11 mai 2008

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TUNISNEWS
9 ème année, N°  2910 du 11.05.2008
 archives : www.tunisnews.net


Liberté et Equité: Interrogatoire des personnes déférées dans l’affaire en appel n°10602 FTCR: Appel du dix mai: Pour le droit à la libre circulation – En l’honneur des morts pour la dignité, l’égalité  et la liberté AP:  Trois clandestins meurent noyés au large de la Tunisie, selon un journal L’ Independant.: Rendre à Bourguiba ce qui est prêté à Ben Ali Le Quotidien d’Oran: Accord algérien conditionné au projet UPM

Sauvez la vie du prisonnier politique et ingénieur Ridha Boukadi Liberté pour Slim Boukhdhir, la plume libre Liberté et Equité Organisation de droits de l’homme indépendante 33 rue Mokhtar Atya, 1001 Tunis Tel/fax: 71 340 860 Email : liberte.equite@gmail.com Tunis, le 10 mai 2008

Interrogatoire des personnes déférées dans l’affaire en appel n°10602

Les accusés se plaignent d’actes de tortures graves

 

Vingt deux accusés ont été déférés devant la onzième chambre de la Cour d’Appel de Tunis, qui avaient été condamnés en première instance à des peines de cinq ans d’emprisonnement pour adhésion à une organisation terroriste et cinq ans de contrôle administratif. La commission de la Cour a interrogé les accusés qui ont tous nié ce qui leur était imputé et ont donné des détails effrayants sur la torture subie pendant les investigations perpétrée par les agents de la Sûreté de l’Etat. 1) Interrogatoire de Karim Mahdaoui Karim Mahdaoui a dit lors de ses déclarations devant la cour d’Appel qu’il n’avait pas subi l’influence de la pensée salafiste, et qu’il n’avait rencontré aucun des accusés au café de Menzel Bourguiba, que Mimoun Alloucha ne l’avait pas poussé à passer en Algérie et que personne ne l’avait poussé à prendre les armes. De même, il n’avait pas songé à rejoindre des groupes salafistes et il ne connaissait quiconque ayant été en Algérie. Il a relaté qu’il avait signé à l’administration de la Sûreté de l’Etat au Ministère de l’Intérieur des déclarations qui lui avaient été arrachées sous la torture et la menace, et il a donné des détails sur les méthodes de torture sauvage qu’il avait subie.

2) Interrogatoire d’Abdelbari Elayeb Abdelbari Elayeb a déclaré qu’il n’était pas adepte de la pensée salafiste, qu’il ne s’était jamais réuni avec Okba Nasri et qu’il connaissait Mohammed Abbachi de façon superficielle, qu’il n’avait jamais abordé avec lui la question de la pensée salafiste. Et il a affirmé qu’on ne lui avait rien demandé sur le visionnage de cassettes à l’administration de la Sûreté de l’Etat, bien que ces aveux aient été versés au PV de l’enquête, et a dit ne regarder que la télévision, qu’il n’avait pas de CD et qu’il habitait au domicile de ses parents, que personne ne l’avait aidé à se rendre en Irak. Il a nié avoir reçu Okba Nasri, comme il a nié s’être rendu à Radès.

3) Interrogatoire de Nader Ferchichi Il a relaté qu’il avait été arrêté exactement un mois et demi après avoir commencé à faire la prière. Il a nié tout lien avec des groupes armés et a affirmé que son voyage en Libye était d’ordre commercial. Mohammed Abbachi avait voyagé avec lui une seule fois, car il espérait travailler en Libye. Il n’avait jamais eu l’intention de se rendre en Algérie, et n’avait pas essayé d’entrer au Soudan. Il avait remis 150 dinars à Okba Nasri par l’entremise de Mohammed Abbachi. 4) l’interrogatoire de Hichem Manaï

Il a relaté qu’il avait abandonné ses études en 2002 et qu’il avait fait la connaissance d’Abdelhalim Aroua dans un cadre de voisinage, au café « Lou’ Lou ». Il a nié en avoir reçu deux livres et a reconnu qu’il priait comme tout le monde et qu’il avait lu un ouvrage d’Abdallah Azzam, qu’il n’avait pas l’intention de se rendre en Algérie ni de rejoindre les groupes jihadistes. Il a affirmé que les aveux consignés dans les procès verbaux d’investigation ne reflétaient pas ses propos et qu’ils lui avaient été arrachés sous la torture et qu’il avait été forcé de les signer[…]

5) Interrogatoire de Mahjoub Zayani Accusé d’avoir suivi des programmes salafistes à la télévision en 2000 alors qu’il fréquentait un publient et qu’il consultait le contenu d’Islamweb. Il a dit qu’avec Anis Krifi, il avait une relation de voisinage, de quartier, qu’il n’avait aucune idée des actions jihadistes au Machrek et en Algérie et que ce qu’on considérait comme des aveux dans les procès verbaux de la Sûreté de l’Etat n’e reflétait pas ses dires. Il a affirmé avoir emprunté à Anis Krifi des cassettes et qu’ils étudiaient ensemble au campus universitaire de Tunis et revenaient ensemble après les cours à Menzel Bourguiba. Il a affirmé également avoir rencontré Hosni Nasri devant l’Université. Quant au départ d’Anis Krifi en Algérie, il a affirmé n’en avoir eu connaissance qu’au ministère de l’intérieur. Il a nié posséder deux cassettes, dont l’une porte sur le maniement des armes et l’autre sur l’Irak.

6) Interrogatoire d’Heulmi Boughanmi Originaire de Kalaat Snan dans le gouvernorat du Kef, il a reconnu qu’en échange d’une contrepartie matérielle, il avait aidé Lamjed Hamri et Ridha à quitter la Tunisie illégalement et que son voisin Lamjed Karghali les avait fait fuir.

7) Interrogatoire d’Ali Saïdi Il n’avait pas l’intention de rejoindre la résistance irakienne, il a été en Algérie de façon illégale avec l’aide de Lamjed Kharghali. Il a résidé dans une location à Annaba en essayant d’avoir un passeport faux moyennant de l’argent après que les autorités tunisiennes aient refusé de lui octroyer un, il avait présenté une demande pour aller en Syrie terminer ses études. Il a affirmé n’y avoir contacté personne et que sa rencontre avec Tarek Boukhili à Annaba relevait de la calomnie, qu’il avait été arrêté à son logement d’Annaba dans le cadre d’une campagne de la Sûreté algérienne contre les étrangers en situation irrégulière et qu’il n’était resté que cinq jours en Algérie : »mon épaule est déboîtée, on m’a fait coucher sur le dos et ils sautaient du bureau sur mon torse, mon torse s’est disloqué […] j’ai un dossier médical en prison relatif à la fracture du torse« .

8) Interrogatoire d’Abdelhalim Aroua Il a reconnu s’être rendu en Syrie, et de là en Irak en 2003, qu’il y était entré de façon légale et y était resté quinze jours, à l’hôtel Palestine à Bagdad, puis il était revenu en Tunisie. Il n’avait pas l’intention de rejoindre la résistance, qu’il ne connaissait pas Mohammed Abbachi, quant à Hichem Manaï, c’était son voisin. Il a dit qu’après son retour d’Irak, il avait dû subir plusieurs descentes à son domicile, ce qui l’avait poussé à se rendre illégalement en Algérie. Là il avait été arrêté au bout de trois jours et était resté soixante dix jours dans les locaux des renseignements militaires algériens. Après avoir été livré à la Tunisie, il avait subi une torture terrible (il a dit qu’il avait été contraint de signer les procès verbaux d’enquête avant d’avoir été interrogé)

9) Interrogatoire de Tarek Boukhili Il a nié toute relation avec Hosni Nasri et Abdelbari Elayeb et a avoué connaître Maher Beziouche. Il a affirmé qu’il n’avait jamais habité chez Abdelbari Elayeb et qu’il s’était rendu en Algérie de façon illégale sans l’aide de personne. Il était descendu dans un hôtel à Annaba jusqu’à son arrestation par les autorités algériennes. Il n’avait connu Ali Saïdi et Abdelhalim Aroua que dans les cachots du ministère de l’Intérieur.

10) Interrogatoire de Taoufik Kadri Il ne connaît ni Hosni Nasri ni Abdelbari Elayeb, il s’est rendu de façon illégale en Algérie avec Tarek Boukhili sans l’aide de quiconque et est resté quatre ou cinq jours à Annaba. Il n’a aucun contact avec Anis Krifi. Il s’est rendu en Algérie pour se procurer un passeport mais il a été arrêté très rapidement.

11) Interrogatoire d’Anis Krifi Il a dit qu’il connaissait Tarek Hammami et Mahjoub Zayani en tant que voisins et qu’il connaissait Hosni Nasri parce qu’il vendait des parfums devant la mosquée. Il a affirmé avoir été soumis à la torture pendant deux mois à l’administration de la Sûreté de l’Etat au ministère de l’Intérieur à Tunis, qu’il était resté suspendu une demi journée et que lorsqu’il avait été présenté à l’instruction son œil était noir. Il n’avait pas regardé de cassettes sur le jihad en Tchéchénie et n’avait pas décidé de se rendre en Irak. Il considère que les aveux dans les procès verbaux de la Sûreté ont été préfabriqués et extorqués sous la torture. Il n’avait jamais dit avoir préparé un départ en Irak parce que la résistance aurait eu besoin de martyrs. Il a dit que sa relation avec Okba Nasri était superficielle et qu’il ne lui avait jamais fait part d’aucun programme. Quant à son voyage en Algérie, c’était pour du commerce et il était rentré. Il ne connaissait pas Mimoun Alloucha, quant à l’origine de l’argent, il a dit avoir vendu son portable pour s’acheter des affaires, il a dit avoir été soumis à une torture sauvage, qu’il avait une côte cassée, qu’il avait été torturé quand il était nu. A cause de l’intensité ressentie quand il se souvient des méthodes de torture pratiquée sur lui, il dit en un mot : je ne peux pas parler de la torture, je suffoque et je pleure.

12) Interrogatoire de Hosni Nasri

Il considère que l’enquête au dossier de l’affaire ne le concerne pas et il a relaté avoir ressenti une énorme injustice lorsque son frère a été arrêté en 2002 et qu’il était resté en prison jusqu’en 2003, […] Il a dit qu’il avait obtenu normalement son passeport et qu’il avait quitté la fonction publique et qu’il avait rejoint l’Irak par la Libye puis la Syrie avant la chute de Bagdad. Là il s’était enrôlé dans l’armée irakienne, et après la chute de Bagdad, l’anarchie régnant, il s’était rendu à Fallouja puis en Syrie et de là en Tunisie. Il a dit qu’après son retour il avait été harcelé par la police de façon continuelle, ce qui l’avait contraint à quitter le pays illégalement vers l’Algérie avec l’aide de Radhouane Fez’ii rejoint par son frère Okba Nasri. […] Il a affirmé avoir été soumis à la torture en Algérie pendant deux mois entiers avant d’être livré à la Tunisie.

13) Interrogatoire d’Okba Nasri Il a affirmé qu’il avait été torturé dans les locaux du ministère de l’Intérieur pendant vingt jours et que l’enquête tournait autour du chef de préparation d’explosions devant se produire en Tunisie. Il avait été contraint de signer les procès verbaux sans les avoir lus. Il s’était rendu en Algérie pour se procurer un passeport, il y était resté une année environ,. Il ne s’y était pas entraîné comme cela est affirmé dans les PV de la Sûreté de l’Etat. Il y était resté avec Tarek et Maher Chamam, Aymen Ghrib, Sabri Mejri dans un lieu abandonné après avoir compris qu’il y avait un piège. Il avait été arrêté alors qu’il tentait de fuir. Il avait été témoin du meurtre de Zoubaïer Karoui par la Sûreté algérienne. Quant à Tarek, il a dit qu’il s’était alors enfui à Alger. Il a résumé ce qu’il avait subi. On lui disait : « Tant que tu pries, tu es un terroriste »

14) Interrogatoire de Mohammed Abbachi Il a relaté s’être rendu en Algérie de façon légale, qu’il y était resté une année entière avec Okba, Tarek, Aymen, Anis, Sabri Mejri et Lamjed Hamri. Il ne les avait pas contactés pour les recruter et ne s’était jamais entraîné au maniement des armes. Il a été arrêté à Alger et livré à la Tunisie.

15) Interrogatoire de Tarek Hammami Il a dit avoir quitté le pays pour l’Algérie avec Zoubaïer Karoui de façon légale et avoir résidé dans ce pays une année environ. Il n’avait pas participé à des entraînements et on n’avait pas cherché à le recruter. Il a attendu un passeport, mais il a été arrêté. Il est resté 15 jours dans les cachots de l’Intérieur, privé de sommeil, torturé continuellement de façon sauvage. Il a été filmé par une caméra, un film contenant ses aveux.

16) Interrogatoire de Maher Chammam Il a dit s’être rendu en Algérie au début de l’année 2005, et avoir été arrêté en 2006. Il voulait rejoindre la résistance irakienne mais il n’a pu le faire et il a été arrêté en Algérie.

17) Interrogatoire d’Aymen Ghrib Il a relaté être allé en Algérie de façon illégale en échange d’une somme de 150 dinars. L’intermédiaire était Ahmed Fez’ii. Il est resté à Annaba une année quasiment puis s’est rendu à Alger pour tenter d’obtenir un passeport. Il ne s’est pas entraîné au maniement des armes et n’a pas rencontré les groupes armés 18) Interrogatoire de Mimoun Alloucha Il a dit souffrir de maladie nerveuse et être sous calmants. Il a voulu rejoindre la résistance irakienne après s’être rendu en Algérie de façon illégale. Il y est resté une année entière jusqu’à son arrestation.

19) Interrogatoire de Lamjed Hamri Il a dit avoir résidé en Algérie une année après avoir été contraint de quitter la Tunisie où il ne pouvait vivre, les moindres choses lui étant interdites. Son voisin, Zoubaïer Karoui, lui a proposé de se rendre en Algérie pour se procurer un document de voyage et son autre voisin, originaire du Kef, l’avait aidé à franchir la frontière clandestinement moyennant argent. Il est resté en Algérie une année entière avant d’être arrêté et livré aux autorités tunisiennes. 20) Interrogatoire de Sabri Mejri Il a affirmé avoir été torturé de façon sauvage, qu’on avait commis sur lui des crimes, qu’il s’était rendu illégalement en Algérie en échange d’une somme d’argent, qu’il y était resté environ une année avec Okba, Aymen, Maher et Mohammed Zoubaïer Karoui jusqu’à son arrestation.

21) Interrogatoire de Ferjani Mchergui Il a dit être malade et a affirmé qu’il avait été convaincu de la nécessité de rejoindre la résistance en Irak.

22) Interrogatoire de Brahim Ben Hamida Il a dit qu’il n’avait pas voulu rejoindre la résistance irakienne et que sa relation avec Ferjani Mchergui était limitée à leurs études, qu’il avait cherché du travail, et qu’il était impliqué dans une affaire avec laquelle il n’avait rien à voir. […] Pour le bureau exécutif de l’Organisation Le responsable de la commission de l’indépendance de la justice et du barreau Maître Abderraouf Ayadi (traduction d’extraits ni revue ni corrigée par l’auteur de la version en arabe, LT)


 

 

Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives

Appel du dix mai

(Commémoration de l’abolition de l’esclavage)

 

Pour le droit à la libre circulation

En l’honneur des morts pour la dignité, l’égalité  et la liberté

 

Informations (pour ne parler que des derniers cas que nous avons suivis de prés) :

 

Aujourd’hui samedi 10 mai nous venons d’apprendre que trois cadavres ont été repêchés prés des côtes de Teboulba (Tunisie) et que 14  candidats à l’émigration dans un état grave ont été admis à l’hôpital de Monastir. L’embarcation à bord de laquelle ils tentaient de gagner l’Europe portait selon les premiers témoignages 56 personnes du Maghreb et d’Afrique subsaharienne dont trente neuf sont à l’heure où nous écrivons portées disparues. Elle a été retrouvée, portée par les eaux vers la côte tunisienne, avec à son bord des vêtements, des chaussures, des papiers d’identité et de l’argent… La ville de Teboulba a accueilli ce drame avec une émotion particulière : Cette petite ville de pêcheurs est celle d’où sont originaires les pêcheurs toujours poursuivi par le tribunal d’Agrigente (Sicile, Italie) pour avoir sauvé 44 migrants en août 2007. Leurs bateaux, leur seule ressource, sont toujours séquestrés et pourrissent dans un hangar de Lampedusa[1].

 

Ce même 10 mai, un peu plus au nord dans la petite ville côtière de Ksibet El-Mediouni, une cérémonie d’hommage aux morts victimes des politiques de répression des migrants se déroulait, intitulée « Les embarcations de la dignité ». Organisée par les sections de Sousse, Monastir, Mahdia et Kairouan de la LTDH[2] suite à l’appel de la FTCR[3], cette cérémonie rendit hommage à tous les candidats à l’émigration morts et en particulier aux 26 de Chebba disparus entre le 22 et le 24 avril dernier. Cette tragédie fut à l’origine de l’initiative en question après que les familles des disparus aient constaté que la seule réaction des autorités était un engagement à réprimer plus lourdement les tentatives d’émigrer, encouragées en cela par le président Nicolas Sarkozy alors en visite d’Etat en Tunisie.

 

Ces informations ne sont qu’une infime partie de l’effet de la véritable guerre menée contre les migrants par les Etat du nord et du sud de la Méditerranée. En ce jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, nous vous demandons de lire et de réagir à l’Appel qui suit.


 


 


[1] Pour les détails : http://www.migreurop.org/article1193.html

[2] Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme

[3] Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux Rives – http://www.citoyensdesdeuxrives.eu/ – Lire le communiqué Cimetière Marin :   http://www.citoyensdesdeuxrives.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=216:ftcr-cimetiere-marin&catid=104:tunisie&Itemid=111

 

 

 

L’APPEL DU 10 MAI

 

Les beaux jours arrivent et la saison du « brûlage » reprend (Harga en arabe, le fait d’émigrer clandestinement ou brûler la frontière, en l’occurrence maritime). Comme chaque année, des milliers d’hommes et de femmes partent où s’apprêtent à partir du sud ou de l’est méditerranéen, ou encore des côtes ouest africaine vers l’Europe.

 

Ils quittent des pays où, pour une part de plus en plus importante de la population, il n’est plus possible d’assurer une vie digne à soi-même et à sa famille, et où l’avenir se présente comme un chemin clos. Des pays où, s’ils réclament l’amélioration de leurs conditions de vie, s’ils s’organisent pour améliorer leur sort, ils ont toutes les chances d’être soumis à la prison, voire à la torture. Des pays où ce qu’ils subissent est perpétué avec la participation, le soutien et la bénédiction de l’Europe.

 

Ils se dirigent vers une Europe dont ils savent –car désormais tout se sait– qu’elle connaît un grave vieillissement de la population et subit une forte pénurie de main d’œuvre. Ils savent que l’Europe a besoin d’eux, et que la plupart d’entre eux pourront travailler. Ils sont également conscients qu’ils seront maintenus des années dans un statut subalterne de clandestins et de travailleurs irréguliers, qu’ainsi ils seront exploités plus que les autres, dans des tâches plus dangereuses et plus pénibles que les autres, qu’ils seront moins payés, parfois pourchassés, emprisonnés, expulsés, insultés, regardés de travers… Ils savent aussi qu’ils ont de fortes probabilités de mourir sans jamais arriver à destination…

 

Les autorités européennes aussi savent tout cela, de même que les autorités des pays d’origine ou de transit. Et elles savent qu’elles ne pourront jamais arrêter ce flux de départs. Elles se consacrent donc d’une part à rendre plus difficile, plus long et plus dangereux le voyage : Elles le font par la militarisation à outrance du contrôle des frontières et par la mise en place d’un arsenal judiciaire et policier de répression de la mobilité, en Europe comme dans les pays d’embarquement. D’autre part, elles s’évertuent à maintenir dans une situation de sur-précarité et de peur ceux qui arrivent à destination : à travers des lois discriminatoires qui interdisent l’accès à des droits élémentaires, un verrouillage des possibilités de régularisation administrative, une persécution policière, une criminalisation des migrants et un encouragement des sentiments xénophobes et racistes par des discours mensongers.

 

Pourquoi?

 

Les raisons ne tiennent pas de l’absurdité, pas plus que de la méchanceté ou du sadisme. Elles sont rationnelles, cohérentes et intelligentes:

 

–         Le fait que la décision de partir comporte l’acceptation de risques mortels et/ou de conditions de vie misérables fait du départ un choix difficile et qui n’est pas à la portée de tout le monde. C’est la seule manière de faire en sorte que des gens continuent à accepter de travailler pour des salaires de misère dans les pays d’origine plutôt que d’aller trouver mieux ailleurs. Et la seule manière, donc, de continuer à « délocaliser » ou à faire du chantage à la délocalisation pour les entreprises du « nord » et, pour celles du sud de continuer à payer leurs salariés au lance-pierre.

 

–         Les risques du voyage ont également une fonction dans la doctrine de « l’immigration choisie » : Ceux qui partent et qui arrivent à destination sont souvent les plus vigoureux, les plus courageux, les plus jeunes. Une sélection toute naturelle se fait ainsi des plus aptes à être assignés à des tâches physiques pénibles et ingrates. Pour les tâches intellectuelles, la sélection se fait d’une autre façon.

 

 

–          Un autre avantage de toutes ces entraves est de faire en sorte que la plupart de ceux qui arrivent en Europe ne soient que des bras! Ils travailleront à la demande et se reposeront quand c’est possible. Mais ils ne pourront pas avoir de « vie privée et familiale », cela coûte cher! Il ne pourrons pas pendant des années retourner voir leurs familles et amis sous peine d’être à nouveau bloqués au pays ou de devoir revivre l’enfer de la Harga. Ni ne pourront faire venir leurs proches car cela les exposerait à trop de dangers. Même au cas où, au bout de plusieurs années, ils arrivent à se faire régulariser, les nouvelles lois qui restreignent le regroupement familial continueront à les priver d’une vie « normale ». Comme ça, ils resteront le plus longtemps possible une bonne affaire : Ils rapportent autant ou plus que tout autre travailleur, et il coûtent moins.

 

–         L’autre volet de « l’immigration choisie », celui des quotas vantés par les discours officiels et par les VRP de la République est intimement lié à ce qui précède. Ils consiste à présenter comme un grand privilège le fait d’être sélectionné pour venir par avion travailler en Europe! Cela permet d’obtenir des jeunes les mieux formés et les plus compétents des pays du sud qu’ils viennent travailler plusieurs années en Europe « pour acquérir une expérience ». Ceux qui accèdent ainsi à un territoire aux portes duquel tant de milliers crèvent et dans lequel tant d’autres vivent pourchassés sont reconnaissants. Ils travailleront avec dévouement et discipline pour ensuite « rentrer monter un projet au pays ». Ils auront ainsi donné le meilleur d’eux même et auront cotisé à une économie qui ne les a pas élevés et qui n’aura pas à leur verser de retraite. Une bonne affaire…

 

–         Par ailleurs, tout cela sert aussi à régler des problèmes autochtones: 1/ Renforcer un arsenal répressif qui est bien utile dans des sociétés où les inégalités n’ont depuis bien longtemps pas été plus profondes, et où certains finissent fatalement par se fâcher 2/ Cela permet de faire accepter aux gens de travailler plus et plus longtemps, tout en leur disant que pour la baisse du pouvoir d’achat il ne peut y avoir de miracle. Tant de pauvres bougres seraient prêt à prendre leur place pour encore moins que ce qu’ils ont 3/ Cela convainc tant d’ouvriers, d’employés et de chômeurs que le véritable ennemi n’est pas celui qui élabore les lois et l’ordre économique dont ils souffrent où celui qui en profite, mais bien l’étranger qui en veut à leur place et qui menace ce qui leur reste de confort. C’est un moyen radical, aussi bien pour déterminer un vote que pour affaiblir les mouvements de contestation sociale

 

La politique de l’immigration que l’Europe élabore depuis des années est un élément clé de la perpétuation et du renforcement des inégalités de l’ordre qui prévaut dans les sociétés du sud comme dans celui prévalant dans celles du nord. Elle approfondit également les inégalités entre le sud et le nord.

 

Parmi les effets immédiats de ces politiques, nous comptons des dizaines de milliers d’êtres humains morts par noyade, ou par étouffement ou d’autres manières. Ceux qui en sont coupables sont ceux qui les privent de leur droit de se déplacer (garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) et d’aller à la recherche de conditions de vie dignes.

 

Un autre effet immédiat est le confinement de centaines de milliers de personnes dans une condition de parias où ils sont exposés à la violence et la surexploitation, où ils vivent dans la peur et l’humiliation.

 

Ceux qui entravent leurs libertés et nient leurs droits mènent une politique criminelle qui doit être combattue pour l’intérêt de toutes et tous.

 

Nous considérons que le combat pour le droit à la mobilité et à la libre circulation est un combat pour la liberté des personnes et des peuples du sud comme de ceux du nord. C’est également un combat pour l’égalité des droits de toutes et tous.

 

Les migrants sont en première ligne de ce combat, nous déclarons être avec eux.

 

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui considèrent comme nous que la liberté et l’égalité sont constitutives de notre humanité, à faire de ce 10 mai 2008, date de commémoration de l’abolition de l’esclavage, une journée en l’honneur de tous ceux qui meurent à la recherche d’une vie digne, victimes de la politique de l’immigration.

 

 

La FTCR – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives, 3 rue de Nantes 75019 Paris

 

CONTACT POUR L’APPEL :

 ftcr.etudes@no-log.org

 

 


 

 

Trois clandestins meurent noyés au large de la Tunisie, selon un journal

Associated Press (AP)  11/05/2008 13h06 Trois migrants africains ont péri noyés dans un nouveau drame de l’émigration clandestine survenu samedi au large des côtes tunisiennes, tandis que 15 autres dans «un état critique» ont été secourus par les unités de la protection civile, a rapporté dimanche le quotidien Achourouk de Tunis. Selon les investigations préliminaires auxquelles se réfère le journal à plus fort tirage de Tunisie, les clandestins, tous des ressortissants d’Afrique subsaharienne, étaient partis des rivages d’un «pays voisin», en référence à la Libye. Tombée en panne au large, l’embarcation a été emportée par des «vents forts» jusqu’à la plage de Bekalta, une localité proche de la ville de Mahdia, à environ 180km au sud-est de Tunis. L’alerte a été donnée par des habitants ayant entendu des cris de rescapés qui sont parvenus à gagner la plage de Bekalta «dans un état très sérieux», ajoute le quotidien. Selon le journal, ils ont été aussitôt transférés à l’hôpital de Mahdia pour recevoir les soins nécessaires. Des plongeurs de la protection civile ont repêché trois cadavres dans l’embarcation sinistrée, précise Achourouk selon lequel les opérations de recherches se poursuivaient encore samedi en fin d’après-midi. Avec le renforcement de la surveillance du littoral tunisien et le durcissement de la législation adoptée dans le cadre de la lutte contre l’émigration irrégulière, les clandestins qui rêvent de se rendre dans l’Eldorado européen, se rabattent de plus en plus vers les côtes libyennes moins contrôlées. Ces aventures périlleuses se multiplient avec l’arrivée de la période estivale. Les migrants clandestins sont moins victimes des aléas climatiques que de passeurs sans scrupules qui les entassent dans des embarcations vétustes après avoir empoché le «magot», généralement de 1 000 à 2 000 euros par tête.


Rendre à Bourguiba ce qui est prêté à Ben Ali

 

 

De Christian Lerma, de Narbonne :

C’est avec étonnement (et amusement) que j’ai entendu M. Sarkozy louer les qualités de tolérance et d’ouverture de M. Ben Ali, président de la Tunisie. Ayant habité la Tunisie de 1966 à 1977 (en tant que coopérant) je peux témoigner que ces vertus étaient déjà répandues à cette époque. Le président Bourguiba était non seulement un francophile reconnu, sa première épouse (mère de son fils) était française, mais aussi un laïc confirmé. Dès l’indépendance, il avait doté la Tunisie d’un code de la femme qui dote les femmes tunisiennes de libertés fondamentales et qui reste encore inégalé dans un pays arabo-musulman. A mon arrivée, on pouvait voir les jeunes filles déambuler sur les « allées Bourguiba » en minijupe et pendant tout mon séjour je n’ai jamais vu une élève entrer en classe avec un foulard dans les cheveux. Sur un autre plan, on pouvait voir les ressortissants des pays limitrophes se précipiter, dès le passage de la frontière, dans les débits de boissons alcoolisés. Enfin, si louanges il y a à faire, c’est au peuple tunisien que l’on doit les adresser. Ce peuple qui pendant des siècles a vu passer des envahisseurs de tout poil a su assimiler des apports différents pour créer une civilisation tolérante, ouverte sur le monde et hospitalière envers les étrangers. C’est toujours avec émotion que je me souviens de ce thé à la menthe partagé avec les villageois de Chebicka une oasis de montagne loin des circuits touristiques…

 

(Source: L ‘ Independant.com le 11 mai 2008)


Voici le numéro 105 d’ELKHADRA .Bonne lecture

– JOURNAL DE L’AISPP – BEN ALI DE SION – Courage fuyons ! -Intifada à Beyrouth – DE LA PART D’AHLEM – JE TE LE DIS * – Sur la désobéissance civile.MARZOUKI… – Tunisie. Ben Ali règle ses comptes – A PROPOS DES USA. – LES EVANGILISTES SIONISTES – Toutes les pistes ménent à BEN ALI – NEKBA – TOUT VOILE DEHORS – Le modèle à suivre – Les Droits de l’homme : Ces inconnus des pouvoirs…     – La sexualité en Islam – Pétitions… l’efficacité recherchée!     – A LIRE AVEC UNE CUVETTE – LA TUNISIE PAYS DE VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME – DE L’ISLAM

 


Accord algérien conditionné au projet UPM

 

May 11,2008 00:00 Par : Kharroubi Habib Au Maghreb, Nicolas Sarkozy s’est déjà acquis l’adhésion, sans réserve, du Maroc et de la Tunisie à son projet d’Union pour la Méditerranée. Manque au président français celle de l’Algérie, dont les autorités ont, certes, exprimé leur intérêt pour l’initiative française mais déclaré, aussi, attendre d’en connaître son contenu exact pour se prononcer. L’Elysée à décodé l’attitude algérienne comme exprimant une tiédeur pouvant masquer l’éventuel refus d’Alger d’avaliser le projet français. Pour s’en assurer, Sarkozy a dépêché à Alger, en moins d’une semaine, deux ministres importants du gouvernement français. Considérés comme disposant d’un capital sympathie auprès des Algériens, Michèle Alliot Marie et Bernard Kouchner ont été chargés de tenter de lever les éventuelles réticences que nourrirait le président Bouteflika à l’égard du projet sarkozien. Kouchner arrive demain à Alger avec, aussi, l’objectif de faire confirmer, par le président algérien, sa présence au sommet de Paris du 13 juillet prévu pour donner le départ à la création de l’Union pour la Méditerranée. La mission d’Alger du ministre français des Affaires étrangères n’est pas aussi aisée qu’elle en a l’air. Cela, pour la raison qu’à Alger l’on croit, à tort ou à raison, que bien qu’officiellement la France déclare considérer l’Algérie comme «un acteur majeur» dans la construction envisagée, elle fait tout, en réalité, pour minorer la place et le rôle de celle-ci en son sein. Michèle Alliot Marie a qualifié de rumeurs sans fondement les bruits qui accréditent une telle perception de la position française à l’égard de l’Algérie. Il n’en demeure pas moins que les autorités algériennes ont d’autres raisons de ne pas verser dans l’enthousiasme pour ce projet d’Union pour la Méditerranée. D’abord parce qu’il semble bien que le président français ait conçu son projet autour de préoccupations et d’objectifs propres aux Etats européens auxquels ceux de la Rive sud seront conviés à s’associer, en priorité, avant ceux dont ils sont demandeurs. Sarkozy n’a, en effet, mis en avant jusqu’à maintenant que les problèmes de sécurité qui, de son point de vue, justifient son projet d’Union pour la Méditerranée. Même le partenariat économique, qu’il a évoqué lors de sa visite d’Etat en Tunisie, comme entrant dans le projet, ne va pas dans le sens que l’entendent les pays du Sud. Dans ce domaine, le président français assigne, à l’union projetée, le rôle d’être une protection contre la montée en puissance des pays asiatiques. Il n’est pas évident que les nations du Sud de la Méditerranée partagent la même crainte que celle des Européens à l’égard de la Chine et des autres pays émergents. L’Algérie, en tout cas, est légitimement en droit de s’assurer qu’il sera tenu compte de ses intérêts tant politique qu’économique dans cette union et, surtout, à ne pas être confinée au rôle de supplétif de l’Europe.  (Source:  « Le Quotidien d’Oran » (Quotidien – Algerie) le 11 mai 2008)


 

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