Le bureau de la FTCR, rĂ©uni le 07 novembre 2009, Ă Paris, se fĂ©licite de la libĂ©ration rĂ©cente des prisonniers du bassin minier de Gafsa et salue leur courage et rĂ©sistance tout le long de cette Ă©preuve difficile.  La FTCR exprime Ă leurs familles et proches, ses sincĂšres fĂ©licitations. Elle exige des autoritĂ©s tunisiennes de les recouvrer dans leurs droits civils et politiques, de les rĂ©intĂ©grer immĂ©diatement dans leurs postes de travail et de rĂ©pondre positivement aux revendications lĂ©gitimes des populations de la rĂ©gion dont ils Ă©taient les porte-paroles.  La FTCR exige des mĂȘmes autoritĂ©s dâarrĂȘter les poursuites judiciaires engagĂ©es, injustement, dans cette affaire, Ă lâencontre du prĂ©sident de leur fĂ©dĂ©ration, la FTCR, Mouhieddine CHERBIB et de Fahem BOUKEDDOUS, jugĂ©s lourdement par contumace.  La FTCR exprime son soutien et sa solidaritĂ© avec les familles dont les leurs ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans ces Ă©vĂšnements sanglants : Hafnaoui MAGHZAOUI, Hichem BEN JEDDOU, Abdelhakhalek AMAIDI. Elle exige lâouverture dâune enquĂȘte indĂ©pendante Ă ce propos et que soient traduits en justice les auteurs de ces crimes.  Enfin la FTCR demande Ă toutes les forces dĂ©mocratiques, Ă lâintĂ©rieur et Ă lâextĂ©rieur du pays, de maintenir leur mobilisation pour continuer, avec la mĂȘme dĂ©termination, la lutte pour une amnistie gĂ©nĂ©rale et pour le respect des libertĂ©s de la dĂ©mocratie et des droits de lâhomme en Tunisie.  Le bureau fĂ©dĂ©ral de la FTCR.
Tunis prend la mouche Tunis rĂšgle ses comptes avec Paris
Kouchner “déçu” par les arrestations de journalistes en Tunisie
AFP 10.11.2009 PARIS â Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Bernard Kouchner s’est dit “déçu” mardi par les arrestations de journalistes en Tunisie, les jugeant “inutiles”, alors que le prĂ©sident Ben Ali vient d’ĂȘtre largement réélu. Sur France-Inter, M. Kouchner a jugĂ© “inutile d’arrĂȘter les journalistes”. “J’ai Ă©tĂ© déçu mais nous avons rĂ©agi”, a-t-il dit. Il faisait notamment allusion au cas de Taoufik Ben Brik, journaliste trĂšs critique Ă l’encontre du rĂ©gime du prĂ©sident Zine el Abidine Ben Ali, Ă©crouĂ© depuis le 29 octobre dans une affaire d’agression. Cette incarcĂ©ration serait liĂ©e, selon son entourage, Ă des articles publiĂ©s dans la presse française. “Quand on a Ă©tĂ© Ă©lu pour la cinquiĂšme fois et qu’on dirige ce pays avec habilitĂ© (…), je pense que c’est inutile”, a affirmĂ© le ministre, insistant sur la situation Ă©conomique favorable de ce pays, oĂč le prĂ©sident Ben Ali a Ă©tĂ© réélu en octobre avec 89,62% des voix. La semaine derniĂšre, la France s’Ă©tait dĂ©clarĂ©e “prĂ©occupĂ©e par les difficultĂ©s rencontrĂ©es par des journalistes et dĂ©fenseurs de droits de l’Homme en Tunisie”.
Paris demande à Tunis de libérer le journaliste Taoufik Ben Brik
 Sans nouvelles de Ben Brik
Ben Brik âšen danger de mort Ă Tunis
SIMULACRE ELECTORALÂ ENÂ TUNISEÂ :
PLURALISME EN TROMPE LâĆIL ET PENSEE UNIQUE
                                                                                      Par Khémaïs CHAMMARI
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Le 25 octobre 2009, au terme dâun processus plĂ©biscitaire conduit Ă marches forcĂ©es depuis prĂšs de deux ans, mobilisant tous les moyens et le faste grandiloquent de la propagande de lâappareil de lâEtat, le PrĂ©sident Zine El Abidine BEN ALI a inaugurĂ© Ă 73 ans son 5iĂšme   â et en principe â dernier mandat prĂ©sidentiel de cinq ans.
Le taux de participation Ă ce scrutin verrouillĂ© â qui sâest doublĂ© le mĂȘme jour dâĂ©lections lĂ©gislatives une fois de plus totalement faussĂ©es â a Ă©tĂ©, du moins officiellement, et comme prĂ©vu, de lâordre des 85% du corps Ă©lectoral et le PrĂ©sident Ben Ali a Ă©tĂ© Ă©lu par prĂšs de 90% des suffrages censĂ©s sâĂȘtre exprimĂ©s ! 89, 62% trĂšs exactement. Un score sans surprise quoique lĂ©gĂšrement moins Ă©levĂ© que les quatre fois prĂ©cĂ©dentes.
Face Ă la dĂ©bauche des moyens dĂ©ployĂ©s, dont le coĂ»t est Ă©valuĂ© Ă lâĂ©quivalent de 15 Ă 17 millions de Dinars tunisiens (hors les interventions abusivement partisanes de lâEtat, ses services publics et les sociĂ©tĂ©s nationales), lâopinion, lassĂ©e par cet « over dose » de liturgie de lâEtat-RCD (du nom du vrai parti unique, le Rassemblement Constitutionnel DĂ©mocratique), a affichĂ© un scepticisme, voire une indiffĂ©rence, Ă tous Ă©gard rĂ©vĂ©lateurs de son dĂ©sintĂ©rĂȘt pour la chose publique et pour la vie politique.
Il ne sâest agi, au demeurant, que de la consĂ©cration dâun vĂ©ritable rituel dâallĂ©geance, comme la Tunisie nâen a probablement jamais connu depuis lâindĂ©pendance en 1955. Sâinscrivant dans la logique despotique de la rĂ©forme constitutionnelle imposĂ©e par le referendum du 26 mai 2002 ; ce sacre â auquel la premiĂšre Dame de Tunisie a Ă©tĂ© Ă©troitement associĂ©e â confirme que, par delĂ les apparences formelles dâune consultation en trompe-lâĆil, le systĂšme politique de lâEtat-RCD nâa de nom dans aucun traitĂ© de droit constitutionnel.
Une rĂ©forme « sur mesure » âŠ
A la diffĂ©rence, en effet, de la prĂ©sidence Ă vie ouvertement assumĂ©e et imposĂ©e en 1975 par lâancien PrĂ©sident Habib Bourguiba (1956-1987) ; la suppression de la limitation du nombre de mandats prĂ©sidentiels instaurĂ©e en 2002 a livrĂ© la plus haute charge de lâEtat- selon la formule dâun politologue tunisien de renom- aux hasards de la biologie en en faisant une prĂ©sidence « à espĂ©rance de vie » dans le cadre dâun systĂšme de « tyrannie formellement Ă©lective ».
En Ă©voquant ce referendum, il nâest pas inutile de rappeler que 38 des 78 articles de la Constitution ont Ă©tĂ© amendĂ©s Ă cette occasion et que ce bouleversement a, entre autres dispositions, repoussĂ© de 70 Ă 75 ans lâĂąge de lâĂ©ligibilitĂ© de la candidature Ă la prĂ©sidence et quâil a instituĂ© Ă©galement lâirresponsabilitĂ© pĂ©nale du Chef de lâEtat. Ce dernier bĂ©nĂ©ficie, depuis, dâune immunitĂ© juridictionnelle durant lâexercice de ses fonctions mais aussi aprĂšs la fin de celles-ci. Câest dire si le referendum de 2002 puis les Ă©lections de 2004 et de 2009, constituent des moments dĂ©cisifs sur la voie du renforcement du despotisme et du systĂšme dâimpunitĂ© qui en est lâun des principaux fondements.
Cette dĂ©rive ainsi que lâembrigadement des composantes autonomes de la sociĂ©tĂ© civile (journalistes, magistrats, dĂ©fenseurs des DH), et les atteintes systĂ©matiques et quotidiennes aux droits de lâhomme, unanimement constatĂ©es par les observateurs internationaux, sont Ă©videmment niĂ©es par le pouvoir. Tout comme  cela ne semble pas Ă©mouvoir outre mesure ses alliĂ©s inconditionnels europĂ©ens et notamment ceux des Etats du pourtour de la mĂ©diterranĂ©e. Entre la rĂ©fĂ©rence concrĂšte Ă la dĂ©mocratie et lâEtat de droit  et les intĂ©rĂȘts commerciaux, le dilemme est, Ă leurs yeux, apparemment insurmontable.
Le contexte de ces Ă©lections a Ă©tĂ© marquĂ©, de surcroĂźt, par les effets, longtemps niĂ©s, de la crise Ă©conomique mondiale, une corruption galopante et la montĂ©e des tensions sociales illustrĂ©e notamment par la rĂ©volte lĂ©gitime des populations du bassin minier de Redeyef- Gafsa (Sud Est) fermement rĂ©primĂ©e, ainsi que par les manĆuvres en direction de lâislam politique. AprĂšs avoir diabolisĂ© et rĂ©primĂ© de façon implacable le parti islamiste « En-nahdha », le pouvoir sâest engagĂ© dans la voie dâune surenchĂšre piĂ©tiste conservatrice. Et câest le propre gendre du Chef de lâEtat, un jeune homme dâaffaires Ă lâascension financiĂšre fulgurante et Ă prĂ©sent Ă©lu dĂ©putĂ©, qui sâillustre dans cette dĂ©marche risquĂ©e. En quelques mois, il a non seulement acquis le groupe de presse Essabah, mais il a aussi lancĂ© radio Zitouna (radio Coran), la future chaĂźne tĂ©lĂ©visĂ©e Zitouna, et la banque islamique Zitouna.
Pour en revenir Ă la derniĂšre rĂ©forme â au demeurant inconstitutionnelle â dâavril 2008 et officiellement destinĂ©e, contre toute Ă©vidence, Ă Ă©largir le champ des candidatures ;  celle-ci a visĂ©, en rĂ©alitĂ©, Ă Ă©liminer tel ou tel prĂ©tendant dont l’envergure pourrait prĂ©occuper le palais de Carthage, sans prĂ©senter pour autant un quelconque risque dâalternance. Les candidatures de M° Ahmed Nejib Chebbi (fondateur du Parti DĂ©mocratique Progressiste dirigĂ©, Ă prĂ©sent par Mme Maya Jribi) et le Dr Mustapha Ben Jaafar, prĂ©sident du Forum DĂ©mocratique pour le Travail et les LibertĂ©s (FDTL, membre de lâInternationale Socialiste), ont ainsi Ă©tĂ©, tour Ă tour ,Ă©cartĂ©s par une dĂ©cision politique sous couvert dâun emballage juridique peu convaincant.
Restait le candidat dâAt-Tajdid (ex PC) et de lâalliance initiĂ©e en 2004 dans le cadre de « lâinitiative dĂ©mocratique et progressiste ».  Premier secrĂ©taire de son parti, Ă©lu comme cela est exigĂ© par un congrĂšs « deux ans avant le dĂ©pĂŽt de candidature », Ahmed Brahim pouvait difficilement ĂȘtre formellement Ă©cartĂ©. En affirmant dâentrĂ©e de jeu, de façon ferme et sobre, quâil nâĂ©tait pas « un candidat de figuration » et quâil comptait « mener cette compĂ©tition dâĂ©gal Ă Ă©gal », il a essuyĂ© les foudres du pouvoir.
Câest donc dans des conditions de pressions et de discriminations inacceptables quâil a Ă©tĂ© contraint de mener une campagne difficile mais digne et courageuse ( black out mĂ©diatique en dehors des passages encadrĂ©s Ă la radio et Ă la tĂ©lĂ©, saisie du journal de son parti le 10 octobre, censure tatillonne de son manifeste Ă©lectoral et de ses affiches, tracasseries pour obtenir des salles de rĂ©unionâŠ).
UNE PROCEDURE DE COOPTATION
A cette candidature, que le pouvoir a tout fait pour gĂȘner, se sont ajoutĂ©es deux candidatures alibis ou plutĂŽt faire-valoir. Dans ce scrutin Ă un seul tour, marquĂ© par la dĂ©mesure des moyens engagĂ©es par lâEtat au profit du PrĂ©sident sortant et par le monopole exercĂ© sur les « mĂ©dias » ; les professions de foi de ces deux candidats de lâ « opposition de   connivence » (calquĂ©e sur celle des pays dâEurope de lâest dâavant la chute du mur de Berlin) apparaissent comme caricaturalement surrĂ©alistes. Menant campagne face au PrĂ©sident Ben Ali, ils ont estimĂ© en effet que celui-ci est sans conteste le meilleur candidat !
Dans le mĂȘme temps, lâadministration et le conseil constitutionnel ont fait le mĂ©nage sans lĂ©siner sur les moyens. Outre les listes du RCD qui rafleront la totalitĂ© des 161 siĂšges du scrutin majoritaire Ă un tour dans les 26 circonspections du pays, il est prĂ©vu pour les autres partis 53 siĂšges en quelque sorte de « rattrapage » Ă rĂ©partir entre les cinq partis de lâ « opposition de dĂ©cor » ( MDS, PUP, UDU, PLS,VLP) et les trois partis lĂ©gaux de lâopposition vĂ©ritable ( PDP, FDTL, At-Tajdid et son alliĂ© le PTPD) . Ce mode de scrutin complĂ©mentaire, Ă la proportionnelle, a Ă©tĂ© conçu en 1994 pour maintenir lâhĂ©gĂ©monie absolue du RCD tout en faisant accĂ©der au parlement des opposants, pour lâessentiel acquis Ă la « majoritĂ© prĂ©sidentielle », et Ă qui il est signifiĂ© quâils ne reprĂ©sentent que 1 Ă 2,5 % des suffrages ! Complexe et incomprĂ©hensible pour les Ă©lecteurs, ce mode de scrutin est destinĂ©, en rĂ©alitĂ©, Ă camoufler une procĂ©dure de cooptation livrĂ©e Ă la seule discrĂ©tion du prince. Câest ainsi que le PDP et le FDTL ont Ă©tĂ© maintenus  jusquâici, hors de la chambre des dĂ©putĂ©s. Et cela nâest pas prĂȘt, semble t-il, de changer. Du moins pour le PDP aprĂšs son retrait du 10 octobre.
Le caractÚre retors de ce code électoral, qui nécessite une refonte totale, est aggravé par deux autres facteurs.
Le premier est quâil rend vaine, alors que les mĂ©canismes de la fraude sont bien rodĂ©s par une expĂ©rience de cinq dĂ©cennies, toute observation sĂ©rieuse des Ă©lections, compte tenu du nombre dĂ©libĂ©rĂ©ment excessif des bureaux de vote et du refus dâaccepter de vĂ©ritables observateurs nationaux et internationaux. La composition de lâobservatoire mis en place par le pouvoir confirme bien dâailleurs, quâen ce domaine, il nây a place que pour les vassaux de stricte obĂ©dience.
Le second facteur est que ce code bloque toute possibilitĂ© de front Ă©lectoral entre les partis et les indĂ©pendants et quâil se double dâune loi sur le financement public des partis et des Ă©lections dont la finalitĂ© est louable mais dont les modalitĂ©s sont dĂ©libĂ©rĂ©ment perverses.
Une nouvelle occasion manquée
Il serait fastidieux de relever les dĂ©rapages systĂ©matiques et dĂ©libĂ©rĂ©s commis par lâEtat-RCD qui a fait fi de tout respect des normes lĂ©gales minimales à tous les niveaux du processus Ă©lectoral, de lâinscription sur les listes dâĂ©lecteurs aux conditions de dĂ©pouillement du scrutin. A cela se sont ajoutĂ©es les menaces profĂ©rĂ©es la veille du scrutin par le candidat-prĂ©sident mettant en garde contre toute « incitation Ă mettre en doute les rĂ©sultats ».Â
AprĂšs avoir Ă©cartĂ© les candidatures de MaĂźtre Ahmed NĂ©jib Chebbi (fondateur du Parti DĂ©mocratique Progressiste) et Dr Mustapha Ben Jaafar (PrĂ©sident du Forum â FDTL); lâadministration et le Conseil Constitutionnel ont au prĂ©alable fait le mĂ©nage, de façon scandaleuse, au niveau des listes de lâopposition non infĂ©odĂ©e, les Ă©cartant systĂ©matiquement des circonscriptions Ă forte densitĂ© dĂ©mographique.
Sur la base des rĂ©sultats officiels, les deux candidats -faire-valoir (Bouchiha et Ennoubli) reprĂ©sentants de lâopposition de dĂ©cor ont Ă©tĂ© gratifiĂ©s de 5% et de 3,8% des voix alors que le candidat dâAt-Tajdid et de lâInitiative DĂ©mocratique et Progressiste, lâuniversitaire Ahmed Brahim, nâobtenait, de façon invraisemblable et au terme dâune campagne ferme et digne mais semĂ©e dâembuches, que 1,57% des suffrages censĂ©s sâĂȘtre exprimĂ©s !
Comme prĂ©vu, le RCD a raflĂ© les 161 siĂšges du scrutin par circonscription majoritaire Ă un tour et les cinq partis de lâopposition de figuration se sont vu attribuer 51 des 53 siĂšges du mode de scrutin de « rattrapage » prĂ©vu par la loi Ă©lectorale.Â
Face au rouleau compresseur du parti gouvernemental intĂ©grĂ© Ă lâappareil dâEtat, le pluralisme en trompe-lâĆil a donc mal masquĂ© le renforcement des pratiques du systĂšme et de la culture du parti unique fondĂ©es sur la pensĂ©e unique.[1]
Toujours est-il que lâĂ©chĂ©ance des Ă©lections du 25 octobre a Ă©tĂ© une nouvelle occasion manquĂ©e dâamorcer une timide ouverture.
Ce simulacre Ă©lectoral et ce pluralisme en trompe lâĆil , dĂ©noncĂ©s par avance par les partisans du boycott, et notamment le POCT (parti communiste des ouvriers de Tunisie), le CPR (CongrĂšs pour la RĂ©publique) et les islamistes dâEn-Nahdha (auxquels sâest joint le 10 octobre le PDP[2] â parti dĂ©mocratique progressisteâ), a étĂ© caractĂ©risĂ© par les atteintes systĂ©matiques Ă la libertĂ© de presse et au droit Ă lâinformation comme cela a Ă©tĂ© relevĂ© de façon mĂ©thodique par Reporters sans FrontiĂšres, le ComitĂ© de Protection des Journalistes, la FIDH et Amnesty International, ainsi que par la remarquable enquĂȘte de suivi (monitoring) de la couverture par les mĂ©dias nationaux prĂ©sentĂ©e par la porte parole du CNLT Sihem Ben Sedrine au nom de cinq ONG autonomes tunisiennes. Cette enquĂȘte confirme que 97% de cette couverture a concernĂ© le PrĂ©sident-candidat Ben Ali et le parti gouvernemental RCD et que lâĂ©pouse du chef de lâEtat â « la rĂ©gente de Carthage » â a bĂ©nĂ©ficiĂ© de 14% de la couverture mĂ©diatique de la campagne.
THE DAY AFTERâŠ
Et lâon peut comprendre dans ces conditions â les dĂ©s Ă©tant totalement pipĂ©s- les arguments des partisans du boycott contre une consultation qui risque bien de nâĂȘtre quâun simulacre Ă©lectoral qui bafoue les urnes et qui fait de « la volontĂ© populaire » un slogan galvaudĂ©.
Les 26 listes du PDP aux lĂ©gislatives ont ainsi Ă©tĂ© ramenĂ©es arbitrairement Ă 9 .Dans la foulĂ©e, des 22 listes du FDTL,seules 7 ont Ă©tĂ© retenues et des 26 listes dâAt-Tajdid /Lâ Initiative, seules 13 restent en lice ; les trois partis Ă©tant systĂ©matiquement lĂ©sĂ©s dans les circonscriptions Ă forte densitĂ© dĂ©mographique !
En dĂ©finitive et comme prĂ©vu, le RCD a raflĂ© les 161 siĂšges du scrutin par circonscription majoritaire Ă un tour et les cinq partis de lâopposition de figuration se sont vu attribuer 51 des 53 siĂšges du mode de scrutin de « rattrapage » prĂ©vu par la loi Ă©lectorale. Le mouvement Et-Tajdid et ses alliĂ©s de lâ « Initiative D. P. » ont obtenu deux siĂšges de dĂ©putĂ©s alors quâils en occupaient trois durant la prĂ©cĂ©dente lĂ©gislature.
Lâopposition contestatrice et dissidente, confrontĂ©e Ă ce systĂšme oĂč prĂ©vaut la pensĂ©e unique et un arbitraire de tous les instants dissimulĂ© sous les oripeaux formels dâun « Etat de droit » fictif, est appelĂ©e dĂšs Ă prĂ©sent Ă envisager avec luciditĂ© la situation dâaprĂšs le 25 octobre. Câest dans la perspective de ce « day after », quâil lui faut dĂ©passer ses divisions artificielles et ce « tout Ă lâego » qui la mine. Ce qui est Ă lâordre du jour, câest la nĂ©cessitĂ© dâamorcer sans tarder le dĂ©bat sur les conditions et les modalitĂ©s dâune refondation politique qui permette- outre la poursuite du combat pour les droits de lâhomme ,contre la torture, « la force de lâobĂ©issance »[3] et la peur- de donner corps et vie Ă lâidĂ©e dâun changement vĂ©ritable. Lâobjectif est de redonner lâespoir Ă une opinion dĂ©sorientĂ©e et Ă une jeunesse frappĂ©e de plein fouet par le chĂŽmage et angoissĂ©e par ce « no future » auquel les moulins Ă priĂšres et la pensĂ©e unique de lâ « Etat- Destour » nâapportent pas de rĂ©ponses satisfaisantes.         KC.
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[1]Cette mise au pas sâappuie sur un systĂšme policier omni prĂ©sent, lâinstrumentalisation de la justice et des mĂ©dias aux ordres dont six titres constituent une odieuse et lĂąche « presse de caniveau » liĂ©e aux officines policiĂšres et assurĂ©e de son impunitĂ©. Les opposant(e)s et les animateurs(trices) du mouvement associatif autonome y sont diffamĂ©s , calomniĂ©s, intimidĂ©s et menacĂ©s. Les plaintes en justice nâaboutissent jamais ( jâen ai prĂ©sentĂ©- en vain- huit !!)
[2] An-nahdha est dirigĂ©e par Mr Rached Ghannouchi , vivant en exil Ă Londres, le CPR est prĂ©sidĂ©e par le Dr Moncef Marzouki contraint Ă lâexil Ă Paris et le POCT a pour porte-parole Mr Hamma Hammami. Ce dernier et sa femme M° Radhia Nasraoui prĂ©sidente de lâassociation de lutte contre la torture non reconnue) font lâobjet dâun harcĂšlement continuel doublĂ© de graves agressions.
[3] Beatrice Hibou, « la force de lâobĂ©issance : Economie politique de la rĂ©pression en Tunisie ». Ed. La dĂ©cuverte, Paris.
Tu tâes vu en Tunisie, all inclusive ?
« Marhababikoum, bienvenue en Tunisie ! », nous lancent les employĂ©es de lâhĂŽtel en guise dâaccueil. Le bus du tour opĂ©rateur vient de nous dĂ©poser dans le hall immense du club. Des nuĂ©es de touristes nous succĂšdent.
Une fois sur la plage, je discute avec Malek [1] , qui vivote grĂące aux vacanciers Ă qui il fait faire des tours de chameau. Ce jour lĂ , câest le premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles. « Voter ? », ce mot semble Ă©tranger Ă son vocabulaire. Dâailleurs, aucune agitation ne laisse prĂ©sager quâil sâagit dâune grande journĂ©e. Seuls quelques panneaux affichent les portraits du PrĂ©sident actuel, Ben Ali, et de ses « concurrents », comme ils disent ici.
Président à vie
« Ah, les Ă©lections », lĂąche avec nonchalance Malek. A 30 ans, il reconnaĂźt nâavoir jamais votĂ© et nâĂȘtre pas prĂšs de le faire. La rĂ©signation emboĂźte le pas Ă lâindiffĂ©rence. « A quoi ça sert dâaller voter alors quâon sait quâil [Ben Ali NDLR] sera réélu ? » rĂ©pondent quelques fois ceux qui acceptent de parler politique.
Ma curiositĂ© interpelle mes interlocuteurs, qui craignent dâĂȘtre Ă©coutĂ©s, Ă©piĂ©s par un indicâ et se mĂ©fient de moi : « vous ĂȘtes journaliste ? ». Un touriste ordinaire ne pourrait donc pas sâintĂ©resser Ă la politique du pays quâil visite ? Il y a des airs de monarchie chĂ©rifienne dans cette Tunisie, oĂč lâon peut parler de tout, sauf du roi. Pardon, du PrĂ©sident.
Câest donc sans surprise que dimanche soir 25 octobre, jâapprends la réélection de Ben Ali, pour la cinquiĂšme fois. Ses scores paraissent tout de mĂȘme en lĂ©gĂšre baisse : autour de 90% des voix.
Chacun sa démocratie
Au fond, cette mascarade dĂ©range-t-elle les Tunisiens ? « On ne manque de rien ici » mâassure Reda , un chauffeur de taxi nĂ© en France qui a dĂ©cidĂ© de revenir couler des jours paisibles Ă Djerba. Ce nâest peut-ĂȘtre pas trop mal, peut-on lĂ©gitimement penser, dâavoir un travail (mĂȘme si le taux de chĂŽmage avoisine les 15%), de quoi nourrir sa famille, dâaccĂ©der Ă une bonne Ă©ducation, de profiter dâun systĂšme de santĂ© pas trop inĂ©gal et ne pas ĂȘtre quotidiennement sous la menace terroriste ?
Au souk, je rencontre Chadeed, un commerçant dont je mĂ©dite encore les propos : « les mosquĂ©es sont pleines, les cafĂ©s sont remplis, il y en a pour tout le monde et chacun fait ce quâil veut. Câest ça la dĂ©mocratie ! ». Ce serait sans compter les journalistes, les militants des droits de lâhomme et les opposants qui essuient les intimidations, agressions ou mĂȘme les tortures dâun rĂ©gime qui a annihilĂ© tout esprit de contestation. Pour preuve, quelques jours avant mon arrivĂ©e, une journaliste française du Monde Ă©tait expulsĂ©e avant mĂȘme dâavoir pu sortir de lâaĂ©roport de Tunis. Dâailleurs, je nâai jamais trouvĂ© le quotidien sur lâĂźle pendant mes vacances.
Les rues animĂ©es en ce jour de marchĂ© se parent dĂ©jĂ de banderoles et de drapeaux Ă lâeffigie de Ben Ali. Elles se prĂ©parent Ă fĂȘter, dimanche 7 novembre, lâanniversaire de lâaccession au pouvoir du PrĂ©sident Ben Ali. CâĂ©tait le 7 novembre 1987, et depuis 22 ans, cette date est Ă©rigĂ©e en fĂȘte nationale. Imaginez des dĂ©filĂ©s sur les Champs-ElysĂ©es le 6 mai de chaque annĂ©e ?
Usine Ă touristes
Perplexe, je regagne mon hĂŽtel en voyant dĂ©filer sur la route les immenses complexes. Marmara, conçu sur le modĂšle du Club Med, peut atteindre jusquâĂ 3.500 touristes en haute saison. Plus loin, un luxueux hĂŽtel spĂ©cialisĂ© dans la clientĂšle du Golf propose des nuits Ă 4.000 euros avec piscine privĂ©e, Mercedes et chauffeur. Toufik, un autre chauffeur de taxi, se plaĂźt Ă me raconter quâun prince du dĂ©sert est venu y pavoiser au bras dâexotiques suĂ©doises et de thaĂŻlandaises.
Je ne cesse de mâĂ©tonner, devant les buffets pantagruĂ©liques, des orgies dont nous sommes capables. Les Tunisiens qui travaillent douze heures par jour Ă dĂ©barrasser nos tables doivent se demander si nous mourrons de faim, sur lâautre rive de la MĂ©diterranĂ©e.
Dans ce « club » (comme câest Ă©crit sur la brochure en français, allemand, anglais et italien), le touriste roi ne sâennuie jamais : sĂ©ances de step et cours de danses pour les gazelles, thalasso remise en forme, pendant que les petits sont au mini club et que les sportifs du dimanche sâadonnent au tir Ă lâarc ou Ă la pĂ©tanque. Sans oublier le spectacle nocturne quotidien et la boĂźte de nuit de lâhĂŽtel. Toutes ces activitĂ©s sont possibles grĂące aux animateurs comme Abdel qui, depuis un an, travaille six jours sur sept, de 9h Ă minuit passĂ©. Le tout pour un salaire mensuel de 350 Dinars, un peu plus de 180 euros, certes supĂ©rieur au smic fixĂ© Ă 250 Dinars par mois.
Lâautre prix du all inclusive
Câest Ă ce prix que nous partons en all inclusive, Ă 600 euros la semaine, suis-je obligĂ©e dâadmettre. Je pars expĂ©rimenter le spa de lâhĂŽtel voisin oĂč je fais la rencontre de Souad, une masseuse dâĂ peine 20 ans. EspiĂšgle, elle me parle de son travail ininterrompu depuis deux semaines, en raison de lâaffluence touristique, de sa sĆur employĂ©e dans un autre hĂŽtel et de sa famille avec laquelle elle vit.
Nous chuchotons car son supĂ©rieur fait des allers retours devant la cabine de massage pour Ă©pier nos conversations. Ces maniĂšres policiĂšres sont un sport national ici ?! La jeune fille voit passer entre ses mains des dizaines de clients tous les jours, de 9h Ă 19h30, qui payent 30 euros pour 1h30 de soins. Pour sa part, Souad gagne 12 dinars par jour (6 euros), desquels elle dĂ©duit le transport et son dĂ©jeuner. Câest Ă ce prix encore une fois que nous profitons des spa.
Partir ou ne pas partir
Je fais connaissance avec un couple de Français qui vient pour la huitiĂšme annĂ©e dans cet hĂŽtel dâoĂč ils ne sortent presque pas. Quelle est cette Ă©trange forme de tourisme aveugle Ă un pays, hermĂ©tique Ă une culture, indiffĂ©rente Ă ses habitants ?
Mon sĂ©jour all inclusive dans un pays rĂ©pressif a suscitĂ© pas mal de questions. Serais-je en train de cautionner une dictature dĂ©guisĂ©e ? Ais-je envie de profiter des bas salaires de Souad, Abdel ou Malek ou suis-je prĂȘte Ă payer plus ? Faut-il boycotter ce systĂšme ? Pas simple dây rĂ©pondre car ce type de sĂ©jour permet aux classes moyennes europĂ©ennes de sâoffrir de belles vacances bon marchĂ©. Finalement, Souad et les autres gagnent certainement mieux leur vie dans le tourisme que dans un autre secteur.
Une chose est sĂ»re, mes vacances profitent Ă mon voyagiste. GĂ©ant du tourisme, il gĂ©nĂšre un chiffre dâaffaires dâun milliard dâeuros chaque annĂ©e et ne se semble pas se poser pas tant de questions.
(Source: “bakchich.info” le 7 novembre 2009)
Lien: http://www.bakchich.info/Tu-t-es-vu-en-Tunisie-all,09199.html
LibertĂ© dâexpression en Tunisie : la sĂ©rie noire continue
Traque, harcĂšlement et privations pour les adversaires de Ben Ali
La TUNISIE mauve.
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