29 décembre 2011

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TUNISNEWS
11 ème année, N°4200 du 29.12.2011
archives : www.tunisnews.net

 


L’INRIC recommande 14 mesures urgentes pour la réforme du secteur de l’information

Webdo: Mohamed Bouazizi, personnalité de l’année pour «The Times»

Le Point: Les Juifs tunisiens, dragués par Israël

Rue 89: Tunisie : de quel pouvoir disposent les islamistes ?

Ajib: Tunisie : une chaîne de télévision islamique en projet « Al Qalam »

Business news: Les ministres d’Ennahdha augmentent leurs subventions à leur parti

Business news: Le Parti pour le progrès fusionne avec Afek Tounes

Kapitalis: Tunisie. Khémaies Ksila claquera-t-il la porte d’Ettakatol?

 


L’INRIC recommande 14 mesures urgentes pour la réforme du secteur de l’information

 
L’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) a adressé au président de la République, au chef du gouvernement, au président et aux membres de l’Assemblée nationale constituante, un message dans lequel elle recommande 14 mesures urgentes pour remédier à la situation que traverse le secteur de l’information et de la communication.
 
En attendant l’achèvement de son rapport final, l’INRIC juge nécessaire de mettre en œuvre ces recommandations, dans les meilleurs délais, l’objectif étant de régler les problèmes qui se posent dans le secteur de l’information et de la communication et d’atténuer le climat de tension qui agite certaines entreprises de presse, en particulier les entreprises publiques.
 
Ces propositions sont les suivantes :
 
1- Promulgation des textes d’application relatifs aux nouvelles législations, à savoir :
 
· Le décret-loi N° 41 de l’année 2011, daté du 26 mai 2011 relatif à l’accès aux documents administratifs détenus par les organismes publics, tel qu’amendé et complété par le décret-loi N° 54 de l’année 2011 daté du 11 juin 2011
 
· Le décret-loi N° 115 de l’année 2011, daté du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de presse, d’édition et de publication.
 
· Le décret-loi N° 116 de l’année 2011, daté du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de communication audiovisuelle et à la création d’une Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA)
 
2- Installation de la HAICA, créée en vertu du décret-loi susmentionné, à l’effet d’organiser le secteur et de garantir la liberté et la diversité de la communication audiovisuelle et de la protéger contre les atteintes et les abus en matière de déontologie. Cette Haute Autorité, composée de représentants de toutes les parties concernées, est une structure spécialisée qui fait partie du nouveau système judiciaire démocratique souhaité pour la Tunisie. Il s’agit, en effet, d’une juridiction à deux degrés, à l’instar des instances de régulation en vigueur dans les pays démocratiques, qui a pour mission de contribuer à la protection des libertés et à la garantie du droit de la défense en cas de litige. Le décret-loi portant création de la HAICA est plus libéral que certaines législations comparées dans bon nombre de pays démocratiques. Il ne comporte aucune peine privative de liberté.
 
3- Garantie de l’indépendance des entreprises médiatiques à l’égard du pouvoir exécutif, dans le but de rompre avec les anciennes pratiques qui ont fait de l’information un outil de propagande et de manipulation et ont transformé les entreprises publiques de presse, financées par les contribuables, en de simples caisses d’enregistrement au service d’intérêts personnels étriqués.
 
4- Introduction des changements qui s’imposent à la tête des entreprises publiques d’information, en accord entre le Président de l’Assemblée nationale constituante, Le président de la République et le chef du gouvernement, et après concertation avec les organisations professionnelles et syndicales concernées, et ce en attendant la promulgation des textes de loi nécessaires en vue de faire du pouvoir législatif la seule autorité chargée de contrôler les entreprises publiques et de fixer les critères de choix des dirigeants de ces entreprises, conformément aux législations en vigueur dans les pays démocratiques.
 
5- Adoption de mesures urgentes pour protéger « Radio Zitouna pour le saint Coran » contre l’intrusion dans ses affaires de la part de parties étrangères à cette institution, et pour permettre à l’administrateur judiciaire nommé à la tête de cet établissement, depuis le 12 septembre 2011, de prendre ses fonctions et d’exercer ses prérogatives.
 
6- Création d’une commission spécialisée qui aura pour mission de procéder à une opération d’évaluation et d’audit concernant les ressources humaines et financières dans les entreprises publiques, l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE) et les entreprises médiatiques qui étaient détenues par les membres de la famille du président Ben Ali. Cette commission, qui doit être créée en concertation avec les organisations professionnelles et syndicales concernées, serait composée de membres de l’Assemblée Nationale Constituante, de représentants de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI), du Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et Communicateurs (CAPJC) et d’experts dans les domaines de l’information et de la gestion des ressources humaines et financières.
 
7- Instauration d’un système de recrutement des journalistes et des professionnels des médias qui soit fondé exclusivement sur la règle du concours, en vue de mettre un terme aux pratiques de népotisme, de clientélisme, d’allégeance et de corruption, et ce à travers la création de commissions de recrutement indépendantes composées de professeurs universitaires et de spécialistes réputés pour leur intégrité et leur probité.
 
8- Installation de la commission de la carte de presse, mentionnée dans le décret-loi N° 115 de l’année 2011, daté du 2 novembre 2011 relatif à la liberté de presse, d’édition et de publication.
 
9- Création, en concertation avec le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), d’une commission chargée de l’attribution des cartes d’accréditation aux correspondants de la presse étrangère, en attendant la création d’un organisme représentant les correspondants de presse. Cette commission serait placée sous la tutelle du ministère des affaires étrangères.
 
10- Création d’une commission provisoire sous la tutelle du premier ministère (Secrétariat général du gouvernement) qui aura pour mission d’organiser la communication gouvernementale et d’assurer la coordination entre les bureaux de communication dans les différents ministères, en vue de faciliter le contact avec les citoyens et les journalistes, en attendant la mise en place d’une nouvelle stratégie de communication gouvernementale en tirant les leçons de l’échec des politiques de propagande pratiquées durant les dernières décennies.
 
11- Mise en place d’un programme urgent de formation et de mise à niveau des responsables des bureaux de communication et des attachés de presse exerçant dans les différentes instances de l’Etat, en particulier à la présidence de la république, à l’Assemblée Nationale Constituante et aux différents ministères. Ce programme de formation doit être conforme aux standards internationaux en vigueur dans les pays démocratiques, en rupture avec les anciennes pratiques de censure de l’information et d’obstruction envers les journalistes pour les empêcher de couvrir certains évènements d’actualité.
 
12- Renforcement des avantages fiscaux et autres accordés au secteur de l’information et de la communication, de manière à garantir l’enrichissement et la diversification du paysage médiatique, sur la base de la transparence et de l’équité. Il s’agit, en particulier, des aides devant être accordées aux nouvelles entreprises médiatiques dans les domaines de l’importation du papier et de l’acquisition des équipements, de la réduction des tarifs de diffusion en faveur des nouvelles radios et de l’adoption de tarifs symboliques pour les entreprises audiovisuelles non commerciales.
 
13- Organisation du secteur de la publicité publique et institutionnelle sur la base de l’équité et conformément à des critères objectifs dont notamment le respect des lois régissant le secteur, telles que la convention collective de la presse écrite, le code de la presse, la loi sur la liberté de la communication audiovisuelle, etc.
 
14- Amélioration du système de formation, de qualification et de recyclage dans le secteur de l’information, de manière à en promouvoir la qualité et l’efficacité, à travers le renforcement des ressources humaines et financières qui lui sont allouées et de son ouverture sur les jeunes compétences.
 
 
L’INRIC a rappelé que les textes juridiques à l’élaboration desquels elle a participé, reflètent son attachement au respect des standards internationaux en vigueur dans les pays démocratiques en matière de liberté de l’information et de la communication.
 
Ces textes ont été élaborés en collaboration avec la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution, la réforme politique et la transition démocratique, le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) et le Syndicat Général pour la culture et l’information relevant de l’UGTT, en concertation avec un grand nombre de compétences nationales.
 
L’INRIC s’est également, inspirée, dans l’élaboration de ces textes de loi, des avis de plusieurs organisations non gouvernementales internationales réputées pour leur engagement en faveur des droits de l’Homme et des libertés d’expression, d’opinion et de presse.
 
L’INRIC a recommandé que tout amendement éventuel de ces textes de loi doit aller dans le sens du renforcement de leur conformité aux instruments internationaux en matière de liberté d’expression ratifiés par la Tunisie et en particulier le pacte international relatif aux droits civils et politiques.
 


Mohamed Bouazizi, personnalité de l’année pour «The Times»

Le quotidien britannique « The Times » a nommé, aujourd’hui, Mohamed Bouazizi comme personnalité de l’année 2011.

Pour « The Times », « Mohamed Bouazizi, le vendeur ambulant qui est devenu l’inspiration du printemps arabe, n’était pas un révolutionnaire, mais sa contestation, seule, a servi de catalyseur à une vague de révoltes qui ont transformé le Moyen-Orient ».

« The Times » n’est pas le seul média à consacrer ses pages à Bouazizi. Il y a deux semaines, le magazine d’information hebdomadaire américain « Time Magazine » lui a consacré sa Une, en le nommant le manifestant de l’année.

Rappelons que la France lui avait rendu hommage, elle aussi, en donnant le nom de « Mohamed Bouazizi » à une place parisienne, située dans le 14e arrondissement.

Source: “Webdo” Le 28-12-2011

Lien: http://www.webdo.tn/2011/12/28/mohamed-bouazizi-personnalite-de-lannee-pour-the-times/


Les Juifs tunisiens, dragués par Israël

Le vice-Premier ministre israélien a appelé les Juifs tunisiens à rejoindre Israël, provoquant un certain malaise parmi la communauté en Tunisie.

Le 7 décembre, le vice-Premier ministre d’Israël, Silvan Shalom, a lancé un message à la communauté juive tunisienne. Il s’agissait d’une invitation à venir s’installer en Israël. Réponse de Khelifa Attoun, vice-président de la communauté juive en Tunisie : « Je ne suis pas d’accord avec les propos de Silvan Shalom. Nous sommes Tunisiens et comme tous les Tunisiens nous aimons notre pays. Shalom fait de la politique. Le Juif qui veut partir, il est libre de le faire. Personne n’attend sa demande ! »

Silvan Shalom, né à Gabès dans le sud de la Tunisie, s’est dit inquiet à la suite des élections du 23 octobre. Il a alors appelé « les Juifs vivant en Tunisie à venir s’installer en Israël le plus rapidement possible ». Des propos jugés « irresponsables et irrationnels » par Ennahda, le mouvement islamique qui a raflé 89 des 217 sièges de l’Assemblée constituante.

Mal à l’aise

« C’est de la propagande israélienne pour remplir le pays, ils le font tout le temps. Mais venant d’une personne originaire de Tunisie, il aurait pu penser que cela pouvait nous nuire. Cet appel nous a mis mal à l’aise. Même mes amis musulmans m’ont demandé si j’allais m’installer là-bas », relate Albert Chiche, directeur de la maison de retraite de la communauté juive de Tunisie, située à La Goulette, au nord de la capitale.

« Silvan Shalom est en Israël, pourquoi il demande aux Juifs de Tunisie d’y aller ? On n’est pas en danger ici ! » lance encore Khelifa Attoun, avant de préciser : « Ennahda nous a rassurés. » « La Tunisie est un pays musulman, ce n’est pas nouveau. Cela a toujours été écrit dans la Constitution. Mais il s’agissait d’un islamisme modéré », rappelle Albert Chiche. Peu avant les élections, son établissement a reçu la visite d’une délégation du mouvement islamiste. Lui n’a pas voté pour eux, mais il garantit que « pas mal de Juifs pourraient voter pour Ennahda si les responsables respectaient leurs promesses et réussissaient leur pari sur les droits, les libertés et le respect des religions ».

Avant et après le 23 octobre, Roger Bismuth, le président de la communauté juive tunisienne qui ne compte plus que 2 000 âmes, contre 100 000 il y a 60 ans, a rencontré successivement Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali, nouveau chef du gouvernement tunisien.

Gage médiatique

Le 19 décembre, c’était au tour de Moncef Marzouki de rassurer. Le nouveau président de la Tunisie a reçu au palais de Carthage le grand rabbin de Tunisie, Haïm Bittan, mais aussi Cheikh Othmane Bettikh et l’archevêque de Tunis, Maroun Lahham. Lors de cette entrevue, il a notamment invité les Juifs ayant résidé en Tunisie, à y revenir. Une déclaration bien accueillie par les Juifs de Tunisie, même s’ils ne s’attendent pas à un retour massif.

« J’espère que cet appel sera entendu par la communauté juive des affaires », souhaite Albert Chiche. Selon ce responsable de la communauté juive de Nabeul, ville côtière située près de Hammamet, « ce serait positif pour le pays. Nous nous sentirions d’une certaine manière soutenus, mais surtout leurs investissements permettront de relancer un peu la machine, analyse-t-il. Ce serait un gage médiatique et touristique, et les autres investisseurs pourraient se sentir rassurés. »

Seul hic : « Il n’y a plus personne, avoue-t-il. Seule une dizaine de personnes de confession juive sont présentes en hiver et une trentaine en été. Nous étions 6 000 il y a 60 ans, ce qui correspondait à la moitié de la population locale. » Un exode qui a eu lieu, essentiellement, après la création de l’État d’Israël en 1948 et l’indépendance du pays en 1956.

Protection rapprochée

« La Tunisie est l’un des seuls pays à ne pas avoir chassé les Juifs », note Albert Chiche, pourtant « beaucoup de Tunisiens confondent Juifs et Israéliens. Je suis juif et tunisien et ne me sens pas israélien », affirme-t-il avec force, tout en admettant « se faire discret s’il entend parler de bombardements et si des Palestiniens sont morts ». Car être juif en terre d’islam suppose, comme dans de nombreux autres pays, de vivre au rythme du conflit israélo-palestinien. Et lorsque la situation s’envenime, « des Tunisiens nous voient d’un mauvais oeil », soutient Khelifa Attoun, installé dans son bureau situé face à la Grande Synagogue de Tunis. La communauté bénéficie depuis plus de vingt ans d’une protection rapprochée voulue par le gouvernement.

Peu après le départ de Ben Ali, le 14 janvier, des barbelés ont été dressés sur le trottoir devant l’entrée de ce lieu de culte surplombée par une immense étoile de David. Aux quatre coins de la synagogue située avenue de la Liberté, des policiers sont postés. En février, un groupe d’extrémistes religieux avaient protesté sur les marches de la synagogue de Tunis demandant le départ des Juifs du pays.

Dans le quartier Lafayette de Tunis, la présence juive est historique. Une enseigne en hébreu indique une petite boucherie casher située avenue de la Liberté. Rue de Palestine, parallèle à l’avenue de la Liberté, l’école juive est gardée par deux policiers. Un peu plus haut, avenue de la Liberté, un immeuble délabré appartient à cette communauté, dont les dépenses mensuelles s’élèvent à 60 000 dollars, somme récoltée grâce aux dons (la communauté juive américaine participe à hauteur de 20 000 dollars) et aux loyers. Dans cet immeuble inondé à la suite des pluies diluviennes qui s’abattent sur Tunis, sur quelques portes d’entrée, les noms sont indiqués en hébreu. Mais difficile de rencontrer ces familles. « Toutes les autres sont musulmanes », s’excuse Mohammed, se frottant les mains pour se réchauffer, avant d’ajouter comme une évidence : « Mais cela ne change rien qu’on soit juif ou musulman, on est tunisien. »

Source: “Le Point” Le 28-12-2011

Lien: http://www.lepoint.fr/monde/les-juifs-tunisiens-dragues-par-israel-28-12-2011-1413060_24.php


Tunisie : de quel pouvoir disposent les islamistes ?

Lundi 26 décembre, Hamadi Jbali, le nouveau Premier ministre tunisien, a officiellement succédé à Beji Caid Essebsi. Désigné le 14 janvier par le nouveau président de la République, Moncef Marzouki, il a dévoilé son gouvernement le 20 décembre, obtenu la confiance de l’Assemblée constituante vendredi 22 avec une majorité de 154 voix sur 217 (38 voix contre), prêté serment samedi. Il siège désormais à la Kasbah.

Le gouvernement de coalition que les islamistes d’Ennahdha forment avec la gauche nationaliste du Congrès pour la république (CPR) et les sociaux-démocrates d’Ettakatol est donc désormais au pied du mur et pourra, à partir de maintenant, être jugé sur ses actes.

Quelle répartition des pouvoirs ?

La définition de l’Organisation des provisoires des pouvoirs publics (l’OPP), c’est à dire une quasi-constitution temporaire pour définir les prérogatives des différentes institutions, dont celle de l’Assemblée constituante pour l’adoption de la constitution, a été le premier chantier de l’Assemblée constituante, et avant cela l’objet d’intenses tractations entre les trois partis de ce qu’il est convenu d’appeler la troïka (Ennahdha, CPR, Ettakatol).

Une première version déséquilibrée

Dans une première version, le président de la République n’avait aucun autre pouvoir réel, le gouvernement était investi à la majorité absolue mais ne pouvait être renversé qu’avec une majorité des deux tiers des membres, le Premier ministre pouvait se voir confier des pouvoirs législatifs en cas de circonstances exceptionnelles non précisées, il pouvait nommer le directeur de la Banque centrale et présidait (sans vote) le conseil supérieur de la magistrature.

Par ailleurs, la constitution pouvait être adoptée, en deuxième lecture à la majorité absolue.

Tous les leviers du pouvoir, y compris celui d’adopter la constitution, étaient donc entre les mains de la majorité et le gouvernement était quasiment indétrônable.

Cette proposition a suscité dès sa publication, le 26 novembre, un tollé au sein des partis de la coalition comme dans l’opposition qui a agité la menace d’une « nouvelle dictature ». Les désaccords se sont manifestés au sein même d’Ennahdha. La version adoptée a été infléchie sous la pression.

En revanche, la durée du mandat de la Constituante, et donc de cette période provisoire, n’a pas été limitée.

Au président de le République, le pouvoir du verbe

Le président de la République a les fonctions classiques d’un chef d’Etat, plus un rôle dans l’élaboration de la politique étrangère et dans les nominations aux hautes fonctions diplomatiques et militaires, en concertation avec le Premier ministre.

Dans la pratique, Moncef Marzouki semble vouloir exercer le pouvoir du verbe et du symbole pour définir les priorités, pour donner du sens aux événements et restaurer une certaine image de l’Etat auprès des Tunisiens.

Le Premier ministre : pivot de l’exécutif

Le Premier ministre dispose, seul, du pouvoir réglementaire (les ministres ne peuvent signer seul de réglement) et peut donc prendre des décisions indépendamment d’une loi et avec une simple information du président de la République.

Il détient tous les pouvoirs de nomination (en dehors de ceux qu’ils partagent avec le Chef de l’Etat).

Il est responsable devant l’Assemblée Constituante puisque le gouvernement peut être censuré à la majorité absolue des membres (une hypothèse envisageable si le CPR et Ettakatol renversent leur alliance). Toutefois, le Premier ministre peut modifier seul la composition et la configuration de son gouvernement sans repasser devant l’Assemblée constituante.

Des rééquilibrages obtenus sous la pression

Le directeur de la Banque centrale est choisi en concertation avec le Président de l’Assemblée Constituante et le Président de la République.

Les conditions exceptionnelles auxquels le pouvoir législatif peut-être délégué ont été définies et encadrées et la délégation est attribuée conjointement au Président de la Constituante, au Président de la République et aux Chef du gouvernement.

La constitution sera adoptée article à la majorité absolue, et intégralement à la majorité des deux tiers, et soumise référendum en cas d’absence de majorité. Ce dispositif devrait éviter les blocages tout en incitant à la recherche d’un consensus.

Les ministres issus de l’Assemblée pourront continuer à y siéger, mais n’auront pas le droit de vote pour la loi de Finance et les motions de censure.

A noter qu’il a fallu une forte mobilisation pour que le code de statut personnel, qui garantit les droits des femmes dans le domaine familial, soit inscrit dans la liste des lois organiques qui ne peuvent être modifiées qu’à la majorité absolue (et non des deux tiers, comme envisagé au départ) des membres de l’Assemblée (et non des présents, comme pour les lois ordinaires, ce qui aurait permis en pratique une modification par un tiers des députés).

Quel gouvernement ?

La composition du gouvernement fait, sans surprise, une place assez large à Ennahdha qui détient 30 des 42 portefeuilles. Il s’est attribué les Ministères névralgiques pour le contrôle de l’Etat et les grandes orientations économiques. Notamment :

  • l’Intérieur : Ali Layaredh, qui a subi les pires sévices de la part de l’administration qu’il va diriger ;
  • la Justice : Noureddine Bhiri
  • les Affaires étrangères : Rafik Ben Abdessalem, dont la compétence en matière de relations internationales n’est pas contestée, mais dont les liens familiaux avec le Président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi (c’est son gendre) font tiquer.
  • les Droits de l’homme et Justice transitionnelle : Samir Dilou,
  • l’Enseignement supérieur : Moncef Ben Salem, déjà critiqué par le monde universitaire pour la faiblesse de son cursus universitaire et des prises de positions contre Habib Bourguiba (qu’il accusait d’être juif, dans une vidéo dont il s’est démarqué depuis) ou contre un des auteurs phares de la littérature tunisienne, Ali Douagi.
  • l’Industrie et le Commerce.
  • le Développement régional.
  • l’Agriculture.

Le CPR, qui espérait se voir attribuer l’Intérieur et la Justice, hérite finalement de :

  • la Réforme administrative : Mohamed Abbou
  • les Domaines l’Etat (ces deux positions clés pour lutter contre la corruption),
  • le ministère de la Femme : Sihem Badi (élue en France)
  • la Formation professionnelle (cruciale dans la lutte contre le chômage).

Ettakatol détient des portefeuilles dont l’importance n’est pas négligeable :

  • les Affaires sociales, Khalil Ezzaouia (n° 2 d’Ettakatol)
  • l’Education (très disputé),
  • le Tourisme,
  • les Affaires de malversations
  • les Affaires européennes (secrétaire d’Etat)
  • la Réforme du ministère de l’Intérieur (secrétaire d’Etat).

D’autres portefeuilles, détenus par des indépendants, sont également observés de près.

  • Le ministère de la Défense reste entre les mains d’Abdelkrim Zbidi, titulaire du poste depuis le 27 janvier 2011.
  • Le ministre des Affaires religieuses revient à Noureddine Khadmi. Formé à l’Université tunisienne de la Zitouna, il a fait sensation en appelant dans l’un de ses au Jihad pour libérer la Cisjordanie, il a également rappelé que « le voile est une obligation en islam, il n’y a aucun doute sur ce point », il passe pour un radical et ses liens avec l’Arabie saoudite laisse présager d’une plus forte influence orientale et wahhabite sur l’islam tunisien.
  • Le ministre des Finances est confié à Hocine Dimassi, issu de l’UGTT (choisi à la dernière minute pour remplacer Kahaym Turki, d’Ettakatol, impliqué dans un contentieux avec la société émiratie qui l’employait récemment).
  • Le ministère de la Jeunesse et des sports à été confié à un ancien joueur de football et consultant sportif pour la chaine Al jazira, Tarek Dhiab, qui doit plus sa nomination à sa popularité qu’à son expérience. Il s’est déjà fait remarqué en expliquant qu’il ne fallait pas nommer une femme à son poste qui exige force et ténacité.

Au total, le gouvernement ne compte que trois femmes (ministères de la Femme, de l’environnement, secrétariat d’Etat à l’équipement et à l’habitat).

Beaucoup de ministres n’ont qu’un CV assez mince à présenter et les recherches sur leur nom ne font remonter que peu d’informations. Une donne politique difficile à avaler pour des militants de la société civile engagés depuis des années sur les différents enjeux, mais que la victoire des islamistes a privé du passage à l’action politique.

Le premier défi pour ses ministres novices, sera surtout de s’imposer face à une haute fonction publique rôdée et en partie renouvelée par le gouvernement de transition, et qu’il sera difficile d’évincer, au moins dans les premiers temps, sous peine de se priver de leur connaissance des dossiers.

Quel programme ?

La déclaration de politique générale prononcée lundi par Hamadi Jebali n’a pas fait ressortir de mesures phares ou une approche innovante des problèmes.

Peu de marges de manœuvres financières

Il a, sans surprise, insisté sur la nécessité de lutter contre le chômage, notamment celui des diplômés, annoncé la création de 20 à 25 000 emplois dans l’administration, misé sur les débouchés sur les marchés du travail en Libye, dans les pays du Golfe et en Europe, insisté sur la nécessité d’attirer les investisseurs. Il a également mentionné la création de davatange de zones industrielles et d’infrastructures (notamment une ligne de chemin de fer Tunis-Kasserine). Des mesures à effet très différé.

Pour lutter contre la pauvreté, il promis d’étendre à 50 000 familles supplémentaires le bénéfice des aides sociales réservées aux plus démunis.

Le problème sera le financement de ses mesures pour lequel Ennahdha entend limiter le recours à l’endettement international. Lebudget envisagé pour 2012 prévoit déjà un déficit du 6% du PIB, alors qu’il mise une croissance de 4,5%, le prélèvement de quatre jours de salaires et une augmentation du prix des hydrocarbures. Trois hypohèses dont la confirmation n’est pas acquise. Autant dire que ses marges de manœuvres financières seront très faibles.

Une attention aux zones rurales et aux quartiers défavorisés

Pour l’agriculture, il compte sur l’apport de promoteurs et le désendettement des petits paysans, il promet de faciliter la circulation des produits agricoles, de renforcer les capacités de stockages et de mieux alimenter les zones rurales en l’électricité, en gaz et en eau. Ce qui est effectivement la première contrainte rencontrée par les producteurs.

Un effort est annoncé pour améliorer l’habitat et réhabiliter les banlieues des grandes villes.

On cherchera en vain une allusion aux défis écologiques, pourtant cruciaux (gestions des déchets, destruction du golfe de Gabès par les industries chimiques, surexploitation des ressources en eau…). Un des trois portefeuilles confié à une femme (Mamia el Banna, Ennahdha), qui ne semble disposer que de peu d’expérience dans ce domaine.

Des défis prioritaires

La lutte contre la corruption et les malversations est placée au rang des urgences, de même que la nécessite de rendre justice aux victimes de la répression en recherchant la réconciliation.

Pour le tourisme, il est surtout question de désendetter un secteur qui fonctionne à perte, d’améliorer le sort des travailleurs saisonniers, de diversifier les nationalités (allusion probablement au tourisme en provenance ds pays arabes), sans évoquer de nouvelles orientations pour le type de tourisme lui-même, alternatives au balnéaire).

Il a annoncé une large concertation pour moderniser l’éducation.

Vers un redressement moral de la société ?

La seule note nouvelle dans ce catalogue de mesures est l’allusion à la nécessité de remédier à la dégradation des moeurs et de penser « un nouveau système de valeurs pour la société ». On ne sait pas à quelle type de dégradation morale il fait allusion, ni surtout de quelle manière l’Etat peut procéder pour y remédier.

Concernant la culture, il a invité les artistes à produire « dans l’esprit de la révolution et de ses principes », sans préciser sont les principes de la révolution et qui les définira.

Si, dans sa déclaration Hamadi Jebali a rappelé son engagement à respecter les libertés publiques et le pluralisme des médias, depuis plusieurs semaines, les médias publicss sont la cible des critiques d’Ennahdha, qui y voit des fiefs « rcdistes et gauchistes », hostiles aux islamistes.

Une domination sous contrainte

Le décryptage de la vie politique tunisienne tient ce paradoxe : Ennahdha, considère sa victoire électorale et son lien organique avec la « Tunisie profonde », comme le sésame qui lui ouvre les portes du contrôle de l’apparail d’Etat et le place en position de définir les orientations politiques du pays.

Or, il n’est que le parti majoritaire d’une assemblée où, avec 89 députés sur 217, il ne dispose d’aucune majorité et seulement d’une minorité de blocage en cas de vote à la majorité des deux tiers.

La tension entre cette ambition politique et cette réalité arithmétique sera l’un des ressorts de l’évolution des prochains mois. Les rapports de force avec ses alliés, le CPR et Ettakatol, mériteront d’être observés à la loupe. D’autant qu’ils sont eux-mêmes soumis à de fortes pressions internes.

Le CPR a traversé une zone de forte turbulence après le départ de Moncef Marzouki, élu Président de la République.

Une partie des militants veulent en effet réaffirmer l’identité de leur parti pour la démarquer d’Ennahdha, vers laquelle penchent une partie de leurs cadres issus de la mouvance islamiste.

Ce clivage interne, situé sur la zone de fracture du paysage politique tunisien que Moncef Marzouki entend précisément dépasser, sera l’un des paramètres décisifs pour l’évolution de cette période de transition.

Ettakatol est agité par de sérieuses divergences entre la direction et une partie de la base qui désapprouve la stratégie de participation, et estime que la place du parti est dans l’opposition au projet islamiste d’Ennahdha.

Les débats sur l’organisation provisoires des pouvoirs ont permis à quelques figures de l’opposition d’émerger et de démontrer une capacité à alimenter le débat (et parfois à peser sur les divisions internes des partis alliés à Ennhadha) : Maya Jribi (PDP), Ahmed Néjib Chebbi (PDP), Yied Dahmani (PDP), Fadhel Moussa (Pôle démocratique, spécialiste de Droit constitutionnel) et Samir Taïeb (Pôle démocratique).

La société civile a démontré aussi une capacité de réaction (à défaut d’une véritable stratégie) et un sit in s’est tenu au Bardo tout le mois de décembre (devant la Constituante) pour attirer l’attention de l’opinion sur le risque de concentration du pouvoir entre les mains d’Ennhadha.

Source: ”Rue 89” Le 28-12-2011

Lien: http://blogs.rue89.com/tunisie-libre/2011/12/28/tunisie-de-quel-pouvoir-disposent-les-islamistes-226097


Tunisie : une chaîne de télévision islamique en projet « Al Qalam »

Longtemps bâillonnée par le dictateur Ben Ali et ses amis, la Tunisie renoue avec une pratique plus sereine de l’islam. De France nous entendons parler de quelques conflits et provocations de la part des laïcs notamment sur la question du port du niqab à l’université mais peu à peu le pays retrouve une certaine stabilité.

En octobre dernier la chaîne tunisienne Nessma TV défrayait la chronique en diffusant un film d’animation à caractère blasphématoire à l’égard de l’Islam. Fort heureusement le paysage audio-visuel Tunisien ne se résume pas à Nessma TV et de nouveaux acteurs devraient voir le jour. Ainsi, un groupe d’Imams de la ville de Sfax a annoncé le lancement de la première chaîne télévisée islamique.

Placée sous la responsabilité de l’ancien imam de la mosquée Al-Fath à Tunis Noureddine El Khadmi aujourd’hui ministre des affaires religieuses, la chaine de TV »Al Qalam » aura pour mission d’aider les tunisiens à répondre aux questions religieuses les concernant. A demi mots il s’agit de proposer par ailleurs une alternative aux chaines religieuses étrangères émettant essentiellement d’Arabie Saoudite et d’Egypte. C’est en tout cas une très bonne opportunité pour découvrir prêcheurs et mouqri de qualité se trouvant en Tunisie.

La Tunisie ne serait pas la seule à avoir sa chaîne religieuse locale, le Maroc propose la chaine As-Sadissa tandis que l’Algérie propose la chaine Coran TV (canal 5).

Source: “Ajib.fr” Le 28-12-2011
Lien: http://www.ajib.fr/2011/12/tunisie-qalamtv/


Les ministres d’Ennahdha augmentent leurs subventions à leur parti

Les ministres issus des rangs d’Ennahdha se sont engagés à verser, au moins 10% de leur salaire à leur parti. Les militants d’Ennahdha ayant une situation financière plus ou moins confortable versent déjà 5% de leurs revenus au parti. Ceux qui ont une situation aisée versent davantage, mais selon leur seul bon-vouloir, sans aucune astreinte. Les ministres devront désormais verser au moins 10%, mais sans être astreints, nous dit une source proche du parti islamiste. Les ministres dits indépendants, tout en étant proches d’Ennahdha (tel Tarak Dhiab) pourraient être également invités à mettre la main à la poche pour alimenter la trésorerie du parti.

Source: “Business news” Le 28-12-2011

Lien: http://www.businessnews.com.tn/Tunisie—Les-ministres-d%E2%80%99Ennahdha-augmentent-leurs-subventions-%C3%A0-leur-parti,520,28455,3


Le Parti pour le progrès fusionne avec Afek Tounes

Afek Tounes et le Parti du progrès ont annoncé, dans un communiqué rendu public le mercredi 28 décembre 2011, la fusion entre les deux formations politiques. Fathi Touzri, SG du Parti du progrès, et Yacine Ibrahim, directeur exécutif d’Afek Tounes, expliquent, dans ce document, cette démarche par le rapprochement des deux partis concernant des principes tels que la liberté, l’égalité, la démocratie, l’équité sociale, etc. Pour eux, ce qui les réunit dépasse les points de discorde. Se basant sur ces affinités politiques, sans cacher leurs différences et vu la période délicate que vit le pays, les dirigeants des deux partis ont décidé, d’un commun accord, l’intégration du Parti pour le progrès au sein d’Afek Tounes. Ce mouvement s’intègre, précise le communiqué, dans la démarche d’union de toutes les forces démocratiques centristes et représente un noyau pour la construction d’un grand front politique qui réunira un nombre important de partis démocratiques progressistes.

Source: “Business News” Le 28-12-2011

Lien: http://www.businessnews.com.tn/Tunisie—Le-Parti-pour-le-progr%C3%A8s-fusionne-avec-Afek-Tounes,520,28453,3


Tunisie. Khémaies Ksila claquera-t-il la porte d’Ettakatol?

Par Zohra Abid

De nombreux militants ont quitté Ettakatol. Selon eux, le parti a tourné le dos à sa ligne officielle. Khemaies Ksila, l’un des représentants du parti à l’Assemblée constituante est, lui aussi, sur le départ.

Depuis un certain temps, rien ne va chez la famille politique de Mustapha Ben Jaâfar et la maison bâtie avec tant de rigueur et d’abnégation semble fissurée de l’intérieur. Après avoir tenté, en vain, de parler avec le leader, plusieurs militants ont préféré disposer. Khemaies Ksila, l’un des ténors de ce mouvement de centre-gauche, allié à Ennahdha et à Al-Moatamar au sein de la coalition au pouvoir, n’est pas très loin de la sortie, lui non plus.

La maison de Ben Jaâfar se fissure

Le leader Mustapha Ben Jaâfar, constamment occupé par les travaux de l’Assemblée constituante qu’il préside, n’écoute plus personne, selon ses camarades, et il ne répond plus au téléphone. Des dizaines de militants ont déjà quitté le parti et fermé définitivement leurs bureaux régionaux. Chez Ettakatol, il y a donc un sérieux problème. Et pas seulement! Plusieurs de ses militants et têtes de listes risquent d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Khemaies Ksila est aux prises avec le même malaise, mais, pour le moment, il garde un pied dans la maison et l’autre sur le seuil. Kapitalis s’est entretenu avec lui, samedi dernier, alors qu’il s’apprêtait à prendre la route pour Tabarka pour assister au congrès de l’Ugtt. Il avait, ce jour-là, une petite mine. La fatigue accumulée des dernières semaines suivant les élections du 23 octobre.

Déjà, la veille, il avait assisté à la présentation du gouvernement Hamadi Jebali à l’Assemblée constituante, le débat houleux, puis le vote. Il était parmi ceux qui se sont abstenus. Que se passe-t-il dans la tête de ce militant qui vient de se faire élire et qui a la chance d’être aux premières loges pour décider de l’avenir de son pays?

M. Ksila a encore du mal à comprendre le changement à 180° du chef de son parti. «Ettakatol a dévié de sa ligne officielle. Il a perdu de son authenticité en tant que parti de centre-gauche en se dirigeant vers le centre-droite et en devenant très dépendant de la stratégie d’Ennahdha, le vainqueur des élections», dit-il, sur une note amère.

M. Ksila s’interroge sérieusement sur l’avenir de ce parti qui est en train de perdre nombre de militants et de sympathisants, qui ont cru un jour en ses valeurs. «Est-ce qu’Ettakatol pourra préserver ses atouts de pôle d’attraction et d’espoir pour beaucoup de Tunisiens? J’en doute fort.

A-t-il la capacité de se reprendre? Ce sera difficile», lâche l’élu d’Ettakatol, tiraillé entre son devoir de fidélité et ses craintes d’un fourvoiement politique s’il continue de militer sous le drapeau d’Ettakatol. Il ne fait d’ailleurs plus mystère de son besoin d’air. Et n’écarte pas un changement prochain de camp. Probablement en janvier.

A l’horizon, un nouveau départ

Pour aller où? M. Ksila semble être en discussion avec des militants d’autres partis pour en former un nouveau, qui défendra mieux les valeurs de la république. «Je suis très attentif. Il y a déjà un mouvement de démissions au sein d’Ettakatol; et c’est avec ces démissionnaires, et beaucoup d’autres, issus des réseaux des droits de l’homme, des syndicats, des femmes et des jeunes des régions que je vais m’impliquer pour créer un nouveau mouvement. La Tunisie a besoin d’un nouvel espace politique, démocratique et républicain», raconte Khemaies Ksila.

L’homme est donc déjà sur le départ pour «concevoir une alliance culturelle, sociale, politique, qui prenne ancrage dans les régions, les médias et les hommes d’affaires patriotes, intelligents et propres, dans une sorte d’alliance transparente et bien concertée», comme il l’explique lui-même.

Et Ettakatol dans tout ça? M. Ksila soupire, tire sur sa cigarette, puis l’écrase avant de la griller totalement, commande le énième café du jour, rallume une autre cigarette et réplique sur un ton presque nerveux. «On n’a pas le droit de se laisser faire. Je ne peux pas me laisser embobiner et la Tunisie mérite mieux. On n’a pas le droit à l’erreur. Car l’erreur, en politique, ça se paie cash.

Ettakatol est déjà en train de payer ses erreurs avec cette hémorragie interne (soupire). Je vis cette situation la mort dans l’âme après avoir trop cru à ce parti. Les martyrs de la révolution nous ont offert un grand cadeau, le plus précieux des cadeaux, en faisant tomber définitivement le mur de la peur. On n’a pas le droit de dilapider ce précieux legs», raconte M. Ksila.

Ettakatol a manqué une opportunité

Le représentant d’Ettakatol à la Constituante tourne autour du pot et il a du mal à exprimer son état d’esprit actuel avec des mots clairs et transparents. Mais sa décision semble déjà bien arrêtée: il s’en va… Il est clair qu’il a des choses à dire à M. Ben Jaâfar qui, selon lui, a trop changé.

«Pour l’intérêt national, je ne suis pas contre une coalition avec Ennahdha. D’ailleurs, il faut qu’Ettakatol joue son rôle de leader des forces du centre. Mais il a failli et Ennahdha a poussé M. Ben Jaâfar, ainsi que trois ou quatre cadres du parti se réclamant d’une légitimité historique, à céder devant l’argument quantitatif», dit M. Ksila. Et il explique: «On l’a poussé à accepter la position de 4ème parti en tenant compte des seuls résultats de l’élection. Or, c’est là l’erreur fatale de M. Ben Jaâfar: il a oublié son poids politique et sa légitimité historique qui lui auraient permis de faire monter les enchères».

Ce point de vue est d’ailleurs partagé par plusieurs autres démissionnaires. Pour lui aussi, comme pour ces derniers, Ettakatol a beaucoup perdu de son aura. Sa bannière ne drainera plus grand monde. «Aujourd’hui, à Ettakatol, les positionnements passent avant les positions. Passé du statut de parti militant à celui de parti de gouvernement, il utilise de nouveaux moyens de séduction, les postes et les attributions, et attire ainsi les opportunistes qui se bousculent au portillon», tranche-t-il.

Croche-pieds et tapis d’épines

«Ce que je reproche à M. Ben Jaâfar, c’est qu’il est bien au courant de l’effritement de sa popularité mais n’arrive pas à trancher et laisse faire», explique encore M. Ksila. Qui préfère garder son véritable statut, celui d’un défenseur des droits de l’homme. Un statut qui lui a valu l’exil politique en France pendant une dizaine d’années. En rentrant au pays le 3 février dernier, il a voulu intégrer le champ politique. Il a eu des discussions avec Ettajdid, le Parti démocratique progressiste (Pdp), le Parti des travailleurs tunisien (Ptt), avant d’opter pour Ettakatol. «C’était pour moi un espace non fermé, un parti à construire, conduit par un leader rassurant. Et c’est en toute sincérité que j’ai décidé d’y adhérer pour lui apporter un plus», se souvient M. Ksila.

Les premiers croche-pieds, Khemaies Ksila y a eu droit pendant la campagne électorale. Ces nouveaux camarades ont semé pleins d’épines sur son chemin, à Nabeul ou ailleurs, mais il a toujours cédé pour sauver l’essentiel. A la fin de la campagne, il a réussi à faire gagner le parti deux sièges à Ben Arous. Ce succès n’a pas tardé à lui poser problème. Ses passages très remarqués sur les plateaux des télévisions ont fait le reste. On a vu en lui un redoutable concurrent pour la succession. Pourtant, assure-t-il, il n’aspire pas à prendre la place des héritiers naturels de M. Ben Jaâfar, qui étaient là avant lui aux côtés du fondateur.

Source: “Kapitalis” Le 28-12-2011

Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/7541-tunisie-khemaies-ksila-claquera-t-il-la-porte-dettakatol.html

 

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