21 octobre 2009

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TUNISNEWS

9 ème année,N° 3438 du 21.10.2009

 archives : www.tunisnews.net  


 AP: Tunisie: une journaliste du « Monde » refoulée à l’aéroport de Tunis AFP: Une journaliste française indésirable en Tunisie (gouvernement) Omar Khayyam: Florence Beaugé refoulée mais heureuse ! Courrier International: Tunisie-Election présidentielle : Dick, Dumm und Fett ou les moutons de Ben Ali Taoufik Ben Brik: Une interview (presque vraie) de Ben Ali Taoufik Ben Brik: Dérive dans une Tunisie désabusée qui va voter Ben Ali4 Jeune Afrique: Leila Ben Ali dans l’arène politique La Liberté – Suisse: Tareq Oubrou : « Les musulmans doivent adapter leurs pratiques à la société française » La Liberté – Suisse: Fribourg équipe Gaza sans le savoir


Tunisie: une journaliste du « Monde » refoulée à l’aéroport de Tunis

AP | 21.10.2009 | 20:19 Accusée de « partis pris systématiquement hostiles », une journaliste du quotidien français « Le Monde », Florence Beaugé, a été refoulée à son arrivée à l’aéroport de Tunis alors qu’elle venait couvrir les élections présidentielle et législatives du 25 octobre en Tunisie, a-t-on appris mercredi auprès des autorités tunisiennes. Selon un communiqué gouvernemental transmis à l’Associated Press, Mme Beaugé, considérée comme la spécialiste des affaires tunisiennes au quotidien, « avait été avisée au préalable qu’elle ne serait pas admise sur le territoire tunisien », mais « a préféré se rendre » mardi soir en Tunisie. « Elle a été de ce fait refoulée à son arrivée à l’aéroport ». Le communiqué qualifie la mesure de refoulement de « décision souveraine ». Outre les « activités douteuses » dont elles taxent la journaliste française, les autorités lui font grief d’avoir « toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles ». La journaliste française était venue une semaine auparavant en Tunisie et avait publié une série d’articles après des entretiens avec des opposants et activistes qui s’en sont pris sans ménagement au pouvoir, ainsi qu’avec le ministre de la Justice et des droits de l’Homme. AP


Une journaliste française indésirable en Tunisie (gouvernement)
AFP 20.10.09 | 22h48 Une journaliste française du quotidien parisien Le Monde qui souhaitait couvrir les élections du 25 octobre en Tunisie a été refoulée à son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage, a-t-on appris de source gouvernementale. « Mme Florence Beaugé a été interdite d’accès au territoire tunisien », a indiqué cette source dans un communiqué transmis à l’AFP, précisant que l’envoyée spéciale du quotidien français avait été « avisée qu’elle ne serait pas admise sur le territoire tunisien ». « Il s’agit d’une décision souveraine prise par les autorités tunisiennes », vis-à-vis d’une journaliste qui « a toujours fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles », a-t-on affirmé de même source. Aucune indication n’a pu être obtenue sur les raisons précises ayant motivé le refoulement de la journaliste, qui avait effectué récemment une mission en Tunisie.

Florence Beaugé refoulée mais heureuse !

TUNIS – (TNA) – Florence Beaugé connaît la Tunisie depuis des années. Ses reportages sur la Tunisie de Ben Ali, publiés en octobre 1999 dans l’édition papier du  Monde et sur www.monde.fr ont eu pour conséquence l’interdiction pure et simple  de ce quotidien français. À cette époque le régime était plus que nerveux à cause la parution du livre Notre ami Ben Aliau même moment où il orchestrait une farce appelée  » élection présidentielle pluraliste « . Florence Beaugé aime la Tunisie mais Zine&Leila n’aiment pas Beaugé à cause de ses mauvaises fréquentaions: Radhia Nasraoui, Mokhtar Trifi, Moncef Marzouki, Sihem Bensedrine, Oumm Zied etc. À son arrivée mardi soir à l’aéroport de Tunis-Carthage, le régime de Ben Ali lui a réservé un accueil très spécial: la police des frontières lui a fait savoir que la vie à Paris est plus agréable qu’à Tunis. Le commissaire de l’aéroport en personne lui a dit:  » Y a trop de flics à Tunis. Trop de portraits de Ben Ali. Vous allez avoir la nausée. Ici il ne se passe rien depuis des décennies. Vos articles de 1999 n’ont rien perdu de leur actualité.  » Puis,avant de lui remettre sa carte d’embarquement sur le prochain vol d’Air France pour Paris, le gentil commissaire lui a offert un bouquet de jasmin en guise d’adieu. Florence Beaugé a sauté de joie lorsque l’Ambassade française à Tunis lui a transmis par texto la décision de la régente de Carthage:  » Mme Florence Beaugé est interdite d’accès au territoire tunisien « . Adieu la grisaille de Tunis ! Vivement le week-end à Paris ! (Source: Le blog de « Omar Khayyam » le 21 octobre 2009)  


 

Tunisie-Election présidentielle : Dick, Dumm und Fett ou les moutons de BenAli

 
Ben Ali veut-il faire perdre du temps aux Tunisiens ou cherche-t-il à se convaincre qu’il est le messie pour le troupeau d’égarés qui est devenu son peuple? Ce vieux commissaire de police devenu général-président-à vie aux cheveux gominés, a construit un commissariat qui s’appelle la Tunisie et que les Européens grassouillets trouvent bien pratique!! Puisque les moutons, qui sont devenus les Tunisiens, ne réagissent pas trop et même plus, ils sont contents de leur sort si on se fie aux indicateurs suisses(sic). Un parti-état, un flic, en civil, pour cent habitants sinon plus. Bref tout semble garantir à ce dictateur la longévité qu’il souhaite, alors pourquoi les élections ? Il espère recevoir des messages de félicitations de Sarkozy ou de ses voisins dictateurs!!? Les Tunisiens sont hors-sujet sur tous les sujets qui les concernent. Ben Ali  et son système ont détruit une partie de leur humanité. Quand on vous interdit de dire que vous avez faim ou vous n’êtes pas d’accord avec le système sans même aller jusqu’à le remettre en cause, quand un Tunisien « lambda » a peur même de dire ce qu’il pense à son voisin ou à un membre de sa famille, quand les zones franches pour touristes ou pour autres usines à bas-coût pour européens sont interdits aux autochtones-les barrages policiers sont permanents à leur entrée-…Le pays et les Tunisiens sont  quadrillés physiquement et mentalement..Alors pourquoi ce dictateur exemplaire, cousin lointain des généraux birmans, organise des élections où toute opposition, même symbolique est bannie et interdite de participation? Pourquoi critiquer la Tunisie de Ben Ali ? C’est le seul pays du Maghreb où les gens, la presse, etc.., ont peur de parler dans la rue ou d’évoquer d’autres sujets de l’actualité tunisienne que le foot !!!! Les Marocains, Egyptiens et Algériens, passent leur temps à  critiquer le système politique de leur pays, on dirait qu’ils ne font que ça. D’ailleurs, c’est quelque chose qui les rapproche, « tapez » sur le système en place (qui le mérite souvent) mais en Tunisie, c’est désespérant la non-communication de la population…On est bien dans un commissariat de police ou seuls les flics parlent et gèrent.. avec la plage en plus. (Source: Courrier International le 21 octobre 2009)  


PRESIDENTIELLE EN TUNISIE

Une interview (presque vraie) de Ben Ali

Exclusif-Explosif Interview (trop belle pour être vraie) de son Excellence Monsieur le Président de la République Tunisienne Zine El Abidine Ben Ali. Par Taoufik Ben Brik.

Des bruits courent que Zine El Abidine Ben Ali, 73 ans, président à vie de la République Tunisienne, tel Don Vito Corléone, le patriarche de Mario Puzo, à l’automne de sa vie, passe le plus fort de son temps à jouer à colin-maillard avec son fils Mohamed Zine El Abidine, 4 ans, sous les plantes grimpantes du magnifique jardin d’hiver du palais de Carthage. Qui s’occupe, alors, des affaires courantes? Sa femme, Leila la belle, son gendre rapproché Sakhr Matri ou ses conseillers, les fous de l’échiquier ? Il n’en est rien. Des rumeurs pour mystifier l’opinion. Ben Ali, dit Ben Avi, reste le maître des céans. Quotidiennement, il s’attaque, tel un gargantua de l’information et un orfèvre de l’intox, à ses dossiers de prédilection: sa sécurité extérieure et intérieure, le magot et les magouilles, le mouvement des astres et l’humeur de la tourbe. Pour sa pérennité et la pérennité de sa descendance, il se doit d’être aux aguets pour parer à toute éventualité. C’est le propre des fomentateurs des coups d’Etat. Entretien en une question et demie. Quel est, Monsieur le Président, le secret de votre longévité ? – Vous savez…Lula était soudeur. Moi, j’ai fait des études de mécanique à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, en France. J’ai appris qu’il n’y a rien de mieux que la maintenance pour qu’un engin roule sans encombre. Faire la vidange tous les 15.000 km, vérifier le niveau d’eau du radiateur, changer les bougies, recharger la batterie, prévenir la rouille de la tôle, voir l’état des pneus….comme ça on ne risque pas de tomber en rade, sauf accident, en pleine campagne. Il faut faire comme les toubibs chinois : prévenir le mal avant qu’il ne s’installe. Comme eux, j’utilise des potions… Point de bistouri. Comment je fais? C’est simple : J’obstrue tous les pores face au pourrissement qui peut couler la bielle. Et un conseil aux cyclistes : rouler, toujours rouler ne jamais stationner. Grosso modo pour régner comme je règne, sans partage, je me pare de toutes les protections disponibles. A l’intérieur, il y a l’Intérieur d’abord : la Dakhilia (le ministère de l’Intérieur), l’armée, le RCD (le Parti-Etat), le parlement et l’administration. Mon œil qui ne cille jamais, les lorgne sans cesse. Je me garde de mes amis. Qui sait ce qui peut sommeiller dans leurs caboches. Les avoir à l’œil renforce ma confiance en eux. Ensuite, les Centrales syndicale et patronale, l’UGTT et l’UTICA, les deux contre pouvoirs traditionnels depuis la colonisation. Je les ai rasés. Sur place, j’ai deux succursales inféodées, loyales. Reste la Justice (avocats et juges), la presse, les artistes (écrivains, musiciens, hommes de théâtre, cinéastes), les sportifs, les Immigrés, les faiseurs d’opinions… Je leur mène la vie dure. Pas de répit. Je les étire sans les casser. Un peu de poivre n’altère en rien le goût. Le top 40, une brindille. Et n’oubliez pas, j’ai à ma disposition la caisse 2626 (intarissable), la Banque Centrale pour acheter les âmes perdues et calmer la fougue de la tourbe. J’ouvre une école par ci, un dispensaire par là, j’installe une fontaine, j’amène de l’électricité, je distribue quelques têtes d’ovins, un peu de semoule…Et Merci qui? Merci Ben Ali. A l’extérieur comme à l’Intérieur. Kif-Kif. J’ouvre pour ne pas fermer. Je suis à la loupe la politique des puissances étrangères qui peuvent me nuire. C’est à la France -ancien colonisateur avec qui on n’a pas coupé les ponts- que je réserve le gros de mon attention. La France, c’est l’Europe tout court. Bruxelles, Strasbourg, Genève, ce sont des banlieues de Paris. Paris dans la poche, on n’en a cure de Berlin. A tout moment, ce pays peut se retourner contre moi et me lâcher sous la pression de son opinion nationale. Je me dois – pour ma survie- d’être informé, à la seconde près, sur tout ce qui se trame « chez nous » [c’est ainsi que les Tunisiens appellent la France .NDLR]. Une seconde d’inattention peut m’être fatale. C’est pour ça que je m’éreinte à sauvegarder mes réseaux. J’ai toujours une taupe à l’Elysée, à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les partis de gauche ou de droite, parmi l’intelligentsia. C’est de la nitroglycérine. Un faux pas et c’est la cata! Les Etats-Unis, c’est moins compliqué mais c’est fichtrement harassant. Ne pas être à l’écoute des patrons du monde, c’est jouer avec son gagne pain. Il faut faire gaffe pour ne pas les mettre en rogne. Pour un oui, pour un non, tu peux te retrouver sur la liste des honnis. Pour te maintenir dans la course, il faut avoir les bons lobbys. Et surtout suivre à la lettre les directives de la CIA. On ne sait jamais quand il faut resserrer l’étau ou calmer le jeu ? A chaque président sa personnalité. Ce n’est pas comme en France, les présidents changent mais jamais leur politique étrangère. En plus, à New York, il y a tout ce qui compte : l’ONU, le Conseil de Sécurité, le FMI, la BIRD, la statue de la Liberté et le New York Time, l’antre du quatrième pouvoir. Le Monde, El Pais, The Independant, La Stampa, Der Speigel, c’est des Pravda. Je m’en fiche. Il faut compter aussi avec mes deux frontières terrestres : l’Algérie et la Libye. La Tunisie est un petit casse-croûte pour ces deux voisins goinfres. Un Liban au Maghreb. La Syrie à l’Est, Israël au Sud. Il faut toujours leur montrer patte blanche, ne jamais pencher d’un côté ou de l’autre ou s’immiscer dans leurs affaires internes. Faire l’intermédiaire, faire leurs louanges, célébrer le 1er septembre et le 2 novembre. Sinon bonjour les turbulences. L’Italie, par contre, c’est un pays cher à notre cœur. C’est le pays des hommes d’honneur. De Salvatore Guiliano et de Giuliano Gemma, mes idoles. A chaque fois que j’ai un problème d’image, Andreotti, Craxi ou Berlusconi débarque à Tunis pour me blanchir. C’est extra ! L’Italie, souvenez-vous, c’est le pays qui m’a aidé à déboulonner Bourguiba, le 7 novembre 1987. Viva la squadra azzura! Je peux parfois, pour le plaisir, me payer la tête d’un roitelet du Golfe. C’est le cas du Cheikh du Qatar. Ça je peux me le permettre. Ce n’est pas Fahd d’Arabie Saoudite ou Nasser d’Egypte à ce que je sache. C’est sans incidence sur moi. D’autant que ce dernier a lâché ses clebs d’El Jazira sur moi. Même un chaton sort ses griffes quand on le coince. Quoiqu’il en soit, le pouvoir, comme me l’ont enseigné les Anciens, se prend et se conserve par la félonie. Je ne suis pas prêt à rendre les armes. Essayez quand même, pour voir de quel bois je m’échauffe. C’est tout dit. Vos souhaits, Monsieur le Président, pour le nouveau mandat ? – Mes souhaits ? J’aime citer Balzac : « Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu’il a été proprement fait ». Je souhaite à mes proches de jouir à la clarté du jour de ce qu’ils ont amassé sous mon règne. Je souhaite faire mieux que Bourguiba. Il a tenu trente deux années. Je ne suis qu’à ma vingtième deuxième… Propos recueillis par Taoufik Ben Brik
(Source: Le site du « Nouvel Observateur » le 21 octobre 2009)


Dérive dans une Tunisie désabusée qui va voter Ben Ali

By Taoufik Ben Brik
Created 10/20/2009 – 16:44

 

A l’approche du scrutin présidentiel tunisien, le 25 octobre, qui verra sans surprise la réélection de Zine Ben Ali pour un cinquième mandat, le journaliste Taoufik Ben Brik, critique du régime, qui avait fait une grève de la faim de 42 jours en 2000 pour protester contre les atteintes aux droits de l’homme, nous adresse le texte suivant, une errance littéraire dans une Tunisie désabusée à la veille d’une élection sans enjeu.

(De Tunis) Les orages éclatèrent juste avant minuit, noyant sous leurs averses les coups de klaxon et le tintamarre qui marquaient de leur signal le début de la campagne de l’élection présidentielle. Le vendredi 13 octobre 2009 fit ainsi son entrée à Tunis ville dans un vague crissement de pneus excités et l’amoncellement de nouvelles qui prédisaient que les années dix allaient être une décennie de merde.

La ville roupille, les gens se démènent au pif et il n’y a personne pour m’ouvrir la porte. On se demande chaque mois d’où va tomber l’argent pour le loyer et on est trop beurré pour aller travailler. Alors, on fait la sieste pour oublier. On se la coule douce, pas de loyer, pas de fringues. On n’a qu’à barboter, chier, caqueter, picorer, farfouiller… et puis un jour le grand plouf…

C’est ce qui arrivera, disent les anciens, lorsque « les gens décideront bientôt que leur terre doit faire partie de ce monde monstrueux et quand cela arrivera, tout sera terminé. Tout ce qui leur reste alors à faire est de tuer les autres, ceux qui pensent comme eux, et bon nombre de ceux qui opinent autrement, puisque c’est le stade final de la maladie. »

Tunis ville, un vendredi 13 octobre 2009… Juste avant, de la fatigue et de l’agitation. Debout sur les escaliers de la gare centrale, un groupe d’hommes maigres, poltrons et grêles pense : « Si on pouvait manger chaque jour des gaufrettes. » Dès qu’on commence à penser gaufrette, ça va mal.

« Vingt-deux ans qu’on sème… la merde »

Le chômage augmente, la pauvreté s’aggrave, les grèves se multiplient, les scandales s’accumulent, s’embrasent et l’autorité s’écroule… Pour tout arranger, en passant en bagnole devant une palissade, j’ai vu un type qui ajoutait : « Vingt-deux ans qu’on sème… la merde », « Exister, c’est respirer l’angoisse », « Personne ne me prendra vivant pour me couper la zizinette ».

Les gens ont faim. Chaque chantier a son agitateur. Le gouvernement navigue à vue. Demain ou peut être dans une heure, la catastrophe va nous tomber dessus et nous serons noyés dans le sang. Tout le monde a peur. Moi aussi. La peur t’empêche de dormir la nuit. Rien ne colle, rien, sauf la peur. Il n’y a plus d’indicateur de chemins de fer. Vous imaginez un pays sans indicateurs.

Tu es triste sans savoir pourquoi tu es triste. Si on peut payer le loyer, on n’aura pas d’argent pour manger. Si on mange à notre faim, on ne pourra pas payer le loyer. Les gens croient qu’on va les tuer, que leurs enfants vont être tués. Les femmes croient qu’elles vont être violées, torturées. Pas de risque. Mes gens sont pacifiques. Ce ne sont pas eux qui deviennent fous. Ils sont bons et ronds comme des pastèques. Regarde tous ces gens. Ils n’ont pas la force de rouspéter. Ils sont humiliés. Ils ont trop peur. Ils ont été trop piétinés. Ils sont las, hésitants.

Qu’est ce qui ne va pas ? Un tas de choses, c’est sûr. Que fait-on quand on est pris dans un cauchemar ? Eh ben, je fais mon travail. J’essaie de créer des poches d’ordre et de sang froid au milieu de la gabegie. J’étais au bord de la gerbe. Je suis peut être un parasite. Un être répugnant. Je suis malade.

J’ai envie de me présenter à un gros lard, un policier bête et de lui dire : soyez aimable, frappez-moi, peut-être même, s’il le faut, tuez-moi. Mais punissez-moi une bonne fois pour que je sois délivré de mon angoisse, frappez-moi fort, faites-moi mal, cela ne me fera de toute façon jamais aussi mal que le mal avec lequel je suis obligé de vivre jour après jour. Je ne cherche pas le bonheur, je cherche le repos. Je suis le visage exact de l’humaine condition. Cent et une heures de la vie d’un homme au bout du rouleau hanté par tous ces gens qui lui en veulent et qui, sous le poids du cauchemar, va disjoncter.

« Dans ma gaucherie, des questions mal posées »

Tunis ville, les nuits de braise, au coin de la rue Bach Hamba et de l’avenue Habib Thameur. Sirène hurlante, lumières rouges tournoyantes, une ambulance déboule à toute allure et s’arrête pile au milieu du carrefour dans un crissement de pneus effroyable. Le conducteur lâche le volant, saute de son siège, court, va s’accroupir auprès d’un homme étendu sur le trottoir, baignant dans son sang.

Depuis une semaine, je chemine à travers Tunis ville, de Bab Bhar, la Porte de la mer, à Bab Jedid, la Porte neuve. De bus en bus déglingués, voyageur comprimé, perdu dans la foule mais jamais anonyme, car je porte mon étrangeté sur mon visage, mes vêtements, mes lunettes noires et, dans ma gaucherie, des questions mal posées. Je suis fouetté par la pluie et aspergé de boue.

Tunis ville, c’est dangereux. Dès le port de Radès, on m’a dit : « N’allez pas plus loin ! » Un docker qui m’accompagnait m’a exhorté : « Ne te promène pas au-delà de cette rue, tu tomberais sur des zoufris ». Je suis tombé sur des amoureux qui allaient la main dans la main. Un marin m’a dit : « Vous êtes fou d’aller au-delà ! Il y a des coupeurs de routes. »

Je marche dans la ville. Il y a toujours du monde, dans les rues et les routes. Hommes sans emploi ou affairés à des besognes obscures, changeurs de billets, et toute une partie de la population qui survit sur un amas de commerces minuscules, tentant ainsi de participer à la formation de fortunes sauvages. On n’est jamais seul.

« Les trois P [Police, Palais, Pègre] »

Et la liberté ? La liberté, on nous l’a donnée et on vous a dit : « Regardez-la. Tout est entre les mains des trois P [Police, Palais, Pègre]. » La voiture roule à tombeau ouvert. Barrage de police. On se fait racketter. J’en pleure. Je laisse derrière moi une foule silencieuse qui espère quoi ? Un miracle ? Encore !

A un kilomètre de là, un check point barre la route. Nous sommes arrêtés trois fois pour de longs et soupçonneux contrôles. Après l’animation du centre ville, la ville est étrangement abandonnée. Qui habite ici ? Un second pays ? Est-ce pour en arriver à cette terre vide que je me suis éreinté ?

La soirée à Tunis ville s’étire, lugubre. Les habitants doivent être tapis devant leur poste. Un ou deux restaurants, quelques boîtes où les jeunes vieillissent mal. Des maisons uniformes en ciment construites sans architectes suivent le tracé de la rue, encadrant parfois une demeure plus ancienne qui attend le pic des démolisseurs. Un bus ici ? Pour quoi faire, puisque tout est mort ? Le seul être vivant à passer est un chien. Cabotin, il passe et repasse, histoire d’être sûr qu’il m’a reconnu. Le soleil brille dans les gouttes de pluie : « Ici, on dit que le loup se marie. »

C’est étrange : tout est calme, le soleil sourit, les oiseaux rient, et puis soudain, on vous abat de derrière les feuilles d’un joli jardin.

(Source: « Rue 89 » le 20 octobre 2009)


 

Leila Ben Ali dans l’arène politique

21/10/2009 10:07:42 | Jeune Afrique | Par : Abdelaziz Barrouhi
La femme du président Ben Ali, candidat à sa propre succession pour un nouveau mandat de cinq ans, a fait de nombreuses apparitions publiques et médiatiques lors de la campagne pour l’élection du 25 octobre. Certains y voient comme la volonté de peser davantage sur la scène politique de son pays.

 

Après deux semaines de festivités, de discours monologues et d’absence de débats, plus de cinq millions de Tunisiens se rendront aux urnes, ce dimanche, à l’occasion du scrutin présidentiel. Hormis le programme de Zine el Abidine Ben Ali,candidat à sa propre succession pour son cinquième et, théoriquement, dernier mandat, le seul événement marquant de cette campagne aura été la participation remarquée de Leila Ben Ali. L’épouse du chef de l’Etat a mis du piment dans la préparation de cette échéance en apparaissant pour la première fois comme un acteur politique sur lequel il faut désormais compter pour, selon le slogan de son mari, « relever les défis ».

Omniprésence médiatique

La Première Dame a été omniprésente dans les médias, qu’il s’agisse des chaines télévisées locales ou la Une des journaux de la presse écrite. Après neuf jours de campagne électorale, elle a participé à cinq reprises à des activités publiques médiatisées. L’une avec son mari, et les quatre autres en étant la seule à tenir la vedette. A chaque fois, elle a paru combattive, notamment à l’occasion de l’ouverture de la campagne électorale le 11 octobre dernier, mais aussi dès le lendemain, lors d’une harangue aux jeunes sur le port de la Goulette, et à l’occasion du grand meeting féminin qu’elle a présidé le 16 octobre.

Lors de la première sortie, à la Cité sportive olympique de Radès, elle était assise au milieu des sept membres du Bureau politique du parti au pouvoir qui avaient pris place à la tribune juste derrière le candidat Ben Ali prononçant son discours d’ouverture de la campagne. Habillée d’une élégante tenue blanche composée d’un pantalon et d’une veste cernée d’une ceinture grise proche du kimono, elle était la première à se lever et à interrompre son époux pour l’acclamer et inviter les 14.000 supporters chauffés à blanc à encourager le président sortant. « Son costume n’est pas une tenue de judo à proprement parler, commente un judoka. Mais par son style, il en donne l’impression ».

Attitude offensive

N’empêche, le vêtement fait le message. Les observateurs ont vu dans la posture offensive de Leila Ben Ali, une combattante. Cela s’est confirmé les jours qui ont suivi.

Le lendemain, entourée par plus de 5.000 jeunes mobilisés pour l’occasion, elle a assisté à l’accostage au Port maritime de la Goulette, près de Tunis, d’un bateau baptisé « Fidèles à Ben Ali ». A son bord, 400 jeunes filles et garçons invités pour une tournée de Bizerte dans le cadre des animations de la campagne. « Votre présence aujourd’hui est significative de votre volonté de renouveler votre engagement envers son Excellence Monsieur le Président, a-t-elle souligné dans son discours. Et pour poursuivre avec lui redoubler d’efforts et de labeur afin de reprendre, plus tard, le flambeau (…) et être les dignes successeurs du meilleur prédécesseur. »

Le jour suivant à Carthage, non loin du Palais présidentiel et au milieu d’une foule de supporters, elle a participé à un spectacle de personnes handicapées organisées par Basma, association qu’elle préside dont le but est d’aider les personnes handicapées.

Soutien à Zine Ben Ali

Le temps fort a eu lieu vendredi dernier, avec le grand meeting de soutien à la candidature de Ben Ali qu’elle a présidé au Palais des sports d’El Menzah près de Tunis. Ce fut une réplique féminine du meeting présidentiel de Radès. Ce rendez-vous a rassemblé plusieurs milliers de femmes, mobilisées par les organisations et les associations du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Aux premiers rangs figuraient les épouses des principaux dirigeants politiques et hommes d’affaires, et la quasi-totalité des hauts cadres féminins de l’Etat, tous venus sur invitation personnelle.

Les membres de ce qu’il est convenu d’appeler le « réseau Basma » étaient également là, tout comme l’inévitable troupe d’applaudisseuses-chanteuses emmenées par le « chef d’orchestre » Saida Agrebi, présidente de l’Association des Mères et éternelle familière du Palais présidentiel sous Ben Ali, après l’avoir été sous son prédécesseur, Habib Bourguiba.

En pleine forme, pleine de verve, sillonnant la scène tout en jouant de ses mains pour saluer la foule, Leila Ben Ali a été ovationnée par ses « fans ». Les applaudissements ont redoublé lorsqu’elle a martelé que « le mérite d’un Tunisien par rapport à un autre Tunisien, ou d’une Tunisienne par rapport à une autre Tunisienne, ne vaut que par son apport utile au profit de son peuple et de sa patrie ». Dans cette ambiance électrique, l’épouse du chef de l’Etat tunisien a donné l’impression de tenir le rôle d’une femme politique énergique, déterminée et fonceuse.

Avocate des femmes

Et cela est tout à fait nouveau. Certes, Leila Ben Ali s’est souvent faite l’avocate d’une plus grande participation des femmes à l’action politique. « La présence de la femme dans la vie politique, dans les institutions, les corps constitués, et les composantes de la société civile nécessite de meilleures opportunités et de plus vastes perspectives, pour mieux consacrer la notion de partenariat équilibré avec l’homme dans la gestion de la chose publique… », a-t-elle déclaré en 2004, dans un discours lors de l’ouverture d’une Conférence internationale portant sur le thème de la femme dans la pensée du Président Zine el Abidine Ben Ali.

Activités caritatives

Mais hormis ces interventions, elle s’est jusque là tenue éloignée de l’arène politique préférant les activités caritatives et sociales au sein de l’association Basma (un sourire) qu’elle a fondée en 2000. A certaines occasions, elle signe également des éditoriaux dans les journaux tunisiens sur la condition de la femme et de l’enfance. Un thème qu’elle développe également dans les interviews qu’elle accorde à des magazines féminins du Moyen-Orient.

En mars 2009, elle a accédé à la présidence de l’Organisation de la femme arabe (OFA), sorte de club des épouses de rois et chefs d’états de la région. Toutefois, et en l’absence d’une biographie officielle ou d’informations vérifiables, on sait peu de choses sur sa personnalité. Pas même son âge. Celui-ci devrait se situer autour de la cinquantaine. On sait néanmoins que cette femme élégante habillée par les meilleurs couturiers est née dans une fratrie de 11 enfants de parents modestes et qu’elle a deux filles, Nesrine et Halima, ainsi qu’un garçon, Mohamed Zine el-Abidine, né en 2005.

En juin dernier, l’un des principaux groupes de presse de Tunisie, Assabah/le Temps, tout juste racheté par son gendre Sakhr el Materi (le mari de Nesrine), a écrit qu’elle est « la générosité discrète » tout en ajoutant qu’elle est « percutante d’esprit, d’humour, d’humanisme ».

Maintenant que la campagne s’achève et que les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2014, le tout Tunis s’interroge. Leila Ben Ali va-t-elle se contenter de regarder les informations tout en poursuivant ses occupations habituelles de femme au foyer qui consacre beaucoup de temps à son association et surtout à son fils qu’elle accompagne chaque jour à l’Ecole internationale de Carthage dont elle est la promotrice ? Où, au contraire, cette femme énergique révélée par cette campagne électorale a-t-elle pris goût aux bains de foule et aux apparitions télévisées pour envisager un avenir plus politique aux côtés de son mari ? Seul l’avenir le dira.

(Source: « Jeune Afrique » le 21 octobre 2009)

 


 

Fribourg équipe Gaza sans le savoir

 

L’Hôpital fribourgeois tombe des nues en apprenant qu’un don de matériel médical a été installé à al-Chifa. Le complexe hospitalier, situé dans la bande de Gaza, est contrôlé par le Hamas.

Sid Ahmed Hammouche

«De quoi vous me parlez?» Hubert Schaller tombe des nues. Le directeur général de l’Hôpital fribourgeois semble tout ignorer de la présence de matériel médical provenant de son établissement dans le complexe hospitalier al-Chifa, le principal dans la bande de Gaza. «Je ne comprends pas ce que vous me dites», répète-t-il. «Non, je n’en sais rien. Il faut que je me renseigne auprès du responsable de la logistique.»

Et pourtant, des instruments chirurgicaux, des lits de consultation, du matériel pour la physiothérapie, des fauteuils de gynécologie, des lits pédiatriques, la plupart du temps obsolètes et mis au rancart, sont sur le point d’entrer dans ce bout de territoire palestinien tenu d’une main de fer par le Hamas.

Réseau de solidarité

«Nous avons récupéré ce matériel à l’Hôpital cantonal de Fribourg avant de l’installer dans des petits bus qui ont transité par le port de Gênes, il y a quelques jours», confirme Anouar Gharbi, porte-parole de Droit pour tous, une association pro-palestinienne active à Genève. «Ils font partie d’un convoi d’une centaine de véhicules qui attend d’entrer à Gaza par la frontière égyptienne.»

C’est même le second envoi humanitaire effectué depuis la Suisse dans le cadre de la campagne européenne pour mettre fin au siège de Gaza, poursuit Anouar Gharbi. «La première, c’était en mai 2009.» A cette époque, le réseau suisse de solidarité avec Gaza, dont fait partie le conseiller national Josef Zisyadis (pop/VD), a réussi à faire passer une trentaine de bus et de camions avec, déjà, du matériel médical en provenance de l’Hôpital fribourgeois, site de Fribourg.

Du lourd en fait, puisqu’il s’agissait de blocs opératoires, de matériel chirurgical, de compresses… Encore une fois, Hubert Schaller ne sait rien de cette aide humanitaire. Sait-il tout de même que Gaza est sous embargo de la communauté internationale, que l’armée israélienne ne laisse rien passer dans la région? Plus grave encore, est-il au courant que les islamistes du Hamas sont boycottés par la planète entière, ou presque? Sait-il tout simplement qu’il est politiquement explosif, si les Israéliens saisissent du matériel médical fribourgeois à Gaza? «Je vais me renseigner», coupe Hubert Schaller.

Aide problématique

Après cinq jours de silence, la direction de l’hôpital a retrouvé trace dans ses archives d’une seule opération humanitaire qui remonte au mois de juillet 2008: le site de Fribourg avait alors offert 12 lits pour adultes et 3 lits pour enfants à l’organisation caritative HIOB International. Mais toujours rien sur Gaza. Finalement, Sébastien Ruffieux, secrétaire général de l’Hôpital fribourgeois, a reconnu hier que l’établissement a fait don de matériel à l’association Suisse- Tunisie Solidarité.

Mais le problème demeure: cette aide humanitaire sert les intérêts du Hamas, en guerre ouverte avec l’Autorité palestinienne. En contrôlant l’aide étrangère en provenance d’Egypte, le mouvement extrémiste peut récupérer l’initiative idéologiquement parlant. Et surtout veut doubler sur le plan humanitaire l’ONU, qui est la seule organisation censée coordonner les envois dans la bande toujours sous blocus israélien.

Le Hamas en profite

L’activiste tunisien Anouar Gharbi balaie ces arguments du revers de la main, en expliquant notamment que la Direction du développement et de la coopération suisse est également présente depuis longtemps à Gaza. «L’important, c’est que notre aide sauve des vies.»

Mais comment a-t-il fait pour obtenir le matériel fribourgeois? «Nous avons un contact à Fribourg qui a prospecté pour nous. Il s’est renseigné et a récolté les dons que nous avons acheminés à Gaza.» Donc, la piste de l’association Suisse- Tunisie Solidarité n’est pas loin.

Réalisé dans le flou

En revanche, le porte-parole de Droit pour tous dément qu’il existe une cellule pro-Hamas à Fribourg, tout en avouant n’avoir pas insisté auprès du site hospitalier de Fribourg pour lui expliquer où allait débarquer ce matériel. Bref, l’affaire s’est réalisée dans un flou qui a bénéficié à l’association pro-palestienne.

«L’urgence est telle qu’il faut agir», poursuit Anouar Gharbi. «D’ailleurs, quatre Suisses attendent le feu vert des Egyptiens pour acheminer notre aide humanitaire et aller sauver des Gazaouis. Nous leur laisserons également les bus qui transportent le matériel médical.»

Mais n’a-t-il pas l’impression d’avoir roulé dans la farine l’hôpital de la ville de Fribourg? «Non», répond le porte-parole de Droit pour tous. «Nous avons récupéré du matériel médical usagé. C’est tout. Et je peux vous affirmer qu’il sera bien utile à Gaza.» I

TROIS QUESTIONS À…

Antoine Geinoz, secrétaire général

> En absence d’Anne-Claude Demierre, en tournée avec la Landwehr en Chine, le secrétaire général de la Direction de la santé et des affaires sociales, Antoine Geinoz, explique qu’aucune directive ne réglemente les dons humanitaires opérés par les unités hospitalières fribourgeoises. Interview.

Le secteur de la santé fribourgeois dispose-t-il d’une procédure pour céder du matériel usagé dans une opération de dons humanitaires?

Non, il n’existe pas de lignes directrices sur la procédure à suivre pour faire des dons humanitaires dans le domaine médical et hospitalier. Le Réseau hospitalier fribourgeois est un établissement autonome de droit public, et il est tout à fait habilité à agir sous sa propre responsabilité dans ce domaine. Il n’y a rien qui interdise non plus ce genre d’action. Cependant, si l’hôpital remet du matériel à une ONG implantée en Suisse, comme il l’a fait l’an dernier avec HIOB International, il n’est pas censé en suivre la trace jusqu’à destination.

Et dans ce cas, où du matériel médical en provenance de l’Hôpital cantonal est utilisé par le principal centre hospitalier de Gaza?

Nous ne savions pas que du matériel médical en provenance du HFR-Hôpital cantonal équipe le principal centre hospitalier de Gaza. La bande de Gaza est évidemment une zone sensible, mais l’essentiel est que l’aide humanitaire puisse y parvenir. Le principal souci que l’on pourrait avoir, si nous envoyons du matériel là-bas, est la sécurité des intermédiaires. Je pense toutefois qu’il ne serait guère aisé d’établir des règles ou directives prévoyant tous les cas de figure. Quant à l’embargo, la Suisse n’étant pas membre de l’UE, elle n’y est a priori pas tenue.

Allez-vous enquêter sur les circonstances de l’octroi de ce matériel médical?

Que ce soit à Gaza ou ailleurs, la Direction de la santé et des affaires sociales fait confiance au Réseau hospitalier fribourgeois pour sa façon de procéder en matière humanitaire. A moins d’être en présence d’éléments attestant un dysfonctionnement, nous ne prévoyons pas d’enquêter sur ce dossier. L’élément le plus problématique avec les dons humanitaires, c’est que souvent les opérations sont le fruit d’initiatives privées. Dans ce cas, la direction de l’hôpital n’a probablement pas été informée.

propos recueillis par Sah

(Source : « La Liberté » (Quotidien – Suisse), le 21 octobre 2009)


 

 Tareq Oubrou : « Les musulmans doivent adapter leurs pratiques à la société française »

Imam de Bordeaux, Tareq Oubrou est théologien et homme de terrain : une position qui lui permet une prise de distance par rapport aux institutions musulmanes et, notamment, à l’égard de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), dont il est issu. Il vient de publier Profession imâm (Albin Michel, 248 pages, 16 euros), un livre d’entretiens avec deux chercheurs.

 Alors que le débat sur le voile intégral pose à nouveau la question de la place de l’islam en France, quel est l’état de la communauté musulmane ?

L’islam en France repose la question de la laïcité. Il a introduit dans la société un sang neuf religieux qui tend à « banaliser » la religion dans l’espace public, même si cela ne veut pas dire qu’elle est acceptée. Il nourrit même un certain retour au christianisme. On peut donc dire que l’islam favorise une forme de désécularisation de la société, tout en attisant l’intégrisme laïc et catholique.

Sur le plan individuel, la religiosité se fait désormais par une approche individuelle ; la sécularisation et la modernité ont plongé les musulmans de France, comme les autres croyants, dans une autonomie, qui les amène à chercher des pratiques religieuses dans un tâtonnement total sans médiation des institutions classiques.

Dans ce contexte, on constate une tentation de crispation et de repli identitaire, qui s’explique aussi par des raisons sociales : plus on est dans la marge, plus on est tenté de construire une religion bouclier contre la société et les institutions. Une nouvelle forme de piétisme se développe dans nos lieux de culte. Il faut canaliser ce mouvement, le modérer, mais non pas chercher à l’éradiquer. Même s’il est difficile de dialoguer avec ces groupes, qui ne sont pas armés théologiquement pour discuter au fond, il ne faut pas les agresser car cela les poussera à se radicaliser. Peut-être cette catégorie de jeunes est-elle le signe d’un certain échec de la communauté à préserver ses fidèles de ce type de religiosité.

Comment faire admettre votre concept de « charia de minorité », qui défend la possibilité de se conformer à la loi islamique et aux valeurs républicaines, à ces nouveaux groupes qui prennent leurs avis religieux sur Internet ou en Arabie saoudite ?

Je pars d’une réalité française laïque, qui met à l’épreuve toute une tradition, pour offrir aux musulmans un système normatif leur permettant de vivre leur islam et leur citoyenneté française. Seuls survivront spirituellement les musulmans qui savent modérer, adapter, et négocier leurs pratiques avec la réalité de la société française. Je n’ai pas d’emprise sur ceux qui ne veulent pas réfléchir à cela et ont décidé d’être contre la société, contre la France et même contre les musulmans qu’ils considèrent trop « light ».

Quelle est aujourd’hui votre position sur le port du foulard islamique ?

Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : mets ton foulard dans ta poche. Aujourd’hui, je dis que c’est une recommandation implicite qui correspond à une éthique de pudeur du moment coranique. Pour autant, une femme qui ne le met pas ne commet pas de faute. Mais, aujourd’hui, la communauté musulmane est fragile, et s’attache à des adjuvants et à des normes. C’est aberrant de réduire une femme musulmane à son foulard ; c’est de l’ignorance. Le foulard n’est pas un objet cultuel, encore moins un symbole de sacré. En outre, cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux femmes qui veulent étudier ou travailler. Je n’ai pas le droit de tromper ces jeunes filles. Le problème, c’est que lorsqu’elles enlèvent le foulard, elles arrêtent aussi de prier. Cela dit, je crois que chacun est libre de s’habiller comme il veut, de choisir la lecture de l’islam qui lui convient, même si je ne la partage pas.

Les jeunes musulmans mettent en avant l’islamophobie dont les pratiquants seraient victimes, ce qui rendrait difficile leur vie en France. Qu’en pensez-vous ?

Le racisme n’est pas une nouveauté, mais l’islamophobie présentée comme un fléau de notre société, je ne la vois pas. Je n’accepte pas cette position victimaire et cette posture de consommation de droits. C’est vrai que les jeunes de la deuxième génération sont enclins à quitter la France, pour l’Angleterre ou un pays musulman. En attendant, certains vivent leur religiosité avec douleur, à cause du climat médiatique et sociétal français, dans lequel la visibilité religieuse devient vite suspecte. Mais je leur dis que le diable est partout ! En outre, l’islamophobie est parfois développée par des musulmans eux-mêmes qui, par leur comportement et leur visibilité, peuvent faire peur à nos concitoyens non musulmans.

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars

(Source : « La Liberté » (Quotidien – Suisse), le 16 octobre 2009)

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