15 décembre 2009

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TUNISNEWS

9 ème année,N° 3493 du 15.12.2009

 archives : www.tunisnews.net  


Comité de Soutien aux Militants de l’UGET: Le 14 décembre 2009 : Une journée historique dans les tribunaux de Tunisie Khémais Chammari: Tunisie.. la répression en marche L´Express.fr: Tunisie: la campagne contre l’opposition continue Omar Khayyam: La régente devient présidente Hend  Harouni: Hommage & Traduction
AFP: Tunisie/Grippe H1N1: nouveau cas mortel, neuf décès au total TAP: Le Budget de l’Etat pour 2010 fixé à 18335 millions de dinars, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2009 AFP: Réunion début janvier de cinq chefs de la diplomatie pour relancer l’UPM AFP: 20 ans après, la « révolution » roumaine toujours entourée de zones d’ombre AFP: Roumanie: les événements qui ont conduit à la chute de la dictature Le Monde : M. Blair et l’Irak Maroun Lahham: Un moment de vérité – Une parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la souffrance palestinienne


 
Comité de Soutien aux Militants de l’UGET

Le 14 décembre 2009 : Une journée historique dans les tribunaux de Tunisie

Fidèle à une tradition veille de cinq décennies, les tribunaux tunisiens ne cessent d’accueillir des étudiants coupables d’avoir eu des revendications syndicales ou des opinions politiques. Le 14 décembre 2009 ont comparu à Sfax les étudiants Néjeh Saghrouni, Secrétaire général du Bureau fédéral de l’UGET à la Faculté des Sciences économiques et Ayyoub Amara militant de l’UGET à l’Institut supérieur des Etudes technologiques. Condamnés par contumace à deux mois de prison, ils n’avaient jamais reçu de convocation au tribunal et n’avaient pas été informés de la sentence jusqu’à ce que des policiers viennent le 04 décembre 2009 enlever Néjeh Saghrouni à son arrivée à la Faculté. Quant à Ayyoub Amara il était resté en état de fuite jusqu’au 14 décembre. Le Tribunal a rejeté, sur la forme,  la requête de la défense de faire opposition au jugement considérant que les accusés auraient été informés de la sentence depuis deux mois. Par ailleurs, un « comité d’Accueil » a réservé à Ayyoub Amara à son arrivée au Tribunal un passage au tabac au sein même du Palais de la Justice. Le 14 décembre 2009 le Tribunal de Manouba a tenté d’examiner l’affaire n° 6922 et l’affaire n° 6921 inculpant  19 étudiants et étudiantes de la Faculté de Manouba et un lycéen quand les forces de l’ordre ont voulu faire taire les accusés à coup de matraque. Les avocats de la défense n’ont pas été épargnés. Le tribunal a reporté le verdict pour le 21 décembre 2009 et les avocats ont été évacués de la salle. Le 14 décembre 2009 le Tribunal confirme le jugement de première instance condamnant Mohamed Soudani à 6 mois de prison ferme. Lors du procès du 30 novembre  Soudani a été empêché de bénéficier de son droit de désigner un avocat.   

 

Tunisie.. la répression en marche

Une lettre de M. Khemais Chammari, cofondateur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme.

Bonjour,

J’ai été empêché ce matin de me rendre au siège d’At-Tajdid pour rencontrer les membres du secrétariat de la commission nationale pour les libertés d’expression et d’information.

La police politique a arrêté le taxi dans lequel je me trouvais et a exigé du chauffeur d’arrêter le compteur m’obligeant à descendre.

Le secrétariat n’a d’ailleurs pas pu se réunir, Néji Bghouri et Lotfi Hajji ayant été empêchés aussi de se rendre à cette réunion.

Le ministère de l’intérieur avait prévenu, une demi-heure plus tôt, le premier secrétaire d’At-Tajdid que la réunion est illégale, car la «CNLEI» n’a pas de statut légal!

Depuis hier matin, dimanche 13 décembre 2009, Tunisie Télécom m’a coupé la ligne téléphonique fixe et la connexion internet. En dépit de six interventions pressantes les «équipes techniques» ne se sont pas manifestées.

Khémais Chammari

Tunis, le lundi 14 décembre 2009


Tunisie: la campagne contre l’opposition continue

le 15 décembre 2009 11h12 | par Dominique Lagarde En ce qui concerne la liberté d’expression, les choses ne s’arrangent décidément pas en Tunisie. Hier matin, les autorités ont empêché la réunion du secrétariat de la Commission nationale pour les libertés d’expression et d’information – un collectif de défenseurs des droits de l’homme- en arguant de ce que celle-ci ne constitue pas une association officiellement reconnue. La rencontre était pourtant prévue au siège du part At-Tajdid, une formation d’opposition légale. Nombre d’opposants ou de militants des droits de l’homme sont soumis à un harcèlement incessant depuis les élections présidentielles de novembre. Dernière initiative en date des autorités : la ligne téléphonique et la connexion internet de Khemaïs Chammari, l’une des figures de l’opposition démocrate, est coupée depuis dimanche matin.
(Source: L´Express.fr le 15 decembre 2009)


 

FICTION

La Tunisie sous Leila

La régente devient présidente

O. Khayyam

On ne l’appelle plus la régente mais Madame la Présidente. Leila Trabelsi – elle n’aime pas qu’on l’appelle Leila Ben Ali – a hérité du trône de Carthage sans difficultés majeures. Avant même qu’elle n’accède à la magistrature suprême, les postes clés étaient déjà aux mains des plus fidèles parmi ses fidèles. Abdalwahab Abdallah, ex-lecteur de journaux de Bouguiba et ancien « pape de la censure » sous Ben Ali, est aujourd’hui le Premier ministre de la République Tunisienne. Mais la Présidente, prudente comme toujours, lui a accolé un Sécrétaire Général du Gouvernement dont le rôle consiste à informer la patronne de tout ce qui se passe aux rouages du Palais du Gouvernement à la Casabah.

L’opposition, qu’elle soit hard ou soft, n’est plus qu’un lointain souvenir sous le règne de la nouvelle locataire du Palais de Carthage. Certes, les journaux Al-Mawkif, Mouatinoune et Attarik Al-Jadid continuent de paraître de façon régulière mais tous les journalistes qui y contribuaient ont été remplacés par des plumitifs du Ministère de l’Intérieur. Les torchons à la solde des Services Spéciaux ont cessé d’insulter les opposants, car Leila avait donné l’ordre d’arrêter de parler de cette race en voie d’extermination.

 L’un des premiers actes de la nouvelle Présidente fut l’abrogation de la loi qui interdisait le bannissement des citoyens tunisiens. Des policiers en civil ont arrêté des dizaines de membres de la société civile, appelée  » racaille  » par Leila Trabelsi,  et les ont embarqués dans un avion de Karthago Airlines, affrété par la Présidence. Ils ont été tous débarqués par la force à l’aéroport d’Alger et laissés à leur propre sort.

Voulant apparemment se démarquer de l’ancien dictateur, le général Zine El-Abidine Ben Ali, grand amateur de la langue de bois et du baratin pseudo-démocratique, elle a déclaré à la télé :  » Tous ceux qui s’opposent à moi et à mon gouvernement sont des traîtres et n’ont pas leur place ici en Tunisie. Je le dis clairement à toutes les citoyennes et à tous les citoyens de notre chère Tunisie: ou bien vous respectez l’autorité légale ou bien vous prenez vos bagages et vous partez, de gré ou de force. Alors que des hommes et des femmes d’affaires sont en train de bosser du matin au soir pour hisser la Tunisie au rang de pays émergent, une bande d’intellos oisifs est en train de miner le moral des masses laborieuses tunisiennes. « 

Une opposante, bannie de Tunisie et vivant à Alger, a appelé à la démission de Madame la Présidente. Mais les Tunisiens avaient la tête ailleurs. Un match historique opposant la Tunisie à l’Algérie exigeait une cohésion populaire  sans faille autour du onze national…

(Source : le blog d’Omar Khayyam (censuré en Tunisie), le 14 décembre 2009)

Lien:http://omarkhayyam.blogsome.com/2009/12/14/la-tunisie-sous-leila/

 


 

Hommage & Traduction

Hend  Harouni  – Tunisie

Au nom d’Allah le Clément et Le Tout Puissant & la Prière et la Paix Soient sur notre Sincère et Loyal  Prophète Mohamed

Date: 15 Décembre 2009 – 28 Dhul  Hija 1430

Aux Avocats  Tunisiens  pour leur  condamnation de la décision de la  Suisse de l’interdiction  des minarets

Et dont je remercie le site : www.tunisnews.net qui  l’a  publié le 13 Décembre 2009 en arabe :https://www.tunisnews.net/13Decembre09a.htm (Source: « alarabonline» (Quotidien – London) le 13 Décembre, 2009) Lien: http://www.alarabonline.org  

Des Avocats Tunisiens Déplorent la Décision du  Gouvernement Suisse Interdisant  la Construction de Minarets dans les Mosquées.

________________________________________

Des  Avocats Tunisiens ont déploré la décision du Gouvernement  Suisse  d’intérdir  la construction de minarets et lui ont demandé de revenir sur sa décision.

Dans une lettre qu’ils ont adressée à  l’Ambassadeur de la  République Fédérale Suisse, les Avocats ont déploré la soumission du sujet de la construction de minarets  au  référendum et ont considéré que les valeurs religieuses et la création de lieux de culte ne peuvent  jamais être soumises  au référendum, et qu’une chose pareille confirme clairement  le fanatisme et  représente une expression de dénigrement  et  d’amoindrissement  de la religion Musulmane, selon le journal  électronique : « ATTOUNISSIA » .

Ci-après le contenu de la lettre :

A  

Monsieur l’Ambassadeur de la République Fédérale Suisse

Monsieur l’Ambassadeur, Après  la soumission de  la question  sur l’autorisation de la construction de  nouveaux minarets  en Suisse  au  référendum  et  en  réaction à  cet égard, nous  soussignés  Avocats  Tunisiens  déplorons  que  cette question soit  abordée  étant  donné que les valeurs religieuses  et  la création de lieux de culte ne peuvent  jamais faire l’objet de  référendum, une question pareille souligne clairement le fanatisme  ainsi que  l’expression de dénigrement  et  d’amoindrissement  d’une religion  à  l’exception des  autres religions.

Monsieur l’Ambassadeur, nous  regrettons le fait que le fanatisme  qui  a  été la cause de la plupart des  guerres   que  l’humanité  a  connu  persiste  encore  à  l’ère de la mondialisation. L’adoption de la démocratie directe ne justifie en aucun cas de porter atteinte aux libertés fondamentales  ainsi qu’aux  valeurs  communes  pour lesquelles  les peuples  civilisés  luttent  pour leur défense  et  dont  votre pays  se vante  de  les  défendre.  Par conséquent, ce référendum est contraire aux  valeurs  cosmiques  qui  garantissent  la liberté religieuse et qui  sont  honorées  conformément  aux  conventions  internationales. Monsieur l’Ambassadeur,  notre  espoir  est  que  la  Suisse  soit en mesure  de  remédier à  cette agression dangereuse, qui  ne porte pas atteinte uniquement  aux Musulmans, mais également  à  celui qui  respecte  l’être humain et milite pour ces  dernières.

Veuillez agréer, Monsieur l’ Ambassadeur, l’expression  de nos salutations distinguées.


Tunisie/Grippe H1N1: nouveau cas mortel, neuf décès au total

 
AFP, le 14 décembre 2009
 
Une Tunisienne de 27 ans vient de mourir de la grippe H1N1 près de Tunis, portant à neuf le nombre de décès dus à cette maladie en Tunisie, a indiqué mardi le ministère de la Santé qui a enregistré 1.500 cas. La victime, qui souffrait d’une maladie cardiaque, est morte après cinq jours de réanimation dans un hôpital à l’Ariana près de Tunis, a déclaré à l’AFP Mongi Hamrouni, directeur des soins de santé de base.    « Ce virus touche aussi bien les vieux que les jeunes et la plupart des victimes en Tunisie sont malheureusement des jeunes », a-t-il ajouté.    Au cours de la semaine précédente deux femmes enceintes touchées par le virus sont décédées.    La Tunisie a enregistré à ce jour 1.500 cas confirmés, concentrés essentiellement dans la capitale, où plusieurs écoles et lycées ont été fermés pour éviter la propagation.    La maladie devrait gagner du terrain avec l’arrivée du froid, a estimé M. Hamrouni, insistant sur le besoin d’intensifier la campagne de vaccination ayant débuté le 9 novembre.    A ce jour, quelque 50.000 Tunisiens ont été vaccinés contre la grippe H1N1.

Le Budget de l’Etat pour 2010 fixé à 18335 millions de dinars, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2009

Le montant du budget de l’Etat pour 2010, a été fixé à 18335 millions de dinars, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2009.

Ce budget sera financé par des ressources propres dans la limite 14166 millions de dinars (77%) et par des ressources d’emprunt à hauteur de 4169 millions de dinars (23%).

Les ressources propres seront générées par des ressources fiscales de l’ordre de 11 602 millions de dinars (+10,3%), dont 40% de ressources fiscales directes et 60% de ressources indirectes et par des ressources non fiscales estimées à 2564 millions de dinars, soit une augmentation de 89 millions de dinars.

Conséquence, le taux de la pression fiscale sera de l’ordre de 20,2% contre 18,7% en 2009.

S’agissant des ressources d’emprunt, le budget prévoit une enveloppe de 4169 millions de dinars, et ce, compte tenu des emprunts extérieurs rétrocédés (100 millions de dinars)

Lire aussi…

Selon le budget, la Tunisie n’aura pas recours en 2010, et ce pour la deuxième année consécutive, au marché financier international privé.

Le budget servira à financer les dépenses de l’Etat avec ses deux titres, de développement (4500 millions de dinars) et de gestion (10 095 millions de dinars), dans la limite de 14 595 millions de dinars, soit une progression de 8,2%.

Les salaires accapareront à eux seuls, le montant de 6825 millions de dinars, soit une augmentation de 7,9%. Il est également prévu de recruter 16 200 agents.

Les dépenses de compensation sont estimées en 2010 à 1500 millions de dinars contre 1430 millions de dinars en 2009 (+ 4,9%). Les crédits affectés à la compensation serviront à subventionner les hydrocarbures (730 millions de dinars), les produits de base (220 millions de dinars), le transport et le reste (550 millions de dinars).

La dette publique est estimée à 3640 millions de dinars, contre 3805 millions de dinars en 2009, soit une régression de 165 millions de dinars (-4,3%).

Le service de la dette est fixé à 1700 millions de dinars.

(Source: l’agence TAP le 1er décembre 2009)

 

Réunion début janvier de cinq chefs de la diplomatie pour relancerl’UPM

AFP, le 14 décembre 2009 à 15h47

PARIS, 15 déc 2009 (AFP) – PARIS – Les ministres des Affaires étrangères de France, d’Egypte, de l’Espagne, de Tunisie et de Jordanie, se réuniront au début de l’année au Caire afin d’essayer de donner une nouvelle impulsion à l’Union pour la Méditerranée (UPM), a-t-on appris mardi au Quai d’Orsay.

Fin novembre, les chefs de la diplomatie français, égyptien et espagnol s’étaient retrouvés à Paris afin de préparer cette future rencontre élargie à deux autres ministres, a-t-on précisé de même source. La France et l’Egypte co-président l’UPM. L’Espagne prend à compter du 1er janvier la présidence tournante de l’Union européenne. La presse arabe a évoqué mardi cette prochaine rencontre ministérielle, en avançant la date du 5 janvier, non confirmée par le ministère français des Affaires étrangères. Depuis l’intervention militaire israélienne à Gaza fin 2008, début 2009, l’UPM est enlisée dans les querelles internes et diplomatiques. Une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UPM, prévue en novembre, a ainsi été repoussée sine die parce que le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Aboul Gheit, refusait comme d’autres ministres arabes de rencontrer son homologue israélien, le nationaliste Avigdor Lieberman, souvent critique de l’Egypte et partisan d’une ligne dure à l’égard des Palestiniens. Les pays de l’UPM devaient d’autre part choisir avant la fin de l’année un secrétaire général pour l’organisation, basé à Barcelone avec des adjoints palestinien, israélien, de la ligue arabe et turc. Mais sur ce sujet, le consensus sur une personnalité reste à trouver. L’ambassadeur jordanien à Bruxelles, Ahmad Massa’deh, a été proposé par son pays pour devenir secrétaire général. Cependant, selon des diplomates, cette candidature ne rencontre pas l’assentiment général et Paris aurait dans le passé cherché d’autres solutions et approché la Tunisie pour occuper le poste. L’UPM, créée le 13 juillet 2008, compte une quarantaine de membres, dont les pays de l’UE, la Turquie, Israël et les pays arabes riverains de la Méditerranée. Elle ambitionne, en développant des projets concrets dans divers domaines (environnement, transports, énergie, culture, éducation…), de relancer la coopération euro-méditerranéenne lancée en 1995 à Barcelone et restée lettre morte.

 

20 ans après, la « révolution » roumaine toujours entourée de zones d’ombre

 

AFP, le 14 décembre 2009 Par Mihaela RODINA BUCAREST, 14 déc 2009 (AFP) – Révolution ou coup d’Etat, le soulèvement anti-communiste de décembre 1989 en Roumanie suscite toujours des interrogations et la justice peine à faire la lumière sur l’effusion de sang, sans égale en Europe de l’Est, ayant accompagné la chute du régime.   A la mi-décembre 1989, un mois après l’effondrement du mur de Berlin, des manifestations éclataient à Timisoara (ouest), puis à Bucarest, réprimées dans le sang. Le 22 décembre, sous la pression d’une énorme foule massée devant le siège du parti communiste, le dictateur Nicolae Ceausescu et son épouse Elena prenaient la fuite, avant d’être appréhendés, condamnés à mort et exécutés le jour de Noël. Au total, 1.104 personnes sont mortes durant ces événements, 162 avant le 22 décembre, et 942 après. 3.352 ont été blessées. « Il y a toujours des questions sans réponse. Nous ne savons pas qui a tiré avant la fuite de Ceausescu, et surtout après », a déclaré à l’AFP Viorel Oancea, le premier militaire à s’être adressé aux manifestants anti-communistes de Timisoara. Malgré ces inconnues, « c’était une révolution, car cela a abouti à un changement de régime », soutient-il. Son opinion est partagée par un ancien opposant à Ceausescu, Radu Filipescu, qui évoque néanmoins une « implication des services secrets étrangers ». « On ne peut pas parler de +simulacre+ de révolution puisqu’il y a eu des morts », estime-t-il. Le procureur Dan Voinea qui avait rédigé l’acte d’accusation contre les Ceausescu et avait par la suite été chargé du dossier du soulèvement, assure avoir identifié les meurtriers, qui étaient « tous des militaires ». « Avant le 22 décembre, l’entier appareil répressif avait agi contre les manifestants. Après le 22, ce fut uniquement l’armée », dit-il. Il regrette néanmoins que très peu de condamnations aient été prononcées, en raison de « l’absence de volonté politique ». Selon lui, les légendes tissées autour de mystérieux « terroristes », des francs-tireurs supposés fidèles à Ceausescu, n’étaient qu’une « diversion » émanant de l’armée. Le but ? « Défendre l’administration communiste », dit-il. L’ex-Premier ministre Petre Roman parle lui aussi de « révolution » : « Le coup d’Etat n’a jamais existé ». Mais il admet qu’il y a « des raisons suffisantes pour parler d’une +confiscation+ » du soulèvement populaire par le pouvoir installé après la chute de Ceausescu. « Dans les nouvelles structures il y avait beaucoup de dirigeants ex-communistes. C’était une erreur d’Ion Iliescu », l’ex-apparatchik communiste devenu l’homme fort du pays le 22 décembre, indique-t-il. Quant à la désignation du simple professeur qu’il était à la tête du premier gouvernement post-communiste, il a une explication simple : « J’étais sous la main, j’avais la légitimité de la barricade ». Le procès sommaire et l’exécution des Ceausescu, dans une caserne de Targoviste (sud), suscite aussi des questions. Mais très peu de regrets. « Pourquoi l’avoir exécuté ? Mais vous imaginez combien un procès aurait duré ? », lance M. Filipescu, qui avait purgé trois ans de prison pour avoir distribué des tracts contre Ceausescu. M. Voinea assure avoir ignoré que le couple était « condamné d’avance » par Iliescu et ses proches. « J’ai eu une heure pour rédiger le réquisitoire et j’ai accusé Ceausescu de crimes contre l’humanité. Tout ce qu’il avait fait était de notoriété publique », a-t-il expliqué. Et les 60.000 morts, l’un des principaux chefs d’accusation ? « J’avais lu cela dans la presse », affirme M. Voinea. Il balaie également les doutes quant aux circonstances de la mort des Ceausescu, les images censées les montrer juste après avoir été criblés de balles ayant été mises en doute par des experts. « J’ai assisté à leur exécution. Cela s’est passé très rapidement, le caméraman n’a même pas eu le temps de filmer ».M. Oancea pense toutefois que « nous ne saurons jamais toute la vérité. Vingt ans après, les fantômes du communisme nous hantent toujours ». AFP

Roumanie: les événements qui ont conduit à la chute de la dictature  

AFP, le 14 décembre 2009

BUCAREST, 14 déc 2009 (AFP) – Rappel des événements qui ont conduit à la chute du régime communiste de Nicolae Ceausescu en Roumanie en décembre 1989 après des manifestations réprimées dans le sang.

– 15 décembre –

– Le pasteur protestant Laszlo Tokes, membre de la minorité hongroise de Roumanie et résistant au régime du dictateur Ceausescu, doit être expulsé de Timisoara (ouest du pays). Des fidèles et

habitants de la ville se rassemblent devant sa maison, dans la soirée, pour empêcher la police politique Securitate de procéder à l’expulsion. C’est l’étincelle qui déclenche « la Révolution ».

– 16 décembre –

– Le nombre de manifestants ne cesse de grossir. Pour la première fois, ils scandent le slogan « Jos Ceausescu » (A bas Ceausescu). L’armée et la Securitate tentent de les disperser.

– 17 décembre –

– Nicolae Ceausescu donne l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants. Des dizaines de personnes sont tuées.

– du 18 au 20 décembre –

– Le soulèvement se poursuit. Les ouvriers de la ville entrent en grève. Devant l’Opéra, 100.000 personnes demandent la démission de Ceausescu et la tenue d’élections libres. Des militaires les

rejoignent. Un front démocratique roumain est constitué le 20 décembre et proclame Timisoara première ville libre de Roumanie.

A Bucarest, malgré l’absence d’informations par les médias d’Etat, les habitants apprennent ce qui se passe à Timisoara grâce aux radios, notamment Free Europe, qu’ils écoutent clandestinement.

– 21 décembre –

– Tout juste rentré d’une visite officielle en Iran, Nicolae Ceausescu qualifie les manifestants de Timisoara de « hooligans », convoque une grande manifestation de soutien « spontané » où chaque

personne a une place bien déterminée. Mais la confusion règne, et la foule commence à le huer. La manifestation est dispersée. Une partie des gens se dirige vers la place de l’Université et érige des

barricades en scandant des slogans contre le dictateur. L’armée et les forces de sécurité interviennent. Des dizaines de personnes sont tuées, des milliers arrêtées.

– 22 décembre –

– Malgré la répression, les manifestations se poursuivent. Le couple Ceausescu fuit en hélicoptère puis dans une Dacia « empruntée ». Ils sont interpellés à 60 kilomètres au nord de Bucarest, à Targoviste. A Bucarest, au siège du comité central, envahi par les manifestants, le nouveau pouvoir s’organise. Un Conseil du Front de salut national est créé et présidé par un ancien apparatchik communiste Ion Iliescu. Les « révolutionnaires » prennent la télévision. Certaines villes et villages de Roumanie voient pour la première fois la « révolution » sur leur petit écran.

– 23 et 24 décembre –

– La confusion règne dans les rues. Le Front de salut national évoque des « terroristes étrangers » qui tireraient sur la foule. L’ancien premier ministre Petre Roman dit aujourd’hui qu’il s’agissait d’éléments de l’armée. Des centaines de victimes tombent durant ces deux jours alors que le dictateur est emprisonné.

– 25 décembre –

– A l’issue d’un procès sommaire à huis clos, les époux Ceausescu sont condamnés à mort par un tribunal militaire à Targoviste puis exécutés. Les images de leur cadavres font le tour du monde.

– 26 décembre –

– Petre Roman, professeur, est nommé Premier ministre. Le calme revient.

– 31 décembre –

Le pluralisme politique est officiellement instauré en Roumanie.

« Après des années de terreur et la chute des autres régimes de l’Est, les Roumains ont senti qu’en décembre 1989, s’ils risquaient quelque chose pour la liberté, ils pouvaient l’obtenir », conclut Radu Filipescu, un dissident contre Ceausescu.

AFP


Edito du Monde

M. Blair et l’Irak

Accordons un dernier sursis à Tony Blair : il doit témoigner début 2010, pas avant, sur la décision qu’il a prise, en 2003, d’entraîner la Grande-Bretagne aux côtés des Etats-Unis dans la guerre d’Irak. L’ancien premier ministre sera entendu par une commission gouvernementale chargée de faire la lumière sur cet épisode. Il pourra expliciter en détail ce qui l’a amené à « coller » à l’homme qui était alors à la Maison Blanche, George W. Bush. Mais, M. Blair n’a pu tenir sa langue. Il a déjà parlé.

Et ses premiers propos sont accablants.

Même s’il s’était avéré à l’époque que le dictateur irakien ne possédait pas d’armes de destruction massive (ADM), a confié M. Blair à la BBC, « j’aurais continué à penser qu’il était juste de le renverser ». Pour comprendre à quel point cette déclaration a stupéfié les Britanniques, il faut revenir en arrière. Fin 2002, début 2003, toute la machine de communication du gouvernement Blair est mobilisée sur un seul thème : Saddam Hussein a constitué un terrifiant arsenal d’ADM – chimique et peut-être même nucléaire – qu’il pourrait mettre à la disposition d’Al-Qaida. On est moins de deux ans après les attentats de New York et la menace irakienne est assénée à l’opinion de manière péremptoire. C’est sur cette seule nécessité de démanteler les ADM que la Chambre des communes autorise l’entrée en guerre du pays.

Or, les services britanniques avaient de sérieux doutes sur la réalité de ces fameuses ADM, qui se révéleront inexistantes. Mais rien n’en sera dit. C’est sur ce qui ressemble à un très gros mensonge que M. Blair entraîne la Grande-Bretagne dans la guerre ; un de ces mensonges qui devrait conduire un homme public à la retraite et à la méditation silencieuse sur les conséquences de ses actes. En l’espèce, une invasion qui, en mars 2003, renversa effectivement un effroyable dictateur, mais provoqua une non moins effroyable guerre civile, responsable de la mort de dizaines de milliers d’Irakiens (et de 179 Britanniques).

ADM ou non, argumente M. Blair à la BBC, Saddam représentait « une menace pour l’ensemble de la région ». Rien n’est plus faux. L’Irak était alors un pays exsangue, épuisé, neutralisé, sous embargo international. Bagdad n’avait rien à voir avec Al-Qaida. M. Blair a suivi M. Bush par obséquiosité, adhérant aux fariboles néoconservatrices sur l’exportation par les armes de la démocratie jeffersonienne dans le monde arabe… Erreur dramatique, historique. Et que l’on paye encore : la guerre en Irak s’est faite au détriment de la priorité qu’il eût fallu accorder à l’Afghanistan.

(Source : « Le Monde » (Quotidien – France), le 16 décembre 2009)


DOCUMENT

Un moment de vérité

Une parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la souffrance palestinienne

Par Maroun Lahham

Introduction

Nous, un groupe de Palestiniens chrétiens, après avoir prié, réfléchi et échangé devant Dieu sur l’épreuve que nous vivons sur notre terre, sous occupation israélienne, nous faisons entendre aujourd’hui notre cri, un cri d’espoir dans l’absence de tout espoir, uni à notre prière et à notre foi en Dieu qui veille, dans sa divine Providence, sur tous les habitants de cette terre. Nous inspirant du mystère de l’amour de Dieu pour tous et de celui de sa présence divine dans l’histoire des peuples et, plus particulièrement, dans celle de notre terre, nous voulons dire aujourd’hui notre parole, comme chrétiens et comme Palestiniens, une parole de foi, d’espérance et d’amour.

Pourquoi maintenant ? Parce que le drame du peuple palestinien est arrivé, aujourd’hui, à une impasse, et que ceux qui peuvent prendre les décisions se contentent de gérer le conflit au lieu d’agir sérieusement pour le résoudre. Cela remplit les coeurs des fidèles de peine et de questionnements : que fait la communauté internationale ? Que font les chefs politiques en Palestine, Israël et dans le monde arabe ? Et, que fait l’Eglise ? Car il ne s’agit pas simplement d’une question politique, mais, plutôt, d’une politique qui détruit la personne humaine. Et cela concerne l’Eglise.

Nous nous adressons à nos frères et soeurs dans nos Eglises ici, dans cette terre. De même que nous adressons notre appel, en tant que Palestiniens et en tant que chrétiens, à nos chefs religieux et politiques, à notre société palestinienne et à la société israélienne, aux responsables de la communauté internationale et à nos frères et soeurs dans les Eglises du monde.

1. La réalité

1.1 “Ils disent ‘Paix ! Paix !’ et il n’y a point de paix” (Jr 6,14). Tous en effet parlent de paix et de processus de paix au Moyen-Orient, alors que tout cela n’est jusqu’à maintenant que pures paroles. Alors que la réalité est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens, notre privation de notre liberté et tout ce qui en résulte :

1.1.1 Le mur de séparation, qui a été construit sur les terrains palestiniens, en a confisqué une grande partie, a converti nos villes et nos villages en prisons et en a fait des cantons séparés et dispersés. Gaza, après la guerre cruelle déclenchée par Israël en décembre 2008 et janvier 2009, continue à vivre dans des conditions inhumaines, sous embargo permanent et reste isolée géographiquement du reste des Territoires palestiniens.

1.1.2 Les colonies israéliennes qui nous dépouillent de notre terre, au nom de Dieu ou au nom de la force, contrôlent nos ressources naturelles, surtout l’eau et les terres agricoles, dont elles privent des centaines de milliers de Palestiniens. Elles sont aujourd’hui un obstacle face à toute solution politique

1.1.3 L’humiliation à laquelle nous sommes soumis chaque jour aux points de contrôle militaires, pour nous rendre à notre travail, à nos écoles ou à nos hôpitaux.

1.1.4 La séparation entre les membres d’une même famille, qui rend la vie familiale impossible pour des milliers de Palestiniens, lorsque l’un des époux n’est pas porteur d’une carte d’identité israélienne.

1.1.5 La liberté religieuse elle-même, à savoir la liberté d’accès aux lieux saints, devient limitée, sous prétexte de sécurité. Les lieux saints de Jérusalem sont inaccessibles à un grand nombre de chrétiens et de musulmans de la Cisjordanie et de Gaza. Les gens de Jérusalem eux-mêmes ne peuvent accéder à leurs lieux saints certains jours de fêtes, de même que certains de nos prêtres arabes ne peuvent entrer à Jérusalem sans difficultés.

1.1.6 Les réfugiés font partie de notre réalité. La plupart d’entre eux vivent encore dans les camps dans des situations difficiles inacceptables pour les êtres humains. Eux, qui ont le droit de retour, attendent ce retour depuis des générations. Quel sera leur sort ?

1.1.7 Les milliers de personnes détenues dans les prisons israéliennes font elles aussi partie de notre réalité. Les Israéliens remuent ciel et terre pour un seul prisonnier, mais ces milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes, quand verront-ils la liberté ?

1.1.8 Jérusalem est le coeur de notre réalité. Elle est en même temps symbole de paix et signe de conflit. Après que le “mur” a créé une séparation entre les quartiers palestiniens de la ville, les autorités israéliennes ne cessent de la vider de ses habitants palestiniens, chrétiens et musulmans. On leur confisque leur carte d’identité, c’est-à-dire leur droit de résider à Jérusalem. Leurs maisons sont démolies ou confisquées. Jérusalem, ville de la réconciliation, est devenue la ville de la discrimination et de l’exclusion, et donc source de conflit au lieu d’être source de paix.

1.2 Par ailleurs, Israël tourne en dérision le droit international et les résolutions internationales, avec l’impuissance du monde arabe comme de la communauté internationale face à ce mépris. Les droits de l’homme sont violés. Malgré les multiples rapports des organisations locales et internationales des droits de la personne, l’oppression continue.

1.2.1 Les Palestiniens de l’Etat d’Israël, tout en étant des citoyens ayant tous les droits et les devoirs que leur confère la citoyenneté, ont eux aussi subi une injustice historique et ne cessent de souffrir de politiques discriminatoires. Eux aussi attendent d’obtenir tous leurs droits et d’être traités à égalité avec tous les citoyens de l’Etat.

1.3 L’émigration est une autre dimension de notre réalité. L’absence de toute vision ou espoir de paix et de liberté a poussé les jeunes, chrétiens et musulmans, à émigrer. Le pays se voit ainsi privé de sa ressource la plus importante et la plus riche : une jeunesse instruite. La diminution du nombre de chrétiens, en particulier en Palestine, est une des graves conséquences de ce conflit, de l’impuissance et de l’échec aux niveaux local et international à trouver une solution globale au problème.

1.4 Face à cette réalité les Israéliens prétendent justifier leurs actes comme actes de légitime défense. C’est pourquoi l’occupation continue, de même que les punitions collectives et les représailles de toutes sortes contre les Palestiniens. C’est là, à notre avis, une vision renversée des choses. Oui, il y a une résistance palestinienne à l’occupation. Mais, précisément, s’il n’y avait pas d’occupation, il n’y aurait pas de résistance ; il n’y aurait eu non plus ni peur ni insécurité. Voilà ce que nous constatons, et nous appelons les Israéliens à mettre fin à l’occupation. Ils verront alors un nouveau monde, dans lequel il n’y a ni peur ni menaces, mais sécurité, justice et paix.

1.5 La riposte palestinienne face à cette réalité a revêtu de nombreuses formes. Certains ont choisi la voie des négociations : c’est là la position officielle de l’Autorité palestinienne. Mais cela n’a pas fait avancer le processus de paix. D’autres partis politiques ont eu recours à la résistance armée. Israël s’en est servi comme prétexte pour accuser les Palestiniens d’être des terroristes, ce qui lui a permis d’altérer la véritable nature du conflit, le présentant comme une guerre israélienne contre le terrorisme et non comme une résistance palestinienne légitime à l’occupation israélienne.

1.5.1 Le conflit interne entre les Palestiniens, ainsi que la séparation de Gaza du reste des territoires palestiniens n’ont fait qu’aggraver la tragédie. Il convient aussi de noter que bien que la division ait affecté les Palestiniens eux-mêmes, la responsabilité pèse pour beaucoup sur la communauté internationale, car elle a refusé d’accueillir positivement la volonté du peuple palestinien telle qu’elle a été exprimée avec les résultats des élections menées démocratiquement et légalement en 2006.

Encore une fois, nous proclamons que notre parole chrétienne, au milieu de toute notre tragédie, est une parole de foi, d’espérance et d’amour.

2. Une parole de foi

Nous croyons en Dieu, un Dieu bon et juste

2.1 Nous croyons en Dieu, un et unique, créateur de l’univers et de l’humanité, un Dieu bon, juste et aimant toutes ses créatures. Nous croyons que toute personne humaine est créée par Dieu à son image et à sa ressemblance. La dignité de l’être humain provient de celle de Dieu et elle est égale en toute personne humaine. Cela veut dire pour nous, ici et maintenant sur cette terre en particulier, que Dieu nous a créés non pour que nous nous disputions et nous affrontions, mais afin que nous nous connaissions et nous aimions les uns les autres, et pour édifier ensemble cette terre, par notre amour et notre respect mutuel.

2.1.1 Nous croyons en son Verbe éternel, son Fils unique notre Seigneur Jésus Christ, qu’il a envoyé comme Sauveur du monde.

2.1.2 Nous croyons en l’Esprit Saint qui accompagne l’Eglise et l’humanité dans leur cheminement. C’est lui qui nous aide à comprendre les Ecritures, dans les deux Testaments, formant une seule unité, ici et maintenant. C’est lui qui nous révèle la manifestation de Dieu à l’humanité, dans le passé, le présent et l’avenir.

Comment comprendre la Parole de Dieu ?

2.2 Nous croyons que Dieu a parlé à l’humanité, ici, dans notre pays : “Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les Prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles” (Hb 1, 1-2).

2.2.1 Nous, Palestiniens chrétiens, comme tout chrétien dans le monde, nous croyons que Jésus Christ est venu accomplir la Loi et les Prophètes. Il est l’alpha et l’oméga, le début et la fin. Illuminés par lui et guidés par le Saint Esprit, nous lisons les Ecritures, nous les méditons et nous les interprétons, comme le fit Jésus aux deux disciples d’Emmaüs : “Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait” (Lc 24,27).

2.2.2 Le Christ est venu proclamer que le Royaume de Dieu est proche. Il a provoqué une révolution dans la vie et la foi de l’humanité. Il nous a porté un “enseignement nouveau” (Mc 1,27) et une lumière nouvelle pour comprendre l’Ancien Testament et les principaux sujets qui y sont mentionnés et qui ont rapport avec notre foi chrétienne et notre vie quotidienne, tels les promesses, l’élection, le peuple de Dieu et la terre. Nous croyons que la Parole de Dieu est une parole vivante qui jette une lumière nouvelle sur chacune des périodes de l’histoire. Elle manifeste aux croyants ce que Dieu dit ici et aujourd’hui. C’est pourquoi il n’est pas permis de transformer la Parole de Dieu en lettres mortes qui défigurent l’amour et la Providence de Dieu dans la vie des peuples et des personnes. C’est là le défaut des interprétations bibliques fondamentalistes, qui nous portent la mort et la destruction lorsqu’elles figent la Parole de Dieu et la transmettent, comme parole morte, de génération en génération. Cette parole morte est utilisée comme une arme dans notre histoire présente, afin de nous priver de notre droit sur notre propre terre.

La vocation universelle de notre terre

2.3. Nous croyons que notre terre a une vocation universelle. Dans cette vision d’universalité, le concept des promesses, de la terre, de l’élection et du peuple de Dieu s’ouvrent pour embrasser toute l’humanité, à commencer par tous les peuples de cette terre. A la lumière des Ecritures Saintes nous voyons que la promesse de la terre n’a jamais été à la base d’un programme politique. Elle est plutôt une introduction au salut universel, et donc le début de la proclamation du Royaume de Dieu sur terre.

2.3.1 Dieu a envoyé à cette terre les patriarches, les prophètes et les apôtres porteurs d’un message universel. Aujourd’hui nous y constituons trois religions, le judaïsme, le christianisme et l’islam. Notre terre est terre de Dieu, comme l’est tout pays dans le monde. Elle est sainte par Sa présence en elle, car lui seul est le Très Saint et le sanctificateur. Il est de notre devoir, nous qui l’habitons, de respecter la volonté de Dieu sur elle et de la libérer du mal de l’injustice et de la guerre qui est en elle. Terre de Dieu, elle doit être terre de réconciliation, de paix et d’amour. Et cela est possible. Si Dieu nous a mis, deux peuples, dans cette terre, il nous donne aussi la capacité, si nous le voulons, d’y vivre ensemble, d’y établir la justice et la paix et d’en faire vraiment une terre de Dieu : “Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants” (Ps 24,1).

2.3.2 Notre présence, en tant que Palestiniens – chrétiens ou musulmans – sur cette terre n’est pas un accident. Elle a des racines profondes liées à l’histoire et à la géographie de cette terre, comme c’est le cas de tout peuple aujourd’hui qui vit sur sa terre. Une injustice a été commise à notre égard, lorsqu’on nous a déracinés. L’Occident a voulu réparer l’injustice qu’il avait commise à l’égard des juifs dans les pays d’Europe, et il l’a fait à nos dépens et sur notre terre. Il a ainsi réparé une injustice en en créant une autre.

2.3.3 De plus, nous voyons certains théologiens occidentaux vouloir donner eux aussi une légitimité théologique et scripturaire à l’injustice commise à notre égard. Selon leurs interprétations, les promesses sont devenues une “menace pour notre existence”, et la “bonne nouvelle” même de l’Evangile est devenue pour nous une “une annonce de mort”. Nous invitons ces théologiens à approfondir leur réflexion sur la Parole de Dieu et à rectifier leurs interprétations, de sorte à voir dans la Parole de Dieu une source de vie pour tous les peuples.

2.3.4 Notre lien avec cette terre est un droit naturel. Ce n’est pas seulement une question d’idéologie ou de théorie théologique. Pour nous, c’est une question de vie ou de mort. Certains ne sont pas d’accord avec nous, et nous traitent même en ennemis pour la seule raison que nous voulons vivre libres sur notre terre. Parce que Palestiniens, nous souffrons à cause de l’occupation de notre terre, et parce que chrétiens, nous souffrons des fausses interprétations de certains théologiens. Face à cela, notre rôle consiste à rester fidèles à la Parole de Dieu, source de vie, non de mort, et à conserver la“bonne nouvelle” comme elle est, “bonne” pour nous et pour tous les hommes. Face à ceux qui menacent notre existence comme Palestiniens, musulmans et chrétiens, par les Ecritures Saintes, nous renouvelons notre foi en Dieu, car nous savons que la Parole de Dieu ne peut pas être pour nous une source de mort.

2.4 Nous déclarons donc que le recours à l’Ecriture Sainte pour justifier ou soutenir des choix ou des positions politiques se fondant sur l’injustice, imposés par un homme à son prochain ou par un peuple à un autre, transforme la religion en idéologie humaine et prive la Parole de Dieu de sa sainteté, de son universalité et de sa vérité.

2.5 Nous déclarons également que l’occupation israélienne des Territoires palestiniens est un péché contre Dieu et contre la personne humaine, car elle prive les Palestiniens des droits humains fondamentaux que Dieu leur a accordés, et défigure l’image de Dieu dans les Israéliens – devenus occupants – comme dans les Palestiniens, soumis à l’occupation. Toute théologie qui prétend justifier l’occupation en se basant sur les Ecritures, la foi ou l’histoire est bien loin des enseignements chrétiens, car elle appelle à la violence et à la guerre sainte au nom de Dieu, le soumettant à des intérêts humains du “moment présent” et déformant son image dans les êtres humains qui subissent une injustice politique et théologique.

3. L’espérance

3.1 Bien qu’il n’y ait apparemment aucune lueur d’espoir, notre espérance reste ferme. La situation présente, en effet, n’annonce aucune solution proche, ni la fin de l’occupation qui nous est imposée. Les initiatives sont certes nombreuses, de même que les congrès, les visites et les pourparlers, mais tout cela n’est suivi d’aucun changement dans notre réalité et nos souffrances. Même la nouvelle position des Etats-Unis, annoncée par le président Obama, et sa volonté manifeste de mettre fin à ce drame, a été incapable d’y apporter un quelconque changement. La réponse israélienne, refusant catégoriquement toute solution, ne laisse aucune place à l’espoir. Malgré cela, notre espérance reste ferme, car nous la tenons de Dieu. Il est bon, tout-puissant et aimant. Sa bonté finira par vaincre un jour le mal dans lequel nous vivons. Saint Paul nous dit : “Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la nudité, les périls, le glaive ? Selon le mot de l’Ecriture : A cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour…. aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu” (Rm 8,31.35.36.39).

Que veut dire espérer ?

3.2 L’espérance qui est en nous signifie en tout premier lieu croire en Dieu et, deuxièmement, aspirer malgré tout à un avenir meilleur. Enfin, elle signifie ne pas fonder notre espoir sur des illusions, car nous savons que la solution n’est pas proche. Espérer veut dire être capable de voir Dieu au milieu de l’épreuve et d’agir avec son Esprit en nous. A partir de cette vision nous puisons la force pour persévérer, survivre et nous efforcer de changer notre réalité. Espérer veut dire ne pas se résigner devant le mal, mais dire non à l’oppression et à l’humiliation, et continuer à résister au mal. Nous ne voyons que destruction dans le présent et dans l’avenir ; nous voyons la tyrannie du plus fort et sa volonté d’imposer davantage de séparation raciste et de promulguer des lois qui bafouent notre dignité et notre existence. Nous voyons aussi perplexité et division parmi les Palestiniens. Cependant, si, aujourd’hui, nous résistons et agissons de toutes nos forces, peut-être que la ruine qui se dessine à l’horizon n’aura pas lieu.

Signes d’espérance

3.3 L’Eglise – ses chefs et ses fidèles – sur cette terre, montre de nombreux signes d’espérance, malgré sa faiblesse et ses divisions. Nos communautés paroissiales sont vivantes. Les jeunes y sont des messagers actifs pour la justice et la paix. Outre l’engagement des personnes, les institutions diverses des Eglises font de la présence chrétienne une présence active, de service, de prière et d’amour.

3.3.1 Parmi les signes d’espérance, il y a les nombreux centres locaux de théologie, qui ont un caractère social et religieux, dans toutes nos Eglises. Le caractère oecuménique, malgré certaines hésitations, se manifeste de plus en plus dans les rencontres entre les différentes familles d’Eglises.

3.3.2 Les nombreux dialogues interreligieux sont aussi autant de signes d’espérance, notamment le dialogue islamo-chrétien, au niveau des responsables comme au niveau d’une partie du peuple. Toutefois, il faut savoir que le dialogue est une longue marche et un effort qui se perfectionne jour après jour, en vivant les mêmes épreuves et les mêmes attentes. Le dialogue existe aussi entre les trois religions – judaïsme, christianisme et islam – et nombre d’autres dialogues ont lieu aux niveaux académique ou social. Tous ces dialogues s’efforcent d’abattre les murs qu’impose l’occupation et de s’opposer à la déformation de l’image de l’autre dans le coeur de ses frères et soeurs.

3.3.3 Parmi les signes les plus importants d’espérance, il faut mentionner la constance des générations qui croient à la justice de leur cause ainsi que la persévérance de la mémoire, qui n’oublie pas la catastrophe, “la nakba” et sa signification. La même prise de conscience est à l’oeuvre dans de nombreuses Eglises à travers le monde, qui désirent mieux connaître la vérité sur ce qui se passe ici.

3.3.4 De plus, nous voyons, chez beaucoup de gens, une détermination à dépasser les rancunes du passé. Ils sont prêts à la réconciliation une fois la justice rétablie. Le monde prend conscience de la nécessité de restaurer les droits politiques des Palestiniens. Des voix juives et israéliennes plaidant pour la paix et la justice s’élèvent à cette fin, soutenues aussi par la communauté internationale. Il est vrai que ceux qui sont pour la justice et la réconciliation restent impuissants à mettre fin à l’injustice. Ils représentent cependant une force humaine qui a son importance et pourrait abréger le temps de l’épreuve et rapprocher celui de la réconciliation.

Mission de l’Eglise

3.4 Notre Eglise est une Eglise d’hommes et de femmes qui prient et servent. Leur prière et leur service sont une prophétie qui porte la voix de Dieu dans le présent et l’avenir. Tout ce qui arrive dans notre pays et à toute personne humaine qui l’habite, toutes les épreuves et les espérances, toute injustice et tout effort pour l’arrêter, tout cela est une partie de la prière de notre Eglise et du service de toutes ses institutions. Nous remercions le Seigneur parce qu’elle élève sa voix contre l’injustice, bien que certains voudraient qu’elle reste dans son silence, isolée dans ses dévotions.

3.4.1 La mission de l’Eglise est une mission prophétique qui proclame la Parole de Dieu dans le contexte local et dans les événements quotidiens, avec audace, douceur et amour pour tous. Et si l’Eglise prend un parti, c’est celui de l’opprimé. Elle se tient à ses côtés, de même que Jésus s’est mis du côté du pauvre et du pécheur qu’il a appelé à se repentir, à vivre et à retrouver la dignité que Dieu lui a donnée et dont personne n’a le droit de le priver.

3.4.2 La mission de l’Eglise consiste à annoncer le royaume de Dieu, un royaume de justice, de paix et de dignité. Notre vocation comme Eglise vivante est de témoigner de la bonté de Dieu, et de la dignité de la personne humaine. Nous sommes appelés à prier et à élever notre voix pour annoncer une société nouvelle où les hommes croient en leur dignité et en celle de leur adversaire.

3.4.3 L’Eglise annonce le Royaume de Dieu, qui ne peut être lié à aucun régime terrestre. Jésus dit devant Pilate : “Oui, je suis roi, mais mon royaume n’est pas de ce monde” (cf. Jn 18,36.37). Saint Paul dit :“Le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint” (Rm 14,17). C’est pourquoi la religion ne soutient et ne défend aucun régime politique injuste. Elle soutient et défend la justice, la vérité et la dignité humaine et essaie de porter la purification nécessaire dans les régimes qui pratiquent l’injustice et violent la dignité de la personne humaine. Le royaume de Dieu ne peut être lié à aucun système politique, car il est plus grand, plus universel que tout système politique en particulier.

3.4.4 Jésus dit : “Le royaume de Dieu est parmi vous”(cf. Lc 17,21). Cette présence en nous et parmi nous est l’extension du mystère de la Rédemption et c’est la présence de Dieu parmi nous et le fait d’en prendre conscience en tout ce que nous faisons ou disons. Devant cette présence divine, nous agissons jusqu’à ce que soit accomplie la justice que nous attendons sur cette terre.

3.4.5 Les dures circonstances qu’a vécues et que vit encore notre Eglise palestinienne l’ont amenée à purifier sa foi et à mieux connaître sa vocation. Nous avons réfléchi sur notre vocation et nous l’avons mieux découverte au milieu de la souffrance et de l’épreuve : aujourd’hui nous portons en nous la force de l’amour, non pas celle de la vengeance ; la culture de la vie, non pas celle de la mort. Ceci est source d’espoir pour nous, pour l’Eglise et pour le monde.

3.5 La Résurrection est le fondement de notre espérance. Jésus est ressuscité, vainqueur de la mort et du mal. Ainsi pouvons-nous, nous aussi, et tous les habitants de cette terre, vaincre le mal de la guerre grâce à elle. Quant à nous, nous resterons une Eglise de témoins, persévérante et agissante sur la terre de la Résurrection.

4. L’amour

Le commandement de l’amour

4.1 Le Christ nous a dit : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés” (Jn 13,24). Il nous a déjà montré comment aimer et comment traiter nos ennemis. Il a dit : “Vous avez entendu qu’il a été dit : aimez vos amis et haïssez vos ennemis. Moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons et tomber la pluie sur les justes et injustes” (Mt 5,45-47).

Saint Paul dit : “Ne rendez pas le mal pour le mal”(Rm 12,17) et saint Pierre : « Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez au contraire, car c’est à cela que vous êtes appelés, afin d’hériter la bénédiction” (1P 3,9).

La résistance

4.2 Les paroles de Jésus sont claires. Aimer, voilà ce qu’il nous a donné comme commandement : aimer les amis et les ennemis. Voilà une directive claire, lorsque nous nous trouvons dans des circonstances dans lesquelles nous devons résister au mal, quel qu’il soit.

4.2.1 Aimer c’est voir le visage de Dieu en tout être humain. Toute personne est mon frère et ma soeur. Néanmoins, voir le visage de Dieu en toute personne ne veut pas dire consentir au mal ou à l’oppression de sa part. L’amour consiste plutôt à corriger le mal et à arrêter l’oppression.

L’injustice imposée au peuple palestinien, c’est-à-.dire l’occupation israélienne, est un mal auquel il faut résister. C’est un mal et un péché auquel il faut résister et qu’il faut écarter. Cette responsabilité incombe tout d’abord aux Palestiniens eux-mêmes qui subissent l’occupation. L’amour chrétien en effet appelle à la résistance à l’occupation, mais l’amour met fin au mal, en prenant les voies de la justice. Elle incombe ensuite à la communauté internationale, car la légitimité internationale gouverne aujourd’hui les rapports entre les peuples, et c’est en fin l’oppresseur lui-même qui doit se libérer du mal qui est en lui et de l’injustice qu’il exerce contre les autres.

4.2.2 Lorsque nous passons en revue l’histoire des peuples nous y trouvons des guerres fréquentes. Nous y trouvons la résistance à la guerre par la guerre, et à la violence par la violence. Le peuple palestinien a tout simplement pris la route de tous les peuples, surtout dans les premières phases de sa lutte contre l’occupation israélienne. Mais il a aussi résisté pacifiquement, notamment durant sa première intifada. Avec tout cela, nous voyons que tous les peuples doivent s’engager dans une nouvelle voie dans leurs rapports les uns avec les autres et pour la solution de leurs conflits : éviter les voies de la force militaire et recourir aux voies de la justice. Cela s’impose en premier lieu aux peuples puissants militairement qui exercent l’injustice à l’égard de peuples plus faibles.

4.2.3 Nous disons que notre option chrétienne face à l’occupation israélienne est la résistance ; c’est là un droit et un devoir des chrétiens. Or cette résistance doit suivre la logique de l’amour. Elle doit donc être créative, c’est-à-dire qu’il lui faut trouver les moyens humains qui parlent à l’humanité de l’ennemi lui-même. Le fait de voir l’image de Dieu dans le visage de l’ennemi même et de prendre des positions de résistance à la lumière de cette vision est le moyen le plus efficace pour arrêter l’oppression et contraindre l’oppresseur à mettre fin à son agression et, ainsi, atteindre le but voulu : récupérer la terre, la liberté, la dignité et l’indépendance.

4.2.4 Le Christ nous a donné un exemple à suivre. Nous devons résister au mal, mais il nous a enseigné de ne pas résister au mal par le mal. C’est un commandement difficile, surtout lorsque l’ennemi s’obstine dans sa tyrannie et persiste à nier notre droit à exister ici dans notre terre. C’est un commandement difficile. Mais c’est le seul qui peut tenir tête aux déclarations claires et explicites des autorités israéliennes refusant notre existence ou à leurs divers prétextes pour continuer à nous imposer l’occupation.

4.2.5 La résistance au mal de l’occupation s’insère donc dans cet amour chrétien qui refuse le mal et le corrige. C’est une résistance à l’injustice sous toutes ses formes et avec les moyens qui rentrent dans la logique de l’amour. Nous investissons toutes nos énergies pour faire la paix. Nous pouvons recourir à la désobéissance civile. Nous résistons, non par la mort, mais par le respect de la vie. Nous respectons et vénérons tous ceux qui ont donné leur vie pour la patrie. Et nous disons aussi que chaque citoyen doit être prêt à défendre sa vie, sa liberté et sa terre.

4.2.6 L’appel lancé par des organisations civiles palestiniennes, des organisations internationales, des ONG et certaines institutions religieuses aux individus, entreprises et Etats en faveur d’un boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation, s’insère dans la logique de la résistance pacifique. Ces campagnes de soutien et de solidarité doivent se faire avec courage, tout en proclamant sincèrement et clairement que leur but n’est pas de se venger de qui que ce soit, mais de mettre fin au mal qui existe, pour en libérer l’oppresseur et l’opprimé. L’objectif est d’affranchir les deux peuples des positions extrémistes des différents gouvernements israéliens, afin de parvenir enfin à la justice et à la réconciliation. Avec cet esprit et cette action, nous finirons par arriver à la solution tant attendue, comme cela s’est réalisé en Afrique du Sud et pour d’autres mouvements de libération dans le monde.

4.3 Par notre amour nous dépassons les injustices pour jeter les bases d’une nouvelle société, pour nous et pour nos adversaires. Notre avenir et le leur ne font qu’un : ou bien un cercle de violence dans lequel nous périssons ensemble, ou bien une paix dont nous jouissons ensemble. Nous invitons les Israéliens à renoncer à leur injustice à notre égard, à ne pas déformer la vérité de l’occupation en prétendant lutter contre le terrorisme. Les racines du “terrorisme” sont l’oppression de la personne humaine et le mal de l’occupation. Il faut que cela disparaisse si vraiment il y a une volonté sincère de mettre fin au “terrorisme”. Nous invitons les Israéliens à être partenaires de paix et non partenaires dans un cycle de violence sans fin. Ensemble, nous résistons au mal, celui de l’occupation, et celui du cycle infernal de la violence.

5. Appel à nos frères et soeurs dans la foi

5.1 Nous sommes aujourd’hui tous dans l’impasse, et nous nous trouvons face à un avenir menaçant. Notre parole à nos frères et soeurs dans la foi est une parole d’espoir, de patience, de persévérance, et d’un effort toujours renouvelé pour préparer un avenir meilleur. Une parole qui nous dit à tous : nous sommes, dans cette terre, porteurs d’un message, et nous continuerons à le porter, même entre les épines, le sang et les difficultés quotidiennes. Nous mettons notre espoir en Dieu. C’est lui qui nous accordera la paix à l’heure qu’il voudra. Mais en même temps nous agissons. Avec lui et selon sa volonté divine, nous continuons d’agir, de construire, de résister au mal et de rapprocher l’heure de la justice et de la paix.

5.2 Nous leur disons : C’est un temps de pénitence, qui nous ramène à la communion de l’amour avec tout souffrant, avec les prisonniers, les blessés, ceux qui ont été atteints d’un handicap pour un temps ou pour toujours, avec les enfants qui ne peuvent vivre leur enfance, avec tous ceux qui pleurent quelqu’un qui leur est cher. La communion de l’amour dit au croyant en esprit et en vérité : mon frère est prisonnier, je suis donc moi prisonnier. Mon frère a sa maison démolie, c’est ma maison qui est démolie. Mon frère a été tué, c’est moi qui ai été tué. Nous faisons face aux mêmes défis. Nous sommes partie prenante de tout ce qui s’est passé et se passe encore. Peut-être que nous nous sommes tus, nous, fidèles ou chefs d’Eglises, alors qu’il fallait élever la voix pour condamner l’oppression et partager l’épreuve. C’est maintenant un temps de pénitence, pour le silence, l’indifférence, le manque de communion, ou parce que nous n’avons pas été fidèles à notre témoignage dans cette terre alors nous avons choisi d’émigrer, ou parce que nous n’avons pas assez réfléchi et agi pour arriver à une vision nouvelle qui nous unit alors nous nous sommes divisés, donnant un contre témoignage, affaiblissant ainsi notre parole. Une pénitence, pour nous être préoccupés de nos institutions aux dépens de notre message, et pour cela nous avons fait taire la voix prophétique que l’Esprit donne aux Eglises.

5.3 Nous invitons les chrétiens à résister dans ces temps difficiles, comme nous l’avons fait à travers les siècles et la succession des Etats et des gouvernements. Soyez patients, constants, pleins d’espoir et remplissez de cet espoir le coeur de tout frère et de toute soeur qui partage avec vous la même difficulté. Soyez “toujours prêt à répondre à quiconque demande raison de l’espérance qui est en vous” (1P 3,15). Soyez toujours actifs, partageant tous les sacrifices que requiert la résistance selon la logique de l’amour, afin de triompher de l’épreuve que nous endurons.

5.4 Notre communauté est petite, mais notre mission est grande et importante. Le pays a un grand besoin d’amour. Notre amour est un message pour les musulmans, pour les juifs et pour le monde.

5.4.1 Notre message aux musulmans est un message d’amour et de convivialité et un appel à rejeter le fanatisme et l’extrémisme. C’est aussi un message pour le monde, pour lui dire que les musulmans ne sont pas un objet de combat ou un lieu de terrorisme, mais un but de paix et de dialogue.

5.4.2 Notre message aux juifs leur dit : “ Si, dans le passé récent, nous nous sommes combattus, et aujourd’hui encore nous ne cessons de nous combattre, nous sommes cependant capables d’amour et de vie ensemble, aujourd’hui et demain. Nous sommes capables d’organiser notre vie politique avec toutes ses complexités selon la logique et la force de l’amour, une fois l’occupation terminée et la justice rétablie.”

5.4.3 La parole de foi dit à tous ceux qui sont engagés dans l’action politique: l’homme n’est pas créé pour haïr. Il n’est pas permis de haïr. Il ne vous est pas permis de tuer ni de vous faire tuer. La culture de l’amour est la culture de l’acceptation de l’autre. Par elle, la personne atteint sa propre perfection, et la société réalise sa stabilité.

6. Appel aux Eglises du monde

6.1. Notre appel aux Eglises du monde est d’abord l’expression de notre reconnaissance pour leur solidarité, par leur parole, leur action et leur présence parmi nous. C’est une parole d’appréciation pour la position de plusieurs Eglises et chrétiens qui soutiennent le droit du peuple palestinien à son auto-détermination. C’est aussi un message de solidarité avec ces Eglises et ces chrétiens qui souffrent parce qu’ils défendent le droit et la justice.

Mais c’est aussi un appel à la conversion et à la révision de certaines positions théologiques fondamentalistes qui soutiennent des positions politiques injustes à l’égard du peuple palestinien. C’est un appel à prendre le parti de l’opprimé, à faire en sorte que la Parole de Dieu reste une annonce de bonne nouvelle pour tous, et à ne pas la transformer en une arme qui tue l’opprimé. La Parole de Dieu est une parole d’amour pour toutes ses créatures. Dieu n’est l’allié de personne contre personne. Il n’est pas non plus l’adversaire avec l’un face à l’autre. Il est le Seigneur de tous. Il aime tous, il demande justice à tous et il donne ses mêmes commandements à tous. C’est pourquoi nous demandons aux Eglises de ne pas donner une couverture théologique à l’injustice dans laquelle nous vivons, c’est-à-dire le péché de l’occupation qui nous est imposée. La question que nous adressons aujourd’hui à nos frères et soeurs dans toutes les Eglises est la suivante : pouvez-vous nous aider à retrouver notre liberté ? Ainsi seulement vous aiderez les deux peuples de cette terre à parvenir à la justice, à la paix, à la sécurité et à l’amour.

6.2 Pour comprendre notre réalité, nous disons aux Eglises : venez et voyez. Notre rôle consiste à vous faire connaître la vérité et à vous accueillir comme pèlerins qui viennent pour prier et remplir une mission de paix, d’amour et de réconciliation. Venez connaître les faits et découvrir les gens qui peuplent cette terre, Palestiniens et Israéliens.

6.3 Nous condamnons toute forme de racisme, religieux ou ethnique, y compris l’antisémitisme et l’islamophobie et nous vous invitons à condamner tout racisme et à vous y opposer fermement de quelque façon qu’il se manifeste. Avec cela, nous vous invitons à dire une parole de vérité et à prendre des positions de vérité en ce qui concerne l’occupation du Territoire palestinien par Israël. Et, comme nous l’avons déjà dit, nous voyons dans le boycottage et le retrait des investissements un moyen non violent pour atteindre la justice, la paix et la sécurité pour tous

7. Appel à la communauté internationale

Nous demandons à la communauté internationale de cesser la pratique “des deux poids deux mesures” et d’appliquer à toutes les parties les résolutions internationales qui ont trait à la question palestinienne. Car l’application de la loi internationale aux uns et sa non-application aux autres laisse la porte grande ouverte à la loi de la jungle. Cela justifie aussi les prétentions de groupes armés et de nombreux pays qui disent que la communauté internationale ne comprend que le langage de la force. Nous vous invitons aussi à écouter l’appel des organisations civiles et religieuses mentionnées plus haut pour commencer à appliquer à l’égard d’Israël le système des sanctions économiques et du boycott. Nous le répétons encore une fois, il ne s’agit pas de se venger, mais de parvenir à une action sérieuse pour une paix juste et définitive, qui mette fin à l’occupation israélienne des Territoires palestiniens et d’autres territoires arabes occupés, et qui garantisse la sécurité et la paix à tous

8. Appel aux chefs religieux juifs et musulmans

Nous adressons enfin un appel aux chefs religieux et spirituels, juifs et musulmans, avec qui nous partageons la même vision : toute personne humaine est créée par Dieu et tient de lui la même dignité. D’où l’obligation de défendre l’opprimé et la dignité que Dieu lui a accordée. Ainsi, nous nous élevons ensemble au-dessus des positions politiques qui ont échoué jusqu’à maintenant et continuent à nous mener dans les voies de l’échec et de l’épreuve. En effet, les voies de l’Esprit sont différentes de celles des pouvoirs de cette terre, car “les voies de Dieu sont toutes miséricorde et vérité” (Ps 25/24,10).

9. Appel à notre peuple palestinien et aux Israéliens

9.1 C’est un appel à voir le visage de Dieu en chacune de ses créatures, et à aller au-delà des barrières de la peur ou de la race, pour établir un dialogue constructeur, non pour persister dans des manoeuvres qui n’en finissent jamais et qui n’ont pour but que de maintenir la situation telle qu’elle est. Notre appel vise à parvenir à une vision commune bâtie sur l’égalité et le partage, non sur la supériorité, ni sur la négation de l’autre ou l’agression, sous prétexte de peur et de sécurité. Nous disons que l’amour est possible et que la confiance mutuelle est possible. Donc, la paix aussi est possible, tout comme la réconciliation définitive. Ainsi la sécurité et la justice pour tous se réaliseront-elles.

9.2 Le domaine de l’éducation est important. Il faut que les programmes d’éducation fassent connaître l’autre tel qu’il est et non à travers le prisme de la querelle, de l’hostilité ou du fanatisme religieux. En fait, les programmes de l’éducation religieuse et humaine sont aujourd’hui empreints de cette hostilité Il est temps de commencer une éducation nouvelle qui fait voir le visage de Dieu dans l’autre et qui dit que nous sommes capables de nous aimer les uns les autres et de construire ensemble notre avenir de paix et de sécurité.

9.3 Le caractère religieux de l’Etat, qu’il soit juif ou musulman, étouffe l’Etat, le tient prisonnier dans des limites étroites, en fait un Etat qui préfère un citoyen à l’autre et pratique l’exclusion et la discrimination entre ses citoyens. Notre appel aux juifs et aux musulmans religieux est le suivant : que l’Etat soit pour tous ses citoyens, bâti sur le respect de la religion, mais aussi sur l’égalité, la justice, la liberté et le respect du pluralisme, non sur la domination du nombre ou de la religion.

9.4 Aux dirigeants palestiniens, nous disons que les divisions internes ne font que nous affaiblir et augmenter nos souffrances, alors que rien ne les justifie. Pour le bien du peuple, qui passe avant celui des partis, il faut y mettre fin. Nous demandons à la communauté internationale de contribuer à cette union et de respecter la volonté du peuple palestinien librement exprimée.

9.5 Jérusalem est la base de notre vision et de toute notre vie. Elle est la ville à laquelle Dieu a donné une importance particulière dans l’histoire de l’humanité. Elle est la ville vers laquelle tous les peuples s’acheminent et où ils se rencontrent dans l’amitié et l’amour en présence du Dieu un et unique, selon la vision du prophète Esaïe : “Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Dieu sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle…. Il jugera entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre” (Is 2, 2-5).

C’est sur cette vision prophétique et sur la légitimité internationale concernant l’ensemble de Jérusalem – habitée aujourd’hui par deux peuples et trois religions – que doit se fonder toute solution politque. C’est le premier point à traiter dans les pourparlers, car la reconnaissance de sa sainteté et de sa vocation sera une source d’inspiration pour la résolution de l’ensemble du problème, qui relève de la confiance mutuelle et de la capacité à construire une “nouvelle terre” sur cette terre de Dieu.

Espérance et foi en Dieu

10. En l’absence de tout espoir, nous faisons entendre aujourd’hui notre cri d’espérance. Nous croyons en un Dieu bon et juste. Nous croyons que sa bonté finira par triompher sur le mal de la haine et de la mort qui règnent encore sur notre terre. Et nous finirons par entrevoir une “terre nouvelle” et un “homme nouveau”, capable de s’élever par son esprit jusqu’à l’amour de tous ses frères et soeurs qui habitent cette terre.

•Sa Béatitude le Patriarche Michel Sabbah

•Sa Grace l’Évêque Dr. Munib Younan

•Son Éminence l’Archevêque Atallah Hanna

•Rev. Dr Jamal Khader

•Rev. Dr Rafiq Khoury

•Rev. Dr Mitri Raheb

•Rev. Dr Naim Ateek

•Rev. Dr Yohana Katanacho

• Rev. Fr Fadi Diab

•Dr Jiries Khoury

•Mme Sider Daibes

•Mme Nora Kort

•Mme Lucy Thaljieh

•Mr Nidal Abu Zulof

•Mr Yusef Daher

•Mr Rifat Kassis – Coordinateur de l’initiative

 

 

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