C.R.L.D.H. Tunisie: RĂ©union publique – Elections prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives sur fond de rĂ©pression politique et sociale AISPP: Arrestations Ă El Alia LibertĂ© et EquitĂ©: Nouvelles des libertĂ©s en Tunisie Kalima: Arrestation de deux jeunes – On ne sait pas ce quâil est advenu dâeux, ni la raison de leur arrestation Kalima: Ouahid Brahmi convoquĂ© par la SĂ»retĂ© Essabil on Line: Pas d’indemnisations pour Mme Raddadi Nawaat: âLa rĂ©gente de Carthageâ : les extraits du livre Ă©vĂ©nement sur Leila Trabelsi Ă©pouse Ben Ali Toulouse7: Au pouvoir depuis 22 ans, Ben Ali sĂ©duit encore des Ă©tudiants tunisiens Ă Toulouse Biju: LES CHEMISES MAUVES BEN ALI DESTROY
Sonia Derbali: L’acte fondateur
Tunisie : Elections prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives sur fond de rĂ©pression politique et sociale et de violations rĂ©currentes des libertĂ©s et des droits de l’Homme.
Nouvelles des libertés en Tunisie
Arrestation de deux jeunes On ne sait pas ce quâil est advenu dâeux, ni la raison de leur arrestation
 Ouahid Brahmi convoqué par la Sûreté
âLa rĂ©gente de Carthageâ : les extraits du livre Ă©vĂ©nement sur Leila Trabelsi Ă©pouse Ben Ali
LeĂŻla Trabelsi avait demandĂ© lâinterdiction de ce livre au Tribunal de grande instance de Paris. Le livre comportant, selon elle, « des passages diffamatoires et dâautres injurieux » Ă son encontre. Elle a finalement Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©e le 30 septembre, et condamnĂ©e Ă verser 1500⏠à la maison dâĂ©dition du livre. Le tribunal avait notamment considĂ©rĂ© que celle-ci « nâa pas respectĂ© dans son assignation lâobligation qui pĂšse sur elle dâindiquer les textes de loi applicables Ă la poursuite ». Un comble pour une « diplĂŽmĂ©e en droit »âŠ
Le livre est donc disponible en librairie, en 18 000 exemplaires, depuis le 1 octobre et ne manquera certainement pas dâĂȘtre un succĂšs commercial. Rappelons que le livre âNotre Ami Ben Aliâ du mĂȘme Nicols beau, coĂ©crit avec Jean-Pierre Turquoi, sâĂ©tait vendu comme des petits pains et mĂȘme rééditĂ©. Les services consulaires tunisiens des pays oĂč le livre Ă©tait en vente, avaient reçu lâordre dâen acheter le plus dâexemplaire possible.
ConsidĂ©rant le fait que le livre est dĂ©jĂ interdit en Tunisie et les difficultĂ©s que la plupart des tunisiens vivant en Tunisie connaitront pour se le procurer, nous avons dĂ©cidĂ© dâen publier des larges extraits. Nous commençons par le deuxiĂšme chapitre qui revient sur lâirrĂ©sistible ascension de Leila Trabelsi Ă©pouse Ben AliâŠ
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Qui est Leila Trabelsi ? La fille facile, voire lâancienne prostituĂ©e, que dĂ©crivent volontiers les bourgeois tunisiens ? La courtisane Issue dâun milieu modeste et prĂȘte, pour rĂ©ussir, Ă quelques arrangements avec la morale ? Ou encore la jeune femme indĂ©pendante et ambitieuse dont les rencontres amoureuses favorisĂšrent une fulgurante ascension sociale ? Il est fort dĂ©licat, comme on lâa vu, de retracer sa biographie tant la rumeur le dispute aux faits. Et, pour ne rien arranger, il existe en Tunisie, aussi incroyable que cela puisse paraitre – et ce que beaucoup ignorent -, deux Leila Trabelsi.
Le secret des deux Leila
Le nom de Trabelsi Ă©tant trĂšs rĂ©pandu au pays du jasmin, rien dâĂ©tonnant Ă ce que Leila Trabelsi ait une homonyme. Mais la vĂ©ritable surprise, la voici : les deux Leila gravitent, dans les annĂ©es 1980, dans des milieux comparables, des salons de coiffure aux antichambres du ministĂšre de lâIntĂ©rieur. Leurs parcours sont parallĂšles, leurs destins croisĂ©s. Dont les amalgames et les confusions qui vont polluer encore un peu plus la biographie tenue secrĂšte de lâĂ©pouse du gĂ©nĂ©ral Ben Ali.
La seconde Leila Trabelsi a dĂ©butĂ© sa carriĂšre avec plus dâĂ©clat que lâactuelle premiĂšre dame. Au dĂ©but des annĂ©es 1980, cette femme sĂ©duisante tenait le salon de coiffure Donna, sur la route de La Soukra. Toutes les dames de la bonne sociĂ©tĂ© frĂ©quentaient lâendroit. Est-ce lĂ que Leila bis se fit quelques relations au sein du pouvoir ? Et quâelle commença Ă travailler pour le ministĂšre de lâIntĂ©rieur ? En tout cas, elle va jouer alors, pour le compte des services secrets, le rĂŽle dâune Mata-Hari. Grace Ă ses charmes, salon de bonnes sources, elle sâest introduite dans les milieux libyens.
A lâĂ©poque, le colonel Kadhafi avait fort mauvaise rĂ©putation en Tunisie. Forte de ses pĂ©trodollars et des ardeurs guerriĂšres de son « guide », la Libye faisait peur aux dirigeants tunisiens. Surtout aprĂšs les Ă©vĂ©nements du 27 janvier 1980, lorsquâune quarantaine de Tunisiens entrainĂ©s en Libye tentĂšrent de sâemparer de Gafsa, au sud du pays. Lâattaque Ă©choua, mais de nombreuses condamnations Ă mort furent prononcĂ©es. DâoĂč la surveillance incessante que le rĂ©gime de Bourguiba, aide notamment par les services secrets français, exerça ensuite sur ce voisin menaçant.
Les Libyens avaient – et ont toujours – la fĂącheuse tendance Ă considĂ©rer les femmes libĂ©rĂ©es par Bourguiba comme des femmes faciles. La Tunisie, dans lâimaginaire de certain dâentre eux, serait un lieu de perdition, Ă la façon du Liban pour les gens du Golfe. Lâattrait quâexerce le pays des tentations nâa pas Ă©chappĂ© aux flics de Tunis, qui ont souvent poussĂ© dans les bras des amis de Kadhafi quelques belles espionnes. Certaines mauvaises langues vont jusquâa prĂ©tendre que Leila Trabelsi bis avait, au dĂ©part, travaillĂ© pour le compte du rĂ©gime libyen, avant dâĂȘtre retournĂ©e par les services tunisiens. HypothĂšse plausible : elle est nĂ©e en Libye et elle possĂšde le double passeport. Son nom, Trabelsi, signifie « originaire de Tripoli ».
En tout cas, elle avait ses entrĂ©es au ministĂšre de lâIntĂ©rieur et fit connaissance, dans ces annĂ©es-la, de tous les grands flics tunisiens, y compris le gĂ©nĂ©ral Ben Ali. Ces accointances expliquent quâelle soit devenue, Ă la fin des annĂ©es 1980, la maitresse de Mohamed Ali Mahjoubi, surnommĂ© Chedly Hammi par le premier cercle de ses amis. Ce haut fonctionnaire devait devenir le premier directeur de la sĂ»retĂ© du prĂ©sident Ben Ali, puis son secrĂ©taire dâEtat Ă la SĂ©curitĂ©. Mais Chedly et sa Leila bis dĂ©rangeaient. La future prĂ©sidente, elle, nâĂ©tait pas encore officiellement mariĂ©e elle nâĂ©tait que la maitresse de Ben Ali. Comment supporter ce double qui lui renvoyait sa condition de femme illĂ©gitime ? Et comment accepter ce miroir dĂ©formĂ© de son propre passĂ© ? Le prĂ©sident Ben Ali insista alors auprĂšs de Chedly Hammi pour quâil cessĂąt toute relation avec sa maitresse. AprĂšs le refus de ce dernier, lâhistoire tourna mal.
En 1990, le secrĂ©taire dâEtat et sa douce sont arrĂȘtĂ©s, jetĂ©s en prison et condamnĂ©s pour « intelligence avec IsraĂ«l ». Le successeur de Chedly Hammi au secrĂ©tariat dâEtat Ă la SĂ©curitĂ©, Ali Ganzaoui, un protĂ©gĂ© de la prĂ©sidente, fait le siĂšge des services français. Il lui faut Ă tout prix que ces derniers lui fabriquent les preuves de cette coopĂ©ration avec les IsraĂ©liens. Dans les fameux carnets du gĂ©nĂ©ral Philippe Rondot, conseiller spĂ©cial en France des ministres de la DĂ©fense successifs, figurent effectivement Ă cette Ă©poque des rendez-vous avec Ganzaoui. « Je ne peux rien faire pour lui, confiait le gĂ©nĂ©ral Rondot Ă lâun de ses contacts tunisiens, cette histoire dâespionnage pour les israĂ©liens est totalement inventĂ©e. »
Deux ans plus tard, Chedly Hammi sort de prison. Ben Ali le fait venir au palais de Carthage. « Je suis dĂ©solĂ©, lui dit-il, on mâavait induit en erreur ». Il nâempĂȘche que la seconde Leila, elle, a disparu dans les sables du dĂ©sert. Personne, Ă Tunis, nâa plus de nouvelles dâelle. La triste vie de lâhomonyme de Leila y est devenue un sujet taboo.
De lâagence de voyages au secrĂ©tariat de direction
NĂ©e en 1957 dans une modeste famille nombreuse, la future Ă©pouse du gĂ©nĂ©ral Ben Ali a grandi Ă KhazeÂŹnadar, prĂšs du Bardo Ă Tunis. Dâautres se souviennent que la famille Trabelsi a vĂ©cu Ă El Hafsia, un des quartiers les plus dĂ©labrĂ©s de la Medina. Son pĂšre vendait des fruits secs et sa mĂšre Ă©levait les onze enfants. Avec le brevet en poche, la jeune Leila entre Ă lâĂ©cole de coiffure de la rue de Madrid. Elle fit ses premiĂšres armes « Chez Wafa » une coiffeuse de la place Barcelone. En 1975, Ă dix-huit ans, elle rencontra un certain Khelil Maaouia, alors patron de lâagence Avis sur la route de lâaĂ©roport. Folle amoureuse, elle se maria, avant de divorcer trois ans plus tard – Mon mari passe son temps Ă la chasse, se plaignait-elle, il ne sâoccupe pas de moi. »
Câest lâĂ©poque oĂ» Leila a Ă©tĂ© embauchĂ©e Ă lâagence Voyage 2000. Son propriĂ©taire, Omrane Lamouri, possĂ©dait Ă©galement, aux environs de Tunis, lâHĂŽtel des Colombes. Lâagence se trouvait au cĆur de la capitale Ă lâImmeuble central, une galerie marchande Ă deux pas de lâambassade de France. Leila dĂ©couvrit le milieu des hommes dâaffaires, voyagea un peu, sâouvrit au vaste monde. Femme indĂ©pendante, elle roulait dĂ©jĂ dans une petite Renault 5. Elle sortait beaucoup et ses amies de lâĂ©poque en parlent avec sympathie, disant dâelle quâelle Ă©tait toujours disponible pour faire la fĂȘte ou alter Ă la plage. Ce qui lui vaudra, dans la Tunis populaire, le surnom de « Leila Gin », en raison de son gout supposĂ© pour cette boisson alcoolisĂ©e. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, Leila est toujours restĂ©e discrĂšte sur ses relations amoureuses.
A ses heures perdues, elle se livre alors quelquefois Ă des petits trafics douaniers entre Paris et Rome. Une initiative qui lui permet dâarrondir ses fins de mois et de briller devant ses copines aux revenus plus modestes. HĂ©las, elle se fait prendre un jour la main dans le sac et se voit retirer son passeport. Elle en appelle Ă une puissante relation, Tahar Mokrani, un des piliers de la crĂ©ation, lors de lâindĂ©pendance, du ministĂšre de lâIntĂ©rieur. Ce dernier intervient. Serait-ce Ă cette occasion que Leila aurait Ă©tĂ© revue par Ben Ali, directeur de la SĂ»retĂ© de dĂ©cembre 1977 Ă avril 1980 ? Selon plusieurs tĂ©moignages que nous avons recueillis, ce serait le cas. De toute façon, cette premiĂšre rencontre nâaura guĂšre de suite. En janvier 1980, les Ă©vĂ©nements de Gafsa vont ĂȘtre fatals pour le directeur de la SĂ»retĂ©, accusĂ© de nĂ©gligence. Le gĂ©nĂ©ral Ben Ali est relĂ©guĂ© en Pologne comme ambassadeur.
La rencontre qui va vĂ©ritablement bouleverser la vie de Leila Trabelsi est celle de Farid Mokhtar. CultivĂ©, fĂ©ru dâart, animant le Club africain de foot de Tunis, le concurrent de LâEsperance sportive de Tunis, cet industriel dirigeait la SociĂ©tĂ© tunisienne des industries laitiĂšres (STIL), une grande entreprise dâEtat. Enfin, il Ă©tait le beau-frĂšre de Mohamed Mzali, alors Premier ministre. GrĂące Ă Farid, Leila fut embauchĂ©e comme secrĂ©taire de direction Ă Batimat. Cette sociĂ©tĂ© Ă©tait une des innombrables filiales de ta SociĂ©tĂ© tunisienne de banque, alors prĂ©sidĂ©e par lâoncle de Farid, Hassan Belkhodja, qui fut un proche de Bourguiba et le premier ambassadeur Ă Paris de la jeune RĂ©publique tunisienne, avant de devenir ministre puis banquier. On se retrouvait trĂšs loin du monde de lâĂ©cole de coiffure et de lâagence de voyages. En compagnie de Farid Mokhtar, la jeune Leila va dĂ©couvrir la bonne sociĂ©tĂ© de Tunis.
Climat de terreur Ă Tunis
Leur liaison durera trois ou quatre ans, jusquâĂ ce que Farid y mette un terme. En 1984, le gĂ©nĂ©ral Ben Ali rentre de son exil en Pologne. TrĂšs Ă©pris de Leila, quâil revoit rapidement, il lâinstalle dans une confortable villa sur la route de La Soukra. Elle cesse toute activitĂ© et vit dans lâombre de Ben Ali, nommĂ© ministre de lâIntĂ©rieur par le Premier ministre Mohamed Mzali. Tous deux nourrissent dĂ©sormais les mĂȘmes ambitions. « Sois patience, nous serons bientĂŽt au palais de Carthage », lui dit-il un jour, alors quâil doit la quitter pour un rendez-vous urgent.
Câest lâĂ©poque oĂč les relations se tendent dans lâentourage de Mohamed Mzali entre clans rivaux. Le premier comprend lâĂ©pouse de Mzali, son beau-frĂšre Farid Mokhtar et quelques ministres. Le second clan est animĂ© par le proche conseiller de Mzali et ministre de la Fonction publique, Mezri Chekir, originaire de Monastir comme Bourguiba, Ă ses cotĂ©s, le ministre de lâIntĂ©rieur, ainsi que les frĂšres Kamel, Raouf et Slaheddine Eltaief, fideles entre tous Ă Ben Ali. Ces cousins Ă©loignĂ©s du prĂ©sident tunisien ne lui ont jamais mĂ©nagĂ© leur soutien. Le plus politique, Kamel, aura Ă©tĂ© du haut de son mĂštre soixante le principal artisan de la carriĂšre de Ben Ali. Câest lui qui, en 1984, est parvenu Ă le faire revenir de son exil en Pologne, grĂące notamment Ă ses liens avec Mezri Chekir.
TrĂšs vite, Farid Mokhtar se sent menacĂ© par Ben Ali. Et il a raison ! Est-ce en raison de son appartenance Ă un clan opposĂ© ? De sa liaison passĂ©e avec Leila ? Ou des deux ? En tout cas, Ben Ali prĂ©pare un dossier de corruption contre lui. Le climat se gĂąte. En mai 1986, une rĂ©union du Parti Socialiste Destourien a lieu Ă Ras Djebel, prĂšs de Bizerte. Farid dĂ©cide de sây rendre. Ă 3 heures du matin, Mohamed Mzali reçoit un coup de fil Ă son domicile. Ă lâautre bout du tĂ©lĂ©phone, Ben Ali lui-mĂȘme : « Monsieur le Premier ministre, votre beau-frĂšre a eu un grave accident de voiture, il a Ă©tĂ© hospitalisĂ© sur la route de Bizerte. » Deux heures plus tard, nouvel appel du ministre de lâIntĂ©rieur au Premier ministre : « Farid Mokhtar est dĂ©cĂ©dĂ©. »
Le lendemain, Mohamed Mzali se rend, comme chaque jour, auprĂšs de Bourguiba. « Ă quelque chose malheur est bon, on sâapprĂȘtait Ă arrĂȘter votre beau-frĂšre pour lui demander des comptes sur sa gestion de la STIL », explique le chef de lâEtat Ă son Premier ministre. Dans lâentourage de lâancien amant de Leila, personne aujourdâhui ne croit Ă un accident. Ce jour-la, ce nâĂ©tait pas son chauffeur habituel qui conduisait Farid Ă Bizerte. AprĂšs lâaccident, celui-ci a Ă©tĂ© conduit dans un hĂŽpital spĂ©cialisĂ© pour les maladies pulmonaires, totalement inadaptĂ© Ă son Ă©tat. Enfin, lors de lâenterrement, le gĂ©nĂ©ral Ben Ali ne prendra pas la peine de prĂ©senter ses condolĂ©ances Ă lâĂ©pouse de Mohamed Mzali, sĆur de Farid Mokhtar.
Les sept familles qui pillent la Tunisie
Dans les annĂ©es qui suivent lâaccession au pouvoir de Ben Ali, les proches du pouvoir font des affaires juteuses. Mais personne ne prĂ©tend au monopole sur lâensemble des transactions et des commissions les clans familiaux se taillent de belles parts dâun gĂąteau quâils se divisent entre eux.
Pour les trois frĂšres Eltaief, issus comme Ben Ali dâune famille originaire de Hammam Sousse, le 7 novembre 1987 est un jour BĂ©ni. Kamel Eltaief joue dĂšs lors le rĂŽle de « prĂ©sident bis » recevant chaque matin, dans les bureaux de la rue de Beyrouth au cĆur de Tunis, les principaux ministres du gouvernement. Dans son sillage, ses deux frĂšres font des affaires. La famille Ben Ali bĂ©nĂ©ficie Ă©galement de quelques prĂ©bendes. Pas un frĂšre, pas une sĆur du nouveau prĂ©sident qui ne reçoivent une petite gĂąterie. Moncef, le frĂšre prĂ©fĂ©rĂ©, se lance dans le trafic de drogue et laissera, dit-on, 4 millions de dinars de dettes auprĂšs des banques. KaĂŻs Ben Ali, le fils du frĂšre aĂźnĂ©, sâoctroie le monopole des alcools Ă Sousse et fait main base sur le free-shop de Monastire.
Les trois filles issues du premier mariage de Ben Ali avec Naima Kefi ne sont pas oubliĂ©es. LâaĂźnĂ©e, Dorsaf, Ă©pouse Slim Chiboub. LâavĂšnement de son beau-pĂšre au palais de Carthage est pour lui pain bĂ©nit : fils dâun simple greffier, « Monsieur gendre » jouit dâun traitement de faveur dans lâattribution des terrains et des marchĂ©s. Ainsi bĂ©nĂ©ficie-t-il de gros marchĂ©s pharmaceutiques et de beaux terrains â qui lui seront repris plus tard. Slim Chiboub est connu pour ses appĂ©tits dĂ©mesurĂ©s. Les patrons de la chaĂźne de grandes surfaces Auchan vont ainsi reculer devant ses exigences et renoncer Ă sâinstaller en Tunisie. En revanche, Slim Chiboub rĂ©ussira en 2001 Ă installer un hypermarchĂ© Carrefour sur un terrain, sis Ă La Soukra, que les domaines de lâEtat lui ont rĂ©trocĂ©dĂ© Ă un prix symbolique. De 1989 Ă 2004, le gendre du prĂ©sident prĂ©sidera Ă©galement aux destinĂ©es de LâEsperance sportive de Tunis (EST).
La derniĂšre fille, Cyrine, Ă©pouse en 1996 Marouane Mabrouk. Lui hĂ©ritĂ© de la concession de Mercedes Tunis et elle prend la haute main sur le Net en Tunisie. Et Dieu sait si le secteur, totalement fliquĂ©, est sensible ! Un centre du ministĂšre de lâIntĂ©rieur Ă Salambo, dans la banlieue de Tunis, traque le moindre message non autorisĂ©. Les Mabrouk se voient Ă©galement attribuer le logement de fonction traditionnellement attribuĂ© au directeur de la sĂ»retĂ© nationale, une splendide villa du quartier chic du BelvĂ©dĂšre. La troisiĂšme fille, Ghazoua, mariĂ©e Ă Slim Zarrouk, bĂ©nĂ©ficiera Ă©galement de quelques faveurs, notamment Ă lâoccasion de la privatisation de certaines entreprises publiques (comme la SociĂ©tĂ© nationale dâĂ©levage de poulets, acquise Ă bon compte Ă la fin des annĂ©es 1990 par Slim Zarruk, puffs revendue au prix fort)âŠ
Dans un libelle qui circule en 1997-1998 sous le manteau Ă Tunis, il est question des sept familles qui pillent la Tunisie. Ce document fort bien informĂ© dĂ©crit le fonctionnement des clans familiaux autour de Ben Ali qui se partagent entre amis les terrains, les contrats et les usines. Lâopposition, au dĂ©but des annĂ©es 1990, de cette garde rapprochĂ©e du prĂ©sident Ă lâarrivĂ©e de tout nouvel intrus. Kamel Eltaief et Slim Chiboub sâopposent ainsi rĂ©solument aux projets dâunion de Ben Ali avec Leila.
HĂ©las pour eux, les noces ont lieu en 1992. Peu aprĂšs, Kamel Eltaief a voulu braver la nouvelle prĂ©sidente et faire de la circoncision de son fils un Ă©vĂ©nement mondain â car Ben Ali et Leila nâavaient pas encore de progĂ©niture male. RĂ©sultat, plusieurs hommes publics qui avaient commis lâerreur dâaccepter cette invitation ont Ă©tĂ© immĂ©diatement limogĂ©s : le ministre de la Sante, le directeur du Tourisme, le prĂ©sident de Tunis Air se retrouvĂšrent au chĂŽmage. Le rĂšgne de Leila au palais de Carthage dĂ©butait. En 1996, les locaux de Kamel Eltaief, dans la zone industrielle de La Soukra, furent incendiĂ©s par une vingtaine dâindividus masquĂ©s. Le pouvoir le soupçonnait dây entreposer des dossiers compromettants sur les turpitudes de Leila. Officiellement, lâenquĂȘte de police nâa pas permis de connaitre lâorigine de lâincendie. Depuis, Kamel Eltaief nâa plus jamais Ă©tĂ© reçu au palais de Carthage. Seuls ses liens anciens avec les AmĂ©ricains le protĂšgent dâun mauvais coup.
Un boulevard pour les Trabelsi
Pendant les quatre annĂ©es qui ont suivi le mariage en 1992 de Leila avec Ben Ali, le clan Trabelsi sâest fait relativement discret. A partir de 1996, leurs appĂ©tits se manifestent de maniĂšre plus ostensible et vont progressivement sonner le glas des ambitions des Eltaief, Mabrouk ou Chiboub. Cette annĂ©e-la, le frĂšre aĂźnĂ© et bien-aimĂ© de Leila, Belhassen, met la main sur la compagnie dâaviation qui va devenir Karthago Airlines. Câest lui qui devient le pivot des affaires financiĂšres de la famille, comme on le verra dans le chapitre 4.
Le verrouillage commence, car les Trabelsi ne sont pas partageurs⊠Pas un secteur qui ne leur Ă©chappe ; pas une transaction avec un groupe Ă©tranger dont ils ne sont parties prenantes ; pas un beau terrain, ou presque, sur lequel ils nâont des vues. Et personne, dans le clan, nâest oubliĂ© ! AprĂšs Belhassen, Moncef ! Cet ancien photographe de rue a connu une belle carriĂšre. Dans le passĂ©, la SociĂ©tĂ© tunisienne de banque lui a consenti un crĂ©dit pour devenir agriculteur. Son premier fils, Houssem, a crĂ©e une association, la Jeunesse musicale de Carthage, qui a la rĂ©putation de ne pas honorer ses contrats. Le deuxiĂšme, Moez, et le troisiĂšme, Imed – le neveu prĂ©fĂ©rĂ© de Leila -, ont eu a partir de 2008 de serieux ennuis avec la justice française dans la fameuse affaire des yachts volĂ©s (voir infra, chapitre 5). A Tunis, Imed fait la loi. Dâun coup de fil, il peut faire embastiller un adversaire ou au contraire libĂ©rer un trafiquant. Personne ne se risquerait Ă sâopposer frontalement Ă ce protĂ©gĂ© du palais.
Une des sĆurs, Djalila, est devenue la reine des buvettes, quâil sâagisse de celle de lâĂ©cole HEC Ă Carthage ou de celle de lâEcole nationale dâarchitecture. Son Ă©poux, El Hadj, qui possĂ©dait un kiosque Ă essence, est devenu entrepreneur dans lâimmobilier. Un de ses immeubles est louĂ© au ministĂšre des Transports, qui a Ă©tĂ© contraint de lui signer un bail avantageux.
Beaucoup de ces coups tordus se font sans lâaval du prĂ©sident. En 2002 encore, Ben Ali tentait de maintenir un semblant dâordre. Ainsi, cette annĂ©e-la, rĂ©unissait-il les principaux membres de la famille Trabelsi : « Si vous voulez de lâargent, soyez au moins discrets. Trouvez des hommes de paille et des sociĂ©tĂ©s Ă©crans. » En dâautres termes, professionnalisez-vous !
Un conseil qui ne semble guĂšre avoir Ă©tĂ© suivi, comme on le verra dans les chapitres suivants. Arbitre impuissant, le prĂ©sident tente parfois de taper du poing sur la table. Ainsi, en 2006, des industriels se plaignent des produits de contrefaçon importĂ©s de Chine avec la bĂ©nĂ©diction des Trabelsi. Lors dâun conseil des ministres, le prĂ©sident interpelle le ministre du Commerce et de lâArtisanat, Mondher Znaidi : « Alors, Monsieur le ministre, jâentends dire que des containers de contrebande arrivent de Chine ? â Câest-Ă -dire, lui rĂ©pond lâautre, je ne suis pas au courant, les douanes dĂ©pendent du ministĂšre des Finances. » Pas question de prendre le moindre risque de contrarier Madame la prĂ©sidentsâŠ
Le parcours de Foued Cheman, fils dâun grand industriel du textile et multimillionnaire, est exemplaire de ce gĂąchis. Voici une des grandes figures du monde patronal obligĂ©e, en 2004, de prendre le chemin de lâexil forcĂ© vers les Etats-Unis, avec son Ă©pouse et ses deux enfants.
DĂšs lâarrivĂ©e de Ben Ali, Slim Chiboub, un des gendres, convoite le secteur de la friperie que les Cheman dominaient jusque-lĂ . Tout va ĂȘtre fait pour dĂ©courager lâhĂ©ritier de cette vielle famille : corruption dâun de ses associĂ©s, convocations rĂ©pĂ©tĂ©es, gardes Ă vue, parodies de procĂšs. Foued Cheman se retire dans la somptueuse villa quâil sâest fait construire sur la corniche de Sidi Bou Said. AprĂšs lâassaut des Chiboub, les attaques des Trabelsi. TrĂšs vite, Leila a des vues sur la belle demeure des Cheman, oĂč elle installerait volontiers sa fille Nesrine. Des envoyĂ©s du palais viennent lui demander de vendre son bien Ă une « amie de la prĂ©sidente ». Pas question, rĂ©pond lâindustriel. Mal lui en prend. Le fisc le condamne Ă payer une amende record de 2 millions dâeuros. Foued Cheman dĂ©cide alors de sâexiler aux Etats-Unis, non sans avoir louĂ© sa maison Ă lâambassadeur dâIrak, avec la bĂ©nĂ©diction de lâambassade amĂ©ricaine.
Sa capacitĂ© de nuisance est rĂ©elle ; il est le gendre de Mustapha Zaanouni, ancien ambassadeur et ancien ministre, toujours conseiller auprĂšs de lâONU. Depuis Washington, il menace de lancer des campagnes contre le rĂ©gime, si ses ennuis ne cessent pas. RĂ©sultat : les poursuites vont cesser contre lui et les amender fiscales se perdre dans les sables.
Certain notables tunisiens, qui voient rĂ©trĂ©cir de jour en jour leurs marges de manĆuvre, sont en tout cas en train de passer de lâexaspĂ©ration Ă la rĂ©sistance. Ce qui fait dire Ă un diplomate français, qui a vĂ©cu longtemps en Tunisie et connait parfaitement le sĂ©rail local : «Dans la succession de Ben Ali qui sâannonce, la bourgeoisie de Tunis ne veut pas dâune solution familiale. » Et donc pas dâune rĂ©gente nommĂ©e LeilaâŠ
* La RĂ©gente de Carthage. Main basse sur la Tunisie. Ed. La DĂ©couverte, 177 p, 14âŹ, p36-p46
(Source:www.nawaat.org le 3 octobre 2009)
Au pouvoir depuis 22 ans, Ben Ali séduit encore des étudiants tunisiens à Toulouse
PubliĂ© le octobre 3, 2009 Â
Souvent pointĂ© du doigt pour son attitude Ă lâencontre de la libertĂ© dâexpression, le prĂ©sident tunisien Ben Ali aurait il changĂ© son fusil dâĂ©paule Ă lâapproche des Ă©lections prĂ©sidentielle de 2009 ? A lâinstar de la campagne amĂ©ricaine, de nombreux groupes facebook se sont crĂ©es pour ou contre le prĂ©sident Ben Ali. Parmi eux celui des âEtudiants RCD Ă Toulouse avec BEN ALIâ.
Cegroupe facebook, véritable association de fait, regroupe une petite centaine de membres.
Ils proclament quâĂ ânâen pas douter, un Ă©vĂšnement important se prĂ©pare dans un proche avenir pour la Tunisie Ă savoir les Ă©lections prĂ©sidentielles. Les acquis parlent dâeux mĂȘmes, mais il est bon parfois de se les rappeler pour ne pas oublier ce que Notre PrĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali a pu rĂ©aliser pour notre cher TUNISIE et cela dans tous les domaines faisant ainsi la fiertĂ© des tunisiensâ.
Et distille quelques perles de propagande à la gloire de celui qui rÚgne en maßtre sur la Tunisie depuis plus de deux décennies.
FlorilĂšge : âLe PrĂ©sident Ben Ali est un homme dâexpĂ©rience qui connaĂźt bien les problĂšmes de la rĂ©gion. Il les regarde avec hauteur, sĂ©rĂ©nitĂ© et une vision trĂšs claire de ce que doit ĂȘtre lâavenirâ ; âla tunisie avance a pas de geant !! je pense que rien de cela ne pourrai avoir Ă©tĂ© fais sans le courage de tout un peuple guidĂ© par leur leader inconditionnell ,, perpetuons cette tradition votons ben aliâ ; âvous ĂȘtes notre prĂ©sent et notre futur, Ben Ali â.
Aux Ă©lections du 24 octobre 2004, prĂ©sentĂ©es comme âun simulacre de dĂ©mocratie par des ONGâ comme Human Rights Watch ou Amnesty International, Ben Ali est Ă nouveau réélu avec 94,49 %.
(Source: Toulouse7.com le 4 septembre 2009) Lien: http://www.toulouse7.com/2009/10/03/au-pouvoir-depuis-22-ans-ben-ali-seduit-encore-des-etudiants-tunisiens-a-toulouse/
LES CHEMISES MAUVES BEN ALI DESTROY
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