9 janvier 2008

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TUNISNEWS
8 Úme année, N°  2786 du 09.01.2008

 archives : www.tunisnews.net


 

LibertĂ© et EquitĂ©: CommuniquĂ© AP: La peine d’un ancien dĂ©tenu tunisien de Guantanamo confirmĂ©e en appel AP: Tunis appeals court upholds terror conviction against former Guantanamo detainee AP: Le tiers de la population du monde arabe analphabĂšte, selon l’ALECSO Yadh Ben achour: Le terrorisme a-t-il un fondement culturel ?

Ahmed Ounaïes: La  politique  europeÚnne  de  voisinage  trois  ans  aprÚs


LibertĂ© pour Slim Boukhdir, la plume libre LibertĂ© et EquitĂ© URGENCE : sauvez la vie de l’ex prisonnier politique Ahmed Bouazizi 33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis Tel/fax : 71 340 860 e-mail : LibertĂ©_Ă©quitĂ©@yahoo.fr Tunis, le 7 janvier 2008

 

Communiqué  
 
LibertĂ© et EquitĂ© prĂ©sente ses sincĂšres condolĂ©ances Ă  monsieur Abdelhamid Abdelkarim, ex prisonnier politique, Ă  l’occasion du dĂ©cĂšs de sa mĂšre, madame Farha Boussaada qui a dĂ©cĂ©dĂ© aprĂšs avoir fait le pĂšlerinage et a Ă©tĂ© enterrĂ©e dans les lieux saints hier dimanche 6 janvier 2008. [
] LibertĂ© et EquitĂ© fait porter au pouvoir la responsabilitĂ© de l’évolution vers la mort de l’état de santĂ© de l’ex prisonnier politique Ahmed Bouazizi [
], comme elle en impute Ă©galement la responsabilitĂ© Ă  toutes les organisations et les structures qui ne se sont pas souciĂ©es de l’aggravation de l’état d’Ahmed Bouazizi, et rappelle que de telles situations se comptent par centaines [
] qu’il faut s’en prĂ©occuper pour qu’ils n’aient pas le destin d’Hechmi Mekki, Lakhdhar Sdiri, ou Abdelmajid Ben Tahar, etc. Aujourd’hui, lundi 7 janvier 2008, Abdelkarim Harouni, ex prisonnier politique, a fait une visite au local de l’organisation LibertĂ© et EquitĂ©. Il a fait part de sa gratitude pour les efforts dĂ©ployĂ©s par l’organisation pour faire connaĂźtre et dĂ©fendre la cause des prisonniers politiques, exiger leur libĂ©ration, pour son souci envers la situation difficile des prisonniers libĂ©rĂ©s et sa dĂ©fense hĂ©roĂŻque des libertĂ©s; Pour le bureau exĂ©cutif de l’organisation MaĂźtre Mohammed Nouri (traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


 

 

La peine d’un ancien dĂ©tenu tunisien de Guantanamo confirmĂ©e en appel

 

Associated Press, le 8 janvier 2008 Ă  18h57

 

 TUNIS (AP) — La cour d’appel de Tunis a confirmĂ© mardi le jugement rendu en premiĂšre instance contre un ancien dĂ©tenu tunisien de la prison amĂ©ricaine de Guantanamo, Lotfi Lagha, condamnĂ© le 24 octobre dernier Ă  trois ans de prison ferme pour “appartenance Ă  une association terroriste projetant des agressions contre les personnes et les biens”, a-t-on appris auprĂšs de son avocat Me Samir Ben Amor.

 Lofti Lagha avait niĂ© appartenir Ă  une quelconque organisation terroriste ou avoir participĂ© Ă  des actions militaires avec les talibans en Afghanistan contre l’Alliance du nord du commandant Massoud. Dans sa plaidoirie, son avocat avait rĂ©clamĂ© le non-lieu en faveur de son client en se basant sur “les vices de procĂ©dure” et “l’absence de preuves Ă©tayant l’accusation”.

 “MĂȘme en admettant que mon client se soit ralliĂ© aux talibans, ces derniers gouvernaient en Afghanistan Ă  cette Ă©poque et ne pouvaienten consĂ©quence ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme une organisation terroriste”, a-t-il soutenu.

 NĂ© en 1968, Lotfi Ben SouĂźi Ben Khalifa Lagha, avait Ă©tĂ© rapatriĂ© en juin dernier en mĂȘme temps que son compatriote Abdallah Hajji, aprĂšs une incarcĂ©ration de plus de cinq ans Ă  Guantanamo. Il avait

Ă©migrĂ© clandestinement en 1998 en Italie oĂč il avait exercĂ© dans un centre culturel islamique avant de se rendre en Afghanistan. Fuyant la guerre dĂ©clenchĂ©e contre les talibans, il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 2002 Ă  la frontiĂšre pakistano-afghane, avant d’ĂȘtre remis aux autoritĂ©s militaires amĂ©ricaines. A son retour en Tunisie, il avait accusĂ© les militaires de la base de Kandahar dans le sud de l’Afghanistan de lui avoir sectionnĂ© les doigts des deux mains, Ă  l’exception des pouces, contre son grĂ© aprĂšs l’avoir droguĂ©.

 


 

Tunis appeals court upholds terror conviction against former Guantanamo detainee

Associated Press, le 8 janvier 2008 Ă  22h48

 

 

TUNIS, Tunisia (AP) _ A Tunis appeals court upheld Tuesday the terrorism conviction of a man once held in the U.S. prison at Guantanamo Bay, the man’s lawyer said.

 Lotfi Lagha, a Tunisian citizen, was sentenced in late October to three years in prison on charges of associating with a criminal group with the aim of harming or causing damage in Tunisia.

 The Tunis criminal court dismissed other counts against him, including allegations that he received military training in Afghanistan and that he fought with or recruited for that nation’s former Taliban regime.

 Lagha has maintained his innocence, and his defense lawyer, Samir Ben Amor, argued the legal proceedings against him were flawed.

 Ben Amor has claimed his client was beaten after being returned home in June from the detention center at the U.S.

Navy base in Guantanamo Bay, Cuba, where he spent more than five years. Lagha has also alleged mistreatment while in U.S. custody.

 Lagha traveled to Afghanistan in early 2001 from Italy, where he had settled three years earlier as an illegal immigrant and worked at an Islamic cultural center. His lawyer has said Lagha was at Tora Bora at the height of the U.S.-led military campaign that ousted the Taliban regime.

It remained unclear why he was there. Police in neighboring Pakistan detained Lagha in early 2002 along the border with Afghanistan.

 During Tuesday’s proceedings, Ben Amor said that because the Taliban was running Afghanistan when Lagha was in the country, “they could not be considered a terrorist organization.”

 Therefore, “even if we assume my client went there to join the Taliban” the charges against him are inaccurate, he argued.

 Meanwhile Tuesday, another Tunis court convicted two men on charges they participated in a terrorist enterprise and sentenced each to 10 years in prison, said Ben Amor, who represents them, as well.

 Ahmed Souheil, 25, and Mongi Ouechtati, 22, were accused of aiding a militant group that was involved in deadly clashes with Tunisian security forces in late 2006 and early 2007.

 They were thought to have provided members of the group with manure used to make explosives, Ben Amor said. Both proclaimed their innocence, insisting they acted “in good faith.”

 Members of the group were arrested following an attack on the group in Soliman, 25 miles south of the capital, Tunis.

A total of 14 people _ 12 group members, a soldier and a police officer _ died in the confrontation.

 Such clashes are relatively rare in Tunisia, widely considered a haven of stability in North Africa.

 Two members of the group were sentenced to death and others were handed heavy prison sentences late last month.

 

 


Le tiers de la population du monde arabe analphabĂšte, selon l’ALECSO

 

Associated Press, le 8 janvier 2008 Ă  18h36

 

 TUNIS (AP) — L’Organisation arabe pour l’Ă©ducation, la culture et les sciences (ALECSO) a lancĂ© mardi un signal d’alarme devant le nombre Ă©levĂ© d’analphabĂštes dans le monde arabe.

 Selon l’organisation panarabe, qui se rĂ©fĂšre aux chiffres publiĂ©s par le Programme des Nations Unies pour le dĂ©veloppement (PNUD), sur une population globale de quelque 335 millions d’Ăąmes, 99,5

millions sont analphabĂštes, soit le tiers de la population de l’ensemble des 21 pays arabes (29,7%). Le phĂ©nomĂšne touche les personnes de plus de 15 ans. Il affecte quelque 75 millions d’individus de la tranche d’Ăąge de 15 Ă  45 ans, dont prĂšs de la moitiĂ© de femmes (46,5%).

 Dans un communiquĂ© publiĂ© Ă  l’occasion de la journĂ©e arabe de lutte contre l’analphabĂ©tisme, l’ALECSO dont le siĂšge se trouve Ă 

Tunis, dĂ©plore que les nombreux efforts dĂ©ployĂ©s Ă  l’Ă©chelle du monde arabe pour venir Ă  bout de l’analphabĂ©tisme n’aient pas donnĂ© les rĂ©sultats escomptĂ©s.

 Elle formule plusieurs suggestions pour remĂ©dier au flĂ©au, notamment la gĂ©nĂ©ralisation de l’enseignement de base, l’adoption de lĂ©gislations contraignantes en matiĂšre de lutte contre l’analphabĂ©tisme, l’intensification des campagnes ayant pour but l’alphabĂ©tisation des filles et l’implication de la sociĂ©tĂ© civile arabe dans cette action.

 Les Etats arabes ont adoptĂ© en juillet dernier un plan d’action initiĂ© par l’ALECSO dans le but de promouvoir l’Ă©ducation et prĂ©conisĂ© une collaboration avec des organismes rĂ©gionaux et Internationaux spĂ©cialisĂ©s.

 

Associated Press

 


 

YOUSSEF NADA EXPOSE SON CAS ET SES ARGUMENTS SUR UN SITE WEB

 

Nearly four years of constant legal assistance from the US and all over the world, did not help the Swiss Federal Prosecutor to justify extending the limits, not specifying any crime to the accused and keeping the file open. He was still forced to close the investigation, and declare lack of evidence, after being blamed by the Swiss High court.  

 

Youssef Nada Case study of misusing (fighting terrorism slogans), to encircle Muslim activists.

 

Alleged terrorist banker

Armed with faith and courage

Fighting for his innocence

Searching for justice When Youssef Nada “75 years old” was asked what his hope is ?

 

His answer was: “To continue in the line to which I devoted my life. My Faith, structure, courage, skill, contacts background, and experience was and will be useful to open dialogues, extend bridges and lead to more understanding and cooperation between various countries, politicians, factions, and religious groups. Spreading love, healing rifts, and building bonds through respect and tolerance. I did it before, and I shall continue “

 

 

http://www.youssefnada.ch/index.html

 

 


 

Le terrorisme a-t-il un fondement culturel ?

Yadh Ben achour, professeur Ă  l’UniversitĂ© de Carthage, membre de l’Institut de droit international.

Pour introduire notre propos, nous allons considĂ©rer deux sĂ©ries d’images mĂ©diatiques. La premiĂšre sĂ©rie concerne l’image de ces bronzes qui, au cours de la guerre du Vietnam,  se faisaient immolĂ©s par le feu, en guise de protestation contre l’intervention amĂ©ricaine.. Ces images atroces ont reçu une diffusion planĂ©taire grĂące aux mĂ©dias, en particulier la tĂ©lĂ©vision. La deuxiĂšme sĂ©rie concerne l’attentat terroriste, par exemple celui du 11 septembre 2001.

Nous avons là  deux types extrĂȘmes d’exercice de la violence qui cherchent Ă  produire le mĂȘme effet: manifester le plus massivement possible la protestation, par la production du sacrifice suprĂȘme, avec l’espoir de toucher  un ennemi ou un adversaire. Ces deux types d’acte, d’un point de vue extĂ©rieur, n’ont Ă©videmment pas la mĂȘme portĂ©e politique. L’un suscite l’admiration et la compassion universelle et produit  un effet politique maximum,  y compris  Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme du camps adverse, alors que l’autre, limite ses effets Ă  l’intĂ©rieur du territoire moral auquel appartient le terroriste. Ailleurs, il provoque l’indignation et le dĂ©goĂ»t.

L’acte terroriste, en effet, est un dĂ©fi Ă  des lois primordiales quasiment constitutives de la psychologie humaine. Tout d’abord, il paraĂźt ahurissant et mĂȘme aberrant, sur le plan moral. Si l’acte de tuer, mĂȘme justifiĂ© par de “bonnes raisons”, est, en soi, punissable par tous les systĂšmes moraux et juridiques[1], mais reste quand mĂȘme comprĂ©hensible, l’acte de tuer sans raison, plus exactement sans cause personnelle directe, par exemple de vengeance ou de haine Ă  l’Ă©gard de la victime, demeure totalement injustifiĂ©, donc incomprĂ©hensible. C’est un acte sans motif, puisqu’aucune causalitĂ© particuliĂšre ne lie l’auteur Ă  la victime. À ce titre, il devient gratuit, donc rĂ©pugnant.

Sur le plan politique, l’acte terroriste ne constitue pas simplement “un dĂ©fi Ă  la pensĂ©e politique”, mais Ă  la politique tout court. En effet, c’est un acte qui, Ă  premiĂšre vue, se retourne contre son auteur, dans la mesure oĂč la victime qui va tomber n’est pas rĂ©ellement la cible visĂ©e. IndĂ©pendamment du mauvais effet de propagande qu’il provoque contre lui-mĂȘme, l’acte terroriste se trompe toujours de cible, ce qui aggrave son cĂŽtĂ© politiquement aberrant.

  La question fondamentale qu’il convient de poser est la suivante : y aurait-il, derriĂšre le geste du bonze qui s’immole par le feu et celui des kamikazes qui se sacrifient et sacrifient avec eux des victimes situĂ©es en dehors du champ causal de cet exercice de la violence, un fondement culturel, le bouddhisme d’un cĂŽtĂ©, l’islam d’un autre cĂŽtĂ© ?

Nous savons que certains facteurs sont propices Ă  l’acte de barbarie. L’inĂ©galitĂ© Ă©conomique intolĂ©rable, la spoliation ou l’exclusion sociale, la domination politique fortifient les ressorts psychologiques de toute forme de violence, y compris le terrorisme. Les formes de ressentiment, issues de la frustration, de l’exploitation ou de l’injustice dĂ©veloppent Ă  leur tour l’esprit justicier et l’instinct d’agression, la haine de l’autre et l’instinct thymotique.

Notre question est de savoir si, à cÎté de ces facteurs, le facteur culturel pourrait entrer en ligne de compte.

                                               I

Pris isolĂ©ment, le facteur culturel ne peut rien expliquer. On ne peut en effet affirmer pĂ©remptoirement : telle religion, telle civilisation, telle culture est, en soi, productrice de terrorisme[2]. Cette thĂšse n’est pas soutenable, alors mĂȘme que l’on sait que  les Ă©vĂ©nements ou les textes fondateurs ou les valeurs fondamentales de telle ou telle culture Ă©lĂšvent ou  rabaissent Ă  des degrĂ©s divers l’appel Ă  la violence ou sa lĂ©gitimation.

Pour nous limiter au climat monothĂ©iste, il est Ă©vident, pour le lecteur des trois textes de l’Ancien testament, du Coran et des Evangiles, que la violence ne reçoit pas le mĂȘme traitement. Elle se trouve comparativement nettement dĂ©valorisĂ©e dans le texte Ă©vangĂ©lique. La charitĂ©, la non violence, la misĂ©ricorde y dominent. Il serait cependant erronĂ© de prĂ©tendre, Ă  partir de ce simple constat, que les principes du Texte vont diriger l’histoire particuliĂšre ou que l’expĂ©rience sera l’exacte rĂ©plique du texte  initiateur. Dans l’histoire, le christianisme par l’intermĂ©diaire de l’Eglise, des Etats et des peuples qui se rattachent Ă  son aire de civilisation, a produit autant, et certains pourront dire plus, de violence et de barbarie que les autres. Il ne peut donc y avoir de terrorisme par dĂ©termination – ou par dĂ©terminisme – culturel.

Pour agir, le facteur culturel a besoin d’ĂȘtre “politisĂ©”, c’est-Ă -dire qu’il doit s’intĂ©grer dans un contexte particulier social et historique. Tout dĂ©pend des circonstances particuliĂšres, du contexte concret de telle ou telle sociĂ©tĂ©. Il n’existe ni religion, ni philosophie, ni esprit civique, ni civilisation qui, par essence, serait propice au dĂ©veloppement du terrorisme.

Prenons comme exemple l’islam. On pourrait ĂȘtre tentĂ©, Ă©tant donnĂ© la corrĂ©lation actuelle Ă©vidente entre le terrorisme, en particulier le terrorisme international, et les mouvements islamistes radicaux, d’expliquer le phĂ©nomĂšne par rĂ©fĂ©rence aux traits fondamentaux de caractĂšre religieux, moral, intellectuel, propres Ă  la civilisation islamique. Le dĂ©sir absolu de Dieu, de l’éternitĂ© de la purification morale[3], l’unicitĂ© absolue du divin dans le corpus coranique, la nature ecclĂ©siale et “totaliste” de la communautĂ© des croyants provoquant immanquablement la confusion des instances politiques et religieuses affirmĂ©e dĂšs l’origine de l’islam, du temps mĂȘme du ProphĂšte, le caractĂšre illusoire et trompeur de la citĂ© terrestre au regard de la seule vĂ©ritĂ© de la cité  cĂ©leste, la responsabilitĂ© de l’individu, en charge du lui-mĂȘme et des autres, Ă  l’Ă©gard de Dieu, la valorisation de la violence restauratrice dans le texte coranique et dans les hadith du ProphĂšte, la familiaritĂ© du concept de “Jihad” dans la conscience politique et religieuse du musulman, l’obligation de combattre le mal et de restaurer l’ordre divin du monde toujours menacĂ© par les nuisances humaines de toutes sortes, l’impĂ©ratif de dĂ©fendre l’ummah islamique, pour la gloire de Dieu, tout cela constituerait autant de reprĂ©sentations, de valeurs, de rĂ©flexes mentaux et psychologiques favorables Ă  l’exercice sans limite de la violence et de la terreur. La dĂ©fense de l’islam, au service de la gloire de Dieu, constituerait une fin suprĂȘme, justifiant tous les moyens.

Tous ces arguments sont en eux-mĂȘmes corrects mais ne permettent nullement une quelconque conclusion de principe, sur le plan pratique, comme celle qui consisterait Ă  croire que la culture islamique est une culture de violence sans bornes. A la rigueur, on serait juste en droit d’affirmer que ces convictions fondamentales, dont certaines ne sont pas d’ailleurs scripturaires mais historiques, rendent les formes extrĂȘmes de violence possibles ou qu’elles peuvent aisĂ©ment servir Ă  les justifier aprĂšs coup. Mais on ne peut aller plus loin.

Un certain nombre de constats nous empĂȘchent d’aboutir Ă  une telle conclusion. Tout d’abord, sur le plan scripturaire, le texte fondateur quelles que soient ses sources ou ses branches, comprend autant d’appels Ă  l’exhortation, Ă  la paix, Ă  la conciliation et Ă  la condamnation de toutes les formes de violence sans droit. Ensuite, il faut encore rappeler que le texte n’a aucune souverainetĂ© sur le dĂ©roulement de l’histoire. L’autonomie de cette derniĂšre est absolue. Elle Ă©volue selon des mĂ©canismes, des causalitĂ©s et des nĂ©cessitĂ©s qui lui sont propres. Enfin, les historiens peuvent dĂ©montrer que l’histoire de l’islam connut de longues et nombreuses pĂ©riodes au cours de laquelle la civilisation islamique se manifesta avec Ă©clat, par la paix, le dialogue avec les autres civilisations, l’esprit d’ouverture et de tolĂ©rance.

 

II

Ce sont donc, en dĂ©finitive, les conditions historiques et les circonstances particuliĂšres de chaque Ă©poque qui constituent le seul critĂšre explicatif valable. Ce sont ces circonstances qui peuvent expliquer qu’une culture deviennent agressive. Ce sont ces conditions qui favorisent l’Ă©closion d’une pensĂ©e politique d’incitation Ă  la violence aveugle.

En ce qui concerne l’islam, toutes les conditions historiques actuelles se conjuguent pour faire d’une large partie de sa culture, en particulier de sa culture politique, une culture de violence et d’agression.

Parmi les Ă©lĂ©ments importants constitutifs de cette situation mentale particuliĂšre, nous pouvons tout d’abord Ă©voquer l’immense difficultĂ© devant laquelle se trouve la civilisation islamique d’avoir Ă  assumer le phĂ©nomĂšne de sa stagnation pour ne pas dire sa rĂ©gression depuis le XVIe siĂšcle, ensuite, la hantise du complot occidental contre l’islam, enfin les changements brutaux d’ordre sociologique et urbain, qui font des grandes villes du monde islamique actuel des centres de formation pour le dĂ©veloppement d’un culturalisme conservateur dĂ©libĂ©rĂ©ment anti moderniste et des nouvelles terres d’islam des espaces de diffusion de cette culture.

â–șComme l’Ă©crit Abdelwahab Meddeb, “le monde islamique n’a cessĂ© d’ĂȘtre l’inconsolĂ© de sa destitution.[4]” Pour tout observateur, il est aisĂ© aujourd’hui de constater dans la pensĂ©e et la parole des musulmans, spĂ©cifiquement ceux de la rĂ©gion arabe, la prĂ©sence d’une profonde nostalgie, parfois mĂȘme d’un romantisme certain, tournant autour du thĂšme des gloires du passĂ© et de la contribution du monde musulman au dĂ©veloppement de la civilisation mondiale, en particulier celle de l’Europe.

Le contraste entre une Europe moyenĂągeuse noyĂ©e dans l’obscurantisme et la stagnation culturelle face Ă  une civilisation islamique humaniste, brillante sur le plan du commerce, de la puissance militaire, de la science et des technologies, de la littĂ©rature et de la philosophie, constitue un sujet favori des dĂ©bats sociaux et historiques. Ce contraste se rĂ©vĂšle Ă  travers des figures emblĂ©matiques : l’Abbasside Haroun Errachid, rĂ©vĂ©lant la puissance de son empire Ă  Charlemagne, Saladin, l’Ayyubide, enseignant aux croisĂ©s l’esprit chevaleresque, le Sultan al Kamil ou l’Ă©mir FakhrĂ©ddine convaincant l’empereur FrĂ©dĂ©ric II de la supĂ©rioritĂ© de la civilisation orientale, lui rĂ©vĂ©lant mĂȘme l’esprit laĂŻc, l’Andalousie arabe, ses poĂštes, ses hommes de science, ses philosophes, creuset et origine, de la future renaissance europĂ©enne selon l’aveu mĂȘme de Pic de la Mirandole, consignĂ© au dĂ©but de son oeuvre  sur la “DignitĂ© de l’homme“.

â–ș Quant au dossier sur le complot occidental contre l’islam, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien fourni. Il est construit Ă  partir de faits objectifs, dans  le cycle d’une permanente hostilitĂ© entre l’islam, responsable de la division de l’unité  grĂ©co-latine du monde mĂ©diterranĂ©en, et l’Occident chrĂ©tien. Entre l’idĂ©e d’un cycle objectif d’hostilitĂ© et celle du complot, s’interpose Ă©videmment la subjectivitĂ© de l’interprĂšte, mais les faits sont lĂ . La Sainte Ligue, le dĂ©membrement de l’empire ottoman, que certains font remonter Ă  la bataille de LĂ©pante, le colonialisme rĂ©publicain et laĂŻciste faisant alliance avec l’Ă©glise contre l’islam, comme en tĂ©moigne le congrĂšs eucharistique de Carthage en 1925, les mandats britannique et français au Moyen-Orient, divisant artificiellement l’unitĂ© arabe au moyen orient, dĂ©bouchant finalement sur la crĂ©ation d’un foyer national juif, puis de l’Etat d’IsraĂ«l, en contradiction totale avec les principes mĂȘmes du mandat international confiĂ© aux puissances mandataires par la S.D.N, aujourd’hui, la politique amĂ©ricaine inconditionnellement rangĂ©e sur les positions de l’Etat hĂ©breu, provoquant en Irak le chaos, la destruction, la guerre civile, et des massacres incomparablement plus graves que ceux provoquĂ©s pendant tout le rĂ©gime baathiste de  Saddam Hussein, les politique de marginalisation, sinon d’exclusion des musulmans en Europe, le problĂšme de l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union EuropĂ©enne, tous ces Ă©vĂ©nements, dont la liste pourrait ĂȘtre considĂ©rablement allongĂ©e, sont interprĂ©tĂ©s, parfois Ă  tort, parfois avec raison, comme autant de signes irrĂ©cusables d’un immense complot de l’Occident visant Ă  anĂ©antir l’islam, en tant que civilisation mondiale concurrente.

Cet Ă©tat d’esprit contribue fortement Ă  la constitution d’un sentiment gĂ©nĂ©ralisĂ© de victimisation tout Ă  fait propice Ă  l’Ă©mergence d’une psychologie politique de revanche, restitutive et rĂ©paratrice, radicalement militante. La politique occidentale ne fait rien ou fait peu de chose pour attĂ©nuer ou combattre cette thĂšse du complot occidentale contre l’islam. François Burgat, a pu justement noter : “… toute la contradiction vient prĂ©cisĂ©ment de ce que l’Occident contribue d’une main Ă  renforcer, directement… ou indirectement… ce radicalisme qu’il prĂ©tend combattre de l’autre.[5]”  Se prononçant ensuite sur le rapport de causalitĂ© entre la culture et la radicalisation du monde islamique l’auteur ajoute : “La ‘maladie’ (culturelle) apparente ‘de l’islam’ est le produit et non la cause de ce cercle vicieux trĂšs politique oĂč est enfermĂ© le monde musulman et dont l’Occident se prĂ©occupe si peu de l’aider vĂ©ritablement Ă  sortir.[6]

          â–ș Les phĂ©nomĂšnes migratoires constituent une autre cause de dĂ©veloppement de cette psychologie victimaire, tendanciellement portĂ©e Ă  la violente. A l’intĂ©rieur des pays musulmans, l’exode rural perturbe gravement les fonctions civiques de la citĂ©. La population issue de l’exode rural ne participe nullement au dĂ©veloppement de l’esprit municipal. Elle provoque, au contraire, l’apparition d’une citoyennetĂ© de rupture, revendicatrice et revancharde, aussi bien par rapport Ă  l’establishment de la citĂ©, que par rapport Ă  l’Etat central. La surpopulation pĂ©riphĂ©rique des grandes citĂ©s comme Casablanca, Alger, Tunis, Le Caire, Islamabad ou Djakarta alimente et aggrave toutes les crises: celle du logement, en premier lieu, celle du transport, celle de la santĂ© ou du service public scolaire ou universitaire, celle du dĂ©sƓuvrement et du chĂŽmage. Sur son propre territoire le citoyen devient souvent un dĂ©racinĂ©, en divorce avec son milieu. La quĂȘte d’un refuge, la recherche du sens, par delĂ  l’Etat, deviennent, en consĂ©quence, des questions centrales de sa vie et en particulier de sa vie politique. Le culturalisme conservateur,  par sa nĂ©gation de l’ensemble « Occident-Etat national-Ă©lite occidentalisĂ©e », offre Ă  ce citoyen une rĂ©ponse Ă  premiĂšre vue satisfaisante Ă  ses problĂšmes vitaux. Les politiques ostensiblement culturalistes des gouvernements ne modifient que trĂšs peu les donnĂ©es du problĂšme : elles sont comprises comme de simples techniques d’agrippement au pouvoir.

Les migrations transnationales aboutissent approximativement au mĂȘme rĂ©sultat. Sur les nouvelles terres d’Islam, en Europe, aux États-Unis, au Canada, se constituent Ă©galement des minoritĂ©s pĂ©riphĂ©riques ethnico-religieuses caractĂ©risĂ©es par le dĂ©racinement,  l’exclusion et l’absence d’intĂ©gration rĂ©elle, la crispation autour d’une identitĂ© inventĂ©e. La quĂȘte du refuge s’exprime ici alors par le dĂ©marquage et l’hostilitĂ© latente Ă  l’Ă©gard du milieu. Le culturalisme radical, celui d’un Sayed Kotb, d’un MawdĂ»di,  ou d’un Hassan al Bannah, lĂ  encore, va pouvoir offrir Ă  la psychologie victimaire, en particulier par l’intermĂ©diaire d’Internet, des raisons de croire ou d’espĂ©rer, de nier ou de haĂŻr, des motifs pour agir, des utopies virtuelles, l’Ummah, la Khilafa, pour se reconnaĂźtre et se rassembler, une technique de violence, le  jihad,  Ă  leurs yeux salutaire pour s’affirmer. Une culture du sacrifice, du don de soi et du martyr, impliquĂ© par le concept de jihad lui-mĂȘme va nourrir le terrorisme des « ArmĂ©es de Mohamed », d’al Qa’ida,  et des partis jihadistes.

III

La vĂ©ritable question, par consĂ©quent, n’est pas de savoir si telle ou telle culture est de nature Ă  encourager ou produire le terrorisme, mais, quel type de culture, dans un contexte particulier, pourrait le favoriser.

PlacĂ©e dans certaines circonstances, une culture donnĂ©e peut exacerber la haine de l’autre, Ă  un point tel que l’acte terroriste pourrait y trouver une justification, une juste cause, du moins aux yeux de celui qui l’accomplit.

Dans de telles circonstances, la politique devient une passion pure et non plus le champ du calcul rationnel  pour dĂ©fendre ou sauvegarder le plus grand ou le meilleur intĂ©rĂȘt possible, Ă  la fois pour la gloire des gouvernants et pour la satisfaction des gouvernĂ©s. On ne raisonne plus alors en termes d’intĂ©rĂȘts bien compris, de rĂ©sultats escomptĂ©s et possibles, mais on agit pour assouvir  une passion. Cette derniĂšre est loin d’ĂȘtre aveugle. C’est le rĂ©sultat qui le devient.

Ce type de culture est, en gĂ©nĂ©ral, le produit d’un enfermement Ă  la fois sur l’identitĂ© et sur le dialogue ou la reconnaissance purement intĂ©rieurs, c’est-Ă -dire la culture endophasique.

â–ș La culture identitaire  se forme lorsqu’une nation, un peuple, ou un groupe social donnĂ©, fixe ses horizons de pensĂ©e sur le culte  exclusif de son identitĂ©. Il s’agit d’une surĂ©valuation d’un certain nombre de facteurs composant normalement et nĂ©cessairement l’identitĂ©, tels que la langue, la religion ou l’histoire.

Vue par ses propres locuteurs, la langue devient alors  le signe de l’inimitable, de l’incomparable. Cette situation est particuliĂšrement forte dans le cas oĂč la langue est associĂ©e Ă  un texte sacrĂ©. Elle devient alors la langue miracle, comme pour les arabes, rehaussant leur langue, la “langue du DhĂąd” au niveau du sacrĂ©. Les autres langues ne sont pas de la mĂȘme veine.

Comme la langue, la religion est Ă©galement fondatrice d’identitĂ©. Dans des circonstances normales, de paix et d’Ă©change, la religion peut faire signe vers l’ouverture d’esprit, la tolĂ©rance et l’acceptation de l’autre. Dans des circonstances de tension, de frustration, d’injustice, la religion peut ĂȘtre rĂ©inventĂ©e au service de l’agression et de la violence restitutive ou. rĂ©paratrice.

Quant Ă  l’histoire, elle consiste en une science entre les mains des interprĂštes. Ces derniers, souvent avec la plus flagrante mauvaise foi, peuvent la travestir, accentuer dans tous les sens les grands Ă©vĂ©nements du destin historique, mettre l’histoire au service d’une identitĂ© agressive ou d’un nationalisme dĂ©fensif.

Tous ces Ă©lĂ©ments sont indispensables Ă  la formation et au dĂ©veloppement de la personnalitĂ© d’une nation. Mais il suffit que les circonstances historiques qui entourent les relations avec l’autre soient gravement dĂ©tĂ©riorĂ©s, pour que ce culte de soi, par la langue, la religion ou l’histoire,  aille jusqu’Ă  produire les figures extrĂȘmes de la violence, et en particulier l’acte terroriste.

La culture identitaire peut se  voir suractivĂ©e par le sentiment de la victimisatoin que nous avons prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©e. Cette derniĂšre provient Ă  la fois de faits historiques objectifs, mais Ă©galement d’une dose certaine de jugements subjectifs qui poussent  le groupe Ă  se poser comme la cible d’une injustice, d’un complot, d’une entreprise de domination, d’exploitation ou de destruction. Telle est, aujourd’hui, la situation du monde islamique.

Ce dernier est encore sous l’emprise de nombreux complexes, celui du colonisĂ©, celui de l’exclu, du minoritaire, de l’exploitĂ©, du vaincu et du dĂ©possĂ©dĂ©.

â–ș  De mĂȘme, les circonstances historiques peuvent faire qu’un peuple ne parle plus qu’en langage intĂ©rieur, enfermĂ© sur soi-mĂȘme. La culture endophasique est tout le contraire de la culture moderne. Si, comme l’affirme Abdallah Laroui, l’homme moderne et celui qui “n’a pas de fond”, l’homme endophasique est celui qui ne regarde que son propre miroir, pour ne voir que sa seule image, avec son propre fonds.

La culture endophasique repose sur un certain nombre d’Ă©lĂ©ments Ă  combinaisons variables dans le temps et l’espace. Tout d’abord, la certitude d’ĂȘtre dans le droit chemin, celui de la vĂ©ritĂ©, de dĂ©tenir cette derniĂšre Ă  titre exclusif. Ensuite, l’exaltation, c’est-Ă -dire la soumission de la pensĂ©e Ă  des modes passionnels de rĂ©flexion. Le mode passionnel de rĂ©flexion, par l’effet de son aveuglement donne des motifs trĂšs forts pour l’action. Le don de soi devient le sacrifice suprĂȘme. Enfin, la sacralisation et la transcendantalisation qui placent toute action, en particulier l’action politique, dans une perspective mythique, en dehors du temps terrestre. Dans cette perspective, le dĂ©bat politique n’est plus un dĂ©bat, mais une consĂ©cration, puisque la vie est ailleurs, que l’ici-bas n’est rien et que le paradis constitue la rĂ©compense pour les seuls justes, c’est-Ă -dire, en fait, ceux qui tiennent le discours.

Analysant le discours religieux contemporain, dans l’aire de civilisation islamique, Nasr Hamed Abou zeĂŻd, dans sa « Critique du discours religieux »[7], analyse avec beaucoup de finesse les mĂ©canismes de ce discours. Il est construit Ă  la fois sur l’amalgame entre la pensĂ©e et la religion, sur le rattachement des phĂ©nomĂšnes Ă  un principe unique, sur le recours au patrimoine et Ă  l’autoritĂ© des anciens, sur l’intolĂ©rance et l’anathĂšme, enfin sur le rejet de l’historicitĂ© de l’existence humaine. Ses postulats reposent sur la souverainetĂ© absolue du divin et le rĂ©fĂ©rentiel exclusif au Texte.

Le mode passionnel  de raisonnement que nous venons d’Ă©voquer repose uniquement sur des a priori. Il n’est pas, Ă©pistĂ©mologiquement parlant, capable d’admettre ce que Abu ZeĂŻd appelle “historicitĂ©”, c’est-Ă -dire le fait que le Coran constitue un texte linguistique, que la langue nous met au cƓur de la culture et que le texte, par consĂ©quent, n’est pas dĂ©tachable de son contexte culturel particulier. Il Ă©crit Ă  ce propos : “Les textes religieux ne sont, en derniĂšre analyse, que des textes linguistiques, en ce sens qu’ils appartiennent Ă  une structure culturelle dĂ©terminĂ©e, qu’ils sont produits conformĂ©ment aux lois rĂ©gissant la culture qui les a vu naĂźtre et dont la langue est justement le principal systĂšme sĂ©miotique.[8]

Conclusion.

Aucune culture, en soi, n’est productrice de violence ou de terreur. Ce sont les circonstances particuliĂšres qui expliquent qu’une certaine culture peut devenir, Ă  un certain moment de son histoire, un Ă©lĂ©ment d’explication du terrorisme.

Ce dernier, par la nĂ©gativitĂ© mĂȘme de son processus, par le mal et la peur qu’il engendre, participe, objectivement, au rééquilibrage des forces, et au changement de circonstances. Au minimum, il fait prendre conscience qu’une  situation anormale et intolĂ©rable existe pour certains et que des remĂšdes de tous ordres doivent lui ĂȘtre trouvĂ©s. Au maximum, hypothĂšse possible, il peut venir Ă  bout de ses adversaires et triompher politiquement. L’histoire lui donne alors raison.

Il n’existe pas mille moyens de lutter contre le terrorisme. Le premier, c’est la contre violence terroriste. L’actualitĂ© de notre monde, en Afghanistan, en Irak, en Palestine, nous montre que cette contre violence aussi massive soit-elle aboutit Ă  l’impasse, qu’elle est incapable de mettre fin au terrorisme et que, en revanche, elle est susceptible de l’alimenter et de le renforcer .

Le deuxiĂšme consiste Ă  aller vers sa source explicative, en vue d’Ă©tablir plus de justice, Ă©conomique, sociale, politique, culturelle, au niveau des relations internationales. Il s’agit lĂ  d’un impĂ©ratif qui consiste Ă  la fois Ă  agir sur les causes profondes du terrorisme et, parce que la paix procĂšde toujours et nĂ©cessairement d’une nĂ©gociation, Ă  se soumettre aux conditions et revendications du terroriste, tout simplement parce que ces derniĂšres ne constituent  pas systĂ©matiquement des aberrations. Pour lutter contre le terrorisme avec efficacitĂ©, il est nĂ©cessaire de prendre conscience que ce dernier peut avoir de bonnes raisons d’agir comme il le fait.

Le troisiĂšme, consiste Ă  dĂ©velopper la contre-culture terroriste. Comme le recommande l’AssemblĂ©e parlementaire du Conseil de l’Europe : “La culture sous tous ses aspects – art, patrimoine, religion, mĂ©dias, Science, enseignement, jeunesse et sport – peut jouer un grand rĂŽle pour prĂ©venir le dĂ©veloppement d’une mentalitĂ© terroriste, pour dissuader les terroristes Ă©ventuels et pour les couper de tout soutien plus vaste. Son importance Ă  cet Ă©gard est nĂ©anmoins frĂ©quemment sous-estimĂ©e.” (Recommandation 1687.2004. prĂ©citĂ©e). Cette contre-culture terroriste peut s’accomplir par la lutte contre les prĂ©jugĂ©s de toutes sortes, le combat contre la culture identitaire et endophasique, le dĂ©veloppement de l’esprit critique et de la relativitĂ©, l’abolition des certitudes absolutistes et absolutoires, l’encouragement de l’esprit philosophique, l’ouverture sur l’autre et la tolĂ©rance. Seule une politique culturelle ouverte, scientifique, critique, rationnelle, relativiste, peut rĂ©ellement venir Ă  bout de la culture terroriste. La lutte contre le terrorisme n’est pas une simple affaire de militaires et de policiers. C’est une trĂšs vaste entreprise intellectuelle. 


[1] Sur la base du principe que nul ne peut se faire justice Ă  soi-mĂȘme.

[2] C’est la thĂšse adoptĂ©e par la diplomatie mondiale. Elle est, par exemple admise par la recommandation 1687 (2004), de l’AssemblĂ©e parlementaire du Conseil de l’Europe, entĂ©rinĂ©e par la suite par le ComitĂ© des ministres. Cette recommandation a Ă©tĂ© adoptĂ©e par l’AssemblĂ©e parlementaire, Ă  la suite des travaux de la Commission permanente de la culture, de la science et de l’Ă©ducation (rapporteur M. Sudarenkov). Nous lisons dans cette recommandation :

“L’AssemblĂ©e est rĂ©solument opposĂ©e Ă  toute tentative de qualifier de terroriste telle culture mondiale, nationale, rĂ©gionale ou locale. En mĂȘme temps, dans certaines conditions, n’importe quelle sociĂ©tĂ© est capable de secrĂ©ter du terrorisme.

L’interprĂ©tation extrĂ©miste de certains Ă©lĂ©ments d’une culture ou d’une religion particuliĂšre, tels le martyre hĂ©roĂŻque, le sacrifice, l’apocalypse ou la guerre sainte, ainsi que les idĂ©ologies laĂŻques (nationalistes et rĂ©volutionnaires) peuvent aussi ĂȘtre invoquĂ©es pour justifier des actes terroristes.”                                                                                                                          

[3] Coran, Sourate III, verset 169.

[4] Abdelwahab Meddeb, La maladie de l’islam, Seuil, 20002, 18.

[5] François Burgat, L’Islamisme Ă  l(heure d’al-qaĂŻda.La DĂ©couverte, 2005, p.199 et 200.

[6] Ibid.

[7] Nasr Hamed Abu zeïd,Critique du discours religieux, Sindbad-Actes-Sud, 1999,. Essais traduits de l’arabe par Mohamed Chairet.

[8] Op. cit, p. 63

 (Source : « Mouwatinoun »N° 43, – organe du Forum DĂ©mocratique pour le Travail et les LibertĂ©s –  datĂ© le 2 janvier 2008)

 


 

LA  POLITIQUE  EUROPEENNE  DE  VOISINAGE  TROIS  ANS  APRES

Ahmed OunaĂŻes – Tunis, 21 dĂ©cembre 2007

 

Quel est l’apport de la Politique EuropĂ©enne de Voisinage Ă  notre rĂ©gion, et notamment Ă  la Tunisie ? De mars 2003 Ă  mai 2004, trois documents de la Commission EuropĂ©enne ont dĂ©veloppĂ© la nouvelle initiative de Politique EuropĂ©enne de Voisinage. Mais c’est M. Romano Prodi qui, le 31 mars 2003 Ă  Tunis, avait le premier exposĂ© pour nous l’esprit de cette initiative. Dans la foulĂ©e, entre dĂ©cembre 2003 et juin 2004, le Conseil EuropĂ©en adoptait deux autres documents essentiels : la StratĂ©gie europĂ©enne de sĂ©curitĂ© et le Partenariat stratĂ©gique avec la MĂ©diterranĂ©e et le Moyen Orient. Ces engagements, coĂŻncidant avec le grand Ă©largissement, forment un tout. Le 9 dĂ©cembre 2004, Mme Ferrero Waldner, Commissaire pour les Relations ExtĂ©rieures et la Politique EuropĂ©enne de Voisinage, prĂ©sentait les 7 premiers Plans d’Action Ă©tablis dans le cadre de la PEV, en consultation avec les pays voisins et partenaires, dont la Tunisie et le Maroc. Ce premier pas marque dĂ©jĂ  un bon point : la diffusion publique des Plans d’Action, avec la mention des prioritĂ©s retenues pour chaque pays, avait provoquĂ© des remous chez certains gouvernements pour qui la mĂ©thode transgressait la sphĂšre inter gouvernementale et ouvrait aux sociĂ©tĂ©s concernĂ©es, y compris chez nous en Tunisie, la possibilitĂ© de prendre connaissance des lignes d’action prĂ©conisĂ©es et de rĂ©aliser ainsi la consistance et la portĂ©e vĂ©ritable de la nouvelle politique. Cette mĂ©thode a amĂ©liorĂ© dans l’opinion publique la perception du Partenariat et favorisĂ© ainsi l’objectif de l’appropriation. C’est un premier acquis.

            Le 21 fĂ©vrier 2005, les 7 Plans d’Action Ă©taient approuvĂ©s par le Conseil EuropĂ©en, tandis que les gouvernements des pays concernĂ©s les approuvaient tardivement, le Maroc et la  Tunisie notamment en juillet 2005, les derniers parmi les sept. A la mĂȘme date, l’accord d’Association avec l’AlgĂ©rie n’était pas encore entrĂ© en vigueur ; ce sera en septembre 2005. Mais ce n’est pas pour cette raison que l’AlgĂ©rie avait dĂ©clinĂ© la mĂ©thode des Plans d’Action et prĂ©fĂ©rĂ© s’en tenir Ă  l’Accord d’Association.

L’intĂ©rĂȘt de la PEV tient Ă  son approche comprĂ©hensive ouvrant la voie, dans chaque pays, Ă  une dynamique de mise Ă  niveau cohĂ©rente et globale. L’impĂ©ratif du dĂ©veloppement Ă©conomique est ainsi recadrĂ© dans un contexte Ă©volutif incluant Ă©galement la dĂ©mocratie, l’Etat de droit et la sociĂ©tĂ© civile. La prioritĂ© accordĂ©e par les gouvernements des partenaires mĂ©diterranĂ©ens au seul dĂ©veloppement Ă©conomique ne saurait garantir un progrĂšs vĂ©ritable tant que prĂ©vaut le statu quo politique et tant que la sociĂ©tĂ© civile demeure fragile, fragmentĂ©e et Ă©touffĂ©e. Les programmes MEDA rĂ©alisĂ©s jusque lĂ  n’avaient guĂšre obĂ©i Ă  cette synergie. Les Plans d’Action sont Ă©laborĂ©s sur la base de Rapports prĂ©alables Ă©tablis pays par pays et qui font le point des progrĂšs et des lacunes. Sur cette base, les Plans hissent de nouvelles prioritĂ©s en dĂ©gageant les lignes d’action nĂ©cessaires dans chaque pays suivant son contexte spĂ©cifique. Les Rapports par pays Ă©taient prĂȘts, pour la majoritĂ© d’entre eux, en mai 2004 – y compris pour la Tunisie. C’est ainsi que les premiers Plans d’Action avaient pu ĂȘtre Ă©laborĂ©s et prĂ©sentĂ©s en dĂ©cembre 2004.

La co-responsabilitĂ© dans l’élaboration du Plan d’Action ne va pas pour autant jusqu’à l’ingĂ©rence dans la dĂ©cision ultime relative aux programmes d’exĂ©cution, qui incombe toujours au gouvernement concernĂ©. Mais si, en passant du Plan d’Action Ă  la programmation des projets, les dĂ©cisions gouvernementales endossent les prioritĂ©s dĂ©finies, notre Partenaire europĂ©en en tiendra compte au moyen d’une large politique d’incitation et d’encouragement incluant, entre autres facteurs, le volume du financement. C’est lĂ  aussi un acquis dĂ©cisif de la PEV.

Pour la Tunisie et le Maroc, sur les 79 points et 85 points des Plans d’Action respectifs couvrant la plus large gamme de secteurs, les quatre premiĂšres prioritĂ©s sont :

Pour la Tunisie : 1- Consolider les institutions garantissant la dĂ©mocratie et l’Etat de droit ;

2- Consolider l’indĂ©pendance et l’efficacitĂ© de la justice et amĂ©liorer les conditions pĂ©nitentiaires ; 3- Respect des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales conformĂ©ment aux conventions internationales ; 4- Respect de la libertĂ© d’association, d’expression et le pluralisme des mĂ©dias en conformitĂ© avec le Pacte International relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies.                                                                                                                                 Pour le Maroc : 1- Consolider les instances administratives chargĂ©es de veiller au renforcement de la pratique dĂ©mocratique et de l’Etat de droit ; 2- Augmenter les efforts pour faciliter l’accĂšs Ă  la justice ; 3- CoopĂ©ration en matiĂšre de lutte contre la corruption ; 4- Assurer une protection des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales conformĂ©ment aux normes internationales.

            Rarement un partenaire extĂ©rieur a pu formuler avec cette nettetĂ© un tel faisceau de prioritĂ©s relativement Ă  nos deux pays. Rappelons que l’AlgĂ©rie n’est pas Ă©pargnĂ©e sur le fond, elle a simplement refusĂ© d’emblĂ©e de souscrire Ă  un Plan d’Action. Pour nous, la force et la pertinence de ces prioritĂ©s tiennent au fait qu’elles relayent les exigences longtemps formulĂ©es par la sociĂ©tĂ© civile dans nos pays. C’est un point fort de la Politique EuropĂ©enne de Voisinage d’avoir fait Ă©cho Ă  notre voix et d’avoir soulignĂ© dans un document formel et public le lien entre l’impĂ©ratif du dĂ©veloppement Ă©conomique et l’exigence concomitante de la dĂ©mocratie et de l’Etat de droit. Au-delĂ  de cette percĂ©e, quels changements la PEV a-t-elle rĂ©alisĂ© dans notre rĂ©gion à l’échĂ©ance de dĂ©cembre 2007 ?

Pour sa part, le Maroc s’est distinguĂ© par des progrĂšs en matiĂšre de droits de l’Homme et par une ouverture politique saluĂ©e par l’ensemble de la sociĂ©tĂ© civile. Il s’estime, de ce fait, habilitĂ© Ă  demander un statut privilĂ©giĂ© au sein du Partenariat Euro MĂ©diterranĂ©en. 

En Tunisie, la crĂ©ation d’un Sous ComitĂ© des Droits de l’Homme et de la DĂ©mocratie  dans le cadre Euro Tunisien est acceptĂ©e, et la premiĂšre session du Sous-ComitĂ© a pu se tenir Ă  Tunis le 12 novembre dernier, Ă  temps avant la reprise du ComitĂ© d’Association qui a pu enfin se rĂ©unir Ă  Bruxelles le 19 novembre. En revanche, au cours des trois derniĂšres annĂ©es, les institutions des droits de l’Homme Ă©taient harcelĂ©es, assiĂ©gĂ©es, privĂ©es de contact avec les militants, privĂ©es de l’usage de leurs comptes et finalement rĂ©duites Ă  l’immobilisme. Le 7 novembre 2007, le ComitĂ© contre la Torture, créé en vertu de l’Article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants, adopte au cours de sa 39e session une DĂ©cision relative Ă  une requĂȘte dĂ©posĂ©e le 2 mai 2005 par un citoyen tunisien militant des droits de l’Homme, co-fondateur en 2003 de l’Association Tunisienne de Lutte contre la Torture et ĂągĂ© aujourd’hui de 73 ans. Au terme d’une procĂ©dure contradictoire oĂč le plaignant et l’Etat tunisien, partie de la Convention, Ă©taient reprĂ©sentĂ©s et avaient prĂ©sentĂ© leurs observations et dĂ©posĂ© plusieurs MĂ©moires, le ComitĂ© confirme d’abord la ‘’recevabilitĂ© de la requĂȘte’’ puis il statue sur le fond en dĂ©clarant que les faits prĂ©sentĂ©s par le requĂ©rant ‘’sont constitutifs de torture’’ et que la Tunisie ne s’est pas acquittĂ©e de ses obligations en vertu de 4 articles de la Convention (article 1, acte de torture constitué ; article 12, procĂ©der immĂ©diatement Ă  une enquĂȘte impartiale ; article 13, assurer au requĂ©rant le droit de porter plainte devant les autoritĂ©s compĂ©tentes ; article 14, le droit Ă  rĂ©paration de la victime). La DĂ©cision retient donc (§ 17 de la DĂ©cision N° 269/2005) la ‘’violation des articles 1, 12, 13 et 14 de la Convention.’’ Le Rapport de base sur la Tunisie Ă©tabli par la Commission EuropĂ©enne et datĂ© 12 mai 2004 mentionne expressĂ©ment (§ 2.2) la Convention contre la torture. Le Sous ComitĂ© des Droits de l’Homme et de la DĂ©mocratie a-t-il donc, le 12 novembre dernier, versĂ© une telle DĂ©cision dans son Agenda ?

D’autre part, la politique des mĂ©dias n’a enregistrĂ© aucun progrĂšs. L’opinion publique tunisienne Ă©tait-elle informĂ©e de la session Ă  Tunis mĂȘme du Sous ComitĂ© des Droits de l’Homme et de la DĂ©mocratie ou des dĂ©veloppements de la derniĂšre plainte devant le ComitĂ© contre la Torture, qui s’est pourtant dĂ©veloppĂ©e depuis le 2 mai 2005 jusqu’au 7 novembre 2007 ? Une plainte prĂ©cĂ©dente, enregistrĂ©e devant le mĂȘme ComitĂ© en 2001 et qui fut conclue le 14 novembre 2003 (Communication N° 187/2001), avait Ă©tĂ© passĂ©e sous silence alors que ces documents du ComitĂ© sont publics. Le Rapport de base sur la Tunisie du 12 mai 2004 relevait dĂ©jĂ  le caractĂšre restrictif de la lĂ©gislation relative aux libertĂ©s de presse et de publication et ajoutait « la censure est largement appliquĂ©e tant aux mĂ©dias qu’aux journaux et pĂ©riodiques Ă©trangers. Cette situation, est-il prĂ©cisĂ©, est confirmĂ©e par les observateurs internationaux et des ONG spĂ©cialisĂ©es. » Aucun progrĂšs Ă  cet Ă©gard. Sur d’autres plans, nous enregistrons une redondance d’institutions et d’organes de presse – Radio, chaĂźne de tĂ©lĂ©vision, magazines hebdomadaires en arabe et en français – mais qui ne se traduisent guĂšre, au niveau de la sociĂ©tĂ© ni au niveau de l’homme tunisien, par la libertĂ© d’expression ni par la jouissance des autres libertĂ©s rappelĂ©es dans les prioritĂ©s du Plan d’Action.

Enfin, le processus de dĂ©veloppement Ă©conomique se poursuit et la politique de privatisation progresse. Les chiffres rendent compte, d’annĂ©e en annĂ©e, d’une participation accrue de nos partenaires europĂ©ens traditionnels en matiĂšre d’échanges et d’investissements. Cependant, les pratiques de concurrence sont aliĂ©nĂ©es Ă  un double niveau. D’une part, l’existence persistante d’un commerce parasite exonĂ©rĂ© des taxes d’importation, que les tunisiens  baptisent ‘’souk Moncef Bey’’, maintient une dualitĂ© du marchĂ© qui est loin d’illustrer ‘’dans la lĂ©gislation cadre en vigueur, le respect des principes de non discrimination, de transparence et d’équitĂ© des procĂ©dures’’ expressĂ©ment mentionnĂ©s dans le Plan d’Action. D’autre part, nos partenaires europĂ©ens savent mieux que les autres, parce qu’ils sont les plus ciblĂ©s, la pratique des partenaires parasites qui s’insĂšrent dans les projets d’investissement sous diverses pressions et qui, par leur sĂ©lection et leurs connexions, manifestent que le libĂ©ralisme de l’économie tunisienne est plombĂ© par le clientĂ©lisme. De telles pratiques, si elles prĂ©valaient dans les pays candidats Ă  l’adhĂ©sion, les auraient d’emblĂ©e disqualifiĂ©s. Mais dans le cercle du voisinage mĂ©diterranĂ©en, les europĂ©ens s’en accommodent, y trouvent leur compte et y puisent des raisons d’accroĂźtre leur influence particuliĂšre. De ce fait, un problĂšme de fond est posĂ©.

Complaisance et accommodement prĂ©valent Ă©galement dans le champ mĂ©diterranĂ©en. La Politique EuropĂ©enne de Voisinage vise Ă  ‘’renforcer la stabilitĂ©, la sĂ©curitĂ© et le bien ĂȘtre pour tous et Ă  prĂ©venir l’émergence de nouvelles lignes de fracture.’’ Ainsi s’exprimait Mme Ferrero Waldner en dĂ©cembre 2004. M. Prodi dĂ©clarait Ă  Tunis « Nous voulons bĂątir des relations vĂ©ritablement spĂ©ciales avec nos voisins
 Nous avons des objectifs partagĂ©s par tous, au Nord et au Sud de la MĂ©diterranĂ©e, sur ce que nous voulons atteindre ensemble. La politique de voisinage, je dirais plus, soulignait-il, la philosophie du voisinage, doit nous permettre de mettre en Ɠuvre ce projet commun. » Ainsi s’exprimait M. Prodi Ă  Tunis en mars 2003. Nous avions donc des raisons d’espĂ©rer. Or, je dois ici mentionner quatre exemples oĂč les choix politiques de nos partenaires europĂ©ens au cours de cette pĂ©riode n’ont guĂšre servi de tels objectifs, ni au titre du Voisinage ni au titre du Partenariat stratĂ©gique.                                                                                                                   

 1- Nos partenaires europĂ©ens se sont abstenus en bloc, au cours de l’annĂ©e 2004, de plaider devant la Cour Internationale de Justice une quelconque position sur la lĂ©galitĂ© du mur de sĂ©paration qu’IsraĂ«l Ă©difie sur les territoires palestiniens occupĂ©s, y compris Ă  l’intĂ©rieur et sur le pourtour de JĂ©rusalem Est. Nous voyons mal pourquoi la tradition juridique europĂ©enne n’est pas mise au service de la paix dans son propre voisinage ;                                                                                   

2- Le 14 avril 2005, le Conseil d’Association UE / IsraĂ«l se tient pour la premiĂšre fois Ă  JĂ©rusalem en dĂ©rogation de la doctrine constante de l’UE qui, jusque lĂ , avait soutenu sans faille la validitĂ© des rĂ©solutions du Conseil de SĂ©curitĂ© sur la question, notamment la rĂ©solution 478 qui interdit de considĂ©rer JĂ©rusalem comme la capitale d’IsraĂ«l. L’UE a-t-elle pris des garanties prĂ©alables avant d’assumer cette incroyable dĂ©rogation ? IsraĂ«l ne s’est guĂšre embarrassĂ© de prendre JĂ©rusalem pour base afin de torpiller le nouveau processus de paix inaugurĂ© Ă  Annapolis les 27 et 28 novembre 2007 : le 4 dĂ©cembre, sept jours aprĂšs la ConfĂ©rence de Paix, le gouvernement israĂ©lien lance un appel d’offres pour construire 300 logements en extension de la colonie Ă©difiĂ©e Ă  JĂ©rusalem Est sur la colline d’Abou Ghouneim (rebaptisĂ©e Har Homa) ; et le 19 dĂ©cembre, deux jours aprĂšs la ConfĂ©rence des Donateurs Ă  Paris, IsraĂ«l lance encore un plan de construction de 10.000 logements au sein mĂȘme de JĂ©rusalem Est. Quel avantage Javier Solana a-t-il tirĂ© de l’exceptionnelle dĂ©rogation d’avril 2005 pour mettre en garde IsraĂ«l dans ses discours Ă  Annapolis et Ă  Paris ? Son silence total sur la politique d’expansion des colonies et sur la question sensible de JĂ©rusalem confine Ă  l’aveuglement ;                                                                                                                 3- DĂšs le dĂ©clenchement des bombardements israĂ©liens contre le Liban le 12 juillet 2006, nos partenaires europĂ©ens se sont prononcĂ©s en bloc contre un cessez-le-feu alors que l’armĂ©e libanaise ne disposait d’aucun moyen d’assurer la dĂ©fense du pays, ayant Ă©tĂ© soumise Ă  un embargo depuis plus de 20 ans. Que signifie ce choix politique sinon exposer ce partenaire Ă  une destruction sauvage qui n’a pas manquĂ© de se matĂ©rialiser sans trĂȘve pendant plus d’un mois ?    4- Le 20 septembre 2007, l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale de l’AIEA approuve une rĂ©solution parrainĂ©e par les pays arabes et qui fait de la rĂ©gion du Moyen Orient une zone exempte d’armes nuclĂ©aires. Nos partenaires europĂ©ens se sont abstenus en bloc dans le vote de la rĂ©solution. Le choix des pays arabes rĂ©pond pourtant Ă  la doctrine mĂȘme du TraitĂ© de Non ProlifĂ©ration auquel nos partenaires europĂ©ens, il y a 15 ans, pressaient tous les pays mĂ©diterranĂ©ens d’adhĂ©rer. Quand l’enjeu porte sur la Non ProlifĂ©ration nuclĂ©aire, que signifie l’abstention ?

Ces exemples ne contribuent guĂšre Ă  amĂ©liorer la confiance ni Ă  attĂ©nuer les tensions persistantes, sources d’instabilitĂ© et gĂ©nĂ©ratrices de violences de toutes natures. Ils tĂ©moignent que la Politique de Voisinage a certes des points forts, mais qu’elle recĂšle aussi des incohĂ©rences et des contradictions qui trahissent l’absence d’une stratĂ©gie. L’Union EuropĂ©enne n’a pas formĂ© un concept cohĂ©rent de son voisinage mĂ©diterranĂ©en. Si le concept de l’Europe est formĂ© et qu’il s’affirme, ce dont pour notre part nous nous fĂ©licitons en raison du nĂ©cessaire rééquilibre mondial, le concept de la MĂ©diterranĂ©e, pour les europĂ©ens, est encore confus, fragmentĂ© et parasitĂ© par des calculs et par des principes inavouables qui expliquent les silences, les abstentions et les Ă©quivoques. C’est trĂšs justement une politique de voisinage, sans plus.     

 (Source : « Mouwatinoun »N° 43, – organe du Forum DĂ©mocratique pour le Travail et les LibertĂ©s –  datĂ© le 2 janvier 2008)


 

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