29 mars 2001

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TUNISNEWS

Nr 332 du 29/03/2001

 

 .

LES TITRES DE CE JOUR:

  1. Les jeux sont faits, rien ne va plus. Le Roi de Tunis, Zinelabidine Ben Ali 1er vous salue bien!!

  2. Amnesty International + 8 ONG ont rendu publc deux documents tres importants sur la situation des droits de l’homme en Tunisie

  3. La Tunisie visee au comite des droits de l’homme reuni actuellement a Geneve.

  4. Lettre du citoyen francais Fernand Meunier

  5. Moncef Marzouki: Relever la tête , relever l’Etat, Relever le pays.

  6. Taoufik Ben Brik: Les Condors : une nouvelle race de la police politique

  7. Qui obtiendra le 2éme réseau du telephone mobile en Tunisie??

  8. Les Etats Unis investissent de plus en plus en Tunisie

  • The Poet: Zinoshi wa Leila Harakiri !!!

  •  

    LES JEUX SONT FAITS, RIEN NE VA PLUS.
    LE ROI DE TUNIS, ZINELABIDINE BEN ALI 1er VOUS SALUE BIEN!!

    MAGHREB CONFIDENTIEL # 504 – 29/03/01

    TUNISIE : IIème République au Palais de Carthage

    Tout est fin prêt pour la révision de la Constitution tunisienne et la création d’une IIème République ! Elle devrait permettre au président Zine el Abedine Ben Ali de se présenter en 2004 pour un mandat fixé, cette fois-ci, à huit ans, au lieu de cinq. Ben Ali profiterait ainsi du Palais de Carthage jusqu’en 2012. Si rien ne se passe avant (voir ci-dessous les inquiétudes au Palais…). En 2004, le chef de l’Etat aura 68 ans. L’actuelle Constitution limite le maintien au pouvoir jusqu’à l’âge de 70 ans. Il va donc falloir, là aussi, toiletter un peu le texte… Pour ce ripolinage constitutionnel, le président bénéficie du talent d’une armada de spécialistes français et tunisiens dont, bien sûr, le ministre d’Etat auprès de la présidence, Abdelaziz Ben Dhia mais également du secrétaire d’Etat Rafaâ Ben Achour et du conseiller Abdelfettah Amor. On se rappellera que lors de sa visite au Caire, fin 1999, le président tunisien s’était vivement intéressé à la technique référendaire qui permet au président Hosni Moubarak de se maintenir au pouvoir depuis 20 ans (MC N°442). 2004 sera en tout cas « l’année du siècle » en Tunisie ! Et pas seulement pour le locataire du Palais de Carthage. C’est également en 2004, que seront inaugurés l’aéroport international d’Enfidha, l’extension du métro Léger de Tunis, l’aménagement des berges du Lac de Tunis, les tronçons autoroutiers entre Bizerte et Mejez El Bab, d’immenses complexes touristiques à Kerkennah et à Djerba… Pour 2004, le « petit père du peuple » a également promis un nouveau système d’assurance maladie. De quoi se faire plébisciter pour des millions d’années ! Le président Ben Ali n’a pas de grands fils comme Hassan II ou le colonel Kadhafi pour assurer la relève ! Maintenant, il va devoir tenir jusqu’en 2004 avec le soutien du business occidental et l’opprobre des associations des droits de l’homme…

     
     

    AMNESTY INTERNATIONAL ET HUIT AUTRES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES ONT RENDU PUBLC DEUX DOCUMENTS TRES IMPORTANTS ADRESSES AUX DECIDEURS ET AUX OPINIONS PUBLIQUES EN EUROPE ET DANS LE MONDE SUR LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME EN TUNISIE.

    AMNESTY INTERNATIONAL

    AVOCATS SANS FRONTIÈRES

    FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L’HOMME

    HUMAN RIGHTS WATCH

    OBSERVATOIRE POUR LA PROTECTION DES DÉFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME

    ORGANISATION MONDIALE CONTRE LA TORTURE

    REPORTERS SANS FRONTIÈRES

    RÉSEAU EURO-MÉDITERRANÉEN DES DROITS DE L’HOMME

    SERVICE INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME

     

    Bruxelles, le 29 mars 2001

    Mesdames et Messieurs les Ministres des Affaires Etrangères des Etats membres de l’UE

    Monsieur le Haut Représentant pour la politique étrangère de l’UE,

    Monsieur le Commissaire européen Chris Patten,

    Excellences,

    Nous souhaitons nous adresser à vous à propos de la prochaine réunion du Conseil d’Association UE/Tunisie qui devait se tenir le 10 avril. L’accord d’association, signé le 17 juillet 1995 par la Communauté européenne et les Etats membres de l’UE, d’une part, et par la République de Tunisie d’autre part, et qui est entré en vigueur le 1er mars 1998, comprend une clause concernant les droits de l’Homme qui lie juridiquement les parties (article 2). Cette clause stipule que tant les relations entre les parties que l’ensemble des dispositions de l’accord lui-même, sont fondées sur le respect des droits de l’Homme et des principes démocratique, qui guident leur politique interne et internationale, et constitue un élément essentiel de l’Accord.

    Nos organisations estiment que le Conseil des Ministres de l’UE et la Commission européenne se doivent d’aborder de manière concrète les importantes préoccupations que soulève la situation des droits de l’Homme en Tunisie dans le cadre du Conseil d’Association, et qu’il leur revient de mettre en place un mécanisme qui puisse assurer le suivi nécessaire de cette situation, de manière à en susciter et à en vérifier l’amélioration.

    La détérioration de la situation des droits de l’Homme en Tunisie (voir document ci-joint) depuis que l’Accord d’association entre la Tunisie et l’UE est entré en vigueur constitue un véritable défi quant au bien fondé de la politique européenne à l’égard de ce pays, mais également, de manière plus large, à l’égard de la région méditerranéenne. La manière dont l’UE agit à cet égard vis-à-vis de la Tunisie, le premier pays avec lequel un accord d’association est entré en vigueur, aura valeur de précédent quant à sa crédibilité et à son efficacité dans sa manière d’aborder les questions relatives aux droits de l’Homme avec ses autres partenaires méditerranéens.

    Comme a pu le noter la Commission européenne elle-même dans sa communication récente relative au renforcement du processus de Barcelone du 6 septembre 2000, les droits de l’Homme, la démocratie, la bonne gouvernance et l’état de droit devraient faire l’objet de discussions régulières avec les partenaires, et notamment au sein du Conseil d’Association. La Commission déclare « Cela pourrait amener à la mise en place de groupes de travail conjoints sur les droits de l’Homme » … qui « viseraient à s’entendre sur un certain nombre de repères concrets et de critères objectifs qui devraient être passés en revue au sein des différents Conseils d’association…. La coopération dans le domaine des droits de l’Homme, de la bonne gouvernance et de l’état de droit devrait avoir pour objectif principal la création d’un climat dans lequel les ONGs pourraient travailler de manière productive. »

    En sa résolution du 14 décembre 2000, le Parlement européen a exprimé son inquiétude quant à la situation des droits de l’Homme et a appelé la Conseil et la Commission  » à faire usage de tous les moyens prévus par l’accord d’association entre l’UE et la Tunisie pour assurer le respect des libertés démocratiques et des droits de l’Homme et, en ce qui concerne la prochaine réunion du Conseil d’association UE-Tunisie, d’examiner, en particulier, la situation des droits de l’Homme en Tunisie et les restrictions apportées aux activités des associations indépendantes, dans le contexte du programme MEDA-Démocratie « .

    Dans une résolution antérieure adoptée le 15 juin 2000, le Parlement européen insistait sur le fait que la promotion des droits de l’Homme, de la démocratie, des libertés fondamentales, de l’état de droit et d’une gestion saine des affaires publiques constitue un élément essentiel de l’Accord d’association UE-Tunisie, en vue de créer un corps de valeurs partagées. Dans cette résolution, le Parlement européen exprimait son inquiétude quant à la situation des droits de l’Homme en Tunisie et appelait le Conseil d’Association à mener à bien dès que possible une évaluation commune du respect des droits de l’Homme en Tunisie, de manière à impliquer les deux parties à aborder le sujet, et demandait à la Commission de présenter au Parlement un rapport sur l’évolution de la situation des droits de l’Homme en Tunisie.

    Le 25 janvier 2001, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme de la République française priait le gouvernement français d’encourager ses partenaires européens à prendre des mesures qui puissent assurer un suivi de la situation des droits de l’Homme en Tunisie dans le cadre de l’Accord d’association (article 2), notamment à l’occasion de la prochaine réunion du Conseil d’association.

    Dans ce contexte, et à la lumière des attaques et des restrictions de plus en plus graves que subissent les défenseurs des droits de l’Homme de la part des autorités tunisiennes, Amnesty International, Avocats sans Frontières, la Fédération Internationale des Ligues des droits de l’Homme, Human Rights Watch, l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme, l’Organisation Mondiale Contre la Torture, Reporters sans Frontières, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, et le Service International des droits de l’Homme demandent instamment à l’Union européenne qu’elle réclame de la Tunisie qu’elle remplisse ses obligations qui découlent de l’Accord d’association et des instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme, notamment en:

    – libérant toutes les personnes détenues ou emprisonnées uniquement pour avoir exercé de manière non violente leur liberté d’expression, d’association ou de réunion;

    -restituant leur liberté de circulation à toutes les personnes qui sont privées arbitrairement de leur passeport ou à qui il est interdit de quitter le pays;

    -mettant fin à toute forme de harcèlement à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme et de leur famille, notamment, entre autres mesures, en leur restituant leurs passeports, et en rétablissant les services de téléphone et de fax dont ils ont été privés; en mettant fin aux surveillances policières qui constituent manifestement des formes d’intimidation; et en autorisant toutes les organisations indépendantes de droits de l’Homme, en ce compris le Conseil National des Libertés en Tunisie (CNLT) et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) à agir dans la légalité et librement, conformément à la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme des Nations Unies.

    -en instaurant des mesures efficaces de prévention contre l’usage de la torture à l’encontre de personnes détenues par la police;

    -en instaurant un système crédible et transparent chargé de mener des enquêtes sur les abus, et d’assurer que les auteurs de violations des droits de l’Homme soient identifiés et traduits en justice.

    -En invitant en Tunisie la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur les Défenseurs des droits de l’Homme

    De plus, la Tunisie devrait être instamment priée de ne pas faire obstacle aux efforts que la Commission européenne mène pour accorder un soutien financier aux associations tunisiennes non-gouvernementales qui en font la demande. L’indépendance de la Commission quant aux décisions liées au programme MEDA-démocratie devrait être pleinement reconnue par les partenaires méditerranéens.

    L’article 2 de l’Accord euro-méditerranéen d’association UE-Tunisie offre un fondement pour la mise en place de programmes d’encouragement à la protection et à la promotion des droits de l’Homme. Par conséquent, nous demandons instamment à l’UE de s’assurer que la coopération bilatérale qu’elle entretient avec la Tunisie inclue une composante importante visant au renforcement des droits de l’Homme et de l’état de droit.

    En outre, l’article 2 de l’Accord euro-méditerranéen d’association UE-Tunisie prévoit également des actions concrètes en cas d’abus graves et soutenus. Nous estimons donc que la pleine mise en œuvre de l’Accord d’association avec la Tunisie exige que l’Union européenne soulève certaines préoccupations concrètes en matière de droits de l’Homme, et fasse pression afin d’obtenir des améliorations qui puissent être vérifiées sur la base des recommandations énumérées plus haut ainsi que des recommandations énoncées par les organes des Nations Unies.

    Nous demandons donc au Conseil des Ministres de l’Union européenne et à la Commission européenne de mettre en place des mécanismes concrets à même d’évaluer régulièrement le respect de l’article 2 par toutes les parties à l’Accord euro-méditerranéen d’association. Ces mécanismes devraient comprendre:

    -le contrôle régulier et impartial des développements dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés fondamentales sur le territoire de chacune des parties contractantes;

    -le contrôle de la mesure dans laquelle les défenseurs des droits de l’Homme sont libres d’agir et de s’exprimer pour défendre les droits d’autres personnes;

    -l’émission de recommandations spécifiques dont le respect puisse être mesuré régulièrement, et qui visent à améliorer la situation des droits de l’Homme, en prenant en compte les recommandations émises par les organes des Nations unies à propos du pays en cause;

    -des démarches appropriées à l’égard des pays concernés en vue de la résolution de situations individuelles dans lesquelles des violations de droits de l’Homme fondamentaux ont eu lieu ;

    -l’insertion de l’évaluation du respect de l’article 2 comme point spécifique à l’ordre du jour de toutes les réunions organisées conformément à l’Accord, et en particulier, les réunions du Conseil d’Association ; et

    -Encourager le gouvernement tunisien à ce qu’il invite la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur les Défenseurs des droits de l’Homme à effectuer une visite en Tunisie.

    Ce sont là les raisons qui nous amènent à vous demander instamment de faire en sorte que le Conseil d’association qui devait se tenir le 10 avril prenne place dans les plus brefs délais. La prochaine réunion du Conseil d’Association ne peut se permettre d’être une nouvelle occasion manquée mais devrait, au contraire, constituer le point de départ d’un processus visant à aborder de manière efficace les problèmes des droits de l’Homme en Tunisie . A cette fin, elle devrait arrêter des points de repère détaillés qui pourront servir d’instruments d’évaluation pour les futures réunions liées à l’Accord d’association.

    Nous vous remercions vivement de l’attention que vous voudrez bien réserver à la présente et vous prions d’agréer l’expression de notre haute considération.

     

    Amnesty International EU Office Rue du Commerce 70-72 B-1040 Bruxelles

    Tel +3225021499 / Fax: +322 5025686 – e-mail: doosting@aieu.be

    Avocats Sans Frontières rue de l’Enseignement, 91, B-1000 Bruxelles

    Tél ++32 2 223 36 54 / Fax ++32 2 223 36 14 – e-mail : info@asf.be

    Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) – 17, Passage de la Main d’Or 75011 Paris – Tel: +33143552518 / Fax: +33143551880 – e-mail: fidh.bruxelles@linkline.be

    Human Rights Watch 15, Rue van Campenhout 1000 Brussels

    Tel: +3227322009 / Fax: +3227320471 e-mail: hrwbe@hrw.org

    Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme (FIDH/OMCT)

    e-mail: observatoire.paris@wanadoo.fr

    Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) 8 rue du Vieux-Billard, Case p)ostale 21, 1211 Genève 8 – tel : +41 22 809 49 39 / fax : 00 41 22 809 49 29

    Reporters sans frontières 5, rue Geoffroy-Marie F-75009 Paris –

    Tel : +33144838471 – Fax : +33145231151 – e-mail : moyen-orient@rsf.fr

    Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme – Wilders Plads 8H – DK-1403 Copenhagen K Tel: +45.32.69.8910 / Fax: +45.32.69.8901 – e:mail: posten@euromedrights.net

    Service International des Droits de l’Homme 1, rue de Varembé – P.O. Box 16 – CH – 1211 Geneva 20 CIC – Tel : +41 22 733 51 23 – Fax: +41 22 733 08 26 – E-mail: hrdo@worldcom.ch

     

    Copie :

    -Mme Catherine von Heidenstam, Ministère des Affaires étrangères, Suède

    -M. Goblet d’Alviella, Ministère des Affaires étrangères, Belgique

    -M. Alberto Navarro, Cabinet du Haut représentant de l’Union européenne

    -Mme Gonzalez Durantez, Cabinet du Commissaire Chris Patten

    -Mme Vicky Bowman, Cabinet du Commissaire Chris Patten

    -M. Alexandre Zafiriou, Secrétariat général du Conseil

    -M. Lothar Jaschke, Secrétariat général du Conseil

    -Mme van den Heuvel, Secrétariat général du Conseil

    -M. Jan Thesleff, Représentation permanente de la Suède auprès de l’UE

    -M. Raimon Obiols, Président de la Délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Maghreb

    -M. Elmar Brok, Président de la Commission du Parlement européen pour les affaires étrangères, les droits de l’Homme, la sécurité commune et la politique de défense



    AMNESTY INTERNATIONAL

    AVOCATS SANS FRONTIÈRES

    FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L’HOMME

    HUMAN RIGHTS WATCH

    OBSERVATOIRE POUR LA PROTECTION DES DÉFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME

    ORGANISATION MONDIALE CONTRE LA TORTURE

    REPORTERS SANS FRONTIÈRES

    RÉSEAU EURO-MÉDITERRANÉEN DES DROITS DE L’HOMME

    SERVICE INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME

    Document Public 29 mars 2001

    DÉGRADATION DE LA SITUATION DES DROITS HUMAINS EN TUNISIE

    Attaques de plus en plus ciblées contre les défenseurs des droits de l’Homme

    Les autorités tunisiennes consacrent des ressources et une énergie considérables afin de donner de la Tunisie l’image d’un pays où la protection et la promotion des droits de l’Homme constituent une des premières priorités. A cette fin, les autorités, qui se font souvent assister par d’obscures associations soi-disant non-gouvernementales dont l’indépendance est sujette à caution, mènent d’importantes campagnes de relations publiques à l’extérieur, et ont créé une armada d’institutions officielles en charge des droits de l’Homme au sein de l’administration. Celles-ci vont du Ministre des droits de l’Homme au départements des droits de l’Homme au sein d’au moins quatre ministères (affaires sociales, affaires étrangères, justice et intérieur) en passant par le très étatique Haut Comité pour les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, des conseillers présidentiels aux droits de l’Homme et un ombudsman.

    Paradoxalement, alors que la bureaucratie officielle des droits de l’Homme est florissante, les membres des associations indépendantes qui oeuvrent en faveur des droits de l’Homme et leur famille se voient de plus en plus visés et réprimés. Ces pratiques visent à réduire au silence et à punir ceux qui défendent les droits de l’Homme, et à priver les victimes de violations des droits de l’Homme de toute possibilité de défense. A cet égard, le comportement des autorités tunisiennes est en violation avec les conventions internationales des droits de l’Homme auxquelles la Tunisie est partie, tels que le Pacte International relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention des Nations Unies contre la torture), et également avec la Déclaration sur les Défenseurs des droits de l’Homme adoptée par consensus – et donc avec l’assentiment de la Tunisie – par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1998.

    Si le fait, pour les autorités tunisiennes, de cibler spécialement les défenseurs des droits de l’Homme est un schéma devenu classique depuis déjà un certain nombre d’années, le phénomène s’est accentué au cours des derniers mois. Fin novembre 2000, un tribunal a suspendu les activités de la nouvelle direction de la Ligue des droits de l’Homme (LTDH) , et les locaux de la LTDH ont été mis sous scellés. Le prétexte avancé pour cette attaque menée contre la LTDH est celui d’une plainte déposée par quatre membres de la LTDH connus comme étant proches des autorités, qui mettaient en cause la régularité de l’assemblée générale de la LTDH et de l’élection d’une nouvelle direction qui avaient eu lieu un mois plus tôt. Cette plainte succédait aux violentes critiques émises publiquement par le responsable du parti au pouvoir du Président Ben Ali, relayées par une presse contrôlée par le gouvernement, à l’égard de la nouvelle direction de la LTDH, qui comprenait nombre de défenseurs des droits de l’Homme célèbres et connus pour leur franc-parler, qui avaient clairement fait savoir que la LTDH relèverait le défi de s’attaquer à la détérioration de la situation des droits de l’Homme dans le pays. Le 12 février 2001, le Tribunal annulait les résultats de l’assemblée générale de la LTDH d’octobre 2000, y compris l’élection d’une nouvelle direction. Depuis la suspension des activités de la LTDH en novembre dernier, sa direction et ses membres ont été empêchés à plusieurs reprises de se réunir dans des habitations privées, dans des bureaux ou dans des cafés ou restaurants, ou tout autre lieu public, que ce soit dans la capitale ou d’autres villes. A chaque occasion, des agents de sécurité ont encerclé les lieux où devaient se tenir les réunions, empêchant ainsi les participants d’accéder non seulement au bâtiment où la réunion devait avoir lieu, mais également aux rues où se trouvent ces bâtiments. En outre, les autorités ont engagé des poursuites judiciaires à l’encontre du Président de la LTDH, Mokhtar Trifi, et à l’encontre de son premier vice-président, Slaheddine Jourchi, pour avoir signé au nom de la LTDH des communiqués dans lesquels étaient dénoncées des violations des droits de l’Homme. Tous deux ont été inculpés, en mars et en janvier 2001 respectivement, de diffusion de fausses nouvelles et de refus de se conformer à une décision de justice. Ils attendent actuellement leur procès.

    Le Dr. Moncef Marzouki, ancien Président de la LTDH et porte-parole du Conseil National des Libertés en Tunisie (CNLT) a été condamné en décembre 2000 à un an d’emprisonnement du chef de diffusion de fausses information et de maintien d’une association non autorisée, à savoir, le CNLT (qui s’est vu refuser la reconnaissance légale par les autorités). En juillet 2000, le Dr Marzouki avait été licencié arbitrairement de son poste public de professeur de médecine à l’Université de Sousse. Il ne s’agit là que des attaques les plus récentes subies par le Dr Marzouki, qui a derrière lui une longue histoire de harcèlement. Il avait été emprisonné pendant quatre mois au cours de l’été 1994 suite à une interview qu’il avait donnée à un journal espagnol à propos de la situation des droits de l’Homme en Tunisie. Après avoir récupéré son passeport, en mai 2000, après en avoir été privé pendant six ans, le Dr Marzouki se vit à nouveau empêché de quitter la Tunisie en décembre 2000, puis encore en mars 2001. D’autres membres dirigeants du CNLT et notamment son secrétaire général, Omar Mestiri, ont également été poursuivis ou menacés de poursuites, pour le même type d’inculpations, et font l’objet d’intimidations, de harcèlement et de surveillance constants. A plusieurs reprises, des agents de sécurité ont battu ou brutalisé des membres dirigeants du CNLT ou des militants. Ainsi, récemment, le 1er mars 2001, alors que le CNLT organisait une réception en l’honneur de sa nouvelle direction, les forces de sécurité ont empêché la tenue de la réunion en empêchant physiquement les participants d’accéder à la maison où elle devait avoir lieu, allant jusqu’à insulter et brutaliser certains d’entre eux. Des agents de sécurité ont battu et brutalisé Khadija Cherif, membre dirigeante de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Abdelkader Ben Khemis, membre du comité de liaison du CNLT, Sihem Ben Sedrine, la porte-parole nouvellement élue du CNLT, et d’autres personnes. Le 13 mars 2001 Khadija Cherif était à nouveau attaquée par des agents de sécurité, qui s’emparèrent par la force de documents qu’elle transportait. Des agressions similaires ont été menées à plusieurs reprises à l’encontre de membres du CNLT au cours des deux dernières années. En avril 2000, des membres dirigeants du CNLT, ainsi que des avocats, des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes étrangers ont été battus par la police. Parmi eux figuraient Sihem Ben Sedrine et Ali Ben Salem, âgé de 70 ans, lui aussi membre du CNLT. En décembre 2000, la voiture de Sihem Ben Sedrine fut fracturée, et elle retrouva un couteau de grande taille ainsi qu’un message de menaces à l’arrière de la voiture, alors que celle-ci était garée à l’extérieur de chez elle, sous les yeux des agents de police qui surveillent étroitement le bâtiment 24 heures sur 24. Au cours des derniers mois, des agents de police ont systématiquement empêché la tenue des réunions du CNLT en encerclant les maisons où elles devaient avoir lieu, et les victimes de violations des droits de l’Homme se voient régulièrement empêchées d’accéder au bâtiment où se situe le siège du CNLT.

    Un autre cas exemplaire de répression et de harcèlement constants est celui de l’avocat défenseur des droits de l’Homme et membre dirigeant du CNLT Nejib Hosni. Après avoir bénéficié d’une libération anticipée il y a quatre ans à la suite d’une peine de prison qu’il n’aurait jamais dû purger, Hosni a été à nouveau emprisonné en décembre 2000. Après avoir été arrêté une première fois en 1994, il avait été condamné à un emprisonnement de huit ans pour une affaire montée de toute pièce de falsification d’un contrat foncier. Il fut libéré fin 1996, à la suite de protestations importantes émanant de l’étranger. Cependant, sa condamnation était assortie d’une interdiction arbitraire d’exercer la profession d’avocat, pendant une durée de cinq ans, et à sa libération, son passeport fut confisqué (il ne lui a toujours pas été restitué) et ses lignes de téléphone et de fax, tant professionnelles que privées, furent coupées, et n’ont jamais été rétablies depuis lors. Au printemps 2000, Nejib Hosni reprit l’exercice de la profession d’avocat, ayant reçu confirmation écrite de ce qu’il n’avait jamais été suspendu ou radié de la part du Conseil de l’Ordre des Avocats, la seule institution habilitée à suspendre ou à radier un avocat. Peu après, le Ministre de la Justice diffusa des instructions auprès des juridictions de tout le pays, afin qu’elles ne permettent pas à Nejib Hosni de traiter des affaires devant elles, et que l’accès aux dossiers de ses clients ne lui soit pas accordé. En septembre 2000, les autorités entamèrent des poursuites judiciaires à son encontre, du chef de refus de se conformer à une décision de justice, pour avoir défendu des victimes de violations des droits de l’Homme devant différentes juridictions du pays. Il fut condamné le 18 décembre 2000 à un emprisonnement de 15 jours. Le 5 janvier, jour où il devait être libéré à l’issue de la peine de quinze jours accomplie, le Ministre de l’Intérieur révoqua la mesure de libération conditionnelle en vertu de laquelle Nejib Hosni avait été libéré en novembre 1996, exigeant qu’il purge le reliquat des cinq ans et demi restant à purger de la condamnation à huit ans d’emprisonnement qui avait été prononcée en 1996 à la suite de l’affaire de faux montée de toutes pièces.

    Radhia Nasraoui, membre du Conseil National de l’Ordre des Avocats tunisiens, subit depuis des années un véritable harcèlement et toutes sortes d’intimidation en raison de ses activités en faveur des droits de l’Homme. En mars 1998, après qu’elle se soit jointe à l’équipe des défenseurs d’un groupe de jeunes étudiants et de militants politiques accusés d’entretenir des liens avec le Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens (PCOT), non autorisé, Nasraoui fut inculpée dans la même affaire et de ce fait empêchée de les assister en justice. Pendant un an et demi, il lui fut interdit de quitter la capitale, ce qui l’empêcha de rendre visite à des clients ou d’assister à des audiences ailleurs dans le pays. En janvier 1999, elle fut condamnée à un emprisonnement de quinze jours avec sursis pour avoir quitté la capitale pour assister aux funérailles de sa belle-mère. En juillet 1999, elle fut condamnée à six mois d’emprisonnement avec sursis, dans le procès du PCOT dont il est question plus haut. En outre, elle, ses enfants et d’autres membres de sa famille continuent d’être soumis à des mesures de harcèlement et d’intimidation. Ses enfants furent privés de passeports jusqu’en juillet 2000. Le bureau et la maison de Me Nasraoui continuent d’être sous surveillance policière étroite, ses lignes téléphoniques sont souvent coupées, et on l’empêche régulièrement de rendre visite à ses clients en prison, en violation de la loi tunisienne.

    Des dirigeants et des membres d’autres ONGs et associations sont eux aussi ciblés. En juin 2000, Fathi Chamkhi, Président du Rassemblement pour une Alternative Internationale de Développement (RAID) et Mohamed Chourabi, membre du RAID, ont été condamnés à un mois d’emprisonnement pour les liens qu’ils entretiennent avec des associations non autorisés. Ils avaient été arrêtés en avril, en possession de rapports du RAID et du CNLT, organisations dont l’autorisation a été refusée par les autorités.

    En octobre 2000, des dirigeantes et des membres de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATDF) ont été brutalisées par la police alors qu’elles s’étaient rassemblée dans le centre de la capitale pour manifester leur solidarité au peuple palestinien. Le 29 janvier 2001, une réunion organisée par l’ATDF en signe de solidarité avec la LTDH ne pu se tenir, des agents de sécurité empêchant toute personne d’accéder au siège de l’ATDF à Tunis.

    Il ne s’agit là que de quelques exemples de la stratégie utilisée par les autorités tunisiennes pour empêcher et décourager les Tunisiens de défendre les droits des autres. Par ailleurs, et en plus des cas précités, de nombreux avocats et défenseurs des droits de l’Homme sont victimes de manière persistante d’actes de harcèlement et d’intimidations qui affectent leur vie sociale, professionnelle et familiale. Leurs clients, amis et parents sont intimidés par des agents de la sécurité en civil qui les suivent ou les abordent pour leur poser des questions ou vérifier leur identité. Leur vie professionnelle et familiale est également entravée par les coupures de lignes téléphoniques et la confiscation du courrier, ce qui accroît par ailleurs leur vulnérabilité, en particulier dans les situations d’urgence.

    Les autorités continuent d’utiliser la confiscation des passeports pour empêcher les défenseurs des droits de l’Homme de participer à des activités qui se déroulent à l’étranger. Si au printemps et en automne 2000 plusieurs défenseurs des droits de l’Homme qui en étaient privés depuis plusieurs années se sont vus restituer leur passeport, un nombre important de défenseurs en sont toujours privés, ou se sont vu confisquer leur passeport depuis lors. Parmi eux figurent Nejib Hosni, Sadri Khiari, Ali Ben Salem, Mohamed Chourabi, Jalel Zoghlami et Ali Ben Romdhane, membres de RAID ou du CNLT.

    En ligne avec leur politique d’entrave aux activités des défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie et à l’étranger, les autorités tunisiennes ont également expulsé ou refusé l’entrée dans le pays à un certain nombre de représentants d’organisations internationales de défense des droits de l’Homme et à des journalistes étrangers. En juillet 2000, le Président de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et une chercheuse d’Amnesty International, qui sont interdits de séjour en Tunisie depuis 1995 et 1994 respectivement, se sont vu refouler à leur arrivée à l’aéroport de Tunis. En janvier 2001, l’avocat français Eric Plouvier, mandaté par le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme afin d’assister au procès de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, a été refoulé à son arrivée à l’aéroport de Tunis. En février 2001, le Secrétaire général de RSF, Robert Ménard, et Jean-François Julliard, un membre de l’organisation, ont été expulsés de Tunisie (cf. détails infra). D’autres défenseurs des droits de l’Homme et journalistes qui ont été interdits de séjour ou expulsés de Tunisie les années précédentes n’ont pas été autorisés à revenir en Tunisie.

     

    Restrictions imposées aux media et à la société civile

    La situation qui a amené la World Association of Newspapers, dont le siège est à Paris, à expulser son affiliée tunisienne en 1997, n’a pas changé. La télévision, la radio et la presse quotidienne tunisiennes ne critiquent pas la politique répressive menée par les autorités et ignorent les informations des organisations non-gouvernementales tunisiennes et internationales relatives à la situation des droits de l’Homme et des libertés publiques, ou qui pourraient être perçues comme une critique de la politique ou des actions des autorités. Les journaux tunisiens privés utilisent le même ton que la presse officielle. Des périodiques plus petits qui dévient parfois prudemment de la ligne officielle ont été saisis quand ils ont publiés des articles plus osés. Une de ces publications, al-Mawqif, a été interdite pour cette raison au cours des derniers mois. Deux nouvelles publications, Kalima, publié par Sihem Ben Sedrine, et Kaws el Karama, publié par Jalel Zoghlami, n’ont pas été autorisées par les autorités.

    En février 2001, Jalel Zoghlami a été attaqué et frappé en plein jour et au centre de la capitale par des hommes suspectés d’être des agents de sécurité. Trois jours plus tard, les forces de sécurité l’ont assailli devant sa demeure, ainsi que des amis à lui parmi lesquels des défenseurs des droits de l’Homme. Ils ont été battus avec des barres de fer et des bâtons et au moins sept d’entre eux ont été gravement blessés. Les forces de sécurité sont restées postées en grand nombre devant la maison de Jalel Zoghlami pendant toute la nuit et le jour suivant, et ont empêché les avocats et d’autres personnes d’entrer dans la maison. 22 personnes, parmi lesquelles les blessés, s’y trouvaient. Au printemps 2000, le frère de Jalel Zoghlami, Taoufik Ben Brik, journaliste et correspondant de plusieurs organes de presse étrangers, a entrepris une longue grève de la faim pour protester contre la confiscation de son passeport et le harcèlement policier dont lui et sa famille étaient victimes. C‘est également au printemps 2000 que les autorités ont fermé pendant trois mois la maison d’édition de Sihem Ben Sedrine, Aloès, après la tenue d’une réunion publique sur la liberté de la presse en Tunisie dans les locaux.

    Le 21 février, alors que Robert Ménard, le Secrétaire général de RSF, Virginie Locussol, responsable de l’Afrique du Nord dans l’organisation, et Hervé Deguine distribuaient le journal interdit Kaws el-Karama dans la capitale, des policiers en civil ont saisi les exemplaires du journal. Un quatrième membre de l’organistion, Jean-François Julliard, qui filmait les événements, a été assailli par trois policiers qui ont saisi sa caméra. Robert Ménard et Jean-François Julliard ont alors été emmenés à l’aéroport et expulsés vers la France par les policiers, qui les ont déclarés personae non gratae.

    En mai 2000, quelques jours après avoir publié un article critiquant la politique du Président Ben Ali dans le quotidien français Le Monde, Riadh Ben Fadhel, journaliste et ancien éditeur de la version arabe du Monde Diplomatique, a été frappé et gravement blessé à la poitrine par des hommes armés non identifiés. Cette attaque, faisant penser à une tentative d’exécution extrajudiciaire, s’est déroulée devant la maison de Ben Fadel, proche du palais présidentiel et des résidences des membres de la famille du Président, un quartier extrêmement bien gardé.

    Des ONG renommées, comme l’ATFD ou l’ Association Tunisienne des Jeunes Avocats (ATJA), et leurs membres continuent de rencontrer des obstacles dans leurs efforts de prendre des positions indépendantes sur les questions d’actualité. Leurs activités aux niveaux régional et international sont entravées par une surveillance policière et par le fait que nombreux sont leurs membres qui ont été privés de passeport à un moment ou à un autre. Le gouvernement tunisien a également exprimé son désaccord et bloque l’octroi d’un financement que la Commission européenne avait approuvé au profit de la LTDH.

    Le gouvernement a refusé d’autoriser la création de nouvelles organisations de défense des droits civils, étouffant les tentatives en ce sens. Le Ministère de l’Intérieur a ainsi refusé d’autoriser le CNLT, créé le 10 décembre 1998 à l’occasion du 50ème anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, ainsi que RAID, et leurs membres sont continuellement harcelés pour maintenir une organisation non autorisée (voir supra).

    Les syndicalistes qui ont exprimé leurs préoccupations concernant le contrôle par les autorités de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), ont également été la cible d’une répression. En mai 1999, au moins dix syndicalistes qui avaient signé des pétitions et prononcé des déclarations dénonçant l’interférence du gouvernement dans les affaires de l’UGTT, ont été arrêtés et détenus pendant quelques jours.

    Il est difficile pour les ONG et militants tunisiens de communiquer régulièrement et librement – entre eux en Tunisie et avec l’étranger – en raison de la surveillance et l’interception des communications par courrier, téléphone, fax et l’Internet. Une loi sur les télécommunications, publiée le 2 juin 1998, stipule que « …tout matériel postal portant atteinte à l’ordre public et la sécurité nationale est interdit. …Si un tel courrier est découvert, … il sera confisqué conformément à la loi en vigueur. »

    Les sites Internet des organisation internationales de défense des droits de l’Homme, des médias et des organes des Nations Unies relatifs aux droits de l’Homme sont la plupart du temps inaccessibles, tandis que d’autres sites sont bloqués ponctuellement. Les sites de certains journaux et stations de radio et de télévision français sont régulièrement bloqués lorsqu’ ils critiquent les autorités tunisiennes.

     

    Répression de toutes les voix divergentesRépression de toutes les voix divergentes

    La période de réformes initiée après la prise de pouvoir par le Président Zine al-Abidine Ben Ali en novembre 1987 a été extrêmement brève, la situation des droits de l’Homme ayant commencé à se dégrader à la fin de l’année 1990. Au milieu des années 1990, la répression, qui visait principalement les Islamistes, s’est étendue aux militants de gauche et à toutes les autres tendances de l’opposition politique, y compris ceux qui avaient soutenu les répression de l’opposition islamiste, les leaders estudiantins, les syndicalistes, les associations professionnelles, les médias, etc.

    Aujourd’hui, les opposants et détracteurs présumés ou avérés du gouvernement, à travers l’ensemble du spectre politique, risquent la détention pour avoir simplement exercé leur liberté d’expression, d’opinion et d’association. Des milliers d’opposants politiques réels ou supposés ont été torturés et emprisonnés à l’issue de procès inéquitable au cours de la dernière décennie. En dépit de la libération de plus de 500 prisonniers de conscience en novembre 1999, environ mille d’entre eux sont toujours en prison dans des conditions qui constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant. Leurs proches sont harcelés, intimidés, privés de leurs passeports et détenus.

    Les anciens prisonniers de conscience sont régulièrement empêchés de travailler et de reprendre une vie normale et sont appelés à se présenter à la police, de plusieurs fois par jour à plusieurs fois par semaine, selon les cas. Cette pratique, dénommée contrôle administratif, est selon les cas imposée arbitrairement ou par les juridictions comme élément d’une condamnation ; dans ce cas, le contrôle administratif est imposé pour une période de cinq ans à compter de la libération, mais les anciens prisonniers continuent de devoir se présenter à la police longtemps après l’expiration des cinq ans. Le cas de Ali Sghaier, père de sept enfants, est un exemple de cette pratique : des années après avoir purgé la sentence de trois ans à laquelle il a été condamné pour ses opinions politiques, il doit toujours se présenter quotidiennement à la police et est empêché de travailler ; il ne peut par conséquent pas subvenir aux besoins de sa famille. En juin 2000, désespéré, il a emmené son enfant cadet au marché hebdomadaire de Douz (Sud du pays) et a brandi un panneau sur lequel était écrit :  » on m’empêche de travailler et de nourrir mes enfants, quelqu’un souhaite-t-il les acheter ? « . Il a été arrêté et condamné à six mois d’emprisonnement en septembre 2000.

    Les proches des prisonniers politiques sont victimes de harcèlement et d’entraves et ceux qui continuent de soutenir financièrement ces personnes ainsi que les opposants en exil, même dans une modeste mesure, sont eux mêmes poursuivis pour soutenir des  » associations non autorisées « .

    La privation arbitraire des passeports est une des mesures la plus souvent utilisée contre les défenseurs des droits de l’Homme et les opposants politiques réels ou supposés, mais aussi contre leurs proches. Cette politique fait grandement souffrir les familles des réfugiés politiques qui vivent en Europe. Les femmes de ces opposants sont souvent empêchées de quitter le pays avec leurs enfants pour bénéficier de la réunification familiale. Ceux qui, désespérés, ont tenté de quitter le pays sans passeport ont été emprisonnés pendant de longues périodes. Bien que de nombreux cas aient été résolus au cours des dernières années, en raison de la pression internationale, y compris des démarches entreprises par les Etats membres de l’UE, de nombreuses familles restent divisées en raison de cette politique vindicative.

    Les Tunisiens ordinaires qui travaillent ou étudient à l’étranger sont souvent arrêtés lorsqu’ils rentrent en Tunisie pour voir leur famille et sont emprisonnés pour avoir eu des contacts avec les opposants politiques à l’étranger, même si dans certains cas, ils n’ont eu que des rapports strictement sociaux avec eux, sans être au courant de leurs activités politiques. La législation tunisienne a été amendée en 1993 (Article 305 du Code de Procédure Pénale) pour inclure une disposition permettant que tout Tunisien soit poursuivi en Tunisie pour des activités menées à l’étranger, même si ces activités ne constituent pas un délit dans le pays où elles ont été accomplies. Au cours des derniers mois, au moins cinq personnes ont été arrêtées à leur retour en Tunisie sur la base de ces accusations et ont été condamnées à de longues peines de prison.

     

    Procès inéquitables : un pouvoir judiciaire qui manque d’indépendance

    Les juridictions tunisiennes ne garantissent aucunement les droits élémentaires de la défense à un procès équitable quand il s’agit de procès impliquant des accusations de nature politique. Les examens médicaux sont systématiquement refusés aux défendeurs, bien qu’ils aient le droit en vertu de la législation tunisienne de demander de tels examens, et ce même quand des séquelles de la torture sont encore apparentes – des mois après que ces personnes aient été torturées. Les défendeurs se voient également souvent interdire d’appeler des témoins en leur faveur. Les juges ignorent généralement leurs allégations selon lesquelles ils ont été contraints par la force de signer des  » confessions « , sans même les avoir lues. Tout au contraire, ils utilisent ces  » confessions  » comme principale preuve pour les condamner.

    Les défendeurs sont très souvent accusés « d’appartenance à une bande de malfaiteurs », « participation à un projet ayant pour but de porter atteint aux personnes ou aux biens », et autres accusations du même type, bien que les délits poursuivis soient strictement politiques et non violents, notamment : avoir des liens avec des groupes d’opposition islamistes ou de gauche. Il s’agit là d’une tentative des autorités de présenter des individus réellement ou prétendument impliqués dans des activités d’opposition politique non violentes comme des criminels dangereux ou des « terroristes ». Au cours des derniers mois, un grand nombre de prisonniers politiques ont entrepris de longues grèves de la faim pour protester contre leur emprisonnement, leurs conditions de détention, l’absence d’investigations en liaison avec la torture qu’ils prétendent avoir subie, et dans certains cas contre leur détention prolongée sans avoir été jugés. Pour les punir et les forcer à arrêter leur grève de la faim, les détenus en grève de la faim sont souvent battus ou maltraités ; ils se voient refuser les soins médicaux dont ils ont besoin, voire même de l’eau sucrée, et régulièrement, leur famille et leurs avocats ne peuvent leur rendre visite.

    Ainsi, en novembre 2000, Abdellatif Bouhajila, Yassine Benzerti et plusieurs jeunes hommes accusés d’avoir entretenu des liens avec un groupe islamiste on été jugés pendant qu’ils menaient une longue grève de la faim – l’un d’entre eux avait été en grève de la faim pendant 89 jours et d’autre pendant plus de 70 jours. Ils ont été amenés au tribunal sur des brancards et ont été posés sur des bancs, car ils étaient dans l’impossibilité de s’asseoir ou de parler et étaient à peine conscients. Leurs avocats ont demandé le report du procès compte tenu de l’incapacité des défendeurs de participer au procès, mais le tribunal a refusé et les avocats de la défense sont sortis en signe de protestation. Les défendeurs ont été jugés et condamnés jusqu’à 17 ans de prison, sans avoir bénéficié d’aucune défense. De nombreux avocats tunisiens et défenseurs des droits de l’Homme ainsi qu’un député européen ont assisté à ce procès. Les représentants des ambassades européennes en Tunisie ont également assisté à plusieurs procès de défenseurs des droits de l’Homme et personnes jugées pour leurs opinions politiques.

     

    Les droits de la femme en Tunisie

    Depuis l’indépendance, la condition de la femme en Tunisie a connu de véritables progrès. Le Code du statut personnel, adopté sous le président Habib Bourguiba, a accordé aux femmes de nombreux droits dont elles ne bénéficiaient pas auparavant. Le taux d’analphabétisme féminin a chuté, leur présence dans l’éducation supérieure et dans la population active n’a cessé d’augmenter.

    Cependant, les femmes subissent autant que les hommes des restrictions concernant l’exercice de leurs droits civils et politiques. Les tentatives de l’ATFD pour mobiliser l’opinion publique en faveur de certains domaines dans lesquels la situation de la femme pourrait être améliorée, à travers communiqués, campagnes, manifestations ou réunions, sont systématiquement étouffées. Les manifestations publiques sont souvent interdites par les autorités. Certains membres, telles que l’avocate Najat Yacoubi, sont soumises à une surveillance constante. Les médias pro-gouvernementaux ignorent leurs activités, sauf pour colporter des rumeurs sur une association de « libertines », de « lesbiennes » et en donner une fausse image.

    Par ailleurs, les autorités harcèlent de manière systématique les épouses de militants islamistes présumés qui sont en prison ou en exil. Celles-ci sont soumises à des détentions arbitraires, une surveillance constante, des perquisitions sans mandat, des interrogatoires de la police ou la privation de passeports. Certaines femmes ont subi des pressions de la part de la police pour divorcer de leur mari emprisonné ou exilé. Ces violations du droit ont été dénoncées dans le rapport du Rapporteur spécial des Nations unies sur la violence à l’encontre des femmes (E/CN.4/1999/68/Add.1).

    Dans un autre domaine de la condition féminine, celui de la violence domestique, des progrès sont encore nécessaires. Selon l’ATFD, qui dirige le seul centre d’accueil du pays pour les femmes victimes d’abus, les violences faites aux femmes dans le cadre familial sont courantes. Pourtant, les représentants du gouvernement ne reconnaissent pas ce fait et, selon des militantes du droit des femmes, l’impunité prévaut, en raison du manque d’investigations de la part de la police et de l’indifférence de juges qui considèrent la violence familiale comme une affaire strictement privée. Là aussi, les restrictions sur les libertés politiques contribuent à ce problème : l’ATFD a demandé en vain à plusieurs reprises au gouvernement d’accorder aux organisations indépendantes le droit de combattre, en toute liberté, les violences dont sont victimes les femmes.

    Le traitement de la situation des droits de l’Homme en Tunisie par les organes internationaux

    L’Union européenne

    Les Etats membres de l’Union européenne sont conscients des violations des droits de l’Homme et des restrictions faites aux libertés démocratiques et aux libertés d’expression et d’association en Tunisie. Le Parlement européen a adopté deux résolutions, en juin et en décembre 2000 (cf. supra), par lesquelles il exprime sa préoccupation face à la dégradation constante de la situation des droits de l’Homme en Tunisie et appelle l’UE à prendre des mesures concrètes pour traiter de cette question.

    Le rapport d’évaluation du programme Meda-Démocratie pour 1996-1998, préparé pour la Commission européenne et publié en mars 1999, cite la Tunisie, dans la Section 2.9, comme l’un des pays euro-méditerranéens connaissant de graves problèmes dans la mise en oeuvre des activités de promotion des droits de l’Homme et des libertés démocratiques :

    La Syrie et la Tunisie ont reçu la plus faible part des financements non seulement en terme de subventions par pays et per capita. Cela résulte des obstacles politiques importants posés au soutien direct des ONG dans ces pays sans l’accord du gouvernement, ainsi que de la nature totalitaire des systèmes politiques en place en Syrie et en Tunisie.

     

    Les Nations Unies

    Les mécanismes de protection des droits de l’Homme des Nations Unies présentent une sombre image de la situation en Tunisie. En décembre 2000, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les défenseurs des droits de l’Homme a exprimé sa préoccupation concernant la suspension des activités de la LTDH et les intimidations dont sont victimes ses membres et a appelé le gouvernement tunisien à mettre fin au harcèlement des défenseurs des droits de l’Homme dans le pays.

    En février 2000, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression et d’opinion a publié un rapport (E/CN.4/2000/63/Add.4)à la suite de sa visite en Tunisie en décembre 1999, rapport dans lequel il exprime ses nombreuses préoccupations s’agissant des entraves imposées par les autorités à ces libertés et appelle fermement le gouvernement à adopter des mesures concrètes pour remédier à ces préoccupations.

    En novembre 1998, le Comité des Nations Unies contre la torture a examiné le rapport de la Tunisie (soumis avec quatre ans de retard par le gouvernement), et s’est déclaré  » troublé par les rapports faisant état d’une pratique répandue de la torture  » et  » préoccupé par les pressions et les intimidations auxquelles les autorités ont recours pour empêcher les victimes de déposer des plaintes « . Le comité a renchéri en affirmant qu’en rejetant ces allégations, les autorités tunisiennes  » permettaient en fait aux auteurs d’actes de torture de jouir de l’impunité, et encourageaient ainsi la poursuite de ces pratiques odieuses « . Il a appelé le gouvernement à garantir la stricte mise en œuvre des dispositions de la loi et des procédures lors des arrestations et des gardes à vue (Cf. Conclusions finales du Comité contre la torture, CAT/C/TUN, 19 novembre 1998). Le Rapporteur spécial des Nations Unies contre la torture, a quant à lui demandé à effectuer une visite en Tunisie en octobre 1998 mais n’a reçu aucune réponse des autorités.

    Lors de ses sessions de 1998 et de 1999, la Sous-Commission des droits de l’Homme des Nations Unies a exprimé sa préoccupation sur les cas de Khémaïs Ksila (qui a bénéficié d’une libération conditionelle en 1999) et de Radhia Nasraoui, deux défenseurs des droits de l’Homme cités précédemment. En mai 1999, le groupe de travail sur la détention arbitraire a conclu l’examen du cas de Khémaïs Ksila par un avis affirmant le caractère arbitraire de sa détention.

    Le gouvernement tunisien devait présenter son cinquième rapport périodique au Comité des droits de l’Homme des Nations Unies en février 1998 mais, à ce jour, il ne s’est pas acquitté de cette obligation. En octobre 1994, après avoir examiné le quatrième rapport périodique de la Tunisie, le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies s’est déclaré préoccupé par la situation des droits de l’Homme en Tunisie et a appelé le gouvernement tunisien à mettre en œuvre une série de recommandations tendant à ce que la Tunisie se conforme à ses obligations en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ( Cf. Conclusions du Comité des droits de l’Homme adoptées le 2 novembre 1994, CCPR/C/79/Add.43). A ce jour, aucune des principales recommandations n’a été mise en œuvre dans la pratique.

    /FIN


    AMNESTY INTERNATIONAL

    FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L’HOMME (FIDH)

    HUMAN RIGHTS

    WATCH

    OBSERVATOIRE

    POUR LA PROTECTION DES DÉFENSEURS DES

    DROITS DE L’HOMME

    ORGANISATION

    MONDIALE CONTRE LA TORTURE (OMCT)

    REPORTERS SANS FRONTIÈRES (RSF)

    RÉSEAU EUROMÉDITARRANÉEN DES DROITS DE L’HOMME

    Conférence de presse – Briefing

    TUNISIE : L’ENVERS DU DECOR

    Les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens interpellent la Commission des droits de l’Homme de l’ONU

    Palais des Nations, Vendredi 30 mars 2001, de 13 h. 00 à 15 h. 00, Salle XXI

     

    Alors que le Président français, Jacques Chirac, s’adresse pour la première fois à la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, sept ONG internationales de défense des droits de l’Homme et plusieurs représentants de la société civile tunisienne interpellent les Etats membres de la Commission des droits de l’Homme, pour qu’ils réagissent aux violations des droits de l’Homme en Tunisie. Au cours des six derniers mois, la répression en Tunisie a connu un renforcement sans précédent. Les défenseurs des droits de l’Homme, les mouvements syndicaliste et étudiant ainsi que les journalistes, ont constitué, pour le régime, des cibles privilégiées : suspension des activités de la nouvelle direction de la Ligue des droits de l’Homme (LTDH), coupures de lignes téléphoniques et de fax, sabotage de véhicules, confiscation de passeports, filatures, menaces verbales, interdictions de quitter le territoire, licenciements abusifs, arrestations arbitraires, procès inéquitables, agressions en pleine rue, tentatives d’assassinat, etc. Þ Alors que la Commission des droits de l’Homme de l’ONU vient d’entamer l’examen du point de son ordre du jour intitulé  » Violations massives, flagrantes et systématiques « , des représentants de la société civile tunisienne, invités par les organisations citées en en-tête, exposeront à la presse, aux Rapporteurs spéciaux de la Commission des droits de l’Homme et à ses Etats membres la situation des défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie, ce 30 mars 2001, au Palais des Nations. Il s’agit de Sihem Bensedrine, Porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), de Bochra Belhajd Hamida, Présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), de Radhia Nasraoui, avocate, de Chawki Tabib, Président de l’Association tunisienne des jeunes avocats (ATJA) et de Mokhtar Trifi, Président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Le débat sera modéré par Kamel Jendoubi, Président du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT).

    Cette conférence s’inscrit dans le cadre de la  » Caravane pour les droits de l’Homme en Tunisie  » – une série d’événements organisés dans plusieurs pays pour mobiliser l’opinion sur la dégradation des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie.Þ Le même jour, dans une lettre ouverte au Commissaire européen Chris Patten, au Haut Représentant Javier Solana et aux Ministres européens des Affaires étrangères, ces organisations (ainsi que Avocats sans Frontières et le Service International des droits de l’Homme) appellent l’Union européenne à réagir concrètement à la détérioration des droits de l’Homme en Tunisie. L’Union européenne et la Tunisie sont liées par un accord d’association, signé le 17 juillet 1995, qui comprend une clause sur les droits de l’Homme qui lie juridiquement les parties (article 2) mais n’a pourtant jamais été invoquée.

    ¨ La lettre est consultable sur les sites suivants : www.fidh.org, www.amnesty.org, www.euromedrights.net, www.omct.org, www.rsf.fr, www.hrw.org

    _______________________________________________________________________________

    Contacts à Genève :

    AI : Sophie Marsac Tél. (41) 22 798 25 00

    FIDH : Eleni Petroula Tél. (41) 22 700 12 88

    OMCT : Nathalie Mivelaz Tél. (41) 22 809 49 39

     

     

    A AL VEILLE DE L’ARRIVEE DE LA CARAVANE DES DROITS DE L’HOMME EN TUNISIE A GENEVE, LA TUNISIE VISEE AU COMITE DES DROITS DE L’HOMME REUNI ACTUELLEMENT A GENEVE.

    Annan, Chirac, Kabila, Kostunica vendredi à la commission des droits de l’Homme

    GENEVE, 29 mars (AFP) – Les présidents français, yougoslave et congolais, ainsi que le secrétaire général de l’ONU, doivent prendre la parole vendredi à Genève devant la Commission des droits de l’Homme, objet de critiques croissantes venant à la fois des Etats qui la composent et des organisations non gouvernementales (ONG).

    Jacques Chirac, qui s’exprimera pour la première fois devant cette instance de l’ONU, devrait insister sur l’universalité de ces droits, affirmée avec force à Vienne en 1993, et son souhait de voir la Commission dotée de moyens financiers accrus.

    Le président, qui a reçu début mars plusieurs ONG, devrait également réitérer le soutien de la France au renforcement de la lutte contre la torture, les disparitions forcées, le racisme, mais également l’extrême pauvreté.

    Enfin le président devrait rappeler les progrès accomplis en matière de droits de l’Homme ces dix dernières années en Europe de l’Est, en Russie, en Amérique latine mais aussi en Asie et en Afrique.

    A cet égard, il pourrait insister sur l’aide nécessaire que la Commission peut apporter à ces pays pour le respect des droits de l’Homme plutôt que d’accumuler les condamnations des violations.

    Devant cette même commission, le nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, dont ce sera également la première intervention devant la Commission, devrait insister sur les efforts de normalisation en cours afin de mettre un terme aux inombrables violations des droits de l’Homme depuis septembre 1996 en RDC.

    A cette date, son père Laurent-Désiré, avait lancé une vaste offensive militaire avec le soutien actif du Rwanda et de l’Ouganda contre les forces du président Mobutu sese Seko.

    Mais, après le renversement d’alliances opéré par son père, Joseph Kabila devrait stigmatiser le rôle de ces deux pays, même si Kampala et Kigali ont accepté de retirer leurs troupes, sous la supervision de l’ONU.

    Joseph Kabila pourrait en outre faire allusion à la prochaine convocation d’une « conférence nationale des droits de l’Homme », ainsi qu’à sa décision de fermer tous les centres de détention ne relevant pas directement de la Justice.

    Il pourait également répondre par avance aux critiques du rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’Homme en RDC, le Chilien Roberto Garreton, de retour d’un voyage de dix jours sur place.

    Ce même vendredi, la commission entendra le président yougoslave Vojislav Kostunica faire état des quelques progrès accomplis en matière du respect des droits de l’homme depuis son arrivée au pouvoir, après la chute de l’ex-dictateur Slobodan Milosevic.

    Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, actuellement en visite officielle en Suisse, devrait rappeler que dès le début de son mandat il a placé les droits de l’Homme au centre de ses préoccupations.

    Il semble peu probable qu’il se fasse longuement l’écho des préoccupations des ONG, inquiètes des tentatives de pays membres de la Commission de limiter leur rôle.

    Jeudi encore, l’Organisation mondiale contre la Torture (OMCT), et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) ont protesté contre la présence accrue des ONG officielles, baptisées Gongos (governmental non governmental organisations).

    Ces Gongos, au nombre d’une trentaine sur les 200 ONG accréditées, soutiennent activement les pays où les violations des droits de l’Homme sont les plus nombreuses, a souligné Antoine Bernard, directeur exécutif de la FIDH.

    Cuba, l’Algérie, la Tunisie et la Chine, par ailleurs membres du comité d’accréditation des ONG, font partie des pays visés.

    Quelles que soient les critiques contre la Commission, celle-ci reste indispensable aux yeux de la plupart des ONG, soucieuses d’y faire entendre leur voix critiques et crédibles, selon la FIDH et l’OMTC.

     

    LETTRE DU CITOYEN FRANCAIS FERNAND MEUNIER

     » .. la démonstration que la Tunisie est un état policier est faite par la présence d’agents du gvt tunisien dans les conférences de la caravane 2001 en cours.. »

    Ce qui s’est passe à Marseille s’est aussi produit à Grenoble ce mardi 27 mars 2001 à l’institut d’Etudes politiques . Lors des temoignages de Iman Derwish et Noureddine Benticha, etudiants tunisiens arretes et tortures en 1999, accompagne de Mohheddine Cherbib, representant le Comite pour le Respect des Droits de l’Homme en Tunisie, un soi-disant journaliste Tunisien (deja identifie a Marseille par Iman, Noureddine et Mohheddine et reconnu par eux à Grenoble ) et une agent du consulat tunisien a Grenoble ont essaye de perturber la conference -debat organisee par Amnesty international.
    Ces agents du gouvernement mafieux de ben Ali sont venus  harceler et surveiller ces personnes et faire de la desinformation aupres du public.

    Bien mieux que nous, ils ont reussi la demonstration que l’Etat tunisien est bien un etat policier, anti-democratique et dictatorial.

    Mais, cela suffit!

    De façon similaire de ce qui s’est fait a Marseille, nous allons faire circuler une  petition au cours de la semaine des  droits de l’HOmme et Maghreb,  suite aux aggressions verbales et menaces envers Imen et Nouredine par des personnes du consulat tunisien et le pseudo journaliste. Cette petition sera envoyee  au Prefet de l’Isere, a M. Jospin , 1er ministre,  et au ministre  de l’intérieur en Tunisie, et à l’ambassade tunisienne en France.

    Par ailleurs, venez devoiler le faux journaliste (cf la photo ci-jointe) ds les prochaines conferences de la Caravane pour les Droits de l’Homme en Tunisie  qui passera
    1- à Geneve, le 29 mars, à l’occasion de la reunion de la
    Commission des Droits de l’Homme,
    2- a Strasbourg le 4 avril avec une delegation prevue au Parlement Europeen,
    3- a Paris, le 6 avril avec un grand meeting populaire,
    4- a Bruxelles, le 10 avril, a l’occasion de la mise en discussion des accords d’association, notamment avec la Tunisie.

    Si vous le retrouvez dans chacune  des villes citees plus haut, des vacances en Tunisie vous seront peut-etre offertes par le gouvernement tunisien, profitez en…

    F. Meunier

     

    EST-CE UN PRIVILEGE OU UN HONNEUR POUR TUNISNEWS? EN TOUT CAS NOUS SOMMES RECONNAISSANTS AU Dr. MONCEF MARZOUKI D’AVOIR CHOISI D’ADRESSER A NOTRE LISTE CERTAINS DE SES ECRITS ET DE SES REFLEXIONS.
    LA DERNIERE QUI VIENT DE NOUS PARVENIR RELATE, MALGRE LES PERIPETIES, DE.. L’AVENIR!
    LE MOT D’ORDRE DEVRAIT ETRE : Relever la tête , relever l’Etat, Relever le pays.

     

    Relever la tête , relever l’Etat, Relever le pays.

    Chers amis

    Le 1er Mars dernier s’est passé quelque chose que d’aucuns ont considéré comme inoui et que j’ai consideré pour ma part comme faisant partie de l’évolution ou plus exactement de la dégradation normale de la dictature .

    Rappelez vous . Je devais passer le témoin à sihem ben sedrine à la tête du CNLt . la police s’était opposé par la force à la réunion en tabassant kHdija cherif , Abdelkader ben khmiss , en me bousculant etc

    Mais c’est de ce qui s’est passé le lendemain que je veux vous parler .

    A neuf heures du matin , je me présente au siège du CNLT , pour voir ce qui se passe .

    Une horde de policiers me barre le passage et me prie de dégager.

    Je n’ai pas l’habitude de discuter , encore moins de me chamailler avec des subalternes . Je fais demi tour en maugréant.

    Surprise .

    La horde me suit en m’abreuvant d’injures et à haute voix .

    -Eh le pédé , va donc téléphoner à El Jazira .

    -traître , vendu , salaud ,crie une autre voix .

    la horde me suit du ‘’passage ‘’jusqu’a l’avenue Bourguiba .Ces malfrats déguisés en policiers ou ces policiers déguisés en malfrats , continuent à me coller , redoublant de sarcasmes et d’injures .

    Je connais bien cette flicaille, depuis le temps que je l’ai sur les talons .

    En général ils sont à la limite de l’obséquiosité , là ils sont à la limite du passage à tabac .

    Je reconnais le phénomène de l’amplification propre a l’exécution des ordres dans une dictature .

    En Démocratie , un ordre est exécuté de façon professionnelle sans plus .

    En dictature , il est toujours amplifié dans un sens ou dans un autre .

    Les subalternes sont si apeurés qu’il vont en rajouter . Quand on leur dit d‘être polis , ils sont carpette , quand on leur dit d’être méchants , ils font les doberman .

    Donc on leur a donné des ordres , mais mes lascars en rajoutent quand même un peu beaucoup .

    La situation est pénible et franchement gênante , surtout avec tous ces regards inquiets des passants , qui ont bien vu à qui ils ont affaire (le walkie talkie et tout le tralala).

    Je suis non insultable ,certes mais quand même !

    Exit l’idée de faire face .

    Un pugilat avec ces armoires à glace où même le cerveau doit être fait avec du muscle ! hors de question .

    J’ai souvent reproché à certains de mes amis , qui n’ont rien à prouver sur

    le plan du courage physique , d’en venir aux mains avec ces drôles de policiers .

    Quelle idée d’aboyer avec un chien qui vous aboie ou pire encore de l’attraper pour le mordre sous prétexte qu’il vous a mordu .

    Or ces hommes ont accepté de se défaire de leur dignité et de faire le chien . De toutes les façons ce n’est pas avec eux que j’ai un litige , mais avec le maître qui les a lâchés sur moi .

    Exit l’idée de protester . Auprès de qui ?

    Reste une troisième idée à évacuer. Je la sens fuyante, essayant se cacher un peu honteuse d’elle même,et pour cause .

    -Dis donc l’idée, oui toi la bas , au fond du puits , oui oui , toi , n’essaye pas de te débiner , viens par ici , que je te vois de plus prés .

    L’idée, ne sachant plus ou se cacher, se présente à la lumière de la conscience.

    Je l’examine amusé et irrité.

    -Ah oui, quand je serais président, ils verront de quel bois je me chauffe . HaHa, encore faut-il que tu le deviennes président, et à supposer que … comment vas-tu t’y prendre  ? En les soumettant à la torture démocratique, ça va les enfantillages, mais seulement pour aujourd’hui. Allez ouste à la poubelle,

    L’idée se délite. Les mots qui la formaient vont se chercher à se placer de nouvelles structures pour faire des idées acceptables par un esprit qui a inscrit comme devise  sur le fronton du temple: En mauvaise passe ne jamais céder , en situation de force ne jamais se venger .

    -Hé toi le vendu etc.

    Cest çà, mon gaillard,traite moi de vendu . Comme disait mon grand -père, ce petit paysan qui s’y connaissait en hommes et en palmiers : c’est sur sa propre gueule que coule la salive, quand on crache sur les dattes aux cimes de l’arbre-roi .

    La scène ressemble de plus en plus à une chasse à courre en plein centre de la cité. Une terrible colère gronde et le volcan peut à tout moment exploser.

    Oui oui ne cessais-je de me répeter , tu es un lion et non un renard , encore moins un lapin , mais continue quand même de garder ton calme . Le politique est déjà au plus bas dans ce pays , inutile d’ajouter à sa déchéance

    Brusquement j’ai envie d’un café. Je m’installe à une terrasse à l’avenue de Carthage et commande un expresso bien serré.

    La horde s’installe sur le trottoir en face, agite ses walkie- Talkie et crie de plus en plus fort.

    -Alors le Moncef , on va à Sousse ou à Hammam lif ! ! ?

    j’essaye de les oublier et de me concentrer sur mon café que je prends toujours sans sucre , peut être pour savourer une amertume qui ne soit pas pour une fois synonyme de souffrance, mais du plaisir mitigé qui est celui de vivre et de plus dans un pays comme le nôtre.

    -Alors Moncef , on se le boit ce café en vitesse!

    Passent des étrangers tout aussi intrigués et ahuris que les autres badauds .

    ça des fonctionnaires de l’Etat Tunisien ? Je me sens accablé , submergé de sentiment de honte . J’ai honte d’eux, j’ai honte pour eux . J’ai surtout honte pour la Tunisie sous la botte des mafieux et des barbouzes.

    De la boue , toujours de la boue , encore plus de boue sur les armoieries et le blason de ce qu’on ose à peine appeler encore la République .

    Dans quel pays, même vivant sous la dictature, verrait-on un ancien candidat à la présidence de la république, un homme, un opposant, un professeur de médecine, j’ose le croire, connu et respecté , poursuivi en plein centre de la capitale par des fonctionnaires le traitant de ‘’’’Tahan’’

    Brusquement je réalise à quel point cette scène est révélatrice du délabrement que ce régime laid, a occasionné au pays et à son Etat .

    De par sa fonction, l’Etat se doit d’être le protecteur de nos vies , de nos biens de nos droits dont les plus précieux  sont la liberté et la dignité.

    Hegel en faisait une quasi -divinité car il est supposé Incarner l’histoire l’essence de la nation. et par dessus tout la loi .

    L’Etat a beau être un monstre froid, il n’existe et ne commence que par elle . Il est celui qui l ‘énonce, qui l’applique et qui sanctionne sa violation .

    -Hé donc va en France, tu y seras bien payé pour ta trahison ! !

    Me revient à l’esprit toutes les étapes de la plongée de notre Etat dans les abysses de l’indignité et de la vulgarité, et de l’illégalité, entaméé il y a vingt ans sous le regne d’un vieillard indigne, qui s’aimait plus qu’il n’aimait le

    pays et précipitée par son ministre devenu son tombeur .

    Il ya bien sûr le fond :arbitraire corruption , torture, traquenards judiciaires , procés indignes , élections trafiquées et ne craignant aucun ridicule etc

    Il ya surtout,la forme ou plutôt le style, confessons le, propre à ce régime qui se qualifie d’ére nouvelle  :agrssions physiques contre les opposants , usage de cassettes pornographiques , vol des voitures , casse de bureaux , lâcher de journaux de caniveau , coupures arbitraires du téléphone , et puis ça , en attendant le règne au grand jour des tontons macoutes et l’apocalypse des voyous.

    le premier hors la loi aujourd’hui en Tunisie est l’Etat confisqué par régime sans scrupules .

    Ce qui fonde le prestige de l’Etat la fameuse ‘’haiba’’ n’est pas la simple crainte d’un pouvoir dont on sait qu’il est le maître de la violence légale, mais c’est surtout la perception de la grandeur.

    Il ne faut pas seulement donner l’exemple, il faut surtout bannir du champ du visible tout ce qui est vulgaire, choquant, de basse facture.

    L’Etat est en fait le père symbolique, qui peut exercer son pouvoir par la coercition mais qui ne peut exercer son autorité que s’il se montre crédible , digne de confiance et de respect.

    C’est ce rapport subtil entre pouvoir cercitif et autorité par le respect et l’admiration, qui est à la base de tout Etat digne de ce nom.

    En tunisie l’Etat aujourd’hui , par ce qui s’exhibe en permanence , et avec quelle arrogance, quelle ostentation, quelle bêtise , de brutalité , de vulgarité et de violation systématique de la loi , a de en plus de pouvoir et de moins en moins d’autorité.La fin de ce désequilibre non viable ne peut être que la desruction de toute la machine Il n’y à qu’a voire dans quel état se trouvent aujourd’hui les systèmes socio –économiques comme l’Education , la santé , l’administration pour mesurer l’avance de la déliquiessence .

    C’est de ses ruines symboliques et affectives, que nous devons relever notre Etat afin qu’il ne soit plus objet de crainte et de mépris , mais de confiance et d’adhésion .

    -Alors le traître, c’est fini ce café, oui. ! !

    De nouveau, je suis frappé par ce que le comportement de ces agents de l’Etat zéro, révèle.

    Le message est clair : Nous ne te respectons pas, nous ne respectons rien ni personne.

    La suite n’est pas criée . Elle est tue, probablement dans la douleur et la honte. Elle n’en est pas moins évidente et dans un certain sens pathétique : Nous ne respectons même pas nos propres personnes.

    Relever l’Etat de ses ruines symboliques et affectives, passera donc par un préalable incontournable : redonner aux hommes et aux femmes de ce pays fussent-ils des policiers, le sens du respect de soi ;redonner aux institutions de l’Etat , fussent-elles , les diverses polices , le sens du rôle digne qu’elles doivent incarner dans un Etat digne de ce nom .

    Voilà donc la situation , l’ambiance . Voilà aussi le programme :

    Relever la tête , relever l’Etat, Relever le pays .

    Merci et bon combat à nous tous .

    Sousse le 29-3-2001

     

    LA CHRONIQUE DU MOUCHARD DE TAOUFIK BEN BRIK DU MARDI 27 MARS 2001.

    Les Condors : une nouvelle race de la police politique

    J’ai livré de mon propre chef, début mars, à la police politique postée à la porte de l’Alcatraz, l’aéroport international de Carthage, mes compagnons de route : Mario Puzo (Omerta), Thomas Harris (Hannibal Lecter), Nikos Kazantzàki (Lettre au Gréco), Jocho Yamamoto (Hagakure), Roland Barthes (Le Degré zéro de l’écriture), Jacques Audiberti (Le mur du fond), François Truffaut (Approches), Daniel Mermet (Carnets de route), Robert Ménard (Ces journalistes que l’on veut faire taire), Habib Souaïdia (La sale guerre)…

    Et, pêle-mêle, les agents des services spéciaux m’ont délesté de Charlie Hebdo, des Inrockuptibles, du Canard enchaîné, de Demain d’Ali Lmrabet le Marocain, d’El Khabar d’Ali Djerri l’Algérien, d’El Ahram Hebdo d’Egypte, du Soir de Bruxelles, du Courrier de Genève… Mon carnet d’adresses et mon manuscrit…

    Quel peut bien être le point commun, s’il y en a un, entre ces détenus de Carthage ? Il n’y en a pas, me diront les détenteurs des  » apparences cloisonnées  » ! Car, poursuivent-ils, l’un, le journaliste, exerce son art en ouvrant les yeux. En revanche, l’artiste, lui, l’exerce en les fermant. L’un écrit, l’autre réagit. À chacun ses techniques spécifiques. Pour le journaliste, l’enquête, le reportage, le témoignage, l’entretien, le collage, la concision. L’artiste, lui, a le récit, la fabulation, la dérision, la fantaisie, l’interrogation…

    Le rôle de l’artiste est de créer, de communiquer et d’entretenir au fil du temps une vision personnelle et cohérente du monde, qui amuse, intéresse, stimule, provoque et nourrit ses lecteurs. Le rôle du journaliste consiste à informer. Son scepticisme, son désir de voir pour croire, son besoin d’avoir des preuves, son refus de se laisser impressionner, c’est ce qui représente sa contribution à la  » réhumanisation de l’inhumanité « . Grosso modo, le journaliste restitue au monde le monde tel qu’il est. L’artiste, lui, l’achève.  » Et la confusion, le croisement des deux pratiques, peut mettre en péril la vérité, égarer et tromper le lecteur « , me mettent en garde les gardiens de l’orthodoxie de l’écrit.

    Pourquoi, alors, la police politique, en Tunisie, fait-elle la confusion entre un écrit journalistique et une chimère ? C’est bien simple, tous les corps des renseignements généraux – l’Istialamet, l’Irched, El Massalah, El Mokhtassah, El Moukhabarat – font l’amalgame en la matière. Rappelez-vous le film  » Le Condor « , où Robert Redford joue un agent de la CIA, qui lit et analyse tout ce qui lui tombe sous les yeux : dépêches, communiqués, rapports, romans, scenarii… Comme le Condor, l’agent des services de renseignements tunisien sait que le monde est fait de bien autre chose que de ses apparences, que les miroirs sont parfois sans tain et parfois à deux faces, et que les masques cachent d’autres masques, à l’infini.

    Pour faire tomber un insoumis, un gêneur, le décomposer pour le recomposer (lire : le retourner), l’agent des renseignements lit tout, ne jette rien : courriers personnels, factures de téléphone, manuscrits, ordonnances médicales, romans, magazines… Il cherche la faille dans le bourbier, comme on dit. Qu’est-ce qui fait carburer ce type ? Cache-t-il un homosexuel ? Qu’est-ce qui pourrait le faire chanceler ?

    Les lecteurs, cette nouvelle race de la police politique tunisienne, traquent le mot. Tous les écrits sont suspects, chaque phrase est compromettante. Les services de filatures, les officines de surveillance continuent à faire la chasse à l’homme, mais leur gibier de prédilection est le verbe. Car, nulle phrase n’est innocente au pays de la suspicion totale. De la vie, disent-ils, journalistes et artistes tirent la matière de leurs œuvres. L’écrit est leur forme commune d’expression, les mots leurs mêmes outils pour sculpter la réalité.

    Pour les services spéciaux, le verbe ne peut que répandre le désordre. Il est soupçonné par les  » Condors  » d’être un remède au  » mal de la colonne vertébrale  » qui a atteint les Tunisiens, et de dresser les gens contre les usurpateurs de la parole. Ils ont raison ! L’écrit a toujours fourni des arguments pour réduire la soumission volontaire.

    Et si les renseignements généraux ne ferment guère les yeux et déchiffrent, dans l’ombre, chaque texte, c’est parce qu’ils savent que la grande tâche à laquelle sont confrontés tous ceux qui écrivent, qu’ils soient journalistes ou artistes, consiste à rétablir la vérité. Cette vérité – dans l’absolu – que les légions de tous ceux qui tirent profit du mensonge sont prêtes à combattre.

    Pour contourner l’adversité et la vigilance des Condors, le journaliste que je suis sera amené à plonger dans la fiction. Mais, même en se drapant de l’habit du conteur, mes premiers lecteurs resteront les services spéciaux. Parce qu’ils savent qu’une fiction peut encore lever le voile sur leur monde occulte, plus sûrement que le meilleur des reportages. Combien de faits, parfois mentionnés par les dépêches d’agences, ne parviennent pas à informer et restent fort éloignés de la réalité. Beaucoup de journalistes ne se résignent plus à décrire les événements tels qu’ils se produisent. Ils aiment que les choses se passent comme ils les imaginent, quitte à saupoudrer la réalité d’une pincée de fiction.

    Cet irrespect dont font montre les journalistes envers les orthodoxies ne leurre en tout cas pas les Condors. Pour eux, fiction ou information se lisent pour détecter les signes de défiance à leur égard.

    Taoufik Ben Brik

     

    QUI OBTIENDRA LE 2éme RéSEAU DU TELEPHONE MOBILE EN TUNISIE??

    AFP, 29 Mars 2001 à 29 11h21

    Appel d’offres pour un deuxième réseau de téléphone mobile

      TUNIS, 29 mars (AFP) – Un appel d’offres international vient d’être lancé pour la création du deuxième réseau de téléphone mobile (GSM) en Tunisie, apprend-on jeudi auprès du ministère des Technologies de la Communication à Tunis.
      L’identification du nouvel opérateur GSM ainsi que le démarrage des travaux d’installations interviendront avant la fin du premier semestre 2001, la date limite des offres étant fixée au 5 mai.
      Ce nouveau réseau devrait permettre à Tunisie Télécom de porter à 400.000 le nombre de lignes contre 100.000 actuellement.
      Pour pouvoir répondre à cet appel d’offres, l’opérateur doit être « qualifié », professionnellement et financièrement, et détenir depuis plus de deux ans au moins 51 % du capital d’une société titulaire d’une licence de téléphone mobile ayant au 31 décembre 2000 un nombre d’abonnés supérieur à 500.000.
      Si l’opérateur est un consortium de sociétés, il doit détenir des capitaux propres supérieurs à 400 millions de dollars US à la clôture du dernier exercice.
      L’actuel réseau GSM en Tunisie a été construit par la société française Alcatel, puis par Alcatel et la société suédoise Ericsson. Le réseau géré par Tunisie Telecom est opérationnel dans Tunis et le long de la côte touristique à l’est du pays.

    AFP

    LES ETATS-UNIS INVESTISSENT DE PLUS EN PLUS EN TUNISIE

    (SOURCE: LE JOURNAL LIBANAIS « AL ANWAR » )

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    UN PETIT MOMENT DE REPIT…POUR RIRE UN PEU!

    The following POEM by THE POET, has been published in « The Asahi Shinbun », the first circulationin Japan …
     

    Zinoshi wa Leila Harakiri !!!

    by THE POET
    +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

    Konishiwa !
    zaimu Zinoshi wa zaimata diktaturi
    shaabi amwali saraku
    swissra banka flusu harrabu
    akhuhu Moncifu mukhaddarati taamalu
    sijni ashra sinini hukimu
    gaijin shinbun mana-u
    shabakatu Interneti harramu
    zawji sahafi furansu katabu
    « Ben Ali sadikuna » nasharu
    masajinu siassi adhabu
    jawazi safari hajazu
    shaabi haju wa mashu Kartaja
    zaimu wa zaimata iitakalu
    Zinoshi wa Leila harakiri

    Sayunara !

     
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