16 juin 2010

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TUNISNEWS
10 Úme année, N° 3676 du 16.06.2010
 archives : www.tunisnews.net 


C.R.L.D.H. Tunisie: Harcelement a l’aeroport  Tunis-Carthage au retour   de  Khemais Chammari en Tunisie CCTE: L’opposant tunisien Saafi Dbouba, le plus ancien dĂ©tenu Ă  Kirklareli est libre depuis ce matin aprĂšs aprĂšs plus de trois ans de dĂ©tention AP: Tunisie: controverse autour d’une loi rĂ©primant les atteintes Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©conomique Xinhuan: Adoption d’un projet de loi sur la sĂ©curitĂ© Ă©conomique JDD: Tunisie: Une loi sur la sĂ©curitĂ© Ă©conomique African Manager: Tunisie : Ce qu’il est entendu par sĂ©curitĂ© Ă©conomique ! Reuters: Tunisia bans telling foreigners not to invest Sihem Bensadrine: New Tunisian Law Deems Human Rights Activists ‘Traitors’ NouvelObs: Taoufik Ben Brik s’adresse au prĂ©sident Ben Ali.

Omar Khayyam: Le militantisme préventif est né !


C.R.L.D.H. Tunisie

ComitĂ© pour le Respect des LibertĂ©s et des Droits de l’Homme en Tunisie

membre du RĂ©seau Euro-mĂ©diterranĂ©en des Droits de l’Homme

21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS  – Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34

crldht@gmail.com / www.crldht.org

 

HARCELEMENT A L’AEROPORT  TUNIS-CARTHAGE

AU RETOUR   DE  KHEMAIS CHAMMARI EN TUNISIE


 

TUNIS – Mardi 15 juin 2010. ArrivĂ© sur le vol Paris- Tunis d’Air- France de 14h 20’, KhĂ©mais CHAMMARI ,membre honoraire du RĂ©seau Euro Med des droits de l’homme(REMDH) et co-fondateur de la Fondation Euro Med de soutien aux dĂ©fenseurs des droits de l’homme(FEMDH) , a Ă©tĂ© soumis, durant 65 minutes , Ă  un contrĂŽle douanier « poussé» qui a pris les allures d’un vĂ©ritable  harcĂšlement : bagages, dossiers – y compris professionnels – soumis Ă  une fouille tatillonne et « directives Ă©crites strictes »  pour effectuer « une fouille corporelle totale » dont la seule motivation est celle d’une brimade policiĂšre sadique, humiliante pour les agents des douanes contraints de se plier Ă  des  ordres aberrants. A dĂ©faut d’obtenir satisfaction, ces derniers  en ont Ă©tĂ© rĂ©duits en effet Ă  procĂ©der Ă  une fouille des bas ( de contention), des chaussettes et des chaussures de KhĂ©mais CHAMMARI astreint ,en raison de ses difficultĂ©s de locomotion, Ă  une « assistance chaise » !

Le butin de cette sĂ©ance qui ne grandit pas ceux ,en haut lieu, qui en ont donnĂ© l’ordre, a consistĂ© en la saisie du livre rĂ©cemment publiĂ© par le  l’Institut du Caire des droits de l’homme ( Cairo Center for Human  Rights) Ă  la mĂ©moire du grand militant des droits M’hamed Essayed Said et auquel KhĂ©mais chammari a contribuĂ© par un Ă©mouvant tĂ©moignage. Et pour la deuxiĂšme fois en deux ans, l’intĂ©ressĂ© s’est vu dĂ©livrer ( la premiĂšre fois, il s’agissait du livre de BĂ©atrice Hibou « La force de l’obĂ©issance : Economie politique de la rĂ©pression en Tunisie ») un « reçu de marchandise en retenue provisoire »  qui, « passĂ© un dĂ©lai de 4 mois , sera vendu aux enchĂšres publiques » !! Mais, au-delĂ  des dĂ©tails scabreux et grotesques de ce nouvel Ă©pisode ( K.C est soumis Ă  des pressions arbitraires depuis le mois d’avril 2009), le caractĂšre provocateur et la volontĂ© d’humiliation qui caractĂ©rise ces « taalimates » ( ordres) sont rĂ©vĂ©lateurs de la hargne du pouvoir de l’Etat- Parti  Ă  l’égard des dĂ©fenseurs et des opposants consĂ©quents Ă  sa politique rĂ©pressive et despotique .

 Le CRLDHT , qui dĂ©nonce avec force et indignation cette nouvelle atteinte aux droits les plus Ă©lĂ©mentaires de K.C, saisit cette occasion pour rĂ©itĂ©rer l’expression de son mĂ©pris et de son dĂ©gout pour la campagne de diffamation officielle et hystĂ©rique dont les dĂ©fenseurs font systĂ©matiquement l’objet et qui a atteint la semaine derniĂšre son niveau le plus vil avec la publication en (trĂšs mauvais) français d’ un supplĂ©ment Ă  un torchon de la place directement contrĂŽlĂ© par les officines du pouvoir.    C’est Ă  l’aune de ce niveau lamentable, indĂ©cent et lĂąche (parce que assurĂ© d’une totale impunitĂ©) de sa « presse de caniveau » qu’il convient de juger d’une politique gouvernementale de « communication » qui porte un tort et un prĂ©judice considĂ©rables Ă  l’image de la Tunisie.

Celle- ci est davantage Ă©cornĂ©e par ces pratiques et par l’adoption au parlement le 15 juin , Ă  la va-vite,  de l’amendement scĂ©lĂ©rat de l’article 61 bis du Code PĂ©nal (nous y reviendrons bien sĂ»r en dĂ©tail) , que par l’exercice lĂ©gitime et inaliĂ©nable de la libre critique Ă  l’égard d’un pouvoir totalitaire qui pille et dĂ©shonore notre pays.          

 PARIS ,le 15-06-2010


Collectif de la CommunautĂ© Tunisienne en Europe 1 rue Cassini – 75014 Paris – TĂ©l. : +33 1 43 29 68 98 CommuniquĂ© de Presse:

L’opposant tunisien Saafi Dbouba, le plus ancien dĂ©tenu Ă  Kirklareli est libre depuis ce matin aprĂšs aprĂšs plus de trois ans de dĂ©tention

– Appel Ă  l’aide  


Nous venons d’apprendre que l’opposant tunisien M. Saafi Dbouba a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© ce matin mercredi 16 juin 2010 du camp de dĂ©tention de Kirklareli en Turquie. Cette libĂ©ration a eu lieu suite Ă  une grĂšve de la faim entamĂ©e depuis le 27 du mois dernier pour exiger la fin de sa dĂ©tention. (Voir notre communiquĂ© en date du 1er Juin 2010 publiĂ© par Tunisnews). Elle intervient Ă  peine un mois aprĂšs celle de M. Malek Charahili qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une dĂ©cision de la Cour europĂ©enne. Rappelons que M. Dbouba a fui la Tunisie en 1990 suite Ă  la rĂ©pression anti-Nahda et il a pu finalement s’installer en Turquie en 1996 oĂč il a obtenu la protection de l’UNHCR. Mais en juin 2007, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les autoritĂ©s turques qui l’ont soupçonnĂ© de liens avec un mouvement terroriste, accusation qui a Ă©tĂ© vite rejetĂ©e par les tribunaux turques en janvier 2008, mais au lieu d’ĂȘtre libĂ©rĂ© et dĂ©dommagĂ©, il a Ă©tĂ© aussitĂŽt mis en dĂ©tention en vue de son expulsion en Tunisie. Mais cette procĂ©dure a Ă©tĂ© stoppĂ©e par la Cour europĂ©enne qui statue actuellement sur l’illĂ©gitimitĂ© de sa dĂ©tention et sur la procĂ©dure d’expulsion. Si nous nous fĂ©licitons de ce pas important pour le recouvrement de ses droits, la situation de MM. Dbouba et Charahili reste nĂ©anmoins prĂ©caire, car ils ne peuvent jouir de droits sociaux ou mĂ©dicaux, comme d’autres nationalitĂ©s. Ils ne peuvent travailler pour subvenir Ă  leurs besoins. En plus ils sont soumis Ă  un contrĂŽle administratif contraignant et assignĂ©s dans la ville de Kirklareli. Nous demandons aux autoritĂ©s turques de bien voiloir mettre fin Ă  ces mesures contraires au droit humanitaire de l’hospitalitĂ©. Nous invitons les ONG et les OG concernĂ©es ainsi que les lecteurs de ces lignes Ă  envoyer toute sorte d’aide matĂ©rielle et morale Ă  ces deux opposants rĂ©fugiĂ©s en Ă©tat de prĂ©caritĂ© prĂ©occupante. Voici leur contact : M Saafi Dbouba : tĂ©l GSM: +90 53 99 70 79 44 – e-mail : sabrisami2009@yahoo.com M. Malek Charahili : TĂ©l. GSM : +90 53 87 91 40 74 – e-mail : kerim_haji@yahoo.fr. Et merci d’avance. Paris, le 16 Juin 2010 Le Bureau

 


Tunisie: controverse autour d’une loi rĂ©primant les atteintes Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©conomique


AP 16/06/10 18:20 TUNIS (AP) — Une polĂ©mique s’est instaurĂ©e en Tunisie autour d’une loi controversĂ©e qui criminalise les “atteintes aux intĂ©rĂȘts vitaux” du pays et Ă  “sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique”. Selon certaines ONG, cette mesure est destinĂ©e Ă  faire taire les voix critiques de la politique du gouvernement, des allĂ©gations rĂ©futĂ©es par les autoritĂ©s. Elle a Ă©tĂ© adoptĂ©e mardi par la quasi-totalitĂ© des 214 membres de la chambre des dĂ©putĂ©s dominĂ©e par le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel dĂ©mocratique (RCD) du prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali. Seuls deux dĂ©putĂ©s du mouvement Ettajdid (Le Renouveau), l’un des six partis d’opposition reprĂ©sentĂ©s au Parlement, ont votĂ© contre. Pour l’agence officielle TAP, la loi dont l’objectif est d’ĂȘtre “en phase avec les lĂ©gislations en vigueur dans plusieurs pays avancĂ©s”, vient “combler un vide juridique”. Le Code pĂ©nal tunisien limitait jusque-lĂ  l’incrimination des atteintes Ă  la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de l’Etat aux plans militaire et diplomatique, passibles de cinq Ă  20 ans d’emprisonnement, sans englober le domaine Ă©conomique. Elle vise Ă  “rĂ©primer quiconque s’avise intentionnellement de porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie”, en Ă©tablissant Ă  cet effet “de maniĂšre directe ou indirecte, des contacts avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre ou d’une institution ou organisation Ă©trangĂšre”. L’allusion est manifeste aux opposants et militants des droits humains qui pressent l’Union europĂ©enne de conditionner l’octroi, en cours de nĂ©gociation, d’un statut avancĂ© Ă  la Tunisie Ă  des avancĂ©es dĂ©mocratiques. Le projet de loi a suscitĂ© un mouvement de protestation parmi nombre d’organisations en Tunisie et Ă  l’Ă©tranger et les partis d’opposition radicaux. PremiĂšre Ă  rĂ©agir, la Ligue tunisienne de dĂ©fense des droits de l’Homme (LTDH) a tirĂ© la sonnette d’alarme sur ce qu’elle considĂšre comme “un danger pour les libertĂ©s publiques”. Dans un communiquĂ©, la LTDH dĂ©plore “le flou” qui entoure le texte et qui “ouvre la voie Ă  la criminalisation de faits qui peuvent n’ĂȘtre simplement que l’expression d’une opinion dans des mĂ©dias Ă©trangers ou lors de tribunes organisĂ©es Ă  l’Ă©tranger”. “Au lieu d’une ouverture que tout le monde attendait, on nous gratifie de l’inverse: une loi faite pour faire peur et terroriser l’opposition”, s’est dĂ©solĂ© le chef du Forum dĂ©mocratique pour le travail et les libertĂ©s (FDTL/opposition), le Dr Mustapha Ben JaĂąfar. Au centre d’une campagne de dĂ©nigrement lancĂ©e par des journaux proches du pouvoir Ă  l’instar de plusieurs figures de la sociĂ©tĂ© civile, le militant KhĂ©maĂŻs Chammari se dit “persuadĂ© que la nouvelle loi cible les dĂ©fenseurs des droits de l’Homme et les opposants”. Plusieurs de ces activistes sont qualifiĂ©s de “traĂźtres” et de “mercenaires Ă  la solde de l’Ă©tranger”. Le ministre tunisien de la justice et des droits de l’Homme Lazhar Bououni assure, lui, qu’il n’existe “aucune relation entre ce projet de loi et les libertĂ©s publiques qui sont garanties par la Constitution”. Selon lui, “la formulation d’une opinion, mĂȘme si elle entraĂźne un prĂ©judice, ne saurait ĂȘtre criminalisĂ©e”. Il a cependant admis que “les crimes visĂ©s concernent exclusivement la sĂ©curitĂ© Ă©conomique”. Le responsable a citĂ© notamment l’incitation de parties Ă©trangĂšres Ă  ne pas accorder de crĂ©dits Ă  la Tunisie, Ă  ne pas investir dans le pays et Ă  boycotter le tourisme. Il a Ă©galement pointĂ© du doigt les tentatives de “saboter les efforts de la Tunisie visant Ă  obtenir le statut de partenaire avancĂ© avec l’UE”. “La patrie ne tolĂšre aucun chantage”, a-t-il lancĂ© en avertissant que “le pari sur l’Ă©tranger est sans issue et ne mĂšne qu’Ă  la criminalisation des actes nuisibles aux intĂ©rĂȘts de la nation”. AP

 


Adoption d’un projet de loi sur la sĂ©curitĂ© Ă©conomique


(Xinhuanet 16/06/2010) TUNIS — La Chambre des DĂ©putĂ©s tunisienne a adoptĂ©, au cours d’une sĂ©ance plĂ©niĂšre tenue mardi, un projet de loi complĂ©tant les dispositions de l’article 61 Bis du Code pĂ©nal. Selon l’agence de presse gouvernementale tunisienne TAP, ce projet de loi s’inscrit dans le cadre du renforcement des attributs de la sĂ©curitĂ© Ă©conomique et de la consolidation du dispositif lĂ©gislatif garantissant la protection des acquis nationaux. Il vise Ă  combler un vide juridique rĂ©sultant du fait que le texte actuel de l’article 61 Bis du Code pĂ©nal se limite Ă  l’incrimination de toute atteinte Ă  la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de l’Etat, aux plans militaire et diplomatique, et n’englobe pas le domaine Ă©conomique. Le projet de loi stipule que la sĂ©curitĂ© Ă©conomique est l’un des attributs de la souverainetĂ© nationale et le garant de son progrĂšs, ce qui implique la prise des dispositions juridiques nĂ©cessaires pour rĂ©primer quiconque s’avise intentionnellement de porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie, l’objectif Ă©tant aussi d’ĂȘtre en phase avec les lĂ©gislations en vigueur dans plusieurs pays avancĂ©s dont les lĂ©gislations pĂ©nales incriminent toute atteinte aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques nationaux. Ce projet de loi vise Ă  complĂ©ter les dispositions de l’article 61 Bis du Code pĂ©nal, en y ajoutant l’incrimination des personnes qui Ă©tablissent, de maniĂšre directe et indirecte, des contacts avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre ou d’une institution ou organisation Ă©trangĂšre, dans le but de les inciter Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts vitaux de la RĂ©publique tunisienne et Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Au cours de cette sĂ©ance plĂ©niĂšre du Parlement, a ajoutĂ© TAP, les reprĂ©sentants des groupes parlementaires de la Chambre des DĂ©putĂ©s ont Ă©tĂ© unanimes Ă  souligner les incidences nĂ©gatives des atteintes Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©conomique de la Tunisie. La nouvelle loi constitue un fondement de l’autonomie de dĂ©cision de la Tunisie et un indicateur de sa capacitĂ© Ă  faire face aux difficultĂ©s exogĂšnes et Ă  poursuivre son intĂ©gration dans son environnement rĂ©gional et international, et tout particuliĂšrement dans le cadre du partenariat avec l’Union europĂ©enne. Les actes incriminĂ©s en vertu de cette loi, ont-ils ajoutĂ©, ciblent tout acte visant Ă  porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie et Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Ils ont fait remarquer que la libertĂ© d’expression ne doit pas ĂȘtre restreinte lorsqu’il s’agit de questions se rapportant Ă  l’ordre public, Ă  la dĂ©fense nationale, au dĂ©veloppement Ă©conomique et au progrĂšs social, la libertĂ© d’expression Ă©tant garantie par la Constitution.

 


Tunisie: Une loi sur la sécurité économique


Le parlement tunisien a adoptĂ© mardi plusieurs amendements dans le projet de loi sur la sĂ©curitĂ© Ă©conomique, a appris mercredi l’agence Tunis Afrique Presse. “La sĂ©curitĂ© Ă©conomique est l’un des attributs de la souverainetĂ© nationale et le garant de son progrĂšs, ce qui implique la prise des dispositions juridiques nĂ©cessaires pour rĂ©primer quiconque s’avise intentionnellement de porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie“, stipule le texte. “Cette loi est trĂšs dangereuse pour les libertĂ©s, elle n’est pas claire et pourrait pĂ©naliser les opposants qui s’expriment dans les mĂ©dias Ă©trangers“, a affirmĂ© Mohamed Abou, militant des droits de l’homme et opposant au prĂ©sident Zine el Abidine ben Ali. (Source: “Le Journal Du Dimanche” le 16 juin 2010)  

Tunisie : Ce qu’il est entendu par sĂ©curitĂ© Ă©conomique !


AfricanManager  16-06-2010 :  

La Chambre des DĂ©putĂ©s a adoptĂ©, mardi, un projet de loi complĂ©tant les dispositions de l’article 61 Bis du Code pĂ©nal, lequel se limite Ă  l’incrimination de toute atteinte Ă  la sĂ»retĂ© extĂ©rieure de l’Etat, aux plans militaire et diplomatique, et n’englobe pas le domaine Ă©conomique. Le  projet de loi y ajoute  l’incrimination des personnes qui Ă©tablissent, de maniĂšre directe et indirecte, des contacts avec les agents d’une puissance Ă©trangĂšre ou d’une institution ou organisation Ă©trangĂšre, dans le but de les inciter Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts vitaux de la RĂ©publique tunisienne et Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Lazhar Bououni, a indiquĂ© que le texte stipule notamment que toute personne ayant Ă©tabli intentionnellement des contacts explicites ou implicites avec des agents d’un Etat Ă©tranger, une institution ou une organisation Ă©trangĂšre, dans l’objectif de les inciter Ă  porter atteinte aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie, est passible d’une sanction pĂ©nale. Plus prĂ©cisĂ©ment,  la personne incriminĂ©e doit avoir  Ă©tabli intentionnellement des contacts avec des parties Ă©trangĂšres, que ce soit directement ou Ă  travers leurs reprĂ©sentants, ou encore par le biais de la correspondance, sous toutes ses formes, ou au moyen d’intermĂ©diaires pour les inciter Ă  nuire aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie, s’agissant, dans le cas d’espĂšce, de sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Les  intĂ©rĂȘts vitaux concernent exclusivement la sĂ©curitĂ© Ă©conomique. Il  s’agit, Ă  titre d’exemple, d’inciter des parties Ă©trangĂšres Ă  ne pas accorder des crĂ©dits Ă  la Tunisie, Ă  ne pas investir dans le pays, Ă  boycotter le tourisme ou Ă  saboter les efforts de la Tunisie visant Ă  obtenir le statut de partenaire avancĂ© avec l’Union europĂ©enne, compte tenu des incidences nĂ©gatives de ces actes sur la politique de l’emploi et les activitĂ©s d’exportation et sur le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays, en gĂ©nĂ©ral.
 
(Source: “African Manager ” le 16 juin 2010)


Tunisia bans telling foreigners not to invest


Wed Jun 16, 2010 1:53pm GMT By Tarek Amara TUNIS (Reuters) – Tunisia has made it a crime for anyone to incite foreigners not to invest in the country, give it loans or sign trade deals with it, in new legislation that government opponents say could be used to stifle criticism. The legislation comes at a time when Tunisia’s application to the European Union for “advanced status,” which would give it preferential trade terms, could be complicated by opposition allegations about the government’s human rights record. Justice and Human Rights Minister Lazhar Bououni said the amendments to the penal code, which were adopted by parliament on Tuesday, are in line with legislation in other countries and are needed to protect Tunisia’s citizens. “The country’s vital interests are anything that has to do with its economic security,” the TAP official news agency quoted the minister as saying in parliament. He denied that the legislation in any way limited freedom of expression. Examples of crimes under the new law include “inciting foreign parties not to give a loan to Tunisia, or to not invest in the country, as well as incitement to boycott tourism and obstructing Tunisia’s efforts to obtain advanced partner status with the EU,” the agency quoted Bououni as saying. Tunisian President Zine al-Abidine Ben Ali says that he is committed to democracy and free speech. His supporters say he enjoys widespread popularity for making the country one of the wealthiest and most stable in the region. Some opposition parties and international human rights organisations say the Tunisian authorities suppress dissent and harass their opponents, allegations the government denies. FREEDOM OF SPEECH Human rights campaigner and Ben Ali opponent Mohamed Abbou said the law could be used to imprison anti-government activists who seek help from foreigners. “This law is very dangerous to the freedoms in the country, this law is not clear and could criminalise people giving declarations to foreign media,” he told Reuters. “If rights are not respected here in Tunisia, you cannot criminalise those who go to foreign organisations.” Lawyer Samir ben Amor told Reuters anyone found guilty of the offences set out in the new law could be sentenced to between five and 12 years in prison. If the EU grants Tunisia “advanced status” it would mean lower trade barriers, as well as more access to aid and cooperation in areas ranging from science and technology to energy and education. Tunisia is sensitive to criticism of its human rights record from foreign countries, especially former colonial power France. Many of Ben Ali’s opponents have ties to the media and to rights campaigners in France. On the eve of a presidential election in October last year, which he went on to win, Ben Ali accused some of his opponents of betraying their country by soliciting help from abroad to damage Tunisia’s reputation.


OP-ED: Sihem Bensadrine: New Tunisian Law Deems Human Rights Activists ‘Traitors’

By Sihem Bensadrine

 

On 15 June, the Tunisian parliament adopted a bill criminalizing any advocacy work conducted by human rights defenders with bodies such as the European Union, with whom Tunisia has signed an association agreement. The bill likens lobbying to sharing intelligence with the enemy, and can be punished by up to five years in prison.

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On 15 June 2010, the Tunisian Chamber of Deputies adopted a new law that was first presented by President Ben Ali only a few short weeks before. The law will “sanction any Tunisian who establishes deliberate contacts with foreign parties instigating to harm Tunisia’s vital interests and economic security,” according to Tunisia’s official news agency. 

This amends Article 61 bis. of the Penal Code, which already punishes “anyone who has undertaken, by any means whatsoever, to undermine the integrity of the Tunisian territory or has met agents of a foreign power, the purpose of the result of which is to undermine the military or diplomatic situation of Tunisia.”

The Tunisian Minister of Justice, in explaining the law to parliament, said that “this amendment aims to penalize implicit or explicit contacts with a foreign state, an institution or a foreign organization, inciting them to affect the vital interest of Tunisia.”

What was the need for an additional article to the Penal Code? It already punishes the distribution of intelligence to the enemy, even in peacetime – including economic espionage. Who are these foreign parties that are “enemies” of Tunisia, and what secrets does this little country have to hide? Tunisia maintains diplomatic relations with all countries of the world except Israel. Who is this hidden enemy and who are the spies?

We find the answer in the media smear campaign that explained the official announcement: the “enemy” must be the European Union, because the spies are human rights defenders who recently returned from lobbying the EU presidency in Madrid.

Indeed, from 25-28 April a group of advocates representing independent Tunisian NGOs (LTDH, ATFD, CNLT, CRLDHT, FTCR and OLPEC) conducted an advocacy mission in Madrid to the Spanish presidency, with the support of the Euro-Mediterranean Human Rights Network (EMHRN) and the AsociaciĂłn para la CooperaciĂłn con el Sur – Las Segovias (ACSUR).

The purpose of our advocacy mission was to show EU officials that the advanced status claimed by Tunisia in its partnership with the EU should not be given as a reward for dictatorship. Tunisia should devote its efforts to making real progress on its human rights performance and respect for the rule of law, which have seen serious setbacks recently. The lobby was a routine activity, one that followed similar efforts within the Euromed partnership, as enshrined in the Association Agreements signed between the EU and Tunisia in 1998.

But the Tunisian authorities have become allergic to criticism of their performance on human rights, seeking at any cost to benefit from this “advanced status” without meeting the obligations that accompany it.  They even sent a delegation of about twenty devotees to disrupt the Madrid conference, who called the activists “traitors!”

On 11 May 2010, the EU-Tunisia Association Council met in Brussels to evaluate the partnership and to explore the advanced status application that Tunisia had submitted on 19 March. The Council’s final declaration states:

“Protection of human rights and fundamental freedoms, as well as strengthening the rule of law is one of the fundamental pillars of the EU-Tunisia partnership. The EU underlines that the advanced status is associated with stronger commitment of the parties. In this context, it urges the Tunisian government to intensify its efforts towards reforms, particularly in terms of pluralism and democratic participation, independence of justice, freedom of expression and association and protection of human rights defenders.”[1]

In the same statement, the Council said: “The EU refers to the commitments taken by Tunisia on the recommendations of the Universal Periodic Review of the UN Council of Human Rights in 2008 and welcomes the visit to Tunisia by the UN’s Special Rapporteur for the Promotion and Protection of Human Rights and Fundamental Freedoms in the fight against terrorism, in January 2010. The EU urges Tunisia to host also other special Rapporteurs of the United Nations Council of Human Rights.”

Recall that the Tunisian government committed itself, during the 2008 UN periodic review, to invite UN Special Rapporteurs, including those for torture, human rights and judicial independence. Only the Special Rapporteur for “Terrorism,” Martin Scheinin, actually received an invitation, in January 2010. After his visit, he said: “The most disturbing experience during my mission was the existence of serious discrepancies between the law and what was reported to me as happening in reality.”

Clearly, the European Council criticized the Tunisian government for not respecting the rule of law and human rights, indicating that if they wish to benefit from an advanced status with the EU, they have to make substantial progress in this field. 

These poor results did not live up to the expectations of Tunisian diplomats, and created anger in the palace of Carthage, especially as the memorandum Tunisia submitted to Brussels on 19 March 2010 received clear support from its traditional allies, France, Spain and Italy.

The Tunisian authorities saw the council’s response as a snub and blamed this setback on the human rights defenders who were in Madrid in late April.

A mere week after the Association Council meeting, the Tunisian President proposed the amendment to Article 61. And the Tunisian parliament has never in 23 years rejected a law proposed by President Ben Ali.

The announcement of this new law was accompanied by a hysterical campaign against the “traitors” who threaten the “economic security” of Tunisia. It was not only the gutter press that engaged in a smear campaign against “traitors”[2]. The public television station also organized a “national debate,” during which guests called for the lynching of traitors and the withdrawal of their nationality in an explicit reference to the lobbying carried out in Madrid.

The most worrying aspect of this law is that it refers to the State’s partners – with whom Tunisia has signed an association agreement – as “foreign parties” with whom no contact is permitted.

This attitude is inconsistent with the EU Guidelines on human rights defenders. The guidelines explicitly recognize and support the role of human rights activists in the consultation process between the EU and third countries with which it has signed agreements. Paragraph 5 states: “The work of human rights defenders often involves criticism of government’s policies and actions. However, governments should not see this as a negative.”

Moreover, the EU’s guidelines make explicit reference to the UN Declaration “on the Right and Responsibility of Individuals, Groups and Organs of Society to Promote and Protect Universally Recognized Human Rights and Fundamental Freedoms,” adopted by the General Assembly in December 1998. The declaration states in Article 5:

“For the purpose of promoting and protecting human rights and fundamental freedoms, everyone has the right, individually and in association with others, at the national and international levels: [
](c) To communicate with non-governmental or intergovernmental organizations.“

 Article 9 paragraph 4 continues:

“To the same end, and in accordance with applicable international instruments and procedures, everyone has the right, individually and in association with others, to unhindered access to and communication with international bodies with general or special competence to receive and consider communications on matters of human rights and fundamental freedoms.”

But the Tunisian authorities are no longer bothered by contradictions. However, one thing is clear: this is the surest way to never have advanced status as claimed.

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*Sihem Bensedrine is a Tunisian writer, journalist and editor- in-chief of Radio Kalima

 

 

[1] DĂ©claration du Conseil de l’Europe 9143/10 8e session du Conseil d’association UE-Tunisie.

 

[2]    Naming Kamel Jendoubi, Sihem Bensedrine, Khemais Chamari and Omar Mestiri

(Source :  IPI: International Press Institute Wednesday, 16 June 2010)

URL: http://www.freemedia.at/singleview/4993/


  [TRIBUNE] “61 bis, impasse Sidi Zine Dada”

Taoufik Ben Brik, opposant, journaliste et Ă©crivain tunisien, s’adresse au prĂ©sident Ben Ali.


Si sur la terre tout Ă©tait raisonnable, il ne se passerait rien. Sans toi, il n’y aurait aucun Ă©vĂšnement, or, il faut qu’il y en ait. Alors, je serre en rongeant mon frein pour qu’il y ait des Ă©vĂšnements et je crĂ©e dĂ©raisonnablement selon les ordres. Les hommes prennent toute cette comĂ©die au sĂ©rieux, en dĂ©pit de leur intelligence indiscutable. C’est en cela que rĂ©side leur drame. Fedor DostoĂŻevski  

Ca parle
ça parle
ça ne parle que de ça. Je perds le nord Renseignez-moi, gens de bien. D’oĂč vient ce tintamarre ? C’est du cĂŽtĂ© 61 bis, cousin
AĂŻe
 AĂŻe 
Aiiie
Le 61 bis, ce n’est pas pĂ©nard, c’est pĂ©nal. L’impasse. Les bas fonds. Le trottoir. La zone. Une courte balade dans ces recoins du bazar et on est cuit. Les gens du 61 bis ne sont pas des plaisantins, mon fils. On ne badine pas avec les wahed wa settine mouquarrer. Ce sont des durs. DĂ©guerpis vite, avant qu’il ne soit trop tard. Te voilĂ  prĂ©venu. Ne viens pas pleurnicher comme une gonzesse, si on te placarde l’étiquette de traĂźtre, de vendus, ou de taupes
C’est mal parti pour les malappris. A l’entrĂ©e du 61 bis, un Ă©criteau qui vous cingle : interdit aux chiens, aux poĂštes, aux journalistes, aux musiciens, aux comĂ©diens, aux Ă©crivains. N’entre ici que les kawadas. Je traduis : “tout Tunisien qui Ă©tablit dĂ©libĂ©rĂ©ment des contacts avec des parties Ă©trangĂšres pour inciter Ă  porter prĂ©judice aux intĂ©rĂȘts vitaux de la Tunisie. Sont considĂ©rĂ©s comme intĂ©rĂȘts vitaux du pays, tout ce qui touche Ă  sa sĂ©curitĂ© Ă©conomique.” Du beau linge. Te voilĂ  dans de beaux draps. Je ne la sens pas cette charabia. Je n’ai pas l’intention d’en boire. Ca sent la menace. Le PĂ©ril. L’After day. J’aimerai bien rĂ©pliquer : ” c’est Ă  moi que tu parles !” Mais je ne suis pas Taxi Driver. Alors, je dis Mabrouk !

Je les entends chuchoter : “c’est inĂ©dit. C’est H énorme. Il faut l’ébruiter
crier Ă  l’ignominie
A l’aide”. On se croirait presque aux temps de l’Imam Ali dans ses mieux dires : “Mais voici venir le jour terrible oĂč la discorde arrive comme une furie
 Elle brise tout ce qui s’oppose Ă  sa fureur
Au plus sage de la fuir quand le plus pervers s’y engage
” C’est nouveau ça. New new le bidule. Faux, faux le dinar. Circulez, il n’y a rien Ă  lorgner. Je pourrai vous l’affirmer comme Confucius, il y a 23 siĂšcles : “je transmets et n’invente rien”. Comment inventer dans un pays oĂč il n’ ya rien de neuf sous le soleil. Rien de nouveau au pays du renouveau. Ben Ali, l’artisan du renouveau, n’a rien d’un nouveau. C’est ancien. C’est vieux votre machin.

Comme le Dr Parnassus, il se fait vieux jeu. Il ne se rĂ©invente plus. Que des remakes. Les mĂȘmes tours de passe- passe, toujours les mĂȘmes cabrioles. L’imagination vient-elle Ă  lui manquer ? Lui faudrait-il un pendu ou un autre pari avec Balthazar pour “lifter” son manĂšge ambulant vieux d’un quart de siĂšcle ?

Vous pouvez répondre ce que vous voulez, mais une chose est certaine, le vieux reste inégalable au jeu du rouge et noir et rien ne va plus. Irremplaçable. Incontestable. Imbattable. Un pro. Le maitre. Le patron. Et, nous tous, nous sommes des noobs. God of war.

Avec rien, mais pas rien, il continue Ă  faire la joie de tous les ringards de la planĂšte. Il a l’attrape-nigaud le plus flamboyant. Qui peut lui rĂ©sister ? Avec l’article 61 bis du code pĂ©nal, le vieux fait croire Ă  ses partenaires du jour, europĂ©ens, qu’il entre en rogne, qu’il rue dans les brancards, qu’il voit rouge, qu’il ne comprend plus rien et qu’il va zigouiller ces vendus, ces traĂźtres Ă  la patrie qui lui gĂąchent son bon kif ! Un vĂ©ritable Crazy Horse qui dĂ©terre la hache de guerre. Hugh


J’imagine la dĂ©tresse des Chamberlain de Strasbourg et de Bruxelles. Ils vont dare-dare et fissa plier et cĂ©der Ă  la Furheur de l’avant dernier roi d’Ecosse Sidi Zine Dada. Quand mĂȘme, ils ne vont pas sacrifier pour quelques euros de plus, les trois derniers rescapĂ©s de Las Vargas : Kamel Jendoubi, Sihen Bensedrine et Khemais Chammari : “On lui donne son STATUT AVANCE et qu’on n’emparle plus. Les droits de l’homme, ce n’est qu’un dĂ©tail de l’histoire. La gĂ©ographie n’en prend pas compte. D’ailleurs, ils ont les droits de la femme. C’est suffisant pour ces p’tits tunisiens gloutons qui mangent dĂ©jĂ  Ă  leur faim. Et puis, les droits de l’homme, notre bonhomme les a gommĂ©s. Ils sont inexistants. Comment est-ce qu’on va les rĂ©inventer? No problem. Dites-lui que c’est dans la poche, il va se calmer.”

Chapeau bas le be-nali. Si un jour on va vous canoniser ce ne serait surement pas pour vos autoroutes et vos ponts penchĂ©s mais pour vos parades. Uniquement pour elles. Cette aisance avec laquelle vous avez rĂ©ussi Ă  bluffer tout le monde et Ă  leur faire croire que l’incroyable est croyable, c’est du gĂ©nie pur et dur. Rien Ă  dire ni Ă  redire. En fait, votre systĂšme, si systĂšme y en a, repose sur un leurre : brandir la menace. Le dĂ©sert des tartares
Comme si les Tartares ne sont pas depuis belle lurette, ici, dans la demeure.

A l’aube de votre rĂšgne, vous nous avez fait croire au pĂ©ril islamiste, et nous sommes tous tombĂ©s dans le panneau. Ainsi vous avez pu extirper et enterrer l’embryon d’une RĂ©publique – ou ce qui en reste sans qu’on ne s’aperçoive de rien. Que du vent qui poursuit le vent. Ca, c’est du haut vol. Bravo l’artiste. Et parce que vous ĂȘtes un gĂ©nie sorti directement de notre thĂ©iĂšre, vous avez su jouer de la cupiditĂ© de tous les Aladins ( Charfi, Jazi, Rouissi, Zmerli, Smaoui, Laabidi, Najjar, Haddad) pour dĂ©cimer les rangs d’une rĂ©sistance squelettique, morbide.

Pour faire croire aux incrĂ©dules qu’il y a encore des tĂȘtes brulĂ©es et des enfoirĂ©es, vous nous refilez bon an, mal an, un prisonnier emblĂ©matique : Ali Laaridh, NĂ©jib Hosni, Moncef Marzouki, Hamma Hammami, Jalloul Azzouna, BĂ©chir Essid, Salah Hamzaoui , Mohamed Moada, Khemais Chammari, Mohamed Hedi Sassi, Khemais Ksila, Jalel Zoghlami, Sihem Bensedrine, les syndicalistes du bassin minier de Gafsa et des Ă©tudiants Ă  profusion. Mieux, vous miroitez sans cesse que la sociĂ©tĂ© civile vivote encore en neutralisant LTDH, en dĂ©clarant parti non grata, le PDP, ou en interdisant le CNLT. Merci Zizou.

Reste votre chef d’Ɠuvre. Vous avez crĂ©e le faux semblant le plus crĂ©dible de tous les temps. Vous avez rĂ©ussi Ă  faire dire par la bouche des autres que la presse en Tunisie est en danger. On se croirait aux AmĂ©riques ou en Europe oĂč la presse est menacĂ©e. Comment avez-vous rĂ©ussi ce coup de prestidigitateur ? C’est simple : vous n’avez pas cessĂ© d’embastiller par ci un cameraman endimanchĂ©, par lĂ  un plumitif. Un jour, c’est l’internaute Zouheir Yahyaoui, un autre ce sont les internautes de Zarzis, sans oublier les dernier vocifĂ©rateurs Ă  qui vous avez donnĂ© le titre de journaliste ( sans la fonction ) comme Abdallah Zouari, Hamadi Jebali, Mohammed ABou, Zakia Dhifaoui, Oum Zied, Sihem Bensedrine, Hamma Hammami, Omar Mestiri, Tahar Belhassine, Si Mastpha, Zouheir Makhlouf, Fahem Boukadous 
Le dernier journaliste que j’ai rencontrĂ© c’était Kamel Laabidi. En 1993. Omar S’Habou l’a prĂ©cĂ©dĂ© en 1991.

En embastillant ceux qui manient l’expression sans avoir pour autant la libertĂ© (d’ailleurs, ils s’en moquent comme de l’an quarante) vous avez crĂ©e une fausse rĂ©alitĂ© : le mĂ©tier de journaliste est en danger. Donc, il est fort possible de restaurer la maison de Salah Hajja et celle de Mohamed Ben Salah. En rĂ©alitĂ©, le mĂ©tier de journaliste en Tunisie est Kaput, mon gĂ©nĂ©ral. Vous l’avez exterminĂ©, gazĂ©. C’est l’holocauste du journalisme. Dachau. Ne m’en parlez plus. Point virgule.

LĂ  oĂč vous vous ĂȘtes surpassĂ©, c’est lorsque vous avez neutralisĂ© en une seule pichenette et les juges et les avocats. Et ce n’est pas Mokhtar Yahyaoui qui va me contredire. L’inouĂŻ, c’est que Chawki Tabib, Radhia Nasraoui, Ayachi Hammami, NĂ©jib Chebbi, Abderrazek Kilani, Chokri Belaid, Bechir Essid, Nasser Laouini, Mohamed Nouri, Mokhtar Trifi et les autres tĂ©nors du barreau s’imaginent exercer leur mĂ©tier en plaidant Ă  huis clos face Ă  un juge figĂ©, prĂ©fabriquĂ©, en cire. Il n’en est rien. L’avocat en Tunisie a disparu. Un cadavre exquis. Un cher dĂ©funt pour qui on porte la robe noire en signe de deuil. Un spectre qui hante encore les dĂ©dales du palais de justice et qui crie injustice. Un pantin dĂ©sarticulĂ© et risible : Ana al amid
 Ana al amid
 Ana al amid
Du grand Fellini.

En pourchassant Raouf Ayadi, Mohamed Abbou, Anouar Kousri, Abdelwahab Maatar, Taieb Jallali ou en interdisant Ă  mon frĂšre Jalel d’exercer, vous crĂ©ez l’illusion du danger.

L’illusion, voilĂ  le secret de votre longĂ©vitĂ©. A croire que vous avez lu Tchouang-Tseu : « on parvient Ă  la perfection par la sĂ©rĂ©nitĂ© dans le dĂ©sordre. » vous avez compris comme Confucius, un autre sage oriental qu’on “gouverne un grand pays comme on cuit les petits poissons” Que dire alors d’un petit pays qui est le mien ? On ne cuit pas les petits poissons. On les mange tout cru. En fait, il n’y a pas de poissons chez nous. Il n’y a que des langues de chat trempĂ©es dans un bol de lait bien chaud.

Comme tout fin prĂ©dateur-dictateur, vous crĂ©ez vos ennemis
 mĂȘme s’ils n’existent pas. L’instinct vous le dicte. Car seul, on n’existe pas. Un est Ă©gal Ă  zĂ©ro. Pour que le singleton perdure il lui faut un antagoniste. Et dire qu’Etienne de la BoĂ©tie nous a mis en garde- en vain – il y a de cela cinq siĂšcles : “Voir un million d’hommes, servir misĂ©rablement, ayant le col sous le joug, non pas contraint par une plus grande force, mais aucunement (ce semble) enchantĂ©s et charmĂ©s par le seul nom d’un , duquel ils ne doivent ni craindre la puissance puisqu’il est seul, ni aimer les qualitĂ©s puisqu’il est en leur droit inhumain et sauvage.”

Pour divertir la galerie, Ă©gayer la tourbe et tenir en haleine la cour, vous nous faĂźtes toujours croire Ă  l’aprĂšs Ben Ali, sous Ben Ali. Vous voulez du changement, je vous en donne Ă  gogo. Il y a eu le coup d’Etat mĂ©dical, le coup d’Etat Ă©lectoral, le coup d’Etat constitutionnel
ensuite, La suite : probablement un coup d’Etat conjugal ou familial. Au choix les anchois.

Je vous plains, monsieur le prĂ©sident. Je ressens ce que vous ressentez : cette solitude terrible. Vous passez vos jours et vos nuits Ă  souffler sur la braise pour qu’elle ne se transforme pas en cendre.

Nous sommes votre braise. Votre raison de vivre. Votre flamenco. Si jamais le foyer s’éteint, c’est la fin. L’au-delĂ . Le crĂ©puscule des Dieux sans les walkyries de Wagner.

Que vous reste-t-il pour maintenir le brasier : une, deux, trois buches ? Tout ce 61 bis pour menacer ces trois cabotins : Kamel, Sihem, Khemaies? Vous plaisantez, j’espĂšre ! Ces Dreyfus made in Tunisia., vous les triturez et traitez de traĂźtres, de vendus, d’agents de puissances Ă©trangĂšres. TraĂźtres Ă  qui ? A la patrie ? A Ben Ali ? A la Nation Arabe ? Ils ont vendu la cause palestinienne ? En arabe, c’est encore mieux : Al Khiana. Ça sonne comme Al Qiama. Al khiana veut dire traĂźtrise, infidĂ©litĂ©, changer de camp, dĂ©loyal, adultĂšre, le contraire de confiance, renĂ©gat, vendu, tourner casaque


A ce que je sache ces trois coquins ne vous ont jamais jurĂ© loyautĂ© ou fidĂ©litĂ©. Ils n’ont jamais Ă©tĂ© de votre bord. Au contraire, depuis votre ascension, ils n’ont jamais cessĂ© de vous croiser. Ils sont pareils Ă  ce serviteur de Marc Aurel qui n’arrĂȘte pas de susurrer Ă  l’oreille de CĂ©sar : “Vous n’ĂȘtes qu’un homme
Vous n’ĂȘtes qu’un homme
 Vous n’ĂȘtes qu’un homme
” Un filet de trapĂ©ziste pour que vous ne tombez pas dans la folie des Dieux.

ScĂšnes de la vie conjugale. Sihem l’infidĂšle, Kamel le dĂ©loyal, Chammari le rĂ©nĂ©gat. C’est du dĂ©lire. Sihem n’est pas votre concubine, Kamel n’est pas votre ami et KhĂ©mais n’est pas un cousin. Un ennemi qui vous combat ne peut pas ĂȘtre un traĂźtre. Et s’ils vous embĂȘtent tant, vous n’avez qu’à les chasser de votre tĂȘte. Car ils n’existent que pour vous. Dites un, deux, trois
Disparaissez. Pfff
Pfff
 Vous vous ĂȘtes piĂ©gĂ©s vous-mĂȘme. Et nous avec. L’illusionniste illuminĂ©. Rideau .C’est fini. Reposez-vous maintenant. Il Ă©tait une fois au 61 bis.

Taoufik Ben Brik

(Source: Nouvelobs.com le 16 juin 2010)


Fiction Le militantisme préventif est né !

Tunis- MontrĂ©al – QuĂ©bec – (TNA) – Nous venons d’apprendre qu’un ComitĂ© International pour la LibĂ©ration de TaĂŻeb Moalla (CILTM) vient de se constituer Ă  MontrĂ©al Ă  l’initiative d’un groupe d’ami(e)s de ce journaliste tuniso-canadien qui rentrera dimanche prochain en Tunisie, aprĂšs une absence de prĂšs de dix ans.

Les dizaines de membres de ce comitĂ©, prĂ©sidĂ© par Mme Lise Garon, une Ă©crivaine et chercheuse quĂ©bĂ©coise, retraitĂ©e de l’enseignement universitaire, viennent des quatre coins de la planĂšte Terre (Tunisie, Canada, France, Belgique,  Maroc, AlgĂ©rie, Suisse, Égypte, Liban, Jordanie, USA etc. ). La “star” de ce comitĂ© est sans doute l’écrivain Ă©gyptien Alaa Aswany, qui se dit prĂȘt Ă  se dĂ©placer Ă  Tunis pour sortir son ami TaĂŻeb des geĂŽles lugubres du gĂ©nĂ©ral Ben Ali.

Le comitĂ© a publiĂ© son communiquĂ© numĂ©ro zĂ©ro aujourd’hui, rĂ©clamant la libĂ©ration immĂ©diate et sans conditions de TaĂŻeb Moalla.  Le seul hic de cette affaire c’est que TaĂŻeb Moalla ne se trouve pas Ă  Tunis mais Ă  QuĂ©bec !

En effet, c’est la premiĂšre fois dans l’histoire du militantisme pour les droits humains et la libertĂ© de la presse qu’un comitĂ© de libĂ©ration se constitue avant l’arrestation efffective d’un journaliste. Le pore-parole de ce comitĂ©, un certain Omar K., explique que la crĂ©ation prĂ©maturĂ©e de ce comitĂ© – les pieds du journaliste n’ayant pas encore foulĂ© le sol tunisien – est une rĂ©plique Ă  la guerre prĂ©ventive du rĂ©gime tunisien contre ses opposants rĂ©els et virtuels.

Le communiquĂ© a Ă©tĂ© faxĂ© aujourd’hui Ă  une vingtaine de reprĂ©sentations diplomatiques de la Tunisie Ă  l’étranger ainsi qu’à la PrĂ©sidence de Carthage et au MinistĂšre de l’IntĂ©rieur tunisien. Les autoritĂ©s tunisiennes n’ont pas encore rĂ©agi. TaĂŻeb Moalla, contactĂ© par tĂ©lĂ©phone Ă  la rĂ©daction du Journal de QuĂ©bec s’est contentĂ© de dĂ©clarer : ” La guerre de ma libĂ©ration n’aura pas lieu“. Wait and see !

Omar Khayyam

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