9 février 2008

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TUNISNEWS
 8 ème année, N°  2817 du 09.02.2008

 archives : www.tunisnews.net


FIDH – OMCT: Poursuite des atteintes à la liberté d’expression et à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme AFP: Tunisie: reprise du procès en appel de 30 salafistes dont 2 condamnés à mort AP: Tunisie: des salafistes djihadistes projetaient des attentats contre les « croisés » La Croix: Moncef Marzouki, l’opposant tunisien qui voulait être président Le site web du journal « Le Temps »: Le retour des écoles coraniques en Tunisie – débat passionnant entre les lecteurs du journal La Croix: Le Web ouvre des espaces de liberté au Maroc Le Temps  – Suisse: L’appel anglican à la charia suscite un tollé Le Figaro: Le primat anglican par qui le scandale arrive Le Monde: L’ex-dirigeant khmer rouge Nuon Chea face à ses victimes Reuters: Le Parlement turc autorise le voile à l’université


Appel De L’observatoire (fidh/omct)

 

1er/02/2008

 

 

Poursuite des atteintes à la liberté d’expression et à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme

 

 

Genève-Paris, le 1er février 2008. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), condamne vivement la poursuite des actes de répression à l’encontre des journalistes tunisiens et des étudiants syndicalistes.

 

En effet, le 18 janvier 2008, le tribunal de Sakiet Ezzit dans la banlieue de Sfax a confirmé en appel la condamnation du journaliste Slim Boukhdir, correspondant du journal panarabe basé à Londres Al Quds Al Arabi et du site Internet de la chaîne de télévision satellitaire Al-Arabiya, et membre fondateur de l’association de défense des libertés “Liberté et équité”, à un an de prison ferme pour “outrage à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions”, “atteinte aux bonnes moeurs” et “refus de présenter ses papiers d’identité” [1]. Les avocats du journaliste, ainsi que des représentants d’organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme qui ont suivi le procès en première instance et en appel, ont dénoncé de nombreux vices de procédure, en particulier le refus du tribunal de convoquer les témoins de la défense. M. Slim Boukdhir, qui oeuvre pour la liberté de la presse et la liberté d’expression depuis plusieurs années, est une nouvelle fois victime de la politique de persécution et de harcèlement des autorités tunisiennes. D’après nos informations, M. Slim Boukdhir était détenu depuis le début de son incarcération dans des conditions déplorables et ses avocats et sa famille se sont vus refuser le droit de lui rendre visite plusieurs fois sans raison légitime. L’Observatoire se félicite que ses conditions de détention aient récemment été améliorées, mais déplore que M. Boukdhir soit maintenu à l’isolement.

 

Par ailleurs, une nouvelle vague d’arrestations et de poursuites judiciaires a également touché plusieurs étudiants membres de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET). Actuellement, l’UGET compterait 49 étudiants victimes d’arrestations et de détention, de licenciements abusifs, de poursuites et condamnations abusives ou tombant sous le coup de mandats de recherche. Ces étudiants seraient harcelés en raison de leurs activités syndicales et de l’exercice de leur droit à la liberté d’expression et d’association.

 

Enfin, l’Observatoire déplore l’interdiction de séjour opposée par les autorités algériennes, suite aux pressions exercées par Tunis, à M. Taoufik Ben Brik, journaliste connu pour ses activités de défense des droits de l’Homme qui venait à Alger présenter un de ses ouvrages.

 

Les actes de harcèlement visant M. Slim Boukhdir, M. Taoufik Ben Brik et les membres de l’UGET sont les dernières en date d’une série d’inculpations, d’arrestations et de harcèlement visant à museler les journalistes indépendants et les opposants pacifiques aux autorités tunisiennes. Par conséquent, l’Observatoire demande aux autorités tunisiennes de garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Slim Boukdhir et de procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle dans la mesure où sa détention est arbitraire puisqu’elle vise à sanctionner ses activités de défense des droits de l’Homme.

 

Par ailleurs, l’Observatoire prie les autorités tunisiennes de cesser tout acte de répression envers M. Slim Boukhdir, M. Taoufik Ben Brik, les membres de l’UGET et l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme et de rétablir les dialogues avec eux, de se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et, plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la Tunisie .

 

Pour plus d’informations, merci de contacter : FIDH : Gaël Grilhot : + 33 1 43 55 25 18 OMCT : Delphine Reculeau : + 41 22 809 49 39

 

 

[1] M. Boukdhir avait été arrêté le 26 novembre 2007 alors qu’il se rendait à Tunis, suite à sa convocation par le poste de police de Khaznadar afin d’aller chercher son passeport, puis placé en détention préventive au poste de Sakiet Ezziet. Il avait été condamné en première instance, le 4 décembre 2007, à un an de prison ferme (Cf. appel urgent de l’Observatoire TUN 005/1207/OBS 170, diffusé le 19 décembre 2007).

 

 

 


 

Tunisie: reprise du procès en appel de 30 salafistes dont 2 condamnés à mort

TUNIS – Le procès en appel de 30 salafistes tunisiens, dont deux condamnés à mort en première instance pour terrorisme, a repris vendredi avec l’interrogatoire des prévenus, a constaté une journaliste de l’AFP. Agés de 22 à 42 ans, ces militants jihadistes avaient été condamnés à de lourdes peines le 30 décembre lors d’un procès mouvementé et boycotté par la plupart des avocats de la défense. Ils sont accusés d’être impliqués dans des accrochages armés de décembre 2006 et janvier 2007, au sud de Tunis, qui avaient fait 14 morts, dont un officier et un agent de sécurité, selon les autorités. Dans une salle archicomble, la cour d’appel a entendu des prévenus se rétracter affirmant que des aveux leur avaient été extorqués sous la torture et nier avoir fait allégeance à un groupuscule armé ou nourri un projet d’action politique violente. Certains ont expliqué à la cour qu’ils avaient été enrôlés par les meneurs au moment où ils cherchaient « une planque pour fuir les harcèlements de la police » à cause, selon eux, du port de la barbe ou de la fréquentation des mosquées. Ils sont poursuivis pour adhésion à un groupe se nommant « Jound Assad Ibn Fourat » dont les meneurs, y compris leur chef Lassad Sassi, un ancien gendarme et vétéran d’Afghanistan et de Bosnie, sont morts dans les affrontements. Condamné à perpétuité, Ali Arfaoui, longuement entendu par le juge Manoubi Hamidane a témoigné que ses meneurs n’avaient pas l’intention d’affronter le régime mais d’accomplir « le Jihad contre les croisés ». « Lassad (Sassi) m’a dit que son objectif n’était pas de renverser le régime, mais d’attaquer les croisés, en représailles à la croisade de Bush contre l’islam et les musulmans », a-t-il dit en référence à la lutte antiterroriste déclarée par le président américain George W. Bush après les attentats du 11 Septembre aux Etats-Unis. « Mieux vaut pour moi d’être sous terre que de voir mes frères opprimés en Palestine et en Irak », s’est-il emporté, avant d’être rappelé à l’ordre par le juge. Comme lui, certains ont reconnu avoir été initiés à la manipulation d’armes (Kalachnikov) et de produits explosifs, tout en niant avoir été mis au courant des projets du groupe. Selon l’accusation, le groupe avait pour mission de recruter, collecter de l’argent et commettre des attentats à Tunis et à Sousse, pôle touristique du centre-est. Le noyau composé de six personnes s’était infiltré d’Algérie après avoir reçu une formation dans les maquis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) devenu Branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. En première instance, deux des accusés déclarés coupables d' »appartenance à une organisation terroriste, assassinats, et incitation de la population à s’entretuer » avaient été condamnés à mort, huit à perpétuité, les 20 autres ayant écopé de peines allant de cinq à 30 ans de prison. Deux diplomates représentant les Etats-Unis et l’Union européenne, ainsi que des avocats et délégués d’ONG internationales ont assisté à la reprise du procès ouvert le 15 janvier. Après une suspension d’audience, la Cour a poursuivi l’audition de prévenus, avant de renvoyer les débats au 12 février. (©AFP / 08 février 2008 19h26)

 


 

Tunisie: des salafistes djihadistes projetaient des attentats contre les « croisés »

 Par Bouazza ben Bouazza AP – Vendredi 8 février, 18h48 TUNIS – Le groupe de salafistes djihadistes neutralisé en janvier dernier par les forces de sécurité en Tunisie projetaient de commettre des attentats contre des « cibles de croisés », a révélé vendredi sans plus de précisions, l’un de ses membres lors de son interrogatoire devant la cour d’appel de Tunis. Ali Arfaoui, condamné en première instance à la prison à perpétuité, a nié que le groupe ait tenté de comploter contre la sûreté intérieure de l’Etat, ni de renverser le régime. « Ce n’est pas avec quatre ou six kalachnikovs que l’on peut prétendre s’attaquer à l’appareil sécuritaire d’un Etat, c’est insensé », a-t-il opiné. Selon l’accusé, les opérations que « l’émir » du groupe, Lassaâd Sassi, se préparait à perpétrer étaient en réaction à « la nouvelle croisade menée contre l’islam et les musulmans ». Il a dénoncé « la guerre déclarée par les Etats-Unis et leurs alliés contre les musulmans sous couvert de lutte contre le terrorisme ». D’après les autorités, les ambassades des Etats-Unis et de Grande-Bretagne ainsi que des diplomates en poste à Tunis étaient ciblés par les attentats. Cependant aucune référence à de tels objectifs ne figure dans le dossier de l’affaire, selon les avocats de la défense. Plusieurs accusés ont nié appartenir à ce groupe dénommé « soldats d’Assad Ibn Fourat », du nom d’un chef de guerre arabe. Devant le président de la cour, Manoubi Hmidane, qui leur a accordé toute la latitude de s’exprimer, ils ont dénoncé les tortures dont ils affirment avoir été victimes, estimant que les accusations retenues contre eux étaient « sans fondement ». « Je me suis trouvé parmi ce groupe parce que j’étais recherché par les services de sécurité, comme plusieurs autres », a avancé l’un d’eux. A l’issue de l’interrogatoire de la moitié des accusés, le juge a décidé le report du procès au 12 février. Condamnés en première instance à de lourdes peines, dont deux à la peine capitale et huit à perpétuité, 30 salafistes comparaissaient en état d’arrestation devant la cour. Ils sont impliqués dans des affrontements armés qui ont secoué le pays fin décembre et début janvier, causant la mort de 14 personnes dont un officier, un agent de police et 12 salafistes. Selon le ministre tunisien de l’Intérieur, Rafik Haj Kacem, le noyau du groupe, composé de six éléments, s’était infiltré avec des armes par la frontière algérienne après avoir séjourné dans le maquis de l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), devenu la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Son chef, Lassaâd Sassi, un ancien gendarme qui s’était rendu en Afghanistan, a péri lors des accrochages. Etaient présentes au procès les premières secrétaires des ambassades des Etats-Unis, Susannah Cooper, et de France, Julie Bedos, au nom de « la présidence locale » française de l’Union européenne, la Slovénie qui en assure actuellement l’exercice n’ayant pas de représentation diplomatique permanente en Tunisie. Côté ONG, des délégués d’Amnesty International, l’ancien bâtonnier Denys Robillard, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Martin Pradel, et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Patrick Mutzenberg, ont fait le déplacement à Tunis. AP

 


Moncef Marzouki, l’opposant tunisien qui voulait être président

par FICATIER Julia

samedi 9 février 2008

Le 5 février 1994, Moncef Marzouki annonce sa candidature Ce jour-là, Moncef Marzouki fait acte de candidature à la présidentielle. Mais le 20 mars il n’y a qu’un candidat unique à sa propre succession, le président Ben Ali, arrivé au pouvoir par un coup de force en novembre 1987, après avoir destitué Habib Bourguiba. L’opposant essaie de déposer sa candidature. Sans succès. Il écrit une lettre au chef de l’État dans laquelle il souligne que ce serait « l’honneur du président Ben Ali de le laisser se présenter ». Il n’aura pas de réponse.Il ne désespère pas qu’un jour un pluralisme réel en Tunisie lui permette d’être candidat à la présidentielle
 

A 62 ans, Moncef Marzouki reconnaît avec humour qu’il est « tombé enfant dans la marmite de l’opposition tunisienne. C’est une maladie chronique, héréditaire. Mon père est mort au Maroc après 30 ans d’exil », dit-il à La Croix. « Moi-même, je l’avais suivi dans son exil.

J’avais alors 15 ans. Jusqu’en 1979, j’ai vécu entre le Maroc et la France, à Strasbourg, où j’ai fait mes études de médecine avec comme spécialité la neurologie. Mon père avait beau me répéter, “Ne fais pas de politique, ça ne sert à rien, sois seulement un bon médecin”, je ne l’ai pas écouté. »

Moncef est donc rentré à Tunis, où il n’était pas interdit, à l’inverse de son père. Il s’est d’abord impliqué dans le droit des enfants, surtout des enfants handicapés. « C’était la porte d’entrée… en politique.

Des droits de l’enfant, j’ai glissé aux droits de l’homme pour finir par prendre la direction en 1989 de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. » À ce poste, les choses se sont envenimées. « À ce moment-là, au processus démocratique, qui semblait en cours en 1987 à l’arrivée du président Ben Ali, succède un second processus, celui-là dictatorial. En 1989-1990, toutes les libertés ont été supprimées : plus de presse libre, plus de syndicats libres », souligne l’opposant. En 1992, la Ligue tunisienne des droits de l’homme est dissoute. Une chape de plomb tombe sur la Tunisie.

Moncef, lui, cherche une manière de faire respirer son pays. Il décide en 1994 de se présenter à la présidentielle, sachant qu’il risque gros, puisqu’il n’y avait qu’une candidature autorisée, celle du chef de l’État. « Ce n’était pas du donquichottisme, c’était de la pédagogie démocratique », assure l’opposant qui, l’œil malicieux, a gardé l’art des formules heureuses.

Moncef se permet de louer une salle à l’hôtel Sofitel à Tunis pour y tenir une conférence de presse. Il avertit toute la presse. Mais la rencontre n’aura jamais lieu. Sorti de chez lui à 15 heures, il est « intercepté » par des hommes en civil et emmené par la police. Il restera enfermé quatre heures, suspecté dit-on d’un vol de voiture, puis relâché. « Je suis revenu à l’hôtel où l’on m’a remboursé les 120 dinars donnés, puisque la conférence de presse n’avait pas eu lieu. Il y a eu ensuite une pétition signée par une centaine de personnes pour une élection présidentielle libre. Ce qui n’a rien changé. La veille du vote, j’ai appelé, en vain, au boycott. » Moncef, tout courage, qui a osé braver un tabou, celui de ne pas accepter une candidature unique, sera sanctionné. Le 21 mars, au lendemain de l’élection, il est emprisonné dans une cellule, isolé des autres détenus. Il y restera quatre mois sans jugement. L’intervention personnelle de Nelson Mandela qu’il a connu en 1991 à Oslo va le sauver.

Une fois libéré, les sanctions pleuvent contre l’opposant-médecin. Il est exclu de tous les hôpitaux, interdit de sortie pendant cinq ans, chassé de la faculté de médecine où il était professeur…. Mais le têtu Moncef poursuit son combat : sur Al-Jazira, il appelle en 2000 au départ de Ben Ali. Toute la Tunisie l’entend. Il se retrouve « en résidence surveillée ». « Deux voitures de police constamment devant chez moi. Il m’était impossible de marcher librement dans la rue. Je n’avais plus de ressources et plus de quoi élever mes deux filles. En 2001, le président Jacques Chirac a demandé ma libération arguant du fait que j’avais obtenu un poste à la Faculté de médecine de Bobigny, comme professeur invité de santé. ».

Moncef est donc parti en France, mais a fait trois tentatives de retour à Tunis qui se sont mal passées. À chaque fois il a eu droit à des interrogatoires musclés et des menaces. Opposé à toute violence, il a décidé finalement « de ne revenir en Tunisie que lorsqu’il y aura un changement de gouvernement ».

Aujourd’hui, il travaille comme consultant dans un réseau de santé à Marne-la-Vallée, dans les quartiers difficiles, où il retrouve des Maghrébins et bien sûr des Tunisiens, gardant ainsi avec son pays un lien très fort.

En homme du Sud, qui affectionne les paraboles, il souligne « avoir semé dans le désert quelques graines. Si la pluie vient, ce désert se transformera en jardin d’Éden. Si elle ne tombe pas, nous attendrons notre démocratie… et le jour où elle refleurira, croyez-moi, je serai à nouveau candidat. »

FICATIER Julia

(Source : « La Croix » (Quotidien – France), le 7 février 2008)


Amélioration des conditions de visite des détenus

La direction de la prise en charge sociale des familles des détenus relevant de la direction générale des services pénitentiaires et de la réhabilitation au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme est parvenue dernièrement à favoriser de bonnes conditions de rencontres des prisonniers avec leurs familles et ce d’une manière directe et sans séparations. 

 

M. Fethi Merdassi, nouveau président du Conseil d’administration de Tunisiana

Tunisiana annonce la nomination de M. Fethi Merdassi, en qualité de nouveau président du Conseil d’Administration de l’entreprise. Et ce, suite à l’Assemblée Générale d’Orascom Telecom Tunisie (Tunisiana). M. Fethi Merdassi succède à M. Fethi Houidi. M. Fethi Merdassi occupait, jusque là, le poste de ministre-conseiller auprès du Président de la République.

 

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 9 février 2008)


 

 Un article publié par le quotidien « Le Temps » le 18 janvier 2008 sur « le retour des écoles coraniques en Tunisie » a suscité un débat passionnant entre les lecteurs du journal :

 

vendredi 18 janvier 2008

Le retour des écoles coraniques en Tunisie

 

* Un enseignement moderne et basique : on y apprend même les maths…Mais autour d’un corollaire : le Coran

 

 Difficile de le louper avec sa Jellaba blanche et sa canne qui lui sert à la fois de béquille pour l’aider à marcher et de bâton pour punir ses disciples.

 

Jadis, en le croisant dans la rue, les enfants rougissaient et devenaient raides. Imposant le respect et la crainte pour quelques uns, le « Mouaadeb », est toujours là aujourd’hui,  mais on ne le reconnaît plus,

 

 il s’est dissous dans la société : il a troqué son habit typique pour une tenue de ville décontractée, quand à son bâton, rangé quelque part, il n’a plus le droit de l’utiliser…

 

Un personnage d’antan qui continue avec un brin de modernisme et un  air de changement  à éduquer les enfants et surtout à leur apprendre par cœur le Coran.

 

Un métier aussi qui survit aux vicissitudes du temps, et peut être aussi à l’instrumentalisation des versets coraniques.

 

Certains jardins d’enfants se sentent menacés, les écoles coraniques marquent un retour timide mais capable de détourner plusieurs inscriptions. Une concurrence réelle et menaçante dans la mesure où on n’apprend plus que le Coran, les maths et plusieurs autres disciplines font désormais partie de tout un programme élaboré par l’Etat.

 

Les parents aspirent toujours à donner le meilleur à leur progéniture, c’est pourquoi lorsqu’un enfant atteint l’âge de la scolarité, le seul souci des parents est de lui garantir le meilleur cadre et la meilleure institution. Allant jusqu’à débourser leurs économies pour leurs études et leurs formations.

 

Et cette première école que l’enfant fréquentera, qui le marquera le plus, représente l’un de ses premiers contacts avec le monde extérieur et avec la société et forgera sa personnalité à partir de ces quelques heures qu’il passera seul loin de sa mère ou son père… L’école ou le jardin d’enfants dans lequel il passera quelques heures dans la journée sera sa deuxième famille.

 

Un choix réfléchi pour certains, spontané pour d’autres sinon imposé…Mais parfois la tendance et la frime prennent le dessus…

 

Mais de nos jours, les écoles coraniques sont à la mode.

 

Plusieurs parents décident d’inscrire leurs enfants dans des écoles coraniques.

 

Certes, le décor a changé, tapis sur lequel s’asseoit par terre, le prêcheur entouré de ces disciples a disparu. Désormais, la séance se déroule dans une salle de classe salubre, les murs ornés d’illustrations et de photos, un programme élaboré par une équipe pédagogique et le prêcheur est soumis de temps en temps à un contrôle et une inspection de la part d’un prédicateur.

 

L’apprentissage du Coran reste le pilier fondamental de cette institution.

 

Autre symbole invariable : les écoles coraniques ont toujours été des espaces mitoyens à la mosquée.

 

Aujourd’hui, rassurés par les réformes et la restructuration de cet établissement, plusieurs parents de la ville de Sfax par exemple y inscrivent leurs enfants.

 

Il y a aussi ceux qui désirent se retremper via leurs enfants dans les souvenirs de l’époque d’antan, en effet, amener chaque jour son fils à son école coranique, devient une source de méditation et évocatrice d’une identité authentique voire un retour aux origines….

 

Il y a aussi le profil des parents conservateurs, conformistes et traditionalistes motivés par une foi ardente, ils sont convaincus de résultat positif de cette ancienne structure. Ils manifestent même leur refus quant à la fréquentation des jardins d’enfants…

 

Loin de vouloir se faufiler dans les prétentions des uns et des autres ou de s’immiscer leurs convictions, aujourd’hui les faits divulguent la réalité.

 

Phénomène de mode ou retour à la religion, basé sur un Islam modéré, le secteur n’est plus anarchique. L’Etat restructure les écoles coraniques et y apporte une touche de modernisme.

 

 

Fathi Haj Brahim, Prédicateur régional, Sfax.

 

 « L’Etat restructure  cette institution vu qu’elle est désirée de plus en plus par les parents »

 

La mission d’un prédicateur est d’inspecter les  prêcheurs répartis dans le Gouvernorat de Sfax et qui sont au nombre de 33. Nous, les prédicateurs en sommes 16. Notre tâche est de rendre des visites inopinées à ces lieux d’enseignement afin de constater de visu plusieurs détails quant à la propreté du local, la tenue vestimentaire du maître, son apparence et ses fiches avec lesquelles il présente son cours.

 

C’est presque la même fonction d’un inspecteur pédagogique qui s’assure  perpétuellement au cours d’une année scolaire que l’instituteur dispense un enseignement approprié à ses disciples.

 

Mis à part la vérification des supports éducatifs dont il dispose tels que : le cahier de présence, les fiches d’enseignement, nous nous assurons aussi de la qualité de préparation du cours, l’application du programme prescrit pour les écoles coraniques, la relation prêcheur/ enfants et les qualités pédagogiques utiliséespour inculquer cet enseignement…

 

Depuis mai 2005, pour pouvoir remplir la fonction d’un prêcheur dans une école coranique, un niveau bac et plus est exigé.

 

L’évolution du nombre de ces moralisateurs : 13 en 2001 et 33 en 2008 pour l’ensemble de la région de Sfax, reflète une demande accrue pour ce type d’éducation. Aujourd’hui, ce nombre est constitué de 19 femmes et 14 hommes. Ce n’est plus un secteur réservé exclusivement aux hommes comme autrefois.

 

Les réformes ont atteint également la qualité de cet enseignement.

 

A présent, il n’est plus question d’inculquer uniquement le Coran et ses sourates, en effet, l’enfant bénéficie d’un programme d’éducation diversifié et semblable à une année préparatoire dans une école étatique, la seule différence réside dans le fait qu’au cours du volume horaire programmé pour chaque classe, le Coran accapare une part plus importante. En résumé, l’école coranique est un enseignement basique et multidisciplinaire axé essentiellement sur le Coran.

 

D’ailleurs, ce programme est élaboré en collaboration avec le Ministère des Affaires Religieuses, le Ministère de l’Education, et le Ministère de la Femme, la Famille et l’Enfance.

 

Les écoles coraniques ne se limitent pas à l’apprentissage du Coran comme était le cas jadis, aujourd’hui, le programme de ces écoles comporte plusieurs matières : l’éducation religieuse, les mathématiques, l’expression orale, le dessin, la récitation, et quelques activités sportives.

 

On rappelle que les enfants sont inscrits à partir de l’âge de 4 ans.

 

Cependant, le programme préconise un volume horaire hebdomadaire de 22 heures et 30 minutes réparti sur 9 séances dans la semaine.

 

La séance ne doit pas excéder 2 heures et 30 minutes.

 

Pour une année scolaire qui débute en septembre et s’achève en juin, un enfant aurait normalement accumulé des connaissances pendant près de 675 heures.

 

Le recrutement des prêcheurs se fait selon un concours. Certes sont privilégiés, les maîtrisards de la faculté de charia et théologie.

 

Les personnes qui ont un niveau bac s’inscrivent en première étape à un concours au cours duquel leurs connaissances sont mises à l’épreuve.

 

Un minimum de récitation de quatre Hezb est exigé (de sourate al Molk  jusqu’à al Nass) tout en respectant la  diction et  l’élocution nécessaires que requiert l’articulation des mots et des lettres composant les versets coraniques pour une psalmodie adéquate .

 

Puis, ces candidats suivent une formation intense pour acquérir les outils indispensables à la transmission de leurs connaissances.

 

Outre cette formation, et une fois qu’ils sont engagés, des séminaires pédagogiques tous les deux mois, sont organisés et auxquels ils doivent assister.

 

Etre un prêcheur n’est pas une fonction mais une mission, d’ailleurs un prêcheur perçoit une aide mensuelle de l’Etat d’un montant de 132,500 dinars, outre les cotisations des élèves inscrits dans la classe.

 

La loi a plafonné cette contribution à 15 dinars. De plus, le nombre des élèves dans une classe ne doit pas dépasser les 35 enfants. Nous incitons aussi le prêcheur à inscrire à titre non lucratif et gratuitement un minimum de trois enfants issus des familles pauvres.

 

Pour cette année scolaire en cours, les inscriptions dans le Gouvernorat de Sfax varient entre 1000 et 1200 enfants.

 

Bien que la demande ne cesse d’augmenter et les personnes qualifiées pour remplir cette charge, sont disponibles, l’ouverture d’une école coranique n’obéit pas à ce précepte.

 

Même si la demande ou la nécessité de la région en école coranique continue à croître, l’Etat préfère prendre pleinement le temps pour garantir des espaces salubres. C’est pourquoi la décision d’ouvrir une nouvelle école coranique exige plusieurs critères.

 

Autrefois, le prêcheur et ses disciples s’assoyaient  par terre.

 

Les écoles coraniques aujourd’hui suivent l’évolution et se modernisent.

 

Une salle de classe doit être équipée de bancs, des tables, un tableau, des supports éducatifs, des illustrations et des dessins…

 

L’école doit aussi être équipée d’un espace sanitaire et réunir tous les dispositifs nécessaires pour l’instauration de cette unité éducative.

 

 

 Mounir Zouari, 34 ans, prêcheur

 

 « Je fais partie de l’ancien régime, j’enseigne avec un niveau bac parce que j’avais appris le Coran par cœur »

 

Avec un niveau 4ème année secondaire, il enseigne depuis 1996 à l’école coranique « al Faleh », route de Tunis à Sfax.

 

Il assure l’enseignement de deux classes, une la matinée et l’autre l’après midi, chacune comporte quelques dizaines d’enfants venant des environs.

 

Il affirme que la formation dans les écoles coraniques est meilleure que celle d’une école préparatoire ordinaire.

 

« Bien que les enfants ne comprennent pas, à cet âge là, le sens réel et profond des phrases coraniques et des sourates, l’apprentissage leur servira dans le futur.

 

Néanmoins, parfois les enfants, intrigués par l’ambiguïté d’une prononciation d’un mot ou d’un vocable, posent des questions et il est de mon devoir de procéder à une explication simple et abrégée.

 

D’autant plus que, le programme est diversifié, les enfants n’apprennent pas uniquement le Coran mais ils apprennent aussi les ABC de quelques sciences, telles que les mathématiques, les sciences naturelles, l’écriture, les activités sportives… »

 

 Mouna Ayadi, 27 ans, Prêcheuse.

 

 « Etre un prêcheur n’est plus un métier exclusivement masculin »

 

Avec un niveau bac, elle enseigne depuis plus de trois ans aux  enfants âgés de plus de quatre ans

 

Elle confirme avoir suivi une formation de trois mois après avoir réussi au concours.

 

Elle affirme également que l’intérêt des parents s’accroît davantage quant à l’inscription de leurs enfants dans les écoles coraniques.

 

Ce n’est plus un métier réservé exclusivement aux hommes, la preuve en est ; j’ai pu percer dans ce domaine.

 

 

La salle de classe qu’occupe Mme Ayadi avec les enfants est identique à une salle  de classe ordinaire.

 

Des décorations, des dessins, des illustrations ornent les murs de la salle.

 

 Nour, 33 ans, mère d’une enfant, Sfax

 

 «  Entre un jardin d’enfants et l’école coranique, je préfère de loin la deuxième ! »

 

J’ai préféré inscrire ma fille dans une école coranique, une année après avoir tenté l’expérience d’une année avec une école maternelle privée. J’avais opté au départ pour la maternelle dès que ma fille avait atteint l’âge de 4 ans. Puis, l’année d’après, j’ai décidé de m’occuper moi-même de son enseignement et son éducation étant donné que la classe préparatoire est facultative.

 

J’étais très déçue par la qualité de leur enseignement. Malgré la renommée et la bonne réputation de cette maternelle dans la région et les droits excessifs des inscriptions, je pense que c’est complètement différent. J’aurais même dû inscrire ma fille à l’école coranique dès ses 4 ans. Je regrette son passage à la maternelle… je me souviens qu’elle avait appris de mauvaises habitudes pour  finalement ne rien apprendre…

 

D’autant plus, ils tablaient essentiellement sur la danse, le chant et les spectacles… des futilités et des frivolités. La connaissance et les bases de l’enseignement sont transmises à pas d’escargot. Pis encore, pour chaque activité supplémentaire, les parents doivent encore payer… le personnel use des ruses marketing pour remplir la caisse…

 

Et voilà, il ne passe pas un mois ou deux, sans que la petite réclame une activité proposée par le jardin d’enfants moyennant une dizaine de dinars…

 

A l’école coranique, nous payons mensuellement 15 dinars et ma fille assimile un cours consistant et dense. Elle a appris des sourates et des versets coraniques, c’est vrai qu’elle les récite (machinalement) mais lorsqu’elle grandira elle s’en servira je suis certaine.

 

La différence dans la qualité de l’enseignement est absolument flagrante.

 

Instruit par Lina Kamoun.

 

 

Cet article a suscité par la suite plusieurs réactions dans le « Courrier des lecteurs » du journal :

 

 

Mardi 22 janvier 2008

 

Réaction à l’article : « Le retour des écoles coraniques en Tunisie »

 

 « Concernant les écoles coraniques, je pense qu’il faut se poser plusieurs questions : 1-quel bénéfice peut-on tirer en faisant apprendre à un enfant de 5 ans des versets dont il ne comprend pas le sens ?

 

2-y a-t-il une étude scientifique guidée par des pédopsychiatres, des pédagogues pour montrer l’intérêt de tel enseignement ou au contraire y a -t-il des effets néfastes ultérieurs sur le développement psycho-cognitif et particulièrement sur son esprit critique en le bourrant de versets incompréhensibles ?

 

3-Dans le monde entier on s’oriente de plus en plus vers une laïcisation de l’enseignement. S’agit-il chez nous d’un pas en arrière ?

 

4-Cet âge est très sensible et détermine toute une vie, a-t-on pensé si ce phénomène venait à se généraliser à l’avenir aboutirait-il à une « pakistanisation » de notre société ?

 

Pour moi je préfère ne pas envoyer mon enfant dans une école coranique.

 

Il aura largement le temps quand il sera grand de lire le Coran et de le comprendre. Je préfère l’inscrire dans une classe préscolaire de l’école étatique. Le programme y est parfaitement adapté à cet âge ».

 

Mohamed Yassine 

 

 

 

Vendredi 25 janvier 2008

 

Réaction à l’article : Courrier des lecteurs à propos des écoles coraniques

 

« Que dire des 100 millions d’Arabes qui sont analphabètes et, pour eux, ne pas aller au primaire est un peu bête. Les écoles coraniques, au monde arabe (Le coran est en arabe), ont formé des grands hommes (exp. Taha Hassine prix Nobel de la littérature malgré son handicap). Pourquoi nous avons peur d’apprendre le coran (parole de Dieu) ?

Les Pakistanais ne sont pas arabes, peut être qu’ils comprennent mal la langue et c’est pour cette raison qu’ils expliquent mal ce qui a été dit dans le Coran. Nous arabes nous pouvons lire les Tafassirs et les Hadiths. Nos grands pères et nos pères portaient le Coran dans leur cœur et pourtant ils n’étaient ni extrémistes ni terroristes au contraire ils ont combattu le colonialisme français et ont envoyé leurs enfants filles et garçons aux écoles et aux universités pour que nous vivions en harmonie avec notre époque et nous rapprocher de l’époque où les musulmans étaient maîtres du monde ».

 

Badreddine

 

Réaction à l’article : Courrier des lecteurs à propos des écoles coraniques

 

 « Concernant les écoles coraniques votre lecteur M. Yassine s’est posé des questions parmi lesquelles: – » Quels profits peut-on tirer en faisant apprendre à un enfant de cinq ans des versets du coran parce que soit disant il n’y comprend rien? »

Doit-on cesser alors de faire apprendre les paroles de l’hymne national aux enfants parce qu’ils n’y comprennent pas le sens?? Au fait comprennent- t-ils grand chose à tout ce qu’on leur fait apprendre?

 Je ne pense pas. D’ailleurs ça ne pose pas de problème tant que les paroles sont saines. Alors que dire si celles-ci sont divines?? On ne peut nier que nos enfants ne maîtrisent plus leur langue maternelle (l’arabe) ni celle des autres (à savoir le français essentiellement), alors autant leur faire acquérir un pouvoir linguistique, de prononciation, mémorisation, fluidité de lecture… et « ils auront le temps plus tard de lire le coran » comme l’a dit votre lecteur, et je dirais « de le relire voir même ne plus le lire » parce que le bourrage de cerveau peut se faire même à un âge adulte comme c’est le cas de M. Yessine qui semble oublier que des personnalités ô combien différentes telles que: Tahar Ben Achour, Tahar Hadded, Habib Bourguiba, Mahmoud El Messadi, Mahjoub Ben Miled, Mohamed Talbi….. sont toutes passées par des écoles coraniques.

Alors Monsieur ce que vous avez appelé « pakistaniser » les enfants avec des versets incompréhensibles ne sont que des clichés incompatibles avec notre société modérée ».

 

Mechichi Dalenda

 

 

 

Jeudi 31 janvier 2008

 

 

Réactions à propos des écoles coraniques

 

 « Bonjour. Vous avez choisi ou vous choisirez de ne pas envoyer votre enfant dans une école coranique, c’est votre choix le plus incontestable et quelles que soient vos raisons scientifique ou pédopsychiatrique ou même laïque. Par contre, nul ne vous donne le droit de décourager les autres pour y envoyer leurs enfants ou de mettre en doute les écoles coraniques et de ce qu’ils peuvent apporter aux enfants de 5 ans. Si vous pensez qu’il n’y a aucun profit de faire apprendre à un enfant de 5 ans des versets dont il ne comprend pas le sens, alors dans ce cas là, il faut aussi mettre en question tout la système scolaire et non pas seulement les écoles coraniques. D’autre part, je vous invite à revoir la définition de la laïcité pour en faire le lien avec les écoles coraniques ».

 

HBMC.

 

 

« Monsieur, apprendre le Coran dès le plus jeune âge n’a jamais été un obstacle pour l’épanouissement d’un enfant. J’ai appris quelques Sourates de coran quand j’étais gamin, comme tous les Tunisiens d’ailleurs , et ce n’est pas pour cela que j’ai raté ma vie.

 

Quant à votre souci majeur de respect de la laïcité , je pense que vous vous êtes trompé de pays. La Tunisie est un pays musulman avec une vision modérée de l’Islam et le terme que vous utilisez pour décrire vos craintes ,je cite « Pakistanisation », est complètement déplacé à mon goût parce que encore une fois vous vous êtes trompé de pays. Je pense qu’apprendre le coran ne va en aucune façon déstabiliser le « développement psycho-cognitif » de votre enfant, n’ayez aucune crainte Monsieur. Il faut arrêter de regarder les médias étrangers on finit par adhérer à leurs analyses. Cela dit je respecte complètement votre avis ».

 

Slim Trabelsi

 

 

 

vendredi 08 février 2008

 

A propos des écoles coraniques

 

 « Je voudrais rassurer mon interlocuteur qu’on peut s’appeler Med Yassine, être bon musulman fidèle aux préceptes de l’Islam, préférer l’école étatique sur l’école coranique et défendre la laïcité. C’est une équation tout à fait possible à condition d’avoir un esprit ouvert sur tous les domaines de la pensée humaine et de lire beaucoup plus que la moyenne des arabes.

 

En plus, ça ne mène pas vers la schizophrénie et je dirais même que c’est un vaccin contre ce trouble psychologique grave.

 

A propos de la lecture et selon un rapport de l’ALECSO ,(voir journal As Sabah du 21/01/2008) un citoyen européen lit 35 livres par an alors que dans le monde arabe 80 personnes lisent 1 livre par an .Ce qui revient à dire qu’un européen lit un livre tous les dix jours et qu’un arabe lit un livre tous les 80 ans. J’admets qu’il n’est pas facile de mener un débat intellectuel chez nous puisque dès que je parle de laïcité, on met en doute ma foi musulmane et on me suggère de m’être trompé de pays ! Je pense que c’est dû à l’ignorance de la définition même de la laïcité. Le mot « laïcité » est propre à la France et veut dire la séparation de la religion et de l’état. L’idéal laïc n’est pas un idéal négatif de ressentiment contre la religion. Dans les pays anglo-saxons, on emploie plutôt le terme de «sécularisation »qui est plus large que la laïcité puisqu’elle concerne la culture et la société. Les sociétés modernes sont plus ou moins sécularisées. Dans un article récent sur la sécularisation dans le monde arabe, le grand penseur syrien George Tarabichi conclue que tous les pays arabes sont plus ou moins sécularisés (malgré qu’aucun d’entre eux n’est laïque dans les textes de la constitution) et que le niveau de développement socio-économique est tout à fait corrélé avec le degré de sécularisation (hormis les pays du golfe où l’essor économique est dû à la manne pétrolière).

 

Il a remarqué par ailleurs que la Tunisie est le premier pays arabe à avoir emprunté cette voie surtout par le code du statut personnel qui reste la fierté de la femme tunisienne et de notre société en général.

 

Concernant la classe préparatoire de l’école étatique que l’interlocuteur juge « futilités futiles » je pense qu’il n’a rien compris de la signification du programme établi par des spécialistes en la matière. Il s’est contenté de juger sur les apparences. En complément de réponse à mon interlocuteur qui me recommande de lire nos grands penseurs, je me contente de citer quelques extraits très instructifs du livre « La crise de la culture islamique » de Hichem Djait : • « Il est clair que l’islamisme est une réaction identitaire, d’orgueil désespéré parce que nié. Rien n’est plus terrible que la non-reconnaissance par l’autre -un seul Autre, d’ailleurs, haï parce que admiré : l’Occident. Il est tout à fait exact que les musulmans vivent un problème psychologique grave. Ils veulent accéder à l’humain tel que défini par la modernité, mais il faut qu’ils lui sacrifient leur culture .C’est un gigantesque conflit intérieur qui s’extériorise par la souffrance infligée à soi et à autrui. » • « Du point de vue de l’Islam historique- et non du point de vue spirituel ou éthique-, notre patrimoine est en contradiction avec les valeurs de la modernité. Le despotisme, la glorification de l’exploit guerrier, la shariaa telle qu’elle a été constituée par les docteurs de la Loi, conformément aux valeurs des temps anciens, tout cela s’oppose aux valeurs de la modernité comme la liberté, les droits de l’homme, les droits de la femme, et ce qu’un penseur a appelé la valeur de la « vie ordinaire » de l’individu ordinaire, qui n’avait aucune valeur dans les sociétés antérieures à la modernité .».

 

Mohamed Yassine

 

 

Samedi 09 février 2008

 

A propos des écoles coraniques

 

« Je voudrais répondre au courrier des lecteurs de M. Mohamed Yassine qui a réagi à l’article « le retour des écoles coraniques en Tunisie » :

 

1-Ce que l’on apprend au plus jeune âge restera à jamais gravé dans leur mémoire

 

2-La récitation et la répétition collectives, même incompréhensives, assurent une mémorisation indélébile à l’enfant. Il aura plus tard le temps de comprendre le sens de ces valeurs. Le Kouttab est le garant de la pérennité de la religion et c’est grâce à lui que l’Islam se perpétue depuis quatorze siècles. Croyez-vous que les enfants chrétiens comprennent le sens du catéchisme à l’âge de six ans ? Ou encore les enfants juifs qui récitent la Torah à l’âge de treize ans à la cérémonie de Bar-Mitzvah?

 

Savez-vous, que cette méthode séculaire est actuellement adoptée dans les universités américaines notamment pour l’apprentissage des langues ?

 

3-En ce qui concerne la laïcité, ce néologisme a été créé pour séparer les clergés du pouvoir politique, afin d’atténuer l’extrémisme et l’anti-sémitisme galopants du début du siècle dernier en Europe, mais aussi pour éponger la ferveur religieuse des pays musulmans.

 

4-Quant à la crainte de « pakistanisation » sachez que ces enfants pakistanais, issus des écoles coraniques, sont ceux-la mêmes, qui ont permis à leur pays de fabriquer la première bombe atomique islamique. Les troubles qui affectent ce pays sont à chercher ailleurs.

 

5-Il vaut mieux « bourrer » l’enfant de versets incompréhensibles qui feront de lui un futur homme équilibré, que de le bourrer de jeux vidéo violents qui feront de lui un criminel latent ».

 

Abderrazak Sfaxi – Bizerte

 

(Source : le site web du journal « Le Temps », consulté le 9 février 2008)


 

Le Web ouvre des espaces de liberté au Maroc

Cerise MARÉCHAUD, à Casablanca

Entre défouloir et agora, la blogosphère du royaume chérifien, appelée « blogoma », est la plus active du Maghreb La semaine dernière les premiers « Maroc Blog Awards » ont révélé la particularité de la blogosphère marocaine : éclose en 2004, elle est la plus active du Maghreb avec ses 20 000 à 30 000 adresses (pour 4 millions d’internautes), cinq fois plus qu’en Algérie. La « blogoma » rassemble surtout adolescents, étudiants ou jeunes cadres urbains, instruits et plutôt aisés. Dont un bon tiers de Marocains de l’étranger. À l’instar de Larbi, 32 ans, consultant auprès de banques parisiennes, auteur de 481 billets et grand vainqueur des Maroc Blog Awards. Chaque jour, 3 500 visiteurs se délectent de ses analyses fines et vulgarisées sur Larbi.org, qui jette souvent des pavés dans la mare de l’actualité marocaine. Certains estiment que la gent féminine est majoritaire, à l’instar des blogueuses saoudiennes et iraniennes. Elles sont, en tout cas, surreprésentées par rapport à leur place dans la vie publique ou les médias. « Les blogs sont le meilleur moyen de débattre en contournant la censure », assure Tarik Essaadi, dont l’ancien blog Aljinane a reçu en 2005 un prix de Reporters sans frontières. Si le pouvoir a bloqué YouTube cinq jours en mai 2007, aucun blogueur du royaume n’a été censuré, contrairement à des homologues tunisiens (Zouhair Yahyaoui) et égyptiens (Karim Amer).

« Beaucoup de blogueurs restent très rigoristes »

Peut-on tranquillement égratigner les tabous sur la « blogoma », notamment le trio sacré au Maroc « Dieu, le roi, la patrie » ? Oui, mais cela reste très minoritaire. « Les athées, les homosexuels ont pu montrer qu’ils existent », constate Larbi. Certains blogs, très osés, sont dédiés au sexe. « Mais beaucoup de blogueurs restent très rigoristes. » Citoyenhmida, 64 ans, ex-banquier de Rabat et doyen de la blogoma, assure que « critiquer la concentration du pouvoir monarchique, sans s’en prendre directement au roi, est désormais un acquis ». Quant au conflit du Sahara occidental, « ce n’est pas un sujet sur la blogoma, mais surtout parce que les jeunes ne se sentent pas concernés », analyse la journaliste Nadia Lamlili. La blogoma reflète le grand écart de la société entre une minorité moderniste et une majorité conservatrice. Le contraste est saisissant entre blogs francophones et arabophones, « souvent hébergés, explique Tarik Essaadi, par des plates-formes égyptiennes ». On se passionne d’un côté pour les procès intentés à la presse ou les élections législatives. De l’autre, on s’insurge contre les conflits israélo-palestinien et irakien. Et chacun révèle ses débordements, qu’il s’agisse de vidéos de lycéennes nues sur des skyblogs ados, ou de fatwas haineuses relayées par des blogs intégristes, tout cela facilité par un anonymat prévalent.

Peu de blogueurs se considèrent comme un contre-pouvoir

Quelle est l’influence réelle de la blogoma ? Le journalisme citoyen peut être efficace. L’an dernier, un haut responsable des télécoms a été limogé à la suite d’un article de Rachid Jankari révélant les frais faramineux d’un déplacement professionnel en Nouvelle-Zélande. Mais peu de blogueurs se considèrent comme un contre-pouvoir. Selon Citoyenhmida, « la blogoma réagit plus qu’elle ne réfléchit ». « C’est surtout un espace de divertissement et de défoulement », ajoute Tarik Essaadi. Même la minorité engagée ne s’estime pas écoutée par les décideurs, complète Nadia Lamlili. « Ils suivent de près la blogoma, mais de façon sécuritaire. Cela dit, elle permet de détecter ce que pensent les jeunes d’aujourd’hui. » Et ceux-ci sont avides de « s’ouvrir au monde, donner une autre image du Maroc, qui a droit à sa place sur le Web », selon Younès Qassimi, 25 ans, coorganisateur des Maroc Blog Awards. « Les entreprises qui se créent sur le Web trouvent plus facilement des financements, contournent les obstacles administratifs, explique-t-il. La blogoma fait émerger des talents, elle compense les carences démocratiques de l’éducation au Maroc. Les recruteurs européens, ils commencent d’abord par taper ton nom sur Google. »

 

(Source : « La Croix » (Quotidien – France), le 9 février 2008)


 

L’appel anglican à la charia suscite un tollé

GRANDE-BRETAGNE. L’archevêque de Canterbury juge qu’il y a une place pour la loi musulmane.

 

Eric Albert, Londres

 

L’archevêque de Canterbury a réussi à faire la quasi-unanimité contre lui. En déclarant jeudi soir lors d’un discours au Palais de justice de Londres qu’il y avait une place en Grande-Bretagne pour la charia – la loi musulmane -, le chef de l’Eglise anglicane a provoqué un énorme tollé, allant du premier ministre Gordon Brown à la plupart des groupes musulmans. «Une victoire pour les terroristes», titre le Sun. Le tabloïd décrit une société où les femmes britanniques devront porter la burka et où les voleurs auront la main droite coupée.

 

Propos plus subtils

 

Mais les propos de Rowan Williams étaient bien entendu nettement plus subtils que la caricature qui en est faite. L’archevêque de Canterbury ne parle pas d’imposer la charia dans son intégralité. «Personne ne veut voir dans ce pays le genre d’inhumanité qui est pratiqué par la loi de certains pays musulmans, avec des punitions extrêmes et leur attitude vis-à-vis des femmes.» Pour autant, il estime que certains compromis peuvent être trouvés, d’autant que le monde musulman lui-même est loin d’être unanime sur ce que signifie la charia. «Il doit être possible de trouver un arrangement constructif avec certains aspects de la loi islamique.» Il parle en particulier des pratiques concernant le droit de la famille, comme les mariages ou les divorces.

 

Il rappelle que les droits des religions sont déjà pris en compte en Grande-Bretagne. C’est notamment vrai dans le cas de l’avortement. Les médecins qui le souhaitent peuvent refuser de le pratiquer, par exemple s’ils sont chrétiens. De même, les juifs orthodoxes possèdent leur propre «cour de justice» pour trancher les divorces, même si les couples doivent aussi passer par les procédures civiles de la loi britannique.

 

Mieux: la loi a été assouplie l’an dernier pour faciliter l’achat de logements suivant la charia. La finance islamique, de par son fonctionnement, forçait les acheteurs à payer deux fois l’impôt sur les transactions immobilières. L’an dernier, le gouvernement a accepté de normaliser la situation et de ne faire payer l’impôt qu’une seule fois.

 

Mais au-delà de ces exemples, si Rowan Williams a choisi de jeter ce pavé dans la mare, c’est qu’il s’inquiète de la monter en puissance des valeurs laïques. L’an dernier notamment, le gouvernement britannique avait imposé le droit des homosexuels à adopter, au grand dam des agences d’adoption catholiques. «Il est dangereux que le gouvernement laïc possède un monopole pour définir l’identité publique et politique», avertit-il. En d’autres termes, il faut laisser une place pour que l’identité religieuse puisse s’exprimer, «à condition de ne pas bloquer la liberté garantie par la société».

 

Mais les subtilités de son discours ne sont visiblement pas passées. Les réactions ont été brutales. «Le premier ministre pense que la loi britannique doit être appliquée dans ce pays et qu’elle doit être basée sur les valeurs britanniques», a déclaré son porte-parole.

 

Domination des hommes

 

Du côté des musulmans, si certains sont d’accord sur le fond, la plupart s’inquiètent de la façon dont le discours sera perçu. «Ce genre de déclaration nourrit la peur des citoyens», estime Tariq Ramadan, désormais professeur à Oxford. «Il ne faut pas de cour de justice de charia ici parce que la majorité des musulmans n’en veulent pas, ajoute Shaista Gohir, conseillère du gouvernement sur les femmes musulmanes. Les sondages indiquent que 40% veulent la charia. C’est significatif, mais pourquoi ignorer les 60% restants?» «Les femmes britanniques musulmanes craignent qu’une nouvelle structure légale ici ne soit dominée par les hommes et ne réduise les droits qu’elles ont au Royaume-Uni», s’agace le député travailliste musulman Khalid Mahmood. Surtout, il se demande si ce discours n’est pas contre-productif, car des solutions au cas par cas étaient déjà trouvées, comme le prouve l’exemple des prêts immobiliers. «Les commentaires de l’archevêque risquent de provoquer du ressentiment contre le «traitement spécial» que la communauté musulmane reçoit».

 

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Suisse), le 9 février 2008)


 

 

Le primat anglican par qui le scandale arrive

De notre correspondant à Londres, Cyrille Vanlerberghe

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L’archevêque de Cantorbéry, qui s’est prononcé en faveur de l’application de la charia, est critiqué par les plus traditionalistes de l’Église anglicane.

 

LA DÉCLARATION d’avant-hier, affirmant que l’application de certains aspects de la charia en Grande-Bretagne lui paraissait « inévitable » n’était pas une simple provocation de la part de l’archevêque de Cantorbéry, le révérend Rowan Williams. Après ses premières déclarations à la radio BBC 4 en début d’après-midi, le chef spirituel des 77 millions d’anglicans dans le monde a minutieusement précisé ses idées, lors d’une conférence sur le droit civil et religieux à la Royal Court of Justice de Londres. Il a, à cette occasion, à nouveau précisé qu’il n’était pas question d’envisager les applications violentes de la charia pour le traitement des affaires criminelles, comme les flagellations ou les décapitations en Arabie saoudite, mais d’appliquer les recommandations du Coran pour des affaires familiales ou financières.

 

Son discours, retranscrit intégralement sur le site Internet du quotidien The Guardian, n’est pas un brûlot en faveur d’une application indiscriminée de tous les aspects de la loi coranique, mais plutôt une argumentation touffue et complexe en faveur d’un système judiciaire qui reconnaîtrait les particularités religieuses d’une minorité. Les critiques les plus modérés font remarquer que Rowan Williams est un intellectuel et que ses propos ne sont pas toujours facilement compréhensibles par le plus grand nombre.

 

À 57 ans, Rowan Williams est avant tout un théologien et un poète reconnu, auteur de nombreux livres et recueils. Avec sa voix douce et son ton très posé, il est clairement plus à l’aise dans le cadre d’échanges universitaires que dans l’exercice de communication vers les médias. En 2003, ce Gallois devint le 104e archevêque de Cantorbéry et prit à ce titre la tête de l’Église anglicane. Seule la reine Elizabeth II, gouverneur suprême de l’Église, a une position plus élevée. Du fait de son titre d’archevêque, Rowan Williams obtint au même moment une place au sein de la Chambre des lords, ce qui fait de lui un des hommes les plus importants du Royaume.

 

Positions tolérantes

 

Les plus traditionalistes de l’Église anglicane lui reprochent rapidement son manque d’expérience comme simple pasteur d’une paroisse (il a passé 24 ans comme universitaire à Oxford et Cambridge, avant de devenir évêque de Monmouth en 1992), et ses positions politiques très à gauche. Une grande partie de l’Église anglicane ne comprend toujours pas ses positions tolérantes vis-à-vis de l’homosexualité des prêtres, et en particulier sa gestion de l’affaire Jeffrey John, pasteur ouvertement homosexuel et candidat à l’évêché de Reading. Après avoir soutenu sa candidature, l’archevêque Williams plia sous la pression et lui demanda de se désister, avant de lui trouver finalement une autre affectation que les traditionalistes ont trouvée trop prestigieuse.

 

Ce n’est pas non plus la première fois que le révérend Williams provoque de violentes réactions pour ses prises de positions sur l’islam. Le 11 septembre 2001, lors des attaques kamikazes sur les Twin Towers de Manhattan, il était à New York en train de prononcer une conférence. De son expérience marquante du chaos qui suivit les attentats, il a écrit un livre, Writing in the dust («Écrire dans la poussière»). Revenant sur ces attentats en 2003, Rowan Williams provoqua une première fois l’incompréhension du grand public en déclarant que «les terroristes pouvaient avoir des objectifs moraux sérieux » et qu’il fallait éviter de les ranger systématiquement dans le camp du mal. Il s’agissait alors d’une critique directe de l’«axe du mal» de George Bush, et de l’invasion de l’Irak par les États-Unis et la Grande-Bretagne pour de mauvaises raisons. Les positions théologiques argumentées de Rowan Williams ne sont pas comprises et, le plus souvent, on ne retient que la partie provocatrice des propos.

 

Depuis cette époque, il n’a cessé d’entretenir des contacts proches avec les responsables musulmans à la fois en Grande-Bretagne et dans le reste du monde. À l’occasion du troisième anniversaire du 11 Septembre, il fut invité à la mosquée al-Azhar du Caire pour parler de la Trinité.

 

Aujourd’hui, les éditorialistes anglais reprochent à l’archevêque non seulement ses propos sur la charia, mais aussi son silence après les menaces de mort reçues par l’évêque de Rochester, le révérend Michael Nazir-Ali, qui avait provoqué un scandale en racontant dans le Sunday Times que certains quartiers en Angleterre étaient devenus inaccessibles à des non-musulmans à cause de l’islam radical.

 

(Source : « Le Figaro » (Quotidien – France), le 9 février 2008)


 

L’ex-dirigeant khmer rouge Nuon Chea face à ses victimes

 

BANGKOK CORRESPONDANT Nuon Chea, plus haut responsable, encore en vie, de la mort de près de 2 millions de Cambodgiens voici trente ans, a écouté sans broncher, vendredi 8 février à Phnom Penh, une survivante des « champs de tuerie » (« killing fields ») l’accuser d’avoir fait assassiner une grande partie de sa famille alors qu’elle était enfant. C’était la première fois qu’un des artisans du génocide cambodgien, en l’occurrence l’ex-bras droit de Pol Pot, se trouvait face à une représentante des rescapés du drame. Un « lever de rideau » pour le procès historique des Khmers rouges, au pouvoir de mi-1975 jusqu’aux premiers jours de 1979 au Cambodge. Theary Seng, 38 ans, Cambodgienne de nationalité américaine, juriste, a raconté avoir été emprisonnée « dans des conditions inhumaines » à l’âge de 7 ans en compagnie de son jeune frère. « Nuon Chea prétend qu’il n’est pas responsable. Qui l’est, alors ? (…) Il était le second de Pol Pot dans la hiérarchie de ce régime d’enfer. » Mme Seng est l’auteur d’une autobiographie parue en 2005, Fille des champs de tuerie, l’histoire d’Asrei. Nuon Chea, idéologue du mouvement khmer rouge, âgé de 81 ans, est un des cinq ex-responsables poursuivis pour « crimes contre l’humanité ». Il veut plaider non coupable et se plaint de n’être pas traité « selon les normes de la justice internationale ». 500 PLAINTES DE RESCAPÉS Les avocats de trois autres rescapés présents ont formulé des accusations similaires. La défense a contesté la comparution de témoins à charge. En l’autorisant, le Tribunal spécial khmers rouges (TKR), majoritairement financé et organisé par les Nations unies, mais encore en rodage, a donc instauré un précédent. Ses règles prévoient sans précision « la participation des victimes » à ce procès qui se veut, avant tout, à fonction pédagogique. Un climat de crainte accompagne les premiers pas du TKR. Celui-ci justifie la mise en détention de Nuon Chea par la double volonté de protéger sa sécurité personnelle et de l’empêcher d’instiguer des tentatives d’intimidation sur des témoins à charge. Seulement 500 plaintes de rescapés du régime des Khmers rouges ont été enregistrées, un reflet de l’ambivalence du public quant au réveil du traumatisme provoqué par les massacres. Le défenseur néerlandais de Nuon Chea, Victor Koppe, a souligné « l’importance de la présomption d’innocence » pour le tribunal. La notion fonde le droit international mais n’en est pas moins délicate à manier dans le cas d’accusés mis en cause par un nombre élevé de travaux d’historiens publiés depuis trente ans dans le monde. L’audience de vendredi est tombée à un moment crucial pour le TKR, en place depuis 2006 mais lent à se mettre au travail. Le budget initial de 56 millions de dollars (près de 37 millions d’euros) pour trois ans s’épuise. Jeudi, le TKR a présenté aux pays donateurs, via l’ONU, une demande de « rallonge » substantielle : 114 millions de dollars pour fonctionner jusqu’en 2011. C’est peu par rapport à d’autres procès internationaux, mais cela revient à tripler la mise de fonds initiale. Les Etats-Unis ont récemment indiqué qu’ils envisageaient de revenir sur leur refus de participer à ce financement. Francis Deron (Source: « Le Monde » (Quotidien – France), le 10 février 2008)


 

Le Parlement turc autorise le voile à l’université

 09/02/2008 à 14h38 par Gareth Jones ANKARA (Reuters) – Les députés turcs ont adopté samedi à une écrasante majorité un projet de loi controversé autorisant le port du voile islamique sur les campus universitaires, réforme que le camp laïque considère comme une étape supplémentaire dans l' »islamisation » de la société. La réforme portée par le Premier ministre Tayyip Erdogan a été approuvée par 411 voix contre 103 dans un parlement où le parti de la Justice et du Développement (AKP) d’Erdogan, largement majoritaire, était soutenu en outre par les élus du mouvement nationaliste (MHP). « La proposition de modification de la constitution a été approuvée. J’espère que cela sera pour le meilleur pour la Turquie et j’espère qu’elle sera conduite dans un esprit de tolérance et de réconciliation », a déclaré le président du Parlement, Koksal Toptan. Mais, illustrant les profondes divisions de la société turque sur cette question, des dizaines de milliers de défenseurs de la laïcité turque s’étaient rassemblés non loin du Parlement d’Ankara pour dénoncer le projet. Pour l’élite laïque du pays, attachée à l’héritage de Mustafa Kemal, cette réforme porte un coup sévère à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et accélérera inéluctablement ce qu’ils considèrent déjà comme une « islamisation rampante » de la société turque. Tayyip Erdogan, dont l’épouse et les filles portent le voile, de même que celles du président Abdullah Gül, et le parti AKP, issu de la mouvance islamiste, justifient eux leur réforme au nom des libertés religieuses et individuelles dans un pays qui frappe à la porte de l’Union européenne. « DÉBATTRE DE LA DESTRUCTION DE LA RÉPUBLIQUE » Le parlement, où les députés AKP sont largement majoritaires, avait déjà approuvé cette semaine la modification des deux articles constitutionnels nécessaire au passage de la réforme elle-même. Dans le camp adverse, le Parti républicain du peuple (CHP), principale force laïque du pays, s’opposait à cette réforme. « Nous ne sommes pas réunis aujourd’hui pour débattre de l’évolution de la question du foulard islamique. Nous sommes ici pour débattre de la destruction de la république », a déclaré la députée CHP Bihlun Tamayligil lors du débat passionné qui a précédé le vote. Pour la deuxième fois en une semaine, le camp laïque a mobilisé samedi plusieurs dizaines de milliers de partisans réunis sous un éclatant soleil printanier à quelques kilomètres du parlement. « Nous sommes hostiles à la levée de cette interdiction, nous ne voulons pas vivre dans un Etat religieux », résume Ebru Okay, un trentenaire venu spécialement de la ville d’Izmir, sur la mer Egée. « Le gouvernement veut que nous devenions comme l’Iran, ils veulent imposer la charia en Turquie », ajoute-t-il. « La Turquie est et restera laïque », scandaient les manifestants, dont nombre portaient les drapeaux rouge et blanc de la Turquie et des portraits de Kemal. « Notre pays a de nombreux problèmes mais tout ce dont se soucie notre gouvernement, c’est le foulard islamique. Toutes les réformes nécessaires, elles, ont été gelées », affirme Vecdi Karakelli, architecte âgé de 58 ans. L’interdit frappant le voile islamique dans les universités turques date des années 1980. Mais il a été sensiblement accru en 1997, lorsque les généraux turcs ont poussé à la démission un gouvernement qu’ils jugeaient trop marqué par l’islam politique. Dans cette controverse, la dernière en date, entre la majorité parlementaire et le camp laïque, l’armée a gardé le silence. La magistrature et les recteurs d’université, autres piliers de l’héritage kémaliste, ont donné eux de la voix contre une réforme qu’ils affirment « anticonstitutionnelles » et dangereuse. Le projet de loi devrait être rapidement promulgué par le président Gül. Mais le chef du CHP, Deniz Baykal, a annoncé qu’il saisirait la Cour constitutionnelle. D’après les sondages, l’opinion publique est majoritairement favorable à un desserrement de l’interdit sur le voile islamique, que portent deux femmes sur trois.

 


 

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Home – Accueil – الرئيسية TUNISNEWS 7 ème année, N° 2187 du 18.05.2006  archives : www.tunisnews.net AP: Tunisie: les autorités démentent

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