15 janvier 2006

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TUNISNEWS
6 ème année, N° 2064 du 15.01.2006

 archives : www.tunisnews.net


 Exclusif: Kamel Morjane, vice président de la république ?  AFP: Quatrième hausse des prix des produits pétroliers en un an en Tunisie  Sami Ben Abdallah: L’ombre des présidentielles de  2009 plane déjà sur l’après-18 octobre 2005  Khaled : Des tortiocrates « de gauche » en général et de Harmel en particulier  Larbi Chouikha:  Sans censure ni autocensure

 
Exclusif  

Kamel Morjane, vice président de la république ?

Correspondance de Tunis (*)   Les choses ont évolué depuis la série des trois articles que « Tunisnews » a publié en exclusivité, au mois de novembre, au sujet de «  l’atmosphère délétère prévalant au Palais de Carthage » et de la mise en orbite de Abdelaziz Ben Dhia pour succéder à Ben Ali en cas de subite vacance de pouvoir.   Si, par hypothèse, cette vacance est constatée aujourd’hui même, Ben Dhia sera l’incontournable candidat. Les statuts ainsi que le règlement interne du parti au pouvoir d’une part, et l’agissante pression des forces occultes d’autre part, l’imposeront comme seul candidat du RCD. (voir Tunisnews N° 2017 du 29.11.2005) un peu comme ce fut le cas en Syrie après la disparition de Hafez Al Assad. Son fils Bachar apparut comme le seul garant à la perduration du statu-quo entre les clans qui se partagent le pouvoir et ses privilèges en Syrie.   La  divulgation de ce scénario par Tunisnews  – qui s’impose désormais comme la bible de la classe politique tunisienne et particulièrement la classe dirigeante – a eu un effet tel qu’un autre scénario, dont l’esquisse n’était qu’en gestation, est désormais sur la voie de la réalisation.   La solution Ben Dhia n’agrée pas aux tuteurs américains de la Tunisie de Ben ALI. En plus du fait qu’il n’a pas l’énergie physique de la fonction (sérieusement malade lui aussi) Ben Dhia est  jugé trop corrompu parce que  trop lié aux Trabelsi dont les américains connaissent au détail près les méfaits ainsi que l’immense  haine que leur vouent les tunisiens.   Il se trouve que les américains ont leur Chalabi tunisien. Comme ce dernier, il a la nationalité américaine, et comme lui, il est couvé depuis des années par l’establishment de Washington. Notamment durant tout  le temps où il occupa, avec succès, les fonctions d’adjoint au Haut Commissaire des Nations Unis pour les réfugiés. Il s’agit évidemment de l’actuel ministre de la défense monsieur Kamel Morjane.   Son bombardement, sans que rien dans sa carrière  militante ou  professionnelle ne l’y ait  préparé, au sensible ministère de la défense, s’explique par une tacite convergence d’intérêt stratégique entre Ben Ali et la CIA. Morjane rassure les américains pour les raisons sus évoquées. Il  rassure aussi Ben Ali pour une raison qui tient à la « assabiya » khaldounienne. Il est le mari d’une fille d’une de ses  sœurs. L’homme idéal  en somme.   Un état de fébrilité s’observe depuis un certain temps dans les allées du palais de Carthage où l’idée d’amender à nouveau la constitution aux fins de créer la fonction de vice président de la république refait surface avec insistance. Nous pouvons même affirmer, sans trop de risque d’erreur, qu’elle a pris le chemin de la concrétisation. En vertu de cette réforme, le vice président succédera automatiquement au président de la république en cas d’empêchement de ce dernier d’assumer ses fonctions et terminera le mandat en cours.   Aussitôt l’amendement consacré, Kamel  Morjane  sera installé dans la  nouvelle fonction. La chose se ferait même dans la précipitation comme ce fut le cas de la loi du 27 septembre 2005 qui octroya les exorbitants privilèges que l’on sait à Leila et à ses enfants en cas de disparition de Zine. Ce qui accrédite et confirme, si besoin à nouveau est, la réalité de la sérieuse maladie de Ben Ali. Chose que l’opposition tunisienne ne semble pas avoir suffisamment intégré dans ses comptes.   Ce scénario ne semble pas cependant avoir l‘heur de plaire à Leila et à son clan. Kamel Morjane, qui ne lui doit rien, est loin de la rassurer. Pour l’instant du moins, il échappe totalement à son emprise et le fait qu’il soit, par les liens du sang, membre du clan ennemi d’en face, celui des Ben Ali, est de nature à lui donner des sueurs froides. Va-t-elle s’y résoudre au risque de mettre en péril tout le patient édifice mafieux sécuritaire qu’elle a mis en place pour la protéger ainsi que les siens de toute malencontreuse contingence ? Ou va-t-elle refuser d’abdiquer en jouant son va tout pour annuler par tous les moyens – y compris ceux qu’utilisent la mafia – la solution Morjane ?   Telles sont en cet instant précis où nous livrons ces informations à l’opinion publique, les données de l’équation. Une question reste quand même objectivement entière. Comment les initiateurs de la solution Morjane vont-ils contourner l’obstacle de la nationalité américaine de ce dernier ? Ils peuvent certes l’occulter. Mais déjà, Leila et les siens fourbissent leurs armes de ce coté là. On peut compter sur eux pour produire, documents à l’appui, la vérité sur cet épineux aspect de la question.   A moins que  le nouveau texte constitutionnel en cours d’élaboration  ne permette désormais à des binationaux d’accéder à la Présidence de la République. On pourra ainsi voir un homme de père tunisien mais né au Guatemala et nourri de la culture de ce pays venir s’installer à Carthage…   Au point où en sont les choses, rien n’est impossible dans la deuxième république de Ben Ali. La constitution y a tété transformée en papier hygiénique prêt à tous les usages….   (*) L’équipe de Tunisnews a reçu les précisions nécessaires quant à l’identité de ces importantes correspondances qui nous parviennent de Tunis.   Précisions de la rédaction :   1-       Nous tenons à préciser une fois pour toutes que le fait que nous avons reçu les « précisions nécessaires » et que nous avons une grande confiance dans nos sources ne signifie pas pour autant que nous sommes sûrs à 100% de l’exactitude de ces informations car nous ne sommes pas la source première et originale de l’info.   2-       Il est indéniable que les informations relayées à travers ces correspondances reflètent d’une façon ou d’une autre certains détails fort précieux qui mettent à nu ce qui est en train de se tramer derrière la façade et les apparences du régime. D’ailleurs, une bonne partie des infos publiées dans les 3 articles précédents s’est avérée assez précise et bien véridiques.   3-       D’autre part, il faut bien souligner à l’attention de tous nos lecteurs que la publication de ces articles exclusifs entre dans le cadre notre démarche globale et constante (depuis l’an 2000) qui consiste à mettre TOUTES les informations disponibles entre les mains de l’opinion publique pour lui fournir le maximum d’outils pour la compréhension de ce qui passe autour d’elle. Toute autre tentative de spéculation et/ou d’accusation est totalement erronée et refusée.  


Quatrième hausse des prix des produits pétroliers en un an en Tunisie

 

  AFP, le 15 janvier 2006 TUNIS – Les prix des produits pétroliers ont augmenté dimanche en Tunisie, pour la quatrième fois en un an, soit une hausse totale de 20%, en raison de la hausse des prix du pétrole sur le marché international, a annoncé le ministère de l’Industrie et de l’Energie.   L’essence à la pompe a augmenté de plus de près de 5,3% pour passer de 0,950 dinar à 1 dinar le litre (1 dinar = 0,65 euro). Des augmentations similaires ont été appliquées aux gazole, fuel domestique, pétrole lampant et gaz de pétrole liquéfié (GPL).   Il s’agit de la quatrième hausse des prix en un an après celles de février, juin et septembre 2005, avec à chaque fois une augmentation de 5% en moyenne., soit une hausse totale de 20% en douze mois.   « Les ajustements décidés restent limités et ne peuvent résorber que 10% seulement de la subvention du budget de l’Etat en faveur des hydrocarbures sur le marché local estimée pour l’année en cours à 1,5 milliard de dinars », a indiqué le ministère dans un communiqué.   « Toute augmentation du prix du baril de un dollar engendre une charge supplémentaire pour le pays de 35 millions de dinars, ce qui représente le coût de réalisation de dix lycées secondaires ou vingt collèges ou encore d’un barrage de taille moyenne », a-t-on ajouté de même source.   Pays importateur de pétrole, la Tunisie ne couvre que 46% de ses besoins avec une production annuelle de 3,3 millions de tonnes équivalent pétrole.

Un clin d’oeil de Washington

 

Chers Amis
 
J’ai le plaisir de vous informer que vous pouvez visualiser sur le site de l’AEI la conférence qui a eu lieu a Washington  le 13 Janvier 2006, dans le cadre du programme « Dissidence et Reformes dans le Monde Arabe ».
 
Il vous suffit de cliquez sur ce lien
Une fois la page ouverte, cliquez en haut à droite sur le lien Vidéo.
 
Aussi ne manquez pas de regarder Al Jazeera demain soir, lundi 16 Janvier à 20h [heure tunisienne]. Le débat s’y est poursuivi autour de la conférence de l’AEI
 
Neila  
 

TUNISIE

Coup de pied dans la fourmilière

L’ombre des présidentielles de  2009 plane déjà sur l’après-18 octobre 2005

 

 

DEDICACE. « J’ai une pensée pour Abderraouf Laaribi, Sahnoun Jouhri, Mehrez BouDegga et Boulbaba Dekhil, qui sont morts pour rien avec beaucoup d’autres. J’ai une pensée pour Sadok Chourou, qui est détenu depuis quinze année sans rien dire, dont on parle le moins, j’ai une pensée à Hamadi Jebali détenu pour ses opinions, et les centaines qui restent condamnés à une mort lente. J’ai une pensée pour des ex-prisonniers politiques qui ont perdu tout moyen pour vivre, qui sont interdit de travail, qui sont humiliés, je cite à titre d’exemple le Prof. Moncef Ben Salem, l’ingénieur Ali Laareyedh, le Pharmacien Zied Doulatni, le Dr Abbes Chourou, le Journaliste en résidence surveillée à Zarzis Abdallah Zouari , le Dr Sahbi Attig à Sidi Bouzid, à l’Avocat Nejib Hosni au Kef, sans oublier notre ami Houcine M’Hamedi, Ex- responsable Régional du RCD de Ben Arous. J’ai une pensée pour  des dizaines de milliers d’exilés dans 54 pays de par le monde, qui n’ont pas perdu espoir et qui se battent pour les Libertés en Tunisie, chacun à sa manière. J’ai une pensée pour ceux qui ont la santé fragile, à cause du mal du pays, pour ceux qui sont interdits de voyager, rentrer ou sortir de leur bien aimée Tunisie, dont les Dirigeants leur refusent ce Droit fondamental ». M. Abdessalem BOUCHADDEKH

 

« Sur un plan strictement personnel, j’éprouve beaucoup de sympathie pour plusieurs personnalités qui ont fait la grève de la faim du 18 Octobre. Leur action m’a inspiré ces réflexions ». Sami Ben Abdallah

 

 

Le 18 octobre 2005? Un tournant dans l’action dissidente de l’opposition ? Un jour providentiel dans l’Histoire politique de la Tunisie qui rompt avec une « ère précédente » et annonce une « nouvelle ère » avec la déclaration solennelle du comité des grévistes de la faim? A Tunis, Paris et Londres, d’aucuns semblent depuis se disputer la paternité du « 18 octobre »  comme s’il s’agissait d’un Butin de guerre à se partager entre amis proches. Chacun se dit « Le 18 octobre ? C’est Moi ! ». Des  campagnes de récupération politique dignes et indignes ont vu le jour, chacun multiplie les « offres de service » et créé avec une poignée d’amis son « Comité du 18 octobre » à lui.  De plus en plus donc, des risques de « politicianisation » guettent l’après-18 octobre avec cette impression qui se dégage des discours : Les stratégies et alliances des uns et des autres se nouent et se dénouent-elles  en vue de « la seule »  échéance présidentielle  de 2009 occultant les questions de fond qui façonneront l’avenir de la Tunisie ?    

Le mouvement contestataire tunisien est de plus en plus à la croisée de chemins. Il détient cependant  son destin politique entre ses mains, les Tunisiens avec. 

 

Par Sami BEN ABDALLAH

 

Les islamistes : Dans le texte ce mot n’est pas restrictif aux seuls adhérents ou sympathisants d’Ennahdha dans la mesure ou ce parti ne prétend pas à la représentation politique de l’islam politique en Tunisie.

 

Depuis « la grève de la faim du 18 octobre » ou ce que d’aucuns appellent « le mouvement du 18 octobre », une vague d’optimisme souffle sur le paysage dissident tunisien. Pour le  pouvoir, l’ampleur de cet optimisme est à la hauteur de son fiasco politiquo-médiatique qui l’a remis dans un isolement qu’il a connu en 1999-2000-2001. Il n’avait pu s’en sortir que grâce au 11 septembre 2001. Néanmoins, isolement ou échec ne changent rien aux desseins de M. Ben Ali qui lutte contre son destin  pour s’acheminer vers une présidence à vie et préparer une succession dynastique. 

 

« La fausse priorité » de « l’alliance avec les islamistes » .

 

 Depuis le 18 octobre, tous donc se veulent constructifs, rassembleurs, consensuels et optimistes. Dans ce « superficiel » concert d’unanimité, Ettajdid qui, à l’instar d’autres acteurs politiques, n’a pas souhaité adhérer à la grève du 18 octobre, joue les troubles fêtes. S’alliant avec des personnalités indépendantes et deux groupuscules de gauche, il vient d’officialiser la naissance d’une énième « coalition démocratique en rupture avec les islamistes ». Une coalition qui se veut dans les faits la rivale du « comité du 18 octobre » qui s’est constitué à la hâte au lendemain de la suspension de la grève de la faim.  Ce comité  compte dans ses rangs plusieurs opposants de diverses tendances et souhaite une « alliance avec le parti islamiste Ennahdha ».

 

Mal accueilli, le choix de l’ancien parti communiste tunisien qui, au début des années quatre-vingt, avait entretenu des relations politiques assez étroites avec les islamistes, a suscité des réactions de dénonciations virulentes et a fait la joie de ses adversaires. Il n’empêche qu’Ettajdid est dans son droit politique de ne rien vouloir faire aujourd’hui,  « avec » les Islamistes. Il lui reste cependant l’épineuse et insoluble question du « que faire des islamistes » ?  Car le règne de Ben Ali et, bien avant lui, celui de Bourguiba, enseignent que toute  négation de l’autre  débouche inévitablement sur des solutions sécuritaires avec leurs dérives inévitables de  police politique, de morts sous la torture  et finalement de dictature.

 

A la vérité, les débats à n’en plus finir sur l’intégration/exclusion des islamistes bloquent le paysage politique dans l’immobilisme. Depuis 25 ans, la question de l’islam politique en Tunisie est par excellence l’Habit d’Othmân que se renvoient les uns et les autres. 99.99% du supposé programme de certains partis politiques (quand il existe !) se résume à l’exclusion des islamistes quand 99.99% du programme des autres se résume à leur intégration.  Même le parti Ennahdha n’y échappe pas et son discours politique volontariste s’articule depuis des années autour de la seule thématique de « l’intégration des islamistes dans un Front commun contre la dictature » quand il ne rappelle pas ces thèmes qui lui sont chers que sont « les libertés publiques » qui « auraient » motivé ses luttes politiques depuis la fin des années soixante-dix ! Si les islamistes n’existaient pas en Tunisie, alors ces partis politiques  n’auraient aucune raison d’être, disparaîtraient ou inventeraient d’autres islamistes.  Car au lieu d’être vu comme une expression politique de la société à laquelle il faut apporter des réponses, l’islam politique est toujours vu comme un capital victimaire à investir qui pourrait être politiquement rentable à court ou à moyen terme. Des  Hommes de gauche ou même des islamistes ne l’appréhendent que du seul point de vue électoraliste, faisant l’impasse sur les responsabilités des uns et des autres dans les erreurs et les fautes politiques du passé proche et lointain, la souffrance des familles, la distance des structures actuelles qui prétendent le représenter avec le terrain, mais surtout dans la capacité des uns et des autres à respecter le caractère presque sacré d’un certain nombre de règles de jeu, de  libertés publiques  irréversibles de par le sens de l’Histoire et qu’on ne pourrait remettre en question au nom de la prétendue volonté du peuple.

 

Un SMIC démocratique et  un SMIC éthique ?

 

Gauchistes et islamistes s’accusent mutuellement. Il y a aussi cette problématique de la confiance absente dans les rapports des islamistes avec la Gauche mais dont souffrent aussi les autres acteurs.  Chacun se dit que l’autre va renier ses promesses et ses engagements les « plus démocratiques » et se jouer de lui une fois arrivé au pouvoir.  Et cette méfiance qui puise ses origines dans des faits historiques réels récents ou lointains profite depuis 18 ans à M. Ben Ali. Sur un autre registre, elle est le symptôme visible de ce cancer plus profond qui ruine depuis toujours le corps politique où transparaît l’absence de toute éthique.

Comment des islamistes et ceux de la Gauche se feraient confiance si déjà deux islamistes ou deux membres de la Gauche ne peuvent se faire confiance à cause du double discours qui caractérise de plus en plus de nos mœurs politiques ? Il y a un vrai malaise qui s’empare du corps politique dissident qui se traduit par des  traditions politiques médiocres ayant façonné depuis des années des mœurs politiques médiocres. Dans les coulisses, plus d’un fustige le manque de transparence, de clarté, le double, le triple, le quadruple discours. En public, chacun applaudit avec ardeur, se tait.  Un peu à l’instar de M. Ben Ali qui, quand il encense dans ses discours  la culture des droits de l’Homme et des libertés, n’est pas sans connaître la torture pratiquée dans les geôles-mouroirs et l’existence de prisonniers qui depuis 15 ans payent le prix de l’arbitraire. Ses auditeurs non plus. Et ils applaudissent.

 

Il y a un vrai discrédit qui mine le corps dissident, en témoigne aujourd’hui ce climat d’invectives, de ragots, entretenu par les uns et les autres afin de disqualifier toute voix discordante, et cette hypocrisie voulue consciemment qui marque de plus en plus nos mœurs politiques, nos rapports avec l’autre, même les plus amicaux ou ceux qu’on croyait comme tels  et qui finalement donnent une image dégradante de l’art de la politique en Tunisie. Si des militants de la base n’y croient plus, comment voudrait-on demain que le peuple y croit ?  La politique est-elle ce sport national qu’est devenu le mensonge ?

 

Les rapports de l’associatif avec le politique

 

Nul n’ignore pourtant les bienfaits de la transparence. La majorité y renonce car elle s’est habituée à travailler dans des systèmes fermés, et pour les militants qui ont vécu en clandestinité dans leur passé politique, ils gardent ces mauvais réflexes policiers.

 

Ces systèmes fermés ont fini par évoluer en déphasage par rapport à l’évolution de la société. Et ce dernier est au fil  des années de plus en plus visible.

 

Il y a cette dictature de Ben Ali qui évolue en déphasage par rapport au  sens de l’Histoire, aux préoccupations des Tunisiens et à leurs aspirations à plus de liberté, à vivre dignement, comme « des citoyens » dans leur pays.

 

 Le corps dissident  n’échappe pas à ces déphasages. Il y a ces  présidentiables « à vie »  dont l’ambition personnelle légitime prend de plus en plus le dessus sur toute autre ambition collective, quitte à l’instrumentaliser et à l’étouffer. Il y a cette  supposée « société civile »  qui devient de plus en plus « une imposture » et accuse un déphasage avec « la société réelle ». Dans sa majorité, elle est sous la coupe de M. Ben Ali qui l’asservit, confisque son  expression et dans sa minorité, qu’elle soit à Tunis ou à l’étranger, elle  souffre de plus en plus du poids du corps politique dissident. Chaque ONG est minée par ses calculs de représentations des différents partis politiques. Combien sont-elles parmi ces ONG qui expriment ces besoins nouveaux de la société tunisienne : la transparence, la participation, la proximité avec le terrain, l’alternance, une ambition strictement associative. Et combien sont-elles celles qui sont devenues un instrument dans les mains de ceux qui les animent, pour exprimer au nom de la volonté et de l’intérêt général une volonté et un intérêt strictement individuel. A quelques exceptions près, celles qui forment « la société civile » actuellement, se plient aux agendas personnels de ceux et celles qui l’animent et  sont les courroies de transmission des partis politiques pour lesquels elles roulent au point que ces ONG sont facilement classables et identifiables politiquement. Les affinités des uns et des autres ne sont pas en cause, car légitimes, mais ce qui est en cause, c’est ce système de complicité, de connivence et souvent même de clientélisme politique qui s’ajoute à une corruption  matérielle qui mine certaines d’entre elles et dont nul ne peut arguer qu’il la méconnaît. Qui pourrait dire aujourd’hui, quel qu’il soit, un militant de la base ou un chef de parti, qu’il méconnaît cette réelle corruption ?

 

Les défis du  « mouvement du 18 octobre »

 

Incontestablement, la grève du 18 octobre a constitué un banc quantitatif et qualitatif dans les revendications du mouvement contestataire tunisien. Il suffit de se rappeler pour s’en convaincre l’état de mort clinique qui caractérisait le Mouvement contestataire avant le 18 octobre. Incontestablement, le 18 octobre a redonné confiance à plus d’un dissident dans l’utilité et l’efficacité de l’action dissidente, dans la capacité du Tunisien à « faire » et à « changer » les choses.

 

Cependant, perdurent ces maux qui gangrènent le mouvement contestataire tunisien et auxquels le mouvement du 18 octobre et ses partenaires n’échappent pas. Ils devraient se positionner avec toute la clarté et la franchise possible au delà de cette « fausse priorité » qu’est  « l’alliance ou le rejet d’alliance avec le parti islamiste Ennahdha », devenue par on ne sait quelle alchimie la question vitale pour le devenir politique tunisien. Et cette mise en scène théâtrale n’est pas sans nourrir une multitude de questions et de réserves réelles :  De quoi est-il question ? D’une « alliance politique » avec le parti Ennahdha ? d’un « travail commun » avec Ennahdha et les autres islamistes ? Ou d’une unification des actions de l’opposition autour d’un SMIC démocratique ? Le rassemblement des uns et des autres devra-t-il se faire autour des personnes 8 grévistes ou des revendications pour lesquelles ces derniers ont initié leur grève de la faim ? Car à la vérité, la précipitation des uns et des autres à fonder « des comités du 18 Octobre », mettant la majorité devant le fait accompli en instrumentalisant ce capital affectif du Mouvement du 18 octobre, en laisse  plus d’un perplexes.

 

Il y a aujourd’hui ces risques de « politicianisation » qui guettent l’après-18 octobre avec  ces démarches d’alliances, de constitution des comités du 18 octobre, faites « par le haut » et auxquelles ceux d’en bas ne sont nullement associés, nullement consultés. La seule chose qu’on leur propose, c’est de faire de la figuration, d’être des fusibles. Ces démarches respectent les nouveaux équilibres du microcosme politique tunisois, parisien, londonien et ses calculs mais elle ne sont  aucunement représentatives des forces vives  de la société tunisienne, de sa diversité, des débats qui la traversent qui n’ont rien à voir avec cette fausse priorité  de « l’alliance ou le  rejet d’alliance avec le parti islamiste Ennahdha ». Il y a aussi ces manœuvres pernicieuses des uns et des autres, qui, consciemment ou inconsciemment, souhaitent « sacraliser » la date du 18 octobre et les « personnes des 8 grévistes » au point qu’on ne sait s’il est permis ou interdit, licite ou illicite, démocratique ou antidémocratique de formuler la moindre réserve ou critique envers le mouvement du 18 Octobre. De telles manœuvres sont dangereuses car elles mystifient les tentatives de récupération politique  et les stratégies  individuelles et hypothèquent le devenir politique du pays dans la réussite du Comité du 18 octobre. Et si demain ce Comité échouait ? Et si ses initiateurs décidaient  de le  dissoudre ?

 

Deux possibilités se présentent au « mouvement du 18 octobre » :

 

S’il se veut une « tête politique » du corps dissident, s’autoproclamer l’unique et seul interlocuteur pour négocier avec tous ceux que l’après-Ben Ali intéresse, il pourrait se greffer à toute manifestation sociale ou syndicale, mais  il risque de finir tel une coquille vide car les dernières années ont montré que le mouvement contestataire réussissait dans l’événementiel, dans les actions ponctuelles mais échouait dans la durée. Il s’éloignera par ailleurs des messages essentiels et des débats qui ont marqué le mouvement contestataire  les dernières années car il fonctionnera tel un système clos, se coupera des dissidents d’en bas qui l’ont massivement soutenu,  perdra de vue le terrain, et sera prisonnier de  cette logique virtuelle des Communiqués d’annonces et de ceux d’autosatisfaction. Cela ne fera que renforcer cette manie tunisienne dans laquelle s’est confortablement installée la majorité par effet de contagion, qu’ils soient des individus, des partis politiques ou des ONG qui n’existent depuis des années que de par les communiqués tonitruants diffusés sur le web.

 

Si les comités du 18 octobre se veulent le fer de lance du mouvement des Tunisiens qui pourrait embraser un jour  le pays, ils devraient  rompre avec ce système patriarcal, ce système de Ben Ali et bien avant lui celui de Bourguiba, fondé sur le clientélisme politique et la corruption et le système de valeur qui le sous-tend ; évoluer en un système ouvert au lieu d’un système fermé, se proposer comme objectif de démocratiser l’action dissidente, de la moderniser, de la doter de gardes fous et de contre pouvoirs, de s’accorder sur un « autre » mécanisme de représentation et de prise de décision afin que les sacrifices de la majorité servent un rêve collectif et non pas des intérêts strictement personnels « légitimes » et s’accorder sur de nouvelles règles de compétition politiques. Celles qui existent actuellement sont faussées à l’avance. Elles ne tiennent compte ni du mérite ni de la compétence, mais de la seule allégeance et de la soumission. Ils devront également se prononcer finalement par rapport à nombre de questions qui fondent la raison d’être de l’action dissidente :  Le rôle de l’étranger dans la transition souhaitée en Tunisie, la transparence des pratiques, le financement public et étranger, la corruption qui mine certains milieux associatifs, la politique de terrain, les rapports du corps politique avec le corps associatif afin de déposséder les uns et les autres de ce  fond de commerce qu’est devenue « la société civile ».  

 

Ce sont là, certes, des questions qui fâchent. Elles sont douloureuse et difficiles. Néanmoins, elles sont bien réelles car chaque  nouveau « déserteur » et « démissionnaire » se pose en privé, mais n’ose s’exprimer en public car elles bénéficient depuis des années du bienveillant silence complice de la majorité. Elles sont sacrifiées sous l’autel de l’urgence du contexte, de la peur de diviser et du faux impératif de rassemblement. Il n’empêche que ce sont là des questions qui fondent la raison d’être de l’action dissidente, dont les réponses sont capables de redonner confiance au commun du mortel dans le corps dissident et de constituer un moment d’une rare vérité dans l’Histoire politique du Mouvement contestataire.

 

Le temps de la rupture à l’horizon viendra inévitablement

 

Le règne de M. Ben Ali a été marqué par le clientélisme, la corruption, l’étouffement des libertés, la torture, l’asservissement des Tunisiens et par leurs larmes.

 

Qui fait aujourd’hui son jeu ? Qui perpétue son système ?

 

C’est le clientélisme du microcosme politique, la corruption de certains milieux associatifs, le silence complice de la majorité et le mensonge. A quelques exceptions près, le commun des mortels retrouve les mêmes pratiques de culte de la personnalité, de langue de bois, de criminalisation de la critique, de clientélisme –le même système policier- qui caractérise « le système Ben Ali ». A quoi bon alors, s’interroge le commun des mortels,  changer untel par untel ? « Gardons un mauvais au risque que le prochain ne soit plus mauvais » (comme l’enseigne le proverbe populaire), se dit-il depuis des années.

 

Il y a ce besoin pressant de rétablir la confiance qui ne se suffit plus des beaux discours, mais a besoin de faits, de pratiques, de franchise et de concret. Car « l’offre politique », qu’elle soit de Gauche ou Islamiste, est faussement diversifiée. En quoi le fonctionnement d’Ennahdha est différent de celui des autres partis, et finalement du RCD ?  A quoi serviront « les Assises de Transition Démocratique » auxquelles appelle Mustapha Ben Jaafer ou « la Conférence Nationale Démocratique » à laquelle appelle Moncef Marzouki ou encore la « Conférence Nationale Pour les Réformes» à laquelle appelle  Nejib Chebbi, ou enfin « la coalition démocratique » à laquelle appelle Ettajdid si elles ne se posent pas comme objectif de revenir sur ces questions presque existentielles? 

 

 Ce sont là les défis du mouvement du 18 octobre. S’il les méprise, sous estime leur gravité et finalement les ignore, il appartient à ces voix jusque-là faibles, marginalisées et qui rejettent cette bipolarité de façade qui s’installe entre Ettajdid et ses alliés d’un coté et le « mouvement du 18 octobre » de l’autre coté,  il appartiendra à ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce système de valeurs qui sous-tend l’action dissidente, d’inscrire leurs actions dans une rupture symbolique et réelle avec ce « système » et ceux qui le perpétuent.

 

Il appartient à tous ceux qui souhaitent faire la politique « autrement » de croire en eux. A quoi bon aujourd’hui perdre encore des précieuses années de sa vie à se satisfaire de l’attentisme ? A enregistrer déception après déception ? 

 

A quoi bon passer le plus clair de sa vie à se dire dégoûté et révolté et finalement à ne rien faire ? A quoi bon perdre son temps à rouler pour untel contre untel et à se disputer pour des broutilles ? 

 

Le microcosme politique –jusqu’à preuve du contraire- inscrit son action dans l’immobilisme, ne souhaite rien construire dans la durée, existe dans l’événementiel et finalement dans l’éphémère, squatte les devants de la scène et est le premier à s’accommoder des règles du jeu qui fondent le système de M. Ben Ali. Même ses jeux d’ombres chinoises, qu’ils se déroulent à Tunis ou à l’étranger, ne déchaînent plus les passions. A quoi bon entendre tel présidentiable discourir sur « son attachement à un régime Républicain et l’alternance » si ces vœux pieux ne se traduisent pas dans son projet de candidat  par un projet de réforme de nos institutions politiques et en premier lieu, l’institution de la présidence de la République, la responsabilité politique du président de la République et le régime politique? A quoi bon se dire Républicain et démocrate si chacun s’accommode de ce régime présidentialiste qui ne produit que des dictateurs ? A quoi bon aujourd’hui militer pour la liberté d’expression, l’indépendance de la justice si dans chaque scandale qui secoue le corps dissident, la majorité s’auto-condamne au silence sous prétexte qu’il y a des vérités bonnes à dire et d’autres bonnes à cacher car M. Ben Ali en tirera profit ?  

 

Ce sont ces questions là qui sont urgentes aujourd’hui. Elles pourront servir comme base de rassemblement à ceux qui ne veulent plus inscrire leurs actions dans la critique constructive ou stérile, mais souhaitent « construire qui ne soit pas virtuelle, mais bien réelle, non pas ponctuelle, mais durable ». Rien ne sera facile, rien ne sera acquis d’avance, la politique n’est pas une affaire d’humeur ou d’émotions ou d’un Communiqué bien rédigé et diffusé sur le web. La politique, c’est aussi le terrain, le concret. La réussite sera au rendez-vous si chacun se donne une obligation de résultat et se démarque de cette obligation de moyens.

 

Etre opposant ou dissident aujourd’hui, ce n’est pas « durer » , faire carrière dans le microcosme, avoir un bon carnet d’adresses, être bien vu des chefs de l’opposition ou avoir leur bénédiction.

 

Etre opposant ou dissident aujourd’hui, c’est faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait. C’est avoir un résultat. C’est changer les choses. Le terrain tranchera.

 

 Mais il ne s’agira pas de rassembler n’importe qui et n’importe comment. A quoi servira le « nombre », la création d’une nouvelle entité ou l’intégration de ses supposés jeunes s’ils sont animés par cette logique politique pourrie qui veut que chacun se cherche une place meilleure sous le soleil du microcosme politique, est soit prêt à vendre son indépendance pourvu qu’on lui donne un « prix ». Ceux là sont le ver qui pourrira tout fruit et n’iront pas plus loin.

 

 Ceux qui devraient se rassembler, sont ces Tunisiens qui auront le courage d’assumer une rupture symbolique et réelle avec ce système politique corrompu, et le système de valeurs qui le sous-tend et établir un autre classement des priorités. Ceux-là ne devront plus avoir peur d’assumer leurs différences, quitte à fâcher les amis et les amis des amis. Ceux-là ne devront plus avoir peur de s’organiser, car étant seul chacun d’eux se condamnera à l’échec. Ceux-là ne devront plus avoir peur de se confronter aux réalités du terrain et s’ils réussissent, ils ne devraient pas avoir peur  de se présenter dans un futur proche comme une alternative aux Tunisiens qui voudraient bien « faire quelque chose pour la Tunisie », qui n’y croient plus actuellement, qui ont besoin de croire en un futur tunisien meilleur.. et en un présent différent.  

 

Sami Ben ABDALLAH

15/01/2006

sami_tunisie_soir@yahoo.fr

 


Des tortiocrates « de gauche » en général et de Harmel en particulier

Un courageux anonyme portant le pseudo « Temezigh » a pu se signaler sur Tunisnews du 9 janvier par un papier extrêmement douteux commentant le dernier édito de l’Audace de janvier 2006. N’eût été que c’est sur Tunisnews, jamais cet individu n’aurait eu de ma part ou de Slim le moindre intérêt… Mais comme c’est  un «pseudo », à tous les sens du terme, qui plus est n’a été capable de développer  aucune réflexion digne de ce nom et n’a répondu à aucun des arguments que Slim  et moi-même avons développés contre les tortiocrates d’Ettajdid, je me bornerai àceci :

monsieur lance 3 ou 4 jugements à l’emporte-pièce à propos de l’Audace,de Harmel, de la gauche… En gros, l’Audace lui pose un problème, Harmel est un grand militant et la gauche se fourvoie, sauf celle qui s’aligne sur l’Etat du général Ben Ali…

On aura remarqué au passage qu’il a qualifié le (petit) vizir Lakhzouri de «responsable », ce qui se passe de tout commentaire. Mais cela éclaire sesdivagations sur les « ragots » que l’Audace colporterait, évidemment sans qu’il cite le moindre début d’exemple à l’appui de son propos, comme les fac-similés de pièces à conviction signées de la main de Belhassen Trabelsi…
Suit l’argument classique des alliés du pouvoir : l’épouvantail  islamiste ;l’outil le plus efficace que la tortiocratie du général de  renseignement Zine Ben Ali ait jamais forgé pour ligoter ses opposants TOUTES TENDANCES CONFONDUES.
Lorsque, en plus, cette intervention se construit sur une surenchère  aux dépens de la gauche militante tunisienne, le propos de cet anonyme en apparaît d’autant plus obscène que le seul fait de lui répondre lui conférerait un semblant de crédibilité.
On aura tout lu ! Harmel, rallié au pouvoir jusqu’à la prosternation, après s’être fait filmer dans une mosquée, la chéchia sur la tête et l’air bien à l’aise avec le pieux rite musulman, derrière Ben Ali au moment où ce dernier jouait la dévotion, il achève le crépuscule de sa vie dans l’infamie de la collaboration la plus éhontée, finissant de liquider le petit patrimoine que le PCT peut prétendre avoir amassé au cours de sa longue histoire.
C’est donc la première et la dernière fois que moi-même et Slim y  apporterons le moindre commentaire… Nous ne répondrons également plus à tout intervenant apparenté aux thèses classiques du pouvoir et de ses satellites  serviles, àmoins qu’il soit parfaitement bien identifiable (Haddad, Bseïs, Goujat…) Ce qui est difficile, vu que ce sont souvent des cyberbarbouzards en mission…
Par contre, nous nous ferons un plaisir de répliquer à toute critique  basée sur des idées ou des faits originaux susceptibles d’enrichir l’échange sur la situation dans notre pays, y compris et surtout si le propos en question nous porte la contradiction Khaled

 

Sans censure ni autocensure.

Quand motivation et légitimité ne font plus bon ménage ! Que les langues se délient !
Larbi Chouikha L’enthousiasme dans le travail, l’investissement dans la vie sociale de l’institution, de l’entreprise, la plénitude dans l’action citoyenne demeurent tributaires de la légitimité des institutions et des personnes censées s’exprimer en leur nom. La confiance en des instances de direction légitimes et la crédibilité des décisions prises en leur sein régissent et organisent les rapports avec les administrés, les employés, les citoyens. Que ce soit dans les conditions de prise et d’exécution des décisions, dans les sources de financement et leur gestion, dans les critères de promotion et d’attribution des primes et gratifications que dans ceux qui président à la nomination des premiers responsables… , ils doivent nécessairement répondre – dans tous les cas – à la transparence, aux principes de raison, de reconnaissance… qui supposent le consentement de toutes les personnes concernées. Or, si ces normes, ces conditions, ces critères ne sont pas connus préalablement de tous et s’ils ne suscitent pas l’adhésion de la majorité des administrés, s’ils sont parachutés sans discussion par le – sommet – souvent au mépris des principes élémentaires de la concertation ; alors, la motivation, le rendement, l’attachement à l’institution, le sens civique… s’en trouvent gravement altérés.   Lorsque dans des entreprises, dans des institutions, des responsables se trouvent être promus là où personne ne les attendait, que des décisions capitales sont prises sans aucune consultation avec les premiers intéressés, que des primes et faveurs consenties ou distribuées au mépris de toute transparence, et parfois, de toute logique et de bons sens…. ; la conséquence toute naturelle se fera sentir dans le travail fourni, dans l’implication de la vie de la cité, à commencer, dans les relations les plus anodines entre les collègues, les citoyens.
Le paroxysme ; quand les structures légitimes de prise de décisions internes se trouvent elles-mêmes phagocytées par des chefs qui, soit, les ignorent et passent outre, soit, les manipulent en les macérant dans leurs « jeux » d’influence, de chantage, de clientélisme dans lesquels ils excellent, paraît-il !…Et si cette situation arrive à s’éclore et à perdurer, c’est que les canaux de la concertation et de la communication avec les administrés se sont épuisés, et l’esprit critique et de discernement, érigé ailleurs en norme citoyenne, se trouve confiné quelque part quand il n’est pas travesti en culture d’allégeance et de soumission. 
Les exemples abondent dans ce sens. Ils touchent plusieurs domaines de la vie sociale et s’emparent de nos entreprises, de nos institutions – qu’elles soient  publiques ou privées -. Contentons-nous des plus saisissants et édifiants à la fois.
Fait inédit dans le monde des journalistes exerçant dans les quotidiens gouvernementaux : des journalistes de la « La Presse » et d’« Essahafa » rendent publics le 9 Mars 2004 une lettre adressée aux responsables gouvernementaux dans laquelle ils décrivent la situation dans leur entreprise comme étant « totalement opaque ». Ils soulignent entre autres, qu’ils « n’arrivent plus à distinguer entre ce qu’il est permis de publier de ce qu’il ne l’est pas, dans le traitement des questions nationales et internationales », et… « ce que le journaliste pouvait de toute évidence traiter précédemment est devenu aujourd’hui impossible puisque la direction générale et la rédaction en chef interdisent de nombreux articles sans la plupart du temps pouvoir fournir de raisons ou d’explications et sans même informer le journaliste, auteur de l’article ». Les interdictions et la censure selon les auteurs de la lettre, se sont multipliées d’une manière considérable ces derniers mois, et touchent tous les sujets et toutes les spécialités y compris ceux que la « hiérarchie demande aux journalistes d’aborder et de couvrir ». Et les auteurs de la lettre de citer des exemples palpables qui illustrent la situation alarmante de nos entreprises de presse où ni le sport, ni la politique internationale, ni la météo…, n’y sont épargnés. On apprend par ailleurs, selon la même source, que « le journaliste n’a plus de rapport avec son article dés lors qu’il l’a remis aux responsables », et qu’il est de notoriété publique que « les journaux publient sans discuter des articles préparés hors des rédactions ». Toutes ces observations ne sont pas particulières aux entreprises gouvernementales, et plusieurs témoignages publiés dans les rapports 2005 par des organisations professionnelles des journalistes telles que l’AJT, le SJT, montrent que ces pratiques et ces comportements sont aussi légion dans les rédactions des publications « indépendantes ». En fait, ils sont surtout le produit d’un système qui régente le monde de la presse et de l’information dans lequel le statut du journaliste se réduit simplement à un fonctionnaire de la plume, et les principes qui régissent ce monde brillent souvent par leur opacité. Mais cette situation affecte aussi d’autres mondes comme le monde universitaire où les principes élémentaires de la concertation deviennent un vœu pieux. A titre d’exemple, Il est fréquent que la nomination d’un directeur d’une institution universitaire ou la prorogation de son mandat ne fasse plus l’objet d’une consultation des structures légalement élues comme l’énonce les dispositions en vigueur, mais portée à la connaissance des intéressés par un simple communiqué de presse dans les quotidiens de la place. Et dans ce sillage, le syndication de l’enseignement supérieur qui s’était indigné des sanctions prises à l’encontre des enseignants grévistes en juin dernier, avait souligné dans le même temps que : « Ce grave durcissement confirme de nouveau la volonté délibérée de l’autorité de tutelle de continuer à refuser le dialogue avec la structure syndicale légitime et de faire obstacle à la participation des universitaires à toute prise de décision » (communiqué du 25 juillet).   Ce tableau devient malheureusement banal et commun à toutes sortes d’entreprises et d’institutions où les structures de concertation se sont figées, les canaux de communication asséchés et les décisions du chef ou de l’autorité ne prêtant plus à aucune équivoque. Il serait fastidieux d’énumérer les nombreux cas de dysfonctionnements qui polluent plusieurs secteurs de la vie publique, y compris des plus sensibles, et beaucoup de nos lecteurs souhaiteraient allonger cette liste et l’enrichir des exemples encore plus saisissants tels qu’ils les ont connus ou vécus. Si l’envie nous démange ? Alors, il est grand temps de nous débarrasser de cette chape de plomb qui nous emmaillote, que nos langues se délient, que nos plumes se déchaînent et que l’attachement à notre citoyenneté transcende nos peurs, nos craintes, nos calculs personnels…, pour se porter sur notre parole libre, audacieuse, percutante mais toute aussi responsable !  L.C
Source : Attariqaljadid n°45 – janvier 2006

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