16 novembre 2007

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TUNISNEWS
8 ème année, N° 2734 du 16.11.2007

 archives : www.tunisnews.net
 

 

 


AISPP: Communique’

UGTT – FGESRS: Communiqué relatif à la Grève des 19 et 20 novembre 2007

AFP:A ntiterrorisme: Ban Ki-moon veut des résultats, Ben Ali dénonce un amalgame AP: Ban Ki-moon appelle à s’attaquer aux causes du terrorisme AFP:Bosnie-Suisse-islamisme-guerre-extradition:La Suisse va extrader sept ex-moujahidine vers la Bosnie Réalités:Sur le plateau du tournage de « Thalathoun ’’ : Un film phare sur une Tunisie révolutionnaire Réalités: Casting Réalités:Fadhel Jaziri, réalisateur du film : « Il faut savoir oser comme on a osé dans le passé »

 


 

 
Liberté pour tous les prisonniers politiques
Liberté pour Abdallah Zouari, le journaliste exilé dans son propre pays
 
Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
43 rue Eldjazira, Tunis
 
Tunis, le 16 novembre 2007
 

La police politique maintient sa politique de rapts

 
 
L’AISPP a appris que des agents de la police politique avaient investi le domicile de la famille Mcherki à la cité Intilaka et avaient enlevé le jeune Mohammed Mejdi Mcherki pour l’emmener vers une destination inconnue. Le jeune Mohammed Mejdi Mcherki est un étudiant en première année d’informatique. Il avait été enlevé une première fois le 20 décembre 2006 à son domicile d’alors à Sejnane et n’avait été relâché qu’en octobre 2007. L’AISPP […]
Pour la commission de suivi des procès
Le Secrétaire général de l’Association
Maître Semir Dilou
(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT)


 

                             U.G.T.T.

 Fédération Générale de l’Enseignement

Supérieur et de la Recherche Scientifique    

      Tunis le 16 novembre 2007

 

Communiqué relatif à la Grève

des 19 et 20 novembre 2007

 

 

Plus d’une année est passée depuis que la FGESRS ait remis au ministère de l’Enseignement Supérieur un mémorandum détaillant et argumentant les revendications urgentes et prioritaires des corps enseignants universitaires et chercheurs. Il s’agit notamment de :

                la création d’une prime de dépenses pédagogiques de 300 dinars par mois pour l’ensemble des corps et des grades pour compenser les nouvelles dépenses nécessitées par l’évolution de notre métier et que les enseignants assument aux dépens de leur niveau de vie ;

                le doublement de la prime de rendement dont le montant est resté inchangé depuis très longtemps en dépit du doublement de la productivité des universitaires sous l’effet notamment de la considérable augmentation à la fois du nombre d’étudiants par enseignant et des charges d’encadrement, de surveillance, de correction, etc… qui en découlent, en sus des nouvelles tâches induites par  l’adoption du système LMD ;

                des revendications d’ordre moral relatives notamment aux statuts des différents corps et à la démocratisation de la gestion des institutions universitaires.

Outre ces revendications, la motion du dernier Conseil Sectoriel du 8 septembre 2007 insistait sur la nécessité de respecter le droit syndical que le ministère s’acharne à bafouer surtout durant la dernière période à travers les multiples mesures à caractère punitif et revanchard et ce, en matière de titularisation, d’avancement, du mutation, de retraite, etc… faisant fi des dispositions de la constitution de notre pays et des convention internationales ratifiées par l’Etat tunisien.

Plusieurs réunions ont eu lieu depuis avec les représentants du ministère. Malheureusement, force est de constater qu’elles n’avaient pas constitué de véritables et sincères négociations. Alors, que le syndicat y allait pour défendre les revendications des universitaires, justifier leur pertinence et demander la signature d’un protocole d’accord à leur propos, la délégation ministérielle s’est toujours contentée de louvoyer refusant de signer ne serait-ce le procès verbal de réunion, reproduisant d’une réunion à une autre les mêmes arguments et propos arguant notamment, que nos revendications matérielles sont du ressort des négociations collectives que tout un chacun sait qu’elles concernent les augmentations salariales générales – et non spécifiques – destinées à compenser la détérioration du pouvoir d’achat ; et que nos doléances à propos des atteintes au droit syndical et des cas de discrimination sont infondées. La manœuvre est claire : convaincre l’opinion publique nationale et les organisations internationales auxquelles nous avons adressé une plainte, que le dialogue avec la FGESRS existe bel et bien.

Cependant, sans attendre les négociations collectives, le ministère a pris des mesures unilatérales créant notamment des incitations à l’encadrement des thèses et mastères, qui, en l’absence de concertation se sont révélées très en deça de nos attentes et étrangères à notre conception. Le ministère a également refusé de nous écouter à propos de la révision en cours de la loi d’orientation de l’Enseignement Supérieur avant de la présenter au Conseil Economique et Social pour avis. Malgré les amendements multiples qu’a proposé ledit Conseil à ce projet, le ministère est en train de le présenter au Parlement dans sa version initiale. Ceci, en plus des nouvelles restrictions bureaucratiques instituant l’obligation de « solliciter » du ministre même « une autorisation personnelle préalable » pour effectuer des heures supplémentaires.

La tentation d’instrumentaliser l’université et de régenter les universitaires ne semble pas avoir de limites.

Face à ces violations et manquements aux conditions de la négociation effective et face aux réactions démesurées du ministère, la Fédération Générale est demeurée sereine attachée au dialogue comme moyen privilégié de résolution des conflits. Mais l’attitude agressive du ministère ne veut pas s’infléchir et nos requêtes demeuraient sans réponses. Ainsi, notre dernier Conseil Sectoriel du 8 septembre 2007, a-t-il pris la décision d’entreprendre des actions ascendantes qui ont commencé par le port du brassard rouge le 5 octobre 2007 à l’occasion de la Journée Mondiale des Enseignants.

Notre Conseil Sectoriel a également décidé de déclencher des grèves ascendantes : la première a été décidée pour les Lundi et Mardi 19 et 20 novembre 2007. Elle sera suivie par d’autres grèves au cas où le ministère persiste à ignorer nos revendications.

La Fédération Générale, qui se trouve encore une fois, acculée à adopter ces actions militantes, tient à rappeler qu’elle demeure fermement attachée aux principes du dialogue, de la concertation et de la négociation aboutissant à des accords effectifs et justes pour améliorer les conditions de travail et de vie des universitaires, afin qu’ils se consacrent davantage à contribuer à relever les défis qu’affronte l’université tunisienne. Faute de dialogue et d’accord avec le ministre, nos structures décisionnelles fixeront une nouvelle stratégie militante pour le second semestre.

Nos revendications dont les objectifs se rapportent à l’amélioration du niveau de vie des universitaires, à leurs conditions de travail, à leur promotion professionnelle, ainsi qu’aux modes de gestion des institutions universitaires et ce, dans le souci de préserver l’université publique et de promouvoir son rendement scientifique, nécessitent que nous persévérions dans la lutte syndicale et que nous en assumions les sacrifices.

Aussi, sommes-nous appelés à réagir avec détermination et responsabilité pour défendre notre cause juste et notre dignité entamée. Soyons tous mobilisés pour faire réussir la grève des 19 et 20 novembre 2007.

 

Le Secrétaire Général de la FGESRS

      Sami AOUADI


Antiterrorisme: Ban Ki-moon veut des résultats, Ben Ali dénonce un amalgame

 
Par Hamida BEN SALAH TUNIS, 15 nov 2007 (AFP) – Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a prôné jeudi l’application de la stratégie antiterroriste de l’ONU, en exigeant des « résultats concrets » d’ici septembre 2008, lors d’une conférence en Tunisie, pays relativement épargné par la violence terroriste. Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, hôte de la conférence inaugurée à son palais de Carthage au nord de Tunis, a pour sa part défendu une approche « préventive » du fléau, en dénonçant « l’amalgame » fait en Occident entre terrorisme et islam. « Il s’agit maintenant d’appliquer la stratégie dans toutes ses dimensions. D’ici à septembre prochain, lorsque l’Assemblée se réunira pour faire le bilan de cette application, nous devons tous (…) faire état de résultats concrets », a averti M. Ban, se référant à la stratégie décidée et votée par l’ONU en septembre. Pour la première fois, a-t-il souligné, les 192 Etats membres s’étaient unis autour d' »un plan détaillé, collectif et approuvé au niveau gouvernemental pour faire échec au terrorisme ». La communauté internationale convenait aussi de « l’existence de conditions propices à la propagation du terrorisme » et de la nécessité de s’y attaquer, a ajouté M. Ban. Il a cité les conflits non résolus, l’absence d’un Etat de droit, les violations des droits de l’Homme, la discrimination ethnique, nationale et religieuse, l’exclusion politique, la marginalisation sociale et économique et l’absence de bonne gouvernance. Le secrétaire général de l’ONU a prôné le partage de données au niveau mondial et une contribution des organisations régionales à « l’effort mondial de lutte contre le terrorisme ». Selon lui, en adoptant sa stratégie, l’ONU « a tracé la marche à suivre » contre le terrorisme, un fléau qui « ne se justifie jamais », a-t-il dit. Pour M. Ban, la conférence organisée en Tunisie avec l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et l’Organisation islamique de l’éducation, la science et la culture (Isesco) est destinée à « faire progresser la mise en œuvre de la stratégie antiterroriste mondiale ». M. Ben Ali a plaidé pour « une approche préventive » contre le terrorisme alliant un traitement sécuritaire « nécessaire » et le développement par l’éducation, le bien-être, l’émancipation sociale, notamment celle des femmes, qui représentent « un rempart inexpugnable face aux apôtres de la réaction et de la régression ». Le président tunisien dont le pays présente une image de stabilité au Maghreb frappé par le terrorisme en Algérie notamment, a aussi souligné la priorité de l’emploi pour les jeunes. Il a mis en garde contre les dangers de « l’amalgame fait aujourd’hui, en Occident, entre le terrorisme et l’islam », tout en affirmant que son pays restait « déterminé à aller de l’avant dans le renforcement du dialogue entre les peuples, les cultures, les civilisations et les religions ». Les secrétaires généraux de l’Isesco, Abdulaziz Al Touijri, et de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, ont abondé dans ce sens, M. Touijri proposant une loi internationale pour bannir « toute atteinte aux religions, aux prophètes et aux symboles sacrés des peuples ». La liberté d’expression « ne signifie pas la liberté d’insulter et de faire outrage aux symboles sacrés des peuples », a-t-il dit, en allusion à la controverse née de la publication de caricatures de Mahomet dans la presse européenne. Ont également été évoqués la nécessité d’une conférence gouvernementale internationale sous l’égide de l’ONU « pour définir le terrorisme », le règlement du problème palestinien et l’intérêt d' »un code de conduite » en matière de lutte antiterroriste. Ces sujets devaient être débattus à huis clos pendant la conférence qui doit durer jusqu’à samedi, dans un palace à Gammarth, au nord de Tunis. AFP  

Ban Ki-moon appelle à s’attaquer aux causes du terrorisme

 
TUNIS (AP) — Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé la communauté internationale à s’attaquer aux conditions qui favorisent la propagation du terrorisme, dans une intervention devant la conférence internationale sur cette question qui s’est ouverte jeudi à Tunis. Organisée par l’ONU, en collaboration avec l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et a culture (ISESCO), l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et le gouvernement tunisien, cette manifestation de trois jours a été ouverte par le président Zine El Abidine Ben Ali, en présence de quelque 120 personnalités. « Le terrorisme ne se justifie jamais, qu’il obéisse à des motifs politiques, philosophiques, idéologiques, raciaux, ethniques ou religieux ou à quelque autre motif que ce soit », a insisté Ban Ki-moon. Il se faisait l’écho du « message crucial » qui se dégage, selon lui, de la stratégie antiterroriste mondiale adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2006. Pour M. Ban Ki-moon, l’adoption de cette stratégie a marqué « un tournant décisif ». Pour la première fois, a-t-il dit, les 192 Etats membres se sont unis pour élaborer un plan détaillé, collectif et approuvé au niveau gouvernemental pour faire échec au terrorisme. Parmi les conditions favorisant le terrorisme, le patron de l’ONU a cité la prolongation de conflits non résolus, la déshumanisation des victimes, l’absence de l’état de droit et les violations des droits de l’homme. Il en a attribué les causes à la discrimination ethnique, nationale et religieuse, l’exclusion politique, la marginalisation sociale et économique et l’absence de bonne gouvernance. « Les terroristes peuvent exploiter vulnérabilités et griefs pour fomenter l’extrémisme au niveau local mais ils peuvent établir rapidement des liens avec d’autres au niveau international », a-t-il averti. Outre la mise en commun des expériences, M. Ban Ki-moon suggère de forger ce qu’il appelle « l’alliance des civilisations » qui, selon lui, « revêt une importance cruciale pour comprendre les problèmes religieux, culturels et sociaux qu’exploitent souvent les extrémistes ». Après avoir mis l’accent sur la détermination de l’organisation mondiale, à travers son équipe spéciale de lutte contre le terrorisme, le diplomate coréen a affirmé que des résultats concrets seraient atteints d’ici la prochaine Assemblée générale en septembre 2008.   AP

Bosnie-Suisse-islamisme-guerre-extradition La Suisse va extrader sept ex-moujahidine vers la Bosnie

 
BANJA LUKA (Bosnie-Herzégovine), 16 nov 2007 (AFP) – La Suisse va extrader vers la Bosnie sept ex-moujahidine ayant combattu aux côtés des forces musulmanes durant la guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-95), a rapporté vendredi un quotidien bosniaque citant des sources sécuritaires. « La Suisse a envoyé une demande écrite nous demandant de recevoir plusieurs personnes d’origine afro-asiatique qui résident actuellement illégalement sur son territoire », a déclaré un responsable du ministère bosniaque de la Sécurité, Dragan Mektic, cité par le quotidien indépendant Nezavisne Novine. « Nous sommes en train de vérifier leurs passeports et leur activité (passée) en Bosnie », a-t-il ajouté. Le journal cite une source anonyme au sein du ministère de la Sécurité, affirmant qu’il s’agit de sept personnes, notamment d’origines tunisienne et marocaine, qui ont combattu pendant la guerre de Bosnie. La Bosnie a été mise en cause pour la présence sur son sol de combattants islamistes après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Des centaines de militants armés animés par les idéaux islamistes étaient venus aider leurs coreligionnaires bosniaques au début des années 1990 face aux forces serbes et croates. L’accord de paix de 1995 prévoyait leur départ, mais certains sont restés, soit en servant dans l’armée, soit en épousant des femmes bosniaques. La Bosnie a engagé il y a à peu près deux ans une procédure visant à vérifier la légalité de l’octroi de la nationalité bosniaque aux anciens moujahidine. A ce jour, plus de 500 personnes ont été dépossédées de leur nationalité bosniaque obtenue de façon irrégulière pendant et après la guerre. AFP

Sur le plateau du tournage de « Thalathoun ’’ : Un film phare sur une Tunisie révolutionnaire

 
Depuis quelques semaines a débuté le tournage de « Thalathoun », le nouveau film de Fadhel Jaziri, un film phare qui marquera certainement les esprits car il évoque la Tunisie des années 30, une Tunisie jeune qui portait en elle des esprits éclairés prêts à tous les sacrifices pour la moderniser. C’est un film sur l’effervescence intellectuelle d’un peuple qui aspirait à la liberté, dans toutes ses formes. Un thème toujours d’actualité. Nous nous sommes rendus à une des scènes du tournage à la Rachidia où nous avons pu rencontrer le réalisateur et une partie des acteurs. La scène se passe à la Rachidia, c’est la première audition qui va être à l’origine de la constitution de cette institution. Dans la cour, une pléiade de jeunes gens, assis, vêtus en chéchia et en djebba, sont en train de répéter. On se croirait vivre vraiment quatre-vingts ans en arrière. Devant eux, une estrade sur laquelle un autre groupe de musiciens joue, dirigé par Samir Ressaïsi (qui a composé la Hadra avec F. Jaziri) des morceaux d’une chanson. A côté se trouve Fadhel Jaziri avec son équipe de techniciens. Il est assis, tranquille comme un vieux lion. Son oeil guette la scène. Aucun mouvement ne lui échappe, aucun détail. Il a tout le film dans sa tête et il sait ce qu’il veut. Avec un ton calme mais ferme, il dirige son équipe tel un lieutenant. Ses ordres sont exécutés à la lettre, non pas par crainte mais plutôt par respect et par confiance en sa longue expérience. Pourtant ! La scène il a fallut la répéter plusieurs fois, les figurants n’arrivaient pas à bien articuler les paroles de la chanson et leur chant n’était pas synchronisé avec le plan. Patiemment, Fadhel donne l’ordre de répéter, descend sur scène, leur montre les gestes à faire et leur explique le contexte historique des faits joués. On refait alors le plan. De l’autre côté, Nejma Zghidi, la scripte mais aussi celle qui joue le rôle de Habiba Mencheri dans le film, tient le chronomètre. Il faut que la scène ne dépasse pas les quinze secondes. « Travailler avec Fadhel Jaziri est très spécial car c’est un homme qui concentre énormément son travail sur les détails. Je crois qu’il est unique dans sa manière de faire », explique Nejma. On passe au deuxième plan, dans lequel Snoussi vient tout en larmes informer Tahar Haddad, à la Rachidia, de la mort d’Aboul Kacem Chebbi. Haddad, ne supportant pas le choc, s’écroule au milieu de la foule. Une scène poignante où Ali Jaziri, qui incarne ce personnage, doit encore faire ses preuves. « Action » lance fermement Fadhel Jaziri. Snoussi (joué par Tahar Aïssa) arrive derrière les colonnes, repoussant les chanteurs jusqu’au siège de Haddad qui devrait pousser un cri déchirant à l’écoute de l’annonce. Mais le cri ne plait pas au réalisateur. Alors on refait le tout. Un peu plus tard, un figurant n’applique pas les instructions de Jaziri, qui, impatient, le vire du plateau. Il est intransigeant sur le respect de ses ordres. D’ailleurs, il n’hésite pas à lancer aux acteurs « Ici c’est comme à la mosquée, c’est sacré, il faut respecter ce que je vous dis. Autrement, il faudra partir. » Jaziri règne en maître absolu sur le plateau. Après quelques répétitions, le plan est réussi. Ali, le fils, se montre fier en rigolant avec ses confrères, sous le regard satisfait de son père. Finalement une pause! On en profite pour parler au réalisateur et aux acteurs. Hanene Zbiss   (Source: « Réalités » (Newsmagazine hebdomadaire – Tunis), N°42 du 15 novembre 2007)

Casting
 
 Ali Jaziri (Tahar Haddad) Il a 24 ans, une formation de musicien-chanteur et il est rockeur à Paris. Bref, rien ne le prédestinait à jouer le rôle de Tahar Haddad dans le film « Thalathoun ». « J’ai débarqué dans cette aventure grâce à mon père qui m’a appelé un jour pour me dire qu’il avait envie que je joue un rôle important dans son nouveau film. Je lui ai dit : quel rôle? Et il m’a répondu: Tahar Haddad. C’était une grande surprise pour moi. Comment pourrais-je représenter ce personnage si important dans l’histoire de la Tunisie ? me suis- je demandé. C’est vrai que j’ai toujours voulu être acteur, j’ai même fait du théâtre et ai participé à quelques spectacles de mon père mais de là à faire ce personnage, c’était pour moi inimaginable, jusqu’à ce que Si Fadhel (c’est comme ça que je l’appelle sur le plateau du tournage) m’explique qu’il suffit de prendre un personnage, de le sortir de son contexte et de le mettre dans un autre contexte et ça marche. C’est la magie du cinéma. Et ça a vraiment marché. Au début du tournage, personne ne me donnait gagnant. Actuellement, tous me disent que j’ai un vrai talent et que je devrais faire l’acteur comme métier dans l’avenir. Le secret de cette réussite est dû peut-être au fait que j’ai adoré le personnage, qui est quelqu’un de noble, de cultivé et qui a toujours vécu à l’écart. Cela ne l’a pas empêché pour autant d’observer la société et de tirer des conclusions sur ses dysfonctionnements pour ensuite, chercher à la réformer. Il est le personnage principal du film. Il est l’objectif principal de la camera car c’est lui qui regarde les choses et raconte l’histoire. Tous les autres personnages gravitent autour de lui. Il est le noyau d’un groupe d’intellectuels qui s’embarquent dans la même aventure. » Walid Nehdi (Ali Douagi) « Ce rôle représente une belle et importante période dans ma carrière d’acteur. J’étais heureux d’être choisi par Si Fadhel Jaziri pour le faire après un stage de trois mois. Il a remarqué mon style de jeu et m’a donné ce rôle qui n’est pas du tout facile car le personnage de Ali Douagi est un personnage complexe du fait qu’il était alcoolique et malheureux. C’est quelqu’un qui n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie. Il est mort sans avoir d’enfants. Pour incarner ce rôle, j’ai dû faire des recherches sur sa vie. J’ai lu ses livres et j’ai vu quelques documentaires sur lui. C’était vraiment un personnage fabuleux. Il a été le premier écrivain à écrire en dialecte tunisien et il aimait beaucoup son pays. Ces recherches que j’ai faites m’ont servi surtout à connaître une époque importante de l’histoire de la Tunisie, une époque qui a contribué à forger notre identité nationale. » Tahar Aïssa Bel Arbi (Zine El Abidine Snoussi) « Ce film est ma troisième expérience dans le domaine du cinéma. J’ai été choisi par Si Fadhel dans ce rôle parce que j’ai une grande ressemblance physique avec Zine El Abidine Snoussi. Pour incarner ce personnage, il m’a fallu connaître tant de choses sur sa vie, sa manière d’être, de s’habiller et de se comporter en société. Le réalisateur m’a beaucoup aidé à connaître ces détails, mais aussi M. Abdessattar Amamou, outre mes lectures sur lui. J’ai découvert qu’il était un homme très raffiné, qui ne fréquentait pas beaucoup les gens. Il était marié à la soeur du Bey, donc il était riche, il avait une imprimerie, achetée grâce à l’argent de sa femme. Ce qui me fascine chez lui, c’est qu’il était parmi les pionniers du mouvement d’édition en Tunisie. Il a permis à beaucoup d’intellectuels de l’époque de publier leurs livres dans une période très difficile, traversée par la crise 29. Il a édité les oeuvres de Chebbi qu’il aimait beaucoup. Il a été lui-même poète et a écrit des pièces de théâtre. Pourtant, il a refusé de publier le livre de Haddad « Notre femme dans la religion et la société », en inventant des prétextes. » Nejma Zghidi (Habiba Mencheri) « Je joue le rôle de Habiba Mencheri, une femme qui été avant-gardiste par rapport à son époque des années 30. Elle ose dans cette période parler de la situation de la femme et propose une nouvelle vision de sa mission dans la société. C’est un petit rôle, mais il est très intéressant puisque l’action de Habiba Mencheri s’inscrit dans ce mouvement intellectuel de modernisation de la Tunisie. J’ai beaucoup aimé ce personnage et je me suis glissée facilement dans ce rôle car il y a des similitudes entre moi et cette femme. Je porte ses idées en moi, mais j’ai voulu aussi lui donner quelque chose de ma personnalité ».   (Source: « Réalités » (Newsmagazine hebdomadaire – Tunis), N°42 du 15 novembre 2007)

Fadhel Jaziri, réalisateur du film : « Il faut savoir oser comme on a osé dans le passé »

 
Pourquoi un film sur la Tunisie des années 30, aujourd’hui? D’abord parce que c’est une période qui a vu fleurir un groupe de jeunes gens d’une qualité intellectuelle exceptionnelle dans divers milieux, avec des origines diverses et des centres d’intérêt très différents. Ils n’étaient pas très nombreux mais particulièrement actifs. Ces jeunes gens ont littéralement forgé la Tunisie d’aujourd’hui. Ils ont réussi à mettre sur pied un système qui, aujourd’hui, continue de prétendre apporter quelque chose à la modernité. Pensez-vous que les générations suivantes ont porté en avant leur héritage? Je pense que oui. Et la preuve c’est ce film. Cela veut dire que ces personnages, qui ont révolutionné la Tunisie des années 30 sont encore présents parmi nous. Nous nous intéressons à leurs idées. Leurs noms figurent d’une manière emblématique dans la cité moderne. Nous continuons aussi à lire leurs textes. Ils sont là avec nous et pour toujours. On remarque que votre casting est formé presque exclusivement de jeunes gens, est-ce une manière d’adresser un message aux jeunes d’aujourd’hui? Sûrement, mais j’adresse aussi un message aux moins jeunes. Je pense qu’aujourd’hui, il faut savoir s’ouvrir sur des énergies nouvelles et des profils peu habituels. Il faut savoir oser comme on a osé dans le passé. Je dois préciser quand même que le choix d’un casting jeune s’imposait car les personnages du film à l’époque des années 30, comme Tahar Haddad, Aboul Kacem Chebbi, Zine El Abidine Snoussi, Ali Douagi et les autres étaient extrêmement jeunes. Et donc pour les représenter dignement, il fallait faire appel à des figures nouvelles dans le cinéma. Votre fils fait partie du casting. Il joue même le rôle principal, celui de Tahar Haddad, qu’est-ce qui justifie ce choix? Mon choix se justifie par cette confiance qu’au fil du temps il a réussi à acquérir auprès de moi, son tempérament très particulier, sa capacité de travail, sa discipline, sa modestie et son amabilité. En plus, comme il me donne une grande confiance, je parviens à lui demander tout ce je que je veux et il le fait bien. Il n’arrête pas de m’étonner. Il fait vraiment du bon travail, mais il n’est pas le seul car il est entouré d’une pléiade de jeunes qui sont tous formidables. Vous le verrez dans le film. Je suis ébloui par leur jeu et leur capacité d’être dans ce que j’appelle « la modernité du mode d’expression cinématographique » c’est-à-dire ne pas être abusif, excessif, grandiloquent mais être juste ce qu’il faut. Pourquoi avez-vous choisi de mettre la figure de Tahar Haddad au centre de l’intérêt du film et de faire en sorte que les autres personnages gravitent autour de lui. Vous auriez pu choisir Bourguiba par exemple? C’est vrai que Bourguiba est un personnage intéressant, mais Tahar Hadad est un révolutionnaire. C’est lui qui a changé la manière d’aborder la question sociale. Il était aussi l’un des fondateurs du parti du Néo-Destour et de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens. Il est celui qui a écrit sur l’émancipation de la femme. Donc, il a toutes les caractéristiques d’un héros national. Dans ce film, nous avons voulu lui rendre hommage, mais aussi essayer de comprendre le phénomène Tahar Haddad. Qu’est-ce que vous avez voulu montrer à travers ce personnage? J’ai voulu montrer que c’est possible de travailler, de dire et de combattre. J’ai voulu prouver que la liberté n’est pas une contrainte à l’évolution et que malgré tous les obstacles, on peut toujours rêver de transformations sociales, d’une aventure nouvelle, et Haddad l’a fait. Mon film est optimiste : tout en tentant de donner une idée plus complète que possible sur l’époque, il se projette dans l’avenir. Il y a une tendance actuellement dans le monde de faire des films d’époque, est-ce une façon de se protéger de la mondialisation? Oui, mais ce n’est pas une tendance récente, car chaque fois qu’on a perdu ses repères, on cherche à voir comment nos prédécesseurs se sont comportés dans le passé. Aujourd’hui, je pense qu’on a besoin de ce retour à notre mémoire et à notre histoire. Je suis convaincu que c’est la seule manière d’agir. J’espère, toutefois, qu’il y aura d’autres artistes qui s’occuperont de ces questions relatives à l’identité pour nous aider à mieux comprendre ce que nous sommes. Vous avez choisi de filmer dans l’ancienne Steg ou vous avez reconstitué le décor de la médina, pourquoi ne pas travailler directement là-bas? D’abord la Médina a beaucoup changé, elle ne ressemble plus à la Médina des années 30. Et puis, c’est extrêmement coûteux de transporter le tournage en ville. En outre, j’ai toujours eu des difficultés réelles à travailler dans la rue. Je suis habitué à travailler en studio, c’est l’unique manière pour moi d’aller jusqu’au fond des choses. Quand allez-vous présenter ce film? Je pense que le film sera prêt dès les premiers mois de l’année prochaine. Mon espoir est qu’il le soit avant le mois de mai pour qu’on puisse le présenter aux grands festivals internationaux comme le Festival de Cannes, Venise ou Berlin. Cela serait formidable pour ces jeunes gens qui se donnent sans compter pour le réussir. Car, vous savez, il n’y a pas que le thème qui est nouveau, mais aussi la manière de filmer, le support, le format qui est un format cinémascope, pas habituel chez nous et qui permet une très bonne qualité d’image. En outre, l’écriture dans ce film n’est ni contemplative ni intimiste. Il y a eu tout un travail de préparation sur la bande son, sur la musique du film, sur le rythme des plans etc. Avez vous écrit vous-même le scénario? Oui, en collaboration avec Aroussia Nallouti qui m’a beaucoup aidé et supporté surtout. C’était un vrai plaisir de le faire car j’ai appris beaucoup de choses sur les personnages et l’époque. A travers mes recherches, j’ai pu comprendre les choses de l’intérieur et quels étaient les enjeux réels dans les années trente. J’ai été dans les familles des personnages. J’ai rencontré toutes sortes de personnes pour les entendre parler de ces figures qui ont marqué cette époque. Par exemple, pour Zine El Abidine Snoussi, c’est son neveu qui m’en a parlé longuement. Pour Habib Bourguiba, c’est son fils qui m’a raconté des choses sur lui. Toutes ces entrevues m’ont permis de comprendre que ces personnages sont des hommes qui ont beaucoup réfléchi la question nationale, sociale et politique. Vous allez alors nous présenter un autre regard sur cette époque? Forcément. Ce sera un regard plus personnel. Si l’on retourne un peu en arrière, l’idée de faire ce film est venue comment? C’était l’envie de raconter par le cinéma une histoire qui soit porteuse de ce qui me préoccupe, comme la question de l’art, de la liberté de pensée, du devoir, la question politique et l’engagement intellectuel. Tout cela se trouve dans cette période des années 30   Hanene Zbiss (Source: « Réalités » (Newsmagazine hebdomadaire – Tunis), N°42 du 15 novembre 2007)

 

 


 

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