26 décembre 2005

 

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TUNISNEWS
6 ème année, N° 2044 du 26.12.2005

 archives : www.tunisnews.net


Mondher Sfar: M. Houcine M’hamdi convoqué aujourd’hui au Centre de police Mantaqat Ben Arous Dr. Sahbi Amri : Appel S.O.S – Mr. Houcine Mhamdi est interpelé au secteur de police de Ben Arous C.R.L.D.H.  Tunisie : La délégation tunisienne en Europe : une tournée réussie MAP : Le crime de vol à main armée en hausse continue en Tunisie (journal) Balha Boujadi: Bonne année, malgré tout… Mahmoud Albaroudi: Comment sortir du cercle de la peur ? Le Temps: Fléau social, Le braquage: Les sentiers obscurs du braquage Le Temps: Maître Jalila Sebaï:  » La répression judiciaire n’est pas une solution radicale «  Le Temps: Le sociologue Mahmoud Dhaouadi:  » La société tunisienne souffre d’anomie socio-culturelle  » Oumma.com : L’islam de marché ou la politisation néo-libérale de l’islam

 

URGENT – URGENT

M. Houcine M’hamdi convoqué aujourd’hui

au Centre de police Mantaqat Ben Arous

Je viens d’être informé que M. Houcine Mhamdi vient de recevoir une convocation au Centre de police Mantaqat Ben Arous pour aujourd’hui lundi à 15h.

M. Mhamdi est déterminé à faire prévaloir le droit du citoyen à une vie publique « Mains propres », fondée sur l’état de droit et la transparence.

Mobilisons nous pour protéger cet extraordinaire RCD Rebelle qui ose dire la vérité et dénoncer le fascisme qui est en train de disloquer notre nation.

Le portable de M. Houcine Mhamdi : 216 98 593 848

Tel domicile : 216 71 313 589

Son avocat qui va l’accompagner pour ce RV est

Me Aidoudi : 216 98 343 038

Paris, le 25 décembre 2005

Mondher Sfar

0660065998

msfar@wanadoo.fr


Remarque de la rédaction de TUNISNEWS:

Pour accéder à l’intégralité du livre de M. Houcine Mhamdi, cliquez sur :


Appel S.O.S à Toutes les consciences vives et les âmes libres du monde entier. info Alerte.

A la suite de la publication récente sur les colonnes de Tunis News de son livre intitlé «  Boucheries Arabes … Modèle Tunisien  » ,
 
l’Ex-Haut Responsable RCDiste Mr. Houcine Mhamdi est interpelé au secteur de police de Ben Arous ce jor le 26 Decembre 2005 à 15 h.
La motivation de l’Ex-Secrétaire Général du Comité de Coordination du RCD à Ben Arous , Mr. Houcine Mhamdi , à la publication recente de son livre intitulé  » Boucheries Arabes … Modèle Tunisien  » sur les colonnes de Tunis News a constitué un véritable défi à l’autorité policière de la dictature du Général Ben Ali .
Ce personnage a violé la ligne rouge du tabou politique et policier autorisé par la cosmétique propagandiste des officines lucratives de la désinformation pour mettre à découvert le non-dit des pratiques mafieuses criminelles du banditisme d’état en Tunisie .
A cet effet , une  » invitation  » policière assez particulière lui est reservée , ce jour , à 15 h. au secteur de la police de Ben Arous .
Les commanditaires de ce complot politico-policier visent à l’intimider et le deprimer afin de le décourager de son initiative .
N’ayant aucune connaissance des potentialités intrinsèques du déterminisme de Mr Houcine Mhamdi , les mercenaires de l’appareil policier se braquent actuellement sur ce citoyen qui vient de sortir de l’anomymat pour l’obliger à renoncer à faire sortir à l’étranger le contenu de son livre-diagnostic en public après l’interception de ses communications téléphoniques entretenues à orienter l’impression et l’édition des scandales et des maniplations de la cosmétique démocratique qui ont tant étouffé les libertés et le pluralisme politique en Tunisie .
Si Mr. Houcine Mhamdi a osé faire entendre sa voix du bas fond de la Tunisie et mettre noir sur blanc les sales manoeuvres de la voyoucratie policière et de la mafiocratie des occupants du Palais de Carthage , il n’a , cependant , pas parlé du néant et de l’abstrait . Il lui reste encore beaucoup à dire , à écrire si ce n’est déjà pas fait et à publier .
Des faits concrêts et des preuves irréfutables l’ont poussé à agir par son sens patriotique intègre en toute confiance en sa personne .
Il est prêt aux sacrifices pour le véritable changement démocratique en Tunsie .
Cependant , des pôles d’influences au sein du pouvoir policier risquent de voir leurs têtes sauter .
Ils se défendent à leurs manières conçues par l’oligarchie pour conserver et protèger leurs intêrets personnels du non-droit .
Dans ce contexte Mr. Houcine Mhamdi a reçu , au matin de ce jour le 26 Decembre 2005 , deux agents de la police politique pour le convoquer verbalement à une branche du foyer de la gangrène nationale à Ben Arous .
Son refus catégorique à se soumettre à l’arbitraire les a incité à revenir munis d’une convocation administrative officielle où le motif n’a pas été mentionné avec préméditation des commanditaires .
A 15 h. du 26 . 12 . 2005 Mr. Houcine Mhamdi est contraint de se déplacer au secteur de la police de Ben Arous pour recevoir des menaces et un itinéraire de consignes émises par les barons de la mafia du Palais de Carthage et du foyer de la gangrène nationale .
Il doit d’abord voir le temps passé à la sale d’attente , à partir de 15 h. , pour que le le doute puisse rejoindre son esprit et s’auto-culpabiliser : manoeuvre policière bien connue de non respect et d’humiliation passive pour un tel ex-haut responsable de son calibre .
Il devrait , donc , renoncer à la publication de son livre sus-cité et ses suites ulterieures pour se taire à vie .
Sinon , une correction suprême criminelle et mafieuse serait à son attente .
Par ailleurs , ce geste d’interpellation policière de l’ex-haut responsable RCDiste et ex-haut fonctionnaire du ministère de l’interieur n’est , au fait , qu’un signe de perte des pédales des commanditaires de la criminalité politique et des dérives financières impunies dont souffrent la Tunisie depuis l’installation brusque et brutale du Général Zine El bidine Ben Ali au sommet de l’état pour diffuser ses théories criminelles du terrorisme d’état sous les slogans des officines propagandistes de désinformation à des fins lucratives qui ont toujours porté leur bénédiction de mercenaires pour camouffler les sauvageries de l’atrocité criminelle du régime polcier en Tunisie sous pretexte de lutte contre la perolifération du terrorime islamiste .
Mr. Houcine Mhamdi a osé dévoilé les manoeuvres du banditisme et de la criminalité d’état qui sequestrent sous la terreur policière tout un pays et un peuple par le feu et le fer de la sauvagerie des politologues synthétiques et des coupables responsables schizophrènes soutenus par la nostalgie coloniale d’une France Officielle qui refuse de corriger les aiguilles de sa montre .
Nombreux complices étrangers du Sud de l’Europe sont ciblés par le livre-bombe de Mr. Houcine Mhamdi qui n’a pu être contrarié par la mesquinerie des futilités et des mensonges du mercenaire du Palais de Carthage Sadok Chaabène qui écrit mieux à celui qui paie mieux .
Toutes les consciences vives et les âmes libres du monde entier sont appelées à se mobiliser et suivre de près l’évolution des harcèlements policiers orientés contre le courage et le défi de la personne de Mr. Houcine Mhamdi pour dénoncer l’injustice des pratiques mafieuses de la voyoucratie qui étouffent la liberté d’__expression afin de laisser sous les décombres les violations et les dérives de tout ordre ainsi que les scandales impunis de la classe dirigeante en Tunisie .
Mobilisons nous tous pour protéger et défendre cet extraordinaire RCD Rebelle Mr. Houcine Mhamdi qui a osé hausser la voix pour dire publiquement , en noir sur blanc , la vérité et dénoncer les dérives financières et la criminalité politique en Tunisie d’une dictature policière qui traine tout un peuple vers la décadence .
Les coordonnées de M. Houcine Mhamdi : Tel. mobile 00.216 98 593 848 Tel domicile : 00.216 71 313 589 Tel de Son avocat Mr Aidoudi : 00.216 98 343 038
 

Dr. SAHBI AMRI

Médecin Privé de sa Médecine.

Tel.00.216.98.22.27.51

Cité El-Wouroud. Sidi Bouzid 9100.

Tunisie


 
C.R.L.D.H.  Tunisie Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme ________________________________________________________________   COMMUNIQUÉ

La délégation tunisienne en Europe : une tournée réussie

Après la grève de la faim menée, à Tunis, par huit personnalités tunisiennes du monde associatif et politique, du 18 octobre au 19 novembre 2005 (clôture du Sommet mondial de la société de l’information SMSI) et deux semaines après la constitution en Tunisie du « Collectif du 18 Octobre pour les droits et les libertés », le CRLDHT a, organisé en partenariat et /ou en relation avec plusieurs associations, du 13 au 19 décembre en France, en Belgique et en Allemagne une semaine d’action (conférence, débats, réunions, meeting, conférence de presse et rencontres avec des institutions, des partis, des médias et des parlementaires) avec la participation de seize personnalités invitées de Tunisie (universitaires, acteurs associatifs et de responsables au sein de l’opposition tunisienne).
Cette action entre dans le cadre d’un projet soutenu par la Vice première ministre et ministre de la Justice du Royaume de Belgique Mme Laurette Onkelinx dont la conseillère, Madame Simone Suskind nous a manifesté un soutien constant.
Les rencontres (Strasbourg, Bruxelles, Paris, Lyon et Allemagne, avec des institutions gouvernementales, des partis, des parlementaires, des ONG et des médias, ont été conduites par des délégations de 4 à 12 membres composées conjointement par la majorité des invités venant de Tunisie, des représentants du CRLDHT et des représentants d’associations partenaires du CRLDHT (notamment à Lyon et en Allemagne).
Dans la brève récapitulation qui suit nous utiliserons le terme générique de délégation pour désigner la partie tunisienne.
Outre le professeur Yadh Ben Achour, sollicité pour des interventions dans le cadre du séminaire sur la « justice en Tunisie : Etat des lieux’ qui s’est déroulé, au Sénat à Paris, le vendredi 16 décembre 2005, les personnalités qui ont bien voulu accepter l’invitation du CRLDHT sont :
Mme Ahlem Belhaj, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), pour la conférence sur la justice ;
Mme Sana Ben Achour, universitaire, qui assura la fonction de coordinatrice de la  » Commission nationale de soutien à la grève de la faim du 18 octobre pour les droits et les libertés  » (dissoute à l’issue de l’assemblée plénière du 04 décembre 2005) ;
Maître Radhia Nasraoui, présidente de l’association tunisienne contre la torture et membre du Collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés ;
Mme Sihem Ben Sedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) ;
Maître Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH) ;
Abdessatar Ben Moussa, Bâtonnier du Conseil National de l’Ordre des Avocats ;
Mustapha Ben Jaafar, secrétaire général du Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL) et membre du Collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés ;
Maître Ahmed Néjib Chebbi, secrétaire général du Parti Démocratique et Progressiste (PDP), gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
M. Hamma Hammami, porte-parole du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (PCOT), gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
Maître Raouf Ayadi, vice-président du Parti du Congrès pour la République (CPR), gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
Maître Ayachi Hammami, porte-parole du Comité pour la libération de Maître Abbou, gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
Maître Samir Dilou, ancien détenu islamiste, membre de l’Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques (AISPP), gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
M. Lotfi Hajji, président du Syndicat National des Journalistes (SNJ), gréviste de la faim et membre du Collectif du 18 octobre ;
M. Khémais Chammari, consultant international en Droits de l’Homme, membre du Comité national pour la libération des jeunes internautes de Zarzis et du Collectif du 18 octobre ;
Maître Abderrazak Kilani, membre du Centre de Tunis pour l’indépendance de la justice et avocat de la défense de l’Association des magistrats tunisiens ;
Le juge Mokhtar Yahyaoui, président du Centre de Tunis pour l’indépendance de la justice et Maître Mohamed Nouri, porte-parole de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), tous deux grévistes de la faim et membres du Collectif du 18 octobre n’ont pu répondre à l’invitation du CRLDHT en raison d’une privation arbitraire de leurs passeports par les autorités.
Pour la réalisation de cet ambitieux programme, le CRLDHT a mobilisé, dans la mesure de leur disponibilité, Kamel Jendoubi, Khémais Ksila, Fatma Bouamaied Ksila, Houcine Bardi, Tarek Ben Hiba, Mohieddine Cherbib, Jelloul Ben Hamida, Ali Tlili, Ramzi Oueslati et Elsa Manghi.
Mardi 13 décembre à Strasbourg
Rencontre avec la sous-commission Droits de l’Homme du Parlement Européen, présidée par Mme Hélène Flautre, tous les groupes politiques européens étaient présents lors de cette réunion.
Rencontre avec une délégation de parlementaires socialistes européens à l’initiative de Mme De Keyzer, commission des Affaires étrangères et de M. Alain Hutchinson, Vice-président de la délégation Maghreb.
La délégation a assisté à la séance plénière du Parlement européen au cours de laquelle, la Commission et le Conseil ont tous deux dressé un rapport sur la situation des Droits de l’Homme en Tunisie qui a été suivi d’un débat entre les parlementaires qui a aboutit à l’adoption de la résolution ci-jointe.
Mercredi 14 décembre :
A Bruxelles, la délégation a rencontré des représentants du conseil européen en la personne de M. Olmi (secrétariat du Conseil européen, processus de Barcelone) et l’assistante de M. Mathiessen, représentant personnel pour les Droits de l’Homme du secrétaire général et Haut représentant pour la PESC, M. Javier Solana
A Paris, la délégation a rencontré le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) , M. Alain Krivine. La délégation a été reçue par le groupe Communiste Républicain et Citoyen (CRC) du Sénat, représenté par Mme Borvo, sénatrice et présidente du groupe, M. Robert Bret, sénateur et vice-président du groupe et Mme Hélène Luc, sénatrice.
Enfin, la délégation a été accueillie par le Parti socialiste au siège du parti, rue de Solferino, par M. Maurice Braud et l’équipe du secteur international ainsi que par le nouveau président du mouvement des Jeunes socialistes, Razzye Hammadi.
Jeudi 15 décembre :
A Bruxelles, la délégation a rencontré M. Stephen Hickey, président du groupe Maghreb-Machreck du Conseil Européen, pour la représentation permanente du Royaume -Uni, assurant actuellement la présidence de l’Union européenne.
La délégation a également été reçue à Bruxelles à la Commission européenne, par M. Leffler, de la Direction générale des relations extérieures, section Proche et Moyen-Orient, Méditerranée du Sud et son équipe, ainsi que par des représentants de l’unité  » droits de l’Homme et démocratisation « .
A Paris, la délégation a été reçue au Parti communiste français par Mme Marie Georges Buffet, Secrétaire nationale du PCF.
Le même groupe a rencontré M. Patrick Farbiaz, de la direction nationale des Verts, chargé de l’international.
La délégation a également participé à une conférence de presse du Syndicat de la magistrature avec la participation des principales organisations de magistrats et d’avocats français visant à manifester leur soutien en faveur de leurs confrères tunisiens.
Une réunion débat a réuni, à 18h, au siège de la Ligue de l’Enseignement à Paris, la majorité des invités de Tunisie avec une soixantaine de militantes et de militants associatifs et politiques pour un débat sur les bilans de la grève de la faim du 18 octobre et le mouvement de soutien à Tunis et en France ainsi que sur les enjeux et les perspectives de l’action commune pour les droits et les libertés entamée après la fin de la grève ; avec la participation dans ce débat ouvert et contradictoire de représentants de plusieurs associations et de partis politiques (PDP, FDTL, PCOT, CPR, Nahdha, At-Tajdid, Nassériens Unionistes)
Vendredi 16 décembre :
La délégation a été reçue au Sénat par Jean-Pierre Sueur, président du Groupe d’amitié France -Tunisie Au terme de cet échange d’une grande franchise M. Le sénateur a pris acte des propositions et des suggestions en vue d’infléchir la politique du gouvernement français qui lui ont été faites par la délégation ainsi que sa volonté de poursuivre les contacts et les échanges avec les représentants de la société civile tunisienne sans aucune exclusive
Dans le cadre du programme initié par le CRLDHT, un séminaire sur  » La justice en Tunisie : état des lieux « a été organisé au Sénat français, avec la présence et le soutien des sénatrices et sénateurs, Mme Borvo, M. Desessard et M.Yung et en partenariat avec le syndicat de la magistrature, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Avocats sans frontières Belgique et le Réseau euro méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) ; Parmi les présents, nombre de personnalités et représentants associatifs dont Monseigneur Gaillot, la Ligue libyenne des droits de l’Homme, le secrétaire général du MEDEL (syndicat de magistrats européens), la section internationale du PS, la section française d’Amnesty internationale, et de Human Rights Watch.
La journée s’est clôturée par un meeting public à Saint-Denis, rassemblant environ 300 personnes en présence des représentants de partis politiques français (PS, PCF, LCR, PCOF).
Lundi 19 décembre :
La déclaration a été reçue à Berlin, par le ministère des Affaires étrangères préparée en coordination avec le  » comité du 18 octobre Allemagne « .
Enfin, la délégation était présente à la conférence de presse organisée à Lyon, à la maison de la presse, en partenariat avec l’Observatoire pour la défense des libertés fondamentales en Tunisie.
Paris, le 25 décembre 2005. ——————————————————–

Résolution du Parlement européen sur les droits de l’homme et la liberté de la presse en Tunisie et l’évaluation du sommet mondial sur la société de l’information de Tunis

Le Parlement européen, 
 vu l’article 2 de l’accord d’association euro-méditerranéen signé entre l’Union européenne et la Tunisie (1) ,  vu ses précédentes résolutions sur la situation des droits de l’homme en Tunisie, et plus particulièrement celle adoptée le 29 septembre 2005(2) ,    vu la communication de la Commission du 21 mai 2003, intitulée « Donner une nouvelle impulsion aux actions menées par l’UE dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratisation, en coopération avec les partenaires européens – orientations stratégiques » (COM(2003)0294), vu la communication de la Commission du 11 mars 2003, intitulée « L’Europe élargie – Voisinage : un nouveau cadre pour les relations avec nos voisins de l’Est et du Sud » (COM(2003)0104),  vu la communication de la Commission du 12 avril 2005, intitulée « Dixième anniversaire du partenariat euro-méditerranéen ; un programme de travail pour relever les défis des cinq prochaines années » (COM(2005)0139), vu les lignes directrices du Conseil concernant les défenseurs des droits de l’homme adoptées en juin 2004,  vu les résolutions de l’APEM adoptées au Caire le 15 mars 2005 et à Rabat le 21 novembre 2005,  vu le sommet de Barcelone des 27 et 28 novembre 2005 réunissant les chefs d’État et de gouvernement de l’Union et des pays partenaires méditerranéens, vu la déclaration de la présidence de l’Union du 13 septembre 2005 sur les entraves mises aux activités de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et les démarches entreprises suite à l’interdiction du congrès de la LTDH,  vu les déclarations du Conseil et de la Commission lors de la séance du Parlement du 13 décembre 2005,  vu sa résolution du 23 juin 2005 sur la société de l’information(3) ,  vu les conclusions du sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) qui a eu lieu à Tunis du 16 au 18 novembre 2005, vu l’article 103, paragraphe 4, de son règlement, A. rappelant que la Tunisie est le premier pays méditerranéen à avoir signé un accord d’association avec l’Union et que cet accord prévoit à l’article 2 que le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux inspire les politiques internes et internationales des parties, B. considérant que la politique de voisinage de l’Union se fonde sur l’attachement, réciproquement reconnu, à des valeurs communes telles que la démocratie, l’état de droit, la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, C. rappelant à cet égard que la Tunisie et l’Union ont établi conjointement un plan d’action fixant notamment comme actions prioritaires le renforcement des réformes garantissant la démocratie et l’état de droit et, en particulier, la promotion des libertés d’expression, d’opinion, d’association et de réunion, D. considérant le manque de cohérence entre l’objet du SMSI et certains incidents qui s’y sont produits, notamment le comportement des services tunisiens de sécurité vis-à-vis d’un commissaire européen et de députés européens ainsi que les perturbations de l’atelier « Droits de l’homme » organisé par la Commission, en présence de la délégation du Parlement européen ; saluant, à cet égard, les démarches entreprises par le Conseil pour rappeler à la Tunisie ses engagements en matière de respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, E. considérant les nombreux incidents survenus pendant le SMSI et durant les semaines précédant la célébration du SMSI – non-tenue du sommet citoyen, agression de journalistes et de militants des droits de l’homme, absence de réponse des autorités tunisiennes aux démarches accomplies à propos des grévistes de la faim et des emprisonnements liés à l’usage des technologies de l’information et de la communication, agressions verbales à l’encontre des parlementaires européens pendant le SMSI et sabotage organisé visant les interventions des personnes accréditées par les Nations unies – incidents qui ont entravé la liberté d’expression et gravement terni l’image du pays, F. considérant que le processus du SMSI se poursuit après le sommet de Tunis qui a enregistré des résultats positifs et qui ouvre une nouvelle étape avec les conclusions de la deuxième phase, G. considérant que les principes et les objectifs fondamentaux du SMSI demeurent, à savoir :  bâtir la société de l’information sur le socle des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;  lutter contre la fracture numérique et rechercher les moyens à accorder au plan d’action pour favoriser le développement ;  rechercher une gouvernance de l’Internet qui soit plus équilibrée, pluraliste et représentative des différents États et répondre aux nouveaux défis technologiques (publipostage électronique, protection des données, etc.), H. considérant l’attachement du Parlement européen à la concrétisation du plan d’action, à la mise en œuvre des moyens financiers correspondants et à la participation de la société civile dans la société de l’information, y compris les collectivités locales, les entreprises et les organisations non gouvernementales, 1. rappelle que la Tunisie et l’Union sont liées depuis 1998 par un accord d’association comprenant en son article 2 une clause consacrée aux droits de l’homme qui constitue un élément essentiel de cet accord ; 2. se félicite des importants progrès économiques et sociaux enregistrés en Tunisie, notamment dans les domaines de l’éducation et de la formation, de la santé et de la sécurité sociale, et formule le vœu que ces avancées s’accompagnent de progrès dans les domaines de la consolidation de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme, notamment de la liberté d’expression, de la liberté d’association et de l’indépendance de la justice qui font partie de l’acquis du processus de Barcelone ; 3. demande au gouvernement tunisien de se conformer aux engagements relatifs aux libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, garanties par les instruments internationaux ratifiés par la Tunisie ; 4. rappelle la contradiction évidente entre la déclaration finale du SMSI, dans laquelle les États indiquent que le respect plein et entier des droits de l’homme et de la démocratie constitue le fondement même de la société de l’information, et le mépris de ce même engagement par le pays hôte ; 5. demande aux autorités tunisiennes de permettre à la LTDH et au syndicat des journalistes tunisiens (SJT) de tenir leur congrès et de débloquer les fonds européens alloués à la LTDH, à l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (AFTURD) et à Santé Sud ; demande, parallèlement, aux autorités tunisiennes de coopérer pleinement avec la Commission pour mettre en œuvre rapidement le projet « modernisation de la justice » financé par le programme MEDA 2004-2006 qui, prioritairement, devrait renforcer les garanties de l’indépendance de la justice ; 6. demande, par conséquent, au Conseil et à la Commission de prendre, en coopération avec le Parlement européen, les initiatives concrètes et les mesures adéquates prévues à cet effet lors de la réunion imminente du conseil d’association UE-Tunisie afin de discuter en priorité de la situation des droits de l’homme ; rappelle à cet égard l’initiative de la mise en place d’un sous-comité « droits de l’homme » UE-Tunisie dans le cadre de l’accord d’association ; 7. demande au Conseil et à la Commission d’informer pleinement le Parlement des démarches qui seront effectuées et des décisions qui seront prises lors du prochain conseil d’association UE-Tunisie ; exhorte, dans cet esprit, le Conseil et la Commission à informer l’opinion publique des démarches qui seront entreprises concernant tout particulièrement les défenseurs des droits de l’homme ; 8. se félicite que l’Union, parlant d’une seule voix, ait pu exprimer une position forte dans les discussions à Tunis, en jouant en même temps un rôle moteur par ses propositions, en particulier dans les avancées sur la gouvernance d’Internet et la concrétisation du plan d’action ; se félicite que le Parlement ait été associé tout au long de ce processus et souhaite que cette méthode soit poursuivie à l’avenir ; 9. prend acte avec satisfaction de la décision de poursuivre le processus suite à l’accord intervenu sur la gouvernance de l’Internet et l’affirmation de l’indépendance de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ; se félicite du choix d’une coopération renforcée entre gouvernements sur le principe d’une égalité de traitement entre États ainsi que de la création d’un forum sur la gouvernance d’Internet ; souligne que ces avancées répondent au souci exprimé par le Parlement européen de bâtir une gouvernance de l’Internet équilibrée ; 10. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission, aux gouvernements et aux parlements des États membres, à la Commission des droits de l’homme des Nations unies, ainsi qu’au gouvernement tunisien, à l’Union internationale des télécommunications ainsi qu’au Comité d’organisation de haut niveau et au Secrétariat exécutif du SMSI.
(1)- JO L 97 du 30.3.1998, p. 2 (2)- Textes adoptés de cette date, P6_TA(2005)0368 (3)-Textes adoptés de cette date, P6_TA(2005)0260 — Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie CRLDHT 21ter rue Voltaire 75011 PARIS – FRANCE Tel/Fax : +33(0)1.43.72.97.34. contact@crldht.org www.crldht.org

En Tunisie, de tracts pas comme les autres

Qui pourra arrêter des tels Tracts, de tracts pas comme les autres : le slogan « yezzi fock » sur des billets de 10 et de 20 dinars tunisiens.
Je ne sais pas s’il s’agit d’un pur hasard ou d’une action planifiée par « yezzi fock Ben Ali ».
Ce qui est sur c’est qu’elles sont en train de circuler en Tunisie.
Avant j’ai cru que c’était une rumeur, mais quand j’ai eu un des ces billet entre mes mains et que un des mes collègues de travail m’a montré un autre, cette fois avec « yezzi Fock »en arabe. J’ai décidé d’informer les sites tunisiens qui j’espère vont relater cette information.
Le moins qu’on puisse dire de cette action c’est qu’elle est géniale et que personne ne pourra arrêter ou interdire voire même refuser de tels tracts.
Des tracts qui ne font plus peur et qui circulent comme l’argent, sur l’argent. Bousaidelbeji Citoyen Tunisien Tunis le 26 décembre 2005.

Le crime de vol à main armée en hausse continue en Tunisie (journal)

 
MAP, le 26 décembre 2005 Le crime de vol à main armée, communément connu sous le terme braquage, est en hausse continue depuis deux ans et pratiquement 2000 affaires ont été enregistrées l’année écoulée en Tunisie, indique lundi le quotidien tunisien « Le Temps ». (*)
Dans un dossier intitulé « Les sentiers obscurs du braquage », le journal ajoute que cette méthode de gain facile séduit davantage les jeunes délinquants âgés de 14 à 25 ans et que la présence des agents de la police dans les avenues principales de la capitale ainsi que dans ses artères, ne fait pas peur aux braqueurs.
Ces derniers ne lésinent pas sur les moyens pour effrayer leurs proies. Ils ont recours aux armes blanches ainsi qu’aux bombes à gaz, strictement interdites. Finalité, réaliser un gain facile qui ne demande pas beaucoup d’effort physique, relève la publication.
Bien qu’ils soient encore une minorité, les braqueurs sont actifs et en prolifération continue. Ils sèment la peur et l’insécurité dans la société, d’où l’importance de prendre au sérieux ce problème, estime « Le Temps ».
Pour le journal, le niveau de vie de la société tunisienne a enregistré une nette amélioration. Le Tunisien est de plus en plus aisé, il dispose davantage d’accessoires, tels que le téléphone mobile et les signes extérieurs de richesse provoquent également les agresseurs.
Sûrs des résultats, ces derniers ciblent même les jeunes lycéens et les écoliers. Autres victimes, les chauffeurs de taxis et les automobilistes circulant sur les autoroutes. Plusieurs cas de braquage ont été enregistrés pendant la saison d’été sur les routes nationales, ajoute le quotidien.
Citant les spécialistes qui considèrent que ce problème est le résultat des différences de niveau de vie et du chômage, le journal relève que le passage du vol à l’arraché au vol à main armée se justifie par la vengeance et le défi. Ces criminels sont dans la plupart des cas des récidivistes. Ils ont découvert le monde du crime dès leur jeune âge et ont entamé cette carrière par le vol à l’arraché.
Certains spécialistes estiment qu’il faut déployer des efforts supplémentaires pour faire face à ce problème et les agents de police sont censés être au diapason de ce changement social et doivent adapter leurs moyens de travail aux mutations enregistrées dans le monde de la criminalité.
(Source : MAP (agence de presse marocaine officielle), le 26 décembre 2005) (*) L’ARTICLE PUBLIE PAR LE JOURNAL « LE TEMPS » CE LUNDI 26.12.05

Bonne année, malgré tout…

BALHA BOUJADI

Bonne année, malgré tout, à cette Tunisie meurtrie et affaiblie sous les bottes de la dictature et l’abus des pouvoirs policiers et judiciaires, ce pays tellement beau, tellement digne, se trouve plongé dans la peur et l’incertitude.

Bonne année, malgré tout, Monsieur le Président, nous te souhaitons bonne santé pour que tu puisses avoir une retraite tranquille en Argentine ou aux Bahamas ou même à Hammam Sousse, après tout, tu as fait des bonnes choses et des mauvaises, mais tu dois penser à terminer ton règne avec une sortie digne et de la grande porte.

Bonne année, malgré tout, messieurs les ministres, vous avez fait un excellent boulot, vous avez obéi à votre maître pendant des années sans prononcer le mot « non », c’est une réelle performance, allez, reposez-vous avant de devenir dingues, et vivez dans vos palaces construits par le sueur de vos fronts, vous en avez versé des tonnes par honte et avilissement.

Bonne année, malgré tout, messieurs les policiers, après le SMSI, vous êtes extenués, on vous a exploité 24 sur 24, non seulement pour assurer la sécurité des petits rois d’Afrique qui sont venus vous embêter par leur sommet, mais aussi pour matraquer les journalistes étrangers trop curieux et les grévistes de 18 octobre qui vous ont emmerdé par leurs déclarations et leurs chahuts.

Bonne année, malgré tout, messieurs les gendarmes, Quelle année cette 2005 ! Les gens sont devenus trop grincheux, personne ne veut plus vous emmener en auto-stop, heureusement qu’il y’avait les isuzu des paysans et les 404 bâché des commerçants, au moins, ceux-là, ils vous respectent encore. Ne vous en faites pas, prochainement vous allez avoir votre lot des calendriers et vous allez vous remplir les poches.

Bonne année, malgré tout, messieurs les journalistes, c’est dure la vie des lécheurs des bottes, il y’en a de toutes les couleurs et de plus en plus sales, vous ne savez plus quoi faire ni quoi écrire. Bien que le plus difficile est de vous regarder dans le miroir chaque matin et dans les yeux de vos enfants qui croient voir en leurs pères des héros de la plume et des chantres de la liberté, alors qu’en réalité, ils ne sont que des copieurs maladroits des télex de la TAP et les pires des traîtres de ce pays.

Bonne année, malgré tout, messieurs les juges, quel mauvais pétrin pour les honnêtes parmi vous et quelle aubaine pour les corrompus, entre la justice et l’injustice il n’y a pas grand-chose, ce petit préfixe « in » il ne va pas changer le monde, autant il faut fermer les yeux sinon vous devenez des marginaux comme ce pauvre Mokhtar Yahiaoui qui passe la journée à griffonner sur son blog… Vous n’avez pas étudiez tant d’années les lois des romains et celles de Napoléon pour sombrer ensuite dans les affaires mondaines de petit peuple réclamant la démocratie et les libertés, ce n’est pas votre style, profitez-en, avant la fin l’ère de changement.

Bonne année, malgré tout, messieurs les syndicalistes, où sont vos meetings ? Où est la mémoire de Farhat Hached ? Et celle de Mohamed Ali et de Ahmed Tlili, et de Habib Achour, et de Taieb Baccouche ?… vous êtes tous devenus des « chourafa » des temps modernes, vous ne pouvez même pas soutenir quelques dizaines de femmes sur exploitées dans une fabrique de Moknine ni signer un appel pour l’Amnistie, c’en est trop pour vous impliquer en politique… Quel gâchis, après une longue période de militantisme noble et auguste, et dire que je donne toujours un dinar de mon salaire pour les caisses de ces vaut à rien qui ne font qu’applaudir les discours du 7 N.

Bonne année, Tunisnews, tu es la plus belle chose que les tunisiens ont connue ces dernières années, et grâce à toi, cette flamme de l’espoir reste allumée malgré tous les semeur de la médiocrité et les faussaires de la réalité.

Bonne année, malgré tout, à tous ceux que je n’ai pas encore cité, mais qui vont avoir leur compte prochainement.

BALHA BOUJADI, 16/11/2005

balhaboujadi@yahoo.es


Comment sortir du cercle de la peur ?

Mahmoud Albaroudi

Doctorant à l’EHESS Paris

Un objet singulier peu fréquenté depuis Montesquieu, qui faisait reposer le despotisme sur la crainte : la politique de la peur. En Tunisie depuis une quinzaine d’années on a fait régner une terreur d’Etat visant à dissoudre ou à isoler les institutions civiles capables de protéger les citoyens contre le pouvoir de l’Etat.Par une étrange inversion, l’Etat qui tend à assurer le maintien de l’ordre, la sécurité des personnes, devient le principe d’une sorte d’insécurité radicale.

Ces dictatures qui promettent d’en finir avec la peur engendrent en fait de nouvelles peurs parce qu’elle brise profondément les routines et les habitudes sociales, rendant la vie quotidienne imprévisible. : l’obsession de la survie empêche les gens de survivre. Le terrorisme et la terreur d’Etat installent l’incertitude au cœur du système social ;surtout l’Etat devient comme le dit Nobert Elias, une mafia organisant le racket et le meurtre.

Les actes d’intimidations publiques instituent l’insécurité la plus extraordinaire au cœur de l’existence la plus ordinaire. Mais l’effet le plus terrible du terrorisme et la terreur du régime tunisien est l’atomisation des groupes la destruction de solidarité entre les individus isolés et effrayés.

Et aussi le repli vers les solidarités primaires et cette sorte de « fatalisme amoral » comme dit Juan Coradi, que vient renforcer la tendance à se désolidariser de ceux qui résistent et dont on craint qu’ils n’attirent la répression. L’inaction cherche sa justification dans un transfert mutuel de responsabilités qui apparaît comme un échange social d’excuses.

L’un dit qu’il est entrain de finir ces études, l’autre qui ne veut pas créer des problèmes à sa famille, ou qu’il a peur que son passeport ne soit pas renouvelé ; Les jeunes disent qu’ils sont trop jeunes et les vieux trop vieux. Pire il n’est pas rare d’observer une véritable haine à l’égard de ceux qui donnent l’exemple de courage. la peur que chacun a de tous les autres isole progressivement les individus et les groupes les plus actifs dans la résistance aux pouvoirs.

Le désespoir conduit à une sorte d’autisme social. La logique de l’inaction collective qui trouve les conditions de son plein accomplissement dans les occasions extraordinaires créées par la politique de terreur, c’est que la rencontre chaque jour dans toutes les institutions totales, prisons, hôpitaux ou internats et aussi dans les routines de l’existence bureautique ou de la vie intellectuelle, ou la crainte diffuse de sanctions incertaines suffit bien souvent à déclencher les innombrables lâchages qui rendent possible les grands et les petits abus de pouvoir.

Est –il possible de briser le cercle de la peur ? L’analyse comparative des différentes situations historiques montre que la condition majeure d’une telle issue est l’existence d’organisations capables de briser le monopole des communications contrôlées par l’Etat, de fournir une assistance matérielle et juridique, de soutenir les efforts de résistance et d’imposer peu à peu la conviction que l’horizon n’est pas fermé à jamais.

Cela, en permettent à la grande majorité des gens de se convaincre que l’exceptionnellement héroïque n’est pas la seule possibilité d’agir et de prendre de l’assurance en découvrant que beaucoup d’autres pensent et agissent comme eux et aussi que des personnes importantes dans le pays soutiennent leur action et renforcent les barrières protectrices.

Autrement dit les stratégies les plus efficaces sont celles qui conduisent la majorité terrorisée à découvrir et à montrer sa force collective à travers des actions relativement ordinaire et peu risqué mais qui, accomplies au même moment par très grand nombre de personnes concertées produisent un immense effet symbolique d’abord sur ceux qui les accomplissent, et aussi sur ceux contre qui dirigées.

(Source : nawaat.org, le 26 décembre 2005 à 01h04)


Dossier:

Fléau social, Le braquage

Les sentiers obscurs du braquage

Le crime de vol à main armée communément connu sous le terme braquage ou est en hausse continue depuis deux ans. Pratiquement 2000 affaires ont été enregistrées l’année écoulée. Cette méthode de gain facile séduit davantage les jeunes délinquants âgés de 14 à 25. Charmés par les signes d’aisance, les braqueurs ne lésinent pas sur les moyens pour faire peur à leurs victimes.

Ils ciblent même les jeunes lycéens et les écoliers. Mais, attention, il ne faut pas résister aux agresseurs pour échapper aux coups, à la mort peut-être.

Victime du chômage, cette frange de la société est le résultat de la modernisation. Ils commencent à semer la peur et l’insécurité auprès des citoyens qui sont de plus en plus prudents. Plusieurs d’entre eux ne prennent pas le risque de flâner avec de grosses sommes d’argent ou d’exposer leurs signes de richesse. Ils sont en train d’échapper aux agents de la police bien qu’ils soient présents. Certains estiment qu’ils doivent adapter leurs moyens au changement enregistré dans le paysage de la criminalité.

 » Un braquage a eu lieu sur la ligne 51, à destination d’Ennasr, au niveau de la place Pasteur vers 14 heures. Des énergumènes ont envahi le bus et ont délesté les passagers de leurs bijoux, de leurs argents et de leurs portables sous la menace de l’arme blanche. Il semble qu’une femme enceinte a été agressée « .  » Le marché municipal de la cité Ezzouhour est souvent le théâtre de quelques faits divers spectaculaires. Hier, en fin de matinée, heure de grande affluence, une jeune femme physiothérapeute de son état, s’est fait agresser par un énergumène. Elle s’est bien défendue puisque le voleur n’est pas arrivé à ses fins, mais elle a contracté tout de même quelques contusions et plaies ouvertes au niveau du visage… »

Scènes de braquage

Nous lisons, de plus en plus, des informations décrivant des scènes de braquage en plein jour. Comme nous assistons à des actes de vol à main armée ou à l’arraché dans la rue et dans les moyens de transport en commun. La présence des agents de la police dans les avenues principales de la capitale ainsi que dans ses artères ne fait pas peur aux braqueurs. Ces derniers ne lésinent pas sur les moyens pour effrayer leurs proies. Ils ont recours aux armes blanches ainsi qu’aux bombes à gaz, strictement interdites. Finalité ; réaliser un gain facile qui ne demande pas beaucoup d’effort physique.

En effet, cette méthode séduit davantage les jeunes délinquants âgés de 14 à 25 ans. En témoigne les affaires de braquage enregistrées l’année écoulée. 1000 à 2000 cas ont été, en fait, relevés.

Bien qu’ils soient encore une minorité, les braqueurs sont actifs et en prolifération continue. Ils sèment la peur et l’insécurité dans la société, d’où l’importance de prendre au sérieux ce problème.

Le criminologue canadien Maurice Cusson le croit dans son dernier livre  » La délinquance: une vie choisie « . « Partout où la distribution de la délinquance est convenablement calculée, les chercheurs repèrent un petit nombre de délinquants très actifs posant à leur entourage des problèmes qu’il serait inconséquent de sous-estimer « . Il précise dans son introduction que  » le grand nombre d’infractions commises par ces individus empoisonnent la vie des gens et servent de vecteur au sentiment d’insécurité. En multipliant vols, méfaits et incivilité, ils propagent la méfiance et affaiblissent le lien social. Ils forcent leur victimes les plus vulnérables à s’isoler et à se replier sur elles mêmes ».

Mutation de la crime

D’après les observateurs, une nette mutation a été enregistrée dans la forme du crime du vol. Auparavant les délinquants volent à l’arraché, et ce, par peur d’être arrêtés par la police. Ils choisissent, actuellement de menacer leurs victimes car les gains sont garantis d’après les spécialistes.

En effet, le niveau de vie de la société tunisienne a enregistré une nette amélioration. Le Tunisien est de plus en plus aisé, il dispose davantage d’accessoires, tels que le téléphone mobile. Les signes extérieurs de richesse provoquent également les agresseurs.

Sûrs des résultats, ces derniers ciblent même les jeunes lycéens et les écoliers. Mais, attention ! Il faut éviter toute forme de résistance car ils sont armés. Autres victimes, les chauffeurs de taxis et les automobilistes circulant sur les autoroutes. Plusieurs cas de braquage ont été enregistrés pendant la saison d’été sur les routes nationales.

Différences du niveau de vie

Les spécialistes considèrent que ce problème est le résultat des différences de niveau de vie et du chômage. Le passage du vol à l’arraché au vol à main armée se justifie par la vengeance et le défi. C’est en fait un choix libre d’après eux. Ces criminels ont consciemment décidé de se consacrer à cette vie. D’ailleurs ils sont dans la plupart des cas des récidivistes. Ils ont découvert le monde du crime dès leur jeune âge et ont entamé cette carrière par le vol à l’arraché.

Les jeunes commettant des crimes de plus en plus graves forment « l’armée de réserve de la grande criminalité », d’après Cusson. Et d’expliquer ;  » la société contemporaine apparaît comme un immense réservoir de biens tentants qui ne demandent qu’à être cueillis « .

Système judiciaire

Mais, il faut établir un système judiciaire plus sévère pour décourager les braqueurs. Très souvent rassurés par les mesures prises en faveur des citoyens tels que la diminution de la période de la garde à vue, les agresseurs sont plus motivés à commettre des vols à main armée. Plusieurs spécialistes jugent qu’il faut faire contrepoids aux séductions du braquage, et ce, en verrouillant toutes les portes.

Certains estiment qu’il faut déployer des efforts supplémentaires pour faire face à ce problème. Les agents de police sont censés être au diapason de ce changement social. Ils doivent adapter leurs moyens de travail aux mutations enregistrées dans le monde de la criminalité.


Interview:

Maître Jalila Sebaï

 » La répression judiciaire n’est pas une solution radicale « 

Dans cet entretien, Maître Jalila Sebaï recommande de multiplier les moyens de prévention contre ce crime. Les spécialistes doivent accorder plus d’attention à ce problème. Elle appelle également à ajuster les moyens donnés au corps de la police pour qu’ils soient au diapason du changement de la forme du crime

Le Temps

Comment se justifie l’évolution des affaires liées au braquage ?

Jalila Sebaï : Plusieurs facteurs contribuent à l’évolution des affaires de braquage. Ils sont d’ordre familial et social. La plupart des braqueurs appartiennent à des familles pauvres et démunies. Certains sont des enfants de divorce ou issus des familles où les problèmes font leur quotidien. Ils sont également, des enfants déréglés psychologiquement et privés de moyens.

Le milieu social contribue certes à l’évolution de ce genre de crime. Cette frange se trouve impliquée dans ce monde par imitation. Les médias ont leur part de responsabilité. Ils donnent une idée sur ce qui se passe à l’extérieur. Les braquages commis à l’étranger sont en fait relatés sur les antennes et sur Internet.

La propagation du vol à main armée est due, également, à la négligence de la société. Ces braqueurs veulent se faire valoir et se faire connaître. Le chômage fait partie intégrante de la prolifération du problème.

D’ailleurs, la forme du vol s’est développée. Pendant les années 70 et on n’a pas enregistré des attaques contre les banques et les trésoreries. C’est à partir des années 80 avec l’augmentation du taux de chômage que ce problème a s’est accru.

Les gains sont de plus en plus faciles ce qui motive les braqueurs. Peut on affirmer ainsi que ce crime est un acte de libre choix ?

Les jeunes optent pour ce chemin par obligation ou par imitation. Ils choisissent d’être voleurs à main armée dans une phase avancée, car ils sont blasés. Ils sont, en fait, révoltés.

Les braqueurs commettant des crimes graves sont-ils les germes de la grande criminalité ?

Ceux qui sont poussés vers ce monde par besoin peuvent être les acteurs de la grande criminalité.

Très souvent les braqueurs n’ont pas peur d’être arrêtés et punis. Comment se justifie cette attitude ?

Les braqueurs ont peur au fond d’eux mêmes, mais ils refoulent ce sentiment au moment où ils commettent le crime. Ils sont attirés par le résultat.

Quelles sont les mesures à prendre pour limiter ce phénomène ?

Il est recommandé de multiplier les moyens préventifs. Les spécialistes doivent se pencher davantage sur ce ce problème en étudiant le comportement des récidivistes. La répression judiciaire n’est pas une solution radicale au braquage.

Il faudrait également ajuster les moyens donnés au corps de la police afin de l’adapter à la nouvelle forme et situation de la criminalité dans un souci de prévention que de solution. Car, il vaut mieux prévenir que guérir.


Le sociologue Mahmoud Dhaouadi

 » La société tunisienne souffre d’anomie socio-culturelle « 

Les comportements violents et agressifs ne manquent pas dans la société tunisienne. Une étude a démontré que la violence physique et verbale sont les principaux caractéristiques du tunisien. A cela s’ajoute une anomie socio-culturelle, d’où l’émergence de nouvelles formes de crimes telles que le braquage. C’est ce que nous révèle le sociologue Mahmoud Dhaouadi. Interview

Le Temps

Selon les statistiques, les affaires liées au braquage sont en augmentation continue. Comment se justifie ce problème ?

Mahmoud Dhaouadi : La personnalité tunisienne se caractérise par la violence physique et verbale. L’étude que j’ai réalisée en juillet 1989 intitulée  » Une exploration socio-psychologique dans la personnalité tunisienne al-mustanfira  » a démontré que lors de son interaction avec  » l’Autre  » concitoyen, le tunisien type est souvent porté à être soupçonneux, méfiant voire agressif.

Dans la société tunisienne, les comportements violents ou agressifs ne manquent pas. Le tunisien type se laisse facilement aller à la violence verbale ou même physique dans ses interactions avec l’autre tunisien.

Mais, il faut soulever d’autres facteurs pour mieux comprendre la tendance des délinquants pour le braquage.

En effet, d’autres conditions sociales jouent un rôle important dans la propagation de ce genre de crime. Les gains sont de plus en plus faciles et la vente des armes blanches qu’utilisent les délinquants n’est pas contrôlée. En d’autres termes, les biens à voler sont disponibles et plus nombreux, notamment le téléphone mobile.

Très souvent, les braqueurs ont recours aux armes blanches pour menacer leurs victimes. Il est question dans ce cas du vol à main armé. La vente des armes blanches n’est pas contrôlée, c’est pour cette raison que les délinquants se servent de cet outil dans la plus part du temps.

L’un des autres facteurs qui justifient la propagation de ce problème est que nous vivons une période où la violence fait écho dans les quatre coins du monde. Nous entendons parler quotidiennement des actes de violence et des guerres.

Les législations ont pour rôle d’organiser la société, de protéger les citoyens contre les délinquants et de les sanctionner. Est ce qu’on peut affirmer que la loi est tolérante vis-à-vis de cette frange de la société, ce qui l’encourage à commettre ce genre de crime ?

Si la loi est tolérante vis-à-vis des délinquants, ils sont, par conséquent, encouragés à commettre les crimes. Toutefois, les jeunes n’ont pas des repères fixes qui doivent être appris au sein de la famille et de la société. Certes, ces criminels n’ont pas appris à respecter la loi et la propriété d’autrui.

Quelles sont les solutions à prendre pour éradiquer ce problème ?

Il faut cerner les causes sociales de ces crimes car nous seront dans une meilleure position pour gérer ce problème.

Quelle est la responsabilité de la société à cet égard ?

Lorsque le rythme de modernisation d’une société est rapide l’ordre social est porté à recevoir des coups. Il est incapable de contrôler les citoyens car les repères se perdent très vite. Les lois de la société s’affaiblissent et n’attirent pas ces gens. Le sociologue E. Durkheim parle dans ce cas d’anomie. Les valeurs et les normes socioculturelles deviennent faibles pour guider les gens. Tel est le cas de la société tunisienne qui souffre d’anomie socio-culturelle. Elle n’a pas de repères fixes et exacts d’où la propagation de ce problème.Sana FARHAT

(Source : « Le Temps » du 26 décembre 2005)


L’islam de marché ou la politisation néo-libérale de l’islam

Auteur d’un livre remarquable « L’islam de marché » paru aux éditions du Seuil, le chercheur suisse Patrick Haenni décrit dans cet entretien un monde musulman marqué par de nouvelles formes de religiosité, dont les idéologues sont fascinés par les méthodes managériales américaines.

Quels sont les signes qui témoignent d’une régression de l’islamisme dans un monde musulman marqué par l’émergence de nouvelles formes de religiosité ? Une réalité d’ailleurs complètement inconnue de l’OccidentJe ne pense pas qu’il y ait régression de l’islamisme au sens qu’ils recrutent moins. Au contraire, tous les chiffres électoraux dans les Etats qui leur concèdent un peu d’espace montrent au contraire que « la revanche de Dieu » se porte bien et les législatives égyptiennes le montrent bien. Ce qui se joue, c’est plutôt une relative fatigue idéologique du côté d’une partie des jeunes militants qui se sentent à l’étroit dans des structures souvent très rigides, dans lesquelles ils peinent à se faire une place. Cela va de paire avec un regard beaucoup plus critique de leur part sur le discours islamique classique (la restauration du califat, l’établissement de l’Etat islamique, la confrontation identitaire avec l’Occident) véhiculé par ce qu’on appelle en Egypte la vieille garde (al-haras al-qadim), encore marquée par l’expérience carcérale au temps de la répression nassérienne et portant en elle une culture de la clandestinité complètement contraire à la nouvelle génération qui a connu les expériences parlementaires, l’activisme sur les campus ou dans les syndicats professionnels. Les tensions internes sont d’ailleurs nombreuses même si l’on ne saurait parler de fracture : critiques de la démission politique des leaders silencieux jusqu’à ce printemps sur la question palestinienne, critiques des rapports disciplinaires organisant la hiérarchie au sein des Frères, critique du caractère rhétorique du discours politique inapte à se positionner avec intelligence sur les enjeux contemporains. Et surtout, dirais-je, volonté de dégraisser l’appareil pyramidal, lourd, bureaucratique des Frères pour en faire une structure plus souple et moins « stalinienne » dans son fonctionnement. Dans l’univers de l’islamisme classique, on est comme partout confronté à la fin des grandes structures d’encadrement total de la personne type PC des années 1950 et l’heure est à l’activisme « maigre » à l’image de la dynamique associative s’organisant autour de l’émission Sunaa al-Hayat du jeune prédicateur Egyptien Amr Khaled.

Dans cette nouvelle configuration religieuse, quel est le rôle joué par ce nouvel acteur social qu’est « l’islamiste contrarié » ?

Je parle d’islamiste contrarié parce que, à par quelques cas très médiatisés de rupture comme dans le cas du parti al-Wasat en 1996, les renégats sont rares. Ce qui se passe, c’est plutôt un processus d’endormissement de la militance comme le montre bien Mohamed Mosaad dans un remarquable DEA consacré aux Frères, et d’un fonctionnement dépolitisé du réseau militant sur un mode souvent très corporatiste : comme structure de recrutement, d’embauche, de mobilisation de ressources humaines et financières. Sur le plan idéologique, cela donne alors deux choses. Premier cas de figure, une désidéologisation des imaginaires où la réussite sociale, et l’accumulation économique deviennent les nouveaux idéaux un peu sur le mode de ce qu’a connu la militance de gauche des années 1960 avec l’avènement du yupie. Deuxième cas de figure, une quête idéologique éclatée qui va tenter de coupler la référence islamique à différents produits du marché idéologique occidental : la société civile, la démocratie, l’écologie, le féminisme, les technologies appropriées, le women empowerment, les médias alternatifs, les différentes formes de cyberactivisme, la diplomatie populaire, les mouvements anti-globalisation, la bioéthique. En adoptant une telle posture de délocalisation idéologique, l’islamisme contrarié passe du statu d’intellectuel, au sens de dépositaire d’un savoir global, d’une réponse globale (qu’incarnait le slogan phare des frères « l’islam c’est la solution »), à celui d’intermédiaire culturel : Islamonline présente autant des modèles culturels occidentaux au monde arabe qu’il n’offre l’islam à l’Occident. De manière symptomatique, l’un de ces « islamistes contrariés », en train de préparer une petite biographie retraçant son cheminement intellectuel, a provisoirement appelé son papier « à la découverte d’un monde sans frontières ». Sauf que cela pose le problème du statu de l’islam dans ces nouveaux espaces de militance et de sens : qu’apporte l’islam à la réflexion sur l’écologie, à l’altermondialisme, à la démocratie populaire. Le débat est d’ailleurs ouvert sur la nature de « l’islamité de leur engagement ». De manière intéressante, je pense que ces montages sont des vecteurs de sécularisation : le management islamique a vécu, la démocratie musulmane se passe toujours plus d’épithète, les hymnes révolutionnaires deviennent de la chanson hallal. C’est aussi une certaine forme d’accès à l’universel.

Cette politisation néo-libérale de l’islam que vous appelez « l’islam de marché », n’a pas pour objectif d’instaurer un Etat Islamique ou la charia, mais véhicule plutôt un projet individualiste fondé sur la réussite sociale, l’ambition et la richesse ?

Je pense que « l’islam de marché » est une configuration complexe. Précisons d’abord que ce que je désigne ainsi n’est pas un courant : personne ne se réclame bien sûr de l’islam de marché. C’est une construction intellectuelle, la mienne, qui singularise dans l’univers de l’affirmation musulmane contemporaine un réseau d’acteurs, de pratiques, d’imaginaires et d’affects religieux qui se retrouvent sur trois points : une dimension de classe où le nouvel imaginaire religieux formalise une culture bourgeoise et cosmopolite, l’apolitisme où la question de l’Etat est marginalisée, la rupture avec l’obsession identitaire. Alors qu’a-t-on à la place : un imaginaire religieux qui, en vertu de la position sociale de ses membres vante l’esprit d’entreprise, le succès économique et la réussite sociale, une prédication souvent « désalafisée », soft, n’insistant pas de manière obnubilée sur la question de la norme et révise en quelque sorte à la baisse le plancher minimum de la religiosité, réinvente une vision très chrétienne où Dieu est amour, où le témoignage de foi occupe une place centrale ainsi que le thèmes de la repentance et du pardon (qui, en Egypte, sont au cœur d’un véritable mouvement social : les artistes repentantes). Dans le même temps, l’angle mort de ce grand édifice théologico-économique, c’est le thème de la justice sociale qui est passé à la trappe dans ce processus de mobilité sociale ascendante du processus de réislamisation. Plus, on a une vision extrêmement américaine de la charité : il s’agit de compenser le retrait de l’Etat par de nouveaux alliages entre les autorités politiques et religieuses pour gérer de manière privatisée la redistribution. Et le nouvel encensement du waqf, et de tous les répertoires de la charité musulmane comme la sadaqa, la zaka, le birr, etc. doit être compris non comme un mouvement de retraditionnalisation, mais comme une forme de gestion musulmane et « post-islamiste » (l’Etat est largement marginalisé par les imaginaires de l’islam de marché) de la nouvelle donne néo-libérale qui va se redéployer en force dans le monde musulman post-11 septembre qui consacrera sans doute moins l’avènement de la démocratie que la liquidation définitive de l’Etat post-colonial, de ses appareils bureaucratiques et son orientation socialisante à liquider à tout prix. Là aussi, le socialisme islamique auquel on a un moment cru en Egypte et ailleurs est un idéal définitivement enterré. Ainsi, le côté individualiste de la prédication de l’islam de marché ne doit pas faire illusion : il ne s’agit pas de dépolitisation, mais de repolitisation du religieux sur une ligne non islamiste proche de l’idéal de conservatisme compatissant prôné par les idéologiques de la droite conservatrice américaine.

Cet « islam de marché » a ses idéologues fascinés notamment depuis les années 1980 par les méthodes managériales américaines

Effectivement. J’ai été très étonné de voir l’immense popularité parmi les islamistes contrarié des écrits américains de management et d’édification personnelle : Stephen Covey, Dale Carnegie sont des personnages références, non seulement pour des prédicateurs comme Amr Khaled ou Tariq al-Suwaydan qui les connaissent bien, mais aussi en bas de l’échelle sociale : un prédicateur d’une petite ville dans le Delta égyptien reconnaissait avoir été fasciné par cette littérature, il était un lecteur assidu des écrits de Dale Carnegie. Regardez Sunaa al-Hayat, qui bien plus qu’une émission de télévision est d’ores et déjà un véritable mouvement social en train de restructurer la religiosité sur une ligne post-islamiste dans l’ensemble du monde arabe, ayant sans exagérer des millions d’adeptes et de multiples relais locaux sous forme de comités qui déjà par dizaines se fondent en associations. C’est la mise en application concrète de la littérature d’édification personnelle américaine. L’objectif n’est plus d’établir l’Etat islamique dans le monde musulman, mais de restaurer la compétitivité de ce dernier dans le concert des nations en s’appuyant sur une religiosité « proactive » comme diraient les anglosaxons et basée sur le concept de positivité (ijâbiyya) centrale dans le discours de Amr Khaled. L’islam revient dans le politique non par la porte de la problématique de l’Etat islamique, mais en participant au redéploiement du religieux à l’échelon planétaire et à l’émergence de sociétés civiles vertueuses interagissant avec l’Etat non en termes de contestation, mais par le biais du principe de la « décharge », au sens du sociologue de Weber, où certaines de prérogatives de l’Etat sont déléguées à des opérateurs religieux privés se situant dans l’esprit de la faith-based initiative des Républicains. Amr Khaled a bien compris cela lorsqu’il me confiait que « le monde se dirige, l’Amérique se dirige, vers une nouvelle vision où la religion réoccupera sa place en comparaison de celle qu’elle occupait le siècle précédent. Après les impérialismes, les nationalismes et les communismes, on est dans un basculement, dans une période de cristallisation de nouvelles idéologies »… et de bannissement de tous les « ismes ». Islamisme compris.

Certains courants salafistes sont également porteurs de cet islam de marché ?

Oui, je ne suis pas un spécialiste du salafisme, mais je pense qu’il peut se prêter relativement bien à cette recomposition : on constate d’abord que les grands thèmes de la littérature d’édification personnelle se diffusent aussi dans les médias salafistes comme dans le journal salafiste al Bayan où l’on traite par exemple de sujets comme « la construction de l’esprit », « la découverte des énergies », « comment améliorer son _expression »… Mais surtout, alors que le salafisme est trop souvent présenté comme une idéologie va-t-en guerre, ce qu’il est à la marge, il me semble plutôt qu’il fonctionne comme une idéologie de la démission et du désengagement politique, et surtout, comme un kit de normes éthiquement neutre, ce qui explique qu’il marche si bien dans les banlieues : le salafisme ne s’oppose pas au culte des marques, au consumérisme, à l’Américanisation, la micro-économie salafiste fonctionne dans la globalisation et le marché. Le salaf vend des sandwich grecs et des pizzas, parfois des kebabs, quand il fait des vêtements, il fait plutôt du streetwear vaguement islamisé (le graphisme des logos, le choix des noms des marques) que dans le hijâb, comme beaucoup d’autres opérateurs économiques dans ce domaine. Et comme eux, il vise une clientèle large du coup il ne joue pas trop sur la symbolique musulmane. Surtout, ce qui est intéressant, c’est le thème de la hijra, le grand idéal du salaf. Qui part ? Les riches bien sûr, ou plutôt les entrepreneurs de classes moyennes. Pour où ? En grande majorité, pour les Emirats, Dubai, la Malaisie, rarement sur les pays d’origine. Bref, on quête les pôles de croissante et de compétitivité du monde musulman, « là où le rêve arabe rejoint le rêve américain » comme le disait l’un d’eux. Idéologie formalisant la discrimination et l’exclusion sociale, le salafisme peu aussi stimuler l’esprit d’entreprise car s’excluant d’une intégration économique par le salariat (par le vêtement, les revendications d’aménagement des horaires, etc.), il est contraint à développer des activités indépendantes pouvant à terme se concrétiser par une hégire bourgeoise qui l’inscrit pleinement dans la globalisation et le marché et qui est autant une posture religieuse qu’une stratégie de promotion sociale et économique.

En quoi le nouveau genre « naschid » (chant religieux), symptomatique de cet islam de marché, participe également à la dépolitisation de l’islam ?

Le nashîd, c’est un peu l’indice du sort de l’islamisation en Egypte et peut-être bien au-delà : politisé, jihâdiste dans ses thèmes, militant, dans les années 1970 et très marqué par la norme salafiste (des chœurs d’homme et le duff pour seul instrument de musique), il se « refroidit » politiquement, s’apaise à mesure qu’il entre en interaction avec un environnement non militant. En effet, le nashîd à la base, était destiné à animer les moments de militance : manifestations, week-ends, célébrations diverses, etc. Il fonctionnait encapsulé dans le réseau. Puis, progressivement, il commence à se répandre et à devenir public. D’abord, en étant sollicité pour animer les mariages islamiques qui s’imposent dans la bourgeoisie égyptienne pieuse dès la fin des années 1980. Mais on ne peut chanter le jihâd à des jeunes mariés. Du coup il fallait s’ouvrir un minimum à la romance. Autre problème : le renouvellement musical du genre. Progressivement, on est contraint de casser la norme salafiste en diversifiant les rythmes et en développant l’instrumentation. Des guerres idéologiques dures ont alors eu lieu entre les Frères se revendiquant de la norme salafiste et ceux qui la contestent. Mais comme souvent, l’innovation religieuse se passe de grands discours et s’impose de manière anthropologique et non théologique. Le nashîd est maintenant toujours plus populaire, toujours moins politique, tempère le côté religieux et, explorant les possibilités du genre, fait toujours plus dans la fusion et les syncrétismes culturels comme Sami Youssif en Angleterre, al-Nada en Belgique ou al-Jîl en Egypte. Une certaine forme de rupture se fait avec le salafisme non pas par l’avènement d’un islam des lumières, par une sorte de retour du refoulé par le salafiste : la culture, la pop arabe en Egypte, le hip hop aux Etats-Unis, le rap en France. Regarder le Bourget cette année, le festival du chant islamique de Bruxelles, la première tournée de Rythm’N’Nashid de décembre 2004, là aussi le nashid est devenu moins un levier de mobilisation identitaire qu’un vecteur d’acculturation.

Dans cette nouvelle religiosité, le port du voile revêt une toute autre signification ?

Oui, je caresse un petit projet : faire la petite histoire de l’ensemble des motifs qui ont balisé l’histoire de la « réislamisation » ou de la sahwa : foulard, nashîd, tables de charité, styles de prédication etc… pour montrer ce dont cet islam est porteur. On est partout dans une phase d’ouverture à l’Occident. Reste à savoir de quel Occident on parle, et mon hypothèse est que la réislamisation est de se faire sur les lignes de l’American Dream de la révolution conservatrice : consumérisme, instransigeance morale, religiosité publique, Etat minimum. On le voit, l’ouverture à l’Occident ne signifie nullement l’avènement d’une théologie humaniste, non pas que l’islam de marché soit obscurantisme, mais parce qu’il s’organise en dehors d’un projet intellectuel. L’islam de marché est sociologique, pas théologique.

Cette émergence d’un islam de marché dans le monde musulman n’est-il pas en fait le meilleur allié des néo-conservateurs américains ?

Oui, c’est ce que j’appelle l’axe de la vertu. Mais je pense qu’il faut distinguer deux choses : les proximités idéologiques et les alliances stratégiques qui éventuellement en découlent. Lorsque je parle d’axe de la vertu, j’essaie de dire que précisément on a dépassé le stade de la proximité idéologique. Un front commun est déjà ouvert, notamment sur le terrain de la morale, où l’on voit des islamistes comme Abdullah Gül se réclamer de la laïcité américaine contre la laïcité française, où l’on voit des alliances morales se former aux Nations Unies regroupant les pays musulmans les plus conservateurs et les conservateurs américains. On le voit dans les tentatives faites par certains islamistes de créer des lobbies familiaristes en s’alliant avec des think tank conservateurs américains comme Our American Values, United Families International, Reclaiming America. Surtout, l’Amérique est en train de réviser drastiquement son rapport à l’islamisme et se place une optique de religion building, où il s’agit de sponsoriser un islam modéré contre le « radicalisme », or les Frères musulmans font partie de cet islam modéré. Convergences idéologiques, amorces de partenariats stratégiques amènent alors au troisième étage de l’axe de la vertu qui est, lui, philosophique : entrepreneurs islamiques et les Américains de la révolution conservatrice sont portés par un même élan philosophique : redéfinir une nouvelle vision de la modernité définitivement affranchie du socle laïciste et étatiste des lumières françaises, une modernité qui ne soit pas value free (Abdel-Wahab Messiri), sans valeurs, qui réhabilite les valeurs morales de la compassion au cœur du politique. La redistribution des ressources n’est plus affaire d’Etat, mais devoir religieux. Le modèle est-il viable, j’en doute, par contre ce qui est sûr, c’est que l’affinité entre l’ordre libéral et la raison religieuse n’est plus à démontrer !

Propos recueillis par la rédaction

« L’islam de marché », éditions du Seuil, 108 pages

(Source : www.oumma.com (France), le 15 décembre 2005)


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