TUNISNEWS
6 ème année, N° 2136 du 28.03.2006
FIDH : Tunisie : La défense des défenseurs des droits de l’Homme plus que jamais nécessaire ACAT: Situation préoccupante de Lotfi Amdouni – lettre au ministère de l’intérieur AFP: L’un des complices dans l’assassinat d’un ministre belge arrêté en Allemagne AFP: Italie: 302 immigrés clandestins interceptés au sud de la Sicile AP: Law, family, society all weigh against converting from Islam to Christianity in most of the Middle East Libres propos – En gérant sa durée au pouvoir, sa fortune, sa sécurité ,Ben ali est encore plus fort qu’un chef de la mafia Webmanagercenter.com: La Tunisie vue par le FMI : Ce qui reste à faire pour accrocher le train de l’OCDE Saphirnews : Comment le foulard devient l’instrument d’une propagande nationaliste Taïeb Moalla: L’Immeuble Yacoubian, livre ouvert
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FIDH
Tunisie : La défense des défenseurs des droits de l’Homme plus que jamais nécessaire
24/03/2006
Lors de son récent séjour en Tunisie à l’occasion du lancement du rapport annuel 2005 de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Mme Anne-Laurence Lacroix, directrice adjointe de l’OMCT, a pu constater que « en dépit des déclarations du gouvernement et de la libération de certains prisonniers , dans l’ensemble, la situation des défenseurs des droits de l’Homme aurait tendance à s’aggraver en Tunisie. Le traitement indigne réservé à la famille de Me Mohamed Abbou et les violations à l’encontre de M. Ali Ben Salem en sont, hélas, une illustration quotidienne ».
En effet, l’Observatoire dénonce fortement le harcèlement dont continue d’être victime M. Mohamed Abbou, ancien dirigeant de l’Association des jeunes avocats (AJA), membre du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) et de l’Association internationale pour le soutien des prisonniers politiques (AISSP). M. Mohamed Abbou est incarcéré depuis le 1er mars 2005 à la prison de Kef pour avoir publié une tribune sur Internet en août 2004, dans laquelle il dénonçait les conditions de détention en Tunisie.
Le 23 mars 2006, jour de visite, la femme de M. Abbou, Mme Samia Abbou, accompagnée de la mère de son mari et de ses trois enfants, qui n’avaient pas vu leur père depuis deux mois et demi, ont été interdits de lui rendre visite, alors même que la prison de Kef est à plus de 250 km de leur domicile. Aucune explication ne leur a été donnée.
En outre, le 20 mars 2006, Mme Samia Abbou, qui rentrait alors de Genève (Suisse), a été fouillée à son arrivée à l’aéroport, et une photo de son mari, qu’elle porte toujours sur elle, lui a été confisquée.
L’Observatoire rappelle que depuis le 11 mars 2006, M. Mohamed Abbou est en grève de la faim. Il entend ainsi protester contre ses conditions de détention qui se sont aggravées depuis le 2 mars 2006, date à laquelle de nombreuses personnes se sont rassemblées devant la prison de Kef, malgré l’interdiction de la police et la garde nationale (Cf. communiqué de presse de l’OMCT, 15 mars 2006).
D’autre part, l’Observatoire a été informé que M. Ali Ben Salem, vice-président de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) et responsable de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) à Bizerte, est placé sous résidence surveillée depuis les 9-10 novembre 2005, sans qu’aucun mandat ne lui ait été présenté. Son domicile, qui abrite également la section de Bizerte de la LTDH, fait en effet l’objet d’une forte et constante présence policière.
« Nous sommes extrêmement préoccupés s’agissant de ces faits, et appelons le gouvernement tunisien à respecter ses engagements relatifs aux libertés fondamentales », a déclaré M. Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. En particulier, l’Observatoire demande la libération immédiate de M. Abbou, ainsi que le respect de son intégrité physique et psychologique. L’Observatoire demande également aux autorités tunisiennes de mettre un terme aux actes de harcèlement à l’encontre de la famille de Me Abbou et de M. Ali Ben Salem. Enfin, l’Observatoire rappelle son soutien à la LTDH, ainsi qu’à l’ensemble des organisations non gouvernementales indépendantes en Tunisie.
(Source : publié sur le site FIDH, le 27 mars 2006)
Me Néjib Chebbi à Washington ce 31 mars 2006
AEI Series: Dissent and Reform in the Arab World Empowering Democrats
11:45 Closing Remarks: Nejib Chebbi, Progressive Democratic Party, Tunisia
12:15 p.m. Lunch and Adjournment (Source : le site de l’American Enterprise Institute AEI, le 28 mars 2006) URL: http://www.aei.org/events/eventID.1251,filter.all/event_detail.asp
Italie: 302 immigrés clandestins interceptés au sud de la Sicile
Mit Holzbooten in die Freiheit
Die italienische Küstenwache hat am Montag 261 illegale Einwanderer gerettet, die mit einem 14 Meter langen Holzboot im Mittelmeer Richtung Italien unterwegs waren. Ein tunesischer Fischer hatte die Flüchtlinge entdeckt und Alarm ausgelöst. Die Menschen auf dem Boot, deren genaue Herkunft zunächst nicht feststand, wurden in ein Auffanglager auf der Insel Lampedusa südlich von Sizilien gebracht.
Artikel vom 27.03.2006 |apa,dpa |dk
L’un des complices dans l’assassinat d’un ministre belge arrêté en Allemagne
Law, family, society all weigh against converting from Islam to Christianity in most of the
By JASPER MORTIMER, Associated Press Writer
Associated Press, le 27.03.2006 à 21h01
Such prosecutions are rare in the
Conscious of such pressure, the Lebanese have coined the saying: «Stick to your own religion.»
The sensitivity of conversion has been highlighted by the case of an man faced a possible death penalty in a court in
After an Afghan court dropped charges of apostasy against Abdul Rahman, 41, Muslim clerics threatened to incite people to kill him on his release, hundreds demonstrated against the court decision, and prison wardens put him under their special care.
But
If Abdul Rahman had been a Saudi, «he would have been facing death,» said Fadi al-Qadi, a
While Islam accepts Christianity as a fellow monotheistic religion, Shariah law considers conversion from Islam to any religion apostasy, and most Muslim scholars agree the punishment for apostasy is death.
The only other nation in the region whose law books set the death penalty for apostasy is
In
Other countries in the region, such as
In May, an Egyptian man who converted to Christianity was arrested on suspicion of «contempt for religion,» a charge that entails a prison sentence for up to five years, said Hossam Bahgat, director of the Egyptian Initiative for Personal Rights. The man, who has not been identified, remains in custody without charge, Bahgat said.
Moreover, authorities in
Even if a convert is not prosecuted, «the issue is the pressure they are going to face from their families, the religious establishment, their friends and associates,» said al-Qadi of the New York-based Human Rights Watch. «It would be overwhelming. They would be really isolated.»
There are exceptions. In strongly secular
«
But, he said, «if someone converts, they can suffer some problems from their friends, relatives and neighbors» _ or face difficulties getting a job in the civil service.
There is also a relaxed attitude in
Most often, the issue of conversion reaches the courts in the context of marriage. While Islam accepts a Muslim man marrying a Christian woman _ one of the Prophet Muhammad’s wives was a Christian _ it does not tolerate a Muslim woman marrying a Christian man.
The November 2004 case of a Jordanian man convicted of apostasy came after his wife _ who remained Muslim _ and her family reported that he had converted.
The man, whom the court records did not identify, appealed his conviction to a higher court but lost. He forfeited his all his civil rights, including his right to work, vote and inherit property.
Often Palestinian women seeking a divorce accuse their husbands of converting to prompt a court to nullify the marriage, according to Sheik Taissir Tamimi, the head of the Islamic court in the
In
A more common course is for Muslim and Christian Lebanese to have a civil law wedding in
But the bill was killed by opposition from the religious authorities.
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Associated Press writers Sam F. Ghattas in Beirut, Jamal Halaby and Shafika Mattar in Amman, Tarek al-Issawi and Jim Krane in Dubai, Diana Elias in Kuwait, Sarah el Deeb in Gaza, Hassane Meftahi in Algiers and Bouazza ben Bouazza in Tunis, contributed to this story.
Associated Press
Libres propos
En gérant sa durée au pouvoir, sa fortune, sa sécurité ,Ben ali est encore plus fort qu’un chef de la mafia
Il n’arrête plus de s’illustrer. Il avait déjà la réputation d’être un putschiste, un policier et un dictateur. Sa carte de visite vient de s’enrichir d’un nouveau titre de gloire. Il est désormais connu comme un corrompu notoire. A vrai dire, ce ne serait une découverte que pour les myopes et les aliénès, pas pour les tunisiens ni la presse internationale et toutes les chancelleries présentes à Tunis.
Ce que l’on sait moins en revanche, c’est la structure mafieuse de la famille qui a fait main basse sur la Tunisie. En effet, les ben ali et les trabelsi n’ont rien à envier aux plus célèbres familles de la Cosa Nostra et de la Camora. Cette affirmation n’est pas qu’une simple vue de l’esprit. Comme toute organisation mafieuse, le clan ben ali-trabelsi contrôle les marchés et les activités où l’argent est abondant, circule en numéraire (argent liquide) et est facile à dissimuler au fisc. Comme toute organisation mafieuse, elle a réussi à instiller la peur au sein de toute une population qui en a ras-le-bol, mais n’ose pas l’exprimer publiquement de crainte de se faire tuer. C’est le règne de l’omerta imposé à 10 millions d’individus. Les hommes politiques se réclamant de l’opposition en sont la parfaite illustration. Eux ne craignent pas de se faire buter, ce n’est plus de saison. Mais de les détruire professionnellement, socialement, et psychologiquement, Ils ne sont pas à l’abri des représailles du genre pour ne citer que les plus récents :
– 3 ans et demi de bagne pour Me Abbou ;
– vol de voiture de Mme Neila Cherchour Hachicha ;
– chantage par montage et truquage des films et photos pornographiques à l’encontre de Me Jallali et de la fille de Mme NCH ;
– photos en caricature de Me Echebbi ;
– campagnes de presse diffamatoires et d’appels publics au lynchage des opposants « traîtres à la Tunisie » ;
– Last but non least ; le cambriolage de la voiture de Me A. Ayadi en plein jour et devant les passants et surtout devant le Palais de la justice.
On m’objectera qu’il n’est pas sérieux de comparer un chef de l’Etat à un parrain sicilien, dont la discrétion est la règle, même s’il lui arrive de recourir quelques fois à des méthodes brutales pour imposer sa loi. Malheureusement si. Le président ben ali est un véritable parrain qui distribue des prébendes et veille scrupuleusement sur les siens. L’argent de la corruption généré par l’exploitation des ressources naturelles du pays (pétrole, bois, diamants, etc.) joue, pour lui et sa famille, le même rôle déterminant dans la constitution primitive du capital que celui, pour les mafieux, du trafic de la drogue, de la contrebande des cigarettes, des paris clandestins et autres activités illicites. L’une des raisons de son retour sanglant au pouvoir ne sont pas à chercher ailleurs.
Le clan ben ali-trabelsi a beaucoup appris de la mafia. Ils sont modernes. Ils investissent en masse dans la téléphonie mobile, l’hôtellerie haut de gamme, le transport, la banque, l’immobilier, la communication, le transport aérien, les matériaux de construction. Officiellement, le clan ben ali-trabesi n’est propriétaire d’aucune entreprise. Mais ses descendants, ses proches parents, ses gendres, ses fidèles serviteurs sont présents partout, sans compter les hommes de paille plus ou moins discrets, bénéficiaires quasi exclusifs des marchés publics.
Seule différence notable avec un chef de famille de la Cosa Nostra obligé de travailler en toute discrétion, le clan ben ali-trabelsi n’a rien à craindre. L’ordre c’est lui. L’armée, la police et la justice sont à sa disposition pour renforcer sa mise en coupe réglée de tout un pays. Le rêve quoi.
En véritable capo di tutti capi, le chef des chefs (mafieux), il nomme les adjoints que sont, dans l’ordre, les officiers généraux et supérieurs, les ministres cobra, les ministres fidèles serviteurs, les députés lèche cul tels que les Mellouli . Il ne sait rien refuser à ces hommes d’honneur chargés de récolter le produit du racket et qui contribuent à renforcer le pillage institutionnalisé du pays. En échange, une impunité totale leur est garantie pour services rendus. Les plus entreprenants héritent de véritables fiefs et de rentes. En Tunisie, le gouvernement est une fiction. Les ministres ne servent à rien (à part s’enrichir personnellement, ce qui n’est déjà pas si mal). Ils sont tous doublés par un membre du clan qui décide à la place du ministre. Tout est géré par le conseil familial. Exactement comme chez les Carleonesi.
Crimes contre l’humanité, vols, détournements de fonds publics, corruption, rackets, chantages, rien ne les arrête, rien ne les fait peur. Dans un pays normal, quelques uns d’entre eux seraient déjà au trou. Mais pas en Tunisie où ce qui reste de l’Etat se confond avec les intérêts familiaux du dictateur corrompu.
Le pire pour ce pays, c’est que si l’éviction de ben ali du pouvoir est un préalable à tout espoir de changement, son départ ne réglera pas du jour au lendemain tous les dégâts qu’il aura causés pendant son interminable règne. Le changement réel exigera des efforts constants pendant plusieurs années pour remettre au travail une société entièrement gangrenée par la corruption. Je souhaite bien du plaisir aux prétendants à sa succession.
Mais en attendant, je propose ici aux valeureux victimes du harcèlement et des actions insidieuses et lâches entreprise par Mohamed Ali Ganzoui ; quelques règles simples de conduite pour ériger contre ces manœuvres déstabilisatrices une sorte de bouclier protecteur (« Le chien aboie, la caravane passe. »), seul moyen efficace, à mon humble avis, pour survivre intact au cœur du harcèlement. Quelle plus grande victoire que celle d’arriver à bloquer cette tentative de destruction jour après jour renouvelée ?
Il s’agit maintenant pour nos valeureux victimes harcelés, connus et anonymes, de trouver le moyen de retourner la vapeur. De provoquer, par leur résistance à toute tentative de déstabilisation, un dérèglement de la machine répressive et harcelante.
En attendant deux voies de lutte s’ouvrent face à ce fléau :
– la multiplication des risques pour les auteurs de harcèlement.
– la résistance inébranlable de la personne harcelée, risquant d’amener le harceleur à un constat d’échec qui le force à l’abandon comme ce fût le cas dans les années 90 lorsque ce …(le dénommé Mohamed Ali Ganzoui) remplissait les mêmes fonctions et utilisait les mêmes vicieuses méthodes.
Ce sera dur, bien sûr, mais qu’importe la lâcheté des uns et des autres quand on est dans son droit.
Tunis le 28 mars 2006
(Reçu de Tunis par e-mail le 28 mars 2006)
La Tunisie vue par le FMI
Ce qui reste à faire pour accrocher le train de l’OCDE
Alors que la Tunisie célèbre le cinquantième anniversaire de son accession à l’Indépendance, une mission du Fonds Monétaire International, qui a séjourné fin décembre à Tunis, livre son diagnostic sur l’économie tunisienne. Et formule des recommandations pour en accélérer la croissance et permettre à notre pays de «rattraper le niveau économique des pays de la tranche de revenu inférieur de l’OCDE».
Pour les experts du Fonds Monétaire International (FMI), le constat s’impose : «La Tunisie a réalisé d’importants progrès vers son objectif de rattraper le niveau économique des pays de la tranche de revenu inférieure de l’OCDE». Les preuves en sont, principalement, un revenu réel par tête d’habitant qui a augmenté «de presque 20% depuis 2000», un taux de chômage qui «continue de baisser, et des équilibres macroéconomiques qui «restent maîtrisés grâce à la capacité d’adaptation rapide des politiques budgétaire, monétaire et de taux de change aux différentes conditions et chocs économiques». Mais s’il reconnaît les progrès de la Tunisie, le FMI n’en constate pas moins que «toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour réaliser cet objectif et les politiques économiques font face à de grands défis».
Le problème est donc aujourd’hui pour la Tunisie que «les bons résultats» de «l’ouverture croissante de l’économie et l’orientation des politiques économiques vers le marché risquent d’être érodés sans la poursuite et l’approfondissement des réformes».
Incontournable, «cette accélération est nécessaire pour achever l’intégration de la Tunisie dans le marché mondial» et relever les deux défis majeurs qui se posent à elle : un accroissement de la croissance économique et une baisse du taux de chômage.
Le taux de croissance économique annuelle doit être «d’au moins 1-1,5 point de pourcentage jusqu’en 2010». Car, «sans cette croissance additionnelle, l’objectif des autorités de combler le fossé entre la Tunisie et les pays de l’OCDE en termes de revenu par tête d’habitant» restera illusoire.
La réduction du chômage «qui affecte de plus en plus les diplômés» passe par une poursuite de la transformation de l’économie «par le développement des secteurs réclamant une main-d’œuvre qualifiée pour répondre à une demande d’emplois croissante des diplômés». L’intégration de ces diplômés «entraînera une hausse de la productivité, qui constitue le vrai moteur d’une croissance économique durable».
Pour relever ces défis, le FMI recommande d’accélérer les réformes dans quatre domaines : le climat des affaires, le secteur bancaire et financier, les politiques macroéconomiques et le marché du travail.
En partant du principe qu’«un secteur privé plus dynamique est primordial pour placer la Tunisie sur un palier de croissance plus élevée dans un environnement international de plus en plus compétitif», et que «l’amélioration du climat des affaires est une composante cruciale pour augmenter le niveau et la qualité des investissements privés», le rapport du FMI recommande en particulier de supprimer «certaines réglementations fiscales», “telles que les retenues à la source» et, d’une façon générale, de «simplifier davantage les procédures administratives».
Concernant le secteur bancaire et financier, le FMI montre du doigt «le niveau des créances douteuses qui alourdissent le coût du crédit et freinent la croissance et l’investissement», et «ralentissent aussi l’évolution vers la convertibilité totale du dinar et la dynamisation de la politique monétaire».
Tout en réaffirmant son soutien à «la stratégie du gouvernement pour améliorer la qualité du portefeuille des banques, axée sur un renforcement de la culture de crédit, une bonne gouvernance, et une amélioration du cadre législatif et judiciaire pour le recouvrement des créances», la mission du FMI constate que «l’approche graduelle poursuivie jusqu’à présent s’est traduite par une amélioration limitée des indicateurs prudentiels du secteur bancaire», et affirme «qu’il serait opportun d’adopter une approche plus vigoureuse afin de résoudre le problème des prêts improductifs, qui non seulement alourdissent le coût du crédit, mais constituent aussi une source de vulnérabilité importante pour l’économie tunisienne».
A propos de la consolidation des politiques macroéconomiques «nécessaires à l’avancement de la stratégie des autorités de libéraliser graduellement le compte capital de la balance des paiements», le FMI réitère le fait que cela permettra «entre autres d’exploiter davantage l’épargne extérieure pour financer un niveau plus élevé d’investissement tout en maîtrisant les équilibres macroéconomiques».
Concernant le marché du travail, la mission du FMI «se félicite des politiques actives des autorités ayant pour objectif de rapprocher les offres aux demandes d’emplois et les réformes visant à accroître la flexibilité du marché du travail au niveau du recrutement (travail intérimaire)». Elle estime, cependant, qu’«une telle flexibilité sans l’assouplissement des réglementations et procédures complexes au niveau des licenciements pourrait aller à l’encontre de la création d’emplois permanents».
Convaincu qu’elle est nécessaire «pour permettre l’absorption d’une offre croissante de travail qualifié» et important «pour créer un climat favorable à l’amélioration de la productivité», le FMI encourage donc les autorités «à continuer à accroître la flexibilité du marché du travail afin d’augmenter le taux de croissance».
(Source: www.webmanagercenter.com , le 27/03/2006 à 04h58)
URL: http://www.webmanagercenter.com/management/article.php?id=3009
Tunisie: Tintin au pays de Tartuffe
Comment le foulard devient l’instrument d’une propagande nationaliste
Nabila E.
A l’œil de l’observateur averti, il n’aura pas échappé qu’en Tunisie depuis quelques années souffle le vent d’une liberté religieuse recouvrée. Alors que Hijab et Jellabas prolifèrent dans les rues, on constate un net regain d’intérêt des Tunisiens pour l’islam qui se pratique désormais ouvertement dans les foyers. Mais au-delà des apparences se cache la main invisible de la répression légitimée par une propagande aux relents nationalistes.
Un voile « non conforme » à la tradition. Oui, mais quelle tradition ?
Il est devenu courant de nos jours de voir les Tunisiennes arborer le hijab, noué à la façon de leurs coreligionnaires du monde entier, du Maroc à l’Indonésie, de la Suède aux Comores. Ce qui pourrait de prime abord passer pour un retour à la pratique islamique ou l’assouplissement du joug dictatorial, tourne en Tunisie au crêpage de chiffon. Alors qu’il y a quelques années il fût bien rare de croiser une femme à la tête recouverte, voilà que le pays entier découvre qu’il a toujours existé une tradition de port du foulard. Un foulard, oui. Un Hijab, non.
Là où certains expliquent l’engouement actuel par l’influence des chaînes satellitaires sur le comportement religieux des Tunisiens, le Ministre des Affaires religieuses, dans une interview accordée au magazine local Réalités, parle lui d’une non-conformité du voile dit islamique avec les traditions tunisiennes. Il existerait en effet un « foulard tunisien », qui lui, noué façon « réfugiée bosniaque », ferait entièrement partie du tourath, corpus des coutumes et traditions chères à la nation tunisienne.
La presse s’en donne à cœur joie pour relayer à grands renforts d’arguments coraniques la prétendue atteinte portée par le traditionnel Hijab à la cohésion de la nation tunisienne. Ainsi, les porteuses de Hijab se voient érigées en fossoyeuses de la tunisanité. Etre tunisienne ou musulmane, dans ce pays musulman, il faut choisir !
Sous le voile de la liberté, la répression
Malgré cette propagande, force est de constater que la liberté religieuse a nettement progressé en Tunisie. Le pouvoir en place, craignant sans doute une reconstitution des cercles prosélytes militants mus par les rebondissements de l’actualité internationale, a pris acte de la ferveur de ses sujets et choisit de desserrer l’étau. Alors que le foulard était interdit dans presque tous les secteurs professionnels, voici qu’il est désormais possible de travailler, hormis dans l’administration, avec son Hijab. Travailler, mais pas étudier. Car si la pression semble être moins forte, les lycéennes et étudiantes subissent encore les foudres de la répression. Menaces, exclusions, brimades et surtout refus de présentation à l’examen, la liberté n’est pas encore acquise. Et tout reste, mine de rien, sous contrôle.
Hypocrisie officielle, alors que courre la rumeur que la fille du Président se pavanerait la tête recouverte du fâcheux foulard de la discorde nationale. Alors accalmie bienveillante avant la tempête répressive ou grand pas en avant vers une liberté religieuse pleine et entière ? Les années à venir nous diront qui de Tartuffe ou de l’Islam a vaincu.
(Source : Point de vue publie sur le site Saphirnews (France), le 15 mars 2006)
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L’Immeuble Yacoubian, livre ouvert
Roman culte. Alaa El Aswany signe un brillant manuel pour déchiffrer l’Égypte contemporaine.
Taïeb Moalla
Sans jamais tomber dans la caricature, Alaa El Aswany dépeint le Caire à travers des personnages typiques. On y rencontre l’aristocrate déchu, l’affairiste hypocrite, le brillant étudiant poussé vers l’extrémisme religieux, la belle obligée de vendre son corps pour survivre et l’homosexuel que la société rejette. Naguib Mahfouz, l’auteur égyptien qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1988, a trouvé un digne successeur.
Dans un monde arabe où les lecteurs se font de plus en plus rares, le roman a pulvérisé tous les records avec 100000 exemplaires vendus. Un film a été inspiré par l’ouvrage. Mettant en scène une pléthore de vedettes locales, il a été projeté à Berlin en février dernier. Sauf avis contraire de l’organisme officiel chargé de la censure (!), il devrait prendre l’affiche cet été en Égypte.
Si cette œuvre cinématographique risque le bâillonnement, c’est qu’elle raconte sans concession les travers de la société égyptienne. Qu’ils soient jeunes ou vieux, riches ou pauvres, les personnages vivent tous dans un climat politique et social oppresseur. L’œil du « grand homme » (une allégorie qui vise vraisemblablement le président Moubarak) veille sur tous ses sujets et réglemente les moindres détails de leur vie.
Un des passages les plus poignants du roman met en scène la jeune et jolie Boussaïna que la pauvreté oblige à céder face aux avances de vieux libidineux. Par son témoignage, elle décrit le malaise d’une génération d’Égyptiens. « Ce pays n’est pas notre pays (…) C’est le pays de ceux qui ont de l’argent », crie-t-elle au détour d’une conversation avec son amoureux. Son fiancé s’appelle Taha. Leur échec social et amoureux jette ce dernier dans les bras de l’islamisme radical.
La manipulation de la religion par le pouvoir étatique est un autre sujet sur lequel le romancier s’arrête. À travers le personnage de l’antihéros Azzam, c’est le système politique égyptien qui est soigneusement disséqué. La plupart des héros de Alaa El Aswany – un dentiste devenu écrivain – finissent mal. N’y voyez aucun signe de pessimisme. L’auteur est tout simplement réaliste. Terriblement réaliste…
Alaa El Aswany, L’Immeuble Yacoubien, Ed. Actes Sud
(Source : La Liberté (Suisse), 25 mars 2006, page 32)