23 août 2006

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2284 du 23.08.2006

 archives : www.tunisnews.net


L’ACAT demande que les prisonniers tunisiens reçoivent dans les hôpitaux et auprès de spécialistes les soins adéquats auxquels ils ont droit La Liberté : Malika el-Aroud quitte la Suisse Tribune de Genève : De Tunis à Bagdad, la femme arabe dans tous ses états Jeune Afrique : Moncef bey: A l’écoute de son peuple Jeune Afrique : Moncef Bey, les juifs, l’Axe et les Alliés Jeune Afrique: Comment les musulmans s’en sortiront Hèdi Baccouche: « La nation tunisienne, entre hier et aujourd’hui »: Une identité millénaire Soraya Messaoudi: La khobza connexion Amnesty International : Israël/Liban. Des éléments montrent que des infrastructures civiles ont été délibérément détruites AFP: « Israël arrête le vice-Premier ministre palestinien, membre du Hamas André Monjardet: La bavure de la république  ou la complainte des flics

 
 

Cliquez ici pour accéder au reportage exceptionnel de l’AISPP sur la catastrophe humanitaire des prisonniers politiques Tunisiens 


 
ACAT-France
7 rue Georges Lardennois – 75019 Paris Tel : 01 40 40 42 43 – Fax : 01  40 40 42 44  Ministre de la Justice Ministère de  la Justice 31 Boulevard Bab Benat 1006 Tunis – La Kasbah Tunisie Fax : 00 216 71 568 106   Le                       2006 Monsieur le Ministre,

L’ACAT demande que les prisonniers tunisiens reçoivent dans les hôpitaux et auprès de spécialistes les soins adéquats auxquels ils ont droit.

M Abderrahmane TLILI qui est diabétique est privé des soins qui devraient lui être prodigués. L’attitude des autorités qui refusent de le transporter à l’hôpital est d’autant plus inacceptable que la famille Tlili n’a cessé de leur écrire pour attirer leur attention sur les dangers encourus par leur fils, allant jusqu’à proposer de financer les soins réclamés. M. Hamadi BEN ABDELMALEK souffre, au niveau de la poitrine, d’une tumeur dont on ignore l’origine. L’administration pénitentiaire refuse de le présenter à des spécialistes afin qu’il puisse bénéficier d’un diagnostic et de soins adéquats. M. Abdellatif BOUHAJILA souffre d’asthme et de problèmes au cœur et aux reins, sans pouvoir bénéficier des soins nécessités par son état de santé défectueux. L’ACAT rappelle aux responsables de l’administration pénitentiaire qu’ils ne peuvent continuer à ignorer les droits élémentaires des prisonniers malades dont la vie est en danger. Nous vous remercions de nous lire et nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l ‘_expression de notre plus haute considération Pour le pôle-actions Nicole Pignon-Péguy Copie à l’ambassade de Tunisie, 25 rue Barbet de Jouy, 75 007 Paris, Fax : 01 45 56 02 64


Malika el-Aroud quitte la Suisse

 
Guin – Malika el-Aroud a subitement quitté la Suisse. Dans un entretien qui sera diffusé sur CNN, elle avoue continuer à alimenter son site de propagande islamiste. Sid Ahmed Hammouche, Kessava packiry Malika el-Aroud, la veuve de l’assassin de Massoud, semble avoir fui le territoire helvétique. Sur son site internet (toujours actif malgré son interdiction), la djihadiste établie à Guin déclare, sous le pseudonyme d’Oum-Obeyda: «Je suis rentrée en Belgique. Je suis hyper-heureuse d’avoir quitté la Suisse, ce pays ou l’atmosphère est oppressante alors que l’on m’avait dit qu’il faisait bon y respirer.» «La Liberté» a tenté de la contacter hier, en vain. Cette Belge d’origine marocaine fait l’objet d’une procédure judiciaire, conduite par le Ministère public de la Confédération, pour «participation à une organisation criminelle et provocation publique au crime ou à la violence via un site internet». Malika el-Aroud et son actuel mari, le Tunisien Moez Gharsallaoui, ont d’ailleurs vu débarquer la police fédérale à leur domicile de Guin, au début 2005. Le site a aussitôt été interdit. Mais Malika el-Aroud continue de l’entretenir et de l’animer. Selon le témoignage d’un voisin, les volets de la maison sont aujourd’hui fermés. Mais la djihadiste l’occupait encore il y a deux semaines, et son mari y serait toujours domicilié. Rencontre avec CNN L’affaire est actuellement entre les mains du juge d’instruction de la Confédération Gérard Sautebin, qui indique: «L’instruction est en cours. Je ne peux pas vous en dire plus. Mais le dossier et l’instruction doivent être traités avec diligence.» Avec le départ de Malika el-Aroud, les choses prennent une autre tournure, et pourraient aller plus vite. Autre élément qui plaide en faveur d’un coup d’accélérateur: une interview accordée récemment à la chaîne CNN, dans laquelle Malika el-Aroud dit toute l’admiration qu’elle voue au leader d’al-Qaïda. Surtout, l’activiste avoue continuer à gérer son site de propagande islamiste (hébergé à l’étranger). L’interview, réalisée dans le cadre d’une série intitulée «Sur les traces de Ben Laden», ne sera diffusé que le 23 août sur la chaîne américaine. Mais un résumé de l’entretien figure déjà sur le site internet de CNN. Au journaliste venu l’interroger à son domicile de Guin, Malika el-Aroud dit son amour pour Oussama Ben Laden, même si ce dernier a envoyé son mari à la mort. C’était le 9 septembre 2001: aidé d’un compatriote, le Tunisien Abdessater Dahmane assassinait le commandant afghan Ahmed Shah Massoud lors d’une opération-suicide. Selon Malika el-Aroud, 47 ans, l’acte de son mari lui a valu les félicitations de son entourage. Dans l’islam, affirme-t-elle aux caméras de CNN, c’est l’apogée d’être la veuve d’un martyr. «Pour une femme, c’est extraordinaire.» Le FBI au courant Vers la fin de l’entretien, Malika el-Aroud entraîne l’équipe de CNN dans sa chambre pour lui montrer la manière dont elle gère son forum internet. Un forum dont elle persiste à nier qu’il est une plate-forme de soutien à une organisation terroriste. L’interview, réalisée en février, n’était encore pas parvenue aux oreilles des autorités suisses. Informé par «La Liberté», Gérard Sautebin affirme vouloir suivre avec beaucoup d’attention les déclarations de la djihadiste de Guin, mercredi prochain sur CNN. Des éléments d’informations précieux, qui pourront peser sur le dossier et relancer l’instruction. Selon nos sources, d’autres personnes étaient pourtant bien au courant du passage de l’équipe de CNN dans le canton: des agents du FBI, basés à Berne, qui semblent accorder une grande importance au cas el-Aroud. (Source : « La Liberté » (Suisse) du 18 août 2006)  


De Tunis à Bagdad, la femme arabe dans tous ses états

Gustavo Kuhn Il y a cinquante ans, Tunis adoptait une législation égalitaire unique dans le monde musulman. Mais, dans l’ensemble, la condition de la femme arabe régresse. Et même dramatiquement en Irak. La Tunisie vient de célébrer en grande pompe les cinquante ans du Code du statut personnel, une législation libérale sur l’égalité des sexes, exceptionnelle dans le monde arabe. Connu pour ses nombreuses atteintes aux droits de l’homme, le pays du Maghreb se targue paradoxalement d’être à la pointe de l’émancipation des femmes dans la région. Ainsi, 98% des filles sont scolarisées, 34% des médecins et 25% des juges sont des femmes, et les bancs des universités et autres écoles supérieures sont occupés à 57% par des étudiantes. «La Tunisie est un cas unique dans le monde arabo-musulman, affirme cependant Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM). Car la situation générale n’est vraiment pas glorieuse et dans l’ensemble, elle régresse sérieusement. » Dernièrement, le Maroc a tout de même essayé d’emboîter le pas de la Tunisie. Un important progrès légal a été accompli en 2004, avec l’entrée en vigueur du Code de la famille. «Mais il faut noter que le parlement était hostile à la réforme, rappelle Hasni Abidi. Son adoption est à mettre au crédit du roi Mohamed VI. Il a imposé le texte en le présentant peu après les attentats de Casablanca, commis par des extrémistes islamistes. Dans ce contexte, les partis religieux ont adopté un profil bas et n’ont pas pu s’y opposer comme en 2000. » Pas le droit de conduire «Cette protection juridique est très positive, mais il faudra attendre pour voir évoluer la réalité, nuance Zidane Meriboute, docteur en droit et en sciences politiques. Le regard des hommes arabes reste très traditionnel et il est vrai que les pays musulmans accusent un sérieux retard en matière de droits des femmes. Mais même en Europe, où l’égalité juridique est acquise depuis un certain temps, de nombreuses inégalités subsistent. Notamment au niveau des salaires». L’auteur de La fracture islamique affirme cependant que les inégalités dans les pays islamiques ne sont pas uniquement liées à certaines interprétations du Coran ou de la Charia, «le poids des coutumes est aussi extrêmement important». D’autant que dans le monde arabo-musulman, législation, religion et tradition s’entremêlent intimement. La réalité varie cependant beaucoup d’un pays à l’autre. Si les femmes proche-orientales assurent un rôle moteur dans la société, comme au Liban ou en Palestine, leurs sœurs des pays du Golfe sont confinées chez elles. Et presque partout, les femmes restent des citoyennes de deuxième zone au regard même de la loi. «La législation de la plupart des pays arabes se réfugie derrière la charia, qui donne un rôle prépondérant aux hommes», explique Hasni Abidi. Le pire élève est sans conteste l’Arabie saoudite. Les femmes n’y ont pas de droit de vote et prendre le volant leur est interdit. Enfin, si le «retour du voile» dans le Maghreb n’est pas forcément synonyme d’oppression et de recul des libertés, son imposition en Irak est un fort signal de ce qu’Hasni Abidi appelle «l’islamisation par le bas». En effet, depuis la chute de Saddam Hussein, les droits des femmes, chiites et sunnites, sont piétinés à Bagdad. Dans un contexte de quasi-guerre civile interconfessionnelle, les Irakiennes reçoivent de constantes menaces dans la rue pour les obliger à porter le voile, cesser de travailleur ou renoncer à conduire. Unique Le 13 août 1956, dans la foulée de l’indépendance de la Tunisie, le président Habib Bourguiba promulgue le Code du statut personnel (CSP). Celui-ci abolit la polygamie et la répudiation, institue le divorce judiciaire et fixe l’âge minimum du mariage à 17 ans pour la femme, «sous réserve de son consentement». La femme tunisienne dispose depuis lors du droit de vote et d’éligibilité. Le cheval de bataille des associations féministes est désormais l’égalité dans l’héritage. Il s’agit d’un des seuls cas où le principe de la loi islamique, qui accorde une part double aux hommes, est appliqué en Tunisie. S’il ne va pas aussi loin que le CSP, le Code de la famille marocain, ou Moudawana, s’en inspire largement. (gk) (Source : « Tribune de Genève » (Suisse), le 19.08.2006; page 4)
 


Tunisiana teste le push mail

   

 
Après Tunisie Télécom, c’est au tour de l’opérateur GSM privé Tunisiana de tester les services du Push Mail. Ce service permet, rappelons-le, de recevoir son courrier électronique directement sur son téléphone portable et fait appel aux technologies les plus évoluées en matière de GSM de deuxième génération. Tunisiana teste son réseau à travers une infrastructure de Nokia, la même que celle utilisée par son concurrent. On ne sait rien, pour le moment, sur les dates de commercialisation de ce service, mais on sait qu’une demande a été déposée par l’opérateur privé à l’Instance de régulation (l’INT). D’après une déclaration faite par un responsable à un confrère de la place, l’INT répond à toutes les demandes dans un délai de quinze jours. Ce qui signifie que l’opérateur privé ne tarderait pas à obtenir la sienne. Par ailleurs, on apprend que Tunisiana va baisser ses prix MMS à partir du 1er septembre de 25%. Désormais, l’envoi d’un message multimédia coûtera 180 millimes au lieu de 240 millimes précédemment. R.B.H. (Source : le portail tunisien webmanagercenter.com, le 23 août 2006 à 14h05)
 


 
Moncef bey
 

A l’écoute de son peuple

par ABDELAZIZ BARROUHI Mohamed el-Moncef Pacha Bey (4 mars 1881-1er septembre 1948) est le dernier des princes de la dynastie husseinite à naître avant l’établissement du protectorat français sur la Tunisie (mai 1881) et le dernier des souverains à mourir avant l’indépendance (1956) et l’abolition de la monarchie (1957). Il reçoit une éducation franco-arabe au collège Sadiki de Tunis, cette pépinière de l’élite tunisienne dont l’un des plus prestigieux élèves est Habib Bourguiba. Dans la biographie qu’il lui a consacrée, Saïd Mestiri écrit que Moncef Bey « n’était ni le tribun politique, ni le tribun populaire, encore moins le marabout. Son charisme, il le devait à sa légitimité et la profonde adhésion de son peuple. Sa vision des grands enjeux internationaux était peut-être limitée au départ, sa culture politique comportait peut-être des lacunes. Elles ont été rapidement colmatées par sa vive intelligence, son solide bon sens et la catalyse que provoque l’exercice du pouvoir. » Comme le note par ailleurs Mestiri, qui a entre autres repris des témoignages inédits de son beau-père M’hamed Chenik, Premier ministre de Moncef Bey, celui-ci aimait écouter et s’informer. Lorsque son père Naceur Bey accède au trône en 1906, il devient son conseiller personnel et confident. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le prince Moncef est chargé par son père d’entretenir des liens avec les nationalistes. En avril 1922, Naceur Bey, mécontent du traitement que la France réserve aux dirigeants du mouvement nationaliste naissant du Destour, menace d’abdiquer au cas où la France ne satisferait pas les demandes tunisiennes d’émancipation. Les autorités du protectorat s’arrangent pour l’amener à renoncer à son projet et perdre ainsi la face. Humilié, Naceur Bey décède quelques mois après, en juillet 1922. L’épisode a sans doute marqué Moncef Bey, qui se fait politiquement discret pendant une vingtaine d’années. Conformément aux règles de succession dynastique de la famille husseinite, il succède, à l’âge de 62 ans, au falot Ahmed Bey II (1929-1942) à la mort de celui-ci. Il est intronisé le 19 juin 1942. Aussitôt, il supprime le baisemain, qu’il remplace par la poignée de main ou l’accolade, et demande aux princes husseinites, souvent habitués au lucre, de se comporter plus dignement. Bien avant son accession au trône, Moncef Bey a acquis la popularité grâce à la simplicité de son mode de vie. Dans cette station balnéaire de La Marsa, où réside la famille beylicale, il habite une maison modeste dans une rue qui porte aujourd’hui encore son nom. Il connaît la plupart des habitants de la bourgade, n’hésite pas à se mêler à eux autour d’un verre de thé. Il a la réputation d’être pieux et croyant. Le professeur Mohktar Bey écrit à son propos qu’il est de tempérament gai et fougueux et que, bon vivant, le jeune homme qu’il fut succombait facilement au charme féminin. Il a eu trois femmes, une à la fois, qui lui ont donné trois fils et une fille. Sa dernière épouse, Arbia, s’est montrée stoïque face aux épreuves. Elle était au chevet de Moncef Bey lorsqu’il est mort en exil à Pau (France), le 1er septembre 1948. Conformément à ses vœux, il sera enterré, le 5 septembre 1948, sur la colline de Sidi Belhassen, au cimetière du Jellaz, à Tunis, auprès des gens du peuple, et non point au caveau des princes husseinites appelé Tourbet el-Bey. Trois cent mille personnes suivront ses funérailles, tandis que, dans les campagnes, le peuple le pleure. En 2004, un mausolée a été érigé au cimetière du Jellaz à la mémoire de celui qui a été et restera le bey bien-aimé des Tunisiens.  
 
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Moncef Bey, les juifs, l’Axe et les Alliés

 
par ABDELAZIZ BARROUHI De son accession au trône, en juin 1942, à son abdication en juillet 1943, le souverain de la régence de Tunis fit tout ce qui était en son pouvoir pour protéger son peuple, toutes confessions confondues. A sa montée sur le trône, le 19 juin 1942, Moncef Bey était destiné à devenir un souverain de façade, comme ce fut le plus souvent le cas pour ses prédécesseurs depuis l’établissement du protectorat français sur la Tunisie en 1881. Sur le papier, le bey, « souverain de la régence de Tunis », dispose d’un gouvernement sous tutelle de l’administration coloniale. Dans les faits, c’est le résident général et son administration qui détiennent les pouvoirs en matière législative, de justice, de diplomatie, de police, de finances et de budget. Les quelque deux cents gardes du bey ont un officier de l’armée française à leur tête. Le rôle des beys est quasiment limité à l’apposition du sceau beylical sur des décrets préparés par l’administration coloniale, ainsi qu’à la distribution, à la manière des républiques bananières, d’une décoration appelée Nichan al-Iftikhar à des personnes choisies par ces mêmes autorités. De ces deux prérogatives formelles, Moncef Bey va tirer sa force pour devenir, selon ses propres termes, un « bey pour de bon ». En France, et sur injonction du Reich, le gouvernement collaborateur de Vichy a promulgué une législation antijuive. Celle-ci devait être étendue aux dépendances françaises, dont la Tunisie. De 1941 jusqu’à sa mort en juin 1942, le prédécesseur de Moncef Bey, le falot Ahmed Pacha Bey II, réputé être « le bey des Français », a mollement résisté puis a fini par apposer son sceau sur la législation vichyste relative au statut des juifs et la limitation de leurs pouvoirs économiques. Lui succédant, Moncef Bey ne plie pas. Non seulement il fait en sorte que cette législation devienne inopérante, mais aussi, et malgré les pressions, il refuse net d’apposer son sceau sur de nouveaux décrets raciaux qui lui sont présentés par l’administration coloniale. « Vous êtes mes fils, au même titre que les musulmans », déclare-t-il aux dirigeants de la communauté juive invités au palais beylical à la cérémonie de son intronisation. Les juifs tunisiens représentent alors environ 7 % de la population. En 1941, sur le million d’habitants que compte la Tunisie, on dénombre quelque 90 000 juifs, dont 68 000 de nationalité tunisienne, 16 500 naturalisés français et environ 5 000 immigrés originaires de Livourne, dont la protection relève du gouvernement italien qui fait partie de l’Axe. Le premier projet de décret vichyste auquel Moncef Bey refuse son sceau est celui imposant aux juifs le port de l’étoile jaune. Passant outre l’accord du bey, l’amiral Jean-Pierre Esteva, résident général de France en Tunisie, impose en février 1943 le port de l’étoile par un arrêté qu’il signe lui-même, malgré les réserves du conseiller juridique français du gouvernement. Cette illégitimité a sans doute contribué à ce que la mesure ne fût pas appliquée. Les juifs en Tunisie ne porteront finalement pas l’étoile jaune, sauf à Sousse, ville où le Parti populaire français (PPF, pétainiste), très actif, l’imposera pendant une brève période. Le second projet de décret instituant les camps de travail et le travail obligatoire pour la construction d’ouvrages destinés à la protection des positions des forces de l’Axe et de Vichy est également refusé par Moncef Bey. Les pressions sur lui et son gouvernement ayant encore échoué, Esteva utilise la même procédure des arrêtés qu’il signe lui-même le 10 avril 1943. Le troisième texte auquel le gouvernement de Moncef Bey s’oppose a pour but de chasser les commerçants juifs des organismes économiques afin de faire place nette aux Français « aryens ». Là aussi, en l’absence du sceau du bey, c’est par un arrêté du résident général que la mesure est prise. À travers ce texte, Rudolf Rahn, délégué du Reich, veut créer des « commissions économiques internationales » (franco-tuniso-germano-italiennes) qui auront pour mission d’organiser la vie économique et le ravitaillement. La résidence générale se fait représenter par un membre de la chambre de commerce française dans ces commissions qui se réunissent au Dar Hussein, la résidence de Rahn, située en pleine Médina. En revanche, M’hamed Chenik, le Premier ministre de Moncef Bey, refuse de se faire représenter tant que les délégués juifs à la chambre tunisienne de commerce en sont exclus. En fait, bien avant l’arrivée des forces allemandes, Moncef Bey a, durant l’été 1942, donné à son gouvernement un mot d’ordre consistant à veiller à la protection des juifs. Et dès le début de l’occupation de la Tunisie, en novembre 1942, le bey est intervenu pour protéger la population, en particulier les juifs, des exactions germano-italiennes. Lorsque, quelques jours après leur débarquement en Tunisie, les Allemands arrêtent cinq dirigeants du Conseil de la communauté juive, ils les relâchent le lendemain. Et ce à la demande expresse de Moncef Bey, rapporte Saïd Mestiri, qui lui consacre une biographie (enrichie du témoignage inédit de son beau-père M’hamed Chenik, qui était l’éminence grise et l’ami de Moncef Bey)*. Au début de leur occupation, les Allemands entreprennent des rafles dans les lieux publics pour arrêter les jeunes, musulmans ou juifs, en âge de travailler. Par la suite, ces rafles deviendront moins nécessaires, les dirigeants de la communauté juive s’étant engagés à choisir eux-mêmes la main-d’œuvre réclamée par les Allemands, qui appellent « volontariat » ce travail obligatoire. Les armées allemande et italienne entreprennent également des réquisitions et des saisies de marchandises dans les dépôts et chez les commerçants de Tunis, juifs comme musulmans. Moncef Bey et son gouvernement ne pouvaient certes pas empêcher les exactions allemandes à l’encontre des juifs comme des musulmans, mais les témoignages concordent pour dire qu’ils ont contribué à les atténuer. La Tunisie et ses juifs l’ont quand même échappé belle. Un télégramme de Rahn à Berlin retrouvé plus tard dans les archives allemandes dévoile un programme qui aurait été tragique : « L’incitation au pillage des boutiques juives et aux pogroms par voie de démonstrations excitantes, écrit-il, [est] inexécutable tant que nos troupes n’auront pas atteint au moins la frontière algérienne. » Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord les en empêchera. En dehors du refus de faire appliquer en Tunisie les législations inspirées par les nazis, quels ont été les rapports de Moncef Bey avec les représentants de l’Axe ? Le 8 novembre 1942, et alors que les forces anglo-saxonnes débarquent en Algérie dans le cadre de l’opération Torche, Hooker A. Doolittle, consul général des États-Unis à Tunis, se présente à la résidence de l’amiral Esteva. Celui-ci le reçoit en uniforme dans son palais de La Marsa, dans la banlieue nord de Tunis. Doolittle lui remet deux messages de Roosevelt : le premier destiné à Esteva lui-même en tant que représentant de la France protectrice de la Tunisie. Il le prie de remettre le second message à Moncef Bey, en sa qualité de souverain du pays. Quelques heures plus tard, Esteva remet à son tour deux messages à Moncef Bey : celui de Roosevelt, et un autre du maréchal Pétain. Dans le premier, Roosevelt demande à Moncef Bey le libre passage pour les forces américaines et alliées à travers la Tunisie. Dans le second, le maréchal Pétain lui signifie qu’en vertu des traités entre la France et la Tunisie il se doit d’aligner son attitude sur celle de la France métropolitaine. Dilemme donc pour Moncef Bey et ses conseillers : se plier aux ordres de Pétain ou se ranger du côté des Alliés comme le demande Roosevelt. La rue tunisienne et une partie de l’élite ont de la sympathie pour l’Allemagne, pour la simple raison qu’elle a vaincu l’oppresseur français. Mais Habib Bourguiba, le chef du mouvement de libération nationale, alors détenu au fort Saint-Nicolas en France, vient, le 8 août 1942, d’adresser aux dirigeants du parti Néo-Destour ses directives. L’Allemagne ne pouvant, selon lui, gagner la guerre, il leur demande d’entrer en contact avec les gaullistes et avec les représentants des Anglo-Saxons, précisant ceci : « Notre soutien aux Alliés doit être inconditionnel. » Après consultations, la décision est prise de proclamer, officiellement, la neutralité de la Tunisie. Moncef Bey envoie des lettres dans ce sens aux chefs d’État des pays belligérants. « Les événements de ces derniers jours, écrit-il dans sa lettre à Roosevelt, nous imposent le devoir d’épargner à notre peuple les souffrances de la guerre. Conscient de notre responsabilité et soucieux d’observer vis-à-vis des belligérants une égale attitude, nous croyons devoir formuler solennellement le souhait de notre pays de rester en dehors du conflit. » Cette lettre officielle datée du 13 novembre, remise à la résidence générale pour acheminenent, ne parviendra pas à son destinataire. Elle sera retrouvée plus tard dans les archives d’Esteva. Mais comme si cette « censure » coloniale était pressentie, deux jours auparavant, dans un message secret daté du 11 novembre, des intermédiaires tunisiens ont écrit à Roosevelt pour l’informer de l’alignement formel de la Tunisie sur les Alliés. La lettre a été remise par Abdelaziz Hussein, alias Slim Driga, membre d’un réseau proaméricain, à Hooker Doolittle, le consul général américain à Tunis, alors assigné à résidence par la police française. Les signataires, M’hamed Ali Annabi, un familier du bey, et Driga, déclarent que « Son Altesse le Bey, animé de sentiments particulièrement favorables à l’égard des Anglo-Saxons, qui l’ont porté à adopter une attitude diplomatique [la neutralité et le non-alignement sur le gouvernement de Pétain], non prévue dans le traité du Bardo, est convaincue que le gouvernement américain, en réponse à son geste, ne prendra aucun engagement et ne fera aucune déclaration susceptible de favoriser une emprise éventuelle sur la Tunisie par les éléments impérialistes français ». L’accusé de réception de Doolittle à cette lettre confirme que le message venait bien de Moncef Bey et lui apporte des assurances : « Le gouvernement américain […] donne toute assurance à Son Altesse en ce qui concerne les opérations qui pourraient être menées éventuellement en Tunisie. Les Américains viennent en amis et en constructeurs, et ils s’efforceront de réduire les dégâts de la guerre à ce qui est strictement nécessité par les opérations militaires… » Un mois après le débarquement des forces anglo-saxonnes en Algérie, les troupes germano-italiennes de l’Axe pénètrent en Tunisie pour leur barrer la route du sud de l’Europe et Esteva applique un ordre de Pétain de ne pas leur résister. Moncef Bey refuse tout contact avec les représentants de l’Axe et demande que les communications lui soient faites, conformément au protocole, à travers son ministre des Affaires étrangères, qui n’est autre que le résident général de France, l’amiral Esteva. Le jour où les ministres plénipotentiaires allemand et italien le contactent pour demander une audience, le bey en informe Esteva, qui lui demande de les recevoir. Moncef Bey accueille alors Rahn, accompagné du général Nehring, commandant en chef des troupes allemandes, au palais d’été d’Hammam Lif, le 18 novembre 1942. Reçu en mars 1943 par Moncef Bey, Bombieri, le ministre italien, dont le pays a des visées déclarées d’annexion de la Tunisie, lui propose d’annuler le traité du Bardo qui le lie à la France et d’en signer un avec l’Italie. Réponse de Moncef Bey : « Je ne peux, sans déroger aux règles et sans manquer au devoir de l’amitié vis-à-vis du représentant de la France, prendre actuellement et par un acte unilatéral une décision susceptible d’affecter le statut politique de la Tunisie. » Cette fois aussi, Moncef Bey a informé Esteva. Puis les Allemands et les Italiens vont essayer de mettre à profit les bombardements intensifs opérés par les forces alliées contre des villes tunisiennes dès le débarquement des forces de l’Axe. Ils savent que Moncef Bey et son gouvernement sont préoccupés par les pertes civiles occasionnées et qu’ils cherchent à entrer en contact avec les Alliés pour leur demander de tout faire pour respecter la neutralité de la Tunisie. Moelhausen, l’un des adjoints de Rahn en voyage, l’en dissuade et tente de lui soutirer une déclaration condamnant les bombardements alliés. Moncef Bey refuse. Moelhausen revient à la charge et lui propose au nom du Reich de mettre à sa disposition une station de radio puissante pour qu’il dénonce lui-même les bombardements alliés devant l’opinion mondiale. Moncef Bey rejette l’idée. Et, encore une fois, il informe Esteva. S’il a évité le piège germano-­italien, Moncef Bey va tomber dans celui que lui tend Esteva. L’amiral, qui sera condamné en 1945 à la prison à perpétuité pour trahison, lui en veut à mort pour avoir voulu jouer son rôle de souverain patriote et permis aux Tunisiens de retrouver leur fierté nationale, préconisé des réformes pour l’émancipation de la Tunisie ; réclamé constamment la libération des dirigeants nationalistes ; nommé sans le consulter un gouvernement proche des nationalistes avec comme Premier ministre M’hamed Chenik que Rahn qualifie de « demi-américain » ; et refusé d’apposer son sceau sur les législations antijuives. À la suite d’un incident diplomatique qui les a opposés le 12 octobre 1942, Moncef Bey a même réclamé à Pétain son rappel. Esteva, à l’approche des troupes alliées de Tunis et alors qu’il est déjà question que lui-même et les chefs de l’Axe prennent la fuite, ordonne au bey de décerner le Nichan al-Iftikhar à des officiers français de son entourage, dont le colonel français Sarton du Jonchay, son chef de cabinet. Du Jonchay a été envoyé en Tunisie pour organiser une « légion tricolore » appelée à se battre aux côtés de la Wehrmacht. C’est lui qui exerce en fait les pouvoirs de résident général. Moncef Bey plie et décore les officiers français. Quelques jours plus tard, Esteva présente une nouvelle liste d’une quarantaine d’officiers allemands et italiens qui, dit-il, trouvent anormal qu’ils ne soient pas décorés comme du Jonchay. Cette fois-ci, Moncef Bey refuse, en faisant valoir la neutralité de la Tunisie. Esteva insiste, pour finir par dire à Moncef Bey qu’il le dégage de toute responsabilité, que ces décorations ne sont pas incompatibles avec la neutralité de la Tunisie, et qu’il l’autorise à décorer les chefs militaires alliés « le premier jour » de leur arrivée à Tunis. Moncef Bey demande qu’Esteva lui confirme cela par écrit, ce qu’il fait. Le bey finit par céder. Mal lui en prend, même s’il a veillé à ne pas remettre lui-même ces décorations et qu’il est établi qu’il a agi sur l’ordre du représentant du gouvernement français. Le lobby colonial autour du général Giraud à Alger et dont l’expert pour le dossier tunisien n’est autre que Marcel Peyrouton, ancien résident général en Tunisie, a trouvé un prétexte pour régler son compte au bey. Moncef Bey est accusé de « collaboration avec l’Axe ». Un comble quand on sait que Peyrouton fut le ministre de l’Intérieur du premier gouvernement collaborationniste de Vichy ! À l’entrée des troupes alliées dans Tunis, le 7 mai, Moncef Bey se trouve dans son palais d’été à Hammam Lif, où se sont réfugiées plus de 100 000 personnes qui ont fui la capitale. Les Allemands ont installé leur ligne de front non loin du palais, qui, dans la foulée, est touché par les bombardements anglo-saxons. Deux Britanniques y font irruption, rejoints par leur officier. Moncef Bey les reçoit et s’apprête à décorer l’officier du Nichan al-Iftikhar. Mais c’est pour l’arrêter qu’ils sont là. Ils l’emmènent de force à Tunis où sa voiture est garée devant l’ambassade de France. Sans qu’on sache comment il a été mobilisé, un groupe de personnes parmi lesquels on a cru reconnaître de jeunes juifs l’insultent et lui crachent dessus. Une demi-heure après, le secrétaire général de la résidence générale vient tirer Moncef Bey de ce mauvais pas avec des excuses. Sur ordre de Giraud, le général Alphonse Juin, fraîchement arrivé comme résident général par intérim après la fuite d’Esteva avec les Allemands, vient le sommer d’abdiquer. Réponse du bey : « J’ai juré de défendre mon peuple jusqu’à mon dernier souffle. Je ne partirai que si mon peuple me le demande. » Le 14 mai à l’aube, il est enlevé et placé à bord d’un Viking de l’armée de l’air française qui s’envole de l’aéroport d’El-Aouina. Pendant qu’il est dans les airs, on annonce sa déposition par une simple ordonnance signée par le général Giraud, commandant en chef civil et militaire en « Afrique française », basé à Alger. L’avion atterrit à Laghouat, dans le Sahara algérien, où les conditions de vie en plein été forcent le prince à abdiquer et à renoncer définitivement au trône, le 8 juillet 1943. Il est alors transféré dans le nord de l’Algérie avant d’être placé en résidence surveillée à Pau, en France, où il mourra en 1948. Roger Casemajor, le chef de la section musulmane des renseignements généraux français à Tunis, peu suspect de sympathies pour les Tunisiens, commente dans un rapport à diffusion restreinte qui sera connu des années plus tard : « Par cette attitude de bascule entre les diplomates étrangers et les autorités du protectorat, le bey de Tunis fit preuve d’une grande souplesse politique qui lui permit de servir les intérêts de ses sujets et la cause de son pays. » Et c’est le général Juin, promu maréchal en 1952, qui dans ses Mémoires, Alger, Tunis, Rome (Fayard, Paris, 1959), rétablira une grande partie de la vérité. Il confirme que les directives qui lui ont été données exigeaient la déposition de Moncef Bey « pour de prétendus faits de collaboration avec les puissances de l’Axe au cours de l’occupation et aussi pour les complaisances un peu trop marquées qu’on lui prêtait envers les agissements du Destour, parti nationaliste militant ouvertement hostile au protectorat… » « Je me livrai donc, ajoute-t-il, à une rapide enquête afin de savoir si le bey ou d’autres personnages de la cour beylicale s’étaient vraiment compromis avec les autorités occupantes. Je ne découvris aucun grief sérieux. Le bey avait vécu replié dans son palais, prenant prétexte de sa situation de souverain protégé pour détourner vers le résident général […] toutes discussions se rapportant aux affaires de la régence. » « Tout au plus, note-t-il, pouvait-on reprocher au bey Moncef d’avoir, sur l’insistance du résident général ou de quelqu’un de son entourage, apposé son sceau sur un firman [un édit] conférant des distinctions de son ordre, le Nichan al-Iftikhar, à des personnalités ennemies. Il avait toutefois refusé formellement de les remettre lui-même. Restaient les sympathies prodestouriennes, invoquées comme griefs, et qui risquaient de faire prendre au procès intenté au bey un tour tendancieux. Mais les instructions avaient, encore une fois, un caractère impératif et l’on insistait d’Alger pour que l’opération eût lieu à chaud afin de profiter du désarroi des esprits et du choc produit par la défaite des puissances de l’Axe. Je ne pouvais qu’obéir… » Conclusion de Juin : « Il m’est souvent arrivé depuis ces événements de regretter, en pensant aux circonstances qui les déterminèrent, que dans sa précipitation, et disons aussi dans son ignorance des données exactes de la situation politique en Tunisie, le pseudo-gouvernement d’Alger m’eût imposé l’exécution d’un acte impolitique, au détriment d’un souverain auquel il n’y avait rien de grave à reprocher et qui fut toujours loyal. » Le témoignage de Juin aurait pu suffire, à lui seul, pour réparer l’immense injustice commise au nom de l’État français à l’encontre de Moncef Bey, de son peuple et de la Tunisie. On attend toujours. (Source : Jeune Afrique, N° 2379-2380 du 13 au 26 août 2006)
————————————————————————————— « La nation tunisienne, entre hier et aujourd’hui »

Une identité millénaire

par HÉDI BACCOUCHE (*) Quel devenir pour la Tunisie dans ce monde en pleine mutation ? Notre pays est bien sûr une partie intégrante de la nation arabe et une composante de la communauté musulmane. Nous avons appartenu à des empires arabo-islamiques. Nous avons été gouvernés tour à tour depuis Damas, Bagdad et Marrakech. Mais la Tunisie a toujours eu une identité propre et irréductible. N’en déplaise aux tenants des thèses colonialistes, qui, à la veille et pendant le protectorat, décrivaient notre société comme « une poussière de tribus » sans conscience nationale, la Tunisie a, de tout temps, disposé des attributs d’une nation. D’abord un territoire, habité depuis des temps immémoriaux par des Berbères. Un territoire successivement conquis par les Phéniciens, les Romains, les Byzantins, les Vandales, puis les Arabes, mais qui servit aussi, maintes fois, de base territoriale à des pouvoirs autonomes. Fondé en 814 avant J.-C., Carthage domina la majeure partie du littoral africain. Son influence s’étendait à la péninsule Ibérique, à l’Italie, au sud de la France et à Chypre. Il était donc le centre d’un vaste empire puissant et prospère. Kairouan fut la première ville de l’islam au Maghreb. Pendant le règne des Aghlabides (800-909), son rayonnement dépassa largement les frontières de l’actuelle Tunisie ; Mahdia fut, quant à elle, la capitale des Fatimides (909-1048), dont la mainmise s’étendit à l’ensemble de l’Afrique du Nord et à la Syrie. Le territoire tunisien a fini par se rétrécir avec la chute de la dynastie des Hafsides, à la fin du XVIIe siècle. Ce sont leurs successeurs ottomans qui fixeront les limites territoriales actuelles du pays, même si les frontières avec l’Algérie, dominée elle aussi, jusqu’à 1830, par les Turcs, sont restées longtemps imprécises et controversées. Au président Houari Boumedienne, qui lui proposait, en mai 1973, une union entre les deux pays, Habib Bourguiba avait répondu : « Avant de parler d’union, Monsieur le Président, restituez Constantine à la Tunisie. Vous réduiriez ainsi l’écart entre les superficies de nos deux pays et rendriez l’unité réalisable. » La Tunisie a aussi, de très longue date, d’autres caractéristiques d’une nation digne de ce nom : l’homogénéité ethnique, la langue (arabe), la religion (musulmane) – qui a toujours su cohabiter avec le judaïsme, confession d’une minorité de la population -, ainsi que des us et coutumes spécifiques. Ses habitants avaient leur propre littérature, leur propre musique et leur propre art. Mais il est incontestable que nous étions dépourvus, jusqu’à la décolonisation, en 1956, d’un attribut essentiel de l’État-nation : la souveraineté. Cette souveraineté, nous l’avons perdue en 1573, au lendemain de la conquête du pays par les Ottomans, venus initialement prêter main-forte aux Hafsides face aux Espagnols, qui occupaient quelques villes côtières du pays. À l’instar de l’Algérie et de la Tripolitaine, la Tunisie fut ainsi réduite au rang de sandjak (« province ottomane »). En 1881, la Tunisie change de mains. Aux termes du traité du Bardo, les Français imposent leur protectorat au gouverneur turc. Un véritable choc pour le pays. Insensibles aux appels au calme lancés par le bey et sa cour, les Tunisiens, dans leur écrasante majorité, rejettent le fait accompli. La résistance armée, animée d’abord par les grandes tribus du Nord, finit par s’étendre à l’ensemble du territoire. Mais l’issue de cette confrontation entre un peuple quasiment désarmé, trahi par son propre gouvernement, et une des armées régulières les plus puissantes de l’époque était facilement prévisible. Malgré les atrocités des troupes coloniales, le peuple ne courbe pas l’échine et se soulève contre l’occupant en 1911 puis en 1912. Le combat politique prend bientôt le relais de la résistance armée quand Abdelaziz Thaalibi crée le Parti libre destourien tunisien pour porter les revendications de la nation. Mais l’élan de la nouvelle formation est freiné par des handicaps majeurs : l’élitisme et la rigidité d’une partie de sa direction, ainsi que le recours à des moyens d’action dépassés. Conséquence : le blocage de l’action du mouvement national. Menés par Habib Bourguiba, des dirigeants du Destour quittent alors le parti pour lancer, en 1934, le Néo-Destour, qui deviendra l’âme et le moteur de la résistance. Avec ses programmes bien conçus et ses méthodes efficaces, il ne tarde pas à gêner les autorités du protectorat. Quelques mois plus tard, Bourguiba et certains de ses compagnons de lutte sont jetés en prison. L’objectif du résident général est clair : donner un coup d’arrêt à l’expansion du parti rapidement rallié par une majorité des destouriens. C’est la première confrontation, donc, entre la formation nationaliste et les autorités d’occupation. Face aux réactions populaires – manifestations et actes de sabotage -, les Français font marche arrière. Les leaders nationalistes sont libérés. Mieux : on est à deux doigts d’un accord portant sur l’amélioration du système du protectorat. Mais finalement, la France n’ose pas franchir le pas. Furieux, Habib Bourguiba refuse désormais le moindre contact avec les autorités du protectorat et appelle à la reprise de la résistance. Entamée le 9 avril 1938, cette deuxième épreuve se soldera par l’arrestation du leader nationaliste avec d’autres dirigeants du parti. Mais cette fois, ils sont déportés en France, où ils risquent une condamnation à la peine capitale. Le mouvement national réagit sur plusieurs registres. En Tunisie, les manifestations se succèdent et les attentats contre le protectorat se multiplient. À l’étranger, grâce aux efforts des militants, Paris est soumis à une forte pression politico-diplomatique. Résultat : la France proclame son intention d’accorder une autonomie interne à son protectorat avant de renier sa propre parole, en décembre 1951, dans une lettre adressée au bey. Cette attitude irrite au plus haut point Habib Bourguiba, qui annonce alors la troisième et ultime confrontation entre le Néo-Destour et la puissance coloniale. Trente mois durant, le peuple tunisien mène la vie dure au protectorat. La résistance ne recule devant rien : manifestations et marches pacifiques, mais aussi actes de sabotages et assassinats dans les rangs des forces d’occupation et leurs relais locaux. Paris déploie 80 000 soldats dans le pays. Mais la répression, pourtant féroce et aveugle, ne vient pas à bout du mouvement national. C’est alors que le gouvernement Pierre Mendès France décide d’entamer des négociations avec les nationalistes tunisiens et marocains. Des facteurs extérieurs ont contribué à cet infléchissement de la position française : le soutien grandissant au sein des Nations unies aux causes tunisienne et marocaine et la crainte de Paris de voir la contagion nationaliste toucher « l’Algérie française ». Toujours est-il que, le 20 mars 1956, la Tunisie accède à l’indépendance, recueillant ainsi les fruits d’une glorieuse épopée et de soixante-quinze ans de sacrifices. Notre pays est depuis un État-nation au plein sens du terme. Nous étions conscients – Habib Bourguiba le premier – de l’acquis que nous venions d’arracher, au prix fort, à la puissance coloniale. Notre préoccupation majeure était désormais de promouvoir et d’enraciner la conscience nationale au sein de toutes les composantes de notre peuple. À aucun moment, nous n’avons été sensibles aux sirènes du panarabisme et du panislamisme. L’évolution de cette aire géoculturelle nous a d’ailleurs donné raison : l’État-nation s’est imposé partout, tandis que l’unité arabe ou musulmane est restée un vœu pieux. À cela plusieurs raisons, qui ne résident pas seulement dans le manque d’enthousiasme de la plupart des dirigeants ou dans leur inféodation à l’étranger, comme le laisse penser l’analyse dominante dans le monde arabe, mais aussi dans l’attachement des peuples à leur souveraineté et à leur souci de jouir pleinement des richesses de leur pays. Bref, nous devons être fiers, en Tunisie, d’avoir compris très tôt que la construction nationale devait être la priorité des priorités. Ainsi, au lendemain de l’indépendance, nous avons consacré toute notre énergie au développement global du pays. C’était, pour nous, le « grand djihad ». La Tunisie en a rapidement touché les dividendes. Elle s’est remarquablement développée dans tous les domaines. Le « Changement » du 7 novembre 1987 a donné une forte impulsion à ce processus. Ainsi, sous la conduite du président Zine el-Abidine Ben Ali, la Tunisie est devenue un pays émergent souvent cité en exemple. Aujourd’hui, il nous appartient de préserver et de défendre ces précieux acquis, car nous sommes confrontés à de nombreuses pressions et menaces extérieures dont la plus importante est, sans conteste, la mondialisation. Comment notre État-nation pourra-t-il relever ce nouveau défi ? La réponse, à mon avis, ne consiste pas à remettre en cause notre entité nationale. Celle-ci restera toujours notre repère et le meilleur cadre pour notre développement. Elle réside plutôt dans la quête d’une dynamique maghrébine. Malgré tous les aléas et hypothèques qui en entravent la réalisation, la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA) demeure à portée de main de nos dirigeants et de nos peuples. « Le Maghreb est une seule contrée singulière parmi les pays », disait Ibn Khaldoun. Son édification doit être la priorité des nations maghrébines. Ce sera, pour chacun d’entre nous, le gage de l’indépendance et de la prospérité. Notre combat aujourd’hui pour l’intégration de nos États est le prolongement logique de notre lutte, hier, pour l’indépendance. (*) Fait docteur honoris causa de l’université de Sousse le 28 mai 2005, l’ex-Premier ministre tunisien prononça, à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes, une conférence intitulée « La nation tunisienne, entre hier et aujourd’hui ». Le texte ci-dessus en reprend l’essentiel. (Source : Jeune Afrique, N° 2379-2380 du 13 au 26 août 2006)


Comment les musulmans s’en sortiront

par RIDHA KÉFI Pour l’historien tunisien Hichem Djaït, la question n’est plus de savoir si le monde islamique va oui ou non emprunter le chemin de la modernité. Mais quand. Le monde arabo-musulman, dont la décadence a commencé il y a plusieurs siècles, est, depuis une cinquantaine d’années, « un environnement plein de tumulte » et « tournant à vide ». La parole y est bâillonnée et le niveau intellectuel très faible, comparé à ce qui se produit en Occident. La montée des mouvements islamistes, en réaction à la rapide modernisation des États nationaux, est comme « une revanche du culturel », « un retour à l’endogène et à l’identitaire », d’autant que le but déclaré de ces mouvements est de renouer avec un passé glorieux, en mettant à bas les régimes modernistes, d’une part, et, d’autre part, en réislamisant la société jusque dans les moindres aspects de la vie. Dans un ouvrage publié par Fayard en 2004 et que Cérès vient de rééditer à Tunis, l’historien tunisien Hichem Djaït ne se contente pas de diagnostiquer ce mal profond qui ronge la société arabo-islamique ; il essaie aussi d’en expliquer les causes historiques, d’en démonter les mécanismes actuels et de réfléchir aux moyens de sortir de la crise. S’il a longtemps constitué le centre du pouvoir islamique, le monde arabe a cédé sous les coups qui lui ont été portés par les Mongols et les Timourides, ainsi que par l’occupation turque, qui a provoqué son déclin et l’a entraîné dans un profond sommeil. Dans ce monde à la dérive, la colonisation européenne a constitué « un grand choc », sinon un coup de grâce. Cependant, « jusqu’à l’abolition du califat ottoman en 1924 puis la vague des indépendances et des ‘‘révolutions”, de l’Indonésie au Maroc, il a toujours existé, corollairement à la scission par nations et par aires géographiques, un “sens islamique diffus”, résidu de la vieille Oumma ». Les sentiments nationaux étaient alors dirigés contre le colonisateur. « C’étaient des sentiments de pure résistance. La constitution des États nationaux au milieu du XXe siècle leur a conféré un contenu positif, les réorientant vers d’autres objectifs, en prise avec la situation nouvelle, en les intégrant dans le contexte international avec ses exigences », écrit Djaït. Aussitôt constitués par les élites nationalistes, plus ou moins sécularistes et modernistes, ces États nationaux n’ont cependant pas tardé à écraser les sociétés sous le poids de leurs appareils bureaucratiques et policiers. Ceci expliquant cela, ces États ont échoué à réaliser leurs deux principaux objectifs : le règlement de la question palestinienne et la construction de l’unité arabe (ou celle de la Oumma islamique). De même, les adeptes de la modernité parmi les chefs d’État – Mustapha Kemal, Riza Chah, Bourguiba – et les intellectuels, qui ont cru pouvoir « se débarrasser de l’islam d’un trait de plume », ont-ils vite dû se rendre à la réalité, en constatant l’irrépressible montée de l’islamisme. Ce mouvement enraciné dans « la conscience d’un patrimoine commun fondé sur la religion islamique a donc été une conséquence directe de « l’effet dévastateur des modernisations à outrance ». Car, comme l’écrit Djaït, « plus la sécularisation s’affirmait dans l’État, la législation, les mœurs, plus les positions de refus se durcissaient, jusqu’à ce que l’on arrivât, [comme] en Égypte, à la création de l’association des Frères musulmans qui dériva de plus en plus vers l’action politique et de propagande ». L’auteur de La Grande Discorde dissocie l’islam politique actuel et l’islam traditionnel. Selon lui, « le mouvement islamiste n’a ni dimension religieuse profonde, ni dimension culturelle et intellectuelle marquée du sceau de la religion, car ses bases intellectuelles sont faibles. Il a tout simplement voulu dépasser le ‘‘bricolage” des réformistes, s’opposer à l’expulsion de la religion hors du domaine politique et de celui de la législation, s’opposer aussi à la passivité des dirigeants politiques face aux influences extérieures ». Qualifié tour à tour de « force fracassante d’affirmation du Moi » ou de « réaction identitaire, d’orgueil désespéré parce que nié », l’islamisme est aussi, selon l’auteur, une force de résistance à la puissance envahissante de l’Occident. Mais face à cet Occident, qui, « après avoir vécu une histoire tourmentée et cruelle, en est venu à refuser la mort du fait de la généralisation du bien-être et de la vigueur du sentiment de soi », « les musulmans activistes n’ont qu’un seul atout entre leurs mains : la mort subie et infligée ». Tout en critiquant cette « force identitaire en lutte pour la vie et la reconnaissance », Djaït admet cependant qu’elle est, depuis un quart de siècle, la seule force unificatrice du monde musulman, même si ses points de vue, aspirations et démarches ne sont pas partagés par tous les musulmans. À travers la réislamisation de la société, les islamistes visent, on le sait, la prise du pouvoir. Et pour y parvenir, tous les moyens sont bons à leurs yeux : les urnes (de préférence), mais aussi la violence (si nécessaire). Et si la révolution islamiste parvenait à s’emparer du pouvoir ? Selon l’auteur, les islamistes ne pourraient pas le garder longtemps, « car on assisterait obligatoirement à un retour en force de la modernité et à un abandon complet de l’islam. C’est que le courant de la modernité est un torrent auquel on ne peut résister, parce qu’il coule dans le sens de l’Histoire ». Pour justifier son optimisme, l’historien puise ses arguments dans le passé de l’humanité. « L’examen de l’histoire et de la préhistoire, écrit-il, permet de voir que chaque groupe humain qui innove finit par vaincre ceux qui se maintiennent dans l’ancien système, que ce soit dans le domaine de la technologie ou dans celui du mode de vie. » Or, depuis un demi-siècle, « c’est l’Occident qui est le novateur fondamental, et son rôle est loin d’être terminé », ajoute-t-il. « La modernité étant aujourd’hui la dernière étape de l’évolution de l’humanité depuis la préhistoire, elle imprégnera obligatoirement toutes les sociétés, de même que la civilisation agraire toucha l’ensemble de l’humanité, ou presque. Par conséquent, toutes les théorisations, toutes les interrogations, les luttes, les perplexités en vigueur dans le monde musulman se situent forcément dans une temporalité passagère », écrit Djaït. D’autant que « les sociétés parviennent intuitivement à s’adapter au monde moderne – de fait, elles en sont désireuses et assoiffées de ses inventions – tout en restant en harmonie avec elles-mêmes ». Le volontarisme étant impuissant, par définition, face au changement perpétuel, l’historien appelle les élites musulmanes à plus d’indulgence vis-à-vis des masses : « Il est sûr que l’intériorisation de la modernité dans ses éléments fondamentaux – valeurs, science, structures du politique – est extrêmement difficile pour les sociétés non occidentales. Il y faut du temps, de l’effort, et surtout une mutation dans les valeurs. » Ce profond changement de valeurs pourrait donc « exiger la succession de plusieurs générations, d’autant plus que la situation politique actuelle ne favorise pas l’acceptation des valeurs émanant de l’Occident, mais conduit à considérer celui-ci comme un exploiteur, un ennemi des Arabes et des musulmans, un monde sans morale et raciste ». La question n’est donc plus de savoir si le monde arabo-musulman va enfin emprunter le chemin vers la modernité, car il s’y est en fait déjà engagé depuis un siècle ou deux, mais d’estimer le temps qu’il mettra à rejoindre le convoi, la lenteur étant, malgré tout, naturelle, aux yeux de l’auteur, tant les retards accumulés et les blocages observés sont énormes. (Source : Jeune Afrique, N° 2379-2380 du 13 au 26 août 2006)  


La khobza connexion

Par Soraya Messaoudi
Un constat s’impose : de moins en moins de Français sont attirés par les métiers de bouche et en particulier la boulangerie. Métier difficile s’il en est.
Du coup un lobbying tunisien est en train de sévir sur ce business dans nos banlieues ! Plus sérieusement, un phénomène étrange se produit à Bondy, comme dans d’autres banlieues peut-être, puisque toutes les boulangeries sont peu à peu rachetées par des Nord-Africains. A Bondy sur une vingtaine de boulangeries plus d’une douzaine sont tenues par des Maghrébins.
Grand symbole français, la baguette nationale subit là un grand revers.
Comment expliquer ce phénomène ? La qualité du pain s’en trouve- t-elle affectée ?
Pourquoi ces métiers sont-ils délaissés par les Français dits de souche ?
Une partie des réponses peut paraître simpliste mais un facteur incontestable est dû au fait que le pain est un aliment incontournable de l’art culinaire au Maghreb, il est indispensable pour accompagner les repas. Il y a donc un attrait certain pour le pain qui explicite cet engouement.
J’ai discuté avec mon boulanger, un jeune homme de 24 ans qui travaille dans la boulangerie de ses parents, afin d’en savoir un peu plus.
Depuis combien de temps es-tu installé à Bondy ?
Cela fait quatre ans que mes parents ont acheté cette boulangerie et depuis on y travaille en famille, nous sommes trois frères et une sœur.
De quelle origine es-tu ?
Ma mère est française et mon père est tunisien.
Quelle est ta formation ?
J’ai un bac électro-technique puis j’ai fait des études supérieures de commerce tout comme mon frère aîné. Au départ rien ne me destinait à la boulangerie et puis nous avons décidé de travailler avec nos parents. Il leur fallait quelqu’un de confiance pour les seconder et les épauler.
Que penses-tu du fait que beaucoup de boulangeries sont rachetées par des gens d’origine étrangère ?
C’est un métier très dur, fatigant qui demande un grand investissement et certains n’ont plus envie de travailler dur. Les journées sont très longues, on commence assez tôt pour finir souvent tard.
Les étrangers ça ne les dérange pas, ils sont habitués. Certains venus s’installer sur le tard travaillaient déjà dans leur pays d’origine et ce n’était pas forcément facile et évident pour eux.
Peux-tu me parler de ta clientèle ?
Dans le quartier la population est très variée, les étrangers vont souvent préférer la baguette pratique pour les familles nombreuses, les Français préfèrent une tradition ou une baguette de campagne. Pendant la période estivale du fait des régimes, il y a une plus grande demande en pains spéciaux comme le son ou le complet.
La boulangerie est très accueillante et le choix y est varié. Depuis peu à côté des pâtisseries classiques sont mêmes proposées des pâtisseries orientales.
Derrière le comptoir trône une belle pièce en sucre, sorte de trophée que le pâtissier a réalisé récemment lors d’un stage de formation duquel il est rentré diplômé.
C’est un nouveau visage de la France, multiculturel, et il faut dorénavant compter avec.
En effet après avoir discuté avec un élève en boulangerie et lui avoir posé quelques questions j’ai appris que dans sa promo sur 11 élèves, 8 étaient maghrébins, 2 Africains et 1 Français.
(Source : Bondy Blog, lundi 21 aout 2006 à 11h24)

 
AMNESTY INTERNATIONAL COMMUNIQUÉ DE PRESSE Index AI : MDE 02/018/2006 (Public) Bulletin n° : 219 ÉFAI 23 août 2006 Embargo : 23 août 2006 00h01 TU

Israël/Liban. Des éléments montrent que des infrastructures civiles ont été délibérément détruites

 

Amnesty International a rendu publics ce mercredi 23 août 2006 les résultats d’investigations montrant qu’Israël a mis en œuvre lors du conflit récent une politique délibérée de destruction d’infrastructures civiles libanaises, qui s’est traduite dans certains cas par des crimes de guerre. Les dernières informations publiées par l’organisation montrent que la destruction par Israël de milliers d’habitations, ainsi que les frappes qui visaient de nombreux ponts et routes et des installations de stockage de l’eau et du carburant, faisaient partie intégrante d’une stratégie militaire au Liban et ne constituaient pas des «dommages collatéraux» résultant de la prise pour cibles légitime d’objectifs militaires. Le rapport renforce la nécessité de l’ouverture urgente par les Nations unies d’une enquête exhaustive et indépendante sur les graves violations du droit international humanitaire dont se sont rendus coupables le Hezbollah et Israël pendant le conflit qui les a opposés un mois durant. «L’affirmation par Israël que les attaques des infrastructures étaient légales est de toute évidence erronée, a déclaré Kate Gilmore, secrétaire générale adjointe exécutive d’Amnesty International. Nombre de violations décrites dans notre rapport, telles que des attaques disproportionnées et menées sans discrimination, constituent des crimes de guerre. Les éléments suggèrent fortement que la destruction massive de centrales d’eau et d’électricité et d’infrastructures indispensables au transport de la nourriture et de l’aide humanitaire était délibérée et s’inscrivait dans une stratégie militaire.» Le gouvernement israélien a affirmé qu’il prenait pour cibles les positions et les installations auxiliaires du Hezbollah et que les autres dommages occasionnés aux infrastructures civiles étaient dus au fait que le Hezbollah avait utilisé la population civile comme «bouclier humain». «Le mode, l’étendue et l’intensité des attaques ôtent toute crédibilité à l’affirmation d’Israël selon laquelle il s’agirait de dommages collatéraux», a déclaré Kate Gilmore. «Les victimes civiles des deux parties au conflit ont droit à la justice. La gravité des violations commises rend d’autant plus urgente la tenue d’une enquête sur la conduite des deux parties. Il faut que les auteurs de crimes de guerre rendent des comptes et que les victimes obtiennent réparation.» Intitulé Deliberate destruction or ‘collateral damage’? Israeli attacks against civilian infrastructure, le rapport s’appuie sur des informations de première main que l’organisation a rassemblées lors des entretiens avec des dizaines de victimes, de représentants des Nations unies, des Forces de défense d’Israël (FDI) et du gouvernement libanais qu’elle a réalisés au cours de missions de recherche récentes au Liban et en Israël. Certaines informations du rapport proviennent de déclarations officielles et de la presse. Le rapport contient des éléments faisant état : – de la destruction massive par les forces israéliennes de quartiers et de villages civils ; – d’attaques de ponts dans des zones n’ayant pas d’importance stratégique flagrante ; – d’attaques de stations de pompage et de traitement des eaux et de supermarchés, en dépit de l’interdiction de prendre pour cibles des objectifs indispensables à la survie de la population civile ; – de déclarations de responsables militaires israéliens indiquant que la destruction d’infrastructures civiles faisait effectivement partie des objectifs de la campagne militaire israélienne visant à dresser la population et le gouvernement libanais contre le Hezbollah. Le rapport décrit un modèle d’attaques disproportionnées et menées sans discrimination, qui ont provoqué le déplacement de 25 p. cent de la population civile. Ce modèle, rattaché aux déclarations officielles, montre que les attaques sur les infrastructures étaient délibérées et non pas inhérentes à la poursuite d’objectifs militaires légaux. Amnesty International lance un appel en faveur de l’ouverture de toute urgence par les Nations unies d’une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur les violations du droit international humanitaire commises par les deux parties au conflit. L’enquête devra porter en particulier sur les conséquences de ce conflit sur la population civile ; elle devra avoir pour objectif de déterminer la responsabilité des individus dans les crimes de droit international qui ont été commis et d’accorder des réparations aux victimes. Le rapport Deliberate destruction or ‘collateral damage’? Israeli attacks against civilian infrastructure (index AI : MDE 18/007/2006) est disponible sur le site de l’organisation, à l’adresse suivante : http://web.amnesty.org/library/index/engmde180072006) Document public Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566 Amnesty International, 1 Easton St., Londres WC1X 0DW. web : http://www.amnesty.org Index AI: MDE 02/018/2006      23 Août 2006
 


L’AFP, porte-parole De Tsahal?

« Israël arrête le vice-Premier ministre palestinien, membre du Hamas

19 août 2006 – 04:59 RAMALLAH (Cisjordanie), 19 août 2006 (AFP) – Des soldats israéliens ont arrêté samedi matin le vice-Premier ministre palestinien, membre du Hamas, Nasser Shaer, a-t-on appris de source palestinienne. M. Shaer a été arrêté à son domicile à 04H30 (01H30 GMT), a déclaré à l’AFP son épouse, Huda. Selon des sources de la sécurité palestinienne, quelque 30 véhicules de l’armée israélienne ont pénétré dans la ville de Ramallah pour effectuer l’arrestation » Dans une dépêche que nous reproduisons intégralement ci-dessus, l’Agence France Presse annonce : « Israël arrête le vice-Premier ministre palestinien, membre du Hamas ». Ce titre comprend deux erreurs : Israël, qui occupe illégalement la bande de Gaza, n’a pas qualité pour y procéder à des arrestations. En droit international, il s’agit d’un enlèvement et sa mise en détention constitue une séquestration. M. Shaer, comme 4 autres ministres et 26 députés actuellement séquestrés, est un otage destiné à être échangé contre le caporal Gilad Shalit. Alors que le porte-parole de Tsahal a présenté cette opération comme faisant partie de « la lutte contre l’organisation terroriste Hamas », M. Shaer n’est pas membre de ce parti politique. C’est une personnalité qualifiée qui a accepté de servir son peuple au sein d’un gouvernement formé par le Hamas. Nos lecteurs se souviennent de l’interview exclusive qu’il donna, il y a deux semaines, à Silvia Cattori pour le Réseau Voltaire. Les lecteurs désinformés de l’AFP pensent probablement que la qualité de ministre de M. Shaer ne doit pas le soustraire à la justice s’il pratique le terrorisme. En réalité, l’enlèvement de notables par une force d’occupation pour servir d’otage constitue un crime de guerre. Source: Réseau Voltaire (Article posté par Alyssa, le Lundi 21 août 2006 à 19h03 sur le forum Taht Essour de nawaat.org )   


La bavure de la république  ou la complainte des flics

André Monjardet andre.monjardet@cegetel.net      J’peux faire des trous dans Mohammed J’suis pas adroit mais j’ai le droit J’peux tabasser la marocaine J’ai tous les droits J’ai pas de haine Je suis couvert, j’suis policier. Je suis couvert, c’est moi l’Etat, c’est moi la loi. J’passe ma journée dans les quartiers à pourchasser les émigrés, et à faire chier les sans papiers J’suis policier pour les faire chier. De temps en temps j’en ramène un pour distraire les policiers et avoir droit de  l’tabasser J’traque les pétards, J’matraque les fêtards, J’arnaque les chauffards J’ai tous les droits, c’est moi la loi Je suis couvert, j’suis policier Je donne la mort à bout touchant Je donne la mort à tout bout de champ sans l’intention de la donner. J’ai tous les droits, c’est moi la loi. La République, je me la nique, l’Algérienne, je me la trique, je suis couvert j’suis policier, c’est moi la loi,  j’ai tous les droits. Je suis couvert, j’suis policier. Weblog : http://perso.orange.fr/monjardet/

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