28 décembre 2011

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TUNISNEWS
11 ème année, N°4199 du 28.12.2011
archives : www.tunisnews.net

 


Jeune Afrique: Tunisie : Moncef Marzouki, l’incorruptible

La Croix: Le gouvernement tunisien se met au travail

WMC: Tunisie – Economie : Les promesses de Moncef Marzouki seront-elles réconfortées par des actes du gouvernement Jebali?

Agoravox: Tunisie : une révolution peut en cacher une autre…

Jeune Afrique: Tunisie – Nadia el-Fani : « Le projet d’Ennahdha est antidémocratique »

Kapitalis: «La situation financière de la Tunisie n’est pas aussi mauvaise», estime M. Dimassi

Tekiano: Bendir Man, de la cape mauve au burnous!

BBC News: Eric Hobsbawm on 2011: ‘It reminds me of 1848…’
 


 
INVITATION
 
Le 23 octobre 2011, lesTunisiennes et les Tunisiens en France ont participé massivement, comme toutela communauté tunisienne résidente à l’étranger, à l’élection del’Assemblée Nationale Constituante tunisienne. Ces élections ont portéune majorité au sein de la constituante et se sont traduites par un mode degouvernance qui ne fait pas consensus parmi les élus et au sein de la sociétécivile.
 
Cette actualité politique mouvementéeinterpelle les Tunisiennes et les Tunisiens résidents en France qui suiventavec intérêt ses évolutions.
 
A l’occasion dupassage de Mr Khemaïes Ksila à Paris, l’ATF vous invite à unerencontre-débat avec lui en sa qualité de membre de l’AssembléeNationale Constituante tunisienne, autour du thème :
 

«Assemblée nationale constituante et processus démocratiqueen Tunisie »

Le mercredi 28 décembre2011 à 19h00
À l’espace Farabi,3, rue Louis Blanc, 75010 Paris
M° Colonel Fabien, Ligne 2& M° Louis Blanc, M° ligne 7

Tunisie : Moncef Marzouki, l’incorruptible

Militant des droits de l’homme réputé pour son intégrité et son intransigeance, Moncef Marzouki, le nouveau président de la République, s’est engagé à veiller à la sauvegarde des libertés individuelles de tous les Tunisiens. Et promet à l’opposition, inquiète de son entente avec Ennahdha, d’ériger en règles de conduite le dialogue et la concertation.

Tunis, palais du Bardo, le 12 décembre. Les membres de l’Assemblée nationale constituante (ANC) élisent par 153 voix sur 202 exprimées Mohamed Moncef Marzouki, bête noire de l’ex-chef de l’État Zine el-Abidine Ben Ali, président de la République. Le lendemain, lors de son discours d’investiture, le nouveau raïs évoque les victimes des vingt-trois années de règne de Ben Ali. L’émotion le prend à la gorge et lui arrache un sanglot. Toute l’Assemblée se lève pour communier avec lui. Belle revanche sur l’Histoire : l’ancien opposant radical et prisonnier politique succède à son « geôlier ». Marzouki devient ainsi le quatrième chef de l’État tunisien après Habib Bourguiba (1956-1987), Ben Ali (1987-2011) et Fouad Mebazaa (2011, provisoire). La scène où l’on voit Marzouki saluer ce dernier après la passation de pouvoirs restera comme l’image de la première véritable alternance.

C’est un président pas comme les autres qui est désormais à la tête de l’État. Son parti, le Congrès pour la République (CPR), dont il a démissionné sitôt élu, ne comptait, il y a moins d’un an, qu’une dizaine d’intellectuels courageux. « Des généraux plus nombreux que les soldats, comme dans l’armée mexicaine », plaisante Marzouki pour dire qu’il n’avait pratiquement pas de base, le CPR ayant été interdit et persécuté par la police. Légalisé au lendemain de la révolution, le parti enregistre rapidement 10 000 adhésions et fait campagne pour l’élection de l’ANC avec un budget de 50 000 dinars (environ 25 500 euros) seulement. Vainqueurs du scrutin du 23 octobre avec 89 sièges, les islamistes d’Ennahdha ont été rejoints par le CPR, deuxième avec 29 sièges, et le parti de centre gauche Ettakatol, quatrième avec 20 sièges, pour former une coalition disposant d’une majorité confortable (138 sièges sur 217) et qui s’est réparti les rôles comme suit : Moncef Marzouki du CPR à la présidence de la République,Hamadi Jebali d’Ennahdha à la primature et Mustapha Ben Jaafar d’Ettakatol à la présidence de l’ANC.

Débats houleux

C’est aussi un président pas comme les autres car il s’est toujours opposé, pour éviter l’expérience malheureuse du présidentialisme, à la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme : « La Tunisie n’attend plus de sauveur, plus jamais ça ! » Sa solution, c’est un « système d’Assemblée » à mi-chemin entre le parlementarisme et le présidentialisme qui donne voix au chapitre, pour les grandes décisions, aussi bien aux deux chefs de l’exécutif qu’à l’ANC, représentée par son président. C’est la formule qui vient d’être adoptée par la Constituante, sur proposition de la troïka. Cette formule est transitoire, le temps que la nouvelle Constitution soit rédigée. Cela pourrait prendre un an, voire un peu plus, d’autant que les premiers débats entre la majorité et l’opposition autour de l’organisation provisoire des pouvoirs publics ont fait apparaître de profondes divergences sur les attributions respectives des trois pouvoirs dans la future Constitution.

Marzouki est enfin un président pas comme les autres du fait de son tempérament. Les uns louent son humanisme, son ascétisme, son endurance et son intransigeance. Les autres, parmi ceux qu’il appelle « la vieille gauche laïcarde », lui reprochent de ne s’être pas placé, comme eux, dans le camp des adversaires irréductibles d’Ennahdha. D’autres encore n’aiment pas son caractère bien trempé et ont peu goûté son franc-parler lorsqu’il dénonçait leurs compromissions avec la dictature. L’ex-pouvoir le traitait d’ailleurs de « fou à lier ». « De leur point de vue, cela me paraît normal, rétorque Marzouki. La psychiatrie soviétique l’avait bien compris. […] Le propre d’une dictature est de se prendre pour le bien absolu. Qui peut s’opposer au bien absolu sinon un fou et/ou un traître ? Et pour eux, je suis les deux à la fois. »

Marzouki ne devait pas faire de politique

Le conseil venait de son père. Celui-ci, paysan originaire de Douz, la porte du désert, était un militant nationaliste d’obédience yousséfiste – et donc opposé à Bourguiba – qui a dû fuir au Maroc à la veille de l’indépendance, en 1956. Le jeune Moncef fait ses études secondaires à Tanger, avant d’entamer des études de médecine à Strasbourg à la faveur d’une bourse d’État. Il ne se distingue guère par un quelconque activisme et considère la démocratie comme « une bizarrerie culturelle ». « Il était énigmatique, brillant, lisait beaucoup pendant que nous étions dans les cafés et faisait déjà figure de philosophe », se souvient l’un de ses condisciples. Sa vie « bascule » lorsqu’il rencontre le professeur Marc Klein, un rescapé des camps nazis, qui dirige sa thèse sur « l’expérimentation humaine en médecine ». Marzouki se convertit alors à la cause des droits de l’homme. De retour à Tunis, où il pratique la neurologie, il fonde, en 1981, le Réseau africain des droits de l’enfant. Et découvre la torture…

En 1989, il est élu président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH), parce que, disait-il, deux de ses prédécesseurs à ce poste « ont cédé aux sirènes du pouvoir » en acceptant des postes de ministre. « Je ne serai pas ministre », déclare aussitôt celui qui était alors professeur de neurologie et pionnier de la médecine communautaire. Ben Ali en a eu vent et y voit un casus belli. Contrairement à la coutume, il ne le reçoit pas pendant un an et demi. Pourtant, Marzouki reconnaît qu’il ne se percevait pas comme un opposant au régime, par « naïveté ». Mais la « répression féroce » qui s’abat sur les islamistes à partir de 1990 le révolte. « On se croirait dans les années 1970 sous la dictature argentine ou dans le Chili de Pinochet », écrit-il. Environ 30 000 personnes sont arrêtées et une quarantaine meurent en détention sous la torture, parmi lesquelles Abderraouf Laribi, dont le cas interpelle Marzouki, qui écrit au ministre de l’Intérieur de l’époque, le « sinistre » Abdallah Kallel, lequel ne répondra pas. Mais Ben Ali le convoque et le reçoit en présence de Kallel. « J’ai lu votre communiqué, lui dit-il en tirant sur sa cigarette. On présente la Tunisie comme si c’était le Chili. Est-ce normal ? » Marzouki fait valoir qu’il s’agit d’informations vérifiées et que le ministère de l’Intérieur fait la sourde oreille. « [Kallel] s’emporta, me menaçant de me poursuivre en justice pour diffamation de l’État, rapporte l’intéressé. Ce fut ma dernière naïveté avec Ben Ali. » L’entretien n’ayant pas eu de suite positive, Marzouki devient « contestataire par la force des choses ».

Désobéissance civile

La réponse du pouvoir ne tarde pas : le ministère de l’Intérieur fait adopter par le Parlement, en 1992, une loi liberticide sur les associations destinée à faire adhérer à la LTDH des militants du parti présidentiel en vue d’en prendre le contrôle. Marzouki résiste. La LTDH est dissoute. C’est alors qu’il cofonde, avec notamment Mustapha Ben Jaafar et Sihem Bensedrine, le Comité national pour la défense des prisonniers d’opinion, interdit évidemment. En 1994, la LTDH, réactivée, passe sous le contrôle des partisans du pouvoir à la suite d’un « putsch ». Marzouki ne veut pas rester dans « une ligue couchée » et descend dans l’arène politique. Il exprime sa volonté de se présenter à la présidentielle contre Ben Ali, qui le fait aussitôt arrêter et placer en isolement total pendant quatre mois. Il n’en sortira qu’après l’intervention personnelle de Nelson Mandela. Il est interdit de voyage et maintenu en résidence surveillée dans sa maison, à Sousse. Avant d’obtenir la restitution de son passeport et de s’exiler à Paris, il fonde, en 2001, le Congrès pour la République avec de grands militants comme Mohamed Abbou, Abdelwaheb Matar, Abderraouf Ayadi et Neziha Ben Rejiba, plus connue sous son pseudonyme, Om Zied. Mot d’ordre : nous ne devons plus avoir peur, il ne faut plus demander nos droits, il faut les pratiquer sur le terrain. C’est l’ère de la désobéissance civile.

Père de deux filles, qu’il adore par-dessus tout, Marzouki a une réputation d’intégrité et de probité que nul ne conteste. Sa maison à Port el-Kantaoui, à Sousse, est inachevée depuis vingt-six ans. Ceux qui l’on connu durant son exil à Paris entre 2000 et 2011 (avec trois séjours risqués à Tunis entre 2004 et 2006) ont été frappés par les conditions modestes dans lesquelles il vivait et la modicité de ses revenus. Au fil des ans, il a développé une vision qui synthétise, peu ou prou, les grandes causes qui sont aujourd’hui les priorités du gouvernement de coalition. Militant anti-Ben Ali, tribun hors pair, penseur et essayiste prolifique, Marzouki a des solutions originales aux maux hérités de l’ère dictatoriale. Et se veut intransigeant en matière de lutte contre la corruption. Comme l’était, du moins en paroles, le Ben Ali du 7 novembre 1987, qui a fait miroiter des lendemains qui chantent avant que le narcissisme et l’ivresse du pouvoir ne le fassent sombrer dans l’autoritarisme. À ceux qui s’inquiètent de son alliance avec les islamistes, Moncef Marzouki rétorque qu’il sera le président de tous les Tunisiens, qu’il veillera à la sauvegarde des libertés individuelles et qu’il privilégiera le dialogue et la concertation. Restera-t-il, à l’épreuve du pouvoir, fidèle aux principes qu’il a toujours défendus ? Seul l’avenir le dira.

Source: ”Jeune Afrique” Le 27-12-2011

Lien: http://www.jeuneafrique.com/ArticlePersonnalite/ARTJAJA2658p042-045.xml0/Type:Portrait/tunisie-moncef-marzouki-l-incorruptible.html


Le gouvernement tunisien se met au travail

Grand vainqueur des élections, le parti islamique Ennahda s’est réservé l’essentiel des postes clés.

La Tunisie a fini par se doter d’un gouvernement deux mois après les élections de l’Assemblée constituante, le 23 octobre. Les difficiles tractations au sein de la troïka – le parti islamique Ennahda, grand vainqueur des élections (89 des 217 sièges de l’Assemblée constituante) et les deux partis alliés, Ettakatol (centre gauche) et le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki – avaient poussé à la multiplication des portefeuilles ministériels au fil des semaines.

Devant l’avalanche de critiques, le nouveau premier ministre Hamadi Jebali a finalement « limité » à 30 ministres et 11 secrétaires d’État son gouvernement investi vendredi 23 décembre de la confiance de 154 des 217 élus de l’Assemblée constituante.

« ENNAHDA DÉTIENT QUASIMENT 50 % DU POUVOIR EXÉCUTIF »

Dans ce gouvernement, la parité imposée pour les élections a volé en éclats – la présence des femmes se limite aux trois portefeuilles de l’environnement, de la femme et de l’habitat – et le parti Ennahda se taille la part du lion. Les dirigeants du parti islamique occupent l’ensemble des portefeuilles régaliens (à l’exception du poste de la défense auquel a été reconduit Abdelkrim Zbidi).

Noureddine Bhiri, le porte-parole du parti, devient ministre de la justice. Ali Larayedh, ancien président du bureau exécutif qui fut condamné à mort en 1987 avant d’être gracié puis emprisonné pendant quinze ans, obtient le portefeuille de l’intérieur. Rafik Abdessalem, gendre du leader historique Rached Ghannouchi, est nommé chef de la diplomatie.

« Ennahda renforce son hégémonie », constate l’économiste et fin connaisseur de la scène politique tunisienne Abdeljelil Bédoui. « Le parti a eu 37 % des voix aux élections, il a obtenu 41 % des sièges de députés et s’est emparé de 45 % des postes ministériels. Si l’on ajoute les indépendants qui lui sont proches, Ennahda détient quasiment 50 % du pouvoir exécutif », détaille-t-il.

SUSPICION

« Nul doute qu’il y a de la suspicion au sein de la troïka, une volonté de se surveiller les uns les autres. Comment expliquer autrement la multiplication des postes, un ministre et trois secrétaires d’État pour les affaires étrangères par exemple ? », interroge Mouhieddine Cherbib, l’un des représentants de la communauté tunisienne de l’étranger.

Le fait que Samir Dilou, membre du bureau exécutif d’Ennahda, devienne à la fois ministre des droits de l’homme et porte-parole officiel du gouvernement a également fait grincer des dents la société civile, qui n’a pas jugé de bon augure ce mélange des genres.

Au demeurant, les Tunisiens attendent au premier chef des améliorations en matière économique et sociale. Hamadi Jebali a promis que le gouvernement s’attaquerait dès cette semaine à ces « questions urgentes ».

Et le président de la République a appelé vendredi au siège des syndicats patronaux à suspendre pendant six mois grèves, sit-in et barrages divers pour éviter à la Tunisie « un suicide collectif ». Trois jours auparavant, le fabricant japonais de câbles automobiles Yazaki avait annoncé la fermeture définitive de l’une de ses cinq usines, paralysée par une grève dans le centre du pays.

Source: “La Croix” Le 27-12-2011

Lien: http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Le-gouvernement-tunisien-se-met-au-travail-_EP_-2011-12-26-751072


Tunisie – Economie : Les promesses de Moncef Marzouki seront-elles réconfortées par des actes du gouvernement Jebali?

Par Amel Belhadj Ali

«Avec le départ de Yazaki, une autre donne pour nous jeunes promoteurs… Nous avons du mal aujourd’hui à convaincre les investisseurs étrangers et nos partenaires commerciaux du site Tunisie. Ils nous reprochent, entre autres, de ne plus être les maîtres à bord, nos ouvriers et la force qu’ils sont sur le terrain, leur font peur. Un client étranger très important, m’a assuré qu’il était disposé à diviser ses commandes sur 2 pour ne pas perdre sa crédibilité. Il refuse de percevoir des intérêts de retard ou de pénalités car il veut garder ses clients, qu’il a bataillé pendant des mois à avoir et à fidéliser». C’est Khaled Azaiez, jeune opérateur privé qui exprime ses inquiétudes de l’avenir des relations du secteur privé tunisien avec ses partenaires étrangers.

Moncef Marzouki, président de la République, s’adressant vendredi 23 décembre 2011 au patronat à l’UTICA, avait essayé de rassurer les opérateurs privés sur la stabilité du climat social auquel œuvrera le gouvernement nouvellement mis en place. Il est allé jusqu’à promettre de prendre des mesures drastiques à l’encontre de tous ceux qui s’adonneraient à des actes de nature à immobiliser les unités de production, quel qu’elles soient, publiques ou privées, et les empêchent de fonctionner normalement.

Toutefois, au-delà du pouvoir moral du président, de quelle autorité dispose-t-il pour rassurer le secteur privé ou calmer les ardeurs revendicatrices de travailleurs nouvellement éveillés à la liberté et lesquels, à force de demandes parfois injustifiées et arbitraires, mettent en danger leurs sources de subsistance?

Wided Bouchammaoui, présidente de l’UTICA, a pour sa part prévenu quant aux risques importants des dérapages qui menacent, depuis le 14 janvier, l’économie du pays: «Nous ne pensons pas que le peuple veuille ruiner l’économie du pays, ou paralyser les entreprises et les établissements publics. Notre économie est en danger et les postes d’emplois risquent de disparaître. Rien que dans le secteur des composants automobiles sensé créer 20.000 emplois, des milliers de postes de travail ont été perdus, ce qui représente une perte immense qu’aucun Tunisien jaloux de l’essor de son pays ne peut tolérer».

Une réalité socio-économique complexe

Pour Montacer Ben Cheikh, maître de conférences à l’Université de la Rochelle, la réalité socio-économique de la Tunisie est complexe et ce pour plusieurs raisons.

– D’abord, un tissu industriel principalement orienté vers la sous-traitance de produits semi-finis à destination de l’Union européenne, ce qui ne plaide pas en faveur de la pérennité des emplois.

– Ensuite, une infrastructure de transport vieille de plusieurs décennies (il n’y a qu’à regarder les chemins de fer), cela n’attitre pas les «bons» investisseurs internationaux qui exigent généralement une bonne infrastructure de transport et de télécommunications. Les deux échangeurs et demi construits récemment ne pourront faire la différence. La Tunisie est classée au 8ème rang mondial quant à l’utilisation du réseau routier (nombre de voitures/km), et pas parce qu’elle dispose de plusieurs milliers de kilomètres d’autoroutes. Accessoirement, cela la classe 21ème en termes du nombre d’accidents routiers mortels.

– La compétitivité internationale ne se fait pas par la qualité des biens et des services que le pays exporte mais par les dévaluations durables de la monnaie nationale, ce qui se traduit par une inflation tout aussi durable.

– Enfin, le niveau d’endettement -aussi bien en termes de pourcentage par rapport à notre PIB que des intérêts de la dette et le fardeau de la dette- place la Tunisie parmi les 30 premiers pays du monde. Cela limite les capacités de tout gouvernement à s’endetter davantage. Donc, cela limite les politiques de relance «court-termistes» dites budgétaires.

Mais plus grave encore, la Tunisie reçoit près de 500 millions de dollars d’aide au développement, ce qui est désormais conditionnée au respect des «valeurs démocratiques». Selon quels critères, ceux qui donnent ou ceux qui reçoivent?

Par ailleurs, l’agriculture tunisienne est extrêmement vulnérable, étant donné son poids sur le marché international (les prix des principales matières agricoles sont fixés sur les marches financiers par les contrats futurs et autres dérivés). La Tunisie ne contrôle ni le prix de l’huile d’olive ni celui de nos céréales…

Sur un tout autre volet, le système éducatif cherche à imiter les standards européens: «Sauf que, estime Montacer Ben Cheikh, le pays n’admet ni les standards industriels ni les standards des services européens. Néanmoins, il faut lui reconnaître le fait qu’il ait traditionnellement déployé un effort considérable dans les infrastructures éducatives ainsi que dans la gratuité des études».

La Tunisie d’aujourd’hui souffre de plusieurs maux, ce qui rend délicate la mission du gouvernement en place qui devrait s’attaquer à des priorités d’ordre socio-économique et surtout au chômage.

Où en sommes-nous aujourd’hui?

La Tunisie possède un taux de chômage parmi les plus élevés au monde (en 2006 elle était 15ème sur le plan mondial). «En outre, le taux d’emploi des hommes est parmi les plus élevés au monde (12ème sachant que les douze premiers pays sont des pays musulmans sauf le Guatemala). Je vous laisse imaginer, entre autres, la portée du Code du Statut Personnel dans ce contexte. On aura vite fait de le briser en miettes», indique M. Ben Cheikh

Une partie non négligeable de la population jeune et moins jeune ne peut se prévaloir de grandes formations, de know how, ou de diplômes pouvant satisfaire les exigences du marché de l’emploi. Tout au plus, de larges pans de notre jeunesse ont été endoctrinés par la gauche ou en grande partie par l’extrême droite et les concepts ingurgités ne promettent pas une grande ouverture sur le monde mais plutôt un repli identitaire qui menacerait l’équilibre social fragile et même nos relations avec des pays auxquels nous lient de longues traditions d’amitié.

Une bonne partie de la population est endettée, estime Montacer Ben Cheikh: «C’est une politique inventée aux Etats-Unis juste après la Grande Crise de 1929 et selon laquelle un salarié endetté ne se met pas en grève et ferme sa gueule. Bien entendu, cela limite les capacités entrepreneuriales des individus. Les services de santé sont ouverts aux plus offrants. A quand la vente aux enchères publiques des services de santé des citoyens?».

La tâche du gouvernement Jebali ne sera pas des plus faciles. Car, outre le fait qu’il faille rétablir rapidement la confiance entre le politique et le socio-économique, il va devoir travailler sur l’image du pays à l’international. Laquelle, malgré l’aura qui lui avait été apportée par la «révolution» commence à subir le revers de la médaille d’une situation sociale instable et de la perte de confiance des investisseurs domestiques et internationaux dans la maitrise de phénomènes tels les sit-in, les manifestations ou les grèves anarchiques.

«L’année 2012 sera plus difficile que celle de 2011», estime Wided Bouchammaoui, et ce qu’attend le secteur privé du nouveau gouvernement est qu’il applique la loi et sanctionne tous ceux qui s’attaqueront aux moyens de production du pays et menacent la pérennité de l’emploi.

Le gouvernement Caïd Essebsi avait tout juste une légitimité fonctionnelle, celui de Jebali a la légitimité populaire, du moins c’est ce qu’on s’efforce tout le temps à répéter. Par conséquent, il est pourvu de tous les atouts qui lui permettront de prendre les bonnes décisions dans l’intérêt du pays et de son développement socio-économique.

Source: ”WMC” Le 27-12-2011

Lien: http://www.webmanagercenter.com/management/article-114238-tunisie-economie-les-promesses-de-moncef-marzouki-seront-elles-reconfortees-par-des-actes-du-gouvernement-jebali


Tunisie : une révolution peut en cacher une autre…

Au début de ce mois de décembre, l’association Per a Pace, Pour la Paix s’est rendue en Tunisie[i], à 180 kilomètres au nord/ouest de Tunis et à proximité de la frontière algérienne dans la région de Jendouba, à Ghardimaou, petite ville d’où sont originaires de nombreux travailleurs immigrés tunisiens installés en Corse. Cette action de solidarité internationale a été organisée en partenariat avec l’Association Populaire des Tunisiens en Corse (APTC), avec le soutien de l’Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens de France (l’UTIT), et la collaboration de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (l’UGTT).

Solidarité, échanges, convivialité et découverte sont les mots clefs qui auront marqué cette initiative constituée de multiples rencontres à Tunis, Bizerte, Ghardimaou… Il faut dire que la Tunisie, celle qui a réalisé sa révolution le 14 janvier dernier et qui a donné le coup d’envoi du printemps arabe est sortie de plusieurs décennies de dictature et aujourd’hui, la parole se libère. L’espoir est au rendez-vous…

Le président Ben Ali qui a dirigé le pays d’une main de fer durant plus de 23 années a bénéficié du soutien et de l’appui total des grandes puissances comme la France et de nombreux autres pays européens. Il a été obligé de fuir face à la pression populaire, aux manifestations et aux soulèvements.

Le peuple Tunisien est aujourd’hui fier de sa révolution, lui qui n’a connu depuis l’indépendance du pays en 1956 que deux présidents de la République, Bourghiba et Ben Ali, et plus d’un demi-siècle de dictature, de privations, d’atteintes aux droits les plus élémentaires.

Cette action de solidarité internationale[ii] s’est inscrite dans la volonté de développer des coopérations entre associations et citoyens de Méditerranée. Elle a permis de convoyer des lits médicalisés, des fauteuils pour handicapés, des fournitures scolaires, des livres, des vêtements, des couvertures, des vélos et divers matériels médicaux à destination d’associations de Ghardimaou, Tunis, Nabeul et Bizerte.

Elle aura aussi permis à travers les rencontres, les échanges et les témoignages de comprendre la Tunisied’aujourd’hui, l’importance de sa révolution, les espoirs d’une jeunesse, et surtout la volonté de s’ouvrir, de construire une nouvelle Tunisie, celle souhaitée de la démocratie, de la justice et du respect des droits humains.

La révolution a chassé Ben Ali et c’est donc tout naturellement qu’en octobre dernier, les tunisiens étaient appelés à élire leurs députés. Beaucoup votaient pour la première fois et les résultats ont donné 37% de voix au parti islamiste Ennahdha, dont est issu le premier ministre d’aujourd’hui Hamadi Jebali. Ce mouvement qui se revendique d’un islamisme « modéré » a réussi à fédérer autour de lui deux autres partis[iii] pour constituer une majorité de gouvernance. Mais nous avons constaté l’inquiétude, les interrogations et les incertitudes qui pèsent sur les intentions futures de cette nouvelle majorité.

Nous étions en Tunisie au moment où se réunissaient les 217 élus de l’Assemblée Nationale qui planchaient sur la nouvelle constitution à élaborer pour le pays. Tous les débats ont été télévisés et durant une semaine, les Tunisiens ont eu droit au spectacle d’une démocratie qui discute, débat, polémique, et vote…

Pour l’UGTT , la principale organisation ouvrière, qui nous a apporté une aide décisive dans le dédouanement du matériel solidaire à Tunis et qui bénéficie d’un important capital de sympathie dans le pays, « ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, ne sont pas forcément ceux qui ont fait la Révolution ». Le secrétaire Général Abdessalem Jerad et deux de ses adjoints que nous avons longuement rencontré au siège de l’organisation à Tunis ont témoigné de leur crainte et dénoncé déjà les pressions qui se manifestent à l’égard de l’organisation syndicale qui prépare son congrès[iv] pour la fin de ce mois de décembre.

Tous les Tunisiens que nous avons rencontré et pas seulement les responsables de l’UGTT, principal organisation ouvrière dans le pays, ont été unanimes pour dire que sur le plan de la revendication démocratique, le bilan est positif, en attendant que le social, les droits et l’économique suivent.

En effet, l’espoir est grand, le peuple attend du travail, plus de liberté, la fin de la corruption, la fin des discriminations notamment à l’égard des femmes, ils attendent des lois qui les protègent et surtout que soit expulsée définitivement une dictature qui n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.

Quelle place sera accordée aux droits de la femme dans la prochaine constituante ? Cette question est aujourd’hui au centre des débats. La section Tunisienne d’Amnesty International a présenté aux différents partis siégeant au sein de la constituante un manifeste comportant 10 grandes réformes à entreprendre dans le domaine des droits humains, afin que ceux-ci soient inclus dans la nouvelle constitution. Certains mouvements, dont ceux qui aujourd’hui sont au pouvoir ont refusé le fait « d’élever les droits de la femme au rang constitutionnel ».

Au moment où nous étions en Tunisie, la presse se faisait l’écho de vifs débats dans les universités. Le port du Niqad pour les femmes cristallise les oppositions entre les pros et les antis.

Les échanges et rencontres, nous auront permis de comprendre que le peuple Tunisien a besoin que la classe politique mette en œuvre les changements profonds qui lui a été promis au lendemain de la révolution. Ils attendent des solutions, la sortie du tunnel, des signes positifs en matière d’emplois pour les jeunes, mais aussi dans la promotion des régions défavorisées comme Jendouba, Ghardimaou que nous avons visité et où les conditions de vie sont pour beaucoup très dures.

Dans le petit hôpital de Ghardimaou (57 lits) la vétusté du matériel médical et l’indigence des moyens font contraste avec l’engagement du personnel. Le matériel déposé par les associations (3 lits médicalisés électriques, des matelas anti escarres, des fauteuils handicapés et du matériel médical) a ravi le personnel mais reste nettement insuffisant face à l’étendue des besoins.

Au sein de la structure associative qui accueille des jeunes handicapés de la région, nous avons constaté la même pénurie de moyens, mais un dynamisme et un engagement qui permettent à de nombreux handicapés de suivre un enseignement et d’exercer une activité professionnelle dans l’exploitation agricole qui s’étend sur plus de 10 hectares. Le matériel solidaire déposé (fauteuils handicapés, fournitures scolaires, couvertures et vêtements) va certes apporter du mieux dans cette région sous équipée, mais nous avons constatés que les handicapés moteurs sont nombreux en Tunisie et que beaucoup ne peuvent se déplacer faute de fauteuil adapté…

Le collège rural d’Ain Soltane situé à 1000 mètres d’altitude et qui accueille plus de 550 jeunes dont 380 internes se trouve lui aussi confronté à la précarité des moyens, absence d’infirmerie, manque de couvertures et matériel scolaire…

A Tunis, dans une clinique, accompagnés par l’association Al Mansy (les oubliés) créée au lendemain de la révolution et constituée presque essentiellement de jeunes étudiants, nous avons rencontré certains des blessés de la révolution, ceux qui 10 mois après, sont encore sous le choc et meurtris dans leur chair. Il sera difficile d’oublier le regard de la petite Maram 3ans blessée dans le sud du pays et le sourire de Rached, étudiant de 21 ans transpercé par une balle et qui le laisse aujourd’hui paraplégique.

Ces dernières semaines, l’actualité a mis l’accent sur les drames que l’immigration du désespoir à bord d’embarcations de fortunes a encore occasionné… Avec les difficultés de la vie, le chômage et la marginalisation, beaucoup de jeunes seront encore tentés par le voyage de la dernière chance, si le gouvernement ne répond pas aux aspirations, celles pour lesquels les Tunisiens ont fait la Révolution.

Aujourd’hui la Tunisie cherche sa voie… Les Tunisiens ont renversé une dictature, mais seront-ils suffisamment forts pour promouvoir la Laïcité, la démocratie et empêcher une nouvelle dictature obscurantiste…

[i] Avec cette action de solidarité internationale qui s’est déroulée du 3 au 12 décembre 2011, il s’agissait de la première action de Per a Pace en Tunisie. Deux fourgons 12 m 3 et sept personnes participaient à cette initiative. Pascale Larenaudie, Marie-France Andreozzi, Touria Leca, Baptiste Chanrion et Jacques Casamarta (Association Per a Pace). Mohamed Jouablia (l’APTC) l’Association Populaire des Tunisiens de Corse et Slimane Sideri (l’UTIT) l’Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens de France. Sur place nous avons reçu le soutien de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (l’UGTT).

[ii] Cette action solidaire, la première de l’association en Tunisie, était prévue en 2012, mais la date a été avancée après l’annulation ce mois de décembre de l’initiative prévue au Maroc et pour laquelle nous avons constaté avec nos partenaires associatifs sur place les difficultés pour ne pas dire l’impossibilité de dédouanement aux frontières. Déjà en 2009, cinquante vélos convoyés à destination d’associations marocaines étaient revenus en France après avoir passé 9 jours aux douanes de Tanger. C’est pour éviter une nouvelle fois cette situation, que Per a Pace a pris la décision de reporter à une date ultérieure cette opération au Maroc.

La ville d’Ajaccio, qui avait soutenu l’initiative dans le cadre de son appel à projet « fait bouger le monde » a accepté d’en modifier la destination et la SNCM, société de navigation maritime nous a apporté une contribution décisive en soutenant l’organisation de ce premier convoi en Tunisie.

[iii] Le Congrès pour la République et le Forum Démocratique pour le travail et les Libertés sont les deux mouvements politiques qui ont constitué avec Ennahdha ce que les Tunisiens appellent la Troïka.

[iv] Le Congrès de l’UGTT s’est tenu à Tunis du 25 au 28 décembre 2011.

Source: “Agoravox” Le 27-12-2011

Lien: http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/tunisie-une-revolution-peut-en-106942


Tunisie – Nadia el-Fani : « Le projet d’Ennahdha est antidémocratique »

Arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie, droits des femmes, menace salafiste… La réalisatrice controversée Nadia el-Fani livre à jeuneafrique.com sa vision de la situation politique et sociale dans son pays.

Si Nadia el-Fani ne rentre pas dans son pays, ce n’est pas par « peur », après l’attaque d’un cinéma lors de la projection de son film « Laïcité, Inch’Allah ! », et les nombreuses menaces de mort dont elle a été victime. « La peur empêche d’avancer, ce qui n’est pas mon cas », explique la réalisatrice tunisienne. « Mais je refuse de rentrer tant que la justice ne fera pas son travail », dit elle.

Nadia el-fani fait l’objet d’une plainte déposée par trois avocats islamistes qui l’accusent d’atteintes au sacré, aux bonnes mœurs et aux préceptes religieux. « Soit la justice classe l’affaire, soit elle instruit le procès, et dans le second cas, j’en ferai un procès politique », avance-t-elle, tout en s’empressant de reprendre le célèbre slogan « on ne va pas passer du Benalisme au Benislamisme ! »

En attendant la résolution de son affaire, elle travaille à Paris sur un nouveau film, qui sera diffusé à la télévision française dans le courant de février, et en Tunisie « si une chaîne l’accepte », précise la réalisatrice. Elle entend raconter en images les suites de la sortie de « Laïcité, Inch’Allah ». « Je ne me trompe pas de combat », clame-t-elle. Et la victoire des islamistes d’Ennahdha aux élections du 23 octobre ne fait que renforcer sa détermination. « Leur projet est antidémocratique. Je lutte contre leur idéologie politique mais je combat aussi leur programme économique. Ennahdha est un parti de droite ».

Nadia el-Fani reste confiante. Malgré l’apparition d’une jeunesse « plus conservatrice que la vieille génération », elle en est sûre : les Tunisiens souhaitent garder l’image d’un peuple « moderne, ouvert », et tous sauront se battre afin que les droits des femmes ne soient pas piétinés. « L’inscription du Code du statut personnel est une condition sine qua non à l’acceptation de la nouvelle Constitution », assure-t-elle. « La société tunisienne montre chaque jour sa capacité à se mobiliser encore, à ne rien lâcher », conclut la réalisatrice.

Source: ”Jeune Afrique” Le 27-12-2011

Lien: http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20111227115108/france-cinema-tunisie-islamismetunisie-nadia-el-fani-le-projet-d-ennahdha-est-antidemocratique.html


«La situation financière de la Tunisie n’est pas aussi mauvaise», estime M. Dimassi

On s’en doutait un peu : le nouveau gouvernement n’aura pas le temps de réexaminer le projet de loi de finances 2012 préparé par le gouvernement sortant.

En prenant ses fonctions, lundi, à la tête du ministère des Finances, Hassine Dimassi a d’ailleurs affirmé que le projet de finances préparé par le gouvernement Caïd Essebsi a été proposé tel quel à l’Assemblée constituante qui devra l’adopter dans les prochains jours.

Une loi de finances complémentaire

Les services du ministère vont s’atteler à la préparation d’un projet de loi de finances complémentaire pour l’exercice 2012, qui sera fin prêt à la fin mars prochain, a-t-il affirmé.

Connaissant la sensibilité sociale et travailliste du nouveau locataire du ministère des Finances – un économiste proche de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) –, on peut d’ores et déjà prévoir un document à forte orientation sociale. Ce qui ne serait pas une mauvaise nouvelle, eu égard aux problèmes actuels du pays : chômage, pauvreté, emploi précaire, etc.

Selon le successeur de Jalloul Ayed à la tête du ministère des Finances, «la situation financière du pays n’est pas aussi mauvaise que le pensent certains». M. Dimassi a, toutefois appelé, dans une déclaration à l’agence Tap, «à faire preuve de prudence étant donné le caractère critique de la période actuelle».

«Plus que les pressions économiques, la Tunisie doit affronter des problèmes sécuritaires et sociaux, résultant de grèves et de sit-ins qui ont grandement influé l’activité économique, notamment dans le secteur des phosphates et dérivés, lequel est dans une situation difficile», a déclaré M. Dimassi à la Tap. Et d’ajouter : «Les mouvements de protestation ont entravé la croissance du secteur, notamment du point de vue de la rentabilité économique, dans un contexte caractérisé par l’envolée des cours mondiaux des phosphates».

Etaient présents à la cérémonie de passation, Jalloul Ayed, ministre sortant, Slim Besbes, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Finances, et les directeurs généraux et cadres du département.

Source. ”Kapitalis” Le 27-12-2011

Lien: http://kapitalis.com/kapital/34-economie/7534-lla-situation-financiere-de-la-tunisie-nest-pas-aussi-mauvaiser-estime-m-dimassi-.html


Bendir Man, de la cape mauve au burnous!

C’est en burnous que Bendir Man a fait son entrée sur la scène du Théâtre Municipal, mercredi dernier. Guitare en main, l’artiste non-grata sous le régime de Ben Ali se retrouve sous les projos, presque un an après la fuite du dictateur.

«Le burnous ça vous fait marrer hein ! Je jure que, dans une semaine, vous serez tous en burnous» lance-t-il aux environ 400 personnes riant aux éclats. Fidèle à sa réputation de franc-tireur, le super héro a abandonné sa cape mauve pour mettre le burnous. «Marzouki va avoir 30.000 dinars pour jouer à la Playstation» ironise l’artiste en allusion aux prérogatives limitées du Président de la République. Mais Marzouki n’est pas le seul à s’attirer les foudres de Bendir Man.

Même son propre père, Mohamed Kilani, leader du Parti Socialiste de Gauche (PSG), n’échappe pas au fouet de sa satire. «C’est son jour de chance. Après des années d’incarcération dont la majorité passée au « siloun » [appellation de la cellule d’isolation dans les prisons tunisiennes, NDLR], voilà qu’il se retrouve dans une loge au Théâtre Municipal» confie Bendir Man à son audience. Et il lui remet une autre couche plus tard : «Je n’ai pas voté pour lui. D’ailleurs, je pense que lui et ma sœur sont les seuls à avoir donné leurs voix à son parti. Même mon autre frangine a voté pour une autre liste électorale».

La formation du nouveau gouvernement fait également l’objet de sa satire. «Pour que tout le monde soit satisfait à la troïka, le ministère du transport sera partagé en deux : un ministère pour Zina et un autre pour Aziza» renchérit-il entre deux morceaux. L’humour noir de Bendir Man s’est même abattu sur Rafik Abdesslem Bouchlaka, nouveau ministre des affaires étrangères et gendre de Rached Ghannouchi dont la nomination a été controversée, entre autres, pour le lien de parenté qu’il a avec le président du Mouvement Ennahdha. Le musicien est allé jusqu’à demander la main d’une des filles du leader islamiste, histoire de devenir ministre. Et c’est sur l’air d’une chansonnette souvent clamée par les supporters des clubs de foot qu’il a fait ses aveux.

Peu importe qui serait au pouvoir, il sera la cible de Bendir Man. Son arme de dérision continue à emballer un public lassé d’écouter les artistes faisant les louanges des gouvernants. Exit l’ère des fous du roi. En Tunisie, ce temps est révolu.

Source: “Tekiano” le 27-12-2011

Lien. http://www.tekiano.com/component/content/article/21-n-c/4613-tunisie-bendir-man-de-la-cape-mauve-au-burnous-.html


Eric Hobsbawm on 2011: ‘It reminds me of 1848…’

By Andrew Whitehead BBC World Service News
 
 

The renowned historian Eric Hobsbawm has watched the revolutions of 2011 with excitement – and notes that it’s now the middle class, not the working class, that is making waves.

« It was an enormous joy to discover once again that it’s possible for people to get down in the streets, to demonstrate, to overthrow governments, » says EJ Hobsbawm at the close of a year of revolutionary upheaval in the Arab world. He has lived his life in the shadow, or the glow, of revolutions. Born just months before the Russian revolution of 1917, he was a Communist for most of his adult life – as well as an innovative and influential writer and thinker. He has been a historian of revolution, and at times an advocate of revolutionary change.  

“Start Quote

Today’s most effective mass mobilisations start from a new modernised middle class – particularly the enormously swollen body of students”

End Quote

Now in his mid-nineties, his continuing passion for politics is reflected in the title of his most recent book How to Change the World – and in his keen interest in the Arab Spring.

« I certainly felt a sense of excitement and relief, » he says, talking to me in his north London home, which is strolling distance from Hampstead Heath. Books about jazz – he was once a jazz critic – jostle for space on the shelves with works of history in several languages. « If there is to be a revolution, it should be a bit like this. At least in the first few days. People turning up in the streets, demonstrating for the right things. » But, he adds: « We know it won’t last. » The historian in him draws a parallel between the Arab Spring of 2011 and Europe‘s « year of revolutions » almost two centuries earlier, when an uprising in France was followed by others in the Italian and German states, in the Hapsburg Empire, and beyond. Arab democracies? « It reminds me of 1848 – another self-propelled revolution which started in one country then spread all over the continent in a short time. »  

Eric Hobsbawm

  • One of the few British historians whose books are best-sellers, Hobsbawm has written works with global horizons and broad narrative sweep
  • Egypt is the land of Hobsbawm’s birth, but his European Jewish parents moved to Vienna when he was two, and soon afterwards to Berlin
  • Orphaned as a teenager, with Hitler’s grip on power tightening, in 1933 he came to London
  • After gaining a PhD from Cambridge, he became a lecturer at Birkbeck College London in 1947, publishing the first of more than 30 books in 1948

For those who once crowded Tahrir Square and are now worried about the fate of their revolution, he has a word of comfort.

« Two years after 1848, it looked as if it had all failed. In the long run, it hadn’t failed. A good deal of liberal advances had been made. So it was an immediate failure but a longer term partial success – though no longer in the form of a revolution. » However, with the possible exception of Tunisia, he sees little prospect of liberal democracy or European-style representative government in the Arab world. Not enough notice has been taken, he says, of the differences between Arab countries in the throes of mass protests. « We are in the middle of a revolution – but it isn’t the same revolution. » « What unites them is a common discontent and common mobilisable forces – a modernising middle class, particularly a young, student middle class, and of course technology which makes it today very much easier to mobilise protests. » The importance of social media extends to the other global movement of the past year, the Occupy protests North America and Europe. That too has caught Eric Hobsbawm’s attention, and to a large extent his admiration.  

Find out more

  • Eric Hobsbawm was interviewed for the World Today on the BBC World Service
  • The World Today is a daily news programme

The movement dates back, he argues, to Barack Obama’s election campaign, which successfully mobilised otherwise politically inactive young people, largely through the internet.

« The actual occupations in most cases have not been mass protests, not the 99%, but the famous ‘stage army’ of students and counter culture. Sometimes that has found an echo in public opinion – and in the anti-Wall Street, anti-capitalist occupations, that is clearly the case. » Yet across the world, the old left of which Hobsbawm was a part – as participant, chronicler and would-be moderniser – has been on the margins of the mass protests and occupations. « The traditional left was geared to a kind of society that is no longer in existence or is going out of business. It believed very largely in the mass labour movement as the carrier of the future. Well, we’ve been de-industrialised, so that’s no longer possible. « The most effective mass mobilisations today are those which start from a new modernised middle class, and particularly the enormously swollen body of students. « They are more effective in countries in which, demographically, young men and women are a far greater part of the population than they are in Europe. » Wider push Eric Hobsbawm doesn’t expect the Arab revolutions to ricochet still further round the world, at least not as the harbinger of wider revolution.  
It’s possible that Arab Spring reformers will be sidelined by Islamists, as they were in Iran
More likely, he believes, is a wider push for gradual reform of the sort which, in the 1980s, saw a movement of the young and middle class in South Korea wrest power from the military. Of the political dramas still playing out in Arabic speaking nations, he makes a point of harking back to Iran in 1979, the first revolution to be couched in the political language of Islam. One aspect of that revolution has found an echo in the Arab world in recent months. « The people who had made concessions to Islam, but were not Islamists themselves, were marginalised. And that included reformers, liberals, communists. « What emerges as the mass ideology is not the ideology of those that started off the demonstrations. » While the Arab Spring has brought him joy, this aspect of it he regards as an « unexpected and not necessarily welcome » development. Andrew Whitehead’s interview with Eric Hobsbawm will be broadcast on the BBC World Service’s World Today Programme.
 

(Source: “BBC News” 23 December 2011 Last updated at 00:38 GMT URL: http://www.bbc.co.uk/news/magazine-16217726

 

 

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