©tĂ© l’arme indispensable d’une certaine Tunisie nouvelle engagĂ©e dans un processus de rĂ©orientation vers l’avenir au moyen d’une mise Ă  niveau continuelle engagĂ©e depuis le XIXe siĂšcle. Le moment est venu d’en dresser un bilan critique et d’en apprĂ©cier les rĂ©sultats. L’on peut d’ores et dĂ©jĂ  affirmer que la distance est grande entre les aspirations et les rĂ©alisations. Le changement, pour rĂ©el qu’il fĂ»t, a Ă©tĂ© bien plus, en dĂ©finitive, quantitatif que qualitatif, et reste Ă  distance fort respectable des secteurs scientifiques de pointe et de la technologie avancĂ©e de rang international. Nous demeurons de simples consommateurs de sciences et des producteurs de savoir par la bande. L’état de notre recherche en tĂ©moigne. Son rendement est discutable. Ses rĂ©sultats laissent Ă  dĂ©sirer. L’inĂ©gal dĂ©veloppement reste toujours poignant ; il se creusera, aussi longtemps que le retard scientifique ne sera pas rattrapĂ© ; et il ne le sera point dans des dĂ©lais prĂ©visibles, croyons-nous, Ă  l’allure oĂč nous allons. Nos Ă©lites sont portĂ©es vers l’apprentissage, l’emprunt, le mimĂ©tisme, le pastiche, le dĂ©calquage, la contrefaçon, la duplication et la reproduction bien plus que vers la dĂ©couverte, la crĂ©ation et l’innovation, celles qui s’illustrent par des brevets d’invention dĂ»ment authentifiĂ©es et un rayonnement scientifique avĂ©rĂ©. Nous sommes des Ă©lites de service et d’application plutĂŽt que des Ă©lites pourvues d’un fort potentiel d’invention et d’autodĂ©passement.     OĂč en sommes-nous en effet de l’équation improbable : modernisation = libĂ©ration = progrĂšs ?  L’effort de modernisation ne doit-il pas cĂ©der la place Ă  une reprĂ©sentation plus complexe et plus subtile du devenir scientifique, et surtout plus performante par ses rĂ©sultats, dans le dessein de faire Ă©voluer positivement l’Etat Nation, capitaliser de plus en plus les acquis de la rĂ©volution scientifique en marche en y contribuant nĂ©cessairement, et bĂątir la dĂ©mocratie rĂ©elle, celle des sciences pour commencer, et non pas celle d’une religion prĂ©tendument rĂ©novĂ©e, source de divisions qui dĂ©chaĂźnent les passions. L’ordre des prioritĂ©s a Ă©tĂ© inversĂ©. Les sciences dures sont de nature Ă  rationaliser l’esprit religieux, pourvu que l’on serve, Ă  l’intention de son public, une dose homĂ©opathique de spiritualitĂ©. Elles sont plus efficaces dans la promotion de la raison que la critique discutable du legs religieux.   Saint-Just lançait bien dans le feu de la RĂ©volution : « N’imitez rien de ce qui est passĂ© avant vous, l’hĂ©roĂŻsme n’a point de modĂšle ». Cela aurait dĂ» ĂȘtre notre devise. Nous devrions ĂȘtre notre propre modĂšle. Ce n’est point en voulant imiter la libertĂ© des Français ou celle des AmĂ©ricains que nous allons forger forcĂ©ment la nĂŽtre. Et pour preuve le fait que nous ne sommes pas plus libres encore, quant au fond.  Du point de vue de notre rapport aux autres, ne convient-il pas d’admettre que dĂ©sormais l’imitation politique doit ĂȘtre condamnĂ©e dans sa dimension servile, pour cĂ©der la place Ă  des traditions proprement nationales Ă  crĂ©er, surtout celles qui n’excluent pas le peuple et qui ne bannissent pas les meilleurs. La condition de la modernitĂ© est que dĂ©mocratie ne doit pas rimer avec mĂ©diocratie. Si seulement elle accordait l’impĂ©ratif d’égalitĂ© au sein du peuple avec l’exigence qui commande de le hausser vraiment. Le rapport PISA sur notre Education ne rassĂ©rĂšne pas.   Depuis le Pacte Fondamental, notre vision libĂ©rale n’a pas eu un solide point de dĂ©part scientifique. InspirĂ©e des sciences politiques, elle a Ă©tĂ© mise au service d’un nouvel autoritarisme Ă  connotation libĂ©rale de façade. Le discours sur la science est devenu un discours programmatique de lĂ©gitimation politique. Les Ă©lites d’alors parlaient confusĂ©ment de la science sans en connaĂźtre les tenants et les aboutissants. Nulle expĂ©rience dĂ©mocratique n’a Ă©tĂ© profondĂ©ment mĂ©ditĂ©e depuis lors pour mettre en commun les actes en conformitĂ© avec les paroles. Quand AthĂšnes rĂ©cusa l’hĂ©tĂ©ronomie (les modĂšles et les lois venant d’ailleurs) et se convertit Ă  l’autonomie (les hommes deviennent strictement les auteurs de leur lois et deviennent responsables de leur destin), elle a pu briller de toutes sa splendeur. Quand constituerons-nous un cercle oĂč circule librement une parole publique, sans avoir Ă  craindre un retour de manivelle ?      OĂč en est-on quand mĂȘme de la modernitĂ© vraie, en tant qu’attitude d’esprit propice Ă  l’ouverture et au changement, mais aussi Ă  l’assimilation et Ă  la recrĂ©ation ? Le changement technique suit son cours en tant que valeur marchande : elle ne procĂšde pas de la crĂ©ation de nos cerveaux ni de la production de nos ateliers. Elle a certes ouvert la voie Ă  notre humanisme moderne, laĂŻcisant et parfois athĂ©e, au dĂ©triment du legs de notre humanisme islamique devenu de peu d’utilitĂ© ici bas, il est vrai, en la matiĂšre. La modernitĂ© ne doit pas consister chez nous en une simple recapitalisation du passĂ©. Elle ne doit pas servir de justificatif pour une simple accaparation des positions de pouvoir, de richesse et de prestige par des Ă©lites compradores. Faute d’exigences mĂ©ritocratiques, nous demeurons des entitĂ©s locales. Aucune universitĂ© tunisienne ne figure sur la liste de ShangaĂŻ limitĂ©e aux cinq cents premiĂšres places dans le monde. Le classement de l’école des Mines de Paris nous a Ă©cartĂ© d’un revers de main de son classement des Top 500. Souvent l’émĂ©ritat n’est pas accordĂ© aux meilleurs, mais Ă  ceux dont le pouvoir est satisfait politiquement parlant. Le pouvoir lui-mĂȘme pĂȘne Ă  se transformer en un ĂȘtre de raison ; il suffit d’observer ses prestations. N’oublions pas que la post-modernitĂ© (critique de la raison, remise en cause du progrĂšs, culture informatique envahissante, dĂ©couvertes en cours de l’infiniment grand Ă  l’infiniment petit, accommodation avec le retour du religieux et de la tradition, renouvellement de la problĂ©matique de la foi, réévaluation du statut des sciences dans la sociĂ©tĂ©, rĂ©percussions des conquĂȘtes spaciales…) sonne dĂ©jĂ  Ă  notre porte, alors que le cycle complet de la modernitĂ© est loin d’avoir Ă©tĂ© achevĂ© sous nos latitudes et conduit Ă  bon terme.
(Source: Le journal “Mouatinoun” organe du Forum DĂ©mocratique Pour le Travail est Les LibertĂ©s (Hebdomadaire – Tunisie) nr 79 du 5 au 12 novembre 2008)
 

Réunion, hier, du comité central du PDP Les échéances électorales de 2009, au menu

 

 
Le comitĂ© central du Parti DĂ©mocratique Progressiste (PDP) a dĂ©butĂ© hier dans l’aprĂšs-midi sa rĂ©union qui devait se terminer tard dans la nuit. Une rĂ©union consacrĂ©e essentiellement Ă  la participation du parti aux Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislative de 2009. Concernant les lĂ©gislatives le PDP a dĂ©jĂ  dĂ©cidĂ© de prĂ©senter des listes dans toutes les circonscriptions. Pour ce qui est de l’Ă©lection prĂ©sidentielle le comitĂ© central du parti, lors de sa derniĂšre rĂ©union tenue en fĂ©vrier 2008 a dĂ©cidĂ© de prĂ©senter la candidature de Me NĂ©jib Chebbi, membre du bureau politique. Mais aprĂšs l’amendement constitutionnel adoptĂ© en juillet dernier cette candidature ne rĂ©pond plus aux conditions stipulĂ©es par l’amendement. Des conditions que remplit la secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du parti Maya Jribi. Donc le comitĂ© central rĂ©uni hier devait dĂ©cider la prĂ©sentation ou non de Mme Jribi Ă  cette Ă©lection. PrĂ©textes La rĂ©union du ComitĂ© central du PDP s’est tenue  Ă  l’Ă©troit au siĂšge du parti. Mme Jribi a tenu avant le commencement de la rĂ©union une confĂ©rence de presse au cours de laquelle elle a exprimĂ© “son Ă©tonnement qu’un parti lĂ©gal comme le PDP et Ă  la veille d’importantes Ă©chĂ©ances Ă©lectorales n’a pas pu louer une salle dans un hĂŽtel pour tenir son conseil central. Tous les hĂŽtels contactĂ©s ont rĂ©pondu par la nĂ©gative prĂ©textant des travaux en cours ou prĂ©tendant qu’ils affichent complets. Des prĂ©textes erronĂ©s que nous dĂ©nonçons” a-t-elle soulignĂ©. NĂ©jib SASSI (Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 9 novembre 2008)

 Essai “De mon pays… ” (Journal d’un citoyen ordinaire) De KhĂ©mais Khayati

Vite : un autodafé
Je trouve que Khayati exagĂšre et qu’il se trompe totalement de pays. Son pays n’est pas le nĂŽtre. Sinon, comment oserait-il nous demander d’exĂ©cuter des performances qui sont au dessus de nos forces et que nous croyons insensĂ©es et inutiles, comme celle de lever nos tĂȘtes, pour dĂ©couvrir les richesses nichĂ©es sur les façades et les balcons des immeubles du Centre-ville ? Ville laissĂ©e par les colons. Quelle inconscience ! Lever les yeux ? Et puis quoi encore ? Voudrait-il qu’on construise une marina et un complexe de cent palaces touristiques du cĂŽtĂ© du centre-ouest ? Lever la tĂȘte ? DĂ©jĂ  que cela fait cinq dĂ©cennies que nous nous efforçons Ă  passer maĂźtres dans l’art de traĂźner les savates, avec les yeux scotchĂ©s Ă  nos orteils tout en priant intĂ©rieurement pour qu’on ne nous remarque pas. Ou du moins, qu’on fasse semblant de ne pas nous remarquer. Comme tout Tunisien qui se respecte, je ne suis pas un mouchard, mais je me dois de dĂ©noncer les actes et les faits, qui agissent contre l’intĂ©gralitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de mon patriotisme. Ce citoyen ordinaire -comme il se dĂ©finit- n’est ni citoyen ni ordinaire. D’ailleurs personne n’est citoyen ordinaire chez nous. Nous sommes tous des ĂȘtres exceptionnels. M. Khayati est un pĂȘcheur en eau trouble. Pire, c’est un fouineur dans les poubelles. Quelqu’un qui nous jalouse parce que nous consommons beaucoup plus que les plus consommatrices des sociĂ©tĂ©s. Alors qu’importe que nous laissons quelques tonnes de nos poubelles valser au grĂ© des brises sur nos trottoirs et nos macadams. AprĂšs tout ils relĂšvent du domaine public. Ils sont donc Ă  nous ! Tout, chez nous, fait mal Ă  ce M. Khayati. D’ailleurs Khayati est un nom qui prĂȘte Ă  confusion. Est-ce vraiment un nom bien de chez nous ? Nous avons plutĂŽt ” Terzi ” en la matiĂšre. Mais Khayati ? Enfin, passons ! M. Khayati a mal que la premiĂšre ville de son pays soit envahie par les hordes des ruraux sans foi ni loi. Par qui voudrait-il qu’elle soit peuplĂ©e ? Par des SuĂ©dois ? Il a mal que cette population crache, insulte, s’habille Ă  la fripe, traĂźne ses savates, se trĂ©mousse Ă  la moindre note de mĂ©zoued, laide, inĂ©lĂ©gante, bĂȘte et mĂ©chante. Nous ne sommes pas des chrĂ©tiens aprĂšs tout. Notre sociĂ©tĂ© n’est pas basĂ©e sur l’amour. Mais sur la haine, les coups bas, l’envie et les rancƓurs et rancunes jamais rassasiĂ©s. On y est habituĂ©s. C’est notre patrimoine et nous en sommes fiers. Mieux, je vois mal comment nous pourrions nous dĂ©finir comme peuple particulier sans ces grandes caractĂ©ristiques si particuliĂšres. Bon, je peux Ă  la limite comprendre que M. Khayati ne voit que le cĂŽtĂ© sombre et dĂ©sespĂ©rant de notre sociĂ©tĂ© (je peux le comprendre non pas parce que je suis dĂ©mocrate -Dieu m’en prĂ©serve mais parce que je suis tunisien). Oui le Tunisien est prĂȘt Ă  tout comprendre du moment qu’on ne lui demande pas ce qu’il en pense (Dieu nous prĂ©serve des mauvaises pensĂ©es et elles le sont toutes !) et surtout  que cela ne touche pas aux bases fondamentales de notre existence comme peuple Ă  part entiĂšre. Et je dois avouer que concernant ce dernier point, M. Khayati ne me paraĂźt pas trop musulman (pour ne pas dire trop catholique). En effet, il dĂ©fend les juifs tunisiens par exemple. Mais il est fou ! OĂč sont-ils tout d’abord ? J’en ai jamais vu. Et puis les noirs… tunisiens. Mais il est fou ! Les noirs tunisiens, tout comme les juifs tunisiens sont aprĂšs tout tunisiens. Un point c’est tout ! De lĂ  Ă  dĂ©fendre les moutons sacrifiĂ©s chaque AĂŻd El Kebir et rejoindre ainsi Brigitte Bardot et le front national, il n’y a qu’un pas que M. Khayati n’a malheureusement pas franchi. Il aurait au moins, ce faisant, gagnĂ© ma sympathie, car je n’ai jamais supportĂ© les bĂȘlements des condamnĂ©s Ă  mort de ces pauvres petites bĂȘtes, chaque veille de l’AĂŻd du sacrifice. Oh, qu’ai-je dit lĂ  ? Que je suis contre le sacrifice des moutons ? Non, jamais. Ce n’est pas moi, je vous jure, M. le citoyen observateur ! Ce n’est pas moi. Moi je suis pour qu’on tue tous les moutons… tous les jours s’il le faut et mĂȘme les chiennes et les chiens et mĂȘme quelques humains pour le dessert. C’est lui Khayati, cet anti-patriote qui nous trouve sales et mĂ©chants, qui n’aime pas nos rues, qui n’aime pas notre sous-vie, qui n’aime pas notre mauvais goĂ»t, qui n’aime pas notre tĂ©lĂ©, nos radios, nos journaux… Qui ne nous aime pas, en un mot. C’est l’influence de ce soi-disant livre,- que nous devrions nous hĂąter de brĂ»ler- sur le cerveau si dignement soumis d’un moins qu’un citoyen au patriotisme inĂ©branlable et que ce chasseur en eau trouble a failli noyer dans les mĂ©andres de l’occidentalisme haineux et de la paĂŻenne laĂŻcitĂ© ! A bas la vision apocalyptique et mĂ©crĂ©ante de KhĂ©mais Khayati et prions pour que nos belles poubelles occupent Ă  jamais nos villes et nos artĂšres et qu’Ă  chaque Ă©veil, comme un vol d’oiseaux paradisiaques, une ribambelle de sacs en plastique nous valsent au grĂ© des brises, sous le ciel bleu azur de notre satisfaction intime et de notre superbe inertie et… Le citoyen observateur arrĂȘta lĂ  ma diatribe : Ă©coutez M. le mouchard ordinaire, nous sommes absolument d’accord avec tout ce qui est dit dans le livre du sieur Kha. Khayati. La seule diffĂ©rence entre nous est qu’il a le courage de s’offusquer de notre si belle et si sale condition alors que nous la trouvons absolument convenable, pour ne pas dire confortable. Et puis 99% des trois derniĂšres gĂ©nĂ©rations que nous venons de former ne lisent plus. (Hamdoullah !) et mĂȘme si elles le voulaient, elles ne comprendraient ” couic ” Ă  la langue antique utilisĂ©e par le sieur ci-citĂ©. (Allah Ghaleb). Enfin ce livre a Ă©tĂ© tirĂ© Ă  1000 exemplaires. Nous en avons acquis 99, 99% soit 999 exemplaires. Le seul qui nous a Ă©chappĂ© est celui que vous avez entre les mains. Mais comme tu nous es acquis, ton exemplaire l’est aussi automatiquement. Un dernier conseil, cependant, cher mouchard ordinaire, dorĂ©navant, occupez-vous de petits malfrats, de petits receleurs, de petits mouchards mĂȘme et laissez nos grands intellectuels Ă©voluer librement dans les relents somptueux de nos poubelles. C’est le moindre cadeau qu’on puisse leur faire. Hechmi GHACHEM  (Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 9 novembre 2008)


Editorial

Un mandat de trop

Dans quelques jours, le prĂ©sident Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, sera formellement autorisĂ© Ă  briguer en avril 2009 un troisiĂšme mandat Ă  la tĂȘte de l’Etat algĂ©rien. Le Conseil constitutionnel a donnĂ© son feu vert, le 7 novembre, Ă  une rĂ©vision de la Constitution. BientĂŽt, le Parlement se rĂ©unira pour “dĂ©battre” de l’utilitĂ© de faire sauter le verrou de la Loi fondamentale limitant Ă  deux le nombre de mandats prĂ©sidentiels. Car on y met les formes, Ă  Alger. Personne n’est dupe, pourtant. L’issue d’un vote dans un Parlement sous contrĂŽle ne fait pas le moindre doute. VoilĂ  deux ans que les partis politiques autorisĂ©s militent pour un nouveau quinquennat de l’actuel prĂ©sident, affirmant qu’il s’agit lĂ  d’une “revendication nationale”. L’opposition est quasiment sans voix ou marginalisĂ©e. M. Bouteflika, quant Ă  lui, a longtemps fait mine d’hĂ©siter, avant de se laisser convaincre. Son plus proche voisin, le prĂ©sident tunisien Ben Ali, ne s’apprĂȘte-t-il pas, Ă  72 ans, Ă  briguer le cinquiĂšme mandat d’un rĂšgne sans partage ? Le prĂ©sident algĂ©rien est diminuĂ© par la maladie depuis qu’il a Ă©tĂ© opĂ©rĂ© il y a deux ans, Ă  Paris, officiellement d’un ulcĂšre hĂ©morragique. Mais sa santĂ© n’est pas le fond du problĂšme. Serait-il en pleine forme que la question de son maintien au pouvoir se poserait de la mĂȘme façon. L’AlgĂ©rie est dans une situation catastrophique – chĂŽmage, pauvretĂ©, Ă©meutes, persistance du terrorisme, corruption Ă  une large Ă©chelle -, alors que les caisses de l’Etat sont pleines. Ce n’est pas un troisiĂšme mandat de M. Bouteflika qui remettra le pays debout. La Constitution n’a pas besoin d’ĂȘtre rĂ©visĂ©e. Elle a besoin d’ĂȘtre respectĂ©e, tout comme l’intelligence des AlgĂ©riens. Comment un systĂšme qui affiche si ouvertement son immobilisme peut-il rendre un minimum d’espoir Ă  ses administrĂ©s ? Dans ce pays oĂč 70 % de la population a moins de 30 ans, le dĂ©sespoir est inquiĂ©tant : le phĂ©nomĂšne des harragas (ces jeunes prĂȘts Ă  tout pour Ă©migrer clandestinement) et les attentats-kamikazes relĂšvent de la mĂȘme logique suicidaire. Pourtant, dans certains cercles, Ă  Alger, on persiste Ă  dire que M. Bouteflika est “un moindre mal” et que lui seul peut “sauver” le pays. Vision Ă  courte vue, qui ne rend service ni Ă  l’AlgĂ©rie ni Ă  M. Bouteflika lui-mĂȘme. (Source: Le journal “Le Monde” (Quotidien – France) du 09 novembre 2008)

 

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