10 janvier 2011

TUNISNEWS 10 ème année, N° 3884 du 10.01.2011 archives : www.tunisnews.net


Assabilonline: Des dizaines de manifestations à Tunis AP: Tunisie: Ben Ali dénonce « des actes terroristes » AFP: Ben Ali s’engage pour des milliers d’emplois, les manifestations continuent LeMonnde.fr: Tunisie : Ben Ali s’engage à créer 300 000 emplois entre 2011 et 2012 Communiqué du Mouvement Ettajdid à la suite du discours présidentiel du lundi 10 janvier 2011 AFP: Tunisie: la France déplore les violences, appelle à l’apaisement Nouvelobs: Violences en Tunisie : la France sort (un peu) de son silence Le Monde: Le silence de Paris sur la tragédie tunisienne AFP: Tunisie: la France appelle à l’apaisement AFP: Delanoë « soucieux » des évènements en Tunisie

LeMonnde.fr: Tunisie : un député demande une mission d’information parlementaire AFP: L’UE appelle à la libération immédiate des manifestants en Tunisie AFP: Tunisie: l’Europe hausse le ton face aux violences AFP: Tunisie: l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis a été convoqué AFP: Tunisie: le gouvernement ferme temporairement tous les établissements scolaires AFP: Tunisie: un dirigeant de l’opposition appelle à « arrêter le bain de sang » Amnesty International : Tunisian authorities urged to protect protesters following deadly weekend Communiqué commun Europe Écologie/  Les Verts et Tunisie Verte: Situation en Tunisie : il faut sortir de l’impasse sociale et politique Communiqué du Mouvement Ettajdid sur les evenements dramatiques qui secouent le pays FORCE OUVRIERE dénonce la répression du mouvement de protestation en Tunisie et soutient le mouvement syndical tunisien Le Post: Violences en Tunisie : « Un ras-le-bol généralisé au sein de la population » Slim Bagga: Lecture dans un discours d’adieux Slim Bagga: Le peuple a vote dans la rue: c’est a lui desormais de choisir Béchir Hamdi : L’Intifadha de Sidi Bouzid est spontanée mais elle a hissé très haut la bannière de la résistance Taoufik Ben Brik : Autopsie d’un régime de renseignement Biju:  Kaput mortuum


Des dizaines de manifestations à Tunis


Assabilonline, Tunis La capitale entre dans le cercle des manifestations. Aujourd’hui 10 janvier 2011, plusieurs quartiers de Tunis ont vu des manifestations, à Bab Jdid, Bab Eljazira, Boumendil, Bab Laassel, Bardo, au campus universitaire de la Mannouba, au lycée Khaznadar, au lycée de la Mannouba, au lycée de Den Den. Une grosse manifestation issue du campus universitaire est arrivée à l’Ecole Nationale des Ingénieurs. A Kasserine, les avocats sont encerclés par la police et ils risquent des tirs à balles réelles. A Jendouba, il y a eu de violents affrontements dans tous les quartiers de la ville. Hier des locaux du RCD y avaient été incendiés. Les manifestants contrôlent toute la ville ; ils sont maintenant en train d’incendier le local du Comité de coordination du parti au pouvoir de Jendouba. La police tire à balles réelles en l’air. Les manifestations s’étendent à la délégation de Bou Salem et Ghardimaou. 2000 personnes ont fait un sit in aujourd’hui à Ben Guerdane. A Nabeul, ce matin les lycéens (du lycée Mahmoud Messadi) ont fait un sit in et refusé d’entrer pour les cours. Des sources d’Assabilonline affirment que Raouf Ben Tahar Kaddoussi (27 ans), est mort hier à l’hôpital de Rgueb après avoir essuyé un tir à balles réelles. Chaher Labidi et Nassim Jellali sont dans un état critique. […] Hier à Kasserine, est décédée madame Manal Bent Brahim Bouallagui (mariée et mère de famille) des suites d’un tir à balles réelles alors qu’elle se trouvait devant son domicile. Chadi Ben Mohammed Salah a reçu une balle dans la cuisse, Larbi Kadri à la tête, il est gravement touché. Nassim Jallali et Ghazi Ben Kamel ont été gravement touchés. A une heure quarante hier dimanche, 7 personnes blessées par balles sont arrivées à l’hôpital local de Rgueb, Mohammed Jabelli a rejoint les morts en martyrs, Moncef Ben Naceur Zini a reçu une balle dans la cuisse. Ali Oumhéni, Karim Ben Ammar Oumhéni, Zyed Ben Mohammed Tahar Karaoui, Abdelkarim Ben Boubaker Hajji (instituteur) sont blessés. L’armée a encerclé la ville de Rgueb et a pénétré la ville de Menzel Bouzaïene. Nizar Slimi a rejoint le cortège des martyrs. A Meknassi, le couvre feu a été décrété hier, à compter de 7 heures du soir. Mouadh Khelifi a rejoint les martyrs. Mis à jour le 10-01-10 (traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)


Tunisie: Ben Ali dénonce « des actes terroristes »


AP: 10/01/11 19:54 TUNIS (AP) — Le président Zine el Abidine ben Ali s’est engagé lundi à créer 300.000 emplois d’ici 2012, en réponse notamment au désarroi des chômeurs diplômés qui alimente les troubles sociaux en Tunisie depuis trois semaines. Les manifestations se poursuivaient lundi, a déclaré un responsable de l’opposition qui parle de 25 civils tués ce week-end, tandis que le bilan officiel est de 14. Par ailleurs, le gouvernement a décidé lundi la suspension des cours et le report des examens restants dans les lycées et universités à partir de mardi et jusqu’à nouvel ordre. Dans les régions de l’intérieur les plus en proie aux violences, en particulier Kasserine, Thala et Regueb, les établissements scolaires étaient déjà fermés depuis plusieurs jours. S’adressant à la nation pour la deuxième fois depuis le début de la crise le 17 décembre, M. Ben Ali a accusé « des bandes cagoulées » d’être à l’origine des « incidents violents, parfois sanglants, qui ont fait des morts parmi les civils et plusieurs blessés dans les rangs des forces de sécurité ». Selon lui, ces incidents « ont été perpétrés par des bandes cagoulées qui se sont attaquées, la nuit, des établissements publics ». Il a montré du doigt « des éléments hostiles à la solde de l’étranger, qui ont vendu leur âme à l’extrémisme et au terrorisme » et qui, selon lui, sont « manipulés depuis l’extérieur du pays par des parties qui ne veulent pas le bien d’un pays déterminé à persévérer et à travailler ». Il faisait manifestement allusion à des opposants et islamistes radicaux réfugiés notamment en Europe. « A ceux qui portent délibérément atteinte aux intérêts du pays, abusent de la crédulité de nos jeunes (…) ou les incitent aux troubles et à l’agitation, nous leur disons, en toute clarté, que la loi aura le dernier mot », a-t-il lancé sur un ton grave. Dans le volet de l’emploi, le président tunisien a également annoncé l’exonération d’impôts pendant dix ans de tout nouveau projet générateur d’emplois dans les régions de intérieur. Soucieux d’apaiser les tensions, il a aussi décidé la convocation le mois prochain d’une conférence nationale, comme le demandaient les partis d’opposition. Ces assises devront regrouper des hommes politiques, délégués des organisations nationales et des composantes de la société civile, ainsi que des universitaires et des représentants des régions pour se pencher sur « les approches à même de répondre à la demande d’emploi attendue au cours des années à venir ». Le chef de l’Etat a par ailleurs exhorté parlementaires et responsables de l’administration à multiplier les canaux de contacts avec les populations, à être à l’écoute de leurs préoccupations en vue de prendre en charge les problèmes posés ». Il a aussi souhaité « insuffler un nouvel élan à la presse régionale » afin de « multiplier les espaces d’expression des préoccupations et attentes des citoyens ». Les troubles liés au chômage et à la vie chère ont commencé le 17 décembre après le suicide d’un diplômé de 26 ans qui vendait des primeurs pour faire vivre sa famille et s’est immolé par le feu devant la préfecture de Sidi Bouzid (centre-ouest) pour protester contre la confiscation de sa marchandise par les autorités. Ils se sont ensuite étendus à d’autres villes du pays. Le jeune marchand, Mohamed Bouazizi, a quant à lui succombé à ses brûlures à l’hôpital mercredi dernier. Le ministère de l’Intérieur a fait état dimanche soir de 14 morts au cours du week-end: cinq à Thala, cinq à Kesserine et quatre à Regueb. Le gouvernement affirme que les forces de l’ordre ont agi en état de « légitime défense » quand des manifestants s’en sont pris à des édifices publics. Mais le chef du mouvement Ettajdid (Le Renouveau), une formation de l’opposition légale en Tunisie, Ahmed Brahm, a affirmé lundi à l’Associated Press que le bilan du week-end s’élevait en réalité à « 25 morts » et que de nouveaux troubles à Kasserine lundi avaient fait « au moins trois morts » par balles parmi les manifestants. Il a appelé à « arrêter immédiatement le bain de sang » et a condamné ce qu’il a qualifié de « répression aveugle » qu’auraient subie les populations de Kasserine de retour du cimetière après avoir enterré les morts du week-end. Il a en particulier demandé « que cesse tout de suite l’utilisation des balles réelles contre la population désarmée ». Outre Kasserine, des troubles et manifestations étaient signalées de sources syndicales notamment à Regueb, à Haffouz, dans la région de Kairouan, et à Thala, ainsi que des manifestations de lycéens et étudiants dans la région de Tunis. Le bilan des troubles sociaux depuis le 17 décembre s’élève à au moins 20 morts, dont trois suicides, selon le décompte de l’Associated Press fondé sur les décès confirmés par les autorités et les proches des victimes. AP


Ben Ali s’engage pour des milliers d’emplois, les manifestations continuent


 AFP – Publié le 10/01/2011 à 20:40 Le président Zine El Abidine Ben Ali s’est engagé lundi à créer plus d’emplois d’ici 2012 pour juguler le chômage, à l’origine d’une crise sans précédent en Tunisie et dénoncé « des actes terroristes » à propos des affrontements meurtriers survenus la veille dans le centre-ouest. « Nous avons décidé de multiplier les capacités d’emploi et la création de sources de revenus (…) dans tous les secteurs durant les années 2011 et 2012 », a-t-il dit dans un discours télévisé, annonçant 300.000 emplois en plus de 50.000 autres promis par le patronat pour les régions. « Cet effort permettra de résorber, avant la fin de 2012, oui, avant la fin 2012, je m’y engage, tous les diplômés du supérieur dont la durée de chômage aura dépassé les deux ans », a-t-il promis. Ceci, permettra « l’embauche du plus grand nombre de chômeurs, autres que les diplômés du supérieur et parmi les sans-emploi de toutes les catégories et de toutes les régions », a-t-il assuré. Le président Ben Ali a dans le même temps dénoncé des « actes terroristes impardonnables perpétrés par des voyous cagoulés » dans le centre-ouest du pays, théâtre d’émeutes ayant fait samedi et dimanche 14 morts selon le gouvernement, et plus de 20 selon des sources de l’opposition. Trois localités de cette région –Kasserine, Thala et Regueb– étaient en proie à des violences lundi, signe de la poursuite des émeutes parties à la mi-décembre de Sidi Bouzid (265 km de Tunis), après le suicide d’un vendeur ambulant sans permis, qui s’était fait saisir sa marchandise. Grèves, manifestations et tentatives de suicide se sont multipliés depuis. Autre signe de persistance des troubles, la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » des écoles et universités dans tous le pays, alors que des manifestations ont eu lieu lundi, notamment dans le centre Tunis et sur le campus d’Al Manar, près de la capitale, où des sources universitaires ont fait état d’un étudiant blessé et huit interpellés. Des milliers de jeunes Tunisiens se sont mobilisés sur Facebook, appelant à des manifestations en masse, le drapeau national entaché de sang apparaissant à la place de leurs photos sur les comptes du réseau social. Lundi, à Kairouan (centre) des manifestations parties de l’université de Rakkada (10 km) ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre dans le centre ville et d’autres étaient signalés dans des localités de cette région également en proie au chômage, ont indiqué des témoins. Dans son discours à la Nation, le président a convoqué une conférence nationale sur l’emploi pour février et ordonné d’exonérer sur dix ans « tout nouveau projet générateur d’emplois » dans les régions. Il a par ailleurs attribué les troubles à des « éléments hostiles à la solde de l’étranger » et « certaines parties qui veulent porter atteinte aux intérêts du pays, ou manipuler notre jeunesse », a-t-il dit, appelant les Tunisiens « à protéger leurs progénitures contre les malfaiteurs ». « Ces parties, qui incitent à la violence et à sortir dans la rue, en propageant des slogans creux de désespoir et en fabriquant, de toute pièce, des informations fallacieuses et erronées, ont exploité, de manière malhonnête, un incident que nous regrettons tous », a-t-il affirmé, en référence au vendeur suicidaire de Sidi Bouzid. Il stigmatisé des « éléments hostiles à la solde de l’étranger, qui ont vendu leur âme à l’extrémisme et au terrorisme, manipulés depuis l’extérieur du pays par des parties qui ne veulent pas le bien d’un pays déterminé à persévérer et à travailler », a-t-il lancé, exprimant ses « regrets pour les décès et les dégâts » et sa « compassion à l’adresse des familles » endeuillées. Principal partenaire et bailleur de fonds de la Tunisie, l’Union européenne –après les Etats-Unis– a haussé le ton lundi à l’égard de Tunis, conditionnant les négociations sur des relations renforcées avec ce pays à un meilleur respect des droits de l’Homme. La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé à la « libération immédiate » des manifestants emprisonnés, alors que la France qui soutient « sans condition » l’octroi d’un « statut avancé » à la Tunisie, a déploré les violences, sans répondre à une question sur ce statut avec l’UE.


Tunisie : Ben Ali s’engage à créer 300 000 emplois entre 2011 et 2012


LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 10.01.11 | 16h51  •  Mis à jour le 10.01.11 | 19h41

Le pouvoir tunisien cherche une issue à la violente crise sociale qui secoue le pays depuis mi-décembre. Confronté à une vague de révolte contre le chômage sans précédent depuis vingt-cinq ans, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali s’est engagé, lundi 10 janvier, à créer 300 000 emplois entre 2011 et 2012.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » des écoles et universités dans tout le pays. « En attendant l’aboutisssemnt des enquêtes ouvertes pour déterminer les responsabilités des actes de vandalisme commis, les examens actuellement en cours dans les universités seront suspendus et reportés à une date ultérieure », ont précisé les ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Cette décision a été prise alors qu’une manifestation de jeunes lycéens et étudiants était dispersée par les unités anti-émeute dans le centre de Tunis, où comme dans tout le pays les jeunes sont très mobilisés.

DES « ACTES TERRORISTES » SELON LE PRÉSIDENT

Dimanche, le gouvernement avait donné un signe d’ouverture aux manifestants : « Ce mouvement social est légitime », avait-il estimé dans un communiqué. « Les revendications des citoyens en faveur de l’emploi ont toute leur place. »

Si les manifestations sont considérées comme légitimes par le pouvoir, le président tunisien a cependant jugé lundi que les personnes impliquées dans les affrontements meurtriers de ces derniers jours avec les forces de l’ordre sont coupables d’un « acte terroriste ». « Les événements étaient violents, parfois sanglants, ont provoqué la mort de civils et blessé plusieurs membres des forces de l’ordre », a-t-il déclaré. Ils « furent l’œuvre de bandes masquées qui ont attaqué la nuit des édifices publics et même des civils à leurs domiciles lors d’un acte terroriste qu’on ne saurait taire », a-t-il ajouté lors d’un discours diffusé par la télévision publique. « A ceux qui veulent porter atteinte aux intérêts du pays, ou manipuler notre jeunesse, nous disons que la loi sera appliquée », a-t-il ajouté.

AU MOINS VINGT-TROIS MORTS

La Tunisie connaît une vague de révolte contrele chômage et la cherté de la vie depuis le 17 décembre, après le suicide d’un jeune vendeur ambulant qui s’était immolé par le feu à Sidi Bouzid, au cœur de la Tunisie. Depuis, des manifestations ont lieu tous les jours dans plusieurs villes et au moins cinq autres personnes se sont suicidées, souvent parimmolation par le feu.

Selon un bilan établi par Le Monde, les affrontements du week-end entre manifestants et police ont fait au moins vingt-trois morts par balle dans les villes de Thala, Kasserine et Ragueb. Le gouvernement a quant à lui reconnu quatorze civils tués par les forces de l’ordre. De nouvelles échauffourées ont également eu lieu dans la nuit de dimanche à lundi, notamment à Jendouba, Bouarada, Chebba, Le Kef.

Les affrontements ont également repris lundi dans trois localités du centre-ouest de la Tunisie (Kasserine, Thala et Ragueb) , signe de la poursuite des émeutes. Un homme blessé dimanche par balle a succombé lors de son hospitalisation, ont indiqué des sources concordantes.

Pour le gouvernement, la police a agi en état de « légitime défense » en faisant face à des manifestants qui leur jetaient des cocktails Molotov et des projectiles. Il faut remonter aux « émeutes du pain », en 1984, du temps du président Bourguiba, qui avaient fait de très nombreuses victimes, pour trouver une situation aussi tendue et un tel recours à la force.

BRUXELLES SORT DE SON SILENCE

Ni la France ni l’Europe ne s’étaient prononcées depuis le début des émeutes en Tunisie. Une réserve dénoncée par Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et Tunisie verte, un parti non autorisé, qui ont déploré le « silence coupable » de Bruxelles et Paris. Mais après les Etats-Unis, l’Union européenne a fini par hausser le ton lundi.

« Nous appelons à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales. Nous appelons en particulier à la libération immédiate des blogueurs, journalistes, avocats et autres personnes détenues, qui manifestaient pacifiquement en Tunisie », a déclaré la porte-parole de Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne. Rappelant que l’UE discutait actuellement avec la Tunisie d’un renforcement de leur relation bilatérale, la porte-parole a souligné qu’une telle perspective « requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

RENFORCEMENT DES RELATIONS BILATÉRALES

Depuis mai 2010 en effet, l’UE, déjà liée à la Tunisie par un accord d’association datant de 1995, négocie en vue de lui octroyer un « statut avancé », à l’instar de celui dont bénéficie déjà le Maroc. Tunis le demande depuis novembre 2008. Ce statut permet notamment d’intensifier le dialogue politique et les relations commerciales. La Tunisie bénéficie déjà d’importants financements européens dans le cadre de la politique de voisinage de l’UE.

En donnant le coup d’envoi des négociations sur le statut avancé en mai, le commissaire européen Stefan Füle avait souligné l’accord des deux parties pour dire qu’il « n’y a pas de tabous », y compris sur les questions de droits de l’homme et les libertés fondamentales. Paris, la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) a réclamé lundi la suspension des négociations sur le « statut avancé », à la suite des violences.

La France est, elle aussi, prudemment sortie de son silence lundi en déplorant les violences. Un porte-parole du Quai d’Orsay a appelé « à l’apaisement » (Source:LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 10.01.11 | 16h51  •  Mis à jour le 10.01.11 | 19h41 )

 


 

Communiqué du Mouvement Ettajdid à la suite du discours présidentiel du lundi 10 janvier 2011


 Le Mouvement Ettajdid, comme l’ensemble du peuple tunisien, attendait avec impatience le discours du Président de la République, espérant que les attentes exprimées par le mouvement social qui agite le pays depuis près d’un mois seraient entendues et que des mesures d’apaisement seraient annoncées.   Le Mouvement Ettajdid  considère que ce discours présidentiel n’est pas du tout au niveau des exigences de la situation et des aspirations de la jeunesse tunisienne.   Ce discours montre un refus d’entendre les revendications portées par le mouvement social et les aspirations du peuple à la liberté et la citoyenneté. Il soutient  la thèse d’un complot ourdi par des manipulateurs intérieurs et extérieurs jaloux des acquis du régime et celle d’un mouvement dirigé par des fauteurs de troubles qui seraient à leur solde.   Le Mouvement Ettajdid rejette fermement cette vision qui  nie l’existence d’une crise profonde, politique et sociale, lourde de menaces sur le présent et l’avenir de notre pays, et considère  que les mesures annoncées ne constituent pas une réponse adéquate.   Les questions essentielles et lancinantes de la corruption, du népotisme, de l’enrichissement illicite de milieux proches du pouvoir sont totalement occultées alors qu’elles sont l’un  des principaux objets des dénonciations exprimées par le mouvement social dans l’ensemble des régions et par toutes les catégories sociales et la jeunesse ; quant aux questions fondamentales de l’ouverture démocratique et des réformes politiques, économiques et sociales, elles sont réduites à la  proposition de tenue d’un séminaire  sur les questions de l’emploi et du développement régional.   Au total, ce discours n’est pas de nature à apaiser les tensions ; bien au contraire, il est de nature à les attiser. Il ouvre la voie à de graves dangers.   Le Mouvement Ettajdid réaffirme avec force que le pays a besoin de mesures immédiates, notamment : –         d’abord arrêter immédiatement l’escalade meurtrière en cours en donnant clairement l’ordre de cesser de tirer sur les jeunes qui continuent de tomber, encore aujourd’hui,  en grand nombre  sous les balles ; –         libérer toutes les personnes qui ont été arrêtées ; –         mettre sur pied une Commission indépendante chargée d’enquêter sur les responsabilités de certains appareils et certaines parties officielles et non officielles dans l’escalade qui a conduit à la détérioration de la situation et à ce dramatique bilan sanglant ; –         respecter le droit à la manifestation pacifique ; –         reconnaître la légitimité des aspirations populaires et engager sans délai une rencontre nationale rassemblant l’ensemble des forces nationales du pays sans exclusive pour prendre les décisions et les mesures à même de sortir le pays de la crise.   Fait à Tunis, le lundi 11 janvier 2011. 18heures. Pour le Mouvement Ettajdid Le Premier Secrétaire Ahmed Brahim

Tunisie: la France déplore les violences, appelle à l’apaisement


AFP / 10 janvier 2011 13h08 PARIS – La France déplore les violences en Tunisie et appelle à l’apaisement, a affirmé lundi le ministère français des Affaires étrangères pour qui « seul le dialogue » permettra de surmonter les problèmes économiques et sociaux. « Nous déplorons les violences, qui ont fait des victimes, et appelons à l’apaisement », a déclaré lors d’un point-presse le porte-parole du ministère, Bernard Valero. « La Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter. La coopération entre la France et la Tunisie, qui est fortement orientée sur l’emploi, le restera », a-t-il ajouté. « Aujourd’hui, l’urgence en Tunisie est à l’apaisement », a-t-il insisté. La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes, faisant quatorze morts à Thala et Kasserine selon le gouvernement, et au moins 20 selon l’opposition. Dans sa déclaration, Bernard Valero ne reprend que le bilan des autorités tunisiennes. « Nous sommes profondément attristés par le bilan humain des affrontements meurtriers du week-end en Tunisie. On compterait au moins 14 morts et de nombreux blessés », indique à ce sujet le porte-parole. Interrogé sur les détentions de blogueurs tunisiens, il répond d’autre part n’avoir « pas d’information précise à ce stade sur les blogueurs tunisiens arrêtés ». « Nous rappelons notre attachement à la liberté d’expression en Tunisie et partout dans le monde », affirme-t-il. La semaine dernière, la France, dont la Tunisie est l’un des plus proches partenaires en Afrique du Nord, s’était bornée à appeler à l’apaisement, sans se prononcer sur la répression des manifestations et l’arrestation de blogueurs.


Violences en Tunisie : la France sort (un peu) de son silence


10/01/2011 à 15h00 – mis à jour le 10/01/2011 à 15h17 La France déplore les violences en Tunisieet appelle à l’apaisement, a affirmé, lundi 10 janvier, le ministère des Affaires étrangères pour qui « seul le dialogue » permettra de surmonter les problèmes économiques et sociaux. « Nous déplorons les violences, qui ont fait des victimes, et appelons à l’apaisement », a déclaré lors d’un point-presse le porte-parole du ministère, Bernard Valero. « La Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter. La coopération entre la France et la Tunisie, qui est fortement orientée sur l’emploi, le restera », a-t-il ajouté. « Aujourd’hui, l’urgence en Tunisie est à l’apaisement », a-t-il insisté. La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes, faisant quatorze morts à Thala et Kasserine selon le gouvernement, et au moins 20 selon l’opposition. Dans sa déclaration, Bernard Valero ne reprend que le bilan des autorités tunisiennes. « Pas d’information » sur les blogueurs détenus « Nous sommes profondément attristés par le bilan humain des affrontements meurtriers du week-end en Tunisie. On compterait au moins 14 morts et de nombreux blessés », indique à ce sujet le porte-parole. Interrogé sur les détentions de blogueurs tunisiens, il répond d’autre part n’avoir « pas d’information précise à ce stade sur les blogueurs tunisiens arrêtés ». « Nous rappelons notre attachement à la liberté d’expression en Tunisie et partout dans le monde », affirme-t-il. La semaine dernière, la France, dont la Tunisie est l’un des plus proches partenaires en Afrique du Nord, s’était bornée à appeler à l’apaisement, sans se prononcer sur la répression des manifestations et l’arrestation de blogueurs. (Nouvelobs.com)


 

Le silence de Paris sur la tragédie tunisienne


 | 10.01.11 | 11h24  •  Mis à jour le 10.01.11 | 13h28 C’est entendu : la diplomatie ne saurait se résumer à la publication de communiqués dénonçant, ici et là, atteintes aux droits de l’homme, corruption et dérive dictatoriale de la part de tel ou tel régime. Les pressions publiques ont leur efficacité, mais aussi leurs limites. Seulement, vient un moment où le silence – en l’espèce celui de Paris – devient complice, à tout le moins peut donner l’impression de l’indifférence. Quand il faudrait dire haut et fort la parole de la France. La Tunisie vient de nouveau de vivre un week-end sanglant. Le gouvernement reconnaît 14 morts, parmi les manifestants, lors d’émeutes dans trois villes du centre du pays ; d’autres sources parlent d’une vingtaine de tués. Depuis le 17 décembre, le mouvement de contestation politique, économique et social qui embrase la Tunisie ne semble guère donner de répit. Ce coup de colère est sans précédent depuis plus d’un quart de siècle en Tunisie. Il est l’événement politique le plus important qu’ait connu ce pays depuis les années 1980. Il ressemble à une explosion trop longtemps contenue, et, dans une dictature comme l’est le régime du président Zine El-Abbidine Ben Ali, sans autre débouché que la rue. C’est une protestation contre le chômage, les difficultés économiques – et contre le clan au pouvoir, sa corruption et son autoritarisme policier. Et la France n’a rien à dire ? « Préoccupés », les Etats-Unis ont convoqué l’ambassadeur de Tunisie pour que soient respectées les libertés individuelles. Mais ni la France ni l’Europe n’ont rien à dire ! Il y a un lobby tunisien à Paris, aussi fort à droite qu’à gauche. C’est un groupe de pression multiforme, au moins autant – sinon plus – sentimental que préoccupé par des intérêts économiques. On peut comprendre ce tropisme ; on peut en partie le partager. Pour une raison toute simple : la Tunisie est un pays profondément attachant. Nombre de liens familiaux, affectifs, touchant au souvenir, à la mémoire la plus intime nous unissent à elle. La Tunisie fut, longtemps, un lieu de lumière et de tolérance, qui a su avec élégance, au milieu des années 1950, gagner son indépendance sans drame majeur avec la puissance coloniale, la France. Mais, depuis plusieurs années déjà, Paris est à l’égard de Tunis dans le déni de réalité. Au prétexte que le régime Ben Ali préserverait la Tunisie de l’islamisme, tout est toléré. Or, la Tunisie est une dictature où les gens ont peur de parler politique dans la rue, où la presse est muselée et toute opposition interdite. La France ferme les yeux, quand elle ne donne pas des signes d’acquiescement aussi déplacés que surréalistes : « Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse en Tunisie », disait le président Nicolas Sarkozy en 2008… Toutes les leçons de morale, c’est vrai, ont des limites. Mais qui sait si le refus d’en donner n’a pas participé à l’aveuglement du régime sur ses propres méfaits – et porte ainsi une part de responsabilité dans les événements d’aujourd’hui?
 
(Source: « Le Monde » (Quotidien France) le 11 janvier 2011)

Delanoë « soucieux » des évènements en Tunisie


AFP Le 10/01/2011 à 19:22 Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, qui est né en Tunisie, pays avec lequel il entretient des relations fortes, s’est déclaré « soucieux » face aux émeutes qui s’y déroulent, a déclaré à l’AFP son entourage. Depuis le début des contestations, Bertrand Delanoë « est soucieux » et « se tient en contact régulier avec des acteurs très divers de la société tunisienne, acteurs politiques, syndicaux et associatifs », a précisé son entourage lundi soir. M. Delanoë, qui se rend régulièrement dans sa maison de Bizerte (nord), « a eu en ligne lundi après-midi le président de la ligue tunisienne des droits de l’Homme ». Il a choisi « dans cette période, de manifester son soutien au peuple tunisien non pas par des déclarations mais par des contacts utiles avec les uns et les autres, et en tenant le même langage à tous », a ajouté son entourage, selon qui « ses convictions sont connues de tous ». Des émeutes contre le chômage qui secouent la Tunisie depuis la mi-décembre ont fait au moins 14 morts selon le gouvernement, et plus de 20 selon des sources de l’opposition.


L’UE appelle à la libération immédiate des manifestants en Tunisie


AFP / 10 janvier 2011 13h09

 
BRUXELLES – La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé lundi à la libération immédiate des personnes qui manifestaient pacifiquement en Tunisie, conditionnant un renforcement des relations avec l’UE aux droits de l’Homme. « Nous appelons à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales. Nous appelons en particulier à la libération immédiate des bloggeurs, journalistes, avocats et autres personnes détenues, qui manifestaient pacifiquement en Tunisie », a déclaré Maja Kocijancik. Mme Ashton est « inquiète » de la violence qui a émaillé ces manifestations en Tunisie et « nous déplorons la violence et les morts », a souligné sa porte-parole. « Nous appelons toutes les parties à engager le dialogue en vue de trouver une solution aux problèmes qui ont été soulevés par les manifestants », a-t-elle ajouté. Rappelant que l’UE discutait actuellement avec la Tunisie d’un renforcement de leur relation bilatérale, Mme Kocijancik a souligné que « le renforcement de cette relation requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ». La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes, faisant quatorze morts à Thala et Kasserine selon le gouvernement, et au moins 20 selon l’opposition.


Tunisie: l’Europe hausse le ton face aux violences


De Yann OLLIVIER (AFP) –  10/01/11 17:54 BRUXELLES — L’Union européenne, après les Etats-Unis, a haussé le ton lundi à l’égard de Tunis après la répression violente des mouvements sociaux, conditionnant les négociations sur des relations renforcées avec ce pays à un meilleur respect des droits de l’Homme. La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a appelé à la « libération immédiate » des manifestants emprisonnés, alors que la révolte que connaît le pays depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes. Ces violences ont fait 14 morts selon le gouvernement tunisien et plus de 20 selon des sources de l’opposition. « Nous appelons à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales. Nous appelons en particulier à la libération immédiate des blogueurs, journalistes, avocats et autres personnes détenues, qui manifestaient pacifiquement en Tunisie », a déclaré sa porte-parole, Maja Kocijancik. Rappelant que l’UE discutait actuellement avec la Tunisie d’un renforcement de leur relation bilatérale, la porte-parole a souligné qu’une telle perspective « requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ». Depuis mai 2010 en effet, l’Union européenne, déjà liée à la Tunisie par un accord d’association datant de 1995, négocie en vue de lui octroyer un « statut avancé », à l’instar de celui dont bénéficie déjà le Maroc. Tunis le demande depuis novembre 2008. Ce statut permet notamment d’intensifier le dialogue politique et les relations commerciales. La Tunisie bénéficie déjà d’importants financements européens dans le cadre de la politique de voisinage de l’UE. En donnant le coup d’envoi des négociations sur le statut avancé en mai, le commissaire européen Stefan Füle avait souligné l’accord des deux parties pour dire qu’il « n’y a pas de tabous », y compris sur les questions de droits de l’Homme et les libertés fondamentales. Les négociations en vue d’un statut avancé devaient également aborder la question des flux migratoires, avait aussi estimé M. Füle. A Paris, la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) a réclamé lundi la suspension des négociations sur le « statut avancé », à la suite des violences. Ancienne puissance coloniale, la France, est elle aussi sortie lundi de son silence en déplorant les violences. Un porte-parole du Quai d’Orsay a appelé « à l’apaisement ». Dès la semaine dernière, Washington avait exprimé sa préoccupation devant les troubles sociaux en Tunisie et convoqué l’ambassadeur tunisien, Mohamed Salah Tekaya, pour lui demander le respect des libertés individuelles notamment en matière d’accès à l’internet. Un responsable américain s’était notamment inquiété de « ce qui ressemble à une ingérence du gouvernement tunisien dans l’internet, particulièrement dans les comptes Facebook ». Facebook, le réseau social au demi-milliard de membres, avait en effet alerté l’administration américaine d’un piratage informatique dont il avait été victime. Les émeutes sont parties de Sidi Bouzid, après le suicide le 17 décembre d’un vendeur ambulant sans permis qui s’était immolé pour protester contre la saisie de sa marchandise de fruits et légumes. Mohamed Bouazizi, 26 ans, soutien de famille, est devenu le symbole d’une révolte sans précédent contre la précarité sociale et le chômage qui a gagné d’autres régions, où actes suicidaires, grèves et manifestations se sont multipliés.


Tunisie: l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis a été convoqué


AFP / 10 janvier 2011 22h14 TUNIS – L’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis a été convoqué lundi par le gouvernement tunisien qui s’est « surpris » par les commentaires de Washington sur la crise sociale en Tunisie, selon l’agence tunisienne TAP. L’ambassadeur Gordon Gray a été reçu par la secrétaire d’Etat aux AFfaires étrangères Saida Chtioui qui a exprimé « la surprise » du gouvernement reprochant au département d’Etat de s’être fait l’écho « d’informations recueillies auprès d’éléments hostiles », a indiqué l’agence gouvernementale TAP. « Nous nous interrogeons sur la réaction des autorités américaines face à une manifestation, soi-disant pacifique, et au cours de laquelle des cocktails Molotov sont lancés et des locaux vandalisés et incendiés », a-t-elle dit. Mme Chtioui a en outre exprimé l' »étonnement » de Tunis face « aux allégations sans fondement de blocage de l’accès aux sites sociaux d’internet en Tunisie ». Elle a assuré que « l’accès aux réseaux sociaux est libre et ouvert à tous en Tunisie » et rejeté une « utilisation illégale de ces réseaux, notamment en cas d’incitation à la haine, à la violence, au terrorisme et à la destruction de sites officiels ». La secrétaire d’Etat a confirmé que les « hackers » interpellés après l’attaque de sites officiels tunisiens avaient été libérés et annoncé que deux d’entre eux avaient été inculpés pour « tentative de destruction délibérée de sites électroniques officiels tunisiens ». « Nous aurions souhaité voir les Etats-Unis faire preuve d’objectivité et de compréhension à l’égard de notre démarche et donner plutôt des signaux d’une volonté plus manifeste de promouvoir la coopération avec la Tunisie », a-t-elle déploré. Mme Chtioui a affirmé que les manifestations « ont pris, dans certains cas, un caractère violent, face auquel une réaction légitime s’est imposée pour préserver l’ordre public, la sécurité des citoyens », a ajouté la TAP. A Washington, le département d’Etat a reconnu que l’ambassadeur a été convoqué après les commentaires de Washington sur la crise sociale. A la question de savoir si « une conversation » entre l’ambassadeur et le gouvernement avait été le fruit d’une « convocation », le porte-parole Philip Crowley a répondu qu’il s’agissait d’une « caractérisation juste ». « C’était une conversation faisant suite à nos commentaires de la semaine dernière », a-t-il ajouté. « Nous continuons d’inviter tout le monde à la retenue », a déclaré M. Crowley, réaffirmant la préoccupation de Washington face à « la violence en cours ».


Tunisie: le gouvernement ferme temporairement tous les établissements scolaires


AFP / 10 janvier 2011 19h10 TUNIS – Le gouvernement tunisien a annoncé lundi la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » des écoles et universités dans tout le pays, en proie à des troubles sur fond de chômage depuis la mi-décembre. « A la suite des troubles survenus dans certains établissements, il a été décidé de suspendre les cours juqu’à nouvel ordre à parti de mardi », ont annoncé conjointement les ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur. « En attendant l’aboutisssemnt des enquêtes ouvertes pour déterminer les responsabilités des actes de vandalisme commis, les examens actuellement en cours dans les universités seront suspendus et reportés à une date ultérieure », a-t-on précisé de même source. Cette décision a été prise alors qu’une manifestation de jeunes lycéens et étudiants était dispersée par les unités anti-émeutes dans le centre de Tunis, a-t-on constaté lundi. Des milliers de jeunes se sont mobilisés sur Facebook, appelant à des manifestations en masse, le drapeau national entaché de sang remplaçant leurs photos sur les comptes du réseau social. Selon des sources syndicales et des témoins, un étudiant a été blessé et huit ont été interpellés dans des manifestations sur le campus de Tunis, les cours étaient arrêtés ou perturbés depuis leur reprise le 3 janvier, suite aux vacances de fin d’année. Lundi, à Kairouan (centre) des manifestations parties de l’université de Rakkada (10 km) ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre dans le centre ville et d’autres étaient signalés dans des localités de cette région en proie au chômage, ont indiqué des témoins. Durant le week-end, des émeutes ont fait 14 morts selon le gouvernement, et plus de 20 selon des sources de l’opposition dans trois localités du centre ouest –Kasserine, Thala et Regueb– toujours en proie à des violences lundi.


Tunisie : un député demande une mission d’information parlementaire


LEMONDE.FR avec AFP | 10.01.11 | 19h55

 

Malgréla prudence des autorités françaises sur la situation en Tunisie, le député UMP de Seine-et-Marne Didier Julia a demandé lundi 10 janvier la création d’une mission d’information parlementaire sur les événements de Tunisie, où une révolte contre le chômage a dégénéré en émeutes sanglantes.

Dans une lettre adressée au président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Axel Poniatowski (UMP), Didier Julia demande d’« examiner la possibilité de mettre en œuvre une mission parlementaire afin de savoir comment de tels événements dramatiques ont pu se produire en Tunisie et quelles conséquences notre pays doit en tirer pour ce qui concerne la forme de ses relations avec la Tunisie ». Didier Julia indique par ailleurs que « les informations les plus sérieuses permettent de recenser une cinquantaine de morts ».

Le sénateur PS Jean-Pierre Sueur, président du groupe d’amitié France-Tunisie du Sénat, a dénoncé, lundi, « la répression violente » en Tunisie et exprimé « émotion et tristesse » devant la multiplication des morts. Il exprime sa « solidarité avec tous ceux qui souhaitent des évolutions dans ce pays, le respect de toutes les libertés, et avec tous ces jeunes contraints au chômage et aux expédients, alors qu’ils sont souvent diplômés, et qui veulent être entendus et construire un avenir conforme à leurs si légitimes espérances ».

De son côté, la Ligue des droits de l’homme a exprimé son « entière solidarité » avec la « lutte courageuse pour la démocratie de tous les citoyens victimes de l’arbitraire et de l’injustice qui règnent depuis tant d’années en Tunisie ». La LDH dénonce « le silence complice des autorités politiques françaises actuelles » qui n’est, selon elle, « en rien représentatif de l’indignation qui s’étend dans la société française, à présent que les masques tombent et qu’apparaît au grand jour le visage de la dictature ». A Paris, la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) a réclamé lundi la suspension des négociations entre la Tunisie et l’Union européenne.

La France est sortie lundi de son silence en déplorant les violences. Un porte-parole du Quai d’Orsay a appelé « à l’apaisement ».

(Source: LEMONDE.FR avec AFP | 10.01.11 | 19h55 )

 


Tunisie: un dirigeant de l’opposition appelle à « arrêter le bain de sang »


 

 10/01/1116:26
TUNIS (AP) — Le chef du mouvement Ettajdid (Le Renouveau), une formation de l’opposition légale en Tunisie, Ahmed Brahm, a appelé lancé à « arrêter immédiatement le bain de sang » à Kasserine (centre-ouest), où de nouveaux troubles ont fait, selon lui, « au moins trois morts » par balles lundi. Le président Zine el Abidine ben Ali s’est exprimé sur la situation lundi. « Deux jours après le carnage des 8 et 9 janvier qui a fait 25 morts à Kasserine, Thala et Regueb, nous assistons en ce moment à une nouvelle exacerbation de l’escalade meurtrière », a-t-il déclaré à l’Associated Press. Le ministère tunisien de l’Intérieur a de son côté fait état dimanche soir de 14 morts au cours du week-end: cinq à Thala, cinq à Kesserine et quatre à Regueb. Le gouvernement affirme que les forces de l’ordre ont agi en état de « légitime défense » quand des manifestants s’en sont pris à des édifices publics. Ahmed Brahm a condamné lundi « avec la plus grande vigueur » ce qu’il a qualifié de « répression aveugle » qu’auraient subie les populations de Kasserine de retour du cimetière après avoir enterré les morts du week-end. Mettant « les autorités devant leurs responsabilités », il a adressé « un appel au président de la République pour que cesse tout de suite l’utilisation des balles réelles contre la population désarmée et que soient tirées les leçons de l’échec total de la politique suivie jusqu’ici ». « Sauvons notre pays tant qu’il est temps », a-t-il lancé. Outre Kasserine, des troubles et manifestations étaient signalées de sources syndicales notamment à Regueb, à Haffouz, dans la région de Kairouan, et à Thala, ainsi que des manifestations de lycéens dans la région de Tunis. AP

Tunisian authorities urged to protect protesters following deadly weekend


10 January 2011 Amnesty International has urged the Tunisian authorities to ensure the safety of anti-government protesters after security forces reportedly killed at least 23 people in protests over the weekend, amid reports of further deaths today. According to information gathered by Amnesty International, security forces opened fire at demonstrators in the cities of Thala, Kasserine and Regueb, central Tunisia, in an increasingly violent crackdown on protesters angry at existing living conditions, unemployment and corruption. The government says police opened fire in self-defence after public buildings were attacked during the protests, which continued on Monday. According to reports received by Amnesty International, security officers used tear gas and live ammunition to disperse crowds. The organization has received further reports of killings of protesters in Kasserine on Monday. « The authorities must urgently ensure the safety of protesters and instruct security forces to act with restraint and not to use excessive force against them, » said Hassiba Hadj Sahraoui, Amnesty International’s Middle East and North Africa Deputy Director.   “The authorities claim they acted in self-defence but the rising death toll and the images of demonstrations suppressed by the security forces cast serious doubt on this version of events.” The death toll was reportedly highest in Kasserine, where Amnesty International has recorded 13 people killed in two days. Four protesters were reportedly shot dead in Kasserine on Saturday. Then on Sunday, according to testimonies collected by Amnesty International, security officers opened fire on demonstrators who had gathered for the funerals of a 17-year-old boy who had been killed the previous day, leading to the death of a further nine people. In a separate incident, at least five people were reportedly killed in Thala on Saturday, while five more were shot dead in Regueb, with many more injured. Amnesty International fears that the actual death toll might be higher as the fate of missing people becomes clearer. « It is essential that authorities disclose the instructions that are being given to officers in response to the protests, instructions which should be aimed at preserving human life, » said  Hassiba Hadj Sahraoui, « The authorities need to immediately launch thorough and impartial investigations into the deaths that have occurred, and  those found responsible for committing or ordering excessive use of force must be held responsible. » Protests have persisted in Tunisia since mid-December following the death of Mohamed Bouazizi, a 26-year-old unemployed university graduate, who committed suicide in the town of Sidi Bouzid when police confiscated his fruit and vegetable cart, taking away his only source of income. While many demonstrations started as non-violent, in some cases violence erupted, including stone throwing and acts of arson on government buildings. Mohamed Bouazizi’s desperate act sparked protests among Tunisians, including trade unionists, students, human rights activists and lawyers, who took to the streets demanding jobs, better living conditions and the end of corruption. The graduate’s death has also sparked a series of attempted suicides, several of which have been successful. Scores have reportedly been detained in the protests with authorities carrying out mass arrests and night raids. Among those targeted are lawyers, journalists, students and bloggers. The Tunisian authorities have sought to establish a media blackout on the protests, blocking internet access and closing email accounts of online activists. At least three bloggers are known to have been arrested: Hamadi Kloucha, Slim Amamou and Azyz Amamy. whose blog and Facebook page have been deactivated since he covered the clashes in Sidi Bouzid. A rapper, Hamada Ben-Amor – known as “El General” – was arrested at the same time but was released on Sunday. “The Tunisian authorities cannot thwart the emerging evidence of intimidation and violence being used against those merely exercising their right to freedom of expression. « The authorities must immediately release those detained solely for trying to speak out, including the three bloggers, » said Hassiba Hadj Sahraoui. International standards require that firearms are not used unless strictly unavoidable, and then only in order to protect life. Law enforcement personnel must exercise restraint, minimize damage or injury and respect and preserve human life. 


 Communiqué de presse du 10 janvier 2011

Situation en Tunisie : il faut sortir de l’impasse sociale et politique Communiqué commun Europe Écologie/  Les Verts et Tunisie Verte:


La contestation en Tunisie s’accroît. Ce week-end, une vingtaine de personnes ont été tuées lors de manifestations contre la politique du gouvernement de Ben Ali. La répression sanglante de la dictature tunisienne est insupportable. Un régime qui tire à balle réelle sur sa jeunesse ne doit plus être soutenu par les gouvernements européens. Dans le même temps, l’opposition agit. Quatorze associations et partis politiques tunisiens, dont Tunisie Verte, se sont associés dans une déclaration commune. Il est de temps de sortir de l’impasse sociale et politique qu’a provoqué la politique de Ben Ali en 23 ans de pouvoir ininterrompu. Tunisie Verte et Europe Ecologie / Les Verts s’associent à la douleur des familles des victimes de la dictature. La répression doit s’arrêter immédiatement. Tunisie Verte et Europe Écologie Les Verts demandent que les droits politiques et sociaux des Tunisiens soient reconnus, et que cesse la censure et les intimidations contre les médias tunisiens et internationaux. Les prisonniers politiques doivent être libérés et des élections démocratiques soient enfin organisées. Alors que l’ambassadeur de Tunisie au États-Unis a été convoqué par les autorités américaines, l’Europe, et en particulier la France maintiennent un silence coupable. Les propos du porte-parole du Quai d’Orsay appellant à l’apaisement, sont déconnectés de la réalité de la dictature tunisienne. La France, premier partenaire commercial de la Tunisie, doit faire pression sur le régime de Ben Ali. Le peuple tunisien a droit à la démocratie, à la justice et à la liberté. La dictature tunisienne et l’Union européenne ne peuvent plus lui refuser. Cécile Duflot, Europe Écologie / Les Verts Abdelkader Zitouni, Tunisie Verte Contact : (33)6 24 26 73 25


COMMUNIQUE DU MOUVEMENT ETTAJDID SUR LES EVENEMENTS DRAMATIQUES QUI SECOUENT LE PAYS

(Traduction de l’arabe)  


A la suite des derniers événements qui secouent notre pays depuis près d’un mois et qui ont atteint leur paroxysme les 8 et 9 janvier 2011 par le nombre très élevé et croissant de morts et de blessés dans les rangs des manifestants tombés sous les balles de la police dans nombre de villes tunisiennes, en particulier à Thala, Kasserine et Regueb, après Sidi Bouzid, Le Mouvement Ettajdid exprime sa colère et son indignation devant cette dégradation continue de la situation qui met en péril la sécurité du pays et sa stabilité. Face à l’échec patent et dramatique des politiques suivies jusqu’ici et à l’incapacité manifeste à répondre positivement aux aspirations de la société et aux demandes urgentes du peuple, de la jeunesse, des catégories défavorisées et des régions déshéritées, le Mouvement Ettajdid adresse solennellement au Président de la République, en tant que premier responsable de la sécurité du pays et des citoyens, un appel pressant pour qu’il prenne des décisions et arrête des mesures immédiates susceptibles de mettre un terme à cette escalade et de préparer le terrain à un traitement radical des véritables causes qui ont poussé le peuple, en particulier la jeunesse, à ce degré de colère et de protestation. Les plus urgentes à prendre doivent consister à  :   –    ordonner le retour de l’armée dans ses casernes, –         lever l’encerclement policier imposé au pays, –         ordonner aux forces de l’ordre d’observer une stricte retenue et de respecter la sécurité des citoyens, –         interdire le recours à la force et l’usage des tirs à balles réelles contre les manifestants, –         respecter le droit des citoyens à l’expression, y compris par des manifestations pacifiques.   Nous demandons également la constitution d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les responsabilités de certains appareils et certaines parties officielles et non officielles dans l’escalade qui a conduit à cette détérioration de la situation et à ce dramatique bilan sanglant.   Considérant la crise profonde dans la conduite des affaires du pays révélée par les événements en cours et par l’incapacité et la totale défaillance des institutions et des structures du pouvoir politique, y compris le parti au pouvoir, à faire face à cette situation,  Le Mouvement Ettajdid exige :   –         que soient rompus les liens organiques entre l’appareil d’Etat et les structures de ce parti, –         qu’un signal clair soit donné montrant que l’Etat appartient à tous les Tunisiens, que les intérêts immédiats et stratégiques du pays les concernent et que la construction de son avenir leur incombe à tous sans aucune distinction. Cela exige la convocation urgente d’une rencontre rassemblant, sur un pied d’égalité, toutes les forces nationales du pays : syndicats, composantes indépendantes de la société civile et partis politiques, sans aucune exclusive, afin d’établir, avec sérieux et responsabilité, un diagnostic de la crise actuelle dont souffre le pays dans tous les domaines, et de trouver des solutions aux problèmes les plus cruciaux, au premier rang desquels figurent la question du chômage, les disparités régionales, le mode autoritaire de gestion des affaires publiques et la paralysie du système politique, ainsi que la corruption, l’utilisation du pouvoir et de la proximité des centres de décision à des fins d’enrichissement arrogant et illicite.   Le Mouvement Ettajdid exprime ses sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes, ainsi que sa solidarité agissante avec nos concitoyens des différentes régions. Il appelle avec insistance l’ensemble de notre jeunesse pour qu’elle exerce son droit de manifester son mécontentement et d’exprimer ses revendications par tous les moyens légitimes et pacifiques, afin de garantir les chances d’une solution effective de la crise et de préserver leur vie, qui représente l’avenir de la Tunisie.                                                                              Tunis, dimanche 9 janvier 2011                                                                              Pour le Mouvement Ettajdid,                                                                              Le Premier Secrétaire, Ahmed Brahim

 


COMMUNIQUE

FORCE OUVRIERE dénonce la répression du mouvement de protestation en Tunisie et soutient le mouvement syndical tunisien


La CGT FORCE OUVRIERE apporte son soutien au mouvement syndical Tunisien face aux évènements qui se sont déroulés durant le mois de décembre 2010 et dénonce l’atteinte répétée aux droits et libertés fondamentales par les autorités tunisiennes. Trois ans après les événements de Gafsa, la région de Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, est depuis le 17 décembre en proie à une flambée de colère dont les causes, comme à Gafsa, sont principalement le chômage et l’absence de développement. La tentative de suicide d’un jeune diplômé vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu a été l’élément déclencheur d’une vague de manifestations dans la région qui ont donné lieu à des arrestations en masse. Les affrontements les plus violents se sont produits à Manzil Bouziane où un jeune manifestant a été tué par balle et ont provoqué une dizaine de blessés. Le 27 décembre, des centaines de syndicalistes de l’UGTT, principalement de l’enseignement, des services se santé, de la poste et des télécommunications se sont rassemblés devant le siège de la centrale à Tunis. Les manifestants étaient cernés par un important dispositif de sécurité dont des unités anti émeutes. La CGT FO souligne les efforts du mouvement syndical tunisien pour empêcher l’usage de la manière forte face à ces mouvements de protestation spontanés. La CGT FORCE OUVRIERE soutient la revendication de l’UGTT pour l’ouverture d’une négociation pour un développement durable créateur d’emplois de qualité et géographiquement équilibré. La CGT FORCE OUVRIERE dénonce la répression brutale et appelle le gouvernement Tunisien à respecter et garantir les libertés individuelles et collectives dont celle de manifester pacifiquement, demande la libération de toutes les personnes arrêtées durant cet épisode mais également durant les émeutes de Gafsa en 2008 ainsi que l’amnistie et la réintégration dans leur emploi des ex-prisonniers du bassin minier de Gafsa et de tous les condamnés. Paris, le 4 janvier 2011 Contact :      Andrée THOMAS Secrétaire Confédérale ( 01 40 52 83 30 7 01 40 52 83 34  8 andree.thomas@force-ouvriere.fr


 

Violences en Tunisie : « Un ras-le-bol généralisé au sein de la population »


Plus de trois semaines de révolte, un week-end sanglant qui s’est soldé par la mort de 27 manifestants selon l’opposition et14 selon le gouvernement, la Tunisie vit actuellement une contestation politique, économique et sociale sans précédent depuis les années 80. L’embrasement est parti, au sens propre comme au figuré, de l’immolation d’un jeune vendeur de fruits et légumes à Sidi Bouzid, dans le centre du pays, le 17 décembre. Depuis, le mouvement de révolte contre le chômage et le coût de la vie ne cesse de se répandre en Tunisie. A quoi peut aboutir ce mouvement de protestation ? Comment interpréter le silence des autorités françaises ? Contactée par Le Post, une chercheuse et enseignante franco-tunisienne nous apporte son point de vue. Ayant déjà fait l’objet d’intimidations, elle préfère nous répondre dans l’anonymat. Pourquoi la situation a-t-elle explosé maintenant ? Y-a-t-il un élément déclencheur ? « La situation actuelle suit l’évolution des choses. En Tunisie, la politique sociale mise en place parBourguiba (homme d’Etat tunisien ayant mis fin à la monarchie pour proclamer la république en 1957) a été détricotée progressivement par son successeur Ben Ali, et de manière plus flagrante encore ces dernières années. Selon moi, deux éléments ont eu un rôle prépondérant : le 11 septembre 2001 a laissé croire à la Tunisie qu’elle était à l’abri du regard critique de l’Occident et la crise a balayé le peu qu’il restait de politique sociale dans le pays. Ces deux éléments s’inscrivent dans un ras-le-bol généralisé au sein de la population. La jeunesse, davantage touchée par le chômage, est révoltée, mais pas seulement. Toutes les catégories, et même des corporations bien précises – comme les avocats – sont mécontentes. » Est-ce pour cette raison que le mouvement de colère perdure, trois semaines après les événements de Sidi Bouzid ? « Non seulement toutes les catégories sociales sont touchées, mais il y a aussi une étendue géographique du mouvement, qui s’est propagé à de très nombreuses villes. Elles se situent principalement dans les zones enclavées, qui ne sont favorisées ni par le littoral ni par le tourisme. Auparavant, l’espoir pour les jeunes de ces zones était de partir. Mais les contrôles sont devenus très importants. L’ailleurs est devenu impossible au niveau de l’Europe. Quant aux pays du Golfe, qui accueillaient autrefois certains jeunes, ils préfèrent désormais recruter en Asie. Les jeunes Arabes éduqués risquent de leur poser des questions politiques. » Outre la répression policière, quels sont les moyens de pression du gouvernement tunisien ? « Une personne que je connais et qui est sur place ne veut pas répondre à mes questions par téléphone. Des écoutes arbitraires peuvent tout à fait être mises en place. Le gouvernement peut aussi avoir recours à des méthodes d’intimidation ‘classiques’, comme le placement d’une voiture banalisée, avec deux policiers à son bord, en face de chez vous. Ainsi, tout le monde a peur de venir vous voir, par exemple un médecin ne se déplacera pas si vous êtes malade. Si quelqu’un se présente à votre domicile, sa plaque d’immatriculation est relevée. » A quoi peut aboutir le mouvement de contestation actuel ? Ben Ali peut-il être renversé ? « Il y a plusieurs scénarios possibles. -Soit le pays sombre dans la violence, le chaos; c’est ce que je redoute le plus. -Soit le pouvoir décide de changer radicalement sa manière de gouverner, ce dont je doute fortement. Les dirigeants ne savent pas faire autrement, ils n’en voient pas l’intérêt et ils n’ont pas d’acteurs pour le faire; or comment devenir une démocratie sans démocrate ? -Autre scénario possible, l’intervention de l’armée, pour rétablir l’ordre ou pour prendre le pouvoir. -Enfin, il peut y avoir un changement à la tête du pays. Un membre de l’actuelle majorité pourrait se mettre en rupture par rapport au pouvoir en place. Mais pour que cela fonctionne, il lui faudra le soutien de l’étranger, notamment de la France, de l’Union européenne et des Etats-Unis. Je doute que l’opposition politique puisse vraiment renverser le pouvoir, parce qu’elle est très faible, peu structurée et qu’elle ne vit que sur la dénonciation. Son fond de commerce est de dénoncer les abus du pouvoir en place mais elle n’a pas de projet porteur à proposer ». Comment interpréter le silence des autorités françaises depuis le début des troubles ? « Pendant très longtemps, la France a refusé de regarder la Tunisie. Elle considérait que c’était un pays stable, qu’il ne s’y passait rien, et qu’il n’y avait donc aucune question à se poser. Il y a une grande méconnaissance de ce pays, y compris au niveau académique. Aujourd’hui, le silence de la France est assourdissant. Elle met l’accent sur Al-Qaïda mais ne fait pas le lien entre une jeunesse désemparée et les troupes qui viennent grossir les rangs des extrémistes. Or quelle différence y-a-t-il entre s’immoler et se faire exploser ? Aucune. D’autre part, la France a perdu son autorité au Maghreb. Et selon moi, elle a tout fait pour la perdre. Lorsqu’elle ouvre une université, elle le fait en Egypte, pas en Tunisie. Le silence de la France est embarrassé et coupable. Ce qui est possible, c’est que si Ben Ali n’est plus au pouvoir, on assiste à une arrivée massive de jeunes Tunisiens en France. Et ça, je ne suis pas sûre que notre pays en ait très envie ».  

 

 

Sources : Le Post, Le Nouvel Obs

http://www.lepost.fr/article/2011/01/10/2365651_violences-en-tunisie-le-silence-de-la-france-est-embarrasse-et-coupable.html


LECTURE DANS UN DISCOURS D’ADIEUX

Ben Ali ment, menace, persiste et signe


PAR SLIM BAGGA La mine livide malgré le maquillage, la langue incertaine, c’est un Zinochet fatigué qui est apparu à la télévision. Un Ben Ali des mauvais jours, des jours de deuil, d’enterrement. Chacun a les siens. Mais Zinochet n’y croit plus lui-même; finies l’illusion, les illusions. Reste l’illusionniste! Lui-même pas convaincu de sa prestation. 15 minutes de mensonges, de menaces, de dénégations. Lui qui sait tout sur tout le monde savait pertinemment que cet après midi encore, ses posters géants à la Kil Il Jong sont piétinés dans les artères tunisiennes du nord au sud du pays…Lui qui n’écoute personne que Zinochette, mais qui espionne le monde entier au téléphone et via l’internet n’ignorait pas en ânonnant que les carottes sont cuites. Alors, il ment; il rement, il « sur-ment »; il menace, il pointe du doigt les « haineux », « les jaloux de ses réussites »; il amadoue les parents et les met en garde contre la manipulation de leurs enfants par les comploteurs de l’étranger…et bla bla bla , et bla bla bla. Mais ça n’impressionne plus personne! Je commence déjà à le regretter cet assassin de mes concitoyens, ce voleur de mon pays, ce violeur de tous les droits. C’est déjà une page qui se tourne! Et ces congratulations du colonel Kadhafi! C’était émouvant: et pour cause, c’est le seul fou qui lui reste au monde et peut-être bien, paradoxalement, celui le plus pressé de le voir déguerpir tant son obsession d’empocher la Tunisie est vivace… Je ne vais pas énumérer les mensonges de Zinochet d’aujourd’hui. Ils font, pour moi, partie de la ritournelle depuis 23 ans. J’en citerais, cependant, un,  grossier, grotesque, peut-être en guise de coup de grâce. Il a évoqué le coût de l’enseignement pour créer des chômeurs: 1, 7 milliard de dinars. C’est énorme pour tout un secteur et aussi vital. Mais c’est aussi le prix exact de l’acquisition par Sakhr El Materi, la semaine dernière, de Tunisiana. 600 millions de dinars et en devises ont déjà quitté la Tunisie le 5 janvier, à titre d’accompte, pendant que les balles des unités spéciales de ce meurtrier perforaient les torses de gamins entre 12 et 25 ans. Tandis que le reste, soit 1,1 milliard de dinars sera financé par un prêt sur le marché international avec la garantie de l’Etat. Que ne ferait encore pas l’Etat pour Sakhr Ben Félon Moncef Materi? Où a-t-on vu se réaliser des montages financiers d’entreprises privées avec l’implication de l’Etat et des devises publiques? Où sinon dans la République des Ben Ali-Trabelsi? Alors, arrrêtons les élucubrations. On en est aujourd’hui à plus de 90 morts; le pays s’embrase et réclame le départ de cette pègre. Et cette pègre continue de saigner ce qui reste encore à saigner. Menacez alors, menacez encore! On peut bien vous tolérer ces derniers cris inaudibles. On vous doit bien ça, Vous allez tellement nous manquer… Salut Zinochet! A la prochaine fois! Au tribunal pénal Inchallah!!! SLIM BAGGA


LE PEUPLE A VOTE DANS LA RUE: C’EST A LUI DESORMAIS DE CHOISIR


par SLIM BAGGA Pour la première fois depuis un quart de siècle, le peuple a voté dans la rue. Il n’a certes pas voté pour choisir ses représentants, mais il a massivement choisi ceux dont il ne veut plus, ceux dont il voudrait tourner au plus vite la page noire qui a marqué son histoire. Ces centaines de milliers de cadres au chômage, ces jeunes sans perspectives, ces pères de familles qui ne s’en sortent plus, engloutis dans les dettes qui ont tant regardé, impuissants, l’étalage ostentatoire de richesses mal acquises par un clan mafieux ont dit leur dernier mot: ces dirigeants mafieux, cette pègre doit s’en aller…faille-t-il réclamer leur départ en s’immolant par le feu! UNE CLASSE POLITIQUE EN DECALAGE Or, les dernieres émeutes qu’a connues le pays ont aussi démontré les limites et le décalage entre une classe politique (opposition et société civile) censée les représenter et leur offrir un discours nouveau, et les aspirations d’un peuple baîllionné, asservi, sous-représenté à force d’être mal représenté sinon pas du tout représenté. Là aussi, ce peuple a choisi et réclamé haut et fort sa dignité, sa liberté. Il veut qu’on le traîte en citoyens libres et responsables, en peuple adulte capable de faire des choix. Ceux qui ont été de tous les partis, de toutes les orientations, de toutes les associations voire de tous les comités de soutien, sont-ils dignes, seront-ils dignes d’écrire la nouvelle page de l’Histoire de la Tunisie? Personnellement, j’en doute fort car je sais d’expérience aujourd’hui qu’ils ne changeront point. Après avoir oeuvré des années pour eux-mêmes, composé avec ce pouvoir tyrannique au gré des vents, frappé d’excommunication les forces nouvelles qui sortent du lot, le temps est venu pour qu’ils prennent enfin une retraite nécessaire, en somme qu’ils aillent cultiver leur jardin! Je sais que mes propos vont faire hurler « ces loups » de la politique; je sais que d’autres l’applaudiront: c’est selon que l’on s’y reconnaîtra ou que l’on ne se sentira pas concerné par eux. Mais qu’importe, puisque s’il est un régime coupable d’avoir laminé l’opposition et muselé la société civile, ceux qui sont tentés de récupérer aujourd’hui le cri de douleur d’une jeunesse et d’un peuple n’en sont pas moins responsables de l’état de déliquescence des libertés. A force d’avoir quémandé celles-ci auprès d’un tyran qui ignore jusqu’à leur signification, ils en sont devenus les complices. Car les libertés, la liberté ne se donnent pas: elles s’arrachent!!! Et lorsque j’entends ce bâtonnier de l’ordre des avocats ou ce président liguiste ou encore la direction de l’UGTT appeler « les Autorités à réformer », je ne peux m’empêcher de zapper avec la conviction qu’ils n’ont rien compris au message du peuple, trop calculateurs ou trop mous qu’ils sont. Et pour cause: nul n’ignore aujourd’hui que la population, dans son écrasante majorité, réclame le départ de Ben Ali et de sa famille et non qu’il réforme. Il n’y a plus rien à réformer avec cette junte mafieuse; le peuple n’attend plus rien d’elle. C’EST A CES JEUNES ET A CE PEUPLE DE CHOISIR C’est pour ces raisons objectives, et non quoiqu’on en dira pour des raisons d’humeur ou de personnalisation, que je pense que nul n’a le droit de voler aux jeunes, aux chômeurs, au peuple leur lutte actuelle pour la liberté et la dignité. C’est à eux, ces jeunes, ce peuple, et eux seuls de se prononcer pour faire appel à leurs représentants et de les choisir dès maintenant. Des hommes et des femmes courageux, intègres, intransigeants sur les principes, n’ayant jamais failli existent au CNLT, au CPR, au sein du POCT, et même au sein de la mouvance islamiste. Ils sont capables, aptes à représenter les Tunisiens dans leur ensemble, remettre notre pays en marche, loin des divisions et des déchirements.  Et surtout prémunir cette jeunesse, qui a payé de sa vie sa dignité et sa liberté, aussi bien des tyrans sanguinaires et mafieux que des girouettes qui ont longtemps tourné plus vite que le vent… SLIM BAGGA


 

L’Intifadha de Sidi Bouzid est spontanée mais elle a hissé très haut la bannière de la résistance


29 décembre 2010
 
L’Intifadha de Sidi Bouzid a démarré en réaction au suicide du jeune Mohammed Bouazizi qui s’est immolé par le feu après s’être vu interdire par les services municipaux d’exercer une activité marginale mettant sa famille à l’abri de la faim,-alors qu’il est lui-même chômeur et titulaire de diplômes scientifiques-, au prétexte que son activité n’était pas légale. Cet événement a été suivi deux jours plus tard du suicide d’Houssine Felhi qui s’est jeté d’un pylône et est mort sur le champ. L’étincelle de la colère s’est propagée aux villes voisines (Meknessy, Menzel Bouzaiene, Jelma, Rgueb, Souk El Jadid, Sebbala).

La vague de protestation se caractérise, du fait de la répression, par son caractère violent ; dans la plus part des cas il s’agit d’affrontements directs de la jeunesse révoltée et vindicative avec les forces de la police qui poursuit dans la voie de la répression et qui en vient à tirer à balles réelles sur les protestataires, comme cela a été le cas à Menzel Bouzaïene, tir qui a fait une victime, le jeune Lotfi Laamari, martyr de cette ville.

L’intifadha des citoyens de Sidi Bouzid et son extension très rapide aux villes voisines, qui en dépendent administrativement, -ainsi que le niveau de la répression qui a accueilli ces protestations- ont été à l’aube d’une vague de soutien qui a submergé la plupart des villes du pays. Il s’agit de protestations, qui, si elles n’ont pas encore l’intensité de celle de Sidi Bouzid, y sont du moins candidates et dans nombre de villes comme Kasserine, Jendouba, Le Kef, Gafsa, Feriana, Tala, Jbiniana et d’autres comme celles villes du bassin minier.

L’immolation de Mohammed Bouazizi et l’électrocution d’Houssine Felhi ne sont que la goutte qui a fait déborder le vase, dans un océan de colère accumulée face aux politiques du pouvoir. Les raisons en sont nombreuses et variées et n’attendaient que l’étincelle pour exploser.

Dans une région considérée comme la plus pauvre des villes de l’intérieur, le fait d’être un bastion du parti au pouvoir ne l’empêche pas d’être la région au plus fort taux de chômage des diplômés, d’être la dernière région en terme de chiffres observés de développement régional, ou encore d’être en tête de la liste des régions en terme de taux de pauvreté, de marginalisation, d’exclusion et d’injustice. La région a pâti depuis l’époque bourguibienne de cette injustice, approfondie après le coup d’Etat du 7 novembre et qui s’est renforcée avec la crise qui a frappé la société à cause de la politique d’ajustement structurel des liens avec l’économie de marché, ces politiques imposées par les banques mondiales et les associés européens.

Les causes de l’Intifadha, de façon générale, ont à voir avec le fait que le pouvoir a persévéré dans la voie de la restriction des libertés politiques pour le citoyen ; cela a été concomitant de l’échec des politiques en place et ce à tous les niveaux, qui s’est approfondi notoirement dans la dernière décennie, surtout dans les régions de l’intérieur.

L’absence de perspectives politiques et sociales, le renforcement du joug répressif du pouvoir et la confiscation des moindres droits élémentaires du citoyen, l’approfondissement de la paupérisation, de la marginalisation, du chômage et des disparités régionales dans le développement, l’acharnement du pouvoir à couvrir cette injustice par des rafistolages dépassés et formels, sont à l’origine des diverses explosions sociales des trois dernières années en Tunisie dans les régions les plus pauvres et marginalisées, comme la région du bassin minier, la région de Ben Guerdane et la région de Sidi Bouzid.

 Une Intifadha spontanée mais qui a hissé très haut la bannière de la résistance

L’intifadha de Sidi Bouzid qui a démarré de façon spontanée semble aujourd’hui capable de continuer et de résister face à la répression noire à laquelle elle fait face ainsi qu’au niveau de la réalisation des revendications portées par les masses insurgées, surtout après que le pouvoir ait annoncé par un message clair qu’il n’avait pas de solution sinon la répression et la poigne de fer. Divers éléments retiendront l’attention de l’observateur : on a une opposition au pouvoir qui se radicalise, lequel pouvoir n’a que la répression et des solutions formelles à opposer aux revendications des masses et qui ne traiteront pas les origines des problèmes de même que les promesses fulgurantes ne parviendront pas à faire cesser la protestation. Et quand bien même le pouvoir parviendrait à l’éteindre maintenant, il ne pourrait l’empêcher de reprendre, non seulement à Sidi Bouzid, mais dans toutes les régions marginalisées et paupérisées.

Lepremier élément important dans l’intifadha de Sidi Bouzid est la rapidité de l’extension du mouvement de protestation, puisqu’en trois jours, il a englobé la plupart des villes avoisinantes du centre du gouvernorat d’où a jailli l’étincelle initiale de l’Intifadha. C’est une donnée nouvelle par rapport à la plupart des protestations antérieures, restées cantonnées, et qui ne s’étaient pas étendues. C’est un facteur sur lequel le pouvoir comptait toujours pour épuiser le mouvement, l’encercler, le réprimer ou le détruire de l’intérieur et imposer des solutions frelatées ou des promesses mensongères, à l’instar de ce qui s’est passé pour le bassin minier il y a deux ans ou à Ben Guerdane l’année passée.

Lesecond élément important également est la rapidité de la vague de soutien et de solidarité avec les citoyens révoltés de Sidi Bouzid et de dénonciation de leur répression par les appareils de police. Cette vague a secoué de nombreuses villes qui ont vu des mobilisations de soutien dont on ne peut croire qu’elles ne soient motivées que par le souci de solidarité. En réalité il s’agit de l’expression par ces masses de leur refus de la situation qui leur est faite. C’est une donnée nouvelle qui nous donne à croire que nous allons vers une accumulation débouchant sur une intifadha globale dans le pays. C’est un développement de la situation où jusqu’à ce jour, la situation évolue spontanément, sans direction politique ou locale, excepté des formes d’auto organisation embryonnaires de la résistance créées par des citoyens ici et là, et c’est particulièrement le fait de la jeunesse la plus à l’initiative, résistante, active et déterminée à poursuivre la mobilisation et affronter la violente répression qu’oppose le pouvoir à toutes les manifestations.

Quant au troisième élément important dans l’Intifadha de Sidi Bouzid en particulier et dans l’ensemble des mouvements qui ont eu lieu et se poursuivent, -même si c’est de façon discontinue-, c’est l’unité des slogans scandés par les protestataires dans toutes les manifestations, et les rassemblements ainsi que leur radicalité. A l’origine, il s’agissait de revendications ayant trait au droit à l’emploi et à l’équité dans le développement entre les régions, et nous entendons scander des slogans relatifs aux libertés démocratiques comme le droit de s’exprimer de manifester, la dénonciation de la corruption, la revendication du départ de Ben Ali et la chute du parti au pouvoir, tous slogans qui lient le social et le politique, et qui n’avaient pas cours dans les mobilisations précédentes.

Quant au quatrième élément important, c’est que le mouvement des masses a dépassé le programme du mouvement politique opposant en général de son extrême gauche à son extrême droite, qui ont été incapables sur des décennies de faire le lien entre les revendications sociales et les revendications politiques et de considérer que les revendications sociales étaient un levier pour les revendications politiques. C’est pourquoi ce mouvement politique est resté isolé des masses et incapable de s’ancrer en leur sein. Il est resté replié sur lui-même, ne dépassant pas dans son opposition le niveau de la lutte pour les droits, l’humanitaire et l’électoralisme.

Lecinquième élément est l’importance de la jeunesse en général et plus précisément celle des diplômés chômeurs et la capacité de ces derniers à résister et à poursuivre la mobilisation en dépit de la répression violente. C’est une catégorie dont les événements ont démontré l’importance face au pouvoir eu égard à sa base radicale et résistante.

 Les perspectives de l’Intifadha

Même si l’Intifadha de Sidi Bouzid a éclaté spontanément et s’est élargie dans une situation et un rapport de forces dégradé évidemment en faveur de la dictature, ainsi qu’en l’absence totale de direction capable d’organiser les mouvements, de les unifier et de les faire progresser jusqu’à la satisfaction des revendications des masses, on est autorisé cependant à dire qu’il y a des possibilités sur lesquelles on peut parier pour dépasser cette faiblesse inhérente à toutes les mobilisations si les militants actifs, les syndicalistes radicaux et tous ceux à qui a incombé d’organiser les mouvements qui ont eu lieu dans les sièges de l’Union Générale Tunisienne du Travail en dépit de l’opposition de la bureaucratie, ainsi que les jeunes diplômés chômeurs, la jeunesse étudiante et lycéenne, constituent des comités de l’Intifadha en tous lieux dont la mission sera d’organiser les mouvements de les unifier, de les poursuivre et de les coordonner avec d’autres régions.

Nous le disons car nous savons que lorsque explosent des intifadhas ou des protestations nombre de problèmes qui étaient de simples idées portées par ceux qui en avaient une conscience avancée se transforment en questions pratiques brulantes posées par une masse importante et ils requièrent des solutions pratiques et non des paroles ou des slogans.

Tous les indicateurs mettent en exergue l’élément absent dont les conséquences seront négatives dans la poursuite du mouvement et sa radicalisation, c’est l’organisation. Il est possible de dépasser ce point comme nous l’avons indiqué. Et nombre de signes indiquent que les protestataires n’ont plus confiance ni dans les cadres officiels dont ils savent qu’ils sont responsables de toutes les politiques d’injustice, ni dans l’opposition politique dont ils savent qu’elle ne se préoccupe pas d’eux et les délaisse à chaque fois que la barre est mise haut, tant au plan social que dans la radicalité.

Travailler à réaliser cette tâche aujourd’hui poussera vers l’avant toutes les activités politiques de l’opposition démocratique et des structures de la société civile en soutien à l’Intifadha. Elles se trouveront alors enclines à radicaliser leur solidarité et ne se contenteront plus de pondre un communiqué de dénonciation et de revendication mais passeront au niveau supérieur, celui de la mobilisation et du mouvement sur le terrain.

L’émergence d’une structure de direction de l’Intifadha dans chaque région radicalisera l’action de ces comités qui se sont auto proclamés comités de soutien et dont nous n’avons pas entendu ou vu jusqu’à aujourd’hui qu’ils aient pris une initiative concrète dans le sens d’un appui réel à l’Intifadha si ce n’est des communiqués et des déclarations médiatiques qui s’en tiennent à l’analyse et l’identification.

Les masses peuvent à tout moment se dégager de la peur du pouvoir et des appareils de répression de l’Etat. Elles le feront lorsqu’elles auront confiance dans leurs propres forces et se seront unifiées autour de leur revendication. Cette conscience dont les masses ont besoin, elles ne la trouveront ni dans les livres ni dans les communiqués, c’est une conscience qui s’acquiert dans la pratique de terrain, dans la rue, en arrachant leurs droits, et c’est ce qui est train de se produire.

Ce moment qui sépare la conscience de la pratique, il faut le radicaliser en dépassant l’obstacle de l’organisation car c’est par elle seulement que les masses pourront se muer en un bloc compact difficile à détruire ou à faire s’agenouiller, même si son activité devait décliner ou s’éteindre à cause de la répression, ce ne serait que passager et rapidement, elle reprendrait, l’audace serait à nouveau de plus en plus forte et plus forte que par le passé.

En conclusion, on peut dire que si cette tâche n’était pas réalisée, la situation serait candidate à la fin de l’Intifadha par la répression et le dernier discours du pouvoir constitue un message clair. Le choix de la répression est le seul pour lequel il puisse opter.

Béchir Hamdi Sidi Bouzid 29 décembre 2010

* Traduction Luiza Toscane – ni revue ni corrigée par l’auteur de la version en arabe.

(Source: « Europe Solidaire » le 29 decembre 2010)

Lien: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article19738


Autopsie d’un régime de renseignement

10 Janvier 2011 ParTaoufik Ben Brik

Edition : Les invités de Mediapart

« Une seule fois je restai muet.

Ce fut quand un homme me demanda : « Qui es-tu ? » »

Gibran Khalil Gibran

————-

Raconte-moi une histoire. N’importe quelle histoire. Même une histoire à ne pas lire la nuit et surtout pas le jour. Une histoire qui raconte une rencontre redoutable qui te glace le sang. C’est tout bon, je t’écoute.

 Léger et frais, je me sens apaisé. Dans ma caboche, il y une pluie qui fait monter l’odeur de la terre, un parfum de blé et de mer, l’odeur des aisselles de ma mère. Un automne anglais, un ciel lumineux d’une lumière d’abat-jour, une mélancolie ailée. Une ballade à travers les ruelles de ton enfance, une tristesse sécurisante, une nonchalance enveloppée d’un gilet en laine bleu féminin. Comme dans ces villes, tout en escaliers, perchées entre ciel et terre et où les rayons du soleil te font larmoyer. Comme une chemise blanche, amidonnée, repassée, qui tombe éclatante, comme le sourire d’un nouveau-né. Les Anciens disent: « (…) et à ce moment là, c’est venu… quelque chose d’unique… qui ne reviendra plus jamais de cette façon, une sensation d’une telle violence qu’encore maintenant, après tant de temps écoulé, quand amoindrie, en partie effacée elle me revient, j’éprouve… mais quoi ? quel mot peut s’en saisir ? pas le mot à tout dire : « bonheur », qui se présente le premier, non, pas lui… « félicité », « exaltation », sont trop laids, qu’ils n’y touchent pas… et « extase »… comme devant ce mot ce qui est là se rétracte… « Joie », oui, peut-être… ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger… mais il n’est pas capable de recueillir ce qui m’emplit, me déborde, s’épand, va se perdre, se fondre dans les briques roses, les espaliers en fleurs, la pelouse, les pétales blancs et roses, l’air qui vibre parcouru de tremblements à peine perceptibles, d’ondes… des ondes de vie, de vie tout court, quel autre mot ?… de vie à l’état pur, aucune menace sur elle, (…)» (1)

Se sentir chez soi, boire un thé, s’affaisser sur un canapé, laisser ses cheveux mouillés… La paix qui s’installe après la mise à l’épreuve ? Non, c’est l’apaisement de celui qui jette l’éponge avant même d’avoir relevé le pari. C’est un garnement pour qui l’école est une galère, et qui un matin parvient à convaincre ses parents qu’il est mal en point et qui finalement reste au lit. Une sensation de soulagement. Elle sera brève. Très vite on est envahi par ses démons, l’angoisse de celui qui se débine. Il faut tout rattraper, remonter la pente. Pour ce moment de relâchement, on ne te lâchera pas, toi non plus.

Tu provoques ton propre « Ouf » pour ne pas partir dans tous les sens. Quand tout s’entremêle, quand tu n’as pas les moyens de dénouer la corde, quand c’est un embouteillage de questions sans réponses et de réponses sans questions, tu te neutralises. Alors la machine se débranche d’elle-même. Tu te court-circuites pour éviter de disjoncter. Le sommeil survient pour ordonner une halte aux tourments, pour reléguer ton vigile au fin fond de ta chambre bleue.

Ils m’ont refilé un dossier, ça va faire plus d’un an : 120 boîtes d’archives, 3224 livres, 543 heures d’écoutes téléphoniques, des kilomètres de télécopies, des cartons de coupures de presse, 77 cassettes vidéo, et un amoncellement de rapports rédigés par les voisins, les cousins, l’épicier, le cafetier, le vendeur de journaux à la criée, le cireur, la femme de ménage, le gardien de l’immeuble, le jardinier, le chauffeur de taxi et une prostituée qui s’est rappelée, il y a longtemps, lui avoir filé la syphilis. Je connais tout de cet homme, la marque de sa brosse à dent, le jour de sa circoncision, ses plats préférés, les jours qu’il a fêtés, le nombre de ses souliers, le cercle de ses amis, son dossier médical et ses caries, ses bulletins scolaires, ses factures d’eau et de gaz, les souches de ses chéquiers, ses itinéraires, son arbre généalogique qui remonte jusqu’à son aïeul, un bédouin du Yémen, chiqueur de quat et adorateur de Houbal, le dieu d’avant dieu. J’ai 7000 photos de ses 2 enfants, de sa femme légitime et de ses concubines, de ses 12 frères et sœurs, de ses 99 cousins et cousines, jusqu’aux 101 dalmatiens qui un jour ou l’autre l’ont salué par mégarde.

Je l’ai poursuivi à travers ses hobbies, ses odeurs, ses prophètes et ses maudits, l’amas et le fatras de sa vie, j’ai imité ses gestes, ses manières, j’ai volé ses goûts. Je vois ce qu’il voit, j’entends ce qu’il entend, je parle comme il parle, je n’ai plus de vie hors sa vie. Une parfaite doublure. La poursuite d’un sosie, une cible mouvante en plein pèlerinage autour de la Ka’ba à La Mecque que Dieu le Miséricordieux plein de miséricorde a placé « sur un site difficile, pierreux, au plus bas, dans une terre dure, au fond d’une vallée étroite, entre des montagnes arides, secouée par les vents de sable, près des sources avares, isolée là où nul troupeau ne peut s’épanouir» (2). Tu es pris dans un tournoiement mystique. Une danse de Derviche Tourneur. Tu es happé par le trou noir. Dans mon ciel, il y a un torrent, dans mes terres, une course de bisons fous. C’est la perdition, l’errance dans le Sahara, le labyrinthe arabe. Dès que je m’approche, il s’évanouit. C’est comme un mot que tu as sur le bout de la langue et que tu ne peux pas proférer, une sensation volatile que tu ne peux pas nommer, un air que tu ne peux pas fredonner. Je suis épuisé. L’Exil et le Royaume.

Je suis l’agent Ben M’barek, officier des Services Spéciaux. J’appartiens à un corps qui surveille, épie les errements des âmes. Il y a un département poésie, un département cinéma, un département littérature, un département arts traditionnels et folkloriques, un département mass-média, un département arts plastiques, un département musique et danse. La Direction Générale des Services Spéciaux (la DGSS) se trouve au troisième étage  de la Dakhilia, le sinistre ministère de l’Intérieur. Cette bâtisse au cœur de la principale artère occupe plus de trois hectares, dix-sept kilomètres de couloirs, mille deux cents marches d’escaliers, deux mille bureaux et geôles. La DGSS est juste au-dessus des bureaux administratifs, l’épicentre de la Sécurité, de la Direction Générale des Frontières et des Etrangers et de la Direction Générale de la Garde Nationale. Les locaux des Services Spéciaux, là où se fait concrètement le travail de renseignement, d’analyse, de recoupement, de traitement et de montage, sont installés dans trois immeubles aux alentours de la rue Houcine Bouzaïenne, de la rue 18 janvier, et aux abords du cimetière El Jellaz. C’est là, au septième étage d’un immeuble anonyme, que la division Çad a ses quartiers. Çad est la quatorzième lettre de l’alphabet arabe, une consonne qui ressemble à un scorpion affublé d’une carapace bombée et au dard arqué. C’est le sigle du mot çila qui signifie « liaison ». C’est la division la plus redoutée, la clé de voûte du pouvoir de Renseignement. Personne n’y échappe, pas même les patrons de la Dakhilia ou nos omnipotents vizirs. Elle a un pouvoir au-delà du Tout Pouvoir.

Son champ d’intervention est sans limites : la béliomachie, l’élevage des autruches, la surveillance des Barbus, des Rouges et des Chiffes molles. Cette division n’a de compte à rendre qu’au Résident de Carthage. Chaque jour elle prépare la revue de presse, un aperçu de ce qui se passe dans le pays, de ce qui s’y trame. Elle informe le Palais, lui rend compte des dessous d’une émeute ou d’une grève, lui rapporte ce qui se dit dans les universités et les meetings, le renseigne sur tous les foyers de troubles : cafés, bars, clubs, hauts lieux de papotage des enfoirés et des têtes brûlées.

Le principal service de Çad est le Bureau des Sciences de l’Information. C’est un service créateur. Ses équipes sont spécialisées dans l’invention de blagues qui moquent ouvertement le Locataire de Carthage, la fabrication d’albums photos et de cassettes pornographiques qui font et défont les réputations, la confection des éditoriaux de nos quotidiens de caniveau, la falsification des documents. Des scénaristes, des fabulateurs créent des histoires fantasmagoriques et divertissantes pour faire diversion, lancer de mauvaises pistes et détourner l’attention d’une hausse du prix du pain, d’une augmentation des impôts, de licenciements massifs. Pour désamorcer la colère qui gronde, elle distille de faux espoirs. Il se dit alors qu’une libéralisation est dans l’air, qu’un remaniement ministériel est imminent. Lorsqu’il y a un regain de vitalité de la rue, elle insuffle le désespoir. Elle fomente des coups fourrés, pousse à la trahison, compose et recompose le microcosme, crée des dissensions et alimente la guerre des clans.

Mon premier et mon plus beau coup, celui qui m’a valu une ascension fulgurante au sein de Çad et la reconnaissance de mes pairs, c’est d’avoir lancé la vraie fausse nouvelle : avec 1 policier pour 70 habitants nous vivons dans un régime policier. Derrière l’énormité de ce chiffre, j’ai préservé la Raison d’Etat. Vous avez affaire à un régime de Renseignement. Il neutralise la parole. Il n’y a plus ni cris ni chuchotements, plus rien que des grognements. Nous sommes au-delà de «1984» de George Orwell (3). A nos yeux, une Novlangue serait suspecte. Articuler des mots est hors loi, la loi de Carthage.

La police et l’armée sont des corps compacts qui avancent comme des bourrasques. Elles dispersent les émeutes, encerclent des villages, exécutent des hommes, anéantissent et détruisent en paquets. Ce sont des machines aveugles qui marchent au pas, sans se soucier des terres qu’elles ont brûlées. Leur monopole de la violence s’impose comme une catastrophe naturelle. Le régime de Renseignement, en revanche, est sournois. Il feinte, il dribble, il s’insinue. Il combat sans règle, sans honneur, sans parole donnée. Il se cramponne dans les corps et les esprits. Il gouverne par l’auto surveillance, l’auto dénonciation, la veulerie, les coups bas, le faux-semblant. Les Anciens disent : « C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de Pensée. » (4) Une clique qui, chaque jour, déploie des trésors d’ingéniosités pour créer le malaise et acculer les Irrécupérables à tourner en rond. Diaboliquement habiles, jamais à court d’astuces, de procédés nouveaux, obstinément à l’œuvre. Çad accroît son efficacité chaque jour en propageant son venin à petites doses de telle sorte que la lenteur de cet empoisonnement prend en défaut la vigilance de la poignée de farfelus qui croient nous tenir tête. C’est le directoire du complot. On propage des informations qui paraissent authentiques et trompeusement vraies. Le BAba de notre métier est de retourner comme un gant un insoumis, d’en faire un renégat, un traître à la nation car « aucune opération de désinformation ne peut se dérouler sans diabolisation de l’adversaire. (…) La morale de la morale, c’est que la réalité n’a aucune importance, et qu’il suffit de bien pointer les canons de la diabolisation pour transformer en Belzébuth un coquin assez ordinaire» (5). Et à ce jeu, on gagne à tous les coups. C’est la nomenclature du Renseignement. C’est la caste des seigneurs, celle qui accapare et dispense honneurs et privilèges.

Vanité, non ! Sentiment de supériorité, si l’on veut. C’est ce que j’éprouve à l’égard de mes voisins, tous fonctionnaires ou petits commerçants. Tous les jours, quand je rentre à la maison dans ma Peugeot dernier modèle, les enfants s’arrêtent de jouer pour me laisser le passage. Et, tandis que je monte les escaliers, les femmes cessent de causer et baissent la tête. Tout l’immeuble ne prononce mon nom que précédé du nom de Si, titre qui indique la supériorité du rang. Je ne paye rien de ma poche. L’épicier, le boulanger, le boucher me donnent tout gratuitement. Bien sûr, j’ai toujours un gros billet de 30 dinars que les commerçants ne veulent pas monnayer. Et lorsque je suis à court de liquidité, je fais sortir mon fils à qui tout le monde glisse des billets de 5 ou 10 dinars sachant que c’est le père qui dévalisera la tirelire. A force de manger des bonbons et des gâteaux, mes enfants sont devenus obèses. Ma femme a grossi des fesses. Elle teint ses cheveux. Elle porte des lentilles colorées pour avoir les yeux les plus bleus. Ma femme gère et revend les présents. Elle reçoit les gens qui viennent solliciter un permis de conduire, une autorisation de construire, un passeport… Tout a un prix.

Comme je n’ai aucune envie de faire l’autopsie des grenouilles et de disséquer des souris blanches, j’ai répondu à une annonce de recrutement de bacheliers ayant des prétentions d’écriture et de lecture. Elle a été passée par la Dakhilia, sous le couvert d’une compagnie d’assurances. Je n’avais aucune idée du poste que je briguais : agent spécial des officines de surveillance.

J’ai bluffé mes examinateurs. Je crois que les deux bières que j’avais bu à jeun m’ont fait décoller la langue du palais. Et peut-être parce que d’emblée je partais perdant, vu mon C.V., j’étais libéré. Comme dans un récit de Mark Twain, « par un étrange accident de la chance, un accident qui n’arrive pas deux fois dans le siècle, il ne me fut posé aucune question qui dépassât les limites étroites du rabâchage» (6). J’étais, m’ont-ils dit, éloquent, impertinent… Excellent même, si j’ai bien entendu. Je me suis débrouillé avec des miettes qu’on me fournissait par ouï-dire et que je n’éprouvais aucun besoin d’approfondir. Je ne connais au fond aucune œuvre, ni aucun courant de pensée.

Devant le jury, cinq hommes et deux femmes, sorti tout droit d’un passé Mac Carthy, je citais Tahar Haddad, Ibn abi Dhiaf, des sources autorisées. Toutefois, je n’ai jamais entendu parler de Ibn Khaldoun ou de Ibn Roched. J’enchaînais mensonge sur mensonge. Lorsqu’ils m’ont demandé ce qui m’intéressait dans ces Ulémas que j’évoquais, j’ai répondu, laconique, par cette parade : « la sobriété, l’austérité de leur style sont portées jusqu‘au lyrisme et la précision engendre la poésie. » Lorsqu’ils m’ont demandé « quel est le personnage qui te fascine le plus ? », là j’étais dans le vrai, j’ai répondu sans hésitation Gouha, le Guignol de l’Orient. Je les ai eus sur toute la ligne lorsqu’ils m’ont demandé de raconter ma vie avec les mots, en reprenant à mon compte le mieux-dire des Anciens : «(…) ces mots qui vivent ailleurs… j’ai été les chercher loin de chez moi et je les ai ramenés ici, mais je ne sais pas ce qui est bon pour eux, je ne connais pas leurs habitudes… Les mots de chez moi, des mots solides que je connais bien, que j’ai disposé, ici et là, parmi ces étrangers, ont un air gauche, emprunté, un peu ridicule… on dirait des gens transportés dans un pays inconnu, dans une société dont ils n’ont pas appris les usages, ils ne savent pas comment se comporter, ils ne savent plus très bien qui ils sont… (…)» (7). Dernière épreuve : le débat-combat, une joute verbale, disputation entre les candidats. Mes alter-ego faisaient étalage de tout ce qu’ils avaient ingurgité sur les bancs. Ils maîtrisaient toutes les nuances du dialogue, de la rhétorique. Tels des joueurs d’échecs, ils raisonnaient avec méthode et combinaisons. Ils avaient une condition mentale d’athlètes, au top niveau. Et alors que mes challengeurs étaient aux aguets, et usaient de tout leur arsenal de connaissances, je ne savais pas qu’en répondant toujours à côté, usant d’un humour assassin, d’esquives et d’un silence trompeur, j’allais plaire, égayer la galerie. Pour le jury, j’étais de ceux qui utilisent la force de l’autre pour le plaquer sur le tapis. Ils m’ont dit : « Tu as fait de l’art martial. » J’ai dit : « Pourquoi, j’en ai l’air ? » Ils m’ont dit : « Tu te comportes en Yakusa. » « Ah bon. » J’ai réussi. Je correspondais aux exigences. J’étais roublard, plein de filouteries, médisant, mythomane, culotté et doué d’une nonchalance requise. Tout ce qu’il faut pour faire un flic du tonnerre.

A l’annonce de mon succès, je me rappelle bien, ma mère a lancé des youyous à faire réveiller les morts et mon père, habituellement réservé, a dansé le Fezani, lançant à gorge déployée des Douy ! Douy ! , imitant la salve des 21 fusils. J’ai caché mon émotion jusqu’au moment où les voisins, les amis, la famille se sont lassés de fêter l’incursion d’un des leurs dans le monde clos des gens non basanés. Et seul, sous un bigaradier, j’ai alors laissé échapper :, « Je les ai eus ! » Le cri de celui qui vient de marquer avec la main de Dieu.

Je n’ai pas fait, comme je le prévoyais, l’Ecole Supérieure de Police. On m’a tout de suite incrusté dans le monde opaque de Çad. On m’a initié sur le tas : filer, recruter une taupe, intoxiquer, rédiger des notes de synthèse, surveiller et prévenir les mouvements contestataires, empiler les tracts, obtenir et vérifier un renseignement, détourner le courrier, sonoriser un appartement, visiter la nuit par effraction les demeures, parler le langage des Barbus, des Rouges et des Chiffes molles. On étudie ce monde comme un ethnologue observe et étudie les mouches. Je n’en avais ni la patience ni la passion. J’ai amené toute une tribu, un voisin chômeur, un frère insomniaque, pour qu’elle dévore, me mâche toute cette prose indigeste, à te faire haïr le jour de ta naissance, et me fournisse un background pour meubler les étagères en jachère de ma cervelle de mammifère.

Au crépuscule, l’avenue Bourguiba, les trottoirs et les places adjacentes que les ficus bordaient naguère, ont foutu le camp. Il n’en persiste, comme un lointain souvenir, que le tournoiement en spirale des oiseaux qui n’ont plus d’arbres où accoster, et la Dakhilia, laide comme une verrue en bas d’un nez poilu. C’est un lieu qui suinte la guigne. Les agents se tournent les pouces et chassent les mouches. Ils se parlent une drôle de langue, un mélange entre les dialectes des différentes régions et le jargon policier. Qu’un suspect pointe son nez, il est aussitôt pris en filature, cuisiné. « Je m’appelle Lahmar » lance un agent, chasseur de Rouges. Les initiés entendent : « Laissez-le moi ! Je m’en charge. Je lui ferai avouer qu’il a forniqué dans les toilettes publiques avec sa mère. Et sa grand-mère s’il le faut. »  Ils font croire qu’ils ont tout le monde à l’œil, personne n’est à l’abri. Ils se surveillent entre eux. Dans le pays de la suspicion totale, tout le monde est louche. Petit à petit, ils s’éloignent de leurs habitudes. Ils ne sortent plus, ils ne reçoivent plus. Ils n’ont plus d’amis. Ils ne font plus balader leurs enfants. Ils entrent dans un mutisme mortel. Chaque parole peut être rapportée, chaque geste, chaque déplacement signalés. C’est une vie d’abstinence, de jeûne. Peu à peu, ils deviennent des ascètes, des hommes des cavernes. Ils vivent une condition d’étranger, de clandestin sans laquelle ils ne peuvent plus accomplir leur mission, leur travail souterrain, leur condition d’existence, l’unique voie même pour se perpétuer. Ils vivent une vie sans vie. Pour ma part, je trouve ma consolation dans les dires des Anciens: « (…) cette condition première et vitale, la solitude, la profonde tranquillité, la distance, cette condition d’étranger sans laquelle je ne puis descendre jusque dans mes problèmes (car, soit dit entre nous, je suis en un sens proprement effrayant, un homme de la profondeur ; et sans ce travail souterrain, je ne supporte plus la vie.) (…) cette clandestinité paisible qui est pour moi une condition d’existence, (…). » (8). Cette classe moyenne de l’humanité me sert d’écran. Je me vois aussi con avec ma petite taille, mon triple menton, mes yeux exorbitants et ma barbe mandchoue.

Je suis tombé dans le panneau comme un novice. Je ne jette rien, je lis tout, je tamise les textes et les rapports, passe des nuits blanches à annoter les écrits, cherchant à questionner les kilomètres de phrases tentaculaires, à établir des indices, des preuves compromettantes. Les Anciens disent : « On envoyait toujours des nouveaux nettoyer la merde de pigeon, et quand tu nettoyais leur merde, les pigeons se ramenaient et t’en larguaient de la fraîche sur les cheveux, le nez et les fringues. On ne te filait pas de savon, juste de l’eau avec une brosse, et la merde partait mal. Après on t’envoyait à l’atelier, pour 3 cents l’heure, mais tous les nouveaux commençaient par la merde de pigeon. » (9). Passée une année à Çad, j’ai compris qu’il existe des raccourcis, des pistes non goudronnées, des escaliers dérobés. J’ai découvert par hasard que les rapports qui nous parviennent s’amoncellent dans un hangar appelé dépotoir. Tous viennent périr ici. Personne ne les feuillète. On les entasse dans des sacs de chanvres. On se croirait dans un labyrinthe obscur, alambiqué, fait de dossiers, de courriers, de livres et dans lequel, avant de s’enfoncer, il serait indiqué de porter une lampe de mineur.  C’est le cimetière du Renseignement. On le vide chaque semaine. Des camions-bennes récupèrent ces cadavres de papier. Les vieux routards de Çad t’enseignent : « Si on se mettait à déchiffrer toute cette paperasse, à ce jeu, nos nuits seraient toutes blanches. Qu’apprendrait-on que l’on ne sait déjà ? »

Pour que le rapportmania ne s’éteigne pas, ne s’étiole pas et demeure un outil même dérisoire dans le dispositif de l’Agence de Renseignement, Çad recrute le maximum d’informateurs, non pour s’informer mais pour son bon plaisir de voir des hommes qu’on croyait cuirassés d’une rectitude morale sans faille, tomber sans grande peine dans la pratique de la délation.

L’attente, l’interrogatoire dans nos locaux, les regards obliques expliquent la facilité avec laquelle on parvient à ce résultat. On les mouille pour les incorporer dans la caste d’El Haoula, les Innommables. On veut juste les salir, les délester de leur dignité, une manière de les sodomiser pour qu’ils ne soutiennent plus nos regards. On leur fait vendre leur ombre à bon prix, contre rien, que dalle, juste la promesse qu’il ne leur arrivera rien s’ils se défroquent. On en fait des collabos bénévoles. La honte les amoindrit et fait d’eux des sous-hommes, des souris. Ils ne se regardent plus en face, ils se sentent cassés, pourris, n’élèvent plus la voix, ne redressent plus la tête. Leurs femmes les cocufient et leurs enfants les humilient. Voilà ce que peut se dire alors un El Haoula lorsqu’il croise ou s’attarde avec un ami, un voisin, un parent : « Tais-toi lorsque tu parles. Si tu me parles, tu m’enfonces dans la indignité. Ne me pousse pas à te trahir et à me salir. » Rarement l’Agence intervient et signifie à un El Haoula, qui nous submerge de dénonciations sur tous et n’importe qui, de ralentir la cadence.

On fonctionne au jour le jour. S’il y a une émeute ou une grève estudiantine et qu’on n’a rien sur les meneurs, on fait appel en catastrophe à notre taupe, mais pas n’importe laquelle, une taupe de haut vol, un maître mouchard capable de nous refiler en un temps record l’analyse nécessaire, le regard brûlant, instantané, sur le fait du jour. Seule l’actu nous intéresse, le pain à peine sorti du four. On ne s’embarrasse pas de pain rassis.  Les Anciens disent : « (on) sait fort bien que les détectives n’existent pas ; que la police ne relève ni de la psychologie ni de la perspicacité, mais bien de la délation ; et que ce n’est point Moustachu ni Tapinois, modestes penseurs du Quai de Orfèvres, qui font prendre le meurtrier en fuite, mais la police de garnis ; car il suffit de lire les mémoires de chefs de police pour voir que l’illumination psychologique n’est pas le fort de ces personnes, et qu’une « bonne police » est une police qui a su mieux qu’une autre organiser ses indicateurs. » (10)

Çad a fait main basse sur la ville. Tous les matins on refait le monde et son tour pour garder le cap. C’est la Pax Carthagina. Sept enfoirés et têtes brûlées refusent de s’y soumettre. Ils font l’objet de toute notre attention. Toute la boîte tourne pour eux. On en prend soin, on les bichonne à coup de coups fourrés. Ça les rend chèvres, ils font braire la terre entière. Dès qu’on croit tenir le bon bout, ils brûlent la corde. Ils gâchent le paysage, ils polluent notre quotidien, ils hantent nos nuits. Des fellaghas, ils frappent un coup et filent dans la nuit. Impossible de les suivre à la trace, trop mobiles, trop insaisissables. Des Maveriks, ces chevaux sauvages qui s’écartent du troupeau. Des Su’lûk, ces poètes brigands de la Jahilia, ces samouraïs sans maître. Le guerrier japonais est un vassal, le Su’lûk, un paria qui n’a d’attaches que ses vers qui chevauchent les étendues de la désolation. Mais quels sont ces hommes qui, faute de mieux, se trouvent là quand il ne faut pas ? Les Anciens disent : « (…) Tous ces hommes étaient, d’une manière ou d’une autre, des non-conformistes, des personnages de maniement difficile, parfois des « mauvais coucheurs », parfois des « farfelus » ; aucun ne correspondait à l’image habituelle du bon citoyen respectueux du qu’en dira-t-on et de l’ordre établi. (…) » (11). C’est avec eux qu’on fait un derby, qu’on s’en raconte, qu’on se frotte les mécaniques. Nous sommes des chasseurs en quête des Sept.

Cela fait une année que je course l’As des sept, le joker de cette fournée de bâtards. On ne l’a pas vu venir celui-là. On le prendrait bien pour un mufle, un gueux, un moins que rien. Il a l’apparence d’un majordome mais le cœur d’un roi. Il fait tout pour qu’on ne le distingue pas. Un homme comme les autres, moins que les autres. Il est initié à camoufler ses atours, ses goûts. Il avance affublé d’un faux nez. Un prédateur qui ricane. C’est Kamel Le Tambourin, mendiant au lever du jour, brigand à la tombée de la nuit. Cet homme est un mutant, une menace pour notre race, un anthropophage sans remord. C’est un Don Quichotte déguisé en Sancho Pança. Il fait toujours des diversions pour qu’on ne s’attarde pas sur lui, pour que les regards glissent à côté. Le comédien est là, le personnage juste à côté. Les Anciens disent : « Si vous atteignez trop rapidement la gloire, les gens deviendront vos ennemis, et vous ne serez d’aucune utilité. Si vous vous élevez progressivement dans le monde, les gens seront vos alliés et vous serez heureux. » (12)

Il se suffit à lui-même, telle une cellule qui s’engendre d’elle-même. Il a sur le visage ce détachement d’un homme venu de nulle part et qui partira après avoir rengainé sans crier gare. Sans Salem, peut-on désirer une égérie dansant la danse du ventre ? On dirait que tous les plaisirs, les joies d’une vie ont le goût de l’acier dans sa bouche : la bouffe, le vin, le lin, la soie et le parfum, les femmes, la rencontre des hommes, l’argent et la gloire. Comme les premiers compagnons du Prophète dont Dieu a anoblit le visage, il se contente d’une miche et d’une cruche, façon de parler. C’est son passe-montagne. Son monde est à mille bornes au-dessus de nos têtes et à vingt mille lieues sous la mer, un Atlantide, un sixième lieu où on ne fait que des rencontres du troisième type. Un autiste qui ne partage rien avec nous, peut-être l’ennui. Il fait des bulles, pas des mots qui retentissent, qui nous assourdissent, des bulles à la face des gestes ignobles, lâches et irréparables, des bulles à la face de celui qui se renie, de celui qui consent, le délire de l’écorché contre la diarrhée du perfide égorgé. Il est abreuvé de mots d’antan : l’amitié, la fraternité, l’amour et la liberté, une liberté pathologique qu’il vit jusqu’à la démolition. Il vit dans un monde antique où l’épée croise l’épée et croit à « la parole inviolable une fois donnée, la fidélité au frère de la tribu « qu’il soit victime ou l’auteur de l’acte injuste », la protection, enfin et quoiqu’il en coûte, de celui qui vous a fait l’honneur de vous reconnaître le statut de recours, ce fameux don du jiwâr qui explique à lui seul le maintien des arabes dans l’être. » (13). Ses prophètes sont des poètes. Un Pouchkine ne vaut-il pas un Lénine ?

On ne l’a pas vu venir. Pendant qu’on guettait l’horizon, il farfouillait dans nos affaires. Péril en la demeure. Des armes nouvelles, inconnues, c’est ce qui nous a dérouté. Comme Hannibal lorsqu’il a introduit l‘éléphant, l’As a déployé un bouclier de mots flambants neufs. Il a fait marcher comme des fantassins le conte, la poésie, l’imagerie et la musique. C’étaient des équipes mobiles, faciles à parachuter sur monts et vaux. On n’avait rien contre ces diables de mots. Notre langue était blindée, cadenassée sur des chenilles, immobile comme des soldats planqués dans des tranchées. On croyait que notre ligne Bar lev était infranchissable. Des phrases ludiques, des phrases mystiques, religieuses, des phrases chantantes qui font danser les filles et nous avec, embrasent notre ciel. Le délire contre le silence du Palais. Le rêve contre le figé. L’irrespect, l’impertinence, la caricature et la satire pour séduire et épater. C’est dans un livre comme L’interprétation des Rêves de Muhammad Ibn Sirîn, « tout comme dans Les Milles et Une Nuits, que va être tentée la revanche de l’imaginaire sur la censure, du ludique sur l’esprit de sérieux, de l’humain pathétique sur la sacralité (…). » (14). Une fête foraine où tout scintille : des jarres de diamants, des corbeilles de zéphyrs, des agneaux farcis et des sorbets à gogo.

 Chaque fois qu’on essaye de le faire tomber, on essuie un camouflet. Chaque fois qu’on essaye de l’escalader, nous sommes refoulés. Cherche-on à le salir, à le confondre ? Que ses enfants ne sont pas de lui, qu’il vide les poches de ses hôtes, qu’il plagie ses compères, qu’il fait honte à sa mère, il t’emplit des brouettes et t’en sort des vertes et des pas mûres : qu’il est un dépravé antique, disciple des Anciens qui disent : « Mes amis, l’héritage et les économies ne sont pas faits pour nous, dépensez donc tout ce que vous avez. Les pauvres n’ont qu’à emprunter l’argent aux riches sans pour autant le rendre. Mangez bien et buvez les boissons interdites. Ecoutez la musique et les belles chanteuses. Forniquez avec elles. Forniquez debout et priez assis. Forniquez avec les femmes libres et ne laissez point tranquilles les ima’. Forniquez en cachette et en plein jour, avec les femmes chastes aussi bien qu’avec les femmes adultères, les petites et les grandes, de tous les âges et de tous les pays. N’insistez pas sur leur beauté et n’oubliez pas les garçons. Votre véritable ami est le libertin qui n’a pas de limites dans son dévergondage et qui lie ses nuits avec ses journées de jouissance. » (15)

Cherche-ton à l’isoler de sa société, à faire circuler qu’il caricature les bons en sales, affreux et méchants et que son rire éclabousse amis, ennemis et lui-même. Ce saltimbanque plaide : « C’est pour tester l’amitié et pour draguer et faire rire le liseur, cette belle gamine de mon quartier entichée de boules puantes et de gags tordus. » Il emprunte, ici et là, dans Guerre et Paix, Mendiants et Orgueilleux ou Le Cirque, des ingrédients de personnages bien campés pour mijoter avec affection ses humiliés et offensés. Il se goure, le pitre ! Il ne sait pas qu’il écrit pour une Uma qui a répudié depuis belle lurette livres et lectures.

Cherche-t-on à semer le doute autour de lui ? Un faux-monnayeur qui fait parler des gens qu’il n’a jamais rencontrés. Un menteur effronté qui fait monter des reportages sur des bourgades qu’il n’a jamais visitées. Il pervertit la réalité et te fait prendre la fiction pour réalité. Un illusionniste, un prestidigitateur, quoi. D’autres, catégoriques, diront un surréaliste. En tout et pour tout. Un de ces petits envoûtés contre lesquels Dieu le Miséricordieux plein de miséricorde décrète « Quand aux poètes, seuls les égarés les suivent. Ne vois-tu pas qu’en tout val ils dérivent et qu’ils disent ce que point ils ne réalisent. » (16) L’As est dans son élément, là ! Il ne se débat même pas. Ce fieffé culotté dit : « On ne transgresse jamais assez la vérité. Dans Le Livre des Premiers ne s’est-on pas interrogé sur cette ligne factice qui sépare l’eau douce de l’eau salée ? Toutes les légendes sont des histoires vraies puisque je te le dis, tu m’écoutes et tu me lis. Les faits, les dires des personnages rapportés dans mes écrits, puisque je les ai écrits, ne sont pas vraisemblables mais véridiques. Les personnes ont bien existé et les scènes de la vie quotidienne se sont bien déroulées, quoique inventées. Seule la phrase est un artifice ou inventée. Je force parfois le trait, j’accentue, ici ou là, la forme du nez, et on ne sait pas avec moi où est le bon grain de l’ivraie. Je suis toujours dans ma réalité. » Sa terre est peuplée d’abeilles qui discutent, d’anges en enfer et de lettres de l’alphabet enragées.

 

Approche toi de lui. Ne te retourne pas. Tu vas être embarqué dans un monde dépouillé de toute quotidienneté. Le mot poursuit le mot, et la phrase n’est qu’une sonorité. Il est de ceux qui décident de parler avec la vipère et le loup, loin des siens qui sont muets. Il répond à l’appel du Maître qui « l’arrêta à la mort. Il vit que toutes les actions sont méfaits. Il vit la peur gouverner l’espérance ; le riche devenir feu ou rejoindre le feu et il vit la pauvreté devenir un adversaire pugnace. Il vit l’empire vanité et  l’univers trompeur. Il cria : « O Savoir ! » et nulle réponse ne lui vint. Il cria : « O connaissance ! » et nulle réponse ne lui vint. Il vit toute chose l’abandonner et toute créature le fuir ; il resta seul. L’acte vint à lui et il vit l’illusion celée et le celé éphémère. Seule la clémence de son Dieu lui fut salutaire. Il lui dit : « Où est ta connaissance ? » et il vit le feu. Il lui dévoila Ses propres connaissances et le feu s’éteignit. Il lui dit : « Je suis ton Féal ». Il s’affermit. Il lui dit : « Je suis ta Connaissance ». Il parla. Il lui dit : « Je te veux ». Il sortit. » (17)

Tu ne pourras compter sur rien. Ne cherche pas. Entre ses bouquins et son brodequin, il n’y a rien. Je me penche, un abyme monte en moi. Je m’agrippe à ses lambeaux. En vain. Dégringolade. Je reprends l’escalade et je m’efforce de dénicher une prise dans ses fêlures. Je perds pieds. J’ai cru l’avoir couvé, j’attendais l’éclosion, dans ma hâte, j’ai bousillé la chrysalide. Je tapotais ses plis et ses lobes enfouis, je n’ai rencontré que son enveloppe violée. Ne cognez pas à ma porte, il n’y a plus personne  pour vous ouvrir, je suis parti. Ma quête est sans cors, un accordéon rempli de vent, de faux-fuyants. Je ne parviens pas à fixer son visage, son image. Les Anciens disent : « A mesure que la vision s’étale, l’expression rétrécit. (18) (…) Gardez-vous de dire que vous avez compris, car pour autant que vous avez compris et enregistré, vous êtres pourtant loin de comprendre. La compréhension est de ne pas comprendre. Tes calamités, ton malheur et ta privation proviennent de cette compréhension : elle est pour toi une entrave. Il lui faut échapper pour être. » (19)

Un vent chaud balaye le 18 janvier, une rue mal éclairée qui traverse la ville en damier, à l’Est de Çad, non loin de Bab Bhar, la porte de la mer. Un kilo de semoule coûte deux mille millimes. Les gens ont perdu la parole et le Nord. Il y a dans l’air la peur, et dans la peur, la fureur. Les gens ont peur jusqu’à en devenir défigurés. Tous les gentils petits fonctionnaires, leurs gentilles épouses et leur marmaille gloutonne, toutes les infirmières qui arpentent les couloirs des hôpitaux et soupirent après le temps infect, tous les fellahs qui ne gagnent pas tripette avec leurs olives, tous les instituteurs qui ne croient plus à leur table des matières. J’entends l’As, sardonique, me susurrer : « Et la peur se transformera en furie. Tu veux le voir ce jour-là mon petit M’barek, non ? Lorsque la peur grisée se transformera en bras d’honneur. »

• • • • •

(1) Enfance, Nathalie Sarraute, Œuvres Complètes, Bibliothèque de La Pléiade, Editions Gallimard, 1996, pages 1024-1025.

(2) Dits de l’Imam ‘Ali, collection Sindbad, Actes Sud, 2000, pages 30 et 31.

(3) 1984 George Orwell, Appendice, Collection Folio, Gallimard, 1950.

(4) 1984 George Orwell, Collection Folio, Gallimard, 1950.

(5) Désinformation, flagrant délit, Vladimir Volkoff, chapitre 8 « La diabolisation », page 76-80, Édition du Rocher, Monaco, 1999.

(6) Chance, The American Claimant, Mark Twain.

(7) Enfance, Nathalie Sarraute, pages 1036-1037, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard 1996.

(8) Dernières Lettres, Friedrich Nietzsche, page 24, Petite Bibliothèque Rivages, Paris, 1987.

(9) Charles Bukowski, Les Contes de la Folie Ordinaire, « Comme au bon vieux temps. », page 175, Le Sagittaire, Paris, 1977.

(10) André Malraux, préface de Sanctuaire, William Faulkner, Collection Folio, Gallimard, 1995, page 7.

(11) L’Aventure Incertaine, Claude Bourdet, Éditions du Félin, collection Résistance Liberté Mémoire, Paris, 1998. page 35.

(12) Hagakure, Le livre secret des samouraïs, Jocho Yamamoto, Guy Tédaniel Editeur, Paris 1984, 1999.

(13) Présentation des Dits de l’Imam ‘Ali, page 11, collection Sindbad, Actes Sud, 2000.

(14)  Présentation du Grand Livre de L’Interprétation Des Rêves de Muhammad Ibn Sîrîn, page 11, Editions Albouraq, 1993

(15) L’Epître de Bagdad, Abou Hayan Ettawahidi, Carl Winter’s Universitätsbuchhandlung, Heidelberg, 1902 , pages 18-19.

(16) Le Coran, Les Poètes, Sourate XXVI.

(17) L’Arrêt à la Mort, Le Livre des Arrêts, Mohammad Ibn Abdel-Jabbar Ibn al-Hassan, dit an-Niffari, traduction inédite de Youssef Seddick.

(18) Arrêt à « Que ferais-tu de la question », Le Livre des Arrêts, Mohammad Ibn Abdel-Jabbar Ibn al-Hassan, dit an-Niffari, traduction inédite de Youssef Seddick.

(19) Le Livre du Dedans, Rûmi, La petite bibliothèque de Sindbad, Paris 1989, page 151.

 


 
CAPUT MORTUUM
Par Biju   Le discours  insipide et ridicule de Zinétron sur les événement  de SIDI BOUZID, GAFSA, le KEF et d’autres villes, pue  la filouterie et la cécité des cancres, la trouille aussi des lâches, au loin pointe le crépuscule des  salauds mauves? Faudra voir, certains opposants éternels retardataires avec l’histoire révolutionnaire et progressiste de notre pays, oui elle a existé, et elle existe, il ne s’agit pas pour moi de balancer l’eau du bain et le bébé avec, certains opposants donc, pas tous, la plus part de nos opposants sont des gens magnifiques,  en tous les cas,  largement supérieurs aux horreurs mauves qui ont pris la TUNISIE en otage, et de très loin. Certains opposants donc, la VOX POPULI nous le rappelle chaque fois,  sont toujours englués dans leurs petits calculs de la misère , figurez vous, après ces douloureux événements de révoltes, de sacrifices, de morts et de violence dans les régions tunisienne, l’opposition n’arrive pas, malgré beaucoup de bonnes volontés, à s’accorder sur un  SIMPLE communiqué commun, toujours les mêmes » DOS D’ÂNE », ralentisseurs, qui sont de vrais alliés objectifs de la stratégie de BEN ALI, en d’autres temps, ils appelaient les tunisiens à participer au cirque électoral de Zinétron, aujourd’hui, ils font le dos rond devant ses crimes et se planquent, je ne les nomme pas, l’opinion tunisienne, sait de qui il s’agit. Ces « opposants » passéistes,  laudateurs existentialistes, pousse toi que je m’y mette, à n’importe quel prix et , même gratos,  en ordre dispersé comme toujours, ou un chouaîa opportuniste comme le PDP dernièrement, tout leur  cirque se résume  à leurs petites aliénations de politicards de seconde zone, je vais finir par croire que nous tunisiens, nous sommes maudits, et qu’on a la dictature qu’on mérite, et l’opposition aussi.  Personne ne sortira indemne des derniers événements qui ont déchiré la TUNISIE, ni  la maffia mauve qui détruit le pays depuis si longtemps, ni les opposants qui se regardent le nombril depuis toujours, souvenez-vous de CHABBI, le poète, parce que l’autre… »Ceux qui répugnent à escalader les cimes…resterons dans les caniveaux », j’ajouterais qu’ils aillent se faire foutre, pardon maman, pardon mes sœurs, pardon les  femmes et hommes tunisiens qui sacrifient leurs existences sans aucune contrainte, autre,  que l’amour de leur pays, à résister, à résister et à résister et  ne renonceront jamais.  Le calamiteux Zinétron et  ses porte-flingues de technocrates maffieux, par leur gestion des révoltes des tunisiens, ont infligé  un  camouflet  aux laudateurs, misérables toupies, qui se présentent à chacune de  ses  élections , à ses atermoiements et à ses magouilles, mégalos et sans aucune lucidité politique, je dirais même sans aucune honnêteté politique, les dinosaures des partis collaborationnistes, la pseudo intelligentsia des planqués et les alimentaires surtout, ceux de chez La galerie des antiquités, non biodégradables, à la mesure du clown mauve de Carthage , on les connait,  on n’attend rien d’eux, depuis belle lurette, il n’y’ a plus rien à attendre de ces laquais. Le fond du problème et que ces idiots inutiles n’ont rien compris, à ce jour,  aux filouteries de Zinétron, eux,  et  leur stupidité politique, font l’indifférence, l’autisme et l’attentisme des tunisiens, mais après SIDI BOUZID , rien ne sera plus jamais comme avant.  Ce n’est pas pour nous tous,  enfin pour les tunisiens qui veulent vraiment changer les choses, ce n’est pas la permission, ni sa compassion, ni ses magouilles, ses montages et ses mises en scène staliniennes,  que pourrait accorder ce dictateur général, qui pourront nous réjouir, baisser notre garde ou marcher dans ses fallacieuses et permanentes combines, usées à la corde, ses discours et ses atermoiements, il peut se torcher avec,  la corde pour le pendre lui et sa clique est depuis longtemps tressée dans le subconscient collectif de la très grande majorité des tunisiens, il peut faire les yeux doux  à tous les professionnels de la politique qui squattent les partis et les ONG, depuis longtemps, à part quelques uns identifiés, ils ne représentent plus rien, comme lui, NOUS  ne demandons RIEN à personne, les tunisiens n’ont pas à demander l’aumône de leurs voleurs et de leurs assassins, NOUS exigeons TOUT, et surtout que justice soit rendue.  la vérité, les vérités qui secouent la nation tunisienne, faut pas l’oublier, ce sont dans les bouges,  la rue frangine, que les  rages se déchaînent; et personne ne fera  de cadeaux à personne, c’est une règle naturelle  et  c’est humain. Ce général de pacotille, vraiment,  avec ses « opposants » de chez  les cénacles des momies, n’a vraiment pas besoin d’essayer de limiter la casse, il ne se donne aucune limite,  il ne craint rien et ronfle sur ses lauriers, ces « opposants » sans adresse,  ni même légitimité qui  s’acharnent contre tout bon sens, et continuent  d’appeler « président BEN ALI », son aigreur  illégitime,  « état tunisien » cette honte bureaucratique et maffieuse, , sa femme « madame la présidente », cette cible aux cent mille verges, moins une de son cocu mauve,  etc….ce clown sanguinaire; , certains, de ces  imbéciles  ne comprennent  pas,  que président,  est un mot, une fonction, un état  qui se mérite, c’est un état politique de légitimité, une légitimité qui ni Zinétron, ni aucun tunisien  ne mérite depuis   la fausse indépendance, les mots en politique ont un sens, et le mot président que Zinétron a imposé,  est tout simplement porteur d’un sens funeste, que les étrangers, néocolonialistes de la Tunisie emploient avec autant de désinvolture, pour se foutre encore un peu plus de nos gueules, que s’ils voulaient nous faire comprendre que le temps béni des colonies, furent un paradis pour les tunisiens, par rapport au viol permanent de BAC- toute forme de civilisation. C’est dramatique,  mais, cela  fait partie de LEUR règle du jeu, je comprends leur état d’esprit, je le vomis , mais je le comprend,  mais pis, que des soi-disant  opposants tunisiens l’emploient et s’en gargarisent, c’est de la désertion, du renoncement et l’acceptation d’un fait accompli très grave, Zinétron n’est pas un « président » , c’est une enflure de dictateur, un voleur et un assassin, voilà,  il faut pour être crédible, et pour l’être aussi, il faut  appeler les choses par leur nom, qui aurait l’idée  d’appeler son âne SOCRATE, ou sa chaude- pisse  « floraison amoureuse », personne ! sauf les cons; mais moi je crois aussi,  que certains trouillards, calculateurs et autres arrivistes sont capables de telles stupidités, qui ont dans l’absolu leur portée et leur projection, à force de prendre goût à la torture, au non-être, on trouve quelques qualités au bourreau et au salaud, cela s’appelle le syndrome de Stockholm Nous autres tunisiens, nous sommes les otages, et BEN ALI et sa clique de terroristes, certains qui se disent de notre camp, mine de rien crédibilisent  et justifient par leur collaboration, cette prise d’otage, de l’être tunisien, c’est excessif ? Non !la Tunisie est au fond de l’abime, l’opportunisme politique de certains est aussi criminel que la dictature de Zinétron. Pour moi,  BEN ALI, n’est pas le président de la Tunisie, laudateurs, c’est son violeur, le président d’un pays  c’est un amant, un amoureux qui peut être éconduit à tout moment. Oui, pour moi BEN ALI  n’est pas un « président » , je hais le défaitisme, et la noria des prétendants,  de floués et de ringards qui voudrait  se présenter à l’orgie bénalienne de 2014, je leur dis qu’ après REDEYEF, SIDI BOUZID et d’autres régions tunisiennes, de plus en plus,  sont passées par là, plus rien ne sera jamais comme avant, les mentalités ont changé et le mental est au beau fixe, même avec la faim organisée, les morts violentes par balles réelles, par la torture et toutes les saloperies,  ce ne sont plus les tunisiens qui ont peur, mais le système  qui part en vrille , jusqu’à son néant; les sans-culottes sont dans la rue et gare à vos culs, personne n’est innocent et il n’y’ aura pas de pardon, comment pourrions nous pardonner tous ces crimes? Nous ne pouvons qu’espérer l’instauration d’un état de DROIT, pour que le sang ne viendra pas à  couler inutilement. Oui ,ils existent les opportunistes dans notre camp, ils se préparent  déjà,  ces connards finis à l’urine, à limiter la casse à leurs profits de récupérateurs, à nous imposer  leur ordre d’aliénés, à faire du neuf avec du vieux, non pas pour redresser la TUNISIE et   en faire l’œuvre libre de tous les tunisiens, mais pour sauvegarder leurs petits intérêts,  voilà , je dis ce que je pense, et mes amis savent qui  je vise. Ils  n’assument rien , ces planqués;  bien sûr , il débitent  par la sélection et l’ego de la moraline en tube, mais les tunisiens aussi n’ont plus besoin de ça, ils sont pour la plus part plus crédibles que les politicards qui éructent en leur nom, les médiatisés . Les tunisiens après ces  douloureux événements,  n’auront  d’autres choix que d’ ÊTRES, dans l’affirmation des convictions. L’opacité, c’est marre, les valeurs et les différences doivent être déclarées, la politique du cul entre deux chaises, est indigne, elle est un refuge naturel pour toutes les lâchetés et, pis, elle sert de boîte de résonance, aux stratégies les plus simplistes, les plus ignobles d’un pouvoir dictatorial qui pratique sur ses Hommes, et aussi sur certains, de  ceux qui s’opposent à lui, du moins les sectes politiciennes des cénacles, un droit de cuissage, absolument divin, voilà pourquoi, tout est à FAIRE dans notre TUNISIE. Merde à la langue de bois , blanc c’est blanc, noir c’est noir, et il y’ a toujours de la nuance, mais il faut s’assumer, assumer et le dire, quelle misère humaine qui fait s’agenouiller ces tunisiens, au lieu d’encombrer la toile avec tant de suffisance et de frilosité, il faudrait mieux qu’ils aillent faire du jardinage, c’est excellent pour la santé et un hobby de troisième âge très honorable, ce n’est pas un manque de respect de ma part , c’est faire de la politique, oui de la politique sans complaisance, ni pour la dictature, ni pour quiconque,  j’aurais été choqué de la même façon, si mon propre père aurait ainsi procédé. Donc les événements , la révolte de SIDI BOUZID et des autres régions tunisiennes , son essentiel n’est pas comme veut nous le faire  ben Ali,  et l’aveuglement de CES (ses) d’opportunistes qui se disent vulgairement  de l’opposition démocratique, son essentiel,  nom d’un chien, à cette révolte,  est quelle est VRAIMENT spontanée, populaire et  démocratique, sa fin  ne peut être que la prise du pouvoir et la libération totale de la TUNISIE des crapules qui la saignent depuis 60 ans0. La TUNISIE nouvelle est là, elle nous tend les  bras, c’est un fruit mûr à tout point de vue, mais qu’ attendons-nous pour être heureux, le messie? Un autre salopard de combattant suprême? Nous pourrons, grâce à REDEYEF, SIDI BOUZID, GASSERINE….à tous les héros martyrs tunisiens foutre un bon coup de pied au derche des dinausores,  déplacer des montagnes, et faire de notre patrie un exemple, mais sans les archaïsmes, faire place net. Or RIEN ne peut se faire avec la clique maffieuse de ben Ali , JAMAIS,  Que notre révolution culturelle soit! quelle se déroule  dans le respect des institutions et de la constitution, dans l’adoration du seul DROIT, ,  et cela aussi ne pourra jamais se faire avec la clique maffieuse de Zinétron (président de mon cul), que tous les tunisiens qui le désirent et qu’ils soient transparent puissent y participer, et cela ne pourra jamais se faire avec la clique  maffieuse de Zinétron. Forcer les verrous de nos égoïsmes, et surtout accepter les choix des tunisiens quelques soient les résultats, et cela ne pourra jamais se faire  sous la clique du nervis Zinétron,( président de mes chiottes). C’est aussi « simple » que cela , tout autre tournure me paraît être une galéjade, un attrape-nigauds, et les cris d’orfraies des floués de cet imbécile de ben Ali , et des opportunistes me laissent de marbre, tous des salauds, tous dans le même sac.

 

Lire aussi ces articles

9 février 2009

Home – Accueil TUNISNEWS 8 ème année,N° 3184 du 09.02.2009  archives : www.tunisnews.net   OLPEC: La police continue de harceler les

En savoir plus +

1 juin 2005

Accueil TUNISNEWS 6 ème année, N° 1838 du 01.06.2005  archives : www.tunisnews.net د. محمد صدقي العبيدي: اطلب ببساطة تمكيني من

En savoir plus +

Langue / لغة

Sélectionnez la langue dans laquelle vous souhaitez lire les articles du site.

حدد اللغة التي تريد قراءة المنشورات بها على موقع الويب.