23 juin 2011

TUNISNEWS
11 ème année, N°4048 du 23.06.2011

 


 

Le collectif LamEchaml: Communiqué depresse

AP: Tunisie: un neveu de Ben Ali condamné à 15 ans de prison

ATS: Victimes de la torture: l’ONU manque de fonds

UN High Commissioner for Refugees: Refugee protection in countries affected by recent events in the Arab World

Leaders: A Sfax, Caïd Essebsi mesure l’ampleur de la transition

Kapitalis: Tunisie-France. Appel pour une Tunisie démocratique et laïque

Mohamed Faouzi Bellalouna: Des luttes des Universitaires de l’UGTT, sous le joug de la dictature

Houcine Ghali: l’ islamisation rampante de la societe tunisienne

Kapitalis: La dictature guette toujours la Tunisie

Paul: Pourquoi je suis allé, resté et ai quitté #Botzaris36

Le Nouvel Observateur: Migrants tunisiens interpellés à Paris: « J’avais entendu parler de liberté »

Jeune Afrique: Tunisie – Libye : Djerba, refuge cinq étoiles pour immigrés nantis

Tiakiano: Tunisie : Le piratage du site de Ghannouchi et le financement des partis

Slate Afrique: Existe-t-il une identité tunisienne autre qu’islamiste?

Business News: Hichem Guerfali, «Les sondages tels qu’ils sont faits en Tunisie sont une offense à l’intelligence des Tunisiens»

Tunisie Numerique: Les raisons du boycott d’Ennahdha des travaux de la Haute Instance

The New York Times: Free, but Unemployed, in Tunisia


Communiqué depresse

Les attaques verbales dont ont été victimes certainsartistes et créateurs, ainsi que certains enseignants, deviennent de plus enplus nombreuses. Elles ont atteint un niveau de gravité intolérable lorsque lecinéaste Nouri Bouzid a été violemment frappé à la tête, quelques jours plustard il était visé par un rappeur qui le menaçait de mort dans une de ses« chansons ». C’est pourquoi lecollectif Lam echaml organise une manifestation culturelle de protestation etde dénonciation de pratiques qui menacent la liberté de pensée.
Cette manifestation est organisée en partenariat avec l’institutArabe des Droits de l’Homme, elle se tiendra :
Dimanche 26 juin 2011
Au cinéma AfriCart à partir de 17 heures
Le programme :
Projection de deux films documentaires : (de 17 à19H30)
– En attendant Abou Zayd de MohamedAli Attassi
– Ni allah ni maître de Nadiael Fani
Les artistes :
– Amel Hamrouni
– Sawssan Maalej
– Moncef Ouhaibi,
– Nouri Bouzid
– Sghaier Ouled Ahmed
– Yasser Jradi
– Abdelghani Ben Tara
– Mourad Manai
– Mourad Manaï
– Borhène Ben Houria
témoigneront à travers leurs arts ( Musique, poésie etsketch). Une exposition de tableaux de peinture exprimera l’adhésion desplasticiens à cette protestation.
Le collectif LamEchaml


Tunisie: un neveu de Ben Ali condamné à 15 ans de prison


 
Publié le 22 juin 2011 à 14h52 | Mis à jour le 22 juin 2011 à 14h52
 
Associated Press
Tunis
 
En fuite à l’étranger, Sofiane Ben Ali, un neveu de l’ex-président tunisien, a été condamné par contumace à une peine cumulée de 15 ans d’emprisonnement pour émission de chèques sans provision, a rapporté mercredi l’agence officielle TAP.
 
Le montant global des chèques émis des chèques irrégulièrement dépasse les 600 000 dinars (environ 300 000 euros).
 
Le jugement a été prononcé mardi par le tribunal de Béjà, à environ 100km de Tunis. Il est intervenu au lendemain de la condamnation par contumace de l’ancien chef d’État Zine El Abidine Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi à 35 ans de réclusion et une amende d’un montant équivalant à environ 45 millions d’euros pour détournement de fonds et malversations.
 
Le président déchu qui a fui le 14 janvier en Arabie Saoudite à la suite d’un soulèvement populaire doit être jugé le 30 juin pour détention d’armes, de drogues et d’objets archéologiques.
 
Lors d’un point de presse mercredi, le porte-parole du ministère de la Justice Kadhem Zine El Abidine a annoncé que le nombre des affaires dans lesquelles sont impliqués l’ex-couple présidentiel et leur entourage est passé de 93 à 113.
 
Malgré l’absence d’un accord d’extradition entre Tunis et Riyad, les autorités tunisiennes ne désespèrent pas de se voir livrer l’ancien président et son épouse en s’appuyant sur une convention inter-arabe à laquelle les deux pays sont partis et qui prévoit notamment l’extradition des personnes poursuivies par la justice, a précisé le porte-parole.


ATS, le 23 juin 2011 à 10h45 GMT

Victimes de la torture: l’ONU manque de fonds


 

Genève (ats) Les activités du Fonds de l’ONU pour les victimes de la torture sont menacées par la réduction des contributions des pays donateurs. Elles sont tombées à neuf millions de dollars l’an dernier contre 11,6 millions en 2008, ont indiqué jeudi les Nations Unies.

« Après 30 ans de réalisations pour reconstruire les vies des victimes de la torture, l’avenir de beaucoup de projets est aujourd’hui en péril en raison de la réduction des contributions

volontaires des donateurs », a averti à Genève la présidente du Fonds Mercedes Doretti.

« Notre situation financière limite sérieusement notre capacité à assister les victimes de la torture dans 70 pays », a-t-elle ajouté.

La Journée mondiale des victimes de la torture, dimanche 26 juin, coïncidera avec le 30e anniversaire du Fonds.

Coupes de 10 à 20%

Pour 2011, le Fonds a examiné 320 dossiers émanant d’individus et d’organisations pour un montant de 22 millions de dollars. La réduction des contributions des donateurs a contraint le Fonds a coupé de 10 à 20% les montants accordés, ont précisé les Nations Unies.

« Nous avons besoin d’un soutien accru pour continuer à financer une aide aux victimes des violences sexuelles en République démocratique du Congo, les rescapés du génocide au Rwanda, les victimes en Irak et pour assister les personnes qui cherchent à obtenir réparation devant les tribunaux argentins », a insisté Mercedes Doretti.


Refugee protection in countries affected by recent events in the Arab World


 

The first six months of 2011 have seen a series of dramatic events in the Arab World. UNHCR has received queries about the resulting impact on international protection inside affected countries. With some exceptions, and despite ongoing events, crucial protection space has thus far remained open.

Egypt

In Egypt, UNHCR operations have remained at the same level as before the events of this past spring. The border with Libya has remained open and the large numbers of people arriving in Egypt have had access to safe haven, including in many instances being hosted by Egyptian families.

Libya

With Libya, UNHCR’s ability to provide protection to around 8,000 refugees inside the country was substantially constrained even before the current crisis there. At present we maintain only minimal operationality in Tripoli and we are beginning to operate in the East.

UNHCR is particularly concerned for the situation of sub-Saharan Africans needing protection. Some of this population remains in Libya while others have left. For those remaining in Libya the situation is particularly threatening, with people at risk of hostility from both

pro- and anti-government groups because of perceived association with mercenaries.

Syria

Not counting Palestinian refugees falling under the mandate of the United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East, the largest recipient country in the region for refugees is Syria. Here, borders have remained open to Iraqi refugees and refugee protection space has been fully preserved. Schools continue to receive refugee children, health services continue to be provided, and ongoing events are not meaningfully impacting the refugee population. UNHCR, together with its national partners, is continuing to work to provide significant assistance to large numbers of Iraqi refugees, and we are seeking ways to restore resettlement levels to previous highs.

Tunisia

In the past, UNHCR operations in Tunisia were constrained, however that has changed dramatically this year. Tunisia is keeping its borders open to the very large numbers of people fleeing Libya. And in the case of those who are seeking asylum, that has been fully granted. Children have been allowed to go to school, and medical and other support has been provided. We have recently signed a cooperation agreement with the government and we are intensifying our engagement to help meet needs.

 

Yemen

Yemen’s hospitality norms towards refugees and asylum seekers have prevailed thus far despite political instability and accompanying insecurity. Nonetheless the risks continue to be substantial. In early June two Somali refugees were killed in clashes between tribesmen and security forces near the capital Sana’a. UNHCR has maintained its programmes to support more than 100,000 refugees but our staff are contending with insecurity levels that impose physical limitations on the work they can do.

Overall, UNHCR believes that despite ongoing events, protection space inside countries of the region has not been substantially degraded.

Traditions of Islamic and Arabic hospitality towards refugees endure, and UNHCR has for the most part been able to continue its work. It is our hope that this situation will continue.

(Source: A press statement issued the 24th of june 2011 in Geneva by the Communications Service, Office of the UN High Commissioner for Refugees)


A Sfax, Caïd Essebsi mesure l’ampleur de la transition


 

C’est une Tunisie différente, en pleine effervescence, que le Premier ministre, M. Béji Caïd Essebsi voyait se dérouler sous son regard en se rendant mardi après-midi à Sfax inaugurer la foire. D’habitude hyper bien organisée, la cérémonie d’ouverture avait illustré en 45 ans, l’ascension économique et le culte de la réussite qui caractérisent la région. Cette année, elle ne pouvait mieux exprimer la transition démocratique après le 14 janvier. Le Premier ministre était, en effet, accueilli devant la Foire par des groupes de manifestants, qui dans un ordre bien encadré n’ont pas raté, l’occasion pour exprimer leurs doléances sociales et politiques.

Sur leurs banderoles comme dans les slogans scandés, les revendications portent sur l’emploi, la fidélité au sacrifice des martyrs, l’annulation de la dette et l’éradication des racines de l’ancien régime. M. Caïd Essebsi y a prêté attention avant d’aller rapidement couper le ruban et saluer les personnalités venues l’accueillir. Là aussi, le paysage a changé. Reviennent en surface, avec beaucoup d’égard les Mansour Moalla, M’hammed Chaker, Mohamed Baccour , Noureddine Ketari et de nombreux militants de différentes familles politiques, longtemps matés sous l’ancien régime. Mais aussi, et pour la première fois, des dirigeants de partis politiques : Ahmed Néjib Chebbi, Maya Jeribi (PDP), Emna Menif (Afek Tounes), Al-Iskander Rekik (ANPP), Mohamed Koumani (MRD), etc.

Qu’est-ce qui a incité ces politiques à se rendre à Sfax ? Montrer leur intérêt pour les questions économiques ? Pour la région ? Pour ses hommes d’affaires pouvant se révéler de généreux donateurs ? Tout à la fois, sans doute. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont bien à profit leur visite pour multiplier, chacun de ses côtés, les contacts, mais aussi s’entretenir avec le Premier ministre, dans un cadre convivial que le président de la foire, M. Abdellatif Zayani, a su organiser.

Un point saillant dans l’organisation, cependant, les nombreuses bousculades et le débordement qui ont, parfois, pris de court, organisateurs et escorte. Les ministres Abderrazak Zouari, Mohamed Aloulou, Mehdi Houas et Abdelaziz Rassaa ont failli en faire les frais, tout comme nombre d’autres invités. Mais, tout a fini par rentrer dans l’ordre, lors de la réception offerte après l’inauguration.

La cérémonie d’ouverture n’était pas, elle aussi, exempte «d’animations». Dès que M. Zayani a pris la parole pour souhaiter la bienvenue au Premier ministre et aux convives, une demi-douzaine d’adhérents de l’Utica a essayé de protester bruyamment contre la légitimité du bureau régional, en rappel d’un contentieux pourtant tranché par les tribunaux. Au nom de la liberté de parole, personne ne pouvait les empêcher, mais la salle a fini par les inviter à respecter les hôtes et changer d’arène. M.Zayani captera l’attention en rappelant les grandes attentes de la région longtemps bafouées: l’aménagement d’un métro-léger, la relance du port commercial et l’accélération de la zone Taparura, l’intensification des investissements publics, la déconcentration du centre-ville et, une plus grande interaction avec les gouvernorats limitrophes, notamment Sidi Bouzid et Gabès.

A peine arrivé sur le tarmac, de l’aéroport de Sfax Thyna, M. Caïd Essebsi, interpellé par l’un de ses hôtes de «faire un discours aussi brillant que celui prononcé lors du Forum des Investisseurs», avait promis de faire mieux. Promesse tenue. L’humour sera présent, la fermeté aussi : «Dégage ! C’est fini !» affirmera-t-il, au grand bonheur des chefs d’entreprise qui ne cherchent qu’à être rassurés pour se livrer au travail. Hommage aussi à l’hospitalité de Sfax et des Sfaxiens à l’égard des réfugiés libyens : «Sfax est un avant-poste tunisien pour la Libye et je connais la qualité des liens qui unissent nos deux peuples», soulignera-t-il. Puis, un retour sur la résistance de Sfax, en juillet 1881, contre la flotte de l’Amiral Garnault, « dernière ville tunisienne à se rendre », le martyre de Hédi Chaker et de ses disciples, le militantisme syndical, l’opposition politique et la rupture avec l’ancien régime, avant de rebondir sur l’impératif de l’investissement et de la reprise économique. Le tout ponctué par ses petites phrases. A quelqu’un qui lui lance «à Sfax, nous manquons de moyens», il rétorque du tac-au-tac : peut-être, mais pas de facultés mentales, ni de patience et de courage, alors allez-y !»

Dans l’avion qui le ramenait à Tunis, très détendu malgré le contre-temps d’une petite panne technique lors du vol aller, rapidement maîtrisée, et une longue et dure journée, le Premier ministre, n’hésitait pas à partager avec la presse sa joie d’avoir vu cette Tunisie se recomposer, jour après jour. Son premier grand déplacement à l’intérieur du pays (juste après Monastir et Kairouan, lors de la commémoration du décès de Bourguiba), aura été bien réussi. Béji Caïd Essebsi aime aller dans les régions, et encore plus se mettre à l’écoute et porter le message.

(Source : « Leaders.com.tn », le 22 juin 2011)


Tunisie-France. Appel pour une Tunisie démocratique et laïque


 

Un groupe de personnalités tunisiennes, et françaises amies de la Tunisie, ont constitué un Comité et lancé un Appel «pour une Tunisie démocratique et laïque».

«Il s’agit d’une petite structure qui veut servir d’intermédiaire entre les deux pays, dégager des ressources pour promouvoir des artistes, chercheurs, etc. de Tunisie, et, d’une manière plus générale, accompagner, à partir de la France, la transition démocratique en Tunisie», explique l’historienne franco-tunisienne Lucette Valensi, l’une des initiatrices de cette action.

Au programme de ce comité un concert à Paris au lendemain du Ramadan, un voyage à Tunis à une date à fixer ultérieurement, des démarches auprès de la Mairie de Paris et du ministre français de la Culture, qui ont répondu favorablement, un site web, une page facebook, en cours de finalisation.

Le Comité a lancé un «Appel pour une Tunisie démocratique et laïque», dont voici le texte:

«Artistes, écrivains, intellectuels, universitaires, tous attachés à la Tunisie, nous nous engageons, dans la mesure de nos moyens et sans ingérence dans la politique tunisienne, à apporter notre soutien et à répondre aux sollicitations des acteurs de la transition démocratique. Nous nous emploierons à promouvoir les libertés fondamentales, le respect des droits individuels, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice, l’égalité des citoyens quels que soient leur genre et leur religion.»

L’appel lancé par Nine Moati, romancière, Lucette Valensi, historienne et Jean Masini, socio-économiste, a déjà été signé par les personnalités suivantes: Yves Aubin de la Messuzière, ancien ambassadeur de France en Tunisie, Florence Aubin de la Messuzière, artiste peintre, LotfiBelhassine, industriel, Jean Daniel, journaliste, écrivain, Pierre Cohen Tanugi, normalien, Amel Bennys, artiste-peintre, Charles Berling, comédien, Philippe Bouchard, professeur de médecine, Jean-Paul Fitoussi, économiste, Claudia Cardinale, comédienne, Michel Boujnah comédien, Leila Haddad, chorégraphe, Rochdi Lamouri, entrepreneur, Raoul Moati, philosophe, Michel Mendès-France, Serge Moati, cinéaste, Joan Mendès-France, Amel Mathlouthi, chanteuse, Jacques Lanxade,ancien ambassadeur de France en Tunisie, Zana Murat, directrice de théâtre, Bernard Murat, directeur de théâtre, Meissa N’diaye, agent sportif, Alain-Gérard Slama, journaliste, Wassyla Tamzali, avocate.

(Source : « Kapitalis », le 23 Juin 2011)

Lien : www.kapitalis.com


Des luttes des Universitaires de l’UGTT, sous le joug de la dictature.

Devoir de mémoire


 

 

(2) La trahison de 1999, du ‘’Bureau National’’ du SGESRS

 

Dans un article introductif, voir Mouatinoun 150, l’auteur décrit sommairement l’état des structures syndicales, dans la première décennie de la dictature benaliste. La présente contribution se propose de décrire les conditions qui ont conduit au sursaut salvateur des Cadres militants du SGESRS, qui ont fait sa refondation. Mes Camarades auront constaté la réapparition de mon mot d’ordre d’alors : Achouddou ‘ala Ayadikoum.

 

Le début des années 1990 a connu un ressac important de l’action militante du SGESRS, qui baignait lui-même dans l’ambiance anesthésiée de l’UGTT à cette époque, décrite sommairement dans l’introduction de cette série d’articles. Les Bureaux Nationaux (BN) qui s’y sont succédées en cette décennie ne laisseront pas, ainsi, un souvenir indélébile dans les mémoires syndicales, au vu de l’insignifiance de leur action et de la désagrégation des structures qui leur étaient confiées… jusqu’à la trahison de 1999, que nous décrirons plus loin.

Des Camarades se sont engagés, durant cette période, à préserver et revivifier ce qui peut l’être de la « Charpente » (Farhat Allah yarhmou disait : حافظوا على الشقف). On a ainsi vu naître ou renaître des Syndicats de Base (SB) dans différentes institutions universitaires, grâce à l’engagement dévoué de Camarades, révoltés de tant de marasme citoyen, qui se sont astreint à garder le fil du contact avec la base. Nous verrons que ces actions, éparses et anodines en apparence, furent essentielles lorsqu’elles s’agrègeront, au renouveau de l’action militante au sein de l’université et à sa démocratisation.

Une première ‘’contextualisation’’ de l’initiation de ces luttes est, je crois, nécessaire à l’intériorisation de sa trame.

Durant les années 1990, la dictature suivait une politique d’endettement, effrénée, (ou comment obérer nos enfants, peut-être non encore nés !), parallèle à la libéralisation sauvage de tous les secteurs de l’économie, y compris ceux stratégiques. Les institutions financières internationales, et surtout la Banque Mondiale (BM), allaient alors jouer ce rôle d’instrument financier de la dictature… et de gardien de sa politique.

Le secteur de l’enseignement supérieur n’allait pas y échapper, pour plusieurs « bonnes » raisons :

Cette Université, qui se voulait citoyenne, et « nid d’activistes » potentiel, devait être mise au pas…

Le nombre d’étudiants durant les décennies qui allaient suivre, qui allait décupler, demandera des moyens budgétaires accrus, au-dessus des moyens de l’état, qui s’auto-appauvrissait… ou comment faire, de cette chance inouïe d’avoir un peuple jeune et qui a pour valeurs l’éducation et le savoir, vecteurs de son ascension sociale ; en un fardeau pour un « état » bâti sur des trafics en tout genre et sur l’argent sauvage…

Les demandes de lignes de crédit doivent mobiliser nombre de missions d’ « expertise », grassement rémunérées, ce qui permet de mettre du beurre dans les épinards des « experts » ; de la banque mondiale, entretenant ainsi sa machine bureaucratique ; et du ministère, achetant ainsi les obéissances et récompensant les services rendus…

En réponse, donc, à la sollicitude de la Tunisie de dictature, la BM a dépêché une « mission d’expertise du système universitaire » !! en 1998, qui a pondu un rapport synthétisantses recommandations. Ces recommandations constituaient in fine les conditions d’octroi de la ligne de crédit demandée, conditions dont l’état garantit l’obéissance… Voyez, Camarades, en ce ton neutre, ma colère qui gronde, moi qui me réclame de la désobéissance…

Cette atteinte à « l’indépendance éducative et scientifique » du pays, qui se faisait dicter sa politique par une banque dans un secteur aussi névralgique, était inacceptable à plus d’un titre, tant les « réformes » préconisées par ce rapport ont bouleversé notre Université, pour longtemps, et dans de nombreux domaines. Elle allait toucher le statut de l’enseignant-chercheur, ainsi que la politique de formation universitaire du pays, stratégique pour son essor scientifique, son développement économique et, last but not least, son apport essentiel à « l’éducation citoyenne »…

Outre la réforme des filières de formation, à laquelle la dictature y est allée de son obéissance, le rapport préconisait (ou plutôt dictait) une refonte de l’activité de l’Universitaire, y accordant une part plus grande à l’enseignement, au détriment de ses activités de recherche fondamentale… concomitante à une augmentation de son salaire, ou comment la BM se transforme en un nid de syndicalistes… Il est stipulé, entre autres, dans ce rapport, de « casser ce dogme qui dit, que tout universitaire est nécessairement un enseignant-chercheur », qui recommande entre les lignes un certain désengagement de l’état du secteur de la recherche, (pourtant, entre autres, reproducteur de l’espèce de l’Universitaire !). Ces recommandations, exaucées, vont conduire à une certaine « secondarisation » de l’enseignement à l’université (n’y lisez aucune condescendance ou quoi !), tant dans son rapport à l’Etudiant que dans sa pédagogie… Le non-dit de ce rapport étant : « occupez-vous d’occuper vos étudiants et laissez la recherche aux pays riches »…

L’exécution des ordres intimés dans ce rapport nécessitait une certaine « coopération » du corps des universitaires, afin de préserver une certaine paix sociale ; et il est alors utile de brosser une esquisse de ses structures représentatives…

La publication de ce rapport a été le déclencheur de cette mobilisation des universitaires, qui s’est tant faite attendre. Les SB des différentes institutions ont alors partout organisé des Assemblées Générales (AG) pour prendre le pouls de la base et pour définir une stratégie d’action. La base a fortement exprimé dans ces AG son refus de voir toucher à son statut, tout en revendiquant une augmentation de salaire conséquente, réparant un tant soit peu, l’effondrement de son pouvoir d’achat, pareil à celui de tous les salariés, sous le joug de ce libéralisme sauvage qui se met en place…

Le Secrétaire Général (SG) du SGESRS en 1999 était monsieur Mustapha Touaiti, qui a repris cette tâche de monsieur Mohamed Hédi Touati, boosté au BE pour être resté sage pendant un « mandat et demie ». Monsieur Mustapha Touaiti s’est alors vu intimer l’ordre par le Ministre de l’Enseignement Supérieur, à l’époque monsieur Sadok Chaabane, de signer au nom des universitaires, un accord remplissant les conditions posées dans ce rapport, à savoir des augmentations concomitantes, de salaire et de dû horaire hebdomadaire… dans des conditions pipées, puisque ces augmentations étaient de 18% pour le salaire et de 22% pour le dû horaire… en commençant par un semblant de consultations avec la « base », procédé dont usait souvent la machine bureaucratique de l’UGTT, à cette époque.

Ils ont d’abord essayé de noyer le poisson dans une réunion commune de cadres (non légale mais de « discussion »…) avec le Syndicat des Professeurs et Maîtres de Conférences (SPMC) qui s’y est prononcé favorable, Bureau et « base de cadres» compris, contrairement à la base du SGESRS… ceci a nécessité un Conseil Sectoriel (CS) au SGESRS tout seul dans un dernier essai de le noyer quand même, ce poisson qui s’y refuse… Le deal a alors été proposé par monsieur Touaiti au CS du SGESRS, qui s’est poursuivi jusque tard dans la nuit et exprimé, de façon presqu’unanime, une fin de non-recevoir à monsieur Touaiti et à son autorité de tutelle… Je me souviens de l’obstination des Cadres du SGESRS (dont je n’étais pas, à l’époque) à refuser toute augmentation du dû horaire, de l’entêtement de monsieur Touaiti à signer cet accord en leur nom, du blocage que cela a provoqué jusque tard dans la nuit, et de la poursuite de monsieur Touaiti jusqu’à sa voiture, dans la Bat’ha Mohamed Ali, l’assignant à ne rien signer en leur nom contre leur volonté, ce dont il a fait fi malgré ses promesses… et mal lui en prît, à lui et à sa tutelle…

Je voudrais faire ici une petite digression par le rappel historique que cette augmentation horaire, décidée par le pouvoir de dictature, fait suite à une autre augmentation (de l’ordre de 30%), proposée par feu Mohamed Mzali en 1985 (dans l’air de son slogan de l’époque : « Intèj wa intèjia »), et acceptée par la majorité des universitaires, à cette époque !!…

Le 14 décembre 1999, le BN du SGESRS a signé un accord dicté par le ministère, vaguemestre de la BM, contre la volonté d’une majorité écrasante d’universitaires ; ce qui a conduit à leur forte mobilisation contre cette forfaiture, incessante jusqu’à la chute de ce bureau félon. Il prévoyait donc l’augmentation de la charge horaire des enseignants-chercheurs, contre une augmentation salariale, ressentie par ses « bénéficiaires » comme une aumône, et refusée de manière éclatante… Cet accord prévoit également la création d’une Mutuelle des enseignants universitaires, présidée par… monsieur Mustapha Touaiti, première récompense pour services bien rendus, et tellement saugrenue eu égard, vous me l’accorderez, à son comportement si peu mutualiste…

Un autre corollaire du rapport de la BM fût la destruction des filières de formation, qui perduraient depuis la naissance de notre Université, et leur remplacement par des filières ‘’technicianisées’’ et fourre-tout, où l’on enseigne l’anglais et l’informatique à tout va, dans une Microsftisation du monde ; ainsi que les « droits de l’homme » aux étudiants de mathématiques !! et autres… avec toutefois une lacune, qui est celle de ne pas avoir prévu des travaux pratiques de « droits de l’homme », qui seraient pris en charge par les ‘’brigades de sûreté universitaire’’, qu’on aurait dû occuper puisqu’ils n’avaient rien d’autre à faire que de fliquer tout le monde… Cette tâche de honte sur le front de notre Université qui a perduré près de trois décennies, fût la cible de la première action du gouvernement issu de la révolution du 14 janvier, qui fût sa dissolution immédiate…

Cette réforme des filières a, par ailleurs, été l’occasion de multiplier encore les missions d’expertise, d’experts tunisiens des programmes, qui l’ont rapportée ; autre occasion de donner des gages de prestige et d’émoluments, aux profs proches de la dictature… ou à approcher…

Pour revenir à la chose syndicale, la réaction des Cadres du SGESRS à cette dictature de (ce qui reste de) son BN, fulgurante, a été la rédaction de la motion de défiance, historique dans les annales de l’UGTT, dont le Règlement Intérieur prévoit la dissolution de ses structures lorsqu’une telle Motion est signée par plus des 2/3 de ses adhérents. La motion en question, première action de la remobilisation de l’université, fût signée par près de 1250 adhérents sur un total de près de 1400 membres du SGESRS, et commença alors le long combat de son application au sein des instances de l’UGTT, et de la re-prise légitime de sa structure nationale.

Je voudrais ici remercier les Camarades qui ont initié cette action de défiance, qui a permis que nous en soyons là, ainsi que celles et ceux qui l’ont signée, posant ainsi les jalons des actions qui ont suivi, syndicales et citoyennes.

Je voudrais ici, d’autre part, lancer un appel solennel :

Au Bureau National actuel de la Fédération des Universitaires, enfin ré-unifiée (nous y reviendrons), de revenir sur cet accord de forfaiture, dans les négociations actuelles avec la tutelle sur le statut des Universitaires. On peut imaginer, à titre d’exemple, de transformer cette augmentation horaire qui nous pèse tant, en horaires d’encadrement de nos étudiants, parallèles à la transmission des connaissances. En tout cas, l’annualisation du service dû d’enseignement, à l’instar du système qui prévaut en France, par exemple, est fortement souhaitable.

Au Gouvernement légitime qui sera issu des premières élections démocratiques en Tunisie, de commander un audit de ces accords de prêts avec la BM, et de les annuler ; puisque ces prêts, souscrits par la dictature, ont surtout servi à engraisser les cochons…Oups.

 

Contextualisation faite de ce cri de colère de l’université après ce coup de poignard dans le dos, je reviens au vif du sujet… Donc, il a fallu consacrer dans la réalité l’action initiée par cette motion de défiance, par la re-prise (au sens d’une prise de bataille) de notre structure nationale, pour qu’il n’y ait « plus jamais ça ».

Le combat s’est alors déplacé sur un autre terrain, celui d’astreindre l’UGTT à l’application de son Règlement Intérieur et à l’appel à un Congrès national du SGESRS.

On a alors vu apparaître une structure spontanée, regroupant les Camarades initiateurs de la pétition de défiance, nécessaire pour le suivi des actions entreprises au sein de l’UGTT, et pour décider de celles futures. Ce Conseil des Camarades tînt son quartier général à la Fac des Sciences, dont le SB disposait d’un local (de 3 mètres sur 5) et de « militants dévoués »…

On a alors vu des militants de différentes sensibilités, qui se sont opposés dans le passé, parfois violemment, fraterniser pour faire aboutir cette action au port, i.e. à la chute de ce bureau illégitime, ou de ce qu’il en reste, et rendre ainsi l’honneur, perdu, au SGESRS. Les réunions de ce « conseil » étaient certes parfois tendues, à cause du stress associé à toute action et des inimitiés qui ressurgissaient à tout moment, mais jamais le point de non-retour ne fût atteint. Les Camarades ont alors administré une leçon d’abnégation et de responsabilité, celle de faire passer l’intérêt général avant celui de leur egos, démesurés pour certains, ainsi que celle de cette grande obstination à faire tomber la « bête », advienne que pourra… On a ainsi vu se multiplier différentes actions collectives, des communiqués à la presse (à qui veut bien les publier !), des sit-in à la Bat’ha, des AG d’information de la base, des lettres assumées par les « poètes disparus » à la « tutelle » de l’UGTT, l’assignant à l’application de son Règlement Intérieur (dont, il peut être bon de le rappeler, trois ex-SG du SGESRS, les Camarades Jounaïdi Abdeljaoued, Moncef Ben Slimane et Salah Hamzaoui, aux cheveux blanchis, et cœurs toujours verts)…

Prés de deux années ont passé, les enfants, à se battre contre les moulins à vent ; à monter des « opérations coup de poing » contre les dictatures, « interne et externe », deux ans de découragements, vite dissous au premierConseil des Camarades qui rechargeait les accus ; de révolte contre cette injustice que l’on nous faisait subir ; de pensées récurrentes à une démission de l’UGTT et de s’ériger en syndicat autonome, vite chassées au ‘’cauchemar’’, même furtif, de leur laisser notre maison, la Bat’ha….

Près de deux années, parmi lesquelles se sont passées des faits anodins pour nous, comme la chute bruyante de monsieur Ismaïl Sahbani ; proprio, il est bon de le rappeler, du plus haut « nichène » du « 7 novembre » (vous voyez mes cheveux électrisés, les enfants !), et déchu par son mentor, et non point par la base syndicale, révolution voulue de l’UGTT à l’horizon de laquelle on marchait, déterminés… Accordons toutefois à l’histoire, qu’un début de vent de liberté (en fait, juste une petite brise) a alors soufflé sur la base de la Bat’ha, longtemps réprimée, et que nous en avions les coudées plus franches, bien que tout ceci nous indifférait sur le moment, déterminés que nous étions à engager ce combat, indépendamment de qui il y a en face, et persuadés que c’était tout un système qu’il fallait mettre à bas…

Après bien des tergiversations, la dictature interne de l’UGTT, à ses derniers soubresauts, a dû se résoudre à organiser le Congrès du SGESRS, après avoir laissé ce bureau félon « finir » son mandat, (après l’avoir prolongé près de 5 ans !!!, nous y reviendrons) faisant fi des revendications de ses cadres et de sa base, et de son Règlement Intérieur. Ce Congrès a eu lieu les 27-28 octobre 2001, et ce fût un autre coup de poignard dans le dos…

 

Achouddou ‘ala ayadikoum

 

Mohamed Faouzi Bellalouna

Universitaire, Syndicaliste

 

Prochain article : (3) Le Congrès du SGESRS d’octobre 2001

 

Mouatinoun 151


L’ ISLAMISATION RAMPANTE DE LA SOCIETE TUNISIENNE


Houcine Ghali, Genève
 
L’ échec de l’ idéologie nationaliste qui est née après la lutte pour l’ indépendance en Tunisie, sous l’ égide d’ une petite bourgeoisie intellectuelle et francophile, et qui consiste à faire coexister une rationalité étatique copiée sur l’ Occident, avec l’ idée de gérer la modernité politique et économique et un fond culturel et social marqué par une dimension religieuse, a permis la montée en puissance de l’ islamisme radicale depuis 1970.
 
La greffe a avorté suite à l’ inexistence d’ une véritable scène politique d’ intégration des conflits, à l’ inefficacité des catégories de souveraineté, à l’ absence de légitimation de l’ autorité de l’ Etat et de l’ inefficience de l’ idéologie de l’ intérêt général.
 
Les élites occidentalisées ont échoué dans leur projet d’ accès à la modernité bourgeoise, au développement économique et à la naissance d’ une société civile qui jouit d’ un espace public démocratique et d’ une Cinstitution garant la souveraineté et la représentation de la volonté générale.
 
 
Face à la contestation religieuse de sa propre légitimité et constatant les conséquences désastreuses de la déferlante islamiste en Tunisie, le pouvoir destourien a pris la décision à panacher son idéologie, en investissant le champs religieux, avec l’ idée de couper l’ herbe sous les pieds des mouvement islamistes qui se présentent de plus en plus comme unique candidat à l’ alternance au pouvoir.
 
Mais la population a compris qu’ il ne s’ agit là que de panachage de circonstance suite à l’ engrenage dans lequel le système s’ est enlisé, et que ce retour des dirigeants aux normes de l’ islam manque de cohérance dans la mesure où le droit musulman et la chari ‘a ne sont point totalement appliqués et que plusieurs « déviances  » d’ origine occidentale s’ avèrent toujours de rigueur dans le pays.
 
Une lutte acharnée a alors caractérisé la scène socio-politique tunisienne entre les islamistes emmenés par Ennahdha et le pouvoir destourien qui, à travers le Parti/Etat, a toujours cherché à imposer une hégémonie politique sur l’ ensemble de l’ espace national et sur toute la société.
 
Le combat se résume donc ainsi : Les islamistes visent l’ islamisation de la modernité et le pouvoir cherche la modernisation de l’ islam car chaque antagoniste ne peut ignorer les effets irréversibles des atouts de l’ autre sur la jeunesse et l’ ensemble de la population suite à l’ intrusion des éléments de la civilisation occidentale et de l’ apport des Lumières françaises.
 
Les manifestations du retour à une pratique islamiste s’ expriment par plusieurs formes d’ action qui frisent souvent l’ incohérence et contredisent même les enseignements de l’ islam non idéologisé. Ainsi la multiplication de la construction des mosquées à travers l’ ensemble du pays et le bruit assourdissant des appels à la prière dès l’ aube ne constituent nullement des besoins fondamentaux, puisque le pratiquant musulman peut faire sa prière partout où il se trouve, sans un clergé banni par l’islam, et qu’ il a tout les moyens modernes qui lui permettent de se réveiller pour l’ accomplissement de son devoir sans réveiller et déranger ses voisins à un kilomètre à la ronde de la mosquée.
 
Mais le pouvoir laisse faire en pensant atténuer les carences de sa politique dans les domaines primordiaux et soulager les frustrations des couches les plus démunies.
 
Etr que dire de ces slogans coraniques et islamistes qui fleurissent sur les moyens de transport, dans les foyers et l’ ensemble des lieux populaires ( magasins, cafés, établissements privés, etc…) :  » Allah akbar « ,  » bismillahi errahmani errahim « ,  » Soutrak ya rab « ,  » Hadha min ‘ind rabbi « …
 
Dans plusieurs émissions de radio et de télévision, les participants et le modérateur n’ analysent plus, ne pensent plus, n’ expliquent plus. Ils répondent en se reférant à la volonté et à la bonté de dieu :  » Il hamdoullah ya rabbi « ,  » In chaallah ya rabbi « ,  » Kène hab rabbi « ,  » Bkoudrat rabbi « ..
 
Et cela continue aujourd’ hui, c’ est à dire après la révolution du 14 janvier, où on voit à la télé une place de choix accordée aux émissions religieuses, on coupe les informations, l’ interview du Premier ministre et n’ importe quel programme pour passer en direct l’ appel à la prière.
 
Ainsi donc, le Tunisien n’ existe plus en tant qu’ être pensant, n’ agit pas sur les choses, mais il est totalement dépendant de la volonté de dieu qui lui dicte ce qu’ il faut faire et légitime ses échecs et ses réussites.
 
Certes, beaucoup de ces adeptes de l’ islam politique ne le font que par hypocrisie, par peur face à la mort et parce qu’ ils n’ ont pas trouvé comment donner autrement un sens à leur existence ni d’ autres symboles d’ idéal auxquels ils peuvent s’ accrocher.
 
C’ est presque devenu à la mode en Tunisie de se voiler, de laisser pousser sa barbe et de se montrer en tant que nouvel adepte auprès de son entourage :  » Hdeh rabbi « .
 
houcine.ghali@bluewin.ch


Grandeur et décadence de Mohamed Bouazizi


 

Malade de son moralisme et en manque de repères, le peuple tunisien s’est créé une légende, la glorifiant au début, pour ensuite la descendre en flammes et la réduire en cendres. Par Mohamed Amine Mankai

Le 17 décembre 2010, s’immolait par le feu un jeune homme tunisien de 26 ans, inconnu du grand public. Sans le savoir, il avait embrasé avec lui tout un pays. Des millions de gens se sont reconnus en ce vendeur ambulant de fruits et légumes. Et de là est parti le mouvement de contestation, puis de révolte qui a fait déchoir Ben Ali.

Un symbole, une icône… un héros national

Bouazizi étant le catalyseur de la révolte, il a fallu inévitablement le glorifier, voire le déifier. On a dit alors de lui qu’il avait fait des études supérieures, qu’il était diplômé mais que les portes du marché du travail s’étaient refermées devant lui. Les témoignages de ses proches l’ont fait apparaitre comme un jeune homme se battant contre l’injustice du système, retroussant ses manches et travaillant jour et nuit pour l’unique bien de sa famille. Et ce n’est pas fini!

Pour compléter ce portrait idyllique, on a ajouté qu’il a été maltraité par les agents de police, ignoré par les responsables du gouvernorat, et giflé par un agent municipal, qui plus est, était une femme. Alors là, c’en était trop! On ne pouvait que se prendre d’affection pour ce jeune homme, et le sentiment de haine que vouaient des millions de gens à ce système gangréné par l’injustice et la violence n’a fait que se décupler. Il n’en fallait pas plus pour que Bouazizi devienne un symbole, une icône… un héros national.

Les jours sont passés, les mois sont passés… Bouazizi décédé, la Tunisie libérée! Mais l’euphorie a perdu de sa superbe et la période post 14 janvier s’est révélée bien plus périlleuse que prévu, le peuple tunisien est redescendu sur terre et les choses ont commencé à changer… surtout pour Bouazizi.

Un clochard, un moins-que-rien…

On a alors découvert que l’image du «Che Guevara», que le peuple tunisien s’était fait de lui, n’était pas aussi lisse qu’on se l’imaginait. Il s’est avéré qu’il n’avait pas fait d’études supérieures, son niveau scolaire ne dépassant pas le baccalauréat. De plus, les agissements de ses proches n’ont fait qu’empirer les choses. On a dit que leur comportement était indigne avec les habitants de Sidi Bouzid, fief de la révolte. On a dit aussi qu’ils avaient la folie des grandeurs, qu’ils avaient emménagé à la Marsa, banlieue huppée au nord de Tunis… Bref, ils étaient devenus… les nouveaux Trabelsi. Pas moins!! De surcroît, Fedia Hamdi, l’agent municipal qui incarnait à elle seule l’inhumanité et la barbarie d’un système tout entier et qui avait prétendument giflé Bouazizi, a été innocentée par la justice. Elle est même apparue comme une victime, harcelée et humiliée par le jeune homme. Ont suivies alors plusieurs déclarations dont celle du juge Farhat Rajhi, ex-ministre de l’Intérieur, décrivant Bouazizi comme «un clochard, un moins-que-rien, le genre de type à éviter quand tu te promènes avec ta femme ou ta sœur». Le pseudo-puritanisme tunisien a repris alors le dessus, se refusant d’avoir comme symbole un personnage aussi odieux que celui-là.

Le Tunisien a vite oublié que sans Bouazizi, il n’y aurait rien eu. Que sans Bouazizi, il n’aurait pas pu s’asseoir sur les terrasses des cafés pour jouer les analystes politiques et obliger les autres à écouter les bêtises qu’il passait son temps à asséner. Le Tunisien a oublié aussi que, dans les jours qui avaient suivi le 17 décembre, ce sont les «clochards» amis de Bouazizi qui, faisant face aux menaces et à la violence, avaient tenu tête aux autorités et exprimé leur mécontentement durant des jours, et que c’est grâce à cet acharnement et à ce courage que la révolte a pris une réelle ampleur.

Malade de son moralisme et en manque de repères, le peuple s’est créé une légende, la glorifiant au début, la rendant presque prophétique, pour ensuite la descendre en flammes et la réduire en cendres.

L’histoire écrira que le 17 décembre 2010, un jeune homme de 26 ans nommé Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, provoquant une révolte populaire qui a mis la Tunisie – je l’espère – sur le chemin de la démocratie. Tout autre commentaire ne serait que superflu.

(Source : « Kapitalis », le 23 Juin 2011)

Lien : www.kapitalis.com


La dictature guette toujours la Tunisie


 

Tarak Arfaoui écrit – Peu-à-peu, la pensée unique s’installe. Les hommes politiques refusent le débat. A-t-on chassé un dictateur pour déblayer la voie à d’autres?

En Tunisie, la liberté d’expression est un nouveau-né dont l’âge ne dépasse pas les 6 mois et déjà elle fait ses premiers pas, ses premiers balbutiements, le débat démocratique, à peine amorcé sur des questions essentielles, commence à tourner à la démagogie en occultant l’essentiel des problèmes vitaux qui engagent l’avenir du pays.

Chassez le naturel, il revient au triple galop!

Une dictature est partie et une autre commence lentement à prendre sa place, sous un masque pernicieux, qui n’augure rien de bon pour le pays. Cette nouvelle dictature, celle de la pensée unique, du dogme immuable où la vérité fondamentale et incontestable ne semble détenue que par certains politiciens, après un début sournois, n’a pas tardé à se dévoiler au grand jour, lentement mais sûrement. Les masques sont tombés et quand on chasse le naturel, il revient au triple galop!

Le fameux Pacte républicain, désiré par toutes les franges de la société civile, est en train d’être dénigré et boycotté par les islamistes qui n’ont, cela va de soi, aucun intérêt à signer un document qui est aux antipodes de leurs convictions. Alors toutes les manœuvres vicieuses sont utilisées pour le faire avorter en soudoyant les uns et en menaçant les autres.

Lors d’un récent débat sur la chaîne Nessma TV, nous avons assisté à un scénario que quelques observateurs avertis avaient suspecté longtemps à l’avance, où la duplicité de certains participants n’a d’égale que leur mépris du débat démocratique.

Le représentant du parti Ennahdha, qui n’est pas à sa première sortie médiatique ubuesque, n’a trouvé rien de mieux pour argumenter ses idées que de proférer des menaces et des invectives à l’adresse des journalistes qui l’on acculé par la pertinence de leurs questions. Nous avons alors assisté à un festival d’hypocrisie, de non-dit, d’insinuations en tout genre, d’esquives, de tergiversations et de dribbles à faire pâlir d’envie Messi soi-même; l’autre représentant d’un parti se disant progressiste n’a pas trouvé mieux que le Coran pour argumenter ses positions politiques en défiant l’auditoire de nier les préceptes coraniques! Un autre politicien du parti Al Majd, lors d’un débat sur Hannibal TV, ne s’est pas privé de menacer de quitter le plateau en jetant par terre le micro si la journaliste continue de lui poser des questions embarrassantes sur son passé!

Une nouvelle dictature remplacera-t-elle celle de Zaba?

Où va-t-on mes chers concitoyens? Une nouvelle dictature remplacera-t-elle celle de Zaba? Où va la Tunisie avec des débats politiques pareils? J’ai des frissons dans le dos à la simple idée de voir ces politiciens diriger un jour le pays. Ce n’est qu’un début; qu’en sera-t-il plus tard des débats quand on affrontera des questions aussi vitales que celles de l’emploi, de l’économie, de l’éducation, du tourisme qui engagent le futur du pays?

Pour certains, la solution est simple: boycotter et dénigrer la communication intelligente et pertinente parce qu’elle est très gênante en mettant au grand jour l’incohérence de leur discours, utiliser tous les moyens et en premier lieu la fibre religieuse des Tunisiens pour discréditer et jeter en pâture à l’opinion publique tout journaliste récalcitrant en lui collant l’étiquette d’un mécréant ou d’un sioniste.

Ces procédés dictatoriaux d’un autre âge méritent-ils notre révolution? Ces hommes politiques méritent-ils notre confiance?

(Source : « Kapitalis », le 23 Juin 2011)

Lien : www.kapitalis.com


Pourquoi je suis allé, resté et ai quitté #Botzaris36


 

Par : Paul

Depuis que j’ai commencé à m’impliquer dans ce combat deux questions sont revenues très souvent : pourquoi et maintenant pourquoi arrêter. Je vais essayer, dans un souci de transparence (valeur qui m’est très chère) de répondre le plus exhaustivement possible et je ne reviendrai plus sur ces deux questions par la suite.

 

Depuis un certain temps déjà je me bats contre la censure du Net ce qui m’a valu de m’intéresser à l’un des exemples en la matière : Ammar404, made in Tunisia. Dès l’or j’ai noué des liens avec quelques activistes Tunisiens avec qui j’ai pu travailler par la suite, devenu président du Parti Pirate (France) et coordinateur de la task-force MENA au sein du Parti Pirate International, durant la révolution. Depuis Octobre 2010 j’ai ainsi co-organisé des réunion hebdomadaires (à quotidiennes en fonction de l’actualité) avec un membre du Parti Pirate Allemand et accueillant des contacts en Tunisie. Régulièrement j’étais ainsi en contact avec la presse française et le ministère des affaires étrangères pour rendre des comptes de la situation tunisienne.

En Avril, quelques mois après la chute de Ben Ali, je me suis rendu, pour la première fois, en Tunisie et suis tombé amoureux de ce pays. J’en ai profité pour rencontrer « IRL » ceux que les épreuves passées ensemble ont transformés de contact en amis et y ai été accueilli comme un prince (même si à la différence de MAM j’ai payé absolument tout ce que j’ai consommé sur place, exception faite d’un repas que le serveur a facturé à un de mes amis qui a négocié en arabe pour prendre la note…).

 

Mes amis m’ont expliqué, avenue Bourguiba, que les archives du régime de Ben Ali avaient été méticuleusement détruites et une partie de l’histoire de la Tunisie avec.

 

Quand a commencé à se révéler l’affaire du 36 rue Botzaris, et particulièrement la nature des données qui y étaient présentes, j’ai commencé moi aussi à suivre les maigres informations qui nous parvenaient (principalement par @MsTeshi) mais je n’avais pas une minute à moi pour me rendre sur place ou approfondir le sujet. Je le pensais même maitrisé…

 

Puis j’ai réussi à trouver un créneau dans mon emploi du temps pour passer sur place (entre deux entretiens d’embauche dont l’un marquera la fin de ma recherche d’emploi, me libérant du temps au passage) et y ai rencontré @leclown qui m’a briefé sur la situation. J’ai ensuite rencontré plusieurs autres personnes suivant le dossier (@MsTeshi via Skype, Olivier Tesquet d’OWNI, Fabrice Epelboin au téléphone, …) et ai proposé que l’on se rencontre tous pour discuter de la suite à donner à l’histoire. C’est là que nous sommes tous tombés d’accord sur le fait que l’urgence était à aider les résidents du 36 avant de s’intéresser aux documents…

 

La suite vous la connaissez, nous sommes allés sur place avons pu constater de nos yeux l’expulsion et avons essayé de parlementer et de trouver des solutions. Par la suite c’est à ces deux rôles et à la médiatisation de l’affaire que je me suis affairé. J’ai une certaine expérience des médias, ayant été moi-même journaliste et ayant été le porte-parole du Parti Pirate pendant un certain temps, aussi ce rôle (qui me paraissait essentiel) m’a été délégué par @MsTeshi présente sur place depuis le début mais encore plus allergique aux médias que moi…

 

Puis se sont passés plusieurs jours (dont le déroulé se trouve ou se trouvera sur ce site) et aujourd’hui j’ai pris la décision de ne plus rester sur place pour ma propre sécurité. Deux éléments ont déclenché cette décision, qui a été extrêmement difficile à prendre, et les deux portent potentiellement atteinte à mon intégrité physique…

 

Hier un des migrants est venu m’informer que l’un des soutiens présents de façon assez régulière avait essayé de lui acheter un objet sorti du 36 (non, pas un document et non je ne dirai pas quoi) pour une forte somme d’argent, ce qu’il a refusé. Je me renseigne donc sur la personne qui finit par apprendre que je suis au courant de ses démarches et me prend à parti de façon plutôt agressive, entouré de 3 amis à lui. Je gère plusieurs choses puis reviens à la discussion et là il me menacera verbalement de mort. J’ai appris depuis que le migrant ne m’avait pas menti, que cette personne était potentiellement en possession d’une arme et qu’il était affilié à un mouvement qui aurait des tendances radicales. Une main courante contre lui va être déposée demain afin que mon avocat face les démarches de mise sous protection policière.

 

Puis aujourd’hui encore j’ai été appelé par un ami à le retrouver dans le quartier. Cet ami a toute ma confiance et est toujours extrêmement avisé et renseigné. Il était accompagné d’un juriste avec qui j’ai aussi déjà travaillé et tous deux m’ont confirmé que l’action à laquelle je participais et ma participation en particulier (je suis connu de plusieurs services de police, en France et à l’étranger, pour mon activisme) déplaisait aux plus hauts lieux de l’état français comme tunisien et que je prenais de très grands risques à dormir dehors, exposé…

Aussi j’ai décidé de ne plus passer la nuit si exposé, même si les Tunisiens eux le sont toujours, et j’attends des conseils de mon avocat et de la police pour savoir s’il est raisonnable de retourner sur Botzaris36 même en journée…

Je continuerai à suivre le dossier de chez moi en attendant meilleure solution et résumerai dès demain les journées manquantes au récit quotidien que je vous ai fait jusque là.

(Source : « botzaris36.org », le 22 juin 2011)

http://www.botzaris36.org/2011/06/pourquoi-je-suis-alle-reste-et-ai-quitte-botzaris36/#more-76


Migrants tunisiens interpellés à Paris: « J’avais entendu parler de liberté »


 

 

Par Céline Rastello

« J’avais entendu parler de liberté et de démocratie. Pour l’instant, je n’ai vu ni l’un ni l’autre » déclare calmement Amir*, 22 ans. Mercredi 22 juin, vers 16h, il se trouve avec une dizaine de Tunisiens à la station de métro Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris. Juste en face du 36, rue Botzaris, où se trouve un bâtiment vide appartenant à l’Etat tunisien, duquel ils ont été expulsés pour la seconde fois jeudi dernier. La plupart des migrants, le visage marqué par la fatigue, sont assis le long du trottoir. Certains fument, d’autres discutent à voix basse. Si un franc soleil a chassé la pluie, la cabine téléphonique, à quelques mètres, sert toujours d’abris à une petite dizaine de sacs de couchages.

14 migrants en garde à vue

Une journée qui ressemblerait presque à celles vécues récemment par ces migrants si 22 d’entre eux n’avaient pas été interpellés dans la matinée dans le parc des Buttes-Chaumont. Parmi eux, 14 ont dans un premier temps été placés en garde à vue, les autres ont été relâchés, sauf un, maintenu en cellule de dégrisement car « en état d’ivresse manifeste », selon la préfecture de police de Paris.

Depuis jeudi 16 juin et l’évacuation du bâtiment situé au 36, rue Botzaris– lors de laquelle plusieurs dizaines de migrants ont été interpellés – certains, qui avaient trouvé refuge dans ce bâtiment appartenant à l’ambassade de Tunisie, dorment dans le parc, tout proche, des Buttes-Chaumont. Comme la nuit dernière.

Certains « ont eu les mains attachées avec un fil de plastique »

« Ce matin, quand la sécurité du parc est venue nous réveiller, certains sont partis tout de suite, d’autres se sont rendormis » raconte Amir, dont les propos sont traduits par un parisien venu donner « un coup de main ». En fin de matinée, la police est arrivée. « Il y avait des voitures de police et des fourgons de CRS. Ils nous ont demandé si on avait des papiers, et ils ont emmené tout le monde » poursuit calmement le jeune homme, qui n’a « pas compris pourquoi » la plupart des Tunisiens, qui, selon lui, n’ont pas opposé de résistance, « ont eu les mains attachées avec un fil de plastique (serre-flex ndlr). » Il ajoute que certains ont été fouillés.

Direction le commissariat du 19e, où un nouveau contrôle d’identité a été opéré. « Ceux qui avaient le document APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière ndlr) avec recours ont été relâchés, les autres sont restés et ont été placés en garde à vue ». Selon une personne du quartier qui soutient ces migrants, les gardés à vue ont ensuite été dispatchés dans les commissariats du 18e et du 10e arrondissement. Contactée par Le Nouvel Observateur, la préfecture de police de Paris ne le confirme pas, mais plusieurs Tunisiens auraient été à leur tour relâchés au cours de l’après-midi.

Un migrant affirme avoir reçu un coup de la part d’un policier

C’est le cas d’un jeune homme qui rejoint alors le petit groupe près du métro. Epuisé, il montre sa lèvre blessée et son pull taché de sang. « Au commissariat, un policier m’a demandé de lever les bras ». Mais celui qui ne parle pas français dit « n’avoir rien compris », ce qui lui a valu, affirme-t-il, « un coup de coude dans la lèvre. » Walid, un autre Tunisien de 26 ans, lui aussi interpellé dans la matinée, explique qu’au commissariat « chaque personne a été vue au cas par cas. » « Ils ont relâchés les mineurs en premier » remarque-t-il, avant de faire part « d’une provocation d’un policier avec un drapeau tunisien appartenant à un des migrants. » Depuis qu’il est à Paris, c’est la troisième fois que le jeune homme est interpellé (il a été interpellé lors des deux premières évacuations du 36 rue Botzaris).

« Des doléances de riverains »

Pourquoi cette intervention policière mercredi 22 juin ? « Cette éviction fait suite à des doléances de riverains et la constatation de dégradations commises sur les grilles du parc » explique la préfecture de police de Paris au Nouvel Observateur. Et les interpellations ? « Sur les 22 ressortissants tunisiens interpellés, 14 ont été placés en garde à vue pour infraction à la législation sur le séjour en France, 8 autres ont été laissés libres après vérification. »

Las, les migrants partagent le même sentiment d’incompréhension. D’autant plus qu’il « y a ce bâtiment vide, en face », au 36 rue Botzaris, qui les nargue et que l’un d’eux montre du doigt avec insistance. Et d’autant plus encore que ces locaux appartiennent à l’ambassade de Tunisie. « Pour ça, j’en veux encore plus à l’Etat tunisien qu’à l’Etat français » confie un migrant. Avant l’évacuation du 16 juin, ce bâtiment, qui fut celui de la section française du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), parti de l’ancien président tunisien Ben Ali, avait déjà été évacué le 7 juin. Certains militants qui y sont entrés affirment qu’il contenait des archives compromettantes. SelonRue89, il pourrait s’agir de pièces bancaires (talons de chèques, courriers,..) mettant en cause des personnalités françaises et tunisiennes.

Qu’en dit l’ambassade de Tunisie ?

Interrogée dans un premier temps jeudi 16 juin par Le Nouvel Observateur au sujet de l’évacuation survenue ce jour-là, l’ambassade de Tunisie expliquait « qu’une décision avait récemment été prise » pour y « transférer certains services de l’ambassade. » A nouveau contactée mercredi 22 juin, l’institution, qui a depuis publiéun communiqué, admet « avoir exécuté les ordres du gouvernement tunisien. » Elle revient sur des « dégradations commises par les migrants. » A ce sujet, une personne qui soutient les Tunisiens évoque « une manipulation, une excuse pour faire évacuer les lieux. » « Notre souci est de loger cette trentaine de Tunisiens qui dort dans la rue » poursuit toutefois l’ambassade. Comment ? « En leur cherchant un logement. » Elle n’a pour l’instant rien trouvé. « On contacte les autorités françaises, la mairie de Paris et les associations » poursuit un autre employé de l’ambassade. Quelles associations ? Il ne souhaite pas en dire plus.

« La question n’est pas de savoir s’ils ont le droit ou pas d’être là »

Douja, jeune Tunisienne vivant à Paris, est auprès des migrants depuis samedi dernier. Cet après-midi aussi. Etudiante en médiation culturelle, elle a passé plusieurs journées et deux nuits à leurs côtés. « La question n’est pas de savoir s’ils ont le droit ou pas d’être là » déclare-t-elle, « c’est de ne pas oublier qu’il y a une déclaration des droits de l’homme, que les lois sont universelles et valables pour tous, et qu’elles doivent être appliquées et respectées quel que soit le statut de la personne. » Déterminée, elle n’admet pas « que ces personnes, qui sont là pour trouver du travail, doivent dépenser autant d’énergie pour trouver quelque chose à manger. » Un de ses collègues qui soutient les migrants s’immisce dans la conversation : « c’est scandaleux, ignoble. Il faut faire quelque chose. »

Une importante mobilisation sur Twitter

Ces migrants bénéficient de l’aide de certains militants et citoyens qui se mobilisent pour leur venir en aide. Parmi eux, deux bloggeurs,@MsTeshi et @Paul_da_Silva, qui ont, entre autres, particulièrement relayé sur Twitter (#Botzaris36) le cas des migrants du 36 rue Botzaris. Le chroniqueur Guy Birenbaum en a fait mardi l’objet de sa chronique sur Europe 1 et l’a relayé sur son blog. Ils alertent l’opinion publique sur le sort de ces Tunisiens, et en appellent aux médias.

Après son départ de Lampedusa, Amir a passé un mois à Vintimille. Il vient de Tunis, et est arrivé à Paris il y a un petit mois. Diplômé en mécanique, il explique, comme une évidence, avoir quitté son pays « pour trouver du travail », et rappelle les salaires tunisiens, qui n’excèdent pas les « 150 euros par mois ». Dans quelle mesure la révolution tunisienne a-t-elle influencé son départ ? S’il avait « envie de partir depuis un moment », Amir n’était « pas pressé. » Suite aux événements, « la situation s’est encore dégradée. » Ça l’a « décidé. »

* les prénoms ont été modifiés

Source : « Le Nouvel Observateur » Le 23-06-2011

Lien : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110622.OBS5691/migrants-tunisiens-interpelles-a-paris-j-avais-entendu-parler-de-liberte.html


Tunisie – Libye : Djerba, refuge cinq étoiles pour immigrés nantis


L’hôtel Radisson Blu, où des dizaines de ressortissants libyens seraient descendus.© Stuart Forster/Rex Fe/Rex/Sipa

Située à deux heures de la frontière libyenne, l’île tunisienne de Djerba accueille de plus en plus de nantis libyens fuyant la guerre. Voire des proches du pouvoir ayant fait défection. Reportage.

Peu avant l’heure du déjeuner, un verre de chardonnay à la main, Absi et son ami Omar racontent comment ils ont fui la Libye pour atterrir dans cet hôtel de luxe tunisien, où ils lézardent au bord de la piscine au milieu des chaises longues. Omar, originaire de Benghazi, foyer de la rébellion, explique dans un anglais parfait comment il a débarqué sur l’île de Djerba pour échapper à « l’horrible épreuve » qu’est la vie sous le régime de Mouammar Kaddafi. « Le pays n’a pas l’air d’aller très bien en ce moment », ironise-t-il, avant de s’excuser et de prendre congé.

Exode massif

Il est facile de deviner pourquoi Djerba, située à deux heures de route et de pont de la frontière libyenne, attire autant les élites cultivées, aisées et mobiles à la recherche d’un refuge confortable pour fuir la guerre civile. Sur l’île des mangeurs de lotus de la mythologie classique, villas, hôtels et discothèques rassemblent désormais opposants, partisans et responsables du régime libyen pour un étrange jeu de rôle sur fond de fin de conflit. « Il y a beaucoup de Libyens qui viennent ici à cause de la crise, explique Oussama, un technicien arrivé de Tripoli. Certains pour se faire hospitaliser parce qu’il n’y a plus de services de santé en Libye, d’autres pour se ravitailler, d’autres encore parce qu’ils ont peur de rentrer chez eux. »

L’afflux vers Djerba est le résultat de l’exode massif vers l’étranger de plus de 100 000 Libyens, selon des chiffres de l’ONU. Ceux qui ont choisi de venir à Djerba ne sont pas tous riches, mais l’île est un lieu attrayant pour quiconque a un peu d’argent, en raison de sa proximité, des vols internationaux et des services de qualité destinés au marché touristique occidental. Aujourd’hui, les groupes de vacanciers européens avides de soleil qui se pressent dans les hôtels de Djerba ont été rejoints par une nuée de Libyens plutôt aisés, reconnaissables à leurs voitures haut de gamme aux plaques minéralogiques blanches. « Toutes les belles voitures sont libyennes », fait remarquer un Tunisien qui contemple rêveusement le parking d’un hôtel bondé de véhicules venus de l’autre côté de la frontière.

Profil bas

Beaucoup de Libyens affirment qu’ils pourraient prolonger leur séjour à Djerba en attendant la fin desfrappes de l’Otan. Certains envisagent même de faire venir leurs proches. Un homme assure vouloir exfiltrer ses jeunes fils, au cas où ils seraient obligés d’aller se battre. Dans le hall de l’hôtel Radisson Blu, Ahmed, un importateur de produits électroniques, explique qu’il songe lui aussi à faire venir ses deux enfants. Il a réalisé que la guerre entre le régime et les rebelles pouvait encore durer un an. « Les bombardements vont s’intensifiant, souligne-t-il. Je ne suis ni pour ni contre Kaddafi, je veux juste être en sécurité. »

Devant le Radisson, une voiture du gouvernement libyen vient rappeler les rumeurs qui ont circulé à propos de l’arrivée de hauts fonctionnaires de la Jamahiriya et même de la femme du colonel Kaddafi, Safia, ainsi que de sa fille, Aïcha. Dans les hôtels et cliniques où des figures du régime seraient descendues, la méfiance et le déni sont de mise. Vu les spéculations insistantes sur la présence de riches et puissants acolytes de Kaddafi, il est en tout cas surprenant de ne pas en croiser sur place. Le directeur d’un hôtel affirme que des dizaines de clients libyens – notamment des partisans du régime – font profil bas parce qu’ils sont en territoire inconnu et redoutent que des ennemis politiques ne les repèrent. « Certains disent qu’ils sont contre Kaddafi, raconte-t-il. Mais quand on les entend parler entre eux, les mêmes disent qu’ils le soutiennent. »

Oiseaux de nuit

Des habitants de l’île et des Libyens prétendent que des personnes aisées proches du régime préservent leur intimité en louant des villas, tandis qu’un homme affirme que les partisans du colonel Kaddafi sont des noceurs que l’on croise rarement dans la journée : « Ils ne sortent que la nuit pour noyer leurs soucis dans l’alcool. »

C’est au casino, où les machines à sous ont été installées à l’entrée, près de la sécurité, que nous avons croisé les premiers Libyens loquaces. Ce sont deux opposants au régime qui insistent pour régler leurs boissons. Alors que l’air de Killing Me Softly With His Song résonne en arrière-fond, l’un des hommes, prénommé Omar, laisse entendre qu’il rechigne autant que la plupart de ses compatriotes à quitter ce petit coin de paradis pour retourner à Tripoli : « Kaddafi va y faire couler beaucoup de sang avant de s’en aller. Je ne m’y sens guère en sécurité. »

Source : « Jeune Afrique »le 23-06-2011

Lien : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2631p054-055-ter.xml0/onu-libye-immigration-mouammar-kaddafitunisie-libye-djerba-refuge-cinq-etoiles-pour-immigres-nantis.html


Tunisie : Le piratage du site de Ghannouchi et le financement des partis


Les sources de financement d’Ennadha sont mises sur la sellette par un hacker. Or un projet de loi relatif à la transparence du financement des partis a été critiqué à la fois par le PDP et Ennahdha. Le Pdp serait-il la prochaine cible des pirates politiques ? A l’approche des élections d’octobre, le feuilleton de l’été ne manquera pas de suspense.

Que le web soit partie prenante dans la vie politique en Tunisie, ce n’est pas vraiment une surprise. Le rôle des réseaux sociaux durant la Révolution a été déjà largement commenté, discuté, à longueur d’émissions télé. Mais voici que les pirates font leur entrée tonitruante dans les débats. Il ne s’agit plus ici du hacking des comptes facebook, tels ceux que l’on a connus sous Zaba. Aujouird’hui, la donne a changé. Les pirates engagés veulent s’en prendre aux symboles de l’ancien régime honni, et à ceux qu’ils considèrent comme des adversaires politiques.

La semaine dernière, on a assisté à une véritable razzia pirate en Tunisie. Le guerillero numérique qui se fait appelé Amin Safi prétend ainsi se débarrasser des derniers symboles de Zaba encore présent sur le web tunisien. Même si en l’occurrence, ce sont des sociétés privées qui ont été le plus atteintes. Et voici qu’un nouvel épisode vient s’inscrire dans ce qu’il faudra peut-être considéré comme le feuilleton de l’été. Et à l’approche des élections prévues pour octobre, le scénario qui se prépare ne manquera sûrement pas de rebondissements.

Ainsi, aux dernières nouvelles, le site officiel de Rached Ghannouchi, le dirigeant du mouvement Ennahdha a été piraté. Dans la matinée du mercredi 22 juin, la page d’accueil de ghannoushi.net a affiché un fond sombre. Et sur ce tableau noir, des questions notées en blanc qui accusent en termes véhéments le mouvement d’inspiration islamique.

Jamba , le hacker anti-nahdhaoui, a choisi de s’attaquer à Ennahdha en les interpelant sur leurs «relations avec Qatar» et sur les «vraies raisons de la visite d’Ennahdha à Washington». On relèvera également que les sources de financement du parti sont mises sur la sellette. A cet égard, le timing choisi par le pirate pour s’attaquer à l’un des partis les plus importants de Tunisie n’est certainement pas le fait du hasard.

Pour rappel, un projet de décret-loi relatif à la transparence du financement des partis politiques a été fortement critiqué à la fois par le Parti démocratique progressiste (PDP), le mouvement Ennahdha et le Parti du congrès pour la République (CPR).

L’agence Tap précise que selon ce projet de décret-loi, «Il est interdit aux partis, de recevoir un financement direct ou indirect provenant d’une partie étrangère ou dont la source est inconnue, ainsi que des aides et des dons d’entités morales privées ou publiques, à l’exception du financement de l’Etat». Mieux : le projet de loi énonce aussi que : «Le projet interdit, aussi, l’obtention d’aides, de dons et d’héritages de personnes physiques dont la valeur dépasse dix mille dinars, pour chaque donateur, et à condition que ces dons ne dépassent pas la totalité des ressources provenant des adhésions des membres». Autant dire que la loi en question risque de chambouler sérieusement la campagne électorale, qui, pour certains, semble déjà avoir commencé avant l’heure.

Mais cette exigence de transparence ne semble pas être au goût du Pdp et d’Ennahdha. Et voici que le débat déjà houleux dans al vie publique s’invite sur le web. La question a déjà fait les frais d’une campagne sur Facebook. D’autant plus que ce sont les deux partis les plus médiatisés, qui ont le plus nettement refusé ce projet de loi. Faudra-t-il donc s’attendre à ce que le site web du Pdp soit la prochaine cible des pirates?

Source : « Tiakiano » Le 23-06-2011

Lien : http://www.tekiano.com/ness/20-n-c/3947-tunisie-le-piratage-du-site-de-ghannouchi-et-le-financement-des-partis.html


Existe-t-il une identité tunisienne autre qu’islamiste?


ParJacques Benillouche

La dictature avait étouffé l’expression du peuple pour mieux le mater. Sous la menace islamiste, comment les Tunisiens parviendront-ils à se réapproprier leur identité?

Après la «révolution surprise», la Tunisie est à la recherche de son avenir. Selon l’expression d’un confrère, après trois semaines passées à Tunis et dans le sud, le pays «manque de discours».

La révolution a été trop rapide pour être prévisible. Elle n’a même pas été rêvée tant elle semblait inaccessible, mais elle parait aujourd’hui orpheline. Les régimes de Habib Bourguiba et de Zine el-Abidine Ben Ali ont éradiqué toute velléité d’initiative de la jeune génération pour décourager les ambitions politiques. Même l’armée a été volontairement délaissée au profit des services de sécurité pour empêcher l’éventuelle émergence d’un colonel séditieux.

Il n’y a pas d’élite dans laquelle on pourrait puiser les dirigeants de demain et la résignation dont ils ont fait preuve a empêché qu’une tête charismatique dépasse de l’ensemble terne d’organisations ou de partis. La révolution a dû rechercher dans les tiroirs de l’histoire quelques septuagénaires —moins mouillés— en état de conduire les affaires du pays car les jeunes n’ont pas été préparés à cet avenir.

Alors, les révolutionnaires ont du mal à prendre des responsabilités dans le nouveau régime car ils n’ont pas d’arguments pour un discours qui n’existe pas et qu’ils sont incapables de déclamer. L’espoir diminue auprès de la population tunisienne qui reste dans l’attente de directives et de propos d’espoir et qui craint que la révolution lui soit confisquée.

Une entreprise de destruction identitaire

Les dictatures qui ont sévi durant plusieurs décennies ont été contraintes, pour se défendre et perdurer, d’étouffer l’identité du peuple pour mieux le mater. Elles ont favorisé l’émergence d’un système élitiste aux ordres du pouvoir en empêchant l’avènement de jeunes pousses capables de conduire les instances dirigeantes.

La révolution a donné au peuple la conscience de sa puissance mais elle ne lui a pas rendu son identité perdue, étouffée par l’ancien régime, et bradée pour l’empêcher d’exister. Le président Bourguiba avait fait de sa lutte contre les autorités religieuses son cheval de bataille. Le rôle de la nouvelle révolution consistera en revanche à réveiller une identité islamique qui pourrait trouver un consensus dans le pays. Modérée, elle pourrait s’opposer à l’intégrisme des factions antagonistes, les Frères musulmans, le Djihad islamique et al-Qaida, qui ont chacune l’inconvénient d’être sous l’influence d’un pays tiers.

La Tunisie avait été le premier pays du monde arabe à œuvrer pour détruire son identité originelle islamique. Le président Bourguiba avait décidé de s’affranchir d’un pouvoir religieux omniprésent qui freinait sa puissance et sa marche vers le modernisme occidental auquel il était attaché par conviction et intérêt. Il avait donc décidé de le combattre de manière brutale, en brisant les tabous, non pas par crainte de se voir supplanté politiquement, mais pour avoir les mains libres, pour marginaliser l’identité musulmane. Il avait donnéaux femmes leur liberté, via le Code de statut personel (PDF), et il avait pris le risque de déconseiller le jeûne du ramadan aux travailleurs, de fustiger le port du voile, le «chefchari» tunisien. Cette marche forcée vers l’occident lui avait d’ailleurs valu les foudres des autorités de laZitouna qui ont fini par se plier aux injonctions du «combattant suprême».

Habib Bourguiba avait opté pour la destruction des piliers de l’identité arabe en abolissant les tribunaux islamiques et en favorisant l’apprentissage de la langue française, la langue coloniale. Il voulait que les institutions de l’Etat rompent toute référence aux racines islamiques. Aidé des caciques de son parti, il avait ainsi créé une élite politique, aux ordres, qui n’a pas généré de relève. Les islamistes étaient traqués, combattus, exilés, emprisonnés, tandis que toute référence à la religion était considérée comme un acte de défiance à l’égard du régime. L’islam était devenu l’ennemi du peuple et tout tunisien qui s’en référait devenait suspect. Le paradoxe aujourd’hui tient dans le fait que les femmes, qui ont été libérées à l’avènement de l’indépendance, veulent par réaction marquer leur originalité en s’affichant à nouveau avec le voile, moins par conviction que par provocation.

La menace islamiste

Mais elles craignent que la réactualisation de cette identité perdue passe par l’avènement au pouvoir des extrémistes. Alors les pionnières, qui étaient au premier rang des manifestants et qui ont lutté pour la chute du régime, ont prévenu qu’elles défendront leur statut avec la même énergie qu’elles ont combattu la dictature à l’instar de la journaliste Racha Tounsi, en tête des cortèges pour manifester et pour soigner les blessés. Mona Ben Halima, ancienne élève du lycée Louis-le-Grand à Paris avait exploité l’arme d’internet pour rameuter les jeunes et pour informer la presse française.

Le 5 avril 2011, des militants islamistes ont investi l’hôpital de La Rabta à Tunis, en insultant les infirmières et les femmes médecins non voilées. La menace étant claire, elles ont décidé de s’organiser pour prendre part aux nouvelles réalités. Elles ont convaincu les dirigeants qu’ils devaient reporter les élections car, si elles avaient lieu à la date fixée, les islamistes, en tant que seuls militants organisés et structurés, auraient la majorité. Le fantasme de l’avènement d’une république islamique n’est pas exagéré. La Tunisie n’est pas à l’abri de troubles à l’algérienne, car l’ex-ministre de l’Intérieur du gouvernement tunisien de transition,Farhat Rajhi, a suscité un vif émoi en dénonçant la préparation d’un «coup d’Etat militaire» dans le pays en cas de victoire des islamistes aux élections.

La Tunisie, qui s’est définie à l’origine comme un Etat évolué, émancipé et modéré, n’a plus le choix qu’entre le salafisme des islamistes radicaux et le modernisme hérité des occidentaux. Des intégristes tunisiens revendiquent à présent ouvertement le droit à un Etat islamique radical. Ils veulent parvenir à leurs fins en instituant le désordre en Tunisie, en manifestant avec violence, en harcelant les femmes au travail et en s’attaquant aux touristes symboles de la décadence de l’occident. Ils feignent d’ignorer que l’économie du pays est totalement dépendante de l’apport des occidentaux mais ils comptent les remplacer en s’appuyant sur leurs alliés intégristes étrangers. Interdits pendant le régime précédent, les hommes barbus envahissent à présent les rues et les femmes n’hésitent plus à se couvrir d’une tenue noire qui ne figurait pas dans la tradition de la culture tunisienne. Aujourd’hui, la Tunisie laisse filtrer un profond pessimisme sur son avenir.

Source : « Slate Afrique » Le 23-06-2011

Lien : http://www.slateafrique.com/2779/identite-tunisienne-islamiste-benali


Hichem Guerfali, «Les sondages tels qu’ils sont faits en Tunisie sont une offense à l’intelligence des Tunisiens»


Depuis la révolution, une dizaine d’instituts multiplie les sondages si bien que ceux-ci apparaissent comme des outils de connaissance et d’expression politiques. Ces sondages sont-ils inoffensifs et fiables? Qui les contrôle? Qui les paye et commande? Dans un pays sevré de libertés depuis plus de 5 décennies, les sondages apportent-ils de la visibilité ou au contraire brouillent-ils les représentations?

Entretien avec Hichem Guerfali qui ose dire tout haut ce que certains pensent tout bas. Directeur Général de 3C Etudes institut de sondages, ce professionnel estime que les sondages d’opinion politique peuvent être manipulateurs. Mal faits, biaisés, sans contexte juridique qui les cadre et sans outils de contrôle, ils pourraient phagocyter la vie politique et la démocratie naissante dans un pays fragilisé par la multiplication des partis politiques, l’immaturité des électeurs, …

WMC: Il ne se passe pas une semaine sans qu’un sondage ne soit publié. Que valent-ils ? Sont-ils fiables ? Combien de temps faut-il pour en faire un?

Hichem Guerfali : Avant de se poser cette question, je me demande pourquoi on ne met pas en question leur rôle. En a-t-on besoin dans un moment si crucial pour notre pays? En plus du fait que personne ne les vérifie, rares sont ceux qui se posent les bonnes questions quant à leur fiabilité et au respect des règles avec lesquelles ils devraient être faits. Faut-il prendre pour argent comptant des sondages sans règles?

Autrement dit, doutez-vous de leur fiabilité? Vous avez déclaré être pour leur interdiction, du moins jusqu’à la Constituante.

J’ai commencé par émettre un vœu il y a deux mois. Celui-ci consiste en un contrôle des sondages au niveau de la conception du questionnaire, de son échantillonnage, de la collecte des données et de la rédaction du rapport et du communiqué. J’ai proposé un contrôle par une commission de journalistes et de membres de la société civile formés à cette tâche.

Comme rien n’a évolué depuis, j’en appelle désormais à la publication d’un décret-loi interdisant la publication des sondages d’opinion dans les médias. Il s’agit de les limiter à l’usage privé des partis et d’autres acteurs au moins jusqu’à la date des élections de la Constituante.

Pourquoi?

Pour deux raisons essentielles. D’abord, je suis convaincu, comme une bonne partie des experts du secteur dans les pays démocratiques, qu’ils phagocytent le débat démocratique. Même quand ils sont bienfaits. La deuxième raison réside dans leur pouvoir de nuisance quand ils ne sont pas correctement faits, de surcroît dans une démocratie naissante. Or, il est malheureux de constater l’état du secteur à des exceptions près. Ces sondages sont une offense à l’intelligence des Tunisiens.

Expliquez-nous…

Les particuliers, les médias et les entreprises doutent des sondages en Tunisie depuis longtemps. Ils posent problème et font polémique. Il est étonnant qu’aucun expert n’en ait fait un diagnostic circonstancié et expliqué clairement leur vraie valeur.

Pourquoi ne pas l’avoir fait vous-mêmes alors ?

Etant nous-mêmes un institut d’études, notre position était et demeure délicate pour dénoncer les lacunes. Il n’est pas question de porter préjudice ou de calomnier des collègues. La situation est très gênante, mais c’est le métier dans son ensemble qui a été sérieusement malmené par autant de silences, de complaisances et d’abus.

De notre côté et avec des compétences à 100% tunisiennes que nous avons formées en interne, nous arrivons à tenir la dragée haute à un niveau international. Cependant, je me dois de mentionner que nous avons attiré l’attention sur certaines pratiques en 2008 mais le marché s’en accommodait.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire. Des études marketing, nous sommes passés avec les mêmes pratiques aux sondages d’opinion.Cela est très dangereux pour la Tunisie. Plus personne ne doit et n’a le droit de se taire. Ça serait dangereux, voire criminel!

Justement, que faut-il dénoncer?

Un sondage est une chaîne composée d’au moins neuf maillons. Sans rentrer dans les détails techniques, disons qu’en Tunisie, à part les 2 premiers quotas (sexe et âge) qui sont très faciles à respecter, les sondages ne respectent pas clairement les règles. Bien que certains instituts annoncent respecter certains quotas comme les régions ou les milieux urbains ou citadins… on ignore quasiment tout des autres paramètres…

 

La plus grande des carences se situe au niveau des CSP. C’est surtout sur ce point que les défaillances sont les plus flagrantes. Construire un échantillon ne consiste pas à annoncer ce qu’on a obtenu à la fin du sondage et encore moins à respecter des taux autoproclamés. II s’agit de respecter dans l’échantillon les mêmes pourcentages qui se trouvent au sein de la population tunisienne, en se basant sur des statistiques nationales fiables. Ces CSP sont une pure invention… Ils n’existent tout simplement pas!

Pourquoi dites-vous que les sondages sont une offense à l’intelligence du Tunisien?

Il arrive tout le temps et partout que des personnes ne respectent pas la légalité, les meilleures pratiques ou la déontologie. Par contre, ce qui est offensant, c’est que ces pratiques, qui obéissent pourtant à des règles basiques, soient systématiquement violées et depuis si longtemps et sans qu’aucune voix ne se soit élevée pour dénoncer cette ignominie.

D’ailleurs, l’absence de réaction est tout aussi époustouflante! Bien au-delà des sondages, cela voudrait dire que l’on peut potentiellement raconter n’importe quoi dans n’importe quel domaine. Il suffirait d’en maquiller un peu la forme. Il suffirait de l’entourer de mystérieux acronymes. Personne ou presque ne réagit!

Mais qui contrôle les sondages? Y a-t-il une autorité qui les valide?

Pour une fois, on peut se targuer d’être l’un des pays les plus libéraux du monde. Dans les sondages, on fait ce qu’on veut et on ne risque rien.Même pas l’opprobre, si le travail n’est pas à la hauteur. Il n’y a pas de législation régissant le secteur des sondages d’opinion, ni d’organisme chargé de donner un avis et encore moins de valider les sondages publiés. Remarquez qu’il est assez difficile de valider après coup. Même dans les pays qui ont des traditions en la matière, on se limite à valider le contenu de la notice technique essentiellement.

Combien coûte un sondage d’opinion politique? Qui en sont les commanditaires? Si ce sont des partis politiques, ceux–ci peuvent-il les influencer?

Un sondage d’opinion coûte entre 10 et 14.000 dinars s’il est correctement fait par téléphone et 4 à 5 fois plus au minimum en «face à face». Les partis politiques en commandent pour leurs propres besoins. Dans ces cas là, les résultats ne sont pas toujours publiés et il n’est de l’intérêt de personne de les influencer.

Les médias commandent également des sondages d’opinion, généralement en tandem avec de grandes entreprises. Dans ces cas là, les résultats sont systématiquement publiés. La tentation d’interpréter d’une manière orientée voire de manipulation est évidemment plus grande.

Comment y voir plus clair avec les sondages concernant les partis politiques tunisiens? On remarque que dans de nombreux sondages certains partis se démarquent d’autres.

En Tunisie, c’est une hérésie que de parler de grands partis. Sans révéler de secrets, il y a un parti qui se démarque et semble plus fort que d’autre. Sauf qu’il l’est moins qu’on ne le laisse entendre. Rien que d’affirmer cela est un début d’influence.

L’impact de pareilles déclarations n’est pas négligeable sur la vie médiatique et politique tunisienne. Aujourd’hui, il faut que tous les fassent de leur mieux et que les meilleurs gagnent.

Quel est le rôle des sondages dans une démocratie naissante? En Tunisie post révolution, ils sont largement utilisés par les médias. Ne peuvent-ils pas constituer un miroir déformant au travers de questions simples ou orientées et de chiffres ronds? D’ailleurs, les medias en raffolent et ne parlent jamais de leurs risques d’influence. Pourquoi?

Il faut savoir qu’un sondage va généralement de pair avec les médias. Les médias sont la chambre d’écho des sondages et ils en sont mêmes les amplificateurs. Les médias sont friands des sondages puisqu’ils permettraient de connaître l’équilibre des forces à un instant déterminé. En fait, ils ne sont qu’une image à un instant “T“ alors qu’ils sont souvent interprétés comme une vérité portant le sceau de la «science». Ils sont perçus comme «La Vérité».

Même dans les pays démocratiques, ce sujet reste encore discutable. Sincèrement, en tant que professionnel, je considère que les sondages nuisent gravement aux démocraties naissantes.

Leur substance ainsi que l’interprétation qui en est souvent faite asphyxient les jeunes partis politiques pas ou peu connus. Ils tuent dans l’embryon des espoirs et contribuent à figer des dynamiques prêtes à procréer. Ils peuvent se rendre coupables d’empêcher la démocratie de s’émanciper.

Le public, les partis politiques, les médias et souvent même les sondeurs ne sont pas conscients de cela. Certains préfèrent ignorer cette dimension. Cela se fait d’autant plus facilement qu’il peut y avoir d’énormes intérêts économiques et politiques en jeu.

Dans quelle mesure et qui peuvent-ils influencer? Les experts penseraient-ils pour nous? Comment s’oriente un sondage?

Les sondages n’ont aucune influence sur les personnes convaincues. Celles qui ont pris leur décision de voter pour tel ou tel parti ou candidat. Ils influencent par contre une partie des personnes hésitantes et indécises. Ces personnes représentent généralement 50% des votants dans les «vieilles» démocraties, avant le scrutin.

En Tunisie, il est peu probable qu’on échappe à cette règle. Quelle est la proportion de ces hésitants et indécis? Qui sera influencée au point d’aller voter pour un candidat bien déterminé? Il est difficile de le savoir avec précision, mais ce qui est sûr, c’est que cette proportion est non négligeable. Il est fort probable qu’elle pèse autant que le parti qui a le plus de poids dans le paysage politique.

Les sondages seraient presque un parti à part entière?

L’inconvénient, c’est qu’il s’efface au dernier moment et s’offre souvent au plus offrant. Il n’est pas rare d’observer des manipulations ou des interprétations tendancieuses, surtout qu’il y a toujours matière à le faire dans le cadre de ce qu’on appelle le redressement. Celui-ci consiste à essayer de corriger le fait que certains électeurs préfèrent taire leur choix, honteux ou indicibles. En Tunisie, on n’y échappe pas.

A mon avis, le problème est même plus complexe encore, car le Tunisien n’a pas l’habitude de donner librement son opinion, sans risquer de perdre sa liberté. Bien que faisant partie des sondages d’opinion, le redressement est tout sauf scientifique. A qui le veut, il offre un boulevard d’interprétations possibles où on peut orienter à souhait, dans le sens que l’on désire. En France, c’est cela qui a amené tous les sondeurs à ne pas trouver les deux finalistes en 2002, comme souvent dans les élections précédentes. Mais les médias et les politiques sont très tolérants et oublient vite, dès lors qu’il y a moyen de faire business!

Source: “Business News” Le 23-06-2011

Lien : http://www.webmanagercenter.com/management/article-107130-hichem-guerfali-les-sondages-tels-qu-ils-sont-faits-en-tunisie-sont-une-offense-a-l-intelligence-des-tunisiens


Les raisons du boycott d’Ennahdha des travaux de la Haute Instance


 

Les représentants du Mouvement « Ennahdha » ont boycotté la séance de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, qui a eu lieu, mercredi en fin de matinée, au Bardo.

La séance a été consacrée à l’examen du projet de décret-loi portant organisation des partis politiques.

« Le boycott des travaux de la séance intervient suite aux irrégularités flagrantes constatées au niveau de l’action de l’instance qui a dévié de ses objectifs et de sa mission », ont soutenu les membres du mouvement « Ennahdha ».

M. Sahbi Atig, représentant du mouvement a affirmé, que « le mouvement rectifiera sa position à l’égard de l’instance et que cette position sera soumise aux structures de base du parti pour prendre une décision finale au sujet du maintien ou de la suspension de la participation du mouvement au travaux de l’instance. »

Faisant allusion aux partis favorables à la discussion du projet de décret-loi relatif à l’organisation des partis politiques, M. Noureddine Bhiri a indiqué qu’une minorité de partis au sein de l’instance, dépourvus de base populaire, tentent d’imposer leurs vues sur l’ordre du jour de l’instance.

Au sujet du pacte républicain, M. Bhiri a accusé certaines parties politiques, représentées au sein de l’instance, de plaider en faveur de la normalisation des relations avec l’Etat d’Israël, réaffirmant que le mouvement « Ennahdha » rejette ce principe et estime l’énonciation du refus de la normalisation comme étant une donne fondamentale qui ne peut faire l’objet de polémique ou de controverse.

Source : « Tunisie Numerique » Le 23-06-2011

Lien : http://www.tunisienumerique.com/


Free, but Unemployed, in Tunisia


Houcim Hani stood on Sunday in this central Tunisian city a few steps away from the spot where the 26-year-old street vendor Mohamed Bouazizi set himself on fire on the morning of Dec. 17 last year, and recalled the events that ushered in the revolt now known as the Arab Spring.

He recalled, too, his own son’s attempt at self-immolation.

“He lost the sight in one eye and is now waiting to have an operation,” said Mr. Hani, adding that the 18-year-old student’s suicide attempt was born from “dissatisfaction” about the future.

“A lot of young people have tried to follow Bouazizi,” he said.

Mr. Bouazizi, who died in early January, is now a martyr on the dusty streets of Sidi Bouzid, where walls have been painted with slogans like “Stand Up for Your Rights” and commemorative plaques proclaiming “Liberté” have been nailed to bus shelters.

Still, five months after the popular uprising that led to the ousting of the former dictator, Zine al-Abidine Ben Ali, there are signs that the early euphoria is diminishing.

In a protest over the lack of jobs, the root cause of the uprising, graduating students have glued their diplomas — about a dozen of them — to the entrance of the town’s municipal offices.

Locals say Mr. Bouazizi, who had worked at several jobs since he was 10, may never have intended to kill himself — that his death resulted from a protest gesture that went wrong.

Still, suicide has become a frequent occurrence in Sidi Bouzid, and throughout the country, since he died. According to a recent report in Le Temps, a French-language newspaper, there have been 111 self-inflicted deaths since January, 69 of them by self-immolation and 58 by people aged 15 to 25.

“A young man I knew threw himself from a building,” said Ahmed Cherih, speaking outside a cafe in Sidi Bouzid.

“The only winners in this revolution are the police,” said Mr. Cherih, 39, who described himself as a graduate who had been without a job for years. “They earn even more money now, but we have nothing.”

At a Tunisian investment forum in Tunis last week, politicians, foreign dignitaries and business executives discussed how to create the economic prosperity needed to underpin a successful transition to democracy.

While the issue of the current rash of suicides was missing from the debate, Mustapha Kamel Nabli, governor of the Central Bank of Tunisia, warned that the gap between the expectations of educated young Tunisians and what the economy could offer them had deepened since the revolution.

The ongoing conflict in neighboring Libya has not helped, he noted.

Despite hopes for stronger medium- to long-term growth and pledges of billions of dollars in international financial aid, the current business climate “is deteriorating,” Mr. Nabli said.

“Some companies have offered their staff a salary increase, but this is not the majority,” he added. And before things get better, “more youth will be on the job market looking for solutions to their problems.”

“If there are no job opportunities the political transition will be questioned by the youth,” Mr. Nabli said. “Foreign investors must act quickly.”

An estimated 80,000 university graduates are due to come onto the job market this year.

Tunisia is counting on foreign investment in sectors like tourism, agriculture, renewable energy and textiles to help reverse its economic slide. And its interim government is keenly aware that the outside world is watching the country for clues to the future of the Arab Spring.

“If democratic change doesn’t succeed in Tunisia, then it has no hope of doing so elsewhere,” Beji Caid-Essebi, the interim prime minister, said in an opening speech to the forum.

Tunisia is on track toward a major milestone in its transition to democracy, with legislative elections scheduled for October.

On the economic front, Mr. Caid-Essebi said the country would do its best to ensure that the “climate is favorable to those who want to come and do business here.”

But political and economical reforms may not be enough to create and sustain jobs, said some executives at the conference. A sea change in the mentality of young job seekers will be critical to ensuring any real progress, they said.

One of the legacies of the Ben Ali era is an overeducated youth with high expectations. Critics say the former government encouraged young people to collect multiple diplomas as a way to keep them off the job market, while ignoring the real needs of the economy.

“The problem in all countries in North Africa is that education has no connection with the needs of business,” said Adrian Savulescu, a German businessman and chief executive of Prasav, a consulting firm.

Mr. Savulescu cited a dire shortage of plumbers, carpenters and electricians. “German firms, for example, can’t use most graduates,” he said. “There is no point hiring someone from a big university who can’t mend a sewing machine. It’s easier for them to hire untrained, unspoiled people and train them up for two or three years.”

Radhouane Ben Farhat is a 28-year-old who worked while studying for a degree. He says that experience helped him find a job as a consultant at Eco-presence, an environmental consulting agency.

Mr. Ben Farhat agrees that the education system “badly evaluated the market’s demands.” The result, he said, is a generation that, even when it finds a job, often does not stick with it, and is poorly prepared for workplace discipline.

“I always worked during my studies,” he said, but “the majority of students were more interested in partying or going on holiday.”

Still, that may be changing in the new Tunisia. “I want to be an accountant, like my father,” said Oussama Cherni, 18, who hopes to study economics at university but in the meantime is gaining workplace experience at his brother’s jewelry shop in the bustling souk of the Tunis medina.

Mr. Cherni realizes he is one of the lucky ones.

“If it doesn’t work out as an accountant, I can always work for my brother,” he said. “But some of my friends from my district, who have diplomas, have had to go to places like Italy and France to find work.”

Source: “The New York Times” Le 23-06-2011

Lien: http://www.nytimes.com/2011/06/23/world/africa/23iht-M23-TUNISIA-JOBS.html?_r=1&pagewanted=2

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