20 avril 2011

TUNISNEWS
10 ème année, N°3984 du 20.04.2011


ACAT France: Éradication de la torture en Tunisie –

15 recommandations au gouvernement tunisien AFP: La Tunisie se cherche une justice post-révolutionnaire sans haine Reuters: La France débloquera 350 millions de prêts pour la Tunisie


REVUE DE PRESSE

Communiqué de presse ACAT France
Paris, le 20 avril 2011

Éradication de la torture en Tunisie : 15 recommandations au gouvernement tunisien


Malgré les promesses de changement formulées par le gouvernement provisoire, le phénomène tortionnaire en Tunisie demeure très préoccupant. Les agents des forces de l’ordre suspectés de crimes de torture sont toujours en liberté et, pour la plupart, en exercice et le recours à la torture est, aujourd’hui encore, une pratique courante. Si les déclarations du gouvernement tunisien concernant la lutte contre la torture sont encourageantes, elles doivent s’accompagner de réformes institutionnelles et législatives en profondeur.
Fruit d’un travail de réflexion mené dans la suite de la révolution, l’ACAT-France, l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), Liberté et équité, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) et l’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT) publient aujourd’hui un document présentant 15 recommandations au gouvernement tunisien pour mener à bien la lutte contre l’impunité et l’éradication du phénomène tortionnaire :
1. Adopter un décret reconnaissant le recours massif à la torture sous le régime de Ben Ali
2. Créer des chambres spécialisées dans le traitement des crimes graves commis par des agents publics
3. Préserver les archives
4. Prévoir la responsabilité pénale des commanditaires et complices du crime de torture
5. Prévoir l’imprescriptibilité du crime de torture
6. Adopter un mécanisme national de prévention de la torture
7. Introduire le crime de disparition forcée dans le droit pénal tunisien
8. Permettre la révision des procès ayant pris en compte des aveux prononcés sous la contrainte
9. Suspendre le délai de prescription de l’action publique
10. Contraindre le juge à enquêter à charge et à décharge
11. Donner la possibilité aux avocats de témoigner dans les affaires de mauvais traitements et de torture
12. Permettre aux associations de défense des droits de l’homme de se constituer partie civile dans les procès pour atteintes aux droits de l’homme
13. Créer un fonds d’aide juridictionnelle
14. Créer un fonds d’indemnisation des victimes
15. Créer un organisme d’assistance médicale, psychologique et sociale aux victimes
Retrouvez le détail des 15 recommandations à l’adresse suivante :
http://www.acatfrance.fr/actualites.php#Tunisie-:-15-recommandations-pour-eradication-de-la-torture
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La Tunisie se cherche une justice post-révolutionnaire sans haine


De Jacques LHUILLERY (AFP) – Le 20 avril 2011
 
TUNIS — La question a été ravivée par l’exemple de l’Egypte, qui a fait sa révolution après la Tunisie, et où les procédures judiciaires contre l’ancien président Hosni Moubarak et ses fils se sont accélérées.
 
M. Ben Ali, son épouse et des proches ont réussi à fuir, quelques dizaines de personnes sont derrière les barreaux, d’autres acteurs du régime balayé le 14 janvier sont toujours en liberté.
 
Dix-huit actions sont intentées contre Zine El Abidine Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite. Depuis le 8 avril, ses ex-ministres et conseillers sont interdits de quitter le pays, ainsi que les personnes impliquées dans des affaires de corruption.
 
Le dernier secrétaire général du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD, le parti de Ben Ali dissous en mars) Mohamed Ghariani a été arrêté le 11 avril, et deux jours plus tard c’était au tour d’un ex-secrétaire général et ex-ministre du transport, Abderrahim Zouari, pour « détournement de fonds publics » et abus de pouvoir.
 
Une liste de personnes à arrêter circule aussi sous le manteau.
 
Mais, au sortir de 23 ans d’un régime basé sur le « flicage » de la population et la torture, les autorités de transition doivent trouver un juste milieu entre une chasse aux sorcières qui emporterait tous ceux « estampillés Ben Ali » quels que soient les degrés de responsabilité – tortionnaires, politiques, ou simples profiteurs – et une action résolue mais dont la lenteur serait sans doute perçue comme de la complaisance.
 
« Je ne crois pas à la justice expéditive et collective », dit à l’AFP le premier ministre Béji Caïd Essebsi, y compris pour purger l’appareil judiciaire hérité de l’ancien régime. Il préconise juste un « coup de tamis ».
 
Plus récemment, déclarait-il à un hebdomadaire français, la justice « ne va pas aussi vite que nous l?aurions souhaité, mais je préfère cela à l?injustice ».
 
Une dizaine de magistrats connus pour leur « allégeance » au système Ben Ali ont récemment été démis, selon le ministre de la justice Lazhar Karoui Chebbi. Mais, comment enquêter et poursuivre en justice les auteurs de crimes et d’abus commis sous Ben Ali sans esprit de vengeance et en respectant les droits de l’Homme et de la défense?
 
Récemment, des responsables politiques, des avocats et magistrats tunisiens et internationaux ont planché à Tunis sur la notion de « justice transitionnelle » avec pour thème « aborder le passé, construire le futur ».
 
La Commission indépendante « d’investigation sur les violations et abus » commis depuis le 17 décembre (la répression jusqu’au 14 janvier, ndlr) ne peut « aucunement remplacer l’institution judiciaire », a affirmé son président Taoufik Bouderbala, et son principal objectif est « la recherche de la vérité ».
 
Mais pour Mokhtar Yahyaoui, un magistrat radié en 2001 pour avoir osé réclamer par écrit à Ben Ali l’indépendance de la justice, celle-ci n’est toujours pas libre: « tout est fait pour la maintenir sous la tutelle du pouvoir exécutif et avant de parler de justice transitionnelle il faudrait parler de justice tout court », dit-il à l’AFP.
 
En réclamant des procès équitables pour les anciens pontes du régime déchu, un autre avocat, Amin Ben Khaled, estime qu' »en l’absence d’un minimum de droit, la brise révolutionnaire risque de devenir un ouragan totalitaire (…) qui balaiera le fragile processus de transition démocratique ».
 
« La justice ne doit plus faire peur aux pauvres, mais à ceux qui ont le pouvoir. Nous avons connu le noir, nous allons vers le blanc », assure Me Yahyaoui.

La France débloquera 350 millions de prêts pour la Tunisie


Reuters – Publié le 20/04/2011 à 20:40
TUNIS (Reuters) – La France débloquera 350 millions d’euros de prêts en faveur de la Tunisie, a annoncé mercredi le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.
« La France va débloquer 350 millions d’euros de prêts pour la Tunisie dans la période 2011-2012 par l’intermédiaire de l’Agence française de développement », a-t-il dit lors de la première visite d’un chef de la diplomatie française dans ce pays depuis le départ du président déchu Zine Ben Ali.
Alain Juppé a également justifié les mesures prises par Paris pour empêcher les immigrés clandestins en provenance de Tunisie qui débarquent en Italie de rejoindre la France.
« Nous accueillons chaque année 200.000 immigrés (…) mais nous ne pouvons pas accepter l’immigration clandestine », a-t-il dit. « Nous avons déjà des problèmes, on a du chômage. »

Tunisie: Boris Boillon tient bon, Juppé en renfort


 

Donné « grillé » après des débuts laborieux, Boris Boillon, l’ambassadeur de France en Tunisie, dont le nom du remplaçant commençait à circuler a finalement conservé son poste. Attendu à Tunis le 20 avril, Alain Juppé aura fort à faire pour clore définitivement une séquence marquée par le flou diplomatique et relancer des relations franco-tunisiennes tendues.

Beaucoup ne donnaient pas cher de sa peau. « Boris Boillon, un petit tour en Tunise et puis s’en va ? » titrait Mediapart le 8 avril 2011. C’est peu dire que dans les médias et les milieux diplomatiques, ces derniers temps, la cote du Sarkoboy n’était pas très élevée. L’ambassadeur ne s’était pas facilité la tâche, multipliant les bourdes dès son arrivée à Tunis.Le nom de son successeur circulait avec insistance dans les couloirs du quai d’Orsay et sur certains sites: Yves Marek, enfant de la résistance tunisienne, secrétaire général adjoint de la conférence des ambassadeurs, diplomate de formation.Une simple rumeur diffusée par des oiseaux de mauvaise augure selon l’ambassadeur en place. Certes depuis la chute de l’ancien régime, les ministres défilent. Six au total: Dominique Lagarde, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Pierre Lellouche, Eric Besson et Frédéric Mitterrand. Mais pas de « poids lourds » à l’horizon. Ni Sarko, Ni Fillon, ni Juppé n’ont foulé le sol tunisien depuis le renversement de Ben Ali. Et surtout les pâles promesses d’aides au pays déçoivent.

Pourtant la France a de quoi se faire pardonner après sa gestion calamiteuse de la révolution de jasmin. Le manque d’empressement affiché par le nouveau Ministre des affaires étrangères à faire le déplacement de Tunis commençait même à susciter quelques soupçons. Attendu avant le 9 avril, Alain Juppé aurait reporté sa visite suite au coup de froid créé par l’ambassadeur Boris Boillon dans la capitale tunisienne et en raison des crises libyenne et ivoirienne. Le 22 mars, lors d’une audition du ministre des affaires étrangères sur la Libye, des sénateurs représentants les français de l’étranger auraient encore demandé la révocation de l’Ambassadeur à Alain Juppé. Invité par l’Ecole de journalisme de Lille, Bernard Valero, le porte parole du quai d’Orsay réaffirmait pourtant le 8 avril qu’en Tunisie, la France rattrapait le temps perdu. Et d’ajouter : « l’ambassadeur en place garde toute la confiance du ministère pour coordonner ce plan ».

« La Tunisie n’est pas abandonnée »

Après ses débuts « en fanfare », Boris Boillon s’est fait plus discret. Celui qui se disait le « premier ambassadeur twitter » n’a plus posté un tweet depuis le 20 février. Et la photo du diplomate chippendale’s a disparu du site copains d’avant.com au grand dam de ses admiratrices… Contacté par Marianne2 quelques jours après la parution de l’article de Médiapart, l’Ambassadeur ne se montrait guère inquiet quant à son éventuel « déplacement », reconnaissant des erreurs de communication à son arrivée. Sur un plan plus technique, la demande d’agrément au ministère des affaires étrangères tunisien n’a jamais était effectuée comme le veut la tradition diplomatique. « Il n’y a là rien d’anormal. En Tunisie, cela n’a lieu qu’une fois par an et il y a d’autres ambassades où cette cérémonie des lettres de créance n’a pas eu lieu »estimait Boris Boillon. Pas très loquace et fidèle au poste, Boillon continuait sa mission diplomatique en bon soldat, poursuivant son tour de la Tunisie et notamment des villes touristique pour s’assurer de la possibilité de lever –sans risques- les restrictions qui pesaient alors sur le pays. Pierre angulaire de l’économie tunisienne, c’est par le tourisme que la Tunisie espère se relancer. Intronisé le 1er mars, Alain Juppé aura donc attendu le mercredi 20 avril pour aller à Tunis, où il restera deux jours. Au menu : rencontre avec les président et Premier ministre par intérim, Foued Mebazaa et Béji Caïd Essebsi, avec son homologue Meldi Kéfi.

 

France-Tunisie: des dossiers explosifs

Plusieurs sujets sur la table. Le premier concerne les moyens que mettra la France à la disposition des tunisiens pour les aider dans leur transition démocratique. Lors d’un colloque sur le « printemps arabe » organisé le 16 avril à l’Institut du monde arabe, Alain Juppé s’est engagé pour une aide économique rapide avant d’ajouter : « La Tunisie n’est pas du tout abandonnée. Nous faisons beaucoup d’efforts pour l’aider ». Au programme également, l’éventualité d’une relance de l’Union pour la Mediterranée. La question a été abrodée lors d’une réunion au quai d’Orsay des ambassadeurs en poste dans des pays arabes. Le 12 avril dernier, Serge Telle, l’ambassadeur de l’UpM recevait discrètement à l’Elysée Ghazi Mabrouk, coordinateur de l’Alliance Economique Européenne, un lobby international dont il est vice-président. Son interlocuteur français lui a réitéré la détermination de la France à démentir les pronostics de disparition de l’UpM. La question la plus délicate concerne la gestion de l’immigration tunisienne. La presse tunisienne n’est pas tendre avec la France sur la question des émigrés tunisiens: « En ces temps durs où la diplomatie tunisienne a tiré son épingle du jeu, la réaction française n’est pas à la hauteur de son image, et j’avoue que Silvio m’a agréablement surpris, bien que je considère que tout ce qui se passe soit malheureux, car quitter son pays dans ces conditions à bord d’une felouque, on ne le souhaite à personne » écrit l’éditorialiste du journal économique WMC après les dérapages du gouvernement français de MAM et l’interdiction par le France de traverser ses frontières aux immigrants tunisiens de Lampedusa, et ce malgré l’autorisation de se déplacer librement dans tout l’espace Schengen. Juppé tentera probablement de « calmer le jeu » comme il en a fait la démonstration à l’Institut du Monde arabe:« parlons ensemble de ce qu’est la laïcité, pour vous, pour nous, peut-être pourrons-nous nous retrouver sur un terrain commun. La France dispose d’un formidable outil diplomatique pour y parvenir et je voudrais saluer nos ambassadeurs de la région Afrique du Nord – Moyen-Orient dont j’ai dit qu’ils s’étaient réunis hier à Paris et qui ont assisté avec beaucoup d’assiduité à ce colloque. Nous devons simplement réorienter nos instruments en ce sens, qu’ils soient politiques, économiques ou culturels. Aujourd’hui, c’est toute notre politique à l’égard du monde arabe que nous devons repenser». Un voyage diplomatique dont la portée politique interne pourrait également se révéler déterminante selon le chercheur Pascal Boniface : « Alain Juppé a su remettre au centre du dispositif la diplomatie française qui a souffert du passage de ministres contestés et qui ne s’étaient pas affirmés politiquement. Depuis sa nomination, il a beaucoup fait pour réparer les erreurs de ses prédécesseurs. Mais pour pleinement réussir son action extérieure, il doit également l’emporter sur le ministre de l’Intérieur. La France ne pourra pas être en phase avec le printemps arabe si son discours sur l’immigration fait plus de bruit que celui de sa compréhension politique des évènements ».

Source : « Marianne2 » Le 20-04-2011

Aide à la Tunisie: les Français « frileux »


 

Le président de la commission chargée de la réforme politique en Tunisie, Yadh Ben Achour, a jugé aujourd’hui les Français « un petit peu frileux » dans leur soutien à son pays, à quelques heures d’une visite du chef de la diplomatie française Alain Juppé à Tunis.

Interrogé par Europe 1 sur l’attitude des Français à l’égard de son pays, trois mois la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, il a répondu: « je les trouve un petit peu frileux ». M. Ben Achour a estimé que les promesses faites par les ministres français qui se sont rendus en Tunisie n’avaient « pas vraiment » été suivies d’effet.

Le président de la « Commission de réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », doit rencontrer Alain Juppé, en visite en Tunisie aujourd’hui et demain. « Je lui dirai qu’il faut accueillir cette Tunisie nouvelle à bras ouvert, pour lui dire merci de rejoindre le club des Nations libres (…) l’intendance doit suivre », a indiqué M. Ben Achour.

Après avoir manqué le train du bouleversement tunisien, point de départ d’un vaste mouvement de contestation dans le monde arabe, la France semble toujours un peu en porte-à-faux à l’égard de son ancien protectorat.

« La France essaie de se rattraper un petit peu après des positions gouvernementales françaises qui ont beaucoup déçu les Tunisiens. J’espère que nous allons tourner cette page et réellement faire du nouveau », a encore estimé M. Ben Achour.

Concernant la proposition faite samedi par Alain Juppé de dialoguer avec les mouvements islamistes appliquant les règles du jeu démocratique, il a indiqué que « l’idée » ne lui paraissait « pas dangereuse ».

Source : « Le Figaro » Le 20-04-2011

Tunisie : les partis islamistes exclus du dialogue politique


 

Le président de la commission chargée d’organiser les prochaines élections en Tunisie, Yadh Ben Achour, a affirmé mercredi sur Europe1 que les partis islamistes n’étaient pas les bienvenus dans le processus en cours de normalisation de la vie politique du pays. « Il faut ouvrir le dialogue aux partis islamiques » et non aux mouvements « islamistes », a-t-il déclaré. Yadh Ben Achour estime que la démocratie doit être préservée de l’extrémisme religieux. Début mars, la mouvance islamiste Ennhada a été autorisée par le gouvernement provisoire à former un parti politique.

Source : « Afrik.com » Le 20-04-2011

L’Italie expulse un ex-détenu de Guantanamo vers la Tunisie


 

L’Italie a expulsé ce mercredi vers la Tunisie un ancien détenu tunisien de la prison de Guantanamo, qu’elle accuse d’appartenir à une cellule terroriste. Des représentants des autorités italiennes ont reconduit Adel Ben Mabrouk en Tunisie par avion, a précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

Mabrouk, qui était retourné en Italie en novembre 2009 après une période de détention dans la prison militaire de la base américaine de Guantanamo, sur l’île de Cuba, fait partie d’une organisation militante qui opérait à Milan, a précisé le ministère.

Les services de renseignement italiens ont démantelé ce groupe après avoir déjoué plusieurs de ses projets, dont un complot, éventé en 2009, qui aurait consisté à projeter une voiture piégée contre la cathédrale de Milan, le «Duomo», ajoute le ministère.

Source : « 20 minutes » Le 20-04-2011

Tunisie : Le 14 Janvier tel que je l’ai vécu


 

Par Nizar Gribâa

J’ai cherché à maintes reprises des témoignages écrits sur ce qui s’est passé le 14 Janvier et même avant, mais il n’en existe que très peu. J’ai donc pensé qu’il serait utile de partager avec vous ce que j’ai vécu, car c’est notre mémoire collective que l’on se doit de transmettre aux générations futures, pour qu’elles n’oublient pas que des gens sont morts pour que nous puissions vivre en liberté. Je m’appelle Nizar Gribâa, j’ai 29 ans, et je suis tunisien, oui « tunisien » et enfin fier de l’être car toutes ces années, ce mot n’avait pas vraiment de sens pour moi, ou du moins, il n’avait pas le sens qu’il méritait. J’étais comme un étranger dans mon propre pays, ce pays où tout semblait figé, maquillé, confisqué par une famille mafieuse que le dictateur Ben Ali protégeait et avec qui il magouillait et se remplissait les poches. Comme beaucoup d’entre vous, je n’étais là que pour suivre et consommer et ne penser qu’à ma personne. Quand j’étais plus jeune, entre 15 et 20 ans, j’étais bien plus politisé car j’avais de grandes aspirations pour la Tunisie. J’étais sans doute trop optimiste, mais au fur et à mesure que les années passaient, je perdais espoir, la monotonie m’étouffait, et petit à petit je prenais du recul et me consolais en regardant la démocratie dans les télés françaises et je finissais par me réfugier dans la culture de ce grand pays par rejet de ma propre culture, de la politique en Tunisie, de la censure et de la répression. En fait, je n’avais de citoyenneté en moi que le nom, je ne décidais de rien et on ne m’avait jamais invité à participer à quoi que ce soit. Ben Ali avait tout fait pour tuer en moi mon appartenance à cette Tunisie. « Enrichissez-vous ! », disait t’il un jour à ses proches, et ils se sont enrichis à nos dépens, à tel point qu’on se demandait ce qu’il leur fallait de plus pour épargner à la Tunisie une faillite économique. Nous étions déjà dans une crise de l’investissement depuis plusieurs années, étant donné le mauvais climat des affaires et la corruption à tous les niveaux, en plus de la concurrence déloyale des sociétés fondées ou accaparées par le clan. Les hommes d’affaires n’avaient plus confiance et finissaient par mettre à l’abri une bonne partie de leur argent dans les banques européennes. L’Etat essayait malgré tout de limiter la catastrophe, mais face à un régime mafieux aussi puissant et un RCD gangrénant en profondeur nos administrations, c’était perdu d’avance, et ce n’est pas ça qui allait faire baisser le chômage. Ce même chômage qu’un certain Mohamed Bouazizi redoutait au point que lorsqu’il fut menacé de perdre son gagne pain quotidien et de façon abusive, il finit par se donner la mort, préférant ainsi ne plus vivre plutôt que de vivre dans un monde injuste où la dignité est bafouée. Bien sur que le chômage existe dans tous les pays, mais ajoutez à cela un Etat policier, un système mafieux, une information verrouillée, une administration aux abonnés absents, et vous obtenez une bombe à retardement, car nous avions tous à l’intérieur de nous-mêmes une marmite bouillante qui attendait le bon moment. En fait, Ben Ali a causé sa propre perte. La révolution aurait pu, selon moi, se faire lors des évènements qui ont eu lieu dans le bassin minier de Redeyef en 2008, mais ce n’étaient pas plus que des révoltes, et peu de fuites filtraient, le régime de Ben Ali avait fait un blackout total, il avait fini par « maitriser » la situation. Les morts de Gafsa n’avaient pas mobilisé les tunisiens, à ce moment là, peu nombreux sur facebook. Ces deux dernières années, les scandales, c’est en veux tu en voilà ! et c’est peu dire puisque facebook est le nouveau vent de liberté qui souffle sur nos terres et apporte un peu d’oxygène et de réconfort à qui veut se venger de la censure et de la désinformation de nos médias traditionnels. Je croquais à pleines dents les articles que certaines pages de facebook relayaient, je discutais avec mes amis des dernières fuites de Wikileaks et j’imprimais la Régente de Carthage à ceux qui cherchaient ce livre, bête noire de Leila Trabelsi qui a tout fait pour interdire sa publication en France, mais la France n’est pas la Tunisie, elle ne lui appartient pas. Autant de scandales que les Tunisiens finirent par se raconter dans nos cafés mais qui ne suffisaient pas pour faire boom. Décembre 2010, comme tous les jours ou presque, je me connecte, et là une vidéo circule sur facebook… une vidéo comme on n’en voit jamais dans cette Tunisie si tranquille… qu’avait t’elle de si spécial ? pour certains, ce n’était qu’un évènement banal, mais voir Sidi Bouzid se soulever de la sorte contre l’injustice ne pouvait passer inaperçue, en fait, on ne réalisait la portée du suicide de Mohamed Bouazizi que durant les heures qui suivirent. Un fait nouveau dans l’histoire de la Tunisie et même de l’humanité, une révolution qui se prépare sur Internet. Cette fois, ce qui était différent par rapport au bassin minier de Redeyef, c’est que nous étions plus de 2 millions de Tunisiens sur facebook, avec en prime le soutient du groupe Anonymous qui milite pour la liberté d’expression. Notre arme ? un téléphone portable et une connexion. La violence des images qui nous arrivaient peu après l’immolation de Bouazizi faisait qu’on ne pouvait que s’émouvoir et adhérer à la cause. Une grande partie des tunisiens ne partagent plus que les vidéos des révoltes. Ces dernières se propageaient progressivement aux villes et villages avoisinants puis aux régions traditionnellement contestataires, c’est-à-dire Gafsa, Kasserine, Thela etc… Hammamet et Nabeul quant à elles sont largement couvertes par les témoignages, Bizerte aussi, on se rapprochait de Tunis mais le pouvoir a tout fait pour que la capitale reste à l’écart. Ceux qui n’avaient pas accès à facebook pouvaient suivre Al-Jazeera ou France24 (etc…) qui reprenaient les vidéos postées sur la toile, désormais les 10 millions de Tunisiens étaient au courant de tout, mais facebook relayait des vidéos trop violentes pour passer à la télé. Cela renforçait le sentiment de haine vis-à-vis du régime chez les jeunes, les langues se déliaient sur facebook et l’on commençait petit à petit à commenter les vidéos et critiquer le pouvoir car nous étions désormais des milliers à le faire, et l’on se disait que tout ce monde ne pouvait être jeté en prison et que le régime lui-même était occupé pour l’instant à réprimer les manifestations. Il se limitait ainsi à censurer Internet, mais les tunisiens excellaient dans l’art du contournement de la censure, notamment grâce à des logiciels tels que Hotspot, seul proxy qui fonctionnait à coup sûr. Les jours se suivent, chacun apportant son lot de morts et de haine en nous qui passions des heures à courir derrière les vidéos… la charge émotionnelle était de plus en plus forte, le stress, la fatigue, le sentiment d’impuissance, l’envie de réagir, de sortir dans la rue, oui mais à Ariana, là où j’habite, il ne se passe encore rien, et j’ai moi-même peur de prendre le risque de me retrouver en prison. Je me console en suivant l’actualité, d’un côté je prie le seigneur pour que le massacre s’arrête, et d’un autre côté je me dis que la liberté s’arrache parfois avec le sang. Début Janvier, tout le monde parle d’une vidéo qui se passe à Sfax, une vidéo de 8 minutes. En plein affrontement avec la police, un jeune filme avec son téléphone une jeep et un camion de l’armée qui traversent une rue à pleine allure et il décrit la scène : « c’est l’armée ! c’est l’armée ! ». En voyant cette première séquence, et comme de nombreuses personnes, je me dis : « merde, c’est foutu, l’armée va aider la police et va réprimer les révoltes dans le sang », mais la scène qui suit ramène en moi un espoir que je ne peux vous décrire. C’est la scène qui va changer la donne dans toute la Tunisie. L’armée est avec nous ! elle est du côté du peuple ! une colonne de camions de l’armée avance très lentement dans une avenue de Sfax, entourée d’une centaine de personnes qui chantent l’hymne national. A l’avant, un soldat qui s’avance vers les voitures de flics et leur demande de se replier d’un signe de la main, et en même temps, empêche les manifestants d’avancer, pour qu’il n’y ait pas de confrontation. Les policiers se replient, on apprend ensuite que la capitale du sud, ainsi que Gabès sont tombées aux mains de l’armée. Les gens fraternisent avec nos soldats, l’espoir s’est embrasé au sud. D’autres vidéos nous parviennent de policiers qui lèvent les bras vers le ciel comme à Jebniana, rejoins par la population qui les applaudit. Le policier dit : « nous sommes du peuple, nous sommes avec vous ! ». A Kasserine si je me souviens bien, une autre vidéo qui montre des manifestants courir pour se réfugier derrière les soldats. Les flics leurs disent : « donnez les nous ! lâchez les ! », et l’un des soldats qui pointe son arme vers le policier et qui dit : « hors de question, vous aurez affaire à nous si vous les touchez ! Retournez là d’où vous venez ! » L’armée tunisienne, probablement la seule institution épargnée par la corruption et la main mise de Ben Ali, et qui était jusqu’à ce jour mise à l’écart et appauvrie, a refusé de tirer sur les manifestants, mais elle est restée neutre durant plusieurs jours, ces mêmes jours pendant lesquels nous continuâmes à regarder notre jeunesse tomber. Qu’attendait-elle pour chasser le dictateur du palais de Carthage ? ça reste à ce jour une question sans réponse. L’histoire retiendra cependant que c’est une révolution non encadrée qui se préparait. Il n’y avait ni parti, ni groupe religieux, ni organisation, il y’avait juste une nation à reprendre, une Tunisie à libérer. Ce n’était pas seulement pour le chômage, c’était aussi pour la dignité, pour la justice, pour la démocratie. 23 ans de dictature, les tunisiens ont dit d’une seule voix : « dégage ! ». 11 Janvier, Tunis se prépare enfin à entrer en guerre. C’est dans la cité Ettadhamen qu’on voit les premières images. Le lendemain, les snipers sont toujours sur les toits de Tunis, et l’on voit un homme tomber sous une de leurs balles à l’avenue Chedly Kallela. D’autres manifestations ont lieu devant le siège du RCD ainsi qu’à Lafayette, évacuée et vide vers 15h. On y est monsieur le président, cette fois, le point de non retour est atteint. Tunis que vous redoutiez tant, est désormais acquise à ce vent de liberté qui est à portée de main. 13 Janvier, troisième et dernier discours du dictateur, « je vous ai compris », disait t’il. Oui, nous aussi nous avons compris, nous avons surtout compris que c’est encore une comédie du RCD qu’on nous fait sur TV7 avec toutes ces voitures de location au quartier Ennasr et ces gens qui attendaient tranquillement dans des bus avant de simuler une manifestation soit disant spontanée pour remercier Zaba de cette soudaine générosité. Ces gens n’ont toujours pas compris que le tunisien n’est plus dupe, que le tunisien comprend tout. J’avoue quand même que Zinochet a réussi à m’émouvoir pendant deux secondes, car ce n’est pas tous les jours qu’on voit un président seul ! Eh oui, il était seul, il était lâché par l’armée, et même par la coiffeuse paraît t’il… 23 ans de dictature pour en arriver là, à presque s’excuser d’avoir été « dupé » par des gens qu’il n’a même pas l’audace de citer, quelle honte, quelle bassesse et quel déshonneur ! Durant un soir, il a été la risée de tout le monde. Mais au-delà du show, c’est l’avenir de la Tunisie qui se jouait le lendemain. Ce discours télévisé de 6 minutes nous a montré une seule chose qui ait vraiment compté : Ben Ali est politiquement fini, l’armée a pris les reines de l’appareil sécuritaire, une chance incroyable s’offre à nous d’arracher enfin notre liberté, et une telle occasion ne se présente qu’une fois dans la vie. Allions nous donc rester de marbre ou se ruer vers Carthage ? 14 Janvier, à 1h du matin, je me reconnecte sur facebook, encore des vidéos de bain de sang, décidemment, Ben Ali ment comme il respire, la répression n’est pas finie, et ce n’est pas une pseudo libéralisation de l’Internet qui va nous calmer. Je tombe sur une page qui nous invite à une ultime manifestation. En fait il y’avait deux pages, la première pour la manif à 9h place Mohamed Ali devant le siège de l’UGTT, la deuxième à 11h devant le ministère de l’intérieur, avenue Habib Bourguiba. Cette dernière, à 1h du matin regroupait 1500 personnes environ qui avaient confirmé leur participation. A 6h du matin, mes amis me réveillent, ils me disent qu’ils vont à la première manif, j’hésite un peu mais je me lève quand même. Je jette un coup d’œil sur mon pc, la manif a maintenant plus de 9000 confirmés. A 8h30, je rejoins mes amis au centre ville, la présence policière est discrète mais elle est bien là. On est une dizaine, on se dirige vers le siège de l’UGTT, quand on arrive vers 8h50, il devait y avoir 200 personnes, et une dizaine de journalistes, reporters etc… mais pas de flics sur la place, du moins je n’en ai pas vu à proximité. C’était la première manif de ma vie, croyez moi ce n’était pas évident de crier comme ça dans la rue des slogans anti-Ben Ali, c’était d’un côté jouissif et d’un autre côté dangereux. Je me demandais si j’allais pouvoir revenir chez moi ce jour là où bien croupir en prison sous la torture. Néanmoins la présence des journalistes occidentaux me rassurait, l’armée quant à elle n’était pas si loin que ça, elle était comme tout le monde le sait, sous la statue Ibn Khaldoun. Bref, j’en profite pour parler à un reporter suisse une vingtaine de minutes, il me dit qu’il pensait qu’il y’aurait au moins quelques islamistes parmi les manifestants, je lui dis que nous ne sommes pas là pour défendre une religion, mais une nation. Je lui demande de faire passer mon message, de dire au monde entier que le peuple tunisien ne peut plus se contenter de manger et de boire, mais qu’il a aspire à vive en démocratie. Pour la petite histoire, le reporter me dit de faire attention car selon lui, les snipers privilégient les cibles qui comme moi sont corpulentes. Merci, ça me rassure… Au bout d’une heure, nous n’étions pas plus de 400. Je me demandais pourquoi il y’avait si peu de monde, Plus on était nombreux, moins c’était risqué… je regardais au bout de la rue, mais personne ne nous rejoignait… bon sang, que se passait t’il ? A 10h30, notre groupe se dirige enfin au ministère de l’intérieur pour rejoindre la deuxième manifestation, celle de 11h. On sort de la place Mohamed Ali, et au bout de la rue, je me rends compte qu’il y’a deux murs de policiers, un de chaque côté. C’était donc pour cela que personne ne pouvait plus nous rejoindre. Nous avançâmes coté Ibn Khaldoun, les policiers ne résistèrent pas longtemps, derrière eux, il y’avait l’armée que tout le monde s’empressa de saluer, d’embrasser, de remercier… je demande à un soldat : « vous êtes avec nous ? », il me dit : « oui, nous sommes là pour vous protéger ». Ce qui se passa ensuite, je ne peux vraiment vous le décrire, il aurait fallu être là pour réaliser à quel point je vivais un moment fort. Plus notre groupe avançait vers le ministère, plus on était nombreux. Les gens venaient de partout, c’est comme s’ils nous attendaient. Lorsque j’arrivais devant le palmarium, on devait être 5000, les gens se parlaient spontanément, on se mêlait les uns aux autres, il y’avait des hommes, des femmes, des enfants, j’ai même vu une femme enceinte, il y’avait aussi une mamie, quelques barbus, quelques occidentaux, des rockeurs… il y’avait même un homme encore ivre, en fait il y’avait toute la Tunisie qui s’unissait le temps d’un jour autour d’une cause universelle, la liberté, la démocratie, cette fois, nous nous sommes donnés rendez-vous pour bâtir ensemble la première pierre de l’édifice pour qu’enfin le mal qui a régné pendant 23 ans soit chassé de cette terre. Lorsqu’on arrive devant le ministère, on devait être 30 000, je perdis mes amis à ce moment là, et comme j’étais juste devant la porte du building, je ne voulais pas prendre le risque de les chercher car reprendre ma place plus tard aurait été difficile tellement on était serrés les uns contre les autres. Les policiers étaient là, inoffensifs à vrai dire, je lisais l’émotion dans leurs visages, ils semblaient vraiment tiraillés entre l’envie de se rallier au peuple, ou protéger le système, c’est un dilemme que je ne souhaite à personne. En tout cas l’un des policiers ne résista pas longtemps avant de s’effondrer en larmes, le sentiment de culpabilité était là, mais les manifestants le consolaient, et le prenaient dans leurs bras. C’était tout simplement surréaliste, et ça résumait parfaitement la situation : tout le monde était victime du système Ben Ali, et en premier lieu, les forces de l’ordre. Il y’avait aussi des flics positionnés sur le toit du ministère, mais ce n’était pas ce qui nous préoccupait le plus. Nous étions surtout préoccupés par le fait que cette manifestation, bien que géante, soit la plus pacifique possible, aussi bien au niveau des gestes que des mots. Hors de question pour nous de provoquer les flics, nous voulions prouver que nous étions à la hauteur, contrairement à la logique du ministère de l’intérieur, que l’ont traitait de ministère terroriste. Les slogans s’enchaînaient, les idées ne manquaient pas, ça durait depuis des heures, j’en perdais ma voix à force de crier. Chaque fois qu’une personne montrait son visage depuis les fenêtres de l’immeuble, on la pointait du doigt avec en prime « dégage ». Les journalistes et reporters, on aurait dit que c’étaient eux qui s’amusaient le plus, il y’avait parmi eux une femme que le sourire ne quittait jamais, elle était surement heureuse de couvrir la première révolution de sa carrière, elle qui assistait en direct et physiquement à une « indépendance » d’un pays. Les manifestants commencèrent à s’emparer un peu plus du ministère, en même temps que deux avocats montaient sur le toit de l’entrée, et qu’un jeune brandissait le drapeau. Peu après, certains voulaient qu’on marche vers le palais de Carthage, pour virer le dictateur, d’autres étaient prêts, mais il y’avait aussi beaucoup de gens qui disaient que ce n’était pas possible de marcher autant de kilomètres, et que si on quittait le ministère, c’était foutu. On était loin de savoir à ce moment là que l’armée encerclait le palais. Vers 14h, une colonne de motos se frayait un passage au milieu de la foule, suivie d’un camion, c’était apparemment une simulation d’un cortège funèbre, on m’informa plus tard que les flics ont tiré au gaz sur eux quand ils s’éloignèrent. Peu après, ça commençait à chauffer, et certains lançaient des bouteilles en plastique vides sur les forces de l’ordre, c’est là que ça dégénère. Les flics tirent au gaz partout, le bruit est assourdissant, et je ne vous raconte pas le mouvement de foule… nos jambes, on s’en servait juste pour rester debout, et on se laissait emporter par la vague, on n’avait plus aucun contrôle sur soi, on était comme des sardines, ne sachant où aller dans ce nuage de gaz toxique made in Israel et périmé. On est bousculés jusqu’à devant le Claridge, c’est là qu’on est confronté à un mur de policiers, pendant qu’on continue à nous gazer, c’était la peur de ma vie, je voyais la mort passer, le gaz faisait qu’on ne pouvait plus rester debout et qu’à n’importe quel moment, si on tombe parterre, on se fait écraser. Une fille de petite taille est juste collée à moi, elle a la tête en l’air collée au dos d’un homme, elle est presque évanouie, son amie à coté de moi ne cesse de l’appeler « respire ! respire ! » je la tiens par le bras pour qu’elle reste debout. Dès qu’à ma gauche, les gens se libèrent, je l’entraine avec moi et on court tout le long de l’avenue, c’est là que je la laisse. Eh oui, les flics nous ont gazés alors qu’on était des milliers, on aurait pu y laisser notre peau, en plus, on était encerclés sur plusieurs axes. Ca ne les empêche pas de nous pourchasser encore, je me réfugie alors sur le toit d’un immeuble près de la rue Farhat Hached, avec une douzaine de jeunes. Les voisins nous apportent gentiment de l’eau et nous proposent même de nous cacher chez eux, mais nous pensions que nous étions saints et saufs sur le toit du moment que nous restions discrets. Depuis le toit, je regardais une scène de chaos, toutes les rues étaient des lieux d’affrontements, et un peu plus bas, il y’avait un flic étendu parterre, ainsi qu’un manifestant qui ne bougeait plus, une ambulance est venue le secourir… un jeune homme me dit « bon, il faut redescendre maintenant », je lui dit « non, surtout pas maintenant, il faut attendre que ça se calme, et il faut descendre un par un, sinon on est repérés ». Je reste le plus longtemps possible sur le toit, entre temps j’appelle mes amis, tous sont rentrés, il ne restait plus que moi, il était 16h environ. Je descends avec le jeune homme en question, j’avance vers le sud car il est impossible de traverser l’avenue Bourguiba. J’avance yeux baissés pour que les flics ne me tabassent pas. Plus loin, une policière nous ordonne de rejoindre d’autres manifestants dans une impasse, ce n’était pas méchant, c’était juste pour préserver notre sécurité, selon ses dires. Effectivement, on a pu ensuite s’en aller, mais en ce qui me concerne, j’aurais dû me retrouver de l’autre côté de l’avenue, coté rue de Paris ou rue de Marseille, car je devais rentrer chez moi à Ariana. Je n’avais pas le choix, il me fallait passer le temps. Je rejoins d’autres manifestants, du coup je me retrouve à la rue Ali Darghouth, devant la concession KIA de Sakhr El Matri, gardée par deux Hummer de l’armée. Les affrontements continuent du coté de la rue de Carthage, des fois ce sont les manifestants qui avancent, d’autres fois ce sont les flics. On m’a même dit qu’un flic a laissé son uniforme et a rejoint les manifestants. En tout cas, le gaz, on en était servis. Nous, nous avions la chance de le fuir, mais les soldats qui étaient devant KIA, eux, ne pouvaient pas quitter leur position, du coup les voisins chargeaient les jeunes de leur donner du lait pour s’essuyer les yeux. J’en profitais pour bavarder un peu avec les soldats. Ils m’écoutaient critiquer Ben Ali mais ils faisaient semblant de ne pas faire attention à ce que je disais, c’était marrant. Je revenais ensuite vers quelques voisins qui nous rapportaient les dernières nouvelles sur Al-Jazeera, et moi, j’en informais à mon tour les soldats… c’était un petit moment rigolo, mais ça devenait vite sérieux car aussitôt un homme me dit que l’aéroport est encerclé et que Ben Ali a annoncé l’Etat d’urgence pour 18h, or il était déjà 16h50. Comment faire pour rentrer ? il n’y avait plus aucun taxi qui circulait. Quelques minutes après, on me dit que l’Etat d’urgence est à 17h, à ce moment là je ne comprends plus rien, la seule chose que je sais, c’est que les rues se sont vidées, un peu après que la gare de train Barcelone ait été brulée et dévalisée. Entre temps, les membres de ma famille m’appellent les uns après les autres, ils ont eu peur pour moi, certains me proposent de passer la nuit chez leurs amis au centre ville etc… de toute façon, j’étais toujours de l’autre côté de l’avenue Bourguiba. Je réussis quand même à traverser du coté de l’assurance COMAR, en direction de Jean Jaurès, c’est là que je regarde de loin le ministère de l’intérieur, une vision apocalyptique, pas un chat dans la rue, uniquement des flics partout, des bus parqués à coté, et des blindés de l’armée qui encerclent le bâtiment. Un silence total, c’est incroyable de voir ainsi l’artère principale de Tunis. Je traverse Mohamed 5, et là un flic pointe son arme sur moi et crie : « qu’est ce que tu fais encore là toi, tu sais que j’ai ordre de tuer tous ceux qui se baladent lors du couvre feu ? » et je réponds « oui monsieur, il est 17h50 là, je vais me cacher dans un immeuble ». Je ne vous cache pas que j’ai eu la peur de ma vie. J’atteins enfin le bureau dans lequel je devais me réfugier. L’immeuble est gardé par un vieil homme que je connais, il m’ouvre la porte. Je lui explique tout, et voilà, je suis enfin en lieu sûr. Le gardien écoute la radio, et semble imperturbable. Il va dans une autre pièce pour faire la prière, et en même temps, j’assiste à une scène incroyable. J’entends des flics courir derrière d’autres flics, et beaucoup d’insultes : « bande de déserteurs, vous trahissez Ben Ali, vous quittez vos postes ? tuez les avec de vraies balles ! », et là, l’un des flics tire, je ne sais pas ce qui s’est passé exactement… le gardien revient, je lui dis d’éteindre la lumière car on ne sait jamais, les flics pourraient peut être débarquer dans le hall de l’immeuble étant donné qu’ils vont s’apercevoir qu’il y’a des gens… et là il me répond : « pourquoi tu as si peur ? » je lui réponds que ce n’est pas tous les jours qu’un président prend la fuite et que les flics font des bavures… il me répond : « tu sais, moi quand j’étais plus jeune, je vivais au Cambodge, j’ai vécu l’époque des Khmers rouges », et là stupéfait je lui réponds que moi je n’ai rien vécu de tout ça et que je n’étais point habitué aux cartouches. Bref, le gardien m’ouvre le bureau, et je passe la nuit au balcon, à regarder des scènes de pillage, et le reste des manifestants, avec tous ces hélicos qui survolent Tunis. C’est une nuit où on ne réalise pas encore ce qui vient de se passer, c’est une impression bizarre, où on se dit que c’est soit le chaos, soit la renaissance d’un pays. A 7h du matin, je sors dans la rue, et je constate les dégâts… stations de bus brulées, vitrines cassées, les pierres sont partout sur la chaussée, je me balade un peu dans l’avenue de Paris, là il y’a la boutique BATAM saccagée, et une partie de l’électroménager brulée dans la rue. Plus loin, c’est le centre commercial Médina qui a été attaqué le soir, surtout les boutiques d’opticiens et de chaussures. Tunis est une ville fantôme, il y’a très peu de gens, quasiment tous les commerces sont fermés, une seule boulangerie est ouverte à la rue de Ghana, avec une queue tel qu’on en voit au mois de ramadan. J’attends une demi heure pour trouver un taxi, je rentre à Borj Louzir, ma mère m’attendait, elle m’embrasse et me dit : « Nizar, vous avez réussi ! vous avez viré Ben Ali ! ». Je prends mon petit déjeuner, et je vais dormir, cela faisait deux jours que je n’avais pas dormi, je me disais à ce moment là que je pourrai réaliser tout ce qui venait de se passer une fois que je me serais connecté sur facebook ou regardé les infos. Nous avions vécu la révolution de l’intérieur même, nous n’étions pas au courant de tout, nous ne savions pas qu’en même temps que Tunis manifestait, d’autres villes partout en Tunisie vivaient la même situation, et que des dizaines de postes de police brulaient, et que l’Etat s’effondrait, et que le chaos avait remplacé l’ordre. Ce sont probablement tous ces évènements qui ont fait peur à Zinochet et qui l’ont amené à fuir son propre pays. 23 ans de dictature pour au final sa cacher dans un palais en Arabie Saoudite, 23 ans de règne sans partage, et tout ça pour l’argent et le pouvoir. Monsieur Ben Ali, vous êtes entré dans l’histoire non pas de la Tunisie seulement, mais celle de l’humanité entière, comme étant le seul président des temps modernes à avoir été viré par son propre peuple, et cela à l’aide d’Internet, outil que vous avez tout fait pour étouffer, mais ça c’est retourné contre vous. Oui, c’est la première e-révolution, et ce n’est pas la dernière, regardez l’Egypte, le plus grand pays arabe avec ses 90 millions d’habitants, qui se sont libérés, et d’autres pays suivront. Il a suffit qu’un jeune s’immole pour qu’un pays entier s’embrase, vous nous avez volé notre argent, mais nous avions toujours gardé en nous le plus important, notre tunisianité. Maintenant, et comme tous mes concitoyens, j’attends le moment où vous et votre clan mafieux serez jugés en Tunisie, pour que ce soit une leçon pour tous les tyrans de ce monde. Source : « Le Quotidien d’Algérie » Le 20-04-2011

« La Tunisie va connaître de vraies élections libres »


 

Yadh Ben Achour préside laHaute Instance de réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, chargée de préparer les futures élections tunisiennes. Trois mois après la chute du régime de Zine El-AbidineBen Ali, elle vient de jeter les bases du nouveau cadre électoral.

La Tunisie élira, le 24 juillet, ses représentants à la Chambre constituante. Comment la Haute Instance que vous dirigez a-t-elle été mise en place ?

En janvier, cette Haute Instance était une simple commission de réforme politique, dont le rôle était de réviser l’ensemble des textes liberticides qu’utilisait l’ancien régime pour opprimer le pays: la loi sur les associations, sur les partis, sur le terrorisme, le code de la presse, certaines dispositions du code pénal…

Puis un conseil de protection de la révolution, avec des partis et des organisations de la société civile, a été créé et conçu comme une sorte de tuteur du gouvernement, ce qui aurait pu conduire à une crise et à un parallélisme de deux pouvoirs, l’un institutionnel, l’autre révolutionnaire. L’instance que je préside est la synthèse de ces deux logiques.

Elle est composée de 155 membres – ce qui en fait une sorte de parlement! –, représentant douze partis politiques [sur les 51 actuellement enregistrés en Tunisie] – nationalistes arabes, de gauche et d’extrême gauche, qui ont soutenu la révolution – et d’organisations qui ont eu également un rôle très actif comme la Ligue tunisienne des droits de l’homme, l’Union générale tunisienne de travail, l’ordre des avocats, l’Association tunisienne des femmes démocrates… Il y a, enfin, des personnalités connues pour leur rôle dans l’opposition, et des représentants des régions.

Comment l’idée d’une Assemblée constituante est-elle née?

Alors que nous nous acheminions vers une élection présidentielle, c’est le peuple qui a imposé l’idée d’une Assemblée constituante. Il voulait une nouvelle légitimité. Du coup, le problème fondamental devenait : comment élire une assemblée qui échappe au contrôle du ministère de l’intérieur? Nous ne pouvions pas utiliser l’ancienne loi électorale. Notre tâche essentielle a donc été de préparer un nouveau cadre. Nous l’avons fait en trois semaines, un temps record!

Le 11 avril, nous avons adopté deux projets de décret-loi, le premier pour créer une instance supérieure électorale, le second sur l’élection proprement dite. Il a été voté par tous les participants, à l’exception de cinq abstentions. Personne ne s’attendait à ce que nous puissions aboutir. Les discussions ont été difficiles, parfois violentes, dans un climat tendu. Mais quand nous y sommes parvenus, tout le monde, à l’unisson, a entonné l’hymne national. C’était un moment très émouvant, plein d’espoir. Pour la première fois dans son histoire, la Tunisie va connaître de vraies élections libres, non manipulées.

Nous avons ainsi choisi le mode de scrutin proportionnel parce que c’est le système le plus équilibré, qui donne à tous les partis le maximum de chances d’être présents à l’Assemblée constituante.

Vous avez aussi adopté le principe de listes paritaires homme-femmes, une première dans le monde arabe. Cela a-t-il été difficile?

Nous avons adopté le principe de la parité à une écrasante majorité! Si une liste n’est pas paritaire à 50-50, elle ne sera tout simplement pas validée. C’est effectivement historique dans le monde arabe, et même au-delà.

Les anciens cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), aujourd’hui dissous, ne pourront pas se présenter, alors que des anciens ministres ont reçu l’autorisation de créer leur parti. N’y a-t-il pas une contradiction?

Le gouvernement tranchera. Mais la majeure partie des Tunisiens ne veut pas que l’on réintroduise par les élections ce qui a été dissous par la loi. Le peuple ne peut plus sentir l’odeur de ce parti, même sous une autre forme, qui a tant nui au pays, à la justice, à l’université, à la neutralité de l’administration et de l’Etat, dont ils utilisaient illégalement le patrimoine. La Constituante va défaire ce qu’ils ont fait pendant les vingt-trois années de dictature.

C’est une logique incontournable, qui vise uniquement les membres du bureau exécutif, du comité central, les secrétaires généraux des comités de coordination et les présidents de cellule. Cela ne concerne pas les militants.

Le parti islamiste Ennahda fait partie de la Haute Instance. Comment avez-vous perçu sa participation?

Je vous répondrai en tant que citoyen. Ennahda donne toutes les garanties que nous cherchons dans son programme, ses déclarations, notamment sur la liberté de croyance, de pensée et d’expression. S’il respecte ces engagements, alors nous n’avons plus aucun problème avec Ennahda.

L’élection pourra-t-elle vraiment avoir lieu le 24 juillet? C’est un délai très court…

Je le souhaite. Les transitions démocratiques sont délicates, ce sont des zones dangereuses car tout est dans l’attente. Nous ne devons pas contribuer à retarder l’échéance. Mais c’est vrai, la tâche est encore immense. Il va falloir refaire les listes des électeurs – puisque jusqu’ici, même les morts votaient –, mettre à jour les cartes d’identité nationale, organiser les 2000 bureaux d’inscription, ce qui nécessite de former 4000 personnes.

Puis il faudra organiser 7 000 bureaux de vote avec un président et deux assesseurs, soit à nouveau 21 000 personnes à former… Cette opération coûtera environ 20 millions d’euros. Nous marchons toujours sur la corde raide.

Quelles sont les futures étapes ?

Nous préparons un pacte républicain pour imposer à tous ceux qui vont se présenter une déontologie, un standard politique minimum sur les droits de l’homme et le rejet absolu de la violence. Puis le gouvernement provisoire présentera sa démission et un nouveau, désigné par l’Assemblée, prendra sa place.

Lorsque la nouvelle Constitution sera votée, dans le délai de six mois à un an, des élections seront organisées. Nous entrerons alors dans la deuxième République de notre histoire.

Vous allez rencontrer, le 21 avril, à Tunis, le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé. Qu’attendez-vous de la France?

Un revirement de sa position qui n’a pas été jusqu’ici très brillante. On nous disait qu’il était préférable d’avoir le pain sans la liberté, nous n’avons eu ni l’un ni l’autre. Aujourd’hui, nous voulons les deux.

Source : »Le Monde.fr » Le 20-04-2011

Tunisie : Radio Kalima se bat encore pour la parole libre


 

Longtemps persécutée par l’ancien régime, Radio Kalima continue à se battre pour avoir le droit d’émettre sur la fréquence FM. Les responsables ont tenu, mercredi, une conférence de presse pour mettre la lumière sur les difficultés auxquelles ils font encore face. Kalima a commencé la publication d’articles sur internet depuis 2000. Après des années de persécution, c’est en 2008 qu’elle a diversifié son contenu pour devenir une radio. Après l’ère Ben Ali, elle n’a toujours pas de signal FM : « Après la dissolution du ministère de la communication, notre seul vis-à-vis est le premier ministère. Nous avons obtenu l’accord, mais l’affaire traine encore. La cause ? C’est le responsable qui se trouve à la tête de l’instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication », affirme Omar Mestiri. Il souligne ensuite : « Aucun média n’est libre en Tunisie. Seule Kalima dénonçait la dictature et l’abus de pouvoir. Aujourd’hui, nous sommes encore les seuls à avoir dénoncé la fuite de certains cadres, ministres ou collaborateurs du président déchu. Nous devons avoir notre droit à la parole comme les autres médias ». Place ensuite à Sihem Ben Sedrin qui révèle : « Ben Ali avait fait pression sur le gouvernement français pour arrêter la diffusion sur satellite par le propriétaire de Hotbird (Eutelsat) sous prétexte que Kalima n’avait pas de licence. Ce qui a été fait le 18 mars 2010. Kalima a finalement repris le streaming actuellement de la Tunisie et possède un staff d’une vingtaine de personnes ».

Source : « GlobalNet » Le 20-04-2011

Elles ont fait la révolution tunisienne


 

Ce n’est pas parce que les Tunisiennes ont le triomphe modeste qu’il faut oublier leur rôle central dans la chute de la dictature. Journalistes, blogueuses, étudiantes, femmes du peuple… Elles étaient là le 14 janvier. Et témoignent.

Pour Racha Tounsi, le constat ne fait pas de doute : la révolution s’est faite avec et grâce aux femmes. De mère syrienne et de père tunisien, cette journaliste, figure incontournable de la scène culturelle locale, était sur l’avenue Bourguiba le jour où Ben Ali a fui. Ce sont des jeunes des quartiers pauvres auxquels elle venait en aide qui l’ont appelée à les rejoindre : « Ils m’ont dit, Tata, tu viens avec nous. J’y suis allée. Je me suis fondue dans la foule, j’ai aimé les slogans, j’écrivais, je photographiais, j’étais dans le mouvement sans y être vraiment. » Parmi les manifestants, un grand nombre de jeunes filles, constate-t-elle, des avocates, des étudiantes. La veille, des intellectuelles avaient manifesté devant le Théâtre municipal, où elles avaient été prises à partie par la police, frappées ou traînées par les cheveux, comme la comédienne Raja Ben Ammar.

« Les garçons ont protégé les filles contre les matraques. J’avoue que j’ai eu peur ! Les policiers n’étaient pas dans un état normal, ils nous fonçaient dessus comme des chiens. » Mais Racha n’oubliera pas les jours heureux de cette révolution : « Jamais je n’avais senti des moments aussi forts et émouvants, une telle démonstration de vérité et de solidarité. J’étais vraiment fière de m’appeler Racha Tounsi ! » Et la journaliste de saluer le courage des Tunisiennes, celles qui étaient dans les cortèges de Sidi Bouzid à partir du 17 décembre, au cœur des événements de Kasserine et de Thala, occupées à soigner les blessés, celles qui, aussi, ont passé leurs nuits à cuisiner pour nourrir les soldats de l’armée et les comités de quartier qui les protégeaient contre les milices et les pilleurs.

Mona Ben Halima a été l’une des blogueuses les plus actives de la révolution. Elle raconte comment elle a rencontré un jour sur Twitter un groupe de jeunes qui se connaissaient virtuellement et se reconnaissaient dans les mêmes revendications. Cette femme bouillonnante de 38 ans, fille d’hôteliers, doit son éveil politique à la guerre du Golfe, en 1991, alors qu’elle était en prépa à Louis-le-Grand, à Paris. L’enfant choyée décide de descendre dans l’arène de la contestation dès son retour à Tunis, où, tout en dirigeant son hôtel, elle entend lutter contre le régime : « J’ai toujours entendu dire : “On a le pays et le président qu’on mérite.” Alors j’ai décidé de démontrer le contraire. On était encore loin d’imaginer la chute de Ben Ali. Pour nous, la première bataille sur internet était celle de la liberté de la presse, qui pouvait rendre possible la dénonciation de la corruption et du clientélisme. »

« Ammar »

Avec son groupe d’internautes, elle lance, le 22 mai 2010, une journée intitulée « Nhar ala Ammar ! » (« Mauvais jour pour Ammar »), du surnom de la censure sur internet, mais son mari l’empêche d’y aller de crainte qu’elle ne soit arrêtée. Le 22 décembre, au plus fort de la contestation, Mona envoie au journaliste Laurent Delahousse, de France 2, un appel au secours pour lui demander de « relayer ce qui se passe en Tunisie ». Elle continue de faire parvenir aux réseaux les images des exactions et des morts en contrecarrant la censure via des proxy. Le 3 janvier au matin, son mari reçoit un coup de fil anonyme : « Dis à ta femme de fermer sa gueule ! » Le 4, elle affiche l’intimidation sur son statut, assortie de la question « Que dois-je faire ? » Le statut est repris par europe1.fr, qui le publie. « Ammar » menace de s’en prendre à ses deux enfants. « Mais le 10 janvier, c’était trop tard, les cyberactivistes se comptaient par milliers, on ne pouvait pas tous les arrêter. Le 14, nous étions dans la rue et la réalité allait dépasser nos rêves ! » Mais si Mona reconnaît la part décisive d’internet dans le soulèvement, elle « refuse de dire que cette révolution a été faite par Facebook. Le vrai moteur, ce sont les gens qui sont descendus dans la rue ».

Aujourd’hui, Mona estime qu’elle a pour mission d’éveiller la conscience du citoyen et de vulgariser certains concepts politiques, comme « démocratie », « Parlement », ou « Constituante ». Avec ses amis, elle vient de demander à une troupe de théâtre de monter une pièce faisant office de dictionnaire pédagogique, avec un titre tout trouvé : Jeux demo.

Depuis cinq ans, Faouzia, originaire d’une ville du Nord-Ouest et titulaire d’une maîtrise de lettres françaises, est au chômage. Pour elle, la révolution était prévisible : « Tous ces diplômés qui errent dans les rues sans espoir et sans horizon, la cherté de la vie, les salaires très bas, le peuple qui crève de faim et croule sous l’oppression, tout cela nous a fait descendre dans la rue. Je n’ai jamais été aussi fière d’appartenir à ce pays arabe qui, le premier, a osé s’opposer à son gouvernement. »

Un devoir

Pour Raja, 24 ans, étudiante en sociologie, la participation aux manifestations était un devoir. Son argument est imparable : « Les femmes ont les mêmes revendications et les mêmes droits que les hommes, aussi est-il essentiel qu’elles soient présentes sur le terrain politique et social. Elles doivent être partie prenante dans tous les débats et projets d’avenir. Ces dernières années, l’image de la femme a été dépréciée, il faut en créer une autre, celle d’une Tunisienne digne de la révolution. » Issue d’un milieu rural, Raja veut surtout que la Tunisie de demain donne sa chance aux femmes de l’intérieur du pays : « Il faut des actions concrètes et rapides pour venir à bout de la pauvreté et de la misère de cette population. On n’a plus de temps à perdre avec les études de terrain, les inspections des chercheurs et des sociologues. On attend une action de développement sérieuse et efficace. Le 14 janvier a révélé la richesse et l’importance de ces régions oubliées. Il est temps qu’elles existent. »

Rabia, 29 ans, diplômée en agronomie, attendait depuis trois ans la réponse à une demande de prêt promise par l’ancien gouvernement aux jeunes étudiants de son cursus. Mais c’est un autre événement qui la poussera à s’engager : le jour où son père meurt d’une crise cardiaque après avoir vu son entreprise confisquée par un mafieux. Son frère, militant à la fac, a été, quant à lui, jeté en prison sous de fausses accusations. Les deux épreuves vont lui ouvrir les yeux : « J’ai réalisé que la politique est l’expression de la vraie société et qu’elle seule crée les moyens de répondre à des exigences vitales urgentes. J’entendais parler de démocratie, mais aujourd’hui je comprends enfin ses objectifs. J’ai aussi pris conscience que la liberté ne peut se définir que comme une liberté partagée par tous. Bien sûr, elle doit reposer sur un principe fondamental : la laïcité. On ne veut pas remplacer le joug des politiques par le joug des islamistes. Cette révolution est celle de la jeunesse, des femmes, du peuple, et il faut qu’elle engendre une société qui n’exclut aucune catégorie sociale ! »

Source : « Jeune Afrique » Le 20-04-2011

« Je n’ai pas giflé » Bouazizi, affirme Fédia Hamdi, libérée par la justice tunisienne


 

La policière municipale accusée d’avoir humilié publiquement le « martyr » tunisien Mohamed Bouazizi a bénéficié d’un non-lieu du tribunal de première instance de Sidi Bouzid mardi. La famille du défunt a également retiré sa plainte.

La gifle sans doute la plus célèbre de l’histoire tunisienne n’a pas eu lieu. C’est en tout cas ce qu’a affirmé Fédia Hamdi, la policière municipale qui était accusée d’avoir humilié publiquement Mohamed Bouazizi lors de la confiscation de sa charrette de fruits et légumes à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010.

Bouazizi s’immolera par le feu publiquement, initiant des réactions en chaîne qui ont emporté Zine el-Abidine Ben Ali à la tête de la Tunisie et Hosni Moubarak en Égypte…

À l’issue de son procès, qui s’est tenu devant le tribunal de première instance de Sidi Bouzid mardi, Fédia Hamdi a bénéficié d’un non-lieu et a été libérée.

« Entre les mains de Dieu »

La famille de Mohamed Bouazizi avait elle-même décidé de retirer sa plainte, au début du procès. « Je laisse les choses entre les mains de Dieu, a déclaré sa mère selon l’agence Tunis Afrique presse [TAP], et il me suffit de voir que le martyr de Mohamed a eu comme résultats la liberté et le départ des tyrans. »

C’est Ben Ali lui-même, alors confronté à une contestation qu’il souhaitait calmer, qui avait ordonné la mise en détention de Fédia Hamdi. Son avocate, Me Basma Nasri a estimé que l’ancien président voulait faire de sa cliente un « bouc-émissaire ». Elle a par ailleurs souligné les erreurs de procédure de l’instruction, comme l’irrecevabilité des déclarations des témoins.

La TAP rapporte que la libération de Fédia Hamdi a été accueillie par « une joie immense de la part des personnes venues en grand nombre » devant le tribunal. « Ils ont salué […] le courage des juges qui ont donné la preuve de l’indépendance de la justice et la rupture avec l’ancien régime », affirme l’agence d’État.

Source : « Jeune Afrique » Le 20-04-2011

Islamistes: Juppé pour le dialogue


 

Le chef de la diplomatie, Alain Juppé, a réaffirmé aujourd’hui la nécessité d’ouvrir un dialogue avec les islamistes qui vont « dans le sens de la démocratie », à l’instar de ce qui existe déjà pour la France avec la Turquie, le Maroc ou l’Afghanistan. Pourquoi la France aurait-elle un dialogue avec des partis islamiques en Turquie, au Maroc, en Afghanistan, et « refuserait a priori de parler avec les Frères musulmans tunisiens ? Il faut ouvrir le dialogue, après on verra », a-t-il déclaré devant l’Association de la presse diplomatique française. « Il faut évoluer avec son temps », a-t-il insisté, après avoir déjà considéré samedi nécessaire de discuter avec les islamistes qui refusent la violence et jouent les règles du jeu démocratique dans les pays arabes ayant entamé leur révolution, comme la Tunisie ou l’Egypte. La France ne peut pas considérer que « les Frères musulmans sont tous des terroristes, qu’il faut les stigmatiser ». « Je crois qu’il y a parmi eux des sensibilités diverses, des gens qui sont sincèrement acquis à l’idée de progrès et de liberté » », a poursuivi Alain Juppé. « A partir du moment où nous avons face à nous des interlocuteurs qui disent ‘non au terrorisme et la violence, et nous voulons aller dans le sens de la démocratie’, et bien il faut parler avec eux », a-t-il fait valoir. Interrogé pour savoir si la proposition de dialogue visait aussi le Hamas à Gaza, il a répondu: « Est-ce que le Hamas renonce à la violence et au terrorisme de manière tout à fait explicite? C’est une question à clarifier ».

Source : « Le figaro » Le 19-04-2011

Tunisie-Médias : Elyès El Gharbi « zarta » de Nessma TV


D’après un responsable de la chaîne Nessma TV, l’animateur vedette Elyès El Gharbi aurait déserté «zarta». Il aurait informé ses collègues de travail de son départ quelques heures avant la diffusion du télé-journal qu’il devait présenter les laissant dans l’embarras de trouver quelqu’un pour le remplacer.

Elyès El Gharbi était payé 5.000 D par mois, “ce qui est respectable par rapport à ses performances“ sans oublier certains avantages comme celui de disposer d’une voiture. Il est parti sans laisser d’adresse».

En fait, selon nos informations, il aurait sollicité des dirigeants de Nessma TV de garder ses avantages et son salaire tout en collaborant avec d’autres médias. «Ce qui, pour nous, était inadmissible. D’ailleurs, son contrat stipulait qu’il devait produire sa propre émission, ce qu’il n’a pas fait et s’est contenté de faire de l’animation».

 

Pour sa part, Elyès El Gharbi, aurait d’après la déclaration de son départ et la photo, où il paraissait les yeux ainsi que la bouche bandés, publiés à travers le réseau Facebook, laissé entendre qu’il était sujet à une censure de la part de Nessma TV.

Vrai ou faux? Au téléphone, M. Gharbi était injoignable. En attendant, d’après certains échos, l’ancien animateur vedette de Nessma TV, qui vient de signer un contrat avec Express FM, en aurait eu marre du rythme suivi sur la chaîne maghrébine et de toutes les pressions qu’il y subissait.

Source : « wmc » Le 20-04-2011

Tunisie. De quoi Mondher Thabet a-t-il peur?


 

Mondher Thabet, secrétaire général du Parti social libéral (Psl), hier encore allié inconditionnel du dictateur Ben Ali, menace d’entamer une grève de la faim. Cherchez la victime?

Dans un émail qu’il a fait parvenir mardi à de nombreux médias de la place, M. Thabet annonce qu’il pourrait (il n’est donc pas encore sûr de le faire) «entamer une grève de faim les jours à venir». Et pourquoi donc? «Pour protester contre l’exclusion et le dénigrement dont font l’objet des démocrates en Tunisie et contre le terrorisme juridico-médiatique pratiqué par certains».

Faire la lumière sur un système clientéliste On appréciera la confusion de la formulation. Qui sont ces pauvres démocrates terrorisés par la justice et les médias? S’agit-il de M. Thabet et des dirigeants d’autres partis qui émargeaient sur les largesses de l’ex-dictateur et qui viennent d’être entendus dans le cadre d’enquêtes judiciaires sur des faits de corruption? Si c’est le cas, cela ne nous semble pas justifier une action aussi extrême qu’une grève de la faim. Car ces enquêtes sont nécessaires. La révolution est passée par là. Ben Ali a fui le pays comme un vulgaire malfrat. Il va falloir nettoyer ses écuries. Et pour cela faire la lumière sur le fonctionnement du système clientéliste qui était en place avant le 14 janvier, identifier ceux qui en ont bénéficié et délimiter les responsabilités des uns et des autres. En cas de corruption avérée, des poursuites judiciaires devront tout naturellement être menées contre les auteurs d’actes répréhensibles.

Si M. Thabet n’a rien à se reprocher – c’est sans doute le cas, et nous n’en doutons pas – et qu’il n’a pas reçu les sommes d’argent objet de l’audition par la justice dont il a fait l’objet, ainsi que trois autres dirigeants de partis dits «du décor», la justice tunisienne désormais indépendante se fera un devoir de l’innocenter. Dans le cas contraire, il devra assumer ses choix et ses actes passés. Sa grève de la faim n’y changera rien. Elle ne changera rien, en tout cas, à ses plaidoyers passés en faveur du dictateur et de son régime honni.

Mondher Thabet par lui-même Petit rappel pour rafraîchir la mémoire des membres du Psl: selon une dépêche Tap mise en ligne sur le site même du Psl, en date du 18 octobre 2009, à quelques jours de l’élection présidentielle, et qui rendait compte d’un meeting tenu le même jour à Sfax, M. Thabet «a indiqué que son parti participe aux élections législatives pour la cinquième fois de son histoire, dans un cadre marqué par le soutien de la candidature du président Zine El Abidine Ben Ali pour l’élection présidentielle, parce qu’il est le plus apte à diriger la Tunisie et le garant de sa stabilité, de sa sécurité et de la dignité de son peuple.» M. Thabet a, par ailleurs, souligné, par la même occasion, que «l’adhésion aux orientations du chef de l’Etat consacre davantage le processus démocratique pluraliste, dans un climat de dialogue et de concorde nationaux.» Puis, se félicitant du «climat sain dans lequel se déroule la campagne électorale, ainsi que de sa transparence et de l’impartialité de l’administration», le secrétaire général du Psl a fait remarquer «que les élections en Tunisie ont une dimension pluraliste, avec la participation des partis politiques.» A l’époque, souvenons-nous, l’écrasante majorité des Tunisiens souffrait le martyre sous l’écrasante chape de plomb que le dictateur faisait peser sur le pays. De nombreux (vrais) opposants étaient malmenés par la police politique. D’autres croupissaient en prison, dont notre collègue Taoufik Ben Brik et bien d’autres. L’auteur de ces lignes, qui n’étaient même pas un opposant politique mais simplement un journaliste indépendant, était réduit au chômage par une décision de ce même président et de son administration dont M. Thabet louait la «transparence» et l’«impartialité».

Les Tunisiens ne sont pas des imbéciles Plus près de nous, le 4 janvier 2010, quelques jours seulement avant la chute de Ben Ali, M. Thabet a été reçu par le dictateur au Palais de Carthage. Au sortir de la réunion, le dirigeant du Psl a cru pouvoir mettre l’accent, selon l’agence Tap, «sur la détermination qui anime le chef de l’Etat de veiller à la préservation du consensus national, à travers l’instauration permanente du dialogue et de l’interaction positive entre les différentes composantes du paysage national, et de protéger la liberté d’expression, dans le cadre du respect total de la loi et des institutions.» «J’ai exprimé au chef de l’Etat mon attachement ainsi que celui des militants et des militantes du Psl, à la voie du consensus et du dialogue, qu’il a fondée, depuis le 7 novembre 1987. J’ai, aussi, fait part de l’adhésion du parti au processus de dialogue serein et responsable, pour la sauvegarde des acquis de la Tunisie et de son image à l’étranger, ainsi que de l’appui du Psl à la direction du président Zine El Abidine Ben Ali, dépositaire de la légitimité du sauvetage et des réformes», a ajouté M. Thabet. Non, vraiment, M. Thabet, un peu de décence. Et de grâce, ne prenez pas les Tunisiens pour des imbéciles ou des amnésiques. Ils vous pardonneront peut-être un jour vos assiduités avec le régime déchu, mais ils ne les oublieront pas de sitôt! Quant à la justice, aujourd’hui enfin indépendante, elle doit faire son travail. Et M. Thabet, en tant qu’homme politique, doit être soucieux de la voir poursuivre son œuvre de salubrité publique. Et non l’accuser de… terrorisme! A moins que…

Source : « Kapitalis » Le 20-04-2011

Tunisie: Medisacan attaque Nessma Tv en justice


 

Dans un communiqué publié par MEDIASCAN, dont une copie est parvenue à Espace Manager, le cabinet de sondage indique avoir fait l’objet d’une campagne de dénigrement et de diffamation orchestrée par la chaîne Nessma TV et décide de saisir la justice. Ci-après l’intégralité du communiqué: « Pour avoir toujours restitué les résultats de ses mesures d’audience TV en toute exactitude, se refusant le moindre ajustement, malgré les multiples pressions subies de différentes parts, Médiascan fait l’objet, depuis le mois de Ramadhan dernier, d’une campagne incessante de dénigrement et de diffamation, orchestrée par la chaîne Nessma TV. Confiante en son professionnalisme et ne voulant pas s’enliser dans une polémique médiatique où le dernier mot risque de ne revenir qu’à la chaîne TV de par sa capacité de nuisance, Mediascan s’est refusé jusque-là d’y donner suite. La justice nous a confirmé dans notre droit. D’abord, Nessma TV ayant essayé d’attaquer Medisacan en justice, en a été déboutée par jugement de la XXIIème Chambre Commerciale du Tribunal de Première Instance de Tunis (jugement n027309 en date du 4 janvier 2011). Aussi, pour défaut de paiement de ses factures malgré les multiples relances, Mediascan a intentée le 2 avril 2011 une action en justice à l’encontre de la société d’exploitation de Nessma TV qui est citée à comparaître pour l’audience fixée au 30 avril courant. La réaction de Nesma TV s’est rapidement manifestée par une nouvelle vague de diffamation, par la voix de Nabil Karoui qui s’est permis, lors d’une conférence de presse d’accuser Mediascan d’être, entre autres, inféodée aux clans des Trabelsi et Ben Ali et prétendant que ses enquêteurs remplissaient leurs fiches tranquillement dans les cafés et affirmant qu’il dispose d’une vidéo attestant de tout cela. Sans tarder et comme par hasard, une vidéo montrant les enquêteurs de Mediascan en train de « frauder » était mise en circulation sur Youtube et d’autres médias sociaux. Vérification faite, cette vidéo a fait l’objet d’un découpage et d’un remontage destiné à faire croire que les enquêteurs de Mediascan remplissaient tout seuls et sans interroger les concernés, les questionnaires relatifs au calcul des taux d’audiences, alors que la réalité est toute autre. Face à cet acharnement inacceptable, Mediascan dénonce vigoureusement ces pratiques, met en garde contre la manipulation outrancière de cette vidéo truquée, commise en pression contre l’indépendance et le professionnalisme de ses mesures d’audience et en réaction à notre action en justice de recouvrement de ses paiements en souffrance chez Nessma TV. Mediascan se réserve le droit d’engager les poursuites judiciaires y afférentes. »

Source : « Espace Manager » Le 20-04-2011

Gisèle Halimi : Tunisiens, restez unis, vous avez créé l’Histoire!


 

Gisèle Halimi est venue récemment en Tunisie, son pays natal, pour partager avec ses concitoyens les joies de la Révolution. Elle en parle avec ferveur dans l’entretien qu’elle a accordé à Investir en Tunisie.

D’abord comment avez-vous vécu la Révolution tunisienne? Gisèle Halimi : Bon j’étais en France mais j’ai suivi tout ce qui passe en Tunisie instant après instant, à travers la couverture des chaines de par le monde. La Révolution tunisienne est unique ! Dans ses étincelles, dans son parcours, et même dans son résultat. Mon cœur battait très fort lorsque je me souviens des images des coups de fusils et des bombes lacrymogènes qui visaient les manifestations pacifiques. J’étais triste de voir autant de martyrs et de blessés dans les différentes villes tunisiennes. Mais après le départ du président déchu, je pense que j’étais la personne la plus contente du monde. J’ai senti la liberté dans tout mon corps. Lorsque j’ai franchi le territoire tunisien, les larmes aux yeux, j’avais le sentiment d’être de nouveau née. Voulez-vous dire quelque chose aux Tunisiens? Mon message est premièrement unité, unité et unité. Parce qu’une révolution qui part sur des bases aussi formidables que celles-ci, avec comme auteur initiateur le peuple et le peuple lui seul, ne peut être que formidable. Dans ces moments, la moindre fraction du peuple dans des morceaux de partis politiques, d’associations et des groupements, la révolution sera perdue. En revanche, si sur cette éclosion formidable de cette révolution populaire, si en même temps qu’elle est close en rassemblant aujourd’hui toutes les forces prêtes pour le changement et la reconstruction, là on peut gagner. Parce qu’après Ben Ali, il faut reconstruire le pays et reconstruire la démocratie. Je suis optimiste parce qu’en Tunisie réside les plus grandes sources, solutions et possibilités pour faire cette démocratie et réaliser l’unité. Donc Tunisiens restez unis, vous avez créé l’histoire ! Quel rôle peut jouer la femme tunisienne ? La femme tunisienne a été, et grâce à Bourguiba, en dehors du cercle des femmes arabes. Donc, pour la femme tunisienne, non seulement il ne faut rien touché de ses acquis, mais faire en sorte de les moderniser et de les actualiser. Je peux vous affirmer que parfois et dans des sujets bien déterminés la femme tunisienne était en avance par rapport à la femme française. Et je suis sûre que les vents du changement qui ont commencé en Tunisie vont tout changer dans le monde arabe, y compris les droits de la femme dans ces pays. Qui est Gisèle Halimi ? Née Zeiza Gisèle Élise Taïeb le 27 juillet 1927 à la Goulette en Tunisie. Gisèle Halimi est avocate, militante féministe et politique franco-tunisienne. Issue d’une famille juive traditionaliste, elle choisit dès sa jeunesse le combat féministe et politique. Gisèle Halimi entre au barreau de Tunis en 1949. Elle poursuit à Paris, à partir de 1956, sa carrière d’avocate. Fortement engagée dans plusieurs causes, elle a milité pour l’indépendance de la Tunisie et aussi pour l’Algérie. Elle dénonce les tortures pratiquées par l’armée française. Dans le même esprit, elle préside une commission d’enquête sur les crimes de guerre américains au Viêt Nam. Avocate de l’activiste palestinien Marouane Barghouthi, ancienne ambassadrice de France auprès de l’UNESCO, Gisèle Halimi est mariée à Paul Halimi, administrateur civil au ministère français de l’agriculture dont elle porte toujours le nom.

Source : « Investir en Tunisie » le 20-04-2011

Lien :http://www.investir-en tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=9703

Communication fluide, organisation, endoctrinement et langage double

Ennahdha : “opium du peuple’’ ou « vitamine du faible » ?


 

Par Mona BEN GAMRA

On croit savoir que la religion a cessé d’être « l’opium du peuple ». Aujourd’hui le parti « Ennahdha », légalisé sous peu, Révolution oblige, vient tout juste de nous prouver le contraire. Le parti du leader historique Rached Ghannouchi fait du chemin tout comme les autres partis interdits du temps de Ben Ali, qui font leur petit bonhomme de chemin contre vents et marées. Sauf qu’ « Ennahdha » avance à pas de géant. Le parti, serait-il devenu l « ’opium du peuple », ou le serait-il au sens que lui donne le sociologue français Régis Debray, « la vitamine du faible » ?

Il est vrai qu’ « Ennahdha » et les « Nahdhaoui » en ont vu des vertes et des pas mûres. Les 30 000 partisans brimés, malmenés, persécutés par un dictateur sans foi ni loi, étaient la rançon à payer, pour que le parti refasse surface, et retrouve toute sa légitimité dans les cœurs et les esprits, et comment ! Aujourd’hui, le parti a son droit de cité dans les médias et ne fait que drainer les foules à chaque meeting attirant des partisans mais aussi des « anti » qui viennent huer son leader historique Ghannouchi à chaque passage. C’était le cas dimanche dernier lorsqu’ « Ennahdha » a organisé une rencontre ayant attiré quasiment 700 personnes à Hammamet. Le but étant de donner un discours apaisant à l’encontre des protagonistes qui ont toujours peur de la religion et de son impact sur des secteurs de l’économie comme le tourisme. Rached Ghannouchi qui choisit, comme à chaque fois, de faire les choses dans la dentelle, donne encore une fois des messages qui rallient les masses d’individus. Bon orateur, il sait louvoyer et se dérober aux questions quand il faut. On a déjà publié dans les colonnes du « Temps » une interview de Rached Ghannouchi, en date du 06 février 2011, où il nous a fait plusieurs confidences du genre « Le code du statut personnel s’inspire de la Chariaâ » ou « La polygamie est rejetée par la loi et il n’est pas question d’y revenir » « le Hijab est une affaire personnelle. » ou encore « La lapidation et les amputations des mains des voleurs : ce sont là des pratiques aujourd’hui, impraticables ». Ce jour-là, « l’Emir des Islamistes » recevait un groupe de jeunes ‘’facebookers’’ empressés de de harceler de questions rien que pour percer le secret du retour du leader qui venait tout juste de rentrer de son exil.

Duplicité du langage

Mais Ghannouchi a donné bien d’autres discours et il n’a pas du tout failli entre-temps à sa qualité de tribun. Dernièrement et lors une rencontre donnée au siège de la Fondation Témimi Ghannouchi a insisté sur le fait que « la politique ne peut en aucun cas être dissociée de la religion » !

« Ennahdha mène un double langage » écrit sur son mur un facebooker. Aujourd’hui les slogans anti-Ennahdha se multiplient. Une page ralliant 22mille internautes autours de l’appel « Je suis Musulman et Ennahdha ne me représente pas » pour inciter les Tunisiens à ne pas se laisser endoctriner par la propagande « Nahdhaoui ».

La donne a changé, en fait. Et il serait niais de prendre pour dupes les Tunisiens qui ont décidé de prendre leur destin en main et mener à bien leur Révolution. Le scénario des élections de 1989 ne peut en aucun se reproduire puisque à l’époque, le mouvement « Ennahdha » a usé du vide politique qui régnait et du rôle qu’ont joué les mosquées pour mener une propagande politique. Aujourd’hui, les Tunisiens attendent de véritables programmes politiques des partis politiques qui se sont créés. Et il serait vraiment lamentable de renouer avec les vieux démons du passé pour tenir un langage qui aura fait son temps. Mais que vaut une religion sans conscience morale ? Ce serait certes, un opium pour la conscience qui aurait au final, à diviser, nos compatriotes entre ‘’Croyants’’ et adeptes de la religion de la ‘’Non croyance’’. Un seul Dieu n’est-il pas tout ?

 

Hizb Ettahrir: le voile levé sur la face intégriste de l’Islam idéologique

Le ‘’Hizb Ettahrir’’ a fini par pointer le bout du nez, comme la face cachée d’un Islam intégriste longtemps recélé. Le parti islamiste affiche un projet de société régie par la Chariâa. Il prône bien entendu l’adoption du voile intégral pour les femmes. Et puis qu’en est-il de la démocratie et des valeurs de la Révolution ? « La démocratie », est selon le porte parole du parti Ridha Bel Hadj, « une question factice qui ne doit pas susciter l’attention ». Aujourd’hui, le parti fait parler de lui-même, en optant pour des choix qui sont en négation pure et dure de la démocratie. Au diable les acquis de la modernité. Histoire de renouer avec des pages de notre histoire commune où le Califat était le régime adopté par les pays Musulmans. Une machine à remonter le temps nous amènera illico presto au temps de la gloire islamique. Le voyage se fera, on l’espère bien, sur un tapis volant.

 

L’avis du spécialiste …

Fawzi Bouaziz, docteur en sociologie

« En Tunisie, on peut facilement assimiler le discours religieux vu le fait que notre société a toujours été dépolitisée. Le parti unique du temps de l’ancienne dictature a légitimé le discours religieux qui a pris de l’ampleur. Si « Ennahdha » aujourd’hui draine la foule, cela s’explique par le fait que ce parti a plus d’expérience que les autres partis à tendance islamiste. En plus les « Nahdhaoui » appellent à un Islam modéré. Et c’est connu en sociologie, plus on est dans la modération, plus on est défendable. Sans oublier le fait que les autres partis non religieux, n’ont pas de véritables programmes politiques. Et du coup « Ennahdha » comble l’espace vide et affiche une entrée fracassante dans le domaine politique grâce à une communication étudiée. J’ai aimé, par ailleurs, l’auto-critique du parti où l’on a évoqué le manque de pragmatisme d’ « Ennahdha » de par le passé. Aujourd’hui le parti se veut plus proche du peuple et de ce qui meut son cœur et son esprit. Toujours est-il : est-ce que « Ennahdha » sera capable, de résoudre les problèmes de chômage et toutes les questions qui sont à l’ordre du jour de la Révolution ?

Source : « Le Temps » Le 20-04-2011

Samir Dilou au « Quotidien » : «Défendons avec ardeur le tourisme tunisien»

 


 

Décidément, Ennahdha ne finit pas de surprendre. L’image traditionaliste qui a souvent collé à la peau de ce parti fond à vue d’œil, parfois à la grande surprise même de certains de ses sympathisants. Ce jeu du « qui dit mieux » a amené les nahdhaouis à devenir les chantres du tourisme tunisien. Samir Dilou, membre du bureau politique d’Ennahdha, explique. Ennahdha et le secteur touristique, flirt ou histoire d’amour? Nos prises de position à propos du secteur touristique dans notre pays contredisent effectivement le contenu propagandiste de l’ancien régime sur l’ensemble de notre pensée et de notre appréciation de la réalité tunisienne. La vérité est celle-ci : Ennahdha ne peut qu’encourager le développement et l’épanouissement des différents secteurs de l’économie nationale, surtout dans la conjoncture actuelle. En fait, à notre sens, ce qui a entretenu l’amalgame est le caractère particulier du secteur en question qui, dans l’entendement commun, rime avec prélassement balnéaire et tenues particulières, avec hôtels et certains de leurs services, spécialement certaines boissons. C’est une nouvelle bombe électorale que vous lâchez là? Si le prix de ramasser davantage de voix est la diphonie ou la non crédibilité, alors nous n’en voulons pas de ces voix-là. Le jour doit venir où prévaudra le dialogue franc et non plus les procès d’intention. L’équité impose qu’Ennahdha doit être jugé au même registre que celui auquel les autres se soumettent. Des formations de gauche vous taxent de parti réactionnaire. Alors, qu’entendez-vous par tourisme, en dehors de celui à caractère de méditation auquel s’adonnaient les soufis d’antan? Nous parlons du tourisme qui contribue au renforcement des ressources de l’Etat par la diversification du produit et le développement des créneaux à haute employabilité. Le tourisme intérieur, la promotion du produit diversifié et riche sont autant de filières à devoir prospecter à fond. Votre section de Hammamet appelle dans un communiqué signé le 16 avril courant à «lancer une campagne internationale pour faire réussir la saison touristique en Tunisie»… Cela coule de source ! Ce sont les mêmes appels solennels lancés par Rached Gannouchi, président du parti, dans des meetings à Hammamet et Hammadi Jebali, son secrétaire général, dimanche à Tunis. Ennahdha appelle à un sursaut national et à une action internationale à ce propos. Elle vise par cette campagne deux objectifs ; le premier c’est que la période post-révolution a été accompagnée d’un certain débordement sécuritaire. Nous croyons cependant que le plus difficile est désormais derrière nous et que tous les hôtes de la Tunisie doivent se sentir en sécurité. Le pays n’est en fait pas moins quiet ou moins stable que beaucoup de pays à vocation touristique, qu’ils soient ouest-européens, arabes ou d’autres destinations. Le second objectif est d’éloigner toute instrumentalisation politicienne ou électorale d’une conjoncture touristique en crise. Le mouvement Ennahdha appelle donc et avec force et détermination à soutenir le rôle socio-économique de notre tourisme en faisant la promotion intelligente de nos ressources. On est là face à une position politique pragmatique ou à une conviction culturelle ? C’est un peu de tout ça. L’être humain aime le tourisme, la vie moderne l’y invite fortement et cette activité puise de profondes justifications dans la culture arabo-musulmane commune. Comment comptez-vous vous y prendre ? En plus de notre participation essentielle et responsable dans les rendez-vous politiques et électoraux afin que le peuple tunisien puisse jouir enfin de stabilité politique, économique et sécuritaire, nous comptons participer à la réussite de la saison actuelle et celles d’après. Nous peaufinons nos propositions et appelons ouvertement toutes les parties concernées à coopérer dans la recherche nationale des meilleures alternatives. Vous approuvez donc le discours du ministre du Tourisme à ce propos, et est-il envisageable que Ennahdha se charge un jour du portefeuille du tourisme tunisien? Nous avons positivement réagi aux bonnes intentions exprimées par le ministre du Tourisme dans le gouvernement de transition. Et pour répondre au deuxième volet de votre question, le moment n’est pas aux velléités ministérielles, mais disons tout de même qu’il n’y a pas d’objection de notre part à prendre le portefeuille de ce secteur si besoin est. Et les alliances politiques, les listes électorales? Nous sommes partisans et ouverts au dialogue avec toutes les parties sur une plateforme politique et non pas idéologique, en respectant le droit à la différence et à la proclamation de leurs slogans, fussent-ils pointés contre nous. En toute humilité nous nous estimons assez tolérants, patients et dans une disposition d’esprit à nous ouvrir à tous. Nous discutons de ce fait avec plusieurs partenaires politiques, dont des partis plus ou moins nouvellement constitués. La discussion ne prétend pas encore à d’éventuelles listes électorales communes, mais pour notre part, nous allons nous présenter dans toutes les circonscriptions.

Source : « Le Quotidien » Le 20-04-2011

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