12 juin 2011

TUNISNEWS
11 ème année, N°4037 du 12.06.2011


AP: Tunisie: manifestation pour la libération d’un responsable sécuritaire critique

RFI: Pour Human Rights Watch, la Tunisie n’a pas encore vraiment quitté l’ère Ben Ali

AFP: Lina Ben Mhenni, « blogueuse pour un printemps arabe »

Afrik.com: Tunisie : halte aux réflexes benalistes !

Mohamed Faouzi Bellalouna: Des luttes des Universitaires de l’UGTT, sous la dictature – Devoir de mémoire

Le Temps: Doit-on faire confiance aux Islamistes ?

La Presse: Les finances des partis politiques : pour un audit immédiat généralisé

Gnet: Tunisie/Hamma Hammami : « Plusieurs femmes voilées adhèrent au PCOT »

WMC: Tunisie -Politique: Abdelfattah Mourou, pourquoi prêcher à Métlaoui?

WMC:Super Mourou

Le Temps: PDP Mohamed Talbi : «Ma religion est la liberté… et les mouvements islamistes vivent une situation de dédoublement intellectuel»

Business News: Tunisie – Laâroussa : Lorsque les potières de Sejnane s’émancipent !

Business News: Tunisie – Baromètre politique juin 2011 par SIGMA

Slate Afrique: Omar Bey, un artiste tunisien qui se lâche

 

Tunisie: manifestation pour la libération d’un responsable sécuritaire critique


 
The Associated Press – le 12 juin 2011
 
TUNISIA, Tunisia — Plus d’une centaine de personnes ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer la libération d’un haut fonctionnaire de police, Samir Feriani, arrêté depuis deux semaines pour avoir dénoncé de « graves dysfonctionnements » au sein du ministère de l’Intérieur, a-t-on constaté sur place. Un semblable appel a été lancé par l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch.
 
Les manifestants, dont sa femme Leïla et ses enfants, ont dénoncé l’arrestation fin mai de M. Feriani, réclamé sa libération et appelé au départ du ministre de l’Intérieur Habib Essid. Entouré d’un important dispositif de sécurité, le petit cortège parti du théâtre municipal a gagné le ministère, sans incident.
 
Samir Feriani avait publié dans le journal « L’Expert » des lettres dans lesquelles il dénonçait notamment la nomination à des postes sensibles au ministère « de personnes impliquées dans des crimes à Kasserine (centre-ouest), avec preuves à l’appui » ainsi que dans des violations des droits de l’Homme. Il a également demandé l’ouverture d’une enquête sur la destruction d’archives de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) « impliquant clairement (l’ex-président Zine El Abidine) Ben Ali avec le Mossad israélien ».
 
Dans cette lettre, il demandait en outre « des rapports précis sur les opérations sales commanditées par les services tunisiens », citant notamment la tentative de meurtre du journaliste français de « Libération », Christophe Boltanski, le 12 novembre 2005 sur ordre de M. Ben Ali.
 
L’affaire Samir Feriani est depuis en cours d’instruction auprès du tribunal militaire de Tunis. Selon l’un de ses avocats, Me Mohamed Abbou, M. Feriani est accusé notamment d' »atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat » et de « diffusion d’informations de nature à troubler l’ordre public ».
 
Dans un communiqué, HRW exhorte les autorités tunisiennes à libérer le haut fonctionnaire de police et à cesser les poursuites dont il fait l’objet devant la juridiction militaire. « A un moment où de nombreux Tunisiens pensent que les responsables qui ont terrorisé la population sous Ben Ali détiennent encore d’importants pouvoirs dans l’appareil sécuritaire », Sarah Leah Whitson, qui dirige le département Moyen-Orient/Afrique du Nord à HRW, juge que « le gouvernement provisoire devrait plutôt encourager ceux qui tirent la sonnette d’alarme, et non pas utiliser les lois discréditées du régime déchu pour les emprisonner ». AP

Pour Human Rights Watch, la Tunisie n’a pas encore vraiment quitté l’ère Ben Ali


Article publié le : dimanche 12 juin 2011 – Dernière modification le : dimanche 12 juin 2011
Par Constance de Bonnaventure
En Tunisie, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch s’inquiète de la situation réelle des droits humains dans le pays. HRW demande la libération d’un officier de police, Samir Feriani, détenu depuis la fin du mois de mai. Il est accusé d’avoir dénoncé le fait que certains membres du ministère de l’Intérieur encore en place ont participé à des meurtres de manifestants durant la révolution tunisienne. Par ailleurs, Samir Feriani accuse certains de ces officiels d’avoir détruit des archives compromettantes, notamment sur les liens entre le président Ben Ali et les services spéciaux israéliens. Pour Jean-Marie Fardeau, de HRW, cette affaire est une atteinte aux libertés et un retour aux principes du régimes précédent…
(Source: rfi.fr le 12 juin 2011)

Lina Ben Mhenni, « blogueuse pour un printemps arabe »


SAINT-MALO (Ille-et-Vilaine), 12 juin 2011 (AFP) – 12.06.2011 09:03
 
C’est l’une de ces jeunes voix qui ont porté, à travers internet et les réseaux sociaux, la révolution en Tunisie: Lina Ben Mhenni, 28 ans, a évoqué au festival Etonnants Voyageurs son expérience de « blogueuse pour un printemps arabe » publiée dans un petit livre à paraître jeudi chez Indigène éditions.
 
Dans cet ouvrage d’une trentaine de pages publié sous le titre de son blog, « Tunisian girl », Lina raconte comment internet, les blogs, puis Facebook et Twitter, ont contribué à la diffusion d’une véritable information dans un pays où tous les médias étaient contrôlés par le régime en place. La diffusion sur internet de photos et de vidéos des victimes de la répression, totalement occultées par les médias officiels, ont ainsi donné une matérialité à une lutte jusqu’alors invisible.
 
Ces réseaux, explique-t-elle, ont également grandement facilité la mobilisation des opposants jusqu’au départ, le 14 janvier dernier, d’un certain « ZABA » -le surnom donné à Zine el Abidine Ben Ali- après 23 années de pouvoir sans partage.
 
Pourtant, cinq mois après le départ de Ben Ali, Lina Ben Mhenni n’est pas rassurée. « Rien n’a changé dans les médias. Ca ne bouge pas du tout. Les mêmes personnes qui étaient sous Ben Ali à la tête des journaux ou de la télévision sont toujours là. Elles travaillent pour le gouvernement transitoire comme elles servaient Ben Ali, elles ne travaillent pas pour le peuple », assure-t-elle dans un entretien avec l’AFP dans le cadre des Etonnants Voyageurs à Saint-Malo où elle est invitée.
 
La partie lui apparaît faussée: « On va avoir des élections avec les médias de Ben Ali et, en face, internet n’est pas accessible à tout le monde ». D’abord prévues le 24 juillet, les premières élections de l’après-Ben Ali ont été repoussées au 23 octobre.
 
Lina Ben Mhenni ne comprend pas davantage pourquoi les nouvelles autorités n’ont toujours pas accordé de fréquence FM à la radio à laquelle elle collabore, Kalima, fondée en 2008 par l’opposante historique à Ben Ali, Sihem Bensedrine. Désormais autorisée, Kalima dispose de locaux à Tunis mais reste toujours interdite au plus grand nombre puisqu’il faut disposer d’internet pour l’écouter.
 
Autre inquiétude face au report des élections, la crainte que ce délai supplémentaire ne favorise les islamistes. « De tous les partis, ce sont les mieux organisés, affirme Lina Ben Mhenni. De plus, du fait du report (des élections), ils disposeront de tout le mois de Ramadan, qui tombe en août cette année, pour faire leur propagande! »
 
Globalement, la jeune blogueuse est très critique envers les partis politiques: « Ils reproduisent les mêmes erreurs que par le passé. Ils font la course pour le pouvoir sans prendre en considération la volonté du peuple. Ils essaient de faire de la récupération, en invitant les blogueurs, par exemple, car ils ont compris que nous avons un certain pouvoir. Je ne vois que des opportunistes ». Sans oublier l’ancien parti tout puissant du président déchu, officiellement dissous mais qui conserve de beaux restes.
 
Pour toutes ces raisons, les jeunes refusent les partis mais restent vigilants, assure Lina. « Ils ont commencé à s’organiser. Ces groupes travaillent sérieusement et essaient d’agir quand il le faut (…) Les jeunes sont persévérants, ils sont pleins d’énergie et sont prêts à mettre la pression chaque fois que c’est nécessaire. »
 
Le plus grand changement de ces derniers mois? Lina Ben Mhenni n’a pas d’hésitation: « On s’est débarrassé de la peur ».
 
« Tunisian girl, blogueuse pour un printemps arabe », Indigène éditions, 32 pages, 3 euros.

Tunisie : halte aux réflexes benalistes !

L’affaire Feriani

dimanche 12 juin 2011 / par Maryam Mnaouar
 
5 mois sans ben Ali, un certain changement de donne, quelques promesses tenues, déjà des déceptions et l’affaire Samir Feriani. Ce gradé du ministère de l’intérieur est détenu à la caserne militaire d’el Aouina depuis le 29 mai. Il venait de dénoncer dans une lettre adressée au ministre de l‘intérieur et par voie de presse, des faits commis dans le ministère le 20 janvier 2011, notamment la destruction d’archives relatives à l’Organisation de Libération de Palestine (OLP). Il avait aussi livré des noms de responsables impliqués dans les événements meurtriers durant la révolution. Il est écroué pour complot contre la sécurité de l’état.
 
L’arrestation de Samir Feriani renvoie un message : celui qui accuse une instance de l’état est dangereux, les faits dénoncés sont reléguées au second plan, le plus important est qu’il ait parlé et donc diffamé et touché à la sécurité de l’état. Mais que cherche-t-on à protéger en agissant de la sorte ? Pourquoi être si réactif face à des allégations et trainer autant sur des sujets autrement plus urgents tels que les snipers ? Les fauteurs de troubles dont on annonce l’arrestation par centaines ici et là, qui bizarrement n’indiquent toujours pas leurs têtes pensantes, ou peut être est ce encore à la discrétion de l’enquête qui s’allonge alors que les actes malveillants ne cessent pas ? L’efficacité est elle de mise seulement quand on touche le ministère de l’intérieur. Arrestation spectacle, chefs d’inculpation spectaculaires et immédiats, black out total malgré la supposé transparence, les appels des ONG, la mobilisation de blogueurs, de la famille et certains journalistes…
 
Le syndicat de la police joint par Afrik serait partie prenante dans l’affaire. M. Feriani l’ayant contacté après avoir alerté officiellement le ministère de l’intérieur par écrit. Le syndicat dit avoir réagi en formulant à son tour une requête auprès du ministère pour des investigations. Pour le syndicat, M. Feriani, est un collègue à défendre et sa sollicitation a été prise en compte. Le syndicat interviendra donc dans ce cas et travaille à se procurer les pièces du dossier d’accusation dont il ignore encore les circonstances exactes. Si les allégations s’avèrent fondées, le syndicat agira en tant qu’acteur pour veiller à poursuivre les personnes justement désignées et trouve la démarche de M Feriani courageuse. Dans le cas contraire il agira en défense de toute personne injustement lésée.
 
Pour maitre Mohamed Abbou, avocat de l’accusé, l’arrestation de son client est incompréhensible. Il est incarcéré alors que ses révélations n’ont pas fait l’objet d’investigations en règle. Une petite enquête a bien été faite à la Ben Ali, dit-il, pour la forme, mais pour le reste personne n’a été inquiété, au contraire, il parait que le responsable que M. Feriani a nommément désigné vient d’être promu. Selon maitre Abbou, ce cafouillage pourrait s’expliquer par la présence au sein du ministère de l’intérieur ou d’autres instances officielles de gens qui se sentiraient menacés par ces révélations. Ce qui étonne Maitre Abbou, c’est que les archives détruites ne concernent pas directement les affaires tunisiennes mais une éventuelle collaboration ben Ali-Mossad. Or, le malaise ressenti montre que c’est bien plus compliqué que cela. M. Feriani est détenu actuellement par l’armée, les charges lourdes pesant contre lui empêchent toute communication détaillée sur le dossier, les avocats ne pouvant même pas en avoir copie. Maitre Abbou a réussi à voir son client une fois. Aucune date de procès n’a été arrêtée à ce jour.
 
Pour Human Rights Watch « Les autorités tunisiennes devraient libérer l’officier de police Samir Feriani qui a tenté de dénoncer d’éventuelles exactions, abandonner toute accusation contre lui qui ne serait fondée que sur ses efforts pour alerter l’opinion »… « À un moment où de nombreux Tunisiens pensent que les responsables qui ont terrorisé la population sous Ben Ali conservent d’importants pouvoirs au sein de l’institution sécuritaire, le gouvernement provisoire devrait encourager ceux qui tirent la sonnette d’alarme, et non pas utiliser les lois discréditées du gouvernement déchu pour les emprisonner », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.
 
Pour Taoufik Bouderbala président de la commission d’investigation sur les bavures policières, cette affaire est sur son agenda le plus proche, il attend d’avoir les déclarations de l’intéressé pour communiquer sur ce cas. Il doit rencontrer M. Feriani dans les jours qui viennent, sa commission est compétente pour le faire. D’ailleurs il souligne qu’il a déjà entendu 9 responsables du ministère de l’intérieur qui font l’objet de poursuites judiciaires et, par extension, tous ceux qui peuvent fournir des informations utiles seront entendus. Il a reçu l’épouse de M. Feriani ce matin et prendra contact avec ses avocats aussi pour, dit-il, faire toute la lumière sur cette affaire.
 
Pour Mokhtar Trifi président de la ligue tunisienne des droits de l’homme, Samir Feriani n’aurait jamais du être privé de sa liberté, et la manière dont il a été arrêté est totalement inacceptable. La ligue alertée par sa femme et ses proches a, dès le début, appelé à la libération de M Feriani mais le ministère l’intérieur a répondu qu’il n’avait pas été arrêté, juste convoqué pour être interrogé sur la teneur de ses propos. Et depuis, plus de nouvelles.
 
Pour M. Trifi, le ministère public aurait du ouvrir une enquête pour investiguer sur ces allégations sans incriminer celui qui est à l’origine des révélations. On ne peut pas agir de la sorte avec quelqu’un qui tente d’alerter l’opinion publique. Si les informations qu’il donne s’avèrent fondées, on devrait le féliciter. Ainsi la ligue demande que les allégations soient vérifiées sérieusement et que les personnes désignées soient entendues. Ce sont des choses graves, dit-il et si elles ont bien eu lieu, on se sera attaqué à celui qui a dénoncé plutôt qu’a celui qui a agi. Il rajoute que ce n’est pas normal que les avocats ne puissent pas obtenir copie du dossier car aucune loi ne l’interdit quelques soient les charges. Il souligne enfin que la loi tunisienne permet d’entendre ce qu’on appelle les « dénonciateurs » dans les affaires criminelles et que M Feriani aurait pu être entendu dans ce cadre là.
 
Afrik, n’a pas pu recueillir malgré ses demandes de propos officiels du premier ministère, ministère de l’intérieur et ministère de la défense, concernant cette affaire.
 
Après 5 mois, le chantier reste inachevé, et par endroits même pas entamé. À l’image des journalistes qui font l’amer constat que le 14 janvier n’a pas apporté le changement escompté. Lors de leur congrès du 4 et 5 juin, et à la suite de houleuses discussions, il a été décidé d’établir une liste noire de tous ceux qui après avoir versé dans la délation durant 23 ans, opèrent encore. Le plus choquant c’est que des intervenants ont pris la parole pour alerter l’assistance sur la présence d’intrus faisant leurs rapports en direct par téléphone ! La commission qui aura la charge d’établir cette fameuse liste, devra accomplir un travail de minutie extrême pour éviter les dénonciations jalouses et les conflits d’intérêt. Mais ce travail reste salutaire et devra être étendu à d’autres instances, pour que les caciques de l’ancien régime soient au pire écartés, et au mieux jugés.
 
Sur le terrain, des jeunes et des associations tentent de mobiliser, à l’instar de l’initiative kelmetna ( notre parole) de Yassine ayari et autres mouvements d’associations qui s’impatientent et réclament des réponses claires et précises. Le gouvernement n’intègre pas que le manque de transparence nourrit les rumeurs et jette le discrédit sur les meilleures intentions. Foued Mebazza et Beji caid Essebsi voient-ils la même chose que les jeunes à qui pourtant ils doivent aujourd’hui leur place ? L’acuité de la vue est elle juste une question d’âge ou est ce beaucoup plus profond que cela ? Le fameux gouvernement de l’ombre dont tout le monde parle tout bas ?
 
(Source: afrik.com le 12 juin 2011)

 

Des luttes des Universitaires de l’UGTT, sous la dictature

Devoir de mémoire


 

 

La présente contribution, introductive à une séried’articles plus détaillés, brosse les contours de la scène syndicale dans les années 1990, afin de sentir l’ambiance de cette époque, étouffante pour tout le pays, où un « cercle des poètes disparus » allait sonner la révolte de l’Université et sa lutte, décennale, contre cette dictature-qui-broie-les-hommes.

 

Camarades, permettez-moi de reprendre le fil de ma mémoire, pour relater le combat des Universitaires, pour leur dignité et pour la défense de l’indépendance de l’UGTT et de ses constantes. La mémoire collective ne retient que des fragments de ces luttes, et ce pour diverses raisons. Je me propose ainsi de les recoller, dans un devoir de mémoire et de justice… Ces luttes, initiées vers le milieu des années 1990, lorsque l’UGTT était comme un bateau ivre, a atteint son paroxysme en 2005, avec la grève historique des évaluations des examens, plus connue sous le nom de Grève Administrative, moment essentiel de l’histoire du militantisme syndical en Tunisie. Les universitaires qui ont conduit cette action, spécifique et unique dans les annales, y ont été acculé(e)s par la surdité totale de la tutelle, du temps de dictature, qui a usé de divers procédés et méthodes, uniques elles aussi, pariant sur l’essoufflement de ce mouvement, dans une nouvelle réalité qu’ils voulaient créer. Cette approche, suivie en général par les droites extrêmes, n’a fait qu’accentuer leur mobilisation et leur indignation, devant ce déni de respect et de dignité qui leur sont dûs, et consacré la rupture définitive de l’Université avec la Dictature. Cette rupture f­ût affirmée avec force par la Grève Administrative, menée par des Camarades, dont près de 600 « jusqu’au-boutistes », qui y ont exprimé de façon tonitruante la revendication d’une citoyenneté digne, pour eux, pour l’Université et pour tout le pays. Je voudrais, dans cette contribution, rendre hommage ­à ces Camarades qui l’ont dignement assumée, et réaffirmer l’historicité de cette Lutte, victime d’un certain ‘’oubli’’. En effet, nombre de ces Camarades gardent de ces années de lutte un arrière-goût amer, à cause de nombre de trahisons, de sa « désagrègation » ultérieure, et de leurs rangs décimés par la Réaction de la dictature, qui a été féroce. Je m’attacherais ici à rappeler leur formidable élan de solidarité, leur volonté inébranlable à affirmer cette dignité, forte en eux, de l’Universitaire et du Citoyen(ne). Les différents acteurs de l’université doivent savoir que, dans l’histoire du syndicat des Universitaires, il y a l’avant et l’après-Grève Administrative, et je me propose ici d’accomplir ce devoir de mémoire, pour eux.

Ma démarche sera alors celle d’un témoin de cette lutte et des différentes luttes initiales, qui en ont été le terreau, rendant honneur aux Camarades qui en ont été acteurs, relatant les trahisons d’autres, et sera donc subjective. En bon syndicaliste romantique, j’aurais titré cette série d’articles « Geste des Universitaires Syndicalistes, du temps de la dictature », tant ses acteurs la percevaient comme une épopée, mais je m’accorde à dire ; comme vous, je présume ; qu’un tel titre serait grandiloquent…

Laissez-moi, par ailleurs, m’excuser auprès de vous, Camarades, pour l’émotion éventuelle causée en vous à la lecture de ces articles, pareille à celle causée en moi à son écriture, tellement le souvenir de ces luttes reste vivace en chacun(e) de nous, qui les avons sues ou vécues…

 

De la centrale syndicale, sous la dictature

Les premières années de la dictature benaliste ont été marquées par son alliance avec la Centrale syndicale. Des luttes ont alors été menées, à l’intérieur de l’UGTT, par des ‘’poches de résistance’’ éparses, des ‘’nids d’activistes’’ qui se sont dressés contre cette déviance de la Centrale, allant à l’encontre des intérêts des Travailleurs, et des revendications de liberté, de dignité et de démocratie, qui grondaient de ses rangs. Cette alliance avec le pouvoir, accompagnant le libéralisme sauvage mis en place par la dictature, donc dans l’intérêt de l’argent « sauvage » et non celui du peuple et des Travailleurs, a été « conclue » avec l’équipe Sahbani, au Congrès de Sousse de 1989, et réaffirmée au Congrès du Kram de 1994… Aux mêmes moments de l’amorce, des privatisations effrénées, celle du pillage en règle des richesses du pays, de la naissance de la Nomenklatura RCD – ‘’7 Familles’’ de patrons-voyous, de la spoliation des droits élémentaires des Travailleurs ; et des rafles politiques, dans le silence assourdissant et glacé de la société…

Le Bureau Exécutif de l’UGTT, supplétif alors à la dictature, l’a lui-m­ême exercée à l’encontre de sa base, ce qu’il n’a pu mener que grâce à des falsifications ; d’adhésions, de motions… ; et de manipulation de son Règlement Intérieur, épée de Damoclès au dessus de toute contestation interne…

Pendant toutes ces années, où le pays ployait sous la dictature, glacé qu’il était par cette nouvelle réalité « post-changement », la première autorité de tutelle des syndicalistes authentiques de l’UGTT était son Bureau Exécutif (BE), conduit par Monsieur Ismaïl Sahbani. C’était le cas, en particulier, pour les Universitaires de l’UGTT, toujours debout, peu nombreux, mais ayant une certaine autorité et légitimité historiques. Ces Camarades Honorables, qui ont milité pour cette université qu’ils voulaient citoyenne, ayant pour missions la production et la transmission de la Connaissance, et l’éveil des consciences de ses différents intervenants, se sont insurgés contre ces déviances de la centrale et ont été à l’avant-garde du combat contre sa « dictature interne »… aux antipodes d’autres universitaires qui ont été de ces trahisons.

La chute retentissante de Monsieur Ismaïl Sahbani, en l’année 2000, sous les coups de boutoir de la dictature et pour des raisons extra-syndicales, a libéré les énergies militantes et permis la refondation de la centrale syndicale, après près d’une décennie de glacis… et le dictateur regrettera ce coup de feu qu’il s’était tiré dans le pied ! Ces luttes de la base syndicale, il est vrai doublées d’une vraie volonté de refondation, du Bureau Exécutif redessiné, mèneront au Congrès de Djerba de 2002, qui a été celui de la réconciliation entre plusieurs tendances syndicales et, en particulier, celle du retour de celle, farouchement ugététiste, personnifiée en le Camarade Ali Romdhane… Nous en reparlerons.

Les universitaires de l’UGTT ont été, pendant ces années de refondation, de tous ses combats pour regagner son indépendance bafouée et la reprise de son combat naturel, de défense des Travailleurs. Cette militance des universitaires, qui s’éveillait après des années de léthargie, qui représentait un danger indéniable pour le dictateur et sa clique, ainsi que pour leurs supplétifs de la centrale ; allait résister à tous les « coups » : falsifications des adhésions lors du Congrès de 2001, par des méthodes héritées de l’époque Sahbani ; instrumentalisation de la Justice lorsque le Bureau Exécutif « re-fondé » a repris, à nos côtés, la juste ligne de l’UGTT ; et autres indignités que je détaillerais plus loin.

La mise au pas, voulue, des Universitaires, et par là celle de l’UGTT qui re-revendiquait son indépendance, était stratégique pour la dictature, au vu du rôle toujours joué par le syndicat des universitaires à la pointe du combat pour sa défense ainsi que celui, citoyen, pour l’édification d’une certaine méritocratie, de mise sous le règne de feu Bourguiba, et qu’il convient de lui retirer, dans le glacis bandit et inculte Benaliste… Cette mise au pas, voulue d’abord par la falsification de sa volonté et des adhésions, vite contrée car trop « scandaleuse », a utilisé ensuite la Justice, dans une démarche similaire à celle suivie à l’égard de la LTDH, qui en a été paralysée jusqu’à la chute de la dictature. Cette stratégie de la dictature, ouvrant un autre front d’expérimentation avec le syndicat universitaire et l’UGTT, aura connu un camouflet retentissant. La base du syndicat universitaire s’est révoltée et imposé, par nombre d’actions (sujets de cette série d’articles), que le Syndicat Général de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (SGESRS) reprenne son rôle naturel de syndicat militant ; au cœur des luttes pour une Université Citoyenne, de savoir et de débat, et pour la défense de la dignité de tous ses intervenants, jusqu’à la Grève Administrative, rupture éclatante avec le pouvoir. Cette reprise en main de leur destin a été permise par celle de ses structures représentatives, de base et nationale, ouvrant la voie à tant de luttes de militants dévoués, de grèves, de sit-in, de manifestations… dont on se propose de retracer la trame.

Le rôle, longtemps historique, du SGESRS, a été noyé dans la médiocrité des différents bureaux qui se sont succédé à sa tête, depuis 1991, et qui seront emportés par le raz de marée initié en 1998. Les Structures légitimes du SGESRS, re-prises à la trahison de 1998, objet du prochain article, mèneront alors nombre d’actions, qui ont mobilisé l’Université, jusqu’à cette grève historique. Cette série d’articles, ‘’feuilletonnesque’’, signée par un acteur de certaines de ses stations militantes, se propose de contextualiser ces différentes luttes, dans un devoir de justice et de mémoire, des combats honorables des Camarades et des … trahisons des autres. J’y citerais, entre autres, mes Camarades de lutte, leur accord m’étant tacitement accordé, je présume ; celui des autres, cités, m’étant complètement égal… Le lecteur devra excuser le ton de ces articles, trop personnel, qui m’est naturel, si loin d’une quelconque immodestie… et le ton, parfois ironique (et souvent virulent !) que j’explique de quelqu’un qui « ne se prend pas au sérieux », tout en revendiquant un certain sérieux… Les Camarades, qui savent que je sais faire !, entendront siffler des oreilles ; et ce ne sera que Justice et Vérité. Elles (ils) devront s’armer de patience à lire certains détails paraissant inutiles, mais que j’estime utiles pour la compréhension de l’ambiance de l’époque (période qui a commencé, mine de rien, il y a près de 15 ans !), d’autant plus qu’il y en a d’assez croustillants…

 

Achouddou ‘ala ayadikoum

 

Mohamed Faouzi Bellalouna

Universitaire, Syndicaliste

 

Prochain article :La trahison du Bureau National du SGESRS de 1999

 

Mouatinoun 150


Doit-on faire confiance aux Islamistes ?


 
En apparence, elle est plate. Simpliste. Mais, c’est tout de même la question des questions. Une société délivrée de toutes formes d’oppressions subies de père en fils depuis le colonialisme auquel, a succédé un demi-siècle d’Etat schizophrène, eh bien, elle a les mêmes peurs qu’un oiseau en cage auquel on rend la liberté. Tout l’effraye. Mais très vite il retrouve son envol.
 
De surcroît, la Révolution cultive des sentiments contradictoires. Elle avance à petits pas, certes, vers l’édification d’une démocratie qui ne peut être inspirée que des valeurs universelles, sinon elle n’en serait pas une.
 
Mais elle connaît aussi des moments de désenchantement où le rapport à l’Autre tourne à l’affrontement ; tout comme elle sait rebondir y retrouvant la ferveur et la hardiesse de sa force fédératrice des premières heures du basculement de l’Histoire.
 
Or, il s’agit maintenant d’y voir plus clair.
 
Il s’agit aussi de dégager le bon grain de l’ivraie et d’intégrer la chose publique, la chose politique, loin des clichés surannés et la rhétorique des slogans, espèce de prêt-à-porter démocratique emprunté aux modèles étrangers.
 
Car il y a overdose de partis, comme ce fut le cas du Portugal à la chute de Salazar, de l’Espagne et du Japon. Mais, il y a aussi l’hystérie de la critique, défilant des récits fantasmatiques et le tout emberlificoté dans un délire internet à haut débit. L’hystérie franchit ainsi les limites du doute raisonnable et nécessaire. A l’époque, les Tunisiens se résignaient à une représentation cacique : « plus Rcédiste que moi, tu meurs ! » Aujourd’hui, on se libère : « plus démocrate que moi, tu meurs ! ». Et face à cette fresque de la liberté, les couleurs s’embrouillent faute de lumière, peut-être ; à cause de certaines zones d’ombre sciemment obscurcies à la vue d’un peuple assoiffé de libertés, par les démons du passé. Et du coup, ces démons cultivent les peurs, les appréhensions éliminent curseurs et garde-fous, pourtant véritables garants de la Démocratie. De leur côté, la plupart des partis ne font pas vraiment dans la transparence, n’exposent guère leur vision de l’avenir et restent flous et vagues quant aux sources de leur financement. Que reste-t-il, qui soit visible comme un éléphant ? Ennahdha. Ses adeptes affichent les accents du défi serein. Les autres, tour à tour, curieux préoccupés (de quoi ?) ne leur donnent pas le bon Dieu sans confession. Ils craignent qu’Ennahdha ne soit un cheval de Troie qui libèrera le jour J, des escadrons de l’obscurantisme.
 
Parce que l’imaginaire collectif vit sur un fixisme : on confond entre islamisme et intégrisme. On utilise à tort et travers le mot « Chariaâ » ; confusion historique démontrée par Mohamed Talbi (Cf. P.2)… Quelle est la position d’Ennahdha vis-à-vis du Wahabisme, du Chiïsme et du Code du Statut Personnel ? Il y a toujours un « oui, mais… ».
 
Cela ne résout pas le blocage dialectique entre l’exégète et l’Ijtihad. Car si la foi cherche l’intelligence, l’inverse est vrai. « Dieu et l’âme, voilà ce que je tiens à savoir. Comprends pour croire, crois pour comprendre ». C’est de Saint Augustin. C’est aussi la démarche d’Al Ghazali, de Descartes et d’Averroès.
 
Raouf KHALSI
 
(Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 12 juin 2011)
 

La chronique du Dimanche

Les finances des partis politiques : pour un audit immédiat généralisé


Par Sadok BELAID *

C’est là, une question dont on ne parle que rarement et seulement à mots couverts. Et pourtant, elle est essentielle pour le fonctionnement de la démocratie, en général, et pour les prochaines élections constituantes, plus particulièrement. On a dit que «l’argent est le nerf de la guerre» : on pourrait étendre ce principe à la vie politique, en général, et aux activités des partis politiques, plus particulièrement. C’est précisément en raison de cette importance vitale de l’argent, qu’il est primordial et urgent d’en réglementer l’usage d’une manière stricte et égale pour toutes les parties intéressées, et d’en sanctionner les éventuelles utilisations répréhensibles. Pour cela, il n’est nullement indispensable ni indiqué d’attendre que la Haute Instance… réussisse à mener à bien ses travaux sur la question : comme pour le reste, cette législation risque fort d’arriver hélas ! trop tard et, surtout, elle ne peut avoir d’effet pour le passé, question de la plus haute importance ici, comme on le montrera tout à l’heure.  
La réglementation de la matière est dominée par des principes très généralement admis, dont la formulation est relativement récente (1988/2003) et qui, plus particulièrement pour ce qui est du cas de la Tunisie, ont été adoptés par la loi organique n° 88-32 du 3 mai 1988 (la loi française correspondante date du 11 mars 1988) et par la loi n° 97-84 du 21 juillet 1997 (très proche de la loi française du 19 janvier 1995). Ces lois tunisiennes sont toujours en vigueur et étant donné la date de leur adoption, elles couvriront nombre de situations créées depuis cette date. N’oublions pas que cette législation a trouvé application dans le cas de la dissolution de l’ancien parti au pouvoir et aussi, dans le cas du gel des comptes de cinq partis politiques récemment décidé par les tribunaux. Dans ces conditions, nous ne comprenons pas du tout les atermoiements ou même l’abstention de l’administration et des tribunaux dans la généralisation de son application aux autres partis politiques, anciens ou nouveaux.
Les principes applicables en la matière se ramènent aux exigences : i- de transparence, ii- de spécialité et, iii- de moralité, dans toute relation des partis politiques à l’argent : d’où vient cet argent ? – Pour quel objectif doit-il être exclusivement utilisé? – Quel impératif moral doit régir toutes les utilisations de cet argent ? – Sur ces trois niveaux, les législations comparées (et, la loi tunisienne) prévoient des peines pénales sévères pour les éventuelles malversations commises au cours des activités des partis politiques, en tant que tels, ou même, par leurs dirigeants.
*- Le «principe de transparence» institue l’obligation de déclaration de toute recette enregistrée, la tenue d’un compte-courant bancaire au nom du parti et d’une comptabilité patentée et certifiée, la présentation de comptes annuels, la justification de toute recette inscrite, ainsi qu’un certain nombre d’interdictions de financements, toutes fondées sur le principe (moral) de garantie de l’indépendance du parti récipiendaire (non aux subventions par les sociétés, non à l’argent étranger et à l’argent des étrangers).
*- Le «principe de spécialité» impose aux partis politiques de ne recevoir et de ne dépenser de l’argent que pour les besoins de leurs activités légalement définies, et dans la limite de ces dernières. Or, ces activités sont définies par la loi : en Tunisie, la loi du 3 mai 1988 dispose que les partis politiques «s’activent en vue de contribuer à l’encadrement des citoyens… et en vue d’intervenir dans les élections…», et rien d’autre. Toute subvention de quelque nature qu’elle soit, qui ne répond pas en recette et en dépense à ces deux objectifs, est interdite et sanctionnée pénalement par la loi.
*- Le «principe de moralité», enfin, comme tout principe éthique, est d’application générale car, il implique un examen introspectif des intentions des dirigeants des partis politiques, dans leurs activités et dans les conséquences qui peuvent en découler. Ce principe interdit tout comportement étranger à la raison d’être du parti politique et à l’objectif pour lequel il a été légalement fondé. Faire appel aux dons et aux subventions ou les recevoir pour en faire directement ou indirectement, un usage autre que politique est contraire au «principe de moralité», au même titre que l’usage ostentatoire de cet argent, ou encore l’usage déloyal envers les partis concurrents. De même, exploiter la crédulité des gens pour les amener à prodiguer des dons supposés être destinés au financement des «œuvres de bienfaisance» du parti ou encore, utiliser le cadre des activités «politiques» du parti pour couvrir des libéralités sciemment étudiées et octroyées aux citoyens «bien-pensants» et «bien-votants», sont des gestes condamnés par la morale, tout aussi bien que par la loi.
Les lois de 1988 et de 1997, en vigueur et effectivement appliquées déjà, doivent aujourd’hui, et en toute urgence, recevoir une application égale et juste et, tous les partis politiques, quels qu’ils soient, anciens ou nouveaux, grands petits, doivent être soumis à des audits systématiques et à des contrôles financiers stricts qui doivent répondre à la double interrogation suivante : «Quelle est la provenance, depuis votre création et au dinar près, de vos ressources ?» – «Quel usage précis et au dinar près, avez-vous fait de cet argent ?».
Pour que cela soit opérationnel, il est suggéré ici qu’un décret présidentiel soit immédiatement promulgué en vue de bloquer les comptes de tous les partis politiques – et, de leurs filiales – et de leurs dirigeants jusqu’à la vérification de chacune de ces comptabilités par des agences patentées d’audit financier. L’administration et les tribunaux doivent prendre les mesures nécessaires et urgentes pour gérer cette situation selon les normes juridiques et morales qui sont actuellement prévues par la loi tunisienne. Une nouvelle fois, nous considérons que le fait d’attendre que la prétendue «Haute Instance…» produise ses projets relatifs à la matière, équivaudrait à faire une application malencontreuse du proverbe tunisien qui dit : «Les pompiers ne sont arrivés qu’après que le feu ait brûlé la récolte !…».
Faut-il rappeler, pour être clair à ce sujet, que ces audits ne doivent pas seulement atteindre les finances des partis politiques, en tant que tels, mais aussi, et en application de principes effectivement appliqués par de nombreux pays étrangers à la suite de scandales retentissants, les patrimoines des dirigeants de ces partis, souvent utilisés comme refuge pour les ressources particulièrement illicites, sans parler des cas de détournement et de corruption au détriment des partis qu’ils dirigent…
Notre pays va s’engager dans les prochains mois dans une opération électorale cruciale pour son avenir politique. Nombre de mesures ont été déjà prises en vue d’assurer à ces élections toute la transparence exigée par les normes de la démocratie et, il y a tout lieu de s’en féliciter. Pour autant, il ne faut pas que, par une excessive timidité dans l’application de la loi ou en raison de l’incurie patente d’une Haute Instance…, désormais trop occupée à solutionner ses propres contradictions internes qu’à remplir en temps approprié, la mission qui lui a été confiée depuis plusieurs mois, ces élections soient indûment ternies par les opportunismes de quelques partis par trop entreprenants et par trop arrogants…
Auteur : S.B.* (Ancien doyen de la faculté de Droit de Tunis)
 
 

Tunisie/Hamma Hammami : « Plusieurs femmes voilées adhèrent au PCOT »

 


Hamma Hammami l’un des symboles de la résistance au régime déchu, sorti de la clandestinité depuis le 14 janvier, demeure farouchement attaché à ses idéaux et principes. A ses yeux, il serait faux de dire que le communisme est enterré ; « l’effondrement de l’ex-URSS n’est que l’échec d’une expérience ». Invité vendredi dernier des rencontres politiques de Gnet, le fondateur et dirigeant du Parti Communiste Ouvrier tunisien (PCOT), répond à nos questions sur le report des élections, les conflits tribaux à Metlaoui, ses choix économiques, son modèle de société, ses rapports avec Ennahdha… Avant de se livrer au jeu des questions/réponses, Hamma Hammami appelle son épouse, Me Radhia Nasraoui, histoire de s’enquérir de ses nouvelles et de chercher auprès d’elle inspiration et réconfort. Le chef du PCOT qui vient d’obtenir une victoire par rapport à ses adversaires, en voyant son vœu pour le report des élections exaucer, rappelle : « dès le début, nous avons demandé le report des élections au mois octobre ; ce n’est pas pour des raisons partisanes, mais pour des raisons objectives. Les partis qui ont été contre le report sont animés par des objectifs partisans, ils se croyaient mieux préparés que d’autres ». Les élections en elles-mêmes ne sont pas une fin en soi, dit-il en substance, « notre objectif est d’asseoir sur des bases solides une véritable démocratie en Tunisie ». Le PCOT a maintenant plus de temps pour se préparer à cette échéance électorale et a déjà tenu des réunions publiques dans une quinzaine de régions qui se sont très bien passées. « Nous avons remarqué que les Tunisiens veulent connaitre le PCOT. Des milliers de citoyens veulent y adhérer, parmi eux beaucoup de femmes voilées. Le voile n’indique pas automatiquement l’appartenance politique à un parti religieux, ces femmes avaient une idée fausse de ce que propose le PCOT, surtout au niveau de la question de l’identité et de la religion. Elles disent que nous étions avec vous sur le plan social et politique, mais avons de fausses idées sur votre conception de la relation Etat/religion. Nous considérons que le PCOT nous donne plus de garanties même au niveau de la liberté de conscience, qu’Ennahdha ou autres ». « L’Etat doit garantir la liberté de conscience »
Hamma Hammami dit considérer l’Islam comme la religion de la majorité absolue du peuple tunisien. « Un parti politique qui se respecte et qui veut diriger un pays, doit respecter la religion de son peuple. Le problème ne se pose pas au niveau de la reconnaissance de l’Islam en tant que religion de cette société, mais au niveau du rapport Etat/Religion. Pour nous le rapport Etat/Religion appartient au champ politique, donc au champ des libertés, des droits humains et de la démocratie. Dire que je suis arabo-musulman ne peut pas définir ma position sociale et politique. D’où notre appel à la séparation entre Etat et religion pour garantir la liberté de conscience. Si l’Etat intervient pour diriger la conscience des citoyens, ou pour diviser les citoyens selon leur conscience, leur région et leurs convictions, on ne va pas aboutir à un Etat démocratique », Le PCOT prône « un Etat civil et démocratique qui doit veiller à la liberté de conscience, protéger les croyants, leur offrir les meilleures conditions pour pratiquer leur religion ». Les imams peuvent élire démocratiquement un conseil pour gérer les affaires religieuses, suggère-t-il. « L’Islam, c’est la foi, la foi est une affaire personnelle, c’est aussi la chariaa qui est l’œuvre des fuqaha (jurisconsultes), et est liée aux conditions concrètes historiques bien déterminées. L’islam est une civilisation, et comme toute civilisation, il comprend des choses positives et négatives, nous sommes pour le maintien de tout ce qu’il a de positif ». « Nous sommes en désaccord avec la non-reconnaissance du parti Ettahrir « 
« Il y a des partis politiques qui veulent semer la confusion en parlant d’une alliance PCOT/Ennahdha, déplore Hamma Hammami qui évoque une campagne ambivalente sur Facebook, « lorsqu’on veut faire peur au peuple on leur dit que le PCOT est un a parti athée, et lorsqu’on veut faire peur aux femmes et aux jeunes, on leur dit que le PCOT est un allié avec Ennahdha. Le PCOT n’a jamais fait d’alliance sous la table, mais en tant que parti, ça arrive que nos militants se trouvent dans des réunions avec Ennahdha. Dernièrement à Essouassi, nous nous sommes retrouvés avec des militants du parti Ettahrir, d’Ennahdha et des salafistes, l’essentiel c’est de discuter, d’user d’arguments et d’armes intellectuelles ». Le chef du PCOT dit entretenir avec le Président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, des rapports de respect, « je l’ai vu une seule fois dans ma vie, le jour où on est passé à la télé ». « On peut qualifier Ennahdha de parti réactionnaire, on peut même faire sa propre propagande contre Ennahdha en tant que parti politique qui peut mettre en danger les acquis. Mais, il y a une différence entre mener un combat politique, un combat d’idées contre un autre parti et être éradicateur, nous sommes contre l’éradication, si on éradique Ennahda aujourd’hui, rien n’empêche que l’on n’éradique pas demain le PCOT, le PDP ou autres. Nous avons exprimé notre désaccord sur la non-reconnaissance du parti Ettahrir. Un parti qui a des idées, qu’il les défende et que le débat soit mené publiquement entre partis politiques », préconise-t-il. Les conflits tribaux, ce n’est pas à Metlaoui qu’ils se posent de la manière la plus aigüe, selon Hamma Hammami, qui impute la résurgence du tribalisme dans la région aux forces contre-révolutionnaires. « Ces forces ont essayé de semer le désordre et de faire un chantage aux Tunisiens, soit le désordre soit la sécurité ». Pour le chef du PCOT, « on ne peut pas résoudre ce problème tribal sans la résolution des causes sociales profondes, la pauvreté, l’absence d’un plan de développement régional, et l’absence de liberté et de démocratie ». Il appelle à réserver une partie des rentrées d’argent du phosphate au développement de la région, et à constituer une commission d’enquête indépendante, pour rendre compte à la région et au peuple tunisien de tout ce qui s’est passé. « Une campagne de dénigrement contre le PCOT du Nord au Sud »
Hamma Hammami estime que son parti a fait l’objet d’une campagne de dénigrement du Nord au Sud, notamment à Siliana où il dit avoir été accusé par le Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, d’y être derrière les actes de violence et de pillage. « J’aurais aimé que le Premier ministre accuse expressément le PCOT, mais à Siliana, aucun de nos militants n’a été arrêté, lorsqu’il y a un dossier pareil pourquoi, il n’y a pas de commission d’enquête ». Et d’ajouter : « de point de vue du principe, nous ne pouvons pas porter atteinte aux intérêts des commerçants, d’ouvriers, ce sont des gens que nous défendons. Caïd Essebsi a accusé ceux qui sont pour le report des élections, de freiner le processus de transition démocratique, et maintenant c’est lui qui confirme ce report ». Pour ce partisan impénitent de Karl Marx : « On ne peut pas dire que le communisme a été enterré, les expériences qui ont échoué ce n’est pas le communisme, l’idéal de justice sociale ne peut jamais être enterré. Le communisme est un projet de société, la dernière crise du capitalisme a de nouveau remis en question le capitalisme en tant que civilisation qui doit être remplacée » . Et de renchérir : « On ne peut pas traiter l’histoire de cette manière. Cette lutte entre le monde du travail et le monde du capital, ce n’est pas quelque chose de linéaire, ce sont des confrontations entre les deux mondes. Il ne faut pas croire que ces nouveaux esclaves des temps modernes vont vaincre, une fois pour toute, leur oppresseur. Il faut éviter le schématisme, toute expérience humaine à des côtés positif et négatif ». « Nous sommes contre les affairistes qui ne respectent pas les droits des travailleurs »
« La politique libérale suivie en Tunisie avait pour conséquences le pillage du pays, la corruption, l’exploitation féroce, le chômage, l’exclusion »…regrette-il. « Nous sommes pour que la Tunisie ait des relations avec le monde extérieur, mais pourvu qu’elles soient fixées selon la base des besoins de notre propre développement national, sinon on va rester dans la dépendance ». Il récuse avoir prôné un régime à la libyenne de type Jamahiriya, qualifiant le régime libyen « de despotique et de caricature de la démocratie populaire ». Hamma Hammami appelle « à l’expropriation des pilleurs de la Tunisie à l’instar des Ben Ali et des Trabelsi, ceux qui ont fondé des sociétés en pillant, l’expropriation des Abderrahim Zouari et Ganzouï qui ont transformé des terres domaniales en simples fermes de campagne pour aller passer le week-end. Nous sommes contre les affairistes qui n’investissent pas pour la production, pour l’emploi et qui ne respectent pas les droits des travailleurs ». Le porte-parole officiel du PCOT prône « le pouvoir au peuple par le biais des élections systématiques à tous les niveaux national régional et local, les formes de démocratie directe à l’instar de Kasbah un et deux, repris en Espagne, au Japon, la décentralisation du pouvoir et la promotion de la démocratie locale ». S’agissant de son appel à armer la population, il dit que cette phrase a été sortie de son contexte, et qu’il n’a jamais appelé à arracher les armes des policiers pour les distribuer à la population. « Nous sommes pour une nouvelle doctrine sécuritaire pour un Etat démocratique. La sécurité d’un pays ne dépend pas du nombre de ses policiers. Nous voulons un agent de sécurité qui soit au service du peuple et de la Tunisie et un appareil sécuritaire qui soit soumis aux instances élues par le peuple ». H.J.

Tunisie -Politique: Abdelfattah Mourou, pourquoi prêcher à Métlaoui?


Par Maryam OMAR
Certains diraient avec conviction que c’est très courageux de conduire la prière du vendredi à Métlaoui alors que la ville vient à peine de vivre des jours sanglants. D’autres diraient que le Cheikh Abdelfattah Mourou est un renard qui sait que rien ne forge une réputation plus que de se faire voir dans les théâtres enflammés. D’autres encore diraient que, dans tous les cas de figure, c’est du plein droit du Cheikh, en tant que politicien, de faire reluire l’image de son parti quand une si belle occasion se présente. Les plus attentifs à la vie politique diraient que l’on ne se poserait certainement pas autant de questions si le cheikh-politicien avait appartenu à un parti autre qu’Ennahdha… En vérité, cette toute première apparition d’un parti politique à Métlaoui après le drame ne pouvait (par définition, nous allions dire) qu’être suspecte. Car ce qui est sûr, c’est que le prêche du cheikh-politicien ne contribuera que très marginalement à calmer les esprits. Les gens de Métlaoui qui n’ont pas cessé d’appeler à calmer les esprits l’écouteront. Les autres regarderont mais n’écouteront que leur propre logique, scellée dans les poitrines. Pour comprendre un peu la situation, il faut bien saisir que cette ville de près de 100 mille âmes est composée d’une mosaïque exceptionnelle : Awled Bouyahia (qui compteraient pour la moitié de la population), les Jéridiyya (le cinquième de la ville), Awled Slama (un sur dix habitants), Awled Maammar, Awled radhouane, les Khémayliyya, Awled Sidi Abid, les Nouwayliyya, les Frachiche… et la liste est encore longue ! Entre eux tous, tout va bien quand les rivalités ne sont pas excitées. Rappelez-vous, ils ont participé ensemble au fameux sit-in Kasbah2. Mais la chose peut virer très rapidement au vinaigre quand les rivalités trouvent un détonateur. Le cheikh-politicien Mourou connait évidemment tout cela et sait pertinemment qu’un prêche ne changera rien à des tensions qui perdurent depuis des décennies et qui n’attendent qu’un signe pour éclater de nouveau. Alors pourquoi prêcher à Métlaoui ? Ennahdha nous aura-t-elle à l’usure ?

Super Mourou

Par Sondes Khribi Khlifa
J’écoutais ce Monsieur parler, et je sentais comme une ambiance de je ne sais quoi… de Ramadan, voilà! Et c’était l’étincelle qui m’a permis de comprendre. C’est une question très délicate, et elle me travaille depuis un bon bout de temps. Que penser des partis «islamistes» ou «islamiques»? D’ailleurs, je ne sais plus quel terme utiliser. Est-ce un tort… de vouloir mêler le religieux et le politique? Même si eux, les responsables, font du contorsionnisme de haut niveau: ils se réclament partis islamiques, et nient en même temps l’inférence du religieux dans le politique. Et c’est selon les cas. Chacun son discours. Il paraît que ça fait peur aux gens de se réclamer «islamique». Alors on évite. Mais il paraît aussi que ça fait peur aux gens de se réclamer «laïc», la majorité ne sachant même pas ce que laïcité veut dire. Alors on évite aussi. Je crois que l’essentiel n’a pas été vraiment dit. Il est incarné par Cheikh Mourou. Cheikh Mourou c’est Ramadan. Non ce n’est pas une plaisanterie. Il n’y a pas un Tunisien qui ne regarde pas la chaîne nationale au mois saint. Il n’y a pas un Tunisien qui ne prend pas place à table à la rupture du jeûne. Y compris et surtout s’il n’a pas jeûné, qui ne regarde pas les feuilletons tunisiens, etc. Le substrat culturel fait partie intégrante de toute stratégie politique, il n’y a pas de pouvoir qui ne soit pas imprégné par une certaine culture. Bourguiba avait la sienne, Sarkozy, Bush, Obama, etc. Sauf Ben Ali peut-être, il a dû être très occupé par le comptage de sa recette du promo-sport du dimanche. Il ne s’agit pas de religion, pas tant que ça, il s’agit de culture, du patrimoine culturel qui est le nôtre. De ce sentiment de douceur et de fierté, d’appartenance à quelque chose de grand et de profond. Une culture.. Et même si certains ne se reconnaissent pas directement, ou tous les jours, dans les symboles qu’est la «jébba» de A. Mourou, qui –honnêtement- ne voudrait pas en porter une qui soit si élégante, à son mariage ou à celui de sa fille? Ce que je veux dire, c’est que, même si ce n’est pas dans la culture que nous portons tous les jours, c’est dans l’inconscient culturel, collectif, partagé et fédérateur de notre unité et de notre spécificité. CCheikh Mourou, avec sa «jebba» si élégante, réclame une identité. Avec son arabe littéraire et très soigné, nous délivre enfin du complexe du bilinguisme jamais réussi (ou juste par une mince frange sociale). Nous sommes un peuple qui a une Histoire et une langue. En écoutant Mourou, nous sentons notre estime de soi, mais notre estime collective aussi, remontée. Il a de l’humour en plus, et cite des proverbes tunisiens, des commentaires à la manière de Béji Caïd Essebsi, tout de l’ancienne école, et tout pour plaire aussi. Un futur «animal politique»? Peut-être bien.
 
(Source: “webmanagercenter” le 12 juin 2011)

PDP Mohamed Talbi : «Ma religion est la liberté…

et les mouvements islamistes vivent une situation de dédoublement intellectuel»


Le Parti Démocratique Progressiste (PDP) a organisé, vendredi, à Tunis, une conférence au cours de laquelle l’historien et penseur tunisien, Mohamed Talbi, a relevé l’importance de la liberté d’expression dans le développement de la conscience collective des nations. Il a, dans ce contexte, mis l’accent sur l’Ijtihad dans la lecture du texte coranique afin de sortir de la pensée sclérosée qui a marqué l’histoire de l’Islam depuis le Moyen-âge. Au cours de la conférence à laquelle ont assisté un certain nombre d’adhérents du PDP, Talbi a indiqué « que ma religion est la liberté… car le Coran la consacre de manière explicite » relevant que les apports des exégètes dans la pensée salafiste sont une déformation des textes coraniques » qui restent valables en tout temps et n’importe où et qui prônent la justice sociale. Talbi a indiqué qu’il n’existe pas dans le texte coranique de trace du terme « Chariâa » qui constitue, selon lui « l’une des causes de l’oppression vécue par les musulmans… dès lors qu’elle est soumise à la dictature des exégètes », soulignant dans ce contexte que l’Islam est un message pour l’humanité toute entière et qu’il n’est guère fondé sur le principe de la contrainte. Critiquant le discours des courants salafistes qui se caractérisent par une contradiction manifeste entre la parole et l’acte, il a estimé que « ces mouvements vivent une situation de dédoublement intellectuel et religieux » ce qui les rend incapables de s’adapter à l’esprit de l’époque. Il a également appelé à se débarrasser du principe de la prééminence du « pouvoir religieux » et à passer à une étape qui accorde le pouvoir au peuple, condition sine que non pour l’instauration de la démocratie.
Le conférencier a également abordé les épisodes sombres de l’histoire de l’Islam, qui ont débuté avec la « grande discorde » et l’apparition des doctrines religieuses antagonistes, dont en particulier le sunnisme et le chiisme, en passant par le rejet de toute forme d’Ijtihad avec la chute de l’Etat abbasside, et en arrivant à l’étape actuelle qui a vu l’émergence de l’extrémisme et de la violence.
A rappeler que Mohamed Talbi est un docteur spécialisé en histoire islamique qui a eu d’éminentes contributions à la pensée islamique, grâce à un certain nombre de publications en arabe et en français, dont il convient de citer l’oeuvre « Afin que mon coeur se rassure ».
(Source: « le Temps » (Quotidien – Tunis), le 12 Juin 2011)‏
 

Tunisie – Laâroussa : Lorsque les potières de Sejnane s’émancipent !


Une conférence de presse s’est tenue vendredi 10 juin 2011 au siège de la Délégation de l’Union européenne pour présenter le projet Laâroussa : une « fabrique d’espace populaire de création ». Il s’agit de faire partager l’initiative et la création de nouvelles formes d’espaces (sociétés) autonomes de production autour de savoir-faire artisanal et artistique des femmes de Sejnane. L’événement est organisé par L’Art Rue, et l’association Muzaq avec le concours de la Délégation de l’Union Européenne en Tunisie Ainsi, Laâroussa est un projet collectif autour du savoir-faire des femmes potières de Sejnane, qui est né de l’initiative des artistes Sofiane et Selma Ouissi, dont l’ambition est de créer un nouveau mode artistique où l’humanitaire et le social se mêlent, un réel échange entre des artistes confirmés et des artisans qui créent de réelles œuvres d’art.
L’idée est née lorsque Selma Ouissi a trouvé une poupée de Sejnane qui se vendait à Paris à 150 euros (également vendue à La Marsa à 200 dinars) alors que les potières, qui passent en moyenne 5 jours à réaliser leur ouvrage, ne touchent que 30 dinars au maximum. Le projet a été lancé depuis octobre 2010, et les artistes se sont déplacés pour visiter la région et contacter les habitants. Les ateliers, impliquant une soixantaine de femmes potières, leurs enfants, le collectif La Luna de Nantes, les femmes de l’association Arlène de Nantes, le collectif Dream City de Tunis, se sont déroulés à Sejnane de février à juin 2011. Tous ont œuvré ensemble à la création d’une société rêvée où toutes les compétences sont valorisées pour aboutir à une créativité généralisée.
Au menu : créations artistiques, économies vertes, économie sociale et solidaire, poétique du travail des femmes, fêtes et chants collectifs, discussions et échanges partagées, gestion des enfants, éveil corporel, cuisine et repas collectifs, cartographie, production à plusieurs mains et têtes, … «Des moments intenses d’émotions et de partages collectifs ont été les braises incandescentes et les moments de vie forts de cette nouvelle société autogérée qui reconnaît les travaux de la femme de Sejnane comme partie constructive et valorisante de l’économie du pays», expliquent les initiateurs du projet. Les femmes de Sejnane ont compris que l’union fait la force, car en s’unissant, elles se partagent les tâches entre elles de façon à ce que celles qui travaillent dans la poterie puissent se consacrer à leurs œuvres outre qu’elles peuvent négocier le prix de leur ouvrage. D’où la nécessité de mettre en place une coopérative structurée.
A travers cette conférence de presse, les artistes du collectif ainsi que les potières de Sejnane ont voulu dévoiler ce projet. Actuellement, le collectif recherche des personnes pour prendre le relais et pour mettre en place les bases de cette coopérative qui aura des retombées économique positive sur toute la région. Dans ce contexte, il organise, prochainement en collaboration avec les potières, une journée de découverte aux journalistes et aux personnes intéressées par Laâroussa. Notons que les œuvres d’arts des potières seront présentées à Tokyo, que le site Mille et une Tunisie vend en ligne les créations et que les potières ont déjà 2 commandes à réaliser.
Imen Nouira
 
(Source : « businessnews», le 12 juin 2011)
 

 
 

Omar Bey, un artiste tunisien qui se lâche


Après la chute du régime de censure de Ben Ali, les artistes peuvent enfin s’exprimer. Rencontre avec Omar Bey, l’auteur, entre autres, du buste de Kadhafi à la viande de porc.
Omar Bey, artiste tunisien et défenseur de l’art dans sa version plutôt underground que classique, expose en ce moment à la Soukra, au Nord de Tunis. Ses œuvres entérinent la levée de la censure en vigueur sous le régime de Ben Ali. Tout le monde se presse devant une vitrine de verre de la galerie Kanvas. Rires amusés, moues faussement choquées, assorties de «rhooo» jouisseurs. «Je l’ai fini il y a quelques heures», lance l’artiste, Omar Bey. «Ça vous plaît?» Oui ça plaît, incontestablement. Ce buste de Kadhafi fait à partir de viande de porc (buste absolument fidèle: Ray Ban, touffes brunes bouclées sortant du chapeau, étole) a le visage strié de traces rouges sang. Le titre: Portrait d’un salop. Un samedi soir sur l’avenue Fatima Bourguiba à Tunis. A côté du buste de Kadhafi, une œuvre intitulée La Fuite du Dictateur, une autre Le Tunisien… Il fait bon, on fume en trinquant au coca. L’ivresse vient d’ailleurs: «C’est la première exposition d’art engagé, ouvertement engagé, en Tunisie», lance l’historien de l’Art Houcine Tlili. L’engagement, une notion à définir Chez Omar Bey, la maison domine la mer. Lui domine la pièce. Grand, imposant, avec une voix franche. On lui demande s’il est bien un artiste engagé. «Moi j’ai jamais été très impliqué dans tout ça. On était dans une situation où on faisait avec, et on ne se rendait plus vraiment compte. Tout le monde disait ça ne peut plus durer, mais ça durait quand même.» Il raconte qu’il a fait le lycée français, qu’il est parti deux ans à Paris pendant lesquels il a surtout picolé, échoué au concours des Arts Déco de Strasbourg, puis il est revenu à Tunis où il a fait les Beaux-Arts. Il ouvre ses books. Des dizaines de photos de ses toiles, sculptures, installations. Des mains qui dépassent de lattes de bois, comme un prisonnier invisible dont seules les mains traversent des barreaux de prison. Une palette avec un gorille dessus, œuvre intitulée Le chef de police du Kram. D’autres singes dans d’autres œuvres. «Le singe revient chez beaucoup d’artistes en Tunisie, explique-t-il. Le singe c’est un peu le mouton je crois. Nous les Tunisiens, on n’était que des singes.» Si l’homme est un animal politique, le singe est prépolitique. Il est le sujet de la dictature. Sous le règne des clowns On réitère: est-ce qu’il fait de l’art engagé? Silence. «Pas vraiment» Deuxième silence. «Engagé peut-être mais pas militant. Je ne me suis jamais occupé de politique. La politique n’avait pas de sens en Tunisie. Nous, nos débats politiques on les vit avec les Français. On vit notre démocratie par procuration depuis des années. On dit « ah regarde Sarkozy, regarde Marine Le Pen, ce qu’ils font ». Je connais tous les membres du gouvernement français, je ne connaissais pas les membres du gouvernement sous Ben Ali. Ils n’avaient aucune importance. Je ne savais même pas qui était le Premier ministre. On connaissait les Trabelsi, Leila Trabelsi, toute sa famille. C’est eux qui comptaient, les autres c’étaient des clowns.» Les œuvres d’Omar Bey sont engagées parce qu’elles reflètent la société. «Mais pas idéologique, il n’y a pas de théorie derrière. Je travaillais dans une optique personnelle, mais comme je suis un individu vivant dans une dictature, la dictature ressort.» L’attente: un personnage qui regarde le ciel. Le bien-pensant: un type à sa fenêtre avec une carabine. La visite: avec l’image d’un flic qui arrive chez quelqu’un. La peur apparaît aussi dans ses œuvres, sous forme de masses angoissées. «Le tournant de la révolution, c’est quand la peur a changé de camp. Tu vois, on avait toujours peur, qu’un flic arrive, que quelqu’un se fasse embarquer. On vivait avec. Mais avec le recul je me rends compte combien c’était usant. Dans nos œuvres on essayait de se lâcher.» Les œuvres les plus explicitement critiques devenaient impossibles à montrer. «J’avais fait un collage sur Ben Ali. Parfois, dans les journaux, il y avait une page entière avec plein de petites photos de lui en train de remettre des médailles. J’avais fait un collage en reprenant ces photos, il y avait sa tête à lui et tous les gens à qui il remettait des médailles étaient des visages de Mickey, Donald, etc. Je l’avais filée à une galeriste pour la vendre mais elle n’a pas réussi. Et je ne pouvais pas exposer ça. C’était vraiment dangereux.» Vouloir braver la censure trop ostensiblement impliquait d’être prêt à subir humiliations, vexations, voire la prison et la torture. Kadhafi en lardons L’exposition à la Galerie Kanvas était prévue avant les événements qui ont fait chuter Ben Ali en janvier. «Je ne m’étais pas vraiment mis au boulot. Et pendant la révolution je n’avais pas la tête à ça. On flippait, il y avait les comités de quartier et puis il y avait autre chose à faire. Et après le 14 janvier ça a commencé à bouillonner, les discussions, réunions. Et puis ma galeriste m’a dit « on la fait hein l’expo! » Et j’ai tout réalisé en un mois et demi. Les idées étaient déjà là depuis tellement longtemps.» Pourquoi un buste de Kadhafi et pas de Ben Ali? «J’ai un travail en cours sur Ben Ali, mais bon ce qui était intéressant aussi c’était de le mettre tant qu’il était là, maintenant…» L’idée du buste de Kadhafi, c’est arrivé très rapidement. «Kadhafi a fait venir des miliciens du Tchad, du Mali, c’est des enfants soldats, des gamins qui ont grandi avec des mitraillettes dans les mains: c’est des bêtes sauvages qu’il a lâchées sur son peuple. Et puis il est dégueulasse physiquement.» Alors le visage est devenu du bacon, du lard fumé. «C’est vachement bon d’ailleurs. Quand je l’ai fini hier matin je me suis dit, je me ferais bien des œufs au plat avec ça.» En attendant que Kadhafi soit cuit.  
Emile Rhodes
(Source : « slateafrique », le 9 juin 2011)

Tunisie – Baromètre politique juin 2011 par SIGMA


Le baromètre politique SIGMA du mois de juin 2011, présenté ce samedi lors des travaux de l’association Nou-R, a porté sur le climat politique en Tunisie ainsi qu’aux intentions de vote des Tunisiens de leurs représentants à l’Assemblée constituante (partis politiques) prévue le 23 octobre 2011.  
L’enquête a été réalisée du 8 au 10 juin 2011, auprès d’un échantillon de 1014 individus de 18 ans et plus choisis de manière à représenter les quotas démographiques par gouvernorats, par tranches d’âge, par catégories socioprofessionnelles et par sexe selon les données de l’INS les plus récentes (2010). L’erreur d’échantillonnage maximale (quand les phénomènes mesurés sont proches de 50%) est de l’ordre de +ou-3%. Le mode d’administration des questions est téléphonique à travers le call center SIGMA avec la méthode CATI (Computer Assisted Telephonical
Interviewing). Il ressort dans la première partie de ce sondage que seulement 47% ont suivi le discours de M. Béji Caïd Essebsi prononcé mercredi dernier au Palais des Congrès à Tunis, dont 75% l’ont trouvé convainquant. 52,5% des Tunisiens interrogés considèrent que la date des élections du 23 octobre 2011 est convenable. Par ailleurs, 76,4% des Tunisiens se considèrent optimistes quant au sort de la Tunisie et ils sont 73,3% qui pensent que la Tunisie va vers le progrès contre tout de même 19,7% qui la voient aller vers le chaos. Cinq propositions ont été présentées aux interviewés portant sur la source potentielle de leur peur pour l’avenir de la Tunisie, ils étaient 29,5% à choisir le chaos politique, 29,5%3 une crise économique durable, 15% le terrorisme, 11,9% le retour de la dictature et 10,4% les conflits tribaux. Questionnés sur les mesures prioritaires qu’un gouvernement élu devrait entreprendre, il ressort essentiellement les 5 actions suivantes (dans l’ordre de priorité) : Mesures pour assurer la sécurité dans les rues, diminuer le chômage et la création d’emplois stables, assurer l’existence de structures de santé de proximité, des mesures contre la corruption et l’amélioration du niveau de la formation dans les écoles, les lycées et les universités. Les mesures relatives à la qualité environnementale ou l’accès aux loisirs, … s’avèrent subalternes pour une majorité des Tunisiens en tant que mesures gouvernementales prioritaires. A la question sur les personnalités politiques présentes actuellement sur la scène politique et auxquelles le Tunisiens fait confiance, les résultats ont été les suivants (dans l’ordre) : 36,2% ne font confiance à personnes, 23,5% n’ont pas su répondre, ensuite viennent MM. Béji Caïd Essebsi 22% (1% représente environ 72 000 individus), Rached Ghannouchi 8,7%, Ahmed Nejib Chebbi 5,7%, Moncef Marzouki 3,6%, Mustapha Ben Jaâfar 2,3%, Abdelfattah Mourou 1,9%, Ahmed Ibrahim 1,7%, Foued Mebazaâ 1,2%, Hamma Hammami 1,1%, Farhat Rajhi 0,9%. Par rapport aux intentions de vote, les abstentionnistes potentiels représentent 12,7%, ils sont 20,7% dans le Centre Ouest et 17,9% dans le Sud. Ceux qui n’ont pas choisi encore un parti représentent 41,2%. Ceux qui ont refusé de répondre à la question ont représenté 5,9%. En fin de compte, ceux qui ont déclare choisir un parti des 84 existants ont représenté 40,3% soit près de 60% des Tunisiens qui restent à convaincre. Le mouvement Ennahdha a obtenu 16,9% d’intentions de vote (notamment dans le Sud et le Centre Ouest), suivi du PDP avec 9,5% (notamment dans le Nord Est et le Centre Est) ; Ettakatol 3,5% (notamment dans le Grand Tunis) ; Al Watan 3,1% ; le CPR 3,0% ; le POCT 1,5% ; Ettajdid 1,0% Afek Tounes 0,9%, l’Initiative 0,4%… Enfin, l’Observatoire SIGMA, qui mesure le bruit médiatique des partis politiques, indique pour le mois de mai 2011, que 5 partis sur 67 reconnus ont bénéficié près des 2/3 du temps de passage dans les 4 chaînes tunisiennes (Al Watanya 1&2, Hannibal TV et Nessma TV). Ainsi Ennahdha a accaparé 18,6% du temps total imparti aux formations politiques, 13,3% à Ettajdid, 12,6% au PDP et 10,5% à Ettakatol. Dans les autres médias que ce soit la radio ou la presse écrite (papier), la présence des partis politique ayant leurs racines d’avant le 14 janvier 2011 sont largement plus présents (129 articles de presse concernant Ennahdha, 100 articles sur le PDP, 55 sur Ettajdid, 44 sur le POCT, 35 articles sur Ettakatol et des miettes pour les autres partis notamment ceux qui émerger après la révolution.  
(Source : « businessnews», le 12 juin 2011)
 

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