29 novembre 2011

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11 ème année, N°4170 du 29 .11.2011
archives : www.tunisnews.net

AP: Tunisie: premier procès de Ben Ali et plusieurs hauts responsables devant la justice militaire

Le Nouvel Observateur: Tunisie: manifestation des forces de sécurité

Le Nouvel Observateur: Tunisie : vers un coup d’état institutionnel ?

Business News: Tunisie- Ce qu’Ennahdha voudra, la Constituante pourra

Rue 89: Aujourd’hui en Tunisie, il devient difficile d’être un « ami de la France »

Romandie: Des salafistes perturbent les cours à l’université de la Manouba

Mediapart: Tunisie: le problème endémique du bassin minier de Gafsa

La Croix: Quand l’islam entre en politique

Tekiano: Tunisie: Les années Ben Ali de l’ambassadeur

Le Temps: Les « complots » de la « folie » !  


Tunisie: premier procès de Ben Ali et plusieurs hauts responsables devant la justice militaire


28-11-11 à 21:50 TUNIS (AP) — Le premier procès intenté devant la justice militaire à l’ancien président tunisien Ben Ali et une vingtaine de hauts responsables de son régime s’est ouvert lundi devant le tribunal spécialisé du Kef, une ville du nord-ouest du pays. Outre le président déchu qui sera jugé par contumace, étant en fuite en Arabie Saoudite, 23 accusés étaient présents à la barre dont deux anciens ministres de l’intérieur et de hauts cadres de l’appareil de sécurité. Selon le colonel-major Marouane Bouguerra, procureur général directeur de la justice militaire, ils sont accusés d’homicides volontaires et de blessures dans l’affaire dite de Thala et de Kasserine, deux villes du centre-ouest tunisien qui ont enregistré 22 morts et des centaines de blessés lors du soulèvement populaire qui a fait chuter le régime de Ben Ali en janvier dernier. Ces délits sont passibles de la peine capitale, selon des avocats. Le procès auquel assistaient un grand nombre de proches des victimes, était entouré de mesures de sécurité renforcées. Lors de leur interrogatoire, les anciens ministres Rafik Belhaj Kacem et Ahmed Friaâ, ainsi que l’ex-directeur général de la sûreté Adel Tiouiri et l’ex-patron des brigades spéciales connues sous le sigle « BOB », Jalel Boudriga, ont nié avoir donné des instructions pour ouvrir le feu sur les manifestants. L’ancien chef de la sécurité présidentielle Ali Sériati a quant à lui déclaré n’avoir aucune implication dans les événements qui ont ensanglanté ces régions. A la demande de la défense, Le président du tribunal militaire du Kef Chokri Majeri a fixé la prochaine audience au 12 décembre pour l’audition des plaidoieries des avocats des prévenus et de ceux mandatés par les familles des victimes. Selon le colonel-major Bouguerra, le tribunal militaire de Tunis aura à statuer prochainement sur 138 affaires relatives aux troubles qui ont fait 42 morts et 97 blessés dans plusieurs régions du nord du pays et dans lesquelles 43 personnes sont impliquées dont les responsables qui ont comparu lundi devant le tribunal du Kef. Au cours de l’enquête dans ces affaires qui a duré trois mois et demi, il a été procédé à l’audition de quelque 250 personnes, a-t-il précisé. AP  

Tunisie: manifestation des forces de sécurité


Plusieurs centaines de policiers ont manifesté lundi à Tunis, réclamant notamment « des procès équitables et transparents » pour les agents et cadres actuellement en état d’arrestation, accusés de meurtres de manifestants lors du soulèvement qui a provoqué la chute du régime de l’ancien président Ben Ali, a constaté un journaliste de l’Associated Press. Selon Lotfi Naïli, responsable du syndicat des forces de sécurité du district de Tunis, quelque 150 agents sont en instance de jugement. Organisée à l’appel de l’Association tunisienne pour une police citoyenne (ATPC) et du syndicat des forces de sécurité nationale, la manifestation a vu également la participation des proches des responsables de l’appareil sécuritaire arrêtés et des 38 policiers morts au cours des émeutes. Certains manifestants arboraient un brassard rouge, d’autres un brassard blanc portant l’inscription « brisons le silence ». « Nous connaissons la vérité et nous ne nous tairons plus désormais », « non à l’instrumentalisation politique de l’appareil sécuritaire », pouvait-on lire sur certaines banderoles. Rassemblés aux premières heures de la matinée devant la caserne de Ras Tabia où siège le tribunal militaire de Tunis, les protestataires ont ensuite défilé devant le palais du gouvernement à la Kasbah, avant d’observer un sit-in face au palais de justice, puis aux alentours de leur ministère de tutelle. Tout en admettant « des erreurs commises sur instructions des supérieurs hiérarchiques », certains manifestants ont dénoncé « des arrestations arbitraires sans preuves ». « Nous avons le sentiment qu’il y a une sorte de vindicte contre la police après le 14 janvier », date de la fuite de Zine el Abidine Ben Ali pour l’Arabie saoudite, a déploré le capitaine Hassan Zouaghi. La marche a été ponctuée de slogans hostiles au général Rachid Ammar, chef d’état-major interarmes, le pressant d' »ouvrir le dossier des snipers » qui seraient à l’origine de la mort de nombre de manifestants et de policiers pendant le soulèvement. « Ceux qui ont tué les martyrs de la sécurité doivent être jugés », pouvait-on lire sur une pancarte, une autre proclamant le « refus que les agents du ministère de l’intérieur soient des boucs-émissaires ». Objet de controverses, la question de ces tireurs isolés qui revient régulièrement dans les débats, dans la population et les médias, demeure opaque, certains niant même leur existence. Selon Ali Chihaoui et Khaled Jelassi, membres du syndicat, « seules deux institutions détiennent les armes à feu, le corps sécuritaire et l’armée et il suffit de procéder à des analyses balistiques pour connaître la provenance des balles ». Le secrétaire général du syndicat des forces de sécurité du district de Tunis, Adel Dridi, a proclamé « le refus de l’appareil sécuritaire de servir de plateforme pour des règlements personnels étriqués ». « Rien ne pourra réussir sur tous les plans sans le respect de l’intégrité de l’institution sécuritaire », a-t-il lancé, très applaudi par ses collègues. La manifestation s’est achevée en fin de matinée sans incident. Source: ”Le Nouvel Observateur” Le 28-11-2011 Lien:http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111128.FAP8461/tunisie-manifestation-des-forces-de-securite.html

Tunisie : vers un coup d’état institutionnel ?


LE PLUS. Après les manifestations du printemps, les premières sessions de la nouvelle Assemblée constituante ne rassurent pas l’avocat Slim Hajeri. L’Assemblée constituante, tant attendue, dont le principe avait été arraché de haute lutte par les manifestants de la Kasbah fin février 2011, s’est finalement réunie pour la première fois le 22 novembre dernier. A des élections jugées exceptionnellement démocratiques, transparentes et honnêtes par la plus grande partie des acteurs politiques et des observateurs tunisiens et étrangers ont succédé les premières réunions d’une Assemblée constituante, elles-mêmes qualifiées « d’historiques ».
Pour autant, sommes-nous en présence de la transition démocratique parfaite, idéale, rêvée ? Presque (y compris dans l’opposition) n’a voulu voir les multiples anomalies et dépassements qui ont émaillé le processus électoral. Sans doute la mariée était-elle trop belle et personne n’a voulu gâcher la fête.
Lors de la première réunion de l’Assemblée constituante, l’apparat, les prestations de serment solennelles des députés et les discours teintés d’émotion ne sont pas parvenus à occulter le malaise profond qui s’est peu à peu emparé d’une part importante de la classe politique, de nombre d’intellectuels et d’une partie non négligeable de la population.
Seul, le faible son de la clameur d’une foule hétéroclite qui s’était rassemblée à l’orée des portes demeurées closes du palais du Bardo s’est fait l’écho de ces craintes. Il faut dire que depuis l’annonce des résultats, les islamistes d’Ennahdha n’ont cessé de souffler le chaud et le froid : tantôt rassurants, donnant conférence sur conférence, réunissant les opérateurs économiques d’un grand nombre de secteurs, adressant un discours apaisant aux franges « islamiquement incorrects » de la population (non musulmans, athées, homosexuels, etc.) ; tantôt inquiétants, de par les « dérives » plus ou moins contrôlées de certains de ses leaders emblématiques : mères célibataires et leurs enfants mis au pilori, remise en cause de l’adoption et de l’interdiction de la polygamie, instauration du 6e califat, etc.
Mais en réalité, c’est sur un autre terrain que se jouait, à huis-clos, à l’abri des regards indiscrets, une partie autrement plus importante. Durant les trois semaines qui ont précédé la première réunion de l’Assemblée constituante ont eu lieu des négociations tripartites entre les islamistes d’Ennahdha, le CPR et Ettakatol ; négociations à l’enjeu fondamental pour l’avenir de la démocratie et pour celui de la Tunisie. En théorie, il s’agissait essentiellement de mettre au point deux projets de loi, extrêmement importants : le règlement intérieur de l’Assemblée constituante et la loi portant sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics (ou petite constitution) ; secondairement d’établir un programme commun et de répartir les postes clés du pouvoir et du gouvernement.
Face au bloc (indéfectible ?) que semble constituer Ennahdha et le CPR, Ettakatol, faisant figure de petit poucet, a choisi de partir à l’aventure malgré des promesses électorales, vite oubliées, et de ne pas conclure d’alliance avec Ennahdha.
Ce qui a fini par transparaître de ces négociations est proprement affligeant pour ce parti : en échange de l’attribution du poste honorifique de président de l’Assemblée constituante et de quelques portefeuilles ministériels secondaires (et peut-être du ministère des Finances), les négociateurs du FDTL ont absolument tout lâché sur les deux textes fondamentaux qui étaient censés être au centre de leurs préoccupations. L’Assemblée constituante a été transformée dès le premier jour, à l’occasion de l’élection de son président, en simple chambre d’enregistrement des décisions prises à l’avance par les membres de la troïka. Elle a par la suite validé, sans surprise, la création de deux commissions ad hoc, chargées en principe de rédiger les projets de règlement intérieur de l’Assemblée constituante ainsi que la « petite constitution ». En réalité, deux projets prêts à l’emploi ont été présentés aux membres des deux commissions dès leur première réunion. A la lecture de ces projets, il apparaît désormais clair que le parti islamiste a décidé, avec l’aval (ou le silence complice) de ses partenaires de la troïka, de passer sans plus attendre à la vitesse supérieure.
Un coup d’état institutionnel est-il en préparation ?

Si le texte proposé est adopté en l’état, Ennahdha aura la main mise sur tous les rouages de l’Etat et maîtrisera en outre l’ensemble du processus d’élaboration de la constitution. De fait, le projet de loi portant sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics prévoit un exécutif monocéphale conférant la quasi-totalité des pouvoirs au gouvernement formé et dirigé par le représentant du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges (en l’occurrence Ennahdha) ; la fonction de président de la République attribuée au CPR restant quant à elle purement honorifique.
L’étendue des prérogatives du gouvernement et de son chef est tout simplement ahurissante, digne de celle d’un calife de l’ère abbasside : pouvoir réglementaire absolu, contrôle total de l’administration, de la force publique, des entreprises publiques, main mise sur les collectivités territoriales, pouvoir de nomination des hauts fonctionnaires et même des cadres de l’armée.
A cela, s’ajoute un contrôle censé être « provisoire » sur le pouvoir judiciaire, exercé par le biais d’une autorité temporaire appelée à remplacer le CSM (Conseil Supérieur de la Magistrature). Cette instance sera composée de magistrats dont le mode de désignation, non électif (simplement encadré par l’Assemblée), n’a pas été précisé et semble avoir été laissé à la discrétion du futur ministre de la Justice (portefeuille acquis à Enahdha).
Cerise sur le gâteau, ce gouvernement une fois élu à la majorité simple sera de facto indéboulonnable, car il est prévu par le projet de loi qu’une motion de censure à l’encontre du gouvernement ne sera recevable qu’à la majorité des 2/3. Ennahdha qui dispose de près de 42% des sièges sera donc en mesure de bloquer toute motion de censure.
Le spectre de l’absolutisme
Quant au pouvoir législatif, il est dévolu à l’Assemblée et en partie au Premier ministre (encore lui). Le vote des lois organiques ne requiert qu’une majorité simple des membres de l’Assemblée constituante, celui des lois ordinaires, la majorité des membres présents (avec un quorum du 1/3). Et pour couronner le tout, le projet de loi soumet le vote des articles de la constitution à la majorité simple.
De manière symbolique, il est prévu de faire approuver le texte complet du projet de constitution par une majorité qualifiée (2/3) mais seulement en première lecture. Après un mois de « réflexion » l’Assemblée sera en mesure d’adopter définitivement la nouvelle constitution du pays à la majorité simple !
A aucun moment, le consensus n’est prôné, nul part il n’est requis de majorité qualifiée. On a peine à croire qu’il s’agit de textes devant régir et encadrer la construction d’un édifice commun, d’un édifice démocratique appelé, par delà les majorités et alliances circonstancielles à s’inscrire dans la durée, à servir de cadre à l’écriture de la nouvelle histoire de ce pays.
Dix mois après le départ du despote, le spectre de l’absolutisme refait déjà son apparition. L’avenir de la démocratie en Tunisie se jouera dans les jours qui viennent. Les Tunisiens se doivent de réagir sans plus tarder. Avec ses 89 députés, il ne manque à Ennahdha que 20 voix pour devenir le maître absolu du pays. Or des dizaines de députés, tels les indépendants d’El Aridha Chaabia sont hésitants, sans référence idéologique claire et cherchent à se positionner sur l’échiquier politique.
Où sont les démocrates du CPR et d’Ettakatol ? Que font les Moncef Marzouki, Mohamed Abbou, Mustapha Ben Jâafar, Khélil Ezaouia, Khémaïs Ksila et autres militants de la première heure ? Que sont devenues les promesses de ces défenseurs des libertés et de la démocratie ? L’enjeu est crucial, vital, déterminant ! Il n’y aura peut-être plus de retour possible, si ce n’est au prix de nouveaux sacrifices.. Source : « Le Nouvel Observateur » Le 28-11-2011 Lien :http://leplus.nouvelobs.com/contribution/218031;tunisie-vers-un-coup-d-etat-institutionnel.html

Tunisie- Ce qu’Ennahdha voudra, la Constituante pourra


Par Monia BEN HAMADI Voilà près d’une semaine que l’Assemblée Constituante a inauguré ses travaux, lors de la séance d’ouverture, forte de multiples rebondissements, du lundi 22 novembre 2011. Tahar Hmila s’était alors remarquablement distingué par ses frasques et son style inimitable. Après l’élection de Mustapha Ben Jaâfar, tard dans la journée, à la présidence de la Constituante, l’homme posé et consensuel qu’est le leader du parti Ettakatol avait réussi à rétablir le calme et accélérer les travaux. Le lendemain en fin de matinée, deux commissions étaient élues, comportant chacune 22 membres de l’Assemblée constituante afin de discuter des projets sur le règlement intérieur de l’Assemblée et l’organisation provisoire des pouvoirs publics. Les commissions se réunissant à huis clos, il a fallu attendre que ceux qui y participent nous transmettent le déroulement des pourparlers. À la lumière des informations qui ont filtré, les débats semblent vifs au sein desdites commissions. Mais que se passe-t-il au sein de ces réunions à huis clos ? Ces premières informations parvenues nous laissent penser que les désaccords et les controverses ne font que commencer. Après le différend entre Ennahdha et Ettakatol au sujet d’un accord qui n’aurait pas été respecté par le parti islamiste de nommer un élu de l’opposition (en l’occurrence le PDP) en tant que membre du bureau directeur de la commission en charge d’établir le règlement intérieur, c’est à présent au sein de l’autre commission, celle de l’organisation des pouvoirs, que les débats font rage. Iyed Dahmani, élu du PDP, a été parmi les premiers à critiquer le projet que la coalition souhaite faire passer au sujet de l’organisation des pouvoirs. Celui-ci est pour le moins controversé. En effet, vendredi et samedi derniers, les discussions ont porté sur les prérogatives du président de la République et du Premier ministre, d’une part, et sur la manière dont le gouvernement doit être formé et les possibilités d’y opposer un contre-pouvoir, d’autre part. Ennahdha et ses alliés auraient donc préalablement préparé un document où il est question de donner les pleins pouvoirs au chef du gouvernement et de ne donner au président de la République qu’un pouvoir extrêmement restreint, essentiellement symbolique et protocolaire. Par ailleurs, le mouvement Ennahdha souhaite que le Premier ministre soit obligatoirement issu du parti ayant eu la majorité, même relative. Ceci n’ayant rien d’étonnant, ce point était déjà précisé dans le programme électoral d’Ennahdha. Le point qui a été fortement dénoncé samedi 27 novembre 2011 par des représentants de l’opposition était enfin la proposition concernant la motion de censure au gouvernement. Le mouvement Ennahdha propose en effet que le vote de confiance au gouvernement se fasse à la majorité absolue (50% +1) mais que la motion de censure pouvant éventuellement le faire tomber ne puisse être votée qu’aux 2/3. A titre de comparaison, en France, il est possible de proposer une motion de censure au gouvernement avec la signature de 10% des députés et celle-ci est adoptée si elle obtient la majorité absolue des voix (50% + 1), le principe est globalement le même en Angleterre, en Turquie, etc. Ettakatol aurait, pour tenter de trouver un compromis, proposé que la motion de censure puisse être votée aux 3/5 au lieu des 2/3 d’Ennahdha. Ce qui ferait passer la proportion de 66% à 60% de voix favorables. Une remise de 6% qui ne change, en réalité, pas grand-chose. Ainsi, dans les deux cas (60 ou 66%), le mouvement Ennahdha, avec 41% de sièges à l’Assemblée Constituante serait assuré de garder le pouvoir, quoi qu’il arrive, au moins jusqu’aux prochaines élections. Et, si hypothèse improbable où une motion de censure est votée contre elle (ce qui voudrait concrètement dire que, pour arriver aux deux tiers, un certain nombre d’élus Ennahdha devraient voter une motion de censure contre leur propre parti), l’obligation, selon les vœux d’Ennahdha, pour le président de la République de nommer un Premier ministre issu du parti majoritaire lui redonnerait automatiquement le pouvoir. Autant dire que c’est une organisation élaborée sur mesure pour le parti islamiste, du moins pour cette période provisoire. Voire une période autrement plus longue si ce projet inscrit dans le programme d’Ennahdha passe lors de l’élaboration de la Constitution. Hamadi Jebali avait déjà prévenu que si aucun consensus n’était trouvé concernant le régime parlementaire qu’ils défendent, ils passeraient directement au vote. Autrement dit, soit vous êtes d’accord sur le régime parlementaire soit nous l’imposerons par le vote. Il s’agirait là, plus de mettre tout le monde devant le fait accomplis, que d’un consensus. Un autre point du projet qui mériterait d’être soulevé concerne, à ce sujet, la manière dont les articles de la Constituante devront être votés. Le projet stipule que si la majorité des deux tiers n’est pas obtenue pour un article, il serait procédé à une seconde lecture dudit article dans le mois qui suit, et la majorité absolue serait alors suffisante pour l’adopter. Nous y reviendrons. La première interrogation concerne alors le rôle joué par Ettakatol et le CPR dans l’élaboration de ce projet. Car la question de l’organisation des pouvoirs a été au centre des concertations post-électorales au sein de ce qui a été appelé les commissions tripartites, et tout porte à croire que l’accord d’alliance conclu entre les trois partis englobe ce projet. Quel intérêt auraient alors les deux partis minoritaires dans cette alliance à accepter ces conditions. Les petites parts de gâteau qu’ils ont récoltées ont-elles suffi à faire pencher la balance en faveur du parti islamiste ? La politique politicienne a certainement des raisons que la raison ignore… et, s’il est aisé de cerner l’intérêt d’Ennahdha entre les lignes de ce projet, les voies du CPR et surtout d’Ettakatol semblent impénétrables. Ces questions, qui n’ont pas été tranchées au sein des commissions, seront débattues en séance plénière, probablement à partir de mardi, et nous aurons alors plus de visibilité sur les desseins de chacune des parties présentes. À suivre… Source : « Business News » Le 27-11-2011 Lien :http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?a=27873&temp=1&lang=fr&t=519

Aujourd’hui en Tunisie, il devient difficile d’être un « ami de la France »


Au Forum Libération de Lyon, ce weekend, la blogueuse tunisienne Amira Yahyahoui, alias @Mira404, a fait une analyse sévère des relations franco-tunisiennes, y compris après le remplacement de Michèle Alliot-Marie par Alain Juppé. Dans son intervention, reprise sur son blog, elle dénonce : « On aurait pu croire qu’après ces couacs diplomatiques, le quai d’Orsay ferait un peu plus attention avec le dossier tunisien. Hélas, les sorties médiatiques de son nouvel ambassadeur, Boris Boillon, n’a pas arrangé les choses. Plus récemment et après les premières élections libres, Alain Juppé avant même de féliciter la Tunisie pour le grand pas qu’elle vient d’accomplir vers la démocratie, se pose en donneur de leçons et parle de “ lignes rouges ” à ne pas dépasser sous peine de réprimande économique. Où étaient ces lignes rouges du temps de Ben Ali Monsieur le Ministre ? Les hommes politiques français sont-ils, encore, en position pour donner des leçons aux Tunisiens ? Autant de dérapages, ne font pas honneur au pays des droits de l’homme. Aujourd’hui en Tunisie, il devient difficile d’être un “ ami de la France ”. Le terme “élite francophone ” est devenu une injure. Les nouveaux dirigeants du pays multiplient les déclarations hostiles à la francophonie. Les responsables politiques français doivent comprendre que les tunisiens ont fait une révolution pour la dignité. Il est révolu le temps du paternalisme postcolonial et des arrangements entre amis. Les tunisiens veulent une tolérance zéro avec l’irrespect. Ils veulent que ce renouveau citoyen en Tunisie soit accompagné de considération pour les Tunisiens, où qu’ils soient. » Source : « Rue 89 » Le 28-11-2011 Lien :http://www.rue89.com/2011/11/28/aujourdhui-en-tunisie-il-devient-difficile-detre-un-ami-de-la-france-226996

Des salafistes perturbent les cours à l’université de la Manouba


Un groupe de salafistes réclamant l’inscription d’étudiantes en niqab et la non-mixité dans les classes ont perturbé des cours et campaient lundi devant le bureau du doyen de la faculté de lettres de La Manouba, à 25 km à l’ouest de Tunis, a-t-on appris de source universitaire. Un groupe de salafistes, vêtus comme des Afghans, campent depuis le début de l’après-midi devant mon bureau, a déclaré par téléphone à l’AFP Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté. Selon lui, les salafistes, qui se disent étudiants de la faculté, sont quelques dizaines, et ont déjà interrompu dans la matinée un cours dans le département d’anglais. Ils réclament l’inscription des filles en niqab, une salle de prières dans l’enceinte du campus, la non-mixité des cours, l’interdiction pour des femmes d’enseigner à des étudiants hommes, et vice-versa, a-t-il indiqué. C’est la première fois que ça prend une telle tournure, a-t-il dit, soulignant que les professeurs avaient tenu une réunion lundi matin pour définir une réponse face à de telles revendications. M. Kazdaghli a indiqué être en contact avec les autorités éducatives et policières, tout en espérant que le problème se réglerait sans intervention extérieure. De tels incidents se sont multipliés au cours des dernières semaines. Début octobre, des salafistes avaient envahi la Faculté des lettres de Sousse (140 km au sud de Tunis) pour protester contre le refus d’inscription d’une étudiante en niqab, et le doyen avait reçu des menaces de mort. En novembre, des étudiants ont tenté d’imposer la non-mixité à la cantine scolaire de l’université de Gabès (sud). D’autres incidents tels que des professeures insultées en raison de leur tenue vestimentaire ou des cours de dessin empêchés car les représentations sont proscrites par l’islam ont été rapportés dans la presse. Composés de diverses tendances, les salafistes sont minoritaires dans le camp islamiste représenté par le parti Ennahda en Tunisie, mais sont très actifs et contrôlent plusieurs dizaines de mosquées dans le pays, selon le politologue Slah Jourchi, spécialiste des réseaux islamistes Source : « Romandie » Le 28-11-2011 Lien :http://www.romandie.com/news/n/_Tunisie_des_salafistes_perturbent_les_cours_a_l_universite_de_la_Manouba281120111811.asp

Tunisie: le problème endémique du bassin minier de Gafsa


Le repli de l’activité extractive de la Compagnie des Phosphates de Gafsa. Au regard des multiples interruptions de la production, du transport des phosphates ou des deux depuis le début de la révolution (l’activité étant réduite de 75 %) on pouvait s’attendre au pire n’eût été la conjonction favorable de deux facteurs : le prix de vente des phosphates ayant atteint des sommets (120$ à rapprocher à 30$ du coût de revient) et un stock de produits finis de plusieurs millions de tonnes.
La CPG a dû se résoudre à créer des sociétés de transport vu l’interdiction de la sous-traitance et de sociétés périphériques pour gérer les problèmes d’ordre environnemental vu que l’extraction des phosphates notamment dans les mines à ciel ouvert est polluante. Cette compagnie est dirigée par un staff logé au siège de Tunis ( ?) avec à sa tête un polytechnicien-ingénieur des Mines natif de Gafsa et qui connaît la maison en appliquant l’état de l’art en matière de gestion cartésienne mais cela ne suffit pas. Ceci étant, la CPG prévoit un repli de sa production à 4.6 Millions de tonnes au lieu de 8 pour 2012.
La corrélation entre les possibilités d’emploi et la qualification
Au plan logique, la CPG a été en tant qu’entreprise au-delà de ses possibilités intrinsèques en établissant un programme de recrutement de près de 4 000 personnes alors que ses effectifs sont de 5 000 employés (partant de 15 000, cet effectif ayant régressé suite à l’automatisation, la CPG étant contrainte à réduire annuellement sa voilure en matière de recrutement).On peut donc se demander comment et pourquoi cette entreprise est le point focal de toutes les récriminations quand justement elle fait un effort titanesque.Certes on peut lui reprocher son déficit communicationnel et la maladresse d’annonce de résultats des concours d’embauche au moment où le pays a un gouvernement démissionnaire quand on connaît la mollesse du gouvernement transitoire.Le problème est que l’embauche des 1 300 personnes dans le cadre de structures spécifiques chargées de l’environnement -ce qui est en soi louable et bénéfique- a été faite dans l’urgence sans programme ni vision prospective au moment où nous connaissons les ravages de la désertification et la dégradation des sols.Par une surenchère continue, ces personnes embauchées dans des conditions meilleures que celles du programme AMAL (salaire de début de 300 d, 500 d voire plus) ne font pas grand-chose et réclament maintenant d’intégrer l’entreprise mère sans avoir les qualifications requises.Autant je suis d’accord avec M Soufiane Ben Farhat qui relève dans le journal La presse le déficit de communication de la CPG, autant en tant que chef d’entreprise, je pense que son affirmation selon laquelle «l’écart entre postes disponibles et qualifications nécessaires ne convainc personne» est erronée.Si la CPG requiert un conducteur d’engins dont un simple pneu peut coûter 20 000 Dinars et qu’il ne figure sur la liste des postulants que des jeunes diplômés en lettres sans permis de conduire, que faire ?
La gestion de l’irrationnel et l’absence de l’Etat
Il est vrai, même si cela paraît irrecevable à un esprit cartésien, qu’un jeune diplômé en droit, chômeur dans la précarité, ne peut pas admettre s’il a postulé à un concours -organisé dans la plus grande transparence- qu’on ne lui accorde pas un poste disponible de conducteur d’engin pour lequel en son âme et conscience il sait qu’il n’a pas les qualifications.Il m’a été donné dans un précédent papier de relater comment le bassin minier dès le protectorat représentait un îlot de prospérité où la « Cobbania » se substituait à l’Etat pour fournir aux populations les fondamentaux des conditions de vie : électricité, eau, dispensaire, école, etc. Il est usuel que les grands groupes miniers (tel Mazembe ou au Kivu en RDC où des milices privées tiennent lieu de forces de l’ordre) deviennent un Etat dans l’Etat, mais ce qui a accentué le désengagement jusqu’à la démission de l’Etat dans le bassin minier et plus généralement dans la région de Gafsa, est le fait politique de la sécession Yousséfiste.Cette sécession a valu aux populations de la région de Gafsa une haine tenace de la part de feu Bourguiba qui a d’ailleurs scindé le gouvernorat rebelle en trois par extraction de Sidi Bouzid et Tozeur.Depuis, hormis l’appareil sécuritaire sur lequel s’est appuyé Ben Ali et le noyautage de quelques traîtres rcdistes à la cause ouvrière de l’UGTT, il n’y a pas de grands attributs de l’Etat dans la région.
Le dossier prioritaire du PM JEBALI
Il paraîtrait que le prochain Président M Marzouki réservera sa première visite à Kasserine, ce qui est une continuité de l’engagement de son militantisme. Je suggère au chef de gouvernement pressenti M Hamadi Jebali de réserver sa première visite au bassin minier de Gafsa sachant que la solution aux problèmes de la région n’est pas obligatoirement d’ordre rationnel, ce qui lui donnera l’occasion d’ en appeler au divin et les populations de ces régions peuvent lui promettre un auditoire plus large que celui auquel il s’est adressé dans sa région natale le Sahel, les gens du sud ayant une hospitalité légendaire! Il verra que convaincre les mineurs est légèrement plus ardu que légiférer sur la minijupe !Si Gouvernement légitime il y a, il faut que l’Etat revienne par la grande porte dans ces contrées car la CPG n’est pas l’Etat et inversement. Abderrazak LEJRI -ingénieur, chef d’entreprise natif de Gafsa Source : « Mediapart » Le 28-11-2011 Lien :http://blogs.mediapart.fr/blog/abderrazak-lejri/281111/tunisie-le-probleme-endemique-du-bassin-minier-de-gafsa

Quand l’islam entre en politique


Par MARIE VERDIER Les élections dans le monde arabo-musulman portent de plus en plus souvent des partis islamistes au pouvoir Le concept occidental d’« islamisme modéré » évoque le caractère non violent et pragmatique de ces partis se recommandant de l’islam Après le printemps arabe, la vague d’élections de l’automne arabe porte désormais au pouvoir les partis islamistes de la tendance des Frères musulmans labellisés en Occident « islamistes modérés ». Le parti Ennahda (Renaissance) a raflé 90 des 217 sièges de l’assemblée constituante en Tunisie le 23 octobre dernier. Au Maroc, le roi Mohamed VI devrait confier aujourd’hui à Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti de la justice et du développement (PJD) arrivé premier aux élections législatives de vendredi 25 novembre (avec 107 des 395 sièges), le soin de former un gouvernement de coalition qui sera dirigé pour la première fois par le parti islamiste. Enfin en Égypte, nul ne doute que le processus électoral entamé lundi 28 novembre va profiter au Parti de la liberté et de la justice créé par la confrérie des Frères musulmans, même si plusieurs partis se référant aux mêmes préceptes lui font concurrence. Résolution de la contradiction entre islamisme et démocratie « Ce sont les Américains qui ont développé le concept d’islamisme modéré après les attentats du 11 septembre en utilisant mal à propos ce terme pour distinguer les mouvements islamiques pacifiques de ceux qui recourent à la violence » , rappelle Mohamed Haddad professeur, titulaire de la Chaire Unesco des études comparatives des religions à l’université de Tunis. Créé en 1928, le mouvement des Frères musulmans porte en son sein cette tension entre une démarche pacifique, incarnée par son fondateur égyptien Hassan el Banna, et l’option violente, prônée par le théoricien du djihad armé Sayyid Qutb. « En Tunisie, la question a été tranchée par le parti Ennahda et au Maroc par le PJD. Ils se sont clairement positionnés dans le camp des non violents, alors qu’en Égypte il reste un fond équivoque » , poursuit le chercheur. La notion d’islamisme modéré renvoie aussi à la Turquie et à l’AKP (Parti pour la justice et le développement) du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui dirige un État laïc. « Le modèle fascine et attire parce qu’il marche : il est performant d’un point de vue économique et il a politiquement résolu la contradiction entre islamisme et démocratie » , relève Jean-Pierre Filiu, professeur d’Histoire à Sciences-Po (1). La question de la conformité à la charia Ce n’est pas pour autant que les partis de la mouvance des Frères musulmans sur la rive Sud de la Méditerranée vont adopter ce modèle, même s’ils s’y réfèrent, notamment pour rassurer l’Occident désemparé face à cette vague islamique. Le chef de l’AKP, lors de sa tournée en Afrique du Nord n’a d’ailleurs pas partout été accueilli en héros. « Les pays musulmans sont très divers. Il ne faut pas croire qu’ils passent tous unilatéralement du noir de la dictature au vert de l’islam. Le paysage politique sera multicolore » , fait valoir Bichara Khader, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe contemporain à l’Université catholique de Louvain. Et cette diversité existe aussi au sein des partis islamistes. Les récentes polémiques qui ont agité la vie politique tunisienne ces derniers jours en attestent. Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahda pressenti pour devenir premier ministre, avait appelé le 13 novembre à l’avènement d’un cycle civilisationnel nouveau, celui du sixième califat. Le 24 novembre ce fut au tour du leader historique du parti, Sadok Chourou d’évoquer la nécessaire conformité des lois à la charia. Gérer la diversité Ces propos ont très vite été rectifiés par le porte-parole du parti. « Pour certains, cela prouve le double discours d’Ennahda qui peu à peu montre sa vraie nature. Cela témoigne plus vraisemblablement des divisions, de la pluralité de points de vues au sein du parti, estime Mohamed Haddad. Ses membres viennent d’horizons très divers, entre ceux qui ont connu l’exil, ceux qui ont été durant des années en prison. Ils ont évolué différemment. Il ne serait pas étonnant que le parti cultive cette ambiguïté, même si c’est l’aile politique qui a porté le parti au pouvoir et non pas son aile conservatrice » . Ces tiraillements sont aussi alimentés de l’extérieur. « Les Frères musulmans dans tous les pays sont en partie financés par le Qatar. L’un des grands prédicateurs, Tariq Ramadan, a sa chaire d’islamologie de l’université d’Oxford directement financée par la femme de l’émir du Qatar » , affirme Ahmed Benani, politologue et anthropologue des religions de l’Université de Lausanne. Les mouvances salafistes, plus radicales, sont, elles, financièrement supportées par l’Arabie saoudite, selon le chercheur. « Il y a une pluralité, les contextes politiques, économiques, culturels sont différents d’un pays à l’autre, il est vrai cependant que les islamistes peinent à gérer la diversité qu’elle soit externe ou interne à leurs mouvements » , reconnaît Jean-Pierre Filiu. « Maintenant qu’ils sont appelés à gouverner, à faire des alliances, ils devront faire l’apprentissage de cette diversité », poursuit-il. A l’épreuve des faits Les chercheurs sont unanimes à considérer que c’est en leur sein que les débats seront les plus vifs et que ceux-ci sortiront au grand jour dans les débats parlementaires. Mais il n’y aura à leurs yeux ni interdiction du bikini sur les plages, ni obligation du port du voile, ni introduction de la charia ou retour à la polygamie. « Ils ne prendront pas le risque d’embraser les sociétés », affirme Ahmed Benani. « Quelles réponses ont-ils à apporter pour résoudre les questions de chômage et de développement ? »interroge Jean-Pierre Filiu, qui s’attend à ce que l’épreuve des faits soit « redoutable »et que l’état de grâce de ces partis soit « non durable ». (1)Auteur de La révolution arabe : 10 leçons sur le soulèvement démocratique . Fayard, sept 2011, 264 p., 18 € Source : « La Croix » Le 28-11-2011 Lien :http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Quand-l-islam-entre-en-politique-_NG_-2011-11-28-741180

Tunisie: Les années Ben Ali de l’ambassadeur


L’éditeur Cérès vient d’annoncer la parution du livre « Mes Années Ben Ali » d’Yves-Aubin de la Messuizière, ancien ambassadeur de France en Tunisie (2002-2005). Dans cet ouvrage, l’auteur nous fait part de ce qu’il a toujours su et en partie tu. Toutes les questions sont posées. Tous les protagonistes de la scène politique tunisienne et française sont présents. Et, en annexe, deux télégrammes diplomatiques secrets dont la publication a été exceptionnellement autorisée. Présentation du livre: Les Tunisiens ont été heurtés par la position de la France la veille de la Révolution. Un diplomate français un peu « à part », et non des moindres, Yves Aubin de La Messuzière, ancien ambassadeur de France en Tunisie, en a pris acte et a décidé de rompre le silence. Il avait déjà détonné et séduit la société civile, en fréquentant les opposants au régime ou encore en ouvrant, pour la première fois en 130 ans, les grilles de sa résidence au public, à une époque où toutes les chancelleries occidentales faisaient fortifier leurs enceintes. N’étant plus tenu par le devoir de réserve, l’auteur ne mâche pas ses mots sur le cartel des familles, le «cas » tunisien, l’ambiance de fin de règne, diagnostiquant chez l’autocrate Ben Ali un syndrome indonésien, selon le bon mot de Jacques Chirac, ou qualifiant Abdelwahab Abdallah de Raspoutine tunisien. Le livre sera disponible à parti du 1er décembre en librairies et sur le site www.ceresbookshop.com. Une présentation et signature de l’ouvrage est également prévue le samedi 3 décembre 17h à la Librairie Mille feuilles à La Marsa. Source : « Tekiano » Le 28-11-2011 Lien :http://www.tekiano.com/component/content/article/21-n-c/4524-tunisie-les-annees-ben-ali-de-lambassadeur.html

Les « complots » de la « folie » !


Par Khaled GUEZMIR  
Le maître-mot des gouvernants arabes depuis la deuxième moitié du siècle dernier a été le « complot » ! A chaque rébellion si minime soit-elle, les « Partis-Etats » et leur propagande assourdissante mettent en marche la musique de la complotite pour dire que leurs peuples et leurs élites sont, et doivent le rester, pour l’éternité ; des sujets soumis à une sorte d’esclavage politique où le « citoyen » ne peut ni élire ni être élu et où la participation politique est interdite. Tous les systèmes politiques arabes des temps modernes et contemporains ont connu le cours de sûreté de l’Etat », ces institutions abominables, véritables machines à détruire les rêves de la société civile et de la démocratie pluraliste et libérale. Les verdicts vont de l’association des « malfaiteurs » non autorisée à la haute trahison en passant par l’inévitable atteinte à « l’ordre public » entendez l’ordre de ceux qui règnent sans partage sur la communauté des hommes dont ils ont la charge. Mais comme le dit le proverbe de chez nous, « El Ham Fih ma tekhtar » (dans le mal il y a des degrés et des choix). Il y a, d’abord, l’autoritarisme avec une certaine lucidité du « chef » qui a lu ou flirté avec Machiavel et qui apprécie le Conseil du Florentin quand il recommande au Roi de bien réprimer la foule et la rue qui s’insurge mais en évitant les punitions collectives. Le prince pour rétablir l’ordre doit punir individuellement, du genre « Adhrab al katoussa bach techeif al Aroussa » (frappe la chatte pour prévenir la mariée) et surtout éviter la répétition répressive à grande échelle. Mais, évidemment, il y a bon nombre de nos gouvernantsarabes qui n’ont pas lu Machiavel et qui sont passés aux stades supérieurs de la répression aveugle et barbare. Ce qu’on voit en Syrie, aujourd’hui, n’a pas de nom à part la folie d’une junte vivant avant l’ère Machiavel et qu’on ne retrouve historiquement que dans les empires mongols du Moyen-âge. Le principe c’est de détruire à la racine toute contestation du pouvoir en place, où l’Etat se confond avec le Président de droit divin. En fait, tout lui appartient, l’administration, l’armée, la police, l’économie, le finance… Ah, j’allais oublier la « diplomatie ». Pour cette dernière, sa vocation et que Michel Foucault me pardonne d’utiliser sa sémantique, c’est « l’éloge de la folie ». Oui… le rôle des Ambassades du totalitarisme arabe, c’est de prendre le relais des organes de la propagande du délire, pour expliquer au monde que le pauvre « monarque » affronte les pires des violences et de sombres complots qui veulent, tenez vous bien, porter atteinte aux acquis du peuple et à sa liberté. M. Ali Abdallah Salah qui s’accroche à son fauteuil cadavérique, n’arrête pas de mettre en garde les Yéménites contre tous « le comploteurs » indignes qui ne sont que les Yéménites eux-mêmes. Tout cela pourquoi ! Pour le suprême pouvoir et quelques dollars de plus. Je vois d’ici, Clint Eastwood grimacer de dégoût, que ses fictions au cinéma soient reproduites dans la réalité pour asservir les peuples arabes et musulmans. Et puis, on se demande pourquoi il y a cette montée vertigineuse de l’Islamisme de Tanger au Golfe ! Les sociétés arabes en ont ras-le-bol de la répression sanguinaire et de ces images télévisuelles de la folie macabre et des exécutions sommaires opérées par les armées « modernes » de Syrie et du Yémen sur ordre du pouvoir suprême. Elles se réfugient naturellement vers ce qu’elles considèrent comme pouvoir supérieur et transcendant : Dieu. C’est en lui qu’elles trouvent encore suffisamment de ressources pour survivre et de vitalité pour combattre et si demain elles sont victorieuses, de quel droit, leur refusera-t-on le pouvoir ! Oui… les élites occidentalisées et laïcisantes doivent revoir leurs ambitions à la baisse, tant qu’elles n’auront pas été aux premières lignes de la lutte contre le totalitarisme. Si les Islamistes triomphent et sont plébiscités par les électeurs que sont les peuples opprimés et réprimés, c’est qu’ils l’ont mérité quelque part. Le tout c’est de faire en sorte que les « votes-sanction » n’aboutissent pas à la légitimation de nouveaux despotismes totalitaires. Mais ça aussi il faut le prévoir et l’arrêter à la racine, en mobilisant la société civile et faire en sorte que les institutions ne soient jamais plus sous la tutelle du pouvoir politique dominant. Source : « Le Temps » Le 28-11-2011 Lien :http://www.letemps.com.tn/article-61094.html

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