16 juillet 2008

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TUNISNEWS
8 ème année, N°2976 du 16.07.2008
 archives :www.tunisnews.net 


Association internationale de soutien aux prisonniers politiques et Vérité-Action:Pour mettre fin à la politique de la mort lente: 9- Abdennebi Ben Rabeh

Association internationale de soutien aux prisonniers politiques et Vérité-Action:Pour mettre fin à la politique de la mort lente:10- Béchir Ben Ghdour Ben Hamadi Louati

AFP: Ben Ali annonce des mesures en faveur de la région frondeuse de Gafsa

Khaled Kousri  :Le VBS, un virus qui a décimé le troupeau des journalistes tunisiens

Amnesty International :L’Union pour la Méditerranée: une façon d’échapper aux droits humains?

Al Ahram Hebdo: La déviation religieuse et l’expérience tunisienne

‘African Manager’ :Tunisie : Quand «Le Monde» trompe son monde.

La Presse:Livres De mon pays… de Khemaïs Khayati:Un galet dans la mare de l’indifférence

Reuters:Turquie-Deux ex-officiers traduits en cour martiale-PresseLe Monde :Reportage :Les damnées de la dentelle

Associated Press:Political crisis brews in Turkey with Islamic-rooted ruling party facing ban

Reuters: L’Italie veut généraliser les relevés d’empreintes digitales

le blog de Bassem Khlaf :LA PAIX A PORTEE  DE MAIN


Association internationale de soutien aux prisonniers politiques
43, Rue Al-Jazeera Tunis
Email: aispptunisie@yahoo.fr Vérité-Action
Case postale 1569  CH – 1701  Fribourg, Suisse    Tél: ++41 79 703 26 11   Fax: ++41 21 625 77 20   Email. info@verite-action.org           

Campagne pour sauver la  vie des prisonniers des deux décennies:  Pour mettre fin à la politique de la mort lente:  9- Abdennebi Ben Rabeh

 
  Nom et Prénom : Abdennebi Ben Ali Ben Messoud Rabeh   Niveau scolaire : 3ème année secondaire   Profession : élève   Etat civil : célibataire et sa famille connaît des difficultés financières augmentées par les maladies chroniques dont sont atteints ses parents.   Date d’entrée en prison : 1991 et il était victime de torture sauvage dont il souffre des séquelles jusqu’à ce jour surtout au niveau de ses genoux à cause des positions dites « poulet rôti » et « la suspension Afrique du Sud » : torture consistant à suspendre le prisonnier au plafond : pied en haut et tête en bas ce qui met toute la pression sur ses genoux et sur ses ligaments croisés. Ceci l’a rendu incapable de marcher normalement et l’opération chirurgicale qui lui a été faite en prison n’a pas amélioré l’état de ses genoux. Une atteinte à la tête lui a causé des maladies neurologiques telles que : le tremblement essentiel, les crises d’épilepsie et la perte de la concentration. Il souffre également du rhumatisme et d’ulcère.   Peine : A perpétuité + 13 ans.   Lieu d’emprisonnement actuel : Borj Erroumi à Bizerte. Il a fait l’objet de déplacements abusives et cruels entre les prisons de 9 avril, Nadhour, Mahdia, Kasserine, Sousse, Monastir, Gafsa, Messadine, Mornag, Gabès, El Kef, Borj Amri, Sfax..   Coordonnées de la famille : 13 cheikh Mohamed Madhour, Cité Tahrir N° de tél. +21671516295 (Sa mère Aïcha et son père Ali)   Pour écrire à Abdennebi Ben Rabeh : Abdennebi Ben Ali Ben Messoud Rabeh, prison civile « Borj Erroumi », Gouvernorat de Bizerte, République tunisienne.     Appel à tous ceux qui sont touchés par la souffrance des « prisonniers des deux décennies »: Faites connaitre la souffrance de ces prisonniers … Envoyez des lettres, des mots, publiez des articles … Ecrivez aux autorités tunisiennes … Appelez les familles des prisonniers pour les soutenir … Aidez leurs femmes et enfants … Pour qu’on ne dise pas qu’on ne le savait pas.

Association internationale de soutien aux prisonniers politiques
43, Rue Al-Jazeera Tunis
Email: aispptunisie@yahoo.fr Vérité-Action
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Campagne pour sauver la  vie des prisonniers des deux décennies:  Pour mettre fin à la politique de la mort lente: 10- Béchir Ben Ghdour Ben Hamadi Louati Des peines répétées accumulant 47 ans de prison… !

 
 Nom et Prénom : Béchir Ben Ghdour Ben Hamadi Louati   Profession : Plombier à l’usine de l’acier   Date et lieu de naissance : 29/07/1950 à Jaafar Louata à Bizerte   Etat de santé : 3 maladies : hypertension au-dessus de 18, asthme, battement cardiaque irrégulier.   Etat civil : marié et père de 6 enfants   Date d’entrée en prison : octobre 1991   Peine : 47 ans. Il est parmi les victimes des peines répétées et il a été privé de son droit  au respect du principe de l’autorité de la chose jugée. Les nombreuses plaintes de la famille n’ont abouti à aucun résultat ni les efforts des ONGs de droits de l’homme n’ont pu lui rendre justice.   Lieu d’emprisonnement actuel : clinique de la prison civile Nadhour. 15 autres prisonniers résident avec lui.   Les lieux d’emprisonnements visités : Prisons 9 avril (Tunis), Houareb (Kairouan), Sfax, Messadine (Sousse), Mahdia, Bourj Erroumi (Bizerte), Sousse, Kasserine, Harboub (Gabès), Sidi Bouzid, Gafsa, Mornag, Nadhour   Coordonnées de la famille : Menzel Bourguiba, Jaafar Louati, Bizerte   Pour écrire à Béchir Ben Ghdour Ben Hamadi Louati: Clinique de la prison civile Nadhour, Bizerte-République Tunisienne       Appel à tous ceux qui sont touchés par la souffrance des « prisonniers des deux décennies »: Faites connaitre la souffrance de ces prisonniers … Envoyez des lettres, des mots, publiez des articles … Ecrivez aux autorités tunisiennes … Appelez les familles des prisonniers pour les soutenir … Aidez leurs femmes et enfants … Pour qu’on ne dise pas qu’on ne le savait pas.

AFP 16.07.08 | 20h46

Ben Ali annonce des mesures en faveur de la région frondeuse de Gafsa

 
Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a annoncé mercredi un train de mesures en faveur de la région minière de Gafsa (350 km au sud-ouest de Tunis), évoquant pour la première fois les manifestations qui s’y sont déroulées récemment sur fond de chômage. Dans un discours prononcé lors d’une réunion à Gafsa, chef-lieu du bassin minier, il a mis en cause « des irrégularités commises par les responsables de la Compagnie des phosphates de Gafsa » (CPG) dans un concours d’embauche « ayant suscité la désillusion et la déception des jeunes concernés », a-t-il dit. M. Ben Ali se référait ainsi au mécontentement déclenché le 5 janvier par l’annonce des résultats d’un concours de recrutement à la CPG qui aurait été falsifié au profit de notables membres ou proches du parti au pouvoir. L’agitation a tourné à l’affrontement entre forces de police et manifestants ayant nécessité un déploiement de l’armée à Redeyef, principale ville minière de la région, où plusieurs personnes ont été blessées et un jeune manifestant tué par balles le 6 juin. Le président tunisien a souligné son « refus de toute exploitation de ces évènements ou d’autres pour porter atteinte à la sécurité publique et nuire aux biens de l’Etat et des particuliers », a-t-il averti dans son discours. Au lendemain des affrontements, il avait fait limoger le directeur général de la CPG et les meneurs du mouvement de la protestation sociale du bassin minier ont été incarcérés et inculpés, dont le porte-parole, Hichem Hajji, un syndicaliste dissident. La CPG est le principal employeur dans la région riche en phosphates mais où le chômage dépasse largement le taux national officiel de 14% et frappe particulièrement les diplômés de l’université. Les mesures annoncées mercredi visent à créer des emplois, améliorer les conditions de vie et le développement économique de la région moyennant des fonds supplémentaires publics et privés. Il s’agit de projets agricoles (arboriculture, pâturage, lutte contre l’avancée des sables) et d’infrastructures (routes, raccordement au gaz naturel, eau potable, complexes industriels, équipements culturels et sportifs) pour les différentes localités minières de la région. Sont notamment au programme une cimenterie et une fabrique de triacide de phosphate, un programme de formation pour les jeunes et un circuit touristique intégrant les sites berbères de la région enclavée dans le sud-ouest proche de la frontière algérienne. AFP


 
Le VBS, un virus qui a décimé le troupeau des journalistes tunisiens
 
Depuis plusieurs années, il a été établi avec certitude que notre profession journalistique était gangrénée, nécrosée, attaquée par un virus virulent qui lui a été inoculée au début des années 90 et qui porte le nom de VBS.   Les férus d’informatique et d’Internet connaissent parfaitement ces trois lettres qui désignent un logiciel espion, appelé aussi « mouchard » et dont il est très difficile de se débarrasser.   Mais ce n’est pas d’un virus informatique qu’il s’agit dans notre cas d’espèce. Il s’agit d’un virus d’origine humaine, foudroyant, qui porte le même nom, dont la durée d’incubation est très longue et dont les effets sont devenus plus ravageurs ces quatre dernières années.   Instillé de manière insidieuse dans notre corps de métier depuis 1992, le VBS, qui a cultivé, au fil des ans, plusieurs nouvelles souches autrement plus virulentes, telles que le VZH et le VHN, a fini par détruire complètement notre système immunitaire, développant de graves pathologies dont les  principaux symptômes et manifestations sont aujourd’hui multiples: corruption, hypocrisie, mensonge, duplicité, clientélisme, opportunisme, arrivisme, lâcheté, couardise, traitrise, perfidie, résignation, soumission….   La création, en janvier 2008, d’un syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a été perçu par certains comme les premiers signes d’une guérison miraculeuse et inespérée.   Hélas, nous ne sommes pas à Lourdes mais en Tunisie.   Six mois après, le diagnostic est sans appel : il ne s’agissait en réalité que d’une rémission temporaire. Le mal est incurable, le processus irrémédiable et aucun espoir n’est permis. La métastase a atteint un stade de non retour et même l’ablation des organes les plus touchés n’aura aucun effet thérapeutique.   Khaled Kousri  

     

L’Union pour la Méditerranée: une façon d’échapper aux droits humains?

 
(Bruxelles, 11 Juillet) L’initiative d’une Union pour la Méditerranée (UpM), qui sera approuvée le 13 Juillet, pourrait faire cause d’une grave atteinte aux engagements de l’UE consistant à évoquer les droits humains dans toutes ses relations bilatérales. Le fait que le projet actuel ne fasse aucune mention des droits humains signifie que le renforcement de la coopération et du dialogue sera strictement établi sur les rapports commerciaux et financiers – contrairement aux mécanismes actuels qui incluent la dimension des droits humains. « Ce projet a-t-il été créé afin de contourner les engagements pris en faveur des droits humains? L’absence totale de provisions relatives aux droits humains laisse ouverte la question » a déclaré Nicolas Beger, Directeur du Bureau d’Amnesty International pour l’UE. « Si ceci est le cas, nous ferons face à un précédent dangereux qui non pas seulement atteint les principes de base sur lesquels sont établies les relations de l’UE avec les pays tiers, mais aussi permet ostensiblement de négliger les droits humains au profit du business » a-t-il ajouté. Dans une lettre adressée à la présidence française de l’UE (version anglaise disponible ici), Amnesty International exprime son inquiétude et appelle à ce que les engagements de l’UE relatifs aux principes des droits humains soient plutôt renforcés dans ses relations extérieures qu’affaiblis dans toute nouvelle initiative. Pour toute information supplémentaire, commentaire ou entretien: Amnesty International EU Office (Bruxelles): Tel: 32-2-5021499 Fax: 32-2-5025686 Email: amnesty-eu@aieu.be
 

Union for Mediterranean: a way to bypass human rights?

 
(Brussels, 11 July) The Union for the Mediterranean (UfM) initiative, to be endorsed on 13 July, may lead to a serious breach of the EU’s commitments to raise human rights concerns in all bilateral relations, says Amnesty International. The fact that there is no reference to human rights in the current proposal effectively means that increased cooperation and dialogue will be based purely on commercial and financial terms – unlike the current mechanisms, which have a human rights dimension. ‘Has this proposal in part been created to bypass human rights obligations? The total absence of human rights provisions leaves this question open,’ said Nicolas Beger, Director of Amnesty International’s EU Office. ‘If this is the case, we are facing a dangerous precedent: it not only undermines core principles of the EU’s relations with third countries but openly allows human rights to be sidelined for the sake of business’ he added. In a letter sent to the French EU Presidency (available here) Amnesty International raised its concerns and asked that the EU’s commitment to human rights principles in external relations is strengthened rather than weakened in any new initiative. For further comment/background and interviews: Amnesty International EU Office (Brussels): Tel: 32-2-5021499 Fax: 32-2-5025686 Email: amnesty-eu@aieu.be


La déviation religieuse et l’expérience tunisienne

 
Mohamed Salmawy Comment faut-il traiter la tendance religieuse déviée qui a pour objectif affiché d’appliquer les paroles de Dieu, alors qu’en réalité, elle frappe dans le fond tous les facteurs de progrès et de développement dans la société, et tend à faire ressusciter les époques d’ignorance et d’obscurantisme ? L’exemple le plus éloquent est, sans aucun doute, l’expérience des Talibans en Afghanistan qui ont enfermé les femmes dans leurs maisons, incriminé la musique et détruit les monuments historiques. C’est un mouvement salafite, tel qu’il est appelé. Mais ce n’est pas un retour aux enseignements de nos pieux prédécesseurs, (ceux appelés en arabe Al-Salaf), comme il apparaît de la nomination. Car sa visée est essentiellement de revenir à des époques bien antérieures à celle de ces  prédécesseurs. En d’autres termes, il s’agit de ressusciter l’époque de l’obscurantisme qui a été annulée par la venue de l’islam. En effet, l’islam a mis un terme à l’arriération de cette époque et à son obscurantisme, en édifiant une civilisation glorieuse qui a largement influencé l’humanité dans tous les coins de la terre, avec son apport éclairé en matière de culture et d’arts. Jamais à l’époque de la prospérité de l’islam, nous n’avons entendu parler d’un niqab, cet habit noir, sans aucune esthétique, qui couvre tout le corps de la tête au pied. A tel point qu’il est difficile de différencier celle qui le porte et qui est assise sur un trottoir, avec un sac de poubelle en plastique noir jeté de l’autre côté du trottoir. La femme à l’âge d’or de l’islam se tenait aux côtés de l’homme et était active dans tous les aspects de la vie, y compris ceux dans les guerres, pour défendre l’islam. Jamais à l’âge d’or de l’islam, la musique n’a été criminalisée. Au contraire, tous les récits du prophète prouvent son appréciation pour la musique. A la conquête de La Mecque, le prophète fut accueilli aux rythmes des chants et de la musique. Jamais à cette époque, nous n’avons entendu parler de la destruction des anciens monuments comme il est arrivé en Afghanistan, au milieu de la consternation du monde entier. A la conquête de l’Egypte, l’islam n’a pas touché les vestiges anciens de sa civilisation révolue, et ne leur a aucunement porté atteinte. Il a également pris soin des « coptes d’Egypte » et ne les a pas du tout préjudiciés. Alors que nous avons vu les adeptes de cet islam non authentique interdire, avec insistance, que leurs fils saluent leurs camarades chrétiens dans les écoles, parce qu’ils les taxent d’« impies ». Nous les avons vu également brûler les lieux saints et recourir à la violence et au crime au nom de l’une des religions le plus nobles et les plus glorieuses. Pourquoi sommes-nous donc à ce stade ? Je me suis posé cette question au cours de mon dernier voyage en Tunisie, au cours duquel je n’ai pas vu la propagation maligne de cette tendance de dérapage religieux que nous avons connu en Egypte depuis le début des années 1970 en Egypte. La Tunisie a été témoin du mouvement de modernisation dans les affaires des musulmans longtemps après celui des imams Mohamed Abdou et de Gamaleddine Al-Afghani en Egypte. Ce mouvement s’est surtout rapporté aux affaires sociales propres au mariage, au divorce et aux droits de la femme. Des procédures qui se sont profondément ancrées dans la société tunisienne, à tel point qu’il est devenu difficile de revenir en arrière, et qui datent du milieu du siècle dernier, à l’heure où l’Egypte de la Révolution octroyait à la femme ses droits politiques et sociaux. En d’autres termes, l’expérience de la modernisation dans ce domaine a été assurée de pair entre les deux pays l’Egypte et la Tunisie. Quant à la séparation entre les deux expériences, elle est intervenue après l’époque de la Révolution, c’est-à-dire à l’aube des années 1970, lorsque le régime en Egypte a commencé à encourager les adeptes de la tendance religieuse, croyant qu’il était en train de mettre un terme à l’ancienne gauche. On peut y ajouter la relation spéciale qui existait à cette époque entre le régime saoudien et le nouveau régime en Egypte, ouvrant la voie à un financement plus important provenant de ces groupes islamiques naissants, qui ont commencé à propager une tendance étrangère à l’islam, caractérisée par le rigorisme wahhabite, qui a vite dévié en l’espace de quelques années, pour basculer dans le crime et le terrorisme. Cette politique erronée adoptée par le régime de l’après-guerre en Egypte, a été suivie par une autre de réconciliation avec cette tendance religieuse déviée, bien qu’elle ait eu pour cible le régime depuis son ascension, comme il est apparu dans le kidnapping et l’assassinat de cheikh Al-Zahabi, le ministre des Waqfs au début des années 1970. En dépit de cela, les organismes médiatiques étatiques et notamment la télévision diffusaient davantage les programmes religieux, imaginant qu’ils allaient de cette manière s’attirer le consentement des nouvelles tendances dans la société, qui ont commencé à gagner du terrain parmi les masses. Ils ont alors fait de leurs cheikhs des stars dans les programmes de la télévision de l’Etat. Chose qui n’avait pas eu lieu auparavant. De cette manière, le régime a contribué à consolider la tendance religieuse déviée qui a ciblé, pour la première fois dans notre histoire moderne, la vie du président de la République en octobre 1981. L’expérience de la Tunisie est totalement différente, bien qu’elle ait expérimenté la montée de cette nouvelle tendance religieuse. La Tunisie, quant à elle, a connu le même phénomène, mais elle a été dès le départ ferme en défendant les acquis de la société civile. Certaines décisions ont alors été promulguées et ont empêché cette tendance d’avoir la main haute sur ces acquis. Ces décisions sont allées jusqu’à l’interdiction du port du voile. Il est vrai qu’elles ont été allégées par la suite, mais le message avait atteint son but et était clair et tranchant. D’ailleurs, le plus important acquis en Tunisie est le fait que le régime a mis dès le départ les adeptes de cette tendance en confrontation directe avec la société civile, au moment de leur revendication d’une tribune politique à l’instar de toutes les autres tendances politiques et intellectuelles du pays. On leur répondit que cela ne pouvait avoir lieu avant qu’ils n’affichent leur engagement aux constantes de la société civile tunisienne. C’est à ce moment-là que les questions ont commencé à être posées : comment concevez-vous le dossier de l’enseignement de la femme et de sa participation à la vie publique ? Quelle est votre position par rapport à la polygamie ? Ainsi que d’autres questions qui étaient le pivot d’un important face-à-face national impliquant toute la société. Ils ont ainsi mis les adeptes de ce courant dans une situation difficile et ambiguë : Comment faire pour satisfaire les adeptes rigoristes d’une part, en ne menaçant pas le reste de la société civile de l’autre ? Alors que nous, en Egypte, avons laissé libre cours à cette tendance, l’Etat n’intervenant que dans les cas limites des opérations terroristes. Ainsi, la situation s’est transformée d’une cause d’ordre intellectuel à laquelle il fallait faire face en argumentant, en réfléchissant et en offrant des solutions  politiques à travers toute la société, en une cause pénale, dans laquelle les forces de la sécurité entrent en jeu à chaque fois qu’un crime terroriste a lieu. C’est la raison pour laquelle au cours de mon voyage en Tunisie, j’ai trouvé une société semblable à celle que nous avons connue en Egypte dans les années 1950 et 1960. Je n’y ai guère détecté les aspects de rigorisme et de laideur qui nous ont poursuivis depuis le début les années 1970 et qui ne semblent pas vouloir nous quitter. (Source:  ‘Al Ahram Hebdo’ (Hebdomadaire – Egypte) Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723)

Tunisie : Quand «Le Monde» trompe son monde.

 
K. Boumiza. Faisant reportage sur l’usine d’un fabricant suisse de lingerie en Tunisie, un journal français de renom a gratifié son Monde d’un mélodrame économico-sentimental à faire pleurer ceux qui sont contre les délocalisations, sauf lorsqu’elles le sont vers la France. L’article fait un suivi de la délocalisation, par la société Calida, du reste de sa production de la marque de lingerie Aubade en Tunisie, en laissant pointer en filigrane l’idée – non dite – d’un dumping social qui serait derrière cette délocalisation. Le journaliste, d’investigation, de ce journal, qui s’est vu refuser l’interview avec le responsable tunisien du site de production de l’entreprise, a du se contenter d’une pirouette aux abords de l’atelier, et de quelques personnes rencontrées au gré de son vagabondage dans cette ville, pourtant historiquement connue par le textile, traditionnel et moderne. On passera donc sur cette remarque d’une ex-ouvrière de Calida an France, qui accusait le Pdg de l’entreprise d’voir «volé » le «savoir-faire» des Françaises pour le donner aux Tunisiennes ! Nous avons fait la même démarche, mais nous n’avons apparemment pas vu les mêmes choses. Où sont les poubelles et les ordures qui s’accumulent ? Totalement exportatrice, l’entreprise était donc sous douane et nous n’avions pu avoir l’autorisation d’y accéder. Première rectification, l’usine Azur, filiale d’Aubade, ne se trouve pas directement dans la ville de Ksar Helal, comme indiqué dans le journal, mais dans sa banlieue directe (Sayada). Sur une route goudronnée et à une dizaine de mètres du centre ville, c’est l’entrée d’une villa dans le style de celles de la région, en guise d’administration, qui vous accueille bordée d’arbustes.  Un carreau de faïence portant inscription de grâce et de louanges à Dieu, surplombe la porte d’entrée en bois qui jouxtait une grande porte coulissante en fer qui donnait sur le magasin de la société. Plusieurs blocs de climatiseurs, sont adossés aux longs murs entourant le grand atelier de l’usine, bâtie en dur et non en tôle pour garantir de bonnes conditions de travail aux 155 employés, dont les filles sont toutes vêtues de blouses roses (tenue de travail). Nous arrivons aussi à l’heure du déjeuner. Dehors, quelques filles avaient préféré quitter le réfectoire de plus de 300 places à l’intérieur de l’usine, par ailleurs obligatoire selon les services de sécurité sociale de la région. Par petits groupes, quelques employées partageaient leurs déjeuners et les fruits, dans des assiettes (et non des gamelles posées sur le perron des portes extérieurs de l’usine). «Le déjeuner est un moment de détente et d’intimité », nous confie l’une d’elles, «car on y mange et on y échange nos confidences et des moments de nos vies, c’est pour cela que nous avions préféré quitter le réfectoire », ajoute-t-elle d’un sourire timide, comme peuvent l’avoir ces jeunes rurales de cette ville de Ksar Helal. Tradition rurale tunisienne oblige, elles mangeaient effectivement avec les doigts ! (nous le concédons au journaliste bien intentionné . . .) Nous avions en vain cherché «les oliviers encerclés de… poubelles. Le journaliste du Monde écrivait sans vergogne : « Le terrain qui entoure l’usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s’accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons ». Introuvables les poubelles et les ordures qui s’accumulaient. Même en faisant tout le tour de l’usine. Celle-ci et depuis la fin des années 90, était érigée dans une région agricole, de plus en plus sous pression urbaine. Il y avait quand même, un tas de grosses pierres blanches sur le terrain jouxtant l’usine. «C’est un voisin qui se prépare à bâtir », nous explique-t-on «et on ne peut pas  l’en empêcher, même si  cela ne fait pas bon décor». Notons enfin, qu’étant entreprise sous douane, même ses déchets sont contrôlés et brûlés sous contrôle des douanes, nous assure-t-on. Où le journaliste de  l’honorable quotidien qui n’est pas à sa première inamitié à l’égard de la Tunisie, a-t-il vu ces poubelles ? Dans ses fantasmes ou dans la succès story de ce petit pays émergent, ne lui en déplaise !? «Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà, plaisante justice qu’une rivière borgne ». Pascal. A l’extérieur de la filiale d’Aubade, personne ne nous a empêchés de parler aux employées, même si presque toutes ont préféré qu’on ne cite pas leurs noms «par obligation de réserve, dans cette ville où la concurrence est vive sur la main d’œuvre qualifiée», nous explique un cadre rencontré en dehors de l’usine. C’est d’ailleurs cette concurrence et le débauchage, parfois sauvage, des ouvrières et des cadres, qui expliquent que les ouvrières, aient été discrètes (encore un bon point dans leurs qualifications comparées) sur la production de l’usine, et sa position commerciale. Mais elles évoquent volontiers ce salaire de 200 euros, qu’elles jugent insuffisant. Elles reconnaissent pourtant qu’elles sont payées selon les normes en vigueur et qu’elles ont même «une prime de production qui peut atteindre les 150 DT par mois ». Il est vrai aussi que dans ce genre d’entreprise, le travail se mesure à la pièce par minute presque et que ce système de mesure de la productivité n’est pas né en Tunisie, mais bien chez ses donneurs d’ordres français, concurrence oblige. Il faut aussi savoir, nous explique un autre patron textile, que 200 euros, c’est l’équivalent de presque 350 DT (368 DT pour l’exactitude)». Et notre interlocuteur de nous interpeler en affirmant que «si 200 euros ne font pas vivre une personne en France, ici c’est un montant qui équivaut au salaire d’un cadre moyen et qui plus est, dans une ville rurale où le coût de la vie et le niveau de vie, sont loin de ceux des grandes villes tunisiennes». Nous en trouverons d’ailleurs affirmation dans les travaux de la plus récente des enquêtes de consommation publiée dernièrement par l’institut tunisien de la statistique. On imagine mal aussi, que de pareilles entreprises où le temps est de l’argent, auraient permis aux anciennes employées d’Aubade d’utiliser leurs portables dans l’usine ou sur la chaîne de travail. Alors de quoi s’offusque le journaliste du quotidien français pour qui la vérité serait variable selon le côté des Pyrénées ? Le racisme en prime, et sale en plus ! Selon une étude Accenture réalisée en juin 2008, la majorité des grandes entreprises françaises considèrent l’externalisation comme un moyen de répondre à leurs principaux défis des cinq prochaines années. Plus de 60% d’entre elles, pensent que l’externalisation va leur permettre de renforcer leur concurrence et leur positionnement international. D’autres entreprises françaises qui ont délocalisé en Chine ou en Inde, n’ont pas été taxée indirectement de faire du dumping social ! On ne finira pas sans noter ce fort relent de racisme que transpire le papier de «Le Monde», lorsque son journaliste traite (incognito sur le dos de quelques habitants, dont la fameuse coiffeuse en devenir) les employées de l’usine tunisienne d’Aubade, d’éleveuses de chèvres et même de délinquantes, parodie inélégante et malveillante peine voilée  aux P…de Jean Paul Sartre. Reprenant des propos dont la sincérité reste à prouver, d’une patronne d’un salon de coiffure qui aurait dit, sur la foi de l’intégrité intellectuelle du journaliste que «Les KGB (pour les villes tunisiennes du Kef, Gafsa et Béja des villes tunisiennes) sont des délinquantes. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. En plus, elles boivent de la bière, ajoute un vieil homme dans son garage, explicite le journaliste du Monde dont le texte frise ici l’insulte diffamatoire hautement qualifiée ! Et de révéler en fin d’article cette face cachée du journalisme au pays des libertés que «A Saint-Savin, dans La Vienne, l’une des ouvrières licenciées [de chez leur ancien employeur Calida] a créé son entreprise : elle élève des chèvres». Questionnés sur ces propos, des habitués du «café des arcades» (pas loin de l’usine, le journaliste se le rappelle certainement), n’ont pas manqué de crier à l’insulte suprême et de proférer à l’encontre de ce journal iste, des mots que nous ne rapporterons pas ! (Source: ‘African Manager’ le 15 juillet 2008)
 


 
Livres De mon pays… de Khemaïs Khayati

Un galet dans la mare de l’indifférence

 
Avec un franc-parler peu coutumier qui provoque et interpelle, Khemaïs Khayati fait, dans ce nouveau petit livre, d’un style léger, le pari de monter à l’assaut de l’indifférence, des préjugés et du mal-être. De mon pays… est, en effet, un pamphlet en prose française, sur le ton de la dérision, prenant pour cible nos petits travers de Tunisiens bien dans notre peau, nos comportements qui s’installent, et nos chimères de rêveurs désabusés, de bons  citoyens charitables, de faux dévots sentencieux, de redresseurs de torts ou de pollueurs masqués. Par petites touches caustiques, où la transcription latine de nos dictons, comme de nos petites phrases assassines, ne manque pas d’épicer ses propos discourtois à force d’autocritique,l’auteur s’applique à s’attaquer, sans discrimination aucune, à tous les vices du vécu social du Tunisien, des plus évidents aux plus retors. Se présentant sous la forme d’un recueil de chroniques humoristiques, l’ouvrage, préfacé par Mondher Thabet, n’épargne aucun domaine, aucun aspect. C’est un véritable galet dans la mare de l’inesthétique et de l’égoïsme, qui invite à la réflexion, à l’examen de conscience et à la réaction citoyenne. Khemaïs Khayati, malgré une abondance de fautes d’orthographe, de coquilles et, parfois, de tournures inadéquates, réussit à nous livrer un chapelet de petits écrits éloquents invitant à tourner le dos au laisser-aller et à l’incohérence. L’indifférence, le fanatisme, le culte et le pouvoir des apparences, les attitudes et comportements contradictoires, la vulgarité, et le mauvais goût, l’agressivité et la violence… toutes les manifestations «côté cour» de la rue tunisienne sont prises d’assaut par l’auteur. Sur 180 pages petit format et 21 photos «inédites», le journaliste nous livre, pieds et poings liés, toute notre mauvaise conscience de Tunisiens désabusés quant à la multitude de comportements sociaux inadéquats que nous observons tous les jours que fait le Bon Dieu. En lisant le livre de Khemaïs Khayati, on se rend compte notamment à quel point la suppression du dépôt légal a su libérer l’expression et doper les vocations. Car il s’agit d’un ouvrage tout en liberté, où il a livré la plénitude de son esprit critique, de son imagination et de son humour communicatif. Aux fins de contribuer, peut-être, au balisage d’une prise de conscience citoyenne à l’encontre de nos faiblesses, de nos travers et de nos contradictions. Avec des chroniques aussi évocatrices et diversifiées que Hannibal et Qindil Bab Menara, Pauvre M. Bilik, Territoire des poubelles, Tour de Babel, Le droit du corps, De la terreur comme modèle, Liberté de conscience, Un amour de chlaka, Colonialisme, dites-vous, Cachez-moi ces Saints… ou encore Frère loup et la bergerie, ce petit livre de chevet a réussi, à notre sens, à démontrer que lorsque l’audace d’un journaliste audiovisuel locace, au verbe panarabe prononcé, se met au service de l’autodérision, cela peut présenter «mon pays» sous un jour franchement favorable d’éclectisme, de pluralité et de décontraction. M’hamed JAIBI Khémais KHAYATI Journaliste Free lance. Tél : 0021620549597 Tunis/Tunisie (Source:La Presse de 16 juillet 2008)


 

Reportage Les damnées de la dentelle

KSAR HELLAL (TUNISIE), SAINT-SAVIN (VIENNE) ENVOYÉ SPÉCIAL

Dans son classeur d’écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d’articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d’Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c’est son « ancienne vie » que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine. En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d’Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l’usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne « ne sait pas quoi faire ». Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont « durs, durs » à gérer. Heureusement, dit-elle, qu’il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l’entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu’aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida – surnommé depuis dans les villages « Al-Calida » -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d’entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon. L’avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. « Il y a de la demande », estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les « filles » qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, « torcher les vieux », « laver les chiottes », c’est une humiliation. Elles le disent : elles ont « socialement régressé ». « C’est vrai, ces métiers sont peu valorisants », reconnaît le député. « Mais il n’y a pas de sous-métier », tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd’hui ADMR. Les élus ne peuvent que constater les ravages « psychologiques » de cette délocalisation. Au-delà de l’impact économique sur le « pays » – les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d’affaires -, « le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c’est déstructurant. » « Il y avait du covoiturage », se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant « s’enterrer » chez elles, s’isoler du village et des copines. Les « ex » d’Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s’éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d’anciennes collègues. « Celles qui sont restées à l’usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble. » Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l’usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. « Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux « sacrifiés » pour la marque, j’évite de demander : « Qu’est-ce que tu deviens ? » » « On se sent presque coupable d’être restée », déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, « on était une grande famille », rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l’usine, avec ses trente-sept années au service de la marque. Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d’Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d’avoir « volé » le « savoir-faire » des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. « Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c’est pas de leur faute : elles sont exploitées. » Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n’ont jamais cherché à savoir. De l’autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l’usine Azur, filiale d’Aubade, n’a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d’une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés. 12 h 30. L’heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l’unique pause de la journée. A la sortie de l’usine, une étudiante s’avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de… poubelles. Le terrain qui entoure l’usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s’accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe. La direction de la filiale d’Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. « Elles ne sont intellectuellement pas capables », explique avec le sourire une responsable à l’entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, « mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées », supplie l’une d’elles. « Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail », assure une autre. A l’usine, c’est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L’ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l’intérieur de l’usine réfrigérée, « c’est beaucoup de pression », souligne une jeune fille. Elles n’ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. « Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n’allait pas bien. La chef lui a répondu : « Tu as donc utilisé ton portable. » Elle a démissionné. » Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, « il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l’ouvrière lui demande : « Retarde un peu. » » Il n’y a pas de point d’eau potable dans l’usine à cause d’une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l’entrée du site indique, en arabe, qu’ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. « Difficile d’avoir une perspective d’avenir dans l’entreprise », constate, résigné, un technicien. Dans la cité Erramala, qui jouxte l’usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d’Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du « pays ». Elles viennent de campagnes lointaines, d’autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D’où leur surnom, les « KGB ». « Les KGB sont des délinquantes », lance la patronne d’un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? « Oui, vous comprenez ? », insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. « En plus, elles boivent de la bière », ajoute un vieil homme dans son garage. Les « KGB » ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s’entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s’élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. « Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s’accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d’économie à l’université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville. » Le grand patron d’Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. « Je n’y suis jamais allé, mais ça m’étonne », assure-t-il. Il se félicite toutefois d’avoir réussi l’intégration, dans son groupe, d’Aubade, qui représente un tiers du chiffre d’affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d’euros en 2006 à 9,6 millions d’euros en 2007. Malgré tout, l’usine tunisienne d’Aubade est celle qui a l’une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai… Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les « KGB » d’avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas. « Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal », argue une mère de famille tunisienne, vêtue d’un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l’une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres. Mustapha Kessous (Source : « Le Monde » (Quotidien – France), le 8 juillet 2008)


Reuters, le 15 juillet 2008 à 23h57 Turquie-Deux ex-officiers traduits en cour martiale-Presse

 
ANKARA, 15 juillet (Reuters) – Deux officiers de l’armée turque soupçonnés d’avoir dérobé des grenades qui, selon la police, devaient servir à un coup d’Etat, seront traduits devant une cour martiale, rapporte mardi la chaîne de télévision publique TRT. Le procureur des forces armées, cité par l’Agence de presse anatolienne, a toutefois démenti l’ouverture d’une quelconque procédure. « Aucune enquête au sujet de cette affaire n’a été ouverte par le parquet militaire », dit-il. Si tel était le cas, il s’agirait de la première mise en cause judiciaire du puissant appareil militaire dans cette affaire qui menace la stabilité de la Turquie. Les deux officiers en question comptent parmi les 85 suspects inculpés cette semaine pour avoir cherché à renverser le gouvernement formé par le Parti pour la justice et le développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, accusé de porter atteinte au principe de laïcité, fondateur de la Turquie moderne. Deux anciens généraux critiques à l’égard de l’exécutif ont été arrêtés dans cette affaire, mais n’ont pas été inculpés. Certains détracteurs du gouvernement, qui nie tout dessein islamiste, voient dans l’affaire contestée du complot une riposte à des procédures judiciaires qui pourraient se traduire par la dissolution de l’AKP ainsi que la mise à l’écart du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et du président Abdullah Gül. REUTERS

Associated Press, le 16 juillet 2008 à 02h09 Political crisis brews in Turkey with Islamic-rooted ruling party facing ban

 
By SELCAN HACAOGLU, Associated Press Writer ANKARA, Turkey (AP) _ Turkey’s Islamic-rooted government was elected last year with a huge majority, continues to bask in popular support, has raised living standards across the nation of 70 million _ and will probably fall within a month. The strange state of affairs is not due to any internal revolt or opposition threat, but to a case in Turkey’s Constitutional Court that seeks to ban the ruling party on charges of undermining secularism. With the court stacked with members of the secular elite, Turkey faces the likelihood of seeing its democratically elected government booted out by forces seeking to preserve the nation’s democratic values. The consequences for Turkey’s EU bid _ and for stability in this strategically located country _ could be grave. Foreign investors could be unsettled and political gridlock would halt crucial reforms. Perhaps most importantly, such a radical measure would trigger questions in the EU about whether Turkey is the mature democracy it makes itself out to be. Supporters of the ban, which could not be appealed, say the secular values canonized by modern Turkey’s founder Mustafa Kemal Ataturk must be defended at all costs. « Secularism is the backbone of the regime in Turkey and it is out of question to allow a political party to pursue Islamic policies to chip away at it, » said Ulku Azrak, a law professor at Istanbul’s Maltepe University. The court has shut down political parties in the past, but never a ruling party and none as popular as that of Prime Minister Recep Tayyip Erdogan. The Constitutional Court is considering claims by the country’s top prosecutor, Abdurrahman Yalcinkaya, that the Justice and Development Party known by its Turkish acronym AKP is engaged in a systematic effort to impose Islam on Turkey _ a charge vehemently denied by the party itself, which is far from a proponent of Islamic fundamentalism. The indictment cites efforts to lift a ban on wearing Islamic head scarves in universities and other measures aimed at expanding the rights of devout Muslims in the educational system, as well as attempts to shut down pig farms and restrict alcohol advertising on TV. If the court rules for the prosecution, several party members, including Erdogan, could lose their seats and be barred from joining a political party for five years, although they would still be eligible to run for Parliament as independents. Under such a scenario, the party would regroup under a different name and the barred legislators would run _ and likely be elected _ as independents who would then informally align themselves with the newly established party. But more than a name change is at stake. While Erdogan and his allies would likely triumph in new elections, the ban would severely damage the old AKPmachinery _ leading to the seizure of US$37 million (€23 million) of public funds allocated to the party this year as well as its assets, including a newly built party headquarters. Secularists have been alarmed at what they see as Erdogan’s attempt to use his large parliamentary majority to impose political Islam on Turkey _ notably through the exploitation of the head scarf issue. « Erdogan’s acknowledgment that the head scarf is a ‘political symbol’ fed the fears of the secular groups, » said Fadi Hakura, a Turkey specialist at Chatham House, a London think tank. « The government was perceived as resorting to a majoritarian, confrontational approach as opposed to seeking consensus on sensitive issues. » Any attempt to relax the state’s uncompromisingly secular stance in this 99 percent Muslim country is met with strident protests from the urban elite as well as the army _ which has staged three coups after civil strife or political turmoil. But some observers, including EU leaders weighing Turkey’s membership bid, are beginning to see the AKP as better for democracy than the secularists, whose intolerance of religious symbolism is seen as running counter to the liberal values they claim to embrace. In turning the principles of Ataturk into a rigid orthodoxy, the secularists have shown a strong authoritarian streak that sits ill with the nation’s European ambitions. And their nationalism has led them to bridle at most EU demands for reform. The secularists point to the aggressive posture of Islamic groups around the world as justification for their tremendous sensitivity on the issue. By contrast, the government has been credited with maintaining the political and financial stability seen as critical to bringing about the reforms needed to revive the nation’s EU bid, including curbing the military’s say in politics and expanding free speech. As a NATO member and U.S. ally, Turkey’s stability is of vital strategic importance, particularly because it neighbors Iraq and Iran and is seen as the West’s gateway to the Middle East. Government supporters say the prosecutor’s argument ignores a record of Western-style reforms and amounts to a fear-mongering. « AKP represents a pathway to freedom for the people, » said Osman Yuksel, a 41-year-old shop owner. « Closing the AKP would be wrong and will not solve any problems. I do not think AKP is a threat to secularism, that idea is just a fixation of the military. » Associated Press

Reuters, le 16 juillet 2008 à 15h10 L’Italie veut généraliser les relevés d’empreintes digitales

 
ROME, 16 juillet (Reuters) – L’Italie envisage de relever les empreintes digitales de l’ensemble de ses citoyens, afin de se soustraire aux nombreuses critiques sur le projet du gouvernement d’obliger les Roms à fournir leurs empreintes dans le cadre de la lutte contre la criminalité. Une commission parlementaire a décidé mercredi que les empreintes digitales devraient figurer sur toutes les cartes d’identité, un document obligatoire en Italie. La mesure doit faire l’objet d’un vote au Parlement. « Cela va désamorcer la question Rom, (les empreintes) vont être prises sur tout le monde », a déclaré le député d’opposition Antonio Misani, cité par le site internet du Corriere della Serra. Le projet visant les Roms a été condamnée par le Parlement européen, la Roumanie – d’où viennent la plupart des Roms – et des organisations religieuses, qui l’ont comparée au tatouage des Juifs par les Nazis et les fascistes, dans les années 1930. Mercredi, le Premier ministre roumain Calin Tariceanu a condamné cette mesure, la jugeant discriminatoire. « Pour le gouvernement roumain (…) le respect des droits de l’homme est une priorité. Nous ne pouvons pas accepter que des citoyens roumains fassent l’objet de pratiques discriminatoires qui ne respectent pas la dignité humaine », a-t-il dit en conseil des ministres. Quelque 140.000 Roms vivent en Italie et le ministère italien de l’Intérieur souhaitait effectuer un recensement de ceux qui vivent dans des camps.Le président du Conseil, Silvio Berlusconi, a été largement élu lors du scrutin législatif d’avril, en faisant de la lutte contre la criminalité, imputée aux immigrés par de nombreux Italiens, sa priorité. REUTERS


 

LA PAIX A PORTEE  DE MAIN

 
Bassem Khlaf L’analyse politique est l’art d’interpréter les discours, les manœuvres et les actions des acteurs politique. Elle est aussi l’art de prédire les stratégies qui seront adoptées par ces derniers suite à un événement  donné (crise économique, soulèvement social, guerre, etc…). Les analystes usent de plusieurs techniques. « La logique générale des précédents », est une de ces techniques, qui consiste à tirer des leçons de l’histoire. Dans un article paru dans le Monde du 17/08/06, sous le titre de «  Israel à l’heure des révisions stratégiques », Charles Enderlin journaliste à Jérusalem, compare le bilan des deux guerres livrées par Israël, celle de 1973 et la guerre de 2006 au Liban. Dans les deux cas, Israël a était surpris par la capacité de nuire et la résistance de son ennemi. En 1973, et après 22 jours de combats, même si Israël n’a rien perdu en terme de territoire. Elle a subi des pertes insupportables et pas du tout prévisibles. Pas moins 2 552 morts et 3 000 blessés. De même en 2006, «  Hezbollah, bombarde des localités frontalières du nord d’Israël, tue deux soldats et enlève deux militaires ….. Le gouvernement israélien décide d’infliger une leçon à la milice chiite…. Le Hezbollah riposte par des tirs massifs de roquettes et de missiles ». Non seulement, comme en 1973, Israël, ne s’attendait pas à une résistance aussi forte. Mais aussi, ils s’aperçoivent  que Hizbelleh « avait construit un véritable réseau de fortifications. Certains bunkers se trouvaient à 30 mètres sous terre, équipés d’ordinateurs et de système vidéo permettant une surveillance des environs…. Autre surprise : l’armement ultramoderne dont dispose la milice chiite. Des missiles anti-tanks qui percent le blindage du char israélien Merkava…. Pendant six années, le Hezbollah s’est donc armé et préparé à la guerre sans que l’alarme sonne en Israël. » Pour Charles Enderlin, il s’agit de la deuxième surprise stratégique vécu par Israël depuis sa création. Il termine son article par une mise en garde : si on ne veux pas voir l’Islam radical progresser dans la région.  Il faut «  entamer des négociations directes avec la Syrie et le gouvernement libanais pour une paix en bonne et due forme même au prix d’un retrait du plateau du golan. Un accord avec le président Mahmoud Abbas sur la base du principe «  les territoires contre la paix » ». En plus de ces arguments que nous a livré C. Enderlin, il ne faut pas perdre de vue, aussi, que l’alliance entre l’Iran, La Syrie et Hezbollah est aujourd’hui la menace qui pèse le plus sur la sécurité d’Israël. En effet, toute l’arsenal militaire et les moyens financiers qui ont permis à Hezbollah de tenir tête et même menacer Israël sont d’origine iranienne et ont forcement transité par la Syrie. L’Iran continue à défier la communauté internationale, en progressant dans son programme nucléaire, sachant qu’il ne risque aucune frappe militaire tant que Hezbollah garde sa capacité de nuisance envers israélo. Tous ces éléments  plaident pour un changement de stratégie du gouvernement israélien. Isoler l’Iran de ces alliers. Il est évident, que toutes les tentatives pour déstabiliser le régime de Bechar Al Asad n’ont pas réussi. Faute de l’éliminer, Israël doit trouver un accord avec le pouvoir Syrien, ce qui sécurisera ces frontières nord et par conséquent privera l’Iran de sa carte maîtresse. Si cette analyse s’avère juste, nous comprendrons mieux, l’agitation de ces derniers jours, à savoir, le discours très équilibré de Sarkozy au Knesset, la trêve conclu avec Hamas, les négociations indirectes entre Israéliens et Syriens, qui ont rapidement débouchées sur des négociations directes. Et l’acceptation des pays arabes du pourtour méditerranéen de s’asseoir sur la même table qu’israel (excepté la Libye). Alors que tous les facteurs sont loin d’être réuni pour avancer dans une voix sérieuse du règlement définitive de la crise du moyen orient. A savoir, les élections américaines, l’impopularité du premier ministre israélien et ces problèmes avec la justice et l’impopularité de Mahmoud Abbas. Nous assistons à un intérêt réel et sans précédent pour aboutir et conclure la paix. Il est hors de question, d’imaginer qu’un accord quelconque  sera conclu avant l’installation de la nouvelle administration américaine et un nouveau gouvernement israélien. D’où l’incertitude. Dans le cas ou le LiKoud de Ben Yamin Netanyahu arrive au pouvoir, quel sera l’avenir de cette dynamique qui vient de s’enclencher. Cela me rappel étrangement, un passé non lointain. Un certain processus de paix, qui a était stoppé net, après l’assassinat de Rabin, quelques mois de gouvernement de Pérès et puis l’arrivé de Netanyahu. Il me rappel aussi étrangement, les préaccords de Taba, qui ont était enterrés  après l’élection de Sharon. C’est au peuple israélien, et à son élite que revient aujourd’hui, la décision de paix ou du statiquo. (Source: le blog de Bassem Khlaf le 16 juillet 2008) http://bassemkhlaf.space-blogs.com/

 

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