3 octobre 2010

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TUNISNEWS
10 Úme année,N° 3785 du 03.10.2010
 archives : www.tunisnews.net 


LADDH: Kamel Jendoubi interdit de sĂ©jour au Maghreb Moudhafer Labidi: De Kebili Ă  Mornaguia (seconde partie) Luiza Toscane: Tunisie : victoire de la population Ă  Ben Guerdane Pierre Coopman: Censures douces et dures du Maghreb Tunivision: Ramadan 2011 : Viol, drogue, violence, escroquerie
Verra-t-on toujours les mĂȘmes recettes ? Bassam Bounenni: Monde arabe : des moments charniĂšres
 Reuters: Le prĂ©sident allemand salue le rĂŽle de l’islam en Allemagne

Ligue algĂ©rienne pour la dĂ©fense des droits de l’homme (LADDH)

Kamel Jendoubi interdit de séjour au Maghreb


Les autoritĂ©s marocaines viennent de refouler M. Kamel Jendoubi, prĂ©sident du RĂ©seau euromĂ©diterranĂ©en des droits de l’Homme sans aucun motif officiel. Militant tunisien des droits de l’homme de longue date, Kamel Jendoubi, ancien rĂ©fugiĂ© politique en France est dĂ©jĂ  interdit de sĂ©jour dans son pays natal. Tout laisse croire que le gouvernement marocain a  rĂ©pondu Ă  des injonctions du rĂ©gime  tunisien pour interdire l’entrĂ©e au Maroc de Kamel Jendoubi. La LADDH exprime son indignation face Ă  une mesure injustifiĂ©e et injustifiable  qui dĂ©montre les liens policiers qui existent entre les gouvernements du Maghreb au mĂ©pris des droits les plus fondamentaux. Elle estime que Kamel Jendoubi a droit à  des excuses  de la part des autoritĂ©s marocaines qui doivent revenir sur cette mesure arbitraire. –         Elle exprime sa totale solidaritĂ© avec Kamel JENDOUBI, le REMDH et le CRLDHT et appelle la Coordination MaghrĂ©bine des Organisations des Droits Humains Ă  rĂ©agir vigoureusement, tout en Ă©tant disposĂ©e Ă  Ɠuvrer avec l’ensemble des composantes du mouvement des droits humains au Maroc et ailleurs pour dĂ©noncer le refoulement de JENDOUBI et dĂ©fendre les libertĂ©s et les droits humains au Maroc dont le respect connait une vĂ©ritable rĂ©gression.  La LADDH considĂšre que le refoulement de JENDOUBI est Ă©galement une mesure rĂ©pressive contre les dĂ©fenseurs tunisiens des droits humains et exprime sa totale solidaritĂ© avec l’ensemble des dĂ©mocrates tunisiens dans leur combat contre la dictature et pour le respect des droits humains en Tunisie. La LADDH rappelle Ă  cette occasion que les ONG internationales des droits de l’homme sont interdites d’entrĂ©e en AlgĂ©rie depuis de nombreuses annĂ©es ainsi que d’honorables militants tunisiens des droits de l’homme, Sihem Bensedrine et KhemaĂŻs Chemari,qui ont Ă©tĂ© refoulĂ©s Ă  leur entrĂ©e en AlgĂ©rie. Le autoritaire hostile aux droits de l’homme La LADDH interpelle l’opinion nationale et internationale  sur cette situation qui devient insupportable pour le citoyen maghrĂ©bin. Le ComitĂ© Directeur de la LADDH 3 octobre 2010


Jendoubi : le militant des droits de l’Homme refoulĂ© du Maroc


Le franco-tunisien Kamel Jendoubi a Ă©tĂ© interdit de dĂ©barquer de son avion Ă  son arrivĂ©e. Plusieurs ONG soupçonnent l’intervention du rĂ©gime tunisien, vis-Ă -vis duquel le militant est trĂšs critique.
Le militant des droits de l’Homme franco-tunisien Kamel Jendoubi a Ă©tĂ© refoulĂ© du Maroc “sans aucun motif officiel”, ont annoncĂ© vendredi 1er octobre Ă  Paris plusieurs organisations non gouvernementales, qui soupçonnent Rabat d’avoir agi Ă  la demande de la Tunisie. Kamel Jendoubi, prĂ©sident du RĂ©seau euromĂ©diterranĂ©en des droits de l’Homme, a Ă©tĂ© empĂȘchĂ© de dĂ©barquer de l’avion qui l’avait amenĂ© jeudi au Maroc, oĂč il venait recevoir, avec d’autres militants du monde arabe, “un hommage Ă  son action en faveur des droits de l’Homme”, expliquent dans un communiquĂ© commun six associations, dont la FĂ©dĂ©ration internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH). Le militant, trĂšs critique vis-Ă -vis du rĂ©gime tunisien, a Ă©tĂ© contraint de passer la nuit dans l’avion avant de repartir pour Paris oĂč il est arrivĂ© vendredi. “Tout laisse Ă  croire que le gouvernement marocain a ainsi rĂ©pondu aux injonctions du rĂ©gime tunisien”, accusent les ONG.   “Pression trĂšs forte de la Tunisie” Elles “expriment leur indignation face Ă  une mesure injustifiĂ©e et injustifiable et qui dĂ©montre les liens policiers qui existent entre les Etats de la rĂ©gion, au mĂ©pris des droits les plus fondamentaux”. Joint Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris, oĂč il rĂ©side depuis 1972, Kamel Jendoubi affirme avoir Ă©tĂ© “trĂšs surpris” par son refoulement, alors qu’il dit entretenir des rapports rĂ©guliers avec les autoritĂ©s de Rabat, oĂč il se rend rĂ©guliĂšrement. “Je ne peux que supposer qu’il y a eu une pression trĂšs forte de la Tunisie”, a ajoutĂ© Kamel Jendoubi, 58 ans, rappelant que les autoritĂ©s tunisiennes lui refusaient depuis mars 2000 le renouvellement de son passeport.   (Nouvelobs.com avec AFP)
 
(Source: Nouvelobs.com   03/10/10 12:11)


De Kebili Ă  Mornaguia (seconde partie)


Par Moudhafer Labidi, vendredi 14 mai 2010 Nous Ă©tions quinze prisonniers dans la fourgonnette et nous avions beaucoup de bagages. Nous Ă©tions entassĂ©s comme une marchandise pĂ©rimĂ©e dont le propriĂ©taire voudrait se dĂ©barrasser. Le temps s’écoulait avec lenteur. Nous transpirions. Des prisonniers discutaient. Chacun pensait Ă  ce qui l’attendait, se demandait dans quelle prison il allait ĂȘtre transfĂ©rĂ©. Je laissais aller mon imagination et je me remĂ©morais les jours oĂč nous nous rĂ©unissions au local de l’Union locale de Redeyef. Chaque dimanche, nous sortions en grand nombre et nous parcourions les rues de la ville en scandant nos slogans habituels « Travail, libertĂ©, dignitĂ© nationale », « Nous ne mourrons pas, mais nous extirperons la rĂ©pression de notre terre » « FermetĂ©, fermetĂ© contre l’ordre des mafias » « Citoyen, victime, sors, parle de l’affaire ». Soudain, la fourgonnette stoppe, le moteur se tait et la porte s’ouvre. Les cris des brutaux agents s’élĂšvent. « Descends, descends, c’est la prison de GabĂšs » dit l’un des prisonniers. Nous avons Ă©tĂ© triĂ©s dans le hangar. Des prisonniers ont pris leurs bagages et j’attendais mon tour mais j’ai Ă©tĂ© reconduit Ă  la maudite fourgonnette. De nouveaux prisonniers sont arrivĂ©s et sont montĂ©s dans la fourgonnette. Quelques minutes plus tard, les portes se sont refermĂ©es. Le moteur de la maudite fourgonnette a vrombi de nouveau. Les nouveaux venus me demandent oĂč on les emmĂšne, je leur rĂ©ponds que je l’ignore puis une longue conversation s’amorce Ă  propos de mon affaire. C’est que nous Ă©tions connus et ils m’ont exprimĂ© leur sympathie au vu de ce que nous avions endurĂ©, de la part des tortionnaires, dans et hors la prison. Cette fois-ci, le trajet Ă©tait long. Tous se sont tus. Mon esprit vagabondait dans les montagnes de Redeyef oĂč nous nous Ă©tions mis Ă  l’abri des escouades de la police qui nous avaient contraints Ă  quitter la ville en faisant intrusion dans nos domiciles et en kidnappant ceux qui restaient dans les zones civilisĂ©es, pour finir par tirer Ă  balles rĂ©elles sur des milliers de manifestants. Nous allions Ă  tour de rĂŽle chercher de l’eau et de la nourriture, risquant Ă  tout moment d’ĂȘtre embarquĂ©s. La « maudite » a stoppĂ© une seconde fois, et une seconde fois le moteur s’est tu et la porte s’est ouverte. Oui, j’étais dĂ©jĂ  passĂ© par lĂ , Ă  Haouareb, la prison de Kairouan, J’ai descendu mes affaires et j’ai attendu. Est-ce que je devrai rentrer dans cette prison ? Un gardien a appelĂ© mon nom, je me suis approchĂ© mais il m’a indiquĂ© du doigt la « maudite », pardon, une autre fourgonnette qui m’emmĂšnerait dans une autre prison et je n’avais qu’à obtempĂ©rer. Je me suis assis, toujours menottĂ©. La maudite fourgonnette a redĂ©marrĂ©. Une autre fourgonnette, une autre prison, d’autres prisonniers mais je me demandais bien oĂč cette fois-ci ? De façon obsessionnelle, je me replongeais dans mes souvenirs pas si lointains, mais de beaux souvenirs, qui ne reviendront pas malheureusement. Le jour oĂč le camarade Adnane a vu son activitĂ© syndicale gelĂ©e. Nous avons alors annoncĂ© Ă  la maison des syndicats que la ville rentrerait en grĂšve gĂ©nĂ©rale pour la levĂ©e de ce gel et la satisfaction de nos revendications de dĂ©veloppement, de distribution juste des richesses, de travail et de dignité  Les forces de police mobilisĂ©es Ă©taient telles qu’on imaginait que tout Redeyef serait bombardĂ©. La maudite s’arrĂȘte et la porte s’ouvre. Je descends et me retrouve Ă  la prison de Borj El Amri. Etais-je arrivé ? Un prisonnier a pris ses affaires puis nous sommes revenus Ă  la fourgonnette qui a redĂ©marrĂ© avec nous Ă  l’intĂ©rieur. Cette fois-ci je n’en pouvais plus d’attendre. Ma patience Ă©tait Ă  bout, depuis cinq heures du matin je voyageais sans savoir pour quelle destination. Mais je n’ai pas eu le temps de me replonger dans mes rĂ©flexions. Le moteur s’est arrĂȘtĂ© et la porte s’est ouverte. L’agent nous a informĂ©s que nous Ă©tions arrivĂ©s, cette fois-ci Ă  la prison de Mornaguia. Je faillis m’envoler, de joie car j’allai voir mon pĂšre et ma mĂšre n’aurait pas Ă  subir la fatigue du trajet.

Merci d’avoir suivi ce pĂ©riple. Vous pouvez le commenter. Moudhafer Labidi
(traduction ni revue ni corrigĂ©e par l’auteur de la version en arabe, LT)

 

 
Victoire de la population Ă  Ben Guerdane

La population de la rĂ©gion de Ben Guerdane, frontaliĂšre de la Libye, a manifestĂ© le 9 aoĂ»t dernier pour protester contre la fermeture brutale du poste frontiĂšre de Ras Jdir. Les affrontements ont repris le 15 aoĂ»t et ont durĂ© toute la semaine. RĂ©gion enclavĂ©e entre la mer et le dĂ©sert, privĂ©e d’infrastructures Ă©conomiques, c’est vers le commerce ou l’émigration que se tournent ses habitants. Chaleur et ramadan obligent, c’est la nuit que les manifestants ont protestĂ© contre une mesure les privant de leur unique source de revenu, le commerce transfrontalier. La rĂ©ponse des autoritĂ©s ne s’est pas faite attendre : dĂ©ploiement de forces de police amenĂ©es en renfort d’autres rĂ©gions du pays, rĂ©quisition de bĂątiments et de transports publics, brutalitĂ©s inouĂŻes, arrestations massives, torture et incarcĂ©rations de centaines de personnes.

Le mouvement de Ben Guerdane n’est que la derniĂšre en date des manifestations de populations laissĂ©es pour compte : en effet, l’annĂ©e 2010 a vu, dans la foulĂ©e du soulĂšvement du bassin minier de 2008, celui des chĂŽmeurs et de la population de la Skhira. Pour autant le mouvement de Ben Guerdane se distingue des prĂ©cĂ©dents par la nature sociale des manifestants, pour l’essentiel des commerçants, ou des employĂ©s de petits commerces, ou des jeunes n’ayant pour unique perspective que de rejoindre les premiers, dans un secteur largement informel, et par l’objectif Ă  court terme de la mobilisation, l’ouverture de la frontiĂšre. Tertio, les manifestants ont gagnĂ©, le pouvoir a cĂ©dé ! La frontiĂšre a Ă©tĂ© rĂ©-ouverte au passage des marchandises et des centaines de dĂ©tenus ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s.

Si la raison de la fermeture est restĂ©e opaque,-probablement due au prĂ©judice que l’importation de Libye de marchandises Ă  des prix dĂ©fiant toute concurrence faisait subir Ă  des commerçants proches du pouvoir,-c’est sans explication, mais au lendemain du voyage Ă  Tripoli de responsables tunisiens qu’elle a Ă©tĂ© rĂ©-ouverte. Le parti au pouvoir, actuellement en campagne pour que la Constitution tunisienne soit amendĂ©e pour permettre Ă  l’actuel prĂ©sident de briguer un sixiĂšme mandat, a tentĂ© de rĂ©cupĂ©rer Ă  son profit les manifestations de joie et de victoire qui ont Ă©clatĂ© aussi spontanĂ©ment que les celles, de protestation, des jours prĂ©cĂ©dents.

NĂ©anmoins la taxe exorbitante sur l’entrĂ©e en Libye de 150 dinars tunisiens que les autoritĂ©s avaient promis de supprimer a Ă©tĂ© maintenue, et a créé des diffĂ©renciations, seule une minoritĂ© de commerçants pouvant s’en acquitter. Enfin dans une volontĂ© de clore le dossier, « toutes les personnes incarcĂ©rĂ©es ont Ă©tĂ© finalement libĂ©rĂ©es, sans charges »[1], selon Houssine Bettaieb, un syndicaliste de l’union locale de l’Union GĂ©nĂ©rale Tunisienne du Travail (UGTT) de Ben Guerdane.

Largement spontanĂ©, ce mouvement est Ă  mettre Ă  l’actif de la jeunesse de Ben Guerdane,-de nombreux mineurs ont Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©s-un mouvement conjuguĂ© au masculin. Quant aux femmes, « elles ont Ă©tĂ© aux premiĂšres loges », selon Houssine Bettaieb, « de la rĂ©sistance lors des descentes de police dans les domiciles et les quartiers et ont alors pris leur part de la violence policiĂšre ». Une population isolĂ©e ? Les manifestations de Ben Guerdane, nocturnes, n’ont pas Ă©tĂ© filmĂ©es ni enregistrĂ©es et n’ont bĂ©nĂ©ficiĂ© que d’une faible couverture mĂ©diatique. Des plaintes ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es par des victimes de tortures, et les commerçants, dont les locaux ont Ă©tĂ© saccagĂ©s par la police, ont fait Ă©galement appel Ă  un huissier notaire pour obtenir rĂ©paration des prĂ©judices subis.

La seule manifestation diurne, le 17 aoĂ»t, devant la dĂ©lĂ©gation de Ben Guerdane, un rassemblement des familles des personnes arrĂȘtĂ©es, a vu la participation de diplĂŽmĂ©s chĂŽmeurs. Ils rĂ©clamaient la vĂ©ritĂ© sur les arrestations et la libĂ©ration des leurs.

C’est du cĂŽtĂ© syndical qu’est venu le soutien, de la FĂ©dĂ©ration de l’enseignement secondaire de l’UGTT, d’une part, et au plan local, s’ils n’ont pas participĂ© aux manifestations, des syndicalistes de l’UGTT ont constituĂ© un « comitĂ© de suivi des Ă©vĂ©nements de Ben Guerdane ». Houssine Bettaieb dĂ©crit le rĂŽle de la centrale syndicale qui « a suivi au plus au niveau, jour aprĂšs jour, les Ă©vĂ©nements, le Bureau ExĂ©cutif ayant mandatĂ© une dĂ©lĂ©gation de trois personnes pour rencontrer le gouverneur de MĂ©denine et se rendre Ă  Ben Guerdane le 20 aoĂ»t s’entretenir avec la population et Ă©valuer les dĂ©gĂąts matĂ©riels ». Un rĂŽle de mĂ©diation pour l’UGTT ? Houssine BettaĂŻeb rĂ©cuse le terme :« Nous n’avons pas jouĂ© les mĂ©diateurs, nous sommes partie au conflit, la centrale syndicale Ă©tudie et propose des solutions pour le dĂ©veloppement de la rĂ©gion ». A la question de savoir pourquoi le pouvoir a cĂ©dĂ©, il n’a aucun doute « il ne voulait pas de RĂ©deyef bis ! », mais, tient-il a prĂ©ciser « il n’y a pas eu d’Intifadha Ă  Ben Guerdane, c’étaient des mouvements de protestations nocturnes, dans certaines localitĂ©s seulement, la journĂ©e, la vie reprenait son cours normal ».

Quel que soit le terme que l’histoire retiendra,  «Ben Guerdane » vient confirmer aprĂšs Redeyef, FĂ©riana ou la Skhira, que l’ùre de la peur est bel et bien rĂ©volue.  A Ben Guerdane, la premiĂšre victoire remportĂ©e laisse irrĂ©solus le problĂšme de fonds de l’emploi. La population ne se satisfait pas de cette situation, ce qu’elle a exprimĂ© par une pĂ©tition rĂ©clamant notamment « le dĂ©veloppement du secteur de l’agriculture et de la pĂȘche maritime, le lancement de projets de dĂ©veloppement et de zones industrielles et touristiques intĂ©grant la jeunesse au chĂŽmage [2]».

Ce mouvement permanent de protestation depuis deux ans en Tunisie rompt avec une dĂ©cennie de stabilitĂ© apparente que le rĂ©gime avait voulu vendre au niveau international. Les populations des rĂ©gions dĂ©laissĂ©es sont prĂȘtes Ă  se battre. DĂ©sormais, dans toute brĂšche ouverte, s’engouffre le rejet d’une dictature corrompue et tortionnaire.

Luiza Toscane
 


 

[1] Propos recueillis le 8 septembre. Houssine Bettaïeb est également membre du comité de suivi des événements de Ben Guerdane.

[2] 3 septembre 2010, Ben Guerdane, pĂ©tition de la population. Traduction de l’arabe.


Censures douces et dures du Maghreb


Par Pierre Coopman

Juin 2010

 La question de la censure au Maghreb a animĂ© les dĂ©bats du Forum de la presse arabe, organisĂ© par l’Association mondiale des journaux, les 6 et 7 juin 2010, Ă  Beyrouth, au Liban. La Tunisie en a pris pour son grade, se voyant classĂ©e parmi les Etats aux pratiques dures envers les mĂ©dias. 

Au moment de boucler cet article, le 22 juin 2010, le groupe des Verts au Parlement europĂ©en vient de convoquer une confĂ©rence de presse Ă  Bruxelles, pour dĂ©noncer un amendement au code pĂ©nal en Tunisie, susceptible d’accentuer les entraves Ă  la libertĂ© d’expression
 Le ministre tunisien de la Justice a expliquĂ© sans dĂ©tours que l’addendum vise ceux qui voudraient saboter l’octroi par l’Union europĂ©enne du « statut avancĂ© » Ă  la Tunisie. Cette crispation de l’appareil rĂ©pressif tunisien intervient un mois aprĂšs la tenue du Conseil d’association, qui a dĂ©cidĂ© d’explorer la possibilitĂ© d’accorder ce statut, tout en demandant Ă  Tunis d’intensifier ses efforts en matiĂšres de protection des dĂ©fenseurs des droits de l’homme et de respect de la libertĂ© d’expression (Voir article de Tunisiawatch – Le Soir) .

Le Maroc et l’AlgĂ©rie seraient moins rĂ©pressifs que la Tunisie, mais nĂ©anmoins tentĂ©s de suivre son exemple. Le Marocain Aboubakr Jamai l’a admis d’emblĂ©e lors de son intervention Ă  Beyrouth, le 6 juin : « Je suis presque gĂȘnĂ© de me plaindre de la censure dans mon pays lorsque je dois soutenir la comparaison avec ce qui se passe en Tunisie. » 

La « douceur » du contrÎle des médias au Maroc 

Aboubakr Jamai

  Ancien directeur du dĂ©funt Journal Hebdomadaire, Aboubakr Jamai a relatĂ© son parcours professionnel au Maroc. AprĂšs des Ă©tudes de commerce et d’administration, son expĂ©rience journalistique proprement dite commence en 1997, lorsqu’il fonde « Le Journal » (1). Trois ans plus tard, cette publication est interdite Ă  cause de la parution d’un dossier impliquant le premier ministre en fonction (Abderrahmane Youssoufi) dans la tentative de coup d’Etat, en 1972, contre le roi Hassan II. Aboubakr Jamai ne se laisse pas dĂ©monter et refonde immĂ©diatement la mĂȘme publication sous un autre nom : « Le Journal Hebdomadaire ». Mais les ennuis continuent : en 2001, Aboubakr Jamai est condamnĂ© pour diffamation du ministre des Affaires Ă©trangĂšres Mohammed Benaissa (qu’il accuse de corruption). En 2006, suite Ă  une plainte dĂ©posĂ©e par un consultant belge, Claude Moniquet, devant la justice marocaine, Aboubakr Jamai et l’un de ses confrĂšres sont condamnĂ©s Ă  payer un dĂ©dommagement de 300 000 euros pour avoir mis en doute l’impartialitĂ© d’un rapport de Claude Moniquet accusant la Front Polisario d’accointances avec Al-QaĂŻda. Face Ă  l’incapacitĂ© de payer dettes et amendes, le Journal Hebdomadaire met la clef sous le paillasson et son directeur quitte le Maroc
 La censure se dĂ©cline, selon Aboubakr Jamai, sous au moins deux formes complĂ©mentaires : le harcĂšlement judiciaire et l’asphyxie Ă©conomique (2). Mais la violence ou l’intimidation physique, telles qu’elles se pratiquent en Tunisie, seraient rares. Aboubakr Jamai parle de «censure douce» au royaume chĂ©rifien. 

Ali Anouzla

  Ali Anouzla, le rĂ©dacteur en chef de «  Al-Jarida Al-Oula », identifie une troisiĂšme forme de contrainte au Maroc : l’auto-censure ou la surenchĂšre loyaliste. Il cite l’incident qui s’est dĂ©roulĂ© le 31 mai 2010 sur les ondes de Radio Mars, une station indĂ©pendante de Casablanca. Le cinĂ©aste Hicham Ayouch, invitĂ© de l’Ă©mission « Mag Mars », y a exprimĂ© son dĂ©sir de «devenir prĂ©sident de la rĂ©publique marocaine ». DĂšs surlendemain, le Conseil supĂ©rieur de la communication audiovisuelle (CSCA) dĂ©crĂ©tait une suspension totale des Ă©missions de Radio Mars pendant 48 heures pour « manquement aux obligations lĂ©gales ». Le communiquĂ© du CSCA constatait que « les propos d’un invitĂ© comportaient une atteinte aux constantes du royaume du Maroc telles que dĂ©finies par la Constitution, notamment celles relatives Ă  la monarchie ». Mais au-delĂ  de ce retour de bĂąton prĂ©visible, c’est la rĂ©action rapide de l’opĂ©rateur qui dĂ©note une surenchĂšre loyaliste, puisqu’il a dĂ©cidĂ© d’arrĂȘter l’Ă©mission « Mag Mars » avant mĂȘme que le CSCA ne sĂ©visse.

Al-Jarida Al-Oula ne paraĂźt plus. Le journal est mort d’asphyxie, croulant sous les amendes infligĂ©es pour publication d’articles s’interrogeant sur l’état de santĂ© du roi. Le jugement fatidique tomba le 29 juin 2009. Al-Jarida Al-Oula et deux autres quotidiens marocains, «Al Massae» et «Al Ahdath Al Maghribiya», furent condamnĂ©s chacun Ă  1 million dirhams (un peu plus de 90 000 euros) de dommages et intĂ©rĂȘts et 100 000 dirhams d’amende, pour atteinte Ă  la dignitĂ© d’un chef d’Etat Ă©tranger, en la personne du guide libyen Mouammar Kadhafi. « Dans un papier d’opinion du 18 novembre 2008, intitulĂ© “Nous et le Maghreb arabe”, j’avais Ă©crit que Kadhafi est arrivĂ© au pourvoir sur un char d’assaut et j’avais critiquĂ© l’absence de dĂ©mocratie au Maghreb » explique Ali Anouzla. DĂ©but mai 2010, l’équipe d’Al-Jarida Al-Oula a annoncĂ© un « arrĂȘt provisoire » de la parution, pour des « raisons Ă©conomiques ». Le journal est dans l’incapacitĂ© de payer ses amendes Ă  la justice et de rembourser ses dettes aux imprimeurs.

Dérive à la tunisienne 

Taoufic Bouachrine 

 

« Allah et l’émir sont prĂ©sents dans toute chose, comment ne pourraient-ils pas ĂȘtre prĂ©sents dans la presse ? », ironise Taoufic Bouachrine, directeur gĂ©nĂ©ral d’Akhbar Al-Youm, en commentant ses relations tumultueuses avec le pouvoir royal marocain. « Le problĂšme, poursuit-t-il, c’est que l’émir aimerait prĂ©sider les confĂ©rences de rĂ©daction ». Taoufic Bouachrine fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’affaire qui a opposĂ© son journal Ă  la justice marocaine, lors de la parution, le 27 septembre 2009, d’une caricature du prince Moulay Ismail. Selon le ministĂšre de l’IntĂ©rieur marocain, « l’utilisation de l’étoile de David dans la caricature suscite des interrogations sur les insinuations de ses auteurs et dĂ©note des penchants d’antisĂ©mitisme flagrant ». Le goĂ»t du dessin incriminĂ© peut en effet paraĂźtre douteux
 

 Sur le fond rouge d’une banniĂšre Ă©toilĂ©e (le drapeau marocain), perchĂ© dans une « imariya » (la chaise Ă  porteurs dans laquelle s’installe normalement la mariĂ©e), le prince fait clairement un salut fasciste – malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations de Toufic Bouachrine et du dessinateur Khaled Gueddar. Moins Ă©vidente est l’accusation d’antisĂ©mitisme. Le corps du prince cache l’étoile marocaine de telle sorte que l’on peut, Ă  la limite, y voir une reprĂ©sentation de l’étoile de David. Il s’agirait d’une allusion tendancieuse au mariage du prince Moulay Ismail avec la ressortissante allemande Anissa Lehmkukl. Mais Taoufic Bouachrine a dĂ©clarĂ© que ces interprĂ©tations sont dĂ©lirantes et que le dessin s’insĂ©rait innocemment dans un dossier sur les traditions du mariage au Maroc. Il a ajoutĂ© que« l’épouse allemande du prince est de confession musulmane et pas du tout juive »  Qui croire dans cette affaire ? L’occasion de museler un mĂ©dia indĂ©pendant semblait en tout cas trop belle pour les autoritĂ©s marocaines. En octobre 2009, le tribunal de premiĂšre instance de Casablanca condamnait Taoufic Bouachrine et le caricaturiste Khalid Gueddar Ă  un an de prison avec sursis et Ă  100 000 dirhams d’amende. La justice ordonnait Ă©galement la fermeture dĂ©finitive des bureaux du quotidien, ce qui n’empĂȘchait pas sa parution mais l’obligeait Ă  dĂ©mĂ©nager. Taoufic Bouachrine a relancĂ© le journal sous le nom lĂ©gĂšrement diffĂ©rent d’Akhbar Al Youm Al-Maghribiya. Le prince a acceptĂ© les excuses du journaliste et du caricaturiste. Mais les ennuis de Taoufic Bouachrine ne se sont pas arrĂȘtĂ©s. Le 14 juin 2010, aprĂšs son retour du Forum de la presse arabe Ă  Beyrouth, il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  six mois de prison ferme pour une obscure affaire d’escroquerie. Le journaliste est accusĂ© de ne pas avoir respectĂ© le montant des versements prĂ©vus au moment de l’achat d’une maison. Il est convaincu que cette affaire est un prĂ©texte : « Je paie aujourd’hui la ligne Ă©ditoriale de mon journal. DĂ©sormais, le pouvoir ne veut plus condamner les journalistes pour leurs Ă©crits. Il les traite comme des gangsters, des malfaiteurs ». Taoufic Bouachrine, qui a dĂ©cidĂ© d’aller en appel et de ne plus Ă©crire, dĂ©nonce une dĂ©rive Ă  la tunisienne. Il craint une machination similaire Ă  celle qui envoya le journaliste tunisien Taoufic Ben Brik derriĂšre les barreaux durant six mois, pour un cas non Ă©lucidĂ© de viol et d’atteintes aux bonnes mƓurs. 

Tunisie : le partenaire avancé 

Sihem Bensedrine

  Au Forum de la presse arabe, les exemples de violations graves de la libertĂ© des mĂ©dias en Tunisie ont fusĂ©s de toutes parts. Sihem Bensedrine, une journaliste tunisienne connue pour ses nombreux dĂ©boires avec les autoritĂ©s de son pays, Ă©tait prĂ©sente Ă  Beyrouth. En 2008, elle avait lancĂ© Radio Kalima. Deux rĂ©dactions, algĂ©rienne et tunisienne, se partageaient cette antenne indĂ©pendante avant que les pressions des autoritĂ©s algĂ©riennes et tunisiennes ne la neutralisent. Depuis plus d’un an, les locaux de la radio Ă  Tunis sont sous scellĂ©s. Sihem Bensedrine, menacĂ©e de poursuites judiciaires, vit en exil. Et depuis mars 2010, la sociĂ©tĂ© Eutelsat a cessĂ© de diffuser les programmes de Radio Kalima sur son satellite Hotbird. Eutelsat a annoncĂ© au provider basĂ© Ă  Chypre que Radio Kalima ne disposait pas des licences nĂ©cessaires auprĂšs des autoritĂ©s algĂ©riennes et tunisiennes. « Nous avons Ă©tĂ© censurĂ©s Ă  la demande des autoritĂ©s algĂ©riennes », dĂ©nonce Yahia Bounouar, le directeur de l’antenne algĂ©rienne. 

Sihem Bensedrine se pose une question inquiĂ©tante : « La Tunisie devient-elle un modĂšle pour l’AlgĂ©rie ? ». Elle n’exclut pas que ce soit la Tunisie qui ait demandĂ© Ă  l’AlgĂ©rie de contacter Eutelsat. Dans une interview rĂ©cente accordĂ©e au site Afrik.com (3), Yahia Bounouar affirmait mĂȘme que « l’AlgĂ©rie a envoyĂ© des agents en formation en Tunisie », afin qu’ils y apprennent les techniques de la censure sur Internet
 Un participant Ă  la confĂ©rence de Beyrouth a ironisĂ© Ă  ce sujet : «Pourquoi le Maroc et l’AlgĂ©rie ne s’inspireraient-ils pas des mĂ©thodes tunisiennes, puisqu’ils constatent bien que celles-ci, particuliĂšrement efficaces, n’empĂȘchent pas la Tunisie d’ĂȘtre sur le point d’obtenir le statut de partenaire avancĂ© de l’Union europĂ©enne ? »

Régression et innovation juridiques 

Mohamed Krichen

  « Mon pays est un exemple de rĂ©gression des libertĂ©s de la presse », a affirmĂ© le Tunisien Mohamed Krichen, journaliste et prĂ©sentateur cĂ©lĂšbre des infos sur la tĂ©lĂ©vision qatarie Al-Jazeera. Intervenant le second jour du Forum, il a comparĂ© les dĂ©buts de sa carriĂšre en Tunisie avec ses expĂ©riences ultĂ©rieures au service arabe de la BBC et au Qatar. Puis il a exhibĂ© une trĂšs ancienne caricature parue dans le journal tunisien Ar-RaĂŻ en juillet 1978, oĂč l’on reprĂ©sentait un ministre tout puissant Ă  l’époque, occupant la place du prĂ©sident Bourghuiba sur une statue Ă©questre
 Mohamed Krichen a regrettĂ© que ce type de caricatures irrespectueuses du pouvoir soit devenu tout Ă  fait inimaginable dans la Tunisie du prĂ©sident Ben Ali. 

Yousef Ahmed (gauche) et Ali Anouzla (droite)

 Le Palestinien Yousef Ahmed, consultant auprĂšs de l’Index on Censorship, est venu prĂ©senter le nouveau rapport du « Tunisia Monitoring Group » (TMG), le groupe d’observation de la Tunisie mis en place par une vingtaine d’associations de dĂ©fense de la libertĂ© d’expression (4). Ce rapport montre non seulement comment la justice tunisienne est manipulĂ©e par l’exĂ©cutif afin d’étouffer les opinions divergentes, mais recense Ă©galement de nombreuses affaires de harcĂšlements moral et physique d’une perversitĂ© sans pareille. Le Hollandais Peter Noorlander, directeur au Media Legal Defence Initiative (Londres), a mĂȘme dĂ©celĂ© une innovation juridique dans les mĂ©thodes utilisĂ©es par la justice tunisienne pour intimider les opposants et leurs familles : le prĂ©texte d’une infraction au code de la route. C’est ainsi que Mohamed Nouri, ancien avocat, actuellement responsable de l’association LibertĂ© et EquitĂ©, a expliquĂ© aux enquĂȘteurs du TMG que son fils, un soir, roulant au volant de sa voiture, fut arrĂȘtĂ© par des policiers qui lui demandĂšrent de descendre de son vĂ©hicule. Comme il refusa d’obtempĂ©rer, les policiers brisĂšrent sa vitre. Le fils de Mohamed Nouri dĂ©marra en trombe. Il fut poursuivi pour « dĂ©lit de fuite aprĂšs avoir provoquĂ© un accident de voiture ». CondamnĂ© Ă  quatre ans de prison in abstentia, il a demandĂ© l’asile politique Ă  l’étranger et n’ose plus rentrer en Tunisie.

Une autre mĂ©thode frĂ©quemment utilisĂ©e est la confiscation de la carte d’identitĂ©. Le journaliste freelance et bloggeur Samir Boukhdir en a fait les frais. Au lendemain d’une interview qu’il avait accordĂ©e Ă  la BBC, en octobre 2009, des policiers en civil l’ont kidnappĂ© et lui ont volĂ© tous ses papiers. L’ennui est que le journaliste freelance, dĂ©jĂ  empĂȘchĂ© d’activer une connexion internet Ă  domicile, ne peut dĂšs lors plus frĂ©quenter les cybercafĂ©s, pour la simple raison que l’accĂšs de ces Ă©tablissements, en Tunisie, est soumis au dĂ©pĂŽt d’une piĂšce d’identitĂ© auprĂšs du gĂ©rant


Tous des menteurs ?

A Beyrouth, aprĂšs l’intervention de Yousef Ahmad sur la Tunisie, le NorvĂ©gien Carl Morten Iversen, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’association Norsk pen, s’est levĂ© pour insister sur la vĂ©racitĂ© des tĂ©moignages contenus dans le rapport du TMG : « Ne vous Ă©tonnez si quelqu’un va demander la parole dans cette salle pour dire que nous sommes tous des menteurs. Mais ne le croyez pas, ce rapport est sĂ©rieux »  Il ne pensait pas si bien dire, car un agent de l’ambassade de Tunis Ă  Beyrouth ne tarda pas Ă  s’emparer du micro pour dĂ©clarer qu’il n’avait jamais eu connaissance d’une obligation de soumettre une piĂšce d’identitĂ© dans les cybercafĂ©s de Tunisie ! Yousef Ahmad se fĂącha : « Monsieur, soyez honnĂȘte. Peut-ĂȘtre ne faut-il pas tout le temps montrer patte-blanche, mais seulement quand vous connaissez bien le gĂ©rant du cybercafĂ© » ! C’est qu’en matiĂšre de mesure de la rĂ©pression et de la censure, tout serait relatif (sic)


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(1) L’hisoire de cette publication est trĂšs bien relatĂ©e sur le lien suivant  

(2) Aboubakr Jamai  a expliquĂ© comment son hebdomadaire a dĂ» subir un boycott publicitaire des sociĂ©tĂ©s publiques et des grandes entreprises privĂ©es : “Nous avons perdu 80% de nos recettes publicitaires, les autoritĂ©s ont tout fait pour nous acculer (
) Nous Ă©tions dĂ©sormais considĂ©rĂ©s comme un journal Ă  problĂšmes pour les annonceurs”.

(3)L’article d’Afrik.com sur le lien suivant  

(4) “Behind the façade : how a politicised judiciary and administrative sanctions undermine tunisian human rights”, report from the seventh TMG mission to Tunisia     (6 June 2010).

(Source: Arab press juin 2010) Lien: http://arabpress.typepad.com/arab_press/censures-douces-et-dures-du-maghreb.html


Ramadan 2011 : Viol, drogue, violence, escroquerie
 Verra-t-on toujours les mĂȘmes recettes ?


Face Ă  l’indigestion de presque la totalitĂ© des feuilletons diffusĂ©s lors des soirĂ©es ramadanesques 2010, allons-nous pouvoir dĂ©licieusement digĂ©rer ceux de l’an prochain ? Qu’aurons-nous l’annĂ©e prochaine ? A quoi pensent dĂ©jĂ  nos scĂ©naristes pour Ramadan 2011 ? A Combien de feuilletons aurions-nous droit (sachant qu’en 2010 on en a eu une bonne dizaine) ?  Qui seront les heureux rĂ©alisateurs et les chanceux Top-affiche des premiers rĂŽles ? Qui, que, quoi souhaite voir le tĂ©lĂ©spectateur ? Et si on lui demandait de participer Ă  un rĂ©fĂ©rendum (chose impensable) pour faire valoir son choix ?   Vous allez certainement vous demander ‘’Pourquoi’’ avons-nous abordĂ© ce sujet et posĂ© ces questions si tĂŽt ? Et bien, il n’est jamais tĂŽt d’attirer l’attention des responsables du ministĂšre de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, des dĂ©cideurs des chaines TV, des scĂ©naristes, rĂ©alisateurs et producteurs, afin de rectifier le tir et insister sur le fond. Entre nous, toutes ces questions ont commencĂ© dĂ©jĂ  Ă  se poser
 BientĂŽt commencera le compte Ă  rebours pour la planification
   On reproche aux rĂ©alisateurs et producteurs tunisiens qui se relayent pour introduire leurs feuilletons dans le circuit des chaines de tĂ©lĂ©visions, de s’orienter depuis quelques annĂ©es vers des histoires calquĂ©es sur la rĂ©alitĂ©, mais qui partent toutes d’un mĂȘme point de dĂ©part et mĂšnent Ă  une mĂȘme ligne d’arrivĂ©e.   Au-delĂ  d’un simple succĂšs, ou d’un simple Ă©chec, les feuilletons font dĂ©sormais partie intĂ©grante de notre quotidien. Outre la thĂ©matique de la dĂ©linquance, qui est constamment rappelĂ©e, les personnages lĂšvent aussi le voile sur des sujets comme l’homosexualitĂ©, l’alcoolisme, l’addiction Ă  la drogue et mĂȘme le crime.   Les tĂ©lĂ©spectateurs s’attendent Ă  voir une rĂ©action de la part des producteurs de sĂ©ries TV, en les voyant aller vers d’autres sujets plus convaincants, plus attachants, plus constructifs et surtout proposant des solutions.   Question audimat, j’aimerai revenir sur la diffusion par Nessma TV de Youssef Asseddik. Sans aller chercher midi Ă  14h, j’affirmerai que le feuilleton a Ă©tĂ© suivi avec intĂ©rĂȘt et assiduitĂ© et mĂȘme visionnĂ© de nouveau le lendemain, par la plus part des tunisiens pratiquant la priĂšre. Que ce soit par curiositĂ© ou pour confrontation avec ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit dans le Coran, le fait y est, les tĂ©lĂ©spectateurs l’ont vu, revu et sont restĂ©s Ă©blouis par le sujet et la qualitĂ© de cette production. (Source: Tunivision le 3 octobre 2010 Lien: http://www.tunivisions.net/ramadan-2011-viol-drogue-violence-escroquerie,10343.html  


 

Monde arabe : des moments charniùres



Par Bassam Bounenni   

 

S’il y a bien une rĂ©gion au monde qui retient son souffle, c’est le monde arabe. Du Maroc au BahreĂŻn, cette aire gĂ©ographique qui occupe une place importante dans l’actualitĂ© internationale vit au rythme d’une kyrielle presque sans fin de soubresauts. Au plan interne, dans la plupart des pays, des appels pour une politique en faveur du changement se font entendre et se font de plus en plus pressants. Au plan rĂ©gional, les menaces de guerre contre l’Iran, le blocage du processus de paix entre Palestiniens et IsraĂ©liens, l’instabilitĂ© en Irak, au Liban, au YĂ©men et au Soudan alimentent toujours un profond dĂ©bat sur l’identitĂ© de cette rĂ©gion, Ă  bien des Ă©gards Ă©clatĂ©e, notamment dans un domaine aussi sensible que la politique internationale.

Dans les antichambres et dans la rue des rĂ©publiques comme des monarchies, le mot qui s’invite Ă  toutes les conversations est le changement. Tous les pays arabes, sans exception aucune, font face Ă  un terrible blocage politique et institutionnel, suite Ă  plus d’un demi-siĂšcle de faillite dans la gouvernance dĂ©mocratique. IntolĂ©rance politique, droits de l’homme bafouĂ©s, injustice sociale etc. constituent, en effet, le quotidien de ces pays.

Transition, dites-vous ?

En Egypte, tout comme en Tunisie, en AlgĂ©rie, en Libye, au YĂ©men et au Soudan, l’alternance politique est un dĂ©bat de plus en plus rĂ©current. Les leaderships de ces rĂ©gimes ayant failli Ă  leur mission d’asseoir un vrai systĂšme rĂ©publicain basĂ© sur de solides pratiques dĂ©mocratiques – bien que certains soient Ă  leur poste depuis plus de 40 ans, comme dans le cas libyen, ils sont aujourd’hui interpellĂ©s par de larges franges de leurs opinions publiques, avides d’ouverture ou au moins de dĂ©crispation.

Cependant, la tendance gĂ©nĂ©rale est, si ce n’est de maintenir le statu quo, de lĂ©guer le pouvoir Ă  un membre de la famille ou Ă  un proche. Pour ce faire, la pratique commune est celle-ci : d’un cĂŽtĂ© crĂ©er un semblant de dĂ©mocratie et de l’autre, par l’amendement des codes Ă©lectoraux, « rĂ©adapter » les textes fondamentaux. Les critĂšres d’éligibilitĂ© sont ainsi revus et
 corrigĂ©s. En Tunisie, par exemple, le prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali, a dĂ» abroger en 2002 l’article portant sur le nombre de mandats Ă©lectifs autorisĂ©s par la constitution pour ĂȘtre en mesure de se maintenir au pouvoir. Il n’est pas exclu que le prĂ©sident tunisien opte enfin pour la suppression pure et simple du «verrou» de la limitĂ© d’ñge, qui l’empĂȘche de se prĂ©senter aux prochaines Ă©lections de 2014. Plusieurs journaux en Tunisie ont dĂ©jĂ  lancĂ© une campagne appelant Zine El Abidine Ben Ali Ă  se porter candidat pour un 6Ăšme mandat.

L’Egypte, vĂ©ritable poids lourd sur l’échiquier arabe, connait le mĂȘme blocage. Plusieurs options sont possibles : soit le PrĂ©sident Hosni Moubarak, pourtant souffrant, continue Ă  diriger le pays, soit il passe les rĂȘnes du pouvoir Ă  Gamal, son fils. Une autre option favorise la piste Omar Suleyman, chef des services de renseignement. Les deux derniers scĂ©narios constitueraient un prĂ©cĂ©dent, dans la mesure oĂč le pouvoir n’a jamais Ă©chappĂ© Ă  l’appareil militaire, depuis l’abolition de la monarchie, en 1952. Ce qui pourrait ĂȘtre lĂ , du moins en partie, le cas.

Des monarchies en quĂȘte de changement

Les monarchies arabes, quoique traditionnellement plus stables et moins sujettes Ă  de tels schĂ©mas, sont elles aussi en butte au blocage politique. Au Maroc et en Jordanie, l’embellie de la fin des annĂ©es 1990 est de plus en plus perçue comme un vieux souvenir. Les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme enregistrent, non sans amertume, la fin de la « rĂ©crĂ©ation », avec un retour Ă  la rĂ©pression de l’opposition, notamment islamiste bien que reconnue, et une attaque sans prĂ©cĂ©dent contre les journalistes.

En Arabie Saoudite, autre poids lourd du monde arabe, l’heure est au changement. Mais lequel ? Les critĂšres saoudiens ne sont en aucun cas ceux «rĂ©pertoriĂ©s» dans les dĂ©mocraties occidentales, ni mĂȘme dans les pays voisins. La centralisation excessive du pouvoir, dans les coulisses des Saouds, pĂšse durablement sur la vie du pays. Ajoutons Ă  cela l’observance de traditions et de coutumes politico-religieuses qui freinent toute mutation rĂ©elle
 Les indices mĂȘmes Ă©conomiques reflĂštent l’échec cuisant des politiques de dĂ©veloppement. En dĂ©pit d’un PIB dĂ©passant les 400 milliards de dollars, le taux de chĂŽmage est de 15%, tandis que le taux d’alphabĂ©tisation demeure des plus faibles dans la rĂ©gion, dĂ©passant la barre des 80%.

Pour les voisins de l’Arabie Saoudite, les dimensions gĂ©ographique et dĂ©mographique ainsi que la prĂ©sence chiite, notamment pour le cas du BahreĂŻn, servent toujours d’alibi pour expliquer le peu d’engouement pour l’ouverture politique. Du Qatar au KoweĂŻt, en passant par le Sultanat d’Oman, les Emirats Arabes Unis et le BahreĂŻn, la scĂšne publique paraĂźt comme sur ses gardes, Ă  cause du rĂ©trĂ©cissement des espaces de libertĂ© et l’absence de vie associative et syndicale.

Vers une multiplication de conflits locaux ?

Cet Ă©tat des lieux politiques et les perspectives qu’il pose voire impose, dans certains cas, est de surcroĂźt aggravĂ© par les menaces sĂ©curitaires, tantĂŽt rĂ©elles, tantĂŽt phantasmĂ©es.

Au Soudan, le rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance du Sud aura-t-il bien lieu ? Omar Al Bashir se laissera-t-il «amputé» d’une partie du vaste pays qu’il contrĂŽle ? Ne sommes-nous pas Ă  veille d’un nouveau conflit, le «cas» du Darfour une fois rĂ©glĂ© par Khartoum
 Le traçage des frontiĂšres entre les futurs Etats constitue en soi un casus belli, puisqu’il pose le problĂšme Ă©pineux du partage des ressources pĂ©troliĂšres et ne prend pas en compte les flux migratoires des tribus concentrĂ©es sur la frontiĂšre, de part et d’autre.

L’acharnement du rĂ©gime yĂ©mĂ©nite Ali Abdallah Saleh menace, Ă  son tour, l’intĂ©gritĂ© territoriale du pays, rĂ©unifiĂ© en 1990, mais toujours en quĂȘte de stabilitĂ©. Sanaa est occupĂ© sur plusieurs fronts : la rĂ©bellion chiite houthie au Nord et le mouvement pour la sĂ©cession au Sud. Sur ces deux fronts, les fondements de la protestation sont identiques : plus de justice et plus d’équitĂ©.

La menace d’une intervention d’une partie de la communautĂ© internationale contre l’Iran est comme une Ă©pĂ©e de DamoclĂšs au-dessus de la tĂȘte des dirigeants arabes. Source de divisions entre capitales arabes
 Les blocs se forment. Le premier comprend l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie, avec des relais dĂ©centrĂ©s tels une partie des parlementaires libanais et le Fatah dans les Territoires palestiniens. Le second bloc est tout aussi clairement dĂ©fini, avec bien sĂ»r en tĂȘte l’Iran, la Syrie et Ă©galement ce qu’on pourrait appeler des antennes locales, le Hezbollah au Liban et le Hamas dans les Territoires palestiniens. Cette Ă©quation n’a pas que des inconnues
 Cette tension pourrait rejaillir sur le Liban qui a, de tout temps, subi sur son territoire les contre-coups des conflits rĂ©gionaux et s’est lui-mĂȘme transformĂ© en terrain de guerre.

En outre, ces alliances rĂ©gionales empĂȘchent tout rĂšglement du conflit entre Palestiniens et IsraĂ©liens. La fracture Hamas-Fatah est comme un «écho» de cette gĂ©opolitique. Le mouvement islamiste refuse toute reprise de nĂ©gociation avec l’Etat hĂ©breu, tandis que son rival joue la carte des pourparlers, quoique sans enthousiasme. Mais, aux yeux d’une large frange des Palestiniens, ni l’un ni l’autre ne portent la lĂ©gitimitĂ© et la crĂ©dibilitĂ© pour nĂ©gocier en leur nom.

Les populations irakiennes font aussi les «frais» d’évĂ©nements tragiques et aujourd’hui, au moment oĂč le processus de retrait des AmĂ©ricains est enclenchĂ© et au moment oĂč une solution purement irakienne fait douter, la promesse de jours meilleurs ne suffira plus. Une grande partie de la classe politique irakienne s’est dĂ©crĂ©dibilisĂ©e et les Irakiens de la rue n’y croĂźt plus.

En partie, l’instabilitĂ© intĂ©rieure et le durcissement des rĂ©gimes arabes sont «alimentĂ©s» par les multiples et complexes dimensions rĂ©gionales de conflit ouverts ou latents. Les opinions publiques, elles, se font entendre, de plus en plus. Dans l’état actuel des choses, ces opinions, ces voix dĂ©rangent, qu’elles trouvent une expression civile dans certains mĂ©dias nationaux ou internationaux, notamment grĂące aux nouvelles technologies (chaĂźnes satellitaires, internet etc.). Les oppositions, laĂŻque ou religieuse, se rĂ©organisent et leur champ d’action et d’interpellation s’ouvre Ă  l’ensemble de la sociĂ©tĂ©.

(Source: grotius.fr/ le 3 octobre 2010) Lien: http://www.grotius.fr/monde-arabe-des-moments-charnieres%e2%80%a6/

 


 

Le prĂ©sident allemand salue le rĂŽle de l’islam en Allemagne

 


 

 Par Reuters, publié le 03/10/2010 à 17:16

Le prĂ©sident allemand Christian Wulff a profitĂ© dimanche de son discours Ă  l’occasion du 20e anniversaire de la rĂ©unification pour inviter les Allemands Ă  plus de respect et de solidaritĂ© envers les Ă©trangers.

Il a Ă©galement soulignĂ© que l’islam avait sa place en Allemagne.

Nous sommes un peuple. Cet appel Ă  l’unitĂ© doit aujourd’hui ĂȘtre une invitation adressĂ©e Ă  tous ceux qui vivent chez nous“, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  BrĂȘme, dans le nord de l’Allemagne.

Le christianisme et la judaĂŻtĂ© appartiennent sans nulle doute Ă  l’Allemagne. C’est notre histoire judĂ©o-chrĂ©tienne. Mais dĂ©sormais, l’islam aussi fait partie de l’Allemagne“, a-t-il ajoutĂ©.

Le chef de l’Etat, qui joue essentiellement un rĂŽle honorifique, a rappelĂ© que dans le mĂȘme temps, l’Allemagne exigeait de ses Ă©migrĂ©s le respect des valeurs inscrites dans sa Constitution. Etre chez soi en Allemagne signifie ainsi, Ă  ses yeux, respecter la Loi fondamentale et s’en tenir Ă  ses rĂšgles.

Celui qui ne le fait pas, celui qui mĂ©prise notre pays et ses valeurs, s’expose Ă  une rĂ©sistance rĂ©solue de nous tous, dans notre pays“, a-t-il continuĂ©. Wulff a ajoutĂ© que la sociĂ©tĂ© restait vigilante face Ă  ceux qui abusent de la collectivitĂ©. L’Etat social, a-t-il ainsi soulignĂ©, n’est pas “un magasin en libre service“.

L’Allemagne, qui compte sur son sol quatre millions de musulmans, essentiellement d’origine turque, a Ă©tĂ© agitĂ©e ces derniĂšres semaines par un houleux dĂ©bat sur le rĂŽle de l’immigration.

AprĂšs avoir publiĂ© un livre devenu un best-seller et dĂ©fendu des positions particuliĂšrement hostiles aux musulmans, Thilo Sarrazin a Ă©tĂ© contraint Ă  la fin de l’Ă©tĂ© de dĂ©missionner du directoire de la Bundesbank.

Christian Wulff, qui est nĂ© Ă  l’Ouest, a tenu par ailleurs dans son discours Ă  saluer les Allemands originaires de l’ex-RDA, qui, selon lui, ont dĂ» faire d’Ă©normes efforts pour s’adapter Ă  une sociĂ©tĂ© nouvelle aprĂšs l’effondrement de leur pays.

Dans une certaine mesure, ils ont dĂ» entamer une nouvelle vie, rĂ©organiser leur vie quotidienne et saisir les occasions qui se prĂ©sentaient“, a-t-il dit.

Cela, ils l’ont fait dans un Ă©tat d’esprit incroyablement ouvert aux changements. Cela, on ne le reconnaĂźt pas encore assez aujourd’hui“, a dit le prĂ©sident allemand, qui fĂȘtera bientĂŽt ses 100 premiers jours au chĂąteau de Bellevue, la rĂ©sidence du chef de l’Etat.

Eric Faye pour le service français 

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