14 juin 2010

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TUNISNEWS
10 Úme année,N° 3674 du 14.06.2010
 archives : www.tunisnews.net 


C.R.L.D.H. Tunisie: Extension du domaine de la rĂ©pression et adoption d’une nouvelle lĂ©gislation liberticide en Tunisie Houcine BARDI: Extension du domaine de la rĂ©pression – Libres propos sur une rĂ©forme annoncĂ©e de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien Assabilonline: Un crime odieux .. chevaux  poignardĂ©s Ă  mort TAP: DĂ©marrage des tribunes de communication sur TV7 et la Radio nationale, Ă  partir de mardi soir  Jeune Afrique: Ali Baba habite Ă  Ben Guerdane

AFP:  Iran: 71 femmes “mal voilĂ©es” empĂȘchĂ©es de prendre l’avion


 

C.R.L.D.H. Tunisie

ComitĂ© pour le Respect des LibertĂ©s et des Droits de l’Homme en Tunisie

membre du RĂ©seau Euro-mĂ©diterranĂ©en des Droits de l’Homme

21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34

crldht@gmail.com / www.crldht.org

Extension du domaine de la rĂ©pression et adoption d’une nouvelle lĂ©gislation liberticide en Tunisie


 

Au lendemain du Conseil d’Association entre l’Union EuropĂ©enne (UE) et la Tunisie du 11 mai 2010, et alors que se poursuivent les discussions sur le rehaussement (« statut avancé ») des relations entre l’UE et la Tunisie, un projet de loi adoptĂ© en conseil des ministres sous la prĂ©sidence du Chef de l’Etat le 19 mai 2010, cible en prioritĂ© les dĂ©fenseurs des droits humains et plus particuliĂšrement celles et ceux d’entre eux qui entretiennent des relations avec les institutions de l’UE et avec les parlementaires europĂ©ens.

 

I – Objectif, prĂ©texte et cibles prioritaires de l’amendement de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien

Ø  L’OBJECTIF

L’amendement scĂ©lĂ©rat de l’article 61bis du Code PĂ©nal vise Ă  criminaliser « tous contacts avec des parties Ă©trangĂšres pour inciter Ă  porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. Sont considĂ©rĂ©s comme intĂ©rĂȘts vitaux du pays, tout ce qui touche Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique ». Avec l’objectif dĂ©clarĂ© de faire taire tous ceux, en Tunisie et Ă  l’étranger, qui critiquent le bilan du pays, en particulier en matiĂšre de droits humains, politiques, Ă©conomiques et sociaux  et de verrouillage institutionnel et antidĂ©mocratique.

 

Ø  LE PRETEXTE

Les difficultĂ©s rencontrĂ©es par l’Etat tunisien pour imposer, Ă  « l’esbroufe » et « au moindre coĂ»t », l’accĂšs de la Tunisie au « statut avancé » dans ses relations avec l’Union EuropĂ©enne.

Les adversaires visĂ©s par le pouvoir tunisien sont accusĂ©s d’avoir « appelĂ© au boycott du tourisme tunisien », de s’ĂȘtre toujours opposĂ© Ă  l’accord d’association entre l’UE et la Tunisie, et surtout d’avoir menĂ© campagne contre l’obtention de ce « statut avancé » tant convoitĂ©. Les deux premiĂšres de ces accusations sont dĂ©libĂ©rĂ©ment mensongĂšres et la troisiĂšme constitue une flagrante dĂ©formation de la rĂ©alitĂ©. La position des organisations de dĂ©fense des droits humains a Ă©tĂ©, depuis plusieurs mois, non de s’opposer par principe au renforcement du statut de la Tunisie  – dont l’enjeu principal procĂšde surtout de l’image et du prestige politiques ainsi que de l’espoir d’une plus grande attractivitĂ© des investissements Ă©trangers – mais de veiller Ă  ce que cela ne se fasse pas de façon bĂąclĂ©e au terme de quelques semaines de forcing diplomatique et surtout que ce renforcement ne se rĂ©alise pas, comme le voudraient les autoritĂ©s tunisiennes, au « moindre coĂ»t » s’agissant des rĂ©formes politiques effectives Ă  entreprendre conformĂ©ment aux engagements souscrits.

 

Ø  L’IMPOSTURE

La comparaison et l’analogie abusives avec « les lĂ©gislations de pays de tradition dĂ©mocratique », l’accent Ă©tant mis sur les dispositions de l’ancien Code pĂ©nal français en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  l’article 80 (ordonnance n° 60-529 du 4juin 1960) devenu, en rĂ©alitĂ©, obsolĂšte depuis la promulgation, aprĂšs la rĂ©forme de 1994, de l’article 410-1 qui n’est en rien comparable au nouvel amendement scĂ©lĂ©rat de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien.

Ø LES CIBLES PRIORITAIRES :

o   Les principaux « traitres » désignés en Tunisie à la vindicte par une Campagne de presse officielle hystérique et haineuse : KAMEL JENDOUBI, président du REMDH ; SIHEM BEN SEDRINE, porte parole  du CNLT, KHEMAIS CHAMMARI, membre honoraire du REMDH et ancien vice-président de la FIDH,OMAR MESTIRI, du journal « Kalima » en ligne et de « Radio Kalima ».

o   Les grandes OING des droits de l’homme : Amnesty International, FIDH, REMDH, OMCT, Observatoire pour la protection des dĂ©fenseurs des droits de l’homme, HRW, RSF, IFEX-TMG, Freedom House, etc.

o   Le ComitĂ© pour le Respect des droits de l’homme et des libertĂ©s en Tunisie (CRLDHT) et la LTDH.

 

Ø  UNE CAMPAGNE MEDIATIQUE HAINEUSE

Quatre jours avant la tenue du conseil des ministres du 19 mai qui a approuvĂ© le projet, une nouvelle offensive de la presse aux ordres et ses « organes de caniveaux » a Ă©tĂ© entamĂ©e. Elle s’est poursuivie tout au long des quatre derniĂšres semaines ciblant les dĂ©fenseurs ci-dessus Ă©voquĂ©s et mettant ouvertement l’accent sur leurs responsabilitĂ©s prĂ©sumĂ©es dans « l’échec des nĂ©gociations concernant le « statut avancé » dans les relations avec l’Union EuropĂ©enne ».

Une trentaine d’articles injurieux et diffamatoires ont Ă©tĂ© publiĂ©s ainsi que plusieurs Ă©missions et chroniques Ă  la radio et deux Ă©missions sur les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision officielles

 

Ø  UN LARGE MOUVEMENT DE PROTESTATION

o   Le 21 mai 2010, communiquĂ© commun de l’Observatoire pour la protection des dĂ©fenseurs des droits de l’homme (programme conjoint FIDH-OMCT)et du REMDH : « Tandis qu’ils discutent du rehaussement de ses relations avec l’Union EuropĂ©enne, dans le cadre de la Politique EuropĂ©enne de Voisinage, le gouvernement tunisien prĂ©pare une nouvelle lĂ©gislation qui portera un nouveau coup aux droits de l’homme dans le pays ».

 http://fr.euromedrights.org;http://www.fidh.org;http://www.omct.org

o   CommuniquĂ© du 21 mai du ComitĂ© pour le respect des libertĂ©s et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) : « Sous couvert de pĂ©naliser l’atteinte aux intĂ©rĂȘts vitaux (Ă©conomiques) de l’Etat, le pouvoir tunisien veut criminaliser la critique de sa politique rĂ©pressive. crldht@gmail.com et www.crldht.org

o   Action urgente Amnesty International du 28 mai 2010 : « Tunisie, une loi pour faire taire ceux qui critiquent le gouvernement, le gouvernement tunisien a proposĂ© des modifications du code pĂ©nal destinĂ©es Ă  faire taire ceux qui critiquent le bilan du pays en matiĂšre de droits humains, en Tunisie et Ă  l’étranger ».www.amnesty.org (MDE 30/012/2010)

o   Groupe d’observation de la Tunisie (TMG/IFEX) communiquĂ© du 7 juin 2010 http://ifex.org/tunisia/tmg/

o   CommuniquĂ© du comitĂ© directeur de la ligue tunisienne des droits de l’homme du 29 mai 2010 et communiquĂ© de 17 prĂ©sidents de section de la LTDH du 22 mai 2010.

o   Communiqué CNLT du 24 mai 2010

o   Communiqué Observatoire tunisien des libertés et des droits syndicaux, 20 mai 2010

o   CommuniquĂ© Association « LibertĂ© et Ă©quité » – Tunisie du 23 mai 2010

o   Communiqué AISPP Tunisie du 23 mai 2010

o   Tunisia watch du 29 mai 2010

o   A ces prises de position associatives s’ajoutent, en Tunisie, les prises de position de protestation et de critique des partis suivants et de leurs organes :

§  PDP et « Al Maouquef »

§  Mouvement At-Tajdid et « Attariq Al Jadid »

§  « Mouatinoun », organe du FDTL

§  « Al Badil » organe du PCOT en ligne

§  CongrÚs pour la République (CPR)

§  Mouvement An Nahdha

 

II – Le pouvoir tunisien persiste et signe

Quatre semaines aprĂšs l’adoption en Conseil des ministres du projet de loi portant amendement de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien, les dispositions pour la prĂ©sentation de ce texte devant la chambre d’enregistrement qui tient lieu de parlement en Tunisie vont bon train. Par des « fuites calculĂ©es » la presse aux ordres Ă  d’ores et dĂ©jĂ  annoncĂ© qu’il Ă©tait peu probable que l’amendement projetĂ© soit prĂ©sentĂ© pour avis au Conseil Ă©conomique et social. Pour formel que soit cet avis, ainsi d’ailleurs que celui du Conseil constitutionnel,  cet empressement est rĂ©vĂ©lateur des conditions dans lesquelles le pouvoir veut faire adoptĂ© cette nouvelle loi scĂ©lĂ©rate et liberticide.

Le CRLDHT, qui se fĂ©licite des prises de position de protestation Ă  l’égard de ce projet de loi des grandes organisations internationales et rĂ©gionales de dĂ©fense des droits humains et de l’ensemble des composantes des associations autonomes tunisiennes et des partis de l’opposition non asservie, rĂ©itĂšre avec force les termes de son communiquĂ© du 21 mai 2010.

Face au pouvoir tunisien qui persiste et signe par la voie de ses plus hauts caciques et dignitaires (cf. les dĂ©clarations pour le moins intempestives du grand chambellan du palais Mr Abdelaziz Ben Dhia), il est urgent que se multiplient, par delĂ  les communiquĂ©s dont l’importance est rĂ©elle, des initiatives concrĂštes pour dĂ©noncer la supercherie lĂ©gislative qui se prĂ©pare et la campagne hystĂ©rique et haineuse lancĂ©e depuis la mi-mai.

Le CRLDHT saisit l’occasion de la publication de la prĂ©sente note de synthĂšse pour rappeler les faits suivants :

Ø  La formulation dĂ©finitive de l’amendement projetĂ© n’a jusqu’ici pas Ă©tĂ© rendu public. Un mois aprĂšs l’adoption en conseil des ministres, la seule rĂ©fĂ©rence demeure le communiquĂ© publiĂ© Ă  l’issue de ce conseil. En attendant l’exposĂ© des motifs de la loi en gestation et la formulation qui sera prĂ©sentĂ©e au parlement, la seule rĂ©fĂ©rence est donc celle prĂ©voyant de « sanctionner tout tunisien qui Ă©tablit dĂ©libĂ©rĂ©ment des contacts avec des parties Ă©trangĂšres pour inciter Ă  porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. Sont considĂ©rĂ©s comme intĂ©rĂȘts vitaux du pays tout ce qui touche Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique ».

 

Ø  Au-delĂ  de ces outrances des anathĂšmes et des injures, la violente campagne de presse qui s’est dĂ©veloppĂ©e depuis la mi-mai a mis ouvertement en cause ceux qui ont « exigĂ© des instances europĂ©ennes de soumettre l’octroi du « statut avancé » aux relations Tunisie – UE Ă  des conditions mettant en cause la souverainetĂ© nationale et portant prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts fondamentaux du pays ».

« Visiblement – peut-on lire dans l’un de ces articles indigne publiĂ© dans le quotidien gouvernemental « la Presse » – les efforts soutenus de la Tunisie, ses prĂ©tentions lĂ©gitimes d’accĂ©der au « statut avancé »dans le cadre de son partenariat avec l’UE dĂ©plaisent Ă  ces prĂ©dateurs Ă  l’affĂ»t, obsessionnellement tournĂ© vers la diffamation et la calomnie. Les dĂ©sinformateurs et les manipulateurs du REMDH, rĂ©unis rĂ©cemment Ă  Madrid[1], ont profitĂ© de l’aubaine pour assĂ©ner des allĂ©gations fantaisistes. La mission, truffĂ©e de complaisance et de contre-vĂ©ritĂ©s Ă©tait donc claire : flĂ©trir l’image rayonnante d’un pays qui Ă©merge. Tous les reprĂ©sentants du REMDH s’y dĂ©dient (
) ces Ă©nergumĂšnes obnubilĂ©s, affairĂ©s Ă  exploiter leurs fonds de commerce Ă  travers la formulation de « recommandations » thĂ©matiques relatives aux domaines des rĂ©formes dĂ©mocratiques et des libertĂ©s fondamentales, n’ont ni l’initiative ni le contrĂŽle de ce qui se joue sur le pourtour mĂ©diterranĂ©en. Ils ne sont que des pions sur l’échiquier de certains agendas pour le moins rĂ©ducteurs et dĂ©magogiques et de certains partis Ă©trangers, soucieux de la pĂ©rennitĂ© de leur idĂ©ologie politique, d’ailleurs fortement sabordĂ©e Ă  force de fabriquer des faux profils de « militants des droits de l’homme » d’archaĂŻsme politique et de propagande mensongĂšres Ă  l’encontre des pays amis ».

Cette citation est d’autant plus rĂ©vĂ©latrice qu’elle est publiĂ©e dans l’organe officiel du gouvernement. L’actuelle campagne est en effet sortie du cadre pestilentiel de la presse de caniveau, le quotidien « As-Sabah » – propriĂ©tĂ© du gendre du Chef de l’Etat – et « La Presse » y apportant une contribution qui n’honore ni ses auteurs ni leurs Ă©diteurs.

C’est par le mĂ©pris que le CRLDHT a dĂ©cidĂ© de traiter les propos courtisans, diffamatoires, d’injures et de dĂ©lation de tous les propagandistes du pouvoir et de son opposition asservie.

Ø  Se rĂ©fĂ©rant  Ă  l’analyse avisĂ©e que vient de publier notre ami  juriste Houcine Bardi sur le projet de loi scĂ©lĂ©rat Ă©laborĂ© dans les officines du pouvoir, il est important de tordre le cou Ă  un argument Ă©voquĂ© avec insistance par certain thurifĂ©raires besogneux de la propagande officielle tunisienne. Soucieux de justifier le recours aux nouvelles dispositions liberticides, ces propagandistes oubliant leur profession de foi enflammĂ©es sur le refus de « tout mimĂ©tisme Ă  l’égard de l’occident », se rĂ©fĂšrent notamment aux dispositions du code pĂ©nal français pour nous expliquer que la volontĂ© du lĂ©gislateur tunisien procĂšde d’un « patriotisme Ă©conomique qui existe en France » et qui trouve son expression, selon leurs dires,  dans l’article 80 du code pĂ©nal français.

Or, cet article 80 (Ordonnance n° 606529 du 4 juin 1960) prĂ©voit dans son alinĂ©a 3 la dĂ©tention criminelle Ă  l’égard de quiconque « entretiendra avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre des intelligences de nature Ă  nuire Ă  la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă  ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels ». Nous sommes loin du cas de figure du « dĂ©lit d’opinion » envisagĂ© par l’amendement tunisien.

Mais de surcroit – et l’imposture est dĂ©libĂ©rĂ©e – cet article 80 est aujourd’hui obsolĂšte puisqu’il a Ă©tĂ© remplacĂ©, lors de la rĂ©forme de 1994, par l’article 410-1 du nouveau Code pĂ©nal français qui dispose : « les intĂ©rĂȘts fondamentaux de la Nation s’ entendent au sens du prĂ©sent titre, de son indĂ©pendance, de l’intĂ©gritĂ© de son territoire, de sa sĂ©curitĂ©, de la forme rĂ©publicaine de ses institutions, des moyens de sa dĂ©fense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et Ă  l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des Ă©lĂ©ments essentiels de son potentiel scientifique et Ă©conomique et de son patrimoine culturel ».

Il s’agit Ă  l’évidence d’actes concrets d’intelligence, au sens de la trahison et de l’espionnage et non de sanction pĂ©nale contre des critiques et des opinions lĂ©gitimes qui sont protĂ©gĂ©es et garanties, notamment, par l’article 8 de la Constitution tunisienne et par l’article 19 du pacte international des droits civils et politiques.

A noter, d’ailleurs, que le Code pĂ©nal tunisien prĂ©voit explicitement des sanctions pour les « attentats contre la suretĂ© extĂ©rieure de l’Etat dans les cas de figure retenu par les articles 60 Ă  62 bis.

Le subterfuge lĂ©gislatif entĂ©rinĂ© par le Conseil des ministres du 19 mai 2010 n’est en rien comparable aux dispositions du Code pĂ©nal des pays Ă  traditions dĂ©mocratiques.

 

Ø  A signaler enfin, deux articles[2] parus l’un en Belgique et l’autre en Espagne :

o   Dans « Le Soir » de Bruxelles l’article de Baudouin Loos intitulĂ© « Tunisie – Toujours la question des droits humains – Le parlement va Ă©largir le champ de la rĂ©pression ».

o   L’éditorial du quotidien espagnol « El Pais » du dimanche 30 mai 2010 intitulé :  « ChĂšque en blanc Ă  Tunis ».


 


[1] Par rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©union et aux activitĂ©s fin avril du Groupe de Soutien Tunisie du REMDH auxquels c’est d’ailleurs rĂ©fĂ©rĂ© l’éditorial d’El Pais, du dimanche 30 mai 2010 affirmant « RĂ©unis Ă  Madrid au mois d’avril, ceux-ci ont demandĂ© Ă  l’Europe de s’abstenir de resserrer d’avantage les liens avec le rĂ©gime tunisien tant qu’il n’aura pas accompli de progrĂšs substantiel sur le plan dĂ©mocratique. En clair, accorder le statut de « partenaire avancé » Ă  la Tunisie et Ă  d’autres pays associĂ©s du Sud sans contre partie c’est leur signer un chĂšque en blanc pour maintenir leur systĂšme politiques en totales opposition avec les principes europĂ©ens » (traduction de l’espagnol par Abdelatif Ben Salem, publiĂ©e par Tunisnews)

[2] Deux de nos amis explicitement et nommément visés aux cÎtés de Kamel Jendoubi  par cette campagne ont publié des commentaires dans la presse tunisienne et sur des sites internationaux :

– Sihem Ben SĂ©drine  « Adresse au patron des services spĂ©ciaux et Ă  son adjoint, le ministre de la propaganda – Votre acharnement nous honore » (repris par Tunisnews et plusieurs journaux et sites)

– Slah Jourchi a publiĂ© dans « Swiss info » (repris par Tunisnews) un article oĂč il a recueilli les commentaires de KhĂ©maĂŻs Chammari, de Salah Zeghidi, de Burhan Bsaiess et de Ziad Doulatli (En-Nahdha)

– KhĂ©maĂŻs Chammari a donnĂ© trois interviews, Ă  « Al mawqaf » du vendredi 28 mai 2010 (N° 548), Ă  la tĂ©lĂ©vision hollandaise le 25 mai 2010 recueillie par Ismael Dbara et Ă  Radio Monte Carlo Doualya. Il a publiĂ© dans Tunisnews une rĂ©ponse Ă  Salah Zeghidi intitulĂ©e « une crise de sens 
 et de bon sens »

– Enfin, Houcine Bardi a accordĂ©, concernant ce projet de loi  deux interviews Ă  « Al Jazira » le 21 mai 2010 et Ă  Medi1Sat (Maroc) le 23mai..

 


 

EXTENSION DU DOMAINE DE LA RÉPRESSION            Libres propos sur une rĂ©forme annoncĂ©e de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien

 


« Tout chĂątiment qui ne dĂ©coule pas d’une nĂ©cessitĂ© absolue, dit le grand Montesquieu, est tyrannique, proposition qu’on peut gĂ©nĂ©raliser en disant : tout acte d’autoritĂ© d’homme Ă  homme qui ne dĂ©rive pas d’une nĂ©cessitĂ© absolue est tyrannique. Le droit qu’a le souverain de punir les dĂ©lits est donc fondĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre contre les usurpations particuliĂšres le dĂ©pĂŽt constituĂ© pour le salut public. Et les peines sont d’autant plus justes que la sĂ»retĂ© est plus sacrĂ©e et inviolable, et plus grande la libertĂ© que le souverain laisse Ă  ses sujets. » BECCARIA, Des dĂ©lits et des peines, (publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1764 !) GF Flammarion, p. 63. Houcine BARDI À l’image de tous les Etats soucieux de prĂ©server l’intĂ©gritĂ© de leur territoire national, et de lutter contre la trahison et l’espionnage, la Tunisie a prĂ©vu la rĂ©pression de tels crimes dans le Livre deuxiĂšme, Titre premier, Chapitre premier, de son Code pĂ©nal, intitulĂ© « Attentats contre la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de l’État », composĂ© des articles : 60, 60 bis, 60 ter, 61, 61 bis, 61 ter, 61 quater, et 62 et 62 bis. L’article 61 bis dont il sera question dans le prĂ©sent papier est prĂ©cĂ©dĂ© d’un article 61 (trahison
) et suivi de deux autres articles : 61 ter (divulgation des secrets de la dĂ©fense, destruction du matĂ©riel, documents ou renseignements affĂ©rents au secret de la dĂ©fense
), et 61 quater (espionnage
). Rien de plus normal et de plus lĂ©gitime, dira-t-on non sans raison, qu’un Etat-nation puisse prĂ©voir de telles dispositions rĂ©pressives et agisse dans le sens de la prĂ©servation des « intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation » (on reviendra plus tard sur cette notion introduite par le lĂ©gislateur français). C’est le devoir premier de tout gouvernement que de veiller, dans le cadre de ses fonctions rĂ©galiennes, Ă  la sauvegarde de tous les attributs de la souverainetĂ© nationale, malmenĂ©es de plus en plus par la globalisation avec ses deux facettes capitaliste et altermondialiste
  Ce principe Ă©tant fermement posĂ©, voyons en quoi l’agitation politico-mĂ©diatique officielle, en rapport avec la rĂ©forme annoncĂ©e de l’article 61 bis du Code pĂ©nal, n’est autre qu’une Ă©niĂšme manƓuvre politicienne (coercitive) se dissimulant derriĂšre le paravent de la lĂ©galitĂ© en vue de contraindre au silence les voix (dĂ©mocratiques) dissidentes qui, dans un contexte de fermeture quasi-hermĂ©tique des espaces publics nationaux (rĂ©els tout autant que virtuels), recourent aux espaces supranationaux pour exprimer leurs exigences —« inaudibles », hĂ©las, dans le cadre Ă©tatique— relatives Ă  la dĂ©mocratisation, Ă  l’Etat de droit, au respect des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales, Ă  la bonne gouvernance, Ă  l’indĂ©pendance et l’impartialitĂ© du systĂšme judiciaire, etc. Nous Ă©voquerons dans un premier temps le contexte se trouvant Ă  l’origine de cette nouvelle initiative lĂ©gislative (I). Nous nous attacherons, dans un second temps, Ă  prĂ©ciser le sens du texte visĂ© par la rĂ©forme annoncĂ©e (II). Le troisiĂšme temps de ces « libres-propos » sera consacrĂ© au rapprochement comparatif d’avec le droit français, qui semble servir de « modĂšle » aux supporters de l’extension du domaine de la rĂ©pression (II). Enfin, nous conclurons ce papier par un « exposĂ© des motifs » de la future loi (IV). I. LE CONTEXTE  
Tout texte (a fortiori juridique) suppose un contexte. Les hermĂ©neutes, et les philologues avant eux, nous l’ont souvent rĂ©pĂ©tĂ©, eux qui nous ont « outillĂ©s » pour en comprendre le sens, l’articulation, et les liens prĂ©sumĂ©s de cause Ă  effet entre les deux. Toute « offre lĂ©gislative » doit, en principe, correspondre Ă  une demande sociale d’encadrement juridique qui peut prendre la forme d’une revendication adossĂ©e Ă  des forces sociales (Ă©conomiques, financiĂšres, politiques, etc.) qui la soutiennent. Elle peut Ă©galement consister en une anticipation, voire mĂȘme une accĂ©lĂ©ration, de l’évolution sociale dans le cadre d’une politique volontariste, tel qu’a su remarquablement le faire, par exemple, Bourguiba en promulguant le Code du statut personnel. C’est l’antagonisme classique entre le Droit reflet de la sociĂ©tĂ© ou moteur de son Ă©volution. Les « Forces crĂ©atrices du droit » (G. Ripert) ne peuvent dĂ©ployer leur Ă©nergie « crĂ©atrice » (ou destructrice
 des acquis sociaux, par exemple) que dans le cadre d’une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique qui garantit la libre expression de la pluralitĂ© des droits et des intĂ©rĂȘts. L’État quant Ă  lui (du moins selon la conception bourgeoise) doit veiller Ă  la coexistence pacifique des intĂ©rĂȘts et droits antagoniques. Tel est, grossiĂšrement, le schĂ©ma thĂ©orique du mode de production lĂ©gislatif au sein d’un Etat de droit dĂ©mocratique (inputs-outputs). Nous verrons dans ce qui va suivre que ce « modĂšle » est fort loin de ce qu’un idĂ©ologue du rĂ©gime tunisien appelle « le schĂ©ma d’analyse stratĂ©gique » (des processus de gouvernement) et qui n’est rien moins qu’une lĂ©gitimation (thĂ©orique) du phĂ©nomĂšne autoritaire en matiĂšre de gouvernance : « La logique du modĂšle d’analyse stratĂ©gique est diffĂ©rente du modĂšle inputs-outputs. Il en est presque le contraire. Ce qui ne veut nullement dire que celui-ci invalide celui-lĂ  ou minimise de son importance, mais simplement qu’il se soucie d’une meilleure adĂ©quation en rapport avec des rĂ©gimes non concurrentiels, ou moins concurrentiels, dits rĂ©gimes dirigistes
 » (S. CHAABANE, Le systĂšme politique tunisien, (en arabe) La maison arabe du livre, Tunis 2006, p. 14. Le gras et l’italique sont ajoutĂ©s). Quel est donc le contexte dans lequel est intervenue l’annonce de la rĂ©forme de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien ? La rĂ©ponse Ă  cette question, nous renseignera, avant l’heure du vote-Ă©clair prĂ©visible, sur le vrai « exposĂ© des motifs » de la future loi. S’inspirant du prĂ©cĂ©dent marocain, l’État tunisien a souhaitĂ© rehausser le niveau de son partenariat avec l’union europĂ©enne. Il a formulĂ© Ă  cet effet le « dĂ©sir » d’accĂ©der au « statut avancĂ© », lequel est un niveau relationnel bilatĂ©ral se situant entre la qualitĂ© de membre de l’UE et la qualitĂ© de partenaire. Il se dĂ©cline Ă  peu prĂšs comme suit : Institutionnalisation du dialogue politique (phase supĂ©rieure Ă  celle du Conseil d’association
) sur la base des fondamentaux relatifs Ă  l’Etat de droit, droits de l’homme, indĂ©pendance du systĂšme judiciaire, libertĂ© de la presse, associative, de rĂ©union et d’expression, etc. Avec un soutien aux rĂ©formes administrative, politique et judiciaire ; Participation croissante Ă  la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (PESC), Ă  la politique Ă©trangĂšre de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense (PESD) et un renforcement de la coopĂ©ration sectorielle (transport, Ă©nergie, culture, etc.) ; Renforcement des relations Ă©conomiques bilatĂ©rales : participation au marchĂ© intĂ©rieur de l’UE via la libĂ©ralisation des Ă©changes commerciaux et l’harmonisation de la lĂ©gislation tunisienne avec celle de l’Europe (le respect des « 4 libertĂ©s » : libertĂ© de circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes
 morales et non point physiques !) ; Coordination bilatĂ©rale en matiĂšre de politique monĂ©taire ; Statut se rapprochant de celui d’« observateur » au sein du Conseil de l’Europe. L’enjeu est donc extrĂȘmement important. Il engage pour ainsi dire l’avenir de la Tunisie, sa gĂ©nĂ©ration prĂ©sente aussi bien que celles Ă  venir. Nous pourrions, mutatis mutandis, l’assimiler —les dĂ©bats en moins !— Ă  la tentative avortĂ©e d’approbation de la Constitution EuropĂ©enne. Et pourtant, hormis quelques articles de presse superficiels, et des dĂ©clarations empressĂ©es de certains officiels du rĂ©gime, faisant l’éloge, le moins qu’on puisse dire « surrĂ©aliste », des « miracles tunisiens » sur les plans Ă©conomiques, sociaux et politiques, il n’y a pas eu ne serait-ce qu’un semblant de dĂ©bat public sur l’opportunitĂ© des choix macro-Ă©conomiques et stratĂ©giques adoptĂ©s par les autoritĂ©s, sur les Ă©checs cuisants concernant le dĂ©veloppement rĂ©gional inĂ©gal (Gafsa et toute la moitiĂ© Ouest de la Tunisie en tĂ©moigne
), les atteintes Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©cologique, le chĂŽmage galopant (notamment parmi les jeunes diplĂŽmĂ©s
), la dĂ©tĂ©rioration sans prĂ©cĂ©dent de la situation des droits humains, le dĂ©labrement de la justice, etc. Les espaces publics rĂ©els tout autant que virtuels Ă©tant cadenassĂ©s par un parti monopolistique (RCD) qui ne veut rien concĂ©der (ni dans la presse Ă©crite et audio-visuelle, ni sur internet, ni dans les « maisons de culture » ou autres salles de rĂ©unions « publiques », et qui n’hĂ©site pas Ă  censurer sporadiquement les journaux de l’opposition authentique Ă  faible tirage, parce que, entre autres, privĂ©s des financements publics, —à l’exception de l’organe de ATTAJDID) et qui s’ingĂ©nie dans le musĂšlement de toute opinion divergente, quasi-systĂ©matiquement Ă©tiquetĂ©e dans la « presse Ă  calomnies », de traitres, de « vendus » d’« ennemis de la nation » (lire opposant) Ă  la « solde des puissances Ă©trangĂšres »  Comment peut-il y avoir formation d’une opinion publique contradictoire et critique dans un pareil contexte caractĂ©risĂ© par l’hĂ©gĂ©monie Ă©crasante (tout autant qu’étouffante) d’un Parti-Etat qui accapare littĂ©ralement tous les canaux de transmission de la volontĂ© publique ? Toute possibilitĂ© de dĂ©libĂ©ration pluraliste est confisquĂ©e. La « bienpensance » se confond, dĂšs lors, avec la « ligne » du parti-unique-de-fait. Tout ce qui s’en Ă©carte est pĂ©nalisĂ©, dans le sens propre comme figurĂ© ! Face Ă  cette stratĂ©gie autoritaire d’exclusion politique, de marginalisation, d’intolĂ©rance, de diabolisation et de dĂ©nigrement ; face Ă  un systĂšme clos qui ne tolĂšre pas la moindre vellĂ©itĂ© d’indĂ©pendance (immĂ©diatement taxĂ©e « subversive » ) ; face Ă  l’impossibilitĂ©, ne serait-ce que virtuelle, d’exprimer une opinion un tant soit peu diffĂ©rente de la « vĂ©ritĂ© officielle d’Etat »  il ne restait (et ne reste), dĂ©sormais, plus d’autre solution, pour les irrĂ©ductibles de la dĂ©mocratie, de la dĂ©fense des droits humains et de la dissidence pacifique, que d’enjamber le cadre coercitif imposĂ© par le pouvoir liberticide et anti-dĂ©mocratique, et d’expatrier la parole libre au niveau du champ supra-Ă©tatique ! Il est bien entendu inconcevable qu’un parti d’opposition (authentique, il va sans dire, et non « accompagnateur-RDC ») se risque Ă  adopter une pareille posture. La taxation d’allĂ©geance Ă  « l’étranger » sert d’épĂ©e de DamoclĂšs contre de telles tentations, au demeurant inexistantes
 Mais des personnalitĂ©s patriotiques, n’en dĂ©plaise Ă  l’inquisition « pseudo-laĂŻque », et des associations totalement affranchies du joug autoritariste (il n’y en a pas plĂ©thore !), le peuvent et le revendiquent haut et fort. L’intimidation et la calomnie dont ils/elles continuent Ă  en ĂȘtre l’objet sont tout simplement inopĂ©rantes Ă  leur Ă©gard. D’oĂč, comme on le verra, le recours dĂ©loyal au procĂ©dĂ© lĂ©gislatif (loi pĂ©nale) pour les rĂ©duire au silence. Deux idĂ©es-clef nous semblent pouvoir rendre compte succinctement de l’ensemble de la situation, pendant, Ă  la veille et au lendemain de la rĂ©union UE-Tunisie du 11 mai 2010. L’inexistence d’une Ă©thique de la discussion (par dĂ©finition dĂ©mocratique, J. HABERMAS) qui permet de dĂ©ployer, au sein des espaces publics pluralistes, le dĂ©bat contradictoire, rationnel et argumentĂ©. Autrement dit, la fermeture autoritariste du systĂšme politique empĂȘchant la manifestation de l’opinion divergente, du contre-argument, et par consĂ©quent la dĂ©-formation d’une « rĂ©elle » opinion publique susceptible de participer, plus ou moins directement, dans l’élaboration des choix et dĂ©cisions se rapportant Ă  l’intĂ©rĂȘt public
 L’absence d’une Ă©thique lĂ©gislative dans la production de la rĂšgle de droit qui lui fait perdre consĂ©quemment son caractĂšre gĂ©nĂ©ral et abstrait, sans lesquels elle ne saurait ĂȘtre lĂ©gitime pour ĂȘtre prise au sĂ©rieux. On a comme une impression de dĂ©jĂ  vu qui nous renvois aux pseudo-rĂ©formes constitutionnelles « confectionnĂ©es » sur mesure pour exclure les uns (les adversaires assimilĂ©s aux ennemis) et en inclure d’autres (les amis sĂ»rs, ceux qu’on a dĂ©signĂ© par l’appellation « accompagnateurs-RCD »). Il en sera de mĂȘme avec la loi annoncĂ©e, dont les cibles, se comptant sur les doigts d’une seule main, sont prĂ©alablement dĂ©signĂ©es (il suffit de lire la presse de caniveaux pour en dresser la courte liste
). L’évocation du contexte dans lequel est intervenue l’annonce de la rĂ©forme de l’article 61 bis du Code pĂ©nal tunisien,  Ă©tait indispensable Ă  la comprĂ©hension des soubassements de l’imposition d’un dĂ©bat contradictoire, impossible dans le cadre Ă©tatique tunisien  caractĂ©risĂ© par une fermeture (dĂ©sespĂ©rante) de l’ensemble du systĂšme politique, et un autoritarisme qui ne cesse, d’annĂ©e en annĂ©e, de s’accentuer. II.LE TEXTE  
Lors du conseil des ministres du 19 mai 2010, prĂ©sidĂ© par le chef de l’Etat tunisien, un projet de loi visant la rĂ©forme de l’article 61 bis a Ă©tĂ© dĂ©battu. Il tendrait Ă  introduire une nouvelle incrimination concernant « tout contact (entrepris par des tunisiens ou des non-tunisiens) avec des entitĂ©s Ă©trangĂšres susceptibles d’attenter aux intĂ©rĂȘts vitaux, notamment Ă©conomiques, de la Tunisie ». L’article en question pourrait alors —nul besoin d’ĂȘtre devin pour le savoir—  prendre la forme suivante : « Sera coupable d’atteinte Ă  la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de l’État et puni des peines portĂ©es Ă  l’article 62, tout Tunisien ou tout Étranger : 1)    Qui aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© du territoire tunisien, 2)    Qui entretiendra, avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre, les intelligences ayant pour objet ou ayant eu pour effet de nuire Ă  la situation militaire ou diplomatique de la Tunisie, » 3)    « Qui aura, de quelque maniĂšre que ce soit, entrepris des contacts avec des entitĂ©s Ă©trangĂšres, dans le but de nuire Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©conomique ou aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. » (paragraphe en gras ajoutĂ© par nous, HB) Il se pourrait Ă©galement que les « rĂ©formateurs » Ă©vitent l’ajout d’un troisiĂšme paragraphe, et se contentent de « complĂ©ter » le  premiĂšrement de l’article 61 bis en y ajoutant (aprĂšs « l’intĂ©gritĂ© du territoire tunisien ») « 
, Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©conomique de la Tunisie ou Ă  ses intĂ©rĂȘts vitaux ». Quelle que soit la forme que prendra la nouvelle rĂ©daction de l’article 61 bis, elle butera inĂ©vitablement sur une « incohĂ©rence », pour ne pas dire contradiction, insurmontable, tenant au fait que l’article en question (le chapitre et le titre du Code dans lequel il figure) vise restrictivement (la loi pĂ©nale Ă©tant, par dĂ©finition, d’interprĂ©tation stricte) Ă  rĂ©primer la collaboration avec les forces ennemies et l’intelligence avec les puissances Ă©trangĂšres, et ne pourra de ce fait —sans travestir l’intention et la volontĂ© originaire du lĂ©gislateur— inclure en son sein l’incrimination de toute opinion publique divergente de celle du pouvoir en place
 en l’affublant de « traitrise Ă©conomique ». Il n’est pas inintĂ©ressant Ă  ce propos de rappeler que la pĂ©nalisation n’a jamais Ă©tĂ© une mĂ©thode efficace de rĂ©solution des conflits politiques. Bien au contraire, elle les alimente. Mais, il est vrai, cette conviction Ă©lĂ©mentaire ne vaut que pour ceux qui considĂšrent la politique comme l’art du compromis ! Il importe, en outre, de noter que l’adoption de mesures lĂ©gislatives rĂ©pressives Ă  l’encontre des acteurs de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne qui rĂ©clament la dĂ©mocratisation du rĂ©gime politique et le respect des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales, est un argument dĂ©cisif militant en faveur de celles et ceux qui dĂ©fendent ces revendications. La preuve ne pouvait ĂȘtre mieux faite quant Ă  la justesse de leurs critiques. Le choix de la pĂ©nalisation apparaĂźt, dĂšs lors, comme un moyen (coercitif) contre-productif, qui ne manquera certainement pas de se retourner contre ses auteurs, rappelant ainsi l’image du serpent qui se mord la queue ! III.LE « DROIT COMPARÉ » À LA RESCOUSSE
  
La presse officielle et semi officielle se rĂ©fĂšrent Ă  « toutes les lĂ©gislations du monde et notamment celle des grandes dĂ©mocraties, qui incriminent l’atteinte aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques vitaux de l’État ». Ces rĂ©fĂ©rences faussement comparatives n’indiquent concrĂštement aucun texte juridique. Seul un papier haineux paru sur le Blog d’un tunisien Ă©tablit Ă  l’étranger (et qui conteste aux double-nationaux franco-tunisiens, la revendication de leur tunisienneté ) s’y est vainement essayĂ© en reproduisant le texte de l’article 80 de l’ancien Code pĂ©nal français (puisĂ© non dans le Code pĂ©nal, mais dans un livre paru en 2002, et qui, lui-mĂȘme, ne tient pas compte de l’abrogation de l’article 80).  Article, s’il en Ă©tait, totalement obsolĂšte, puisqu’il date d’avant la rĂ©forme de 1994. Il suffit d’ouvrir le Code pĂ©nal français pour se rendre immĂ©diatement compte de sa suppression. L’article actuellement en vigueur porte le numĂ©ro 410–1. Il dispose « Les intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du prĂ©sent titre de son indĂ©pendance, de l’intĂ©gritĂ© de son territoire, de sa sĂ©curitĂ©, de la forme rĂ©publicaine de ses institutions, des moyens de sa dĂ©fense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et Ă  l’Ă©tranger, de l’Ă©quilibre de son milieu naturel et de son environnement et des Ă©lĂ©ments essentiels de son potentiel scientifique et Ă©conomique et de son patrimoine culturel. » Avant de commenter ce dernier article, arrĂȘtons-nous un instant sur l’article 80 de l’ancien Code pĂ©nal pour en prĂ©ciser, objectivement, la portĂ©e juridique rĂ©elle, en se rĂ©fĂ©rant, il va sans dire, Ă  la jurisprudence de la Chambre Criminelle de la Cour de cassation. A.   UN TEXTE ABROGÉ : L’ARTICLE 80 DU CODE PÉNAL FRANÇAIS  
Aux termes de cet article (80 C.pĂ©n) « Sera puni de la dĂ©tention criminelle Ă  temps de dix Ă  vingt ans quiconque:    1° Aura, par des actes hostiles non approuvĂ©s par le Gouvernement, exposĂ© la France Ă  une dĂ©claration de guerre;    2° Aura, par des actes non approuvĂ©s par le Gouvernement, exposĂ© des Français Ă  subir des reprĂ©sailles;    3° Entretiendra avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre des intelligences de nature Ă  nuire Ă  la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă  ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels. » Le « blogueur » dont il s’agit —de toute Ă©vidence un nĂ©ophyte et non un juriste— a cru dĂ©celer dans ce texte (encore une fois abrogĂ©), la preuve irrĂ©futable et l’Argument d’autoritĂ© qui « dĂ©sarme » ses contradicteurs, donne solide raison au gouvernement, et fonde —en droit comparé— la dĂ©cision du chef de l’Etat de « chĂątier » les « Ă©garĂ©s » parmi nos concitoyens qui mettent en danger « les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels de l’Etat » Nous refusons, il va sans dire, de nous laisser entrainer dans une pareille personnification des dĂ©bats. Libre Ă  ceux qui y voient un signe de « sagesse » d’exprimer leur soutien Ă  M. Ben Ali. Quant Ă  nous, nous poursuivrons sereinement notre discussion sur un plan purement logique et rationnel
 Et pour commencer, il faudrait que l’auteur sache que l’ancien article 80 ne contient pas un mot de plus par rapport Ă  ce qui a Ă©tĂ© reproduit ci-dessus ! PrĂ©tendre, avec une particuliĂšre mauvaise foi, que ledit article se poursuit en ces termes « la nature des intelligences punissables entretenues avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšres n’est pas en contradiction avec la Convention europĂ©enne des droits de l’homme, et les actes incriminĂ©s ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme l’exercice de la libertĂ© d’expression ou de communication protĂ©gĂ©e par l’article 10 de ladite Convention », rĂ©vĂšle, sinon une volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e d’induire le lecteur en erreur (grossiĂšre), du moins atteste d’une ignorance pitoyable. Le dĂ©faut (et pas seulement le manque) d’honnĂȘtetĂ© intellectuelle et de rigueur scientifique, suffisent Ă  discrĂ©diter totalement et Ă  disqualifier irrĂ©mĂ©diablement cet apprenti « donneur de leçons », qui croit pouvoir impunĂ©ment s’affranchir de la rigueur et de la rĂšgle d’or selon laquelle on ne doit « parler » qu’en Ă©tant en pleine connaissance de cause de ce dont on parle ! Cela Ă©tant, le complĂ©ment « apocryphe » de l’article 80 est vrai en soi, dans ce sens oĂč, en effet, l’article 10 de la CEDH prĂ©voit lui-mĂȘme que la libertĂ© d’expression n’est pas un droit absolu et qu’elle peut ĂȘtre limitĂ©e par des considĂ©rations liĂ©es, entre autres, Ă  l’ordre public, etc. La limitation devant ĂȘtre strictement nĂ©cessaire Ă  servir de maniĂšre proportionnĂ©e l’objet protĂ©gĂ©, sans jamais perdre de vue les fondamentaux de la sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique ! L’article 80 (on a presque envie d’ajouter, dans sa version « orthodoxe »), tel que rĂ©digĂ© par lĂ©gislateur français, et non plus celui réécrit par « le blogueur », s’inscrit dans le dispositif pĂ©nal rĂ©primant l’atteinte Ă  la « sĂ»retĂ© de l’Etat », notion qui sera, fort heureusement, abandonnĂ©e (car ce n’est pas tant l’Etat qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ©, mais la nation !) au profit de celle d’« intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation » (article 410-1 Nouveau Code pĂ©nal). Le 3° de cet article correspond, presque mot pour mot, Ă  l’article 61 bis 2° du Code pĂ©nal tunisien (n’allez surtout pas penser que j’insinue le plagiat !). L’expression « intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels » figurant dans le premier des deux textes rĂ©sulte d’une rĂ©forme datant de 1960, donc ultĂ©rieure Ă  la derniĂšre modification qu’a subie le texte tunisien (10 janvier 1957). B.   QU’EST-CE QU’UN « INTÉRÊT ÉCONOMIQUE ESSENTIEL » SELON LA JURISPRUDENCE ? La gĂ©nĂ©alogie de la notion d’« intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels » fait rattacher cette derniĂšre Ă  une conception sĂ©curitaire intimement liĂ©e Ă  la dĂ©fense nationale. Ce qui veut dire qu’elle concerne, ce qu’il est convenu d’appeler l’« intelligence Ă©conomique ». C’est-Ă -dire le fait, gĂ©nĂ©ralement par un national, de livrer Ă  des puissances Ă©trangĂšres des informations liĂ©es Ă  des secrets de fabrique, secrets industriels, de recherche fondamentale ou appliquĂ©e, etc. Tel que par exemple le fait de livrer Ă  un Etat ou Ă  une entreprise Ă©trangĂšre la technologie servant Ă  fabriquer les Trains Ă  Grande Vitesse (TGV). Technologie jalousement protĂ©gĂ©e par la France dans le souci de protĂ©ger ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques. Nous avons dans la jurisprudence de la Chambre Criminelle de la Cour de cassation une des rares applications de l’article 80-3° du Code pĂ©nal. En effet, dans un arrĂȘt rendu en date 23 mars 1982 (n° pourvoi : 82-90306) la haute Cour a retenu l’accusation « d’intelligence » avec des puissances Ă©trangĂšres (l’accusĂ© Ă©tant roumain naturalisĂ© français) « de nature (
) Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels (de la France) » : « Attendu qu’aprĂšs avoir analysĂ© les rapports que x…, informaticien de haut niveau, aurait entretenu avec des agents des services de renseignements roumains dont le but aurait Ă©tĂ© de le faire s’introduire, notamment grĂące Ă  sa naturalisation, dans les milieux français s’occupant de recherche fondamentale en informatique, la cour a jugĂ© qu’il existait contre lui des charges suffisantes pour justifier son renvoi devant la cour d’assises du chef du crime prĂ©vu et rĂ©primĂ© par l’article 80 3° du code pĂ©nal, tout en Ă©nonçant qu’il n’était contestĂ© par personne que le comportement de x… n’avait pas effectivement causĂ© un prĂ©judice important aux situations ou aux intĂ©rĂȘts protĂ©gĂ©s par la loi ; (
) Attendu que les faits ci-dessus exposĂ©s, Ă  les supposer Ă©tablis, caractĂ©risent Ă  la charge de l’inculpĂ© le crime prĂ©vu et rĂ©primĂ© par l’article 80 3° du code pĂ©nal, la cour ayant constatĂ© que les intelligences que x… aurait entretenues avec des agents d’une puissance Ă©trangĂšre Ă©taient de nature, indĂ©pendamment de tout rĂ©sultat positif, Ă  porter atteinte Ă  la situation militaire ou diplomatique de la France ou Ă  ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques essentiels ;  Et attendu que la chambre d’accusation Ă©tait compĂ©tente, qu’il en est de mĂȘme de la cour d’assises devant laquelle le demandeur a Ă©tĂ© renvoyĂ©, que la procĂ©dure est rĂ©guliĂšre et que les faits, objet de l’accusation, sont qualifies crimes par la loi ;  Rejette le pourvoi ; » L’article 80 3° de l’ancien Code pĂ©nal est, en effet, « limpide » comme le relĂšve, un brin ironique, le chantre du monopole du « patriotisme Ă©conomique ». Cependant, ça ne l’est pas dans le sens « inquisiteur » que voudrait y voir notre contradicteur. Ce dont il est question concerne l’espionnage pour le compte d’une « puissance Ă©trangĂšre ». Ce qui suppose la rĂ©union d’au moins trois Ă©lĂ©ments cumulatifs : 1)    L’existence de donnĂ©es Ă©conomiques (technologiques, de recherche fondamentale, etc.) protĂ©gĂ©es par la loi 2)    La manƓuvre (dol spĂ©cial) servant Ă  accĂ©der auxdites donnĂ©es 3)    La preuve des rapports entretenus avec la puissance Ă©trangĂšre commanditaire. Avec cette application jurisprudentielle fidĂšle Ă  l’esprit et Ă  la lettre du texte (art. 80), l’on se situerait Ă  des annĂ©es lumiĂšres de la publicitĂ© des dĂ©bats concernant des donnĂ©es non moins publiques (socio-Ă©conomiques et politiques) contenues dans les rapports des associations « cibles », dans ceux de l’Etat tunisien lui-mĂȘme, tout autant que ceux rendus publics par les instances europĂ©ennes ! S’agissant des lieux qui ont accueilli ces dĂ©bats, ils sont eux aussi publics. Les communiquĂ©s, les comptes-rendus, ainsi que les rapports, y affĂ©rents, des associations concernĂ©es sont trĂšs largement diffusĂ©s dans le monde entier (Ă  l’exception, il est vrai, de la Tunisie qui les censure systĂ©matiquement
). C.   OÙ DOIT S’ARRÊTER LA PROTECTION DES  INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ESSENTIELS DE LA NATION ? La formulation de la problĂ©matique, comme on peut le remarquer, comporte implicitement une reconnaissance du principe de la protection (juridique)  de l’intĂ©rĂȘt dont il s’agit. NĂ©anmoins, on se presse de prĂ©ciser que l’intĂ©rĂȘt Ă©conomique visĂ© doit ĂȘtre non seulement actuel (non pas hypothĂ©tique, ou soumis Ă  dĂ©bat), mais surtout Ă©chappant Ă  la publicitĂ© des dĂ©libĂ©rations. Autrement dit, il s’agit d’intĂ©rĂȘts nationaux (et non point individuels) acquis, qui profitent Ă  la collectivitĂ©, et dont les secrets y relatifs ne sont accessibles qu’à ceux qui y sont spĂ©cialement autorisĂ©s ! Toutes les autres questions (notamment politiques) doivent —mĂȘme lorsqu’elles comportent des implications Ă©conomiques— demeurer, de par leur publicitĂ©, dans le champ discursif et argumentatif. Leur validitĂ© ne s’acquiert que consĂ©cutivement Ă  un dĂ©bat public, contradictoire, rationnel et affranchi de toute contrainte. Faute de quoi la prĂ©tention Ă  la validitĂ© serait viciĂ©e (dans le sens juridique). Pour rĂ©sumer nous dirions que la libertĂ© d’expression et d’opinion est premiĂšre, elle est le vrai principe, et que la limitation tendant Ă  protĂ©ger l’« intĂ©rĂȘt Ă©conomique essentiel » en est une des exceptions qui ne doit pas heurter les fondamentaux d’une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique. Nous avons parcouru l’ensemble de la jurisprudence française affĂ©rente Ă  la question sans que l’on trouve la moindre application se situant dans un contexte autre que celui relatif Ă  l’« intelligence » ! Or, les « actes » que le gouvernement tunisien prĂ©tend vouloir incriminer ne relĂšvent en aucun cas de l’« intelligence » coupable, mais —comme il a Ă©tĂ© longuement Ă©tayĂ© plus haut— sont l’expression de l’exercice des droits garantis par la Constitution tunisienne (article 8) et les instruments internationaux pertinents,  Ă  la tĂȘte desquels le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, qui dispose dans son article 19 : « 1. Nul ne peut ĂȘtre inquiĂ©tĂ© pour ses opinions.    2. Toute personne a droit Ă  la libertĂ© d’expression; ce droit comprend la libertĂ© de rechercher, de recevoir et de rĂ©pandre des informations et des idĂ©es de toute espĂšce, sans considĂ©ration de frontiĂšres, sous une forme orale, Ă©crite, imprimĂ©e ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.    3. L’exercice des libertĂ©s prĂ©vues au paragraphe 2 du prĂ©sent article comporte des devoirs spĂ©ciaux et des responsabilitĂ©s spĂ©ciales. Il peut en consĂ©quence ĂȘtre soumis Ă  certaines restrictions qui doivent toutefois ĂȘtre expressĂ©ment fixĂ©es par la loi et qui sont nĂ©cessaires:   a) Au respect des droits ou de la rĂ©putation d’autrui;   b) A la sauvegarde de la sĂ©curitĂ© nationale, de l’ordre public, de la santĂ© ou de la moralitĂ© publiques. ». Les cris hystĂ©riques des adeptes de l’inquisition parviennent dĂ©jĂ  Ă  nos oreilles : « Voyez-vous ! L’article 19 PIDCP lui-mĂȘme prĂ©voit des restrictions liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ© nationale, dont la sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Ne comprenez-vous donc pas ? ! ». Certes, rĂ©torquons-nous. Mais, outre le fait que la restriction suppose ici un exercice rĂ©el et effectif de la libertĂ© d’expression, presqu’inexistante en Tunisie, elle prĂ©sume l’existence d’une autoritĂ© judiciaire indĂ©pendante (notamment vis-Ă -vis de l’exĂ©cutif) et impartiale qui se chargera d’évaluer objectivement (dans le cadre d’un procĂšs Ă©quitable, toujours introuvable dans le pays du SuffĂšte Hannibal) l’atteinte ou non Ă  la « sĂ©curitĂ© Ă©conomique ». Laquelle autoritĂ© demeure, en Tunisie, jusqu’à preuve du contraire, sous l’emprise avilissante de l’exĂ©cutif. Comment, dĂšs lors, confier un « pouvoir d’apprĂ©ciation » aussi vaste, aussi puissant et dangereux, Ă  des juges qui ne cessent de faire montre d’un asservissement pitoyable vis-Ă -vis du pouvoir en place ? Comme a pu le noter un blogueur avec humour dĂ©capant  (http://coeos.wordpress.com/2010/05/20/interets-vitaux/) « Faut-il faire (peut-on faire) confiance Ă  la justice qui saura, elle,  garder les justes proportions? (Qui me dit ainsi que cette loi ne pourra pas m’ĂȘtre appliquĂ©e si j’envoie un mail  Ă  un algĂ©rien en lui dĂ©conseillant de venir en Tunisie parce qu’il ne fait pas beau; et que j’aurais ainsi privĂ© le pays de recettes touristiques ?) Tout ceci n’est-il pas que de la simple surenchĂšre? AprĂšs le dĂ©lit de prise de contact avec l’étranger pour nuire à  la situation militaire, diplomatique, et maintenant Ă©conomique, quand viendra le temps d’ajouter au code pĂ©nal une disposition sur le dĂ©lit de prise de contact avec « l’étranger » (le ciel par exemple) pour porter atteinte Ă  la situation mĂ©tĂ©orologique du pays? » Avec un dispositif lĂ©gislatif rĂ©pressif anticonstitutionnel, un « arsenal » mĂ©diatique propagandiste Ă  l’invective « inĂ©puisable », et une justice asservie (sans compter l’armada policiĂšre Ă©quivalente en nombre Ă  l’effectif policier français, pour une population dix Ă  onze fois moins nombreuse
), la boucle serait bouclĂ©e. On imagine dĂ©jĂ  les « ingĂ©nieurs » de la future loi se tortiller Ă  « dĂ©nicher » les expressions les plus vagues, les plus floues et les plus imprĂ©cises (du genre « parties Ă©trangĂšres » et non « puissance Ă©trangĂšres » ; la sempiternelle « de quelque maniĂšre que ce soit », etc.) afin de « faciliter la tache » de celles et ceux qui seront « assignĂ©s » Ă  appliquer docilement cette disposition lĂ©gislative scĂ©lĂ©rate. L’objectif (non avouĂ©) Ă©tant de faire tomber —coĂ»te que coĂ»te— sous le coup de ladite incrimination, les voix discordantes au sujet des conditions d’accĂšs au « statut avancĂ© ». IV.L’« EXPOSÉ DES MOTIFS »
La question, enfin, se pose de savoir pourquoi lesdites personnes (physiques et morales confondues) subissent-elles le courroux du pouvoir, et se verront-elles « dĂ©diĂ©es » une loi rĂ©pressive unique en son genre qui sera votĂ©e au nom du peuple tunisien, et qui ne concernera que eux, seulement eux et rien qu’eux ? Leur tort « impardonnable » et « inexcusable », le « sacrilĂšge » par eux commis, a Ă©tĂ© d’imposer quand mĂȘme le dĂ©bat (confisquĂ©, comme on l’a vu, par le pouvoir) malgrĂ© la prohibition y affĂ©rente adossĂ©e Ă  la machine Ă©tatique infernale et ses appareils idĂ©ologiques et rĂ©pressifs gigantesques. Le dĂ©bat contradictoire/argumentatif ayant Ă©tĂ© « interdit » Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres tunisiennes, il ne pouvait dĂšs lors qu’ĂȘtre dĂ©placĂ© en dehors de la Tunisie. La nature n’a-t-elle pas horreur du vide ? ! À qui la faute ? À celui qui ne veut pas se conformer Ă  ses engagements constitutionnels et internationaux (entre autres l’article 2 de l’Accord d’association, pour ne citer que celui-ci) relatifs aux droits humains, libertĂ©s fondamentales, Etat de droit, bonne gouvernance, etc., qui rĂ©duit, de maniĂšre on ne peut plus mĂ©prisable, ses « citoyens » Ă  un rang de minoritĂ© prodigue inapte Ă  se prendre en charge ? Ou est-ce Ă  celui qui considĂšre que la libertĂ© (dans toutes ses dĂ©clinaisons, et pas seulement politique) est inhĂ©rente Ă  la dignitĂ© de la personne humaine ; que la vraie citoyennetĂ© est inconcevable sans la libertĂ©/dignitĂ©, et qu’il est de la responsabilitĂ© de tout tunisien de dĂ©fendre les valeurs de la dĂ©mocratie, des libertĂ©s fondamentales et des droits (crĂ©ances) de l’homme, face Ă  un « exĂ©cutif par nature liberticide » (D. TURPIN, LibertĂ©s publiques et droits fondamentaux,  Paris, Seuil 2004, p. 117) ? À qui incombe la responsabilitĂ© du « bide » du 11 mai 2010 ? À celui qui a toujours fait la « sourde oreille » concernant les incessantes revendications de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne au sujet de l’urgente dĂ©mocratisation du systĂšme politique tunisien, de la rĂ©forme de la justice et de l’administration, de l’abrogation de toutes les lois inconstitutionnelles (associations, partis politiques, presse, etc.) ; toutes reprises —parce que, justement, vĂ©ridiques et lĂ©gitimes— par les instances europĂ©ennes dans leurs diffĂ©rents rapports et documents (Ă  titre d’exemples : « Rapport de Suivi Tunisie » (Document de travail des services de la Commission, Bruxelles 12/05/2010, SEC(2010) 514 ; « DĂ©claration de l’Union EuropĂ©enne », Bruxelles 4 mai 2010, Doc 9143/10). Ou est-ce Ă  ceux (associations et personnalitĂ©s) qui ont, avec courage, osĂ© porter la contradiction face Ă  ceux qui sont habituĂ©s Ă  n’entendre que l’écho de leur propre son de cloche ? Nous le disons clairement : la responsabilitĂ© de ce qui est perçu comme un « fiasco » lors de la rĂ©union du 11 mai 2010, incombe exclusivement Ă  ceux qui rejettent dĂ©daigneusement toute idĂ©e de rĂ©forme (concrĂšte et profonde), qu’elle soit politique, judiciaire, administrative ou sociale. Essayer de se « dĂ©charger » sur certaines associations ou acteurs de la sociĂ©tĂ© civile qui n’ont fait qu’assumer leur droit/devoir de critique, revient Ă  « se chercher des boucs Ă©missaires » pour tenter « d’expier » le pĂȘchĂ© « originaire » qui loge au cƓur mĂȘme du systĂšme politique anti-dĂ©mocratique. Comme le dit Roger SUE « StratĂ©giquement, le discours sĂ©curitaire a bien des vertus pour un politique en perte de vitesse. Par une occupation systĂ©matique du terrain mĂ©diatique, ce discours finit par tenir lieu de rĂ©alitĂ© et provoque un trĂšs rĂ©el climat d’insĂ©curitĂ©. Mieux, ce climat de peur et de dĂ©fiance exacerbe les tensions et favorise Ă  son tour l’engendrement d’actes vĂ©ritablement violents. Discours, imaginaire, fantasmes et rĂ©alitĂ© fonctionnent en boucle et se renforcent. En connaĂźt bien ce cercle vicieux de l’auto-entretien de la violence qui  accrĂ©dite le discours politique et disqualifie ceux qui le dĂ©noncent.» (F. SUE, La sociĂ©tĂ© civile face au pouvoir, Paris, Presse de Sciences-Po 2003, p. 71) On ne rĂ©pĂštera jamais assez que le dĂ©placement du terrain du dĂ©bat est la rĂ©sultante (autrement dit un effet, et non la cause) de l’interdiction de tout dĂ©bat contradictoire devant avoir lieu dans le cadre Ă©tatique (national). EmpĂȘcher par la rĂ©pression et la terreur le dĂ©ploiement naturel des discussions publiques se rapportant aux questions d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (ci-git la cause), conduit tout simplement (et de maniĂšre causale) Ă  en dĂ©placer le terrain hors du champ Ă©tatique. Quant Ă  l’issue des rares « dĂ©bats contradictoires » (essentiellement judiciaires) engagĂ©s hors-Etat, elle est Ă©minemment rĂ©vĂ©latrice. Expliquons-nous : Toutes les fois oĂč le rĂ©gime tunisien a eu Ă  se dĂ©fendre, directement ou indirectement, contre ses propres citoyens hors-Tunisie il a succombĂ©. Nous en voulons pour preuve : 1.    Affaire Ali BEN SALEM c/ ETAT TUNISIEN (ComitĂ© Contre la Torture, dĂ©cision du 7 novembre 2007, RequĂȘte n° 269/2005) ; 2.    Affaire Nassim SAADI c/ ITALIE (Grande Chambre de la CEDH, 28 fĂ©vrier 2008) ; 3.    Affaire Rafik BEN BECHIR BEN JELLOUL EL HAMMI c/ BUSH, la Cour du District de Columbia (Etats Unis), 2 octobre 2007 ; 4.    Affaire Zoulikha MAHJOUBI c/ Khaled BEN SAID, Cour d’assises du Bas Rhin (France), 15 dĂ©cembre 2008. Il est bien Ă©videmment dĂ©solant que des citoyens tunisiens ne puissent pas bĂ©nĂ©ficier (du service public) d’une justice indĂ©pendante et impartiale dans leur propre pays, et se trouvent contraints de saisir, en dĂ©sespoir de cause, des juridictions Ă©trangĂšres qui, Ă  chaque fois !, accueillent favorablement leurs plaintes, ou « s’abritent » derriĂšre des juges europĂ©ens ou amĂ©ricains pour Ă©chapper Ă  un traitement inhumain certain en cas d’expulsion vers leur pays d’origine. Est-ce que toutes ces victimes de la torture sont des « traitres », des « agents au service des puissances Ă©trangĂšres », des « mauvais citoyens qui ternissent la rĂ©putation de leur pays » etc. ? On est —en prĂ©sence de l’inquisition RCDiste— fort loin du « cri » humaniste de Jean-Baptiste DUROSELLE qui disait : « Quand on me dit que l’Europe est le pays du droit, je songe Ă  l’arbitraire ; qu’elle est le pays de la dignitĂ© humaine, je pense au racisme ; qu’elle est celui de la raison, je pense Ă  la rĂȘverie romantique. Et je trouve la justice en Pennsylvanie, la dignitĂ© humaine chez les nationalistes Arabes, la raison partout dans l’Univers, s’il est vrai, comme le dit Descartes, que le bon sens est la chose du monde la mieux partagĂ©e » (CitĂ© par : E. MORIN, Penser l’Europe, Paris, Folio 1992, p. 81-82). Paris le 11/06/2010 HB


Un crime odieux .. chevaux  poignardés à mort


Ce crime odieux avait bien eu lieu en la TUNISIE de l’an 2010, ces chevaux appartiennent Ă  monsieur TAHAR BEN MOHAMMED ELHADDAGI, demeurant rue Mohammend ben Khelifa, citĂ© MANSOURA Ă  NABEUL, Ă  60 kms environ de la capitale, TUNIS; cet acte horrible, inqualifiable fut perpĂ©trĂ© le 7 juin 2010, deux chevaux furent tuĂ© et les autres gravement blessĂ©s et sont dans un Ă©tat critique. Le constat mĂ©dical avait Ă©tĂ© Ă©tabli par monsieur NABIL CHRAD, docteur vĂ©tĂ©rinaire, il a remarquĂ© plusieurs blessures profondes , plaies et cicatrices causĂ©es par une arme blanche ou un outil tranchant sur les corps des chevaux. Monsieur ELHADDAGI propriĂ©taire des chevaux Ă©tait habituĂ© Ă  garder ses quatre chevaux dans un enclos ou une Ă©curie fermĂ©e et protĂ©gĂ©e, mais la tempĂ©rature en cette saison Ă©tant assez Ă©levĂ©e et par commoditĂ© pour le bien ĂȘtre de ses bĂȘtes, il les laissa Ă  l’air libre devant sa maison, c’est le lendemain qu’ils les trouva agonisantes dans leur horrible Ă©tat.Il est Ă  signaler que ces chevaux sont le gagne pain de monsieur ELHADDAGI et servaient aux randonnĂ©es des circuits touristiques, trĂ©s prisĂ©es dans la rĂ©gion.Monsieur ELHADDAGI a portĂ© plainte auprĂ©s du procureur de la rĂ©publique directement dĂ©s sa contastation de visu du crime dont il fut victime, il est dans l’attente de l’arrestation des criminels irresponsables qui avaient commis ces horreurs. SOURCE : www.assabilonline.net

 


Démarrage des tribunes de communication sur TV7 et la Radio nationale, à partir de mardi soir

 


 
TUNIS, 14 juin 2010 (TAP) – La chaĂźne de tĂ©lĂ©vision “Tunis 7” et la Radio nationale entameront, mardi 15 juin, la diffusion d’une sĂ©rie de tribunes de communication rĂ©unissant les membres du gouvernement et les parties concernĂ©es dans leurs domaines de compĂ©tence, dans des dĂ©bats francs et ouverts. Ces tribunes, dont le chef de l’Etat avait ordonnĂ© l’organisation et qui seront diffusĂ©es Ă  partir de mardi soir, sur la chaĂźne “Tunis 7” et la Radio nationale Ă  partir de 21H15, viennent opportunĂ©ment inaugurer une nouvelle tradition d’Ă©changes et de discussions entre les structures gouvernementales et les citoyens et rĂ©pondre aux interrogations de diffĂ©rents intervenants. Ces tribunes consacrent un nouveau mode de communication entre le gouvernement et l’opinion publique nationale, traduisent la volontĂ© renouvelĂ©e de consacrer la culture de dĂ©mocratie et de consolider les canaux de dialogue entre les pouvoirs publics et le citoyen, ce qui est de nature Ă  ancrer les principes de bonne gouvernance fondĂ©e sur les valeurs de libertĂ©, de transparence et de participation. Cette orientation trouve son Ă©cho dans le programme prĂ©sidentiel “Ensemble, relevons les dĂ©fis”, qui met l’accent sur l’intensification des consultations et des concertations au sujet des questions nationales ainsi que sur l’Ă©largissement du champ de contribution des partis politiques, des partenaires sociaux, des composantes de la sociĂ©tĂ© civile, des Ă©lites et des compĂ©tences Ă  la dĂ©finition des orientations qui engagent l’avenir du pays. L’initiative du lancement de ces espaces de communication directe s’inscrit dans le droit-fil de la volontĂ© constante du PrĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali de renforcer les mĂ©canismes de dialogue et de concertation, dans l’optique de consolider la dĂ©mocratie participative, qui accorde au citoyen l’opportunitĂ© de faire parvenir sa voix et de prendre part, de maniĂšre active, Ă  l’Ă©laboration des orientations et des choix nationaux. Cette initiative prĂ©sidentielle trouve son appui dans un riche rĂ©fĂ©rentiel et tradition de dialogue et de consultation, au rythme desquelles vit le pays, des annĂ©es durant, et qui ont permis de parvenir Ă  une vision consensuelle au sujet des dossiers vitaux dans les diffĂ©rents secteurs politique, Ă©conomique, social et culturel. Ces consultations ont, Ă©galement, portĂ© sur les prĂ©occupations et attentes des diffĂ©rentes franges sociales et professionnelles et de toutes les tranches d’Ăąge, au premier rang desquelles figurent les jeunes. Cette nouvelle initiative s’inscrit incontestablement dans le cadre des appels lancĂ©s par le chef de l’Etat, en vue de multiplier les espaces de dialogue dans les mĂ©dias, notamment, audiovisuels et de l’affirmation du rĂŽle de premier plan des bureaux d’information installĂ©s au sein des structures gouvernementales et des Ă©tablissements publics dans l’Ă©clairage et l’orientation de l’opinion. Cette initiative du chef de l’Etat, annoncĂ©e, lundi dernier, vient consolider les constantes du discours prĂ©sidentiel qui met l’accent sur l’importance que revĂȘtent la transparence et la crĂ©dibilitĂ©, prĂ©occupations de tous, dans un pays oĂč il n’existe aucun tabou dans les questions traitĂ©es par les mĂ©dias. Il convient de noter que cette initiative prĂ©sidentielle, qui consacre et renforce le principe de dialogue, et traitera mardi 15 juin le thĂšme de “la santĂ©”, vient approfondir l’approche adoptĂ©e par la TĂ©lĂ©vision tunisienne qui a oeuvrĂ©, au cours des annĂ©es Ă©coulĂ©es, Ă  Ă©largir les espaces de dialogue sur les questions nationales et internationales. Le nombre d’Ă©missions de dĂ©bat diffusĂ©es sur la chaĂźne “Tunis 7” a atteint, en 2009, plus de cent Ă©missions. Le taux de prĂ©sence des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile et de la sociĂ©tĂ© civile dans ces Ă©missions a Ă©tĂ© de l’ordre de 75 pc. La chaĂźne accueille des membres du gouvernement pour dĂ©battre de sujets d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et d’actualitĂ© en vue de donner un meilleur Ă©clairage sur les dĂ©veloppements de l’actualitĂ© nationale et internationale. La Radio nationale consacre, pour sa part, huit d’heures d’Ă©missions par semaine dans ses programmes consacrĂ©s aux dĂ©bats sectoriels auxquels participent les composantes de la sociĂ©tĂ© civile et les partis. Il est indĂ©niable que ces nouveaux espaces de dĂ©bat et de communication, qui ont Ă©tĂ© saluĂ©s par les composantes du paysage politique et civil national ainsi que par les mĂ©dias tunisiens et Ă©trangers, constituent un nouveau jalon sur la voie de l’approfondissement de la rĂ©flexion et de l’Ă©clairage de l’opinion publique en Tunisie dans un cadre de transparence, de franchise et de libertĂ©.


 

Ali Baba habite Ă  Ben Guerdane


10/06/2010 à 15h:37 Par Frida Dahmani, envoyée spéciale
 
 Beaucoup d’automobilistes en profitent pour faire le plein Ă  moindres frais. © Nicolas FauquĂ©/Imagesdetunisie.com

Essence, change, produits alimentaires, vĂȘtements… On trouve de tout dans les commerces parallĂšles du Sud-Est tunisien, prĂšs de la frontiĂšre libyenne. Reportage.

Ahmed est tenancier du QuinziĂšme, une gargote proche de Zarzis, Ă  540 km au sud-est de Tunis, sur la route de Tripoli. Aujourd’hui, il affiche un large sourire ; les Libyens sont lĂ . Ils se sont arrĂȘtĂ©s pour une pause mĂ©choui ou pour faire le plein de carburant, car Ahmed vend aussi de l’essence. À deux pas de son barbecue – les rĂšgles de sĂ©curitĂ© Ă©lĂ©mentaires ne sont pas le fort de la maison –, des pyramides de bidons en Ă©quilibre prĂ©caire et des Ă©criteaux pittoresques affichant « sans plomb » ou « diesel » annoncent que la frontiĂšre avec la Jamahiriya n’est pas loin. Ici, on fait le plein avec des bidons de 5 litres, carl’essence provenant de Libye est proposĂ©e Ă  0,700 dinar tunisien (DT ; 0,38 euro) le litre, alors qu’à la pompe elle revient Ă  1,270 DT. Ahmed renchĂ©rit : « Allez Ă  Ben Guerdane et Ă  Ras el-Jdir, vous y trouverez mĂȘme hlib el-ghoula [“le lait de l’ogresse”, autrement dit les produits introuvables, NDLR]. » Non loin de lĂ , des femmes Ă  la peau mate et au regard fier devisent paisiblement, drapĂ©es dans des tissus colorĂ©s. On se croirait Ă  Tombouctou. Trois jeunes filles voilĂ©es mais fortes de leur nombre sifflent avec culot un jeune homme de passage. Le Sud est aussi authentique qu’atypique
 Un panneau annonce « Tripoli 248 km », un autre indique Le Caire. C’est par cette route que transitent les hommes et les biens entre la Tunisie et la Libye. C’est elle qu’empruntait Kaddafi quand il se rendait en Tunisie par voie terrestre ; « il a franchi Ras el-Jdir », disait-on, comme pour signifier qu’il Ă©tait arrivĂ©. Ledit poste-frontiĂšre, aurĂ©olĂ© de mystĂšres et de clandestinitĂ©, est synonyme de business pour les Tunisiens comme pour les Libyens.

À mesure que l’on se rapproche de Ras el-Jdir disparaĂźt la lagune d’El-Bibane, tandis que quelques pousses d’Alfa se battent contre le sable et le sel marin du chott voisin, royaume de la Cotusal, qui en exploite les ressources. Ici, ce n’est pas encore le dĂ©sert, mais un immense paysage lunaire aux allures de no man’s land. On croise quelques dromadaires, des chĂšvres qui se confondent avec la terre jaunĂątre et de nombreuses voitures libyennes si pressĂ©es de se retrouver Ă  Djerba, Sfax ou Tunis qu’elles roulent Ă  tombeau ouvert. Les carcasses de voitures abandonnĂ©es sur les bas-cĂŽtĂ©s laissent Ă  penser que les accidents sont frĂ©quents.

Entre Ben Guerdane et Ras el-Jdir, sur prĂšs de 10 km, des cahutes juxtaposĂ©es proposent des recharges tĂ©lĂ©phoniques, des poteries, de l’essence, ou font office de bureaux de change. Sur la chaussĂ©e, des hommes agitent frĂ©nĂ©tiquement d’énormes liasses de billets pour attirer les automobilistes. L’un d’eux annonce mĂȘme le cours du jour : 100 DT contre 89 dinars libyens Ă  l’achat et 110 Ă  la vente. Jusqu’en 2009, ces opĂ©rations Ă©taient tolĂ©rĂ©es bien que contrevenant Ă  la lĂ©gislation sur les devises en Tunisie. Depuis, les deux pays ont signĂ© un accord pour la convertibilitĂ© de leurs monnaies respectives. Ces Ă©choppes de change sont donc sorties de la clandestinitĂ©. « À ma maniĂšre, je suis devenu banquier », s’amuse KhĂ©maĂŻes, mais il se ferme dĂšs qu’on lui fait remarquer que cette activitĂ© doit ĂȘtre bien lucrative pour qu’ils soient si nombreux. Il marmonne qu’il y a beaucoup de passage et que c’est pratique pour les Libyens. L’un d’eux, qui vient changer une somme importante, explique qu’il se rend rĂ©guliĂšrement Ă  Djerba pour un suivi mĂ©dical, alors que son compagnon pense faire la tournĂ©e des bars de l’üle.

Imprévisible Kaddafi

La route devient une longue ligne droite battue par les vents et enveloppĂ©e de poussiĂšre. De temps Ă  autre, un poste de contrĂŽle oblige Ă  ralentir. Ras el-Jdir est un portail plantĂ© au milieu de nulle part, veillĂ© par les services de police et de douane. De rares voitures surmontĂ©es d’invraisemblables ballots de marchandises reviennent de Tripoli, alors que seuls six camions chargĂ©s de ciment attendent de franchir la barriĂšre cĂŽtĂ© tunisien. On est loin des 18 000 personnes, 7 000 voitures et 400 camions qui transiteraient chaque jour par Ras el-Jdir, selon les chiffres officiels.

C’est Ă  Ben Guerdane, derniĂšre ville tunisienne avant la frontiĂšre, que nous obtiendrons un dĂ©but d’explication Ă  ce calme inhabituel. Le point de rencontre incontournable est le marchĂ© maghrĂ©bin, immense enclos amĂ©nagĂ© en souk dont la municipalitĂ© loue les emplacements 500 DT par an. C’est l’un des centres nĂ©vralgiques du commerce parallĂšle en Tunisie. On y trouve de tout, une vraie caverne d’Ali Baba, un hypermarchĂ© Ă  ciel ouvert. Mais aujourd’hui, l’atmosphĂšre est insolite : il n’y a pas un seul acheteur. Le vieux Mohamed, qui vend du thĂ© et des Ă©pices, semble rĂ©signé : « DĂ©sormais, le souk ne se remplit que le dimanche, ce n’est plus comme avant, quand les gens venaient le week-end par bus entiers spĂ©cialement pour faire leurs achats. Pourtant, on propose tout le bien de Dieu. » Il ne croit pas si bien dire : le souk de Ben Guerdane a fourni des milliers de trousseaux de mariĂ©es, des millions de jeux de pneus neufs, et mĂȘme si la qualitĂ© des produits laisse Ă  dĂ©sirer, si tout n’est pas de bon goĂ»t, les prix sĂ©duisent ; pour moins de 100 DT, on peut s’habiller de pied en cap, accessoires compris. « Depuis quelques mois, la situation est difficile ; on ne sait jamais sur quel pied danser avec la Libye, explique Karim, un jeune vendeur de vĂȘtements masculins trĂšs tendance. Sans prĂ©avis, Kaddafi ferme la frontiĂšre, puis la rouvre ; on nous demande d’avoir au moins l’équivalent de 700 euros sur nous, puis cette dĂ©cision est annulĂ©e
 Vraiment, ce n’est pas facile, on vit deux crises Ă©conomiques en mĂȘme temps. » Dans sa boutique, les articles de contrefaçon se cĂŽtoient. Un peu gĂȘnĂ©, il se justifie : « Les gens achĂštent ici ce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir au prix fort dans les boutiques ; ils se font plaisir, et nous, on peut vivre. »

Au royaume de la débrouille

Le systĂšme est bien huilé : la marchandise arrive Ă  Tripoli en provenance de Turquie pour les vĂȘtements et d’Asie, via DubaĂŻ, pour tout le reste. Le grossiste signale chaque arrivage et les affaires se concluent en Libye. Karim est Ă  lui seul une centrale d’achat puisqu’il fournit plusieurs magasins des grandes villes tunisiennes. Et n’est pas malheureux : comme la plupart des marchands du souk, il possĂšde aux abords de la ville une coquette villa affublĂ©e d’une parabole et entourĂ©e de jeunes oliviers.

Au cafĂ© du coin rĂšgne une certaine morositĂ©. Abdallah y a passĂ© toute la journĂ©e. Il faisait jusqu’à dix voyages par jour avec sa vieille voiture qu’il avait dotĂ©e d’un rĂ©servoir surdimensionnĂ© pour rapporter plus d’essence, mais son vĂ©hicule n’est plus autorisĂ© Ă  circuler. C’est sa femme qui subvient dĂ©sormais aux besoins de la famille en revendant des produits du souk Ă  Tunis. Certains le raillent : « Ici, pour ne pas travailler, il faut le vouloir ; il y a toujours moyen de se dĂ©brouiller. » Les jeunes sont du mĂȘme avis. Et quand ils s’ennuient, ils vont faire la fĂȘte Ă  Zarzis ou Ă  Djerba. Certains reconnaissent avoir Ă©tĂ© tentĂ©s par l’émigration clandestine, mais les dangers de cette entreprise les ont dissuadĂ©s de franchir le pas. « On ne sait rien de ceux qui sont partis, note avec inquiĂ©tude l’un d’eux. Ils ne peuvent pas revenir, ils n’ont pas de passeport
 C’est facile de partir. Pour 300 DT, des passeurs t’emmĂšnent en Libye et, de lĂ , pour 2 000 DT, tu pars pour l’Italie. » Mais ces jeunes ont quand mĂȘme un rĂȘve, celui de pouvoir vivre, comme leurs pĂšres, des revenus du marchĂ© parallĂšle. Une ambition de plus en plus contrariĂ©e, la Tunisie et la Libye s’acheminant – signe des temps – vers le dĂ©veloppement de relations Ă©conomiques nettement plus formelles. 

(Source: Le site de Jeune Afrique le 10 juin 2010)

 

Iran: 71 femmes “mal voilĂ©es” empĂȘchĂ©es de prendre l’avion


AFP / 14 juin 2010 14h58 TEHERAN – Soixante et onze femmes “mal-voilĂ©es” ont Ă©tĂ© empĂȘchĂ©es de prendre l’avion au cours des trois derniers mois alors que 33.000 voyageurs, hommes et femmes, ont dĂ» changer de vĂȘtements avant de pouvoir monter Ă  bord, selon un responsable de la police citĂ© lundi par l’agence Ilna. Au cours des 82 premiers jours de l’annĂ©e iranienne, qui a dĂ©bute le 21 mars, “la police des frontiĂšres a empĂȘchĂ© 71 femmes mal voilĂ©es de monter dans l’avion. Elles ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es Ă  la justice” pour non respect du voile islamique, a dĂ©clarĂ© Nabiollah Heydari, le chef de la police des aĂ©roports. Depuis la victoire de la rĂ©volution islamique de 1979, le port du voile islamique est obligatoire pour les femmes, qu’elles soient iraniennes ou Ă©trangĂšres et quelle que soit leur religion. Il a ajoutĂ© que “33.029 hommes et femmes mal habillĂ©s avaient dĂ» changer de vĂȘtements avant d’ĂȘtre autorisĂ©s Ă  monter dans l’avion”. Enfin, toujours selon lui, “87.714 femmes mal voilĂ©es ont reçu des avertissements” alors que 3.506 autres ont dĂ» donner un “engagement Ă©crit” pour respecter le port du voile Ă  l’avenir. “Tous les voyageurs, qu’ils soient hommes ou femmes, doivent respecter la culture et les croyances de la population (…) Si les voyageurs mal habillĂ©s corrigent leur tenue ils peuvent poursuivre leur voyage”, a ajoutĂ© le mĂȘme responsable. Les femmes doivent porter un voile islamique couvrant leur chevelure et les formes de leur corps, mais ces derniĂšres annĂ©es les femmes respectent avec moins de restriction le voile islamique, en particulier Ă  TĂ©hĂ©ran et dans les grandes villes. Ces derniĂšres semaines, la police des moeurs, comme chaque annĂ©e avant l’Ă©tĂ©, est intervenue pour de nombreuses intimidations et arrestations de femmes Ă  la tenue jugĂ©e non conforme aux prĂ©ceptes de l’islam, c’est-Ă -dire laissant voir trop de chevelure ou trop de peau. Ces femmes “mal voilĂ©es” risquent une amende pouvant aller jusqu’Ă  1.300 dollars. Le prĂ©sident iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est dĂ©clarĂ© dimanche “fermement opposĂ©” aux contrĂŽles et arrestations de femmes “mal voilĂ©es” ou de jeunes non mariĂ©s qui se sont multipliĂ©s Ă  TĂ©hĂ©ran ces derniĂšres semaines.  

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