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C.R.L.D.H. Tunisie
ComitĂ© pour le Respect des LibertĂ©s et des Droits de lâHomme en Tunisie
membre du RĂ©seau Euro-mĂ©diterranĂ©en des Droits de lâHomme
21ter rue Voltaire â FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34
crldht@gmail.com / www.crldht.org
Extension du domaine de la rĂ©pression et adoption dâune nouvelle lĂ©gislation liberticide en Tunisie
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Au lendemain du Conseil dâAssociation entre lâUnion EuropĂ©enne (UE) et la Tunisie du 11 mai 2010, et alors que se poursuivent les discussions sur le rehaussement (« statut avancé ») des relations entre lâUE et la Tunisie, un projet de loi adoptĂ© en conseil des ministres sous la prĂ©sidence du Chef de lâEtat le 19 mai 2010, cible en prioritĂ© les dĂ©fenseurs des droits humains et plus particuliĂšrement celles et ceux dâentre eux qui entretiennent des relations avec les institutions de lâUE et avec les parlementaires europĂ©ens.
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I â Objectif, prĂ©texte et cibles prioritaires de lâamendement de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien
ĂÂ LâOBJECTIF
Lâamendement scĂ©lĂ©rat de lâarticle 61bis du Code PĂ©nal vise Ă criminaliser « tous contacts avec des parties Ă©trangĂšres pour inciter Ă porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. Sont considĂ©rĂ©s comme intĂ©rĂȘts vitaux du pays, tout ce qui touche Ă sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique ». Avec lâobjectif dĂ©clarĂ© de faire taire tous ceux, en Tunisie et Ă lâĂ©tranger, qui critiquent le bilan du pays, en particulier en matiĂšre de droits humains, politiques, Ă©conomiques et sociaux  et de verrouillage institutionnel et antidĂ©mocratique.
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ĂÂ LE PRETEXTE
Les difficultĂ©s rencontrĂ©es par lâEtat tunisien pour imposer, à « lâesbroufe » et « au moindre coĂ»t », lâaccĂšs de la Tunisie au « statut avancé » dans ses relations avec lâUnion EuropĂ©enne.
Les adversaires visĂ©s par le pouvoir tunisien sont accusĂ©s dâavoir « appelĂ© au boycott du tourisme tunisien », de sâĂȘtre toujours opposĂ© Ă lâaccord dâassociation entre lâUE et la Tunisie, et surtout dâavoir menĂ© campagne contre lâobtention de ce « statut avancé » tant convoitĂ©. Les deux premiĂšres de ces accusations sont dĂ©libĂ©rĂ©ment mensongĂšres et la troisiĂšme constitue une flagrante dĂ©formation de la rĂ©alitĂ©. La position des organisations de dĂ©fense des droits humains a Ă©tĂ©, depuis plusieurs mois, non de sâopposer par principe au renforcement du statut de la Tunisie â dont lâenjeu principal procĂšde surtout de lâimage et du prestige politiques ainsi que de lâespoir dâune plus grande attractivitĂ© des investissements Ă©trangers â mais de veiller Ă ce que cela ne se fasse pas de façon bĂąclĂ©e au terme de quelques semaines de forcing diplomatique et surtout que ce renforcement ne se rĂ©alise pas, comme le voudraient les autoritĂ©s tunisiennes, au « moindre coĂ»t » sâagissant des rĂ©formes politiques effectives Ă entreprendre conformĂ©ment aux engagements souscrits.
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ĂÂ LâIMPOSTURE
La comparaison et lâanalogie abusives avec « les lĂ©gislations de pays de tradition dĂ©mocratique », lâaccent Ă©tant mis sur les dispositions de lâancien Code pĂ©nal français en faisant rĂ©fĂ©rence Ă lâarticle 80 (ordonnance n° 60-529 du 4juin 1960) devenu, en rĂ©alitĂ©, obsolĂšte depuis la promulgation, aprĂšs la rĂ©forme de 1994, de lâarticle 410-1 qui nâest en rien comparable au nouvel amendement scĂ©lĂ©rat de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien.
Ă LES CIBLES PRIORITAIRESÂ :
o  Les principaux « traitres » désignés en Tunisie à la vindicte par une Campagne de presse officielle hystérique et haineuse : KAMEL JENDOUBI, président du REMDH ; SIHEM BEN SEDRINE, porte parole du CNLT, KHEMAIS CHAMMARI, membre honoraire du REMDH et ancien vice-président de la FIDH,OMAR MESTIRI, du journal « Kalima » en ligne et de « Radio Kalima ».
o  Les grandes OING des droits de lâhomme : Amnesty International, FIDH, REMDH, OMCT, Observatoire pour la protection des dĂ©fenseurs des droits de lâhomme, HRW, RSF, IFEX-TMG, Freedom House, etc.
o  Le ComitĂ© pour le Respect des droits de lâhomme et des libertĂ©s en Tunisie (CRLDHT) et la LTDH.
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ĂÂ UNE CAMPAGNE MEDIATIQUE HAINEUSE
Quatre jours avant la tenue du conseil des ministres du 19 mai qui a approuvĂ© le projet, une nouvelle offensive de la presse aux ordres et ses « organes de caniveaux » a Ă©tĂ© entamĂ©e. Elle sâest poursuivie tout au long des quatre derniĂšres semaines ciblant les dĂ©fenseurs ci-dessus Ă©voquĂ©s et mettant ouvertement lâaccent sur leurs responsabilitĂ©s prĂ©sumĂ©es dans « lâĂ©chec des nĂ©gociations concernant le « statut avancé » dans les relations avec lâUnion EuropĂ©enne ».
Une trentaine dâarticles injurieux et diffamatoires ont Ă©tĂ© publiĂ©s ainsi que plusieurs Ă©missions et chroniques Ă la radio et deux Ă©missions sur les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision officielles
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ĂÂ UN LARGE MOUVEMENT DE PROTESTATION
o  Le 21 mai 2010, communiquĂ© commun de lâObservatoire pour la protection des dĂ©fenseurs des droits de lâhomme (programme conjoint FIDH-OMCT)et du REMDH : « Tandis quâils discutent du rehaussement de ses relations avec lâUnion EuropĂ©enne, dans le cadre de la Politique EuropĂ©enne de Voisinage, le gouvernement tunisien prĂ©pare une nouvelle lĂ©gislation qui portera un nouveau coup aux droits de lâhomme dans le pays ».
 http://fr.euromedrights.org;http://www.fidh.org;http://www.omct.org
o  CommuniquĂ© du 21 mai du ComitĂ© pour le respect des libertĂ©s et des droits de lâhomme en Tunisie (CRLDHT) : « Sous couvert de pĂ©naliser lâatteinte aux intĂ©rĂȘts vitaux (Ă©conomiques) de lâEtat, le pouvoir tunisien veut criminaliser la critique de sa politique rĂ©pressive. crldht@gmail.com et www.crldht.org
o  Action urgente Amnesty International du 28 mai 2010 : « Tunisie, une loi pour faire taire ceux qui critiquent le gouvernement, le gouvernement tunisien a proposĂ© des modifications du code pĂ©nal destinĂ©es Ă faire taire ceux qui critiquent le bilan du pays en matiĂšre de droits humains, en Tunisie et Ă lâĂ©tranger ».www.amnesty.org (MDE 30/012/2010)
o  Groupe dâobservation de la Tunisie (TMG/IFEX) communiquĂ© du 7 juin 2010 http://ifex.org/tunisia/tmg/
o  CommuniquĂ© du comitĂ© directeur de la ligue tunisienne des droits de lâhomme du 29 mai 2010 et communiquĂ© de 17 prĂ©sidents de section de la LTDH du 22 mai 2010.
o  Communiqué CNLT du 24 mai 2010
o  Communiqué Observatoire tunisien des libertés et des droits syndicaux, 20 mai 2010
o  CommuniquĂ© Association « LibertĂ© et Ă©quité » – Tunisie du 23 mai 2010
o  Communiqué AISPP Tunisie du 23 mai 2010
o  Tunisia watch du 29 mai 2010
o  A ces prises de position associatives sâajoutent, en Tunisie, les prises de position de protestation et de critique des partis suivants et de leurs organes :
§ PDP et « Al Maouquef »
§ Mouvement At-Tajdid et « Attariq Al Jadid »
§ « Mouatinoun », organe du FDTL
§ « Al Badil » organe du PCOT en ligne
§ CongrÚs pour la République (CPR)
§ Mouvement An Nahdha
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II â Le pouvoir tunisien persiste et signe
Quatre semaines aprĂšs lâadoption en Conseil des ministres du projet de loi portant amendement de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien, les dispositions pour la prĂ©sentation de ce texte devant la chambre dâenregistrement qui tient lieu de parlement en Tunisie vont bon train. Par des « fuites calculĂ©es » la presse aux ordres Ă dâores et dĂ©jĂ annoncĂ© quâil Ă©tait peu probable que lâamendement projetĂ© soit prĂ©sentĂ© pour avis au Conseil Ă©conomique et social. Pour formel que soit cet avis, ainsi dâailleurs que celui du Conseil constitutionnel, cet empressement est rĂ©vĂ©lateur des conditions dans lesquelles le pouvoir veut faire adoptĂ© cette nouvelle loi scĂ©lĂ©rate et liberticide.
Le CRLDHT, qui se fĂ©licite des prises de position de protestation Ă lâĂ©gard de ce projet de loi des grandes organisations internationales et rĂ©gionales de dĂ©fense des droits humains et de lâensemble des composantes des associations autonomes tunisiennes et des partis de lâopposition non asservie, rĂ©itĂšre avec force les termes de son communiquĂ© du 21 mai 2010.
Face au pouvoir tunisien qui persiste et signe par la voie de ses plus hauts caciques et dignitaires (cf. les dĂ©clarations pour le moins intempestives du grand chambellan du palais Mr Abdelaziz Ben Dhia), il est urgent que se multiplient, par delĂ les communiquĂ©s dont lâimportance est rĂ©elle, des initiatives concrĂštes pour dĂ©noncer la supercherie lĂ©gislative qui se prĂ©pare et la campagne hystĂ©rique et haineuse lancĂ©e depuis la mi-mai.
Le CRLDHT saisit lâoccasion de la publication de la prĂ©sente note de synthĂšse pour rappeler les faits suivants :
Ă La formulation dĂ©finitive de lâamendement projetĂ© nâa jusquâici pas Ă©tĂ© rendu public. Un mois aprĂšs lâadoption en conseil des ministres, la seule rĂ©fĂ©rence demeure le communiquĂ© publiĂ© Ă lâissue de ce conseil. En attendant lâexposĂ© des motifs de la loi en gestation et la formulation qui sera prĂ©sentĂ©e au parlement, la seule rĂ©fĂ©rence est donc celle prĂ©voyant de « sanctionner tout tunisien qui Ă©tablit dĂ©libĂ©rĂ©ment des contacts avec des parties Ă©trangĂšres pour inciter Ă porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. Sont considĂ©rĂ©s comme intĂ©rĂȘts vitaux du pays tout ce qui touche Ă sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique ».
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Ă Au-delĂ de ces outrances des anathĂšmes et des injures, la violente campagne de presse qui sâest dĂ©veloppĂ©e depuis la mi-mai a mis ouvertement en cause ceux qui ont « exigĂ© des instances europĂ©ennes de soumettre lâoctroi du « statut avancé » aux relations Tunisie â UE Ă des conditions mettant en cause la souverainetĂ© nationale et portant prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts fondamentaux du pays ».
« Visiblement â peut-on lire dans lâun de ces articles indigne publiĂ© dans le quotidien gouvernemental « la Presse » – les efforts soutenus de la Tunisie, ses prĂ©tentions lĂ©gitimes dâaccĂ©der au « statut avancé »dans le cadre de son partenariat avec lâUE dĂ©plaisent Ă ces prĂ©dateurs Ă lâaffĂ»t, obsessionnellement tournĂ© vers la diffamation et la calomnie. Les dĂ©sinformateurs et les manipulateurs du REMDH, rĂ©unis rĂ©cemment Ă Madrid[1], ont profitĂ© de lâaubaine pour assĂ©ner des allĂ©gations fantaisistes. La mission, truffĂ©e de complaisance et de contre-vĂ©ritĂ©s Ă©tait donc claire : flĂ©trir lâimage rayonnante dâun pays qui Ă©merge. Tous les reprĂ©sentants du REMDH sây dĂ©dient (âŠ) ces Ă©nergumĂšnes obnubilĂ©s, affairĂ©s Ă exploiter leurs fonds de commerce Ă travers la formulation de « recommandations » thĂ©matiques relatives aux domaines des rĂ©formes dĂ©mocratiques et des libertĂ©s fondamentales, nâont ni lâinitiative ni le contrĂŽle de ce qui se joue sur le pourtour mĂ©diterranĂ©en. Ils ne sont que des pions sur lâĂ©chiquier de certains agendas pour le moins rĂ©ducteurs et dĂ©magogiques et de certains partis Ă©trangers, soucieux de la pĂ©rennitĂ© de leur idĂ©ologie politique, dâailleurs fortement sabordĂ©e Ă force de fabriquer des faux profils de « militants des droits de lâhomme » dâarchaĂŻsme politique et de propagande mensongĂšres Ă lâencontre des pays amis ».
Cette citation est dâautant plus rĂ©vĂ©latrice quâelle est publiĂ©e dans lâorgane officiel du gouvernement. Lâactuelle campagne est en effet sortie du cadre pestilentiel de la presse de caniveau, le quotidien « As-Sabah » – propriĂ©tĂ© du gendre du Chef de lâEtat â et « La Presse » y apportant une contribution qui nâhonore ni ses auteurs ni leurs Ă©diteurs.
Câest par le mĂ©pris que le CRLDHT a dĂ©cidĂ© de traiter les propos courtisans, diffamatoires, dâinjures et de dĂ©lation de tous les propagandistes du pouvoir et de son opposition asservie.
Ă Se rĂ©fĂ©rant à lâanalyse avisĂ©e que vient de publier notre ami juriste Houcine Bardi sur le projet de loi scĂ©lĂ©rat Ă©laborĂ© dans les officines du pouvoir, il est important de tordre le cou Ă un argument Ă©voquĂ© avec insistance par certain thurifĂ©raires besogneux de la propagande officielle tunisienne. Soucieux de justifier le recours aux nouvelles dispositions liberticides, ces propagandistes oubliant leur profession de foi enflammĂ©es sur le refus de « tout mimĂ©tisme Ă lâĂ©gard de lâoccident », se rĂ©fĂšrent notamment aux dispositions du code pĂ©nal français pour nous expliquer que la volontĂ© du lĂ©gislateur tunisien procĂšde dâun « patriotisme Ă©conomique qui existe en France » et qui trouve son expression, selon leurs dires, dans lâarticle 80 du code pĂ©nal français.
Or, cet article 80 (Ordonnance n° 606529 du 4 juin 1960) prĂ©voit dans son alinĂ©a 3 la dĂ©tention criminelle Ă lâĂ©gard de quiconque « entretiendra avec les agents dâune puissance Ă©trangĂšre des intelligences de nature Ă nuire Ă la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels ». Nous sommes loin du cas de figure du « dĂ©lit dâopinion » envisagĂ© par lâamendement tunisien.
Mais de surcroit â et lâimposture est dĂ©libĂ©rĂ©e â cet article 80 est aujourdâhui obsolĂšte puisquâil a Ă©tĂ© remplacĂ©, lors de la rĂ©forme de 1994, par lâarticle 410-1 du nouveau Code pĂ©nal français qui dispose : « les intĂ©rĂȘts fondamentaux de la Nation sâ entendent au sens du prĂ©sent titre, de son indĂ©pendance, de lâintĂ©gritĂ© de son territoire, de sa sĂ©curitĂ©, de la forme rĂ©publicaine de ses institutions, des moyens de sa dĂ©fense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et Ă lâĂ©tranger, de lâĂ©quilibre de son milieu naturel et de son environnement et des Ă©lĂ©ments essentiels de son potentiel scientifique et Ă©conomique et de son patrimoine culturel ».
Il sâagit Ă lâĂ©vidence dâactes concrets dâintelligence, au sens de la trahison et de lâespionnage et non de sanction pĂ©nale contre des critiques et des opinions lĂ©gitimes qui sont protĂ©gĂ©es et garanties, notamment, par lâarticle 8 de la Constitution tunisienne et par lâarticle 19 du pacte international des droits civils et politiques.
A noter, dâailleurs, que le Code pĂ©nal tunisien prĂ©voit explicitement des sanctions pour les « attentats contre la suretĂ© extĂ©rieure de lâEtat dans les cas de figure retenu par les articles 60 Ă 62 bis.
Le subterfuge lĂ©gislatif entĂ©rinĂ© par le Conseil des ministres du 19 mai 2010 nâest en rien comparable aux dispositions du Code pĂ©nal des pays Ă traditions dĂ©mocratiques.
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Ă A signaler enfin, deux articles[2] parus lâun en Belgique et lâautre en Espagne :
o  Dans « Le Soir » de Bruxelles lâarticle de Baudouin Loos intitulĂ© « Tunisie â Toujours la question des droits humains â Le parlement va Ă©largir le champ de la rĂ©pression ».
o  LâĂ©ditorial du quotidien espagnol « El Pais » du dimanche 30 mai 2010 intitulé : « ChĂšque en blanc Ă Tunis ».
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[1] Par rĂ©fĂ©rence Ă la rĂ©union et aux activitĂ©s fin avril du Groupe de Soutien Tunisie du REMDH auxquels câest dâailleurs rĂ©fĂ©rĂ© lâĂ©ditorial dâEl Pais, du dimanche 30 mai 2010 affirmant « RĂ©unis Ă Madrid au mois dâavril, ceux-ci ont demandĂ© Ă lâEurope de sâabstenir de resserrer dâavantage les liens avec le rĂ©gime tunisien tant quâil nâaura pas accompli de progrĂšs substantiel sur le plan dĂ©mocratique. En clair, accorder le statut de « partenaire avancé » Ă la Tunisie et Ă dâautres pays associĂ©s du Sud sans contre partie câest leur signer un chĂšque en blanc pour maintenir leur systĂšme politiques en totales opposition avec les principes europĂ©ens » (traduction de lâespagnol par Abdelatif Ben Salem, publiĂ©e par Tunisnews)
[2] Deux de nos amis explicitement et nommément visés aux cÎtés de Kamel Jendoubi par cette campagne ont publié des commentaires dans la presse tunisienne et sur des sites internationaux :
– Sihem Ben SĂ©drine  « Adresse au patron des services spĂ©ciaux et Ă son adjoint, le ministre de la propaganda â Votre acharnement nous honore » (repris par Tunisnews et plusieurs journaux et sites)
– Slah Jourchi a publiĂ© dans « Swiss info » (repris par Tunisnews) un article oĂč il a recueilli les commentaires de KhĂ©maĂŻs Chammari, de Salah Zeghidi, de Burhan Bsaiess et de Ziad Doulatli (En-Nahdha)
– KhĂ©maĂŻs Chammari a donnĂ© trois interviews, à « Al mawqaf » du vendredi 28 mai 2010 (N° 548), Ă la tĂ©lĂ©vision hollandaise le 25 mai 2010 recueillie par Ismael Dbara et Ă Radio Monte Carlo Doualya. Il a publiĂ© dans Tunisnews une rĂ©ponse Ă Salah Zeghidi intitulĂ©e « une crise de sens ⊠et de bon sens »
– Enfin, Houcine Bardi a accordĂ©, concernant ce projet de loi  deux interviews à « Al Jazira » le 21 mai 2010 et Ă Medi1Sat (Maroc) le 23mai..
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EXTENSION DU DOMAINE DE LA RĂPRESSION          Libres propos sur une rĂ©forme annoncĂ©e de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien
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« Tout chĂątiment qui ne dĂ©coule pas dâune nĂ©cessitĂ© absolue, dit le grand Montesquieu, est tyrannique, proposition quâon peut gĂ©nĂ©raliser en disant : tout acte dâautoritĂ© dâhomme Ă homme qui ne dĂ©rive pas dâune nĂ©cessitĂ© absolue est tyrannique. Le droit quâa le souverain de punir les dĂ©lits est donc fondĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre contre les usurpations particuliĂšres le dĂ©pĂŽt constituĂ© pour le salut public. Et les peines sont dâautant plus justes que la sĂ»retĂ© est plus sacrĂ©e et inviolable, et plus grande la libertĂ© que le souverain laisse Ă ses sujets. » BECCARIA, Des dĂ©lits et des peines, (publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1764 !) GF Flammarion, p. 63. Houcine BARDI Ă lâimage de tous les Etats soucieux de prĂ©server lâintĂ©gritĂ© de leur territoire national, et de lutter contre la trahison et lâespionnage, la Tunisie a prĂ©vu la rĂ©pression de tels crimes dans le Livre deuxiĂšme, Titre premier, Chapitre premier, de son Code pĂ©nal, intitulĂ© « Attentats contre la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de lâĂtat », composĂ© des articles : 60, 60 bis, 60 ter, 61, 61 bis, 61 ter, 61 quater, et 62 et 62 bis. Lâarticle 61 bis dont il sera question dans le prĂ©sent papier est prĂ©cĂ©dĂ© dâun article 61 (trahisonâŠ) et suivi de deux autres articles : 61 ter (divulgation des secrets de la dĂ©fense, destruction du matĂ©riel, documents ou renseignements affĂ©rents au secret de la dĂ©fenseâŠ), et 61 quater (espionnageâŠ). Rien de plus normal et de plus lĂ©gitime, dira-t-on non sans raison, quâun Etat-nation puisse prĂ©voir de telles dispositions rĂ©pressives et agisse dans le sens de la prĂ©servation des « intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation » (on reviendra plus tard sur cette notion introduite par le lĂ©gislateur français). Câest le devoir premier de tout gouvernement que de veiller, dans le cadre de ses fonctions rĂ©galiennes, Ă la sauvegarde de tous les attributs de la souverainetĂ© nationale, malmenĂ©es de plus en plus par la globalisation avec ses deux facettes capitaliste et altermondialisteâŠÂ Ce principe Ă©tant fermement posĂ©, voyons en quoi lâagitation politico-mĂ©diatique officielle, en rapport avec la rĂ©forme annoncĂ©e de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal, nâest autre quâune Ă©niĂšme manĆuvre politicienne (coercitive) se dissimulant derriĂšre le paravent de la lĂ©galitĂ© en vue de contraindre au silence les voix (dĂ©mocratiques) dissidentes qui, dans un contexte de fermeture quasi-hermĂ©tique des espaces publics nationaux (rĂ©els tout autant que virtuels), recourent aux espaces supranationaux pour exprimer leurs exigences â« inaudibles », hĂ©las, dans le cadre Ă©tatiqueâ relatives Ă la dĂ©mocratisation, Ă lâEtat de droit, au respect des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales, Ă la bonne gouvernance, Ă lâindĂ©pendance et lâimpartialitĂ© du systĂšme judiciaire, etc. Nous Ă©voquerons dans un premier temps le contexte se trouvant Ă lâorigine de cette nouvelle initiative lĂ©gislative (I). Nous nous attacherons, dans un second temps, Ă prĂ©ciser le sens du texte visĂ© par la rĂ©forme annoncĂ©e (II). Le troisiĂšme temps de ces « libres-propos » sera consacrĂ© au rapprochement comparatif dâavec le droit français, qui semble servir de « modĂšle » aux supporters de lâextension du domaine de la rĂ©pression (II). Enfin, nous conclurons ce papier par un « exposĂ© des motifs » de la future loi (IV). I. LE CONTEXTE Â
Tout texte (a fortiori juridique) suppose un contexte. Les hermĂ©neutes, et les philologues avant eux, nous lâont souvent rĂ©pĂ©tĂ©, eux qui nous ont « outillĂ©s » pour en comprendre le sens, lâarticulation, et les liens prĂ©sumĂ©s de cause Ă effet entre les deux. Toute « offre lĂ©gislative » doit, en principe, correspondre Ă une demande sociale dâencadrement juridique qui peut prendre la forme dâune revendication adossĂ©e Ă des forces sociales (Ă©conomiques, financiĂšres, politiques, etc.) qui la soutiennent. Elle peut Ă©galement consister en une anticipation, voire mĂȘme une accĂ©lĂ©ration, de lâĂ©volution sociale dans le cadre dâune politique volontariste, tel quâa su remarquablement le faire, par exemple, Bourguiba en promulguant le Code du statut personnel. Câest lâantagonisme classique entre le Droit reflet de la sociĂ©tĂ© ou moteur de son Ă©volution. Les « Forces crĂ©atrices du droit » (G. Ripert) ne peuvent dĂ©ployer leur Ă©nergie « crĂ©atrice » (ou destructrice⊠des acquis sociaux, par exemple) que dans le cadre dâune sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique qui garantit la libre expression de la pluralitĂ© des droits et des intĂ©rĂȘts. LâĂtat quant Ă lui (du moins selon la conception bourgeoise) doit veiller Ă la coexistence pacifique des intĂ©rĂȘts et droits antagoniques. Tel est, grossiĂšrement, le schĂ©ma thĂ©orique du mode de production lĂ©gislatif au sein dâun Etat de droit dĂ©mocratique (inputs-outputs). Nous verrons dans ce qui va suivre que ce « modĂšle » est fort loin de ce quâun idĂ©ologue du rĂ©gime tunisien appelle « le schĂ©ma dâanalyse stratĂ©gique » (des processus de gouvernement) et qui nâest rien moins quâune lĂ©gitimation (thĂ©orique) du phĂ©nomĂšne autoritaire en matiĂšre de gouvernance : « La logique du modĂšle dâanalyse stratĂ©gique est diffĂ©rente du modĂšle inputs-outputs. Il en est presque le contraire. Ce qui ne veut nullement dire que celui-ci invalide celui-lĂ ou minimise de son importance, mais simplement quâil se soucie dâune meilleure adĂ©quation en rapport avec des rĂ©gimes non concurrentiels, ou moins concurrentiels, dits rĂ©gimes dirigistes⊠» (S. CHAABANE, Le systĂšme politique tunisien, (en arabe) La maison arabe du livre, Tunis 2006, p. 14. Le gras et lâitalique sont ajoutĂ©s). Quel est donc le contexte dans lequel est intervenue lâannonce de la rĂ©forme de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien ? La rĂ©ponse Ă cette question, nous renseignera, avant lâheure du vote-Ă©clair prĂ©visible, sur le vrai « exposĂ© des motifs » de la future loi. Sâinspirant du prĂ©cĂ©dent marocain, lâĂtat tunisien a souhaitĂ© rehausser le niveau de son partenariat avec lâunion europĂ©enne. Il a formulĂ© Ă cet effet le « dĂ©sir » dâaccĂ©der au « statut avancĂ© », lequel est un niveau relationnel bilatĂ©ral se situant entre la qualitĂ© de membre de lâUE et la qualitĂ© de partenaire. Il se dĂ©cline Ă peu prĂšs comme suit : Institutionnalisation du dialogue politique (phase supĂ©rieure Ă celle du Conseil dâassociationâŠ) sur la base des fondamentaux relatifs Ă lâEtat de droit, droits de lâhomme, indĂ©pendance du systĂšme judiciaire, libertĂ© de la presse, associative, de rĂ©union et dâexpression, etc. Avec un soutien aux rĂ©formes administrative, politique et judiciaire ; Participation croissante Ă la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (PESC), Ă la politique Ă©trangĂšre de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense (PESD) et un renforcement de la coopĂ©ration sectorielle (transport, Ă©nergie, culture, etc.) ; Renforcement des relations Ă©conomiques bilatĂ©rales : participation au marchĂ© intĂ©rieur de lâUE via la libĂ©ralisation des Ă©changes commerciaux et lâharmonisation de la lĂ©gislation tunisienne avec celle de lâEurope (le respect des « 4 libertĂ©s » : libertĂ© de circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes⊠morales et non point physiques !) ; Coordination bilatĂ©rale en matiĂšre de politique monĂ©taire ; Statut se rapprochant de celui dâ« observateur » au sein du Conseil de lâEurope. Lâenjeu est donc extrĂȘmement important. Il engage pour ainsi dire lâavenir de la Tunisie, sa gĂ©nĂ©ration prĂ©sente aussi bien que celles Ă venir. Nous pourrions, mutatis mutandis, lâassimiler âles dĂ©bats en moins !â Ă la tentative avortĂ©e dâapprobation de la Constitution EuropĂ©enne. Et pourtant, hormis quelques articles de presse superficiels, et des dĂ©clarations empressĂ©es de certains officiels du rĂ©gime, faisant lâĂ©loge, le moins quâon puisse dire « surrĂ©aliste », des « miracles tunisiens » sur les plans Ă©conomiques, sociaux et politiques, il nây a pas eu ne serait-ce quâun semblant de dĂ©bat public sur lâopportunitĂ© des choix macro-Ă©conomiques et stratĂ©giques adoptĂ©s par les autoritĂ©s, sur les Ă©checs cuisants concernant le dĂ©veloppement rĂ©gional inĂ©gal (Gafsa et toute la moitiĂ© Ouest de la Tunisie en tĂ©moigneâŠ), les atteintes Ă la sĂ©curitĂ© Ă©cologique, le chĂŽmage galopant (notamment parmi les jeunes diplĂŽmĂ©sâŠ), la dĂ©tĂ©rioration sans prĂ©cĂ©dent de la situation des droits humains, le dĂ©labrement de la justice, etc. Les espaces publics rĂ©els tout autant que virtuels Ă©tant cadenassĂ©s par un parti monopolistique (RCD) qui ne veut rien concĂ©der (ni dans la presse Ă©crite et audio-visuelle, ni sur internet, ni dans les « maisons de culture » ou autres salles de rĂ©unions « publiques », et qui nâhĂ©site pas Ă censurer sporadiquement les journaux de lâopposition authentique Ă faible tirage, parce que, entre autres, privĂ©s des financements publics, âĂ lâexception de lâorgane de ATTAJDID) et qui sâingĂ©nie dans le musĂšlement de toute opinion divergente, quasi-systĂ©matiquement Ă©tiquetĂ©e dans la « presse Ă calomnies », de traitres, de « vendus » dâ« ennemis de la nation » (lire opposant) Ă la « solde des puissances Ă©trangĂšres »⊠Comment peut-il y avoir formation dâune opinion publique contradictoire et critique dans un pareil contexte caractĂ©risĂ© par lâhĂ©gĂ©monie Ă©crasante (tout autant quâĂ©touffante) dâun Parti-Etat qui accapare littĂ©ralement tous les canaux de transmission de la volontĂ© publique ? Toute possibilitĂ© de dĂ©libĂ©ration pluraliste est confisquĂ©e. La « bienpensance » se confond, dĂšs lors, avec la « ligne » du parti-unique-de-fait. Tout ce qui sâen Ă©carte est pĂ©nalisĂ©, dans le sens propre comme figurĂ© ! Face Ă cette stratĂ©gie autoritaire dâexclusion politique, de marginalisation, dâintolĂ©rance, de diabolisation et de dĂ©nigrement ; face Ă un systĂšme clos qui ne tolĂšre pas la moindre vellĂ©itĂ© dâindĂ©pendance (immĂ©diatement taxĂ©e « subversive »âŠ) ; face Ă lâimpossibilitĂ©, ne serait-ce que virtuelle, dâexprimer une opinion un tant soit peu diffĂ©rente de la « vĂ©ritĂ© officielle dâEtat »⊠il ne restait (et ne reste), dĂ©sormais, plus dâautre solution, pour les irrĂ©ductibles de la dĂ©mocratie, de la dĂ©fense des droits humains et de la dissidence pacifique, que dâenjamber le cadre coercitif imposĂ© par le pouvoir liberticide et anti-dĂ©mocratique, et dâexpatrier la parole libre au niveau du champ supra-Ă©tatique ! Il est bien entendu inconcevable quâun parti dâopposition (authentique, il va sans dire, et non « accompagnateur-RDC ») se risque Ă adopter une pareille posture. La taxation dâallĂ©geance à « lâĂ©tranger » sert dâĂ©pĂ©e de DamoclĂšs contre de telles tentations, au demeurant inexistantes⊠Mais des personnalitĂ©s patriotiques, nâen dĂ©plaise Ă lâinquisition « pseudo-laĂŻque », et des associations totalement affranchies du joug autoritariste (il nây en a pas plĂ©thore !), le peuvent et le revendiquent haut et fort. Lâintimidation et la calomnie dont ils/elles continuent Ă en ĂȘtre lâobjet sont tout simplement inopĂ©rantes Ă leur Ă©gard. DâoĂč, comme on le verra, le recours dĂ©loyal au procĂ©dĂ© lĂ©gislatif (loi pĂ©nale) pour les rĂ©duire au silence. Deux idĂ©es-clef nous semblent pouvoir rendre compte succinctement de lâensemble de la situation, pendant, Ă la veille et au lendemain de la rĂ©union UE-Tunisie du 11 mai 2010. Lâinexistence dâune Ă©thique de la discussion (par dĂ©finition dĂ©mocratique, J. HABERMAS) qui permet de dĂ©ployer, au sein des espaces publics pluralistes, le dĂ©bat contradictoire, rationnel et argumentĂ©. Autrement dit, la fermeture autoritariste du systĂšme politique empĂȘchant la manifestation de lâopinion divergente, du contre-argument, et par consĂ©quent la dĂ©-formation dâune « rĂ©elle » opinion publique susceptible de participer, plus ou moins directement, dans lâĂ©laboration des choix et dĂ©cisions se rapportant Ă lâintĂ©rĂȘt public⊠Lâabsence dâune Ă©thique lĂ©gislative dans la production de la rĂšgle de droit qui lui fait perdre consĂ©quemment son caractĂšre gĂ©nĂ©ral et abstrait, sans lesquels elle ne saurait ĂȘtre lĂ©gitime pour ĂȘtre prise au sĂ©rieux. On a comme une impression de dĂ©jĂ vu qui nous renvois aux pseudo-rĂ©formes constitutionnelles « confectionnĂ©es » sur mesure pour exclure les uns (les adversaires assimilĂ©s aux ennemis) et en inclure dâautres (les amis sĂ»rs, ceux quâon a dĂ©signĂ© par lâappellation « accompagnateurs-RCD »). Il en sera de mĂȘme avec la loi annoncĂ©e, dont les cibles, se comptant sur les doigts dâune seule main, sont prĂ©alablement dĂ©signĂ©es (il suffit de lire la presse de caniveaux pour en dresser la courte listeâŠ). LâĂ©vocation du contexte dans lequel est intervenue lâannonce de la rĂ©forme de lâarticle 61 bis du Code pĂ©nal tunisien, était indispensable Ă la comprĂ©hension des soubassements de lâimposition dâun dĂ©bat contradictoire, impossible dans le cadre Ă©tatique tunisien caractĂ©risĂ© par une fermeture (dĂ©sespĂ©rante) de lâensemble du systĂšme politique, et un autoritarisme qui ne cesse, dâannĂ©e en annĂ©e, de sâaccentuer. II.LE TEXTE Â
Lors du conseil des ministres du 19 mai 2010, prĂ©sidĂ© par le chef de lâEtat tunisien, un projet de loi visant la rĂ©forme de lâarticle 61 bis a Ă©tĂ© dĂ©battu. Il tendrait Ă introduire une nouvelle incrimination concernant « tout contact (entrepris par des tunisiens ou des non-tunisiens) avec des entitĂ©s Ă©trangĂšres susceptibles dâattenter aux intĂ©rĂȘts vitaux, notamment Ă©conomiques, de la Tunisie ». Lâarticle en question pourrait alors ânul besoin dâĂȘtre devin pour le savoirâ prendre la forme suivante : « Sera coupable dâatteinte Ă la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de lâĂtat et puni des peines portĂ©es Ă lâarticle 62, tout Tunisien ou tout Ătranger : 1)   Qui aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte Ă lâintĂ©gritĂ© du territoire tunisien, 2)   Qui entretiendra, avec les agents dâune puissance Ă©trangĂšre, les intelligences ayant pour objet ou ayant eu pour effet de nuire Ă la situation militaire ou diplomatique de la Tunisie, » 3)   « Qui aura, de quelque maniĂšre que ce soit, entrepris des contacts avec des entitĂ©s Ă©trangĂšres, dans le but de nuire Ă la sĂ©curitĂ© Ă©conomique ou aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. » (paragraphe en gras ajoutĂ© par nous, HB) Il se pourrait Ă©galement que les « rĂ©formateurs » Ă©vitent lâajout dâun troisiĂšme paragraphe, et se contentent de « complĂ©ter » le premiĂšrement de lâarticle 61 bis en y ajoutant (aprĂšs « lâintĂ©gritĂ© du territoire tunisien ») « âŠ, Ă la sĂ©curitĂ© Ă©conomique de la Tunisie ou Ă ses intĂ©rĂȘts vitaux ». Quelle que soit la forme que prendra la nouvelle rĂ©daction de lâarticle 61 bis, elle butera inĂ©vitablement sur une « incohĂ©rence », pour ne pas dire contradiction, insurmontable, tenant au fait que lâarticle en question (le chapitre et le titre du Code dans lequel il figure) vise restrictivement (la loi pĂ©nale Ă©tant, par dĂ©finition, dâinterprĂ©tation stricte) Ă rĂ©primer la collaboration avec les forces ennemies et lâintelligence avec les puissances Ă©trangĂšres, et ne pourra de ce fait âsans travestir lâintention et la volontĂ© originaire du lĂ©gislateurâ inclure en son sein lâincrimination de toute opinion publique divergente de celle du pouvoir en place⊠en lâaffublant de « traitrise Ă©conomique ». Il nâest pas inintĂ©ressant Ă ce propos de rappeler que la pĂ©nalisation nâa jamais Ă©tĂ© une mĂ©thode efficace de rĂ©solution des conflits politiques. Bien au contraire, elle les alimente. Mais, il est vrai, cette conviction Ă©lĂ©mentaire ne vaut que pour ceux qui considĂšrent la politique comme lâart du compromis ! Il importe, en outre, de noter que lâadoption de mesures lĂ©gislatives rĂ©pressives Ă lâencontre des acteurs de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne qui rĂ©clament la dĂ©mocratisation du rĂ©gime politique et le respect des droits de lâhomme et des libertĂ©s fondamentales, est un argument dĂ©cisif militant en faveur de celles et ceux qui dĂ©fendent ces revendications. La preuve ne pouvait ĂȘtre mieux faite quant Ă la justesse de leurs critiques. Le choix de la pĂ©nalisation apparaĂźt, dĂšs lors, comme un moyen (coercitif) contre-productif, qui ne manquera certainement pas de se retourner contre ses auteurs, rappelant ainsi lâimage du serpent qui se mord la queue ! III.LE « DROIT COMPARà » Ă LA RESCOUSSE⊠Â
La presse officielle et semi officielle se rĂ©fĂšrent à « toutes les lĂ©gislations du monde et notamment celle des grandes dĂ©mocraties, qui incriminent lâatteinte aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques vitaux de lâĂtat ». Ces rĂ©fĂ©rences faussement comparatives nâindiquent concrĂštement aucun texte juridique. Seul un papier haineux paru sur le Blog dâun tunisien Ă©tablit Ă lâĂ©tranger (et qui conteste aux double-nationaux franco-tunisiens, la revendication de leur tunisiennetĂ©âŠ) sây est vainement essayĂ© en reproduisant le texte de lâarticle 80 de lâancien Code pĂ©nal français (puisĂ© non dans le Code pĂ©nal, mais dans un livre paru en 2002, et qui, lui-mĂȘme, ne tient pas compte de lâabrogation de lâarticle 80). Article, sâil en Ă©tait, totalement obsolĂšte, puisquâil date dâavant la rĂ©forme de 1994. Il suffit dâouvrir le Code pĂ©nal français pour se rendre immĂ©diatement compte de sa suppression. Lâarticle actuellement en vigueur porte le numĂ©ro 410â1. Il dispose « Les intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du prĂ©sent titre de son indĂ©pendance, de l’intĂ©gritĂ© de son territoire, de sa sĂ©curitĂ©, de la forme rĂ©publicaine de ses institutions, des moyens de sa dĂ©fense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et Ă l’Ă©tranger, de l’Ă©quilibre de son milieu naturel et de son environnement et des Ă©lĂ©ments essentiels de son potentiel scientifique et Ă©conomique et de son patrimoine culturel. » Avant de commenter ce dernier article, arrĂȘtons-nous un instant sur lâarticle 80 de lâancien Code pĂ©nal pour en prĂ©ciser, objectivement, la portĂ©e juridique rĂ©elle, en se rĂ©fĂ©rant, il va sans dire, Ă la jurisprudence de la Chambre Criminelle de la Cour de cassation. A.  UN TEXTE ABROGĂ : LâARTICLE 80 DU CODE PĂNAL FRANĂAIS Â
Aux termes de cet article (80 C.pĂ©n) « Sera puni de la dĂ©tention criminelle Ă temps de dix Ă vingt ans quiconque:   1° Aura, par des actes hostiles non approuvĂ©s par le Gouvernement, exposĂ© la France Ă une dĂ©claration de guerre;   2° Aura, par des actes non approuvĂ©s par le Gouvernement, exposĂ© des Français Ă subir des reprĂ©sailles;   3° Entretiendra avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre des intelligences de nature Ă nuire Ă la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels. » Le « blogueur » dont il sâagit âde toute Ă©vidence un nĂ©ophyte et non un juristeâ a cru dĂ©celer dans ce texte (encore une fois abrogĂ©), la preuve irrĂ©futable et lâArgument dâautoritĂ© qui « dĂ©sarme » ses contradicteurs, donne solide raison au gouvernement, et fonde âen droit comparĂ©â la dĂ©cision du chef de lâEtat de « chĂątier » les « Ă©garĂ©s » parmi nos concitoyens qui mettent en danger « les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels de lâEtat » Nous refusons, il va sans dire, de nous laisser entrainer dans une pareille personnification des dĂ©bats. Libre Ă ceux qui y voient un signe de « sagesse » dâexprimer leur soutien Ă M. Ben Ali. Quant Ă nous, nous poursuivrons sereinement notre discussion sur un plan purement logique et rationnel⊠Et pour commencer, il faudrait que lâauteur sache que lâancien article 80 ne contient pas un mot de plus par rapport Ă ce qui a Ă©tĂ© reproduit ci-dessus ! PrĂ©tendre, avec une particuliĂšre mauvaise foi, que ledit article se poursuit en ces termes « la nature des intelligences punissables entretenues avec les agents dâune puissance Ă©trangĂšres nâest pas en contradiction avec la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme, et les actes incriminĂ©s ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme lâexercice de la libertĂ© dâexpression ou de communication protĂ©gĂ©e par lâarticle 10 de ladite Convention », rĂ©vĂšle, sinon une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e dâinduire le lecteur en erreur (grossiĂšre), du moins atteste dâune ignorance pitoyable. Le dĂ©faut (et pas seulement le manque) dâhonnĂȘtetĂ© intellectuelle et de rigueur scientifique, suffisent Ă discrĂ©diter totalement et Ă disqualifier irrĂ©mĂ©diablement cet apprenti « donneur de leçons », qui croit pouvoir impunĂ©ment sâaffranchir de la rigueur et de la rĂšgle dâor selon laquelle on ne doit « parler » quâen Ă©tant en pleine connaissance de cause de ce dont on parle ! Cela Ă©tant, le complĂ©ment « apocryphe » de lâarticle 80 est vrai en soi, dans ce sens oĂč, en effet, lâarticle 10 de la CEDH prĂ©voit lui-mĂȘme que la libertĂ© dâexpression nâest pas un droit absolu et quâelle peut ĂȘtre limitĂ©e par des considĂ©rations liĂ©es, entre autres, Ă lâordre public, etc. La limitation devant ĂȘtre strictement nĂ©cessaire Ă servir de maniĂšre proportionnĂ©e lâobjet protĂ©gĂ©, sans jamais perdre de vue les fondamentaux de la sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique ! Lâarticle 80 (on a presque envie dâajouter, dans sa version « orthodoxe »), tel que rĂ©digĂ© par lĂ©gislateur français, et non plus celui réécrit par « le blogueur », sâinscrit dans le dispositif pĂ©nal rĂ©primant lâatteinte Ă la « sĂ»retĂ© de lâEtat », notion qui sera, fort heureusement, abandonnĂ©e (car ce nâest pas tant lâEtat qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ©, mais la nation !) au profit de celle dâ« intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation » (article 410-1 Nouveau Code pĂ©nal). Le 3° de cet article correspond, presque mot pour mot, Ă lâarticle 61 bis 2° du Code pĂ©nal tunisien (nâallez surtout pas penser que jâinsinue le plagiat !). Lâexpression « intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels » figurant dans le premier des deux textes rĂ©sulte dâune rĂ©forme datant de 1960, donc ultĂ©rieure Ă la derniĂšre modification quâa subie le texte tunisien (10 janvier 1957). B.  QUâEST-CE QUâUN « INTĂRĂT ĂCONOMIQUE ESSENTIEL » SELON LA JURISPRUDENCE ? La gĂ©nĂ©alogie de la notion dâ« intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels » fait rattacher cette derniĂšre Ă une conception sĂ©curitaire intimement liĂ©e Ă la dĂ©fense nationale. Ce qui veut dire quâelle concerne, ce quâil est convenu dâappeler lâ« intelligence Ă©conomique ». Câest-Ă -dire le fait, gĂ©nĂ©ralement par un national, de livrer Ă des puissances Ă©trangĂšres des informations liĂ©es Ă des secrets de fabrique, secrets industriels, de recherche fondamentale ou appliquĂ©e, etc. Tel que par exemple le fait de livrer Ă un Etat ou Ă une entreprise Ă©trangĂšre la technologie servant Ă fabriquer les Trains Ă Grande Vitesse (TGV). Technologie jalousement protĂ©gĂ©e par la France dans le souci de protĂ©ger ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques. Nous avons dans la jurisprudence de la Chambre Criminelle de la Cour de cassation une des rares applications de lâarticle 80-3° du Code pĂ©nal. En effet, dans un arrĂȘt rendu en date 23 mars 1982 (n° pourvoi : 82-90306) la haute Cour a retenu lâaccusation « dâintelligence » avec des puissances Ă©trangĂšres (lâaccusĂ© Ă©tant roumain naturalisĂ© français) « de nature (âŠ) Ă porter atteinte aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels (de la France) » : « Attendu quâaprĂšs avoir analysĂ© les rapports que x…, informaticien de haut niveau, aurait entretenu avec des agents des services de renseignements roumains dont le but aurait Ă©tĂ© de le faire sâintroduire, notamment grĂące Ă sa naturalisation, dans les milieux français sâoccupant de recherche fondamentale en informatique, la cour a jugĂ© quâil existait contre lui des charges suffisantes pour justifier son renvoi devant la cour dâassises du chef du crime prĂ©vu et rĂ©primĂ© par lâarticle 80 3° du code pĂ©nal, tout en Ă©nonçant quâil nâĂ©tait contestĂ© par personne que le comportement de x… nâavait pas effectivement causĂ© un prĂ©judice important aux situations ou aux intĂ©rĂȘts protĂ©gĂ©s par la loi ; (âŠ) Attendu que les faits ci-dessus exposĂ©s, Ă les supposer Ă©tablis, caractĂ©risent Ă la charge de lâinculpĂ© le crime prĂ©vu et rĂ©primĂ© par lâarticle 80 3° du code pĂ©nal, la cour ayant constatĂ© que les intelligences que x… aurait entretenues avec des agents dâune puissance Ă©trangĂšre Ă©taient de nature, indĂ©pendamment de tout rĂ©sultat positif, Ă porter atteinte Ă la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels ; Et attendu que la chambre dâaccusation Ă©tait compĂ©tente, quâil en est de mĂȘme de la cour dâassises devant laquelle le demandeur a Ă©tĂ© renvoyĂ©, que la procĂ©dure est rĂ©guliĂšre et que les faits, objet de lâaccusation, sont qualifies crimes par la loi ; Rejette le pourvoi ; » Lâarticle 80 3° de lâancien Code pĂ©nal est, en effet, « limpide » comme le relĂšve, un brin ironique, le chantre du monopole du « patriotisme Ă©conomique ». Cependant, ça ne lâest pas dans le sens « inquisiteur » que voudrait y voir notre contradicteur. Ce dont il est question concerne lâespionnage pour le compte dâune « puissance Ă©trangĂšre ». Ce qui suppose la rĂ©union dâau moins trois Ă©lĂ©ments cumulatifs : 1)   Lâexistence de donnĂ©es Ă©conomiques (technologiques, de recherche fondamentale, etc.) protĂ©gĂ©es par la loi 2)   La manĆuvre (dol spĂ©cial) servant Ă accĂ©der auxdites donnĂ©es 3)   La preuve des rapports entretenus avec la puissance Ă©trangĂšre commanditaire. Avec cette application jurisprudentielle fidĂšle Ă lâesprit et Ă la lettre du texte (art. 80), lâon se situerait Ă des annĂ©es lumiĂšres de la publicitĂ© des dĂ©bats concernant des donnĂ©es non moins publiques (socio-Ă©conomiques et politiques) contenues dans les rapports des associations « cibles », dans ceux de lâEtat tunisien lui-mĂȘme, tout autant que ceux rendus publics par les instances europĂ©ennes ! Sâagissant des lieux qui ont accueilli ces dĂ©bats, ils sont eux aussi publics. Les communiquĂ©s, les comptes-rendus, ainsi que les rapports, y affĂ©rents, des associations concernĂ©es sont trĂšs largement diffusĂ©s dans le monde entier (Ă lâexception, il est vrai, de la Tunisie qui les censure systĂ©matiquementâŠ). C.  OĂ DOIT SâARRĂTER LA PROTECTION DES INTĂRĂTS ĂCONOMIQUES ESSENTIELS DE LA NATION ? La formulation de la problĂ©matique, comme on peut le remarquer, comporte implicitement une reconnaissance du principe de la protection (juridique) de lâintĂ©rĂȘt dont il sâagit. NĂ©anmoins, on se presse de prĂ©ciser que lâintĂ©rĂȘt Ă©conomique visĂ© doit ĂȘtre non seulement actuel (non pas hypothĂ©tique, ou soumis Ă dĂ©bat), mais surtout Ă©chappant Ă la publicitĂ© des dĂ©libĂ©rations. Autrement dit, il sâagit dâintĂ©rĂȘts nationaux (et non point individuels) acquis, qui profitent Ă la collectivitĂ©, et dont les secrets y relatifs ne sont accessibles quâĂ ceux qui y sont spĂ©cialement autorisĂ©s ! Toutes les autres questions (notamment politiques) doivent âmĂȘme lorsquâelles comportent des implications Ă©conomiquesâ demeurer, de par leur publicitĂ©, dans le champ discursif et argumentatif. Leur validitĂ© ne sâacquiert que consĂ©cutivement Ă un dĂ©bat public, contradictoire, rationnel et affranchi de toute contrainte. Faute de quoi la prĂ©tention Ă la validitĂ© serait viciĂ©e (dans le sens juridique). Pour rĂ©sumer nous dirions que la libertĂ© dâexpression et dâopinion est premiĂšre, elle est le vrai principe, et que la limitation tendant Ă protĂ©ger lâ« intĂ©rĂȘt Ă©conomique essentiel » en est une des exceptions qui ne doit pas heurter les fondamentaux dâune sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique. Nous avons parcouru lâensemble de la jurisprudence française affĂ©rente Ă la question sans que lâon trouve la moindre application se situant dans un contexte autre que celui relatif Ă lâ« intelligence » ! Or, les « actes » que le gouvernement tunisien prĂ©tend vouloir incriminer ne relĂšvent en aucun cas de lâ« intelligence » coupable, mais âcomme il a Ă©tĂ© longuement Ă©tayĂ© plus hautâ sont lâexpression de lâexercice des droits garantis par la Constitution tunisienne (article 8) et les instruments internationaux pertinents, à la tĂȘte desquels le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, qui dispose dans son article 19 : « 1. Nul ne peut ĂȘtre inquiĂ©tĂ© pour ses opinions.   2. Toute personne a droit Ă la libertĂ© d’expression; ce droit comprend la libertĂ© de rechercher, de recevoir et de rĂ©pandre des informations et des idĂ©es de toute espĂšce, sans considĂ©ration de frontiĂšres, sous une forme orale, Ă©crite, imprimĂ©e ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.   3. L’exercice des libertĂ©s prĂ©vues au paragraphe 2 du prĂ©sent article comporte des devoirs spĂ©ciaux et des responsabilitĂ©s spĂ©ciales. Il peut en consĂ©quence ĂȘtre soumis Ă certaines restrictions qui doivent toutefois ĂȘtre expressĂ©ment fixĂ©es par la loi et qui sont nĂ©cessaires:  a) Au respect des droits ou de la rĂ©putation d’autrui;  b) A la sauvegarde de la sĂ©curitĂ© nationale, de l’ordre public, de la santĂ© ou de la moralitĂ© publiques. ». Les cris hystĂ©riques des adeptes de lâinquisition parviennent dĂ©jĂ Ă nos oreilles : « Voyez-vous ! Lâarticle 19 PIDCP lui-mĂȘme prĂ©voit des restrictions liĂ©es Ă la sĂ©curitĂ© nationale, dont la sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Ne comprenez-vous donc pas ? ! ». Certes, rĂ©torquons-nous. Mais, outre le fait que la restriction suppose ici un exercice rĂ©el et effectif de la libertĂ© dâexpression, presquâinexistante en Tunisie, elle prĂ©sume lâexistence dâune autoritĂ© judiciaire indĂ©pendante (notamment vis-Ă -vis de lâexĂ©cutif) et impartiale qui se chargera dâĂ©valuer objectivement (dans le cadre dâun procĂšs Ă©quitable, toujours introuvable dans le pays du SuffĂšte Hannibal) lâatteinte ou non Ă la « sĂ©curitĂ© Ă©conomique ». Laquelle autoritĂ© demeure, en Tunisie, jusquâĂ preuve du contraire, sous lâemprise avilissante de lâexĂ©cutif. Comment, dĂšs lors, confier un « pouvoir dâapprĂ©ciation » aussi vaste, aussi puissant et dangereux, Ă des juges qui ne cessent de faire montre dâun asservissement pitoyable vis-Ă -vis du pouvoir en place ? Comme a pu le noter un blogueur avec humour dĂ©capant (http://coeos.wordpress.com/2010/05/20/interets-vitaux/) « Faut-il faire (peut-on faire) confiance Ă la justice qui saura, elle, garder les justes proportions? (Qui me dit ainsi que cette loi ne pourra pas mâĂȘtre appliquĂ©e si jâenvoie un mail à un algĂ©rien en lui dĂ©conseillant de venir en Tunisie parce quâil ne fait pas beau; et que jâaurais ainsi privĂ© le pays de recettes touristiques ?) Tout ceci nâest-il pas que de la simple surenchĂšre? AprĂšs le dĂ©lit de prise de contact avec lâĂ©tranger pour nuire Ă Â la situation militaire, diplomatique, et maintenant Ă©conomique, quand viendra le temps dâajouter au code pĂ©nal une disposition sur le dĂ©lit de prise de contact avec « lâĂ©tranger » (le ciel par exemple) pour porter atteinte Ă la situation mĂ©tĂ©orologique du pays? » Avec un dispositif lĂ©gislatif rĂ©pressif anticonstitutionnel, un « arsenal » mĂ©diatique propagandiste Ă lâinvective « inĂ©puisable », et une justice asservie (sans compter lâarmada policiĂšre Ă©quivalente en nombre Ă lâeffectif policier français, pour une population dix Ă onze fois moins nombreuseâŠ), la boucle serait bouclĂ©e. On imagine dĂ©jĂ les « ingĂ©nieurs » de la future loi se tortiller à « dĂ©nicher » les expressions les plus vagues, les plus floues et les plus imprĂ©cises (du genre « parties Ă©trangĂšres » et non « puissance Ă©trangĂšres » ; la sempiternelle « de quelque maniĂšre que ce soit », etc.) afin de « faciliter la tache » de celles et ceux qui seront « assignĂ©s » Ă appliquer docilement cette disposition lĂ©gislative scĂ©lĂ©rate. Lâobjectif (non avouĂ©) Ă©tant de faire tomber âcoĂ»te que coĂ»teâ sous le coup de ladite incrimination, les voix discordantes au sujet des conditions dâaccĂšs au « statut avancĂ© ». IV.Lâ« EXPOSĂ DES MOTIFS »
La question, enfin, se pose de savoir pourquoi lesdites personnes (physiques et morales confondues) subissent-elles le courroux du pouvoir, et se verront-elles « dĂ©diĂ©es » une loi rĂ©pressive unique en son genre qui sera votĂ©e au nom du peuple tunisien, et qui ne concernera que eux, seulement eux et rien quâeux ? Leur tort « impardonnable » et « inexcusable », le « sacrilĂšge » par eux commis, a Ă©tĂ© dâimposer quand mĂȘme le dĂ©bat (confisquĂ©, comme on lâa vu, par le pouvoir) malgrĂ© la prohibition y affĂ©rente adossĂ©e Ă la machine Ă©tatique infernale et ses appareils idĂ©ologiques et rĂ©pressifs gigantesques. Le dĂ©bat contradictoire/argumentatif ayant Ă©tĂ© « interdit » Ă lâintĂ©rieur des frontiĂšres tunisiennes, il ne pouvait dĂšs lors quâĂȘtre dĂ©placĂ© en dehors de la Tunisie. La nature nâa-t-elle pas horreur du vide ? ! Ă qui la faute ? Ă celui qui ne veut pas se conformer Ă ses engagements constitutionnels et internationaux (entre autres lâarticle 2 de lâAccord dâassociation, pour ne citer que celui-ci) relatifs aux droits humains, libertĂ©s fondamentales, Etat de droit, bonne gouvernance, etc., qui rĂ©duit, de maniĂšre on ne peut plus mĂ©prisable, ses « citoyens » Ă un rang de minoritĂ© prodigue inapte Ă se prendre en charge ? Ou est-ce Ă celui qui considĂšre que la libertĂ© (dans toutes ses dĂ©clinaisons, et pas seulement politique) est inhĂ©rente Ă la dignitĂ© de la personne humaine ; que la vraie citoyennetĂ© est inconcevable sans la libertĂ©/dignitĂ©, et quâil est de la responsabilitĂ© de tout tunisien de dĂ©fendre les valeurs de la dĂ©mocratie, des libertĂ©s fondamentales et des droits (crĂ©ances) de lâhomme, face Ă un « exĂ©cutif par nature liberticide » (D. TURPIN, LibertĂ©s publiques et droits fondamentaux, Paris, Seuil 2004, p. 117) ? Ă qui incombe la responsabilitĂ© du « bide » du 11 mai 2010 ? Ă celui qui a toujours fait la « sourde oreille » concernant les incessantes revendications de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne au sujet de lâurgente dĂ©mocratisation du systĂšme politique tunisien, de la rĂ©forme de la justice et de lâadministration, de lâabrogation de toutes les lois inconstitutionnelles (associations, partis politiques, presse, etc.) ; toutes reprises âparce que, justement, vĂ©ridiques et lĂ©gitimesâ par les instances europĂ©ennes dans leurs diffĂ©rents rapports et documents (Ă titre dâexemples : « Rapport de Suivi Tunisie » (Document de travail des services de la Commission, Bruxelles 12/05/2010, SEC(2010) 514 ; « DĂ©claration de lâUnion EuropĂ©enne », Bruxelles 4 mai 2010, Doc 9143/10). Ou est-ce Ă ceux (associations et personnalitĂ©s) qui ont, avec courage, osĂ© porter la contradiction face Ă ceux qui sont habituĂ©s Ă nâentendre que lâĂ©cho de leur propre son de cloche ? Nous le disons clairement : la responsabilitĂ© de ce qui est perçu comme un « fiasco » lors de la rĂ©union du 11 mai 2010, incombe exclusivement Ă ceux qui rejettent dĂ©daigneusement toute idĂ©e de rĂ©forme (concrĂšte et profonde), quâelle soit politique, judiciaire, administrative ou sociale. Essayer de se « dĂ©charger » sur certaines associations ou acteurs de la sociĂ©tĂ© civile qui nâont fait quâassumer leur droit/devoir de critique, revient à « se chercher des boucs Ă©missaires » pour tenter « dâexpier » le pĂȘchĂ© « originaire » qui loge au cĆur mĂȘme du systĂšme politique anti-dĂ©mocratique. Comme le dit Roger SUE « StratĂ©giquement, le discours sĂ©curitaire a bien des vertus pour un politique en perte de vitesse. Par une occupation systĂ©matique du terrain mĂ©diatique, ce discours finit par tenir lieu de rĂ©alitĂ© et provoque un trĂšs rĂ©el climat dâinsĂ©curitĂ©. Mieux, ce climat de peur et de dĂ©fiance exacerbe les tensions et favorise Ă son tour lâengendrement dâactes vĂ©ritablement violents. Discours, imaginaire, fantasmes et rĂ©alitĂ© fonctionnent en boucle et se renforcent. En connaĂźt bien ce cercle vicieux de lâauto-entretien de la violence qui accrĂ©dite le discours politique et disqualifie ceux qui le dĂ©noncent.» (F. SUE, La sociĂ©tĂ© civile face au pouvoir, Paris, Presse de Sciences-Po 2003, p. 71) On ne rĂ©pĂštera jamais assez que le dĂ©placement du terrain du dĂ©bat est la rĂ©sultante (autrement dit un effet, et non la cause) de lâinterdiction de tout dĂ©bat contradictoire devant avoir lieu dans le cadre Ă©tatique (national). EmpĂȘcher par la rĂ©pression et la terreur le dĂ©ploiement naturel des discussions publiques se rapportant aux questions dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (ci-git la cause), conduit tout simplement (et de maniĂšre causale) Ă en dĂ©placer le terrain hors du champ Ă©tatique. Quant Ă lâissue des rares « dĂ©bats contradictoires » (essentiellement judiciaires) engagĂ©s hors-Etat, elle est Ă©minemment rĂ©vĂ©latrice. Expliquons-nous : Toutes les fois oĂč le rĂ©gime tunisien a eu Ă se dĂ©fendre, directement ou indirectement, contre ses propres citoyens hors-Tunisie il a succombĂ©. Nous en voulons pour preuve : 1.   Affaire Ali BEN SALEM c/ ETAT TUNISIEN (ComitĂ© Contre la Torture, dĂ©cision du 7 novembre 2007, RequĂȘte n° 269/2005) ; 2.   Affaire Nassim SAADI c/ ITALIE (Grande Chambre de la CEDH, 28 fĂ©vrier 2008) ; 3.   Affaire Rafik BEN BECHIR BEN JELLOUL EL HAMMI c/ BUSH, la Cour du District de Columbia (Etats Unis), 2 octobre 2007 ; 4.   Affaire Zoulikha MAHJOUBI c/ Khaled BEN SAID, Cour dâassises du Bas Rhin (France), 15 dĂ©cembre 2008. Il est bien Ă©videmment dĂ©solant que des citoyens tunisiens ne puissent pas bĂ©nĂ©ficier (du service public) dâune justice indĂ©pendante et impartiale dans leur propre pays, et se trouvent contraints de saisir, en dĂ©sespoir de cause, des juridictions Ă©trangĂšres qui, Ă chaque fois !, accueillent favorablement leurs plaintes, ou « sâabritent » derriĂšre des juges europĂ©ens ou amĂ©ricains pour Ă©chapper Ă un traitement inhumain certain en cas dâexpulsion vers leur pays dâorigine. Est-ce que toutes ces victimes de la torture sont des « traitres », des « agents au service des puissances Ă©trangĂšres », des « mauvais citoyens qui ternissent la rĂ©putation de leur pays » etc. ? On est âen prĂ©sence de lâinquisition RCDisteâ fort loin du « cri » humaniste de Jean-Baptiste DUROSELLE qui disait : « Quand on me dit que lâEurope est le pays du droit, je songe Ă lâarbitraire ; quâelle est le pays de la dignitĂ© humaine, je pense au racisme ; quâelle est celui de la raison, je pense Ă la rĂȘverie romantique. Et je trouve la justice en Pennsylvanie, la dignitĂ© humaine chez les nationalistes Arabes, la raison partout dans lâUnivers, sâil est vrai, comme le dit Descartes, que le bon sens est la chose du monde la mieux partagĂ©e » (CitĂ© par : E. MORIN, Penser lâEurope, Paris, Folio 1992, p. 81-82). Paris le 11/06/2010 HB