15 janvier 2011

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TUNISNEWS 10 ème année, N° 3889 du 15.01.2011 archives : www.tunisnews.net

leparisien.fr: La révolution en Tunisie en direct

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Revue de presse Francophone – 16 articles

Revue de presse Anglophone – 6 articles


La révolution en Tunisie en direct


leparisien.fr 15.01.2011, 07h28 | Mise à jour : 22h57
 
C’est finalement le président du parlement, Fouad Mebazaa, qui assure l’intérim, avec pour mission d’organiser une élection présidentielle dans les 60 jours. A Paris et en province, des milliers de personnes célèbrent la chute de l’ex-président.

 

– 22h20: le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a regretté samedi la chute de Zine El Abidine Ben Ali qui reste pour lui  «toujours le président légal» de la Tunisie. Il a proposé aux Tunisiens l’application de son modèle de démocratie directe. L’ex-président se serait entretenu avec lui au téléphone dans la matinée.

– 21 h 30 : Selon l’agence turque Anatolie, 333 Turcs ont été rapatriéssamedi de Tunisie par un vol spécial. Ils font partie de la communauté turque en Tunisie, forte d’un millier de personnes. On ignore ce samedi soir si d’autres Turcs devaient être rapatriés.

– 21 heures :la tension est toujours vive, mais un calme relatif semble régner ce soir à Tunis. Selon la radio RFI, un silence pesant pèse sur la capitale, ponctué de tirs et de sirènes. Des quartiers se sont organisés pour contrecarrer l’action des milices. Dans la journée, de nombreux citoyens ont appelé l’armée à organiser la réouverture de boulangeries et d’épiceries. Le site du magazine «Jeune Afrique» explique que la chaîne de télévision nationale TV7 diffuse les numéros d’immatriculation des véhicules responsables de braquages et d’autres actes de vandalisme ou de violences.

– 20h40 : l‘Autorité palestinienne, proche du régime de Ben Ali, veut maintenir «les meilleures relations» avec la Tunisie et a démenti un communiqué de son parti l’OLP. L’Organisation de libération de la Palestine avait installé ses bureaux en Tunisie de 1982 à 1991, avant l’établissement de l’Autorité palestinienne en 1994.

– 20h30:la compagnie aérienne italienne Alitalia annonce la reprise dès dimanche de ses vols vers et en provenance de Tunisie. Les vols seront assurés avec des appareils «Airbus A321 de 200 places plus spacieux que ceux habituellement utilisés afin de pouvoir accueillir le plus grand nombre possible de passagers souhaitant rentrer en Italie», précise la compagnie.

– 20 heures: outre des rassemblements à Paris, Marseille et Nice, quelque 800 personnes ont exprimé leur liesse à Lyon. Les manifestants étaient environ 450 à Lille, entre 350 à 500 à Toulouse.

– 19h45 :la Jordanie affirme «respecter les choix du peuple tunisien» et a appelé «toutes les forces nationales à s’unir». Une cinquantaine de syndicalistes ont organisé un sit-in devant l’ambassade de Tunisie à Amman, pour appeler à la propagation de «la révolution tunisienne».

– 19 heures: l’essentiel des retours de touristes français sera assuré dimanche, annonce le président de l’Association des tour-opérateurs.

– 18h20 : le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a condamne les violences et les pillages, jugeant «indispensable» un rapide retour au calme, tout en saluant les efforts des autorités pour organiser le plus vite possible des élections.

– 18 heures : le Soudan salue la chute de Ben Ali, considérant ce «choix du peuple» comme une occasion d’atteindre «la liberté et la prospérité» pour la Tunisie.

– 17h30  : les proches de Ben Ali en France n’ont «pas vocation à rester»,selon François Baroin, le porte-parole du gouvernement. Il faisait notamment référence au séjour d’une fille de l’ex-président  tunisien à Eurodisney et de sa seconde épouse. Elle et ses proches ont quitté le parc d’attraction dans l’après-midi. «Il n’a jamais été question d’une présence de Ben Ali sur le sol français, ça n’a pas été formulé et ça n’aurait pas été accepté», a-t-il poursuivi sur France Info. Des rumeurs avaient circulé vendredi soir sur son éventuelle venue en France.

-17h20 : De Londres, Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennhadha, déclare qu’il «prépare» son retour dans son pays, et qu’il est disposé à la formation d’un gouvernement d’union nationale, dans un entretien téléphonique avec l’AFP. Pour lui, «l’intifada tunisienne a réussi à faire tomber la dictature».

– 17 heures : des proches de l’ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, dont une de ses filles et sa seconde épouse Leïla Trabelsi , ont quitté samedi après-midi le parc d’attraction Eurodisney (Seine-et-Marne), où ils avaient trouvé refuge depuis jeudi. Ces personnes, dont le nombre n’a pas été précisé, «sont parties il y a une heure ou deux», a déclaré en milieu d’après-midi un responsable du Disneyland Hotel sous couvert de l’anonymat. «Tout le groupe est parti, personne ne sait où ils sont allés», a-t-il poursuivi sans plus de précisions.

-17h55 :la Russie souhaite la fin des des violences et un dialogue démocratique «dans le cadre constitutionnel» en Tunisie.

– 16h45:environ 8 000 personnes, selon la police, ont défilé samedi après-midi à Paris pour célébrer la chute du président tunisien Zine El Abdine Ben Ali. Les manifestants, essentiellement des Tunisiens, des Franco-Tunisiens ainsi que des représentants des partis de gauche français, s’étaient rassemblés place de la République. 

– 16h30 :plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans les rues de Marseille (2 100 selon la police) et à Nice (1.000 selon la police) pour fêter le départ de Ben Ali, criant notamment «Ben Ali assassin» et entonnant l’hymne du pays.

– 16h20 : les partis palestiniens Hamas et Jihad islamique saluent la chute du président Zine El Abidine Ben Ali. Ce dernier n’était pas populaire auprès des  islamistes compte tenu de la répression qu’il avait menée contre eux  dans son pays. L’OLP a rendu hommage «au courage sans précédent du peuple tunisien et au sacrifice héroïque consenti pour réaliser ses aspirations».    – 16h10 :Ségolène Royaljuge «important» que le Parti socialiste «puisse se constituer en force d’observation» dans l’organisation d’élections libres en Tunisie, proposant sa propre présence comme «garantie». Elle propose au peuple tunisien «une mise à disposition du Parti socialiste, des militants socialistes, des militants de gauche qui sont là, qui sont imprégnés des mêmes valeurs démocratiques».

– 16 heures :outre la prison de Monastir,où au moins 42 personnes sont mortes, d’autres centres de détention subissent des attaques, notamment à  Messadine, à Mahdia.Des tentatives d’attaques ont été signalées à l’AFP par des témoins contre la prison à Mornaguia, à l’ouest de Tunis, où se trouve le plus grand centre pénitentiaire du pays.  

– 15h30 : l’Egypte «respecte les choix» du peuple tunisien. Ce qui est important en ce moment est que les Tunisiens soient unis», a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

– 15h20 : Environ 800 personnes, selon la police, ont manifesté samedi àLyon pour célébrer la chute du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, aux cris notamment de «Ben Ali assassin, Ghannouchi complice».

– 15h10 : «Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive seront associés au processus politique», déclare Fouad Mebazaa, le tout récent président par intérim. Il a promis de consacrer le pluralisme et la démocratie et de respecter à la lettre la Constitution. Il a par ailleurs annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que «l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale».

– 14h50 :un photographe français, Lucas Mebrouk Dolega, 32 ans, blessé vendredi à la tête par un tir de grenade lacrymogène au cours d’une manifestation à Tunis se trouvait samedi dans un état «très grave», selon son entourage.

– 14h40 : le chef du parlement tunisien, Fouad Mebazaa, a prêté serment comme président par intérim de la Tunisie dans son bureau à l’assemblée.

– 14h30 :la France apporte «un soutien déterminé» au peuple tunisiendans «sa volonté de démocratie», et «appelle à l’apaisement et à la fin des violences» ainsi qu’à «des élections libres dans les meilleurs délais», affirme Nicolas Sarkozy dans son communiqué. «La politique de la France est fondée sur deux principes constants: la non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain, le soutien à la démocratie et à la liberté». Le chef de l’Etat indique également que la France a pris «les dispositions nécessaires pour que les mouvements financiers suspects concernant des avoirs tunisiens en France soient bloqués administrativement, conformément à la législation».

– 14 heures : selon le communiqué publié samedi à l’issue d’une réunion interministérielle à l’Elysée, la France appelle «à l’apaisement et à la fin des violences» en Tunisie, et demande «des élections libres dans les meilleurs délais».

– 13h50 : l’état d’urgence reste en vigueur à Tunis, témoignent les envoyés spéciaux du Parisien-Aujourd’hui en France :  «l’armée effectue de nombreux contrôles de véhicules dans le centre-ville et la police patrouille encore dans les rues et devant les ambassades. Tout regroupement de plus de trois personnes est interdit et la population achète tant bien que mal de la nourriture devant les quelque magasins dont le rideau reste à demi-fermé», racontent-ils.

 

– 13h40 : selon un diplomate français qui tient à garder l’anonymat, des partisans de l’ex-président Ben Ali sont impliqués dans des attaques et des exactions contre la population à Tunis. «J’ai vu des gangs qui fracassaient des portes pour faire sortir des personnes et les tabasser dans la rue. Ces gangs étaient constitués de policiers en civil et en uniforme et d’individus non identifiés armés de chaînes métalliques, de bar de fer et de gourdins», a raconté ce diplomate à l’AFP. «Un des policiers m’a expliqué qu’il s’agissait de partisans de Ben Ali convaincus de son retour». Le président de la Ligue Tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) Mokhtar Trifi a estimé que les bandes de casseurs étaient formées de «commandos téléguidés ayant pour objectif de discréditer les manifestants».

– 13h20 : «Nous déployons tous les efforts pour rétablir l’ordre sur l’ensemble du territoire», a assuré le Premier ministre tunisien sortant Mohammed Ghannouchi, interrogé par Al-Jazira. «Il est inacceptable que se poursuivent les pillages», a-t-il ajouté, admettant «l’infiltration de certaines parties», qu’il n’a pas qualifiées, dans les manifestations de rue.

– 13h15 : le bilan de l’incendie de la prison de Monastir s’aggrave : un médecin parle d’au moins 42 morts.

– 13h10 : la Ligue arabe appelle toutes les forces politiques tunisiennes à être «unies», après la fuite du président Ben Ali. L’organisation panarabe, qui siège au Caire, évoque dans un communiqué la «phase historique dont le peuple tunisien est témoin» et demande «à toutes les forces politiques, ainsi qu’aux représentants de la société tunisienne et aux officiels, d’être unis pour le bien du peuple et pour réaliser la paix civile».

– 13 heures : une prison de Monastir, dans le centre-est du pays, est en flammes, rapportent des témoins. Le bilan serait d’au moins 12 morts, selon une source hospitalière.

– 12h55 : en Arabie saoudite, le séjour de l’ex-président Ben Ali à Jeddah se déroule dans la plus grande discrétion, les autorités saoudiennes s’abstenant de tout détail sur son lieu de résidence. Des témoins affirment avoir vu un convoi officiel se diriger la nuit dernière vers le palais des hôtes du quartier cossu d’al-Hamra, près du bord de mer.

– 12h15 : l’ex-présidentBen Ali, réfugié en Arabie saoudite, s’est entretenu samedi par téléphone avec le numéro un libyen Mouammar Kadhafi, rapporte l’agence officielle libyenne Jana, qui précise que le colonel Kadhafi s’adressera samedi «au peuple tunisien frère». Les deux hommes entretiennent des relations privilégiées.

– 12h10 :les vols reprennent à l’aéroport de Tunis. Une dizaine sont en cours d’embarquement, selon le site de l’Office tunisien de l’aviation civile, alors qu’ils étaient tous annulés ou retardés jusqu’à présent. Plusieurs vols en provenance de Libye ont déjà atterri.

– 12h05 : le vice-président du Front national, Bruno Gollnisch, juge «minable» que la France refuse d’accueillir le président Ben Ali : «je suis assez étonné que la France ait refusé l’asile au président Ben Ali, avec lequel elle avait eu des relations extrêmement chaleureuses et suivies, au motif que l’on craindrait les réactions des Tunisiens en France», a-t-il lancé à son arrivée au congrès du parti à Tours. «Si on veut dire que nous ne sommes plus maîtres chez nous, de nos décisions, et bien on ne s’y prendrait pas autrement. Je trouve ça assez débectant, assez minable, quel qu’ait été le régime de M. Ben Ali». – 12 heures : pourquoi un nouveau président par intérim ce samedi ? La nomination de Mohammed Ghannouchi, vendredi, en vertu de l’article 56 de la Constitution, laissait la porte ouverte à un retour au pouvoir de Ben Ali. Elle avait été contestée à la fois par des juristes, par une partie de l’opposition et par la rue. Samedi, le Conseil constitutionnel tunisien a proclamé coup sur coup «la vacance définitive du pouvoir» à la tête de l’Etat et la nomination de Fouad Mebazaa au poste de président de la République par intérim, s’appuyant sur l’article 57 de la Constitution tunisienne. – 11h45. Agé de 76 ans, le président tunisien par intérim, Fouad Mebazaa, est président de la chambre des députés depuis 1997. Il est chargé d’organiser une élection présidentielle dans les deux mois. – 11h20 : Le président du Parlement tunisien, Fouad Mebazaa a été proclamé président par intérim par le Conseil constitutionnel, écartant ainsi la possibilité d’un retour à la tête de l’Etat de Ben Ali. – 11h15 : tous les aéroports tunisiens sont rouvert au trafic aérien, annonce l’Office tunisien de l’aviation civile dans un communiqué, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’espace aérien. – 11h05 : selon lepoint.fr, Cyrine Ben Ali, fille issue du premier mariage du président tunisien, et Nesrine, fille de son second mariage avec Leïla Trabelsi, sont arrivées à Paris. Les deux soeurs seraient actuellement dans « un hôtel » de la capitale. – 10h30 : Nicolas Sarkozy a convoqué une réunion interministérielle à l’Elysée samedi à midi «sur l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français» dans ce pays, a annoncé l’Elysée. Sont convoqués le Premier ministre François Fillon et les ministres Alain Juppé (Défense), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères), Brice Hortefeux (Intérieur) et François Baroin (Budget, porte-parole du gouvernement). – 10 heures : selon René-Marc Chikli, président du CETO (cercle des tours-opérateurs), environ 8000 touristes français seraient bloqués en Tunisie. – 09h35 : l’écrivaine tunisienne Hélé Béji, interrogée sur Europe 1, demande au gouvernement tunisien par intérim de «prononcer un deuil national de trois jours pour toutes les victimes tombées sous les balles» pendant les heurts qui ont conduit au départ de Ben Ali. – 09h30 : l’opposant tunisien Moncef Marzouki, interrogé sur BFM TV, se dit «très fier de son peuple», mais le met en garde : «nous avons liquidé le dictateur, pas la dictature». «Il ne faut pas voler la victoire du peuple», prévient-il, alors que l’intérim du pouvoir est assuré par le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi. – 09h15 : selon un photographe de l’AFP présent sur place, des dizaines de personnes pillent le centre commercial Géant du nord de Tunis, en l’absence de tout représentant des forces de l’ordre. De nombreuses vitrines sont cassées, tandis que des chariots vides sont éparpillés jusqu’à une autoroute proche. Deux autres magasins Carrefour, à la Marsa (nord de Tunis) et au quartier Ghazala ont été pillés vendredi après-midi, selon de nombreux témoins. Trois autres magasins, Monoprix et Magasin Général, ont été pillés dans d’autres quartiers de Tunis vendredi, ont rapporté des habitants. – 8h50 : l’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé samedi après avoir été attaqué vendredi, a constaté un photographe de l’AFP. – 8h45 : les 112 vols prévus aujourd’hui au départ ou à l’arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage sont annulés ou retardés, selon l’office tunisien de l’aviation civile et des aéroports. L’espace aérien tunisien est fermé depuis vendredi après-midi. – 8h40 : la police tunisienne commence à isoler le coeur de Tunis en fermant les accès à l’avenue centrale Bourguiba, théâtre vendredi de la grande manifestation qui a débouché sur la fuite du président Ben Ali. Des barrières métalliques ont été dressées, interdisant le passage des rares voitures et piétons. Les premiers signes de vie sont apparus après 7 heures avec la levée du couvre-feu de nuit, mais les cafés et les commerces n’ont pas ouvert. – 8h30 : pour le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Axel Poniatowski, interrogé sur RTL, il était «nettement préférable» que Ben Ali ne se réfugie pas en France «dès l’instant où il y avait une autre solution». En raison de la présence en France d’une diaspora tunisienne «extrêmement importante», «cela aurait beaucoup compliqué la situation», poursuit-il, saluant la position «assez mesurée» de la France. Il salue la personnalité «très intègre et responsable» du président par intérim, Mohamed Ghannouchi. – 8h20 : pas de trace de la «Révolution de jasmin»sur le site internet de la présidence tunisienne, où la photo de Ben Ali continue de s’afficher en page d’accueil. La dernière mise à jour date du 3 janvier : «le chef de l’Etat s’intéresse à l’action de développement pour l’année 2011». – 8h15 : pour la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, «la diplomatie française doit s’engager sans ambiguïté en faveur de la démocratie en Tunisie, à laquelle le peuple tunisien a montré qu’il aspirait avec force»,explique-t-elle dans un communiqué. Pas de réaction en revanche sur le site de l’UMP. – 8h10 : interrogée sur RTL, la vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, assure que, dans la crise tunisienne, «la France n’a pas été à ce rendez-vous démocratique, ni hier ni les jours passés». – 8 heures : la France a-t-elle refusé d’accueillir l’ex-président tunisien ? Le pays «ne souhaite pas» la venue sur son sol du président tunisien en fuite expliquait vendredi soir une source proche du gouvernement. Le Quai d’Orsay continue d’affirmer sur son site que «la France n’a reçu aucune demande d’accueil de M. Ben Ali», tandis que l’Elysée, visiblement embarassé, «prend acte de la transition constitutionnelle». – 7h20 : après une nuit de destruction et pillages dans plusieurs quartiers périphériques, le centre de Tunis est désert de toute présence humaine, alors que le couvre-feu touche à sa fin. – 6 heures : selon les informations exclusives du Parisien-Aujourd’hui en France, des membres du clan Ben Ali sont réfugiés en région parisienne. Ils séjournent à l’hôtel Disneyland au sein du parc d’attractions de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). – 4h20 : le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, appelle à un «règlement démocratique» de la crise en Tunisie après la fuite du président Ben Ali. – 2 heures : c’est officiel, le président tunisien en fuite Ben Ali est en Arabie saoudite avec sa famille, confirme un communiqué du palais royal cité par l’agence officielle saoudienne SPA. – 1h10 : Le président Barack Obama salue le «courage et la dignité» du peuple tunisien, après la fuite du président Ben Ali, et appelle le gouvernement à organiser des élections «libres et justes» dans «un proche avenir», selon un communiqué de la Maison Blanche. – 0h50 : Ben Ali est arrivé à Jeddah en Arabie saoudite, annonce une source saoudienne. Il avait été précédemment annoncé à Malte, en Libye, en France ou en Italie… – 0h30 : le président Ben Ali ne se trouve pas à bord d’un avion venu de Tunisie qui a fait escale en soirée en Sardaigne, dans le sud de l’Italie, annoncent des sources gouvernementales italiennes. – 0h20 : de nombreux habitants à Tunis et en province lancent des appels par le biais de la télévision demandant à l’intervention urgente de l’armée pour les protéger de bandes qui se livrent à des pillages et des destructions en dépit du couvre-feu.


Tunisie. Retour sur la première journée de l’après Ben Ali [heure par heure]


C’est désormais officiel. Ben Ali n’est plus le chef d’Etat de la Tunisie. Le Conseil constitutionnel a déclaré une « vacance définitive du pouvoir », donnantles clefs du pays au président du Parlement, Foued Mebazaa. Ce dernier devrait assurer l’intérim jusqu’aux prochaines élections. Jamais un dirigeant arabe n’avait quitté le pouvoir sous la pression de la rue. Ben Ali s’est réfugié en Arabie saoudite avec son clan, laissant le peuple tunisien à son destin. Ce samedi, un incendie a fait 42 victimes dans la prison de Monastir. Et la situation reste très tendue à Tunis où police et milice interviennent dès le premier attroupement.  

 18 h : les proches de Ben Ali sur le sol Français « n’ont pas vocation à rester » « La famille de Ben Ali présente sur le sol français n’a pas vocation à rester », « cette famille n’a pas manifesté son désir de rester sur le sol français, et ils vont le quitter », a affirmé François Baroin, le porte-parole du gouvernement sur France Info. Des proches de l’ex-président tunisien, dont une de ses filles et sa seconde épouse Leïla Trabelsi, ont effectivement quitté samedi après-midi l’hôtel du parc Eurodisney où ils séjournaient, selon des sources concordantes. 17 h : manifestations dans toute la France Dans toutes les grandes villes de France, des dizaines, des centaines voire des milliers de Tunisiens ou de sympathisants ont défilé dans les rues pour laisser éclater leur joie. Des défilés ont également été organisés en Bretagne, à Lannion, Brest et Lorient notamment.   16 h : nouvelles prisons attaquées, Royal propose son aide Selon le Dr Ali Chatli, chef du service de médecine légale de l’hôpital de Monastir, l’incendie qui a fait au moins 42 victimes ce matin dans la prison de la commune, s’est déclaré lorsque un détenu a mis le feu à un matelas dans un dortoir hébergeant près de 90 détenus au cours d’une tentative d’évasion qui a tourné à la panique suite à des tirs. D’autres prisons auraient été attaquées dans le pays. Pendant ce temps-là, en France, Ségolène Royal, jugeait « important » que le Parti socialiste « puisse se constituer en force d’observation » dans l’organisation d’élections libres en Tunisie, proposant sa propre présence comme « garantie ».Plus d’infos. 15 h : « personne ne sera exclu » du processus politique « Tous les Tunisiens sans exception » seront associés au processus politique, a affirmé le président tunisien par intérim,Foued Mebazaa, juste après avoir prêté serment. Il a promis de consacrer le pluralisme et la démocratie et de respecter à la lettre la Constitution. Le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi est chargé de former « un gouvernement d’union nationale ». En France, à l’issue de la réunion interministérielle présidée par Nicolas Sarkozy, l’Elysée a apporté « un soutien déterminé » au peuple tunisien dans « sa volonté de démocratie, et a « appelé à la fin des violences ». 14 h : ambiance tendue dans le centre de Tunis « La situation est très tendue dans l’hypercentre de Tunis. Il y a beaucoup de policiers ou de miliciens. On ne sait pas trop d’ailleurs sur qui on va tomber. Les uniformes se succèdent. Des vestes bleues, puis blanches. Les attroupements sont immédiatement dispersés ». Yvon Corre, notre envoyé spécial, vient de passer plus de deux heures dans les rues du coeur de Tunis. Il a entendu « deux ou trois détonations ». Des coups de fusils, des pétards ? « Je n’ai rien vu », avoue-t-il. Mais en discutant avec les habitants, il s’est rendu compte d’une chose : « les gens ne supportent pas la police. Ils sont unanimes. Par contre, ils ont une très bonne image de l’armée ». Quelques scènes de pillages ont encore été observées dans le centre.  Et que pensent les Tunisiens deleur nouveau président Foued Mebazaa ? « Pour beaucoup, c’est un moindre mal. Au moins la constitution est respectée ». 13 h : plus de 40 morts dans l’incendie d’une prison Alors que le pouvoir en place tente de rétablir l’ordre, un incendie s’est déclaré dans une prison de Monastir. A 13 h, un médecin faisait état de 42 morts. Il ne s’agissait que d’un bilan provisoire. Dans le même temps, on apprenait que le retour des touristes français serait possible dès ce week-end mais prendrait plusieurs jours en raison des contraintes liées au manque d’avions et au couvre-feu imposé dans le pays. A l’Elysée, la réunion interministérielle voulue par Nicolas Sarkozy était en cours. 12 h : Ben Ali officiellement écarté, Foued Mebazaa le remplace Tous les aéroports tunisiens sont rouverts au trafic aérien, ce samedi matin, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’espace aérien. En déclarant une « vacance définitive du pouvoir », le conseil constitutionnel a officiellement écarté Ben Ali. Le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été proclamé président par intérim. Mohammed Ghannouchi n’aura été à la tête du pays qu’une dizaine d’heures. Ben Ali a joint Mouammar Kadhafi au téléphone. Le président lybien devrait s’adresser au peuple tunisien dans la journée. 11 h : des hélicos survolent Tunis, la population dans l’attente « Difficile de savoir ce que pensent les gens. Ils parlent peu », raconte notre envoyé spécial Yvon Corre. Il est à 11 h à quelques centaines de mètres du centre de Tunis et peut voir des hélicoptères survoler la ville. Mais pas de policiers. « Ils doivent tous être dans l’hypercentre », précise-t-il. Le président par intérim Mohammed Ghannouchi s’est en effet fixé comme objectif d’éviter tout rassemblement massif sur les grandes avenues. « Un Breton, que je viens de rencontrer, me disait que des 4 x 4 blancs circulaient dans les quartiers. Il affirme qu’il s’agit de partisans de Ben Ali voulant montrer leur présence à la population », rapporte-t-il. 10 h : Sarkozy convoque une réunion, Ghannouchi veut rétablir l’ordre Le président Nicolas Sarkozy a convoqué une réunion interministérielle à l’Elysée ce samedi à 12 h. Thème annoncé : « l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français ». Le président par intérim Mohammed Ghannouchi s’est fixé pour « priorité absolue » le rétablissement de l’ordre public. La police a commencé à boucler le coeur de la capitale afin d’empêcher tout rassemblement, ce samedi matin. Avant la mise en place de ce dispositif, quelques rares véhicules et passants étaient visibles. Seuls quelques voyageurs sortaient de leurs hôtels en traînant leurs bagages. 9 h : un hypermarché Géant pillé à Tunis L’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé samedi après avoir été attaqué vendredi. Des dizaines de personnes sortaient du centre commercial emportant tout ce qui leur est tombé sous la main, en l’absence de tout représentant des forces de l’ordre. 8 h : Ben Ali parti, le peuple se réveille sans président Le président Ben Ali a quitté la Tunisie hier sous la pression de la rue. Il s’est réfugié en Arabie Saoudite avec sa famille. Le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi assure l’intérim à la tête de l’Etat. Les pays occidentaux plaident pour une transition pacifique et démocratique. En Tunisie, une nouvelle page s’ouvre. Entre espoir et crainte de chaos. Retour surla dernière journée de manifestation qui a fait chuter le pouvoir en place.
 
(Source: letelegramme.com le15 janvier 2011 à 18h02)

Les événements depuis la fuite de Ben Ali


Publié le 14/01/2011 19:58 – Modifié le 15/01/2011 à 19:14 | © 2011 AFP Des Tunisiens manifestent devant le ministère de l’Intérieur à Tunis le 14 janvier 2011. Fethi Belaid AFPVoici le film des événements en Tunisie depuis la fuite vendredi du président Zine El Abidine Ben Ali après un soulèvement sans précédent contre son régime. –VENDREDI 14 JANVIER– – A17H00 GMT, le Premier ministre Mohammed Ghannouchi annonce à la télévision qu’il assure l’intérim de la présidence en remplacement de Ben Ali, qui a quitté le pays après 23 ans de pouvoir. – Vers 00H00 GMT, Ben Ali arrive à Jeddah (Arabie saoudite) avec sa famille. – La France « prend acte de la transition constitutionnelle » et souhaite « la fin des violences ». – Washington salue le « courage et la dignité » du peuple tunisien et appelle à des élections « libres et justes ». –SAMEDI 15– – Dans la nuit, pillages, notamment d’hypermarchés, et destructions à Tunis, sa périphérie et en province malgré un couvre-feu. Pillages de maisons, dont certaines appartiendraient aux Trabelsi, la belle famille du président déchu, à La Marsa, banlieue chic proche de Tunis (témoignages de Français). – Selon le témoignage d’un diplomate français, des partisans de Ben Ali sont impliqués dans des attaques et des exactions contre la population à Tunis. – En début de matinée, le centre de Tunis est bouclé par la police afin d’empêcher tout rassemblement. Des tanks et des véhicules blindés sont déployés. – Un photographe français blessé vendredi à la tête par un tir de grenade lacrymogène à Tunis se trouve dans un état « très grave », son pronostic vital étant engagé (entourage et source diplomatique). – Réouverture des aéroports, des milliers de touristes rapatriés. – Le Conseil constitutionnel proclame la « vacance définitive du pouvoir » et nomme le président du Parlement Foued Mebazaa président par intérim, en vertu de l’article 57 qui prévoit des élections présidentielle et législatives dans un délai de 60 jours. – Foued Mebazaa affirme après sa prestation de serment que « tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive » seront associés au processus politique. Il annonce que Mohammed Ghannouchi est toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que « l’intérêt supérieur (…) nécessite un gouvernement d’union nationale ». – Au moins 42 prisonniers périssent dans l’incendie d’une prison de Monastir (centre-est). Plusieurs personnes sont blessées dans des attaques d’autres centres de détention. – Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien Ennhadha, en exil à Londres, déclare qu’il « prépare » son retour et qu’il est disposé à la formation d’un gouvernement d’union nationale. – Paris soutient le peuple tunisien et « appelle à la fin des violences » et à « des élections libres ». La Ligue arabe appelle toutes les parties à être « unies » pour parvenir à un « retour au calme et à la stabilité ». – Les proches de Ben Ali présents sur le sol français n’ont « pas vocation à rester » et ils « vont le quitter », déclare le porte-parole du gouvernement, en réponse à une question sur le séjour de proches de Ben Ali dans un parc d’attraction, près de Paris, jusqu’à ce samedi après-midi. – En France, des milliers de personnes célèbrent la chute de Ben Ali à Paris et en province.


Communiqué commun de Tunisie Verte et d’Europe Ecologie Les Verts


Le moment est historique pour la Tunisie. En chassant le dictateur BenAli, le peuple tunisien a ouvert la voie à une véritable démocratie pour le pays. Mais les étapes pour la démocratisation du pays sont encore nombreuses. Tunisie Verte et Europe Ecologie Les Verts demandent la libération immédiate de l’ensemble des prisonniers politiques. L’élection présidentielle doit être organisée dans les deux mois et satisfaire aux exigences démocratiques. Les partis politiques tunisiens, et notamment Tunisie Verte doivent pouvoir s’organiser librement et pouvoir participer à toutes les échéances électorales. L’ensemble des voix démocratiques doivent être entendues. Europe Ecologie Les Verts et Tunisie Verte condamnent la position de la France, qui a soutenu la dictature de Ben Ali jusqu’au dernier moment. La France s’est une nouvelle fois déconsidérée ce matin en soutenant l’accession du Premier Ministre, Mohamed Ghannouchi, ancien bras droit de Ben Ali, à la Présidence de la République. La France doit soutenir le processus démocratique encore fragile et respecter le peuple Tunisien. Cécile Duflot pour Europe Ecologie Les Verts Abdelkader Zitouni pour Tunisie Verte


THE WHITE HOUSE Office of the Press Secretary FOR IMMEDIATE RELEASE  January 14, 2011

Statement by the President on Events in Tunisia


I condemn and deplore the use of violence against citizens peacefully voicing their opinion in Tunisia, and I applaud the courage and dignity of the Tunisian people. The United States stands with the entire international community in bearing witness to this brave and determined struggle for the universal rights that we must all uphold, and we will long remember the images of the Tunisian people seeking to make their voices heard. I urge all parties to maintain calm and avoid violence, and call on the Tunisian government to respect human rights, and to hold free and fair elections in the near future that reflect the true will and aspirations of the Tunisian people. As I have said before, each nation gives life to the principle of democracy in its own way, grounded in the traditions of its own people, and those countries that respect the universal rights of their people are stronger and more successful than those that do not. I have no doubt that Tunisia’s future will be brighter if it is guided by the voices of the Tunisian people.

 

 

Changement de siècle en Tunisie Révolte spontanée et révolution sociale contre la dictature de Ben Ali, les tenants et l’aboutissement.


Le soulévement populaire qui secoue l’ensemble de la Tunisie depuis près de trois semaines étonne et surprend le monde entier par sa nature spontanée, sa propagation rapide et la radicalité de ses revendications. C’est lentement et en scilence que le combustible de cette contestation a été accumulé et alimenté par le régime en place depuis 23 ans. Une souffrance que le peuple a supporté comme un prix à payer pour accéder à une meilleure vie. La science politique avait pourtant, et depuis longtemps, mis en garde contre le maitien des régimes autoritaires qui ne répondraient pas aux besoins réels de la société dont ils s’autorisent à confisquer les libertés civiles et les droits individuels. Cette confiscation était vue (imposée par les conseillers étatiques, les experts analystes, les agences internationales, FMI, BM, G20, ONU etc.) comme un mal passager pour réaliser un bien durable qui est le développement économique. Depuis lors on a découvert que le mal se reproduit lui-même et ne fait pas de place pour le bien. On a découvert surtout que les dictatures étaient coûteuses, néfastes et destructrices. Les pays d’Amérique Latine ont presque tous été conduits sur ces chemins sans issues. Les peuples du Chili, d’Argentine, du Brezil, d’Urogway et les autres, ont fini par se libérer du joug des dictatures sanglantes. Dans un premier temps, ils ont procédé à des transitions de diverses formes qui les ont aidé à chasser les dictateurs, l’un après l’autre. Dans un deuxième temps, ils ont décidé de traduire tous les criminels en justice, les têtes dirigeantes ainsi que tous ceux qui se sont impliqués dans les pratiques inhumaines de torture, d’assassinats, d’enlèvements, de viols, de disparitions et de destruction de vie et de biens. Bon nombre de ces bourreaux ont été condamné à la prison pour le restant de leurs jours.

En Tunisie, en 23 ans de reigne le régime de Ben Ali n’aurait été qu’une dictature défaillante qui a étouffé la vie sociale sans jamais réussir un développement économique audacieux, harmonieux, créateur de richesse et d’une prospérité véritable, durable, rassurante pour le présent et le futur de toute sa population. Contrairement à sa propagande, au lieu de dynamiser la vie des tunisiens, son régime l’a implosée. À travers la planète bien des pays se sont développés au point de concurrencer les grandes puissances, la Corée du sud, après le Japon, Singapour, Taywan, la Chine, la Turquie, l’Indonésie et bientôt le Vietnam avec bien d’autres peuples dont les Bréziliens et les Indiens se sont développés parfois en des temps records. Pendant ce temps le régime Ben Ali s’est donné pour spécialité le travestissement de la vérité, le maquillage du pays et la repression de toutes les forces vives et le petit peuple. Fidèle à lui-même, qui se teint les cheveux pour paraître jeune, son régime a maquillé le bord de mer du pays en y installant d’innombrables hotels et terrains de golfs alors que l’intérieur du pays a été ignoré, cédé aux petits pillards et à la milice du parti RCD. L’intérieur de la Tunisie, à partir du nord, son centre et son sud sont restés exangues, en proie à une vie de misère et de pauvreté sans aucun espoir de jours meilleurs. À l’opposé, dans le pays urbain et côtier, Ben Ali a développé un univers factice où le paraître devient plus important que l’être où la médiocrité et le mauvais goût sont célebrés comme des réussites, des miracles. La remise en cause, le doute, la plainte voire même le gémissement, deviennent intolérables, synonimes de trahison, de complot, de sabotage ou d’atteinte aux «intérêts supérieurs du pays» Intérêts que le dictateur, lui seul, détermine et adapte à ses besoins pesonnels et ceux de ses protégés aux dépens du reste de la société.

L’homme est prévoyant, il est allé jusqu’à se faire voter, par l’assemblée nationale tunisienne, une immunité perpetuelle pour lui et sa famille. La tradition destourienne bien établie aidant, celle de l’adoration et du culte du chef, le dictateur n’a eu aucun mal à s’installer dans une sorte de sacralité maladive. La crainte qu’il inspire à tous ceux qui l’entourent l’a rendu implacable, inapte à la négociation, incapable de cèder à qui que ce soit sur quoi que ce soit. Toute concession doit revêtir obligatoirement l’apparence d’une décision bien veillante, apparaître comme l’émanation de la générosité personnelle du «mâle le plus dominant parmi les dominants» Les ingrédients de la tragédie de Ben Ali, qui sont l’insignifiance et la brutalité, font que ce qu’il réclame du peuple, obéissance et soumission, il le demande comme un dû, un acquis de droit divin sacré et inviolable.

C’est un homme du passé, du passé historique en général et de son passé personnel en particulier. Il n’a pas été longtemps à l’école mais a longtemps vécu dans les casernes. Or la Tunisie n’est pas une caserne et ne l’a jamais été. Elle est, au pire, une sorte de lycée ou d’université dans les recoins de laquelle s’aglutine une jeunesse instruite, responsable, ouverte sur le monde et consciente des défis et exigences de son époque. Au contraire du pays réel et bien vivant, le régime en place depuis 23 ans n’a jamais habité le temps du monde, l’époque actuelle et ce qu’elle requiert de tous pour réaliser une vie meilleure, digne et sans sacrifices atroces d’une partie de sa jeunesse.

Ce décalage entre le pays réel et ceux qui le dirigent fait partie du combustible qui nourrit le soulévement d’un peuple contre l’insignifiance et la brutalité. Toute légitimité pour ce régime est perdue, depuis longtemps, toute confiance en ses promesses a été épuisée, depuis longtemps aussi. Pour les observateurs qui suivent la réalité tunisienne, le bouleversement actuel aurait du se produir au moins dix ans plus tot. Les politiques de terreur qui ont secoué la planète, avec Georges Bush et la droite américaine, ont permis de retarder cette échéance. Mais comme on peut le voir aujourd’hui, il n’aura fallu que le geste sans bavure et sans appel, posé par un homme sans malisse mais ô combien noble et courageux, qui, dans la noirceur ambiante a distingué le bouton d’allumage, le baton d’allumette, pour enflamer tout le pays, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, depuis le 17 décembre 2010. Cet homme s’appelle Mohammed Bouazizi de Sidi Bouzid. Tout le pays s’est soulevé comme un seul homme, une certitude s’est emparée des exclus et des autres : c’est le temps de changer de vie, c’est le temps d’arracher les libertés, toutes les libertés confisquées. Ils se sont mis en marche contre tous les opresseurs et les usurpateurs quel que soit leur nombre, quelques soient leurs moyens de replique, le citoyen a divorcé avec la peur, il veut en finir avec son instrument.

Le mouvement, de compassion et de solidarité, a été spontané comme une simple déduction de bon sens et d’instinct, tirée du réel. Après tout, ce qui est arrivé à Bouazizi peut arriver à tout le monde, à tous les sans travail, sans pistons, sans rêves ni destinées, il y en a plein les cafés. La douleur sincère pour le sort du jeune père de famille devient indossociable d’une indignation profonde envers le régime, ses clans, ses petites mafiats et ses méfaits. Puis le gouvernement défaillant, habitué à ne rien voir ni entendre des cris de détresse, trop sûr de ses moyens et de ses méthodes, aveugle devant la réalité sociale de la population, va jeter encore plus de combustible sur le feu qui embrase déjà les coeurs et les esprits.

Vers où nous allons?

Le mouvement populaire spontané dans son déclanchement, restera spontané dans son évolution et son deploiement. Cette affirmation tirée du réel ne signifie pas qu’il se limitera à l’expression de slogans et de cris de rejet de la dictature. Au contraire il est dynamique, fécond et riche de sa liberté par rapport aux organisations et les structures d’encadrement qui pourraient le détourner de son cours. Désormais la révolte spontanée se nourrit de l’action du régime lui-même, que celle-ci soit de répression ou d’apaisement. La repression relance l’action populaire qui vise à la faire reculer ou cesser. La repression augmente le nombre des participants à la révolte en amenant vers ses rangs plus de personnes et plus de revendications latentes que le régime a pris coutume d’ignorer. Les mesures d’apaisement sonneront faux, désormais, elles sont le signe qu’enfin la rue a une prise, un impact sur une machine froide et sans âme qui a broyé les rêves de sa jeunesse des années durant. Les promesses ne signifient plus rien de fiable pour réparer des dégats accumulés sur plus de deux décennies. L’homme est un menteur. Le rappel des échecs répétés du passé, confirment la pertinence, la nécessité et l’urgence de l’effort à consentir pour mettre un termne final à ce qui a trop duré, la dictature de Ben Ali et de son entourage.

Un destin grandiose

L’activité spontanée n’a pas de chef ni d’objectif préétabli ce qui la rend plus dangereuse pour les régimes contestés, bien plus que les formes de lutte traditionnelles comme les grèves et les protestations organisées. Dans ces cadres traditionnels les mots d’ordres, les slogans, les objectifs et les étapes, sont décidés d’avance. Les organisateurs de ces mouvements se donnent pour responsabilité de circonscrire tout débordement, voire tout mot d’ordre non programmé. À l’heure actuelle, en Tunisie, le mouvement se poursuit en dehors de ces contraintes. Il y a peu de chance, voire très peu, pour qu’une organisation quelconque vienne prendre la direction de ce mouvement aux foyers multiples, pour lui dicter une limite. C’est la nouveauté du soulèvement tunisien, improvisation et spontanéité vont ensemble et tout indique aujourd’hui qu’un retour vers le status-quo anté est simplement impossible. Un nouvel état de situation existe, l’édifice érigé par le dictateur est entrain de se fissurer et de craquer sous le poids du doute quant à l’issue de la confrontation avec un peuple sans peur et sans contraintes d’aucune sorte. Ce n’est pas l’anarchie, la culture millénaire, les valeurs de respect de dignité de solidarité et de fraternité sont un acquis social préservé contre la dictature et ses menées d’acculturation et de déracinement identitaire. Des valeurs nobles qui ont traversé les siècles garantissent le présent de ce soulèvement et et le futur de la Tunisie et de son peuple.

À cet égard l’inplication de n’importe quelle force étrangère de répression ne sera que veine et sans effet. La fissuration de la dictature ne manquerait pas de paralyser les appareils de l’État, ceux, en particulier, chargés de la repression tout comme les autres qui complètent son ossature. Si d’aventure d’aventure une puissance étrangère se porte à la rescousse de sa médiocre créature pour la protéger du peuple, ce serait un événement qui précipiterait la révolution populaire. Ce geste impensable apporterait au peuple un renfort de forces militaires et policières dissidentes, il soulèverait le reste du monde contre sa politique et son action. La lutte du peuple tunisien pour la liberté, la justice, le travail et la dignité va triompher du dictateur malgré et peu importe les appuis étrangers et leur espèce.

La spontanéité du mouvement des masses reste encore garante de son extention et sa continuité. Elle réduit la marge de manoeuvres du dictateur et de son entourage de requins qui finiront par le sacrifier. Ils diront alors qu’il était la source de leurs malheurs, la cause unique des problèmes et qu’ils ne l’avaient jamais envisagé comme partie de la solution.

Ce sera conforme à leur nature de menteurs.

Dès lors qu’une partie de cette classe politique piteuse, avec la variété de ses secteurs, fera apparaître son désaccord avec la main de fer du régime, parce que neutralisé par lemasses et rendue inéfficace face au mouvement populaire, il n’y aura plus de régime Ben Ali. Ce sera Nismit el horriya, Mabrouk ya bladi. Le changement radical deviendrait réalité.

Le futur est moins incertain que le passé

Tous ceux qui prétendent encore et toujours que l’opposition tunisienne n’est pas une alternative crédible, devront se taire. Les hommes et les femmes qui n’ont jamais plié devant le tiran et sa terreur durant la totalité de son reigne, ces hommes et ces femmes sont ce qu’il y a de plus honorable et respectable parmi les intellectuels et les instruits et honnêtes gens de ce pays. Ils sont à la disposition du peuple en marche. Ils sauront nettoyer le pays de toute la crasse dont l’a comblé le médiocre militaire, sa famille et ses proches. En Tunisie je ne citerais que Mohammed Abbou et Radhia Nasraoui qui pourraient constituer un gouvernement de transition avec la garantie que le mouvement social se reconnaitra en eux. Mais Marzouki, Chebbi, Jribi, Hammami, Larayedh, Hajji, Ghannouchi, Ben Sedrine et autres cadres syndicaux, des centaines d’autres, sont autant d’hommes et de femmes dignes, probes, courageux et compétents. Si notre pays a besoin d’une chose c’est bien de la fin de la dictature, l’avenir de la Tunisie ne sera jamais aussi horrible que son passé non loitain. Le temps du monde et l’évolution des peuples à travers l’univers où nous vivons, nous indiquent le chemin. Le peuple tunisien a besoin d’hommes et de femmes de la trompe d’un Lulla ou d’un Mandela, nous avons besoin des meilleurs et il y en a beaucoup parmi lesquels choisir.

L’opposition marginalisée, laminée, étouffée, emprisonnée, torturée et affamée, par Ben Ali et sa propagande, reste vivante au service du peuple en révolte elle est un réservoir des meilleures ressources humaines. Toutes autres prétentions sont propagande et brouillage. L’opposition dans la diversité de ses composantes reste le meilleur allié du peuple, elle est celui qui protègera ses acquis et défondra les fondements démocratiques et populaires qu’il aura choisi.

Un nouvel ordre politique, social, culturel et économique devra voir le jour d’ici peu. Il serait accouché sur les décombres de la dictature et du néocolonoalisme qui ont étouffé la Tunisie et la vaste majorité de ses habitants. Les conditions de ce dénouement pourraient comporter d’autres sacrifices et d’autres destructions de la part d’un dictateur et sa clientèle, locale et étrangère, aux abois. L’on ne devrait pas oublier cependant que comme tout accouchement la douleur atroce restera supportable parcequ’elle est chargée de délivrance pour la mère (patrie) et de bien des espoirs pour le nouveau-né, l’ordre

nouveau.

Vive le peuple tunisien, Vive la révolution de la jeunesse!

Texte rédigé par :

Abdallah Rihani,

Politologue, Montréal, Canada

Abdallah.rihani@Umontreal.ca


LE CORTEGE DES MARTYRS


La marche vers la liberté est longue. C’est  comme une fusée à  multiples étages. A chaque étape il faut une nouvelle impulsion pour gagner plus d’espace de l’Espace de la liberté. Le martyrs BOUAZIZ (rahimahou allah)  a déclenché par sa geste « de se supprimer » une tournure positive de l’histoire des tunisiens vers la libération.  Avant lui d’autres ont donné leur vies pour la liberté de ce peuple. certains en combattant la colonisation pour un Destour  (constitution)  et un Parlement  Tunisien.  D’autres pour le respect de cette constitution et pour une représentativité réelle de la volonté de ce peuple.Des militants de gauche et de droite sont engagés durant cinq décennies dans une résistante pour arriver au même port  celui du respect de la dignité des tunisiens. En ce moment crucial de l’histoire de notre pays j’ai une pensée particulière pour deux amis qui sont tombés sur le champ de la libération de la Tunisie :  Abderraouf LARIBI  mort sous la torture et Souhnoun JOUHRI mort en prison (rahimahom allah).  La tête de la dictature est décapitée. Ce n’est  pas  gagné. Il nous reste encore beaucoup à faire à commencer  par la culture de la démocratie. Ahmed  BEN AMOR.  Paris 15/01/2011


HYMNE AU PEUPLE TUNISIEN

HYMNE A LA JEUNESSE TUNISIENNE


 

Par Noura BORSALI

 

La journée du 14 janvier 2011 restera gravée à jamais dans la mémoire collective de notre pays. Une journée historique, oui, elle le fut par ces manifestations qui se sont réappropriées les rues de la capitale et des villes tunisiennes. Des milliers de citoyens et citoyennes de toutes conditions sociales scandaient ensemble et d’une seule voix des slogans en faveur du départ de Ben Ali. Un mouvement spontané, social et populaire grandiose a occupé l’avenue Habib Bourguiba, sans violence ni débordements. Et voilà qu’un groupe de manifestants rejoint le rassemblement devant le ministère de l’intérieur, portant la dépouille de la victime : un jeune tué à bout portant la veille lors des événements du quartier Lafayette de Tunis. Un passage qui provoqua dans le public une forte émotion.

En scandant le slogan appelant au départ de Ben Ali, nous étions déterminés mais à mille lieues de penser que notre vœu sera exaucé quelques petites heures après avoir été asphyxiés par le terrible gaz lacrymogène et menacés par les pierres lancées par la police et l’avancée des BOP et des tanks.

C’est dans cette ville déserte du fait de la répression qui s’abattit sur les manifestants fuyant à toute vitesse dans les rues, en proie aux odeurs fortes et étouffantes des bombes lacrymogènes dont le bruit se poursuivra longtemps après et aux poursuites des BOP et de toutes sortes de police que nous avions appris la nouvelle du départ de Ben Ali.

Une victoire, une belle victoire remportée grâce à ce peuple de déshérités de Sidi Bouzid et d’autres régions du pays et à leurs jeunes victimes tombées par le fait de balles tirées à leur encontre. Devant eux nous nous inclinons fortement pour leur courage et leur sacrifice. Grâce à toute cette jeunesse merveilleuse qui, à travers le facebook, a maintenu la pression dans la plus belle créativité : nous nous inclinons devant nos jeunes pour leur détermination et leur génie créateur. Grâce à tous ses militants syndicalistes et politiques qui ont réussi à ne donner au mouvement aucune coloration politique distincte de peur des manipulations du pouvoir contre ce mouvement social et populaire : nous nous inclinons devant leur prudence, leur savoir-faire et leur maturité. Grâce à ce peuple, hommes, femmes et enfants qui ont rejoint le mouvement et scandé des slogans disant tout leur désarroi en dépit des risques des tirs de feu: nous nous inclinons devant leur bravoure et leur détermination.

C’est grâce à eux tous que la Tunisie a changé de visage et a détruit un système dictatorial et corrompu.

C’est encore devant toute cette belle jeunesse que nous nous inclinons, qui nous a étonnés par sa conscience aiguë et son fort désir de changement : celle qui forme actuellement les comités de nos quartiers pour assurer la sécurité de leurs habitants contre toutes ces milices qui pillent, tuent et détruisent au grand dam de ces populations en désarroi devant tant de débordements en l’absence de la police (!) et devant le regard passif de l’armée ( !).

Aujourd’hui, enfin, je peux être fière de mon peuple, de cette jeunesse qui a pris la relève grâce à sa maturité, à sa créativité et à sa bravoure.

Ben Ali est parti. Revient au galop cette terrible question qui nous a usés depuis plus de 23 ans : que faire ?

Le changement, le vrai changement auquel nous aspirons, peut-il se faire avec le parti au pouvoir responsable autant que Ben Ali de tant de décrépitude, de répression, de crises ?

Qu’on ait veillé à ce que le changement soit « constitutionnel » ne signifie pas grand’chose aujourd’hui face à une constitution qui est appelée à être refondue entièrement pour garantir la liberté pour laquelle tant de victimes sont tombées.

Ce changement « constitutionnel » -qui a gardé aux rênes du pouvoir « provisoire » la vieille garde- a été fait, au départ, par un vice de forme non dénoncé ni par l’opposition ni par des experts juridiques qui soit ne voulaient pas entrer, dit le respectueux bâtonnier Kilani, dans les analyses juridiques, ou considéraient à l’instar du professeur respecté Yadh Ben Achour ce « talfik (replâtrage) juridique » (selon ses mots) comme acceptable dans cette conjoncture de crise. Et nous renouvelons les erreurs qui ont coûté cher à ce pays : ce replâtrage juridique qui a fait et défait la constitution selon les intérêts des uns et des autres. N’étaient les manifestations de Kasserine et de Gabès appelant au départ du premier ministre Ghannouchi et la menace d’autres rassemblements dans ce sens, n’était l’intervention judicieuse et sans compromis du vénérable professeur Sadok Belaïd qui a eu le mérite d’attirer, avec fermeté, l’attention sur la gravité de ce « talfik juridique », nous aurions démarré ce « changement » par un vice de forme juridique grave.

Il aurait été, à mon sens, plus judicieux non pas de former tout de suite un gouvernement de coalition dont, nous dit-on, l’annonce sera faite le dimanche 16 janvier, mais de charger après l’avoir constitué un comité de salut national formé, en dehors de tous les partis politiques, de personnalités indépendantes crédibles et compétentes (il en existe) qui veillerait à réaliser d’abord et avant tout les conditions d’un vrai changement. Ainsi s’agit-il de mettre en place des commissions pour réviser de fond en comble la constitution, le code électoral, le code de la presse, la loi sur les associations etc…, pas avant bien sûr d’avoir veillé au retour de tous les exilés sans distinction aucune. Parce que ceux-là aussi ont leur mot à dire.

Ces réformes juridiques qui doivent être discutées dans tous les médias écrits et audio-visuels devraient aboutir à la légalisation des partis non reconnus, à la constitution de nouveaux partis, à la libéralisation de la presse et à la parution de nouveaux titres, à l’octroi de visa à de nouvelles associations et que sais-je encore…. Tout cela devrait aboutir à l’élection d’une assemblée constituante qui mettrait en place les nouveaux textes après des élections libres et démocratiques. Un gouvernement d’union nationale sur la base des résultats du scrutin sera alors formé.

Du temps, oui, il faut donner du temps à la réalisation d’une véritable démocratie sans tomber dans la précipitation et les erreurs du passé qui ont conduit la Tunisie à cette terrible crise.

Nous n’avons pas besoin de replâtrage, nous avons besoin d’un vrai changement qui ferait participer toutes les forces et les potentialités du pays sans distinction aucune.

Un espace doit être réservé à toutes ces régions qui ont permis ce changement heureux. Une chance doit être donnée à toute cette jeunesse -notre espoir d’aujourd’hui et de demain. Le changement ne se fera pas avec seulement les partis politiques existants, ni avec le parti au pouvoir responsable lui-même de cette politique qui a mené le pays à la dérive.

En faisant participer toutes les potentialités du pays, en leur permettant de s’exprimer dans des cadres et des espaces qu’ils auront créés pour enrichir le paysage politique tunisien en vue d’une meilleure représentativité pour que les fruits de cette « Révolution du jasmin » ne soient pas au seul profit de ceux qui l’auraient tout simplement accompagnée, nous pourrons éviter les erreurs du passé :  celles d’un 7 novembre 1987 où nous avons fait une erreur qui nous a coûté plus de 20 ans de répression et de spoliation du pouvoir et des biens publics et personnels : celle d’avoir donné carte blanche à Ben Ali et d’avoir pensé que le changement se ferait avec le PSD devenu plus tard le RCD. Un pays gouverné depuis 1956, c’est-à-dire depuis 55 ans par le même parti au pouvoir, est, sans conteste, un signe d’échec. Ben Ali est parti mais désormais le même système demeure. Soyons alors vigilants.

Une autre stratégie devrait donc être réfléchie pour que nous soyons fidèles à ce slogan scandé par des milliers de Tunisiens et Tunisiennes à travers le pays : « Nous ne tomberons pas dans le piège du 7 novembre 1987 » comme l’indique cette photo que j’ai prise lors de la manifestation de Tunis du 14 janvier, journée historique de cette Tunisie dont nous sommes fière aujourd’hui et qui constitue à présent un fort symbole et un bel exemple, nous l’espérons, pour tout le monde arabe.

Que vive le peuple tunisien ! Que vive la jeunesse tunisienne, symbole de changement et d’espoir !  Devant vous, nous ne cesserons jamais de nous incliner….

 

 Tunis, le samedi 15 janvier 2011


Le vrai miracle Tunisien


Imprévisible, foudroyant, exaltant, historique… Voilà comment on pourrait qualifier ce que l’on peut désormais appeler la Révolution Tunisienne. Une révolution particulière mené par un peuple particulier,  riche par son Histoire et dont on loue l’ouverture d’esprit et son caractère pacifique. L’avenir d’une Nation se construit par sa jeunesse. Et c’est cette jeunesse, qui par son manque de perspectives, symbolisé par le courageux et désespéré acte de Mohamed Bouazizi,  a peut-être sauvé la Nation en déclenchant le soulèvement qui s’est étendu très vite à tout les Tunisiens sur l’ensemble du pays. Maturité d’un peuple L’extraordinaire soulèvement du peuple Tunisien, transformé en révolution est remarquable par sa maturité et sa démarche pacifique. Certes, des manifestants ont répondu aux balles réelles de la polices et aux « assassins d’élites » postés sur les toits des immeubles, par des jets de pierres. Il est vrai que les symboles du pouvoir en place, comme les locaux du RCD ont été saccagés et brulés. Mais n’est-ce pas là une preuve supplémentaire de ce caractère pacifique, compte tenu des nombreux assassinats arbitraires de civils ? Précisément, ne pouvons nous pas être étonnés que la situation n’ait pas dégénéré alors même que l’on ordonnait de tirer sur les cortèges funéraires des personnes exécutés ? Dans bien d’autres pays, l’insurrection et la violence auraient été une réponse à tant d’acharnement. C’est la persévérance d’un peuple éduqué et responsable, à qui on avait tant de fois promis qu’il aurait le pouvoir de décider de l’avenir de sa Nation, qui a primé.   L’armée, garde-fou républicain Déployée à partir de la troisième semaine du soulèvement, l’armée tunisienne a fait preuve d’un comportement exemplaire et a forcé le respect de la population. Cette armée, faiblement dotée depuis l’Indépendance par le Président Bourguiba pour la tenir à l’écart du pouvoir et pour renforcer les allocations pour l’Education du peuple Tunisien, a toujours été confinée dans les casernes, loin de Carthage. Son rôle de protecteur suprême de la République est apparu au grand jour quand le chef d’état major de l’armée Rachid Ammar, a refusé de tirer sur les manifestants. Ces même manifestants qui se protégeaient derrière les camions de l’armée, des tirs des protecteurs de l’Etat que sont les policiers. Ajoutons deux éléments pour expliquer la proximité de l’armée tunisienne envers la population et leur adhésion à la révolution : le premier est la composition de l’armée, qui est une armée d’appelée et pas seulement une armée de métier ; le second est la rancœur de certains hauts officiers de l’armée, après l’exécution de hauts gradés par Ben Ali il y a quelques années par l’explosion d’un avion…   Une révolution exemplaire a eu lieu pour chasser du pouvoir le premier flic morose de la Tunisie et mettre fin au système de corruption généralisée de ses proches. Malgré la confusion qui règne en Tunisie quelques heures après la fuite du dictateur, avec le signalement de pillages qui seraient le fait de voyous et d’anciens policiers, le peuple Tunisien doit rester responsable. Responsable et vigilent pour la construction d’une chose inédite en Tunisie, à savoir la démocratie. Nous avons su prendre rendez-vous avec l’Histoire, prenons maintenant rendez-vous avec l’avenir en nous impliquant pour favoriser les forces politiques démocratiques, progressistes et laïques, pour que la victoire de cette révolution reste entre les mains du peuple Tunisien et pour que miracle Tunisien ne soit pas un mirage. Slim Mrad

 


Encore un potentat qui tombe!


     D’abord, je voudrais demander à tous les tunisiens de s’incliner devant l’âme des  martyrs de la répression du dictateur tunisien Zinochet déchu, et leur promettre que la noblissime lutte a finalement abouti à l’affranchissement du pays, que tout un chacun doit sauvegarder, coûte que coûte.   Ensuite, je voudrais attirer l’attention de tout tunisien pour être alerte et ne pas permettre aux caciques du défunt pouvoir à montrer encore leur tronche, eux dont les mains et les estomacs sont encore remplis de sang de leur victimes. Beaucoup de démocrates de partis de la réelle opposition semblent s’accommoder, malgré cela, de l’idée d’appliquer les lois destouriennes afin de remédier à la vacation du pouvoir présidentiel, dans le cas de notre pays.
 
  Je voudrais simplement rappeler qu’ils tentent de respecter les lois que ceux qui vont en profiter n’ont jamais considérées et qui risquent de les utiliser avant de les jeter à la poubelle, une fois, de nouveau, bien assis sur le cou de la plèbe.   Pour parer donc à tout subterfuge de ces gens, qui n’ont jamais fait que rouler le quidam dans la farine, il ne faut jamais leur faire la moindre confiance, et rester alerte sans relâche, jusqu’aux élections législatives et présidentielles, dans soixante jours, qui devront se dérouler après des campagnes électorales égalitaires entre les partis politiques en présence, de manière organisée, structurée et sous la surveillance de comités et organisations internationaux honnêtes, reconnus et  en nombre suffisant.   En dehors de cette possibilité, il n’ y aura point de salut du peuple tunisien, qui a toujours vécu comme ses semblables arabes, sous un esclavage caractérisé, et qui se verrait se faire subtiliser, à nouveau, le résultat de ses sacrifices vitaux.   Prière donc, pour l’âme de toute dignité, de rester vigilant, et de ne plus jamais croire la promesse de toute descendance maffieuse, comme c’est le cas des pions du RCD tunisien, encore présents en nombre.   Cette fois ci, il ne faut plus lâcher sa bouée de sauvetage, sinon ce sera le naufrage de tous dans l’abîme, pour encore plus longtemps.
RABAM, encore en vie.
 


Twelve hours that shook Tunisia, trapped in my hotel room


By Diana Eltahawy in Tunis, Amnesty International researcher for North Africa  

While I was making hectic last minute preparations to travel to Tunisia as part of an Amnesty International delegation looking into human rights violations, in the context of the social unrest that has shaken the country since late last year, a colleague jokRed that I would be sitting in a hotel room in Tunis watching developments on Al Jazeera.  While we laughed it off at the time, the prophesy proved to be somewhat true. From the moment of my arrival on Friday 14 January, I could feel that Tunisia was a different country. Unlike the norm during previous Amnesty International fact-finding visits, we were not followed by security forces from the airport. It was clear that their concerns were far beyond obstructing an Amnesty International report criticising the country’s appalling human rights record. About two hours after our arrival, the Tunis airport and airspace were shut down, apparently by the army. After that, events unfolded with incredible speed. A demonstration in front of the Ministry of Interior was violently dispersed; President Zine El Abidine Ben Ali dismissed the government; and Tunisian television announced the imposition of a nation-wide state of emergency and a curfew between 5pm and 7am until further notice. While trapped in the hotel room waiting for the much anticipated announcement promised on Tunisian television, we were overwhelmed by a slew of rumours: the army had taken over, Ben Ali had left the country, and his wife’s family had been arrested by security forces while trying to flee the country. Some of them proved true – the jury is still out on others. As frustrating as it is to be so close to historical events, and yet so removed in a hotel room, I still got a sense of the momentous occasion. I could see smoke rising from the centre of Tunis. I could hear shots in the distance. I could hear people whistling and clapping inside their homes when it was announced that Ben Ali had relinquished power, and that the Prime Minister, Mohamed Ghannouchi, had initially assumed the functions of the President until elections are held within six months (the speaker of the Tunisian parliament has since become the acting president). Outside my hotel window I saw empty, still streets. At about 10pm, an army vehicle drove by. An hour and a half later, I could hear helicopters circling above. Before the imposition of the curfew, we had the opportunity to meet journalists gathered at the press syndicate. Most of them had just returned from the protest in front of the Ministry of Interior. They told us that security forces had fired tear gas at protestors and beat some of them. They complained about the official media blackout and the arrests of some of their colleagues. They expressed sympathy to the dozens of protestors who have been shot by security forces across Tunisia in the past few weeks. One said that Ben Ali had survived for 23 years through the repression of freedom of expression. Today though, they openly engaged in an animated and candid debate on the future of their country without fear. After two decades of ruthless repression in the name of security, Tunisians will be expecting the Tunisian authorities to finally begin to uphold the human rights which they have spent so long restricting. Amnesty International has spent decades documenting abuses by the Tunisian security forces, including arbitrary arrest and detention, torture, and flagrantly unfair trials. The Tunisian authorities have also ruthlessly cracked down on dissenting voices. Political opposition has been crushed, independent civil society organizations have been denied legal registration, or have been subject to “coups” by government supporters.  Human rights defenders, lawyers or journalists have faced surveillance and intimidation on a daily basis. Security forces, in particular the feared “police politique”, controlled so many aspects of Tunisians’ lives. It remains to be seen whether this new start for Tunisia will lead to old abuses being brought to account. While Tunisia’s future remains unpredictable, it is certain that the uprising has dramatically altered the face of Tunisian politics. Its impact will no doubt be felt across the region – where other political systems survive through the repression of dissent with an iron fist and total disregard of human rights, as shown by small demonstrations in Cairo this evening calling for the resignation of President Hosni Mubarak, in power since 1981. It is difficult to believe that events unleashed in December by the desperate and tragic act of Mohamed Bouazizi,  setting himself on fire after police confiscated his fruit and vegetable stall, lead to the departure of Ben Ali, in power for two decades, from Tunisia less than a month later. On 5 January, Mohamed Bouazizi succumbed to his injuries; but he will certainly be immortalized in modern Tunisian history. Ben Ali’s legacy is less clear, particularly in light of rising calls for his prosecution for human rights violations committed during rule.

Foued Mebazaa, apparatchik devenu le nouvel homme fort de la Tunisie


 pour Le Monde.fr | 15.01.11 | 19h47  •  Mis à jour le 15.01.11 | 21h19   C’est un homme âgé – 78ans –, qui a collectionné les portefeuilles ministériels et les responsabilités politiques à l’époque d’Habib Bourguiba, le « père de l’indépendance », puis durant les années Ben Ali, qui se retrouve à la tête de la Tunisie. Un homme aussi qui a servi fidèlement le président déchu. Dans un mémorandum de mai 2009 obtenu par Wikileaks et révélé par Le Monde, celui qui, par la grâce de la constitution, est le nouveau chef de l’Etat était présenté comme un septuagénaire sans ambition, « un homme loyal vis-à-vis de Ben Ali et qui ne représente pas un danger pour lui ». Se pencher sur la carrière de Foued Mebazaa [ou Fouad M’bazza] c’est effectivement découvrir un homme au parcours linéaire, d’abord maire de Tunis (1969-1973), ensuite ministre de la jeunesse et des sports sous Bourguiba (en 1973) – son premier poste ministériel –, avant de se retrouver à la santé publique puis à l’information. Ben Ali au pouvoir, en novembre 1987, M. Mebazaa demeure au gouvernement où il se voit confier le portefeuille de la jeunesse et des sports avant de devenir le maire de Carthage (1995-1998), la banlieue chic de Tunis. IL A SU S’ACCOMODER DU REGIME POLICIER DE BEN ALI L’homme, on l’a dit, n’a pas l’âme d’un résistant. Il appartient au bureau politique du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Et il sait s’accommoder du régime policier mis en place par Ben Ali. C’est donc sans état d’âme qu’il accepte de présider la chambre des députés (depuis octobre 1997) où l’opposition est quasi-absente. Cette fonction en fait le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire. Et c’est à ce titre qu’il se retrouve aujourd’hui chef de l’Etat. Sans doute n’avait-il jamais rêvé d’une telle fin de carrière.
Jean-Pierre Tuquoi

Que dit l’article 57 de la constitution tunisienne ?

En cas de vacance de la présidence de la République pour cause de décès, démission ou empêchement absolu, dispose l’article 57 de la constitution tunisienne, le président de la chambre des députés est immédiatement investi des fonctions de président de la République par intérim pour une période variant entre 45 jours au moins et 60 jours au plus. Il prête le serment constitutionnel devant la chambre des céputés ou, le cas échéant, devant le bureau de la chambre des céputés. Le président de la République par intérim exerce les attributions dévolues au président de la République sans, toutefois, pouvoir recourir au référendum, démettre le gouvernement, dissoudre la chambre des Députés ou prendre les mesures exceptionnelles prévues par l’article 46. Durant cette période, il ne peut être présenté de motion de censure contre le gouvernement. Durant cette même période des élections présidentielles sont organisées pour élire un nouveau président de la République pour un mandat de cinq ans. Le nouveau président de la République peut dissoudre la chambre des députés et organiser des élections législatives anticipées conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l’article 63. L’article 46 auquel il est fait référence, ici, stipule qu’en cas de péril imminent menaçant les institutions de la République, la sécurité et l’indépendance du pays, et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le président de la République peut prendre les mesures exceptionnelles nécessitées par les circonstances, après consultation du premier ministre et du président de la chambre des députés. Pendant cette période, le président de la République ne peut dissoudre la chambre des députés et il ne peut être présenté de motion de censure contre le gouvernement. Ces mesures cessent d’avoir effet dès qu’auront pris fin les circonstances qui les ont engendrées. Le président de la République adresse un message à la chambre des députés à ce sujet. (Source: « Lemonde.fr » le 15 janvier 2011)  


 

Au 3, rue Kemal-Atatürk, la joie et les craintes


Tunis Envoyées spéciales – « Vous réalisez ? On va avoir un président qu’on aura élu, nous ? »Myriam Karoui, 37 ans, directrice de production à Nesma TV, n’en revient pas. Ce vendredi 14 janvier, « c’est la naissance de la jeune Tunisie », exulteBilal Khefifi, 29 ans, ingénieur en informatique.

Au numéro 3 de la rue Kemal-Atatürk, tout près de l’avenue Bourguiba, une cinquantaine de manifestants se sont réfugiés dans un appartement du deuxième étage pour échapper aux gourdins des miliciens, lâchés hors de contrôle dans les rues de la capitale. La nouvelle de la fuite du présidentZine El-AbidineBen Ali, les « séquestrés » de la rue Atatürk l’ont apprise, vers 18 heures, par un SMS. Une clameur de joie a jailli des poitrines.

C’est la première révolution dans le monde arabe. Ici, en Tunisie. Oui, vraiment, Myriam, Bilal et les autres n’en reviennent pas. Pendant un court instant de liesse, chacun se congratule, applaudit. On sort un drapeau tunisien.

Mais, bien vite, l’angoisse revient : Ben Ali parti, reste la police – de sinistre réputation. En attendant que le pays retrouve ses esprits et se dote d’un vrai gouvernement, elle s’en donne à cœur joie. Les ratissages vengeurs ont commencé, mais impossible de s’échapper. Le couvre-feu interdit toute sortie.

Dans l’appartement, les deux pièces, la minuscule cuisine et même le cabinet de toilette sont remplis de monde. Chacun chuchote dans son téléphone portable. Les nouvelles vont vite. Elles sont mauvaises. Les pillages et les exactions se multiplient. Certains sont le fait de la police, alliée à la pègre. Les forces de sécurité n’ont plus de chef. Et l’armée, déployée à travers le pays mais soucieuse, avant tout, d’éviter de nouveaux bains de sang, semble incapable d’empêcher les dérives.

Parmi les réfugiés de la rue Atatürk, tous ont en mémoire les scènes d’horreur vécues quelques instants plus tôt dans la rue. Une jeune fille à genoux est giflée et battue sauvagement par trois policiers. Un jeune est traîné par les cheveux et frappé. D’autres sont violemment projetés contre des murs. Ils sont en sang, mais leurs bourreaux s’acharnent.

Dans le petit appartement, l’atmosphère est tendue. Nadia, 18 ans, pull gris et jean noir, sanglote, recroquevillée contre le mur. Certains craquent. Ils veulent quitter, coûte que coûte, cet abri devenu un piège. Mais le piège est partout. Derrière les rideaux tirés montent de la rue les hurlements de douleur. Et le bruit des portes qu’on défonce. Pour ceux qui restent, une longue nuit commence.

Le premier rassemblement de la journée ne laissait pas imaginer une suite aussi chaotique. Regroupés devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), dès 9 heures le matin, les protestataires, quelques centaines, prennent ensuite le chemin de l’avenue Bourguiba. Ils sont rejoints au fil des heures, devant le ministère de l’intérieur, par des milliers de manifestants.

« Ben Ali, assassin ! », « Vingt ans de dégâts, Ben Ali dégage-toi ! », « Il faut juger les Trabelsi (la belle-famille du président, accusée d’avoir fait main basse sur l’économie du pays de l’Etat) », scande la foule, qui crie sa haine du chef de l’Etat et de son entourage. « Chaque famille en Tunisie a été volée, insultée, humiliée par cette racaille, enrage une étudiante de 26 ans.Ce que dit Ben Ali, on n’y croit plus : c’est la parole d’un voleur. »

« Son gouvernement d’union nationale, c’est du rafistolage, s’énerveLotfi Benmosbah, médecin, 51 ans. Parce qu’en Tunisie tant qu’il est là, c’est lui qui décide, pas le gouvernement, pas plus que le Parlement. » Un peu plus loin, un employé deTunis Air a les larmes aux yeux : « Descendre dans la rue, c’est notre dernière chance. »« On n’a jamais demandé la baisse du prix du lait, on veut notre dignité, c’est tout », ajoute-t-il. Les ultimes concessions d’un régime aux abois n’ont pas convaincu.

Masseuses de hammam, avocats, aides-soignants, artistes, universitaires, employés, commerçants, ouvriers… On est venus seul, en bande ou en famille. Les femmes sont nombreuses. Grimpés sur les ficus, des jeunes brandissent le drapeau tunisien et chantent l’hymne national, martelant un couplet bien particulier : « Ne vivront pas en Tunisie ceux qui l’ont trahie. » Les plus audacieux se sont accrochés aux grilles des fenêtres du ministère de l’intérieur. Sur les trottoirs, on siffle, on applaudit, on plaisante. Des poètes amateurs improvisent sur la fin de règne. « Un tel bonheur ! Je ne pensais pas que je connaîtrais ça dans ma vie », rit Dadoucha, pédiatre. Plus de tirs à balles réelles, pas un mort de plus, a promis le président.

Mais à 14 h 30, tout bascule. Des centaines, peut-être des milliers de jeunes surgissent soudain, à pied ou à Mobylette. Ils brandissent le portrait d’un jeune tué par la police la veille dans le grand Tunis, comme quinze autres personnes abattues ce jour-là. Aussitôt, la police charge et bombarde la foule de gaz lacrymogènes. C’est la panique. Par vagues, les manifestants se jettent en criant dans les rues adjacentes. Certains tentent de s’échapper en s’accrochant aux fenêtres, aux lampadaires. Beaucoup s’engouffrent dans des immeubles. Mais la police poursuit et traque sans relâche les fuyards, les contraignant à grimper les étages.

Rue Atatürk, le cinéasteAladine Slim, dont l’appartement sert de bureau à sa société,Exit Production, n’a pas hésité à ouvrir sa porte. Les informations affluent grâce aux téléphones portables. Le premier ministre assume « provisoirement » la présidence ; des élections législatives seront organisées d’ici à six mois ; plusieurs villas des Trabelsi ont été mises à sac à Tunis et Hammamet ; on annonce même l’assassinat d’un des fils Trabelsi. Parmi les « séquestrés » de la rue Atatürk, certains entament des discussions passionnées, que les autres interrompent vite : la milice approche, il ne faut pas être repérés.

Plus rien ni personne ne protège les populations. Prévenu par téléphone de la situation,Etienne Chapon, diplomate de l’ambassade de France, n’hésite pas à se rendre sur les lieux pour tenter de négocier une sortie sans trop de casse. D’abord en vain. A 3 heures, il revient seul, n’écoutant que son courage.

La pègre a investi le quartier. Ils sont plus de cinquante, des bâtons ou des tiges de fer à la main, qui sèment la terreur dans les habitations alentour. Cette fois, ils sont massés devant le numéro 3 de la rue Atatürk. La police est avec eux. Il faut parlementer pour obtenir l’engagement de tous sortir en sécurité. Une fois dans la rue, la parole ne sera pas tenue et un terrible tri commence. Français d’un côté, Tunisiens de l’autre.

Les premiers sont entraînés vers l’ambassade de France. A l’aube, le sort du reste du groupe, une vingtaine de personnes, demeurait incertain. Dans la ville désertée, des milliers de chaussures abandonnées sur la chaussée étaient les seules traces de la formidable manifestation qui a fait tomber Ben Ali.

Isabelle Mandraud et Catherine SimonArticle paru dans l’édition du 16.01.11
 
(Source: « Le Monde » (Quotidien – France) Le 16 janvier 2011)


Raouf Ayadi : «La désignation de Ghannouchi est une violation de la Constitution


 

La rue est plus forte que le régime. Ben Ali est chassé du pouvoir par une révolte populaire inédite dans le monde arabe. Aussitôt parti, son Premier ministre s’est autoproclamé président par intérim. Pour l’avocat et militant des droits de l’homme, Raouf Ayadi parle «d’une violation de la Constitution» et la prise du pouvoir par Mohammed Ghannouchi «est un scénario élaboré par ce qui reste des cercles du pouvoir dans la précipitation».

Le Premier ministre a annoncé le retrait provisoire de Ben Ali du pouvoir et assure l’intérim. La Constitution a-t-elle prévu ce cas de figure ?

C’est une violation de la Constitution, qui dit qu’en cas de vacation de pouvoir, c’est le président de la Chambre des députés qui assure l’intérim pendant soixante jours avant d’organiser une élection présidentielle. Seulement, voilà qu’on nous sort un nouveau scénario. Dans la précipitation, parce que le président de la Chambre des députés, comme Ben Ali, symbolise la tyrannie, donc on a préféré le Premier ministre, qui est un technocrate, pour gérer les affaires dans l’urgence. Il s’est autoproclamé président par intérim, mais, je dois dire que cela ne va pas durer. Ce sont les derniers cercles du pouvoir qui tentent de sauver le peu qui reste de l’ancien régime. Le peuple ne baissera pas les bras tant que le régime et tous les gens qui l’ont symbolisé depuis 23 ans sont encore là. Durant un mois, le peuple a lutté sans relâche contre la dictature, il a fait trembler la terre sous ses pieds, donc il ne va pas se laisser berné par des changements à l’intérieur du régime.

Selon le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, Ben Ali n’est pas en mesure, que provisoirement, d’assurer ses fonctions. Peut-on imaginer qu’il reviendra dans les prochains jours ?

Jamais, il est chassé définitivement du pouvoir. Les événements se précipitent et on ne sait pas comment les choses évoluent. Ben Ali a quitté le pays et des membres de la famille de sa femme, les Trabelssi, sont arrêtés à l’aéroport de Tunis. Je dois dire aussi que Mohammed Ghannouchi s’est autoproclamé président, mais il ne va pas tenir longtemps.

– Quel est le rôle de l’armée dans ce qui se passe ? Va-t-elle peser sur les événements ?

Je pense que cette institution joue un rôle dans le maintien de l’ordre, mais pas un rôle politique. Le régime de Ben Ali durant son règne s’est appuyé sur la police, les politique et les services criminels. Dans la situation de dislocation du pouvoir, l’armée peut effectivement jouer un rôle dans une transition politique.

Comment voyez-vous la Tunisie de demain ?

Il faut dire que c’est la confusion totale qui règne en ce moment dans le pays. Personne ne peut prédire quelle direction prendront les évènements. Ce qui est sûr par contre, est que le peuple ne va pas se taire et on ne pourra pas lui enlever sa victoire contre la dictature. Aux forces politiques d’opposition, toutes les organisations de la société civile et les syndicats, d’agir rapidement pour imposer la volonté populaire et travailler pour l’instauration de la démocratie et mettre un terme à l’ancien régime. 

Hacen Ouali (Source: « El Watan » (Quotidien – Algerie) le 15 janvier 2011)

Tunisie : quelle opposition pourra intégrer le futur gouvernement ?


 

Le président Mebazaa n’a pour l’instant approché que « l’opposition de façade » pour former le gouvernement d’union nationale.

Le Premier ministre de Ben Ali, Mohamed Ghannouchi, qui s’était proposé pour le remplacer provisoirement, ne sera pas resté longtemps à la tête de la Tunisie.

Un jour après la fuite de l’ex-président tunisien, chassé par la Révolution du jasmin, le Conseil constitutionnel a en effet opéré un clair retour à l’application du texte. La vacance du pouvoir confirmée, c’estFouad Mebazaa, président de la Chambre des représentants, qui a été nommé chef de l’Etat tunisien par intérim.

Selon Al Jazeera, Mohamed Ghannouchi restechargé de former un gouvernement de coalition nationale, avant la prochaine élection présidentielle, qui devra se tenir d’ici à deux mois.

Les partis non-reconnus exclus de la première réunion

Fouad Mebazaa, ministre sous Bourguiba et membre de l’aristocratie tunisienne, a d’ores et déjà annoncé rencontrer le 15 janvier plusieurs partis d’opposition afin de plancher sur la création de ce gouvernement d’union nationale.

Tout en se réjouissant de ce retour à la « normalité constitutionnelle », Taoufik Djebali, universitaire tunisien, remarque que tous les partis d’opposition n’ont pas été invités à la table de Mebazaa :

« Seuls les cinq partis d’opposition de façade, en fait très proches du pouvoir, ont été sollicités.

Deux partis réellement hostiles au pouvoir, le Parti démocratique progressiste (PDP) et le Forum démocratique pour le travail et les libertés, ont été contactés. »

Le Parti communiste des ouvriers tunisiens (PCOT), le Congrès pour la République etEnnahda, parti islamiste d’opposition, non-autorisés en Tunisie, n’ont eux pas encore été approchés.

« Trop tôt pour évoquer une réelle transition démocratique »

Moncef Marzouki, président du Congrès pour la République et réfugié en France, regrette de ne pas avoir été contacté par Mebazaa. Déterminé, il s’apprête malgré tout à rentrer en Tunisie le 18 janvier, « sans attendre l’autorisation de personne ».

Lorsque, joint par Rue89, il évoque ce samedi la transition politique, le leader reste cependant prudent :

« Il reste à savoir si le code électoral va être modifié ou non. Les lois actuelles empêchent tout opposant au parti unique à se présenter. Par exemple, il faut avoir le soutien de trente députés pour pouvoir être candidat, sauf que pour le moment ils sont tous partisans du Rassemblement constitutionnel démocratique [RCD de Ben Ali, ndlr]. »

Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam) et spécialiste du Maghreb, partage cette retenue :

« Il est encore un peu trop tôt pour évoquer une réelle transition démocratique. Il faut voir dans les trois ou quatre prochaines semaines si le processus démocratique annoncé est réellement mis en œuvre, qui sera autorisé à se présenter. »

La dernière déclaration de Mohamed Ghannouchi invite plutôt à l’optimisme.Selon Al Jazeera, il a affirmé que « tous les Tunisiens sans exception ni exclusion doivent être associés au processus politique ».

Une alliance entre partis d’opposition en exil ?

Déterminés à combattre ensemble le pouvoir et les règles que Ben Ali a imposées depuis vingt-trois ans, les partis d’opposition en exil souhaitent agir main dans la main. Moncef Marzouki confirme :

« Nous sommes en contact avec le PCOT et Ennahada, mais pour l’instant nous ne parlons pas de candidature commune lors des prochaines élections. Il faut y aller étape par étape, d’abord liquider la dictature, modifier le code électoral.

Si la démocratie est réellement instaurée, il y aura un vrai pluralisme. »

A Paris, lors de la manifestation à Paris ce vendredi, un responsable d’Ennahda affirmait également la détermination de l’organisation à participer à la création d’un gouvernement d’union nationale dont le parti unique, le RCD, ne ferait pas partie.

Rached Ghannouchi, leader d’Ennahda,a en outre reconnu que des responsables proches du parti ont négocié des accords avec des partis laïques comme le PCOT, et le Parti démocratique progressiste. Selon France Info, l’opposant, en exil en Grande-Bretagne, prépare son retour en Tunisie.

Ensemble, les trois partis réfléchissent à une série de propositions pour le pays, après vingt-trois ans d’autoritarisme. Moncef Marzouki :

« Nous sommes en train de travailler sur un texte dans lequel nos projets pour le pays, en matière de démocratie ou de droit des femmes par exemple, seraient formulés. »

Source : « Rue89 » Le 15-01-2011

La Tunisie, un avertissement pour d’autres pays arabes


 

Certains spécialistes estiment que la «Révolution du jasmin» pourrait créer un effet d’entraînement dans les régimes autoritaires de la région. Mais des disparités locales demeurent.

Faut-il y voir un signe ? Les journaux du monde arabophone étaient nombreux, ce samedi, à saluerle départ du président tunisien Ben Ali sous la pression de la rue. «La révolte populaire des Tunisiens est à présent le nouveau phare du monde arabe», estimait le quotidien algérien El-Watan, tandis que le libanais An-Nahar prévoyait des répercussions « dans plus d’un pays de la région». Vendredi soir, des dizaines d’Egyptiens se sont joints au Caire à un groupe de Tunisiens pour célébrer le départ de Ben Ali, scandant «Ecoutez les Tunisiens, c’est votre tour les Egyptiens !»

Samedi, hormis quelques pays comme l’Egypte ou le Qatar, la plupart des gouvernements arabes restaient prudents ou silencieux samedi après la chute du président tunisien.

De l’avis de plusieurs spécialistes, le modèle tunisien pourrait inspirer les populations voisines sous le coup de régimes autoritaires, d’autant qu’elles souffrent souvent deproblèmes semblables à ceux qui ont poussé les Tunisiens à se soulever. En Algérie, voisine de la Tunisie, desémeutes meurtrières ont aussi eu lieu en janvier sur fond de hausse des prix de produits alimentaires de base. En Jordanie, des milliers de personnes ont manifesté vendredi dans plusieurs villes pour protester contre le chômage et l’inflation, mais aussi réclamer la chute du gouvernement.

«Les ingrédients que l’on trouve en Tunisie sont aussi présents ailleurs», du Maroc à l’Algérie, de l’Egypte à la Jordanie, qu’il s’agisse duchômage, de la répression policière ou des entraves à la démocratie», analyse Amr Hamzawi, du centre pour le Proche-Orient de la fondation américaine Carnegie. Selon lui, l’exemple tunisien a en outre l’intérêt de montrer que le changement peut venir des sociétés arabes elles-mêmes. «Il n’y a pas eu besoin d’une invasion comme en Irak. C’est une énorme leçon pour les régimes autocratiques», souligne-t-il.

Des situations locales très différentes

Mark Lynch, professeur de science politique et directeur de l’Institut d’études du Moyen-Orient à l’Université américaine George Washington, nuance toutefois les probabilités de voir ce soulèvement faire tâche d’huile. «On ne peut pas dire avec autant de certitude si ces émeutes vont réellement se propager, car les régimes en état d’alerte ne seront pas pris par surprise», estime-t-il dans une tribune publiée sur Slate.

En outre, note-t-il, «les manifestants manquent toujours d’une direction ou d’une autorité politiques claires» et «peu de partis politiques semblent jouer un quelconque rôle significatif, même du côté des islamistes». «Si (les manifestations) continuent à grossir face à la répression du régime, sans leadership précis, quel genre de changement peuvent-elles produire ?».

«Le message tunisien est très fort, estime pour sa part Amr al-Chobaki, de l’institut Al-Ahram du Caire. Mais savoir si ce qui s’y est passé peut se reproduire ailleurs, en Algérie ou en Egypte par exemple, reste difficile». La capacité d’adaptation des régimes autoritaires arabes pour survivre aux épreuves ne doit pas non plus être sous-estimée, souligne-t-il. En outre, les situations locales présentent des différences. La Tunisie est un pays où le régime ne laissait «aucune marge à la société civile ou à l’opposition», alors qu’en Egypte le système sait ménager de petites soupapes «qui permettent aux gens de se défouler» et de «retarder une explosion sociale».

En attendant, une nouvelle blague circule au Caire, donnant une idée de l’esprit de la «rue arabe»: «L’avion de Ben Ali est arrivé à Charm el-Cheikh (résidence du président égyptien Hosni Moubarak sur la mer Rouge), pas pour y rester, mais pour embarquer plus de passagers !».

Source : « Le figaro.fr » Le 15-01-2011

Foued Mebazaa, apparatchik devenu le nouvel homme fort de la Tunisie


 

C’est un homme âgé – 78ans –, qui a collectionné les portefeuilles ministériels et les responsabilités politiques à l’époque d’Habib Bourguiba, le « père de l’indépendance », puis durant les annéesBen Ali, qui se retrouve à la tête de la Tunisie. Un homme aussi qui a servi fidèlement le président déchu.

Dans un mémorandum de mai 2009 obtenu par Wikileaks et révélé par Le Monde, celui qui, par la grâce de la constitution, est le nouveau chef de l’Etat était présenté comme un septuagénaire sans ambition, « un homme loyal vis-à-vis de Ben Ali et qui ne représente pas un danger pour lui ».

Se pencher sur la carrière de Foued Mebazaa [ou Fouad M’bazza] c’est effectivement découvrir un homme au parcours linéaire, d’abord maire de Tunis (1969-1973), ensuite ministre de la jeunesse et des sports sous Bourguiba (en 1973) – son premier poste ministériel –, avant de se retrouver à la santé publique puis à l’information. Ben Ali au pouvoir, en novembre 1987, M. Bebazaa demeure au gouvernement où il se voit confier le portefeuille de la jeunesse et des sports avant de devenir le maire de Carthage (1995-1998), la banlieue chic de Tunis.

IL A SU S’ACCOMODER DU REGIME POLICIER DE BEN ALI

L’homme, on l’a dit, n’a pas l’âme d’un résistant. Il appartient au bureau politique du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Et il sait s’accommoder du régime policier mis en place par Ben Ali. C’est donc sans état d’âme qu’il accepte de présider la chambre des députés (depuis octobre 1997) où l’opposition est quasi-absente.

Cette fonction en fait le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire. Et c’est à ce titre qu’il se retrouve aujourd’hui chef de l’Etat. Sans doute n’avait-il jamais rêvé d’une telle fin de carrière.

Source: “Le Monde” Le 15-01-2011

Le retour au calme n’est pas encore complet en Tunisie


 

Les Tunisiens vivent leur premier jour depuis 23 ans sans le poids du régime de Ben Ali au dessus de leurs têtes. Malgré le couvre-feu, des tirs d’armes automatiques ont encore résonné dans les rues de Tunis durant la nuit de vendredi à samedi. Dans plusieurs villes, l’armée a dû intervenir pour protéger les habitants de bandes de pillards.

C’est le Premier ministre Mohammed Ghannouchi qui assure l’intérim depuis la fuite du président Ben Ali. Celui-ci, et certains membres de sa famille, ont trouvé refuge en Arabie Saoudite. Ils sont arrivés dans le port de Jeddah. Le président par intérim doit consulter ce samedi les dirigeants de tous les partis politiques. L’Union européenne dit souhaiter “une solution démocratique durable” en Tunisie.

“L’indépendance est arrivée pour des gens qui ont cru dans leur droit à la liberté et à une vie digne, explique l’envoyé spécial d’Euronews en Tunisie, Jamel Ezzedini. Alors vendredi soir encore, des centaines de Tunisiens sont descendus dans les rues malgré l’imposition du couvre-feu et l‘état d’urgence. Ils ont exprimé leur joie après le départ du président Ben Ali. Le Premier ministre Mohammed Ghannouchi assume donc temporairement la présidence. Reste à savoir ce qui va se passer par la suite”.

Source : « Euronews » Le 15-01-2011

Tunisie : la tension perdure


 

Malgré le départ de Ben Ali, la population reste apeurée, et les incidents se multiplient.

C’est une journée test pour la Tunisie. Au lendemain de l’annonce dudépart de Ben Ali, le pays s’est réveillé timidement après une nuit marquée par des violences. Mais la peur continue de régner dans les rues de Tunis. La faute aux rumeurs, qui circulent principalement via Internet, mais aussi en raison d’incidents plus ou moins violents.

La population tunisienne reste donc apeurée. Selon l’envoyé spécial d’Europe 1 à Tunis, les rues de la capitale sont barrées par des parpaings, des bidons, des cordes. Et juste derrière ces barrages se trouvent les habitants du quartier. Ils sont armés de barres de fer, de club de golf, de chaînes, parfois des chiens. Ils assurent une présence continue pour dissuader les fauteurs de trouble. L’armée a demandé aux membres de ces milices informelles de s’habiller en blanc pour ne pas être confondus avec des casseurs.

Par ailleurs, des violences ont bien lieu. elles concernent dans l’immense majorité des cas concernent des intérêts du clan Ben Ali. Mais elles maintiennent ce climat de peur et de violence.

Des appels à l’armée

La nuit de vendredi à samedi a été mouvementée à Tunis. De nombreux pillages ont eu lieu dans plusieurs quartiers périphériques. Plusieurs quartiers de la proche banlieue de Tunis ont vécu une nuit d’angoisse en raison de destructions menés par des bandes de personnes encagoulées, selon les témoignages d’habitants apeurés, qui ont été relayés par les télévisions locales durant la nuit.

>> Retour sur quatre semaines de contestation, cliquez ici

« Il y a eu des tirs dans la banlieue nord où le magasin Carrefour a été pillé », rapporte l’envoyée spéciale d’Europe 1. « Devant le danger, de nombreuses personnes ont appelé l’armée pour les protéger », a joute-t-elle. L’armée a fait survoler la ville par des hélicoptères alors que les spéculations allaient bon train sur l’identité des responsables des violences et des pillages.

La prison de Monastir s’embrase

Mais si le calme est revenu à Tunis, la situation reste fragile. Monastir où au moins 42 prisonniers ont péri dans l’incendie samedi d’une prison. « Trente-et-un corps ont été transportés à la morgue et onze ont suivi », a déclaré le Dr Ali Chatli, chef du service de médecine légale à l’hôpital Fatouma Bourguiba de Monastir, à 160 km au sud de Tunis.

Il a précisé que toutes les victimes du premier groupe ont été identifiées et que les 11 venaient d’arriver. Selon ce médecin, l’incendie s’est déclaré lorsque un détenu a mis le feu à un matelas dans un dortoir hébergeant près de 90 détenus lors d’une tentative d’évasion qui a tourné à la panique en raison de coups de feu tirés près de la prison. Il s’agit de l’incident le plus meurtrier depuis le début, il y a un mois, des émeutes qui ont conduit à la fuite vendredi de l’ancien chef de l’Etat Zine El Abidine Ben Ali.

Source : « Europe1 » Le 15-01-2011

Tunisie. Ségolène Royal veut servir de « caution » à la prochaine élection


Ségolène Royal veut aider la Tunisie. Et pour cela, la candidate socialiste, propose de servir « de caution, de garantie », au bon déroulement des prochaines élections présidentielles visant à désigner le successeur officiel de Ben Ali. Et propose également de « mettre à disposition le Parti socialiste ».

Parmi ses différentes casquettes, Ségolène Royal a choisi celle de vice-présidente de l’Internationale socialiste pour s’exprimer ce samedi sur les événements qui bousculent actuellement la Tunisie. La patronne de la région Poitou-Charentes se félicite évidemment du départ de Ben Ali et du fait qu’il ne soit pas venu se réfugier en France, chose qu’elle aurait jugée « inacceptable ».  « Offre de mise à disposition du PS » Ségolène Royal s’inquiète désormais de la construction démocratique à venir et n’hésite pas à proposer ses services. « Il ne faut pas voler au peuple tunisien cette victoire, et en tous cas, si je puis être utile, le moment venu, bien sûr que je serai au côté du peuple tunisien y compris pour une présence lors de l’organisation de ces élections s’il y a besoin de caution, de garantie », a-t-elle déclaré. Le peuple tunisien peut considérer cette déclaration comme « une offre de mise à disposition du Parti socialiste, des militants socialistes, des militants de gauche qui sont là, qui sont imprégnés des mêmes valeurs démocratiques ».

Source : « Le Telegramme » Le 15-01-2011

Tunisie: Royal se propose comme observatrice de futures élections


 

Ségolène Royal, candidate déclarée aux primaires PS pour la présidentielle, a jugé samedi « important » que le Parti socialiste « puisse se constituer en force d’observation » dans l’organisation d’élections libres en Tunisie, proposant sa propre présence comme « garantie ».

« Il ne faut pas voler au peuple tunisien cette victoire, et en tous cas, si je puis être utile, le moment venu, bien sûr que je serai au côté du peuple tunisien y compris pour une présence lors de l’organisation de ces élections s’il y a besoin de caution, de garantie », a déclaré Mme Royal, également vice-présidente de l’Internationale socialiste.

« Je crois qu’il est important que le PS et les socialistes soient là et puissent se constituer en force d’observation », a-t-elle ajouté, en arrivant à la Cartoucherie de Vincennes où se tient une Université populaire participative de son association Désirs d’avenir, sur le thème de l’éducation.

« En tous cas, c’est une offre de mise à disposition du Parti socialiste, des militants socialistes, des militants de gauche qui sont là, qui sont imprégnés des mêmes valeurs démocratiques », a poursuivi la présidente de Poitou-Charentes. « Nous pourrons être présents pour accompagner ce processus démocratique ».

Pour elle, « il aurait été inacceptable que le président Ben Ali arrive sur le sol français, le gouvernement actuel l’a refusé parce qu’il sait que le peuple français et les Tunisiens présents en France n’auraient pas accepté cette arrivée en France ».

Interrogée sur le fait qu’une partie de la famille de M. Ben Ali a trouvé refuge au Disneyland Hotel de Marne-la-Vallée, Mme Royal a répondu : « Je pense que la famille de M. Ben Ali n’a aucune justification d’une présence en France. Ils sont arrivés jeudi en catimini. Il faut être cohérent et je ne vois pas au nom de quoi on expulserait certains sans papiers et au nom de quoi la France accueillerait la famille d’un dictateur ».

« Il y a là une incohérence sur laquelle le gouvernement doit s’expliquer », a-t-elle lancé.

Source: “AFP” Le 15-01-2011

TUNISIE – La belle-famille de Ben Ali débarquée du Tunis-Lyon


 

Le vol Tunis-Lyon (TU751) a été retardé vendredi en raison de la présence à bord des membres de la famille de l’épouse du chef de l’État.

Protestant contre la présence à bord des membres de la famille Trabelsi – le nom de l’épouse du président Ben Ali -, l’équipage de Tunis Air a refusé de décoller, vendredi après-midi, de la capitale tunisienne à destination de Lyon. C’est le commandant de bord qui a lancé la fronde. Le clan Trabelsi a fini par être débarqué de l’avion. Leïla Trabelsi, l’épouse du chef de l’État, est la cible privilégiée des manifestants tunisiens. Coiffeuse à l’origine, elle est devenue l’une des plus grosses fortunes de Tunisie après son mariage avec Ben Ali. Ses enfants issus d’un premier mariage ou ses neveux défraient régulièrement la chronique judiciaire, en France notamment. Leïla Trabelsi est actuellement à Dubai. Elle participait à un colloque sur la femme arabe. Elle n’est pas rentrée en Tunisie à l’issue de cette réunion.

Source: “Le Point.fr” Le 15-01-2011

Craintes de certains régimes de soulèvements « à la tunisienne »


 

Le quasi-silence observé par les régimes arabes face au succès de la révolution tunisienne qui a contraint Zine ben Ali à la fuite est très éloquent, reflétant leur propre peur de soulèvements populaires.

La rue arabe a au contraire été captivée par les quatre semaines de soulèvement qui ont conduit à la chute d’un pouvoir qui, sous couvert de sa réussite économique, avait réussi à faire taire les critiques de ses partenaires étrangers sur ses atteintes aux libertés publiques.

La « Révolution du jasmin« , comme l’a baptisée la jeunesse tunisienne qui en a été le moteur, est en effet un spectacle inhabituel dans le monde arabe, où les autocrates ont plutôt tendance à mourir au pouvoir, à être assassinés ou à être délogés par des coups d’Etat.

Si les pays occidentaux souhaitent désormais ouvertement la démocratisation de la Tunisie, les capitales arabes restent discrètes, ce qui les inquiète étant, selon un analyste, le caractère spontanée et inorganisé du mouvement ayant mis fin aux 23 ans de régime policier de Ben Ali.

« Les événements de Tunisie illustrent les risques de l »effet cocotte-minute’: quand on a un système ultrarépressif et qu’on ne s’attaque pas aux causes du mécontentement, une fissure apparaît dans le système qui peut mener à l’explosion« , ajoute cet analyste, Henry Wilkinson.

Dans une déclaration d’une extrême prudence, la Ligue des Etats arabes a invité samedi à la fois les autorités, les partis politiques et les forces vives de Tunisie à faire preuve d' »unité » pour « maintenir les réalisations du peuple tunisien et parvenir à la paix dans le pays« .

L’Arabie saoudite, qui a offert un asile au moins provisoire à Ben Ali et à sa famille – la France l’ayant jugé persona non grata -, s’est bornée pour sa part à souhaiter que son petit partenaire de la Ligue surmonte ces « circonstances exceptionnelles« .

En Egypte, le président Hosni Moubarak, qui règne sans partage sur le pays arabe le plus peuplé depuis près de 30 ans, a dit par la voix du ministère des Affaires étrangères avoir « confiance dans la sagesse de ses frères tunisiens » et fait part de son souhait de ne pas voir la Tunisie « s’effondrer dans le chaos« .

Le Soudan a été plus audacieux en saluant le changement politique à Tunis et en souhaitant au pays « de parvenir à la liberté, à la sécurité, à la stabilité et à un bel avenir« .

Le renversement du dictateur soudanais Gaafar el Nimeïri, en 1985 après une vague de manifestations populaires, est peut-être le précédent ressemblant le plus au cas de la Tunisie. Mais le président actuel, Omar el Béchir, recherché par la justice internationale pour crime de guerre au Darfour, a pris le pouvoir en 1989 par un coup d’Etat.

En Irak, où la monarchie a été renversée par 1958 par une insurrection populaire couronnée par un coup d’Etat, le porte-parole du gouvernement s’est refusé à commenter la situation en Tunis, se retranchant derrière la non-immixtion dans ses « affaires intérieures« .

L’extrême réticence des pays arabes à commenter l’histoire qui se précipite à Tunis, voire le silence assourdissant des autres pays du Maghreb traduit, selon l’analyste nord-africain Camille Taouil, leur crainte d’une contagion sur leur propre territoire d’une révolution spontanée « à la tunisienne« .

Mais il ne signifie pas nécessairement qu’ils resteraient les bras croisés en pareille hypothèse. « Les autres autocrates n’auront pas les même scrupules pour écraser la violence que les Tunisiens ont eues« , estime Richard Dalton, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Tripoli et Téhéran.

Certains, comme le colonel libyen Mouammar Kadhafi, « en tireront la conclusion qu’ils conservent le droit et les moyens de ne pas céder d’un pouce, que ce soit aux islamistes, souvent invoqués pour maintenir un régime de fer, ou aux simples réformateurs« .

Ben Ali a bien, lui aussi, abondamment invoqué ce prétexte d’un danger islamiste, mais les Tunisiens, dont la révolte n’a revêtu aucun caractère religieux, « ont vu clair dans son jeu« , souligne l’analyste et juriste politique algérien Saad Djebbar.

Pour le commentateur libanais Rami Khouri, « le message de l’insurrection tunisienne est clair: il marque la fin de la soumission et de la docilité des masses arabes après des décennies de complaisance devant l’essor des Etats arabes sécuritaires fondés sur la police et l’armée et soutenus par l’Occident« .

Pour lui, les griefs des émeutiers tunisiens sont partagés largement par la rue arabe, sauf peut-être dans les petites pétromonarchies du Golfe.

« La révolte en Tunisie montre que des nations peuvent renverser des régimes oppressifs. Elle aura des répercussions à travers la région arabe« , renchérit Abdelrahman Mansour, un jeune opposant politique égyptien.

D’autant que des centaines de millions d’Arabes ont pu suivre et encourager en temps réel le déroulement de la révolution tunisienne grâce aux chaînes satellitaires, comme Al Djazira, ou des réseaux sociaux d’internet, tels Facebook et Twitter.

Parmi les pays susceptibles d’être affectés par cette onde de choc, certains spécialistes citent l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et les voisins maghrébins de la Tunisie.

Pour Hami Hassan, porte-parole des Frères musulmans égyptiens, principal mouvement d’opposition au régime fort de Moubarak, les événements en Tunisie « sont de mauvais augure » pour d’autres dirigeants arabes.

« Je crois que chacun d’entre prépare maintenant son avion et met en ordre ses comptes personnels tout en s’apprêtant à serrer les boulons sécuritaires pour tenter de se maintenir au pouvoir.« 

Source : « L’express.fr » Le 15-01-2011

Au moins 42 personnes périssent l’incendie d’une prison à Monastir


 

Un incendie dans une prison de Monastir, ville balnéaire de Tunisie, a fait au moins 42 morts samedi, a-t-on appris de sources hospitalières.

Tarek Mghirbi, médecin-légiste à l’hôpital principal de la ville, a précisé que 42 corps lui avaient été amenés. Selon lui, toutes les victimes semblent être mortes brûlées ou par asphyxie.

Il a précisé que les raisons du déclenchement de l’incendie dans la prison, samedi, n’étaient pas claires.

Par ailleurs, dans la ville côtière de Mahdia, le directeur de la prison a laissé s’enfuir un millier de détenus à la suite d’une mutinerie meurtrière, a déclaré un haut responsable de la localité.

Il a expliqué que des soldats stationnés dans la prison avaient ouvert le feu sur des détenus qui s’étaient rebellés en mettant le feu à des matelas et d’autres objets, estimant à cinq le nombre de tués.

Le directeur de la prison a alors décidé d’ouvrir les portes de l’établissement pénitentiaire pour prévenir toute nouvelle effusion de sang, a-t-il expliqué sous couvert d’anonymat.

Source: “The Canadian Press” Le 15-01-2011

Révolution à la mode Facebook en Tunisie


 

Depuis les premiers troubles à Sidi Bouzid jusqu’à la chute du président Ben Ali, les réseaux sociaux ont été essentiels dans la mobilisation populaire contre le régime

La vidéosurveillance est inversée. Ce n’est pas la police qui surveille la rue, mais la rue qui surveille la police. Des milliers de téléphones portables sont brandis au-dessus des têtes pour filmer les charges policières, les exactions, et pour pleurer les victimes. La foule a des yeux partout. Elle poste sur le Web des kyrielles de vidéos accusatrices pour les forces de l’ordre, elle partage les photos des manifestations sur Flickr, elle se donne rendez-vous pour les rassemblements du lendemain viaTwitter. Quoi qu’il advienne dans la Tunisie de demain, les nouvelles technologies et les réseaux sociaux auront infléchi le cours de l’histoire.

Pourtant réputé pour son contrôle étroit d’internet, le pouvoir benaliste a été débordé par les « geeks » et leur inventivité. Mokhtar a 22 ans, il réside encore chez ses parents à Bab Souika, un quartier du nord de Tunis, et entend bien devenir ingénieur. « Il faut comprendre que les jeunes d’ici sont aussi avancés que les Occidentaux sur la maîtrise des nouvelles technologies ! On fait tous des études. On devient au minimum technicien supérieur. Internet, on sait faire », lance-t-il. Il y aurait entre un et deux millions de comptes Facebook en Tunisie, un pays de 10,5 millions d’habitants.

« On a chassé la peur »

« Depuis le début des événements, je dors trois heures par nuit. Je suis branché en permanence sur Al-Jeezira et France 24, j’écoute une nouvelle radio très courageuse qui s’appelle Express FM et qui s’est résolument engagée contre le régime, je pianote sur l’ordinateur. Tout ce que j’ai appris sur les manifestations de Sidi Bouzid, je le dois aux réseaux sociaux. Et le fait de nous retrouver très nombreux sur internet nous a donné encore plus de force. C’est comme ça qu’on a chassé la peur », témoigne de son côté Ali, un jeune qui portait haut une pancarte « liberté » dans la manifestation de vendredi.

Les « reportages » sur les martyrs du mouvement ont fait le buzz depuis les derniers jours de décembre. Une autre vidéo a fait enfler la lame de fond qui a précipité les jeunes dans la rue. On y voit une foule pacifique devant le ministère de l’Intérieur, à Tunis. Un homme crie « dégage » à l’intention du pouvoir, puis cinq, puis dix, puis mille. Elle dépeint un pays qui se lève.

Le contresens de Ben Ali

Le pouvoir a bien tenté d’enrayer le flot. De nombreux sites ont été verrouillés depuis le début des troubles, il y a un mois. You Tube et Facebook ont été bloqués, entre autres. Blogueuse célébrissime en Tunisie, la jeune Lina Ben Mhennis a poursuivi son travail de sape sur atunisiangirl.blogspot.com, multipliant les messages d’espoir et les dénonciations des violences policières.

Lors de sa dernière allocution télévisée, jeudi soir, Ben Ali a tenté de retourner la population en promettant de faire sauter les obstacles qui interdisaient périodiquement l’accès aux réseaux sociaux. Ce fut fait le soir même. Mal lui en a pris. Dans la nuit qui a suivi, les nouvelles ont circulé à toute vapeur sur le réseau. Elles annonçaient la mobilisation du lendemain et, in fine, préparaient la chute du président. Les Iraniens l’ont rêvé il y a dix-huit mois, les Tunisiens l’ont fait

Source: “Sud Ouest” Le 15-01-2011

Lien: http://www.sudouest.fr/2011/01/15/revolution-a-la-mode-facebook-en-tunisie-291274-4985.php


 

Mid-East bloggers hail change in Tunisia


 

Internet users in Tunisia and neighbouring countries hailed the sudden departure of President Zine al-Abidine Ben Ali following widespread street protests.

Tunisians used Facebook and YouTube to keep each other abreast of developments, including looting and prison break-outs on the day after Mr Ben Ali went into exile.

In neighbouring countries, especially Egypt, web users hailed the  »Tunisian uprising » and said they hoped that « the same happens at home ».

The popular Facebook page  »We Are All Khalid Sa’id » (named after an Egyptian allegedly beaten to death by police) created an online, Tunisia-related event, attended by 7,000 people by early on Saturday.

We also want to be free

The event’s description read: « Enough of being silent… we are not less than Tunisia… Tens of thousands took to the streets in Tunisia and succeeded in their quest to achieve liberty… We want our rights… We do not want repression in Egypt… we want to be free ».

Some of Egypt’s most prominent opposition figures used the mini-blogging website Twitter and the video-sharing website YouTube to express their views on the Tunisian events.

The Egyptian opposition figure and former head of the atomic watchdog IAEA, Mohamed ElBaradei, a few days earlier said in a message sent on his twitter account (@ElBaradei): « Tunisia: repression + absence of social justice + denial of channels for peaceful change = a ticking bomb. »

The leader of the opposition Al-Ghad Party, Ayman Nur, sent several tweets from his twitter account (@ayman-nour). « From Ceausescu to Ben Ali, I say to those who are frustrated, you must learn your lesson: dictatorship continues to resist; it tries to tighten its grip; but suddenly it falls in the last minute. »

Several Egyptian bloggers expressed solidarity with Tunisians people and hoped that Egypt « might come next ». Blogger Bint Masriyah on 14 January posted a picture of the Tunisian flag and commented: « Tunisia: we are proud of your people; may the same happen to us. »

Solidarity protest

A Moroccan online paper, anamaghrebweb, posted a video on YouTube showing what was said to be a solidarity protest in Morocco.

Algeriansunited1, a YouTube user who had previously posted videos of Algerian unrest, posted a message which reads: « Congratulations to the Tunisian people ».

Many international and Tunisian Facebook users have changed their profile images to that of the red Tunisian flag, in solidarity with the protesters.

Large numbers of Tunisian Facebook users welcomed the departure of President Ben Ali, with some proclaiming victory in what is being called on Twitter and Facebook the « Jasmine Revolution ».

New day

« A new day and the sun rises on a Tunis without the great traitor Ben Ali. Long live Tunis, free and independent, » reads one Arabic message posted by the Facebook group Bye Bye 3ammar 404.

Some Tunisians used the internet to report on developments, posting mobile phone pictures on YouTube, including grisly images of burned bodies from a prison fire. They also posted a picture purporting to show police in the act of looting.

Tunisia was the top story for the pan-Arab satellite channels, which reported extensively on the upheaval, the arrest of Mr Ben Ali’s relatives as well as the swearing-in of an interim leader.

However, Tunisian TV carried few pictures of trouble on the streets.

The TV did invite callers to describe what was happening in their areas, saying the army was listening and could respond.

Several callers spoke about attacks on houses, shops and public facilities. Many callers urged the army to deal with the violence and looting.

One caller said people were hiding in their houses in fear. Some callers complained about unemployment and salaries in recent years. A studio presenter tried to reassure viewers and urged them to call to report any attacks on any private or public property.

One caller said foreigners, especially the French and Americans, should keep their advice to themselves.

Source: “BBC News” 15-01-2011

Tunisia riots: holidaymakers describe ‘chaotic scenes’ as prison fire kills 42


Holidaymakers arriving back on Thompson flight 965 at Manchester Airport tonight described chaotic scenes on the streets between the coastal resorts and Monastir Airport.

« There were a few smashed up buildings, there was a petrol station that had been vandalised and there were people looting but our resort was quite a way from the trouble.

« The feeling in the hotel was obviously disappointment that we have to go home but it’s one of them things, the Foreign Office made the decision and we had to go for our own safety.

Mr Wallace said the evacuation was « very well organised », and added: « The reps bussed us all out to the airport and when we got there we were told which ones to get.

« I would go back to Tunisia next week if I could. The people there are fantastic, very friendly to us tourists.

« Obviously they have got underlying problems with their economy and we did feel sorry for the people there because now, we have all left and they have no income.

« They were upset we were leaving.

Ross Wiseman, from Sunderland, was less than 36 hours into his holiday when he and his family were brought home.

He said: « In the complex we didn’t see much except on the balconies you could see in the distance fire and smoke covering the towns.

« Going about the streets before the curfew there were smashed windows, burned out cars just one big mess really.

« The atmosphere in the hotel was fine, everyone was positive and the staff were doing everything they could to keep us happy.

« But the only way we were finding out what was going on was through family and friends back home and that was just snippets.

« We had a nine-year-old with us and he was panicking but I think the adults felt safe in the complex.

« On the journey to the airport there were armed soldiers on the streets and that was intimidating, you could see the snipers on the top of buildings with their guns pointing down on us.

« But even though this has happened I would definitely go back, it was one of the nicest and most friendly places I have ever been to.

« I enjoyed every minute of it. »

Earlier today, a fire at a prison in Monastir in eastern Tunisia is thought to have killed at least 42 inmates.

The fire at a prison in Monastir, eastern Tunisia, was reported to have killed at least 42 inmates.

« Thirty-one bodies were taken to the morgue and another 11 have followed, » Dr Ali Chatli, head of the forensic medicine department at Fatouma Bourguiba hospital at Monastir, 160 kilometres (100 miles) south of Tunis, told AFP.

Dr Chatli said the fire was caused by an inmate who lit a mattress in a dormitory housing nearly 90 people in an attempt to escape, sparking panic.

Dr Chatli said prisoners also panicked because they heard shots fired outside the jail.

The victims died of severe burns and asphyxiation, he said.

The fire comes as Tunisia reels from the ousting of President Zine Abidine Ben Ali after weeks of violent protests against his rule.

Tunisia’s speaker of parliament Foued Mebazaa was sworn in today as the interim successor of President Zine al-Abidene Ben Ali who was ousted from power.

Tunisia is expected to hold a presidential election within 60 days, the constitutional authority said on Saturday, as the army patrolled the capital to try to stem protests that swept the president from power.

The Constitutional Council declared that the former head of state had « definitively » left power and appointed Mr Mebazaa as acting president.

Mr Mebazaa took the oath in his office in parliament, swearing to respect the constitution in the presence of his Senate counterpart Abdallal Kallel and representatives of both houses.

The council made its ruling at the request of Prime Minister Mohammed Ghannouchi under article 57 of the constitution, which requires new parliamentary elections within 60 days.

Mr Ben Ali signed a decree handing Ghannouchi interim presidential powers before flying out of Tunisia Friday to refuge in Saudi Arabia. But his nomination under article 56 of the constitution still leaves open the possibility for Mr Ben Ali’s to return to power.

Mr Ben Ali and his family arrived in the Saudi port city of Jeddah on Friday night, following in the footsteps of numerous other deposed leaders who have been offered asylum in the kingdom.

The collapse of his 23-year-long authoritarian rule, the first time an Arab leader has yielded to « people power », was greeted with widespread jubilation in Tunisia, where up to 80 people have been killed in clashes with police in recent weeks.

Yesterday there were signs of the protests spiralling out of control, with groups of looters attacking both people and property and setting fire to buildings. The army has been called out onto the streets, while in some suburbs, residents lined the streets holding baseball bats and metal bars to fend off looters. Gunshots could be heard in the capital, Tunis, and helicopters patrolled overhead.

Source: “The Telegraph” Le 15-01-2011

Tunisia: This not a time to be ”triumphant”


 

Middle East expert Dr Larbi Sadiki tells Channel 4 News what ridding itself of a ‘Marcos-like’ regime means for Tunisia.

What is your response to events in Tunisia?

This is unprecedented in Tunisia and in the Arab world.

That a« Marcos »-like downfall or a people’s power happens in Tunisia is still difficult to believe. Now, the scenario of a spill-over effect is what Bin Ali’s escape is feeding into the millions of « heads » amongst the disaffected populations of Egypt, Algeria, Morocco, Jordan, Ramallah, and Yemen.

I have since the 1990s written about the collapse of the post-independence « moral economy » or « bread compact » being a key catalyst for political change in the impoverished Arab states. The provision of bread (metaphor for subsidised goods) in return for political deference has left society with no option but to protest.

To an extent, Tunisia came very close to unhinging the Bourguiba regime in the 1984 bread riots. At the time, the labour force was well-organised, had a clear and widely accepted programme for issues of socio-economic equity, and had a strong leadership under the late Habib Ashour. The army intervened and Bin Ali was called in in the aftermath to take charge of the security apparatus. President Bourguiba’s regime was weakened by the brutality used then, and in three years later he found himself being bundled out of Carthage. Enter Bin Ali’s era.

Skill, compromise, and vision will keep chaos in check.

So on the positive side, in 2011 under similar conditions, bread riots completed what had begun in 1984. Tunisia has rid itself of at once a Ceausescu-like (in terms of security control/brutality) and a Marcos-like (corruption) regime.

I think regardless of what comes next, the inheritors of the collapsed regime will now be mindful of this momentous « political tsunami » in the Arab political calendar. The ability of the people to mobilise and topple regimes will not be taken lightly any more. The Tunisian populace has regained confidence in its ability tochange things on the ground.

On the negative side, the remnants of the ancien regime are still in place. It will take some time to sweep the corridors of power from the very political figures and machines that once lubricated the Bin Ali regime. But these remaining lackeys are not all one and the same. The risk of total power vacuum should be avoided.

So it is time to take stock, engage in dialogue, and political bargains involving the remaining political figures and leaders of civil society, the ruling Constitutional Democratic Rally and other political parties must sit together.

This is not time to be « triumphant ». Lots of hard work, at this critical point of time, remains to be done. Skill, compromise, and visionwill keep chaos in check.

The last thing now the political society wants is to condemn the country to either indefinite state of protest or give the army an excuse to take charge. Although behind the scene, it is the army’s withdrawal of loyalty to Bin Ali that brought him unstuck.

Toppling a regime through bread riots is something; showing a knack for pact-making (a la Spanish) is something else.

What must not be forgotten is this change gives no automatic legitimacy to the Tunisian weak and divided opposition, including expatriate groups, Islamist and liberal. They did not precipitate Bin Ali’s overthrow.

The people did.

Do you believe that elections in 60 days will be free and fair and properly democratic?

Three months in a country, which had only facade institution-building, fragile political parties, proscribed or « loyal » opposition, total absence of a free press, is not enough to prepare for a « democratic breakthrough ».

I suspect and I know there are divisions within the opposition too. Right now, coalition-building and institution-building should ideally be the outcome of the elections.

It is kind of elections to set in motion over four of five years a process of constructing the building blocs of gradual legalisation of multi-partyism, constitution-rewriting, perhaps a new charter that produces a set of shared values as well as a road-map for the post Bin Ali’s Tunisia.

Least but not last, given the secrecy, brutality and corruption associated with Bin Ali, a « truth and reconciliation » type process is needed to recover stolen public assets, land, monies, as well as avoid vindictiveness and plunging the country into political chaos.

The key challenge now is to clarify what would be the objectives of any elections held in three months. I fear that holding elections for the sake of elections, or because the constitution says so, might need re-thinking.

What kind of leader will Prime Minister Mohamed Ghannouchi be?

Under Bin Ali, he was literally a yes-type Prime Minister. He’s no doubt himself still shaken by the events of the past 24 hours. He was a professional man and not much is known about his finances.

It must be assumed that he had no choice but to be loyal to Bin Ali out fear. I think he is a man with a role to play in the period of transition. In spite of this, he will not be able to shake off the stigma of being too close to Bin Ali, probably Tunisia’s longest running Premier.

His role along with Mbazza’ throughout as part of a care-taker transitional authority might be the best he can do right now. He should be given an honourable and safe exit from politics after the transitional period.

The man to watch out for may be Kemal Morjane, Bin Ali’s Foreign Minister, who chose to resign in protest against the use of force against civilians. His UN background, amongst other credentials, might help him win Western backing.

Could unrest spread across North Africa and Middle East?

Food prices are reported to have been reduced in a few Arab states such as Jordan since the eruption of the Tunisia protests.

Indeed, the prospects for a spill-over effects remain real and serious in countries having a socio-economic template of a failed « moral economy », wide corruption, nepotism, and hereditary ambitions.

Egypt is a case in point. Jordan has similar problems of equity, and unemployment to Tunisia. Yemen is a powder keg as far as poverty goes. Neighbouring Algeria and Morocco are other hot spots where the potential for protest is right now feeling the infectious momentum built by Tunisia’s own bread uprisings.

Are the people calling for democracy middle-class and are they supported by the ordinary man?

I think there are two agendas.

Firstly, bread riots always feed into the political. Regimes in the 1980s decided, in their wisdom, that the vote could be given when they failed through the tacit contract of the post-independence period to provide social welfare goods.

But the kind of « election fetishism » that spread to all corners of the Arab world has not been convincing, genuine or substantive. So the « bread agenda » is real. It will not go away with or without democracy. Whatever administration comes after Bin Ali will not escape this.

Secondly, Tunisia is the first Arab and Muslim state to have a constitution in 1860. So the political tradition has been there for 150 years coupled with a strong practice of statehood for over nearly 1000 years. It had the Arab world’s first Human Rights League, a labour unionism tradition since the colonial period, and a « cosmopolitan » civic elite that through education, training, and residence in various EU states came to adopt democratic values.

The problem has been the state: neo-patrimonial and singular. The political society will need 20 years or a new generation to rebuild itself. But literacy is high enough and homogeneity, consensus building gives Tunisia a good start on that path.

And right now, « people power » is another added value that enriches the local political culture. But democracy for the sake of democracy is desirable in an ideal world.

Right now the ideal in Tunisia is to set up the kind of democratic practices and vision so that democracy facilitates both fair slicing of the economic cake and fair and free distribution of power.

I think they are mutually reinforcing in the Tunisian context.

Source: “Channel 4 news” Le 15-01-2011

Tunisian head of presidential security arrested – Jazeera


Jan 15 (Reuters) – Tunisia’s head of presidential security, Ali El Seriati, has been arrested, Al Jazeera television said on Saturday.

It gave no further details.

Source: “reuters” le 15-01-2011

Tunisia ex-leader’s son-in-law leaves country: aide


Sakher Materi, the businessman son-in-law of Tunisia’s ex-president, is in Dubai and a television report he is under arrest is not true, an aide told Reuters.

« He has been in Dubai since midday today, » the aide, who did not want to be named, told Reuters after he said he telephoned Materi to check his whereabouts.

Tunisia’s private Nessma television station reported on Friday that Materi had been arrested along with several relatives of ex-president Zine al-Abidine Ben Ali, who stepped down on Friday after weeks of protests.

Materi is one of Tunisia’s most prominent businessman and, before the unrest began, some analysts said he was being groomed for high political office.

His wealth and business interests have been the focus of suspicion and anger from some Ben Ali opponents, who have accused the former president of nepotism.

Source: “Reuters” Le 15-01-2011

UPDATE 1-France says blocking suspicious Tunisian asset moves


France called on Saturday for free elections as soon as possible in Tunisia and said it had taken steps to block suspicious movements of Tunisian assets in France.

« France has taken the necessary steps to ensure suspicious financial movements concerning Tunisian assets in France are blocked administratively, » President Nicolas Sarkozy’s office said in a statement.

« France is prepared to meet any request for help to ensure the democratic process takes place in indisputable fashion, » said the statement, issued after Sarkozy met several key ministers at his offices for talks on Tunisia.

Zine al-Abidine Ben Ali, Tunisia’s president for more than 23 years, fled the former French colony to Saudi Arabia on Friday in the face of massive protests, and Prime Minister Mohamed Ghannouchi took over as caretaker president.

Tunisia’s Constitutional Council said on Saturday that the constitution required the holding of a presidential election within 60 days. (Reporting by Emmanuel Jarry, writing by Brian Love

Source: “Reuters” Le 15-01-2011

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