16 juin 2011

TUNISNEWS
11 ème année, N°4041 du 16.06.2011


IFEX

: L’oppression a laissé de profondes cicatrices dans les médias du pays

IFEX: Scars of oppression run deep in the country’s media
FTCR: Communiqué
AFP: Arrivée en Tunisie d’un navire transportant 19 militaires libyens

AFP: Sikorski encourage les Polonais à aller en Tunisie et en Egypte

AFP: Le HCR appelle à un appui aux réfugiés et à la révolution tunisienne

Moncef ZID: L’islamisme politique est –il un danger en Tunisie ?

Kapitalis: Récits de la torture ordinaire dans les geôles tunisiennes (1,2,3/4)

Le Nouvel Observateur: Election tunisienne : la campagne a lieu aussi à Paris – Interview du président du FDTL, Mustafa Ben Jaafar,

La Tribune de Geneve: Mustapha Ben Jaâfar nous parle de la Tunisie

L’humanité: Une journée avec Abdel, le Tunisien qui tourne en rond

Afrik.com: Tunisie : pays révolutionnaire cherche touristes désespérément

Ouest France: Le petit marchand tunisien qui a semé le printemps arabe

Slate Afrique: Qui veut récupérer les archives parisiennes de Ben Ali?

Maville: Les lycéens tunisiens restent combatifs

La Tribune de Geneve: Dictateurs en procès

Tunisie Soir : Jean Ziegler:  » L’audit de la dette tunisienne et la restitution des fonds plutôt que le recours aux emprunts extérieurs »

Gnet: Anne Applebaun en Tunisie, « les Etats-Unis ont peur des partis islamistes »

Nawaat: _Z_ publie son premier livre

Le temps: Une banque bradée pour 60 millions de dinars

AFP: Syrie: le frère du président, Maher, visage de la répression

AFP: « Printemps arabe »: internet a permis aux jeunes de faire entendre leur voix

AFP: La Turquie se veut « source d’inspiration » pour les Arabes, mais craint pour son influence

Reuters: Solidarity in the Arab Spring


16 juin 2011

L’oppression a laissé de profondes cicatrices dans les médias du pays


SOURCE: Le groupe d’observation de la Tunisie de l’IFEX (TMG de l’IFEX) – Tunis, le 16 juin 2010 – Si les Tunisiens doivent jouer un rôle informé dans la phase de transition et au-delà, il leur faut des médias libres et indépendants et une société civile forte, démocratique et ouverte pour faire rendre des comptes au pouvoir, indique le rapport préliminaire du Groupe d’observation de la Tunisie organisé par l’Échange international de la liberté d’expression (TMG de l’IFEX), une coalition de 21 groupes membres de l’IFEX. Intitulé « L’oppression a laissé de profondes cicatrices dans les médias tunisiens : Évaluation des exigences critiques pour la Liberté d’expression dans la transition démocratique en Tunisie », le rapport sera présenté ce jeudi 16 juin aux médias nationaux et internationaux et aux groupes locaux de la société civile à l’occasion d’une conférence de presse à Tunis. Ce rapport offre un éventail d’opinions rassemblées à partir d’un large échantillon de plus de 60 professionnels des médias, défenseurs de la société civile et des autorités interviewés en Tunisie lors de la mission du TMG de l’IFEX qui s’est déroulée du 9 au 16 avril. Le TMG de l’IFEX mène campagne depuis 2004 afin de sensibiliser l’opinion aux violations de la libre expression en Tunisie et pour soutenir les journalistes indépendants, les écrivains et les militants de la société civile dans leur lutte pour mettre fin à la censure dans ce pays. La dernière mission en date, la huitième mission formelle, était conçue pour répondre aux besoins immédiats des intervenants, anciens et nouveaux, dans leurs efforts pour soutenir la liberté d’expression dans la Tunisie de l’après-Ben Ali. Le rapport préliminaire publié en anglais, en arabe et en français sera accessible à http://ifex.org/tunisia/tmg/ (version française:http://ifex.org/tunisia/2011/06/14/scarsofoppressionrundeeptmgdelifex_draft_fr.pdf ) « Contrastant fortement avec le déroulement des missions antérieures, la délégation de cette mission du TMG de l’IFEX a pu rencontrer des groupes de la société civile, des défenseurs des droits de la personne, des journalistes, des blogueurs et des représentants de tout le spectre politique et s’entretenir librement avec eux », a déclaré Virginie Jouan, qui représentait l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA), l’organisation qui présidait la mission. Le rapport documente les préoccupations clés et les défis immédiats concernant la censure et la liberté d’expression en Tunisie. Reconnaissant les progrès déjà réalisés depuis le 14 janvier, le rapport aborde les questions fondamentales soulevées par les principaux intervenants à propos du soutien au vent de changement qui s’est levé et de la poursuite de la participation populaire la plus vaste possible pour assurer le succès de la transition démocratique. « Les révolutions sont comme des organismes vivants, elles évoluent jour après jour, et la participation est vitale si elles veulent réussir », dit Rohan Jayasekera du groupe Index on Censorship, président du TMG de l’IFEX. « La démocratie a besoin de l’engagement le plus large possible et de l’éventail d’opinions le plus diversifié; tandis que les citoyens journalistes et les activistes sur le web ont encore une tâche à accomplir comme garants de la révolution tunisienne, le gouvernement de la Tunisie par intérim et une bonne partie des médias grand public ont encore à faire leurs preuves aux yeux du peuple. » Le rapport formule une liste détaillée de recommandations, dans lesquelles il indique dans ses grandes lignes le travail que doivent accomplir le gouvernement de transition, les groupes de la société civile, les médias et les organismes consultatifs afin de garantir la liberté d’expression dans le pays. Parmi les préoccupations les plus immédiates on peut citer : 1. Corriger l’influence persistante de l’ancien régime qui exerce un effet négatif sur le processus de transition dans de nombreux secteurs de la société, en particulier dans les médias. 2. Garantir le pluralisme des voix et des débats informés qui ont lieu pour que le peuple tunisien puisse continuer à participer réellement et façonne son propre avenir. 3. Soutenir les efforts continus des journalistes tunisiens pour renforcer les compétences et les normes professionnelles, compte tenu surtout des prochaines élections. Le rapport ne constitue qu’un point de départ de la campagne en vue de mettre fin à la censure. D’autres activités du TMG de l’IFEX sont prévues pendant toute l’année dans le cadre du soutien constant de la coalition aux médias tunisiens et de sa surveillance continue de la liberté d’expression. Pour en savoir plus sur le TMG de l’IFEX, aller à : http://ifex.org/tunisia/tmg/ ou trouver le TMG de l’IFEX à : http://www.facebook.com/IFEXTMG et sur Twitter @TunisiaMonitor A Tunis, SVP contactez Virginie Jouan, WAN-IFRA, à vjouan (@) wan.asso.fr ou tél: +33 6 60 24 43 62 Lire le rapport préliminaire : ScarsofOppressionRunDeepTMGdelIFEX_draft_FR.pdf (1190 KB)  

 

16 June 2011

Scars of oppression run deep in the country’s media


SOURCE: IFEX Tunisia Monitoring Group (IFEX-TMG) – Tunis, 16 June 2010 – If Tunisians are to play an informed part in the transition phase and beyond, they need a free and independent media and a strong, democratic and open civil society to hold power to account, according to the new draft report from the International Freedom of Expression Exchange Tunisia Monitoring Group (IFEX-TMG), a coalition of 21 IFEX members. « The Scars of Oppression Run Deep: Assessing the Critical Requirements for Freedom of Expression in Tunisia’s Democratic Transition » is being presented on Thursday, 16 June to national and international media and local civil society groups at a press conference held in Tunis. It provides a sample of opinions gathered from a broad cross-section of over 60 media professionals, civil society advocates and authorities interviewed in Tunisia during the course of the IFEX-TMG mission that took place from 9 to 16 April. The IFEX-TMG has been working since 2004 to campaign to raise awareness of free expression violations in Tunisia and to support independent journalists, writers, and civil society activists in their struggle to end censorship in the country. The latest mission, the eighth formal mission, was designed to respond to the immediate needs of stakeholders, old and new, in their efforts to sustain freedom of expression in a post-Ben Ali Tunisia. The draft report published in English, Arabic and French will be available at http://ifex.org/tunisia/tmg/ « In stark contrast to previous missions, the IFEX-TMG delegation was able to meet and talk openly with civil society groups, human rights activists, journalists, bloggers and representatives from across the political spectrum, » said Virginie Jouan, representing the World Association of Newspapers and News Publishers (WAN-IFRA), the mission’s lead organisation. The report documents the key concerns and immediate challenges regarding censorship and freedom of expression in Tunisia. Recognising the advances that have already been made since 14 January, it also addresses the fundamental issues raised by key stakeholders with regards to maintaining the momentum of change and ensuring the widest participation for the democratic transition to succeed. « Revolutions are living things, evolving day by day, and if they are to thrive participation is the key, » said Rohan Jayasekera of Index on Censorship, Chair of the IFEX-TMG. « Democracy needs the widest possible engagement and the broadest range of opinion, and while citizen journalists and web activists still have a job to do as guarantors of the Tunisian revolution, Tunisia’s interim government and much of the mainstream media still have to prove themselves to the people. » In a detailed set of recommendations, the report outlines the work required by the transitional government, civil society groups, the media and consultative bodies in order to guarantee freedom of expression in the country. The most immediate concerns include: • To redress the lingering effects of the former regime that are having a negative effect on the transition process across many areas of society, and in particular the media. • To ensure plural voices are heard and informed debates undertaken so that the people of Tunisia can continue to effectively engage and shape their own futures. • To support Tunisian journalists in their ongoing efforts to strengthen professional skills and standards, particularly in view of the forthcoming elections. The report is only a starting point for the campaign to end censorship. Further IFEX-TMG activities are planned throughout the year as part of the coalition’s ongoing support to the Tunisian media and its continued monitoring of freedom of expression. For more on IFEX-TMG, visit http://ifex.org/tunisia/tmg/ or find IFEX-TMG at http://www.facebook.com/IFEXTMG and on Twitter @TunisiaMonitor In Tunis, please contact Virginie Jouan, WAN-IFRA, at vjouan (@) wan.asso.fr or tel: +33 6 60 24 43 62 Download the English draft here: ScarsofOppressionRundeepIFEXTMG_draft_ENG.pdf (891 KB) For more information: IFEX Tunisia Monitoring Group Rohan Jayasekera, Chair c/o Index on Censorship London United Kingdom rj (@) indexoncensorship.org Phone: +44 20 7324 2522 http://ifex.org/tunisia/tmg/  


F.T.C.R.
 

5 MOIS APRES LA REVOLUTION,

 

L’AMBASSADE DE TUNISIE A PARIS ET LE MINISTERE TUNISIENDES AFFAIRES ETRANGERS N’ONT PAS CHANGE AVEC LES MIGRANTS : MEPRIS ETREPRESSION


 

 
Pour la deuxième fois desresponsables de l’Ambassade de Tunisie à Paris font appel aux forces de policepour expulser les jeunes migrants tunisiens arrivés récemment , via l’Italie.
Aujourd’hui tôt le matin, les forcesde police ont envahi le bâtiment du 36 rue Botzaris à Paris 19ème appartenantà l’Etat tunisien pour appréhender les jeunes migrants , sans domicile et sansressources, qui y avaient trouvé refuge. Certains ont été relâchés, beaucoup d’autressont encore incarcérés.
Malgré la révolution l’ambassade deTunisie en France et le ministère des affaires étrangères continuent à employerles méthodes répressives de la dictatureBen Ali et la duplicité.
Lundi dernier, les responsables de l’Ambassadeavaient accepté l’idée d’étudier un protocole d’accord avec des associations tunisiennesde l’immigration portant sur les points suivants :
– Mise à disposition du 36 rue de Botzaris au service des migrants qui seradestiné à l’accueil, l’aide et l’orientation.-
L La gestion des lieux sera confiée à un collectif d’associations de migrants tunisien.
R Recherchede solutions alternatives afin d’héberger les migrants occupant les lieux.
– La F.T.C.R. dénonce ce comportementfourbe et répressif digne des années de BEN ALI.
Elle propose d’inclure cetteprotestation dans les revendications des associations de l’immigrationtunisienne et sa présentation au Ministre et demande la restitution de l’immeuble sis au 36 rue de Botzaris àParis aux migrants afin d’y établir un lieu d’accueil.
La F.T.C.R. sollicite les forcesdémocratiques tunisiennes pour dénoncerles méthodes répressives de l’ambassade et du ministère des affaires étrangèrestunisiens et appelle à une forte mobilisation des associations de l’immigration et desforces politiques en France et en Europe pour la défense des intérêts desmigrants : pour un accueil et un hébergement dignes et pour la régularisation des sans papiers.
Paris le 16 juin 2011
Pour la .F.T.C.R.
Le président Tarek BEN HIBA

AFP, le 16 juin 2011 à 07h53 GMT

Arrivée en Tunisie d’un navire transportant 19 militaires libyens


TUNIS, 16 Jui 2011 (AFP) – Un navire libyen transportant 19 militaires dont des officiers, ayant fui la Libye à la suite de l’intensification des combats, est arrivé mercredi dans le port d’El Ketef, dans la région frontalière entre la Tunisie et la Libye, a rapporté l’agence officielle TAP.
Une quarantaine de Libyens, dont 27 militaires, étaient arrivés en Tunisie de la même manière depuis le début de la semaine.
L’hôpital de Tataouine (sud) a d’autre part accueilli 13 rebelles libyens blessés mercredi. Sept d’entre eux ont dû être transférés vers d’autres hôpitaux tunisiens en raison de la gravité de leurs blessures, a précisé la TAP.
L’agence a aussi indiqué que le poste frontalier de Ras Jedir avait enregistré mercredi l’entrée d’un grand nombre de réfugiés de différentes nationalités, dont beaucoup de Libyens, sans cependant donner de chiffres.
Quelque 800 réfugiés sont par ailleurs entrés en Tunisie au poste frontière de Dehiba, plus au sud, alors que des bombardements se poursuivaient dans l’ouest de la Libye, selon la même source.

 
AFP, le 16 juin 2011 à 11h58 GMT

Sikorski encourage les Polonais à aller en Tunisie et en Egypte


VARSOVIE, 16 Jui 2011 (AFP) – Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a lancé sur Twitter un appel à ses compatriotes à faire du tourisme en Tunisie et en Egypte, pour soutenir la démocratie dans ces pays.
« Chers compatriotes! Soutenons les démocraties arabes. Visitons l’Egypte et la Tunisie. On y est en sécurité dans les stations balnéaires. Et leur économie a besoin de stimulants », a écrit M. Sikorski sur son site http://twitter.com/#!/sikorskiradek.
Lors d’une visite à Varsovie fin mai, le président américain Barack Obama avait félicité la Pologne pour son engagement en Afrique du Nord, l’encourageant à y présenter ses propres transformations politiques et économiques opérées depuis un quart de siècle.
Fin avril, à la demande du gouvernement polonais, Lech Walesa, chef historique du syndicat polonais Solidarnosc, s’est rendu à Tunis pour y apporter son « savoir-faire » en matière de « transition maîtrisée vers la démocratie ».
Le 11 mai, Radoslaw Sikorski a été le premier chef de la diplomatie d’un pays européen à se rendre à Benghazi où il a exprimé le soutien des Européens à la rébellion libyenne.

AFP, le 16 juin 2011 à 12h54 GMT

Le HCR appelle à un appui aux réfugiés et à la révolution tunisienne


TUNIS, 16 Jui 2011 (AFP) – Le Haut Commissaire de l’Onu pour les réfugiés Antonio Guterres a appelé jeudi la communauté internationale à s’engager davantage en faveur des réfugiés fuyant le conflit libyen mais aussi dans l’aide à la révolution tunisienne.
 
M. Guterres a entamé une visite en Tunisie qui doit le mener dans le sud du pays pour y visiter des camps de réfugiés dans la zone frontalière entre la Tunisie et la Libye, ainsi que des familles tunisiennes qui ont accueilli des réfugies en Libye.
« Je suis venu dire merci au gouvernement et au peuple tunisien », a déclaré M. Guterres à quelques journalistes après un entretien avec le chef de la diplomatie tunisienne Mohamed Mouldi El Kefi.
Il a insisté sur « l’hospitalité » de familles tunisiennes qui ont accueilli des réfugiés venus de Libye « d’une façon qui mérite l’appréciation de la communauté internationale ».
« Il faut que la communauté internationale s’engage non seulement dans l’appui aux réfugiés et aux familles d’accueil mais aussi dans l’appui au peuple et au gouvernement tunisien pour que la révolution (tunisienne) soit couronnée de succès », a ajouté le Haut Commissaire.
Il a dit avoir été déçu « au début » par la réaction de la communauté internationale à la révolution tunisienne, mais s’est dit encouragé par les récents engagements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et du G8.
Selon M. Guterres près d’un million de personnes ont passé les frontières libyennes pour se rendre en Tunisie et en Egypte, depuis le début du conflit en Libye.
Il y a actuellement 70.000 libyens en Tunisie, ainsi qu’environ 4.000 personnes originaires de pays où leurs conditions de retour ne sont pas assurées, comme la Somalie et l’Erythree, a précisé le Haut Commissaire.
Le HCR travaille avec plusieurs pays de réinstallation, les Etats-Unis, des pays d’Europe et d’Amérique latine ainsi que l’Australie, pour que ces personnes puissent y être accueillis, a encore indiqué M. Guterres.
Sa visite en Tunisie intervient en prélude à la journée mondiale des réfugiés, qui est célébrée le 20 juin.

L’islamisme politique est –il un danger en Tunisie ?


 
La richesse culturelle des islamistes Tunisiens et la diversité d’opinions qu’ils présentent peuvent constituer un garant contre la dérive d’extrémisme politique et religieux.
 
Les islamistes Tunisiens et surtout les cadres supérieurs (ingénieurs, médecins, avocats, journalistes) constituent une catégorie idéologique et culturelle spécifique dans le monde arabe et musulman.
 
Ce n’est pas rare de rencontrer un islamiste Tunisien qui écoute d’une façon systématique et avec adoration complète synchronisation des chanteurs arabes connus comme Oum koulthoum ou Abdelwahab , … ce type de musique et ce type de chanson sont complètement bannis chez les islamistes d’autres origines comme les Algériens , les Egyptiens , …
 
Et si vous suivez réellement le mode de vie de la majorité des islamistes Tunisiens a l’exception des salafistes et de Hizb alttahrir , vous serez surpris que la différence qu’ils présentent par rapport à un Tunisien « normal » cette différence n’est que virtuelle et n’a pas de fondement social et culturel.
 
La crainte exprimé par certaines élites de tendance « communistes » ou bien « très libérales » ou bien « les francophiles » n’a pas de fondement social et vise à faire barrage devant une réussite écrasante du mouvement islamique pendant les prochaines élections.
 
Les « francophiles » Tunisiens et leurs alliés ont choisi une méthode différente de la répression classique (utiliser par Bourguiba et BEN ALI) pour contrer la montée foudroyante des islamistes , la nouvelle méthode a été dessinée et tricotée par les partis et les Lobis les plus puissants en France :
 
– création d’un rassemblement des partis de gauche pacifiques (comme le parti socialiste Français).
 
– création d’un parti de Droite libérale capable de gouverner (comme UMP en France)
 
– Pousser le mouvement islamique vers l’extrême de la carte politique (comme le FN)
 
– Pousser les partis gauches patriotiques comme POCT vers l’extrême gauche ( comme NPA.)
 
De cette façon même si le mouvement islamique est populaire et majoritaire dans le premier tour , il ne sera jamais capable de gouverner car aucun parti ne prendra le risque politique et financier pour s’allier avec lui.
 
La pression énorme sur les différents partis politiques les nouveaux comme les anciens et les petits comme les grands a pour objectif essentiel : laisser les islamistes seuls dans l’ile des alliances.
 
Les invitations en France (Ben Brahim , Chabbi , …) , les compagnes de diffamation en cours de préparation , les sommes d’argents mise à disposition de certaines associations francophiles Tunisiens , ont pour objectif principal : Un islamiste Fait peur quelques soient ses convictions et ses pratiques et il faut faire tour pour qu’il paraisse comme un extrémiste politique et social.
 
Moncef ZID
 
16 Juin 2011

Récits de la torture ordinaire dans les geôles tunisiennes (1/4)


 
Mardi, 14 Juin 2011 07:46
 
«En poulet rôti, corps enchaîné et suspendu, coups de poing et de cravache sur tout le corps, isolement, insultes…, on m’a tué mille et une fois». Pour tout ce mal qu’il a subi, Mohamed Soudani dit: «Non à la réconciliation sans sanction». Par Zohra Abid
 
Regard perdu, mais tête haute, le jeune homme en jean et chemise bleu foncé, avance, hagard… tout doucement. Cette fois-ci, pas à la barre dans un tribunal et il n’est pas menotté, mais devant des citoyens invités par l’association Nou-R (Nouvelle République). C’était samedi dernier à l’hôtel Diplomat à Tunis.  
 
Des mots étouffés
L’homme qu’on vient d’appeler pour témoigner est un étudiant à l’âge du printemps. «Je m’appelle Mohamed Soudani. J’ai vécu quatre ans de torture, de juin 2007 jusqu’à mai 2011», lance-t-il, la voix presque cassée. Et d’ajouter en retenant ses larmes: «Je remercie tous les avocats qui m’ont défendu et soutenu, notamment Me Bochra Belhaj Hmida (présente dans la salle, Ndlr)».
Rien qu’à le voir, les présents ont un sentiment de compassion envers un garçon qui semble détruit. Dans la salle, on lui prête attention, on écoute chaque mot, chaque phrase. Chaque mot a un sens, chaque phrase raconte la monstruosité. Des phrases souvent entrecoupées par un timide soupir. Il s’arrête de parler un moment, puis reprend. Mais quel crime a pu commettre ce jeune homme? «J’étais membre fédéral au sein de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) à la fac. C’était au moment où le gouvernement surveillait les centaines d’étudiants qui militaient. Un jour, on m’a kidnappé. C’était à Mahdia. J’ai passé six jours à même la terre dans un endroit inconnu. Des hommes baraqués ont fait de moi l’objet de leur sadisme. J’ai subi toutes sortes de torture de la part de ces gens qui éprouvaient du plaisir à me faire souffrir, me torturant tout en se relayant, ou tous en même temps. Ils se disaient entre eux: ‘‘Allez au prochain! Venez prendre votre part!’’ Ils s’acharnaient sur moi. J’en ai vu de toutes les couleurs», raconte Mohamed.
Après la détention soi-disant préventive, le jeune homme a retrouvé les mêmes tortionnaires le 13 juillet 2007 au district de la police. Et rebelote! En fin de compte, pas de preuve contre lui et pas de délit à lui coller.  
 
Poignardé et traîné par terre au vu de tout le monde
M. Soudani est devenu, depuis, un «récidiviste» malgré lui. «Le 22 octobre 2009, suite à une interview accordée à Rfi et Monte Carlo, la police politique m’a interpellé alors que j’étais dans le train de la banlieue sud de Tunis. Ils étaient huit contre moi. De la station Jebel Jloud jusqu’à la gare de Tunis, menotté. On me poignardait devant les voyageurs; on m’insultait et traitait de tous les noms jusqu’à lancer aux voyageurs surpris par leur extrême violence que j’étais un voyou, un voleur, un criminel à abattre», raconte Mohamed.
Aucun voyageur n’a osé intervenir, ça se passait comme ça en Tunisie! Toujours comme ça…
«Entre la gare de Tunis et le poste de police de la rue Charles de Gaulle, il y a à peu près 300 mètres. Le long de ce trajet, on n’a pas arrêté de me gifler, de me donner des coups de poings, des coups de pieds partout et lorsque je tombais, ils me traînaient par terre devant les passants une cinquantaine de mètres, ensuite, ils me relevaient et recommençaient», se souvient Mohamed. Il a entendu des insultes de tout genre et a été traité de tous les noms jusqu’au poste de police. Là, un autre accueil lui a été réservé. Cinq responsables du district, des baraqués, l’attendaient. «Ils se sont relayé sur moi de 20 heures à minuit. Je me suis évanoui trois fois. Ce que j’ai vécu alors que j’avais à peine 21 ans, et que je ne comprenais alors rien du tout à la politique et à ses risques, dépasse le réel. Je croyais que des choses pareilles ne pouvaient se passer que dans des films. Mais non, je n’étais pas dans un film», ajoute le jeune homme.  
 
Que justice soit faite d’abord!
Mohamed arrête, un moment, son récit. C’est le souvenir de sa famille qui lui revient, la souffrance de parents dont le fils a été porté disparu. «Ma présence au poste de police n’a pas été déclarée pendant 25 jours. Durant tout ce temps là, on me trimballait d’une infirmerie à une autre. Je garde des séquelles dans la tête. J’ai deux côtes fracturées. Et une jambe cassée. Le pire, ces mêmes policiers, hauts gradés, comme un certain Dali, un autre Babouri, omniprésents dans toutes les manifestations, allaient entre-temps chez mes parents pour demander de mes nouvelles, au cas où ma famille m’a retrouvé… Ils essayaient de gagner du temps, le temps que les traces de la torture disparaissent», raconte, abattu, Mohamed, qui ne peut pas ne pas se rappeler que les filles de la fac n’ont pas échappé, elles non plus, à la torture. «Ce qu’a enduré à Sousse l’étudiante Karima B… en 2008 dépasse l’imagination», souligne-t-il. Il ne peut pas en dire plus, par respect pour la dignité de la jeune fille. «Etes-vous prêt à pardonner à vos tortionnaires?». Réponse: «Non. Pas avant la sanction. Moi, je garde des séquelles à vie. On m’a détruit, on a détruit mon âme». Un tonnerre d’applaudissements dans la salle. Apparemment, tout le monde partage l’opinion de Mohamed exigeant la vérité et la sanction, avant le pardon. Par égard pour la souffrance des innocents.
 
 
(Source: « Kapitalis », le 14 Juin 2011)
Lien: http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/4368-recits-de-la-torture-ordinaire-dans-les-geoles-tunisiennes-14.html

Récits de la torture ordinaire dans les geôles tunisiennes (2/4)


 
Mercredi, 15 Juin 2011 07:50
 
Après des années passées entre les sous-sols du ministère de l’Intérieur et les geôles de diverses prisons, Aymen Arwa revient sur cet épisode de sa vie. Comme dans une série noire télévisée. «Difficile de pardonner», dit-il…Par Zohra Abid
 
Le témoignage du jeune homme, au cours de la rencontre organisée, samedi, à Tunis, par l’association Nou-R (Nouvelle République), renvoie encore une fois aux pratiques des services de sécurité tunisiens sous Ben Ali. Alors que tout le monde applaudissait le dictateur et applaudissait le pays de la paix et de la tolérance, ses tortionnaires étaient en train de faire le sale boulot…
 
«On m’a dit que je finançais les salafistes»
Aymen semble porter encore et pour toujours le poids de sa détention sur les épaules. Il n’en revient toujours pas. Il n’en croit pas ses yeux! Est-il vraiment en liberté? Serait-il en train de rêver? Est-il encore en vie? Le passé le suit, le hante, le tue chaque jour… Après tant d’années perdues, tant d’années d’humiliation et de torture, Aymen se sent perdu. Pour faire le vide, se ressourcer peut-être, il est allé à Djerba, son île natale. Arrivera-t-il à oublier et à refaire sa vie? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
Aymen Arwa a passé cinq ans de sa vie à l’ombre. Un vrai taulard! Son histoire a commencé en 2006. Des va-et-vient et des séjours dans les prisons de la république. Mais quel crime a-t-il commis? Son seul tort est d’avoir ouvert un magasin d’informatique à la Cité El Ghazala (Ariana) et qu’il a eu, parmi ses clients, des femmes voilées. «Ils m’ont dit que je faisais partie d’un groupe salafiste et que je devais redire ceci et signer cela», raconte Aymen. Et d’ajouter: «On m’a dit aussi que je finançais les salafistes».
Aymen poursuit son récit poignant: «En 2004, mon magasin a été saccagé trois ou quatre fois. Le matériel confisqué, les clients qui fréquentaient mon magasin arrêtés…».
Cette accusation a valu à l’informaticien un long séjour dans diverses prisons du pays. «J’ai tout subi: le système de torture appelé «poulet rôti», menotté et enchaîné des pieds et les mains, suspendu au plafond la tête en bas et fouetté jusqu’à l’évanouissement», raconte Aymen. Qui se rappelle des interrogatoires dans la cave du ministère de l’Intérieur ou du bâtiment d’à côté. «J’ai dû donner les preuves que j’ai une dette à la banque de 12.000 dinars (frais d’équipements du magasin). Que je suis en train de rembourser la créance peu à peu. Que je n’ai pas les moyens pour financer les salafistes ou autres, que je venais de fonder un foyer et que mon épouse est enceinte… On m’a quand même collé une accusation qui ne m’est jamais venue à l’esprit, après avoir obtenu de moi, par la torture, tous genres d’aveux, qu’ils m’ont eux-mêmes dictés».
 
«Pitié, je signe tout ce que vous voulez!»
Aymen dit qu’il était prêt à signer n’importe quoi, n’importe quel papier. L’essentiel pour lui était d’en finir. Il ne supportait plus la douleur physique et morale. Selon lui, les tortionnaires qui l’ont malmené l’ont prévenu: s’il revenait sur ses propos devant le juge d’instruction, ils reviendraient à la charge.
Deux mois à la prison du 9-Avril de Tunis dans une cellule isolée. Cinq minutes de promenade le matin ou l’après-midi et ne voyant presque pas un rayon de soleil. Sans parler de la cellule mal éclairée. Ceci n’est que le commencement. La suite, ailleurs. Direction: Gafsa. «Pendant huit mois là-bas, muet. Si un détenu m’adressait la parole, même pour me saluer, il était perdu. Et moi avec. Car ils nous prenaient tous les deux pour nous faire subir toutes les formes de torture». Ainsi, aucun détenu de la prison de Gafsa ne l’abordait. «C’est horrible de ne pas parler, ça tue… Un jour, je n’en pouvais plus, je me suis acharné sur le portrait du président déchu accroché dans la cellule. Je l’ai déchiré. A cette époque, c’était considéré comme un crime», se rappelle Aymen. Après cet «acte grave», on a dû le transférer à Tunis pour le juger. Il a écopé dix ans. «A la prison de Mornaguia, un président de tribunal encore en exercice a fait du chantage à mon père pour qu’il accepte de lui vendre (ou lui céder, je ne sais pas exactement) un terrain contre ma libération. Pour ce, mon père, qui était professeur, aurait pu faire n’importe quoi. Au final, il a tout vendu, tout perdu, laissé tout tomber et quitté Djerba. Il n’en pouvait plus», se souvient l’homme qui a cru qu’après les sacrifices de son père, il allait être libéré. Et bien non! Sa peine a été prolongée quand même.
 
Aymen et ses geôliers
«On m’a transféré à une prison à Jendouba. Un certain B… a fait de moi ce qu’il voulait… Avec la complicité des prisonniers, on m’a fait subir l’inimaginable. On vous laisse à poil, on vous…, on vous oblige de dire que vous êtes un…, que votre mère est… que votre sœur est… et vous entendez un chapelet d’humiliations gratuites… Entendre cela en présence des autres détenus, il n’y a pas plus rabaissant pour un homme». Et de poursuivre s’il ne se soumettait pas aux ordres d’un certain B. et ses complices se mettaient en colère. «Menotté, enveloppé dans un drap, accroupi et mis en boule et en avant les matraques… Je saignais de partout, je vomissais du sang… Puis on revenait à la charge, si je résistais à leur désir, ils s’en prendraient à ma femme, me disaient-ils», raconte l’homme. «Et parce que B. faisait correctement son boulot, il a toujours mérité des galons», précise Aymen.
En janvier 2011, les geôliers ont, selon M. Arwa, montré de fausses cartes de grâce aux détenus. «Nous avons cru à une libération. Ils nous ont fait sortir menottés de la prison. Nous nous sommes retrouvés derrière les barreaux une autre fois. A Sfax. Et rebelote, rien n’a vraiment changé. Un geôlier est toujours égal à lui-même», a-t-il dit. Et de préciser que ce qui se passe dans les prisons est irréel. «J’ai vu mourir des gens devant mes yeux parce qu’ils n’ont pas été soignés et pas secourus à temps. Aujourd’hui, je suis certes libre. Mais au fond de mon âme, je me sens massacré. Ma vie est foutue, chômeur, marginalisé et marqué à vie. Les années de torture sont là dans ma tête, jour et nuit. Et physiquement, j’en garde des séquelles».
A la fin du récit, une question s’est imposée, dictée par les appels actuels à la réconciliation nationale: Êtes-vous prêt à pardonner à vos tortionnaires? Réponse d’Aymen: «Difficile, difficile de leur pardonner».
 
(Source: « Kapitalis », le 15 Juin 2011)

Récit de la torture ordinaire dans les geôles tunisiennes (3/4)


 
Jeudi, 16 Juin 2011 07:44
 
L’homme, qui avançait avec peine, a gardé jusque-là le silence de peur qu’il ne soit achevé. Même après le 14 janvier. Il s’est forcé de parler quand même! Par Zohra Abid
 
Visage labouré par des rides, joues creusées, cheveux sel et poivre, se tenant à peine debout, Rached Jaïdane a témoigné jusqu’au bout de ses forces.
 
De la fac aux geôles
M. Jaïdane n’était pas prévu au programme. Il était venu tout simplement pour assister, écouter ce qu’on racontait sur la torture que lui-même avait subie des années durant. Prenant place au fond de la salle, il passait sous silence, enfin presque! Car, les témoignages de Mohamed, puis d’Aymen, les réactions des représentants de la société civile, lui ont redonné confiance en lui et une bonne dose de courage. De la force pour se manifester et raconter, lui aussi, son histoire avec les tortionnaires et les geôliers depuis les années 1970. Là, on parle de l’ère Bourguiba. Oui c’était à l’époque du libérateur du pays.
Chétif, pâle, l’homme boitait, chancelait. Comme s’il avait le vertige. «Je vais essayer d’être bref. Je suis en train de me forcer pour écrire ce que j’ai subi. Enfin, je vais essayer si j’ai encore des forces», a-t-il lancé. «J’ai été prof adjoint à l’université. Ce fut un temps!», a-t-il dit d’une voix blessée. Puis il n’a pas pu se retenir. Il avait tant de choses à raconter, ça le soulageait peut-être de s’extérioriser, de partager sa peine, de déballer tout ce qu’il avait sur le cœur: «J’ai vécu presque les mêmes choses. J’ai souffert de la torture».
 
Dans la cellule, il voyait tout en noir…
«Toute sorte de torture. En poulet rôti, mis à poil, enchaîné, suspendu par une seule jambe. On utilisait tout. Mes organes ont même subi des chocs électriques… et tout mon corps n’a pas été épargné. La matraque, la baignoire, le goutte-à-goutte… A chaque fois qu’on me prenait et c’était pour passer…. à la séance routinière. Comme ça! Et toujours menotté, enchaîné», a-t-il lâché.
Il a enchaîné qu’à chaque fois, il se voyait à deux doigts de la mort, c’était pire que la mort. La mort, il la souhaitait. Surtout lorsqu’il a parlé des bâtons qu’on enfonçait dans tous ses orifices… «Des fois, leur arme, c’était la ‘‘falka’’ (trique). On me tabassait partout. Omar S… et Belhassen K… me tabassaient sans pitié et trouvaient du plaisir à inviter leurs complices parmi des détenus pour me faire subir des humiliations… Et pour ne pas entendre mes cris des autres cellules, on mettait dans ma bouche un tuyau d’eau… Après, ils appuyaient sur mon corps pour faire sortir l’eau que j’ai avalée», se rappelle le professeur à qui on a interdit plus de six ans de toucher à un stylo ou à un papier. «Plus tard, toujours isolé dans ma cellule humide, il m’était arrivé plusieurs fois de ramasser pendant ma promenade quotidienne de cinq minutes les paquets de cigarettes jetés par terre par les détenus. Ça me servait de papier pour griffonner n’importe quoi. Je notais des équations de math. En tombant dessus, le scénario se répétait. Je récidivais et eux récidivaient. Les coups de matraque me tombaient dessus et les insultes, les humiliations aussi…», raconte-t-il, comme libéré du poids du souvenir.
 
Il vaut mieux s’en débarrasser
Comble de l’humiliation, M. Jaïdane s’entendait dire: «Voilà où ta science t’a conduit». C’était devenu insupportable. Plusieurs fois, Rached voyait en noir et faisait la grève de la faim. Ça n’a servi à rien. Personne n’était au courant de ce qu’il subissait. «Même après la libération en 2006, alors que je croyais que tout était fini, à deux reprises, j’ai été percuté par une voiture». Mais pourquoi? Une personne a lancé dans la salle: «C’est pour détruire définitivement toute trace».
Rached souffre aujourd’hui de zona, une maladie virale. Il n’a pas pu continuer. Trop dur pour lui de se rappeler… Etes-vous prêt à pardonner? «Non! Ils nous ont fait tellement du mal… Rien que pour la mémoire, de mon frère, aujourd’hui, mort, qui, à cause de moi, est mort du cancer, laissant derrière lui des orphelins, je ne pourrais pas leur pardonner. Que la justice soit faite d’abord!». Et d’ajouter qu’il n’oubliera jamais ce que lui ont fait endurer les Abdelaziz J… et Ali S.
Qu’avez-vous fait pour mériter tout cela? La question était presque superflue. M. Jaïdane a répondu quand même: «On a dit que je préparais, dans les années 1970, un coup d’Etat. Regardez-moi! Suis-je vraiment capable de renverser tout un Etat!», a-t-il lancé à l’assistance. Eberlués, les gens dans la salle, n’avaient plus rien à dire. Si, l’un d’eux a lancé: «Non à la réconciliation avant la sanction».
Dix minutes plus tard, alors que le débat était lancé sur l’opportunité de passer l’éponge sur tant d’injustice, on a appris que Rached s’était évanoui dans la salle d’à côté. A trois reprises… Arrivera-t-il un jour à écrire ses mémoires! Pour l’histoire, le pays en a vraiment besoin! Cela lui permettrait, sinon d’oublier, du moins de se débarrasser d’un si lourd fardeau…
 
(Source: « Kapitalis », le 16 Juin 2011)
 

Election tunisienne : la campagne a lieu aussi à Paris.


 

Interview du président du FDTL, Mustafa Ben Jaafar, en déplacement en France pour quelques jours. Par Céline Lussato

Quel est le but de votre visite à Paris ?

– Je viens rencontrer les Tunisiens, dialoguer avec eux et faire connaître d’avantage le parti. Je viens discuter avec eux des sujets d’intérêts pour les Tunisiens de Tunisie et de France. Je viens faire davantage connaître un parti qui a été l’objet d’une répression sans limite du temps de Ben Ali. Nous essayons de mettre les bouchées doubles. Les Tunisiens, vous savez ne connaissent pas du tout la vie politique et leurs partis.

Les sondages signalent que la moitié environ des Tunisiens ne sait pas pour qui ils voteront au prochain scrutin. Cela vient de cette ignorance ?

– C’est un résultat logique vue l’accaparation des médias par le clan Ben Ali. Et cela nous pousse à mettre les bouchées doubles pour nous faire connaître auprès de l’opinion publique. Il est certain que le report de la date des élections est quelque chose d’intéressant pour nous. Je ne me fais cela dit pas de souci. Car si nous manquons de popularité, nous avons une crédibilité marquée dont nous voulons nous servir pour pousser à voter pour nous.

L’immeuble du 36 rue Botzaris a été évacué ce matin. Qu’en pensez-vous ?

– Je déplore cet acte. D’autant plus qu’un accord quant à la cogestion de cet immeuble par les immigrés n’a pas été respecté. La décision par les autorités tunisiennes de leur faire quitter les lieux est une surprise pour nous et un choc. Je vais voir avec mes camarades de la section pour peut-être m’y déplacer.

La situation est encore très dure en ce moment en Tunisie. On entend parler de grèves, de tensions entre tribus… Le report des élections est-il une bonne chose pour le peuple tunisien ?

– Le report de l’élection est une garantie pour que ces élections soient de vraies élections. Jamais nous n’aurions accepté des élections bâclées. Et cela aurait entraîné des conséquences gravissimes. Il faut réussir ce rendez-vous historiques des élections. Et il faut assurer plus de sécurité et de stabilité. La sécurité s’améliore progressivement et sur le plan de la stabilité il est vrai que nous assistons à des revendications sauvages, parfois justifiées, mais il faudrait raison garder et organiser cette contestation pour qu’elle ne nuise pas à la situation économique.

Vous et le FDLT avancez des solutions aux demandes sociales dans le pays ?

– Nous nous y attelons depuis le départ de Ben Ali. Nous travaillons à notre transformation d’un parti d’opposition en un parti de propositions mais la situation revendique des solutions urgentes qui sont entre les mains du gouvernement en place. Il fait absolument investir le plus possible dans les régions déshéritées et créer des emplois pour les jeunes diplômés et pour cela il faut des mesures urgentes que nous appelons de nos vœux. Or le gouvernement ne répond pas aussi vite qu’il faudrait à cette urgence. C’est une période de transition qui reste délicate.

Interview de Mustapha Ben Jaafar, fondateur du parti tunisien Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) par Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

Source : « Le Nouvel Observateur » Le 16-06-2011

Mustapha Ben Jaâfar nous parle de la Tunisie


En Tunisie, plus de 82 partis politiques se sont constitués et ont obtenu leur visa en vue des prochaines élections qui auront lieu le 23 octobre prochain. Le docteur Mustapha Ben Jaâfar Sécrétaire Général du Parti le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés a présidé hier soir un débat à Genève. Mustapha Ben Jaâfar a effectué une visite éclair en Suisse mercredi 15 juin pour rencontrer les tunisiens de Genève au Chic à la Rue de Fribourg. Arrivée vers 18h00 dans la cité de Calvin, le Secrétaire Général d’Ettakatol (FDTL) est venu directement de l’aéroport pour animer un débat sur la nouvelle Tunisie avant de reprendre le train le lendemain matin direction Lyon afin d’assister à une nouvelle rencontre avec la communauté tunisienne.
Quelques heures à Genève!
Programme chargé pour Ben Jaâfar qui travaille sans relâche pour présenter son parti le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés au maximum de futurs votants. A Genève, la curiosité de l’assistance assoiffée de nouvelles venant du pays a obligé Ben Jaâfar a parlé sans interruption pendant 3 heures. Comme pour Ben Sedrine la semaine dernière, il a été beaucoup question hier de la révolution, de l’après révolution et des prochaines élections. Presque les mêmes questions et inquiétudes de la part de la quarantaine de personnes présentes au Chic. Quant à l’intervenant on l’a trouvé comme d’habitude serein, confiant, appliqué et convaincant par contre il n’a rien lâché sur le programme de son parti. On doit se contenter des grandes lignes, pour les détails, stratégie électorale oblige on attendra.
Ben Jaâfar remercie Jalel Matri et Mohamed Ben Henda
Cette soirée a permis à Mustapha Ben Jaâfar de remercier le propriétaire des lieux où s’est déroulé ce débat, Jalel Matri figure bien connue dans le domaine associatif à Genève qui a œuvré durant de longues années contre la dictature de Ben Ali en aidant tous les militants tunisiens qui ont croisé son chemin. Et ils sont nombreux! Au même titre il a remercié également le militant tunisien Mohamed Ben Henda pour son précieux soutien durant les moments difficiles. Le numéro 1 du FDTL a parlé de son passé et a évoqué un ancien débat qui a eu lieu bien avant la chute de Ben Ali au même endroit, au Chic. A l’époque j’y assisté avec 2 autres amis. On était 3 en tout! Et dire que maintenant Ben Jaâfar déplace la foule et croule sous les sollicitations médiatiques. Pour résumer, pendant les 3 heures de débat, on a eu droit à une excellente analyse de la situation qui règne actuellement en Tunisie dispensée par Mustapha Ben Jaâfar qui connait bien ses dossiers.
Source : « Tribune de Geneve » Le 16-06-2011

Une journée avec Abdel, le Tunisien qui tourne en rond


Arrivé en France après la révolution comme des milliers de ses compatriotes, Abdel n’a qu’une seule obsession : trouver du travail. Quitte à marcher pendant des heures dans les rues de Paris.
8h55. Un à un, de jeunes Tunisiens aux yeux cernés émergent en silence du gymnase de la Fontaine au Roi, dans le 11ème arrondissement parisien. Environ 150 migrants venus de l’île de Lampedusa y résident depuis un mois, avec l’accord de la Mairie de Paris.
Visage rasé de près et regard pétillant, Abdelkader, 30 ans, désigne du menton le bâtiment. « Il n’y a pas d’hygiène ici… Pas de javel, rien. On nous traite comme des animaux », lâche-t-il. Son petit déjeuner se compose d’un morceau de pain, accompagné d’un peu de fromage frais. « Ça suffit pour la journée. C’est un peu ramadan tous les jours », ironise le jeune homme aux joues creuses.
Une dernière bouchée, et Abdel se met en route pour chercher du travail. Sur le marché de Belleville, il sert les mains des marchands de fruits et légumes. Comme beaucoup de ses compagnons de galère, le jeune migrant leur a déjà proposé son aide. En vain. Mais Abdel ne se départ pas de son sourire combatif.
La révolution passe, le chômage demeure
Diplômé d’une école hôtelière tunisienne, le jeune homme travaillait trois mois par an dans les hôtels touristiques de Djerba pour 380 dinars par mois, plus les pourboires. Soit environ 450 euros : un peu juste, pour vivre à Djerba. Le reste de l’année, il le passait au chômage dans son village de Gafsa, au sud de la Tunisie, ou bien travaillait quelques jours ça et là, dès qu’il trouvait un petit boulot.
La révolution? Bien sûr qu’il y a participé! « J’ai du mal à réaliser que Ben Ali est parti… « , confie-t-il, tout en continuant à battre le pavé. « Mais ça n’a rien changé, il n’y a toujours pas de travail ». Alors il a tenté le tout pour le tout. La traversée de huit heures jusqu’aux côtes italiennes, « le cœur qui bat » dans une embarcation surchargée. Le centre de rétention. « L’esclavage » payé 2 euros de l’heure chez un maraîcher sicilien. Puis le voyage pour la France, il y a trente jours, de Ragusa à Paris, en passant par Vintimille. Mais ici aussi, toutes les portes se ferment sous son nez. Comme dans ce café de l’avenue de Belleville, le premier où il tente sa chance.
« Bonjour madame, je cherche du travail…
– Désolée monsieur, j’ai une équipe complète. Je vous souhaite bon courage. »
9h30. Abdel entre dans le café suivant. A chaque fois, la même réponse. « Bon courage, bon courage… C’est pas ça qui me manque! » L’angoisse se lit sur son visage. Qui voudra d’un sans-papiers pour employé? Comment pourrait-il rentrer au pays les poches vides, après avoir dépensé tout l’argent qu’un ami lui a prêté pour les billets de train et de bus?
« J’ai fait mon maximum pour mon pays »
D’un pas résolu, le jeune homme poursuit pourtant sa quête. Il marche pendant des heures, afin d’accumuler assez de fatigue pour pouvoir dormir un peu ce soir, malgré le bruit qui règne chaque nuit dans le gymnase. L’amertume le gagne lorsqu’il évoque l’accueil réservé par la France aux Tunisiens de Lampedusa. Pour lui, « Sarkozy et Ben Ali ont le même visage ». Et le « bordel » suscité par leur arrivée dans les médias français lui paraît disproportionné. « Pourquoi faire un scandale pour 10 000 migrants Tunisiens? C’est rien, nous en Tunisie, ont accueille 50 000 réfugiés de Libye, alors que notre pays est beaucoup plus petit que le vôtre! »
12h. Abdel s’offre un café au lait, payé cinquante centimes au distributeur d’une station service. Et le savoure sur un banc. « Maintenant que Ben Ali est parti, inch allah, tout va s’arranger en Tunisie, petit à petit », philosophe-t-il d’une voix posée, son gobelet à la main. « Mais les caisses sont vides à cause des Trabelsi (la belle-famille de Ben Ali, ndlr). Moi j’ai fait le maximum pour mon pays, j’ai beaucoup fait pour la révolution. Maintenant la Tunisie a besoin d’intellectuels. De l’Allemagne, de la France, des Etats-Unis pour l’aider… Pas de moi. »
Délogé de son banc par la pluie, Abdel fraude dans le métro. Le seul crime qu’il commette jamais, à l’en croire. Quelques stations plus loin, il sort, un peu désorienté, sur la place de Stalingrad, puis se dirige vers une association destinée aux Tunisiens retraités. Abdel a l’habitude d’y boire un thé tout en consultant la presse tunisienne. « Impossible », lui répond-on pourtant aujourd’hui. « Tu n’as pas vu l’affiche? C’est réservé au plus de 55 ans! » En aurait-on assez de sa présence? Le jeune Tunisien obtempère et s’en va.
Tourner en rond
14h. Le jeune homme reprend sa route le ventre vide, tourne en rond, perdu dans les rues de Paris. « J’ai confiance, mais chaque jour un peu moins », confesse-t-il. Voilà une heure qu’il a cessé de frapper aux portes des cafés.
15h20. Abdel passe de nouveau place de Stalingrad, essuie un nouvel échec. Plus tard, il s’assied quelques instants devant le canal de l’Ourcq. Le jeune musulman s’encourage : « J’ai deux jambes, je respire, je parle, j’ai de la chance ». Abdel essuie pudiquement les larmes qui lui viennent aux yeux. « Je sais que je ne suis pas le premier homme à vivre ça. Ni le dernier ».
Désormais silencieux, le Tunisien erre à la recherche d’un banc où se reposer. La nuit sera rude, il le sait. Pas plus de quatre heures de sommeil sur des tapis de gymnastique, entrecoupées par les cris et les chamailleries de ses voisins. Mais de parcs en parcs, Abdel ne parvient pas à trouver le sommeil.
18h. Abdel évite soigneusement la rue de la Fontaine au Roi, prolonge sa fuite en avant. Le gymnase? Une « prison », s’accordent à dire les migrants de la Fontaine au Roi. Après le couvre-feu de 22 heures, impossible de sortir jusqu’à 8h30. Les vigiles veillent. Il est pourtant temps de rentrer. « Tu tournes toujours en rond! Tu vas devenir fou! », lui lance un compatriote, du trottoir d’en face.
18h15. Abdel appelle sa soeur, au pays. A elle, il dit la vérité sur sa situation. Mais pas à sa mère. « Je ne veux pas qu’elle s’inquiète ». 18h30. Le jeune homme se résout à rejoindre le gymnase, où les autres migrants font déjà la queue. Il a manqué « Une chorba pour tous », l’association qui distribue des soupes aux migrants. Demain, il retentera sa chance pour trouver du travail. Qui sait ? « Je vivrai une autre histoire, peut-être ».

Tunisie : pays révolutionnaire cherche touristes désespérément


Le tourisme tourne au ralenti en dépit de la campagne insolite lancée début mai par l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) pour rassurer les touristes. Les revenus liés à cette industrie connaîtront en 2011 un recul de 50% par rapport à 2010. A moins que le thème de la révolution, qui a inspiré les créateurs de la nouvelle campagne de promotion de la Tunisie, ne fasse mouche. C’est le cas sur Internet où elle est devenu un outil pour critiquer la situation socio-politique en Tunisie.

« Il paraît qu’en Tunisie la tension est à son comble », peut-on lire sur une affiche montrant un homme qui fait paisiblement la sieste au soleil. C’est l’une des affiches publicitaires de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) qui sont visibles dans les bouches du métro parisien et sur les bus londoniens. Elles surfent sur la « révolution de Jasmin » pour relancer une industrie touristique à laquelle elle a donné un coup d’arrêt. L’audacieuse campagne pour attirer les touristes étrangers a été lancée début mai. Elle repose sur le décalage entre l’idée que les étrangers se font de la situation actuelle dans le pays et l’image d’un pays apaisé que souhaite promouvoir les autorités tunisiennes. Objectif : « vaincre la peur de la destination tunisienne », explique Anis Rezgui de la direction publicité de l’ONTT. L’établissement, sous tutelle du ministère du Tourisme, a investi près de trois millions d’euros dans cette opération, soit une hausse de 70% par rapport à son budget de l’année précédente. La campagne a été conçue par l’agence tunisienne Memac Ogilvy Label.

Des affiches parodiées

Depuis le début de la révolution, il y a cinq mois, l’économie du pays est en berne et l’activité touristique en chute libre. Le nombre de touristes baissera de moitié cette année, passant à 3,5 millions contre 7 millions en 2010, avant la chute de l’ancien président Zine Abidine Ben Ali le 14 janvier dernier, a indiqué ce mercredi le ministre du Tourisme, Mehdi Houas.Il affirme également que les revenus liés à cette activité seront divisés par deux. Le secteur représente 6,5% du Produit intérieur brut (PIB). La révolution tunisienne a fait fuir les touristes, notamment les personnes âgées et les familles qui ont peur pour leur vie, indique le ministre. Mehdi Houas n’a pas exclu l’idée d’une campagne propre à chaque pays étranger. Son pays serait prêt à « tripler le budget pour cela ».

Mais ce déchaînement de moyens et de créativité a-t-il séduit sa cible ? « Il est trop tôt pour connaître son impact sur le tourisme tunisien », répond Anis Rezgui. Pour ce qui est des internautes, il n’y a pas de doute possible : certains n’ont pas hésité à reprendre le concept pour en faire des parodies et dénoncer la situation politique qui prévaut dans le pays. Ainsi sur une affiche détournée, il est écrit : « Il paraît qu’en Tunisie, il n’ y a pas l’ombre d’un nuage » et on y voit un homme, mouchoir sur la bouche entouré par un important nuage de gaz lacrymogène. Sur un autre, on peut lire : « Il paraît qu’en Tunisie, les hôtels sont complets » et l’image montre un homme couché par terre, sanglant, entouré d’un militaire et d’autres personnes tentant de lui fournir des soins. Toutes les parodies reprennent le logo de l’ONTT et le slogan choc de cette campagne : « A vous de voir ».

Source: “Afrik.com” Le 16-06-2011

Le petit marchand tunisien qui a semé le printemps arabe


Mohamed Bouazizi s’est immolé le 17 décembre dans une petite ville de Tunisie, déclenchant une émotion sans précédent dans le pays. C’est le point de départ de la révolution. Voici la véritable histoire du marchand ambulant de Sidi Bouzid. Pour ses amis et sa famille, tout est parti d’une gifle qu’il aurait reçue d’une policière. Être frappé par une femme : la pire des offenses selon le code d’honneur des Hammami, les habitants de la région.

TUNISIE. Sidi Bouzid. De notre envoyé spécial.

L’homme vend des cigarettes à l’unité et de minuscules verres de thé noir en face du Gouvernorat. Il s’appelle Mourdi, c’est l’un des petits marchands des rues qui, sous Ben Ali, passaient leur temps à fuir la police dans la ville de Sidi Bouzid.

« Le jour où Mohamed Bouazizi s’est immolé, on n’avait pas arrêté de se faire chasser par les municipaux ». Il montre l’endroit où il a installé sa carriole, contre un mur, à l’ombre d’un pin d’Alep. « Je venais de me faire virer quand Mohamed est arrivé. La place était libre. »

Il est 11 h, ce vendredi 17 décembre. Depuis tôt le matin, le jeune homme, âgé de 27 ans, joue au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Les vendeurs à la sauvette sont interdits sur les trottoirs. Aux récalcitrants, la police confisque le matériel. Dresse des amendes, souvent l’équivalent de plusieurs journées de travail. Mohamed Bouazizi est la bête noire des uniformes. Il s’est souvent fait attraper, a pris des PV. Le marchand de légumes est toujours revenu.

Ce matin-là, le ton monte. Sur ce qui s’est passé précisément, il existe deux versions. Celle qui a d’abord couru, abondée par des parents de Mohamed. La femme policière lui a demandé de s’en aller. Elle s’est emparée des poids de sa balance. Furieux, le jeune homme lui a dit :« Comment je vais faire pour peser? Avec tes seins, peut-être ? ». Elle lui a alors asséné une paire de gifles. L’offense mortelle, la pire des humiliations. Se faire frapper par une femme en public.

Celui qui perd ainsi sa « karama » (dignité) ne peut plus être considéré comme un « rajel » (homme), dit-on chez les Hammami, les habitants de la région. Mohamed Bouazizi se rend dans une échoppe voisine et achète une bouteille de diluant. Il revient sur le terre-plein, s’asperge du produit et craque une allumette. Il sera transporté dans un état grave à l’hôpital où il mourra le 4 janvier.

Et la version numéro 2. Celle retenue par la justice qui, au procès de la policière, n’a plus trouvé aucun témoin pour confirmer les gifles. Une version propre à apaiser les esprits, à réconcilier tout un chacun. Pas forcément la plus plausible.

Le soir même, la police tire

Sitôt connue, en tout cas, la nouvelle du suicide par le feu du petit marchand se répand à une vitesse incroyable. Le soir même, des manifestations éclatent dans six villes, dont Sidi Bouzid. La police tire. Un mort à Menzel Bouzaïène, le premier. La révolution est en marche, avec le slogan qui va faire le tour du monde : « Dégage ! » C’est le début du printemps arabe.

À une dizaine de kilomètres de Bouzid, nous rencontrons Mohamed Bouazizi, 33 ans, son homonyme et cousin. Pour lui, aucun doute, Mohamed s’est suicidé à cause de l’offense, si grave qu’on ne peut y survivre « ou bien en tuant la femme ». D’un geste du bras, il montre l’étendue de rocailles : « Notre famille est ici depuis des générations. Tout cela, c’est à l’ouled (tribu) Bouazizi, jusqu’aux montagnes ».

La vie est aride sur ce plateau planté de cactus et de figuiers de barbarie. À son mariage, le père du futur déclencheur de la révolution, s’est installé en ville. Mohamed est né dans le quartier populaire de Nour El Gharbi. Il a un frère et une soeur, puis quatre demi-frères et soeurs car sa mère, devenue veuve, s’est remariée. « Il n’était pas très bon à l’école. ça ne l’intéressait pas », raconte Farach Marzougui, qui se souvient du jour où, tout juste adolescents, ils ont fumé ensemble leur première cigarette.

À 14 ans, il quitte l’école, achète une carriole et s’en va faire le marchand ambulant de fruits et légumes. « Dans le quartier, on s’est mis à l’appeler “Basbous”, “chariot” en arabe », dit Fouad, un jeune voisin. Mohamed gagne son indépendance, s’installe dans une petite pièce collée contre la minuscule maison de plain-pied où s’entasse la famille. Il reste un garçon rieur, aimable. « Mais il pouvait aussi s’énerver en discutant du prix avec un client », raconte Abdelrahmane, qui travaille comme porteur sur les marchés.

Depuis sa mort, des rumeurs courent sur le compte de Bouazizi. On dit qu’il était amoureux d’une fille du quartier, qu’il économisait pour l’épouser. « Faux ! Mohamed ne fréquentait pas de fille. Il ne buvait pas d’alcool non plus », rectifie son copain Farach.

La famille Bouazizi a quitté Sidi Bouzid, petite ville poussiéreuse et déshéritée. Les chômeurs y sont toujours légion. Rien n’a changé, à ceci près qu’on y respire maintenant l’air de la liberté. « Et que je n’ai plus d’ennuis avec la police », sourit, goguenard, Mourdi, le vendeur de cigarettes et de thé noir.

Source: “Ouest France” Le 16-06-2011

Qui veut récupérer les archives parisiennes de Ben Ali?


Depuis le début du mois de juin 2011, comme le rapportait le site Tunisie Numérique, une cinquantaine de réfugiés tunisiens occupent un immeuble à Paris, au 36 de la rue Botzaris (19e arrondissement), grâce notamment à plusieurs associations tunisiennes qui, par voies légales, leur ont permis de s’y installer.

Cette adresse symbolique du régime démantelé de Ben Ali, sur laquelle la France n’a aucune emprise —le lieu bénéficie de l’extraterritorialité—, était jusqu’à lors un local associatif considéré comme un «centre culturel» et propriété de l’Etat tunisien, mais servait de base pour les membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l’ex-président.

D’après un article publié sur le site Owni, sous prétexte de déloger ces squatteurs accusés entre autre de dégâts matériels, ce jeudi 15 juin 2011 plusieurs CRS ont encerclé le bâtiment. Mais outre l’expulsion des réfugiés tunisiens, les forces de l’ordre avaient probablement une autre raison d’investir le bâtiment.

Le site Mediapart avait en effet déjà rapporté que ce quartier général de l’ère Ben Ali contenait de nombreux documents répartis dans deux pièces: des bilans comptables, des coupures de presse sur les partis d’opposition, plusieurs fiches d’identification et listes des «petites mains» du RCD. Il va sans dire que ces documents constituent des pièces cruciales dans les poursuites tunisiennes —mais aussi françaises— menées contre la famille Ben Ali.

Selon le président de la toute jeune association Collectif des Tunisiens de France, contacté par Owni, l’avocate Soumaya Taboubi, chargée de récupérer ces archives a expliqué avoir été «témoin d’allées et venues suspectes» vers la seconde entrée, située à l’arrière du bâtiment.

Soucieuse de préserver ces preuves et «avec le consentement de l’ambassade», elle a évacué un tiers des documents, empilés sur la banquette arrière d’un monospace, en direction d’un box sécurisé de la banlieue parisienne.

L’avocat s’explique sur cette initiative à la limite de la légalité:

«Nous devons désormais passer à l’ambassade pour formaliser tout ça. Nous allons annoncer la création d’un Comité de préservation des archives de la Tunisie à Paris, qui rassemblera une dizaine de personnes, dont trois avocats et des intellectuels emprisonnés au temps du régime, comme Mondher Sfar.

Notre objectif est d’étudier dans le détail ces documents, pour que la justice française et la justice tunisienne fassent toute la lumière sur ce qui s’est passé à Botzaris. Nous devons faire un important travail de reconstitution.»

Source : « Slate Afrique » Le 16-06-2011

Les lycéens tunisiens restent combatifs


Invités en mars par le lycée Saint-Joseph de Lamballe et le conseil général, ils avaienttémoigné de leur révolution. Depuis, ils ont obtenu le départ de leur directrice.

Leurs paroles étaient tranchantes, résolues. «Ne l’appelez plus la révolution du jasmin. Elle n’est ni fleurie ni douce, c’est la révolution des pauvres. » Mi-mars, 31 adolescents, élèves au lycée pilote de Gabès, en Tunisie, avaient séjourné au lycée Saint-Joseph de Lamballe. Une semaine en Côtes-d’Armor au cours de laquelle ils avaient témoigné de la révolution à peine consommée dans leur pays.

Témoignages à chaud

Nesrime, Rabeb, Amir et leurs copains… Un mois plus tôt, ils manifestaient encore auprès de leurs aînés pour renverser la dictature. « Les gens disaient dans la rue : tuez-nous, nous n’avons rien à perdre», avaient raconté ces jeunes en pleurs, lors de rencontres à Lamballe et Saint-Brieuc. Les élèves et les enseignants qui les accompagnaient étaient encore sous le choc des événements, certains directement touchés par le décès d’un proche. Leur récit avait secoué les tripes de leurs interlocuteurs bretons.

Trois mois plus tard, les enseignants de Saint-Joseph sont toujours en contact étroit avec leurs homologues tunisiens, malgré la période des baccalauréats, qui accapare les communautés éducatives des deux côtés de la Méditerranée. « Nous avons appris que les lycéens avaient obtenu le départ de la directrice du lycée, qui avait appartenu au RCD, le parti de Ben Ali », explique cependant Annie Burel, enseignante à Saint-Joseph.

Aller plus loin

Si, en mars, les correspondants tunisiens séjournaient pour la première fois en France, dans l’autre sens, des élèves costarmoricains se sont déjà rendus deux fois par le passé à Gabès. Un troisième voyage est prévu normalement en octobre. Mais les élections d’une assemblée constituante tunisienne, initialement prévues en juillet, sont repoussées au 23 octobre. « L’organisation de notre séjour va dépendre de la situation sur place, évidemment », prévient l’enseignante. Quoi qu’il en soit, de part et d’autre, on tient à entretenir cet échange culturel. Les Lamballais aimeraient même aller plus loin en logeant, la prochaine fois, non plus à l’hôtel mais dans des familles tunisiennes.

Source: “Maville.com” Le 16-06-2011

Dictateurs en procès


C’était il y a quelques mois seulement, le 9 octobre 2010. En marge du sommet arabe de Syrte, en Libye, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et son homologue égyptien Hosni Moubarak s’accordaient sur la libération de jeunes Tunisiens retenus au Caire, suite à des troubles liés à un match de foot. Les deux présidents soulignaient que «le sport devait continuer à renforcer les relations excellentes de fraternité entre les deux peuples frères», comme le rapportait le journal La Presse de Tunis. Ironie de l’histoire: du sport, les jeunes Tunisiens et Egyptiens en ont depuis pratiqué à haute dose, dans la rue, face à  la police, jusqu’à faire tomber leur chef d’Etat respectif. C’est parfois avec ce type d’anecdote qu’on mesure les grandes avancées de l’histoire.

Dès lundi, l’ex-président Ben Ali sera jugé par contumace pour ses crimes, tandis que Hosni Moubarak et ses deux fils, cette fois en chair et en os, le seront dès le 3 août. Voir des ex-chefs d’Etat jugés par leurs propres institutions est une première dans le monde arabe. Quant à l’hôte du sommet de Syrte d’octobre 2010, Muammar Kadhafi, il se voit menacé par la Cour pénale internationale. Qui aurait pu imaginer tel scénario il y a quelques mois? Malgré cette incroyable tournure des événements, les acteurs des révolutions arabes ont peur. Ils doutent que ces procès puissent mener quelque part. Le signe sans doute, dans les deux pays, de la fragilité du changement en cours.

Les Tunisiens sont frustrés

Réfugiés en Arabie saoudite, l’ex-président Ben Ali et son épouse, Leïla, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par Tunis, mais sans effet jusqu’ici. C’est donc par contumace que le couple sera jugé dès lundi, avec sur le dos 93 chefs d’inculpation. Complot contre la sécurité d’Etat, homicide volontaire, torture, abus de pouvoir, malversations, blanchiment d’argent, trafic de drogue, recel de pièces archéologiques: la liste est longue. Certaines affaires relèvent des tribunaux civils, d’autres de la juridiction militaire. En l’absence des prévenus, aucun avocat étranger ne pourra venir aiguiser sa réputation pour la défense dans ce procès qui, s’il se fait dans les règles de l’art, écumera les avantages que s’est octroyés le clan Ben Ali, au gré de pratiques délictueuses, durant vingt-trois ans de pouvoir absolu.

Dans l’immédiat, les deux premiers dossiers ouverts devraient porter sur la découverte d’armes et de drogues dans le palais présidentiel de Carthage et sur 27 millions de dollars en liquide trouvés en février par la Commission tunisienne anticorruption dans l’un des nombreux palais que possédait le clan Ben Ali.

Aussitôt annoncé, ce procès sans Ben Ali a été critiqué en Tunisie, notamment dans les milieux de défense des droits de l’homme, qui estiment qu’on aurait mieux fait de traduire d’abord en justice les membres du régime déchu qui se trouvent encore en Tunisie. Le journaliste Taoufik Ben Brik qualifie le procès de «fumisterie», laissant entendre que l’on a justement tout fait «pour faire un non-procès». Ces craintes s’inscrivent dans un contexte d’immobilisme, alors que le Conseil supérieur de la magistrature, dirigé par le président de la République en personne sous Ben Ali, n’a toujours pas été réformé.

Incrédulité en Egypte

En Egypte, Hosni Moubarak et ses deux fils, Alaa et Gamal, doivent être jugés le 3 août par une Cour criminelle. Tous sont sous le coup d’une double enquête, l’une portant sur la répression des manifestants, qui aura fait près de 850 morts, l’autre sur l’enrichissement illicite, qui aurait notamment permis à la famille du raïs d’accumuler une fortune estimée entre 40 et 70 milliards de dollars. Placé en détention préventive depuis le 13 avril dans un hôpital de Charm el-Cheikh, l’ex-président, âgé de 83 ans, a évité l’inconfort d’une prison au gré de ses ennuis de santé, ponctués d’un récent malaise cardiaque.

Evitera-t-il aussi un procès? Comme en Tunisie, nombre d’Egyptiens doutent que l’ex-caste au pouvoir, même si elle n’a pas réussi à fuir le pays, paie un jour pour ses crimes. D’abord parce que l’appareil sécuritaire, dont les rouages sont toujours les mêmes, n’a aucun intérêt à ce que ce procès se déroule. Car c’est trente ans de pouvoir absolu, maintenu grâce à des violations répétées des droits de l’homme par l’appareil répressif du régime, qu’il s’agira inévitablement de juger. L’ex-ministre de l’Intérieur, Habib el-Adli, a été condamné à douze ans de prison pour corruption, mais son procès pour avoir fait tirer sur les manifestants a été ajourné au 26 juin.

Si les Egyptiens doutent, c’est aussi parce que leur ex-président, qui pourra toujours essayer de sortir sa carte «santé» d’ici à août, a déjà tenté une négociation à la mi-mai. Il s’est dit prêt à demander pardon au peuple et à verser quelques milliards en échange d’une amnistie. Relayée, et parfois appuyée par la presse égyptienne, la proposition a fait bondir les activistes de la révolution, qui ont menacé de descendre à nouveau dans la rue si le clan Moubarak échappe à la justice.

Le Conseil suprême des forces armées, qui assume la transition du pouvoir, a d’ailleurs dû formellement démentir l’existence d’un arrangement secret entre les militaires et l’ex-président pour retarder le procès. Il a également dû assurer qu’il «n’intervient pas dans les procédures judiciaires contre les personnalités de l’ancien régime», signe supplémentaire de l’extrême méfiance qui règne dans la population égyptienne.

«Ce procès d’un ancien président sera le premier du genre en Egypte, et c’est une source d’appréhension. Peut-il être juste? Ce sera assurément un test», a déclaré Ahmed Mekki, vice-président de la Cour d’appel du Caire, à l’annonce de la date du procès. Si celui-ci a bien lieu, il pourrait être télévisé, comme pour exorciser les affres du passé. Hosni Moubarak et ses fils risquent la peine de mort.

En attendant Kadhafi

«Plutôt mourir en Libye que de se rendre», clame à répétition Muammar Kadhafi, toujours plus acculé par les forces de l’OTAN. Si d’aventure le colonel libyen échappe à son destin de martyr pour se faire attraper vivant, un tribunal international pourrait le juger pour ses actes. Fait rare, il n’aura fallu que quelques semaines après le début du conflit en Libye pour que la Cour pénale internationale (CPI) émette, le 16 mai, trois mandats d’arrêt internationaux pour «crimes contre l’humanité» contre Muammar Kadhafi, son fils Seïf al-Islam

et le chef des renseignements libyens, Abdoullah al-Senoussi.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, dit avoir suffisamment d’éléments à charge pour envoyer le clan devant un tribunal international. Une perspective qui ne plaît toutefois guère au Conseil national de transition libyen, qui, dès l’annonce des mandats lancés, a dit qu’il préfère voir le colonel Kadhafi jugé au pays «pour ses crimes commis durant 40 ans». Pour l’heure, ce n’est qu’un scénario très hypothétique.

Source: ”Tribune de Geneve”

Jean Ziegler:  » L’audit de la dette tunisienne et la restitution des fonds plutôt que le recours aux emprunts extérieurs » .


 

« L’audit de la dette odieuse contractée sous l’ancien régime et la restitution des fonds illicites transférés dans des banques à l’étranger, sont de meilleures solutions pour la baisse de la dette tunisienne et le financement du plan de développement décidé par le Gouvernement provisoire que d’avoir recours aux emprunts extérieurs », a fait remarquer, jeudi, le membre du comité consultatif du conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, Jean Ziegler.

Le responsable onusien, s’exprimait, jeudi, à Gammarth lors de la séance d’ouverture de la 14ème université d’été sur le thème « Quelle politique sociale pour un pays en transition démocratique? Cas de la Tunisie».

Il a ajouté que la Tunisie pourrait récupérer ses avoirs si la pression est assez forte sur les banques suisses et autres.

Par ailleurs, M.Ziegler a exprimé sa préoccupation de voir les pays maghrébins « se dépêcher « pour la signature d’accords de libre échange avec l’Union Européenne. Des accords qui, a-t-il dit «favorisent le néocolonialisme malgré leurs avantages ».

M. Ziegler a, en revanche, souligné l’importance qu’il y a d’œuvrer au renforcement de l’intégration économique maghrébine.

Pour sa part, M. Hatem Bacha, président de l’Association des responsables de formation et de gestion humaine dans les entreprises (ARFORGHE), a noté que la transition démocratique est tributaire du renforcement du climat de sécurité et de stabilité dans le pays.

«Les mouvements de protestation risquent de se prolonger en l’absence d’un rôle modérateur de l’Etat et de l’établissement d’un consensus social» a-t-il prévenu.

De son côté, M. Mahmoud Ben Romdhane, universitaire économiste, a proposé l’organisation d’un débat démocratique sur les grandes questions nationales, dont notamment, le budget de l’Etat.

Il a indiqué que le développement de la situation sociale dépend de la conjoncture économique dans le pays. Une conjoncture déjà difficile et qui s’est encore aggravée avec la guerre en Libye, selon l’universitaire.

«Aujourd’hui, c’est le peuple tunisien qui est l’auteur de son histoire et c’est lui qui va devoir voter pour son propre projet de société, le 23 octobre prochain», a-t-il, par ailleurs, estimé.

D’éminents experts, économistes et sociologues participent à cette rencontre de deux jours, organisée par et la Fondation Konrad-Adenauer-Stiftung

Source : « Tunisie Soir » Le 16-06-2011

Anne Applebaun en Tunisie, « les Etats-Unis ont peur des partis islamistes »


Les révolutions dans le monde arabo-musulman intriguent encore l’Occident, qui pour les comprendre, procède à des comparaisons avec les révolutions survenues à travers l’histoire. Une analogie qui ne leur permet guère de percer le mystère de ce printemps arabe qui a pris Orient et Occident de court. Anne Applebaun, journaliste et écrivaine américaine, a eu ce matin un débat à bâtons rompus, à l’initiative de Radio Kalima, avec des journalistes tunisiens sur les révolutions dans le monde arabe, notamment la révolution tunisienne. Spécialiste de l’Europe de l’Est, la lauréate du prix Pultizer en 2004 a essayé de faire un parallèle entre les révolutions survenues dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, et les révolutions arabes. Tout en relevant des similitudes, elle en déduit des différences. Contrairement aux pays de l’Europe de l’Est qui savaient dans quelle direction ils voulaient aller, et qui cherchaient grosso modo à emboiter le pas à l’Europe de l’Ouest, en suivant son modèle politico-économique, dans le monde arabe, les choses lui semblent floues. « Les pays arabes ignorent leur direction ». Ceci parait d’autant plus sibyllin à ses yeux, que le monde arabo-musulman est pluriel, avec de profondes dissemblances politiques, cultuelles, confessionnelles…Il y a des différences énormes entre la Tunisie, l’Egypte, le Yémen, le Bahreïn, l’Iran, etc. La Tunisie sait très bien dans quelle direction elle veut s’acheminer, fait constater Gnet. Même s’il y a des débats autour de nombreuses questions, tout le monde semble d’accord sur les fondamentaux. Une unanimité se dégage, en effet, quant à la nécessité de mettre en place un régime démocratique, respectueux des libertés, avec une alternance au pouvoir…etc. Pas tant que ça, rétorque Lotfi Al-Haji d’al-Jazeera. « La Tunisie ne sait pas encore sa direction ». Il invoque les débats en cours notamment au sein de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution sur la normalisation avec Israël, les rapports entre l’Etat et la religion, les questions identitaires, etc. Mais, en Tunisie, y-a-t-il eu une révolution réelle dans le sens d’une rupture totale avec l’ancien système, où est-ce une révolution au sein du même système qui cherche à se reproduire, s’interroge en substance Ridha Kefi, Rédacteur en Chef de Kapitalis. Cette question est d’autant pertinente, renchérit un autre confrère, que l’on ne sait pas encore ce qui s’est passé réellement le 14 janvier. Quoiqu’il en soit, la révolution tunisienne a apporté beaucoup aux Tunisiens en termes de liberté, nonobstant la présence encore agissante des forces contrerévolutionnaires dont la stratégie subit flux et reflux, fait-on constater. Et la position de l’Occident de ces projets en gestation dans le monde arabo-musulman ? Les Etats-Unis sont-ils prêts à avoir de nouveaux rapports avec des pays arabes démocratiques, libres et souverains ? Et puis quid du revirement des Etats-Unis envers les partis islamistes ; Washington commence à dialoguer avec ces partis, après les avoir combattu en soutenant les régimes dictatoriaux qu’ils considéraient comme un rempart contre l’islamisme ?, se demande Gnet. Nourredine Boutar, directeur de Radio Mosaïque, rebondit sur la même question, évoquant la peur qu’avaient par le passé les Etats-Unis envers les partis islamistes. Pour Anne Applebaum, « les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, souhaitent que les pays arabes réussissent à organiser des élections libres et démocratiques et n’ont aucunement l’intention de les manipuler ». Quand à leur position des partis islamistes, elle semble encore basée sur la méfiance. Si les Etats-Unis dialoguent avec les partis islamistes, et une délégation d’Ennahdha a séjourné récemment aux Etats-Unis à l’invitation du département d’Etat, « cela ne signifie pas qu’ils les soutiennent, mais ils cherchent à mieux les connaître, car, leur peur vient du fait qu’ils ignorent tout sur eux », souligne-t-elle. Après avoir répondu aux questions des journalistes, c’est au tour d’Anne Applebaum de leur demander leurs attentes des Etats-Unis. Les intervenants ont, en majorité, appelé à la fin de l’ingérence américaine dans les affaires de ces pays, avec la promotion de relations économiques équitables, qui finiront par se transformer un jour en relations d’égal à égal. Ce ne sera pas demain la veille certes, mais le processus doit-être enclenché dès maintenant ; c’est là une revendication primordiale de tout pays souverain. Sihem Ben Sédrine, présidente du CNLT, souhaite, elle, que « les Etats-Unis contribuent à la consolidation de la démocratie dans les pays arabes, en appuyant la société civile et qu’ils fassent preuve de neutralité ». Le débat est clos sur une note d’espoir d’Omar Mestiri, directeur de Radio Kalima, « ce qui nous arrive est positif », se réjouit-il. Et comment il pouvait en être autrement, alors qu’un débat pareil ait lieu en toute liberté.

PS : Anne Applebaun est l’épouse du ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw SIKORSKI qui a animé ce matin à Tunis une conférence autour du thème : « La nouvelle politique européenne de voisinage : la Pologne et la Tunisie dans la perspective de la présidence polonaise du Conseil de l’Union Européenne ». Source: ”Global Net”le 16-06-2011

_Z_ publie son premier livre


 

« _Z_, Un mystérieux monogramme, derrière lequel s’est exprimé un justicier exaspéré, un cyber-dissident, l’un des meilleurs talents de l’opposition tunisienne, luttant par le trait, l’image, le texte. »C’est ainsi que cérès éditions présente son nouvel auteur et caricaturiste, le célèbre blogueur _Z_ dont le premier livre « Révolution ! Des années mauves à la fuite de Carthage » paraît cette semaine.

_Z_ crée son blog « DEBATunisie » en 2007. Une année plus tard, il est censuré. En 2009, la blogueuse Fatma Arrabica est arrêtée parce qu’elle a commis le crime de reprendre un de ses dessins sur son blog. On l’accuse d’être _Z_ ou d’avoir des liens avec. Le message est clair : _Z_ dérange le pouvoir et on veut sa tête. Il panique et pense se dévoiler pour qu’on libère Fatma. Au bout d’une semaine de détention, la blogueuse est libérée. _Z_ n’a pas été démasqué et il continue à alimenter son blog de caricatures au gré de l’actualité mauve du pays…

« _Z_ a été pour tous ceux qui parvenaient à contourner la censure, une consolation, une bouffée d’oxygène dans une Tunisie irrespirable. Un des héros authentiques de la Révolution tunisienne » affirme son éditeur. Pourtant, il a toujours refusé d’endosser le rôle de héros du web tunisien. Resté très discret et anonyme même après le 14 janvier, _ Z_ n’a pas perdu son inspiration avec la fuite de Ben Ali et sa famille, mais désormais il s’attaque aux nouveaux venus de la scène politique, avec un grand talent. Son premier livre, Révolution ! Des années mauves à la fuite de Carthage, revient sur les trois années qui ont précédé la chute du pouvoir. De Ammar 404, aux Mégaprojets émiratis, en passant par le saint Sidi El Materi, la mafia Trabelsi, la mascarade électorale de 2009 et celle qui se préparait pour 2014, avant de s’achèver sur la chute de Zaba. Plus qu’une reconnaissance de son talent indéniable, ce livre reflète des années de militance virtuelle.

Révolution ! Des années mauves à la fuite de Carthage, sera présenté samedi 18 juin à 17h à la Librairie Art-Libris (Carthage Salammbô). Une exposition des caricatures originales de “Z” est également prévue pour cet évènement.

Le livre est disponible en librairie et sur www.ceresbookshop.com*

*Pour tout achat en ligne avant samedi 18 juin, l’ouvrage sera livré avec la dédicace de _Z_.

Source : « Nawaat.org » Le 16-06-2011

Une banque bradée pour 60 millions de dinars


 

Malgré toutes les fraudes et les malversations, c’estl’affaire de Cofib Capital qui émerge en premier dans l’affaire de la faillite et par la suite de cession de l’ex Banque du Sud. Ce qui donne l’impression qu’on est toujours sur ses gardes en ce qui concerne les grosses affaires, et que les plus importantes parmi celles –ci seront à leur tour  » classées « , comme beaucoup de dettes et de non payés qui ont renfloué les poches de certaines personnes, influentes et apparemment hors la loi.

Partant de la question des garanties, on se demande s’il existe encore leurs enregistrements ? Car tellement ces garanties sont minimes, et peut être même fictives, que le paiement des dettes est devenu insignifiant. Une bonne partie de ces dettes (impayées) est accolée aux crédits impayés de la société de recouvrement filiale de l’ex BS. Une majeure partie est par la suite épongée dans l’objectif d’alléger leur poids et receler les dossiers cuisants. Passer l’éponge sur ou vendre les impayés de la BS à lasociété de recouvrement, ne fut pas une opération tout à fait légale. Surtout qu’il s’agissait d’opérations qui concernaient notamment les affaires que l’ancien management dela BS voulait reléguer aux oubliettes. C’est ce qui explique qu’après un contrôle fiscal, la Banque du Sud fut pénalisée d’une amande de 50 mille dinars pour les dépassements enregistrés dans la relation reliant la BS à sa filiale de recouvrement, et surtout pour la classification de dettes de façon illégale.

Et c’est pratiquement sur cette lancée quon avait continué jusqu’à mettre la BS à genoux. Les dettes classées de la banque qui ont commencé à s‘accumuler à partir de 2003, jusqu’à atteindre un niveau horrible, lequel niveau annoncé à la veille du départ de Laaroussi Bayyoudh et de son administration de la tête de la banque. Il s’agit là du démantèlement d’un mécanisme qui a escamoté pendant de longues années le vrai état de ces dettes. La preuve : c’est la croissance des dettes tout au long des six premiers mois de 2003 d’un taux alarmant de 29,3%, soit 129 millions de dinars, pour atteindre au 30 juin 2003 les 569 millions de dinars, contre 440 millions de dinars au 31/12/2003. Une lecture rapide d’une liste des débiteurs fait ressortir un état financier désastreux pour une bonne partie d’entre eux,  » ils devraient être reclassés depuis des années » nous précise un cadre de l’ancienne BS.De plus, le recyclage des impayés a généré une régression dans le volume des crédits classés ainsi que l’enregistrement annuel dans les comptes d’exploitation d’agios réservés qui auraient dû être reportés.Sur une autre liste arrêtée au 31/12/2002, on voit bien que des engagements de 153 millions de dinars auraient dû être classés depuis l’an 2000. Pour les mêmes clients cités dans cette liste, l’ensemble des bénéfices décalés et enregistrés dans les archives de la BS sont d’une valeur de 7,8 millions de dinars, alors qu’ils oscillaient en réalité aux alentours de 70 millions de dinars.

On raconte par ailleurs qu’annuellement, et juste avant la tenue de l’AGO (Assemblée Générale Annuelle), un budget  » provisoire  » est destiné àla BCT. Au même moment, le réseau électronique au sein des administrations de la BS est circonscrit afin de ne pas extraire les vrais  » budgets « , ce qui permettait aux manipulateurs d’empêcher tout accèsaux balances réelles et toute possibilité de comparaison entre les budgets réels et ceux fictifs, ou ceux relatifs aux années antérieures. Une pratique scemment commanditée par l’un des trois briscards évoqués dans notre article d’hier. Un cadre de la banque Faiçal Trabelsi aurait de son côté payé le tribut de son opposition à ces pratiques et aurait été carrément écarté des postes de prises de décision. Le résultat de toutes ces pratiques, étaient des résultats annoncés  » positifs  » alors quela BS était en état d’incapacité et accumulait d’énormes pertes. Pire encore, l’administration de la BS avait décidé de distribuer 11% des bénéfices, soit le plus grand montant jamais enregistré dans l’histoire du secteur bancaire tunisien… !

Récapitulons. Depuis 2003, les bénéfices annuels des dettes de la BS, et malgré leur croissance en termes de volume, avaient régressé à cause du renoncement à l’enregistrement dans le ratio d’exploitation des bénéfices des crédits douteux. Et à partir de la même année, on enregistre une croissance du volume des réserves consacrées à la couverture des risques. On en arrive à 2006, lorsque la BS devient AttijariBank, qui annonce des pertes de l’ordre de 176,4 millions de dinars, des pertes cachées depuis des années. Les montants alloués pour la couverture des risques, légués par l’administration de Laaroussi Bayyoudhs’élèvent à 330,2 millions de dinars, dont 180,5 millions de dinars de pertes et 139,7 millions de dinars au titre de réserve pour la couverture des risques. Des pertes qui avaient demandé près de cinq ans pour êtres résorbées. Et c’est depuis 2003, qu’aucun des actionnaires de l’ancienne BS n’a reçu des dividendes.

La BS analysée par BNP Paribas,

« le fiasco »

Ayant exprimé ses intentions à s’accaparer des parts que l’Etat tunisien allait céder, la banque française BNP Paribas entre en ligne et valorise ce qui était devenu du cadavre de la BS.On commence surtout par souligner un manque de provisionnement évalué à 120 millions de dinars. Et on lit  » à l’issue d’une diligence approfondie, qui a notamment permis de revoir une grande partie des dossiers de crédits, nos équipes ont évalué les besoins de provisionnement entre 410 et 460 millions de dinars, à comparer à des fonds propres de 154 millions de dinars à la fin de 2003 « .350 à 400 millions de dinars de ces besoins allaient aux titres  » d’ajustements sur le portefeuille d’engagements « , les moinsvalues latentes sur le portefeuille de SICAV ‘maison’, des ajustements sur le portefeuille de filiales et des participations (Sud Invest,Sicar, Batam), la comptabilisation des passifs sociaux (IAS 19), à savoir le provisionnement des indemnités de départ à la retraite, les assurances médicales des retraités, les primes de scolarité et tout autre formes de spoliation de fonds publics. La BNP affirme que  » ceci ne constitue pas une évaluation de la banque dans la mesure où certains éléments positifs, comme le fonds de commerce ne sont pas valorisés « , mais rétorque en disant qu’  » il reste néanmoins que la valorisation de la banque ‘stand alone’ ressort malgré tout à des niveaux très fortement négatifs « . On va encore plus loin en soulignant qu’ « outrela question du provisionnement, certains engagements devraient être déclassés en encours douteux improductifs, augmentant donc le coût de portage d’un encours improductif, déjà important « . Les équipes de Paribas parlent aussi dans leur rapport confidentiel dont nous disposons d’une copie de  » la due diligence réalisée par la BNP a conduit à évaluer des insuffisances de provisions sur les engagements autour de 350-400 millions de dinars « . Le chiffrage indiqué résulte d’une revue dossier par dossier de 68% des engagements sur les entreprises (hors contentieux), 38% de l’encours sur les commerçants (hors contentieux), de 10% des engagements sur les particuliers et de 34% de l’encours contentieux.  » D’après les travaux effectués, les besoins complémentaires de provisionnement des engagements seraient relativement concentrés, notamment, sur 25groupes qui représenteraient environ 450 millions de dinars d’engagements (utilisations). Environ 220 millions de dinars de besoins de provisionnement complémentaire sur le total de 350-400 millions de dinars concerneraient les engagements, soit près de 60% du total du besoin de provisionnement des engagements « , conclut BNP Paribas, qui a déserté les lieux à la lumière de ces failles.

Accord occulté

Dans les coulisses de la Banque du Sud, on raconte qu’un accord avait été conclu entre Taoufik Baccar et Mongi Safra pour se débarrasserde ce dossier de la BS, en cédant les parts de la Tunisie dans le capital de sa propre banque à un investisseur étranger qui aura pour tâche de l’assainir, évitant ainsi tout questionnement sur certains crédits et beaucoup d’autres dossiers. On annonçait aux débuts l’intention de l’Etat de lancer un appel d’offres international pensant, dans la foulée, que la banque italienne Monte dei Piaschi, actionnaire majoritaire dans le capital de la BS allait mettre la main sur l’ensemble des actions. Mais après différents audits, la majorité A abandonné l’affaire. Certains cadres de la BS avaient proposé aux  » hauts fonctionnaires et conseillers  » de racheter les actions de la banque italienne à leur valeur nominale afin que la Tunisie puisse disposer d’une majorité dans le capital de la banque, assainir cette dernière et la céder enfin à partir d’une position de force. Mais ce qui se mijotait dans les rouages était plus maléfique que cette idée, à la limite, banale. Une autre partie entre cependant en ligne, il s’agitde Sakher El Materi qui comme par miracle rachète les parts de la banque italienne d’une valeur nominale de 5 dinars l’action. Il fait lui-même par la suite le déplacement à Casablanca au Maroc pour y rencontrer Khaled El Ouedreghni, PDGd’Attijari Wafa Bank et lui transmet, presque en tant que porte parole, que le gouvernement tunisien, età l’inverse de ce que leur a été dit la première fois, est prêt à leur céder la majorité du capital de la Banque du Sud, à condition que le groupe banquier marocain contribue à l’achat des actions de la banque italienne Monti Dei Paschi. L’affaire conclue, et Sakher El Materi sort gagnant avec dans ses cagnottes plus de 8 millions de dinars après la vente des actions achetés à raison de 5 dinars de la banque italienne, et par la suite revendus à 9 dinars l’action. En contre partie, l’Etat tunisien se contente de la maudite somme de 60 millions de dinars, alors que cette part aurait et devrait être beaucoup plus implorante.Dans sa note adressée à la date du 25-08-2005, signée par Taoufik Baccar, la Banque Centrale de Tunisie informe l’avocat de la banque italienne son accord pour le versement de 18 920 980,832 dinars au profit de son client italien.

Source: “Le temps” Le 16-06-2011

Lien: http://www.letemps.com.tn/article-56762.html


AFP, le 16 juin 2011 à 10h47 GMT
Syrie: le frère du président, Maher, visage de la répression


Par Natacha YAZBECK
BEYROUTH, 16 Jui 2011 (AFP) – Maher al-Assad, frère cadet du président Bachar al-Assad, est perçu comme le symbole de la sanglante répression de la révolte en Syrie, au moment où le régime se bat pour sa survie.
Personnage clé du clan Assad, qui a régné sans partage sur la Syrie pendant quatre décennies, ce lieutenant-colonel de 43 ans est à la tête de la Garde Républicaine et de la quatrième division de l’armée, en charge de la sécurité de Damas.
Sa réputation de militaire impitoyable s’est affirmée encore plus depuis le 15 mars, avec le déclenchement d’une contestation anti-régime inédite réprimée au prix de centaines de morts.
Même le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré dans une interview télévisée que Maher al-Assad « traite (les gens) avec sauvagerie ».
« A en croire les informations récoltées sur le terrain, Maher al-Assad est omniprésent et le chef d’orchestre de la répression », affirme un analyste basé à Damas sous le couvert de l’anonymat.
« Je crois que cela montre que la ‘famille régnante’ se bat pour sa survie et est capable de détruire la société syrienne pour parvenir à ses fins », dit-il à l’AFP. « Maher est le symbole le plus palpable de ce combat ».
Maher al-Assad, qui a fait ses études en ingénierie mécanique à Damas et est marié à Manal Jedaan, une Syrienne, fait l’objet de sanctions américaines, européennes et canadiennes depuis le mois dernier, après avoir été présenté comme « le principal maître d’oeuvre de la répression ».
Le père de Bachar et Maher, l’ex-président défunt Hafez al-Assad, avait également partagé le pouvoir avec son frère cadet, Rifaat.
C’est sur les ordres de Hafez al-Assad que les « brigades de la défense », un bataillon indépendant de l’armée dirigé par Rifaat al-Assad, avaient perpétré un massacre à Hama en 1982 après un soulèvement des Frères musulmans, faisant des dizaines de milliers de morts selon des chiffres non officiels.
Rifaat al-Assad a depuis été forcé à l’exil et vit actuellement à Londres.
Si Maher al-Assad oeuvre plutôt dans les coulisses, il apparaît comme le visage de la brutalité du régime qui mate la contestation ville après ville.
« Bachar est le leader, le visage public. Maher est celui qui fait les sales besognes », résume Joshua Landis, expert de la Syrie et professeur à l’Université d’Oklahoma aux Etats-Unis.
« Aujourd’hui, il est très influent, d’autant plus que le régime se maintient grâce à l’action militaire », dit-il. « C’est Maher qui contrôle la situation ».
C’est même lui qui aurait convaincu son frère de faire avorter le « Printemps de Damas », l’ouverture politique qui a marqué les premiers mois de l »arrivée au pouvoir de Bachar al-Assad en 2000.
Il reste toutefois difficile d’établir si cette réputation correspond à la réalité ou s’il s’agit de l’image que veut propager le régime pour préserver celle du chef de l’Etat, présenté comme un « réformateur ».
« Hafez al-Assad s’était rendu compte que la loyauté personnelle est au coeur de la stabilité », dit M. Landis. « Le régime syrien est à plusieurs égards une affaire de famille et c’est sur cette base que les tâches sont réparties ».
Des milliers de réfugiés Syriens du sud et du nord ont fui vers la Turquie et le Liban voisins, où ils racontent les « exactions » des hommes de main de Maher al-Assad.
Mais pour les experts, il n’y a pas de preuve sur l’omniprésence de Maher al-Assad, notamment en raison de l’interdiction faite aux médias étrangers de couvrir en toute liberté la situation en Syrie.
« En principe, les troupes dirigées par Maher sont en charge de protéger le régime dans la capitale et ses environs », selon l’analyste basé à Damas. « Ceci est d’autant plus nécessaire actuellement que Damas n’est pas à l’abri et que le palais présidentiel a besoin de ces troupes à portée de main ».

AFP, le 16 juin 2011

« Printemps arabe »: internet a permis aux jeunes de faire entendre leur voix


Par Wissam KEYROUZ
DUBAI, 16 Jui 2011 (AFP) – Dans une région dominée par les médias officiels, les réseaux sociaux ont permis aux jeunes de faire entendre au monde entier la voix du « printemps arabe », même si la crédibilité de ces nouveaux médias est parfois remise en question.
« Lorsque nous avons lancé sur Facebook le premier appel à des manifestations fin janvier, nous n’avions aucune idée du nombre de personnes qui répondraient à l’appel », affirme l’activiste yéménite Hachem al-Soufi.
« Mais nous avons été agréablement surpris quand des centaines de jeunes se sont rassemblés devant l’Université de Sanaa bien avant l’heure prévue » de la manifestation réclamant le départ du président Ali Abdallah Saleh, ajoute-t-il.
Ce sont ces jeunes qui ont lancé le mouvement de contestation au Yémen, manifestant sans relâche chaque jour devant l’Université et se faisant battre par les partisans du régime, avant que leur mouvement fasse boule de neige avec le ralliement de l’opposition parlementaire.
Les réseaux sociaux ont joué un rôle primordial dans le déclenchement du « printemps arabe » dont l’étincelle a été l’immolation par le feu d’un jeune Tunisien le 17 décembre.
Depuis, les régimes tunisien et égyptien sont tombés et la révolte a gagné la Libye, le Yémen, la Syrie et Bahreïn où un mouvement de contestation a été réprimé par la force à la mi-mars par la monarchie, soutenue par ses voisins du Golfe dont l’Arabie saoudite.
Mais s’il n’est pas relayé par des médias traditionnels, le mouvement a peu de chances de s’étendre, comme le souligne une activiste bahreïnie jointe sur Facebook.
Le mouvement de protestation qui a éclaté le 14 février dans ce petit royaume du Golfe « a commencé sur une page Facebook, et s’est transformé en véritable révolution », écrit cette militante qui a requis l’anonymat.
« Cependant, les chaînes satellitaires arabes, dont Al-Jazira, n’ont pas appuyé notre mouvement pour des raisons politiques et surtout pour ne pas irriter l’Arabie saoudite », déplore-t-elle.
Elle souligne que la chaîne basée au Qatar a au contraire joué un rôle de premier plan par exemple pour appuyer les révoltes en Egypte et en Tunisie.
Car même si Internet joue un rôle essentiel, ce sont les chaînes satellitaires qui ont relayé les images transmises sur la toile par les manifestants, les faisant parvenir au plus grand nombre de téléspectateurs.
« Les réseaux sociaux ont joué un rôle important, car l’espace de communication politique et social est inexistant dans la plupart des pays arabes en raison de la répression », explique Ziad Majed, chargé de cours sur le Moyen-Orient contemporain à l’Université américaine de Paris.
En outre, « là où les médias sont privés d’accès, YouTube et les téléphones portables ont constitué une alternative », comme dans le cas syrien, ajoute-t-il.
« Chaque citoyen est devenu un correspondant, et les gens ont pu faire parvenir la voix du printemps arabe », estime cet analyste, selon lequel l’influence des nouveaux médias est décuplée par leur « alliance » avec les médias traditionnels.
Mais l’utilisation par ces derniers d’images dont il n’est pas possible de vérifier l’authenticité et l’inexistence de sources indépendantes lorsque les journalistes sont privés d’accès à certaines zones n’est pas sans danger.
L’affaire de la fausse blogueuse lesbienne de Damas, devenue icône du mouvement démocratique en Syrie mais derrière laquelle se cachait en fait un Américain de 40 ans, a montré jusqu’où pouvait aller l’imposture.
« Six mois après le déclenchement des révoltes arabes, une partie des régimes a compris l’importance de remettre en cause la crédibilité de ces réseaux sociaux, et des films ont par exemple été mis en ligne par certains régimes dans le but » de décrédibiliser ces réseaux, selon M. Majed.

AFP, le 16 juin 2011

La Turquie se veut « source d’inspiration » pour les Arabes, mais craint pour son influence


Par Michel SAILHAN
 
ANKARA, 16 Jui 2011 (AFP) – La Turquie se veut « source d’inspiration » pour le changement dans les pays arabes, tout en craignant de voir tomber un à un les dirigeants en place avec lesquels elle a patiemment noué des liens, du libyen Kadhafi au syrien Assad, développant d’importants échanges.
« Nous n’essayons pas d’être un modèle pour qui ce soit, mais on peut être une source d’inspiration (…) car la Turquie a démontré que l’islam et la démocratie peuvent parfaitement coexister », déclarait fin février à l’AFP le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, alors que la révolte grondait en Libye.
« Le fait d’avoir une croyance religieuse ne vous empêche pas de vivre une démocratie, et la démocratie ne vous empêche pas d’avoir des croyances religieuses, et dans ce pays, cela fait des années que nous arrivons à vivre ces deux situations, et nous sommes contents comme cela », avait ajouté le chef du gouvernement islamo-conservateur turc.
La veille, M. Erdogan avait jugé que le régime libyen ne devait pas commettre « l’erreur » d’ignorer les demandes de son peuple, pour plus de démocratie. Une première étape, dans une lente évolution qui devait finalement l’amener à demander, à contre coeur, le départ du colonel Mouammar Kadhafi.
C’est que la Turquie a perdu, au moins provisoirement, d’énormes intérêts économiques dans l’insurrection libyenne. Environ 25.000 Turcs, 200 entreprises, pour la plupart spécialisées dans le bâtiment et la construction avec des marchés représentant environ 15 milliards de dollars (11 mds euros), étaient présents en Libye avant la crise.
Fin novembre dernier, le dirigeant turc était venu à Tripoli recevoir le « Prix Kadhafi des droits de l’Homme », une visite critiquée par l’opposition.
Depuis plusieurs années, M. Erdogan et le président Abdullah Gül ont noué des liens, parfois personnels, avec de nombreux dirigeants arabes, du Golfe à la Jordanie, de la Libye à la Syrie ou au Soudan, développant du même coup les échanges commerciaux.
 
La compagnie Turkish Airlines a ouvert de nombreuses escales ou multiplié ses vols dans ces pays, les entreprises turques s’y sont installées, et le tourisme arabe s’est développé en Turquie, notamment à Istanbul.
M. Erdogan est devenu une sorte de héros à Gaza, pour ses virulentes charges contre Israël et son soutien à la cause palestinienne et au Hamas.
C’est cette diplomatie hyperactive, et commerciale, qui est aujourd’hui confrontée au Printemps arabe.
Face à la grave crise syrienne, M. Erdogan est aujourd’hui contraint de réclamer avec insistance « des réformes urgentes » au président Bachar al Assad, dont il répétait hier qu’il était un « ami », après avoir supprimé les visas entre les deux pays voisins.
Et de tenter au plus vite de nouer des liens avec ceux qui demain, pourraient succéder aux leaders contestés au Proche Orient.
La Turquie a ainsi pris langue avec le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la rébellion libyenne, et le président Gül a été le premier chef d’Etat à se rendre au Caire, après la chute de Hosni Moubarak le 11 février.
Au cours de cette visite, le 4 mars, il a rencontré les chefs de tous les principaux partis, et les jeunes de la place Tahrir auxquels il a vanté le « modèle » turc.
« Le modèle turc est une réussite, car il réunit la modernité, les fondements de l’islam et le respect de l’identité de la société musulmane », déclarait pour sa part cette semaine à l’AFP Ali el-Aryadh, porte-parole officiel du parti islamiste Ennahda, en Tunisie, pays lui aussi en plein bouleversement.

Reuters, le 16 juin 2011 à 09h57 GMT

Solidarity in the Arab Spring


By Gareth Jones and Gabriela Baczynska
WARSAW, Jun 16 (Reuters) – Lech Walesa chuckles as he recounts a conversation he had in April with reformers in Tunisia, cradle of the Arab Spring.
« They told me they want to purge everybody linked to the old regime, » says the former shipyard electrician who brought democracy to his native Poland in 1989 as head of the Solidarity trade union.
« I asked, ‘How many’s that?’ and they said ‘2.3 million people.’
« ‘That makes no sense,’ I said. ‘That will mean civil war. You should just convict the worst butchers and let the rest be.' »
Making sense in the aftermath of revolution is never easy. But as countries such as Tunisia and Egypt — the success stories of the Arab Spring — grapple with how to rebuild institutions and build democracies, a few of the stewards of Eastern Europe’s great break from communism seem ready with advice, money and help.
Walesa’s trip to Tunisia was part of a diplomatic push by Poland to pass on its experience. « Instead of sending F-16s we are sending Lech Walesa, » one newspaper enthused. Besides the former president, Warsaw has sent Poland’s Foreign Minister Radoslaw Sikorski, political scientists and representatives of non-government organisations to Tunisia, while Sikorski was the first senior developed world official to visit rebel-held Benghazi in Libya. Another Polish delegation will swing by Tunisia and Egypt this week.
Warsaw also hopes to launch an endowment to help the Arab world during Poland’s six-month presidency of the European Union, due to start on July 1. Funds would come from Brussels, member states and other countries. The endowment would model itself on the U.S. National Endowment for Democracy, a private, non-profit foundation funded by the U.S Congress and set up in the 1980s to promote democracy in the Soviet bloc and elsewhere.
« We remember how much help we received from the U.S. National Endowment for Democracy and other party institutions from the United States and Germany. That is why I believe Europe should create such a fund and provide it with generous funding, » said Sikorski. « Promoting democracy is cheap, $100 million is the price of two F-16s. I think it is worth it. »
Bulgaria says it is ready to help Arab countries with drafting new constitutions and laws, setting up political parties and organising free elections.
Poland and Bulgaria have also hosted international conferences to discuss the Arab Spring. Heads of state from 20 countries in eastern Europe and also from Germany, Italy and Austria attended the Warsaw event — and were joined by U.S. President Barack Obama for dinner — while U.N. Secretary-General Ban Ki-Moon joined the Sofia talks. Obama hailed Poland as « a living example of what is possible when countries take reform seriously ».
Walesa, plumper now, his trademark moustache white, says the advice and help is not about imposing an eastern European template of change on North Africa and the Middle East, but about reaching common principles. « The goals are similar, » he says. « Freedom, justice and human rights. »
THE KINDNESS OF STRANGERS
There are differences of course. For one thing, reformers in Tunisia and Egypt lack the incentive of membership in clubs such as NATO and the European Union to keep reform programmes on track.
The Group of Eight major powers has promised tens of billions of dollars in aid, and the European Bank for Reconstruction and Development has offered its expertise to Arab reformers. But the EU has no plans to expand to North Africa and appears more focused on how to deter new waves of migrants and political refugees reaching its southern shores.
Then there are the historic and cultural differences. Aleksander Smolar, a Polish political scientist who accompanied Walesa to Tunis, said the deep tribal and religious divisions that run through many Arab nations have few parallels in eastern Europe, at least outside the former Yugoslavia.
With a couple of exceptions — Slobodan Milosevic’s Yugoslavia and Nicolae Ceasescu’s Romania — the transition in central Europe was largely bloodless, while much of the Arab Spring has been marred by violence. The Arab uprisings have also lacked charismatic national leaders like Walesa or the then-Czechoslovakia’s Vaclav Havel. In the age of social media, the heroes have been savvy organisers or victims of the old regimes.
« Even the most economically backward central and eastern European countries were modern nation states, » said Smolar, who in his discussions with Tunisian officials focused on the reform of local government, free elections and how to encourage free media.
 
Walesa also points out that Eastern Europe « had a powerful external enemy in the Soviet Union, » which helped the region’s reformers stick together.
HISTORY RHYMES
Despite those differences, there are real similarities between central Europe 1989 and North Africa 2011. As Mark Twain said, history may not repeat itself but it does rhyme.
The self-immolation of Mohamed Bouazizi, the young Tunisian forced to shut down his vegetable stall whose act triggered the initial protests, recalled the self-immolation of Czech protester Jan Palach in 1969, over the Soviet invasion of his country. Protests in Prague marking the 20th anniversary of Palach’s death proved a catalyst for the Czechs’ 1989 Velvet Revolution.
Onetime Solidarity activist Krzysztof Sliwinski, a former Polish ambassador to Morocco, said the contagious nature of the Arab demonstrations and the role of technology both reminded him of 1989.
« There is the same sense that history is on your side and not with the senile rulers… Then we used short-wave radio, now they have social media, » he said, referring to the use of Twitter and Facebook by today’s Arabs to evade state censorship.
« We don’t perhaps have a big lesson to impart to the Arab world but we can give them a reason to be self-confident. There, just as in 1989, you can sense the old regimes losing the ability to frighten their peoples. »
Such shared experience might end up being the basis of the help eastern Europe can provide. When Polish Foreign Minister Sikorski visited Benghazi, the anti-Gadaffi rebels he met included two dissidents who had spent 15 and 30 years in jail, as well as Gadaffi’s former justice minister.
« Today they work together and this recalls Poland’s Round Table, » Sikorski told Reuters, referring to the talks between Poland’s communist regime and Solidarity which paved the way for partially free elections in 1989, and central Europe’s first pro-capitalist, pro-Western government since World War Two.
DON’T TARRY
One thing eastern Europeans know: the easy part may be getting rid of the old regime.
Then « comes the shock at suddenly having to take over responsibility for the running of the country, » Estonia’s President Toomas Hendrik Ilves, a former dissident, told a conference in Tallinn in comments aimed at the Arab reformers.
« No one any longer taps your phone, you are now in charge and now you wonder if those long-time employees working in the ministry you run are trustworthy.You pinch yourself and wonder is this real, after all this time. Yes it is… Time to get to work. »
Sikorski says at that point there’s a real need for speed. The appetite for change and the willingness to endure the pain that entails can fade all too soon. In Poland, the period of grace was about a year, he said.
« I told the Libyan interim government they need an action plan for each ministry before they enter Tripoli… They must have an idea of what they want to do because the period of extraordinary politics is very short, » Sikorski said.
Vaclav Bartuska, a student leader during Prague’s Velvet Revolution and now the Czech government’s special envoy for energy security, echoed that need. « The basic feeling (in 1989)
 

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