10 novembre 2009

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TUNISNEWS

9 Úme année, N° 3458 du 10.11.2009

 archives : www.tunisnews.net  


ALTT: CommuniquĂ© FTCR: CommuniquĂ© TTU Monde Arabe: Tunis rĂšgle ses comptes avec Paris AFP: Kouchner “déçu” par les arrestations de journalistes en Tunisie AP: Paris demande Ă  Tunis de libĂ©rer le journaliste Taoufik Ben Brik Courrier international: Sans nouvelles de Ben Brik LÂŽHumanitĂ©: Ben Brik ‹en danger de mort Ă  Tunis
KhĂ©maĂŻs CHAMMARI: SIMULACRE ELECTORAL  EN  TUNISE : PLURALISME EN TROMPE L’ƒIL ET PENSEE UNIQUE Bakchich: Tu t’es vu en Tunisie, all inclusive ? Afrik.com: LibertĂ© d’expression en Tunisie : la sĂ©rie noire continue BIJU: La TUNISIE mauve


Association Tunisienne de Lutte contre la Torture
09-11-2009 Communiqué
L’association Tunisienne de Lutte contre la Torture a appris que les autoritĂ©s sĂ©curitaires de la rĂ©gion de Jebiniana avaient contactĂ© la famille de l’étudiant Mohammed Soudani et l’avaient informĂ©e qu’il Ă©tait actuellement Ă  la prison de Mornag. [
] L’association dĂ©nonce le fait que les parties concernĂ©es n’aient pas informĂ© la famille Soudani du lieu de sa garde Ă  vue comme le prĂ©voit la loi et appelle Ă  sa libĂ©ration immĂ©diate. (traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux Rives COMMUNIQUE   

Le bureau de la FTCR, rĂ©uni le 07 novembre 2009, Ă  Paris, se fĂ©licite de la libĂ©ration rĂ©cente des prisonniers du bassin minier de Gafsa et salue leur courage et rĂ©sistance tout le long de cette Ă©preuve difficile.   La FTCR exprime Ă  leurs familles et proches, ses sincĂšres fĂ©licitations. Elle exige des autoritĂ©s tunisiennes de les recouvrer dans leurs droits civils et politiques, de les rĂ©intĂ©grer immĂ©diatement dans leurs postes de travail et de rĂ©pondre positivement aux revendications lĂ©gitimes des populations de la rĂ©gion dont ils Ă©taient les porte-paroles.   La FTCR exige des mĂȘmes autoritĂ©s d’arrĂȘter les poursuites judiciaires engagĂ©es, injustement, dans cette affaire, Ă  l’encontre du prĂ©sident de leur fĂ©dĂ©ration, la FTCR, Mouhieddine CHERBIB et de Fahem BOUKEDDOUS, jugĂ©s lourdement par contumace.   La FTCR exprime son soutien et sa solidaritĂ© avec les familles dont les leurs ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans ces Ă©vĂšnements sanglants : Hafnaoui MAGHZAOUI, Hichem BEN JEDDOU, Abdelhakhalek AMAIDI. Elle exige l’ouverture d’une enquĂȘte indĂ©pendante Ă  ce propos et que soient traduits en justice les auteurs de ces crimes.   Enfin la FTCR demande Ă  toutes les forces dĂ©mocratiques, Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur du pays, de maintenir leur mobilisation pour continuer, avec la mĂȘme dĂ©termination, la lutte pour une amnistie gĂ©nĂ©rale  et pour le respect des libertĂ©s de la dĂ©mocratie et des droits de l’homme en Tunisie.   Le bureau fĂ©dĂ©ral de la FTCR.


Tunis prend la mouche Tunis rĂšgle ses comptes avec Paris

Par la voix d’Ahmed Inoubli, chef de l’Union dĂ©mocratique unioniste, l’UDU), “parti d’opposition” situĂ© dans la mouvance prĂ©sidentielle, la Tunisie rappelle Ă  la France ses obligations de rĂ©paration pour la pĂ©riode coloniale. De toute Ă©vidence, il s’agit d’une initiative tĂ©lĂ© guidĂ©e par le pouvoir tunisien, qui a lancĂ© ce pavĂ© dans la mare moins de 24 heures aprĂšs la publication d’un communiquĂ© du Quai d’Orsay, le 6 novembre, qui exprimait l’inquiĂ© tude de Paris concernant la situa tion des droits de l’Homme et notamment celle de certains journalistes. Les rapports entre le Quai d’Orsay et le ministĂšre tunisien des Affaires Ă©trangĂšres Ă©taient dĂ©jĂ  tendus depuis le printemps dernier, lorsque Tunis avait vivement rĂ©agi aux propos de Bernard Kouchner dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, oĂč il se prononçait pour des Ă©lections transparentes en Tunisie. En outre, au dĂ©but. (Source: “TTU Monde Arabe” (LETTRE HEBDOMADAIRE D’ INFORMATIONS STRATÉGIQUES) – 1 2 n o v emb r e 2 0 0 9 – n ° 6 2 3)

Kouchner “déçu” par les arrestations de journalistes en Tunisie

AFP 10.11.2009 PARIS — Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Bernard Kouchner s’est dit “déçu” mardi par les arrestations de journalistes en Tunisie, les jugeant “inutiles”, alors que le prĂ©sident Ben Ali vient d’ĂȘtre largement réélu. Sur France-Inter, M. Kouchner a jugĂ© “inutile d’arrĂȘter les journalistes”. “J’ai Ă©tĂ© déçu mais nous avons rĂ©agi”, a-t-il dit. Il faisait notamment allusion au cas de Taoufik Ben Brik, journaliste trĂšs critique Ă  l’encontre du rĂ©gime du prĂ©sident Zine el Abidine Ben Ali, Ă©crouĂ© depuis le 29 octobre dans une affaire d’agression. Cette incarcĂ©ration serait liĂ©e, selon son entourage, Ă  des articles publiĂ©s dans la presse française. “Quand on a Ă©tĂ© Ă©lu pour la cinquiĂšme fois et qu’on dirige ce pays avec habilitĂ© (…), je pense que c’est inutile”, a affirmĂ© le ministre, insistant sur la situation Ă©conomique favorable de ce pays, oĂč le prĂ©sident Ben Ali a Ă©tĂ© réélu en octobre avec 89,62% des voix. La semaine derniĂšre, la France s’Ă©tait dĂ©clarĂ©e “prĂ©occupĂ©e par les difficultĂ©s rencontrĂ©es par des journalistes et dĂ©fenseurs de droits de l’Homme en Tunisie”.


Paris demande à Tunis de libérer le journaliste Taoufik Ben Brik

AP | 09.11.2009 | 22:52 Le ministre français des Affaires Ă©trangĂšres Bernard Kouchner demande au gouvernement tunisien de libĂ©rer le journaliste Taoufik Ben Brik, malade, afin qu’il puisse recevoir un traitement mĂ©dical, a rapportĂ© lundi le porte-parole du quai d’Orsay Bernard Valero. Le chef de la diplomatie française a Ă©crit Ă  son homologue tunisien pour “demander la libĂ©ration immĂ©diate de M. Ben Brik afin qu’il puisse ĂȘtre hospitalisĂ©”. D’aprĂšs Reporters sans frontiĂšres (RSF), le journaliste, qui a notamment travaillĂ© pour “Le nouvel observateur” en France, souffre du syndrome de Cushing, une maladie rare liĂ©e Ă  une hypersĂ©crĂ©tion de cortisol. Il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 29 octobre dernier, soupçonnĂ© d’avoir harcelĂ© une femme dans la rue. Son procĂšs est prĂ©vu le 19 novembre. Taoufik Ben Brik a souvent critiquĂ© le prĂ©sident tunisien Zine El Abidine Ben Ali, qui a tout rĂ©cemment Ă©tĂ© réélu pour un cinquiĂšme mandat. AP
 

 

 Sans nouvelles de Ben Brik

 
 12.11.2009 |  Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, jeudi 29 octobre, et incarcĂ©rĂ© Ă  la prison de Bouchoucha Ă  Tunis, a-t-on appris auprĂšs de Reporters sans frontiĂšres (RSF) et du parti français Les Verts, qui ont demandĂ© sa libĂ©ration. Le journaliste a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© “alors qu’il Ă©tait convoquĂ©, Ă  10 heures, pour la prĂ©tendue agression d’une femme dans la rue, la semaine passĂ©e”, indique RSF sur son site. “Il s’agirait d’une affaire montĂ©e de toutes piĂšces par les autoritĂ©s pour inquiĂ©ter le journaliste, connu pour ses articles critiques Ă  l’égard du prĂ©sident Zine El-Abidine Ben Ali.” Les Verts affirment dans un communiquĂ© “qu’il s’agit d’une manipulation du rĂ©gime de Ben Ali, Ă  l’égard duquel le journaliste s’est montrĂ© critique”. Taoufik Ben Brik [dont Courrier International a repris plusieurs articles] avait observĂ©, au printemps 2000, une grĂšve de la faim de quarante-deux jours pour protester, disait-il, “contre les violations des droits de l’homme en Tunisie”. Lors de la prĂ©sidentielle, qui eut lieu le 25 octobre, plusieurs partis d’opposition ont dĂ©noncĂ© des irrĂ©gularitĂ©s. “Nous avons enregistrĂ© des irrĂ©gularitĂ©s en bloc et en dĂ©tail”, a dĂ©clarĂ© Ă  la presse Mustapha Ben Jaafar, chef du Forum dĂ©mocratique pour le travail et les libertĂ©s (FDTL, lĂ©gal). Il a Ă©voquĂ© par exemple le fait qu’un seul observateur sur les quatorze proposĂ©s par son parti Ă  Bizerte (Nord) ait Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  suivre le dĂ©pouillement. “Les rĂ©sultats de la prĂ©sidentielle Ă©taient attendus dans la mesure oĂč cette Ă©lection ne prĂ©sentait aucun enjeu Ă©lectoral”, a affirmĂ© Ahmed Brahim [candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle], justifiant la reconduite de Ben Ali Ă  89,62 % des voix. “Ces Ă©lections ont Ă©tĂ© une nouvelle occasion manquĂ©e, les rĂ©sultats ne reflĂštent guĂšre la rĂ©alitĂ© des forces en prĂ©sence”, a-t-il conclu.
CONFIRMATION La presse dans le collimateur de Ben Ali AprĂšs Taoufik Ben Brik, arrĂȘtĂ© et Ă©crouĂ© pour agression, c’est au tour de Slim Boukhdhir d’ĂȘtre inquiĂ©tĂ©. Ce dernier raconte avoir Ă©tĂ© enlevĂ© chez lui et violentĂ© par des policiers, le 28 octobre, veille de l’arrestation de son confrĂšre. Depuis, il est cloĂźtrĂ© chez lui et ne peut recevoir aucune visite. “Nous n’avons pas de nourriture, pas d’eau minĂ©rale, pas de pain, pas de lait, explique Slim Boukhdhir. C’est une situation grave. Ma fille de 3 ans a vu les policiers, elle pleure tout le temps. Je suis complĂštement isolĂ©.” Slim Boukhdhir avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en dĂ©cembre 2007 et condamnĂ© Ă  un an de prison. Sorti de dĂ©tention en juillet 2008, il lui est, depuis, “interdit de voyager et de travailler dans les mĂ©dias nationaux.
 
(Source: Courrier international le 10 novembre 2009)


Ben Brik ‹en danger de mort à Tunis

À peine « réélu », le prĂ©sident dictateur s’acharne de nouveau contre le journaliste. À peine le prĂ©sident Ben Ali a-t-il Ă©tĂ© réélu dans les conditions que l’on sait, le pouvoir tunisien a dĂ©cidĂ© d’accentuer la rĂ©pression contre tous les opposants, et en particulier contre le journaliste Taoufik Ben Brik, coupable simplement d’avoir multipliĂ© les Ă©crits critiques contre la politique du rĂ©gime. La vie de cet homme, incarcĂ©rĂ© depuis le 29 octobre, est en danger, alertent ses proches et son avocat. Taoufik Ben Brik est atteint d’une maladie chronique, le syndrome de Cushing, qui lui ĂŽte toute immunitĂ©. Cette maladie nĂ©cessite la prise de mĂ©dicaments Ă  heures fixes, a indiquĂ© l’un de ses frĂšres, qui a ajoutĂ© que mĂȘme ses avocats ne pouvaient pas le voir. Aussi a-t-il lancĂ© un appel au ministre de la Culture, FrĂ©dĂ©ric Mitterrand, ainsi qu’à tous les amis des dĂ©mocrates tunisiens afin qu’ils interviennent d’urgence auprĂšs des autoritĂ©s. Il va de soi que Taoufik a Ă©galement le plus urgent besoin de la mobilisation de tous ceux qui, de ce cĂŽtĂ©-ci de la MĂ©diterranĂ©e, sont attachĂ©s Ă  la dĂ©fense des droits de l’homme et de la libertĂ© de la presse. Pour rappel, c’est en allant chercher sa fille Ă  l’école que Taoufik Ben Brik a eu une altercation avec une femme qui l’a accusĂ© par la suite de l’avoir insultĂ©e et agressĂ©e. L’opĂ©ration sent le coup montĂ© Ă  plein nez par les sinistres services du prĂ©sident. Le journaliste, qui s’est ensuite rendu au commissariat aprĂšs avoir dĂ©posĂ© sa fille, a Ă©tĂ© aussitĂŽt Ă©crouĂ© et risque, selon son avocat, Me Nejib Chebbi, jusqu’à cinq ans de prison. Le jugement est fixĂ© au 19 novembre. « La seule explication (Ă  cet acharnement du rĂ©gime – NDLR) se trouve dans la sĂ©rie d’articles publiĂ©s rĂ©cemment par le journaliste dans la presse française », a indiquĂ© son avocat. Dans ces « papiers », Taoufik Ben Brik dĂ©nonçait notamment le renforcement du rĂšgne de l’arbitraire
 Hassane Zerrouky (Source: L HumanitĂ© (Quotidien – France) le 7 novembre 2009)


SIMULACRE ELECTORAL  EN  TUNISE :

PLURALISME EN TROMPE L’ƒIL ET PENSEE UNIQUE

                                                                                       Par Khémaïs CHAMMARI

 

Le 25 octobre 2009, au terme d’un processus plĂ©biscitaire conduit Ă  marches forcĂ©es depuis prĂšs de deux ans, mobilisant tous les moyens et le faste grandiloquent de la propagande de l’appareil de l’Etat, le PrĂ©sident Zine El Abidine BEN ALI a inaugurĂ© Ă  73 ans son 5iĂšme   – et en principe – dernier mandat prĂ©sidentiel de cinq ans.

Le taux de participation Ă  ce scrutin verrouillĂ© – qui s’est doublĂ© le mĂȘme jour d’élections lĂ©gislatives une fois de plus totalement faussĂ©es – a Ă©tĂ©, du moins officiellement, et comme prĂ©vu, de l’ordre des 85% du corps Ă©lectoral et le PrĂ©sident Ben Ali a Ă©tĂ© Ă©lu par prĂšs de 90% des suffrages censĂ©s s’ĂȘtre exprimĂ©s ! 89, 62% trĂšs exactement. Un score sans surprise quoique lĂ©gĂšrement moins Ă©levĂ© que les quatre fois prĂ©cĂ©dentes.

Face Ă  la dĂ©bauche des moyens dĂ©ployĂ©s, dont le coĂ»t est Ă©valuĂ© Ă  l’équivalent de 15 Ă  17 millions de Dinars tunisiens (hors les interventions abusivement partisanes de l’Etat, ses services publics et les sociĂ©tĂ©s nationales), l’opinion, lassĂ©e par cet « over dose » de liturgie de l’Etat-RCD (du nom du vrai parti unique, le Rassemblement Constitutionnel DĂ©mocratique), a affichĂ© un scepticisme, voire une indiffĂ©rence, Ă  tous Ă©gard rĂ©vĂ©lateurs de son dĂ©sintĂ©rĂȘt pour la chose publique et pour la vie politique.

Il ne s’est agi, au demeurant, que de la consĂ©cration d’un vĂ©ritable rituel d’allĂ©geance, comme la Tunisie n’en a probablement jamais connu depuis l’indĂ©pendance en 1955. S’inscrivant dans la logique despotique de la rĂ©forme constitutionnelle imposĂ©e par le referendum du 26 mai 2002 ; ce sacre – auquel la premiĂšre Dame de Tunisie a Ă©tĂ© Ă©troitement associĂ©e – confirme que, par delĂ  les apparences formelles d’une consultation en trompe-l’Ɠil, le systĂšme politique de l’Etat-RCD n’a de nom dans aucun traitĂ© de droit constitutionnel.

Une rĂ©forme « sur mesure » 


A la diffĂ©rence, en effet, de la prĂ©sidence Ă  vie ouvertement assumĂ©e et imposĂ©e en 1975 par l’ancien PrĂ©sident Habib Bourguiba (1956-1987) ; la suppression de la limitation du nombre de mandats prĂ©sidentiels instaurĂ©e en 2002 a livrĂ© la plus haute charge de l’Etat- selon la formule d’un politologue tunisien de renom- aux hasards de la biologie en en faisant une prĂ©sidence « à espĂ©rance de vie » dans le cadre d’un systĂšme de « tyrannie formellement Ă©lective ».

En Ă©voquant ce referendum, il n’est pas inutile de rappeler que 38 des 78 articles de la Constitution ont Ă©tĂ© amendĂ©s Ă  cette occasion et que ce bouleversement a, entre autres dispositions, repoussĂ© de 70 Ă  75 ans l’ñge de l’éligibilitĂ© de la candidature Ă  la prĂ©sidence et qu’il a instituĂ© Ă©galement l’irresponsabilitĂ© pĂ©nale du Chef de l’Etat. Ce dernier bĂ©nĂ©ficie, depuis, d’une immunitĂ© juridictionnelle durant l’exercice de ses fonctions mais aussi aprĂšs la fin de celles-ci. C’est dire si le referendum de 2002 puis les Ă©lections de 2004 et de 2009, constituent des moments dĂ©cisifs sur la voie du renforcement du despotisme et du systĂšme d’impunitĂ© qui en est l’un des principaux fondements.

Cette dĂ©rive ainsi que l’embrigadement des composantes autonomes de la sociĂ©tĂ© civile (journalistes, magistrats, dĂ©fenseurs des DH), et les atteintes systĂ©matiques et quotidiennes aux droits de l’homme, unanimement constatĂ©es par les observateurs internationaux, sont Ă©videmment niĂ©es par le pouvoir. Tout comme  cela ne semble pas Ă©mouvoir outre mesure ses alliĂ©s inconditionnels europĂ©ens et notamment ceux des Etats du pourtour de la mĂ©diterranĂ©e. Entre la rĂ©fĂ©rence concrĂšte Ă  la dĂ©mocratie et l’Etat de droit  et les intĂ©rĂȘts commerciaux, le dilemme est, Ă  leurs yeux, apparemment insurmontable.

Le contexte de ces Ă©lections a Ă©tĂ© marquĂ©, de surcroĂźt, par les effets, longtemps niĂ©s, de la crise Ă©conomique mondiale, une corruption galopante et la montĂ©e des tensions sociales illustrĂ©e notamment par la rĂ©volte lĂ©gitime des populations du bassin minier de Redeyef- Gafsa (Sud Est) fermement rĂ©primĂ©e, ainsi que par les manƓuvres  en direction de l’islam politique. AprĂšs avoir diabolisĂ© et rĂ©primĂ© de façon implacable le parti islamiste « En-nahdha », le pouvoir s’est engagĂ© dans la voie d’une surenchĂšre piĂ©tiste conservatrice. Et c’est le propre gendre du Chef de l’Etat, un jeune homme d’affaires Ă  l’ascension financiĂšre fulgurante et Ă  prĂ©sent Ă©lu dĂ©putĂ©, qui s’illustre dans cette dĂ©marche risquĂ©e. En quelques mois, il a non seulement acquis le groupe de presse Essabah, mais il a aussi lancĂ© radio Zitouna (radio Coran), la future chaĂźne tĂ©lĂ©visĂ©e Zitouna, et la banque islamique Zitouna.

Pour en revenir Ă  la derniĂšre rĂ©forme – au demeurant inconstitutionnelle – d’avril 2008 et officiellement destinĂ©e, contre toute Ă©vidence, Ă  Ă©largir le champ des candidatures ;  celle-ci a visĂ©, en rĂ©alitĂ©, Ă  Ă©liminer tel ou tel prĂ©tendant dont l’envergure pourrait prĂ©occuper le palais de Carthage, sans prĂ©senter pour autant un quelconque risque d’alternance. Les candidatures de M° Ahmed Nejib Chebbi (fondateur du Parti DĂ©mocratique Progressiste dirigĂ©, Ă  prĂ©sent par Mme Maya Jribi) et le Dr Mustapha Ben Jaafar, prĂ©sident du Forum DĂ©mocratique pour le Travail et les LibertĂ©s (FDTL, membre de l’Internationale Socialiste), ont ainsi Ă©tĂ©, tour Ă  tour ,Ă©cartĂ©s  par une dĂ©cision politique sous couvert d’un emballage juridique peu convaincant.

Restait le candidat d’At-Tajdid (ex PC) et de l’alliance initiĂ©e en 2004 dans le cadre de « l’initiative dĂ©mocratique et progressiste ».  Premier secrĂ©taire de son parti, Ă©lu comme cela est exigĂ© par un congrĂšs « deux ans avant le dĂ©pĂŽt de candidature », Ahmed Brahim pouvait difficilement ĂȘtre formellement Ă©cartĂ©. En affirmant d’entrĂ©e de jeu, de façon ferme et sobre, qu’il n’était pas  « un candidat de figuration » et qu’il comptait « mener cette compĂ©tition d’égal Ă  Ă©gal », il a essuyĂ© les foudres du pouvoir.

C’est donc dans des conditions de pressions et de discriminations inacceptables qu’il a Ă©tĂ© contraint de mener une campagne difficile mais digne et courageuse ( black out mĂ©diatique en dehors des passages encadrĂ©s Ă  la radio et Ă  la tĂ©lĂ©, saisie du journal de son parti le 10 octobre, censure tatillonne de son manifeste Ă©lectoral et de ses affiches, tracasseries pour obtenir des salles de rĂ©union
).

UNE PROCEDURE DE COOPTATION

A cette candidature, que le pouvoir a tout fait pour gĂȘner, se sont ajoutĂ©es deux candidatures alibis ou plutĂŽt faire-valoir. Dans ce scrutin Ă  un seul tour, marquĂ© par la dĂ©mesure des moyens engagĂ©es par l’Etat au profit du PrĂ©sident sortant et par le monopole exercĂ© sur les  « mĂ©dias » ; les professions de foi de ces deux candidats de l’ « opposition de   connivence » (calquĂ©e sur celle des pays d’Europe de l’est d’avant la chute du mur de Berlin) apparaissent comme caricaturalement surrĂ©alistes. Menant campagne face au PrĂ©sident Ben Ali, ils ont estimĂ© en effet que celui-ci est sans conteste le meilleur candidat !

Dans le mĂȘme temps, l’administration et le conseil constitutionnel ont fait le mĂ©nage sans lĂ©siner sur les moyens.  Outre les listes du RCD qui rafleront la totalitĂ© des 161 siĂšges du scrutin majoritaire Ă  un tour dans les 26 circonspections du pays, il est prĂ©vu pour les autres partis 53 siĂšges en quelque sorte de « rattrapage » Ă  rĂ©partir entre les cinq partis de l’ « opposition de dĂ©cor » ( MDS, PUP, UDU, PLS,VLP) et les trois partis lĂ©gaux de l’opposition vĂ©ritable ( PDP, FDTL, At-Tajdid et son alliĂ© le PTPD) . Ce mode de scrutin complĂ©mentaire, Ă  la proportionnelle, a Ă©tĂ© conçu en 1994 pour maintenir l’hĂ©gĂ©monie absolue du RCD tout en faisant accĂ©der au parlement des opposants, pour l’essentiel acquis Ă  la « majoritĂ© prĂ©sidentielle », et Ă  qui il est signifiĂ© qu’ils ne reprĂ©sentent que 1 Ă  2,5 % des suffrages !  Complexe et incomprĂ©hensible pour les Ă©lecteurs, ce mode de scrutin est destinĂ©, en rĂ©alitĂ©, Ă  camoufler une procĂ©dure de cooptation livrĂ©e Ă  la seule discrĂ©tion du prince. C’est ainsi que le PDP et le FDTL ont Ă©tĂ© maintenus  jusqu’ici, hors de la chambre des dĂ©putĂ©s. Et cela n’est pas prĂȘt, semble t-il,  de changer. Du moins pour le PDP aprĂšs son retrait du 10 octobre.

Le caractÚre retors de ce code électoral, qui nécessite une refonte totale, est aggravé par deux autres facteurs.

Le premier est qu’il rend vaine, alors que les mĂ©canismes de la fraude sont bien rodĂ©s par une expĂ©rience de cinq dĂ©cennies, toute observation sĂ©rieuse des Ă©lections, compte tenu du nombre dĂ©libĂ©rĂ©ment excessif des bureaux de vote et du refus d’accepter de vĂ©ritables observateurs nationaux et internationaux. La composition de l’observatoire mis en place par le pouvoir confirme bien d’ailleurs, qu’en ce domaine, il n’y a place que pour les vassaux de stricte obĂ©dience.

Le second facteur est que ce code bloque toute possibilitĂ© de front Ă©lectoral entre les partis et les indĂ©pendants et qu’il se double d’une loi sur le financement public des partis et des Ă©lections dont la finalitĂ© est louable mais dont les modalitĂ©s sont dĂ©libĂ©rĂ©ment perverses.

Une nouvelle occasion manquée

Il serait fastidieux de relever les dĂ©rapages systĂ©matiques et dĂ©libĂ©rĂ©s commis par l’Etat-RCD qui a fait fi de tout respect des normes lĂ©gales minimales  Ă  tous les niveaux du processus Ă©lectoral, de l’inscription sur les listes d’électeurs aux conditions de dĂ©pouillement du scrutin. A cela se sont ajoutĂ©es les menaces profĂ©rĂ©es la veille du scrutin par le candidat-prĂ©sident mettant en garde contre toute « incitation Ă  mettre en doute les rĂ©sultats ». 

AprĂšs avoir Ă©cartĂ© les candidatures de MaĂźtre Ahmed NĂ©jib Chebbi (fondateur du Parti DĂ©mocratique Progressiste) et Dr Mustapha Ben Jaafar (PrĂ©sident du Forum – FDTL); l’administration et le Conseil Constitutionnel ont au prĂ©alable fait le mĂ©nage, de façon scandaleuse, au niveau des listes de  l’opposition non infĂ©odĂ©e, les Ă©cartant systĂ©matiquement des circonscriptions Ă  forte densitĂ© dĂ©mographique.

Sur la base des rĂ©sultats officiels, les deux candidats -faire-valoir (Bouchiha et Ennoubli) reprĂ©sentants de l’opposition de dĂ©cor ont Ă©tĂ© gratifiĂ©s de 5% et de 3,8% des voix alors que le candidat d’At-Tajdid et de l’Initiative DĂ©mocratique et Progressiste,  l’universitaire Ahmed Brahim, n’obtenait, de façon invraisemblable et au terme d’une campagne ferme et digne mais semĂ©e d’embuches, que 1,57% des suffrages censĂ©s s’ĂȘtre exprimĂ©s !

Comme prĂ©vu, le RCD a raflĂ© les 161 siĂšges du scrutin par circonscription majoritaire Ă  un tour et les cinq partis de l’opposition de figuration se sont vu attribuer 51 des 53 siĂšges du mode de scrutin de « rattrapage » prĂ©vu par la loi Ă©lectorale. 

Face au rouleau compresseur du parti gouvernemental intĂ©grĂ© Ă  l’appareil d’Etat, le pluralisme en trompe-l’Ɠil a donc mal masquĂ© le renforcement des pratiques du systĂšme et de la culture du parti unique fondĂ©es sur la pensĂ©e unique.[1]

Toujours est-il que l’échĂ©ance des Ă©lections du 25 octobre a Ă©tĂ© une nouvelle occasion manquĂ©e d’amorcer une timide ouverture.

Ce simulacre Ă©lectoral et ce pluralisme en trompe l’Ɠil , dĂ©noncĂ©s par avance par les partisans du boycott, et notamment le POCT (parti communiste des ouvriers de Tunisie), le CPR (CongrĂšs pour la RĂ©publique) et les islamistes d’En-Nahdha (auxquels s’est joint le 10 octobre le PDP[2] – parti dĂ©mocratique progressiste–), a  Ă©tĂ© caractĂ©risĂ© par les atteintes systĂ©matiques Ă  la libertĂ© de presse et au droit Ă  l’information comme cela a Ă©tĂ© relevĂ© de façon mĂ©thodique par Reporters sans FrontiĂšres, le ComitĂ© de Protection des Journalistes, la FIDH et Amnesty International, ainsi que par  la remarquable enquĂȘte de suivi (monitoring) de la couverture par les mĂ©dias nationaux prĂ©sentĂ©e par la porte parole du CNLT  Sihem Ben Sedrine au nom de cinq  ONG autonomes tunisiennes. Cette enquĂȘte  confirme que 97% de cette couverture a concernĂ© le PrĂ©sident-candidat Ben Ali et le parti gouvernemental RCD et que l’épouse du chef de l’Etat – « la rĂ©gente de Carthage » – a bĂ©nĂ©ficiĂ© de 14% de la couverture mĂ©diatique de la campagne.

THE DAY AFTER


Et l’on peut comprendre dans ces conditions – les dĂ©s Ă©tant totalement pipĂ©s- les arguments des partisans du boycott  contre une consultation qui risque bien de n’ĂȘtre qu’un simulacre Ă©lectoral qui bafoue les urnes et qui fait de « la volontĂ© populaire » un slogan galvaudĂ©.

Les 26 listes du PDP aux lĂ©gislatives ont ainsi Ă©tĂ© ramenĂ©es arbitrairement Ă  9 .Dans la foulĂ©e, des 22 listes du FDTL,seules 7 ont Ă©tĂ© retenues et des 26 listes d’At-Tajdid /L’ Initiative, seules 13 restent en lice ; les trois partis Ă©tant systĂ©matiquement lĂ©sĂ©s dans les circonscriptions Ă  forte densitĂ© dĂ©mographique !

En dĂ©finitive et comme prĂ©vu, le RCD a raflĂ© les 161 siĂšges du scrutin par circonscription majoritaire Ă  un tour et les cinq partis de l’opposition de figuration se sont vu attribuer 51 des 53 siĂšges du mode de scrutin de « rattrapage » prĂ©vu par la loi Ă©lectorale.  Le mouvement Et-Tajdid et  ses alliĂ©s de l’ « Initiative D. P. » ont obtenu deux siĂšges de dĂ©putĂ©s alors qu’ils en occupaient trois durant la prĂ©cĂ©dente lĂ©gislature.

L’opposition contestatrice et dissidente, confrontĂ©e Ă  ce systĂšme oĂč prĂ©vaut la pensĂ©e unique et un arbitraire de tous les instants dissimulĂ© sous les oripeaux formels d’un « Etat de droit » fictif, est appelĂ©e dĂšs Ă  prĂ©sent Ă  envisager avec luciditĂ© la situation d’aprĂšs le 25 octobre. C’est dans la perspective de ce « day after », qu’il lui faut dĂ©passer ses divisions artificielles et ce « tout Ă  l’ego » qui la mine. Ce qui est Ă  l’ordre du jour, c’est la nĂ©cessitĂ© d’amorcer sans tarder le dĂ©bat sur les conditions et les modalitĂ©s d’une refondation politique qui permette- outre la poursuite du combat pour les droits de l’homme ,contre la torture, « la force de l’obĂ©issance »[3] et la peur- de donner corps et vie Ă  l’idĂ©e d’un changement vĂ©ritable.  L’objectif est de redonner l’espoir Ă  une opinion dĂ©sorientĂ©e et Ă  une jeunesse frappĂ©e de plein fouet par le chĂŽmage et angoissĂ©e par ce « no future » auquel les moulins Ă  priĂšres et la pensĂ©e  unique de l’ « Etat- Destour » n’apportent pas de rĂ©ponses satisfaisantes.          KC.

 

 


 


[1]Cette mise au pas s’appuie sur un systĂšme policier omni prĂ©sent, l’instrumentalisation de la justice et des mĂ©dias aux ordres dont six titres constituent une odieuse et lĂąche « presse de caniveau » liĂ©e aux officines policiĂšres et assurĂ©e de son impunitĂ©. Les opposant(e)s et les animateurs(trices) du mouvement associatif autonome y sont diffamĂ©s , calomniĂ©s, intimidĂ©s et menacĂ©s. Les plaintes en justice n’aboutissent jamais ( j’en ai prĂ©sentĂ©- en vain- huit !!)

[2] An-nahdha est dirigĂ©e par Mr Rached Ghannouchi , vivant en exil Ă  Londres, le CPR est prĂ©sidĂ©e par le Dr Moncef Marzouki contraint Ă  l’exil Ă  Paris et le POCT a pour porte-parole Mr Hamma Hammami. Ce dernier et sa femme M° Radhia Nasraoui prĂ©sidente de l’association de lutte contre la torture non reconnue) font l’objet d’un harcĂšlement continuel doublĂ© de graves agressions.

[3] Beatrice Hibou, « la force de l’obĂ©issance : Economie politique de la rĂ©pression en Tunisie ». Ed. La dĂ©cuverte, Paris.

 


Tu t’es vu en Tunisie, all inclusive ?

Marhababikoum | samedi, 7 novembre 2009 | par catherine jager

Au moment oĂč les Tunisiens s’apprĂȘtent Ă  cĂ©lĂ©brer sans conviction la fĂȘte nationale du 7 novembre, chronique d’une semaine de villĂ©giature dans un pays oĂč l’on peut parler de tout, mais pas avec tout le monde.

« Marhababikoum, bienvenue en Tunisie ! », nous lancent les employĂ©es de l’hĂŽtel en guise d’accueil. Le bus du tour opĂ©rateur vient de nous dĂ©poser dans le hall immense du club. Des nuĂ©es de touristes nous succĂšdent.

Une fois sur la plage, je discute avec Malek [1] , qui vivote grĂące aux vacanciers Ă  qui il fait faire des tours de chameau. Ce jour lĂ , c’est le premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles. «  Voter ? », ce mot semble Ă©tranger Ă  son vocabulaire. D’ailleurs, aucune agitation ne laisse prĂ©sager qu’il s’agit d’une grande journĂ©e. Seuls quelques panneaux affichent les portraits du PrĂ©sident actuel, Ben Ali, et de ses « concurrents », comme ils disent ici.

Président à vie

« Ah, les Ă©lections », lĂąche avec nonchalance Malek. A 30 ans, il reconnaĂźt n’avoir jamais votĂ© et n’ĂȘtre pas prĂšs de le faire. La rĂ©signation emboĂźte le pas Ă  l’indiffĂ©rence. « A quoi ça sert d’aller voter alors qu’on sait qu’il [Ben Ali NDLR] sera réélu ? » rĂ©pondent quelques fois ceux qui acceptent de parler politique.

Ma curiositĂ© interpelle mes interlocuteurs, qui craignent d’ĂȘtre Ă©coutĂ©s, Ă©piĂ©s par un indic’ et se mĂ©fient de moi : « vous ĂȘtes journaliste ? ». Un touriste ordinaire ne pourrait donc pas s’intĂ©resser Ă  la politique du pays qu’il visite ? Il y a des airs de monarchie chĂ©rifienne dans cette Tunisie, oĂč l’on peut parler de tout, sauf du roi. Pardon, du PrĂ©sident.

C’est donc sans surprise que dimanche soir 25 octobre, j’apprends la réélection de Ben Ali, pour la cinquiĂšme fois. Ses scores paraissent tout de mĂȘme en lĂ©gĂšre baisse : autour de 90% des voix.

Chacun sa démocratie

Au fond, cette mascarade dĂ©range-t-elle les Tunisiens ? « On ne manque de rien ici » m’assure Reda , un chauffeur de taxi nĂ© en France qui a dĂ©cidĂ© de revenir couler des jours paisibles Ă  Djerba. Ce n’est peut-ĂȘtre pas trop mal, peut-on lĂ©gitimement penser, d’avoir un travail (mĂȘme si le taux de chĂŽmage avoisine les 15%), de quoi nourrir sa famille, d’accĂ©der Ă  une bonne Ă©ducation, de profiter d’un systĂšme de santĂ© pas trop inĂ©gal et ne pas ĂȘtre quotidiennement sous la menace terroriste ?

 

Au souk, je rencontre Chadeed, un commerçant dont je mĂ©dite encore les propos : « les mosquĂ©es sont pleines, les cafĂ©s sont remplis, il y en a pour tout le monde et chacun fait ce qu’il veut. C’est ça la dĂ©mocratie ! ». Ce serait sans compter les journalistes, les militants des droits de l’homme et les opposants qui essuient les intimidations, agressions ou mĂȘme les tortures d’un rĂ©gime qui a annihilĂ© tout esprit de contestation. Pour preuve, quelques jours avant mon arrivĂ©e, une journaliste française du Monde Ă©tait expulsĂ©e avant mĂȘme d’avoir pu sortir de l’aĂ©roport de Tunis. D’ailleurs, je n’ai jamais trouvĂ© le quotidien sur l’üle pendant mes vacances.

Les rues animĂ©es en ce jour de marchĂ© se parent dĂ©jĂ  de banderoles et de drapeaux Ă  l’effigie de Ben Ali. Elles se prĂ©parent Ă  fĂȘter, dimanche 7 novembre, l’anniversaire de l’accession au pouvoir du PrĂ©sident Ben Ali. C’était le 7 novembre 1987, et depuis 22 ans, cette date est Ă©rigĂ©e en fĂȘte nationale. Imaginez des dĂ©filĂ©s sur les Champs-ElysĂ©es le 6 mai de chaque annĂ©e ?

Usine Ă  touristes

Perplexe, je regagne mon hĂŽtel en voyant dĂ©filer sur la route les immenses complexes. Marmara, conçu sur le modĂšle du Club Med, peut atteindre jusqu’à 3.500 touristes en haute saison. Plus loin, un luxueux hĂŽtel spĂ©cialisĂ© dans la clientĂšle du Golf propose des nuits Ă  4.000 euros avec piscine privĂ©e, Mercedes et chauffeur. Toufik, un autre chauffeur de taxi, se plaĂźt Ă  me raconter qu’un prince du dĂ©sert est venu y pavoiser au bras d’exotiques suĂ©doises et de thaĂŻlandaises.

Je ne cesse de m’étonner, devant les buffets pantagruĂ©liques, des orgies dont nous sommes capables. Les Tunisiens qui travaillent douze heures par jour Ă  dĂ©barrasser nos tables doivent se demander si nous mourrons de faim, sur l’autre rive de la MĂ©diterranĂ©e.

Dans ce « club » (comme c’est Ă©crit sur la brochure en français, allemand, anglais et italien), le touriste roi ne s’ennuie jamais : sĂ©ances de step et cours de danses pour les gazelles, thalasso remise en forme, pendant que les petits sont au mini club et que les sportifs du dimanche s’adonnent au tir Ă  l’arc ou Ă  la pĂ©tanque. Sans oublier le spectacle nocturne quotidien et la boĂźte de nuit de l’hĂŽtel. Toutes ces activitĂ©s sont possibles grĂące aux animateurs comme Abdel qui, depuis un an, travaille six jours sur sept, de 9h Ă  minuit passĂ©. Le tout pour un salaire mensuel de 350 Dinars, un peu plus de 180 euros, certes supĂ©rieur au smic fixĂ© Ă  250 Dinars par mois.

L’autre prix du all inclusive

C’est Ă  ce prix que nous partons en all inclusive, Ă  600 euros la semaine, suis-je obligĂ©e d’admettre. Je pars expĂ©rimenter le spa de l’hĂŽtel voisin oĂč je fais la rencontre de Souad, une masseuse d’à peine 20 ans. EspiĂšgle, elle me parle de son travail ininterrompu depuis deux semaines, en raison de l’affluence touristique, de sa sƓur employĂ©e dans un autre hĂŽtel et de sa famille avec laquelle elle vit.

Nous chuchotons car son supĂ©rieur fait des allers retours devant la cabine de massage pour Ă©pier nos conversations. Ces maniĂšres policiĂšres sont un sport national ici ?! La jeune fille voit passer entre ses mains des dizaines de clients tous les jours, de 9h Ă  19h30, qui payent 30 euros pour 1h30 de soins. Pour sa part, Souad gagne 12 dinars par jour (6 euros), desquels elle dĂ©duit le transport et son dĂ©jeuner. C’est Ă  ce prix encore une fois que nous profitons des spa.

Partir ou ne pas partir

Je fais connaissance avec un couple de Français qui vient pour la huitiĂšme annĂ©e dans cet hĂŽtel d’oĂč ils ne sortent presque pas. Quelle est cette Ă©trange forme de tourisme aveugle Ă  un pays, hermĂ©tique Ă  une culture, indiffĂ©rente Ă  ses habitants ?

Mon sĂ©jour all inclusive dans un pays rĂ©pressif a suscitĂ© pas mal de questions. Serais-je en train de cautionner une dictature dĂ©guisĂ©e ? Ais-je envie de profiter des bas salaires de Souad, Abdel ou Malek ou suis-je prĂȘte Ă  payer plus ? Faut-il boycotter ce systĂšme ? Pas simple d’y rĂ©pondre car ce type de sĂ©jour permet aux classes moyennes europĂ©ennes de s’offrir de belles vacances bon marchĂ©. Finalement, Souad et les autres gagnent certainement mieux leur vie dans le tourisme que dans un autre secteur.

Une chose est sĂ»re, mes vacances profitent Ă  mon voyagiste. GĂ©ant du tourisme, il gĂ©nĂšre un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros chaque annĂ©e et ne se semble pas se poser pas tant de questions.

(Source: “bakchich.info” le 7 novembre 2009)

Lien: http://www.bakchich.info/Tu-t-es-vu-en-Tunisie-all,09199.html


LibertĂ© d’expression en Tunisie : la sĂ©rie noire continue

Traque, harcĂšlement et privations pour les adversaires de Ben Ali

  mardi 10 novembre 2009 / par Denis Carlier
La rĂ©pression des opposants au rĂ©gime tunisien, accrue depuis la réélection de Zine el-Abidine Ben Ali Ă  la prĂ©sidence, continue de faire des victimes. Au bilan de la derniĂšre semaine, la blogueuse Fatma Arabicca a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e puis libĂ©rĂ©e sous la pression d’une mobilisation ; le journaliste Slim Boukhdir est harcelĂ© par le pouvoir et son collĂšgue Taoufik Ben Brik a fĂȘtĂ© ses 49 ans en prison. La Tunisie est touchĂ©e par une sĂ©rie de rĂšglements de comptes de la part du pouvoir, au sortir de l’élection prĂ©sidentielle. Les journalistes, blogueurs et militants politiques ou associatifs dont le discours Ă©gratigne le rĂ©gime du PrĂ©sident Zine el-Abidine Ben Ali sont dĂ©sormais sous la menace d’ĂȘtre ajoutĂ©s Ă  la longue liste des victimes de la rĂ©pression. Les journaux Al-Mawkif, Ettariq Al-Jadid et Mouatinoun ont par ailleurs dĂ©cidĂ© de ne pas paraĂźtre la semaine passĂ©e, pour protester contre une procĂ©dure de contrĂŽle accrue de la parution de la presse tunisienne. La totalitĂ© des tirages revient en effet dĂ©sormais Ă  la SociĂ©tĂ© tunisienne de distribution (Sotupress). Fatma Arabicca libĂ©rĂ©e, mais pas tirĂ©e d’affaire  Le caricaturiste Z a tenu Ă  dĂ©mentir la rumeur selon laquelle il serait en fait Fatma RiahiLa blogueuse tunisienne Fatma Arabicca a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e le 7 novembre, se rĂ©jouit Reporters sans frontiĂšres (RSF). Son ordinateur ainsi que son cahier de mots de passe sont toutefois toujours en possession des autoritĂ©s, qui en ont profitĂ© pour effacer le contenu de son site Internet. L’enquĂȘte de police qui la concerne vise Ă  dĂ©couvrir l’identitĂ© d’autres blogueurs indĂ©pendants, protĂ©gĂ©s par l’anonymat. De son vrai nom Fatma Riahi, Fatma Arabicca avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e le 3 novembre, suscitant une mobilisation de soutien sur Internet. Slim Boukhdir harcelĂ©  Le journaliste Slim Boukhdir, tabassĂ© par des hommes en civil le 28 octobre, a quant Ă  lui vu son domicile encerclĂ© par les forces de police en dĂ©but de semaine passĂ©e. « Hier, ils Ă©taient une trentaine de policiers en civil », a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  RSF lundi. Entre samedi et lundi matin ses proches ont Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s d’approcher de chez lui. Convalescent et avec une fille de 3 ans et demi malade, il a alors dĂ» se passer pendant plus de 36 heures de mĂ©dicaments, de nourriture et d’eau. Il est par ailleurs harcelĂ© par des appels tĂ©lĂ©phoniques et le propriĂ©taire de son appartement lui a ordonnĂ© de quitter les lieux. Triste anniversaire pour Taoufik Ben Brik De son cĂŽtĂ©, le journaliste Taoufik Ben Brik a fĂȘtĂ© lundi ses 49 ans en prison. Il passera en procĂšs le 19 novembre. Son avocat rĂ©clame, selon RSF, « un procĂšs politique, pas le procĂšs d’un vulgaire criminel ». Correspondant pour des mĂ©dias internationaux, il a vraisemblablement Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 29 octobre suite Ă  une mise en scĂšne simulant une agression. Ben Brik est atteint d’une maladie chronique qui le prive de toute immunitĂ©.
 
(Source: Afrik.com le 10 novembre 2009)


La TUNISIE mauve.

Par BIJU Vraiment il est plus que jamais temps , que certains  caciques qui ont basĂ©s leur petite carriĂšre sur du vent , s’écartent d’eux mĂȘme et emportent avec eux leur sale impoge d’imposture , qu’ils se dĂ©grisent  de l’ivresse que leur donnait leur pouvoir de nuisance, , le temps de faire oublier leur rĂŽle au sein « du club des usurpateurs » et de reprendre d’autres dĂ©lires rĂ©munĂ©rateurs qui ne nuiront plus aux intĂ©rĂȘts vitaux  de l’opposition dĂ©mocratique tunisienne. Marre de cette  permanente situation d’immobilisme et la versalitĂ© des clercs dans ce marchĂ© de dupes, ça use toute bonne volontĂ©, et je suis Ă©bahi et surpris que des jeunes tunisiens s’interessent et s’investissent encore dans le militantisme politique , il faut mobiliser contre ces gens lĂ , autant que contre la dictature,   et faire le tri  entre le bon grain et l’ivraie , dans le fond ils sont aussi nuisibles  que les services amorphes de la dictature. En cette pĂ©riode post cirque Ă©lectoral de 2009 , encore et toujours pour les cons qui veulent crĂ©dibiliser, par tous les moyens, surtout ceux de leur suffisance,  Ă  mort,  cette fumeuse et foireuse initiative de BEN ALI, il faut le reconnaĂźtre grĂące entre autre  Ă  la rĂ©action tunisienne et certains caciques incompĂ©tents de l’opposition de dĂ©cor,  nous sommes toujours  au mĂȘme point, et je suis tolĂ©rant, en vĂ©ritĂ© nous avons lamentablement regrĂ©ssĂ©, oui  je suis tolĂ©rant, parcequ’en rĂ©alitĂ© le camp de la dĂ©mocratie et des dĂ©mocrates s’est lamentablement ramassĂ©, par manque de tout,  merci ATTJDID par ton ignominie et ta calamitĂ© Ă  participer Ă  ce cirque et Ă  diaboliser  le boycoot, tu as au moins rĂ©vĂ©lĂ© cela par tes ignobles 1,5% de l’aumĂŽne et tes dĂ©putĂ©s nommĂ©s par le dictateur, des dĂ©putĂ©s alimentaires, aussi illĂ©gitimes que lui.Encore une fois, une fois de trop? NENNI ANNIE, quand c’est fini ça recommence, les paris sont ouverts, ils reviendront Ă  la charge, avec le mĂȘme discours, les mĂȘmes prĂ©tentions et les mĂȘmes dĂ©bilitĂ©s suffisantes dans cinq ans  .   Nous plongeons dans l’inconnu trĂšs prĂ©visible, au prochain cirque Ă©lectoral , ce seront toujours les mĂȘmes qui viendront nous chialer leurs mensonges, leur unilatĂ©ralisme et leur mauvaise foi en des jours meilleurs selon la sauce staliniennes des brebis mauves. Avec optimisme ou pessimisme ?le dĂ©bat des idĂ©es est une  Alternative superflue penseront d’aucun : la rĂ©alitĂ© commande ; les Ă©tats d’ñme n’importent guĂšre que pour ceux qui croient en la vĂ©ritĂ©, eux, les brebis mauves,  croient aux calculs des cĂ©nacles, loin, trĂšs loin des rĂ©alitĂ©s du peuples tunisien, ZinĂ©tron a l’air d’apprĂ©cier et de les mĂ©priser encore un peu plus, une aumĂŽne de 1,5 % et trois dĂ©putĂ©s potiches Ă  son parlement de momies, c’est ce dont son coeur et sa gĂ©nĂ©rositĂ© peuvent faire de mieux pour eux, les mĂ©diocrates. Nous sommes beaucoup Ă  ne pas partager  ce fatalisme , mais aussi nous sommes beaucoup Ă  ne plus ĂȘtre naĂŻfs et avaler n’importe quoi : une rĂ©volution authentique qui sera  vĂ©cue avec bonheur, pour nous ,  ne se dĂ©roulera  pas comme si elle avait l’angoisse pour toile de fond, l’espoir ne peut ĂȘtre que radical face Ă  la dictature, et cette radicalitĂ© est la mobilisation des tunisiens  pour la constitution et l’Ă©tat de droit. Au jeu sans fin des paris pascaliens nous misons , pour notre  part, sur l’optimisme, et les capacitĂ©s  des tunisiens  au pragmatisme et Ă  la responsabilitĂ© , Notre sociĂ©té  depuis plus de  50ans,   est  cette sociĂ©tĂ© sans Ă©lite traditionnelle,depuis les ethnocides  sournois du mĂ©galomane Bourguiba ,elle est  donc sans nous,elle est encore Ă  conquĂ©rir .  Les pseudos  Ă©lites stĂ©rĂ©otypĂ©s et salonnards, la plus part thurifĂ©raires ,  sont vomies par le peuple tunisien. La raison est pourtant simple : parce que celui-ci n’a plus les moyens de vivre honorablement, et qu’il voit avec angoisse augmenter inexorablement la violence et l’insĂ©curitĂ©, la misĂšre, la haine de soi  et toutes sortes de catastrophes provoquĂ©es, et qu’il comprend que ceux qui l’ont dirigĂ© pendant plus de cinquante ans  et beaucoup qui voulaient donner l’illusion mercantile de s’opposer Ă  eux ,  sont entiĂšrement responsables de ce chaos. La dictature, tous ceux qui en vivent et tous ceux qui en profitent,  ont pillĂ© toutes les richesses produites par ceux qui croient aux vertus du travail, de l’effort et de l’épargne. La Tunisie n’est plus qu’un champ de ruines, alors que, libre, dĂ©mocratique  bien gouvernĂ©e , elle aurait Ă©tĂ© prospĂšre, au niveau des grandes nations. VoilĂ  pourquoi la Tunisie des bouges, la Tunisie profonde ne veut plus se soumettre et payer le  tribut de l’infĂąmie Ă  la horde des prĂ©dateurs. Le tocsin a sonnĂ© chez les tunisiens opprimĂ©s dans tous les sens du mot : ils se rassembleront dĂ©s qu’une visibilitĂ© responsable et intĂšgre se prononcera et plus rien ne les arrĂȘtera, souvenez vous toujours, du bassin minier, ce n’est pas fini.

 


 

 

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