17 décembre 2005

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TUNISNEWS
6 ème année, N° 2035 du 16.12.2005

 archives : www.tunisnews.net


Le Quotidien : Elections chaudes à l’Université : Les «RCDistes» raflent la mise Le Temps : Université: Election des conseils scientifiques: Le dur apprentissage de la démocratie

Dr. Sahbi Amri: Les Prodromes des Trous de Saddam Hussein en Tunisie

Le Journal : Les dangers du modèle tunisien Réalités  : Tunisie – Europe : Des voisins qui ne se comprennent pas ?

Réalités  : Démocratie et blasphème Le Monde: L’IER recommande au roi du Maroc des excuses d’Etat

Le Monde: Bouteflika le rescapé

 

De l’image aux actes…

 

Ben Ali, président de la République tunisienne « La Tunisie est le pays des libertés, des droits de l’homme, de la primauté de la loi ».

 

L’auteur de ces fortes paroles omet le cas de notre confrère de Libération roué de coups près de son hôtel au centre de Tunis alors qu’il avait écrit des articles sur les droits de l’homme – bafoués – dans ce pays, comme celui de nombreux démocrates tunisiens emprisonnés, brutalisés…Mais tout cela, dixit Ben Ali relève du « flot de propagande ».

 

Plus le mensonge est gros…

 

(Source : « L’Humanité », le 12 décembre 2005)


 

Elections chaudes à l’Université : Les «RCDistes» raflent la mise

 

Tunis-Le Quotidien

 

Les élections des représentants des étudiants au sein des conseils scientifiques des établissements universitaires, qui se sont déroulées jeudi, ont été marquées par une rude compétition entre les deux principales composantes du Mouvement estudiantin : l’Organisation des Etudiants du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (OERCD) et l’Union Générale des Etudiants de Tunisie (UGET).

 

Les RCDistes ont raflé la mise avec 85,75% des sièges. L’UGET a obtenu 76 sièges, ce qui représente un taux de 12,9%. Les Indépendants ont obtenu 12 sièges, soit 2,16% des sièges.

Au total, 1.223 étudiants ont été en lice pour 554 sièges.

A noter que l’OERCD a présenté des listes dans la quasi-totalité des 170 établissements universitaires tandis que l’UGET a présenté une cinquantaine de listes seulement.

 

W.K.

 

(Source : « Le Quotidien », le 17 décembre 2005)


Université: Election des conseils scientifiques

Le dur apprentissage de la démocratie

 

L’université tunisienne a vécu le jeudi 15 décembre les élections des représentants des étudiants aux conseils scientifiques des facultés.

 

1223 candidats se sont présentés pour 554 sièges, qui sont répartis sur douze (12) universités et cent-soixante-dix (170) établissements supérieurs.

Les campagnes électorales des divers candidats ont dominé la scène estudiantine durant les derniers jours. Les étudiants semblent participer plus activement à ces manifestations, qui dénotent leur regain d’intérêt à leurs problèmes quotidiens.

 

Constat de concurrence

Le nombre élevé de candidats démontre que les étudiants veulent s’impliquer davantage dans la vie de leurs établissements.

Deux grandes tendances ont dominé ces élections : d’une part, les étudiants appartenant au RCD, qui étaient représentés dans toutes les institutions et d’autre part, les étudiants suivant les différentes mouvances de l’UGET, qui étaient présents essentiellement dans les grandes concentrations estudiantines. Quelques indépendants étaient également présents. Ceci démontre que le paysage politique était à la diversité et que la concurrence était rigoureuse.

 

Le tribut de la démocratie

Le gros des élections s’est déroulé dans le calme, mais, certaines n’étaient pas de tout repos. C’est le tribut de la pratique démocratique. En effet, quelques problèmes ont accompagné leur déroulement dans certaines institutions universitaires, ce qui a poussé à leur annulation à la faculté des sciences économiques et à la faculté des sciences de Tunis-El Manar. Certains étudiants ne parviennent pas encore à s’adapter à la tolérance et à l’acceptation de l’autre, dans sa différence.

Être différent, c’est la règle et il est impératif que les institutions développent la culture de la coexistence avec cette différence.

 

Domination du RCD

Le communiqué final sur ces élections, émanant du ministère de l’Enseignement Supérieur, indique que les étudiants RCD ont obtenu 475 sièges, soit 85,75 %. Les partisans de l’UGET ont obtenu 67 sièges, soit 12,09%. Les indépendants ont obtenu 12 sièges, soit 2,16%.

 

L’UGET rafle certaines grandes concentrations

Malgré son faible score général, l’UGET est parvenue à conserver ses bastions traditionnels tels que : La faculté de Droit de Tunis-El Manar, La faculté des lettres de Manouba, la faculté des lettres 9 avril-Tunis, la faculté des lettres de Kairouan.

 

Commentaire du ministère

Le Temps a cherché des explications auprès du ministère de l’Enseignement supérieur sur les raisons qui ont empêché le dénouement des élections dans les facultés des sciences et des sciences économiques de Tunis-El Manar. M. Hassène Manaï, a précisé que : « Certains groupuscules, se prévalant de la démocratie et sympathisants de mouvances non reconnues, ont empêché le dénouement de ces processus électoraux. C’est d’autant plus déplorable que le gros des élections s’est déroulé dans la sérénité et la concurrence loyale. Nous avons collaboré avec l’UGET et nous continuons à le faire, mais, nous appelons à plus de retenue chez certains de leurs sympathisants qui doivent s’imprégner d’une culture de tolérance.»

 

Mourad SELLAMI

 

(Source : « Le Temps », le 17 décembre 2005)


 

Miss Tunisie refoulée de France

Tunis – Le Quotidien

 

Est-il vrai qu’on a refoulé Miss Tunisie de l’aéroport d’Orly? C’est du moins la question qui tient le tout Tunis, en haleine.

 

Vérification faite, il s’est avéré que c’est vrai. Les agents de la police des frontières de cet aéroport parisien ont décidé de refouler cette beauté tunisienne, car elle n’était pas en mesure de donner une adresse précise lors de son séjour à Paris. Pis encore, Miss Tunisie n’a pas réussi à convaincre les agents de la police des frontières du motif de sa visite en France.

 

L’on sait par ailleurs que le fait d’avoir obtenu un visa des services consulaires ne donne pas le droit d’entrer directement en France. Les autorités aéroportuaires ont le droit de refouler n’importe quel passager au cas où elles jugent qu’il ne remplit pas les conditions nécessaires pour entrer en France. Du coup, Miss Tunis a repris le même avion pour rentrer au bercail, alors qu’elle devait rayonner de tout son charme sur Paris.

 

H.M.

 

(Source : « Le Quotidien », le 17 décembre 2005)


Les Prodromes des Trous de Saddam Hussein en Tunisie

 

Dr. Sahbi Amri

 

Il ne croyait pas ses yeux ni ses oreilles en apprenant la nouvelle.

 

Le Président de la République venait de le rappeler à son ancien poste de secrétaire d’état chargé de la sûreté nationale après l’avoir coupé l’ombilic au ministère de l’intérieur.

 

Insouciance.

Reconnaissance.

Confiance.

Nécessité de service.

Outil de travail …

 

Ce renard, né policier au flair de Colombo, n’est pas bête pour refuser ou rendre la monnaie à son Parrain. S’il s’est, toujours, montré méthodique et intelligent, il n’est pas, en l’occurrence, un véritable calculateur.

 

C’est un homme de main sans conviction ni morale.

 

Il est né misérable dans le rude climat des reliefs de Hidra au Nord-Ouest de la Tunisie et il mourra bien misérable dans les collines de Gammarth de la banlieue nord de Tunis.

 

Son parcours professionnel est parsemé de risques, d’aventures, de méfiance et de complots.

C’est un tortionnaire de hautes qualités criminelles qui s’est toujours placé au dessus de la loi .

 

Il n’a jamais eu la conscience tranquille, mais il a toujours fait semblant d’acquérir un comportement d’aisance artificielle incompatible avec ses origines familiales nomades paysannes de traîtres.

 

Eventré devant un bar à Sakiet Sidi Youssef , il garde à ce jour les séquelles d’une longue cicatrice abdominale à la suite d’un rixe avec un saoulard de cette région frontalière.

 

S’il a pu combler la lacune paternelle de sa stérilité par l’adoption de deux neveux , sa responsabilité aux huit ans de prison infligées à sa soeur et sa nièce pour homicide volontaire , à la suite d’une grossesse illégale , reste gravée à la mémoire de sa famille et de son voisinage .

 

C’est un type de fond malheureux qui a réussi une carrière de policier par l’immoralité de ses pratiques et de sa conduite.

 

Il se fait redoutable pour cacher la médiocrité profonde de sa texture hybride.

 

Son retour au foyer de la gangrène nationale, après une éradication de ses souches de ramifications criminelles, nécessiterait du temps et du courage pour confectionner une nouvelle structure sauvage compatible avec son rythme et sa façon de voir, d’analyser et d’agir.

 

La patience et la mise à l’épreuve risqueraient de faire perdre à son Parrain des occasions où l’erreur est fatale pour son pronostic au Palais de Carthage.

 

Cependant, les temps ont bien changé.

 

Son expédition en Syrie a failli lui coûter la vie par sa nomination piégée en tant qu’ambassadeur ignorant toute notion de diplomatie.

 

Le choix envenimé de ce pays par son Parrain était bien étudié pour se débarrasser d’un personnage local menaçant au trône et à la famille de sa majesté malgré les services rendus à cette entité d’ingrats dans l’irrégularité.

 

Il débarrasser beaucoup trop de choses personnelles sur le Parrain et son entourage.

 

S’il a pu faire fortune, c’est grâce à l’oeil fermé du Parrain.

 

S’il a échappé à la justice, c’est grâce à la protection du Parrain.

 

S’il a accepté de rejoindre son ancien poste au foyer de la gangrène nationale, c’est pour servir le Parrain uniquement.

 

S’il a accepté cette mission, c’est pour se taire à vie et tirer profit d’un maximum de durée que pourrait prendre le Parrain au trône.

 

Un criminel doit couvrir son homologue criminel, surtout quand il se fait maître du pays à contre gré et pour aussi longtemps.

 

Mais, cette tâche s’avère assez difficile pour sauvegarder ce qui reste des équilibres des moyens et des personnes.

 

Il doit d’abord oublier que le Parrain l’a jeté dans la gueule du lion en Syrie. Et , ce n’est que par coup de chance qu’il est revenu en Tunisie indemne . L’un de ses gardes-du-corps a bien payé la facture à sa place.

 

Ce n’était alors qu’un avertissement suprême.

 

Mais, il n’est pas encore à l’abri des intempéries en Tunisie.

 

D’ailleurs, il ne peut même pas mettre les pieds en Europe.

 

La justice, de la rive nord de la Méditerranée, est à sa pourchasse pour homicides volontaires et crimes de torture.

 

Cependant, son itinéraire n’est pas meilleur que celui de son Parrain qui souhaiterait jeter l’ensemble de ses exactions criminelles sur le dos de ses collaborateurs, notamment les plus actifs, les plus serviables et les plus proches, pour se taper une nouvelle virginité de conduite suprême.

 

La compétition des Sahéliens est déjà amorcée dans les coulisses et ailleurs.

 

La mégalomanie du Président de la République est à son paroxysme.

 

Zine El Abidine Ben Ali ne pourrait plus assister à une cérémonie officielle ou établir un discours Présidentiel sans recevoir des prix internationaux lucratifs provenant d’officines suspectes en présence de témoins-invités décoratifs dans un contexte de prise en charge totale sur le compte de l’abus d’usage de l’argent public .

 

Sa générosité accrue à son entourage n’arrive plus à lui conférer une protection et une sécurité personnelle déterminante.

 

Son assassinat renverserait les calculs et les prévisions des clans et des pôles au Palais de Carthage

 

Cet acte criminel procurerait , aux tortionnaires , aux criminels , aux voleurs de l’argent public , aux tricheurs des banques , aux fraudeurs et aux falsificateurs des élections … impunis , à ce jour , une innocence formelle incontestable sur le  compte de la férocité acharné d’un Président obsédé par le pouvoir suprême depuis le 7 Novembre 1987 et bien avant cette date .

 

L’enjeu est difficile à réaliser face aux protagonistes des parties intervenantes .

 

Il ne se réfère ni à la confiance et ni à la discipline .

 

Car, cette variété des détracteurs de l’autorité policière en Tunisie est née de la trahison, de l’ingratitude et des intérêts égoïstes restreints.

 

Cependant, l’isolement remarquable du Président à l’exercice de ses fonctions est déjà mis à l’épreuve. Ses entretiens avec des personnages locaux et internationaux deviennent de plus en plus calculés pour, soi-disant, des raisons de santé afin de ne pas compromettre la synchronisation des cachotteries du protocole, de son cabinet et de son entourage.

 

Car,  l’éventualité des lapsus officiels de ses visiteurs risque de lui faire savoir des informations filtrées dont il est privé.

 

Son épouse est prise en tant qu’idiote par les Barons du Palais de Carthage. Son destin ne serait meilleur que celui de la défunte Wassila Bourguiba.

 

Ses jours au Palais Présidentiel deviennent de plus en plus calculés.

 

Ses contacts et ses déplacements sont bien notifiés.

 

Ses communications téléphoniques, même au biais de puces étrangères, sont interceptées.

 

L’étau se resserre au Palais de Carthage.

 

Une atmosphère de risque, de méfiance et d’aventures s’y est installée malgré la vigilance des services de sécurité humaine et électronique.

 

L’usage des psychotropes n’arrive à rétablir les perturbations du sommeil aux occupants du Palais de Carthage qui n’ont jamais eu la conscience tranquille.

 

Plusieurs fronts sont , donc , ouverts  face à l’ancien nouveau secrétaire d’état chargé de la sûreté nationale : la Compétition des Sahéliens au trône , le Danger présumé de la réapparition de la Nahdha sur la scène politique locale , l’Insurrection de la nouvelle génération de la Nahdha , les Harcèlements locaux et internationaux sequellaire au mouvement des Grévistes du 18 Octobre 2005 , l’Effervescence de la ligue Tunisienne des droits de l’homme , la Préparation du scénario politique de 2009 , Mais , la priorité de ses préoccupation en tant que … d’origine : il devrait , d’abord , préserver son maître . Car, sans lui, il n’est rien du tout.

 

Un Parrain a confectionné un caniche et un caniche a, toujours, besoin de son maître.

 

Par ailleurs, des prévisions officielles ne sont pas en mesure d’omettre à la classe dirigeante en Tunisie de confectionner des Trous de Saddam Hussein, après l’installation des châteaux de profitarisme , à proximité de leurs villages d’origine afin de tenter d’échapper au jour du bilan en toute transparence .

 

La capture des traîtres est, cependant, proche malgré la profondeur et l’isolement des trous envisageables.

 

Dr.SAHBI AMRI

Médecin Privé de sa Médecine

Cité El-Wouroud 1 . Sidi Bouzid 9100

Tel. 00.216.98.22.27.51


« Relectures utiles »

Les dangers du modèle tunisien

 

Ali Amar

 

Miroir. La Tunisie renferme bien des idées reçues. Régulièrement cité en exemple par ceux qui estiment que développement économique et régime autoritaire sont indissociable, le modèle tunisien est pourtant en train de perdre pied. Simplement, il n’existe pas d’opposition politique pour rétablir la vérité. Retour sur une réalité que personne n’aime exposer .

 

Le Maroc est-il atteint du syndrome tunisien ? Le nouveau pouvoir, né de la transition généralement de l’aprés-Hassan II, a-t-il pour ambition de faire évoluer le Royaume vers un modèle de gouvernance qui cherchait à dispenser une certaine forme de bien-être social enchâssé dans un carcan sécuritaire? Bien des signaux envoyés par touches successives depuis l’avènement du nouveau règne tendent à accréditer cette thèse.

 

Dés l’automne 1999, la monarchie a ouvertement donné le la sur son caractére immuable. La question d’une transition démocratique plus ouverte, inspirée par des référents de séparation explicite des pouvoirs institutionnels de type occidental, a rapidement étre remisée, au grand dam de ceux qui appelaient de leurs voeux une césure nette avec l’ancienne par une refonte de la constitution.

 

Si le printemps marocain à été annoncé et devenait perceptible au soir de la vie Hassan II , les prémices de l’ére Mohammed VI dans le contexte hérité de l’Alternance s’en sont écartées pour s’engager sur une voie plus accidentée, jalonnée depuis de rares satisfecit, mais surtout par un reflux des libertés et une montée de sécuritaire largement mise en lumière par la société civile et les organisations internationales. Le nouveau mode de gouvernance du Maroc semble emprunter les recettes de ce petit Etat du Maghreb qu’est la Tunisie à qui l’on prête une réussite pourtant toute relative.

 

Le régime instauré à la fin des années 80 à Tunis par Zine Al Abdine Ben Ali aurait apporté le développement socio-économique et pacifié une société par un autoritarisme presque monarchique . Pourtant , la réalité est tout autre . L’Etat tunisien, fortement contrôlé par des lobbies proches du clan Ben Ali l’utilisent pour servir leurs intérêts privés, se trouve entraîné, comme le remarque l’économiste Abdeljellil Bedoui de l’Université de Tunis,  » dans une gestion de plus en plus coûteuse destinée à lui assurer la permanence de la domination d’une société dans un rapport d’allégeance en contrepartie d’assistance, de privilèges et de passe-droits sans se soucier des coûts qui en résultent pour la collectivité  » . Un coût qui est appelé à s’accroître, tant les arbitrages sont désormais de plus en plus difficiles entre les dépenses économiques et sociales et les impératifs sécuritaires.

 

Ce constant, aujourd’hui très visible pour un pays de 10 millions d’habitants, pourrait devenir rapidement palpable dans le contexte marocain ou la facture sociale est nettement plus béante. Pour faire face aux exigences sociales et sécuritaires, l’Etat tunisien est parti à la recherche de nouvelles ressources, au risque de se transformer en Etat prédateur , d’une part par la mainmise sur l’économie par le clan familial au pouvoir. Au Maroc, la nouvelle doctrine du régime sur le plan économique, qui tend à substituer un  »dirigisme actionnaire » au secteur privé sous l’étendard de la nécessité d’un  »champion national  » , va dans le même sens, même s’il faut reconnaître que la situation n’est pas aussi caricaturale.

 

Plus globalement, et contrairement aux idées reçues, il existe bel et bien une tendance à la dégradation sociale en Tunisie. L’indicateur de cet état de fait marquant concerne l’aggravation des inégalités mesurées par le rapport entre les dépenses des 10% les plus riches et celles des 10% les plus pauvres : il est de 13,8 en Tunisie et seulement de 11,7 pour le Maroc selon le PNUD.

 

Le deuxième phénomène concerne la capacité de l’Etat , à travers sa politique redistributive, à transformer les performances économiques en développement humain (mesure par la différence de classement selon PIB/habitant en parité de pouvoir d’achat et le fameux indice de développement humain-IDH).

 

Là encore, le résultat est étonnant : le différentiel pour la Tunisie est de -23 alors pour le Maroc il n’est de -14 ! Des chiffres qui tordent le cou aux chimères du miracle tunisien. Mais jusqu’a quand ? Les études d’efficience économique renvoient systématiquement à la sacro-sainte notion de gouvernance. Si la Tunisie de Ben Ali s’essouffle économiquement, il faut d’abord en rechercher les causes au niveau de la nature même du pouvoir.

 

Dans leur ouvrage  » Le syndrome Tunisien » , les deux spécialistes du Maghreb , Michel Camau et Vincent Geisser , expliquent ce mal lancinant qui ronge les deux approches, celle de la Tunisie et par extension celle que semble vouloir suivre le Maroc. Les deux veulent résoudre leurs problèmes internes en se copiant mutuellement ce qu’ils pensent être les acquis positifs de chance des expériences .

 

Ben Ali pense affirmer une légitimité en clouant du cas marocain un ersatz de  »monarchie républicaine » fondée sur une présidence à vie , une garde sécuritaire prétorienne soutenue par une économie néo-patrimoniale. Le nouveau Makhzan marocain, qui  »constitutionnellement divin » , cherche à pérenniser sa dominance politique par le contrôle direct des rouages économiques les plus porteurs. Les deux font fi du véritables moteur d’une nation : le caractère itératif du développement économique régulé et du fonctionnement réellement démocratique des institutions.

 

De façon plus visible depuis le 16 mai, l’Etat marocain joue la carte du tout sécuritaire. Les islamistes, avec leur percée aux derniers scrutins- législatives et communales- , ont été mis à l’index de façon trop primaire. Les plus modérés, intégrés dans le jeu politique, peuvent pourtant être l’interface d’un pan de la société abandonné sur le bas-côté du développement.

 

Cette attitude éradicatrice du pouvoir peut se révéler désastreuse. Vouloir atomiser cette réalité sociale au Maroc est chose vaine. Encore une fois, le cas tunisien le prouve. Alors que l’érosion de la classe moyenne en Tunisie est une tendance lourde, sa paupérisation la pousse vers un extrémisme religieux devenu clandestin et bientôt incontrôlable faute de relais institutionnels. Il en est de même pour ce qui est de rôle des médias et de la société civile en général. En Tunisie , il n’existe pas de presse digne de ce nom et les ONG rasent les murs, laminées par des années de répression féroce.

 

Résultat : la société désabusée se tourne vers l’extérieur et se radicalise en silence. Une situation que l’on risque de vivre au Maroc si les espaces de débat, de dialogue et de concertation continuent de se restreindre .

 

Dans ce contexte de convergence des modèles marocain et tunisien, la nouvelle Moudawana au Maroc risque de faire long feu. Les droits de la femme, apanage de l’héritage bourguibien en Tunisie, se sont mués en un  »féministe d’Etat » vide de sens. Comment imaginer restaurer la place nodale de la femme dans la société si toute la société est cadenassée ?

 

On comprend mieux ainsi le piége dans lequel s’est enfermé Ben Ali depuis son accession au pouvoir. Il a brisé, comme l’écrit le politologue tunisien Aziz Krichen  » toute autorité ne provenant pas de lui , dans l’exécutif, au Parlement, dans la classe politique, la justice, la presse, l’administration , les syndicats. Tous les rouages ont été purgés, de sorte qu’il est littéralement entouré aujourd’hui par un néant d’homme et d’institutions  ».

 

Un scénario d’épouvante que le Maroc se doit d’éviter.

 

(Source : « Le Journal » (Maroc), le 5 février 2004)

URL: http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=386

 

 

TUNISIE – EUROPE : Des voisins qui ne se comprennent pas ?

 

De notre envoyé spécial à Bruxelles, Nizar Bahloul

 

Le programme d’appui aux médias tunisiens lancé par l’Union Européenne a bel et bien démarré.

 

Après les sessions de formation au sein du CAPJC, douze journalistes tunisiens ont participé du 24 novembre au 2 décembre à Bruxelles à un séminaire d’information sur le journalisme d’investigation. L’occasion pour ce groupe de visiter les différentes institutions européennes (Conseil, Commission, Parlement) et de “Comprendre l’Europe” à travers leurs rencontres avec les différents responsables de ces institutions, mais aussi avec des journalistes, députés, parlementaires, représentants de la société civile.

 

Connaître l’Europe. Le programme d’appui aux médias en Tunisie entrant dans le cadre du partenariat Union européenne – Tunisie, est bien ambitieux. Lancé en mai 2005 à Tunis et destiné aux journalistes professionnels, il comporte plusieurs sessions de formation dont la dernière vient de se dérouler à Bruxelles du 24 novembre au 2 décembre et visait à faire connaître l’Europe aux journalistes tunisiens. Qu’est-ce que l’Europe ? Est-ce celle que visent les émigrés clandestins? Celle des 25 ? Celle des pères fondateurs ? Celle des nationalistes de droite?

 

Quand on visite la Commission européenne ou le Parlement européen, siégeant tous les deux à Bruxelles, on découvre, par un froid frôlant toujours le 0 degré en ce mois de décembre, que toutes ces “Europe” existent. Cohabitent. Entre des parlementaires envoyés à Bruxelles par leur ةtat, afin de les éloigner de la politique nationale de leur pays, ceux qui profitent d’une belle et douce retraite et ces fonctionnaires de la Commission dont le rêve suprême est de créer une Europe unique et unie, l’écart est grand. Il l’est encore davantage avec cette population qui, si l’on conclut par l’affligeant “Non” français et néerlandais à la Constitution en mai dernier, ne veut vraisemblablement pas de cette Europe. On tient à rester français, belge, néerlandais.

 

L’Europe incomprise

 

Vues de Tunis, les différences semblent claires entre gouvernants et gouvernés. Vu de Bruxelles, idem. Tout le monde à l’UE semble d’accord pour dire que l’échec du traité constitutionnel est lié à des considérations nationales. Des égoïsmes nationaux.

 

Ce que l’on devinait à Tunis, on l’a vécu à Bruxelles. L’Europe n’intéresse pas! Un journaliste correspondant d’une grande chaîne française témoigne de ses déboires quotidiens avec sa direction pour passer ses reportages de Bruxelles. “Tous corrompus”, nous dira un barman belge. “Ah ! pour cela oui, ils le sont tous”, confirmera un de ses clients. “ L’impression de dépenses effrénées et d’un grand nombre de fonctionnaires au sein de l’UE frappe tout nouveau venu ”, nous indique un analyste politique de l’European Policy Center. “ Seulement dès lors que l’on voit de près le mode de fonctionnement et les tâches de chacun, n’importe qui s’aperçoit que les différentes institutions européennes travaillent pratiquement en sous-effectif. D’ailleurs, le nombre total du personnel ressemble à celui d’une mairie d’une ville moyenne ”.

 

On comprend dès lors que les gouvernés aiment critiquer les gouvernants. Surtout quand ils n’arrivent pas à comprendre. Et l’Europe, aujourd’hui, a du mal à se faire comprendre par les siens. Mais il n’y a pas que le citoyen lambda qui ne comprend pas ce qu’est cette Europe.

 

Ses députés aussi ! “Je vais vous raconter une histoire qui a eu lieu récemment et qui est fortement anecdotique”, nous éclaircira ce “confrère européen”. Dernièrement, on a voté au Parlement la directive Reach, une réglementation sur la manière dont les substances chimiques peuvent être mises sur le marché et utilisées par les industriels. Elle vise à obliger les industriels de l’UE à conduire des études poussées sur la toxicité des produits chimiques, et instaurer, d’ici onze ans, un régime d’autorisation, à l’instar de celui qui existe pour les pesticides. La directive a été votée, mais un sondage aurait montré, selon notre journaliste, que 80% des parlementaires ont voté sans rien comprendre à cette directive. Ils l’auraient avoué! Ils n’ont fait que suivre les consignes de leur chef de file alors qu’ils étaient censés tout connaître sur le problème. Les chefs de file, eux, auraient suivi les consignes des lobbies économiques et industriels”.

 

Tunisie – Europe : beaucoup à faire

 

Vu ainsi, il reste à l’Europe beaucoup à faire encore au sein même de ses institutions, dont le fonctionnement—assuré par 12.000 fonctionnaires, pas tous payés à égalité— est grevé par des lourdeurs administratives voire bureaucratiques, propres à toute institution du genre.

 

Mais ce qui intéresse le plus un Tunisien n’est pas cette Europe, mais celle du partenariat. Celui signé en 1995. Un partenariat aux résultats mitigés. Tout comme celui de Barcelone, selon le témoignage de Raimon Obiols, député européen appartenant au groupe socialiste européen, membre de la commission des Affaires étrangères. “On a l’impression que l’on monte un escalator qui descend”, dit-il, rappelant les problématiques nées durant la décade : terrorisme, émigration clandestine, insertion sociale etc. “Le problème, dit-il, c’est qu’il n’y a pas d’alternative. Même ceux qui sont critiques envers Barcelone n’ont pas d’alternative. La politique méditerranéenne est quelque chose que personne ne discute, mais dont personne n’est content”. Une réflexion qui ne trouve que confirmation après l’absence, quelques jours plus tard, de la majorité des pays du Sud lors du rendez-vous du 10ème anniversaire du processus.

 

L’autre inquiétude est celle de cette Nouvelle Politique de Voisinage venue brouiller encore davantage celle de l’accord d’association. A Tunis, on ne comprend pas ce que l’on entend par “nouveaux voisins” alors qu’on l’a toujours été. On ne comprend pas également que le texte ait été écrit par les Européens pour être soumis aux Tunisiens, alors que, dans une association, les deux partenaires associent généralement leurs efforts pour l’élaboration d’un tel document.

 

A la question, Mme Leonor Viera Sousa, du Desk Tunisie de la Direction générale pour les relations extérieures de la Commission Européenne, répond que la nouvelle politique de voisinage ne remplace en aucun cas l’accord d’association. Selon les rédacteurs du texte, les Européens ne l’ont pas soumis pour simple approbation, comme cela aurait pu être compris, pour qu’il serve de texte de départ, sujet à modifications et discussions avec les Tunisiens. Tout en soulignant ne pas aimer le terme “bon élève” qu’accordent certains à la Tunisie pour expliquer ses résultats économiques, Mme Sousa rappelle tout ce qui a été fait au pays depuis la signature de l’accord d’association et les avancées significatives enregistrées. Il faut dire aussi, relève-t-elle, que la part du gâteau allouée aux Tunisiens est la plus importante de la région. Elle insistera encore une fois sur ce terme de gâteau avant qu’on ne lui signifie que ce terme est inadéquat et incorrect dans un accord supposé être d’association. Il aurait été d’ailleurs indélicat même s’il s’agissait d’aide. En fait, Mme Sousa est Espagnole et par “gâteau” elle entendait “part de camembert”. Elle s’excuse sincèrement et passe au chapitre suivant.

 

Entre les malentendus dus à la langue (on ne peut ignorer que l’Europe d’aujourd’hui parle une vingtaine de langues), ceux de l’Histoire (guerres, colonialisme, néo-colonialisme etc) et de la culture, les différences s’accentuent entre les Européens d’une part et les Européens et les autres peuples d’autre part).

 

On ne manquera pas également de relever, en filigrane, l’aspect “ Monsieur je sais tout, donneur de leçons ” européen : “ Il faut que vous intensifiiez les échanges intermaghrébins, il faut que vous arrêtiez de confectionner le tee-shirt blanc et laisser ça aux Chinois pour passer au prêt-à-porter haut de gamme afin de sauver votre industrie textile, il faut faire ceci, ne pas faire cela… ”.

 

Si l’on relève par ailleurs les bons côtés économiques qui marchent en Tunisie ou encore le bon démarrage (quoique difficile) de ce programme d’appui aux médias, on ne manque pas de relever les blocages sur d’autres dossiers.

 

La réalité tunisienne est-elle si complexe que cela pour les Européens ? Ou est-ce cette même Europe qui parait déjà complexe pour les Européens qui semble complexe aux Tunisiens ? S’agit-il de néo-colonialisme et d’ingérence (comme le répètent certains) ou plutôt d’une véritable volonté de partenariat et de relation gagnant-gagnant ? La vérité est peut-être entre les deux, répond un analyste tunisien, le sourire aux coins des lèvres.

 

Comprendre l’Europe, la question s’avère beaucoup plus rude que prévu, car il ne s’agit pas de comprendre les Européens, mais un nouvel ordre mondial dont les ficelles ne sont détenues ni par les Européens, ni par les Tunisiens. Du moins ceux qui signent les différents accords.

 

(Source : « Réalités » N° 1042 du 15 décembre 2005)

 


Démocratie et blasphème

 

Youssef Kraiem – Ariana

 

Suite à une discussion sur la nouvelle orientation médiatique du Monde arabe, liée de tonte évidence à la mondialisation, un ami m’a proposé de regarder une émission, paraît-il appréciée par les téléspectateurs et dont le titre vous attire, sur une chaîne satellite arabe.

 

Je fus désagréablement surpris et par l’émission, et par l’appréciation avancée de mon ami. Je me suis dit en fin de compte que nous, Arabes, nous nous réjouissons en écoutant les gens s’insulter. On appelle cela liberté d’expression. Quel plaisir nous prenons à répéter comment tel invité a ridiculisé l’autre, et on répète les insultes qu’il a prononcées.

 

Je me suis dis que, si le français-dit-on-est la langue de la culture et l’anglais celle du commerce ou plus précisément des affaires, notre langue, vu sa richesse, enveloppe et la culture et les affaires. Et comme je sais que la langue française s’est enrichie de plus de 20.000 mots d’origines diverses (arabes, chinois, asiatiques, latino-américains etc…), j’ai eu, comme je l’ai dit plus haut la très mauvaise surprise de constater que notre langue a été enrichie dans la dite émission d’une vingtaine de blasphèmes.

 

Imaginer que des invités présentés comme des “docteurs” (je ne sais d’ailleurs en quoi) s’échangeaient des insultes et des mots vulgaires, qui vous assourdissent.Si l’Occident parle de démocratie et de Droits de l’Homme, il faut au moins lui reconnaître deux siècles d’avance sur le Tiers-monde avec à la tête la grande révolution française . Quant à nous, Arabes, on est encore incapable de faire notre révolution médiatique, sinon comment expliquer cette fameuse bataille de coqs présentée comme ” “ opinions opposées et “ ittijeh el mouaakess ” où les invités se bombardent de mots impossibles à entendre, ni même à expliquer.

 

Il a suffi qu’une invitée installée aux USA fasse part de son admiration pour les démocraties occidentales—et c’est son droit—pour qu’elle soit traitée par l’invité au studio de tous les noms, avec bien sûr l’encouragement du présentateur de l’émission.

 

Alors je me permets de m’adresser à ces donneurs de leçons pour leur demander gentiment de ne plus nous insulter.

 

Vous êtes libres de ne pas nous apprécier, voire même nous détester, mais s’il vous plaît, gardez votre haine pour vous. Nous savons bien (oh combien !) vous nous méprisez, et croyez-moi, on s’en moque éperdument, car malheureusement pour vous, vous êtes dans l’incapacité morale et intellectuelle, malgré vos centaines de “ docteurs ” de nous donner des leçons. En tunisien on dit “ ya tbib el amyen dawi ainek el oura ”.

 

Au quotidien, nous devons avoir un rapport naturel en relation avec la spécificité du pays où l’on vit, or il semble que vous vouliez nous imposer rigoureusement votre intégrisme.

 

Vous êtes contre la culture plurielle , pourtant bien imprégnée par la civilisation arabe il y a longtemps, à Bagdad et à Cordoue.

 

Il me semble, au risque de vous décevoir, que l’éducation, la santé, l’économie et la technologie représentent pour nous des causes nationales primordiales à traiter en priorité; quant à la démocratie telle que vous la présentez, eh bien on n’en veut pas.

 

Je reconnais que nous en sommes aux premiers pas démocratiques, disons que nous sommes grippés dans ce domaine, à la différence d’autres pays que je ne citerai pas, où il s’agit d’une maladie viscérale et incurable. Alors que l’on soit clair, entre notre grippe et votre peste, il n’y a pas photo. Retenez bien que je ne souhaite jamais voir mon pays subir des morts ou des handicapés par explosion ou arrosage par acide comme cela s’est passé dans les années 80.

 

Enfin, pour votre gouverne, sachez que je suis un simple citoyen tunisien, n’ayant de rapport ni avec le parti au pouvoir , ni avec l’opposition. Car d’après votre façon de recevoir les communications (et j’ai eu l’occasion de le vérifier), tout Tunisien qui défend son pays est considéré comme à la solde d’un parti quelconque opposé à votre intégrisme.

 

(Source : « Réalités » N° 1042 du 15 décembre 2005)

 

 

L’IER recommande au roi du Maroc des excuses d’Etat

 

Dans un rapport rendu public vendredi, l’Instance Equité et Réconciliation (IER) a demandé la fin des impunité, et des excuses d’Etat aux victimes des atteintes aux droits de l’Homme commises sous le règne d’Hassan II. Le gouvernement a accueilli favorablement les recommandations cet organisme, tandis que le roi a exprimé sa « volonté profonde » de tourner la page de ces années noires, selon le ministre de la communication Nabil Benabdellah.

 

Dans une série de recommandations au souverain chérifien, l’IER préconise la mise en oeuvre « d’une stratégie nationale de lutte contre l’impunité par le biais de réformes juridiques et l’élaboration d’une véritable politique [des droits de l’homme] dans les secteurs de la justice, de la sécurité et du maintien de l’ordre ».

 

Ces mesures, estime l’IER, sont nécessaires pour parvenir à « l’éradication de l’impunité ». l’organisme recommande aussi à l’Etat de présenter des excuses publiques à la vingtaine de milliers de victimes d’atteintes aux droits de l’Homme durant les « années de plomb », entre 1960 et 1999, période durant laquelle a régné d’une main de fer feu le roi Hassan II.

 

« TOURNER UNE PAGE DE NOTRE HISTOIRE »

 

Le roi « a pris acte de la teneur du rapport final de l’IER, qui lui a été remis le 30 novembre, et a donné ses hautes orientations pour qu’il soit publié et porté à la connaissance de l’opinion publique », a indiqué le Palais royal dans un communiqué publié vendredi. Une source gouvernementale a indiqué  que les autorités examinaient la manière et le cadre dans lesquels les excuses devraient être présentées. Le 30 septembre, le président de l’IER Driss Benzekri avait déjà appelé l’Etat marocain à « reconnaître officiellement » sa responsabilité.

 

L’IER insiste aussi sur la nécessité d’établir la vérité sur les cas non encore élucidés. Le cas le plus célèbre concerne la disparition de l’opposant Mehdi Ben Barka en 1965 à Paris. « Nous entendons accueillir très positivement les différentes recommandations que contient ce rapport », a affirmé à l’AFP Nabil Benabdellah, également porte-parole du gouvernement. « Nous considérons ce rapport comme un témoignage sur la volonté profonde de Sa Majesté le roi et de son gouvernement de tourner une page de notre histoire », a ajouté M. Benabdellah.

 

Créée en novembre 2003, à la demande de Mohammed VI l’IER a instruit et pris des décisions concernant 16 861 dossiers individuels, parmi lesquels 9 280 bénéficieront d’une indemnisation. Près de 1 499 victimes ont déjà bénéficié d’une indemnisation entre 1999 et 2003. Elle est présidée depuis sa création par Driss Benzekri, un ancien détenu politique, a permis de localiser les tombes de 663 personnes qui étaient considérée jusqu’ici comme disparues. cette organisme est une première dans le monde arabe où jamais un régime n’avait initié la création d’une commission chargée d’examiner les exactions commises par l’Etat et donner publiquement la parole aux victimes.

 

Avec AFP

 

(Source : lemonde.fr, le 17 décembre 2005)

 


Bouteflika le rescapé

 

Jean-Pierre Tuquoi

 

C’était le temps de la guerre froide et des indépendances africaines. Le tiers-monde était à l’honneur et la révolution au bout du fusil. John F. Kennedy campait à la Maison Blanche, Nikita Khrouchtchev au Kremlin et le général de Gaulle à l’Elysée. En France, on commençait à parler de Giscard d’Estaing. Jacques Chirac était un inconnu.

 

En ce temps-là, l’Algérie venait d’accéder à l’indépendance et le jeune Abdelaziz Bouteflika, après un passage éclair à la tête du ministère de la jeunesse, des sports et du tourisme, entamait une longue carrière à la tête de la diplomatie de son pays. En 1963, à Jérusalem-est – ville alors jordanienne -, il assistait à la première conférence nationale palestinienne ; puis on allait le croiser à l’ONU, à Pékin. à Moscou, à Paris. Oeil vif, moustache drue et chevelure ébouriffée, il était partout, chantre d’une Algérie progressiste qui faisait rêver ceux qui croyaient aux lendemains qui chantent.

 

Près d’un demi-siècle plus tard, voici ce même homme, rescapé d’une époque révolue, remis en selle en 1999 par les militaires de son pays, le voici donc, la moustache poivre et sel, le cheveu rare, qui rempile pour un deuxième mandat présidentiel à la tête de l’Algérie. Ses pairs, pour la plupart, ont disparu, emportés par l’Histoire ou la maladie. Lui, à 67 ans, est toujours sur le devant de la scène avec ses promesses de  » bâtir un Etat fort, moderne  » et d' » assurer la prospérité de la nation  » sans renier, bien entendu, les  » valeurs civilisationnelles  » de la société algérienne.

 

Même entrecoupé d’une longue traversée du désert, le parcours d’Abdelaziz Bouteflika, avant comme après 1962, l’année de l’indépendance, épouse celui d’une Algérie installée dans son siècle. Raconter l’un c’est parcourir l’autre. Sans trop d’illusions. Parce qu’il est le chef d’un Etat encore jeune et sans tradition démocratique, le politique l’emporte encore sur l’histoire dans cette vie si riche et la vérité peine à s’imposer.

 

Comme si l’Algérie était la Corée du Nord ou l’Union soviétique du camarade Staline, l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika s’efforce encore aujourd’hui de vendre, en une dizaine de feuillets, une image du chef de l’Etat qui confine au ridicule. La liste de ses vertus est une litanie :  » La modestie, la loyauté, la sincérité, la fidélité face aux engagements, la moralité, la tolérance, le courage, une volonté de fer, un ton calme. « 

 

Le camp d’en face, celui des adversaires du chef de l’Etat qui vient d’être réélu, ne fait pas davantage dans la finesse. Tout à leur ardeur à démolir le candidat Bouteflika, les plus virulents ont sorti l’artillerie lourde, ces dernières semaines. A grands coups de  » révélations  » sur le passé du président-candidat, ils ont tout fait pour traîner dans la boue leur adversaire. La vérité se trouverait-elle entre les deux ?

 

Côté image pieuse, Abdelaziz Bouteflika est un héros nationaliste sans peur et sans reproche.  » L’amour de la patrie l’a envahi depuis sa plus tendre enfance et c’est ainsi qu’il a commencé à militer (…) rejoignant les rangs de l’Armée de libération nationale en 1956. Il venait tout juste de terminer ses études secondaires « , assure le document issu de la présidence avant de détailler le cursus du jeune nationaliste : inspecteur général de la wilaya 5, officier, commandant du  » front malien  » ouvert à la frontière sud de l’Algérie (d’où son nom de guerre : Si Abdelkader El-Mali).

 

Mensonge que tout cela, riposte le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, auteur d’un ouvrage plus nauséabond que sulfureux ( Bouteflika, une imposture algérienne ) publié à la veille du scrutin.  » Le nom d’Abdelaziz Bouteflika (…) ne figure dans aucune des structures dirigeantes du FLN [l’ex parti unique] et ne se trouve lié à aucun épisode marquant de la guerre d’indépendance .  » Et de poser la question :  » Bouteflika est-il un faux moudjahid [combattant] ? « 

 

La réponse est non. Né le 2 mars 1937 à Oujda, au Maroc, où son père s’était installé dans les années 1930, Abdelaziz Bouteflika, à 19 ans, a bel et bien franchi clandestinement la frontière pour rejoindre les premières unités combattantes de la wilaya 5 dirigées par un certain Mohamed Boukherouba, qui deviendra célèbre sous le nom de Houari Boumediène.

 

Pour autant, le jeune Bouteflika n’a guère humé  » l’odeur enivrante de la poudre  » pendant ces années de guerre. Il n’était pas fait pour le maquis. Son talent était celui d’un homme politique, organisateur habile, travaillant dans l’ombre des chefs de l’Armée de libération nationale (ALN).

 

En 1961, son destin bascule. Chef d’état-major d’une ALN devenue incontournable à l’approche de l’indépendance, Houari Boumediène est un nain politique à la merci du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Pour n’être pas écarté il lui faut un parrain, un allié parmi les chefs historiques incarcérés en France, au château d’Aulnoy. Boumediène penche pour Mohamed Boudiaf. Abdelaziz Bouteflika, chargé d’aller secrètement sonder les uns et les autres, propose de miser de préférence sur Ahmed Ben Bella.

 

Il a raison : Ben Bella est la bonne carte. Celle qui, au lendemain de l’indépendance, une fois le GPRA évincé et Ben Bella installé à la présidence, permettra à Boumediène de conserver le contrôle de l’armée tout en ayant un allié au gouvernement. Cet allié, c’est donc Abdelaziz Bouteflika nommé ministre du tourisme avant de se voir confier, en 1963, le portefeuille des affaires étrangères, laissé vacant par l’assassinat de Mohamed Khémisti.

 

Le nouveau chef de la diplomatie algérienne a 26 ans. Il ne connaît rien à son nouveau métier, ses homologues se gaussent de ses interventions laborieuses, de ses discours ânonnés, mais il apprend vite. Et il a des convictions : il tient à maintenir la balance équilibrée entre Moscou et Washington, se détourne de l’Afrique noire et refuse que son pays se rapproche trop de l’Egypte de Nasser.

 

La diplomatie algérienne – comme la défense – échappe au président Ben Bella. Pour la reprendre en main, il faut limoger Abdelaziz Bouteflika, le proche de Houari Boumediène. Passer à l’acte paraît simple mais, dans une Algérie où le chef de l’Etat est sous surveillance de l’armée, l’affaire est perçue comme une purge à prévenir.

 

Ben Bella va payer très cher, en 1965, la tentative de mise à l’écart de son ministre des affaires étrangères. Il est chassé du pouvoir et embastillé. Houari Boumediène le remplace à la tête du pays. Et Abdelaziz Bouteflika conserve son portefeuille.

 

Commence la période flamboyante de la diplomatie algérienne. Le pays se veut le porte-drapeau – avec l’Inde – du mouvement des non-alignés. Alger donne refuge (et arme parfois) les mouvements de libération, nationalise les hydrocarbures (au grand dam d’Elf), rompt avec les Etats-Unis à l’occasion de la guerre de six jours, accueille comme un chef d’Etat le président de l’OLP, Yasser Arafat, fustige le régime de l’apartheid en Afrique du sud, dénonce la politique promarocaine de la France au Sahara occidental…

 

Abdelaziz Bouteflika incarne cette diplomatie omniprésente qui, pendant près de vingt ans, a valu à l’Algérie d’être le symbole d’un neutralisme actif.

 

 » Little big man « , comme on le surnomme, est une vedette. Il agace les uns, séduit les autres, en tout cas ne laisse pas indifférent. Houari Boumediène est un ascète, des yeux de braise mais efflanqué comme un personnage du Greco ; Abdelaziz Bouteflika est un bon vivant, amateur de cigares, de costumes bien coupés et, dit-on, de femmes.

 

Les deux hommes ne se ressemblent guère ; ils se complètent. A l’extérieur, Abdelaziz fait figure de dauphin naturel. C’est si vrai que, lorsque le président Boumediène disparaît, emporté par la maladie le 27 décembre 1978, les chancelleries occidentales parient sur Bouteflika pour lui succéder. N’a-t-il pas prononcé l’oraison funèbre du défunt au cimetière d’El Alia ? Le pronostic se révèle faux. Parce que, à trop arpenter le monde et à courir les réceptions d’ambassades, il avait négligé les jeux de pouvoir, les manipulations ténébreuses des services de renseignements, l’ancien  » lieutenant  » de Boumediène se voit très rapidement préférer l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé : le général Chadli Benjedid.

 

Le coup est d’autant plus rude que s’ensuivent quelques règlements de compte. L’ancien ministre des affaires étrangères se voit reprocher par la toute nouvelle Cour des comptes une  » gestion irrégulière des crédits budgétaires « . De grosses sommes d’argent provenant des ambassades algériennes ont été placées dans des banques étrangères à l’insu du Trésor algérien. L’affaire ne sera jamais jugée mais elle signe la chute d’Abdelaziz Bouteflika qui est exclu, en décembre 1981, du comité central du FLN.  » Il a été la première cible de la politique de  » déboumediennisation » et il a été obligé de quitter le pays et de vivre à l’étranger pendant près de vingt ans « , lit-on dans sa biographie  » autorisée « .

 

A dire vrai, ce fut un exil discret et des plus supportables, entre Paris, Genève et Abou Dhabi où l’ancien ministre conseille cheikh Zayed. Un exil par ailleurs plus bref que ne laisse entendre la présidence puisque, dès mars 1989, il réintègre le comité central du FLN. Deux mois auparavant, l’ancien numéro deux du régime avait signé une motion en faveur de la démocratisation de la vie publique.

 

L’homme est donc remis en selle alors que l’histoire s’emballe dans son pays. L’interruption des élections législatives marquées par la victoire des islamistes, la démission du président Chadli, en janvier 1992, la mise en place d’une direction collective sous la houlette de Mohamed Boudiaf… Abdelaziz Bouteflika observe ces événements plus qu’il n’y participe. On lui propose un poste de conseiller politique, il le refuse, attendant son heure.

 

En 1994, nouveau rendez-vous raté. L’ancien ministre se voit proposer le poste de chef de l’Etat par des militaires. On lui offre d’être une sorte de pape de transition en attendant la reprise du processus électoral. Il hésite, consulte, réfléchit avant de décliner l’offre, estimant qu’il n’aurait pas les mains libres.

 

IL faudra la démission du président Liamine Zeroual pour le convaincre que, cette fois, son heure a sonné. Abdelaziz Bouteflika se présente à la présidentielle anticipée d’avril 1999, lesté du soutien avéré des seuls qui comptent, les patrons de l’armée, lesquels lui offrent une élection dans un fauteuil : près de 75 % des suffrages exprimés. Le score a été  » arrangé  » à la demande du candidat Bouteflika qui ne supportait pas d’être élu moins brillamment que son prédécesseur, affirme M. Benchicou dans son ouvrage.

 

Cinq ans plus tard, le bilan du mandat apparaît en demi-teinte : la violence des groupes armés a considérablement diminué avec la concorde civile ; les caisses de l’Etat et les greniers des agriculteurs n’ont jamais été aussi pleins et la croissance économique aussi vigoureuse ; l’Algérie est redevenue un partenaire courtisé par les Etats-Unis et la France… Mais ces bons résultats doivent davantage aux militaires algériens, aux cours élevés du pétrole, à une météo clémente et aux retombées du 11 septembre 2001 qu’à l’action personnelle du président Bouteflika. Et les échecs ne manquent pas : la Kabylie toujours agitée, les privatisations en panne, la loi sur les hydrocarbures aux oubliettes, le chômage qui ne diminue guère…

 

Son second mandat présidentiel, a-t-il confié à des proches, sera celui des ruptures et des changements véritables. Des millions d’Algériens aimeraient y croire même si les conditions de sa victoire augurent mal d’une Algérie nouvelle.

 

(Source : « Le Monde », le 16 décembre 2005)


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