13 mars 2011

TUNISNEWS
10 ème année,  N°3946 du 13.03.2011
archives : www.tunisnews.net 


La FTCR demande la libération des 6 retenus mis en prison après l’incendie du cra de Marseille AP: Tunisie: les anciens détenus islamistes fêtent leur libérté retrouvée AFP: Tunisie: des femmes craignent une islamisation de la société

AFP: Tunisie: deux mois après Ben Ali, la démocratie se construit


REVUE DE PRESSE  


La FTCR DEMANDE LA LIBÉRATION DES 6 RETENUS MIS EN PRISON APRÈS L’INCENDIE du CRA de MARSEILLE


Six hommes de nationalités algérienne et tunisienne ont été mis en examen et écroués à la prison des Baumettes après l’incendie du centre de rétention administrative de Marseille (CRA) qui a fait trois blessés graves mercredi. Les hommes, âgés entre 20 et 30 ans, et qui ont justifié leur geste en évoquant leur mécontentement face aux mauvaises conditions de rétention, ont été mis en examen pour destruction de bien public. La FTCR demande la libération immédiate des six retenus qui vivent dans des conditions de rétention plusieurs fois dénoncées. La FTCR demande l’application effective des conventions et recommandations européennes en matière des droits des migrants ainsi que la fin de la politique de criminalisation en la matière. Paris le 13 mars     2011 Pour la FTCR, le président Tarek BEN HIBA  


Tunisie: les anciens détenus islamistes fêtent leur libérté retrouvée


AP 13/03/11 18:58 TUNIS (AP) — Fraîchement libérés à la faveur de l’amnistie générale promulguée en Tunisie, des centaines d’anciens détenus islamistes, leurs familles et leurs partisans ont fêté dimanche leur liberté retrouvée lors d’un grand rassemblement à Tunis. Quelque 5.000 personnes ont participé à la manifestation qui s’est déroulée au Palais des congrès à l’initiative de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), une organisation interdite sous le régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali. « C’est la première activité que nous organisons depuis la récente légalisation de notre association à la faveur de la révolution », a confié à l’Associated Press le secrétaire général de l’AISPP, l’avocat Samir Ben Amor. Il y voit « le fruit d’une lutte de plusieurs générations », mais s’attend à « une tâche non moins importante pour la réintégration des anciens détenus dans leur travail, leur réhabilitation et leur dédommagement ». Selon le journaliste et militant des droits de l’Homme Zouhair Makhlouf, 620 détenus ont bénéficié de l’amnistie générale. D’après lui, quelque 29.000 islamistes ont été emprisonnés sous le régime Ben Ali, la plupart appartenant au mouvement Ennahdha, depuis le début des années 90. Dans la salle, plusieurs banderoles revendicatives étaient illustrées de photos de dizaines de « martyrs », « victimes de la politique de la mort lente, des mauvais traitements et des négligences sanitaires », selon les organisateurs. Me Ben Amor estime que plus de 100 détenus sont morts sous la torture ou des suites de graves maladies contractées en prison. Le visage grave, Jamel Braket a raconté les supplices de son frère Fayçal, mort sous la torture devant témoins. « En quelques heures, mon frère est passé de vie à trépas dans les locaux de la brigade d’investigations de Nabeul (80km au nord-est de Tunis) », se rappelle-t-il. Suspendu entre deux chaises dans la position appelée « poulet rôti », il a vu ses tortionnaires lui ficeler le sexe, qu’ils frappaient à l’aide d’une petite barre de fer. Celle-ci était ensuite introduite dans son anus puis retirée et mise dans sa bouche. Il a succombé à une perforation de son intestin, a-t-il relaté. Selon lui, l’affaire est aujourd’hui dans les mains du Haut commissariat des droits de l’Homme au siège genevois de l’ONU. Ce dernier réclame une nouvelle autopsie, les autorités ayant attribué en 1992 la mort à un accident de la route. « Le dédommagement est secondaire. Nous ne voulons pas de vengeance, mais que nos martyrs soient réhabilités », a lancé Me Noureddine Bhiri, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, sous les applaudissements de la salle. Et de réclamer que des « tortionnaires » comme l’ex-ministre de l’Intérieur Abdallah Kallel rendent compte de leurs actes. En dehors du Palais des congrès, un groupe de femmes, qui voilées qui en tenue moderne, discutaient sous un soleil printanier. « Chacune de nous s’habille selon ses convictions sans les imposer aux autres », lance souriante Afifa Bouziri, architecte décoratrice, la quarantaine, les cheveux enveloppés d’un foulard bleu ciel. « C’est une question de liberté individuelle. Moi, je ne rate aucune manifestation religieuse mais je ne prive pas de loisirs pour autant », renchérit Ghada Hammi, une étudiante qui prépare son 3ème cycle en criminologie. AP

Tunisie: des femmes craignent une islamisation de la société


AFP / 13 mars 2011 19h58 TUNIS — Des centaines de Tunisiennes ont exprimé dimanche lors d’une conférence à Tunis leur « hantise » d’une remise en cause des acquis de la femme et exigé la séparation de l’Etat et de la religion dans la future Constitution. « Il n’est pas question de faire des concessions sur nos acquis, ni d’accepter l’obscurantisme de ceux qui veulent nous ramener 14 siècles en arrière », a lancé l’activiste Fathia Baazi, lors d’une « conférence nationale des femmes pour l’égalité et la citoyenneté », organisée par quatre ONG locales, dont l’Association tunisienne des femmes démocrates. Les deux partis islamistes « Ennahda et le Hizb At-Tahrir sont les deux faces d’une même monnaie », a ajouté Mme Baazi, venue de Kasserine (centre-ouest), l’un des foyers de la contestation qui a fait chuter le président Ben Ali. Ennahda a été légalisé début mars, 30 ans après sa création et dit s’accommoder des acquis de la femme inscrits dans le Code de statut personnel (CNP). Promulgué dès 1956, le CNP abolit la polygamie et la répudiation, une exception dans le monde arabe. Plus radical et partisan de la restauration du Califat islamique, le Hizb At-Tahrir s’est vu refuser samedi sa légalisation ainsi que deux formations islamistes. « Après la révolution, des groupes islamistes ont dit qu’ils ne remettraient pas en cause les droits des femmes mais Ennahda et Hizb At-Tahrir ont indiqué qu’ils n’acceptaient pas l’égalité avec l’homme en matière d’héritage », a renchéri Alya Chérif Chammari du Collectif « 95 Maghreb-Egalité ». Elle se référait à la loi islamique qui, en matière d’héritage, accorde à la femme la moitié de la part de l’homme. C’est sur cette question d’héritage que la Tunisie post-Ben Ali n’a pas encore levé une réserve sur la Convention internationale contre toute forme de discrimination envers la femme, a rappelé l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Ouaneïs. « L’égalité entre l’homme et la femme ne peut être effective que par une séparation entre l’Etat et la religion », a prévenu Mme Chammari. La future constitution devra souligner « le principe de la séparation entre la religion et l’Etat, la parité femmes/hommes dans toutes les instances élues et les principes de l’égalité et de non-discrimination », selon un projet de document soumis à la conférence. Les mosquées doivent être tenues « à l’écart de la politique », a ajouté Mme Chammami, se faisant l’écho de craintes de voir des groupes islamistes et intégristes les utiliser pour préparer les élections du 24 juillet. « Pourtant durant la révolution, aucun slogan religieux n’a été scandé », a rappelé une participante.  


Tunisie: deux mois après Ben Ali, la démocratie se construit


De Jacques LHUILLERY (AFP) – AFP / 13 mars 2011 14h35 TUNIS — Quand « Zaba », le surnom de Zine El Abidine Ben Ali, a fui la Tunisie le 14 janvier, il a laissé un pays sonné par sa victoire mais libre. Deux mois plus tard, la démocratie tunisienne balbutie et les révolutionnaires sont conscients que le plus dur reste à faire. Alors que la Libye voisine s’enfonce dans la guerre civile, la « nouvelle Tunisie » qui a donné le « la » dans le monde arabe, a connu en soixante jours crises, morts et soubresauts. Elle a consommé deux Premiers ministres et en est à son troisième gouvernement. Rendez-vous est pris le 24 juillet pour les premières élections libres de son histoire depuis l’indépendance, pour choisir une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle charte et construire la démocratie. Avec « un aller simple », affirme le ministre du Tourisme, Medhi Houas. Un délai très court, selon les analystes, alors qu’une myriade de partis, certains sans programme, se bousculent au portillon de la démocratie, islamistes compris, pour être légalisés. Mais avant même de dessiner les contours d’une « deuxième République », il a fallu très vite « dé-benaliser », « renationaliser » une Tunisie privatisée par le couple présidentiel. Cette « dé-benalisation » est allée aussi vite que Ben Ali s’était attaché à gommer la moindre trace de son prédécesseur Habib Bourguiba après l’avoir déposé le 7 novembre 1987. Son chiffre fétiche « 7 » a disparu, tout comme son obsédante et omniprésente couleur préférée, le mauve. « Télé 7 » est redevenue « télévision nationale ». Les photos de l’ex-couple présidentiel Zine-Leïla, en Une de la presse tous les jours quoiqu’il arrive, ont fait place à des caricatures. Des rues sont rebaptisées. Les « hommes du président » ont été arrêtés. Le clan de Leila Trabelsi qui rançonnait le pays, est en fuite ou sous les verrous. Les premières condamnations sont tombées. Partout, on parle en public sans crainte et beaucoup. Pendant ces deux mois, les tombeurs de Ben Ali ont maintenu la pression sur leurs nouveaux dirigeants par peur de se voir déposséder d’une victoire arrachée au prix de centaines de morts, lors de l’ultime sursaut répressif du régime aux abois. Il faut, explique un politicien, « donner des preuves au peuple » que « sa » révolution ne sera pas confisquée. Symbole des symboles, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le tentaculaire parti-Etat de Ben Ali, a été dissous le 9 mars. Deux jours plus tôt, la redoutable direction de la sûreté de l’Etat ainsi que la police politique, bras armé du régime qui a mis le pays sur écoutes et en prison, 23 ans durant, ont connu le même sort. Passés les premiers orages, le calme est revenu, grèves et manifestations ont cessé. Le célèbre « Dégage! » de la révolution a cédé la place au mot d’ordre « Je m’engage » pour remettre le pays au travail. Patronat et syndicat ont décidé de travailler main dans la main avec les autorités car personne n’oublie que la vague révolutionnaire est montée des profondeurs d’un pays au chômage, loin de Tunis. Désormais, la question est: que faire de cette révolution et avec qui ? Des émeutes à Tunis fin février (6 morts) ont fait craindre que la « bête » n’était pas morte. « Vous croyez qu’il (le RCD) n’existe plus par un coup de baguette magique? », met en garde Yadh ben Achour, patron de la commission de « réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique ». « Le parti est toujours là, partout. Ce sont des personnes vivantes qui vont se recomposer, se ré-infiltrer », martèle-t-il en évoquant les 2 millions d' »adhérents » du RCD, un cinquième de la population. Personne de ce fait ne se risque à prédire le visage de la future Assemblée et jusque-là, la Tunisie politique, de facto sans Constitution et sans Parlement qui s’est sabordé le 9 février, restera « provisoire ». « La transition est une tâche difficile et risquée mais nous réussirons », a pourtant assuré vendredi le deuxième Premier ministre de la transition, Béji Caïd Essebsi, en « CDD » (contrat à durée déterminée) jusqu’au 24 juillet, tout comme le président Foued Mebazaa.  


La Tunisie est en pleine «dé-benalisation»


 

Quand «Zaba», le surnom de Zine El Abidine Ben Ali, a fui la Tunisie le 14 janvier, il a laissé un pays sonné par sa victoire mais libre. Deux mois plus tard, la démocratie tunisienne balbutie et les révolutionnaires sont conscients que le plus dur reste à faire.

Alors que la Libye voisine s’enfonce dans la guerre civile, la «nouvelle Tunisie» qui a donné le «la» dans le monde arabe, a connu en soixante jours crises, morts et soubresauts.

Elle a consommé deux premiers ministres et en est à son troisième gouvernement. Rendez-vous est pris le 24 juillet pour les premières élections libres de son histoire depuis l’indépendance, pour choisir une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle charte et construire la démocratie.

Avec «un aller simple», affirme le ministre du Tourisme, Medhi Houas.

Un délai très court, selon les analystes, alors qu’une myriade de partis, certains sans programme, se bousculent au portillon de la démocratie, islamistes compris, pour être légalisés.

Mais avant même de dessiner les contours d’une «deuxième République», il a fallu très vite «dé-benaliser», «renationaliser» une Tunisie privatisée par le couple présidentiel.

Cette «dé-benalisation» est allée aussi vite que Ben Ali s’était attaché à gommer la moindre trace de son prédécesseur Habib Bourguiba après l’avoir déposé le 7 novembre 1987.

Son chiffre fétiche «7» a disparu, tout comme son obsédante et omniprésente couleur préférée, le mauve. «Télé 7» est redevenue «télévision nationale».

Les photos de l’ex-couple présidentiel Zine-Leïla, en Une de la presse tous les jours quoiqu’il arrive, ont fait place à des caricatures. Des rues sont rebaptisées.

Les «hommes du président» ont été arrêtés. Le clan de Leila Trabelsi qui rançonnait le pays, est en fuite ou sous les verrous. Les premières condamnations sont tombées.

Partout, on parle en public sans crainte et beaucoup.

Pendant ces deux mois, les tombeurs de Ben Ali ont maintenu la pression sur leurs nouveaux dirigeants par peur de se voir déposséder d’une victoire arrachée au prix de centaines de morts, lors de l’ultime sursaut répressif du régime aux abois.

Il faut, explique un politicien, «donner des preuves au peuple» que «sa» révolution ne sera pas confisquée.

Symbole des symboles, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le tentaculaire parti-Etat de Ben Ali, a été dissous le 9 mars.

Deux jours plus tôt, la redoutable direction de la sûreté de l’Etat ainsi que la police politique, bras armé du régime qui a mis le pays sur écoutes et en prison, 23 ans durant, ont connu le même sort.

Passés les premiers orages, le calme est revenu, grèves et manifestations ont cessé. Le célèbre «Dégage!» de la révolution a cédé la place au mot d’ordre «Je m’engage» pour remettre le pays au travail.

Patronat et syndicat ont décidé de travailler main dans la main avec les autorités car personne n’oublie que la vague révolutionnaire est montée des profondeurs d’un pays au chômage, loin de Tunis.

Désormais, la question est: que faire de cette révolution et avec qui ?

Des émeutes à Tunis fin février (6 morts) ont fait craindre que la «bête» n’était pas morte.

«Vous croyez qu’il (le RCD) n’existe plus par un coup de baguette magique?», met en garde Yadh ben Achour, patron de la commission de «réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique».

«Le parti est toujours là, partout. Ce sont des personnes vivantes qui vont se recomposer, se ré-infiltrer», martèle-t-il en évoquant les 2 millions d’«adhérents» du RCD, un cinquième de la population.

Personne de ce fait ne se risque à prédire le visage de la future Assemblée et jusque-là, la Tunisie politique, de facto sans Constitution et sans Parlement qui s’est sabordé le 9 février, restera «provisoire».

«La transition est une tâche difficile et risquée mais nous réussirons», a pourtant assuré vendredi le deuxième Premier ministre de la transition, Béji Caïd Essebsi, en «CDD» (contrat à durée déterminée) jusqu’au 24 juillet, tout comme le président Foued Mebazaa.

Source: ”Cyberpresse” Le 13-03-2011

                                                            Ben Ali, Moubarak, Kadhafi : Où seront-ils jugés ?


 

Tandis que la fièvre révolutionnaire d’une jeunesse en mal de démocratie et de liberté promet de redessiner la carte du monde arabe, la question de l’avenir des ex-dictateurs et de la justice transitionnelle se pose. Quels tribunaux jugeront Zine El-Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi ?

En Tunisie, un triple scénario se dessine. Un premier procès, consacré aux aspects financiers, se tiendra devant les juges tunisiens. Les avoirs des membres du clan Ben Ali-Trabelsi ont été gelés. Stoppés in extremis à l’aéroport, vingt-sept d’entre eux sont en détention provisoire à Tunis, tandis qu’une dizaine est toujours en fuite, en Arabie Saoudite ou au Canada. L’ancien Président et sa femme – sous le coup d’un mandat d’arrêt international – pourraient être extradés. Si la tenue d’un procès en Tunisie, gage de reconstruction, représente une chance pour le peuple tunisien, il devra impérativement être placé sous haute surveillance internationale, gage d’une procédure équitable. En parallèle, la Tunisie a ratifié une série de conventions relatives à l’abolition de la peine de mort et à la lutte contre la torture, tandis que le nouveau conseil des ministres a approuvé l’adhésion au Statut de Rome. Ainsi, un second procès, relatif aux violations des droits fondamentaux, pourrait avoir lieu soit en Tunisie, soit – en raison du principe de subsidiarité – sous l’autorité d’une juridiction internationale. Et un troisième procès, destiné à une véritable purge politique, est en cours devant les tribunaux tunisiens à la suite de la dissolution du RCD, le parti de Ben Ali.

En Egypte, un premier procès s’est ouvert au Caire. Interdit de sortie du territoire, Hosni Moubarak s’est retiré sur les rives de la mer rouge, à Charm-el-Cheikh. Sur décision du ministère de la justice, les avoirs de l’ancien raïs et ceux de sa famille ont aussi été gelés, et le tribunal du Caire vient de rejeter leur appel. Au même moment, le procès de l’ancien ministre de l’intérieur, Habib el-Adli, s’est ouvert mardi. S’il est renvoyé devant ses pairs pour blanchiment d’argent, il est soupçonné d’avoir orchestré la répression policière par une grande partie des Egyptiens. Le tribunal, en banlieue du Caire, est placé sous protection policière et militaire. Des pancartes présentant l’ancien ministre pendu s’agitent devant l’entrée du tribunal – protégée par des chars de l’armée – et des voix s’élèvent pour réclamer «  l’exécution de l’assassin ». Dans la salle d’audience, l’ambiance est électrique. Devant un groupe très restreint de journalistes de la presse écrite, le prévenu nie les faits. « C’est le bourreau de l’Egypte » hurle l’un des avocats des parties civiles. On ignore dans quelles conditions l’ancien ministre sera jugé. Plusieurs autres dignitaires de l’ancien régime et hommes d’affaires proches du pouvoir, arrêtés et privés de leurs avoirs, doivent eux aussi être jugés dans les prochaines semaines. Une enquête criminelle contre Hosni Moubarak pourrait être ouverte avant l’été.

En Libye, la crise. Le pays est sinistré par des combats incessants, les victimes se multiplient et le nombre de personnes déplacées pourrait atteindre un million. Alors, il y a quelques jours, les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations Unies votent d’une seule voix la résolution 1970, prévoyant des sanctions contre le pouvoir libyen et la saisine du Procureur de la CPI. Une enquête préliminaire est ouverte pour crimes contre l’humanité en raison des violences perpétrées contre les civils depuis le 15 février 2011. L’objectif est humanitaire : il s’agit d’endiguer au plus vite la répression sanglante des révoltes et les bombardements. Le rapport de forces est en train de changer. Dépassé par la légitimité croissante du Conseil national libyen, lâché par une partie de son corps diplomatique, inquiété par l’hypothèse un coup d’Etat familial, Mouammar Kadhafi se dit prêt à négocier pour échapper à des poursuites devant la CPI. En attendant, l’armée régulière assiège Zaouïa, à l’ouest de Tripoli, et des obus s’abattent sur le port pétrolier de Ras Lanouf, dans l’Est du pays.

C’est tout le continent africain qui tremble. A plus de trois mille cinq cent kilomètres de là, à Addis-Abeba, en Ethiopie, l’Union africaine se réunit pour trouver une issue à la crise ivoirienne. Et la Cour pénale internationale menace aujourd’hui Gbagbo, comme elle a menacé les militaires guinéens jusqu’à les contraindre à organiser des élections démocratiques à Conakry. Alors, la justice pénale internationale, qui vient en subsidiarité d’une justice nationale contrainte de s’organiser, est une menace pour les dictatures. Aussi doit-elle éviter les périodes de « purges » qui suivent et ternissent parfois les phases de transition démocratique.

Source : « Le Nouvel Observateur » Le 13-02-2011

Tunisie : Autorisation pour 3 nouveaux partis et refus pour 5 autres


 

Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé l’autorisation pour la constitution de trois nouveaux partis politiques.

Dans un communiqué rendu public samedi soir, le ministère tunisien a précisé que les nouveaux partis sont : « le Parti de la Justice et de la Liberté », le « Parti de l’Avenir pour le développement et la démocratie » et le « Mouvement des Patriotes démocrates » .

Par ailleurs, le ministère tunisien a prononcé des décisions portant sur le refus d’une autorisation à la formation de cinq partis politiques qui sont en infraction avec les dispositions de la Loi organique n°32, en date du 3 mai 1988 et relative à l’organisation des partis politiques, notamment les articles 5-6-9- 11.

Selon le communiqué ministère tunisien, le refus des autorisations concerne le parti « Attahrir » de Tunisie, le parti  » Assalam » , le parti « sunnite tunisien » , le « parti libre populaire démocratique » et le « parti démocratique libéral tunisien ».

Le ministère de l’Intérieur a précisé que le nombre total des partis politiques en Tunisie s’élève à ce jour à 34 partis.

Source : « Afriscoop » Le 13-03-2011

N. Chebbi : « Je ne m’oppose pas au gouvernement de Caïd Essebsi »


 

« Je ne m’oppose pas au gouvernement de Béji Caïd Essebsi, et je n’ai pas de raisons  de m’y opposer. En quittant le gouvernement, je suis revenu à l’action civile populaire pour préparer mon parti aux prochaines élections de l’assemblée constituante, essayer de remporter le maximum de sièges,  renouveler le PDP et le transformer en un parti populaire, moderne, capable d’être au  pouvoir », souligne Ahmed Nejib Chebbi, leader historique du parti démocrate progressiste (PDP). Invité hier, samedi, par la fondation Temimi, l’ancien ministre du développement régional, livre son analyse sur la révolution du 14 janvier, revient sur son passage au gouvernement et évoque ses projets futurs. A Abdejelil Temimi qui le prévenait que certaines interventions de la salle peuvent être critiques à son égard, cet opposant farouche à la dictature de Ben Ali répond sereinement, « toute ma vie, j’étais l’homme de la différence ».

Avant le 14 janvier, Nejib Chebbi a prédit qu’il y ait un grand soulèvement populaire, après les nombreux soulèvements sociaux survenus dans plusieurs régions du pays, mais a été surpris par l’ampleur de la révolution ayant conduit à la chute du régime de Ben Ali. « C’était une révolution populaire et spontanée conduite via Facebook ; sociale à son début, et politique vers la fin. Une révolution dont la force était sa spontanéité, et la faiblesse son manque d’encadrement ». Excepté l’ordre des avocats, et certaines initiatives individuelles des structures régionales de l’UGTT, aucun parti, ni encore moins  aucune organisation ne peut prétendre avoir eu un rôle dans l’encadrement de la révolution, souligne Chebbi en citant la direction centrale de l’UGTT qui en prenait carrément le contre-pied, et ses déclarations à la presse sont là pour le prouver.

« L’élite ne s’est pas divisée sur un programme, mais sur des idéologies »

A un moment où les émeutes sociales battaient leur plein, et où des martyrs tombaient sous les balles réelles, Néjib Chebbi était le seul à avoir appelé, le dimanche 9 janvier, à un gouvernement de salut national, à des élections générales et à une transition démocratique en 2014. Une initiative qui paraissait irréaliste à ce moment-là, avoue-t-il. Mais, « l’histoire s’est accélérée et Ben Ali a été déchu dans des circonstances qui restent à élucider : a-t-il eu peur pour fuir, ou a-t-il été obligé de  fuir ? » s’interroge-t-il.

Nejib Chebbi  se rappelle  la première fois où il a été convoqué par Mohamed Ghannouchi, qui lui a alors proposé des réformes tellement insignifiantes, qu’il n’y a pas prêté attention. L’ancien Premier ministre l’a convoqué le jour suivant pour  lui proposer  un gouvernement d’union nationale ;  une idée que Chebbi a posée une semaine auparavant. Un gouvernement qui rompt avec le pouvoir absolu, le despotisme et la mainmise du RCD sur la vie politique. « Lorsque cette idée nous a été proposée, nous n’avions pas la possibilité de refuser, ou de leur dire ôtez-vous pour que l’on s’y mette, d’autant plus que l’ensemble des mouvements politiques, sans exception, étaient loin de pouvoir prendre les commandes, en s’appuyant sur leurs seuls moyens propres ».

« Notre participation au gouvernement était une obligation et non un choix pour préserver la  continuité de l’Etat et pour assurer la transition démocratique ». A ce moment-là, l’élite s’est divisée, une partie a accepté le contrat pour une transition démocratique dans six mois, et l’autre partie y  a opposé une fin de non-recevoir. Ce désaccord ne s’est pas fait sur un programme, car le front du refus n’avait pas d’alternative, indique-t-il en substance. « L’opposition au gouvernement s’est faite selon des considérations idéologiques, certains partis se sont appuyés sur des forces de l’UGTT pour déstabiliser le gouvernement, et acquérir, par ricochet, une base populaire, une démarche légitime de point de vue partisan, mais inacceptable au regard de l’intérêt national », estime-t-il, en taclant ses rivaux politiques : « certaines de ces forces politiques composaient avec l’ancien régime sous la table ».

Selon l’ancien ministre, la moisson du gouvernement est honorable, « pendant 45 jours, on ne s’est pas écarté d’un iota du contrat initial », citant l’amnistie générale, la séparation entre l’Etat et le gouvernement, la signature des conventions inhérentes aux droits de l’homme, « excepté celles sur la peine de mort, et l’égalité dans l’héritage, étant donné qu’elles touchent à la foi et au culte, et ne peuvent être signées en dehors de la consultation des Tunisiens ». Nejib Chebbi déplore, néanmoins, le déficit politique du gouvernement Ghannouchi, « qui cédait sous la pression, et était incapable de mobiliser l’opinion publique. C’était un gouvernement, hormis la loyauté, l’honnêteté et la compétence de Mohamed Ghannouchi, qui s’appauvrissait en leadership ».  Résultat : l’opinion publique est passée d’une position d’expectative à une position de déception, d’où al-kasbah deux, analyse-t-il.

La suite tout le monde la connait : Mohamed Ghannouchi jette l’éponge, et Béji Caïd Essebsi est nommé Premier ministre. Ce dernier a reçu Nejib Chebbi, après qu’il ne s’entretienne la veille avec une délégation de l’UGTT, et l’informe qu’il a été décidé de renoncer aux présidentielles, et d’organiser des élections pour une nouvelle assemblée  constituante. Chebbi qui dit avoir déjà pris sa décision de se retirer de l’équipe gouvernementale, a vu en cette condition « qui n’existe dans aucune démocratie un nivellement par le bas », et a annoncé sa démission du gouvernement provisoire.

« Ma décision pourrait être interprétée comme une ambition personnelle, mais il faut juger les gens sur leurs actes et non sur leurs intentions », appelle le chef historique du PDP, expliquant qu’un parti d’opposition n’est pas voué à rester éternellement dans l’opposition, mais doit militer pour arriver au pouvoir.

« Je ne cherche ni siège, ni Mercedes »

« En entrant au gouvernement, et après 45 ans d’action politique, je ne cherchais ni siège politique, ni la Mercedes, ceux qui y voient une cupidité, n’ont qu’à ne pas me donner leurs voix », affirme-t-il avec assurance. Et de répondre à ceux qui disent que son image était écornée par son passage au gouvernement : « elle est peut-être écornée auprès de l’élite, mais auprès des catégories populaires, là où je vais, je ne trouve que respect et accueil chaleureux ».

A ceux qui lui reprochent d’avoir choisi le portefeuille du développement régional, pour aller dans les régions et mener sa campagne électorale, Nejib Chebbi rétorque que cela fait 25ans qu’il se rend à Sidi Bouzid et son journal al-Mawkef est là pour le prouver. « Le choix de ce portefeuille ministériel répond à mes convictions politiques, j’ai toujours déploré ce développement à deux vitesses, ce fossé entre deux Tunisie, celle du retard et de la marginalisation, et celle qui affiche une espèce de développement. » Nejib Chebbi se dit être un enthousiaste invétéré : « lorsque je fais une grève de la faim, je la fais avec enthousiasme, lorsque je défends le gouvernement,  je le fais avec enthousiasme », expliquant avoir fait preuve de pragmatisme politique, en acceptant de faire partie du gouvernement de transition, nonobstant les réserves qu’il avait sur certaines personnalités dont « Moncer Rouissi et à un degré moindre Zouheïr Mdhafer ».

Ce ténor de l’opposition tunisienne estime que l’élection d’une assemblée constituante sans encadrement politique pourrait donner lieu à une assemblée dominée par l’esprit de corps et  le clientélisme, d’autant plus que cette assemblée sera appelée à détenir les rênes de l’Etat pendant une période indéterminée qui pourrait aller de quelques mois à trois ans. Nejib Chebbi aurait préféré un processus inversé garant de stabilité : « tout d’abord l’élection d’un pouvoir exécutif issu de la légitimité du peuple, et dans un second temps, l’élection d’un pouvoir législatif émanant de cette même légitimité ». D’où sa préférence pour le régime présidentiel, un choix qu’il argumente en citant les expériences des démocraties traditionnelles. Il distingue, à ce titre, deux régimes dominants dans le monde :

Le régime parlementaire, adopté en Grande-Bretagne et en Espagne, deux monarchies. Ce régime repose sur deux grands partis, et confère de grands pouvoirs au Premier ministre. Dans certains pays, où cette organisation autour de deux partis est absente, le régime parlementaire trébuche, à l’instar de l’Italie souvent aux prises avec une instabilité politique. A ses yeux, le régime parlementaire ne sied pas à la Tunisie et risque d’être déséquilibré, compte tenu de la faiblesse des partis politiques.

Le deuxième est le régime présidentiel en place aux Etats-Unis. Ce régime repose sur une plus grande séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif et un pouvoir judiciaire indépendant. C’est ce régime étasunien basé sur l’équilibre entre les pouvoirs qui trouve grâce à ses yeux ; les Tunisiens, eux,  confondent régime présidentiel et régime présidentialiste, despotique, fait-il constater.

Nejib Chebbi affirme que jamais le PDP n’a reçu un  millime d’une partie arabe ou étrangère, « il a toujours vécu avec le dinar tunisien, grâce au journal al-Mawkef », estimant que le financement ouvre la voie à l’ingérence ; « chose que ne peut accepter aucun patriote ».

Reste un pincement au cœur suite à la manière dont a été conclue la dissolution du RCD. L’homme ne le cache pas, « non par amour au Rassemblement », un parti qui l’a tant réprimé et opprimé, mais dans un souci de justice. Nejib Chebbi aurait préféré une justice sereine, un procès équitable qui se serait étendu sur des années, à la place de ce procès expéditif, improvisé mené pour répondre à un souhait populaire, et qui plus est, « fait peu de cas de la justice, et montre que les traditions démocratiques ne sont pas encore ancrées au sein de cette institution ».

Source: “Globalnet” Le 13-03-2011

Quand Jean Daniel parle de la révolution tunisienne


 

On écoute toujours avec  grand intérêt Jean Daniel surtout quand il parle de la Tunisie, ce pays auquel il est resté  attaché et sur lequel  il a toujours porté un regard chaleureux, fraternel, de Bourguiba pour lequel il voue une admiration sans bornes, et depuis deux mois de cette « magnifique révolution tunisienne » qu’il a vécue comme une « vengeance sur les autres » qui  ne saisissaient pas l’intérêt  qu’il portait à un petit pays  qu’on percevait à peine sur la mappemonde.  Ce pays avait un grand président, en l’occurrence Bourguiba, mais il  était apparu, grâce sa révolution comme un grand peuple. 

Pendant  plus d’une heure, la centaine de personnes qui étaient venus assister à la conférence du Directeur du Nouvel Observateur au Collège International de Hélé Béji ont eu droit à un exposé brillantissime sur la révolution tunisienne dont il a été l’un des premiers en France à saisir la portée alors qu’on s’interrogeait encore sur sa nature. S’agissait-il d’une jacquerie, d’une émeute ou d’une insurrection, écartant d’emblée l’hypothèse d’une révolution.

Jean Daniel avoue humblement avoir été surpris par les événements, car le propre d’une révolution est d’être imprévisible. Certes on savait que toutes les conditions étaient réunies, mais on ignorait quand elle pouvait éclater. «  Heureusement, il y a une justice immanente », commente-t-il. Les tyrans ont beau se prémunir contre les risques de complot ou de révolution, ils finissent toujours par être chassés du pouvoir par la force.

L’ombre de Bourguiba n’est pas loin. Jean Daniel évoque avec  chaleur le visionnaire, l’émancipateur de la femme, le pédagogue, mais aussi le mégalomane, le despote éclairé. Il rappelle ses positions courageuses sur  la colonisabilité des pays arabes, reprenant une théorie du penseur algérien Malek Bennabi. S’ils ont été colonisés c’est parce qu’ils étaient colonisables.  « je veux prendre aux Français ce qu’ils ont de meilleur pour combattre ce que les Tunisiens ont de pire », disait-il  Il ne s’agit pas de simples digressions, car  s’il convoque si souvent le fondateur du Néo Destour, mais aussi Mendès France, la démarche gradualiste commune aux deux hommes, Camus, Foucault, c’est pour  faire ressortir les petitesses et l’indigence intellectuelle de celui  dont il refuse de citer le nom « comment il s’appelle déjà ? » s’interroge t-il malicieusement Se contentant de lui donner le nom du personnage principal du roman de Georges Orwell  1984,  Big brother

Il faut savoir terminer une révolution. « On commence l’indépendance avec une certitude et on finit par la liberté avec un grand point d’interrogation. Car la liberté est porteuse d’une potentialité de violence.  Choisir la liberté, c’est un risque énorme, parce qu’elle est   le contraire de la nécessité, c’est le fait  de choisir à chaque fois. Jean Daniel cite l’exemple d’un ami, un homme bardé de diplômes qui avait choisi la carrière militaire parce qu’il ne se sentait pas le courage de choisir seul plusieurs fois par jour. C’est pourquoi, il ne cache pas son inquiétude. De quoi demain sera-t-il fait ? On pourra faire comme les révolutionnaires français de 1789 en chantant ça ira, ça ira. Mais ce n’est pas souvent l’hypothèse la plus plausible. Avec la crise libyenne dont on ne sait ce qui va en sortir, avec la multiplication des partis, les défis sont nombreux et l’issue incertaine.

Source: “Leaders” Le 13-02-2011

Dans le monde arabe, une révolution aux multiples visages


 

Trois mois après le début de la révolution tunisienne, tour d’horizon de la situation dans le monde arabe, entre démocratie et répression.

Près de trois mois après le début des soulèvements dans le monde arabe, la logique de la répétition des révolutions tunisienne et égyptienne a été cassée, mais la lame de fond n’en a pas pris fin pour autant. Entre les transitions tunisienne et égyptienne et la descente aux enfers libyenne, le monde arabe présente désormais une grande diversité de situations.

« Et si la théorie des dominos était fausse ? », titrait Rue89 le 17 février. La suite a montré qu’en effet, les scénarios des révolutions tunisienne et égyptienne ne s’est reproduit nulle part ailleurs. Pour autant, la « contagion » démocratique n’épargne personne, avec des conséquences concrètes, comme ce discours inattendu du roi Mohammed VI du Maroc, mercredi dernier, engageant prudemment son royaume sur la voie de la séparation des pouvoirs, une première réponse politique au risque de contestation de la rue.

 

Il est aujourd’hui possible de répartir les pays arabes en cinq catégories, selon l’ampleur du soulèvement, et la réponse des autorités. Etat des lieux d’un monde arabe qui n’évolue pas à la même vitesse ni nécessairement dans la même direction, mais qui s’est incontestablement remis en mouvement.

1.Les révolutions réussies

2.La révolution violente

3.Les soulèvements réprimés

4.Les pays hésitants

5.Les pays au calme trompeur

Les révolutions réussies

La Tunisie, la première, a renversé son dictateur, Zine Ben Ali, le 14 janvier, aussitôt suivie par l’Egypte, qui a chassé Hosni Moubarak le 11 février.

Depuis, ces deux pays vivent au rythme agité des périodes de transition, en tentant de faire émerger de nouvelles institutions démocratiques et légitimes, une société civile, des médias libres (voir à ce sujet ledernier numéro de Rue89 Le Mensuel dont la couverture est consacrée à la « Génération révolution »).

Dans les deux pays, la rue n’a pas cessé de s’exprimer, parfois de manière contradictoire, une fois le tyran parti.

Les révolutionnaires ont poursuivi leur action contre les tenants de l’ancien régime qui tentaient de s’accrocher, obtenant, tant en Tunisie qu’en Egypte, ledépart du Premier ministre hérité du passé, des premières mesures contre les polices politiques, un début de renouvellement des responsables.

En Tunisie, le parti de l’ancien Président a également été dissout, provoquant une liesse populaire intense.

Ils sont également engagés dans des processus de construction de nouvelles institutions : les Tunisiens voteront ainsi le 24 juillet pour l’élection d’une Assemblée constituante, premier pas vers l’élaboration d’une nouvelle constitution démocratique.

En Egypte, les candidats commencent à se faire connaître en vue d’une échéance électorale encore indéfinie : Mohammed El-Baradei, le prix Nobel de la paix, ex patron de l’AIEA, s’est ainsi d’ores et déjà porté candidat.

Cette évolution n’est pas un fleuve tranquille : la Tunisie a connu de nouvelles violences urbaines début mars, qui ont fait redouter une tentative de déstabilisation de la jeune révolution.

Et l’Egypte connaît également ses soubresauts, avec des violences autour de la place Tahrir, contre les femmes ou contre des manifestants pro-démocratie, ou encore dans de nouveaux affrontements entre communautés copte et musulmane faisant plusieurs morts. Mais aussi des scènes impensables il y a encore quelques semaines, comme cet assaut populaire du bâtiment de la Sécurité d’Etat, véritable « Stasi égyptienne » où étaient stockées les fiches individuelles des Egyptiens.

Source : « Rue 89 » Le 13-03-2011

De l’impact des révolutions arabes dans le monde et sur les forces de transformation internationales


Un projet Mémoire des luttes

Le dernier Forum social mondial (FSM) qui s’est tenu à Dakar (6-11 février) a été le témoin d’événements historiques (chute de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte le jour même de sa clôture) qui se sont développés loin de son cœur. Dans ces conditions, comment ce processus du FSM peut-il contribuer au renforcement des révoltes arabes ? Dans le même temps, comment ces dernières s’inscrivent-elles dans le développement des luttes internationales pour la transformation démocratique, économique et sociale ? Comment peuvent-elles y contribuer ?

De nombreux débats traversent le processus du FSM sur son rapport et son articulation avec les forces politiques et les gouvernements progressistes engagés dans la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme. Désormais, il convient d’ouvrir une réflexion renouvelée sur cette question en prenant en compte l’émergence d’une nouvelle composante de mouvements démocratiques « non organisés auto-organisés » (pas de partis, de leaders, d’organisations de masse au cœur des processus), peu ou non présents dans ce processus, mais qui s’imposent sur la scène de l’Histoire.

Mémoire des luttes a décidé de conduire une série d’entretiens avec des acteurs des révolutions arabes, du mouvement altermondialiste, des intellectuels sur ce thème. Pour cette première livraison, Mdl s’est entretenue avec Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/Attac Tunisie.

Ce travail constituera la première étape d’une réflexion plus large sur les contours du nouveau monde qui se dessine peu à peu avec les révolutions arabes.

Entretien avec Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/Attac Tunisie

Mdl : Quelle est ton analyse de la situation actuelle en Tunisie et dans le monde arabe ? Penses tu que les mouvements populaires puissent porter un projet politique alternatif ? Le mouvement sait-il ce qu’il veut ? Tu disais dans l’un denos précédents entretiens que le mouvement altermondialiste devait s’impliquer, qu’il ne l’avait que peu fait jusqu’à présent. Que voulais-tu dire ?

Fathi Chamkhi (FC) : La révolte qui a commencé dans la ville de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest de la Tunisie, le 17 décembre 2010, s’est transformée en mouvement révolutionnaire arabe. Ce mouvement est tout à fait exceptionnel. C’est un tournant historique non seulement pour la région arabe mais certainement pour la géostratégie planétaire. Nous sommes au tout début de ce phénomène. Une véritable contre-offensive des peuples pointe aujourd’hui à l’horizon.

La révolution a déjà eu raison de deux dictateurs, Ben Ali en Tunisie, et Moubarak en Egypte. Le premier ayant gouverné 23 ans a été abattu au bout de 29 jours. Le second, 31 ans, abattu au bout de 18 jours. A l’heure actuelle, c’est Kadhafi, le dictateur libyen, qui semble être le prochain sur la liste. La révolution libyenne a été foudroyante. Kadhafi est au pouvoir depuis 42 ans. Il semblait indéboulonnable mais peut désormais tomber d’un jour à l’autre.

Le ras-le-bol de régimes dictatoriaux complètement dégénérés a fini par exaspérer toutes les classes sociales arabes, sans exception. Le rejet social est général. La rapidité de l’écroulement des dictateurs atteste du degré élevé de ce sentiment. Nul doute que la crise sociale, notamment la pauvreté et le chômage, a aussi largement contribué à nourrir le mécontentement populaire.

Pour l’instant, les revendications des masses populaires, en Tunisie, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, en Libye et ailleurs dans la région arabe, sont la liberté, la dignité, le travail, etc. Une dimension sous-jacente de la révolution, sa signification historique, est bien la remise en question de la domination impérialiste sur l’ensemble de la région. Il s’agit, ni plus ni moins, de l’aspiration des masses arabes à l’indépendance. C’est le néocolonialisme qui est remis en cause aujourd’hui dans la région arabe. C’est vrai que cette dimension n’est que sous-jacente actuellement, mais elle ne va pas tarder à remonter à la surface. La conscience politique des masses évolue actuellement assez rapidement. On commence par poser la question de l’emploi et l’on aboutit ensuite à la politique économique et on finit par remettre en question les diktats des forces impérialistes.

Actuellement, que ce soit en Tunisie ou bien en Egypte, la revendication centrale est l’Assemblée constituante, ce qui donne une idée sur la volonté des masses populaires à vouloir faire table rase de tout le passé.

Lors du dernier FSM de Dakar, plus précisément dans une réunion de préparation à l’Assemblée des mouvements sociaux, les discussions tournaient autour des stratégies à mettre en place pour réaliser des victoires sur la mondialisation capitaliste néolibérale. Je suis intervenu pour faire remarquer que nous avons déjà remporté une victoire en Tunisie. De plus, avant la fin des travaux du FSM, une nouvelle victoire en Egypte a été obtenue.

De plus, on continu de parler de l’offensive capitaliste à l’échelle mondiale. Début février, au sein du FSM, j’avais fait remarquer que peut être ce qui est en train de se passer en Tunisie et en Egypte, notamment, est le début de la contre-offensive des peuples.

Depuis, cette tendance ne fait que se confirmer. La région arabe est en ébullition, les dictatures chutent les unes après les autres sous le poids de mouvements populaires d’une détermination impressionnante. Leur énergie créatrice est immense.

Enfin, le mouvement altermondialiste a travaillé jusqu’à aujourd’hui sur une hypothèse, celle d’un autre monde possible. La révolution arabe en montre aujourd’hui le chemin.

 

MDL : A ton avis, le processus du Forum social mondial a-t-il joué un rôle dans les événements en Tunisie et en Egypte ? Si oui, lequel ?

FC : Une révolution vient d’avoir lieu en Tunisie. En soi, c’est une chose historiquement importante. Ce qui donne plus d’importance à cette révolution, c’est le fait qu’elle a enflammé un secteur entier de la révolution mondiale, ou bien une région du nouvel ordre capitaliste mondial, qui est la région arabe.

En Tunisie, nous luttions depuis des années contre la mondialisation néolibérale. Nous nous sommes, dès le début, engagé dans le mouvement altermondialiste naissant en créant Attac Tunisie en 1999. Nous étions présents aux rencontres internationales d’Attac à Saint Denis, en juin 1999.

Nous étions parmi les premiers à organiser un contre sommet que nous avions appelé « l’Autre sommet » en novembre 2000 à Marseille pour dire notre opposition au partenariat euro-méditerranée. L’Autre sommet a été en quelque sorte l’ancêtre des Forums sociaux.

Ensuite, nous avons lancé la dynamique d’un Forum social Tunisien, qui a bien fonctionné jusqu’à ce que la dictature, aidée en cela avec la direction bureaucratique de l’UGTT (syndicat ouvrier), ne réussisse à l’étouffer.

Jamais, au cours de toutes ces luttes, nous n’avions réussi à soulever un quelconque intérêt de la part des réseaux sociaux actifs dans le FSM. Encore moins, un soutien. C’est vrai que nous étions assez faibles en tant que mouvement social.

Cette révolution est en quelque sorte notre revanche ! Nous sommes tellement fiers d’avoir démontré qu’un petit peuple peut faire de grandes choses !

Source : « Memoires des lettres » Le 13-02-2011

Tunisie – Bras de fer entre le pouvoir judiciaire et AbdelfattahAmor


 

 La Tunisie vit une période cruciale de sa récente histoire postrévolutionnaire. Une période marquée par une effervescence tous azimuts, mais compréhensible et naturelle pour un pays et un peuple qui ont vécu, des décennies durant, privés de leurs droits les plus élémentaires à la démocratie et à la liberté d’expression.

Il ne faut pas oublier que la Tunisie se trouve à l’orée d’une étape décisive et déterminante pour son avenir, d’où les suspicions et les craintes des uns et des autres, certes légitimes, mais parfois exagérées et sans présentation d’une alternative concrète.

Au milieu de toute cette agitation, que l’on espère constructive, on assiste, depuis plusieurs jours, à un incident majeur et significatif quant à la nature des rapports entre les différents pouvoirs. C’est même un véritable bras de fer entre le pouvoir judiciaire, via une majorité de magistrats et d’avocats et le pouvoir exécutif, via la commission nationale d’investigation sur les affaires de corruption et de malversation (CICM) présidée par Abdelfattah Amor.

D’un côté, les magistrats insistent sur le fait qu’ils tiennent à leur indépendance et qu’ils refusent qu’une tierce partie empiète sur leur terrain et leurs prérogatives. De l’autre, les membres de la CICM tiennent farouchement et obstinément à exercer au sein d’une structure, nouvellement créée par décret présidentiel, en vue d’effectuer un travail d’investigation et de préparation à l’action judiciaire.

Du coup, c’est à un véritable feuilleton qu’on assiste depuis plus d’une semaine et dont voici un récapitulatif des principales péripéties de cette bataille, juridique jusque-là. Cela a démarré avec un jugement du Tribunal de première instance de Tunis suspendant les activités de ladite Commission qui a déposé un recours auprès de la Cour d’Appel de Tunis. Cette dernière a désigné une audience pour le 22 mars 2011 pour examiner le fonds de l’affaire tout en décidant l’arrêt provisoire de l’exécution dudit jugement jusqu’à jeudi 10 mars 2011.

En ce jour, la même Cour d’Appel décide la non reconduction de sa décision de suspension de l’exécution du même jugement. Autrement dit, les activités de la Commission se retrouvent gelées jusqu’au 22 de ce mois. Mais la CICM et son président ne l’entendent pas de cette oreille et Abdelfattah Amor déclare, publiquement et solennellement, que « sa » commission poursuit ses activités.

Nouveau coup de théâtre. Un grand nombre d’avocats déposent une nouvelle plainte réclamant, cette fois-ci et carrément, des sanctions contre les membres de la CICM. Ce qui n’a pas infléchi la détermination d’Abdelfattah Amor qui est allé jusqu’à en vouloir aux médias en général et à la Chaîne nationale en particulier pour leur « couverture tendancieuse et erronée » de cette affaire, selon ses propres dires.

En attendant l’évolution de cette affaire d’une haute gravité pour le pays et pour ses institutions, c’est l’imbroglio et le bras de fer qui nous amènent à se poser et à poser un certain nombre de questions.

Tout d’abord, la création de cette Commission est-elle indispensable à l’efficacité de l’enquête sur la corruption et les malversations ? Car tout le monde sait que la création d’une pareille instance a été décidée par le président déchu deux jours avant sa fuite dans le but évident d’apaiser les tensions et de renverser la vapeur en sa faveur.

Or, avec le triomphe de la Révolution, a-t-on vraiment encore besoin de ce mécanisme ?

Comment explique t-on le silence de l’exécutif, plus particulièrement le président de la République par intérim qui a créé cette commission par décret ? Pourquoi laisse t-il cette structure livrée à son propre sort face au pouvoir judiciaire qui semble déterminé à aller jusqu’au bout pour recouvrer ses droits et ses prérogatives ?

En allant perquisitionner au Palais de Carthage et en mettant le palais de Sidi Dhrif sous scellés, les juges veulent démontrer que leurs moyens et leur savoir-faire sont autrement plus rapides, plus efficaces et plus pertinents. Sans oublier le flop de la fameuse perquisition des membres de la CICM audit palais de Sidi Dhrif et que tout le monde n’a pas hésité à assimiler à une mise en scène destinée à l’opinion publique, mais qui, finalement, s’est avérée désastreuse pour la Commission qui aurait agi sans les réserves d’usages et avec une grande légèreté, selon les arguments de la magistrature et du barreau.

D’autre part et en accélérant l’audition et le lancement de mandats de dépôt à l’encontre des trois « barons » de l’ancien régime déchu, à savoir Abdelaziz Ben Dhia, Abdelwahab Abdallah et Abdallah Kallel, les juges ont adressé, d’une manière indirecte mais très claire, un message démontrant qu’ils tiennent les choses en main et qu’ils vont, désormais, agir avec célérité contrairement aux lourdeurs et lenteurs enregistrées jusque-là par la Commission.

C’est, également, une manière de dire que la magistrature n’a pas besoin qu’une autre structure pour lui préparer les dossiers, les tribunaux étant suffisamment outillés en compétences humaines et équipements techniques pour accomplir ces tâches sans l’aide de quiconque et en toute indépendance.

Des observateurs s’interrogent sur la hargne constatée chez les membres de la CICM à maintenir l’activité de la Commission alors que, de leurs propres aveux, cette activité leur pèse lourd et les empêche à vaquer à leurs occupations et à leurs affaires, surtout qu’ils accomplissent cette mission bénévolement.

Il n’y a qu’à voir les réquisitoires de Imed Belkhamsa qui, tout en arborant d’une manière délibérée la fameuse montre, clame haut et fort qu’il est au sein de cette commission par pur patriotisme et parce que son professeur Abdelfattah Amor a fait appel à lui.

Nous pensons que le temps est venu de trancher dans cette histoire et que l’exécutif est appelé à sortir de son silence. Il y va de la crédibilité d’un des piliers du régime républicain et de la démocratie, en l’occurrence le pouvoir judiciaire.

Il est temps, car les différentes parties prenantes commencent à s’interroger sur les véritables desseins des uns et des autres. Abdelfattah Amor n’a pas hésité à adresser une accusation à peine voilée en lançant sa fameuse phrase interrogative : « Je me demande si Ben Ali n’a pas laissé quelqu’un pour parler en son nom ?…» !

La réponse des hommes en robe noire (magistrats et avocats) est venue illico presto sous forme d’actions concrètes avec des perquisitions et des interrogatoires des principaux collaborateurs du président déchu ainsi que par des actions en justice pour des sanctions contre les membres de la Commission.

A qui le dernier mot ? L’opinion publique et les citoyens tunisiens ont le droit de connaître, dans les meilleurs délais, ce dernier mot avec tous les véritables dessous de cette affaire gravissime.

Source : « Business News » le 13-02-2011

Quelle démocratie dans la Tunisie de demain ?


 

Par Youssef  BEN ABDELJELIL Géographe-historien (Ancien chercheur de l’Unité de Recherches Pauvreté, Exclusion Sociale et Villes de l’Université d’Anvers, Belgique)

La Tunisie connaît aujourd’hui une situation très particulière. Depuis le XV siècle, la Tunisie était toujours occupée par une force externe. L’empire ottoman n’a fait de la Tunisie qu’une proie facile pour l’occupation française en 1881. On est donc, déjà depuis 510 ans occupés. La Révolution, entamée d’abord par les jeunes, les plus-démunis et par la suite renforcée par la bourgeoisie et la classe moyenne, a mis fin à une situation très paradoxale.

 Paradoxale parce que la Tunisie a eu l’occasion après l’indépendance de vivre une démocratie à l’occidentale. Bourguiba a obtenu en 1927 respectivement une licence en droit et le diplôme supérieur d’études politiques à l’Ecole Libre  des sciences politiques de la Sorbonne ; il est devenu avocat aux barreaux à Tunis. Déjà en 1932, Bourguiba prônait dans le premier numéro du journal l’Action Tunisienne la laïcité mais le journal a été suspendu le 31 mai 1933 par le Bey régnant. Bourguiba incarnait donc tous les ingrédients de base pour faire de la Tunisie un pays démocratique et libre de pensées. Je ne suis pas bourguibiste, mais je suis tout à fait reconnaissant de ce qu’il a fait pour la Tunisie et en particulier pour les femmes. Déjà en 1956, Bourguiba comme Premier ministre sous la tutelle beylicale a promulgué le Code du Statut Personnel qui entra en vigueur en 1957 visant ainsi l’instauration de l’égalité entre hommes et femmes dans nombreux domaines. La femme a obtenu en général et en particulier dans le monde arabe une place inédite. L’abolition de la polygamie, la création une procédure judiciaire pour le divorce et l’autorisation du mariage qu’après un consentement mutuel entre les deux époux et l’utilisation des méthodes de la planification familiale, forment toute une révolution de la condition de la femme. C’est ce dernier acte, l’utilisation des moyens de contraception qui a donné les chances à la femme pour s’épanouir et devenir professeur, médecin, avocate, ministre, etc.. La réduction du nombre d’enfants a aussi diminué les chances de décès des femmes. Tous ces efforts restent cependant un peu limités par la prépondérance d’un conservatisme tribal masculin, en particulier dans les campagnes, et l’influence de la montée de l’islamisme politique à partir des années 1980.

Bourguiba a eu donc tout les moyens (ses connaissances scientifiques, son séjour dans une université libérale, son job comme avocat, ses amitiés avec le général De Gaule, etc.) pour faire de la Tunisie un modèle démocratique laïc avec séparation des pouvoirs, séparation entre l’Etat et le culte, l’autorisation du multipartisme politique, l’organisation d’élections législatives démocratiques, l’élection des membres du conseil des représentants et la nomination démocratique des ministres par consensus entre les partis politiques en coalition, etc.

Bourguiba avait toutes les chances pour ouvrir le pays aux slogans de la Révolution Française comme il l’a vécue durant son séjour en France et par le biais de son mariage avec sa première femme française Mathilde. Il a eu la chance de donner une leçon en démocratie à son peuple, tous les pays du monde arabe et même d’au-delà. A sa destitution par Ben Ali en 1987, la Tunisie n’était qu’un fantôme de la démocratie.

La démocratie n’est donc ni tomates, ni pommes de terre qu’on pèse, qu’on paye let qu’on s’approprie. Non, la démocratie est un processus et pourra se comparer avec un bébé. La vie d’un bébé commence à la conception. Durant cette période, une grande angoisse s’installe car le risque d’une fausse couche est présent. Après la naissance, le bébé sera soumis à un processus de « coaching ». Il/elle devra être nourri(e), blanchi(e), soigné(e), parfumé(e)(e) selon la tradition ou selon des moyens modernes, éduqué(e), etc. Le chemin de l’éducation d’un enfant ne s’arrêtera jamais, même si il/elle est devenu( e), majeur (e).  La démocratie est un processus similaire  et interminable.

Le peuple tunisien n’a jamais été élevé dans cette tradition. Chacun de nous, y compris nos parents, essaye par ces propres intuitions d’être démocrate pour appliquer ce qu’on appelle « el-adl, al-adala wa-el-mousawaat» ou l’égalité des droits et des devoirs, entre ses enfants, ses parents, voisins, amis, etc.. Nous sortons aujourd’hui d’une longue période de gouvernements absolutistes où le peuple n’avait rien à dire, quoique beaucoup de Tunisiens avaient rêvé de vivre un monde ouvert, moderne, organisée avec une proportionnalité entre droits et devoirs.

La démocratie est aussi un moyen de responsabilisation. Elle met en proportionnalité équivalente les droits et les devoirs, bases fondamentales d’une citoyenneté à part entière.

Je pense que le moment est venu pour faire de la Tunisie un modèle démocratique à suivre par tous les pays arabes et même ailleurs. La Révolution des jeunes a démenti tous ceux qui ont toujours prôné l’idée que la démocratie est un enfant occidental, un modèle universel qu’on pourra exporter et implanter partout, même avec la force comme dans le cas de l’Irak ou l’Afghanistan. Non, le peuple tunisien, et par la suite nos frères égyptiens et libyens, sans compter ceux qui suivront encore, ont montré encore une fois qu’ils sont capables de lutter d’une façon pacifique et mettre même leurs vies en péril pour vivre librement et fonder leur propre démocratie.

Il faut cependant rappeler que la démocratie tunisienne ne devra jamais être « une copie collée » de la démocratie occidentale. Je lisais un article de M. Guezmir dans « Le Temps » du 7 mars 2011 qui propose que la Tunisie devra s’atteler à la démocratie libérale occidentale, pacifique et créatrice de progrès, de dignité et de joie de vivre. La démocratie libérale occidentale ne s’est faite en sept jours. L’exercice de la démocratie occidentale s’effectue depuis la Révolution française et pourtant elle est loin d’être une démocratie parfaite. La démocratie est le régime politique, ou plus largement, un corpus de principes philosophiques et politiques dans lequel le peuple est souverain et élit ses gouvernants.

La démocratie n’est pas seulement politique. Elle est aussi sociale et civile. La démocratie sociale est celle qui donne à tous les citoyens d’un pays le droit d’accéder à la citoyenneté à part entière, sans tenir compte de la couleur, de l’origine ethnique, religieuse, ni du genre (sexe), ni de la position socio-économique, ni de l’orientation sexuelle et philosophique. Or les démocraties libérales occidentales souffrent aujourd’hui d’un grand déficit démocratique. Je vis cette démocratie tous les jours comme immigré. La démocratie occidentale ne donne pas la citoyenneté à tout le monde. Pour accéder aux droits, il faut être citoyen de souche et possédant la nationalité, laquelle repose sur le lien « jus sanguinis », donc le lien de sang. Ce qui est la règle de droit accordant aux enfants la nationalité de leurs parents. Cette notion s’oppose à celle de droit du sol (jus soli dans sa version latine) qui accorde à l’enfant la nationalité du territoire où il naît, indépendamment de la nationalité de ses parents.

Les immigrés par exemple, même s’ils se naturalisent restent toujours des citoyens de deuxième ou troisième degrés. Les discriminations et le racisme sur le marché de l’emploi, du logement, etc. empêchent aujourd’hui beaucoup d’immigrés de participer pleinement à la vie active. Quoiqu’elle est pour l’égalité et la liberté, la démocratie libérale ne garantit aujourd’hui aucune sécurité, ni sociale, ni économique, ni citoyenne pour tous ses citoyens, même ceux de souche.Le taux de la population européenne qui vit au dessous du seuil de pauvreté (avec un revenu mensuel au dessous de 980€ par mois) a dépassé dans certains pays et villes les 20%. Même ceux qui travaillent ne sont pas immunisés contre ce danger. 8% des travailleurs belges sont menacés par la pauvreté financière, en particulier les femmes, les bas scolarisés, les étrangers, les jeunes, etc. Une autre pauvreté à cause du libéralisme poussé à outrance est et sera la dégradation de l’environnement à tous les nivraux.

La Tunisie a besoin d’une démocratie citoyenne qui offre à ces citoyens les garanties pour mener une vie décente avec sécurisation contre les maladies, et d’avoir une pension à la vieillesse pour subvenir aux besoins qui ne cesseront d’augmenter avec l’âge, etc. L’analyse des pensions en Tunisie montrent aujourd’hui qu’elles n’ont pas suivi le niveau de vie. Le plus grand problème auquel la Tunisie se confrontera dans les décennies à venir est celui de la majorité sans pensions. La majorité n’avait pas un travail fixe et n’a pas cotisé à la Caisse nationale de sécurité sociale pour recevoir une pension.

Enfin la démocratie que la Tunisie devra avoir est celle qui tiendra compte de l’utilisation des ressources humaines et naturelles. Dans le premier cas, une solution devra être trouvée pour lutter contre le départ de la matière grise vers l’Occident. Dans le deuxième cas, la Tunisie de demain devra rationaliser au maximum ses ressources naturelles comme l’utilisation de l’eau, réglementer la pêche et sauvegarder l’environnement par le biais de la lutte contre les pollutions de la mer et de la nappe phréatique.

Cette démocratie devra rallier la démocratie politique à la démocratie scientifique. Mettre la science au service de l’Etat nation est le devoir de toutes les universités tunisiennes. Pour commencer, il faut mener une étude de grande envergure sur le problème de la pauvreté et l’exclusion sociale. La Tunisie a évolué ces dernières trente années à une double ou triple vitesse. La partie côtière a attiré tous les investissements nationaux et internationaux, alors que  la Tunisie rurale (majoritaire) ne cessait d’accumuler un retard considérable sur tous les plans. Réduire l’écart entre ces régions doit passer par l’application d’une démocratie citoyenne et sociale, chose qui a été mise à l’écart par toutes les démocraties libérales occidentales.

Source: “Le Temps” Le 13-03-2011

My country, Tunisia: ‘For years, the regime kept up appearances’


 

When Mohamed Bouazizi set himself on fire on Dec. 17 last year, I was living in the house of a friend who works as a lawyer. Together, we began following the uprisings sparked by his death, verifying information and sharing it with others.

She and I took part in the first demonstration in Tunis in support of the inhabitants of Sidi Bouzid, where Bouazizi lived, and all the protests that followed. She helped me find out about support activities organized by lawyers.

We spent days and nights in front of our computer screens — reading, writing and uploading photos and videos. After that I had the opportunity to travel to Sidi Bouzid, Regueb and Kasserine. I have been subjected to tear gas and soldiers’ fire. I have met the families whose children were fatally shot by police, interviewing them and taking pictures of the dead.

I’ll never forget the feelings I had when I entered the house of Nizar Slimi, who died in Regueb, 38 kilometres from Sidi Bouzid. It was the first time that I had entered the house of a martyr. The images of his crying family and of his body are etched in my memory. The things I saw in Kasserine, too, will always be with me.

On Jan. 11, I went back to Tunis and continued to cover what was happening in the capital and in the poor suburbs. On Jan. 13, I was disgusted by the president’s speech and by the reaction of his supporters, who forgot the martyrs and took to the streets crying, “Long live Ben Ali.” I spent the whole night crying, worried about the fate of the revolution.

But the following day, I was heartened when Tunisians took to the streets and, referring to the president, cried out “Dégage!” — “Get out!” I was outside the interior ministry with thousands of demonstrators of different political persuasions, beliefs, genders and ages. All Tunisia was there.

I was with the man I love most on Earth, my father, who educated me and was behind my activism. And with my mother, who gave birth to me twice — once on May 22, 1983, and later when she offered me a kidney after mine had failed.

That day our happiness was big when we learned the dictator escaped. A new era started.

The Tunisian revolution started a few years ago. In 2008 a huge social movement against corruption and unemployment started in the mining basin in the south of the country. People protested for many days. But the government succeeded in controlling the upheaval by imposing a media blackout on the events and arresting the movement’s leaders. Later, small uprisings occurred in other regions, but the authorities always succeeded in nipping them in the bud by deploying police and using violence.

Anger among Tunisians grew with successive acts of repression on the part of the regime. The injustice affected all social classes. This is why the self-immolation by fire of Mohamed Bouazizi triggered the wave of protests, which ended with the escape of Zine El Abidine Ben Ali.

For years, the Tunisian regime kept up appearances. The government spent huge sums of money to improve the reputation of Tunisia all over the world. The country appeared as a model of economic success. The level of freedom and the status of women seemed good, too.

But the reality was different. And when Bouazizi set his body on fire as a gesture of despair, protest spread throughout Tunisia. From social and economic demands, the slogans turned to political demands.

While some people protested on the ground, others conducted their struggle on the Internet. I belong to this latter category. I have been a blogger since 2007. I have always struggled against censorship and fought for human rights.

Young people were the most active agents of this revolution. Today, we young Tunisians face great challenges. The dictator may have left, but the situation is not clear, as forces of the counter-revolution are still here, trying to spread disorder and violence everywhere.

We young people fulfilled the “Yes we can!” But now we must continue the fight for true democracy in our country.

Lina Ben Mhenni, 27, is a blogger and teacher at the University of Tunis. She is also a contributor to Global Voices, an online blogging community that shares and translates posts from around the world. Ben Mhenni, who took pictures of corpses of Tunisians slain in the lead up to the revolution and posted them to her blog, A Tunisian Girl, was recently named by The Daily Beast as one of the bravest bloggers in the world.

Source : « The Star.com » Le 13-03-2011

Lien :http://www.thestar.com/news/insight/article/952687–my-country-tunisia-for-years-the-regime-kept-up-appearances

 

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