10 janvier 2007

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2424 du 10.01.2007

 archives : www.tunisnews.net


Amnesty International: Action Urgente –  Renvois Forcés Torture – Craintes de nouveaux actes de torture

AP: Tunisian press convinced Islamic extremists behind recent clashes Jeune Afrique: Tunisie – Questions sur un coup de filet Libération: Tunisie: des jihadistes contre Ben Ali

AFP: Tunisie: la revue Historia interdite pour publication d’une image de Mahomet

Reuters: La Banque mondiale débloque des fonds pour l’Ethiopie

Dossier sur « le Groupe salafiste pour la prédication et le combat »

Reuters: Le Hamas fait un pas vers la reconnaissance d’Israël


ÉGYPTE

Renvois Forcés Torture Craintes de nouveaux actes de torture

Ayman Hkiri (h) Ahamed Lahbib (h) Mohamed Almadiri (h) ainsi qu’un autre homme dont Amnesty International ignore l’identité ACTION URGENTE  

DOCUMENT PUBLIC Index AI : MDE 12/002/2007 AU 06/07 ÉFAI 5 janvier 2007 Les autorités égyptiennes s’apprêtent à renvoyer de force les quatre ressortissants tunisiens mentionnés plus haut. Cette décision peut intervenir à tout moment et exposerait les quatre hommes à un risque élevé de torture. Ils sont actuellement détenus au centre de détention d’al Khalifa au Caire, la capitale. Aucune charge n’a été retenue contre eux. Cinq autres ressortissants tunisiens ont apparemment été renvoyés de force le 4 janvier. Ayman Hkiri, Ahamed Lahbib, Mohamed Almadiri et un autre ressortissant tunisien faisaient partie d’un groupe d’étudiants, égyptiens et étrangers, arrêtés vers la fin du mois de novembre. Tous ont été interrogés dans le cadre d’investigations portant sur les activités d’une cellule terroriste recrutant en Égypte des combattants prêts à se battre contre la coalition dirigée par les États-Unis en Irak. Ils ont tous été détenus plusieurs semaines dans les locaux du Service de renseignements de la sûreté de l’État à Madinet Nasr, dans le nord du Caire, où ils affirment avoir été victimes d’actes de torture : il s’agissait notamment de coups et de décharges électriques sur des parties sensibles de leur corps, tandis qu’ils avaient les yeux bandés et les menottes aux poignets. Ils ont également été privés de sommeil et contraints à regarder les actes de torture infligés à leurs compagnons de cellule. Cinq autres ressortissants tunisiens ayant subi le même traitement dans les locaux du Service de renseignements de la sûreté de l’État à Madinet Nasr auraient été renvoyés de force dans la soirée du 4 janvier, après avoir passé plusieurs jours au centre de détention d’al Khalifa. On ignore où ils se trouvent actuellement et s’ils ont été arrêtés à leur arrivée. Outre les neuf ressortissants tunisiens, huit Français, deux Belges, un Américain et un certain nombre de Syriens et d’Égyptiens ont été appréhendés lors de coups de filet dans le quartier Madinet Nasr au Caire et à Alexandrie. Les ressortissants français et belges étaient des étudiants venus apprendre l’arabe et étudier l’islam. Ils ont été interpellés, en novembre, parce qu’ils étaient soupçonnés d’appartenir à un réseau terroriste. Tous ont été libérés pour être renvoyés dans leurs pays respectifs le 7 décembre. INFORMATIONS GÉNÉRALES Depuis plusieurs années, Amnesty International reçoit un grand nombre d’informations faisant état d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements imputables aux forces de sécurité tunisiennes, notamment à des membres de la Direction de la sûreté de l’État du ministère de l’Intérieur, à Tunis, la capitale. Dans la quasi-totalité des cas, aucune enquête n’est ouverte et les auteurs présumés de ces actes ne sont pas traduits en justice. En mai 2004, Tarek Belkhirat, ressortissant tunisien, a lui aussi été renvoyé contre son gré en Tunisie, par les autorités françaises, après le rejet de sa demande d’asile. Il a été appréhendé à son arrivée et inculpé au titre d’une loi antiterroriste de 2003. En février 2005, le Conseil d’État, échelon suprême de la juridiction administrative en France, a annulé l’arrêté de reconduite à la frontière prononcé contre Tarek Belkhirat. En mars de la même année, un tribunal de Tunis l’a condamné à une peine de dix ans d’emprisonnement, réduite en appel à cinq ans en octobre 2005. Il est toujours emprisonné en Tunisie à ce jour. Les autorités tunisiennes détiennent toujours, en application de la loi antiterroriste de 2003, quelque 400 personnes qui sont apparemment soupçonnées d’avoir voulu aller se battre en Irak. ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais, en arabe ou dans votre propre langue) : – déclarez-vous préoccupé à l’idée qu’Ayman Hkiri, Ahamed Lahbib, Mohamed Almadiri et un autre ressortissant tunisien, ainsi que toutes les personnes détenues avec eux n’aient été victimes de torture ; – exhortez les autorités à ouvrir sans attendre une enquête sur ces informations et à traduire en justice les responsables présumés ; – appelez-les à empêcher toute nouvelle atteinte contre eux ; – dites-vous inquiet à l’idée que ces quatre hommes soient sur le point d’être renvoyés en Tunisie et demandez aux autorités de stopper toute tentative de renvoi ; – priez les autorités d’empêcher le renvoi forcé de toute personne dans un pays où elle risquerait d’être victime de graves violations des droits humains, conformément aux obligations qui incombent à l’Égypte en vertu de la Convention des Nations Unies contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; – rappelez-leur que le droit international interdit en toutes circonstances aux États d’expulser, de refouler ou d’extrader une personne vers un autre pays où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture ; – demandez aux autorités égyptiennes de ne pas expulser les quatre hommes dans un pays tiers où ils ne bénéficieraient pas de garanties durables et effectives contre un renvoi forcé en Tunisie. APPELS À Président : H.E. Muhammad Hosni Mubarak President of the Arab Republic of Egypt ‘Abedine Palace, Cairo, Égypte Fax : +20 2 390 1998 Courriers électroniques : webmaster@presidency.gov.eg Formule d’appel : Your Excellency, / Monsieur le Président, Ministre de l’Intérieur : General Habib Ibrahim El Adly Minister of the Interior, Ministry of the Interior Al-Sheikh Rihan Street, Bab al-Louk, Cairo, Égypte Fax : +20 2 579 2031 Courriers électroniques : moi@idsc.gov.eg moi1@idsc.gov.eg moi2@idsc.gov.eg Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre, COPIES À Conseil national des droits humains : National Council for Human Rights 1113, Corniche al-Nil NDP Building, Cairo, Égypte Fax : +20 2 5747670 ainsi qu’aux représentants diplomatiques de l’Égypte dans votre pays. PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.


 

Tunisian press convinced Islamic extremists behind recent clashes

Associated Press, le 10 janvier 2007 à 14h01 TUNIS, Tunisia (AP) _ An armed group that clashed with Tunisian security forces was made up of hardened Islamic extremists apparently preparing to attack tourist sites in Tunisia, according to press reports here.  The reports were the first indication from Tunisia, where information is tightly controlled, that the group was not made up simply of « dangerous criminals, » as the government had said. Authorities have said that 12 people were killed and 15 arrested in the daylong assault a week ago on a hideout outside Tunis, the capital.  Tunisia has been relatively untouched by Islamic extremist violence, despite the Islamic insurgency in Algeria that peaked in the 1990s. But in 2002, a suicide attack on a synagogue on the Tunisian resort island of Djerba killed 21 people, mostly German tourists. Investigators linked the attack to al-Qaida.  Authorities have given no indication of the identity or nature of the heavily armed group that police reportedly put out of action, using heavy weapons, last week. Nor have officials responded to a statement about the clash posted Monday on an Islamic Web site signed by the previously unknown « The Youth of Tawhid and Jihad in Tunisia. »  The statement, which could not be authenticated, declared holy war against Tunisian President Zine El Abidine Ben Ali, accusing him of harming Muslims in general and Muslim women in particular.  The authoritarian but pro-western Tunisia, which bans Muslim head scarves in public buildings, prides itself on promoting women’s rights.  Tunisian newspapers, without naming sources, said this week that the armed group attacked by police in the town of Soliman, 40 kilometers (25 miles) south of Tunis, had been undergoing weapons training and preparing to attack tourist and economic sites in this North African nation whose economy relies heavily tourism.  The weekly Tunis-Hebdo reported Hammamet and Sousse, towns popular with Europeans, were targeted. The Arab-language Assabah Al Ousboui carried the same claim.  The daily Achourouk, considered close to Tunisian officials, reported Tuesday that the head of the group was killed by police in the assault and identified him as Lassaad Sassi, 37. Other papers claimed he was a former security agent who volunteered to fight in Afghanistan and in the Islamic insurgency in neighboring Algeria.  The group’s No. 2, described as a 22-year-old student, also was among the victims, Achourouk reported.  Human rights groups joined journalists in demanding full information on the attack, which was reportedly preceded by a Dec. 23 attack in the Tunis suburb of Hammam-lif in which two people were killed, according to local newspapers. Associated Press  

Tunisie: des jihadistes contre Ben Ali

Un groupe armé revendique les échanges de tirs avec les forces de l’ordre.

Par GARÇON José Zine Ben Ali est-il informé par Libération ? Si le président tunisien n’a toujours pas soufflé mot sur les affrontements sanglants qui ont eu lieu fin décembre et début janvier aux environs de Tunis, Echourouk, un quotidien proche du pouvoir, a confirmé hier globalement et dans le détail les informations publiées le 5 janvier par Libération. Officiellement, Tunis argue toujours d’une «instruction en cours» pour s’en tenir à sa version des événements mettant en cause des «criminels». Mais Echourouk confirme que c’est bien un groupe «salafiste actif au Maghreb» qui y est impliqué et que son chef, «qui a succombé à ses blessures après l’affrontement de Solimane», s’appelle bien Lassad Sassi. Echourouk confirme aussi que les salafistes étaient fortement armés. «La puissance de feu, les armes utilisées, y compris des fusils-mitrailleurs et des lance-roquettes RPG, témoignent d’éléments bien entraînés, voire rompus au combat», écrit ce journal qui se réfère à des «sources bien informées». Selon un témoignage cité par l’AFP, la fusillade de Solimane a mis aux prises les forces de l’ordre et «au moins cinq éléments retranchés dans une habitation en construction à l’entrée de Solimane». Black-out. Plusieurs titres de la presse privée tunisienne évoquent aussi la piste terroriste. Les salafistes «s’entraînaient dans un triangle situé entre les monts de Hammam Lif, la région de Grombalia et celle de Solimane», affirmait lundi Tunis-Hebdo, en précisant qu’ils «comptaient s’en prendre à des sites touristiques et économiques, particulièrement du côté de Hammamet et Sousse». Quant à l’hebdomadaire Akhbar al-Joumhouriya, il titrait : «Nous voulons la vérité». L’impossibilité de maintenir le black-out sur cette affaire a visiblement contraint Ben Ali à admettre, par presse interposée, l’existence de groupes salafistes. «Il l’utilisera aussi pour montrer que le danger islamiste menace toujours la Tunisie et que face à lui il reste le seul rempart», estime un opposant. En réalité, Tunis semble avoir été surpris par cette affaire qui aurait fait au moins une trentaine de morts et de nombreux blessés. Après ces affrontements, Ben Ali aurait limogé de facto le directeur de la Sûreté nationale, nommé en juin, en lui demandant de «rester chez lui». D’autres accrochages auraient eu lieu près de Ghadamès, à la frontière algéro-tuniso-libyenne, tandis que les forces de l’ordre découvraient une cache d’armes en bord de mer à Amilcar, près de Tunis. Vide. Ces incidents ne signifient nullement que la Tunisie renoue avec l’islamisme des années 90, impitoyablement combattu par Ben Ali. Mais la répression de toute opposition, y compris pacifique et démocratique, a créé un vide qui favorise l’émergence d’un radicalisme incontrôlable dans certaines franges minoritaires de la jeunesse. La situation internationale, marquée par la montée en puissance du jihadisme, a fait le reste. D’autant que ces groupes extrémistes dénoncent l’ «occidentalisation» des pays arabes «modérés» qui «nieraient les valeurs musulmanes». Ils jouent sur du velours : des Tunisiens ne nourrissant aucune sympathie à l’égard des islamistes ont eux-mêmes été choqués par «l’étalage outrancier des décorations et des bûches de Noël dans certains magasins de Tunis, notamment Carrefour». Résultat ? Les islamistes maghrébins, qui n’avaient jamais vraiment collaboré ou coordonné leurs actions, ont trouvé dans le jihad un dénominateur commun qui les rapproche. Une chose est sûre : dans un communiqué parvenu lundi au journal El Wasat à Londres, un groupe nommé Jeunesse de l’unification et du jihad revendique les opérations de Hammam Lif et de Solimane, «programmées contre le dictateur mécréant Ben Ali». Et précise avoir «précipité son calendrier en raison des persécutions des femmes portant le hidjab», allusion à la campagne lancée depuis septembre à Tunis contre le port du foulard. (Source : « Libération » (France), le 10 janvier 2007) Lien : http://www.liberation.fr/actualite/monde/227680.FR.php  

Tunisie

Questions sur un coup de filet

par ABDELAZIZ BARROUHI Au terme de onze jours de traque, un groupe de « dangereux criminels » vraisemblablement liés à la mouvance salafiste a été démantelé dans la banlieue sud de la capitale. Une maison en construction, en pleine campagne, pas très loin de la petite ville de Soliman, à une trentaine de kilomètres au sud de Tunis : c’est là que le piège s’est refermé sur les derniers « criminels dangereux » traqués depuis le 23 décembre par les forces de sécurité tunisiennes. Les snipers n’ayant pas suffi à en venir à bout, il a fallu recourir, le 3 janvier en fin de journée, aux armes lourdes. Touché par plusieurs obus, le toit de la villa s’effondre. Cinq corps sont retirés des décombres. Dans la matinée du même jour, deux autres fugitifs avaient été abattus dans une maison du centre de la ville où ils avaient cherché refuge. Apparemment, le compte y est. Tard dans la soirée, une source officielle au ministère de l’Intérieur fait savoir que douze membres du groupe ont été abattus depuis le début de l’opération, onze jours auparavant, et quinze autres arrêtés. « La traque est terminée », annonce-t-elle. Tout avait commencé par un incident fortuit, dans la nuit du 23 décembre… Une patrouille des forces de l’ordre fait irruption dans une maison occupée par des suspects dans le village de Hammam Echatt, non loin de Hammam Lif, à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale. Elle ne s’attend apparemment pas à ce que lesdits suspects soient armés et qu’ils tentent de prendre la fuite. Une fusillade éclate. Deux suspects sont tués et deux autres blessés, ainsi que deux policiers. Ce n’est qu’au terme de l’enquête préliminaire que les autorités comprennent qu’elles ont affaire à de « dangereux criminels recherchés ». En fait, les limiers de l’antiterrorisme étaient sur la piste de plusieurs éléments soupçonnés de salafisme depuis plusieurs semaines, sinon plusieurs mois. Les autorités décident alors de donner un coup de pied dans la fourmilière. D’importants renforts sont mobilisés, y compris au sein de l’armée, et prennent position dans les régions de Hammam Lif et de Grombalia, le long de l’autoroute du Sud, mais aussi à Sousse, à 150 km de la capitale. Des ratissages sont entrepris dans les montagnes environnantes afin de retrouver les fuyards. Aux principaux carrefours et aux sorties de l’autoroute, les véhicules sont méthodiquement contrôlés. Bref, la traque se met en place. Elle sera ponctuée, jusqu’au 3 janvier, de plusieurs échanges de coups de feu entre les fugitifs et leurs poursuivants. Restent un certain nombre de questions. Qui sont les vingt-sept « criminels dangereux » mis hors d’état de nuire ? Des trafiquants de drogue comme l’a affirmé – sans convaincre – Achourouk, un quotidien arabophone proche du pouvoir ? De jeunes exaltés jouant aux maquisards ? Des terroristes, comme l’écrit, sans plus de précisions, le quotidien progouvernemental Assarih ? Si l’hypothèse d’un groupe extrémiste se révèle être la bonne, s’agit-il d’un phénomène endogène ou exogène ? Qui sont ses chefs, d’où viennent-ils et comment ont-ils acheminé leurs armes en Tunisie ? Préparaient-ils des attentats en à l’occasion de l’Aïd el-Kébir et des fêtes de fin d’année ? Le mutisme du gouvernement a logiquement laissé le champ libre aux rumeurs et aux spéculations les plus aventureuses. L’hypothèse la plus fréquemment avancée est qu’il s’agirait d’un groupe terroriste de tendance salafiste-djihadiste (par opposition aux salafistes non violents), sur le modèle algérien et marocain. On sait que, dans ce dernier pays, le gouvernement vient d’annoncer le démantèlement d’un nouveau réseau salafiste qu’il affirme être lié à al-Qaïda. Deux déclarations faites à l’étranger dans la semaine qui a précédé les événements de la banlieue de Tunis semblent plaider en ce sens. Le 19 décembre, le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière a affirmé que le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui, au cours de l’été dernier, a fait allégeance à al-Qaïda, aurait récemment accru ses activités non seulement en Algérie, où il tient le haut du pavé djihadiste depuis 1998, mais aussi au Maroc, en Tunisie et dans les pays sahéliens au sud du Sahara. Trois jours plus tard, au cours d’un débat en direct sur Al-Jazira, Rached Ghannouchi, le chef en exil du mouvement islamiste tunisien Ennahdha (interdit), a lui aussi brièvement fait allusion à l’apparition d’éléments salafistes en Tunisie. Tout cela confirme les avertissements du département d’État américain, qui, depuis 2005, s’efforce d’attirer l’attention sur le risque d’attaques terroristes en Tunisie. Le 30 décembre, deux ressortissants tunisiens ont d’ailleurs été arrêtés par les services de sécurité algériens. Ils seraient membres d’un « réseau terroriste international ». Cela fait beaucoup de zones d’ombre pour un pays habitué au calme et à l’ordre. Et soucieux de préserver cette image pour des raisons économiques évidentes (voir encadré). C’est sans doute ce qui explique que le gouvernement ne communique sur cette affaire qu’avec la plus grande circonspection. Une sorte de « service minimum », en somme… Il avait adopté la même attitude en avril 2002, après l’attentat contre la synagogue de Djerba (21 morts). Du mauvais usage de la discrétion
Les autorités se sont montrées fort discrètes concernant les événements de la banlieue sud de Tunis. Par crainte, dit-on, que la mise en évidence de la menace terroriste n’affecte négativement l’économie, en particulier le tourisme et les investissements directs étrangers. Sur ce dernier plan, en effet, l’année a été particulièrement faste pour le pays, notamment dans les technologies de l’information et de la communication avec la privatisation de Tunisie Télécom (3 milliards de dinars) et la création de nouveaux centres d’appels (entre 1 500 et 3 000 emplois, selon les sources). Même le secteur du textile a été à la fête, avec des projets en hausse de 20 % par rapport à 2005, qui ont permis la création de 7 000 emplois. Mais les autorités n’ont pas forcément raison. D’abord, parce que la rétention de l’information n’est jamais une bonne chose : il en va du droit des citoyens à être informés. Ensuite, parce qu’aucun pays au monde n’est à l’abri d’opérations terroristes : beaucoup ont pris l’habitude de vivre avec, sans grands dommages pour leurs économies. Enfin, parce que les forces de l’ordre n’ont mis que fort peu de temps – onze jours – pour démanteler le groupe en question avant qu’il ne passe à l’action. Les conditions géographiques et sociales étant ce qu’elles sont, les djihadistes ne se sentent pas en Tunisie comme des poissons dans l’eau. Et puis, il n’existe forcément pas de lien de cause à effet entre tel ou tel accident « sécuritaire » et l’évolution de l’économie d’un pays. En 2006, par exemple, les autorités marocaines ont, le plus normalement du monde, informé l’opinion du démantèlement de sept cellules terroristes, dont certaines, à en croire le ministre de l’intérieur Chakib Benmoussa, étaient liées à al-Qaïda. Cela n’a eu aucun impact sur l’évolution du tourisme, bien au contraire. Au cours des dix premiers mois de 2006, le nombre des touristes étrangers a augmenté de 9 % par rapport à l’année précédente et celui des nuitées hôtelières de 6 %, tandis que ?les recettes en devises faisaient un bond de 22 % ! (Source : Jeune Afrique, N° 2400, du 7 au 13 janvier 2007)


Tunisie: la revue Historia interdite pour publication d’une image de Mahomet

TUNIS, 10 jan 2007 (AFP) – Le numéro de janvier-février de la revue française Historia Thématique a été interdit de distribution en Tunisie pour avoir publié une « image du Prophète et de ses compagnons », a-t-on indiqué mercredi de source officielle à Tunis. « Une telle représentation, formellement interdite en islam, est de nature à heurter les sentiments religieux des Tunisiens », l’islam étant religion d’Etat en Tunisie, a-t-on ajouté de même source. Les quotidiens privés, Essabah et Le Temps, s’étaient fait l’écho mercredi de la saisie de la revue incriminée par le ministère de l’Intérieur. Son directeur de la rédaction, Pierre Baron, avait indiqué lundi que le dernier numéro du périodique a été interdit de diffusion en Turquie, en Egypte et en Tunisie, précisant qu' »aucune raison officielle » n’avait été fournie au magazine français. « Trois pays en l’espace de dix jours ont refusé la vente du numéro thématique sur les intégrismes: la Turquie, l’Egypte et la Tunisie », avait-il déclaré à l’AFP. Historia Thématique est un bimestriel qui approfondit certains dossiers abordés dans Historia, un mensuel consacré à l’histoire. En février, les autorités tunisiennes avaient interdit un numéro de France-Soir reproduisant des caricatures du prophète Mahomet, qui avaient provoqué un tollé dans le monde arabe et musulman après leur publication dans un journal danois.


La Banque mondiale débloque des fonds pour l’Ethiopie

REUTERS, le 9 janvier 2007 à 05h17 WASHINGTON, 9 janvier (Reuters) – La Banque mondiale a approuvé mardi le déblocage de 175 millions de dollars de prêts pour éviter des pénuries alimentaires chroniques en Ethiopie, pays souvent victime de sécheresses et de famines. Trina Hague, économiste en chef de la Banque mondiale, a fait savoir que ces fonds s’inscrivent dans une enveloppe d’aide d’environ un milliard de dollars à destination de ce programme promise par la Grande-Bretagne, l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Irlande, le Canada et d’autres agences internationales telles que le Programme alimentaire mondial. Hague a fait état d’un trou de 195 millions de dollars dans ce budget mais a souligné que les Etats-Unis n’avaient pas encore finalisé leur contribution. Elle a ajouté que la deuxième phase de ce projet lancé en 2005 toucherait environ 7,23 millions de personnes dans différentes régions du pays le plus souvent frappées par des pénuries alimentaires. Le programme a permis d’aider des familles sans les faire dépendre exclusivement de l’aide humanitaire en proposant à des agriculteurs de l’argent ou de la nourriture s’ils participent à l’entretien des routes, plantent des arbres ou participent à la préservation de l’environnement en général. Cette aide intervient alors qu’un conflit fait rage en Somalie, où des forces éthiopiennes et somaliennes ont chassé de Mogadiscio des combattants islamistes qui en avaient pris le contrôle en juin. Hague a assuré que le conflit n’aurait pas d’impact sur le programme d’aide. REUTERS

SU
** A peine débarqué des sphères du  pouvoir, Monsieur Silvio Berlusconi, ancien premier ministre d’Italie, fait à nouveau face à la justice de son pays. Mardi 21 novembre 2006, il a comparu avec 13 autres personnes devant le tribunal de Milan pour fraude fiscale, faux en bilan, abus de biens sociaux et blanchiment d’argent. Ce n’est pas la première fois que Mr Berlusconi est poursuivi par la justice. De nombreux procès lui ont déjà été intentés qui lui ont valu, en première instance, un total de 6 ans et 5 mois de prison ferme pour corruption et financement illicite de partis politiques. Avisé, il s’est toujours débrouillé soit pour être acquitté  en deuxième instance, soit pour bénéficier de la prescription de ses délits, aidé en cela par des lois opportunément votées lorsqu’il était au pouvoir. Mais un autre procès, pour  délit de corruption d’institutions judicaires est en cours de préparation pour l’année 2007. A terme cette accumulation de condamnations finira par avoir raison de sa  baraka. Et c’est dans cette perspective que nos correspondants à Tunis  ont appris de source proche du palais de Carthage que Mr Berlusconi  a rendu, incognito, plus d’une visite à son ami tunisien monsieur Ben Ali. Il serait en train de préparer  sa prochaine et définitive installation à Tunis à l’exemple de l’autre ancien premier ministre italien feu Bettino Craxi, pour y être à l’abri des poursuites et des inévitables condamnations à la prison ferme.    ** Les membres du comité directeur de l’association des juges tunisiens qui ont conduit l’opération de démantèlement du comité directeur légitime de l’association suite  aux velléités d’indépendance que celle-ci a manifestées n’ont pas été reconnus par le congres de l’Union International des Juges qui s’est récemment tenue en Hongrie comme représentants légitimes des juges tunisiens. A leur retour à Tunis ils devaient subir en plus le sort d’un « kleenex ». : rejetés ainsi que leur président illégitime,  Khaled Abbas du comité directeur, suite  au nouveau congrès qui a été, à la faveur d’amendements adoptés à la va vite des statuts, verrouillé de telle sorte que les représentants désormais légendaires des juges –  le président, Rahmouni et les trois distinguées juges femmes, Wassila Kaabi, Kalthoum Kannou et Raoudha El Garfi, ne puissent pas participer aux assises du congrès.  ** Pour la nième fois les autorités tunisiennes et libyennes ont décidé le démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires entre les deux pays. Une décision qui attend, comme d’habitude, d’être suivie d’effet.   « Le problème, reconnaît un haut  fonctionnaire tunisien, c’est que en signant cet accord nous n’étions pas sûr que la signature de notre vis-à-vis libyen était plénipotentiaire. La Jamahiriya est ainsi  conçue que les organes représentatifs de l’Etat sont éclatés et concurrentiels. Ce qui se fait par l’un peut être le lendemain défait par l’autre ». (Source : « le Maghrébin », édition du 8 janvier 2007) Lien : http://www.hebdo.amd-maghreb.org/index.php?option=com_content&task=view&id=206&Itemid=66


DOSSIER :

Plein feux sur « le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC)

CES JOURS ON COMMENCE A PARLER EN TUNISIE DE « SALAFYA JIHADYA », DE « GSPC », DU « MAQUIS ALGERIEN »….

Pour aider nos lecteurs et concitoyens à bien comprendre les tenants et aboutissants de ces « affaires », l’équipe de TUNISNEWS a rassemblé un certain nombre d’articles intéressants et instructifs sur ce sujet publiés par des experts de l’Algérie au cours des derniers mois.

Nous vous invitons à prendre le temps nécessaire pour lire et comprendre car les choses sont beaucoup plus complexes qu’elles ne paraissent.

NOVEMBRE 2006

Nouveau visage du terrorisme islamiste

Une filiale algérienne pour Al-Qaida

 

Jusqu’aux deux attentats aux camions piégés dans les banlieues d’Alger, le 29 octobre, l’Algérie avait connu son mois de Ramadan le moins violent depuis quinze ans, avec vingt-sept morts, contre trois cents en moyenne dans les années 1990. Le ralliement du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) à Al-Qaida inquiète néanmoins, et d’abord en France, qualifiée d’« ennemi numéro un ».

Par Mathieu Guidère

Agrégé d’arabe et directeur du Laboratoire d’analyse de l’information stratégique (CREC-Saint-Cyr).

Dans une vidéo diffusée le jour anniversaire des attentats du 11-Septembre, M. Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, annonçait une « bonne nouvelle » : le rattachement officiel à Al-Qaida d’une organisation algérienne connue sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). La France, qui se targue pourtant de n’avoir pas, en Irak, suivi les Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme », était clairement désignée comme une cible, au même titre que les Etats-Unis : « Cette union bénie sera un os dans la gorge des croisés américains et français (…) et fera naître la peur dans le cœur des traîtres et des fils mécréants de France. »

L’émir algérien du GSPC, M. Abou Moussab Abdel Wadoud, répondait à M. Al-Zawahiri dès le lendemain par la publication d’une lettre d’allégeance, dans laquelle il promettait de suivre M. Oussama Ben Laden « jusqu’au martyre ». Il y détaillait les raisons qui l’avaient conduit à se rallier à Al-Qaida : sa ligne est « conforme au Coran et à la tradition du Prophète », « ses fatwas sont conformes à la charia », « sa politique est sage et bien guidée ». Mais surtout, dit-il, « nous avons entière confiance en la foi, la doctrine, la méthode et le mode d’action de ses membres, ainsi qu’en leurs chefs et leaders religieux ».

Ce ralliement illustre une dynamique plus large, qui définit le nouveau visage mondial du terrorisme islamiste : l’articulation de groupes armés disposant d’un fort ancrage local à un vaste réseau transnational, un phénomène dans lequel Al-Qaida, aussi affaiblie soit-elle d’un point de vue opérationnel, joue le rôle de référent symbolique et dont le conflit irakien constitue le principal catalyseur. Malgré les succès proclamés par les services de sécurité, l’influence d’Al-Qaida n’a jamais été si forte, et son emprise idéologique sur les mouvements radicaux dans le monde musulman n’a cessé de croître. Jusqu’ici, le Maghreb était resté relativement à l’abri de cette mouvance globale ; mais, avec le rattachement officiel du GSPC, la donne est en train de changer.

Le GSPC a été créé à la fin des années 1990 par des dissidents du Groupe islamique armé (GIA) algérien, responsable des attentats terroristes de 1995, à Paris. Il a désigné la France, maintes fois, comme son « ennemi numéro un », et plusieurs cellules de sympathisants ont été démantelées à temps durant les dernières années, en France et ailleurs en Europe. Malgré les tentatives d’infiltration et de manipulation par les services algériens (1), le GSPC demeure très actif au Maghreb en général et en Algérie en particulier, où il semble être parvenu à faire avorter le processus de réconciliation nationale inauguré par la charte adoptée en septembre 2005, à laquelle il s’est montré d’emblée hostile.

Alors que celle-ci devait permettre de rétablir la paix dans le pays, un an plus tard ses résultats sont limités. Certes, « plus de deux cent cinquante terroristes » ont déposé les armes et « plus de deux mille islamistes » ont été amnistiés en application de ses dispositions. Mais le ministère de l’intérieur algérien révèle, dans le même temps, que, « sur une année, environ cinq cents terroristes ont été abattus ou capturés par les forces de sécurité (2)  ». Le GSPC – toutes factions confondues – a revendiqué quant à lui, entre le 1er janvier et le 30 septembre 2006, une centaine d’opérations, presque toujours meurtrières, dans diverses régions du pays : attaques contre des postes de police ou de gendarmerie, des unités de l’armée en patrouille, des fourgons blindés, assassinats ciblés, recours aux mines antipersonnel.

Parallèlement, le GSPC a tâché d’inscrire son action dans une dimension plus internationale. Il n’a pas manqué une occasion de faire connaître sa position, que ce soit concernant la situation en Afghanistan, en Tchétchénie, au Liban, en Somalie ou au Soudan. Surtout, il a cherché assidûment à se placer sous la bannière d’Al-Qaida, et donc à remplir les « conditions » d’un tel rattachement. L’émir du GSPC a lui-même fait état, dans son communiqué de ralliement, de « tractations et de discussions intenses qui ont duré près d’un an ». Ainsi, le GSPC n’a pas été admis au sein d’Al-Qaida par simple opportunisme, mais à l’issue d’un long rapprochement entre les deux organisations. C’est là que le conflit irakien a joué un rôle déterminant à la suite de l’amorce d’un dialogue avec Al-Qaida au « pays des deux fleuves » (la Mésopotamie) et de la reproduction du modèle offert par cette organisation.

Sur les sites internes fréquentés par les partisans et les sympathisants du djihad, plusieurs messages adressés par le commandement d’Al-Qaida ont félicité le GSPC pour son « action djihadiste » en Algérie. Le tournant s’est confirmé quand, en juin 2005, le GSPC a reproduit une lettre émanant du « chef de la division média d’Al-Qaida », M. Abou Maysara Al-Iraki, félicitant le GSPC pour son « opération victorieuse » menée peu avant en territoire mauritanien contre une caserne des forces de sécurité. C’était là la première action d’envergure du GSPC chez les voisins de l’Algérie. D’autres actions du même type amèneront du reste M. Ben Laden lui-même à faire l’éloge des « moudjahidins algériens ».

La France dénoncée

En juillet 2005, le GSPC a de son côté félicité Al-Qaida en Irak pour avoir capturé des diplomates algériens, Ali Belaroussi et Izzedine Belkadi. Dans son communiqué, il appelait même à « appliquer le jugement de Dieu sur eux », c’est-à-dire à les exécuter. Le mois suivant, l’émir Wadoud réitérait son soutien à l’assassinat de ses compatriotes.

Depuis, les deux organisations terroristes semblent être sur la même longueur d’onde. A la mi-août 2005, un communiqué d’Al-Qaida était repris par le GSPC et adressé aux « jeunes de la nation » pour rejoindre « le djihad contre les renégats en Algérie ». Et, fin août 2005, Al-Qaida fustigeait dans un message de rappel l’« opposition de la France croisée au voile musulman ». Dans la foulée, le GSPC publiait, en français et en arabe, sur tous les forums et sites Internet islamistes, un appel incitant les Algériens vivant sur le territoire français à « apporter leur soutien à leurs frères moudjahidins en Algérie ». La France y était dénoncée pour son aide au régime du président Abdelaziz Bouteflika, et le GSPC appelait ses sympathisants à la « vengeance ».

L’année 2006 voit le renforcement des liens entre les deux organisations. Des communiqués concordants ou concomitants concernent divers événements internationaux (Tchétchénie, Afghanistan, Soudan, Liban). La mort d’Abou Moussab Al-Zarkaoui en Irak, le 7 juin 2006, donne lieu à un long communiqué de condoléances de la part de l’émir du GSPC. En retour, dans une lettre de remerciement, M. Al-Iraki félicite M. Wadoud pour sa « communication efficace pour la mobilisation de la nation en faveur du djihad ».

Ce message renvoyait à une recommandation faite par Al-Qaida début 2006 aux responsables du GSPC, leur rappelant l’importance de la propagande. Le développement des moyens de communication adéquats s’est révélé, par la suite, l’aspect le plus flagrant d’un alignement du GSPC sur les pratiques d’Al-Qaida. Plusieurs innovations majeures méritent d’être signalées.

Au cours des derniers mois, le GSPC a d’abord mis en place une liste de diffusion régulière et sécurisée sur laquelle il fournissait le relevé de ses opérations, ses communiqués de revendication, ainsi que ses documents officiels audio et vidéo. D’abord mensuelle, cette liste est rapidement devenue hebdomadaire. Son contenu est repris intégralement par les autres listes de diffusion islamistes, preuve que le GSPC a intégré le cercle très fermé des groupes djihadistes reconnus à l’échelle du monde musulman et non plus seulement à l’échelle locale.

De plus, imitant les publications de l’insurrection irakienne et en particulier celles d’Al-Qaida en Irak, le GSPC a relancé dans la foulée son magazine intitulé Al-Jamaa (« Le groupe »). Il s’agit d’un mensuel d’une trentaine de pages, qui s’inspire désormais des rubriques et de la mise en forme des magazines d’Al-Qaida en Irak et du groupe Ansar Al-Sunna. Le n° 6 d’Al-Jamaa, par exemple, compte trente-six pages et traite aussi bien des opérations internes du GSPC que des événements en Irak, au Maroc ou en Tchétchénie. Le magazine publie de larges extraits d’avis des maîtres à penser du salafisme (doctrine rigoriste et passéiste de l’islam dont est dérivé le djihadisme). Largement diffusé sur les forums d’Internet, il possède des relais efficaces qui permettent de le retrouver sur plusieurs sites du réseau mondial aussi bien en Europe que dans le monde musulman.

Depuis janvier 2006, le groupe algérien a également fait de gros efforts pour proposer aux internautes un site complet et mis à jour. En raison des attaques continues des services de sécurité, ce site a changé plusieurs fois d’adresse et n’est plus accessible que par intermittence. A la date du 10 septembre 2006, le compteur du site affichait quatre-vingt-cinq mille visiteurs, avec une moyenne de plus de dix mille visiteurs par mois.

Dans la rubrique consacrée à la « doctrine » figure un texte écrit par l’une des figures de proue de l’islamisme radical au Proche-Orient, M. Abou Mohammad Al-Makdissi, emprisonné en Jordanie depuis plusieurs années. La « doctrine » inscrit notamment le GSPC dans le sillage du Groupe de l’unicité et du djihad fondé et dirigé par Al-Zarkaoui, avant son allégeance à M. Ben Laden et sa nomination à la tête d’Al-Qaida en Irak.

Depuis la mort d’Al-Zarkaoui, les principaux chefs du GSPC ont veillé, à travers une série d’entretiens disponibles sur le site Internet du groupe, à justifier leurs positions extrêmes, notamment en ce qui concerne les attentats contre les civils. Ils y manifestent également une radicalisation au niveau idéologique et théologique avec un glissement du salafisme vers le djihadisme et le « martyre » face aux infidèles. Cette évolution ne les place pas encore au niveau d’intransigeance atteint par Al-Qaida en Irak, mais les signes d’un alignement prochain sont perceptibles, en particulier dans les récents documents vidéo du groupe algérien.

La vidéo est l’innovation majeure du GSPC au cours des derniers mois. Imitant la propagande d’Al-Qaida en Irak, le groupe algérien a mis sur pied un comité des médias (Lajna I’lamiyya) et exigé de tous ses commandants de filmer leurs opérations, de jour comme de nuit. Cette médiatisation des actions aurait galvanisé les combattants et redonné un nouveau souffle à un groupe isolé dans le désert et les montagnes d’Algérie.

En trois mois, deux vidéos ont été mises en ligne. La première dure à peine un quart d’heure et ne contient que le compte rendu filmé d’un seul commandant du GSPC. La réaction des internautes a été sans concession : le film est jugé « vide », « nul », et souvent comparé défavorablement aux chefs-d’œuvre de propagande produits par Al-Qaida en Irak. La seconde vidéo, diffusée début septembre 2006, a témoigné de progrès considérables. Elle dure une heure et demie et comprend des images plus dures et des actions plus spectaculaires. Se présentant comme une compilation d’opérations perpétrées aux quatre coins de l’Algérie, elle donne, de par la diversité même des opérations, l’impression d’une omnipotence du GSPC.

Bien que ces vidéos montrent toujours un GSPC victorieux, des pertes dans ses rangs sont reconnues – et c’est là que se ressent un glissement vers la doctrine du « martyre » d’Al-Qaida. Les films rendent compte d’une initiation spirituelle préalable au combat et glorifient les combattants morts, rappelant étrangement les films des « martyrs d’Al-Qaida », tournés à l’occasion de chaque attentat-suicide d’envergure en Irak. Même si, pour l’heure, le GSPC n’a revendiqué aucune opération de ce type en Algérie, la courbe empruntée par sa propagande tend vers cette forme de terrorisme suicidaire et spectaculaire qui constitue la marque de fabrique d’Al-Qaida.

Cela est d’autant plus inquiétant que le comité des médias du GSPC a emprunté tous les chants de guerre et la plupart des accompagnements sonores utilisés par Al-Qaida en Irak pour appuyer son propre message. Il a également adopté la technique des aveux filmés et des exécutions sanguinaires.

La dynamique d’internationalisation se perçoit également dans les profils des combattants décrits dans ces vidéos. Un reportage vante les qualités d’un certain Mounir le Tunisien, à la tête du camp d’entraînement du GSPC en Algérie. Un autre est consacré à une opération commune avec les « moudjahidins de Mauritanie ». L’Union du Maghreb arabe trouve son illustration dans une scène de liesse au cours de laquelle fraternisent des djihadistes algériens, marocains, tunisiens, libyens et mauritaniens, avec comme fond sonore les chants d’Al-Qaida qui résonnent dans le no man’s land du Grand Sahara.


(1) Lire Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire, « Enquête sur l’étrange “Ben Laden du Sahara” », Le Monde diplomatique, février 2005.

(2) Le Monde, 27 août 2006.

(Source : « le Monde diplomatique », Novembre 2006 – page 8)

Lien : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/GUIDERE/14167

15 NOVEMVBRE 2006 : REACTION DE FRANCOIS GEZE A CET ARTICLE

Le Monde diplomatique et le GSPC : un article étrange

par François Gèze, 15 novembre 2006

Réagissant à un article de M. Mathieu Guidère, « Une filiale algérienne pour Al-Qaida », publié en novembre 2006 par Le Monde diplomatique , François Gèze, membre d’Algeria-Watch, a adressé le courrier suivant au mensuel, qui en a publié une version abrégée dans son numéro de décembre.

C’est avec une certaine stupéfaction que j’ai lu, dans votre numéro de novembre 2006, l’article de Mathieu Guidène, « Une filiale algérienne pour Al-Qaida », proposant une « analyse » d’un « nouveau visage du terrorisme islamiste », celui du GSPC (Groupe salafiste de prédication et de combat) algérien. Un article fort surprenant, en effet, qui ne cite aucune source , contrairement à la tradition éprouvée du Monde diplomatique . Et pour cause, car ses sources implicites sont exclusivement de deux types : des sites Web du GSPC, dont les adresses ne sont pas données et dont l’authenticité n’est pas une seconde mise en cause ; et une série d’informations sur les actions terroristes attribuées au GSPC, dont tous ceux qui suivent depuis des années l’actualité algérienne savent qu’elles n’ont qu’une origine unique, le DRS (Département de renseignement et de sécurité, le nouveau nom depuis 1990 de la Sécurité militaire algérienne, les services secrets de l’armée dont les chefs sont au cœur du pouvoir depuis 1962).

Renvoyant à un (bon) article publié en février 2005 par Le Monde diplomatique , dont on peut se demander s’il l’a lu puisqu’il met nettement en doute cette thèse, M. Guidère affirme le postulat d’une totale autonomie du GSPC : « Malgré les tentatives d’infiltration et de manipulation par les services algériens, le GSPC demeure très actif au Maghreb en général et en Algérie en particulier, où il semble être parvenu à faire avorter le processus de réconciliation nationale inauguré par la charte adoptée en septembre 2005, à laquelle il s’est montré d’emblée hostile. » Deux contrevérités flagrantes en une seule phrase : le GSPC n’est pas « très actif au Maghreb en général » (depuis sa création en 1998, sa seule action au Maghreb en dehors de l’Algérie a été l’attaque, en juin 2005, d’une caserne en Mauritanie) ; et le GSPC n’est évidemment en aucune façon responsable d’un prétendu « avortement » du « processus de réconciliation nationale », une opération de pure façade péniblement orchestrée par les chefs du DRS, avec la complicité contrainte du président Abdelaziz Bouteflika, pour tenter – vainement – d’effacer les traces des crimes contre l’humanité qu’ils ont commis au cours des années de la « sale guerre », de 1992 à 1999.

Mais il ne sert à rien de traquer ligne à ligne les contrevérités et « informations » invérifiables qui forment la trame de cet article. Pour montrer qu’il ne s’agit que d’un recyclage lassant des opérations de désinformation remarquablement orchestrée par le DRS et complaisamment relayées par les services de renseignements occidentaux (et les journalistes acritiques des médias dominants, « chambre d’écho » de ces services, où on ne pensait pas que pouvait loger aussi Le Monde diplomatique ), il suffit de rappeler quelques faits d’évidence, que M. Guidère s’est prudemment abstenu d’évoquer. Comme ceux que nous évoquions, avec Salima Mellah et Omar Benderra, dans un article intitulé «  L’“ennemi algérien” de la France : le GSPC ou les services secrets des généraux ? » , publié sur le site Web Algeria-Watch.org, le 23 juillet 2005 (et pas très difficile à trouver : c’est le premier, sur près d’un million d’occurrences, qui apparaît quand on tape le mot « GSPC » sur Google).

Réagissant à un article du Monde en date du 26 juin 2005, intitulé « Le GSPC algérien menacerait la France dans le cadre du “djihad” international », nous y évoquions « plusieurs faits [qui] conduisent à questionner la véracité des informations des services français rapportées comme certaines par Le Monde  », dont le suivant : « Ainsi de la lettre que le “chef du GSPC”, Abdelmalek Droukdal, aurait envoyée le 14 octobre 2004 à Al-Zarkaoui et qui aurait été “interceptée par les services américains” : l’émir algérien y inviterait le chef d’Al-Qaida en Irak à “inclure les Français parmi les cibles des enlèvements en Irak et à les garder en otage” et “affiche [l’]intention [du GSPC] d’exercer des pressions de tous ordres sur la France” [pour] “obtenir la libération” de [son chef Amar Saïfi, dit “Abderrezak le Para”] ainsi que d’autres cadres du GSPC détenus en Algérie. Or, fait étrange non rapporté par Le Monde , […] [le “Para”] n’a été livré [par le mouvement rebelle tchadien MDJT, qui l’avait fait prisonnier] aux autorités algériennes que… le 27 octobre. Toutes ces incohérences semblent bien signer les techniques habituelles de désinformation du DRS, qui, depuis le début de la guerre civile algérienne en 1992, a multiplié de la même façon les informations contradictoires sur les GIA (dont les “émirs” successifs ont été “tués” et “ressuscités” à plusieurs reprises), afin d’entretenir un épais nuage de confusion autour de ces GIA et d’occulter la réalité de leur manipulation par le DRS.

« La trajectoire même du “Para” nourrit aujourd’hui des soupçons du même ordre quant aux liens possibles entre GSPC et DRS. […] Alors que plusieurs pays occidentaux ont lancé un mandat d’arrêt contre lui, aucun n’a tenté de le récupérer quand il était entre les mains du MDJT. Les Américains, qui justifient leurs activités militaires dans la région du Sahel par la présence du GSPC, ne sont habituellement pas très pointilleux quant à la légalité des opérations d’exfiltration de présumés terroristes. Dans le cas du “Para”, ils ont toutefois décrété qu’il devait être remis aux autorités algériennes. Mais voilà qu’une fois livré aux services algériens et censé être derrière les verrous, il est jugé par contumace huit mois plus tard, le tribunal criminel d’Alger le considérant comme étant “en fuite” ! Celui qu’on appelle le “Ben Laden du désert” a tout simplement disparu… On peine à trouver une autre explication à ce mystère que le souci du DRS de “mettre à l’abri” celui qui aurait été un de ses agents au sein du GSPC. »

Et nous évoquions ensuite les raisons du doute légitime que pouvait susciter l’annonce par certains journalistes algériens, notoirement liés au DRS, du ralliement présumé du GSPC à Al-Qaida, dès septembre 2002. Aujourd’hui, ce « ralliement » est annoncé comme une nouveauté absolue, justifiant l’« inquiétude de la France » ( Le Monde , 14 novembre 2006) et celle du Monde diplomatique . Je ne suis évidemment pas en mesure d’évaluer la validité et la véracité de l’affirmation largement médiatisée et reprise par M. Guidère selon laquelle « dans une vidéo diffusée le jour anniversaire des attentats du 11-Septembre, M. Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, annonçait une “bonne nouvelle”, le rattachement officiel à Al-Qaida [du GSPC] ».

Mais ce qui est en revanche avéré, pour tous les observateurs rigoureux, c’est que le GSPC n’est rien d’autre qu’un instrument aux mains du DRS, par le biais des « émirs » qu’il contrôle (officiers travestis en dissidents ou islamistes retournés par la torture ou par l’argent). Sa fonction est (au moins) double : entretenir une « violence résiduelle » en Algérie même pour terroriser une population de plus en plus révoltée (comme en témoignent depuis 2002 les émeutes à répétition, dont personne ne parle) par la misère et le mépris des autorités ; constituer un commode épouvantail justifiant la collaboration étroite entre le régime algérien et l’administration américaine dans la « Global War on Terror », dont le Sahel serait désormais un théâtre important.

Il ne s’agit pas là d’un « point de vue », mais de la stricte vérité, qu’il est facile d’étayer de façon détaillée en mobilisant simplement la documentation « ouverte », à la disposition de tous. Sans rentrer dans ces détails, on peut simplement faire un constat de bon sens. On n’a jamais vu dans l’histoire un seul « mouvement terroriste » ou une seule guérilla présentant, comme le GSPC, ces caractéristiques : aucun observateur indépendant n’a rencontré l’un de ses dirigeants ; ses seules manifestations publiques sont des sites Internet aux origines invérifiables (mais que M. Guidère prend pour argent comptant, alors que l’on connaît de longue date les compétences des services d’action psychologique du DRS en matière de fabrication de littérature islamiste subversive) ; quotidiennement, ses actes terroristes font l’objet, en temps réel, d’articles de journalistes algériens notoirement liés au DRS, donnant dans le détail les noms et curriculums de leurs prétendus responsables, toujours selon des « sources sécuritaires »…

Je regrette que Le Monde diplomatique , qui sait si bien documenter par ailleurs les ressorts pervers de la « Global War on Terror » américaine, ait jugé utile de publier un article qui relève objectivement plus de la désinformation – fût-elle de bonne foi – que de l’information.

(Source : le site “Algeria Watch”, visité le 10 janvier 2007)

Lien: http://www.algeria-watch.org/fr/article/tribune/geze_monde_diplo.htm

Algérie : Qui contrôle réellement le GSPC, Al-Qaïda ou le DRS ?

www.riques-internationaux.com, 11 décembre 2006

Selon le quotidien algérien « Liberté« , bien connu pour être le porte-parole des « éradicateurs » sur la scène politique algérienne, l’agression du bus de BRC (voir infra), « porte la signature du GSPC qui, depuis son allégeance à Al-Qaïda de Ben Laden, multiplie les actions spectaculaires pour faire croire encore à l’importance de ses capacités de nuisance qu’il a pourtant perdues » . Le journal reconnaît néanmoins que l’attentat n’a pas encore été revendiqué.

Cette allégation est loin d’être la seule et fait même partie d’une vaste campagne de presse sur les méfaits, réels ou présumés, du GSPC,  » Groupe Salafiste pour la prédication et le combat « , aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, en France notamment (cf. l’article publié dans le Monde du 14 novembre 2006). L’argument consiste à prétendre que les « amnistiés » qui ont été relâchés à la suite des mesures d’application de la « Charte ou la paix et la réconciliation nationale (entre 2000 et 3000 anciens détenus) sont retournés au maquis où ils se comportent comme des « récidivistes » un terme qui revient de plus en plus souvent dans le jargon des « éradicateurs ».

Or cette thèse est à prendre avec des pincettes. Selon les spécialistes et les témoins que RI a pu interroger, la plupart des détenus libérés sont suivis par les unités chargées du contre-espionnage au sein des services secrets algériens (le fameux DRS, « Département Renseignement et Sécurité ») et sont mis sous écoute. Ce suivi régulier permet donc aux services du DRS de les arrêter à tout moment.

Hier comme aujourd’hui, la plupart des groupes affiliés au GSPC ont été infiltrés par le DRS . Le commandement du GSPC, bien connu du DRS selon les déserteurs des services algériens, évolue sans inquiétude, surtout dans la Mitidja Est, à Mizrana, à Khemis Khechena et à Boumerdes. Longtemps, la plupart des réunions des membres influents du GSPC ont été organisées à Sid Ali Bounab, un lieu bien connu du DRS, mais rien n’a été fait pour décapiter ce groupe armé, bien au contraire. Selon l’un de nos interlocuteurs :  » Ce qui se passe actuellement en Algérie, notamment la multiplication des attentats, des embuscades dirigées contre les militaires, est révélateur des objectifs et des intentions du DRS. La provocation opérée par le DRS est maintenant en route pour ramener l’Algérie aux sanglantes années quatre-vingt-dix ».

(Source : le site “Algeria Watch”, visité le 10 janvier 2007)

Lien: http://www.algeria-watch.org/fr/article/mil/sale_guerre/controle_gspc.htm

L’« ennemi algérien » de la France : le GSPC ou les services secrets des généraux ?

Omar Benderra, François Gèze, Salima Mellah, publié par Algeria-Watch, 23 juillet 2005

« Le GSPC algérien menacerait la France dans le cadre du “djihad” international » : tel est le titre d’un article particulièrement alarmiste publié dans les colonnes du Monde le 26 juin dernier. Loin de nous l’idée de sous-estimer le danger que représente aujourd’hui le terrorisme se réclamant de l’islamisme radical. Mais, pour l’affronter efficacement, encore faut-il en avoir une vision lucide, qui tienne compte de toutes les informations disponibles pour évaluer correctement les origines de la menace. Or, dans le cas de l’islamisme algérien, dont nous suivons de longue date les développements, la prudence doit être particulièrement de mise, du fait de l’implication directe et avérée des services secrets de l’armée algérienne, le Département de renseignement et de sécurité (DRS), dans la manipulation de la violence islamiste.

Cette nouvelle « affaire » rappelle ainsi fortement les campagnes médiatiques des années 1990 sur la menace des GIA algériens, dont les liens avec l’internationale islamiste étaient présentés comme établis. Pourtant, les services de renseignements français et d’autres cercles bien informés savaient que de nombreux communiqués des GIA provenaient des bureaux du DRS, qui de surcroît quadrillait l’Hexagone de ses agents « islamistes ». Aujourd’hui, Le Monde cite un « haut responsable français de l’antiterrorisme » qui souligne « l’importance des réseaux algériens dans les attentats perpétrés en France en 1995-1996 ». Ce qui est exact si l’on n’oublie pas de préciser que ces « réseaux » étaient principalement ceux du DRS : plusieurs enquêtes sérieuses, peu médiatisées mais jamais démenties, ont en effet établi que ces attentats ont été commandités par le DRS et perpétrés par des islamistes manipulés, pour pousser la France à soutenir le régime algérien. On n’a pas la même certitude sur l’origine de la nouvelle menace que représenterait aujourd’hui le GSPC, mais plusieurs faits conduisent à questionner la véracité des informations des services français rapportées comme certaines par Le Monde. Ainsi de la lettre que le « chef du GSPC », Abdelmalek Droukdal, aurait envoyée le 14 octobre 2004 à Al-Zarkaoui et qui aurait été « interceptée par les services américains » : l’émir algérien y inviterait le chef d’Al-Qaida en Irak à « inclure les Français parmi les cibles des enlèvements en Irak et à les garder en otage » et « affiche [l’] intention [du GSPC] d’exercer des pressions de tous ordres sur la France », du fait de son « implication dans la libération des 32 touristes européens enlevés dans le Sahara en 2003 » par Amar Saïfi, dit « Abderrezak le Para ». L’objet de ces « pressions » serait d’ailleurs, selon la missive interceptée, « d’obtenir la libération » de ce dernier ainsi que d’autres cadres du GSPC détenus en Algérie.

Or, fait étrange non rapporté par Le Monde, ce fameux Abdelmalek Droukdal aurait été tué, selon un communiqué du ministère de la Défense algérien du 20 juin 2004 repris par l’ensemble de la presse algérienne et une partie des médias français (dont RFI, le 21 juin 2004), dans la même embuscade qui aurait coûté la vie à l’émir d’alors du GSPC, Nabil Sahraoui. Plus étrange encore, comme si de rien n’était, la presse algérienne annonçait en septembre 2004 que le nouveau chef du GSPC serait… Droukdal (Le Quotidien d’Oran, 7 septembre 2004). Et, le 14 octobre 2004, le GSPC rendait public sur son site Internet (www.jihad-algerie.com), un communiqué affirmant que les services de renseignements français ont joué un rôle dans l’arrestation en mars 2004 de Abderrezak le Para par le mouvement rebelle tchadien MDJT, sommé par le GSPC de le libérer. Comment expliquer la coïncidence de date entre ce communiqué et la « missive interceptée par les services américains » ? Pourquoi, dans cette lettre du 14 octobre que cite Le Monde, le GSPC se donnerait-il comme objectif la libération des geôles algériennes du « Para », alors que celui-ci n’a été livré aux autorités algériennes que… le 27 octobre ?

Toutes ces incohérences semblent bien signer les techniques habituelles de désinformation du DRS, qui, depuis le début de la guerre civile algérienne en 1992, a multiplié de la même façon les informations contradictoires sur les GIA (dont les « émirs » successifs ont été « tués » et « ressuscités » à plusieurs reprises), afin d’entretenir un épais nuage de confusion autour de ces GIA et d’occulter la réalité de leur manipulation par le DRS. La trajectoire même du « Para » nourrit aujourd’hui des soupçons du même ordre quant aux liens possibles entre GSPC et DRS. Présenté comme un ancien parachutiste, membre de la garde du général Nezzar, l’un des responsables du putsch de janvier 1992, il aurait déserté l’armée en 1991 ou 1992, pour rejoindre les maquis islamistes. Selon le site www.recherches-sur-le-terrorisme.com, il se serait rendu en 1994 et aurait été vu alors à plusieurs reprises aux côtés du colonel Athmane Tartag, chef d’un des principaux centres de torture du DRS. Envoyé en stage pendant trois ans à Fort Bragg (États-Unis), le centre d’entraînement des Bérets verts américains, le « Para » aurait ensuite, selon la presse algérienne, « déserté » à nouveau en 1997 (ce qui ressemble beaucoup aux « légendes » construites par le DRS pour infiltrer ses agents prétendument déserteurs au sein des GIA). Ce n’est qu’en 2003 qu’il commence à faire parler de lui à l’extérieur de l’Algérie, quand il enlève avec ses acolytes 32 touristes européens au nom du GSPC.

Alors que plusieurs pays occidentaux ont lancé un mandat d’arrêt contre lui, aucun n’a tenté de le récupérer quand il était entre les mains du MDJT. Les Américains, qui justifient leurs activités militaires dans la région du Sahel par la présence du GSPC, ne sont habituellement pas très pointilleux quant à la légalité des opérations d’exfiltration de présumés terroristes. Dans le cas du « Para », ils ont toutefois décrété qu’il devait être remis aux autorités algériennes. Mais voilà qu’une fois livré aux services algériens et censé être derrière les verrous, il est jugé par contumace huit mois plus tard, le tribunal criminel d’Alger le considérant comme étant « en fuite » ! Celui qu’on appelle le « Ben Laden du désert » a tout simplement disparu… On peine à trouver une autre explication à ce mystère que le souci du DRS de « mettre à l’abri » celui qui aurait été un de ses agents au sein du GSPC.

Évoquant le ralliement présumé du GSPC à Al-Qaida, Le Monde fait état de la mort au cours d’une opération militaire, en septembre 2003, d’un « émissaire yéménite d’Al-Qaida venu en Algérie afin de lier directement contact avec la direction du GSPC ». Mais la presse algérienne, elle, date cet événement de septembre 2002, ce qui a d’ailleurs permis à l’administration américaine d’inscrire alors le GSPC sur la liste des « organisations terroristes ». L’importance de ce Yéménite résulte du fait qu’il aurait, avant sa mort, enregistré une cassette vidéo accordant la caution d’Al-Qaida au GSPC. Or depuis, trois ex-membres du GSPC auraient affirmé que cette cassette serait tout bonnement un faux, confectionné par la cellule audiovisuelle du groupe (Le Quotidien d’Oran, 23 octobre 2004).

Quoi qu’il en soit, il ressort de tout cela que les « preuves » avancées, selon Le Monde, par les services français pour expliquer les origines de la nouvelle « menace » qui pèserait sur la France sont à tout le moins très fragiles. Elle justifierait pourtant la préoccupation majeure de la DST et des RG de « neutraliser » la « dizaine d’individus » « sympathisants du GSPC ou [du] GIA, qui sont récemment sortis de prison ou vont bientôt être libérés, après avoir été condamnés dans les années 1990 par la justice française ». Certes, on ne doit pas négliger le danger que pourraient représenter ces « fantassins du djihad ». Mais il n’y a guère de doute que les services français ont largement les moyens de surveiller au plus près leurs faits et gestes. Ce qui semble beaucoup plus préoccupant, en revanche, c’est que, si on en croit Le Monde, ces mêmes services continueraient à relayer sans aucun recul la propagande distillée par les services de renseignements algériens – alors que, de l’aveu même des dirigeants algériens, le terrorisme ne représenterait aucun danger, car il serait « résiduel ».

Il y a dix ans, cela avait permis d’étouffer toute critique du régime algérien et justifié le soutien de la France, au prix de 10 morts et 250 blessés, victimes des bombes des islamistes manipulés par le DRS. Aujourd’hui, la répétition de ce scénario est plus qu’improbable, tant les liens sont devenus étroits entre Paris et les généraux qui détiennent tout le pouvoir à Alger depuis quinze ans, à la tête d’un régime liberticide soutenu au nom de la « coopération antiterroriste ». Le vrai danger est ailleurs : dans le fait que la menace terroriste serve de prétexte aux autorités françaises pour durcir encore la politique sécuritaire dans les banlieues, rendre toujours plus restrictive la politique d’asile et justifier les pires entorses au droit des gens dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Petites manoeuvres algéro-américaines

Enquête sur l’étrange « Ben Laden du Sahara »

Salima Mellah; Jean-Baptiste Rivoire (*)

Dans son discours devant la commission des affaires étrangères du Sénat américain, le 18 janvier, la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, a annoncé que « le temps de la diplomatie est venu ». Mais elle a aussi réaffirmé la poursuite de la guerre menée par l’administration Bush contre ce qu’elle a appelé – renouveau sémantique – les « postes avancés de la tyrannie ». Même le Maghreb est concerné par le redéploiement militaire et politique des Etats-Unis : l’affaire El-Para en a donné l’occasion.

L’affaire commence en 2003. Alors que le gouvernement algérien déploie d’intenses efforts diplomatiques pour obtenir de Washington un soutien financier et militaire, M. Abderrezak « El-Para », un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne officiellement passé à la guérilla du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), va donner un sacré coup de main au régime. Le 4 janvier, à la veille de l’arrivée à Alger d’une importante délégation militaire américaine venue envisager une reprise des ventes d’armes à l’Algérie dans le cadre de la lutte anti-terroriste, son groupe attaque un convoi militaire près de Batna. Bilan : quarante-trois soldats tués et une émotion considérable dans la population.

Evoquant un enregistrement vidéo qui se révélera plus tard un faux, les services secrets de l’armée algérienne, le tout-puissant département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), s’efforcent d’en persuader l’opinion internationale : El-Para serait un « lieutenant de Ben Laden » chargé d' »implanter Al-Qaida dans la région du Sahel ». Peu après, les Etats-Unis allègent l’embargo sur les armes à destination de l’Algérie et annoncent la vente d’équipements militaires antiterroristes (1). A Alger, fin 2002, M. William Burns, secrétaire d’Etat adjoint américain au Proche-Orient, avait déjà déclaré que « Washington [devait] beaucoup apprendre de l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme (2) ».

Toujours début 2003, une nouvelle opération d’El-Para va contribuer à accélérer le rapprochement entre Alger et Washington : entre le 22 février et le 23 mars, trente-deux touristes européens (seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Suédois et un Néerlandais) sont enlevés dans la région d’Illizi, en plein Sahara algérien. Ils y seront retenus pendant de longues semaines, avant d’être libérés – après d’obscures tractations dont rien n’a filtré – en deux groupes successifs : les premiers à la mi-mai, les seconds à la mi-août. Une Allemande décédera dans le désert, où elle sera enterrée.

Un épouvantail bien commode

Ainsi l’Algérie passe-t-elle pour une cible d’Al-Qaida, et donc pour un allié naturel des Etats-Unis – comme la traque de Ben Laden avait justifié l’occupation de l’Afghanistan et l’implantation de bases militaires en Asie centrale, région stratégique pour Washington. El-Para serait-il, en mode mineur, l’épouvantail légitimant la présence militaire américaine dans le Sahel, présenté comme éventuelle base arrière d’Al-Qaida ? En mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), assurait que des membres d’Al-Qaida tentaient de s’établir « dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres (3) ».

Une chose est sûre : le rapprochement entre Alger et Washington ne peut que profiter à un pouvoir militaire soucieux de faire oublier ses forfaits. Et l’expérience du DRS en la matière montre que, dans les années 1990 déjà, il avait su brillamment instrumentaliser le « terrorisme islamiste » pour contraindre l’Occident à le soutenir…

Fin 1993, le commandement militaire algérien, engagé depuis près de deux ans dans une guerre sans merci contre l’opposition islamiste, cherche à faire basculer la France en sa faveur. A Paris, au ministère de l’intérieur, M. Charles Pasqua et son conseiller Jean-Charles Marchiani soutiennent fidèlement sa politique « éradicatrice », contrairement à l’Elysée et au Quai d’Orsay – où François Mitterrand et M. Alain Juppé souhaitent une attitude moins répressive.

Pour mettre Paris au pas et neutraliser les opposants algériens réfugiés en France, les chefs du DRS et M. Jean-Charles Marchiani prennent l’opinion en otage en organisant, fin octobre 1993, le « vrai-faux » enlèvement des époux Thévenot et d’Alain Freissier, fonctionnaires français en poste à Alger (4). M. Edouard Balladur finit par autoriser M. Pasqua à déclencher l’opération « Chrysanthème », la plus importante rafle d’opposants algériens en France depuis le 17 octobre 1961. Satisfaits, les services algériens montent une opération « bidon » afin d’accréditer l’idée qu’ils sont parvenus à libérer les otages français des griffes de leurs « ravisseurs islamistes ».

Fin 1994, le DRS franchit un pas supplémentaire dans la « guerre contre-insurrectionnelle » en favorisant l’arrivée, à la tête du sanguinaire Groupe islamique armé (GIA), d’un « émir » qu’il contrôle, M. Djamel Zitouni. D’octobre 1994 à juillet 1996, celui-ci et son groupe vont revendiquer des actions sanglantes : détournement d’un Airbus d’Air France en décembre 1994, attentats dans le RER parisien en 1995, enlèvement et assassinat des moines de Tibhirine en 1996, massacres de civils… Tout cela sert, de facto, les objectifs des généraux éradicateurs : discréditer les islamistes, confirmer le soutien de Paris et torpiller toute perspective de compromis politique en Algérie. Dix ans après cette sanglante manipulation, le DRS algérien aurait-il réédité l’opération avec El-Para ?

Après avoir été officier des forces spéciales de l’armée algérienne et, selon ses propres dires, chef des gardes du corps du ministre de la défense, Khaled Nezzar, entre 1990 et 1993 (5), El-Para aurait rejoint la guérilla islamiste en 1992. Plus récemment, il serait devenu le « numéro deux » du GSPC, en guerre contre le pouvoir algérien. Mais El-Para est-il réellement un haut dirigeant de ce groupe ? Dans les documents présentés sur le site Internet du GSPC (6), le nom de Amari Saïfi, alias Abou Haïdara, alias El-Para, ne figure pas avant 2004. Certes, les touristes allemands enlevés début 2003 l’ont reconnu parmi leurs ravisseurs. Mais seul l’état-major de l’armée algérienne, ancien employeur d’El-Para, affirme qu’il agit désormais pour le compte du GSPC… lequel n’a jamais revendiqué l’enlèvement des touristes.

Pour l’hebdomadaire Paris Match, aucun doute : El-Para aurait été « chargé d’implanter Al-Qaida dans le Sahara ». Mais paradoxalement, les écrits et les propos des membres du GSPC – ainsi que les prises de position de leurs ravisseurs rapportées par les otages du Sahara, ou des compagnons d’El-Para interviewés mi-2004 par le même journal – montrent que le combat armé de ces hommes s’inscrit dans une logique exclusivement algérienne (même s’ils se disent solidaires des combats menés par d’autres djihadistes).

Pour prouver l’existence d’un lien entre le GSPC et Al-Qaida, les autorités algériennes avancent qu’un Yéménite du nom de Imad Ibn Al-Wahid, abattu par l’armée près de Batna le 12 septembre 2002, aurait été un « émissaire de Ben Laden dans la région sahélo-maghrébine » et aurait, avant sa mort, enregistré une cassette accordant la caution d’Al-Qaida aux salafistes algériens. Mais, selon les dires de trois ex-membres du GSPC, cette cassette serait tout bonnement un faux, confectionné par la cellule audiovisuelle du groupe (7). Ce type de « preuve », dont la seule source connue est le DRS (ou ses relais dans la presse algérienne), a pourtant permis à l’administration américaine d’inscrire le groupe sur la liste des « organisations terroristes » (Foreign Terrorist Organizations, FTO). Bien que des experts américains doutent de cette affiliation, « l’assimilation du GSPC à Al-Qaida a glissé imperceptiblement dans les moeurs d’écriture de la presse nationale et bientôt étrangère (8) ».

Entre février et août 2003, période de la prise d’otage des touristes du Sahara, il n’y a ni communiqué de revendication, ni demande financière ou politique de la part des mystérieux ravisseurs. Il faut attendre le 12 avril pour que la presse émette l’hypothèse d’une action du GSPC, sans avancer d’éléments probants. Plus troublant : certains prisonniers témoigneront que l’opération n’aurait pas été ordonnée par le chef présumé du GSPC, M. Hassan Hattab, mais par El-Para lui-même (9). Les prisonniers rapportent en outre que leurs ravisseurs communiquent régulièrement par radio et surtout que, très vite, des hélicoptères de l’armée algérienne survolent leurs positions pourtant changeantes. Si El-Para est repéré, pourquoi n’est-il pas mis hors d’état de nuire ?

Le 10 mai 2003, Alger reçoit M. Joseph Fischer, le ministre des affaires étrangères, et M. August Hanning, le chef des services de renseignement (BND). Deux jours plus tard, un premier groupe d’otages est libéré par les militaires algériens. Officiellement, ces derniers ont mené un « bref assaut au cours duquel des précautions ont été prises pour préserver la vie des otages ». Mais, à y regarder de plus près, l’opération ressemble à une manipulation…

Première bizarrerie : au lieu d’utiliser leurs otages comme des boucliers humains, les hommes d’El-Para les ont sommés de se protéger dans des grottes. A l’issue de l’attaque, sortant de leurs caches, les touristes sont surpris de n’apercevoir ni cadavres ni blessés, ni même aucune trace de sang, alors qu’officiellement les militaires auraient tué quatre des ravisseurs. L’un des otages doute de la version officielle : « Les salafistes savaient très bien ce qui allait se passer, ils nous avaient intentionnellement fait marcher 18 km dans le désert pour atteindre un lieu fixé au préalable, géographiquement approprié pour que nous puissions assister au scénario de notre « libération ». Que [celle-ci] ait pu être mise en scène par les militaires algériens ne me vint que bien plus tard à l’esprit. (…) Je me demande encore s’il existe des interconnexions entre les salafistes et les militaires (10). »

Entre les « services » et les islamistes

Autre fait troublant : alors qu’ils sont encerclés par les militaires algériens et n’ont pas de véhicules, certains des ravisseurs échappent comme par miracle au piège qui leur est tendu et rejoignent très rapidement le second groupe d’otages, lequel se trouve pourtant à… plus de 1 000 km. Le 18 août, après cette étrange opération, le second groupe d’otages est libéré au Mali, dans des circonstances encore plus rocambolesques, après le versement d’une rançon – 5 millions de dollars, selon diverses sources – par l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (11). Dès lors, le soupçon s’installe. El-Para, l’ancien officier dont les actions terroristes servent si bien les intérêts d’un régime algérien en quête de soutiens internationaux, ne serait-il pas resté secrètement au service de ses anciens employeurs après avoir infiltré la guérilla islamiste ?

Début mars 2004, El-Para et une cinquantaine de ses hommes sont repérés et attaqués par une unité militaire tchadienne dans le nord du Tchad. Parvenant à s’enfuir avec des complices, le terroriste algérien est finalement capturé par des rebelles du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), en guerre contre le régime d’Idriss Deby. Les rebelles le soupçonnent rapidement d’être « ce salafiste que tout le monde recherche et dont on parle sur les radios internationales (12) ». Sûr de lui, El-Para semble persuadé qu’il va être libéré rapidement : « Je connais beaucoup de monde à Alger, lâche-t-il à ses geôliers. Si vous voulez de l’argent, nous vous en donnerons. » Mais le MDJT refuse : « On s’est adressé à toutes les parties concernées pour pouvoir extrader El-Para et qu’il soit jugé dans des conditions appropriées », nous a déclaré M. Brahim Tchouma, chargé des affaires extérieures du MDJT.

Début avril, trois représentants de la rébellion tchadienne en France sont discrètement conviés en Algérie. Convaincus que celle-ci souhaite récupérer son « ennemi public numéro un », ils acceptent l’invitation et sont reçus par le général Mohamed Médiène, patron du redoutable DRS : « Nous lui avons décrit le chef des prisonniers, et il l’a rapidement identifié comme étant effectivement Amari Saïfi, dit Abderrazak El-Para, raconte M. Mohamed Mehdi, vice-président du MDJT à l’étranger. Les chefs du DRS étaient très bien renseignés. Ils nous ont même fait remarquer que le numéro de téléphone satellite d’El-Para, que nous avions noté sur un bout de papier, comportait une erreur. Ils avaient son vrai numéro. Nous l’avons composé ensemble, et le téléphone d’El-Para, qui avait été récupéré par nos hommes, a effectivement sonné dans le Tibesti ! » Alors, comment expliquer que les autorités algériennes n’aient pas arrêté El-Para plus tôt ?

Plus étrange encore, les pourparlers avec le DRS traînent en longueur : « Les Algériens ont commencé par exiger la plus grande confidentialité, raconte M. Mehdi. Ils ne voulaient pas qu’on révèle la capture d’El-Para. Nous leur avons proposé qu’ils viennent le chercher, mais ils exigeaient qu’on le ramène nous-mêmes au sud de l’Algérie. » Après deux semaines de tractations infructueuses, les rebelles tchadiens se demandent si Alger désire réellement récupérer El-Para, et reprennent les contacts avec les autorités allemandes, qui ont lancé un mandat d’arrêt international contre le terroriste. Mais les pourparlers s’éternisent : depuis les prises d’otages, Alger fait miroiter aux Allemands la signature d’importants contrats (13).

Fin mai, de plus en plus intrigués par la gêne que semble provoquer la capture de l’ancien officier algérien, les rebelles tchadiens lancent un pavé dans la mare en évoquant, dans Le Monde (14), l’étrange réticence des services algériens. Quelques jours plus tard, ceux-ci se décident à agir. Dans le plus grand secret, ils envoient à la frontière tchadienne un commando dont la mission est de récupérer secrètement El-Para, en offrant une importante somme d’argent à l’un des chefs locaux du MDJT. Pour dissimuler son rôle, le DRS va monter un stratagème. Le 2 juin 2004, un journaliste de Radio-France internationale affirme sans détour qu' »Abderrezak El-Para, l’un des hommes les plus recherchés d’Algérie, est libre », expliquant que « d’autres activistes du GSPC ont versé une rançon de 200 000 euros aux rebelles tchadiens pour la libération du Para et de deux autres activistes algériens (15) ».

L’information est inexacte, et le journaliste de RFI, probablement manipulé, invoquera plus tard de mystérieuses « sources militaires algériennes ». « Dès sa diffusion, raconte M. Mohamed Mehdi, j’ai pris contact avec la direction de notre mouvement. Elle a démenti l’information, mais m’a confirmé qu’un de nos commandants locaux, implanté à proximité de la frontière avec le Niger, s’était emparé d’El-Para et de deux de ses lieutenants. » M. Mehdi obtient que les prisonniers soient restitués à la direction du mouvement. Mais, dans les heures qui suivent, il a la surprise de recevoir un coup de téléphone de l’un des officiers du DRS rencontré quelques semaines plus tôt à Alger. Furieux, ce dernier reproche à la direction du MDJT d’avoir « fait capoter l’exfiltration d’El-Para ». « Nous n’avions rien convenu, se défend aujourd’hui M. Mehdi. Pourquoi les Algériens avaient-ils négocié dans notre dos avec un de nos chefs locaux ? Pourquoi avoir voulu faire croire que nous avions revendu El-Para aux salafistes, alors qu’en réalité c’était la Sécurité militaire qui cherchait à le récupérer discrètement ? »

Le MDJT propose alors à l’Allemagne de lui livrer El-Para et ses hommes, via la Libye. Début juillet, le transfert de deux premiers prisonniers se termine mal : après les avoir récupérés, les Libyens déclarent qu’ils les ont tués dans un « accrochage ». S’estimant victime d’une trahison libyenne, le MDJT bloque alors l’exfiltration. Interviewé quelques jours plus tard par des journalistes de Paris Match (accompagnés d’un caméraman de France 2), El-Para reconnaît sa responsabilité dans l’enlèvement de trente-deux touristes au printemps 2003, mais nie travailler pour le compte de M. Ben Laden (16).

Embarrassés, les services algériens parviendront finalement, fin octobre 2004, à convaincre un commandant local du MDJT de leur livrer l’encombrant prisonnier. Une fois entre les mains du DRS, le « Ben Laden du désert » n’est plus considéré comme une grosse prise (17). Depuis, selon la presse algérienne, il soutiendrait le projet d’amnistie générale du président Abdelaziz Bouteflika, destiné à absoudre aussi bien les terroristes que les chefs militaires impliqués dans les crimes contre l’humanité commis au cours de la « sale guerre (18) »…

Le peu d’empressement de l’administration Bush à récupérer « le bras droit de Ben Laden au Sahel » semble paradoxal. Il s’explique sans doute de façon cynique : après les attentats du 11-Septembre, les Etats-Unis avaient tout intérêt à se rapprocher du régime algérien. En 2003, après avoir annoncé la vente à l’Algérie d’équipements militaires antiterroristes, Washington a décrété que c’était le pays « le plus démocratique » du monde arabe. L’essentiel, c’est l’implantation de points d’appui militaires au Maghreb et au Sahel : l’initiative dite « Pan-Sahel » est devenue opérationnelle en novembre 2003, peu après la prise d’otages du Sahara. Objectif des Etats-Unis : restructurer leurs bases militaires dans le monde. Au lieu d’entretenir de grandes structures lourdes, coûteuses et peu flexibles, ils projettent de développer un réseau de petites bases opérationnelles, nécessitant peu de personnel.

L’Afrique du Nord et de l’Ouest constitue l’un des centres de gravité de ce projet, en raison de ses réserves de pétrole, qui couvrent actuellement 17 % des besoins américains et qui, dans les dix prochaines années, devraient fournir aux Etats-Unis 25 % de leurs importations. Avec son chiffre d’affaires estimé à 32 milliards de dollars en 2004 et son statut de première compagnie d’Afrique, la Sonatrach algérienne joue un rôle majeur.

Des points d’appui militaires pour Washington

Non seulement les Américains ont installé un important contingent militaire de 2 000 soldats à Djibouti, base militaire française depuis la période coloniale, mais ils projettent la création d’une douzaine de bases dans la région : Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad, Ghana, Maroc, Tunisie et Algérie (19). Dans ce dernier pays, certains médias font déjà état de l’existence d’une antenne des forces spéciales américaines d’une capacité de 400 hommes non loin de Tamanrasset. L’Algérie deviendrait un « Etat pivot », indispensable pour les futurs déploiements militaires dans la région, selon la conception géostratégique américaine du « Grand Moyen-Orient ».

Au printemps 2004, Washington a décidé de porter de 7 à 125 millions de dollars le budget consacré à l’initiative Pan-Sahel, un geste qui devrait leur permettre d’augmenter leurs ventes d’armes aux pays de la région. Or, affirmait alors la presse algérienne, « il n’y a que le GSPC qui justifie la présence américaine dans la région. Si le Para est tué – et officiellement identifié -, ou s’il est capturé et remis à un Etat tiers, alors beaucoup de choses risquent d’être réévaluées (20) ». La mise hors d’état de nuire d’El-Para embarrasserait donc aussi bien les Etats-Unis que les Etats du Sahel, tous ayant intérêt à ce qu’il continue à écumer la région… Et s’il devait être arrêté, mieux vaudrait qu’il le soit par les Algériens, pour éviter des révélations embarrassantes. En juillet 2004, le porte-parole du département d’Etat américain, M. Richard Boucher, déclarait : « El-Para et ses complices doivent être remis aux autorités algériennes dans les meilleurs délais, afin d’être jugés sur la base des charges qui pèsent sur eux (21). »

Cette offensive américaine empiète à l’évidence sur les zones d’influence de la France, dont les bastions traditionnels – comme le Tchad, l’Angola et jusqu’au fidèle Gabon – font l’objet des convoitises des sociétés américaines (22). Ces visées s’accompagnent évidemment d’une volonté de marginaliser le rôle militaire de Paris dans la région. Qu’il s’agisse de l’approvisionnement en armement, de l’attribution de contrats de prospection et d’exploitation d’hydrocarbures ou des échanges commerciaux (projet américain Eizenstadt pour une zone de libre-échange pour 2004, qui a déjà été réalisée avec le Maroc, en concurrence avec la zone de libre-échange euroméditerranéenne prévue pour 2010), la France, qui avait pourtant soutenu le régime militaire algérien durant toutes ces années de « guerre totale », craint clairement de se voir évincée par la première puissance mondiale.

C’est pourquoi, le processus de Barcelone lancé en 1995 étant bloqué, le gouvernement français s’est concentré sur les relations bilatérales avec l’Algérie. La visite du président Chirac en Algérie en 2003 traduisait ce souci : la déclaration d’Alger du 2 mars 2003 (23) était le prélude à la signature d’un « traité d’amitié » prévue en 2005, avec pour objectif la mise en place d’un « partenariat d’exception » sur le plan économique, culturel, scientifique, humain et… militaire. Les visites croisées de ministres des deux pays se sont multipliées et, face à la frilosité des sociétés françaises sollicitées pour investir en Algérie, Paris a préparé un « accord global » relatif à l’investissement vers ce pays. Il est même question de signer un « accord de défense ». Mais, à la grande déception des Français, l’Algérie n’a pourtant pas adhéré à l’Organisation internationale de la francophonie lors de sa session du 26 novembre 2004.

Le régime algérien a donc su exploiter habilement les retombées des attentats du 11-Septembre. Comprenant que les Etats-Unis cherchaient à s’implanter dans nord de l’Afrique, il a très vraisemblablement sponsorisé – ou au moins laissé agir – un « Ben Laden » local. Sa capture par les rebelles tchadiens, « grain de sable » dans le scénario, n’avait toutefois pas été prévue. Pour le remplacer, un nouveau terroriste a été récemment mis en avant dans la presse algérienne. Selon le quotidien L’Expression, le contrebandier Mokhtar Belmokhtar et ses hommes – présentés de longue date comme liés au GSPC – seraient dorénavant dans le collimateur des autorités : « Depuis l’affaire de l’enlèvement des touristes européens dans le Grand Sud algérien, ce groupe est devenu la bête noire de tous les services secrets occidentaux (24). » Affaire à suivre…

Note(s) :

* Respectivement responsable du site d’Algeria-Watch (www.algeria-watch.org) et journaliste à Canal+.

(1) La Tribune, Alger, 12 octobre 2004.

(2) The New York Times, New York, 10 décembre 2002.

(3) Le Quotidien d’Oran, Oran, 6 mars 2004.

(4) Cf. Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’Etats, La Découverte, Paris, 2004.

(5) Paris Match, Paris, 5-11 août 2004.

(6) www. jihad-algeria.com

(7) Le Quotidien d’Oran, 23 octobre 2004.

(8) Le Quotidien d’Oran, 18 mai 2003.

(9) Reiner et Petra Bracht, 177 Tage Angst, Highlightsverlag, Euskirchen, 2004.

(10) Harald Ickler, Entführt in der Wüste, Bastei-Lübbe, Bergisch-Gladbach, 2003.

(11) Cf. Lounis Aggoun, Le Croquant, Lyon, nos 44-45, décembre 2004.

(12) Le Monde, 26 mai 2004.

(13) L’Expression, 7 juin 2004.

(14) 26 mai 2004.

(15) Radio-France Internationale, 2 juin 2004.

(16) Paris Match, 5-11 août 2004 ; et Patrick Forestier et Paul Comiti, Envoyé spécial, France 2, 9 septembre 2004.

(17) El-Watan, Alger, 30 octobre 2004.

(18) L’Expression, Alger, 28 décembre 2004.

(19) Junge Welt, Berlin, 12 juillet 2004.

(20) L’Expression, 6 juin 2004.

(21) Le Matin, 11 juillet 2004.

(22) Le Nouvel Observateur, Paris, 9-16 juin 2004.

(23) www.elysee.fr

(24) L’Expression, 27 décembre 2004. 

(Source : Le Monde diplomatique, février 2005)

Lien :  http://www.monde-diplomatique.fr

 

Le Hamas fait un pas vers la reconnaissance d’Israël

LEMONDE.FR avec Reuters | 10.01.07 | 19h34  •  Mis à jour le 10.01.07 | 21h10

 

Un des principaux dirigeants du mouvement de la résistance islamique, Khaled Meschaal, qui vit en exil à Damas, a, pour la première fois, évoqué l’existence de l’Etat d’Israël. Dans une interview à l’agence Reuters, ce membre du bureau politique du Hamas a estimé qu' »il va rester un Etat qui s’appelle Israël, c’est un fait ». « Le problème, ce n’est pas l’existence d’une entité qui s’appelle Israël. Le problème, c’est que l’Etat palestinien n’existe pas. »

 

Depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir, les Etats-Unis et l’Union européenne ont imposé des sanctions financières au gouvernement palestinien en raison de son refus de reconnaître Israël. Cet embargo a entraîné une grave crise économique dans les territoires palestiniens, à laquelle est venue s’ajouter une grave crise politique entre les deux principaux partis palestiniens, le Hamas et le Fatah.

 

Khaled Meschaal, qui incarne pourtant une des franges les plus dures du Hamas, a indiqué que son parti continuerait de refuser les conditions occidentales et refuserait de reconnaître officiellement Israël tant qu’un Etat palestinien n’aura pas vu le jour. Mais il a précisé que la charte du mouvement, qui appelle à la destruction de l’Etat juif, pourrait être modifiée ultérieurement. « Dans un avenir lointain, les conditions auront changé et les positions pourront alors être reconsidérées », a-t-il ajouté.

 

DISCUSSIONS HAMAS-FATAH

 

Le dirigeant palestinien a pris parti pour la création d’un Etat palestinien – qui inclurait Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est – et rappelé son attachement au droit au retour des réfugiés palestiniens. « En tant que Palestinien, je porte aujourd’hui la revendication palestinienne et arabe d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 », a-t-il souligné.

 

Khaled Meschaal a également affirmé que des discussions étaient en cours pour la constitution d’un gouvernement d’union nationale entre le Fatah et le Hamas. « Il est vrai que dans le passé il y a eu des ratés dans le dialogue, mais en tant que Palestiniens, nous n’avons pas d’autre choix « , a-t-il expliqué, assurant que « le dialogue a des chances de réussir ».

 

Selon lui, les tensions entre les deux principaux partis palestiniens sont dues aux interventions américaines et israéliennes dans la vie politique palestinienne : »cette intervention extérieure dans les affaires intérieures palestiniennes verse de l’huile sur le feu et pousse les divergences politiques à alimenter le conflit et la lutte intestine ».

 

Mais le dirigeant du Hamas a rappelé son opposition à l’organisation d’élections anticipées, estimant que cette décision de Mahmoud Abbas était « illégale et illégitime ». « Je crois qu’Abou Mazen [Mahmoud Abbas] le sait. S’il persiste dans cette voie, cela veut dire qu’il veut faire exploser la situation palestinienne », a-t-il averti.

 

(Source : lemonde.fr, le 10 janvier 2007)

 

نص إجابات خالد مشعل على الأسئلة في المقابلة مع رويترز

 

دمشق (رويترز) – فيما يلي نص اجابات خالد مشعل القيادي في حركة المقاومة الاسلامية (حماس) في المقابلة التي اجرتها رويترز معه في العاصمة السورية دمشق التي يقيم بها..

 

– بالتأكيد نحن قلقون ولكن نعتقد اننا لن نذهب الى حرب أهلية داخلية نعتقد ان الوعي الفلسطيني سوف يمنع الذهاب الى حرب أهلية داخلية ولكن ينبغي الالتفات من هو المسبب لهذا التأزيم الداخلي هل هي الخلافات الداخلية الفلسطينية.. هي لها تأثير ولكن ليست العامل الاهم.. العامل الاهم هو التدخل الخارجي الاسرائيلي والامريكي.. محاولة فرض شروط.. محاولة تقوية طرف على حساب طرف بمده بالمال والسلاح والتدريب.. هذا التدخل الخارجي في الشأن الداخلي الفلسطيني هو الذي يصب الزيت على النار ويدفع الخلاف السياسي الى خلاف ميداني وصراع داخلي.

 

– أول هذه الخطوات ان نذهب الى حوار وطني فلسطيني بين جميع القوى وخاصة بين حماس وفتح الحوار هو الوسيلة الوحيدة للتفاهم الفلسطيني حتى نتجنب الصراع المسلح والامر الثاني ان نحتكم الى القانون وان نحترم نتائج الانتخابات. اذا احتكمنا الى القانون واحترمنا نتائج الانتخابات والى قواعد اللعبة الديمقراطية هذا سيجنبنا الصراع بالتأكيد والامر الثالث هو ان نحيد أنفسنا عن التدخلات الخارجية لانها هي التي تدفعنا نحو هذا الصراع.. وهذا الصراع لا يخدم الا اسرائيل والادارة الامريكية والقوى التي تقف ضد الشعب الفلسطيني.

 

– هناك حوارات تجري بيننا وفتح والاخ أبو مازن في السلطة صحيح ان محطات فشلت في الحوار ولكن نحن كفلسطينيين ليس امامنا الا الحوار.. صحيح ان المجتمع الدولي يضغط دائما نحو الحوار بين الطرف الفلسطيني والاسرائيلي.. فمن باب أولى ان يكون الحوار بين الطرف الفلسطيني والفلسطيني هناك فرص للنجاح بشرط ان نطبق العوامل التي ذكرتها قبل قليل وخاصة ان نتحاور على أصول فلسطينية وقواعد فلسطينية وان نحيد الضغوط الخارجية وان نحتكم لقواعد اللعبة الديمقراطية هناك فرصة للنجاح نحن الان نسعى الى اقامة حكومة وحدة وطنية تشارك فيها القوى والفصائل والكتل البرلمانية على قاعدة وثيقة الوفاق الوطني ثم نتباحث في بقية التفاصيل امل ان ننجح في الايام القادمة للوصول الى هكذا نتيجة.

 

– هناك أولا جهود تبذل من الاخوة في مصر اضافة الى جهود فلسطينية محلية لمحاولة احتواء التأزيم الداخلي والخلافات الداخلية رغم ان لا تزال هناك أجواء احتقان مؤسفة وهناك ايضا جهود اخرى في الجانب السياسي وايضا مصر لها دور ومنظمة المؤتمر الاسلامي لها دور واضافة الى اتصالاتنا المباشرة ونأمل ان نستكمل ما بقي من نقاط خلاف حول تشكيل حكومة الوحدة الوطنية.

 

– لا اريد ان ادخل في التفاصيل فهذه اتصالات غير معلنة تسوي الخلافات المتبقية هناك جوانب تم تسوية الخلاف عليها وهناك جوانب لا يزال خلاف حولها.. على سبيل المثال اليوم سيأتي وفد من طرف البروفسور اكمل الدين احسان اوغلو الامين العام لمنظمة المؤتمر الاسلامي سيأتي الى هنا ويلتقي بنا وسبق ان التقينا بالدكتور اكمل الدين وبالتالي الجهود موجودة ولكن للاسف التأزيم على الارض كبير. هذا التأزيم بحاجة الى احتواء واهم شئ ان تتوقف التدخلات الخارجية.

 

– كان هناك مشروع للذهاب الى حكومة وحدة وطنية وليس تكنوقراط ولكن وزراءها هم من الكفاءات وكنا نبحث عن صيغة نتجنب فيها الرموز ولكن هذا المشروع فشل الان نحن قلنا نذهب الى حوار غير مشروط كل يطرح رؤيته ونحن في هذه المرحلة متمسكون بالذهاب الى حكومة وحدة وطنية برئاسة الاخ اسماعيل هنية رئيس الوزراء الحالي وعلى قاعدة وثيقة الوفاق الوطني ثم نتفاهم على كل التفاصيل المتعلقة بتشكيل الحكومة وكيفية عملها في هذه المرحلة لان هذه الحكومة معنية ان تواجه الحصار وان تنهي التأزيم الداخلي وان تخدم شعبنا الفلسطيني وهي طبعا من مسؤوليتها ان تتعامل مع المجتمع الدولي ومع المحيط الاقليمي والعربي والاسلامي.

 

– لقد قلت نحن نتحاور للوصول الى هكذا حكومة بالطبع كل له قناعاته لكن الحوار يذلل الفوارق ويقربنا من بعضنا البعض الشهور العشر الماضية منذ ان تشكلت الحكومة الفلسطينية ادرك الجميع ان سياسة افشال الحكومة والانقلاب عليها عبر الحصار والتجويع ومحاولات العزل ومنع ادخال الاموال والفوضى الامنية ونزع الصلاحيات وكل هذه الاجراءات اضافة الى العدوان الاسرائيلي المتصاعد على شعبنا وزيادة عدد المعتقلين الى اكثر من احد عشر الف واعتقال اربعين من اعضاء المجلس التشريعي وحوالي عشرة وزراء ورئيس المجلس التشريعي الدكتور عزيز كل هذا الكلام ثبت انه فشل في اخضاع حماس وفي اقصائها وفي الانقلاب غير القانوني وغير الشرعي على نتائج الديمقراطية الفلسطينية لذلك الجميع يدرك انه لا بديل عن الحوار ونحن نفتح قلوبنا وعقولنا للحوار مع الاخوة في فتح ومع الاخ أبو مازن ومع جميع القوى الفلسطينية ونرحب بأي جهد عربي او اسلامي يساعدنا على الوصول الى نتائج ايجابية.

 

(المصدر: وكالة رويترز للأنباء بتاريخ 10 جانفي 2007)


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