13 mars 2006

Home – Accueil الرئيسية

TUNISNEWS
6 ème année, N° 2120 du 12.03.2006

 archives : www.tunisnews.net


Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou: Maître Mohamed Abbou s’apprête à passer sa 400ème  nuit en prison. TUNeZINE: Numéro spécial – Le 13 mars 2005, Zouhair Yahyaoui nous quittait… Le Journal: pour un pluripartisme plus equilibre DPA: Von der Unabhängigkeit in die Moderne – Tunesiens « schöne neue Welt »Von Hanns Abdelaziz Chaambi: Forum social maghrebin Noura Borsali: Ces femmes qui ont fait l’Indépendance Réalités: B’chira Ben Mrad : “ Notre préoccupation première était l’indépendance de notre pays ” Réalités: U.F.T. – “Ce qui était primordial à l’époque, c’était la lutte pour la libération nationale” Réalités: Les évènements du 9 avril 1938 et la participation des femmes Hocine Ait-Ahmed: L’Algérie, un pays saigné au profit des clans Le Monde: Marcel Gauchet « L’Occident est aveugle sur les effets de la mondialisation de l’économie et des moeurs » Sunday Telegraph: Un soldat britannique: « J¹abandonne ! Votre guerre est illégale! »


 
Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou 

Maître Mohamed Abbou s’apprête à passer sa 400ème  nuit en prison.

Kidnappé dans la rue puis incarcéré injustement depuis le premier mars 2005, cet avocat de la liberté, comme le surnomment ses pairs, doit purger une  peine de prison ferme de trois ans et demi pour avoir osé écrire sur les dérives du régime tunisien et en particulier le président en exercice Ben Ali. Une année d’acharnement policier, judiciaire et médiatique n’a pas suffi à assouvir l’appétit de vengeance d’une dictature qui a fait de la chasse aux opposants son domaine de prédilection ! Après avoir violemment empêché, il y a quelques jours la tenue d’un rassemblement de protestation devant la prison du Kef, le régime tunisien s’est retourné encore une fois contre Mohamed Abbou en dressant contre lui des agents pénitentiaires et des prisonniers de droit commun (ou ceux qui en reste après la libération de centaines d’entre eux !) et ce afin de rendre infernal son séjour carcéral. Menaces, insultes, humiliations de tout genre, agressions sont devenus donc le quotidien de Maître Abbou qui vient d’alerter ses avocats au sujet de ce stratagème abjecte.   En guise de protestation contre son incarcération et les conditions de sa détention, sa femme Samia Abbou refuse de se contenter d’une visite aussi courte (trois minutes) qu’éprouvante. Elle a décidé de manifester sa colère et son indignation devant la prison où « est tenu en otage son mari », bravant ainsi les barbouzes déchaînés du régime dépêchés tous les jeudis au Kef (jour et lieu de la visite hebdomadaire). Devant cet acharnement qui ne finit pas, Mohamed Abbou a décidé d’entamer une nouvelle grève de la faim. Sa famille, ses avocats et ses amis craignent que cette nouvelle abstention ne porte un préjudice irrémédiable à sa santé. Le Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou, tient le régime tunisien, et en premier lieu le président Ben Ali, pour responsable de toute atteinte à l’intégrité physique de Mohamed. Il réclame encore une fois sa libération immédiate et inconditionnelle, il promet enfin d’intensifier la mobilisation jusqu’à ce qu’il  soit mis fin à cette injustice.  Paris, le 12 mars 2006 Imad Daïmi, Vincent Geisser, Chokri Hamrouni Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou
 

Le 13 mars 2005, Zouhair Yahyaoui nous quittait…

Un numéro spécial de TUNeZINE :

 

houda : Hommage à ettounsi de TUNeZINE Mkarriz : Personnel et éternel Najeh Ben Saad : Dédicace : Poèmes pour Zouhair L’avocat du diable Facture hasni : Correspondance d’outre-tombe KurtCobain : Album photos à la mémoire de Zou Tunezinien : Fî bilâd al-Tararany ( Au pays de Tararani) Janine Borel : Les yeux Kacem : المحيط و الفضاء زهير اليحياوي Lecteur Assidu : Mon ami raconté en quatre actes !


 

Personnel et éternel

Je croyais avoir perdu ma sensibilité d’être humain face à la mort. Je pensais que jamais une larme ne coulerait de mes yeux ! Jamais ! Pour l’être, il faut avoir le cœur de roc, le sang glacé et les sens impitoyablement figés. Le temps passa sans que je ne m’en aperçoive, me voilà habité par cette hantise et habitué à une espèce de stoïcisme qui troubla, d’une façon ou d’une autre, mon for intérieur. Je pensai alors qu’un choc me déstabilisa et métamorphosa même mon regard, devenu impassible en face de n’importe quel malheur ! Quel choc ? Jamais de ma vie, je n’eus de choc qui puisse tant me perturber.

Mon père mourut, j’avais à peine 5 ans. Trop jeune, je ne compris rien à ce qui se passait ce jour-là. Je m’accroche encore aux quelques images, parfois trop vagues ou trop discontinues dans ma mémoire de mon défunt père, quelques images usées par le temps et que j’ai peur de les voir disparaître. J’eus même une rage intérieure contre ma grand-mère, que Dieu la préserve en ces temps difficiles, elle me disait à chaque fois que je lui demandais où était papa, qu’il était en voyage. Je ne comprenais rien, mais ayant été trop jeune pour y penser, le jeu et l’insouciance furent mon refuge. Le temps passa. Ce ne fut donc pas un choc puisque j‘en pris conscience progressivement ! Je ne savais pas du tout ce qui se passait. Je me souviens, je me cachais derrière une colonne dans la cours de la maison, je pense encore que la présence de tant de gens me dérangeait et que l’atmosphère de tristesse qui régnait m’étouffait. Je ne me rappelle que de ma mère, les larmes aux yeux et le cœur meurtri, elle qui a perdu son mari trop jeune pour mourir trop jeune, puisque, tout comme Zouhair Yahyaoui, il n‘avait même pas atteint la quarantaine ! De temps en temps, je blâme mon pays qui m’a pris mon père, mais, je garde cette fierté dont je parle, aujourd’hui pour la première fois, une fierté de savoir qu’il fut mort en servant son pays, les siens. Ces anciens collègues et nos proches le lui reconnaissent jusqu’à maintenant. Il partit, c’était dans des circonstances de travail, ce fut son choix, son collègue, lui, fut épargné grâce à mon père. Ce fut son heure, dit-on !

Combien de funérailles je vis passer devant moi ! Jamais je ne pus déverser une seule goutte, une seule larme ni même l’envie de le faire avec toute la tristesse du monde qui m’envahissait dans certaines occasions funèbres, rien ne sortait, je m’en voulais, je me détestais et je me demandais ce qu’il m’arrivait. Je me résignai alors à l’idée que ne l’avoir jamais fait pour mon père, je ne le ferais jamais pour personne d’autre : une explication de désespoir !

Le 13 mars, coïncide presque jour pour jour avec le décès de mon père, en cette même date de 2005, un autre être cher nous quitta, ce fut Zouhair Yahyaoui التونسي متاع التونيزين. Je ne le rencontrai jamais en personne, mais je connais sa voix qui résonne encore dans mes oreilles et je discutai avec lui à maintes reprises. TUNeZINE fut notre refuge où les escapades nocturnes et diurnes se succédèrent. Nous nous réunîmes pour le meilleur et pour le pire, brandissant le drapeau de notre chère patrie, notre Tunisie et en chantant la liberté, notre espérance. Pour moi, une autre personne dont les souvenirs resteront gravés à jamais dans ma mémoire, côte à côte avec ceux de mon père. La mort me nargua pour une deuxième fois, une autre personne qui comptait énormément pour moi partit à la fleur de l’âge, trop jeune, au service de son pays. Qui blâmer alors ? Dieu ? la vie injuste ? la mort ? le destin ? Je n’en sais rien ! Peut-être personne, c’est ainsi que va la vie !

Ce jour-là, je pleurai sans arrêt, les larmes retentirent sans que je ne puisse les arrêter ni y comprendre quelque chose, je déversai les larmes qui résistèrent et refusèrent de sortir des années durant pour la perte de proches, des larmes de crocodile. Zouhair nous quitta, mais son âme est encore en nous, en moi. Aujourd’hui encore, je rends hommage à l’homme libre qu’il est, mon ami, l’homme qui jeta en moi une étincelle de la flamme de liberté qu’il portait et qui ne s’éteindra plus jamais. Quoi qu’il en soit, quoi qu’il arrive, je veux aussi remercier tous les Tuneziniens, tous ceux et celles qui ont fait les beaux jours de TUNeZINE, je vous dis que je vous aime et que je ne vous oublierai jamais.

Mkarriz fut né sur TUNeZINE et c’est sur TUNeZINE, la mort dans l’âme, qu’il a choisi de s’éteindre.

J’allume une bougie !

Merci Ettounsi ! À dieu TUNeZINE !

 Fraj Brik alias Mkarriz

13-03-2006

(Source : « Tunezine », le 13 mars 2006)


 

Mon ami raconté en quatre actes !

 Acte 1

 : Genève. Devant le Palais des Nations Quand : février 2005

 

Une douzaine de personnes attendent le tramway qui les emmènera à la conférence de presse de Reporters Sans Frontières. Une d’entre elles n’arrête pas de gesticuler…

 

Ettounsi : Bouha, c’est la première fois que je te vois. Mais tu ne peux être que Lecteur Assidu.

Lecteur Assidu : Bingo !

Acte 2

 : Banlieue de Genève. L’Auberge de jeunesse « Mandat international » Quand : février 2005

Ettounsi : J’ai aimé ton papier, publié sur Kalima, à propos de feu Noureddine Ben Khedher.

Lecteur Assidu (ironique) : Si tu meurs rapidement, je te promets un meilleur hommage… !

Acte 3

 : Banlieue de Genève. L’Auberge de jeunesse « Mandat international » Quand : février 2005

Lecteur Assidu : Que penses-tu faire plus tard ?

Ettounsi : Plus tard ? Bof, de toutes façons, je ne vivrai pas longtemps…

Acte 4

 : Le Valais. Piste de l’ours. À plus de 1000 mètres d’altitude Quand : février 2005

 

Deux énergumènes dessinent quelques mots sur la neige.

 

Lecteur Assidu : « À bas ZABA ».

Ettounsi : Si tu mets un accent sur le A, « ils » vont tout de suite savoir que c’est lecteur assidu qui a fait le dessin….

 

 Lecteur Assidu 13-03-2006

 

(Source : « Tunezine », le 13 mars 2006)

URL: http://www.tunezine.com/article.php3?id_article=1047


 

7ème Congrès du parti de l’Unité Populaire (PUP)

Election, hier, des 120 membres du Conseil central

•Celle des membres du Bureau politique, reportée à une date ultérieure

 

Après l’élection des 120 membres du Conseil central du parti, 171 candidats se sont présentés, le président du congrès, Houcine Hammami a décidé de reporter l’élection prévue hier des membres du Bureau politique a une date qui sera fixée ultérieurement.

 

 

Les raisons  évoquées tiennent surtout à la fatigue  et à l’éloignement de la résidence de plusieurs congressistes.

 

Adoption

 

L’opération  de vote a démarré pendant la nuit  du samedi au dimanche  et s’est terminée  à l’aube et le dépouillement des bulletins de vote a duré jusqu’à  16 heures.

 

Dans la journée du samedi les commissions   ont examiné les projets des motions  du congrès  qui  ont été soumis   ensuite au débat général  avant  leur adoption par les congressistes.

 

N.S

 

(Source : « Le Temps » du 13 mars 2006)


La Lettre du Journal

POUR UN PLURIPARTISME PLUS EQUILIBRE

 Par M’hamed JAIBI

 La naissance, la semaine passée, d’un nouveau parti politique, celui des écolos, pose, avec d’autant plus d’acuité, le problème de l’équilibre de notre échiquier politique national.

 

Nous en sommes, aujourd’hui, à neuf. Or, tous ces partis, dont certains traitent les autres de tous les noms, n’ont, en aucune manière, réussi à générer un système politique pluraliste performant. C’est à dire, à la fois, efficace et crédible, aussi bien à l’intérieur de nos frontières, qu’à l’extérieur.

 

Un système efficace, c’est un système qui garantit la bonne gestion des affaires du pays et des intérêts des citoyens. Et, en cela, notre pays a montré ses capacités et su enregistrer des performances louables dans la plupart des domaines.

 

Un système crédible, c’est un système où les contre-pouvoirs manifestent leur présence en toute occasion, et sont écoutés et respectés de tous. Et il se trouve qu’un système efficace a, normalement, les moyens d’être parfaitement crédible.

 

N’empêche qu’en Tunisie, un certain unanimisme, devenu tradition, n’a pas donné au pays la chance de se construire un avenir réellement pluraliste, c’est à dire les bases d’un jeu politique équilibré en mesure de préparer l’alternance.

 

Les dernières élections législatives ont, une nouvelle fois, montré un franc déséquilibre entre, d’une part, un parti gouvernemental ultra-majoritaire, drainant aussi bien la masse que l’élite, et, d’autre part, sept partis, sans grand programme, appelant à plus de démocratie et de libertés.

Que peut apporter, dans ces conditions, le parti des verts ? Sinon la confirmation d’un scénario inopérant sur le long terme, et qui risque de s’effilocher à moyenne échéance, si la relance ne vient pas.

 

La relance, c’est la prise de conscience de l’impérative nécessité d’un échiquier politique équilibré, qui sache prémunir le pays de la moindre probabilité d’aller à l’aventure. Les récentes élections en Egypte et en Palestine, ont montré que les surprises sont possibles. Et que les équilibres précaires peuvent, lorsque la conjoncture les accompagne, générer des changements ouvrant sur l’inconnu.

 

Tout cela pour dire à quel point la Tunisie a besoin, aujourd’hui, d’un pluralisme efficace, né de son pragmatisme ancestral. Un bi ou un tripartisme convivial qui clarifierait les choses et sécuriserait l’avenir. Un échiquier qui permettrait de délier les langues à temps et de la meilleure manière, afin de parfaire l’édification économique et le développement global du pays, si bien menés, pour l’essentiel, toutes ces dernières années. Car, sans équilibre entre deux ou trois grands courants qui se partageraient la sympathie des citoyens, et se surveilleraient démocratiquement, il ne peut y avoir ni crédibilité institutionnelle ni projet politique mobilisateur. Encore moins, l’assurance d’un processus historique sécurisé, qui sache prémunir le pays de tout soubresaut.

 

(Source : « le Journal » N° 17 du 11 mars 2006)

URL: http://www.gplcom.com/journal/fr/


Von der Unabhängigkeit in die Moderne – Tunesiens « schöne neue Welt »Von Hanns

Jochen Kaffsack, dpa

 

DPA, le 13.03.2006 à 01h35

Tunis (dpa) – Als der « oberste Kämpfer » und Begründer des modernen Tunesien, Habib Bourguiba, vor sechs Jahren starb, gab es keine große nationale Trauerzeremonie. Ohne viel Brimborium gedachte man in Monastir des Mannes, der das kleine nordafrikanische Land in die´Unabhängigkeit von Frankreich geführt hatte. Sein Denkmal auf der nach ihm benannten Pracht-Avenue von Tunis hatte der Nachfolger im Präsidentenamt, Zine el-Abidine Ben Ali, längst abreißen lassen. Die am 20. März vor 50 Jahren erreichte Unabhängigkeit des Landes dürfte gerade auf diesen « Champs-Elysées von Tunis » dennoch gefeiert werden.

 

   Während Ben Ali sein straff geführtes Touristenparadies Europa nacheifern lassen will, hat der für Nordafrika bemerkenswert moderne Staat doch dem « Vater der Unabhängigkeit » viele der sozialen Vorzüge zu verdanken. Vor allem war es Bourguiba einst gelungen, den kleinen östlichen Nachbarn Algeriens mit einer geschickten Politik den Händen der französischen Kolonialherren zu entreißen und und ohne blutigen Bürgerkrieg in eine « sozialistisch » gemeinte Zukunft zu führen.

 

   Tunesien ist zwar ein junges Land, doch die Älteren haben nicht vergessen, was auf Bourguiba zurückgeht und wie sehr viele dennoch von Ben Ali einen liberaleren Kurs für den Mittelmeeranrainer erhofft hatten. Ben Ali hat das Land modernisiert, die soziale Gesetzgebung fortgeschrieben und wirtschaftspolitisch an Europa ausgerichtet. Er hält die Islamisten geschickt auf Distanz, die Tourismusindustrie lockt derweil Millionen an die Strände von Djerba, Hammamet oder Sousse. Tunesien ist Ben Alis autoritär gelenkte « schöne neue Welt ».

 

   1987 mit einem sanften Putsch ans Ruder gekommen und alle fünf Jahre in der Regel mit mehr als 90 Prozent der Stimmen bestätigt, hat Ben Ali vor dem Jahrestag der Unabhängigkeit im Zuge einer Amnestie auch knapp 80 islamistische Gefangene auf freien Fuß setzen lassen.

 

   Mit dem Vertrag von Bardo 1881 war das jahrhundertelang türkisch beherrschte Land zum Protektorat der Franzosen geworden, die Oliven ernteten und Wein zum Wohl von Festland-Frankreich anbauten. In die bald aufkommenden Unabhängigkeitsbestrebungen schaltet sich 1934 der noch junge, in Paris ausgebildete Jurist Bourguiba mit der Gründung der Neo-Destour-Partei ein. 17 Jahre verbrachte er in französischen Gefängnissen und im Exil. Als er dann 1955 endgültig in seine Heimat zurückkehrte, waren die Unabhängigkeit 1956 und die Ausrufung der – weiter französisch geprägten – Republik am 25. Juli 1957 nicht weit.

 

   Bourguiba baute eine Präsidialherrschaft mit uneingeschränkter Macht auf. Die Verfassung von 1959 hob nicht nur die Schleierpflicht für Frauen in dem Land der sunnitischen Muslime auf, sondern auch die Polygamie und die Scharia, also die Gerichtsbarkeit des Islam. Die Gleichstellung von Mann und Frau in dem arabischen Staat der heute etwa zehn Millionen Tunesier gehörte mit zu den Bausteinen einer modernen und auf diesem Feld recht fortschrittlichen Gesellschaft. Lehrerinnen, Ärztinnen, Rechtsanwältinnen prägen das Tunesien von heute ebenso wie Studentinnen das Campus-Leben der Universitäten.

 

   Ben Ali (69) führt den Kurs des Ziehvaters fort, den er 1987 nach 31 Jahren an der Macht aus dem Amt hebeln ließ. Der Informatik-Fan setzt auf neue Technologien, eine starke Polizeipräsenz und einen breit angelegten nationalen Fonds für ärmere Regionen. Reibungslos funktioniert sein Überwachungsapparat. Menschenrechtsorganisationen beklagen die Willkür von Polizei und Justiz, eine stark geknebeltePressefreiheit und den Kult um den Präsidenten, der auch schon bald

zwei Jahrzehnte herrscht und das Amt noch lange nicht abgeben will. « Wir wollen in Tunesien keine algerischen Verhältnisse mit Millionen Bürgerkriegstoten, unsere Demokratie muss langsam ausgebaut werden », so argumentieren jene, die in der Hauptstadt Tunis das Sagen haben.

 

DPA  (L’Agence de Presse Allemande)

 

(La rédaction de TUNISNEWS prie nos amiEs et lecteurEs qui maitrisent l’allemand et qui ont du temps de bien vouloir traduire cet article pour le reste des lecteurs. Merci)

 


FORUM SOCIAL MAGHREBIN

 

L’Assemblée Générale de préparation du Forum Social Maghrébin s’est déroulée les 27-28-et 29 Janvier 2006 à Bouznika au Maroc et a rassemblé environ 450 personnes venues de Tunisie, d’Algérie , du Maroc, de Mauritanie , du Sahara et d’Europe.

 

Ce rassemblement s’inscrit dans le cadre des forums sociaux polycentriques qui ont vu l’organisation des Forums de Caracas, de Bamako, de Karachi, afin de casser la monopolisation du Forum de Porto Alegre comme unique point de ralliement, de réflexion, et d’échanges des altermondialistes.

 

La mondialisation frappe aussi le Maghreb

 

Il est évident que les peuples du Maghreb sont concernés , comme l’ensemble des populations pauvres dans le monde, par la mondialisation néo-libérale qui aggrave la précarité , creuse encore plus le fossé entre habitants et pays riches et pauvres, avec son cortège d’exclusions sociales et culturelles .

 

Il suffit d’observer l’effet des délocalisations en Chine par exemple de pans entiers de l’industrie du Maghreb, comme le textile, qui a entraîné le chômage de dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui n’ont plus aucune perspective de retrouver un emploi. Ces effets dévastateurs entraînent de fait une aggravation des fléaux sociaux tels que la prostitution, l’usage et le trafic de stupéfiants, et trop souvent les tentatives d’immigration avec son lot quasi quotidien de barques de la mort qui ont transformé la mer Méditerranée en cimetière pour gens du Sud.

 

Un acquis pour la liberté d’____expression

 

Malgré un fond de nationalisme sous-jacent durant cette assemblée générale activé par la question du Sahara, par l’absence de connaissances mutuelles entre les différents mouvements sociaux du Maghreb, ou simplement  par la présence « d’agents » ou d’acteurs liés aux pouvoirs en place, nous ne pouvons que constater et nous réjouir du fait qu’on assiste à une évolution  et un acquis dans le champ des libertés individuelles et d’____expression.

Il s’agit en effet d’une première dans nos pays d’origine, que des acteurs sociaux et des militants altermondialistes de l’ensemble des pays du Maghreb (les Libyens devraient intégrer prochainement)  puissent se   retrouver pour débattre et s’organiser , sans avoir à subir la répression ou les tracasseries administratives . Nous devons, ne serait-ce que pour cela, encourager de telles initiatives  et remercier les organisateurs Marocains de cette rencontre en n’oubliant pas de les aider à mettre sur pied le Forum Social Maghrébin dont la date est fixée au mois de Mai 2007.

Vous trouverez ci-dessous le programme de l’assemblée générale du FSMaghrébin sur lequel je reviendrai  en fin d’article.

 

 Samedi 28 janvier 2005

Matinée :

Travaux en groupes d’identification de thématiques de travail pour un FSMaghreb, les groupes seront divisés sur 8 entrés génériques de thèmes et devront les décliner en sous thèmes :

o        Maghreb et Mondialisation – libre échange USA, partenariat Euro med, …)

o        Résolution de conflit

o        Démocratie et Droits de l’Homme

o        Immigration

o        Environnement

o        Femmes du Maghreb : Marche vers l’égalité

o        Mouvements sociaux et droits économiques, sociaux et culturels

o        Jeunes et mouvements sociaux

 

Après midi

Travaux de commissions de travail sur les modalités de préparation du FSMaghrébin

o        Thématiques et la méthodologie

o        Communication, mémoire et agenda

o        Expansion et mobilisation

o        Coordination jeunes et FSMaghreb

o        Logistique et financement

Soirée

–           Soirée artistique

 

Dimanche 29 janvier

Matinée

–          Restitution des travaux des commissions en plénière

 

Après midi

–         Conférence de presse dans des « Pateras de la dignité »

o       Un scénario de déroulement de la conférence de presse est en cours d’élaboration

 

Nous sommes concernés en tant que français d’origine maghrébine

 

Nous ne devons jamais oublier les raisons de notre présence en Europe, car elles sont fondatrices de notre solidarité et de notre compréhension des problèmes des pays d’origine.

 

Les flux migratoires du Sud vers le Nord, par  lesquels nos parents sont arrivés dans la citadelle-Europe, s’expliquent naturellement par le passé colonial dans les pays du Maghreb. Cet héritage a permis la construction dans la douleur de liens culturels linguistiques etc.. Mais, comme chacun sait, cette présence est surtout dûe à la volonté des gouvernants et leurs donneurs d’ordre de construire l’industrie et l’économie française, en particulier durant les Trente Glorieuses. C’est ainsi que de véritables exodes ont eu lieu au gré des besoins de l’économie et l’hégémonie européennes qui permettaient aux recruteurs d’aller sur place choisir les plus valides et les plus robustes parmi nos parents.

 

Quarante ans après les indépendances de nos pays d’origine nous constatons que la situation est toujours dramatique : l’absence de liberté, de démocratie réelle, la mauvaise gouvernance économique et financière et les effets de la mondialisation libérale ne font qu’exacerber la volonté de milliers de jeunes et moins jeunes de quitter leur pays pour l’Europe.

 

Les régimes du Maghreb, moyennant des aides financières et une immigration sélectionnée qui se profile, se transforment en supplétifs des administrations européennes pour le refoulement des populations sub-sahariennes qui veulent tenter de rejoindre l’Europe. L’exemple dramatique des refoulés de Ceuta et Melilia et le traitement inhumain qu’ils ont subi en un est un exemple encore frais dans toutes les mémoires.

Au-delà de ces dimensions, et à un niveau plus individuel, comment peut-on assister dans l’indifférence à l’appauvrissement constant  du Sud alors que la plupart d’entre nous, y avons encore des proches qui subissent de plein fouet les effets de ce libéralisme sauvage ?

 

Qui d’entre nous n’a pas constaté la dégradation des conditions de vie des classes populaires d’une année sur l’autre, pour peu que l’on garde les yeux ouverts et à condition évidemment d’aller à la rencontre des populations.

 

Et de sortir des périmètres lieux touristiques, de « prestige » et d’apparence (et encore ! Demandez alors aux autochtones qui viennent s’y pavaner quel est leur endettement personnel,  vous serez surpris…).

 

A défaut d’être alter-mondialistes ou réellement solidaires, nous devons faire attention à ne pas servir de miroir aux alouettes pour nos frères et sœurs qui vivent au Sud. En effet, nombreux sont ceux issus de l’immigration et vivant en Europe qui vont passer des vacances dans les pays d’origine et certains d’entre eux vont faire étalage de clinquant, frimer en quelque sorte, en étalant ostensiblement leurs signes extérieurs d’opulence (ou de pseudo richesse car trop souvent fabriquée moyennant des privations parfois dramatiques ou de petits trafics) devant une population vulnérable, fragilisée par les difficultés économiques et qui se prend tout naturellement à rêver d’un Eldorado devant ces façades en trompe-l’œil exhibées durant l’été, à travers voitures de luxe, étalage de bijoux ou maisons cossues en construction.

 

Nous portons donc une lourde responsabilité devant ces phénomènes. Nous devons éduquer nos enfants vers plus de responsabilité et de solidarité avec nos frères et sœurs du Sud, en leur évitant d’être trompés et d’être appâtés par une société de consommation  et un libéralisme agressif qui les transforme à leur tour en leurre  pour d’autres.

 

Y-a-t-il une place pour les musulmans dans les Forums Sociaux ?

 

Lorsqu’on se plonge dans une lecture attentive des références islamiques, on ne peut qu’être agréablement surpris et encouragés, tant les notions de solidarité, de partage et d’altruisme sont nombreuses et tant la lutte contre les instincts bassement matériels est fermement recommandée. Nous ne devons jamais oublier que le jour du jugement dernier le musulman après avoir rendu des comptes sur l’adoration  de son Créateur, devra s’expliquer et rendre des comptes sur ce qu’il a fait avec et en faveur de l’ensemble de la création : les êtres humains bien entendu, mais aussi les animaux, les plantes et tout ce qui appartient au vivant et à la nature. A-t-il agi de manière responsable  et dans la voix de la justice ?

 

Tout musulman fidèle à ses convictions, aux principes fondateurs de sa foi, ne peut que reconnaître que le monde tel qu’il est dirigé court à sa perte, et qu’au nom de cette fidélité même il se doit d’œuvrer à sa transformation, son amélioration et à la recherche de solutions alternatives. Cette recherche doit être menée avec d’autres acteurs et mouvements animés par les mêmes préoccupations et déjà engagés dans une réflexion et des échanges depuis plusieurs années. La Charte des principes du Forum Social Mondial de Porto Alegre offre cet espace, cette Charte stipule notamment « il devient un processus permanent de recherche et d’élaboration d’alternatives »  et plus loin : « le FSM est toujours un espace ouvert au pluralisme et à la diversité des engagements et actions d’instances et de mouvements qui décident d’y prendre part…dans la mesure où ils respectent la charte des principes ». Dans les principes de cette charte il n’existe rien qui aille à l’encontre des principes de l’Islam ni à l’encontre d’une éthique citoyenne, nous pouvons y voir plutôt de la cohérence  et de la résonance avec nos principes. Nous sommes donc doublement  invités (en tant que croyants et en tant que citoyens) à prendre part à ce chantier pour l’avènement d’un autre monde plus juste, plus humain et plus fraternel.

 

C’est dans ce sens que plusieurs d’entre nous, à travers le CMF (Collectif des Musulmans de France) et le MIB ( Mouvement de l’Immigration et des Banlieues), entre autres, se sont engagés  dans ces dynamiques depuis plus de cinq ans et ont participé à l’anti G8, au Forums Sociaux de Saint-Denis et de Londres, au rassemblement du Larzac. Il s’agit d’expériences et de vécus très positifs et productifs car ils ont permis de débattre et de lutter pour des causes qui concernent l’humanité et pas seulement de petits intérêts égoïstes, qu’ils soient individuels, communautaires ou corporatistes. Ces moments constituent de par le fait qu’ils ont pu avoir lieu un excellent moyen de surmonter des préjugés, de vaincre des peurs et d’aller à la rencontre de l’autre. Ceci a permis aux uns et aux autres de mieux se connaître, de s’apprécier et de faire un bout de chemin ensemble qui, nous l’espérons sera le plus long et le plus fructueux possible. Nos partenaires alter-mondialistes ont pu découvrir que l’on peut être musulman pratiquant, progressiste et lutter contre le libéralisme, ou que l’on peut porter un foulard et se préoccuper du sort des peuples démunis et dénoncer l’impérialisme, la violence et les guerres.

 

Le FSMaghrébin : lieu de convergences ou  club privé pour « élites » ?

 

Une réunion de préparation du groupe Immigration s’est déroulée à Paris avant l’Assemblée générale du FSMaghrébin et aucune association musulmane ou d’obédience musulmane n’avait été invitée. Lors de cette réunion l’un des participants a dit publiquement qu’aucune association musulmane ne serait présente pour ce Forum Social.

 

C’est donc au nom des Indigènes de la République que j’ai pu participer à cette assemblée générale où j’ai dévoilé publiquement ma présence de clandestin, membre du Collectif des Musulmans de France. Alors qu’en Europe nous assistons à une vague d’islamophobie sans précédent, que les peuples musulmans en Afrique et en Asie sont les premières victimes de l’impérialisme, des dictatures et des effets de la mondialisation, les mouvements qui se réclament de ce courant de pensée n’ont pas eu droit de cité à Bouznika au Maroc. Et ceci est d’autant plus surprenant que nous nous trouvions dans un pays musulman dans lequel il existe un tissu associatif et militant musulman dynamique, diversifié et conséquent.

 

Lors de ce rassemblement, et à travers un atelier et une commission, j’ai soulevé la question de l’islamophobie et de la participation des musulmans au forum social, mais les rapporteurs ont bizarrement occulté ces questions dans leur compte rendu.  Lors de la réunion  plénière, une autre personne a pris la parole pour proposer un élargissement du forum social au monde arabe et proposer la prise en compte des courants musulmans progressistes mais il a été chahuté et empêché de s’exprimer normalement par un individu ouvertement éradicateur qui a pris cette réunion pour un club privé ou pour la chasse gardée du courant qu’il représente.

 

Nous avons eu droit, en revanche, à l’omniprésence du thème de la Laïcité évoqué à cinq reprises lors des comptes rendus, et une « féministe » algérienne a même proposé que ce thème soit transversal et qu’il soit donc présent dans tous les ateliers du prochain Forum Social Maghrébin. Pourtant, nous savons que la laïcité évoquée dans ces espaces n’est qu’un concept d’importation, lié à l’histoire spécifique de la France, et que dans la bouche de certains il signifie éradication de l’Islam et des musulmans du champ des luttes et du mouvement social pour le maintien de castes dirigeantes dictatoriales et spoliatrices.

 

Je tiens à signaler toutefois qu’une syndicaliste algérienne, membre d’un syndicat autonome, a pris la parole au cours de la plénière pour dénoncer ce discours trompeur en précisant qu’il ne fallait pas confondre Islam et patriarcat. Que la lutte des sociétés pour de plus de liberté n’a rien à voir avec des notions artificiellement plaquées sur les réalités maghrébines. Et que si archaïsme il y a au Maghreb c’est dans la nature des régimes qu’il faudrait le chercher et non pas dans la religion des musulmans.

 

A entendre les militants de la dictature, déguisés en « féministes » ou en démocrates de l’exclusion, on a l’impression que les musulmanes et les musulmans sont condamnés à ne jamais poser le débat et à lutter pour l’égalité à l’intérieur du champ de l’islam ou en référence à celui-ci, et en opposition aux interprétations machistes et rétrogrades de certaines traditions.

 

L’islamophobie serait-elle seulement une affaire de lobbying politico-médiatique, ou à l’instar du transfert de technologie du Nord vers le Sud, un transfert de problématique socio-politique du Sud vers le Nord, à moins que ça ne soit une supercherie et une escroquerie intellectuelle envers nos amis européens qui ne sont pas suffisamment informés de l’évolution des musulmans et des conditions des sociétés musulmanes.

 

En discutant avec certains financeurs de cette assemblée générale, j’ai appris que les organisateurs s’étaient auto-censurés par rapport à la question de la présence des musulmans, alors que dans le même temps nous enregistrons la présence physique et symbolique de mouvements catholiques et protestants. Nous pouvons donc regretter cette sélection inacceptable des acteurs pour la préparation de ce forum social qui doit en principe refléter la diversité et la richesse des mouvements sociaux qui respectent la charte des principes de Porto Alegre. La seule ligne de fracture est celle qui sépare les démocrates qu’ils soient musulmans ou non des ennemis de la liberté qu’ils soient laïcs ou pas.

 

Nous ne doutons pas que s’il s’avère qu’il y a eu manipulation et instrumentalisation dans cette affaire, des dispositions seront prises à l’avenir pour permettre la participation de tous et toutes dans la transparence et le respect mutuel. Nous avons mis près d’une décennie et beaucoup d’énergie à susciter et accompagner le changement des mentalités, tout en faisant évoluer la compréhension de nos sources, à appréhender la réalité de notre contexte européen et mondial, à faire émerger des acteurs réels. Les forums sociaux ne peuvent en aucun cas être pris en otage par des élites auto-proclamées et liberticides . Il serait dommageable, dramatique même, que les convergences autour de valeurs universelles et la recherche d’un autre monde avortent ou n’aient pas lieu, du fait de préjugés ou d’ignorance de certains et à cause de petits calculs et de malveillance d’autres.

 

Abdelaziz CHAAMBI   le 02 Mars  2006

 

(Source : Document reçu de la part d’ « Eternel Chômeur » le 12 mars 2006)


FEMMES ET HISTOIRE :

 Nos souvenirs sont nos seuls repères.

Noura Borsali

 

On tend souvent à penser que les femmes n’ont pas d’histoire ou que l’histoire s’est faite sans les femmes. Car, jusqu’aux travaux relativement récents de nos chercheurs, datant des dernières décennies du siècle précédent, il était rare qu’on signalât le rôle joué par les femmes dans le mouvement de libération nationale. Certes, cette perte d’une partie de notre mémoire collective s’explique—entre autres— par la récupération politique de la question de la femme par le parti-Etat. Et l’on ne s’étonnait pas de découvrir des signes d’interrogation sur les visages de ceux qui étaient venus à la galerie de l’information regarder les photos exposées, à l’occasion du 8 mars 1988, autour du thème “ Femmes et politique ” (exposition réalisée par Lilia Labidi et un groupe de femmes). Devant ces photos illustrant sur le vif des actions menées par des femmes, voilées ou non, le public n’a pas cessé de s’étonner et de s’exclamer : “ Mais les femmes ont joué un rôle dans l’histoire ! ”. “ Mais les femmes ont combattu ! ”, “ Où étaient donc ces documents ? Pourquoi n’avons-nous jamais eu l’occasion de les voir ? ” etc…Aussi est-il utile de restituer cette mémoire, encore vivante bien que longtemps réduite au silence, afin de réconcilier deux termes qui furent longtemps antonymes : “ femmes ” et “ histoire ”, en réhabilitant le rôle joué par ces dernières à partir des années 1930 afin de renouer les fils qui nous lient les uns aux autres à travers les mêmes souvenirs et les mêmes espoirs. Et reprenant son propre élan, cette mémoire pourra reconquérir la reconnaissance du monde. Me reviennent à la mémoire des noms de femmes comme Manoubia El Ouertani (1924), Najet Ben Othman (1925) et Habiba Menchari (1929) qui, dévoilées, apparurent sur la tribune publique (du parti socialiste), revendiquant la suppression du voile et la libération des Tunisiennes, provoquant ainsi l’anathème des oulémas. Un grand débat autour de la bataille du voile (1924-1929) eut lieu dans la presse socialiste ( Tunis socialiste ) et dans le journal réformiste tunisien En Nahdha et fut marqué par une polémique entre Habib Bourguiba et le socialiste Mohamed Naâmane. Me reviennent encore à la mémoire les visages de Salem Ben Hamida “ qui avait proclamé, déjà en 1911, la nécessité de la libération de la femme ” (M.Kraïem), de Hédi Laabidi “ qui incita, à partir de 1928, les femmes instruites à créer des clubs et associations féminines ” (Souad Bakalti) et de Tahar Haddad qui, en 1930, osa dénoncer, dans son ouvrage “ Notre femme dans la législation et la société ”, le sort lamentable réservé à la majorité des femmes. Ce qui lui valut une campagne et une persécution organisées par les cheikhs conservateurs de la Zitouna, le réduisant ainsi à la misère et à la solitude. Je revois la participation des femmes à la lutte de libération nationale, à travers leurs photos et témoignages vivants, soit par le biais de leurs organisations (“ Union des femmes de Tunisie ”, “ Union des jeunes filles de Tunisie ”, “ Scouts Musulmans ”, “Union musulmane des femmes de Tunisie ”…), soit par le biais de leurs partis politiques respectifs : le Néo-destour et le parti communiste, ou encore par le biais de l’UGTT et du mouvement fellagha. Ces manifestations publiques ou privées revêtirent de multiples formes. “ Leur participation, écrit Souad Bakalti, dans son ouvrage déjà cité, relevait d’une pratique souvent différente de celle des hommes, sous des formes variées. Elles effectuaient des quêtes clandestines destinées à subvenir aux besoins des familles des détenus, à assurer la défense des inculpés et à pourvoir aux frais de la propagande, propageaient des mots d’ordre du Parti, jouaient un rôle de sentinelles, transportaient des armes, préparaient les victuailles pour les prisonniers et pour les combattants. Elles participaient parfois aux manifestations, apportaient leur soutien aux hommes par leurs youyous sur les terrasses, dans la rue, dans les salles de réunion etc… ”. Comme elles ont joué, note-t-elle encore, “ un rôle d’appoint important pour les fellaghas qui menèrent une insurrection sanglante ”, avec l’appui du Néo-Destour. Faut-il rappeler que ces mêmes femmes, recouvertes de leur safsari ou d’autres voiles ou dévoilées, ont constitué des soutiens solides des hommes dans la lutte pour l’indépendance de leur pays ? C’est pourquoi nous redonnons la parole à ces femmes qui ont combattu pour la libération nationale et aussi pour une meilleure participation des Tunisiennes à cette lutte à travers les différentes associations, unions et sections féminines de l’avant-indépendance. C’est ainsi qu’à travers des témoignages vivants des représentantes de l’Union Musulmane des Femmes de Tunisie (UMFT), de l’Union des Femmes de Tunisie (UFT) et de l’Union des Jeunes Filles de Tunisie (UNJT) recueillis, en 1988, est retracé l’itinéraire de ce mouvement, modeste soit-il, mais qui eut le privilège de pousser des Tunisiennes à rompre les lieux de l’enfermement et à se tailler une place dans l’espace public et militant jusque-là réservé aux hommes (1). Que cet effort nous permette de sortir de l’ombre toutes ces figures connues ou anonymes pour contribuer, avec l’aide précieuse de nos chercheurs et de nos historiens (2) en particulier, à construire une sorte d’archéologie de la mémoire. Une mémoire que bien des femmes de leur vivant ont tenté de revivifier grâce à leurs seuls repères : leurs souvenirs. Même si le prix à payer de tout récit oral est celui, pour l’historien, de procéder à des vérifications et des recoupements afin d’assurer la crédibilité du discours historique. Tant il est vrai qu’en dehors des sources écrites et des archives qui ne sont pas toujours disponibles, demeurent les récits oraux qui dévoilent les limites et les défaillances de l’historiographie officielle et qui nous aident à appréhender les faits historiques et à reconstruire notre mémoire nationale multiple et diverse…C’est, en fait — comme le disait si bien Saint-Exupéry—en posant, chacun de nous, sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde, non pas celui de la pensée unique mais celui de la richesse de la diversité.

 

(1) Voir dossier “ Femmes et indépendance ” dans ce même numéro.

 

(2) Réalités remercie, à ce propos, l’Institut Supérieur d’Histoire du Mouvement National (ISHMN) pour son aide précieuse.

 

(Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)

 


La participation des femmes à la lutte de Libération Nationale :

Ces femmes qui ont fait l’Indépendance

 

Notre pays commémore cette année deux cinquantenaires : celui de l’Indépendance le 20 mars 1956 et celui de la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP) le 13 août 1956. Deux dates importantes auxquelles Réalités se propose de réserver des dossiers. En ce 8 mars 2006, la Journée internationale des femmes revêt ainsi, dans notre pays, un caractère particulier. C’est pourquoi nous avons, à cette occasion, entrepris de lier en quelque sorte les deux évènements en rappelant l’apport des Tunisiennes— si modeste soit-il— à la lutte de libération nationale. C’est, en effet, leur participation à la bataille pour l’indépendance de leur pays qui a permis aux femmes de préparer leur propre libération du joug traditionnel et de poser leurs revendications pour une égalité en droits avec les hommes, et qui, conjuguée à la volonté politique—ô combien importante— de Bourguiba et du premier gouvernement de l’Indépendance, a abouti à la promulgation du Code du Statut Personnel. Toutefois, les femmes ne participeront pas aux élections de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) et ne seront pas représentées à cette même assemblée qui sera totalement masculine, en vertu de la loi électorale du 6 janvier 1956 limitant le droit de vote aux seuls hommes. Des femmes protesteront contre une telle discrimination et soumettront des revendications au chef du gouvernement Tahar Ben Ammar ainsi qu’à ceux qui furent les premiers députés de la Tunisie indépendante. A l’occasion donc du cinquantenaire de l’Indépendance et de la Journée internationale des femmes (8 mars), nous redonnons la parole à des représentantes d’associations féminines de l’avant-indépendance que nous avions interviewées en 1988 (in Le Maghreb, 1988). Certaines d’entre elles ne sont plus de ce monde. Comme nous avons retracé les luttes multiformes de femmes indépendantes ou liées à des partis politiques, à l’UGTT ou à la Cour beylicale. Nous ne prétendons pas bien sûr à l’exhaustivité. Ce dossier permettra, nous l’espérons, de réhabiliter le rôle joué par les Tunisiennes dans la lutte de libération de leur pays. Aussi ce cinquantenaire est-il une occasion pour rendre un hommage à celles, connues ou anonymes, qui ont cru à la Tunisie indépendante.

 

Les premières activités politiques des Tunisiennes : La “ Société des Dames Musulmanes ”

 

Des femmes ont tenu des réunions féminines au Marabout de Sidi Bouriga à Hammam Lif, à la mosquée de Sidi Bou Saïd, au Marabout de Sidi Abdelaziz à la Marsa et au Mausolée de la Manoubia à Montfleury afin d’“ inciter les présentes à exhorter leur mari au boycott des marchandises françaises et en particulier des produits des Monopoles ”, écrit l’historien Mustapha Kraïem dans son ouvrage “ Pouvoir colonial et mouvement national. La Tunisie des années trente ” (Alif, 1990). Selon notre auteur, “ c’est seulement au mois de septembre 1934 que les rapports de police font état de l’existence de la première association féminine tunisienne à caractère franchement politique ” : la “ Société des Dames Musulmanes ” animée par Madame Ben Khlifa, Madame Othman El Kaak et l’épouse du Docteur El Materi. Cette association, qui exista dès 1932 et que présida Fatma Guellaty, anima, selon Souad Bakalti, “ la première réunion organisée sans la participation des hommes. Les femmes affirmèrent ainsi leur volonté de sortir de la réclusion pour participer à la vie publique ”. Parmi les animatrices de cette association qui fut saluée comme “ l’éveil de la femme tunisienne à son devoir patriotique et social ” (Bakalti), se trouvaient également Néjiba Ben Mrad, Wassila Ben Ammar etc… En septembre-octobre 1934, et lors des évènements qui suivirent le boycott des produits français et qui gagnèrent les autres régions de la Tunisie, les femmes participèrent à la lutte, “ selon des modalités et des formes originales ”, telles que l’ont rapportée “ les rapports des contrôleurs civils, établis par la Résidence générale ” : “ Ainsi le 5 octobre 1934, à Moknine. La foule pressée, hurlant à mort. Les femmes poussaient des youyous stridents et haineux, on entendait l’éclatement des vitres, le bruit des coups de bélier enfonçant les portes, des cris de peur ou de souffrance. C’était l’émeute populaire dans toute son horreur. ” (S.Bakalti).

Les Tunisiennes et le ratissage du Cap Bon

Mme Badra Ben Mustapha Ouertani est la première femme sage-femme et était un membre très actif de l’UMFT. Voici son témoignage : “ J’étais trésorière de l’UMFT. Je me souviens qu’à nos kermesses, il y avait toujours trop de monde. Nos activités touchaient les militants emprisonnés auxquels on apportait de l’aide, comme nous avions aussi soutenu la grève de la faim à la Zitouna. Je me souviens de deux évènements très malheureux de notre histoire : ceux de Zéramdine où j’ai été en compagnie de M.Ahmed Ben Miled qui a fait un rapport sur la situation et le ratissage du Cap Bon (fin janvier 1952). Nous avons été, Tawhida Ben Cheikh, Hassiba Ghileb et moi, chargées de nous déplacer à Tazarka pour faire un rapport sur l’état de la population. Je me souviens que c’était affreux : des cervelles par terre, des femmes violées par les troupes du Général Garbay en présence de leurs maris et de leurs enfants on avait inscrit avec une lame Gillette sur le dos des hommes : “ Vive Bourguiba ”. La population crevait de faim, il y avait un manque de ravitaillement terrible. En rentrant, nous avons rédigé un rapport et j’ai contacté personnellement le Bey pour la question du ravitaillement ” (propos recueillis par nous-même en 1988). De l’avis même du Général Garbay, la répression fut sauvage, “ une véritable expédition de guerre ” : on dénombra plus de 200 morts et de nombreux blessés dans la Régence. Des maisons dynamitées, des civils et nourrissons exécutés etc…Mais on ignorait le nombre des emprisonnés et des internés dans les camps de concentration. (cité par S.Bakalti). Parmi les victimes, des dizaines de femmes furent violées. “ Tawhida B.Cheikh, alors vice-présidente du Croissant Rouge tunisien, mena une enquête en rédigeant un rapport qu’elle soumit aux autorités françaises ”. En avril 1952, alors que la résistance s’intensifia, des destouriennes dont Saïda Bouzgarrou, Asma Belkhoja et Faïza Meddeb prirent part à une manifestation devant la Résidence Générale. Asma Belkhoja fut condamnée, avec d’autres femmes, à un an de prison. (S.Bakalti)

 

Noura Borsali

 

(Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)


 

B’chira Ben Mrad :

“ Notre préoccupation première était l’indépendance de notre pays ”  

Parler du mouvement féminin en Tunisie, c’est évoquer avant tout le nom de B’chira Ben Mrad, qui fut la première femme à penser, vers les années 30, à créer une organisation féminine. Sur les photos illustrant ses activités, elle nous apparaît à la fleur de l’âge, voilée ou dévoilée, parlant devant une assemblée, manifestant dans la rue, assistant à des meetings et congrès, luttant contre la colonisation et pour la libération nationale. “ En 1936, B’chira Ben Mrad, écrit Souad Bakalti, organisa la première réunion féminine pour la cause du mouvement national ”. Quelles ont été les motivations qui vous ont poussée à créer la première organisation féminine en Tunisie : l’UMFT ? Ce qui m’a poussé à créer ce cadre, c’était avant tout la situation dans laquelle se trouvait notre pays. C’était l’époque coloniale où nos dirigeants étaient soit en exil, soit en prison. Je me souviens qu’un jour —je devais avoir 13 ou 14 ans— j’ai entendu une discussion entre nos dirigeants sur la colonisation et sur la situation désastreuse que connaissait le pays. C’était dans le cadre d’une réunion qui s’est tenue chez Hédi Ben Othman, à Sidi Bou Saïd, et à laquelle a assisté, entre autres personnalités, M. Mahmoud el Materi. Je pense que c’est à partir de ce moment que fut enraciné en moi le sentiment patriotique et que j’ai eu l’idée de créer un cadre qui puisse nous permettre d’agir pour la cause nationale. A l’époque, les femmes n’étaient pas réellement présentes dans le Mouvement national. Et grâce, d’une part à mes lectures de l’Egyptienne Houda Echaâraoui, et d’autre part aux encouragements de mon père, cheikh Mohamed Salah Ben Mrad, l’idée a commencé à germer dans ma tête. Un jour, cela devait être en 1937, on m’a rapporté que Belhaouane et d’autres militants destouriens avaient organisé une kermesse qui devait leur permettre de collecter de l’argent en faveur des étudiants nord-africains en France et que cette kermesse n’avait pas réussi. C’est alors que j’ai eu l’idée d’en organiser une avec les femmes. Nous avons alors informé les dirigeants destouriens comme Belhaouane et Mongi Slim qui, sceptiques au départ, ont fini par donner leur accord trois jours après. Nous avons alors préparé notre fête (c’était avant la création de l’UMFT) en constituant d’abord un comité d’organisation composé de Naïma Ben Salah, Tawhida Ben Cheikh, les filles Hajjaji (dont le père était ministre), Hassiba Ghileb et Nébiha Ben Miled. Nous avons réussi à regrouper 9.000 personnes à Dar el Fourati, rue El Mestiri et à collecter une très grosse somme d’argent qui a été remise aux responsables destouriens et destinée aux étudiants en France. Une semaine après (en 1937), nous avons créé l’UMFT après information et accord de quelques destouriens comme Belhaouane, Mongi Slim, Jallouli Farès et Rachid Driss dont nous entendions parler. Quelles étaient les relations qu’entretenait votre union avec le Néo-Destour ? Notre union était fortement liée au parti destourien. Nous n’entreprenions nos actions qu’après information de nos dirigeants comme Mongi Slim. D’autre part, tout l’argent que nous collections grâce à nos activités était destiné aux étudiants nord-africains en France et au Mouvement national. Nous avons beaucoup aidé Jallouli Farès, Mongi Slim, Rachid Driss, Habib Bourguiba, Béhi Ladgham, Ahmed Ben Miled (qui nous a apporté une aide discrète et précieuse), Slaheddine Bouchoucha, Mongi Baly, Mohamed Belhassine, Sadok el Mokaddem, Chédli Klibi et Hédi Nouira par la suite. Après la création de l’UMFT, Habib Bourguiba a manifesté le désir de nous rendre visite. C’est au local de notre section de Hammam-Lif que je l’ai vu pour la première fois. Depuis lors, il venait souvent et nous envoyait des lettres de France. Il voulait que les femmes soient actives. Quand il n’était pas là, Moufida Bourguiba venait assister à nos kermesses et plus tard, Wassila Bourguiba aussi. Quelles étaient vos activités ? C’était des activités scientifiques, culturelles, sociales et politiques. Nous avons beaucoup aidé les Scouts Musulmans, les étudiants nord-africains en France, les associations de bienfaisance musulmane, de secourisme etc…Nous voulions que les femmes aident le Mouvement national auquel nous les avons sensibilisées. Au moment de la famine, nous avons organisé des soupes populaires. D’autre part, nous avons apporté une aide (des collectes d’argent, des couffins) aux destouriens emprisonnés. Avez-vous en tant qu’UMFT, milité pour les droits des femmes ? On avait demandé que les femmes soient instruites car une société dont la moitié est ignorante ne peut avancer, d’autant plus que l’islam a encouragé l’instruction des femmes. A part cela, on ne parlait pas de droits des femmes du fait qu’on était en pleine lutte de libération nationale. Notre préoccupation première était l’indépendance du pays. Pensez-vous que les droits octroyés aux Tunisiennes en 1956 aient été un cadeau offert sur un plateau d’argent ? Bourguiba était certes pour l’émancipation des femmes. Mais je pense que l’acquisition de ces droits est le résultat de la précieuse participation des femmes à la lutte de libération nationale. Les femmes ont manifesté dans les rues, connu la prison, créé des projets, tenu des discours… Noura Borsali

 

(Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)


 

L’Union des jeunes filles de Tunisie :

Appel à la participation aux grèves nationales de 1951

 

Créée en février 1945, l’UJFT regroupait dans son premier bureau Mongia Hamidi, Aziza Hanafi, Fatma Djellouli, Kalthoum Bouhafa, Kalthoum Mazigh, Béatrice Slama et Souad Abdelkrim. Elle a publié un magazine : Feteyet echaab ettounsi (“ Jeunes filles ”). Fatma Djallouli B.B’chr et Gilda Khiari, interviewées en 1988 par nous-même, nous ont fourni les informations suivantes sur les activités de leur association.

 

“ Notre activité touchait différents domaines : lutte contre l’analphabétisme, défense des jeunes travailleuses qui étaient sous-payées par rapport aux hommes, aide sociale… Nous nous occupions des problèmes liés à la fin de la guerre : visites aux blessés, démarches pour le recasement des sinistrés (…). Nous avons participé au Comité d’action et de solidarité contre la famine, à des ouvroirs, à des collectes, au comité de lutte contre la vie chère. Travail d’éducation afin de faire prendre conscience aux jeunes filles de leur place réelle dans la société et de la nécessité pour elles de participer à la lutte du peuple tunisien pour l’indépendance nationale, pour les libertés publiques. Les aider à s’ouvrir également sur le monde extérieur en les faisant participer aux actions pour la liberté et la démocratie avec les jeunes filles du monde entier. Lors des évènements de Zéramdine, nous avons envoyé sur place une délégation de jeunes filles pour effectuer une enquête. Nous y avons également envoyé un camion avec des vivres pour les familles. Au moment du ratissage de Tazerka, une délégation est allée sur place. Là, nous avons contacté les jeunes filles dont beaucoup avaient été violées, et des articles ont été publiés dénonçant le ratissage. En 1951, nous avons aussi appelé les jeunes filles à participer aux grèves nationales. ”

 

(Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)


L’UNION DES FEMMES DE TUNISIE (U.F.T.) :

Nébiha Ben Miled, Gladys Adda, Sofia Zouiten et Neila Haddad :

“Ce qui était primordial à l’époque, c’était la lutte pour la libération nationale”

 

Quelles étaient les motivations qui ont poussé des femmes à créer, en 1944, un cadre spécifiquement féminin, tel que celui de l’UFT ?

 

Au printemps 1943, les derniers soldats allemands quittaient la Tunisie, transformée en champ de bataille. Mais la guerre n’était pas finie pour autant et des millions d’hommes et de femmes étaient encore engagés dans un combat sans merci contre les forces fascistes. Un groupe de femmes, communistes pour la plupart, épouses et mères de combattants, ont considéré que les femmes qui donnent la vie devaient se mobiliser pour soutenir cette lutte. Il faut signaler qu’à cette époque, nous ne faisions pas encore partie de cette association.

 

Quels étaient les rapports de l’UFT avec les autres organisations et partis politiques : Néo-Destour, Vieux-Destour, Parti communiste tunisien, Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), Union syndicale des travailleurs tunisiens (USTT) ?

 

Des rapports basés sur le respect mutuel. Nous coopérions chaque fois que nos préoccupations se rencontraient. Aussi l’UFT a-t-elle été aux côtés des partis destouriens et communiste lors des campagnes organisées pour les libertés publiques. Elle a été partie prenante dans les actions contre la vie chère. Nos oratrices ont pris la parole aux côtés de Farhat Hached lors d’un meeting organisé dans ce cadre au Palais des Sociétés Françaises. Comme d’ailleurs, nous avons adhéré au Comité pour la paix (devenu par la suite Comité pour la liberté et la paix), lequel était présidé par un destourien, Ali Belhaouane, puis Slimane Ben Slimane. Mongia Mouldi, membre du bureau directeur de l’UFT à l’époque, a participé aux côtés de Ali Belhaouane, destourien et Mohamed Jrad, communiste, au Ier Congrès de la Paix qui s’est tenu à Paris. En 1953, l’UFT a été parmi les initiateurs du Comité pour l’amnistie des condamnés à mort. Dans le cadre de ce comité, toutes les actions (pétitions, lettres aux députés français, campagne de presse à l’étranger etc…) étaient menées par des hommes et des femmes de toutes tendances (des destouriennes telles que Wassila Bourguiba et Neila Ben Ammar, des communistes et des sans parti…)

 

Quels étaient les axes sur lesquels ont porté vos activités et à quelles femmes s’adressaient-elles ?

 

Le but ultime de l’UFT était de faire prendre conscience aux femmes qu’elles étaient une force capable de prendre en main leurs destinées. Dans ce cadre, les mots d’ordre ont évolué en fonction de la conjoncture économique et politique du moment. Mais disons que notre activité a toujours tourné autour de trois axes principaux : action politique, action sociale, solidarité avec les femmes du monde entier. C’est dans le premier axe que s’inscrivent nos actions contre le fascisme, pour l’indépendance nationale, pour les libertés publiques, pour l’amnistie etc…Dans le domaine social, et malgré nos énormes difficultés financières, notre activité touchait à différents domaines… La femme dans tous les aspects de sa vie quotidienne : défense des droits des femmes au travail, lutte contre la vie chère, organisation de permanences médicales où étaient dispensés des cours d’accouchement sans douleur etc… Quant au troisième axe de nos activités, il s’inscrivait dans le cadre de la Fédération démocratique internationale des femmes (F.D.I.F.). Avec ces femmes du monde entier, nous célébrions le 8 mars, Journée internationale des femmes, la Journée mondiale de l’enfance… C’est aussi dans ce cadre que nous manifestions notre solidarité aux femmes en lutte pour leur indépendance : le Vietnam, la Corée (Zohra Ben Slimane a fait partie d’une délégation de la F.D.I.F. sur le 38ème parallèle) et l’Algérie bien sûr pour laquelle une mention spéciale devait être faite. Pour l’Algérie, non seulement nous parrainions des blessés et des enfants repliés en Tunisie, et nous préparions les “ sacs des combattants ” de l’armée de libération nationale (A.L.N.) mais aussi nous mobilisions les femmes françaises pour qu’elles soutiennent la lutte des femmes algériennes.

 

L’U.F.T. a-t-elle milité pour les droits des femmes : monogamie, droit au divorce, héritage… ?

 

Non. Nous n’étions pas des féministes au sens où il est entendu aujourd’hui, tout en étant respectueuses et admiratrices des femmes féministes. Certes, tous ces problèmes étaient évoqués au cours de certaines réunions de sections à propos de situations spécifiques vécues par certaines femmes. Nous les soutenions et les aidions à solutionner au mieux leurs problèmes personnels (permanences juridiques…) mais nous n’avons jamais mené d’actions autour de ces questions. Non pas que nous les considérions comme mineures, mais nous étions agressées par le vécu quotidien des femmes (rentrée des classes, rafles et refoulement vers les régions d’origine, famine, répression…) et surtout nous considérions que ce qui était primordial à l’époque, c’était la lutte pour la libération nationale. D’ailleurs, avant 1956, quelle organisation a mené une action pour les droits des femmes ? Quelques voix certes se sont fait entendre mais, disons-le franchement, Bourguiba a offert sur un plateau d’argent le C.S.P. aux femmes. Ce cadeau, à notre sens, était l’__expression de la reconnaissance par le Pouvoir du rôle joué par les femmes dans la lutte pour l’indépendance.

 

Noura Borsali  

 

(Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)


Les évènements du 9 avril 1938 et la participation des femmes  

“Ce fut après les sanglants évènements du 9 avril 1938 et la répression abattue sur le Néo-Destour que nous assistons, écrit Mustapha Kraïem, au déploiement spectaculaire de l’activité des femmes tunisiennes. Selon tous les témoignages et en particulier ceux de la police, les femmes jouèrent un rôle d’excitation qui avait donné à cette journée un brutal caractère sanglant. Les manifestations au départ, en majorité des étudiants zeitouniens partirent de la Médina ; au même moment, les femmes montées sur les terrasses poussaient des youyous qui provoquèrent un climat euphorique et une agressivité chez les manifestants(…). Toutefois, au lendemain du 9 Avril, à un moment où le pays était soumis sous le joug de la loi martiale et où toute manifestation nationaliste était l’objet d’une répression dissuasive, la preuve de la survie du mouvement national était cette fois démontrée, d’une façon tapageuse, par des manifestations spectaculaires où des éléments féminins jouèrent le rôle essentiel (…). ” Les émeutes de Tazarka du 11 avril 1938 virent également une participation féminine. “ Les femmes, montées sur les terrasses, excitèrent par leurs youyous la foule de manifestants qui grossissait, écrit Souad Bakalti, continuèrent leur lutte dans la clandestinité, sans organisation, mais sans relâche. Les réunions se formaient, les conférences se poursuivaient dans les hammams, les zaouias, les hôpitaux, partout où les femmes pouvaient être touchées en nombre et sans éveiller l’attention de la police ”. Plusieurs semaines plus tard, le 3 janvier 1939, une manifestation organisée par le Néo-Destour pour exiger la libération des détenus du 9 Avril et regroupant huit cents personnes fut “ conduite par un groupe de quelques dizaines de femmes ” et dirigée vers l’Hôtel Majestic où dînait le Chef du Gouvernement. Parmi les personnes arrêtées figuraient Jamila Fourati, Chédlia Bouzgarrou, Zakia Fourati, Hadda Ouerghemmi, Najiba B.Mustapha, Zennikha B.Mustapha, Chérifa Tourki, Aïcha Abidi, Chédlia Fathallah, Saïda Lahoui, Habiba El Aloui, Fatima El Bijaoui ”, qui furent condamnées à des peines d’emprisonnement de quinze jours et d’un mois . “ Leur libération donna lieu le 3 février à une manifestation populaire aux abords mêmes de la prison civile. A leur sortie de prison, les détenues furent accueillies par des applaudissements frénétiques. L’une des jeunes filles libérées prononça un discours nationaliste pour marquer la participation de la femme à la lutte de libération et pour exhorter les auditeurs à combattre pour la liberté ”(Mustapha Kraïem, déjà cité). Ce fut, selon Bakalti, le premier discours politique féminin : “ (…) La victoire des Tunisiens est devenue certaine et même prochaine grâce à l’union des jeunes filles et des jeunes hommes. Hommes, femmes, enfants, nous servirons tous la cause d’une patrie unique…Vive la patrie ! Vive le peuple tunisien ! Vivent les leaders de la liberté ! ”, a-t-elle dit ce jour-là (Bakalti). Les cellules féminines du Néo-Destour La mise en place de cellules féminines par le Néo-Destour fut un peu tardive. Ce n’est qu’en 1950, écrit Souad Bakalti, que le parti néo-destourien fonda une cellule féminine officielle, “ la cellule de la Médina ” et des sections dans toutes les villes. (…) Elle jouèrent un rôle de premier plan dans les manifestations qui explosèrent après “ la note du 15 décembre 1951 ”, à “ un moment décisif dans la vie du mouvement national ”. Elles reçurent l’ordre d’organiser des manifestations dans tout le pays. Octobre 1951 : manifestations de plus de 400 femmes tunisiennes avec leurs enfants, devant la Direction de l’Instruction Publique réclamant l’institution de la langue arabe comme langue véhiculaire et protestant contre la politique coloniale qui privait de l’enseignement les filles scolarisables. 15 janvier 1952 : manifestation de 700 à 800 personnes à Béjà, “ fief du colonialisme ”, organisée par huit destouriennes de Tunis dont Saïda et Chadlia Bouzgarrou, Neïla Ben Ammar et Wassila Ben Ammar, chargées par Bourguiba de fonder une nouvelle cellule destourienne. Des arrestations eurent lieu : huit hommes et dix femmes Chadlia Bouzgarrou, Neïla et Wassila Ben Ammar, Jamila Gamra, Fatma B.Ali, Kmar B.Mohamed Yahia Marzouki, Jamila B.Nedjma, Khédija B.Brahim, Mongia B.Salah et Tijania Ben el Haj qui furent relâchées. Le 18 janvier : tournée de ces mêmes militantes destouriennes à Sousse, à Monastir et à Sfax. Le 19 janvier : manifestation devant le Consulat des Etats-Unis aux cris de “ Bourguiba ”, “ Indépendance ”… A la suite de l’interdiction du congrès du Néo-Destour, de l’arrestation de destouriens (dont Bourguiba) et de communistes, et de la répression qui suivit les protestations, “ le 29 janvier 1952, dans une lettre au Général Juin, Raymond Pons estime à 300.000 le nombre d’adhérents au Néo-Destour et évoque le “ cran ” de la nouvelle génération, l’ “ exemple de l’énergie et de la ténacité ” donné par les femmes, la réalisation d’ “ une véritable conscience nationale ” (Souad Bakalti, ouvrage déjà cité). Les filles de Lamine Bey et la lutte de libération nationale Dans un témoignage recueilli par l’historienne Dalenda Larguèche et paru dans “ Mémoires de femmes tunisiennes dans la vie publique 1920-1960 ” (CREDIF-ISHMN, 1993), Zakia Bey, fille du dernier Bey régnant a relaté ses activités dans le cadre de la lutte de libération nationale. En voici des extraits : “ (…) J’ai participé à une campagne de don de sang qui a été organisée à la suite des événements de janvier 1952…J’ai présidé le “ Comité national de secourisme ” dont l’objectif était d’aider les victimes. Cette campagne a recouvert tout le pays. Tawhida B.Cheikh, Zakia Skandrani, Saïda Abdelmoula et d’autres ont contribué au succès de cette opération. Nous avons organisé des kermesses dont les bénéfices étaient également destinés à nourrir quotidiennement les nécessiteux dont le nombre s’élevait à des milliers à travers le pays, de Tunis à Djerba. Le stade municipal du Bardo fourmillait de victimes de la pauvreté et de la famine. (…) Mes activités ne se sont pas limitées à ces seules campagnes. En 1949, alors que mon mari était ministre du gouvernement M’Hamed Chenik, j’ai pris contact avec le groupe de Mohamed Dammak qui était responsable de la fabrication des bombes. Cette opération avait lieu chez moi, à l’insu de mon mari. Les cibles de leurs attentats étaient la Main Rouge et les Tunisiens collabos. Nous distribuions également des tracts imprimés à Essaïdia. Ma voiture était à la disposition de ce groupe qui l’utilisait quotidiennement pour transporter les armes et les bombes de Tébourba. Je changeais tous les jours de voiture afin de ne pas attirer l’attention de la police coloniale. (…) Nos activités étaient clandestines. Pour tout cela, j’ai usé de mon statut de princesse. Ce que j’ai fait aurait pu me mener au tribunal militaire et à la condamnation à mort (…) ” (Traduction du journal). Chérifa Messadi siégea aux côtés de Farhat Hached Première Tunisienne à avoir eu des responsabilités syndicales dans l’enseignement et avoir été élue à la Commission administrative de la centrale syndicale, Chérifa Messadi siégea durant deux ans aux côtés de Farhat Hached. Arrêtée le 7 décembre 1952, deux jours après l’assassinat du leader syndicaliste, elle fut internée pendant deux mois à l’Hôpital militaire de la Kharrouba avant d’être déportée par la suite à Kébili, dans le Sud tunisien où elle resta jusqu’au 5 juin 1953 (S.Bakalti). Noura Borsali (Source : « Réalités » N° 1054 du 9 mars 2006)


Point de vue

L’Algérie, un pays saigné au profit des clans

par Hocine Ait-Ahmed (*)

 

La maladie du président Abdelaziz Bouteflika, évacué en urgence vers l’hôpital parisien du Val-de-Grâce le 26 novembre 2005 et rentré triomphalement à Alger le 31 décembre, a constitué un rude moment de vérité pour un régime jusque-là passé maître dans l’art de la dissimulation.

 

Répondant dans une langue de bois du plus pur style stalinien aux interrogations légitimes sur la maladie du président, les officiels algériens ont « naturellement » opté pour la dénonciation des « ennemis », là où seule était en cause l’incompétence à communiquer sereinement et sincèrement.

 

Mais cette opacité n’a rien à voir avec celle qui a pu être entretenue en France autour de la maladie de certains chefs d’Etat. Elle est le symptôme d’un système politique qui a de longue date sombré dans les méandres de l’informel, où les mensonges officiels ne se comptent plus, où culte de la personnalité, népotisme et coups de Jarnac sont les seuls guides de ceux qui exercent des fonctions institutionnelles.

 

Plus personne en Algérie, du général le plus gradé au citoyen lambda, n’ignore qu’aucune information publique n’est fiable, et qu’elle peut tout juste être labellisée par tel ou tel décideur de l’ombre, tirant les ficelles des divers officiels, marionnettes chargées d’animer la façade démocratique. Dans ce théâtre d’ombres, le chef de l’Etat occupe le rôle de chef d’orchestre des apparences, et sa défaillance imprévue explique la soudaine sidération de l’Algérie officielle.

 

Mis à mal par les choix désastreux opérés à la faveur d’une « sale guerre » qui, depuis 1992, a fait 200 000 morts et des milliers de disparus, piégés dans des alliances douteuses avec la lie de la société, englués dans d’inextricables affaires de corruption, ne sachant plus comment répondre aux problèmes du pays, les vrais responsables algériens ont confié en 1999 l’obligation de communiquer à un président capable de toutes les outrances verbales et n’ayant aucun scrupule à dire une chose et son contraire. Avant même que la maladie du président ne vienne dévoiler les dysfonctionnements du système, ce choix tactique d’attribuer le rôle de « diseur public » à un homme surtout soucieux de paraître allait se révéler un facteur aggravant de la crise.

 

Quand les scandales et les révélations d’anciens officiers de l’armée sur la « sale guerre » ont commencé à éclabousser la hiérarchie militaire, les détenteurs du pouvoir réel ont mis en cause la « mauvaise communication ». Ces hommes coupables à la fois de crimes contre l’humanité, de prédation à grande échelle et de gestion catastrophique d’un pays riche en ressources naturelles et humaines, ont alors redoublé d’efforts pour occulter ces vérités, en s’appuyant sur deux piliers. Le premier est le système de désinformation construit de longue date par les chefs des services secrets militaires, le DRS, coeur du pouvoir – un système qui a étendu des métastases profondes à l’extérieur du pays. Le second est la fonction tribunicienne confiée à M. Bouteflika, réputé pour ses capacités oratoires et ses relations internationales.

 

Mais passés les premiers effets d’annonce, la crise s’est poursuivie, et le discours a montré ses limites. Dépourvu en pratique de tout pouvoir, le président adoubé à deux reprises (1999 et 2004) par les généraux n’a pu que gérer la paralysie, qu’il s’agisse des modalités de la « réconciliation » ou des dossiers lourds comme ceux des hydrocarbures, de la justice, de l’école, de la paupérisation ou des privatisations. Avec des affaires de plus en plus encombrantes de corruption, un front social en ébullition, des grèves à répétition et des émeutes dans tous les coins du pays, le système qui, des années durant, a assuré sa survie au prix d’un terrible coût humain, montre des signes évidents d’essoufflement.

 

Dans un tableau aussi peu reluisant, la maladie du président a fait l’effet d’une bombe. Non que quiconque se fasse des illusions sur ses capacités à apporter des réponses. Mais parce que la routine qui maintenait les fameux « équilibres internes » précaires dont il parlait a été profondément ébranlée. Le système algérien est tellement usé par le poids de la guerre, la fatigue des hommes et le rôle croissant des clans mafieux qu’il n’est plus à l’abri d’une brusque accélération du processus de délitement à l’oeuvre depuis plus d’une décennie. Trop occupés à déstabiliser la société, les institutions et les hommes pour assurer la pérennité du régime (et du contrôle de leurs sources d’enrichissement, les commissions occultes sur les échanges commerciaux), les responsables algériens n’ont pas vu venir la panne.

 

En faisant de la présidence de la République et des institutions dites représentatives une simple façade, les « décideurs » ont vidé l’Etat de toute substance – s’inscrivant ainsi dans la droite ligne du « crime fondateur » commis contre le peuple algérien en juillet 1962 par les militaires, qui ont confisqué à leur profit la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Ces « décideurs », pour discrets qu’ils soient, ne sont toutefois pas anonymes : aucun Algérien n’ignore l’identité du vrai patron de l’Algérie, le général-major Mohamed Mediène qui, depuis septembre 1990, dirige la police politique qui quadrille société et institutions avec la complicité de ses pairs généraux. Outre les « élites » chargées d’occuper la devanture politique et de « gérer » l’administration, sa principale « base sociale » est désormais constituée de seigneurs de guerre, de chefs de confréries religieuses, de barons du crime et de voyous notoires.

 

Les généraux qui ont fait la « sale guerre » écartés ou observant une réserve prudente, le président d’abord soucieux des apparences du pouvoir et de quelques vieux comptes à régler, puis de sa maladie, le champ a été pleinement libéré pour ce pur produit du despotisme, de la guerre et de la prédation que sont les mafias.

 

Le pays n’est plus au bord du gouffre, il y est bien enfoncé. Avec la complaisance de ses principaux partenaires étrangers, aussi aveugles au chaos actuel qu’aux souffrances du peuple algérien durant toute une décennie d’horreurs. Le traité d’amitié que les autorités françaises s’apprêtent à signer avec le pouvoir, elles le signeront avec la seule Algérie qu’elles soient capables d’envisager : celle des forbans.

 

L’autre Algérie, celle du peuple, des résistants à l’oppression coloniale, de la lutte contre la dictature et de l’espoir démocratique en la liberté, la justice et la prospérité, étant ignorée.

 

Elle constitue pourtant la seule garantie capable de donner sens, consistance et durabilité à un vrai traité d’amitié entre nos deux peuples.

 

(*) Hocine Aït-Ahmed est président du Front des forces socialistes (FFS).

 

(Source : « Le Monde » du 14.03.06)

 

 


 
 
Marcel Gauchet

« L’Occident est aveugle sur les effets de la mondialisation de l’économie et des moeurs »

 
Vous qui aviez décrit, dans les années 1980, la venue d’un monde « désenchanté », n’êtes-vous pas surpris par le retour brutal de la religion sur la scène politique internationale ?
 
 
Non. J’avais été étonné, comme tout le monde, par la révolution islamique en Iran, mais depuis, j’ai toujours pensé que nous n’étions pas au bout de nos surprises avec ce double mouvement paradoxal de la « sortie » de la religion, qui s’accélère en Occident – le cas des Etats-Unis étant atypique – et de la réactivation des identités religieuses dans le reste du monde, spécialement le monde islamique. J’insiste : ce n’est pas à un « retour » de la religion en bonne et due forme que nous assistons, mais à une reviviscence des identités à caractère religieux.

OAS_AD(‘Middle1’);

Le problème des Européens est qu’ils ne parviennent plus à comprendre ce que la religion veut dire dans des sociétés où elle garde une force très structurante. Ils ont oublié leur propre passé. Pour eux, la religion est devenue un système de croyances individuelles et privées. Or le reste du monde ne fonctionne pas ainsi. Il n’est pas épargné par la « sortie » de la religion, qui s’accélère, au contraire, avec la mondialisation. Mais cette « sortie » d’une organisation religieuse du monde, détruite par l’urbanisation, l’économisme de type occidental, le raisonnement libéral, l’efficacité technique et la consommation, cohabite avec l’aspiration à retrouver la religion traditionnelle.
 
On aboutit ainsi à une réactivation qui s’explique également par l’échec des formes antérieures de modernisation …
 
En effet. L’occidentalisation à marche forcée, le développement, le nationalisme arabe, le panarabisme, le socialisme, tout cela a échoué. Que reste-t-il ? L’identité religieuse, la conscience collective ordonnée autour de l’acquis d’une tradition. Poussez ce mouvement de ressaisie jusqu’au bout, et vous avez le fondamentalisme, où il ne s’agit plus seulement de retrouver la religiosité coutumière, mais la vérité des origines détournée par la corruption du présent.
L’affaire-prétexte des caricatures de Mahomet a montré l’immense ressentiment de populations qui se sentent méprisées, laissées pour compte de l’histoire, en situation d’échec perpétuel par rapport à un Occident qui ne mesure pas combien la pénétration de ses façons de faire et de penser est destructrice pour les rapports sociaux en place, notamment dans cet islam qui, autant qu’une foi, est une règle de vie. L’Occident est aveugle sur les effets de cette mondialisation de l’économie et des moeurs, en termes de désagrégation de la famille traditionnelle, de changement violent dans le rapport entre hommes et femmes, entre générations. C’est d’un soulèvement existentiel qu’il s’agit.
 
 
Comment expliquez-vous cet « aveuglement » des Occidentaux ?
De la première guerre mondiale à la fin de la décolonisation, les Européens ont connu un moment de crise de leur bonne conscience de dominateurs. Ils ont essayé de comprendre ces autres cultures et civilisations qu’ils avaient si longtemps piétinées. Aujourd’hui, c’en est fini de cette remise en question. Ils sont globalement réconciliés avec leur histoire. Ils n’ont plus de prétention impériale, ils sont partisans de la coexistence pacifique des cultures, ils célèbrent la différence, mais ils ne s’intéressent pas beaucoup à ce qui n’est pas eux.
 
L’échec du projet de révolution socialiste et l’écroulement du bloc soviétique ont, en outre, imposé l’idée que la démocratie est un système indépassable et que le capitalisme de marché a fait ses preuves. Ce consensus sur le fonctionnement de nos sociétés ne pousse pas à la relativité du regard vis-à-vis du reste du monde. Il n’y a qu’une manière d’être moderne… Que ceux qui n’ont pas encore la chance de posséder la démocratie, la liberté d’__expression, le marché, les droits de l’homme y passent d’urgence !
 
 
Pourquoi le ressentiment est-il plus vif qu’ailleurs en terre d’islam ?
 
Parce que la proximité fonctionne comme un facteur aggravant. C’est le troisième monothéisme, une religion qui se pense dans la suite du judaïsme et du christianisme et qui se veut comme le sceau de la Prophétie, la révélation ultime et définitive. Or aujourd’hui les fidèles du Prophète se trouvent, inexplicablement, dans une situation de vaincus, de dominés, et à plus d’un titre. Ils ont subi la colonisation. Le conflit israélo-palestinien est vécu comme le symbole de la perpétuation de cette humiliation coloniale. Par surcroît, ce développement à l’occidentale qu’ils subissent comme une agression ne marche pas.
C’est la différence avec des pays comme la Chine ou l’Inde. Le ressentiment nationaliste n’y est sûrement pas moindre, mais ces pays peuvent compter sur une cohésion collective et des structures politiques qui permettent de s’approprier avec succès, comme le Japon l’avait fait auparavant, la technique occidentale et le mode de raisonnement économique qui va avec. Il leur est possible de nourrir l’ambition de battre les Occidentaux sur leur propre terrain, tout en maîtrisant le processus et en restant eux-mêmes.
On ne trouve rien de pareil dans le monde arabo-musulman. Les Etats y sont à la fois faibles et tyranniques. Les outils de modernisation manquent. Dans ces conditions, on subit les dégâts d’une occidentalisation rampante sans en recueillir les bénéfices. L’impression de dépossession en est démultipliée. Comment ne pas voir l’incertitude profonde sur la solidité de sa religion qui anime la prétention de la mettre à l’abri de toute discussion ?
 
 
La liberté d’__expression, dont l’Occident fait un absolu, doit-elle être limitée pour des motifs religieux ?
Non, ce serait hypocrite et inutile. L’Occident resterait ce qu’il est, nonobstant les limites qu’il ferait semblant de s’imposer. On ne peut pas plus demander aux musulmans de renoncer à ce qu’ils sont que demander aux Occidentaux de renoncer à leur bien le plus symbolique et le plus précieux : la liberté de pensée et d’__expression.
 
Encadrer la liberté d’__expression, légitimer des exceptions pour des motifs religieux serait une mauvaise réponse à une bonne question. Les gouvernements occidentaux ont d’abord à témoigner, par des actes tangibles, de leur capacité de prendre en compte la situation d’un monde islamique vis-à-vis duquel, il faut bien le dire, notre attitude se réduit à une indifférence globale, mâtinée de peurs ponctuelles. Précisément parce que nous sommes la civilisation de l’autocritique, nous avons à montrer que, si nous sommes ce que nous sommes, nous sommes aussi disposés à nous mettre à la place des autres. C’est une question de responsabilité politique à l’échelle de la conscience collective. Entre autres initiatives, une institutionnalisation européenne, conséquente et ouverte, de la connaissance de l’islam aurait valeur de signe exemplaire : nous sommes la terre de la connaissance critique – inutile de nous cacher derrière notre petit doigt -, mais dans ce cadre nous sommes prêts à faire droit à ce qui n’est pas nous.
 
 
N’êtes-vous pas frappé par la montée de la dérision qui vise toutes les religions ?
Oui. Il y a une nouveauté dans la dérision telle qu’elle est pratiquée depuis, disons, deux ou trois décennies en Europe. Elle illustre l’accélération de la « sortie » de la religion dont nous avons parlé. Nous sommes passés au-delà de la critique antireligieuse telle que nous l’avons connue autrefois. Celle-ci exprimait l’hostilité de principe à un système que l’on combat comme contraire à l’esprit de la liberté. L’opposition pouvait être très violente, mais elle supposait une sorte d’accord : vous, vous croyez à l’autorité de la révélation, nous, nous croyons à l’autonomie de la raison. Le dissensus était inexpiable, mais il y avait consensus implicite sur l’enjeu de l’affrontement – y compris dans le recours au ridicule qui tue.
 
Avec la dérision, on sort de cet accord implicite. Ce qui est récusé, c’est le terrain même où se situe la croyance. C’est ce qui la rend plus blessante pour une conscience religieuse que l’anticléricalisme ou l’athéisme traditionnels, qui pouvaient heurter, mais qui avaient une forte raison d’être. Avec la dérision, la conscience religieuse est malmenée dans ce qu’elle a de plus profond : le sentiment d’une certaine gravité de l’existence, le sens des interrogations ultimes devant la mort, l’au-delà, le salut. Ils sont bafoués par une superficialité satisfaite.
 
 
Le monde politique n’y échappe pas…
 
Non, bien sûr. Rien de ce qui est tenu pour sérieux n’est épargné. La dérision est devenue une sorte de critère de l’hyper-modernité. Sans doute faut-il y voir un réflexe d’enfant gâté pour sociétés de très haute prospérité. Elle est un épiphénomène idéologique poussant à la limite la foi libérale de nos sociétés : tout roule tout seul, alors pourquoi se poser des questions dramatiques ? La gravité n’est plus de saison… Il va de soi que plus on est engagé dans sa foi ou dans son action politique, plus ce refus du sérieux vous heurte de front. Alors que dire de la réaction dans des sociétés où la difficulté de l’existence conserve tout son poids…
 
 
La consigne du respect des croyances est-elle suffisante ?
 
Elle est à côté du sujet. Je crois même que l’__expression est dangereuse. Elle confond deux choses. Ce que nous avons à respecter, ce sont les croyants. Mais autre chose est le droit intangible à l’irrespect pour les croyances, c’est-à-dire le droit de les soumettre à l’examen critique, comme tout système de pensée. Rien ne peut être soustrait à cet acide de la discussion publique. C’est la règle de notre monde. Vouloir lui assigner des limites est absurde. C’est se renier sans avoir la moindre chance d’aboutir.


 
Marcel Gauchet est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et rédacteur en chef de la revue « Le Débat ». Il a notamment écrit « Le Désenchantement du monde : une histoire politique de la religion ».(Gallimard, 1985, réédité en « Folio » en 2005)
 
 
Propos recueillis par Henri Tincq
 
(Source: « Le Monde » du 12 mars 2006)


 

 

Ben Griffin :

SAS soldier quits over US tactics

 

Original :

http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/news/2006/03/12/nsas12.xml&sSheet=/news/2006/03/12/ixhome.html/

 

Version arabe : Emir Chebana

http://islamonline.net/Arabic/news/2006-03/12/article02.shtml/

Un soldat britannique: « J¹abandonne ! Votre guerre est illégale! »

 

par Sean Rayment, Sunday Telegraph, 12 mars 2006.

 

Un soldat britannique des forces aériennes spéciales SAS, a refusé de continuer le combat en Irak et a démissionné à cause du comportement inhumain des troupes usaméricaines à l¹égard du peuple irakien, ajoutant qu¹il n¹a pas rejoint l¹armée britannique pour exécuter la politique étrangère usaméricaine.

 

Au bout de 3 mois de présence à Bagdad, le soldat Ben Griffin, 28 ans, a informé ses supérieurs qu¹il n¹était plus disposé à se battre aux côtés des troupes usaméricaines, selon le journal Sunday Telegraph de ce dimanche 12 mars 2006.

 

Il dit ne plus pouvoir participer à une guerre  qu¹il considère illégale, ajoutant qu¹il croit que Tony Blair et son gouvernement ont menti plusieurs fois à propos des comportements dans cette guerre.

 

Il déclare avoir observé des dizaines d¹actes illégaux de la part des troupes usaméricaines qui traitent les Irakiens comme des « Untermenschen », le terme nazi pour qualifier les races considérées inférieures comme sous-hommes ». Il ajoute que de très nombreux Irakiens innocents ont été arrêtés par les troupes usaméricaines au cours de descentes nocturnes, interrogés et embastillés à la prison d’Abou Ghraïb ou remis aux autorités irakiennes et probablement torturés.

 

Le soldat britannique qui a passé près de deux ans dans les forces aériennes spéciales, déclare que la mentalité et la politique dominante dans les troupes usaméricaines, ont complètement réduit à néant toute possibilité de séduction de la raison et des coeurs des irakiens.

 

Il ajoute qu¹il venait de prendre la décision la plus difficile de sa vie et que certains ne manqueront pas de le traiter de poltron et qu¹il allait affronter le tribunal militaire et la prison.

 

Ben Griffin est le premier soldat britannique des forces spéciales qui refuse de participer au combat et abandonne l¹armée pour des motifs moraux, mettant ainsi fin à des états de service exemplaires de 8 ans au cours desquels il a participé en tant que parachutiste aussi, à des opérations en Irlande du nord, en Macédoine et en Afghanistan. Il est décrit comme quelqu’un de pondéré, d¹honnête, loyal et

déterminé.

 

Le Sunday Telegraph a estimé pour sa part que la décision de Griffin allait gêner beaucoup le

gouvernement britannique et il est probable qu¹elle ait une grande influence sur les affaires précédentes des soldats qui ont refusé le combat.

 

Le journal rappelle que le mercredi 15 mars 2006, s¹ouvrira la première audience devant le tribunal militaire du lieutenant Malcolm Kendall-Smith, médecin des Forces aériennes royales qui avait refusé

d¹effectuer son troisième retour en Irak « pays qui subit » selon le journal « une guerre illégale ». Le

ministère britannique de la défense a refusé tout commentaire de la décision de Griffin.

 

Le ministre de l¹intérieur du gouvernement de l¹ombre opposition conservatrice), Patrick Mercer, a déclaré pour sa part le samedi 11 mars, que « Griffin était un soldat d¹une grande compétence, ce qui augmente la gêne que cause sa décision et que le gouvernement britannique devait écouter ses points de vue et son opinion ».

 

L¹Irak en pleine anarchie

 

La décision de Griffin arrive en même temps que la reconnaissance par le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères en charge du Moyen-Orient Kim Howells «  que l¹Irak vivait un état d¹anarchie », ajoutant  que Bagdad ne pouvait plus menacer les autres.

 

Howells a déclaré dans une interview à la BBC que « l¹on décrit l¹Irak comme étant un pays en anarchie, mais c¹est une espèce d¹anarchie incapable d¹une agression contre l¹Iran, incapable d¹occuper le Koweït, une anarchie incapable de développer des armes De destruction massive ».

 

Howells, qui se trouve actuellement en Irak pour inspecter l¹industrie pétrolière a ajouté que ce pays passe par des moments difficiles et a salué au passage la manière dont les Irakiens s¹adaptent aux

changements dans leur pays.

 

Il a minimisé cependant les craintes d¹une guerre civile en Irak, déclarant que « ce qui se passe dans ce pays n¹est pas traduit par les médias ». Ajoutant que « depuis longtemps, j¹entends dire que la guerre civile allait éclater ce matin ou ce soir, mais rien de tel ne se passe ».

 

« Nous devons croire que le peuple Irakien est conscient que ceux qui veulent le pousser à la guerre civile par ces actions kamikazes, les enlèvements et autres procédés terroristes, le font avec préméditation ».

 

La droite usaméricaine

 

La décision du soldat britannique arrive 3 jours après que des maîtres à penser et des aigles de l¹administration usaméricaine qui avaient convaincu le président Bush d¹occuper l¹Irak en mars 2003, ont reconnu leur erreur et précisé que l¹Irak était devenu l¹alternative à l¹Afghanistan et s¹est transformé en terre fertile pour les djihadistes avec des cibles usaméricaines facilement disponibles.

 

Cette reconnaissance a été rendue publique par le journal britannique The Independent le jeudi 9 mars, et est venue de Francis Fukuyama, théoricien de la guerre de civilisations et l¹un des plus chauds partisans de la chute de Saddam Hussein, Richard Perle, le plus influent dans la planification de la stratégie usaméricaine sous l¹administration Bush,André Sullivan, l¹analyste réputé, auteur d¹encyclopédies, Georges Weil, analyste de télévision et auteur néo conservateur dans le Washington Post .

Un sondage d¹opinion effectué par la chaîne IBC.news, axé sur un échantillon d¹électeurs usaméricains, démocrates et républicains, dont les résultats ont été publiés le mardi 7 mars par le Washington Post, a révélé que 80% des Usaméricains estiment que les violences qui avaient éclaté récemment en Irak, rendaient une guerre civile probable.

 

Un autre sondage mondial, effectué dans 35 pays et dont les résultats avaient été publiés le 07/03/06, révèle que la majorité des personnes sondées dans 33 pays, estimait que la guerre usaméricaine contre l¹Irak a accru le risque d’actes terroristes dans le monde. La majorité des personnes sondées dans 20 pays est très favorable au retrait des troupes usaméricaines d¹Irak dans les prochains mois.

 

Traduit de l’arabe en français par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

 

 ——————————————

جندي بريطاني: لن أواصل حربا غير شرعية

 أمير شبانة- إسلام أون لاين.نت/ 12-3-2006

 

رفض جندي بريطاني ينتمي للقوات الجوية الخاصة مواصلة القتال في العراق، وقدم استقالة مسببة بممارسات القوات الأمريكية غير الآدمية بحق الشعب العراقي، مشددا على أنه لم يلتحق بالجيش البريطاني لتنفيذ السياسة الخارجية الأمريكية.

 

فبعد مرور 3 أشهر على تواجده بالعاصمة العراقية بغداد أبلغ الجندي « بين جريفن » (28 عاما) قادته بأنه ليس مستعدا للقتال إلى جانب القوات الأمريكية، وفقا لما ذكرته صحيفة « صنداي تليجراف » البريطانية الأحد 12-3-2006.

 

وقال: إنه لا يستطيع المشاركة بحرب يعتبرها غير قانونية، مضيفا أنه يعتقد الآن بأن رئيس الوزراء البريطاني توني بلير وحكومته كذبت عدة مرات بشأن الممارسات في تلك الحرب.

 

وقال جريفن: إنه شاهد « العشرات من الممارسات غير القانونية » التي تنتهجها القوات الأمريكية، مشددا على أن تلك القوات تعامل جميع العراقيين على أنهم غير آدميين.

 

وأردف أن الكثير من المدنيين العراقيين الأبرياء جرى اعتقالهم في غارات ليلية واستجوابهم على يد القوات الأمريكية، واحتجزوا في سجن أبو غريب بغرب بغداد أو سلموا للسلطات العراقية حيث « من المرجح » أن يكونوا عذبوا.

 

وأضاف الجندي الذي قضى نحو عامين بالقوات الجوية الخاصة أن العقلية السائدة لدى القوات الأمريكية وسياستها قوضت بشكل كامل أي فرصة لكسب عقول وقلوب العراقيين.

 

وقال جريفن: « أنا لم أشارك في الجيش البريطاني لتنفيذ السياسة الخارجية الأمريكية »، معربا عن اعتقاده بأن هناك من سيصفه بالجبان، وأنه سيواجه محاكمة عسكرية والسجن عقب اتخاذه ما وصفه بأنه « أصعب قرار في حياتي« .

 

ويعد جريفن أول جندي من القوات البريطانية الجوية الخاصة يرفض المشاركة في القتال ويترك الجيش لأسباب أخلاقية، وبهذا القرار ينهي جريفن سجل خدمة حافلا امتد لثماني سنوات عمل خلالها أيضا في وحدة للمظلات شاركت في عمليات بأيرلندا الشمالية ومقدونيا وأفغانستان.

 

قرار مقلق ومحرج

 

واعتبرت « صنداي تليجراف » أن قرار جريفن سيمثل حرجا للحكومة البريطانية، ومن المحتمل أن يكون له تأثير قوي على قضايا الجنود الآخرين الذين رفضوا القتال.

 

ولفتت إلى أنه من المقرر أن تبدأ الأربعاء المقبل 15-3-2006 جلسة الاستماع المبدئية بالمحكمة العسكرية للملازم أول « مالكولم كيندال سميث » الطبيب بالقوات الجوية الملكية الذي رفض العودة للعراق في ثالث رحلة من نوعها إلى أرض تشهد حربا غير قانونية، على حد وصف الصحيفة. وأشارت إلى أن وزارة الدفاع البريطانية رفضت التعليق على استقالة جريفن.

 

ومن جهته، قال « باتريك ميرسير » وزير الداخلية في حكومة الظل ببريطانيا مساء السبت 11-3-2006: « إن جريفن لديه خبرة عالية كجندي، وهذا يجعل قراره مقلقا، وآراءه ووجهات نظره يجب سماعها من قبل الحكومة« .

 

العراق في فوضى

 

ويتزامن قرار جرفين مع اعتراف وزير الدولة البريطاني للشئون الخارجية كيم هولز بأن العراق يعيش حالة من « الفوضى »، لكنه استدرك قائلاً: إن بغداد لم تعد قادرة على « تهديد الآخرين« .

 

وقال هولز في حديث لشبكة الإذاعة البريطانية (بي. بي. سي): « إن العراق يوصف بأنه فوضى، لكنها نوع من الفوضى غير القادرة على شن هجوم على إيران، فوضى غير قادرة على غزو الكويت، فوضى لا تستطيع تطوير أسلحة دمار شامل« .

 

وأردف هولز الذي يزور العراق حاليا لتفقد صناعة النفط: إن هذا البلد يمر بمرحلة « مؤلمة جدا جدا »، وأثنى على الطريقة التي يتكيف بها المواطنون العراقيون مع التغيرات في بلادهم.

 

لكنه قلل من المخاوف باندلاع حرب أهلية في العراق، وقال: إن ما يحصل في البلاد لا تعكسه وسائل الإعلام. وتابع: « أسمع منذ فترة طويلة أن الحرب الأهلية ستقع هذا المساء أو صباح الغد لكن هذه الحرب لم تقع« .

 

وقال: « علينا أن نثق بأن الشعب العراقي يعلم أن من يحاول الدفع تجاه الحرب الأهلية من خلال التفجيرات الانتحارية والخطف وباقي الأساليب المروعة، يقوم بذلك عمدا.

 

يمين أمريكا

 

ويأتي قرار الجندي البريطاني بعد 3 أيام من إقرار خمسة من مفكري اليمين وصقور الإدارة الأمريكية ممن أقنعوا الرئيس الأمريكي جورج بوش بغزو العراق في مارس 2003 بأنهم كانوا مخطئين، وشددوا على أن العراق أصبح حاليا بديلا لأفغانستان، وتحول إلى أرض خصبة « للجهاديين » مع توافر أهداف أمريكية سهلة.

 

وجاء هذا الإقرار في تصريحات نقلتها صحيفة « إندبندنت » البريطانية الخميس 9-3-2006 عن كل من فرانسيس فوكوياما، صاحب نظرية صراع الحضارات أحد أكبر الدعاة للإطاحة بالرئيس العراقي السابق صدام حسين، وريتشارد بيرل الذي كان الأكثر نفوذا في تخطيط الإستراتيجية الأمريكية بإدارة بوش، وأندرو سوليفان المحلل البارز كاتب المدونات الشهير، وجورج ويل الكاتب اليميني بصحيفة « واشنطن بوست » الأمريكية، المحلل التليفزيوني.

 

وكان استطلاع للرأي، أجرته شبكة تلفزيون (إيه.بي.سي نيوز) الأمريكية على شريحة من الناخبين الديمقراطيين والجمهوريين، ونشرت نتائجه الثلاثاء 7-3-2006 صحيفة « واشنطن بوست »، أظهر أن ثمانية من بين كل عشرة أمريكيين يرون أن العنف الطائفي الذي اندلع مؤخرا بالعراق جعل نشوب حرب أهلية أمرا مرجحا.

 

كما أظهر استطلاع عالمي للرأي شمل 35 دولة، وبثت نتائجه هيئة الإذاعة البريطانية « بي. بي. سي » في 28-2-2006، أن الغالبية في 33 دولة منها تعتقد أن الحرب التي شنتها الولايات المتحدة على العراق زادت من احتمال شن هجمات إرهابية على مستوى العالم، كما أوضح وجود تأييد كبير في 20 دولة لسحب القوات الأمريكية من العراق خلال الأشهر القليلة المقبلة.

 

(المصدر: موقع إسلام أون لاين بتاريخ 12 مارس 2006)


Home – Accueil الرئيسية

Lire aussi ces articles

11 avril 2006

Home – Accueil – الرئيسية TUNISNEWS 6 ème année, N° 2150 du 11.04.2006  archives : www.tunisnews.net Treizième jour de grève de

En savoir plus +

Langue / لغة

Sélectionnez la langue dans laquelle vous souhaitez lire les articles du site.

حدد اللغة التي تريد قراءة المنشورات بها على موقع الويب.