24 juin 2000

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Communiqué 6

A Genève :

Neuf  jours de grève de la faim !

 

Hier, nous avons été vus par la Dresse Sophie Durieux. 8 kg en moyenne de moins. La tension est en baisse. Nous avons cessé de nous alimenter  depuis le 16 juin 2000.

 

C’est dans le cadre de solidarité avec les prisonniers politiques en Tunisie en grève de la faim depuis le 28 mai 2000 que nous  :

         Mohamed Hadji, 33 ans, licence et gestion des affaires et père de 3 enfants,

         Riadh Tabib, 31 ans, Ingénieur en Chimie,

         Béchir Bouchiba, 47 ans, fonctionnaire, père de 4 enfants et ex-prisonnier (4 ans),

         Bouabdallah Ltaief, 33 ans, ex-prisonnier (10 ans),

         Sadok Kebsi, 30 ans, ex-prisonnier (une année et ½),

         Idriss Ben Harrath, 26 ans, Ingénieur en informatique,

         Mustapha Yahyaoui, 32 ans, Professeur en Mathématique,

         et Habib Mabrouk, 36 ans, Professeur,

menons cette action afin de :

         Soutenir les prisonniers politiques en grève de la faim depuis le 28 mai 2000

         Réclamer la promulgation d’une loi d’amnistie générale et inconditionnelle

         Protester contre les violations graves et systématiques des Droits de l’Homme et des Libertés dans notre pays, la Tunisie.

 

Notre action est une occasion pour briser le mur du silence et parler haut et fort afin de dénoncer la pratique de la torture dans les différents lieux d’incarcération. Plusieurs prisonniers politiques ont trouvé la mort entre les mains de leurs tortionnaires au cours de ces dix dernières années. Une conférence de presse a eu lieu, hier, le 23 juin 2000, soit trois jours avant la journée internationale de soutien aux victimes de la torture,  dans le but d’informer  l’opinion publique et internationale sur notre état de santé et de faire écho de l’impact de la grève de la faim à l’heure actuelle.

Nous tenons à saluer tous les journalistes, personnalités et représentants de partis politiques et ONG qui sont venus nous rendre visite, ainsi que tous ceux et celles qui nous ont écrit ou téléphoné.

Genève, le 20 juin 2000

Comité des parents et amis des détenus politiques en Tunisie

**********************

 El watan (algerie ) 24/06/2000

Les années Ben Ali

Le pouvoir de Ben Ali a profité de l’événement des islamistes pour verrouiller tout le pays,par calcul politique

 

Une si douce dictature,tel est le titre du livre, paru

récemment, de Taoufik Ben Brik, l’enfant terrible qui a

fait trembler ces derniers temps la Tunisie, le régime

tunisien de Ben Ali.

 

TUNIS

D E N O T R E E N VO YE SPECIAL

Avant, l’on parlait de «démocratie de façade» en Tunisie. Les offi-ciels tunisiens, eux, préfèrent le concept de démocratisation pro-gressive. C’est un discours, disent

certains, un discours démagogique. En 1987, après la déclaration de Zine El Abidine Ben Ali du 7

novembre qui parlait de démocratie, les Tunisiens,

épris de liberté, ont eu une lueur d’espoir. Bien entendu, épousant sans conditions ces revendica-tions démocratiques, tout le monde a adhéré, l’op-position y a trouvé soncompte. Si bien que tous  les partis signeront plus tard le pacte national (sorte d’entente ou concorde natio-nale), y compris les islamistes et les O N G . E n 1987, les islamistes étaient en prison. Bourguiba exi-geait la condam!nation à mort des

principaux dirigeants d’Ennahda, dont Ghannouchi.

Le procès était prévu le 8 novembre 1987, un jour après le «coup d’Etat médi-cal», comme le qualifient certains. Le Premier ministre était alors Ben Ali qui mettait en garde Bourguiba contre le cycle de violences qui

s’ensuivrait, s’il le faisait.

Un certificat signé par huit médecins «déposera» Bourgui-ba

incapable de diriger l’Etat tunisien. Première mesure de

Ben Ali : élargissement des islamistes à l’exception des diri-geants, dont Ghannouchi et les membres du bureau exécutif.

Par la suite, en 1988, avant la signature du Pacte national, il élargira Ghannouchi. Le Pacte a été signé le 7 novembre 1988, jour anniversaire d’une année de règne de Ben Ali. Les élec-tions anticipées présidentielle et législatives ont eu lieu en 1989, le Parlement ayant été dissous. A ces élections, tous les partis démocratiques ont parti-cipé, et même Ennahda qui était un parti non reconnu par la loi avait présenté une liste de candidats indépendants. Comme il fallait s’y attendre, le RCD (Rassemblement consti-tutionnel

démocratique) a raflé les 100% des sièges. Bien enten-du,

les islamistes manifesteront pour réclamer le visa ou l’agrément légalisant leur parti. Ils auront juste le visa pour la création d’un hebdomadaire portant le titre El Fedjr (en 1990), qu’ils diffuseront jusqu’à début 1991. Depuis, ils manifestent, et c’est entre eux et le pouvoir une

escalade de violence. Les choses se sont conjuguées avec ce qui se passait en Algérie. Le pouvoir tranchera alors le dos-sierdes islamistes en optant pour la manière musclée. Il y

aura des procès, notamment le tribunal militaire, où les princi-paux cadres et dirigeants d’Ennahda, soit 3 000 à 4000 islamistes, écoperont chacund’une peine allant de 2 ou 3 ans de prison à la perpétuité. Evi-demment, le journal a cessé deparaître. Avec l’opposition démocratique, il y a eu le même

problème, la même crise. En 1990 viendront les municipales

qui seront boycottées par les partis d’opposition démocra-tiques. Le RCD ne s’était pas fait alors prier pour rafler la mise. L’opposition démocra-tique développera deux regrou-pements de pôle contre le pou-voir et qui appelleront à la séparation entre l’Etat et le RCD sur le plan local et celui régional. Les deux regroupe-ments comprenaient la troïka constituée du PCT (Parti com-muniste tunisien), du MDS (Mouvement des démocrates socialistes) et du MUP (Mouve-ment pour l’unité populaire qui disparaîtra quelque temps après, parce que s’étant autodis-sous), et le Conseil supérieur du Pacte natio!nal (2 e regroupe-ment) formé du PUP (Parti de l’unité populaire), du RSP (Parti socialiste progressiste), du PSP (qui deviendra plus tard PSL, Parti social libéral), de l’UDU (Union démocratique unioniste) et, enfin, le RCD. La troïka, qui était signataire du pacte, refu-sait de rejoindre le Conseil supérieur du pacte parce qu’elle considérait qu’il n’y aurait pas de démocratie avec le RCD. Les deux expériences de pôle se sont soldées par un échec en 1994, à l’occasion des elections générales du mois d’avril qui ont donné lieu à une nouvelle distribution l’échiquier politique. !SPAN>A partir d e ce moment, en 1994, la présiden-tielle (2 e mandat pour Ben Ali) et les législatives, auxquelles ont participé tous les partis sauf les islamistes, feront en sorte que quatre partis deviennent parlementaires. Il s’agit du MDS qui aura 10 siège!s, Ettaj-did (après son congrès) 4 sièges, l’UDU 3 et enfin le PUP 2. Res-tent deux partis extra-Parle-ment, le RSP et le PSL. Ce n’étaient pas de véritables élec-tions parce qu’on a réservé 19 sièges seulement à l’opposition sur 163, le reste sera pour le RCD. La loi électorale amendée la première fois à la veille des élections (1994) réservera ce quota de sièges pour l’opposi-tion. Elle le sera à la veille de celles de 1999 pour augmenter le quota de sièges pour l’opposi-tion à 20%, soit 34 sièges su 182. Comme nous le dira le D r Mustapha Ben Jaâfar, SG du Forum, un parti non reconnu : «A la veille des élections de 1994, on a modifié le code élec-toral et on a accordé d’une manière automatique à l’oppo-sition 19 sièges sur 163 répartis sur les partis d’opposition quelque soit le nombre de voix. Ce n’est pas dé!mocratique évidem-ment. C’est le prix du silence et de l’allégeance. Comme ils ont été d’une complaisance exem-plaire, ils ont eu de l’augmenta-tion, récompense du pouvoir, ce nombre sera élevé de 19 à 34.» Cette mise en scène débouchera sur une première crise grave avec le MDS, pourtant classé par le pouvoir premier parti del’opposition, parce qu’il n’a eu que deux sièges pendant les élections municipales de 1995 contre trois pour la coalition PUP-UDU-Ettajdid sur 4090 sièges. Rachid Khechana, SG adjoint du RSP, enchaîne : «Pour le RSP, il y a eu zéro siège aux législatives de 1994 et aux municipales de 1995. Bien qu’il ait joué la mise en scène de la légalité, le RSP n’a rien eu du fait qu’on lui reproche son indépendance réelle vis-à-vis du pouvoir.» Si le PSL était consi-déré par le RCD en 1994 et 1995 comme étant un parti peu cré-dible, il n’en demeure pas moins qu!’il a eu droit à deux sièges pendant les législatives de 1999.

LA FARCE DES QUOTAS

Pour les municipales, il en aura aussi. A la lumière des

résultats de 1995, obtenus par les partis d’opposition, le secré-taire général du MDS, Moadda, a tenu une conférence de presse «fracassante» où il a fustigé le monopole du RCD et sa main-mise sur l’Etat et les institu-tions. Deux ans après, il sera mis en prison pour «espionnage ou intelligence au profit de la Libye». Il sera libéré une année après sous la pression interna-tionale. Un autre député du MDS, Khemaïs Chamary, lui

aussi, sera mis en prison pour «avoir communiqué des dossiers judiciaires de Moadda à un avocat belge».Maintenant, l’on en parle comme d’un coup fomenté par le pouvoir pour mettre à genoux le MDS et pour évincer Moadda et nommer Smaïl Boulahya à sa place. Ce qui a été fait. Entre les deux échéances électorales de 1994 et 1999, la situation des droits de l’homme s’est détériorée ; la presse était bâillonnée. Il n’y a plus de journaux independents ou ceux qui prétendaient l’être

et qui, auparavant passaient les communiqués ou déclarations des partis d’opposition, après 1994, ne le feront plus, et jusqu’à ce jour, tels que Le Temps, Tunis-Hebdo, Réalités, etc. Déjà, d’autres journaux indépendants avaient été sus-pendus!STRONG> bien avant, Er-Raï en 1988, Le Maghreb en 1992, El Badil en 1992, etc. La vie associative était totale-ment assiégée ; la Ligue des droits de l’homme par exemple ne pouvait plus tenir de

réunion, ni à Tunis ni ailleurs à travers le territoire national. Ses dirigeants ne sont plus reçus par les responsables du gouvernement, et ses communi-qués ne sont plus publiés dans la presse locale. Cela s’applique aux autres associations, celles des jeunes avocats, des ingénieurs, des journalistes, etc. Certains partis, qu’ils soient légaux ou non, n’en étaient pas moins assiégés tels que le RSP, le Forum pour le travail et les libertés, le PCOT (Parti communiste des ouvriers tunisiens). «En 1999, vu cette dét!érioration de la situation, le RSP a décidé de ne pas soutenir le président Ben Ali, ni les deux

autres candidats, Belhadj Amar et Abderrahmane Tlili, et on a participé quand même aux élec-tions législatives», nous dira Rachid Khechana. Et d’ajouter : «Résultat : tous les partis qui ont soutenu Ben Ali ont eu droit à des sièges, sauf le RSP.» Le MDS «bénéficiera» de 13 sièges, le PUP de 7, l’UDU de 7, Ettadjdid de 5 et le PSL de 2. Enfin le RCD «engrangera» 148 sièges. Les partis représentés au Parlement touchent chacun 60 000 DT, ce qui exclut le RSP. Ce dernier boycottera les der-nières élections, les munici-pales du 28 mai 2000, et fera

paraître un communiqué dans lequel il l’annonce et énumère les raisons de ce boycott ; l’on cite, entre autres, la fermeture des médias audiovisuels et de la presse écrite à tout débat ou information politique ou social, le non-amendement du code électoral et la difficulté dans le contrôle du scrutin, etc. L’Etat développe un discours d’une démocratisation progres-sive. C’est un discours. Certains observateurs n’incriminent pas le pouvoir de fragiliser! ses autres partenaires politiques pour préserver ses positions. Ils condamnent par contre ces par-tis politiques pour ne pas avoir joué leur rôle de contre-pouvoir. Ils voient qu’ils avaient déjà raté une occasion à la fin des années 80, début 90, quand Ben Ali a fait marche arrière concer-nant la création d’un parti répu-blicainprésidentiel.

POUVOIR INDEFENDABLE EN MATIERE DES DROITS DE L’HOMME

C’était une idée qui était en marche et qui aurait permis de se libérer de ce mastodonte qu’est le Destour (PSD puis RCD en 1988). La deuxième occasion, pense-t-on, qu’on est en train de rater, c’est la création d’un parti bourguibien. Après la mort de Bourguiba, l’on a reconnu les valeurs du bourguibisme :

modernité et laïcité. Il y manqué le concept de la démocratie et des droits de l’homme. C’est un défi aux héritiers du bourguibisme, les piliers du pouvoir bourguibien. Avec l’arrivée de Ben Ali, ils se sont tus et après la mort de Bourguiba, c’est le silen-ce total. Le pouvoir est-il honnê-te quand il fait des avances ces derniers temps, par!lant de liberté d’expression, de lutte contre la corruption, de démocratie sur-tout après la mort de Bourguiba, l’affaire Ben Brik et celle de Ben Fadhel ? Les Tunisiens se sont habitués au discours démago-gique. Faut-il le croire sur paro-le ou le repousser d’une maniè-re catégorique ? Selon certains observateurs, il faudrait profiter de cette petite ouverture, pous-ser le pouvoir jusqu’à ses der-niers retranchements et réaliser par la suite de nouveaux

espaces. Dans ce cas-là, on pourrait passer à l’alternance. La socié-té civile a à créer sans cesse les revendications démocratiques. La société civile existe, elle est dynamique, elle est militante. Que ce soit au niveau de la liberté d’expression, des droits de l’homme et des libertés publiques, la LTDH, l’ATFD, les jeunes avocats, Amnesty International, les ONG recon-nues et d’autres non recon-nues, le CNLT, RAID, etc. Elle constitue une bouffée d’oxygè-ne. La différence entre la Tuni-sie et l’Algérie, c’est que lorsque celle-ci avait reconnu légalement les partis islamistes, on a pratiqué da!ns celle-là le tout sécuritaire pour éradiquer le mouvement islamiste d’Ennahda. Toutefois, par rapport à cette politique du «tout sécuritaire» pratiquée au début, certains ne comprennent pas l’élargissement d’un grand nombre d’islamistes, environ 530, dont la presse internationale a rendu écho. Les droits de l’homme ? Voilà un des dossiers où le pouvoir est indéfendable, pour reprendre les propos d’un membre de la Ligue des droits de l’homme. L’on sait qu’en Tunisie les disparitions n’exis-tent pas ou pratiquement pas. Mais, elle est épinglée au niveau des libertés en général, liberté de circulation, liberté d’expression, d’organisation, l’intégrité physique dans les

locaux de la police, la lamen-table situation dans les prions, le surpeuplement et le traite-ment inhumain. Paradoxalement, c’est l’un des premiers pays africains et arabes à avoir signé le plus de conventions internationales en matière des droits de l’homme. Selon certaines estimations de la LTDH, il y a 1500 détenus politiques, dont une majeure partie islamiste d’Ennahda. A u mois de novembre dernier, 530 d’entre eux ont été élargis, chiffre qu’il faut déduire des 1500. Selon certains, c’est un petit geste qui n’apporte rien sur le fond de la question islamiste. Le pouvoir a profité de l’avènement des islamistes pour verrouiller tout le pays par calcul politique, alors que le pays peut évoluer vers une démocratie réelle qui exclut les islamistes. L’on cite l’exemple de l’Europe qui a bien évoluévers la démocratie après la Seconde Guerre mondiale en excluant les partis fascistes.

A. BO U M A Z A ( à SUIVRE)

**************************’

El Watan ( algérie) 24/06/2000

Un comité au front des libertés

Un vent de liberté souffle désormais du côté de la Tunisie. L’affaire
Taoufik Ben Brik, celle de Riad Ben Fadhel, entre autres, ont montré au
monde entier ce qui se passait et ce qui se passe en Tunisie. Les
langues commencent à se délier. Le pouvoir fait un geste envers ceux qu’il
réprimait hier.

Mais cela n’est pas venu du néant? Parmi les institutions, non reconnues

par le pouvoir bien entendu, qui ont travaillé dur pour qu’on y arrive,
qui étaient (et qui le sont plus que jamais) au front des libertés, il y a
leCNLT. La genèse du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT) est
racontée par Omar Mestiri, secrétaire général de cette ONG (non
reconnue).La constitution du CNLT a été proclamée le 10 décembre 1998 à l’occasion
du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de
l’homme. Sa préparation a eu lieu au moins! une année avant. Le pouvoir
tunisien a réussi à domestiquer toutes, ou presque toutes, les
institutions indépendantes de la société civile : la centrale syndicale, les partis
d’opposition et la presse indépendante. Le pouvoir les a encerclées, et
les a contraintes à l’inaction ; il les a récupérées directement; des
associations et institutions qui auraient dû être un contre-pouvoir
efficace. Cela a commencé en 1989 avec le congrès de l’UGTT à Sousse et
la boucle a été bouclée avec la Ligue des droits de l’homme au congrès de
1994. On a mis en place à l’UGTT une direction aux ordres qui a
transformé la centrale en un instrument du pouvoir. Toute action syndicale
dissidente était sévèrement réprimée par la direction. C’était le début d’une
grande «purge» au sein de la centrale syndicale. Le cadre du travail stipule
que toute grève qui n’a pas l’aval de la direction est considérée comme
illégale et ses initiateurs peuvent être condamnés à d!es peines de
prison, peuvent être licenciés, etc. Auparavant, le syndicat était autonome
vis-à-vis du pouvoir et renfermait plusieurs centaines de milliers
d’adhérents. Ces associations sont devenues complices par leur silence.
La situation a prévalu jusqu’en 1997. Outre l’UGTT, il y a eu une campagne
qui a vidé la Ligue des droits de l’homme. Cette «normalisation» était
accompagnée de l’hégémonie d’un fort courant opportuniste qui justifie
le choix de la dictature et l’alliance avec elle. Certains, parmi les
opportunistes, présentent l’argumentaire suivant : la démocratie en
Tunisie avait besoin d’un parti fort et qu’il fallait le soutenir, le rôle des
démocrates était de le soutenir et de s’appuyer dessus. Certains
justifiaient ainsi la répression à l’encontre des démocrates comme le Dr

Moncef Merzouki. Certains partis défendaient la thèse de la démocratie
«consensuelle». Malgré cette «normalisation», la résistance ? car selon
le!s membres du CNLT, il s’agit de résistance?, n’a pas cessé. Elle s’est
poursuivie hors des structures officielles. Cela s’est fait d’abord sous
forme d’appel, appel à la liberté de la presse, par exemple en 1991,
appel des deux cent signataires en 1993, appel à la démocratisation,
dénonciation des campagnes répressives il y a eu des tentatives de création de
structures de démocrates, comme le comité des 18 personnes de différents
milieux Comité national de défense des prisonniers d’opinion (CNDPO),
qui a été réprimé en 1993. En 1994, il y a eu la constitution du Forum
démocratique pour le travail et les libertés. Mais ses membres ont été
persécutés. Toutes ces initiatives représentent une recomposition du
paysage politique. Les anciens clivages n’opèrent plus. Il y a eu un
regroupement sur la base d’une rupture radicale par rapport à la
dictature. Les initiatives se sont poursuivies dans un climat hostile, caractérisé
parune terreur sans !pareille et surtout une désaffection des intellectuels
de la chose publique. Par esprit de défaitisme, ils étaient désabusés par
l’issue de la succession à Bourguiba. Cependant, leur retour à la chose
publique se fera graduellement. Ben Ali a fait rêver les Tunisiens au
début, en proclamant la démocratie dans son premier discours. Puis,
c’est une amère désillusion. Autre chose, le pouvoir a développé des formes de
répression très pernicieuses qui touchaient et touchent encore la
société civile comme le retrait du passeport, la punition des gens
pétitionnaires d’une manière ou d’une autre. Ce qui avait semé la terreur et faisait
désormais peur aux gens.
REPRESSION PERNICIEUSE
Au mois d’avril 1994, il y a eu 140 femmes qui ont signé un appel disant

que leur qualité de femmes les poussait à être concernées par le
problème des libertés dans leur pays (parmi elles, des membres de l’Association
des femmes démocrates). Ap!rès cette pétition, une vingtaine de femmes ont
été interpellées à leur domicile ou au travail. Ce fut un scandale. On leur
a demandé de se rétracter. Ce fut un tournant. A partir de ce moment-là,
ontrouvait beaucoup de difficultés à faire signer une pétition. Si bien
qu’en 1995, pour l’appel à l’amnistie générale, il y avait eu à peine 126
signataires. Comme toujours, la répression s’ensuivra. Ce n’était pas la
peine d’envoyer l’appel aux organes de presse locaux ; ils étaient sous
l’emprise du pouvoir. On sollicitait alors ceux étrangers, Le Monde,
Libération, El Qods El Arabi (Londres), Libération (Maroc), El Ahali
(Egypte). Omar Mestiri dira : «La grande révolution, c’est Internet.
Depuis moins de deux ans, nous avons un site à l’étranger. Avec les appels qui
se sont succédé, nous avons créé un courant en faveur des libertés.
Trente-cinq personnes constitueront le CNLT. Elles sont de diverses
sensibilités, certains militants de la gau!che radicale, d’autres des
démocrates invétérés, des partisans de l’Islam libéral, des défenseurs
des droits de l’homme, des syndicalistes. Diverses générations s’y trouvent.
Par exemple, Mohamed Chakroun (86 ans) et Ali Bensalem (69 ans) ont
participé à la lutte pour l’indépendance du pays. Des jeunes de divers
secteurs d’activités, médecins, avocats, universitaires, journalistes,
etc. Le CNLT se constitue comme un observatoire vigilant sur les champs des
libertés. Pas seulement un organe qui fait le recensement, mais qui met
à nu les mécanismes qui permettent les dépassements, les
dysfonctionnements institutionnels. Omar Mestiri ajoutera ceci : «Nous nous proposons aussi
de lancer un débat à ce sujet qui concerne les propositions de réformes de
ces institutions (en premier la Constitution, qui est très critiquée), qui
concerne l’absence de séparation dans les pouvoirs, l’omnipotence de
l’Exécutif qui vise au pouvoir personnel, la partia!lité de
l’Administration, etc. Dans notre dernier rapport, nous avons dénoncé le
rôle hégémonique de la police politique.» Comme on le voit, la portée de
l’action du CNLT est politique, mais non partisane, précise-t-il. Ce qui
ne l’empêche pas de suivre la bonne marche des élections sans pour autant
s’impliquer d’une manière ou d’une autre. Première action : ils ont
déposé un dossier pour l’agrément le 10 décembre 1998. Deux anomalies à relever
: primo, ils n’ont reçu le récépissé de dépôt que deux mois et demi plus
tard. Trois jours après le récépissé, nous dit-on, le ministre de
l’Intérieur les a informés par arrêté ministériel du refus à leur
demandesans aucune justication. «Vu que l’attitude du pouvoir était illégale,
anticonstitutionnelle, vu que le pouvoir s’arrogeait une tutelle sur les
droits légitimes des citoyens, nous avons décidé d’exercer nos droits à
l’existence et à l’activité légale, et nous avons entamé notre action de
dénonciation des dérapages de la dictature et en premier lieu, nous
avons fait une critique de réforme du système électoral», dira Omar Mestiri.
ARRESTATION EN SERIE
Commencent alors les arrestations, le cas de Mestiri, les enlèvements,
le cas de Dr Merzouki le 5 juin 1999, etc. Le CNLT sortira un rapport sur
l’état des prisons le 20 octobre 1999, qui en révèle la désastreuse
situation, très diffusé sous le manteau. Par rapport aux islamistes,
quelle est la position du CNLT ? M. Omar Mestiri répond : «Nous considérons que
tout citoyen a des droits individuels, quelle que soit sa conviction
religieuse ou idéologique ou son origine sociale. Ces droits, ce sont
ceux d’expression et d’association, ainsi que la garantie de son intégrité
physique ou le droit à un procès équitable. Reconnaître ces droits ne
veutpas dire partager nécessairement les projets de société des gens qu’on
défend.» Après «l’état des prisons», le CNLT tr!availlera sur celui des
libertés en général, et il a sorti un Rapport sur l’état des libertés en
Tunisie, le 15 mars 2000. Vient l’affaire de la grève de la faim de
Taoufik Ben Brik, entamée le 3 avril, affaire qui a divulgué ce qui se passe en
Tunisie, et qui constitue un prélude à une ouverture sur le monde.
Journaliste, Taoufik Ben Brik est membre du CNLT, chargé de la
communication. Nous apprenons que Taoufik Ben Brik, durant toute l’année
1999, n’avait pas cessé de répercuter à travers ses articles dans La
Croix,Info-Sud (Suisse), Syfia (France) tous les mouvements de contestation en
Tunisie. Et par son action, il a contribué à briser le mur du silence.
Cela lui a coûté des menaces, des persécutions, et même une agression
physique le 21 mai 1999. Par cette grève de la faim, il a poussé le pouvoir à
commettre toute une série de gaffes politiques, comme le fait qu’on lui
conteste la qualité de journaliste, celui que des problèmes simpl!es sont
montés en affaires d’Etat comme l’octroi du passeport, la répression du
mouvement de solidarité, et enfin l’agression physique contre des
membres d’associations civiles venus lui apporter leur soutien (membres du CNLT,
et sept avocats de la Ligue des droits de l’homme). Ce qui a provoqué, en
signe de protestation, une grève des avocats pendant 24 h. Le pouvoir ne
pouvait que céder. Nous savons ce qui s’est passé ensuite. La sortie de
Ben Brik de la Tunisie a été le 4 mai en direction de la France et en
compagnie de Robert Menard. L’affaire Ben Brik a servi de révélateur et permis un
développement d’une solidarité à l’intérieur et à l’extérieur de la
Tunisie. Ce qui doit permettre aussi d’ouvrir le débat sur l’état des
libertés en Tunisie. On en est là. Chose visible, les gens parlent plus
librement, les initiatives sont beaucoup plus nombreuses qu’avant. Omar
Mestiri déclare cela : «Nous avons deux objectifs : primo la tenue d’une!
conférence nationale démocratique chargée d’élaborer les esquisses des
institutions futures qui régissent le jeu politique en Tunisie, une
nouvelle Constitution et un nouveau système de code électoral. Cette
conférence doit se pencher sur l’indépendance de la justice et la
neutralité de l’Administration, secundo, le développement d’une campagne
pour l’éradication de la torture en Tunisie. Cela suppose le fait de
mettrefin au statut d’impunité dont jouissent les responsables de la torture.»
Toujours est-il que depuis un certain temps, faisant les yeux doux aux
ONG internationales, le régime essaie de tendre le «fil de Mouaouiya» à
certaines personnes ; à certains, comme Ben Brik et Dr Mustapha Ben
Jaâfar par exemple, on a restitué le passeport ; pour d’autres, on a allégé
certaines mesures de répression, comme le cas de Mestiri qui a vu sa
condamnation de ne pas quitter le district de Tunis levée, comme celui
de Nadjib Hosni qui vient !de reprendre son métier d’avocat, etc.

Par A. Boumaza


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