30 juin 2009

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TUNISNEWS

9 Úme année, N° 3325 du 30.06.2009

 archives : www.tunisnews.net  


Appel pour le boycott des Ă©lections d’octobre 2009 RĂ©union des verts africains Ă  Bohican (BĂ©nin) du 25 au 29 Juin 2009 NouvelObs”DĂ©lit de solidaritĂ©” et droits de l’homme Le Temps: Crise de la Ligue Tunisienne pour la DĂ©fense des Droits de l’Homme – ScĂ©narii pour une sortie de crise Les Amis d’Attariq: La «pĂ©dagogie» de M. Morjane Ă  propos des rafles : tardive et peu convaincante Leaders: Sami Fehri sur le point de finaliser le dossier de la nouvelle chaĂźne TV RĂ©alitĂ©s: Yadh Ben Achour parle de la victoire du Sunnisme, de l’islamisme et de l’Islam d’Occident AFP: Sommet de l’UA : Kaddafi fait pression sur les leaders africains AFP: Burqa/ Sarkozy : Al-QuaĂŻda menace de ” se venger ” de la France Reuters: Rafsandjani, mĂ©diateur ou victime de la crise iranienne ?


 
 

 Appel pour  le boycott  des Ă©lections d’octobre 2009

 

30 juin 09

 

Le Collectif pour le boycott des Ă©lections d’octobre 2009 en Tunisie appelle les Tunisien(ne)s Ă  ne pas participer au simulacre d’élection, qui devrait voir le prĂ©sident indĂ©trĂŽnable Ben Ali Ă©lu pour un cinquiĂšme mandat.

Le 25 octobre 2009, les citoyens tunisiens seront appelés aux urnes pour élire leur président de la République et les représentants de la Chambre des députés. La réforme pseudo constitutionnelle du 26 mai 2002 ayant supprimé la limite de nombre de mandats successifs pour le président sortant, elle lui octroie le droit de briguer un cinquiÚme mandat et lui permet, concrÚtement,de se tailler une présidence à vie.

ArrivĂ© au pouvoir par un coup d’Etat « mĂ©dical » le 7 novembre 1987, Ben Ali fut, durant deux mandats, l’unique candidat Ă  sa propre succession. En 1989 il fut « élu » avec 99,27% des voix et en 1994 il obtint 99,91% des voix. Les Ă©lections pseudo pluralistes inaugurĂ©es en 1999 maintiennent le statu quo. La participation de deux candidats de « l’opposition » ne l’empĂȘche pas de remporter les prĂ©sidentielles avec 99.45%.En 2004, malgrĂ© la prĂ©sence de trois candidats, Ben Ali est « réélu » avec 94.49% des voix. Rien ne permet de croire que l’échĂ©ance Ă©lectorale d’octobre 2009 sera diffĂ©rente. Bien contraire, tout indique qu’elle aura lieu dans des conditions encore plus graves que les prĂ©cĂ©dentes.

Les adversaires de Ben Ali sont choisis par Ben Ali

Les mĂ©canismes et les lois Ă©lectoraux ajustĂ©s par le pouvoir, et surtout l’absence totale de toute forme de libertĂ©, privent les Tunisiens du droit de choisir librement leurs gouvernants.Sur le plan juridique, les sept des neuf membres du Conseil constitutionnel, Ă  qui incombe, notamment, la tĂąche de valider les candidatures Ă  l’élection prĂ©sidentielle, sont nommĂ©s par Ben Ali. Ainsi, les candidats officiels sont imposĂ©s par le PrĂ©sident lui-mĂȘme. A chaque Ă©lection, il fait voter des lois exceptionnelles pour mettre au point des « élections » sur mesure et choisir par lĂ  ses adversaires.

Les lois Ă©lectorales restreignent les candidatures Ă  la prĂ©sidentielle comme aux lĂ©gislatives,aux adversaires choisis et validĂ©s par Ben Ali et excluent du vote la majoritĂ© de la population tunisienne. Le code Ă©lectoral est mĂȘme façonnĂ© pour permettre de certifier la triche et d’accepter que le prĂ©sident-Etat-Parti chapeaute les diffĂ©rentes Ă©tapes des Ă©lections Ă  sa guise. Aucune forme de contrĂŽle indĂ©pendant n’est possible. Sur le plan politique, le rĂ©gime ne cesse d’affirmer son totalitarisme en dominant la vie sociale, Ă©conomique, politique et culturelle du pays. Les organisations syndicales et politiques, les institutions et les acteurs de la sociĂ©tĂ© civile n’ont jamais Ă©tĂ© aussi persĂ©cutĂ©s et assiĂ©gĂ©s. Ils subissent quotidiennement la rĂ©pression, les violations de leurs droits Ă  s’organiser, Ă  s’exprimer et Ă  manifester librement.

L’intimidation, le harcĂšlement, la prison, la violence, la torture et mĂȘme l’assassinat sont les seules rĂ©ponses que les autoritĂ©s fournissent Ă  la population et Ă  la sociĂ©tĂ© civile. Rappelons les rĂ©centes actualitĂ©s :les militants du bassin minier de Gafsa qui croupissent depuis de longs mois en prison dans des conditions inhumaines, les milliers de jeunes accusĂ©s de terrorisme, victimes de torture, de traitement inhumain et de procĂšs inĂ©quitables, l’interdiction du congrĂšs de l’UGET, l’emprisonnement et l’expulsion de ses militants des universitĂ©s, le passage Ă  tabac des opposants, le putsh qui se trame contre le SNJT et qui en dit long sur l’état de la presse et de la libertĂ© d’expression, l’interdit qui frappe les activitĂ©s de la LTDH, la persĂ©cution que subissent les militants et les reprĂ©sentants de l’Association des magistrats et de l’Association tunisienne des femmes dĂ©mocrates, etc.

Médias et justice dans les mains du Président

Allergique Ă  toute forme de pensĂ©e et de critique, le pouvoir ne tolĂšre que les louanges. Le matraquage mĂ©diatique orchestrĂ© par le rĂ©gime domine tous les espaces.Radios, presses, tĂ©lĂ©visions et autres mĂ©dias, accaparĂ©s par le parti unique ne peuvent que glorifier le PrĂ©sident et sa politique. L’état de dĂ©labrement total du systĂšme judiciaire fait de lui un outil d’asservissement entre les mains de l’exĂ©cutif. DĂ©pourvue de toute indĂ©pendance, la justice, dont ses propres fonctionnaires sont parfois ses victimes, est aux ordres du pouvoir. Le ministĂšre de la Justice parait comme annexĂ© au ministĂšre de l’IntĂ©rieur et il n’a d’autre mission que de garantir la survie du rĂ©gime.

Dans ce contexte politique, les conditions les plus élémentaires ne sont pas réunies pour garantir un déroulement libre et démocratique des élections de 2009.

Sur le plan socio-Ă©conomique, le rĂ©gime fait rĂ©gner l’injustice, les inĂ©galitĂ©s, la corruption et remet en cause les acquis et les droits des femmes. Par ces Ă©lections, le pouvoir de Ben Ali cherche Ă  s’habiller d’une lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique qu’il n’a jamais possĂ©dĂ©e. D’autre part, il veut garder les mains libres pour continuer une politique Ă©conomique libĂ©rale, en dĂ©faveur des couches populaires, dictĂ©e par l’intĂ©rĂȘt des plus riches familles au pouvoir et l’intĂ©rĂȘt des capitaux europĂ©ens et internationaux ; une politique qui asservit davantage la Tunisie au capitalisme Ă  travers ses institutions, la Banque mondiale, le Fonds monĂ©taire international et l’Union europĂ©enne. Et pourtant les luttes politiques et sociales, spontanĂ©es ou organisĂ©es, contre les choix socio-Ă©conomiques du pouvoir n’ont jamais cessĂ©. Manifestations, occupations, grĂšves des travailleurs, grĂšves de la faim et soulĂšvements populaires font d’ores et dĂ©jĂ  partie du quotidien social. Les femmes, les travailleurs, les jeunes et les chĂŽmeurs du bassin minier qui ont osĂ© braver l’interdit en sont le meilleur exemple.

Boycottons cette mascarade d’élection

Nous sommes convaincus du droit incontestable de l’opposition tunisienne Ă  pouvoir se prĂ©senter Ă  des Ă©lections rĂ©ellement libres et dĂ©mocratiques. Nous sommes convaincus aussi que le peuple tunisien a le droit de voter librement sans crainte et sans entrave. Cependant, la participation aux Ă©lections, dans les conditions actuelles, fera seulement Ă©cho Ă  une comĂ©die dans laquelle les jeux sont faits d’avance. Elle ne sera politiquement bĂ©nĂ©fique qu’à la dictature, pas Ă  l’opposition, ni au peuple tunisien. D’autant plus qu’au fond de sa conscience, le citoyen tunisien est parfaitement convaincu que, vu l’état actuel des choses, les urnes de Ben Ali ne pourront apporter aucun changement au quotidien de leur vie.

Tunisien(ne)s, rejoignez le Collectif

C’est ce constat qui donne toute sa raison d’ĂȘtre Ă  notre action qui, en rĂ©sonance avec la voix de la majoritĂ© des Tunisiens, appelle au boycott des Ă©lections d’octobre 2009.

Face Ă  cet Ă©tat des lieux, il nous incombe, signataires de cet appel, de nous constituer en Collectif dĂ©mocratique, laĂŻque et pluraliste, ouvert Ă  toutes les Tunisiennes et tous les Tunisiens qui s’identifient Ă  sa plateforme politique, pour :

- Refuser cette mascarade électorale, dénoncer son caractÚre fantoche et rejeter la présidence à vie.

- Rassembler les Tunisiennes et les Tunisiens pour réclamer des élections libres et démocratiques rompant avec le totalitarisme et la dictature.

- Organiser des manifestations de protestation visant à dénoncer cette supercherie électorale.

Nous invitons toutes les militantes et tous les militants, intellectuels, épris de justice et de liberté, toutes les Tunisiennes et les Tunisiens qui aspirent à la démocratie sociale et politique à rejoindre notre initiative.

Paris, le 28 juin 2009

Collectif pour le boycott des Ă©lections d’octobre 2009 en Tunisie www.boycottelections2009.net contact@boycottelections2009.net Premiers signataires  1. Wassim Azreg, militant politique, Paris.  2.  Nejib Baccouchi, Doctorant en Philosophie, Paris.  3. Rania Majdoub.  4. Raja Albahri.  5. Raja Chamekh, militante fĂ©ministe, Paris.  6. Lotfi Hammami, Doctorant en Philosophie, Paris.  7. Lamia Guizani, indĂ©pendante, Perpignan,  France.  8. Hamadi Aouina  9. Adel Thabet, Paris. 10. BĂ©chir Abid, militant, Paris 11. Abdelwahab Hammami 12. Samir Hammouda, Paris. 13. Mohsen Rezgui 14. Anis Ben FARHAT, militant indĂ©pendant. 15. Mohsen Chebbi, Paris. 16. Ezzeddine Boughanmi 17. Faouzi Ouerghi 18. Loumamba Mohsni 19. Adel Al-khammar, communiste tunisien, Grande-Bretagne. 20. Anouar Nsiri, Grande-Bretagne. Pour signer l’appel, envoyez votre signature Ă contact@boycottelections2009.net 
 

(Source: “Charchaouka Tunisienne”  un blog parfumĂ© au jasmin hĂ©bergĂ© par  bakchich)

Lien:http://www.bakchich.info/Appel-pour-le-boycott-des,08175.html


 

Réunion des verts africains à Bohican (Bénin) du 25 au 29 Juin 2009

 
RĂ©unis au BĂ©nin Ă  Bohican, les partis et associations Ă©cologiques ont dĂ©cidĂ© la constitution du mouvement des verts en Afrique (MVA) aprĂšs un long dĂ©bat dĂ©mocratique et fructueux. Notre coordinateur national, a Ă©tĂ© choisi unanimement ainsi que madame Fatima Alaoui, PrĂ©sidente des verts marocains, membre du comitĂ© de prĂ©paration du premier congrĂšs des verts africains, chargĂ©s de la communication qui va se dĂ©rouler en Ouganda en Mars 2010. Ainsi, notre parti a participĂ© Ă  la constitution de cette premiĂšre organisation des verts africains. Notre coordinateur national a pris part Ă  tous les dĂ©bats et a participĂ© par ses interventions et propositions Ă  toutes les discussions du statut constitutif et de la premiĂšre charte des verts africains, qui stipule « le rejet des financements provenant des sources en conflit avec leurs visions et valeurs » et le refus « de coopĂ©rer avec les dictateurs 
 et organisations qui leurs sont affiliĂ©s » Auparavant le reprĂ©sentant de notre parti a exposĂ© clairement les agissements (documents Ă  l’appui) du parti fantoche et les calomnies qu’il ne cesse de propager contre notre parti et le mouvement vert. Durant cette rencontre africaine, les reprĂ©sentants des partis et associations Ă©colos, et les jeunes verts africains ont accueilli chaleureusement le reprĂ©sentant de « Tunisie Verte » et ont rĂ©itĂ©rĂ© leur soutien total Ă  notre parti comme « seul reprĂ©sentant des verts en Tunisie ». Ils ont formulĂ© leur demande au gouvernement tunisien pour l’enregistrement de notre parti aprĂšs 5 annĂ©es de lutte commune. En marge de la rencontre des verts africains au BĂ©nin, les deux reprĂ©sentants du parti fantoche, logĂ© 5 Ă©toiles (aux frais du contribuable tunisien) et proposant « cadeau » et « finance » a essuyĂ© un cuisant Ă©chec et toutes leurs propositions ont Ă©tĂ© rejetĂ©es. Ainsi, poussĂ© par son instinct de Barbouze, un des 2 fantoches (journaliste au journal « Le Renouveau » journal officiel du RCD parti au pouvoir et animateur local de radio), se prĂ©sentant comme expert de la biodiversitĂ© auprĂšs des Nations Unies, sic et resic !!, a voulu agresser une jeune femme rapporteur des diffĂ©rentes rĂ©unions pour lui arracher le procĂšs verbal, en vue de le remettre Ă  ses commanditaires et se faire justifier le dĂ©placement. Inutile de parler aussi des calomnies propagĂ©es par les 2 fantoches et de leurs provocations envers notre parti. Malheureusement pour eux, ils sont tombĂ©s dans la nasse cette fois-ci !! Nos camarades africains ont dĂ©couvert le vĂ©ritable visage de ces fantoches.   Tunis le 30 Juin 2009 Abdelkader Zitouni Coordinateur National du parti « Tunisie Verte » Membre du Parti Vert EuropĂ©en, Membre de la fĂ©dĂ©ration des verts africains, Membre de “Global Greens”. E- mail : tunisie.verte@gmail.com Tel : 00.216.98.510.596 Fax : 00.216.71.750.907

 

“DĂ©lit de solidaritĂ©” et droits de l’homme

 

NOUVELOBS.COM | 30.06.2009 | 16:33

Sihem Bensedrine, chargĂ©e de mission Ă  la FĂ©dĂ©ration internationale des droits de l’homme (FIDH) et Ă  l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Ă©tait, lundi 29 juin, l’invitĂ©e des forums du Nouvel Observateur. Elle est co-auteure du rapport : « DĂ©lit de solidaritĂ© » ( *). Cette journaliste tunisienne a fondĂ© le Conseil National pour les LibertĂ©s en Tunisie (CNLT) en 1998.

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Eric Besson, ministre de l’immigration, nie l’existence d’un « dĂ©lit de solidarité ». Pourtant « c’est un terme qui revient de façon rĂ©currente dans les interviews que nous avons faites; ce mot exprime un sentiment clair de citoyens français, engagĂ©s dans des actions d’aide aux immigrĂ©s. Les pouvoirs publics sont en train de sanctionner leurs gestes de solidaritĂ© et de les dissuader d’une posture de citoyennetĂ© vigilante de leur part » explique la journaliste militante des droits humains. « Le rapport est bourrĂ© d’exemples concrets ». La France, pays des droits de l’homme, risque fort d’ĂȘtre un jour montrĂ©e du doigt. Le problĂšme se situe bien au delĂ  des positions d’Eric Besson. « C’est un gouvernement entier qui est responsable de cette politique du “tout sĂ©curitaire” (
) avec ses consĂ©quences dĂ©sastreuses sur la libertĂ© des citoyens français ».

Quant aux sans-papiers, ils sont particuliĂšrement mal traitĂ©s. « J’ai vu Ă  Calais des jeunes diplĂŽmĂ©s venus de Gaza, du Darfour, et d’autres zones de conflits (qu’on leur a imposĂ©s) et qui croyaient dans le message humaniste de l’Europe, vivre dans des conditions d’indignitĂ© intolĂ©rables au Nord de la France au vu et au su des autoritĂ©s publiques. ». Enfin, l’indignation Ă  gĂ©omĂ©trie variable des pays occidentaux choque Sihem Bensedrine. «  « L’Europe ne s’Ă©meut pas de façon Ă©gale des violations dĂ©mocratique selon le lieu oĂč elles se produisent. (
) C’est ce qui fait douter de larges franges des populations du Sud de la sincĂ©ritĂ© du message dĂ©mocratique de l’Occident. » Ainsi la France fait preuve d’une grande mansuĂ©tude envers la Tunisie, malgrĂ© les violations des droits de l’homme qui s’aggravent, explique la journaliste, elle-mĂȘme rĂ©guliĂšrement victime d’actions policiĂšres et juridiques.

Claire Fleury

 

( *) le rapport est consultable sur :

http://www.fidh.org/L-Obstination-du-temoignage-rapport-2009-defenseurs-droits-humains


Crise de la Ligue Tunisienne pour la DĂ©fense des Droits de l’Homme ScĂ©narii pour une sortie de crise

Mohamed Goumani, membre du ComitĂ© directeur : ” Un dĂ©but de solution nĂ©cessite des initiatives constructives ” Mme Arbia Ben Ammar, ex-membre du ComitĂ© directeur : ” Le dialogue est primordial “
 
 Depuis son 5Ăšme congrĂšs qui s’est tenu en octobre 2000,  la Ligue Tunisienne pour la DĂ©fense des  Droits de l’Homme, (LTDH), vit une vĂ©ritable  crise qui bloque ses activitĂ©s et l’empĂȘche de tenir un 6Ăšme congrĂšs. Cette crise a dĂ©buté  quand des adhĂ©rents de la Ligue  ont dĂ©posĂ© une plainte dĂ©nonçant, selon eux,  des irrĂ©gularitĂ©s  qui ont Ă©maillé  les travaux du 5Ăšme  congrĂšs, en demandant l’annulation des rĂ©sultats des Ă©lections de ce congrĂšs.
 
La justice, dans un premier temps,  a donnĂ© satisfaction aux plaignants  en  dĂ©signant un administrateur judiciaire Ă  la tĂȘte  de la Ligue. Mais en appel, la cour a dĂ©cidĂ© le 21 juin 2001, d’annuler les dĂ©cisions et les structures issues de ce congrĂšs. Mais a chargé  le comitĂ© directeur Ă©lu de prĂ©parer dans un dĂ©lai d’un an le 6Ăšme congrĂšs. Ce dernier verdict vient d’ĂȘtre confirmĂ© le 11juin courant par la Cour de cassation. Une confirmation saluĂ©e par les adhĂ©rents  de la Ligue qui espĂšrent qu’elle permettra de trouver une solution Ă  la crise.   Compromis Certes, le verdict  de la Cour de cassation confirme  le jugement en appel. Mais,  il ne faut pas  oublier que  ce jugement  a Ă©tĂ© prononcĂ© en 2001 et que, depuis  cette date, plusieurs plaintes ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es contre le comitĂ© directeur de la Ligue et notamment contre la tenue  des congrĂšs des sections et la fusion de certaines d’entre elles et les jugements rendus  par les tribunaux n’ont jamais Ă©tĂ© en faveur de la direction de la Ligue. Le dernier jugement rendu suite Ă  une plainte dĂ©posĂ©e  par des prĂ©sidents de sections fusionnĂ©es, a annulé  la tenue du 6Ăšme congrĂšs prĂ©vu en septembre 2005. Depuis toutes les activitĂ©s de la Ligue sont bloquĂ©es et la crise en son sein perdure. Aujourd’hui, donc, et aprĂšs le verdict  de la Cour de cassation,  les parties concernĂ©es dans cette affaire vont-elles enfin par le biais du dialogue, du consensus  et du compromis, trouver une solution ? Pour en savoir plus, nous avons invitĂ© M.Mohamed Goumani, membre du comité  directeur actuel de la LTDH et Mme Arbia Ben Ammar ex-membre du comitĂ© directeur, qui  faisait partie de ceux qui ont dĂ©noncĂ© les rĂ©sultats du 5Ăšme congrĂšs. Interviews. NĂ©jib SASSI ————————————— Mohamed Goumani, membre du ComitĂ© directeur : ” Un dĂ©but de solution nĂ©cessite des initiatives constructives “   Le Temps :  A la suite de la confirmation par la cour de cassation du verdict prononcé  en appel et chargeant le   comite directeur de l’organisation du congrĂšs  de LTDH, pouvons-nous dire, comme il se  rĂ©pand dans les milieux proches de la Ligue, que la crise est en voie d’ĂȘtre rĂ©solue ? Mohamed Goumani : L’intĂ©rĂȘt au cours  des derniĂšres semaines de la presse pour la situation de la LTDH et les dĂ©bats relatifs aux perspectives de dĂ©passement  de l’impasse actuelle qui s’animent au sein de ses structures dirigeantes sont  des signes  positifs porteurs d’espoirs quant aux rĂ©sultats escomptĂ©s. Dans ce cadre, je perçois cette derniĂšre dĂ©cision de  la justice comme l’expression d’une sortie de  l’immobilisme de ce dossier  dans le sens de la rĂ©solution de la crise sans qu’elle ne n’apporte  en elle-mĂȘme les rĂ©ponses attendues. Les Ă©lĂ©ments actuellement disponibles restent dans les limites des dĂ©clarations d’intention et du sondage d’opinion des diffĂ©rents acteurs mais les conditions de sortie de l’impasse ne sont pas encore rĂ©unies. Elles dĂ©passent la seule question de charger quelque partie que ce soit de l’organisation du congrĂšs de la Ligue.   OĂč se situe donc le problĂšme ? La dĂ©cision de charger l’actuel comitĂ© directeur d’organiser le congrĂšs date de 2001 , c’est plutĂŽt les jugements  prononcĂ©s en 2005 et 2006 contre le comitĂ© directeur qui lui interdisent tout travail prĂ©paratoire  de ces assises en raison de la restructuration  de la Ligue et en particulier des cas de fusions de sections qui ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme contraires aux statuts et rĂšglement  intĂ©rieur. Les dĂ©cisions judiciaires annulant les congrĂšs de nombreuses sections rendent le problĂšme complexe et ont contribuĂ© Ă  paralyser la Ligue  depuis plus de quatre ans. MĂȘme si nous ne pouvons ignorer ces dĂ©cisions de justice, rappelons que ces affaires rĂ©sultent de diffĂ©rences d’apprĂ©ciation et de divergences quant Ă  la gestion des affaires de la ligue et Ă  son rĂŽle . La solution ne pourra donc venir que du dĂ©bat le plus large autour de ces questions afin de rapprocher les points de vues et de parvenir Ă  un consensus  qui permettra le retrait de ces  affaires et  d’ouvrir la voie Ă  la prĂ©paration du congrĂšs  .   Les divergences se limiteraient-elle Ă  la restructuration et Ă  des mesures organisationnelles concernant la prĂ©paration du congrĂšs ? Des divergences relatives Ă  la restructuration sont essentielles mais elles ne peuvent rĂ©sumer tout le problĂšme. Le diffĂ©rend est  Ă  mon avis antĂ©rieur mĂȘme Ă  cette restructuration. Il prend ses racines dans la diffĂ©rence d’approches entre la direction de la Ligue et les autoritĂ©s au sujet des rapports du politique aux droits de l’homme, du positionnement de la Ligue et de ses relations avec les rĂ©seaux internationaux. Cela sous entend la crainte d’une instrumentalisation de la Ligue par l’opposition dans le dĂ©bat politique, d’une atteinte Ă  l’image du pays Ă  l’Ă©tranger et d’une mise sous influence par les biais des financements .  Les dirigeants de la ligue quant Ă  eux , s’en tiennent Ă  la nĂ©cessite d’indĂ©pendance de leur organisation et Ă  l’accomplissement de son rĂŽle de dĂ©fense des droits humains Ă  l’abri de toute mainmise. Ce contentieux sous jacent peut ĂȘtre dĂ©passĂ© surtout que toutes ces questions ont dĂ©jĂ  fait l’objet d’un dĂ©bat et d’une Ă©valuation critique dans le cadre de l’Ă©laboration des projets de motions du cinquiĂšme congrĂšs et que  ce dĂ©bat s’est poursuivi Ă  l’occasion de la prĂ©paration du 6Ăšme congrĂšs. Je reste convaincu que si les diffĂ©rents partenaires   au sein de la ligue apportaient leur contribution Ă  l’Ă©tablissement  d’un consensus clair relatif Ă  ces aspects, cela dĂ©passerait beaucoup d’entraves sur la voie du 6Ăšme congrĂšs.   Quelles sont vos propositions concernant la question de la restructuration ? Je pense que toute proposition qui se veut constructive doit au prĂ©alable reconnaĂźtre la complexitĂ© du problĂšme et prendre en considĂ©ration les prĂ©occupations de toutes les parties prenantes pour Ɠuvrer avec les contraintes du possible et d’une rĂ©alitĂ© qui doit intĂ©grer : -la lĂ©gitimitĂ© de l’actuel comitĂ© directeur. -la rĂ©alitĂ© des structures existantes depuis maintenant prĂšs de 8 annĂ©es (24 sections) . -les sections qui n’ont pas pu tenir leurs congrĂšs et celles dont certains membres  ont cru bon de porter plainte devant la justice. Quant Ă  l’Ă©ventuel retour Ă  la situation antĂ©rieure Ă  l’annĂ©e 2000, je pense que ceux qui continuent Ă  Ă©voquer une telle possibilitĂ© manquent de rĂ©alisme et continuent Ă  d’entretenir l’ambiguĂŻtĂ© et l’immobilisme   . L’optimisme est de rigueur mais la solution sera d’autant plus proche que  nous Ă©viterons les illusions trompeuses, la surenchĂšre et les attitudes figĂ©es. Le renforcement de la confiance et l’amĂ©lioration des conditions du dialogue sont fondamentaux et je pense Ă  titre d’exemple que la proposition Ă©tudiĂ©e au sein de comitĂ© directeur d’un accord  d’arbitrage au sujet de la restructuration peut constituer le point de dĂ©part d’un large dĂ©bat sans exclusive et un dĂ©but de concrĂ©tisation de la derniĂšre dĂ©cision de l a justice confirmant le jugement prononcĂ© en 2001 .    – Pouvez-vous nous donner plus de prĂ©cisions Ă  propos de ce comitĂ© d’arbitrage ? Le comitĂ© d’arbitrage proposĂ© par certains membres du comitĂ© directeur  fait encore l’objet de discussions avant l’adoption du principe et l’engagement de  toutes les parties Ă  en accepter les propositions qui devront  mener aux congrĂšs. Ce comitĂ© diffĂšre de ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© du fait de l’engagement prĂ©alable de tous Ă  en accepter l’arbitrage. Ses membres seraient cooptĂ©s sur la base de leur intĂ©gritĂ©, de leur connaissance des spĂ©cificitĂ©s de la ligue et de leur capacitĂ© Ă  rĂ©soudre ce genre de situations et devraient nĂ©cessairement ĂȘtre acceptĂ©s par l’ensemble des intĂ©ressĂ©s. Le comitĂ© directeur gardera quant Ă  lui toutes ses prĂ©rogatives pour superviser la participation et l’organisation du congrĂšs sans contradiction avec la dĂ©cision judiciaire et dans le respect de ses fonctions lĂ©gitimes.   Un congrĂšs consensuel reste-t-il possible selon vous ? Sans pouvoir vous confirmer que la crise est en voie d’ĂȘtre rĂ©solue, je reste optimiste. Un dĂ©but de solution nĂ©cessite des initiatives positives de toutes les parties dans ce sens et je considĂšre que l’annonce par le ComitĂ© directeur dans son dernier communiquĂ© quant Ă  sa disposition au dialogue est un premier pas pour identifier les mesures Ă  prendre pour la tenue du congrĂšs. J’espĂšre que cet appel trouvera un Ă©cho  favorable auprĂšs des contestataires et du cĂŽtĂ© du pouvoir qui peut  faciliter le dialogue au sein de la ligue en levant les empĂȘchements actuels aux rĂ©unions et Ă  la concertation. En conclusion, je dirais que la tenue du congrĂšs national consensuel n’est pas impossible mais elle requiert une volontĂ© forte et sincĂšre de toutes les parties. Interview rĂ©alisĂ©e par N. S. ————————————————– Mme Arbia Ben Ammar, ex-membre du ComitĂ© directeur : ” Le dialogue est primordial “   Le Temps : Avec ce verdict, la Ligue va -t-elle s’acheminer vers une sortie de la crise ? Mme Arbia Ben Ammar : La Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme est un acquis national et l’une de nos raisons de notre fiertĂ© en tant que Tunisiens, et cela nous exhorte Ă  redoubler d’efforts pour permettre Ă  la Ligue de reprendre son lustre d’antan et reprendre des activitĂ©s tant bĂ©nĂ©fiques pour une sociĂ©tĂ© qui fait ses pas dans la dĂ©mocratisation de la vie politique. A notre sens, tous les militants de la Ligue  doivent ĂȘtre impliquĂ©s dans la prĂ©paration du CongrĂšs et doivent ĂȘtre pour leur part conscients de la dĂ©licatesse de leur mission puisque l’enjeu est de taille car c’est Ă  eux qu’incombe la responsabilitĂ© de rĂ©aliser une mission dont toutes les forces politiques reconnaissent toute l’importance, Ă  savoir sauver la ligue du marasme dans lequel elle s’est enlisĂ©e depuis une dizaine d’annĂ©es.   Quel est selon vous le scĂ©nario pour dĂ©passer les divergences et trouver une solution adĂ©quate ? Il est impĂ©ratif d’entamer un dĂ©bat qui instaure un climat de rĂ©conciliation indĂ©pendamment des considĂ©rations idĂ©ologiques et politiques de chacun puisque le multipartisme doit libĂ©rer la Ligue des considĂ©rations partisanes et des objectifs qui dĂ©passent le champ de la dĂ©fense des droits de l’Homme. La structuration de la Ligue, issue de plusieurs congrĂšs, ne peut ĂȘtre envisagĂ©e que dans le cadre d’un congrĂšs consensuel qui bannisse toute forme d’exclusion des militants des droits de l’Homme. Le dialogue est primordial pour la Ligue puisque sa vocation mĂȘme ne peut ĂȘtre conçue que dans le cadre d’une concertation Ă©quitable et d’Ă©gal Ă  Ă©gal avec toutes les composantes de la sociĂ©tĂ© civile et politique. Et le comitĂ© directeur actuel est appelĂ© Ă  saisir l’occasion et Ă  dĂ©passer les querelles anciennes pour aller dans l’avenir afin de permettre Ă  la Ligue de retrouver sa place et son rĂŽle importants pour notre sociĂ©tĂ©. Interview rĂ©alisĂ©e par N.S.
(Source: “Le Temps” (Quotidien – Tunisie) le 28 juin 2009)

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

Boubaker Jridi La rĂ©action de la blogosphĂšre et des journaux de l’opposition (voir en particulier le n° 132 d’Attariq), suite Ă  la campagne de rafles visant l’enrĂŽlement de jeunes pour le service militaire, a du bon. Elle a obligĂ© le ministre de la dĂ©fense Ă  descendre de son piĂ©destal et Ă  essayer, lors d’une confĂ©rence de presse organisĂ©e le jeudi 18 juin dernier, d’expliquer et de justifier cette pratique d’un autre Ăąge qui a instaurĂ© un climat de terreur parmi les jeunes, durant plusieurs jours, Ă  travers tout le pays. Toutefois, l’exercice de pĂ©dagogie auquel a tentĂ© de se livrer M. Kamel Morjane a essentiellement deux grands dĂ©fauts : il vient un peu trop tard et, surtout, il est loin d’ĂȘtre convaincant. En effet, dans un pays oĂč l’on respecte les citoyens et oĂč existe une vĂ©ritable opinion publique, cet exercice de pĂ©dagogie et de communication doit normalement prĂ©cĂ©der ce type de campagne « sur le terrain ». Mieux encore, la rĂ©ussite d’un tel exercice devrait susciter une adhĂ©sion des citoyens Ă  la dĂ©marche du gouvernement et lui permettre de faire l’économie de ces pratiques musclĂ©es trĂšs dommageables en termes d’image ! Venons-en, maintenant, au contenu de cette communication tardive qui n’est pas exempte de faiblesses et d’incohĂ©rences. Car, en affirmant aux journalistes que l’objectif de cette campagne n’est pas principalement l’enrĂŽlement de force dans l’armĂ©e, mais plutĂŽt celui d’ « assurer la sĂ©curitĂ© du citoyen et de l’ordre public », M. Morjane s’emmĂȘle quelque peu les pinceaux. On dĂ©couvre, ainsi, au dĂ©tour d’une phrase anodine, qu’il y aurait une menace sur l’ordre public et notre sĂ©curitĂ© et que la tĂąche de les dĂ©fendre a Ă©tĂ© dĂ©volue non pas au ministre de l’intĂ©rieur, mais Ă  celui de la dĂ©fense (sic) ! Encore plus inquiĂ©tant ! En quoi consiste cette menace ? La campagne de rafles visant les jeunes a-t-elle permis de la juguler ? Pourquoi s’en charge-t-il lui-mĂȘme ? Le ministre n’estime pas nĂ©cessaire d’éclairer notre lanterne sur ces questions
 De mĂȘme, si l’objectif de cette campagne est seulement d’assurer la sĂ©curitĂ© et l’ordre publics, pourquoi l’essentiel de la confĂ©rence de presse tourne-t-il autour de la question du service militaire, de son statut et de la nĂ©cessitĂ© de lui construire, dans la sociĂ©tĂ©, une image plus positive? A ce niveau, M. Morjane conteste l’utilisation du mot « rafles » pour dĂ©crire ces opĂ©rations oĂč les forces de l’ordre encerclent un quartier et oĂč les policiers, armĂ©s de matraques et se faisant aider par des chiens, apprĂ©hendent des jeunes et les font monter dans de sinistres voitures cellulaires (resic) ! MĂȘme si ça y ressemble beaucoup, il ne faut pas dĂ©signer ces opĂ©rations par ce mot car il serait « Ă  connotation colonialiste ». Toutefois, et dans l’attente que l’on puisse enrichir le lexique par un vocable plus politiquement correct, M. le ministre devrait mĂ©diter le fait que, 53 ans aprĂšs l’indĂ©pendance du pays, ce mot n’est pas prĂȘt de disparaĂźtre du vocabulaire de notre sociĂ©tĂ© qui, elle, sait appeler un chat « un chat » ! Il pourrait, peut-ĂȘtre, y voir le signe d’une coupure entre les jeunes et le pouvoir et, plus gĂ©nĂ©ralement, entre gouvernĂ©s et gouvernants, dans ce pays. C’est lĂ , en effet, que gĂźt, principalement, le problĂšme. Et, au lieu de le rĂ©soudre en adoptant des pratiques humiliantes et incompatibles avec l’idĂ©al dĂ©mocratique, il aurait fallu, d’abord, s’interroger pourquoi l’attitude des jeunes, et pas seulement eux, vis-Ă -vis du service militaire, est aussi nĂ©gative ? Pourquoi ce qui devrait ĂȘtre apprĂ©hendĂ© comme un devoir sacrĂ© est plutĂŽt perçu comme une punition – et les rafles ne font que consolider ce sentiment ? Certes, le ministre esquisse un dĂ©but de rĂ©ponse : il estime, d’un cĂŽtĂ©, que la sensibilisation Ă  l’importance du devoir national n’est pas assez efficace et, de l’autre, que « nos jeunes sont choyĂ©s » !! L’analyse est, avouons-le, un peu courte. Car, une meilleure stratĂ©gie de communication avec, par exemple, de plus beaux spots tĂ©lĂ©visĂ©s, n’amĂ©liorera pas la situation. On reconnaĂźt, dans cette approche, les attitudes habituelles du pouvoir, qui a souvent tendance Ă  identifier des problĂšmes techniques lĂ  oĂč il s’agit de vrais problĂšmes politiques ! Les choses iront sans doute dans le bon sens le jour oĂč les Tunisiens, dans leur ensemble, vivront pleinement leur citoyennetĂ© et qu’ils percevront la classe politique comme issue de leurs choix, comme leur propre Ă©manation, le jour oĂč il y aura Ă©galitĂ© de tous devant le service militaire, qui ne sera plus l’apanage des plus dĂ©favorisĂ©s et le jour oĂč le pouvoir lui-mĂȘme le percevra comme un devoir sacrĂ© et non comme un moyen de remplir ses caisses Ă  travers la logique bassement mercantile des «affectations individuelles». Mais, peut-ĂȘtre est-ce lĂ  trop demander
 (Source : le blog « Les Amis d’Attariq », le 27 juin 2009) Lien : http://amisattariq.blogspot.com/2009/06/la-pedagogie-de-m-morjane-propos-des.html

Sami Fehri sur le point de finaliser le dossier de la nouvelle chaĂźne TV

Les Tunisiens auront-ils bientĂŽt leur 5Ăšme chaĂźne TV? Cette fois-ci, c’est effectivement bien avancĂ© ! Sami Fehri s’active fĂ©brilement Ă  boucler le dossier nĂ©cessaire pour dĂ©poser auprĂšs des autoritĂ©s compĂ©tentes une demande de tĂ©lĂ©diffusion d’une chaĂźne TV gĂ©nĂ©raliste, apprend Leaders. Dans le respect des procĂ©dures en vigueur, le patron de Cactus Production multiplie les Ă©tudes et analyses, tant techniques que conceptuelles et financiĂšres afin de fournir au MinistĂšre de la Communication et des Relations avec la Chambre des DĂ©putĂ©s et la Chambre des Conseiller, les Ă©lĂ©ments indispensables Ă  l’examen de sa demande. Evidemment, Sami Fehri sait que ce n’est pas gagnĂ© d’avance et que ce n’est pas automatique. Certes, il jouit Ă  la tĂȘte de la maison de production d’une bonne expĂ©rience et a fait incontestablement ses preuves dans divers genres tĂ©lĂ©visuels, notamment les Ă©missions grand public et les feuilletons. Mais, cela ne lui donne aucun droit acquis. Comptant toujours sur la robustesse des dossiers qu’il sait prĂ©parer et la persuasion de son argumentaire, il redouble d’efforts, avec une Ă©quipe de conseillers chevronnĂ©s, pour bien ficeler le dossier. Encore quelques semaines pour bien ficeler Tirant enseignement de diffĂ©rentes expĂ©riences, Sami Fehri sait qu’en fait, le plus dur n’est pas de demander l’autorisation, quitte Ă  se dĂ©brouiller par la suite, cahincaha. Ca sera lĂ  l’aventure la plus totale qu’on ne peut plus se permettre. Le plus sage est en effet de pousser l’étude du projet sous tous ses aspects, d’approfondir le concept, de dĂ©cliner ses composantes, de prĂ©voir les dĂ©tails de la mise en Ɠuvre et de faire valider le modĂšle Ă©conomique. Quelques semaines lui seront ainsi nĂ©cessaire pour tout mettre en boĂźte, et cette fois-ci non pas vidĂ©o, mais une Ă©paisse boĂźte en carton contenant tous les documents appropriĂ©s, et d’aller avant le dĂ©but du ramadhan au plus tard, la dĂ©poser, boulevard du 7 Novembre, au siĂšge du MinistĂšre. De nouveaux dĂ©veloppements Commenceront alors les phases d’études par les services concernĂ©s, d’auditions, et d’échanges (dont personne ne connaĂźt les dĂ©lais qu’ils devraient prendre), en espĂ©rant parvenir Ă  rĂ©pondre Ă  toutes les exigences et dĂ©crocher l’avis favorable. Sur quelle base ? Comment se fait l’attribution des autorisations et frĂ©quences ? Comment sera gĂ©rĂ© le nouveau dispositif de la TĂ©lĂ©vision NumĂ©rique Terrestre ? Autant de questions qui trouveront sans doute bientĂŽt rĂ©ponse. Une chose est sĂ»re, c’est que le paysage audiovisuel et mĂ©diatique tunisien connaĂźt ses derniĂšres annĂ©es des dĂ©veloppements heureux. Et augure de nouvelles mutations encore plus bĂ©nĂ©fique pour les Tunisiens. (Source : «Leaders.com.tn», le 25 juin 2009) Lien : http://www.leaders.com.tn/article.php?aid=947


Yadh Ben Achour parle de la victoire du Sunnisme, de l’islamisme et de l’Islam d’Occident

 

29-06-2009

Entretien conduit par Zyed Krichen

 

“Aux Fondements de l’Orthodoxie Sunnite” est le nouvel ouvrage de Yadh Ben Achour. Ce grand spĂ©cialiste du droit international et de l’histoire des idĂ©es politiques s’est penchĂ© depuis une vingtaine sur l’étude de la pensĂ©e religieuse, notamment dans ses dimensions politiques et juridiques. Dans son dernier livre, Yadh Ben Achour s’attelle Ă  une tĂąche titanesque : dĂ©crire et analyser le processus historique qui a amenĂ© une certaine vision de l’Islam des origines Ă  se transformer en une orthodoxie dominante qui a fini par verrouiller le champ des possibles, inaugurĂ© par l’avĂšnement de la RĂ©vĂ©lation.

“Aux Fondements de l’Orthodoxie sunnite” ne se contente pas de cette investigation historique, il analyse longuement le systĂšme sunnite dans ses dimensions thĂ©ologiques, politiques et sociales et tente une explication synthĂ©tique des raisons qui ont fait que le Sunnisme traverse les siĂšcles et peut-ĂȘtre mĂȘme les millĂ©naires.

Le livre de Yadh Ben Achour n’est pas seulement un essai sur l’histoire des idĂ©es politiques et thĂ©ologiques, il se veut aussi une rĂ©flexion sur les problĂšmes de notre temps, de la difficultĂ©, voire de l’impossibilitĂ© de rĂ©former le Sunnisme, et des nouveaux possibles qui s’ouvrent de nouveau Ă  l’Islam, surtout en dehors de ses contrĂ©es historiques.

“Aux Fondements de l’Orthodoxie Sunnite” est un livre fondamental pour comprendre les enjeux idĂ©ologiques et politiques d’aujourd’hui en terre d’Islam, et cela en les plaçant dans la perspective Ă©clairante de l’histoire des idĂ©es.

Yadh Ben Achour apporte une contribution de taille aux débats qui souvent déchirent les élites musulmanes.

En avant-goĂ»t, nous vous proposons cette interview avec l’auteur, oĂč il revient en dĂ©tail sur l’essentiel de ces questions.

‱ Aux Fondements de l’Orthodoxie Sunnite par Yadh Ben Achour. PUF 2008 et CĂ©rĂšs Ă©ditions pour le Maghreb-Tunis-Avril 2009.

Toutes les religions ont produit leur orthodoxie. Quelle est la spĂ©cificitĂ© de l’émergence de l’orthodoxie sunnite en terre d’Islam ?

Dans l’histoire des religions il y a un moment inaugural : une RĂ©vĂ©lation, une Sagesse, un Texte, une Inspiration
 Cet Ă©vĂšnement peut ĂȘtre tuĂ© dans l’Ɠuf, mais peut Ă©galement s’ancrer dans l’histoire. Au bout de quelque temps, souvent des siĂšcles, se formera autour de cet Ă©vĂ©nement inaugural une orthodoxie, c’est-Ă -dire une religion officielle qui inclut Ă  la fois les instances politiques, une sociĂ©tĂ© de croyants et un savoir des gens de la religion qui se constitue souvent en Eglise : une instance spĂ©cialisĂ©e compĂ©tente en matiĂšre religieuse. La spĂ©cificitĂ© du Sunnisme est qu’il est une religion sans Eglise. Il a connu au premier siĂšcle unsuccĂšs foudroyant avec la dynastie des Ommeyades et les conquĂȘtes de l’Islam qui ont constituĂ©, trĂšs vite, l’Empire islamique. Mais jusque-lĂ  on ne peut pas parler d’orthodoxie. Jusqu’au milieu du troisiĂšme siĂšcle de l’HĂ©gire, il y avait encore beaucoup d’hĂ©sitations et de conflits. Le Sunnisme n’est devenu une orthodoxie qu’au bout de quelques siĂšcles. Son trait spĂ©cifique est qu’il donne Ă  la majoritĂ© du peuple des croyants la qualitĂ© de rĂ©fĂ©rent en matiĂšre religieuse. Le Sunnisme s’est lui-mĂȘme identifiĂ© comme Ă©tant la religion de la majoritĂ© (Ahl al Sunna Wal Jamaa : les Gens de la Sunna et de la CommunautĂ©). Ils ont avancĂ© un grand nombre de dires (“hadiths”) du ProphĂšte pour consacrer cette idĂ©e. Par exemple “Ma CommunautĂ© ne peut pas tomber sur l’erreur” ou “Suivez la grande masse”
 C’est le pilier de ce que les savants appellent “l’Ɠuf” (baĂŻdhat) de l’Islam, c’est-Ă -dire sa force et sa puissance.

Le Sunnisme est ainsi une religion sans Ă©glise qui s’est constituĂ©e en orthodoxie et qui a fait du peuple majoritaire des croyants son rĂ©fĂ©rent exclusif en matiĂšre doctrinale et en matiĂšre religieuse. Dans la pratique cela se passe diffĂ©remment. Mais c’est trĂšs important de dire au peuple des croyants : vous ĂȘtes le rĂ©fĂ©rent de la vĂ©ritĂ© religieuse Cela explique beaucoup de choses dans l’histoire du Sunnisme jusqu’à aujourd’hui. Le Sunnisme est une orthodoxie de masse. C’est un systĂšme de religion collectiviste.

 

Les autres factions de l’Islam des origines : les Kharijites, les Chiites, les Mutazilites, n’étaient-elles pas, elles aussi, des tentatives pour imposer une certaine orthodoxie ?

Absolument. C’est cela le mystĂšre de l’histoire. Un certain nombre de factions se font la guerre, discutent, dialoguent, se dĂ©chirent
 Elles mĂšnent un vĂ©ritable combat d’idĂ©es avec leurs thĂ©ologiens et aussi de vĂ©ritables batailles militaires.

Si l’on vivait à ce moment-là, on ne pouvait pas dire qui allait remporter la victoire finale. Pourquoi c’est telle faction et pas une autre ?

La Tunisie de l’époque vivait les mĂȘmes problĂšmes que l’Orient au moment de la dynastie aghlabite, comme l’a vu Mohamed Talbi dans son extraordinaire thĂšse sur l’Emirat aghlabite. Les querelles religieuses, philosophiques et doctrinales du Moyen-Orient Ă©taient transposĂ©es dans notre pays. La dynastie aghlabite s’est instituĂ©e comme dynastie reprĂ©sentative du Califat abbasside. Elle a Ă©tĂ© dĂ©truite par les Fatimides qui Ă©taient des Chiites Ismaliens. Ensuite, avec les Zirides, quelques siĂšcles aprĂšs, il y a eu le rĂ©tablissement du Sunnisme avec El Moez Ibn Badis. D’ailleurs lemĂȘme monarque est retournĂ© au Chiisme suite Ă  la vengeance des Fatimides, maintenant installĂ©s au Caire, qui lui avaient envoyĂ© les tribus des Banou SouleĂŻm et Banou Hilal pour le chĂątier. En dĂ©finitive, malgrĂ© ce long temps de gouvernement fatimide en Tunisie, c’est le Sunnisme dans son expression malĂ©kite qui s’est imposĂ© en Tunisie et dans tout le Maghreb, alors que cette rĂ©gion a connu le gouvernement chiite, mais aussi des Ă©mirats kharijites, surtout au Maghreb Central (l’actuelle AlgĂ©rie)
 Comment expliquer dans ce contexte la victoire du Sunnisme ? Je pense que personne ne peut rĂ©pondre Ă  cela. C’est cela les contingences de l’histoire.

Peut-on parler d’un Islam prĂ©-sunnite? et si oui, quelles seraient ses caractĂ©ristiques ?  

Avant la constitution du Sunnisme en orthodoxie, tout Ă©tait ouvert. Dans les premiers siĂšcles de l’Islam de grandes divisions ont vu le jour, comme celle entre les tendances dĂ©terministes et celles qui dĂ©fendent la libertĂ© humaine, le self-arbitre et la raison. Dans le domaine juridique tout, Ă©galement, Ă©tait ouvert. Les quatre Ecoles (le MalĂ©kisme, le Hanafisme, le ChafĂ©isme et le Hanbalisme), qui constituent aujourd’hui l’orthodoxie sunnite, Ă©taient loin d’ĂȘtre majoritaires Ă  l’époque. Il y avait au moins une quinzaine de tendances juridiques. Plusieurs d’entre elles n’existent plus aujourd’hui, comme celle d’Al Aouzaai, N’oublions pas que le Calife abbasside Al Maamoun a pratiquĂ© une politique pro-chiite pour gagner le cƓur des Irakiens, Ă  telle enseigne qu’il a dĂ©signĂ© comme son successeur au Califat l’un des imams du Chiisme, Ali Ridha. Que se serait-il passĂ© si Ali Ridha avait succĂ©dĂ© Ă  Al Maamoun ? La face du Monde musulman aurait certainement changĂ©. L’Islam majoritaire aurait pu devenir chiite. Il a fallu attendre le Calife Al Mutawakkil pour rĂ©tablir le Sunnisme dans son intĂ©gralitĂ©. Jusque-lĂ  tout Ă©tait possible.

Je dirais que l’Islam prĂ©-sunnite est un Islam Ă©clatĂ©, dans lequel tout aurait Ă©tĂ© possible : le Chiisme, le Mutazilisme, le Soufisme
 Le problĂšme est de savoir quand et comment le verrouillage opĂšre. Il y avait bien Ă©videmment Ă  cette Ă©poque-lĂ  des dogmes communs Ă  tous les Musulmans autour du Texte RĂ©vĂ©lĂ©, mais le fait de se rĂ©fĂ©rer Ă  la Tradition prophĂ©tique (la Sunna) n’était pas Ă©vident.

C’est-à-dire


L’Imam ChafeĂŻ, dans le livre sept de son “Kitab Al Oum” parle des sectes et des factions qui refusaient la Sunna en tant que telle. Pour elles le Texte du Coran Ă©tait suffisant en soi et le ProphĂšte n’avait pas Ă  ajouter sa propre inspirationĂ  celle qu’il a reçu de Dieu. D’autres disaient que nous acceptons les hadiths, mais Ă  condition qu’ils soient Ă  consensus gĂ©nĂ©ralisĂ© (Mutawatir). C’est cela l’Islam prĂ©-sunnite : une division philosophique entre les Mutazilites et les DĂ©terministes, une autre sur la constitution mĂȘme de la Sunna : doit-on la prendre en considĂ©ration, et si oui quelle Sunna ? Les Chiites ne reconnaissent pas le mĂ©canisme de la constitution de la Sunna telle que l’admettent les Sunnites. Les questions juridiques Ă©taient, elles aussi, totalement ouvertes. L’Islam prĂ©-sunnite Ă©tait l’Islam oĂč tout pouvait devenir possible. Ensuite le verrouillage a eu lieu aux niveaux de la thĂ©ologie, du droit, de l’éthique et des mƓurs. Tout cela grĂące Ă  une trilogie : le pouvoir politique, le pouvoir religieux et la masse des croyants.

La tentative du Calife abbasside Al Maamoun d’imposer une sorte de syncrĂ©tisme mutazilo-chiite, n’est-elle pas la premiĂšre tentative pour imposer une orthodoxie Ă  l’Empire musulman ?

Le pouvoir est quelque chose d’extrĂȘmement prĂ©caire. Il n’a jamais la libertĂ© qu’on lui suppose. Le pouvoir ne cherche qu’à se maintenir et Ă  se crĂ©er sa propre lĂ©gitimitĂ©. Pour cela, il est prĂȘt Ă  tous les compromis et Ă  toutes les astuces possibles et imaginables. Al Maamoun cherchait un Ă©quilibre. Cela prouve que le Monde musulman Ă©tait extrĂȘmement divisĂ© Ă  l’époque. Al Maamoun, en tant qu’homme de pouvoir, a d’ailleurs parfaitement rĂ©ussi dans sa dĂ©marche. Quels sont les fondamentaux du Sunnisme ?

Il y a d’abord les fondamentaux de l’Islam, Ă  savoir la rĂ©vĂ©lation, l’au-delĂ , l’eschatologie
 ensuite c’est une constitution trĂšs spĂ©cifique de la Tradition prophĂ©tique. Les Sunnites reconnaissent un certain nombre de codificateurs de la Sunna : principalement Al Bukhari et Muslim, ce qui fait que pour le Sunnite, d’hier comme d’aujourd’hui, les propos rapportĂ©s dans cex deux “Authentiques” sont des certitudes irrĂ©cusables. Il y a ensuite une certaine conception de la lĂ©gitimation du systĂšme, ce que j’ai appelĂ© dans mon livre une thĂ©ologie de validation. Tout d’abord pour Ă©crire l’histoire du ProphĂšte comme dans la “Sira” d’Ibn Hisham et ensuite pour codifier la tradition prophĂ©tique.

Le Sunnisme a adoptĂ©, dans sa majoritĂ©, la ThĂ©ologie Ashaarite (IVĂšme siĂšcle de l’HĂ©gire) qui se veut une attitude intermĂ©diaire entre les Mutazilites qui croient en la libertĂ© humaine et en l’obligation de la justice pour Dieu et les dĂ©terministes. Ils ont produit la fameuse thĂ©orie du Kasb: Dieu engendre les actions et l’homme les endosse. En fait, comme l’a dĂ©montrĂ© dĂ©jĂ  Ibn Rochd (AverroĂšs) ce n’est qu’un jeu de mots. L’Ashaarisme n’est en fait qu’un dĂ©terminisme dĂ©guisĂ©.

Comment expliquez-vous que l’orthodoxie sunnite ait pu survivre Ă  tous les alĂ©as de l’histoire et surtout Ă  ses dĂ©faites politiques et militaires ?

C’est la question fondamentale. Je ne dis pas que le Sunnisme est l’essence de l’Islam, je dis que c’est l’histoire qui l’a consacrĂ© en tant qu’orthodoxie. Le systĂšme a Ă©tĂ© fait pour traverser les siĂšcles et peut-ĂȘtre mĂȘme les millĂ©naires. Le Sunnisme a Ă©tĂ©, tout au long de son histoire, entourĂ© de catastrophes : pertes de territoires, dĂ©faites idĂ©ologiques
 mais il a pu se maintenir grĂące Ă  un combat acharnĂ© menĂ© par une sorte de sainte alliance entre le pouvoir politique, le pouvoir de l’interprĂšte de la parole sacrĂ©e et la masse du peuple des croyants. C’est la reconnaissance de la vox populi au niveau thĂ©ologique qui explique la pĂ©rennitĂ© du systĂšme des croyances sunnites Ă  travers les siĂšcles.

En 2009, les sources d’inspiration qui rĂ©gissent la pensĂ©e des croyants restent celles qui sont fondĂ©es par les grands thĂ©ologiens de l’époque classique. Ce systĂšme englobe toutes les dimensions de la vie : le politique, le juridique, l’économique, l’intime dans ses dĂ©tails les plus infimes.

La force de ce systĂšme est qu’il ait pu entrer dans l’esprit populaire. Il y a une incroyable homogĂ©nĂ©itĂ© entre la pensĂ©e savante et les convictions du peuple. Le peuple ne lit pas et ne comprend pas ces traitĂ©s sophistiquĂ©s, pourtant si l’on fait un sondage de l’esprit civique majoritaire jusqu’à nos jours on ne peut ĂȘtre que frappĂ© par cette cohĂ©rence entre les modes de pensĂ©e savante et les rĂ©flexes de ce peuple majoritaire de croyants.

On a l’impression que les forces vives des peuples arabo- musulmans, au cours de la majeure partie du XXĂšme siĂšcle se sont Ă©loignĂ©s de ce modĂšle


Oui et non. Ils s’en sont Ă©loignĂ©s dans les vies de consommateur, mais l’esprit majoritaire reste encore dans le halo de la pensĂ©e traditionnelle scolastique.

Selon vous les mouvements rĂ©formistes Ă©taient-ils encore sous l’emprise de la pensĂ©e traditionnelle ?

Oui et non aussi. Devant le retard accusĂ© par le Monde musulman, idĂ©e irrĂ©cusable du fait mĂȘme de la catastrophe que fut la colonisation, le mouvement rĂ©formiste faisait le procĂšs du Taqlid : l’enfermement de la pensĂ©e grĂące au verrouillage opĂ©rĂ© par les thĂ©ologiens classiques. La solution prĂ©conisĂ©e par le rĂ©formisme Ă©tait une sorte de syncrĂ©tisme qui tient compte des acquisdu Monde moderne occidental (le constitutionnalisme, le positivisme juridique, l’économie du marché ) tout en veillant Ă  protĂ©ger et Ă  conserver le systĂšme classique de la Chariaa. Cela est trĂšs visible chez Kheireddine, Ibn Abu Dhiaf, Refaa Tahtaoui, Jabarti


Les mouvements qui ont adoptĂ© uniquement et strictement le mode de pensĂ©e occidental sont extrĂȘmement minoritaires. Il y a bien sĂ»r l’exception Ataturk qui est importante, mais qui demeure nĂ©anmoins une exception.

Actuellement nous assistons au retour du refoulĂ©. Cela est dĂ», je pense, Ă  une certaine accĂ©lĂ©ration de l’histoire. La modernisation de nos sociĂ©tĂ©s a Ă©tĂ© trop rapide. Cela nĂ©cessite, probablement, un temps d’arrĂȘt.

A l’heure actuelle nous en sommes au moment oĂč le rĂ©fĂ©rentiel dominant est constituĂ© par la littĂ©rature thĂ©ologique classique. Le problĂšme qui se pose Ă  nous est que les franges les plus radicales comme les jihadistes ont pour sources essentielles les Ɠuvres classiques et notamment Ibn Taymyya. Le Salafisme n’est pas une invention du monde moderne. C’est un mĂ©canisme de dĂ©fense qui a parcouru toute l’histoire de l’Islam. La dynastie Almohade qui a rĂ©gnĂ© sur le Maghreb au XIĂšme et XIIĂšme siĂšcles de l’ùre chrĂ©tienne n’est qu’une prĂ©figuration du Wahhabisme.

Le Wahhabisme n’est pas une exception. Il a eu beaucoup d’antĂ©cĂ©dents historiques : le Hambalisme sous les Abbassides, le dĂ©but de la dynastie almoravide, les Almohades
 Comment expliquez-vous cette nouvelle vitalitĂ© de l’orthodoxie sunnite ces derniĂšres dĂ©cennies ?

C’est probablement une rĂ©action contre une modernisation trop accĂ©lĂ©rĂ©e qu’on a connue dĂšs la fin du XIXĂšme siĂšcle. Il y a Ă©galement l’environnement mondial qui explique cette sorte de crispation du Monde musulman et en particulier du Monde arabe autour de ses normes oubliĂ©es et retrouvĂ©es. L’Islam, dans son ensemble, considĂšre qu’il y a une sorte de complot universel occidental contre lui en tant que civilisation et religion. Le dossier de ce complot est extrĂȘmement fourni. On le fait remonter au Moyen-Âge avec les Croisades, ensuite le dĂ©membrement de l’Empire Ottoman, la colonisation et surtout la constitution de l’Etat d’IsraĂ«l. Cela maintient les Etats arabes en particulier, mais aussi l’essentiel du Monde de l’Islam, dans une sorte de psychologie victimaire. En voulant se dĂ©fendre de ce supposĂ© complot, les Musulmans se crispent davantage autour de normes anciennes qu’on veut ressusciter et sur lesquelles on veut bĂątir le prĂ©sent et l’avenir. Vous dites dans votre livre que les communautĂ©s musulmanes qui vivent en Occident sont une chance pour l’Islam. Pourquoi ?

L’Islam a vĂ©cu aux XIXĂšme et XXĂšme siĂšcles une pĂ©riode de reflux qui s’est manifestĂ©e particuliĂšrement par les diffĂ©rentes formes de la colonisation. Paradoxalement, Ă  ce moment-mĂȘme, l’Islam a connu une pĂ©riode d’expansion extraordinaire Ă  travers le monde. Dans le Monde musulman historique, l’Islam perdait des territoires mais en mĂȘme temps il s’étendait sur toute la planĂšte. Cela est dĂ» au fait que l’Islam n’a pas besoin d’armĂ©es pour se rĂ©pandre. C’est une religion dont les dogmes fondamentaux sont trĂšs accessibles et convaincants. J’ai dit dans mon livre que l’avenir de l’Islam pourrait venir de ces nouvelles contrĂ©es situĂ©es surtout en Occident. Justement parce que l’Islam d’Occident a perdu les deux piliers qui faisaient la force de l’orthodoxie sunnite : le pouvoir et la majoritĂ©. Du coup cela oblige l’Islam Ă  entamer un dialogue de fond avec des civilisations, des cultures et des normes qui lui sont Ă©trangĂšres sans pouvoir leur imposer sa propre maniĂšre de voir. Cela explique qu’il y a, dans ces nouvelles contrĂ©es de l’Islam, des auteurs et des mouvements rĂ©ellement rĂ©volutionnaires au niveau de la pensĂ©e. Il faut prĂ©ciser que ces nouvelles idĂ©es ont Ă©tĂ© pensĂ©es dans l’Islam historique, mais elles ont Ă©chouĂ© Ă  cause de la pesanteur et de la contrainte de l’orthodoxie de pouvoir et de l’orthodoxie de masse. Par exemple ?

Les droits de la femme ont Ă©tĂ© pensĂ©s dans le Monde arabo-musulman. Les idĂ©es de Kacim Amin et de Tahar Haddad ont connu une trĂšs large diffusion. Elles ont Ă©tĂ© mĂȘme adoptĂ©es par certains Etats. Seulement on a l’impression de ne plus bouger depuis. Si l’on excepte le Code du Statut Personnel tunisien, le Monde arabe avance trĂšs peu sur cette voie. C’est toujours les mĂȘmes dĂ©bats qui reviennent : l’égalitĂ© successorale, les droits de la femme
 Je ne dis pas que ces idĂ©es rĂ©volutionnaires ne germeront pas dans le monde historique de l’Islam. Je dis simplement qu’il y a des difficultĂ©s dues au contexte gĂ©nĂ©ral. Ces mĂȘmes idĂ©es transposĂ©es dans les nouvelles terres de l’Islam ont toutes les chances de pouvoir aboutir et de dĂ©boucher sur une pensĂ©e crĂ©atrice nouvelle. Dans ces contrĂ©es-lĂ , il y a aujourd’hui des idĂ©es nouvelles et parfois mĂȘme rĂ©volutionnaires, mais aussi de nouvelles pratiques de l’Islam. Je pense particuliĂšrement au fĂ©minisme musulman aux Etats-Unis, aux mouvements islamiques libĂ©raux au Canada, Ă  certains ouvrages Ă©crits par des Musulmans sud-africains et français comme le livre d’Abdennour Bitar “L’Islam sans soumission : pour un existentialisme islamique”, qui tout en serĂ©clamant de l’Islam, apporte des idĂ©es trĂšs nouvelles sur le Paradis, l’Enfer
 Chez nous on le prendrait pour un hĂ©rĂ©tique. Je prĂ©cise toutefois que l’Islam radical se porte bien dans ces nouvelles contrĂ©es de l’Islam, mais l’Islam moderne aussi. Chez nous l’Islam ouvert est menacĂ© de meurtre. En Occident, l’Islam bĂ©nĂ©ficie de quelque chose d’extraordinaire : la libertĂ©. Le jour oĂč la musulmane amĂ©ricaine Amina Wadoud a dĂ©cidĂ© qu’en tant que savante elle pourrait diriger la priĂšre du vendredi, elle a trouvĂ© des centaines d’hommes et de femmes pour la suivre et prier derriĂšre elle. Le mĂȘme geste aurait Ă©tĂ© inconcevable dans le Monde musulman historique.

Cela est-il dĂ» Ă  la mainmise de l’orthodoxie sunnite ou Ă  l’absence de libertĂ© ?

Cela va ensemble. Une orthodoxie est par nature oppressive. Quand le pouvoir politique met dans la main de cette orthodoxie le glaive pour exĂ©cuter les rĂ©calcitrants, alors une pensĂ©e libre a peu de chance d’éclore. Maintenant il ne faut jamais fermer les portes de l’avenir. Seulement de grands pays de l’Islam tels que le Pakistan et l’Arabie Saoudite ne sont certainement pas des exemples d’une saine confrontation de l’Islam avec la modernitĂ©. Loin de lĂ , nous sommes en train de rĂ©gresser et de diffuser Ă  travers ces sociĂ©tĂ©s un mode de pensĂ©e totalement fermĂ©.

Le Sunnisme est-il réformable ?

C’est ce que les Sunnites essaient de faire depuis un siĂšcle et demi. L’idĂ©e de rĂ©forme est venue des autoritĂ©s religieuses elles-mĂȘmes. Dans le cas de la Tunisie, des savants comme les Cheikhs Salem Bouhajeb, El Khedr al HusseĂŻn, Tahar Ben Achour
 Tous ces penseurs ont appelĂ© Ă  la rĂ©forme. Ces hommes de religion ont constatĂ© que leur systĂšme Ă©tait en crise, mais si l’on compare la pensĂ©e de ces rĂ©formateurs avec la pensĂ©e dominante d’aujourd’hui, on constate qu’on a encore rĂ©grĂ©ssĂ©, et je ne parle pas ici des radicaux de l’Islam et des jihadistes. Je parle du commun des mortels. La rĂ©islamisation de nos sociĂ©tĂ©s qui se fait aujourd’hui est nettement en-deçà de ce que les rĂ©formistes religieux ont pensĂ©, il y a de cela parfois plus d’un siĂšcle.

Plus concrùtement 


Prenons l’exemple de l’établissement du calendrier lunaire pour dĂ©terminer les cycles cultuels. Les Tunisiens se posaient dĂ©jĂ  cette question sous les Zirides, il y a de cela un millier d’annĂ©es. Les Chiites de l’époque Ă©taient pour le calcul astronomique et les Sunnites pour la vision oculaire.

Revenons au XXĂšme siĂšcle. Des savants de l’Islam Ă©taient parfaitement d’accord, dans un but de rationalitĂ©, de s’en tenir au calcul astronomique, position que la Tunisie a adoptĂ©e jusqu’en 1988. La rĂ©islamisation dont on parle ne va pas toujours dans le bon sens que les rĂ©formateurs religieux ont voulu pour l’Islam. Elle est en train de rĂ©gresser dans le sens de l’Islam rigoriste et traditionnaliste. L’exemple du calendrier hĂ©girien montre que nous ne sortons pas de dĂ©bats multisĂ©culaires. Nous n’avançons pas. Comment se fait-il qu’on en soit Ă  vouloir, en 2009, pratiquer et imposer des normes juridiques et Ă©thiques qui ont Ă©tĂ© pensĂ©es pour un autre temps ? Malheureusement cela constitue une vĂ©ritable demande sociale et le pouvoir est lĂ  pour la sanctifier . L’établissement religieux a-t-il failli Ă  sa mission en accompagnant et lĂ©gitimant cette rĂ©gression ?

C’est cela la force d’une orthodoxie : personne n’est libre. C’est un triangle dans lequel il y a le pouvoir, la masse des croyants et le savoir religieux. Ces trois dimensions sont interdĂ©pendantes. Le savoir religieux vend une image de marque : que va penser la foule, la masse des croyants, de ma fatwa (dĂ©cret religieux) ? Le pouvoir politique agit de mĂȘme, mais il est plutĂŽt excusable. C’est le moins responsable de tous, car Ă  moins d’ĂȘtre suicidaire, un pouvoir politique est obligĂ© de suivre le savoir religieux et la masse sauf en des pĂ©riodes trĂšs exceptionnelles oĂč un immense lĂ©gislateur vient dire Ă  sa sociĂ©tĂ© qu’elle est attardĂ©e et qu’il faut la changer. En gĂ©nĂ©ral le pouvoir gĂšre au quotidien selon les grandes aspirations de la majoritĂ© de son peuple.

Est-ce cela qui explique la connivence observĂ©e aujourd’hui entre l’Islam radical et l’Islam officiel ?

Il n’y a rien qui se ressemble autant que l’Islam le plus radical et l’Islam officiel. Entre eux il n’y a aucune diffĂ©rence au niveau de la pensĂ©e. La diffĂ©rence est seulement politique. L’un, le radical, se sent responsable de sa propre personne vis-Ă -vis de Dieu, et Ă©galement en charge de sa sociĂ©tĂ©. Il doit les conduire au salut par la persuasion et si cela ne marche pas par la violence. C’est le croyant intĂ©gral qui donne le croyant intĂ©griste. Tandis que le croyant mondain n’utilisera jamais la violence pour extirper le “mal”. Il dira seulement “que Dieu nous prĂ©serve et qu’il guide les Ă©garĂ©s sur sa voie”. Les Etats musulmans qui combattent le terrorisme aujourd’hui le font au nom du mĂȘme Dieu, du mĂȘme ProphĂšte et d’un mĂȘme systĂšme de pensĂ©e. Il n’y a rien de fondamentalement diffĂ©rent entre l’Islam officiel dĂ©fendu par les Etats et l’Islam radical. Les sources sont les mĂȘmes, les rĂ©fĂ©rences sont les mĂȘmes et souvent aussi les citations. Cette harmonie est consternante entre le systĂšme officiel et celui qui le conteste. En croyant combattre la dissidence et le terrorisme, les Etats les alimentent en rĂ©alitĂ©. Dans leur lutte les Etats n’utilisent pas que la violence, ils utilisent aussi des arguments thĂ©ologiques pour dĂ©fendre ce qu’on peut appeler un Islam soft, mais en fait ils ne font que renforcer leurs ennemis car ils utilisent, en dĂ©finitive, les mĂȘmes arguments. Est-ce que les Etats ont le choix ?

Je pense qu’ils l’ont. Il est vrai que le choix n’est pas trĂšs ouvert, mais ils pourraient adopter des politiques religieuses plus critiques et plus intelligentes. Il faut Ă©veiller l’esprit des gens et leur montrer la force de l’histoire dans la constitution des orthodoxies, et qu’une religion n’existe pas en tant que phĂ©nomĂšne en soi, que ce sont les pratiquants qui font une religion et qu’on peut pratiquer l’Islam d’une maniĂšre diffĂ©rents. Ce n’est pas ce qui se fait actuellement.

 

(Source: “RĂ©alitĂ©s” (Hebdomadaire- Tunisie) le 29 juin 2009)


 

Sommet de l’UA : Kaddafi fait pression sur les leaders africains

 
30/06/2009 07:30:57 –
AFP –Les chefs d’Etat africains se retrouvent Ă  partir de mercredi Ă  Syrte, en Libye, sous la prĂ©sidence de Mouammar Kaddafi qui met la pression sur son projet controversĂ© de “gouvernement africain” alors que le continent est confrontĂ© Ă  des crises menaçant la stabilitĂ© de plusieurs pays. AutoproclamĂ© “roi des rois traditionnels d’Afrique”, le “guide” libyen, au pouvoir depuis 40 ans, recevra ses pairs pour le 13e sommet de l’Union africaine (UA) en pouvant se targuer d’un nouveau titre : celui de doyen des chefs d’Etat africains, qui lui est revenu aprĂšs la mort dĂ©but juin du prĂ©sident gabonais Omar Bongo Ondimba. Elu en fĂ©vrier pour un an Ă  la tĂȘte de l’UA, malgrĂ© la rĂ©ticence manifeste de certains dirigeants, le colonel Kaddafi compte mettre Ă  profit sa prĂ©sidence pour forcer la voie Ă  la concrĂ©tisation d’une “unitĂ© africaine” dont il a fait un objectif prioritaire. Quitte Ă  bousculer, comme il en l’habitude, les plus rĂ©ticents, parmi lesquels les pays d’Afrique australe -notamment l’Afrique du sud- et de l’Est. “La mort aux ennemis de l’Afrique” DĂšs leur arrivĂ©e Ă  Syrte, la rĂ©gion natale du leader libyen oĂč a Ă©tĂ© Ă©difiĂ© Ă  500 km Ă  l’est de Tripoli un centre de confĂ©rences ultramoderne plantĂ© entre la MĂ©diterranĂ©e et le dĂ©sert, les 53 dĂ©lĂ©gations africaines sont mises en condition. Les maximes du guide sont partout, placardĂ©es sur les avenues en arabe, anglais et français, des plus encourageantes (“L’Afrique c’est l’espoir”, “L’UnitĂ© c’est la force”) aux plus inquiĂ©tantes (“La mort aux ennemis de l’Afrique”). . . Dimanche, lors d’une rĂ©union des ministres des Affaires Ă©trangĂšres de l’UA prĂ©cĂ©dant le sommet, M. Kaddafi a accru la pression pour crĂ©er une “AutoritĂ©” dotĂ©e de rĂ©els pouvoirs exĂ©cutifs, qui regrouperait les diffĂ©rentes instances de l’UA existantes (comme l’actuelle Commission ou le Conseil de paix et de sĂ©curitĂ©). “Celui qui dira non devra expliquer pourquoi” “Maintenant, celui qui dira non devra expliquer pourquoi”, a-t-il prĂ©venu dans son discours de bienvenue, en proposant un recours au vote pour dĂ©partager partisans et adversaires d’une intĂ©gration africaine accĂ©lĂ©rĂ©e. “Si les deux-tiers sont d’accord, le tiers restant devra obtempĂ©rer et respecter la dĂ©cision de la majoritĂ©”, a-t-il lancĂ©. Selon plusieurs tĂ©moins, la rencontre s’est dĂ©roulĂ©e dans une ambiance tendue et a dĂ» ĂȘtre interrompue avant de reprendre Ă  huis clos. Le prĂ©sident de la Commission de l’UA, Jean Ping, a fait connaĂźtre ses rĂ©ticences Ă  sa maniĂšre, en insistant devant les ministres sur l’urgence Ă  rĂ©soudre d’autres dossiers avant de s’atteler Ă  des projets plus ambitieux. L’inquiĂ©tude de Jean Ping Citant les crises politiques ou les coups d’Etat qui ont secouĂ© ces derniers mois Madagascar, la Mauritanie, la GuinĂ©e Bissau, la GuinĂ©e ou le Niger, il a estimĂ© que “la situation d’ensemble sur le continent demeure prĂ©occupante” et regrettĂ© “la persistance du flĂ©au des coups d’Etat ou de changements anticonstitutionnels”. M. Ping a dĂ©plorĂ© une “Ă©volution politique rĂ©gressive inquiĂ©tante” et souhaitĂ© “une rĂ©ponse cohĂ©rente de la part des instances compĂ©tentes de l’UA”, alors que le colonel Kaddafi a pris plusieurs fois rĂ©cemment le contre-pied de positions de la Commission. Durant leur rencontre de trois jours, les chefs d’Etat africains aborderont malgrĂ© tout des dossiers plus consensuels, comme celui du dĂ©veloppement de l’agriculture, thĂšme officiel du sommet. M. Kaddafi a par ailleurs invitĂ© pour l’occasion le dirigeant italien Silvio Berlusconi, qui l’avait reçu Ă  Rome Ă  la mi-juin. HabituĂ© des coups d’Ă©clat, il pourrait avoir d’autres “invitĂ©s surprise”, indiquaient lundi des sources diplomatiques Ă  Syrte sans plus de prĂ©cision.  

 

Burqa/ Sarkozy : Al-QuaĂŻda menace de ” se venger ” de la France

30 juin 09 DUBAI (AFP) — La branche maghrĂ©bine d’Al-QaĂŻda a menacĂ© de se venger de la France aprĂšs que son prĂ©sident Nicolas Sarkozy a dĂ©clarĂ© que la burqa n’y Ă©tait pas la bienvenue, a rapportĂ© mardi le centre amĂ©ricain SITE, citant des forums jihadistes sur internet. “Hier c’Ă©tait le hijab et aujourd’hui, c’est le niqab””, a affirmĂ© le dirigeant d’Al-QaĂŻda au Maghreb islamique (AQMI) Abou Moussab Abdoul Wadoud. “Nous nous vengerons de la France et de ses intĂ©rĂȘts par tous les moyens Ă  notre disposition, pour l’honneur de nos filles et de nos soeurs”, a-t-il ajoutĂ©. Le prĂ©sident français a affirmĂ© “solennellement” le 22 juin que la burqa n’Ă©tait “pas la bienvenue” en France. Le voile intĂ©gral “n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement” de la femme, a-t-il lancĂ©. Une mission parlementaire a Ă©tĂ© chargĂ©e d’enquĂȘter pendant six mois sur le port de la burqa ou niqab, qui couvre complĂštement la tĂȘte, le visage et le corps. Le hijab recouvre la tĂȘte. La France est le seul pays d’Europe Ă  avoir interdit par la loi, en 2004, le port du foulard islamique (qui ne recouvre que la tĂȘte) Ă  l’Ă©cole, aprĂšs un dĂ©bat passionnel. Il s’Ă©tait alors agi d’interdire “les signes religieux ostentatoires” dans les Ă©tablissements scolaires. AFP – 2009.  

Rafsandjani, médiateur ou victime de la crise iranienne ?

 
Reuters, le 30 juin 2009 Ă  16h28     par Parisa Hafezi     TEHERAN, 30 juin (Reuters) -Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, sorti ce week-end du silence qu’il observait depuis le dĂ©but des troubles en Iran, fait figure de possible mĂ©diateur dans la crise ouverte par la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. L’ancien prĂ©sident de la RĂ©publique islamique, ĂągĂ© de 71 ans, devra toutefois compter sur sa longue expĂ©rience politique pour rĂ©sister au Guide suprĂȘme Ali Khamenei, si ce dernier reste partisan de la seule fermetĂ© Ă  l’Ă©gard des contestataires. Aujourd’hui en froid avec Khamenei, qu’il a contribuĂ© Ă  porter Ă  la tĂȘte de la thĂ©ocratie iranienne aprĂšs la mort de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, en 1989, Rafsandjani a visiblement optĂ© pour la prudence, laissant passer deux semaines avant de s’exprimer sur le scrutin du 12 juin et la vague de contestation qu’il a suscitĂ©. Rompant ce silence, il a dĂ©noncĂ© dimanche un complot visant Ă  semer la discorde et Ă  entamer le crĂ©dit de la classe dirigeante. “Partout oĂč la population vigilante est intervenue, ce complot a Ă©tĂ© dĂ©jouĂ©”, a-t-il dit sans dĂ©signer les conjurĂ©s. Rafsandjani, qui a soutenu la candidature de Mirhossein Moussavi, devenue la figure de proue de la contestation, a pris soin de saluer la dĂ©cision de l’ayatollah Khamenei de prolonger la semaine derniĂšre le dĂ©lai imparti au dĂ©pĂŽt des plaintes sur les conditions du scrutin. Ces quinze jours de silence n’ont pas manquĂ© d’alimenter les rumeurs Ă  son sujet. Certains lui prĂȘtaient l’intention de jouer les mĂ©diateurs, d’autres le voyaient orchestrant les manifestations en sous-main et un troisiĂšme courant l’imaginait s’attaquant directement Ă  Khamenei via l’AssemblĂ©e des experts qu’il prĂ©side. Les 88 membres de cette instance sont notamment chargĂ©s de nommer le Guide et disposent en thĂ©orie du pouvoir de le rĂ©voquer, ce qui serait sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire de la RĂ©publique islamique. Quelles que soient ses intentions, toutes ces rumeurs contradictoires laissent supposer qu’il n’a pas pu avancer ses pions, estime Anoush Ehteshami, spĂ©cialiste de l’Iran et chercheur Ă  l’universitĂ© britannique de Durham. Face Ă  l’agitation, Ali Khamenei a jusqu’ici fait preuve d’une dĂ©termination sans faille, autorisant le recours Ă  la force et soutenant sans rĂ©serve Mahmoud Ahmadinejad. Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, autre candidat du camp rĂ©formateur, n’ont toutefois pas hĂ©sitĂ© Ă  braver son autoritĂ©, pilier principal du rĂ©gime, en invitant leurs partisans Ă  ne pas renoncer Ă  leurs revendications. “TOUS VULNÉRABLES” Cette dĂ©fiance qui, pour beaucoup, tĂ©moigne de dissensions au sommet du clergĂ© chiite, risque d’accroĂźtre sa dĂ©termination et sa fermetĂ©, notamment par le biais des tribunaux spĂ©ciaux qui seront chargĂ©s de juger les fauteurs de trouble. “Rafsandjani pourrait y ĂȘtre traduit pour avoir fomentĂ© l’instabilitĂ© et dĂ©fiĂ© le Guide. S’ils le font Ă  Moussavi, tous seront vulnĂ©rables”, assure Anoush Ehteshami, Ă©voquant les membres du camp rĂ©formateur. Pour Baqer Moin, biographe de Khomeini, Rafsandjani n’est pas seulement prĂ©occupĂ© par son avenir politique, mais par la survie mĂȘme du rĂ©gime qu’il a contribuĂ© Ă  mettre en place. “Il ne veut pas que le systĂšme soit ruinĂ© par les partisans de la fermetĂ©. Ils pense qu’ils ont influencĂ© Khamenei. Il ferait Ă©videmment partie des victimes s’ils venaient Ă  l’emporter”, explique-t-il. “Son objectif principal est de prĂ©server la lĂ©gitimitĂ© des cercles dirigeants, qui a Ă©tĂ© affectĂ©e par la contestation du scrutin”, renchĂ©rit un observateur ayant requis l’anonymat. Reste que son inimitiĂ© notoire envers Ahmadinejad ne joue pas en faveur de sa survie personnelle. L’actuel prĂ©sident, qui l’a affrontĂ© lors du scrutin de 2005, l’a accusĂ© de corruption pendant la derniĂšre campagne Ă©lectorale. Rafsandjani l’a en retour taxĂ© de dĂ©magogie et lui a imputĂ© l’isolement croissant de l’Iran sur la scĂšne internationale. Sa fille Faezeh a Ă©tĂ© briĂšvement arrĂȘtĂ© la semaine derniĂšre aprĂšs avoir pris la parole devant des partisans de Moussavi. Certains y ont vu un avertissement. Mahmoud Ahmadinejad l’aurait Ă©liminĂ© depuis longtemps s’il en avait eu l’occasion, mais Rafsandjani dispose encore d’appuis solides, poursuit Baqer Moin, citant le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, l’ex-prĂ©sident Mohammad Khatami ou le prĂ©sident du Parlement, Ali Larijani. “Ce sont tous des personnages puissants, mais Ahmadinejad dispose de l’appareil militaire et, pour le moment au moins, des faveurs du Guide. Le moment dĂ©cisif sera la prĂ©sentation de son gouvernement au parlement”, ajoute le biographe de Khomeini. Version française Jean-Philippe Lefief .
 

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