Liberté et Equité: Nouvelles des libertés en Tunisie
LibertĂ© et EquitĂ©: Report du procĂšs de militants de droits de lâhomme Ă Bizerte FDTL: CommuniquĂ© AP: Le prĂ©sident Ben Ali candidat Ă sa succession en 2009
AFP: Tunisie: Ben Ali candidat pour un cinquiÚme mandat à la présidence en 2009
Le Soir: Les Tunisiens respirent : Ben Ali sera candidat et donc réélu en 2009
Afrik.com: Ben Ali, de Naima KĂ©fi Ă LeĂŻla Trabelsi – Le prĂ©sident tunisien et les femmes
Balha Boujadi: Les défis de Ben Ali et de son RCD
AFP: Italie: nouvelle vague de clandestins sur l’Ăźle de Lampedusa
AFP: Malte: deux morts, un disparu lors d’un naufrage de clandestins
AFP: Les milieux Ă©conomiques turcs soulagĂ©s par la non interdiction de l’AKP
AFP: La presse turque soulagĂ©e par la survie de l’AKP, appels au compromis
AFP: Washington salue la démocratie turque, aprÚs la décision sur le parti AKP
AFP: AKP: l’UE, soulagĂ©e, ne va pas pour autant accĂ©lĂ©rer l’adhĂ©sion turque
AFP: Danemark/caricatures: des associations musulmanes saisissent la Cour suprĂȘme
RĂ©seau Voltaire : Entretien avec Violette Daguerre – Guerre contre le « terrorisme » : Quelle justice pour les prisonniers musulmans?
Oumma: Refus dâoctroi de la nationalitĂ© : Entretien du CCIF avec les membres de la famille
Sauvez la vie du prisonnier politique et ingĂ©nieur Ridha Boukadi LibertĂ© et Equité     Organisation de droits de lâhomme indĂ©pendante 33 rue Mokhtar Atya, 1001 Tunis Tel/fax: 71 340 860 Email : liberte.equite@gmail.com Tunis, le 29 juillet 2008
Nouvelles des libertés en Tunisie
[âŠ]
1) Des Ă©lĂ©ments de la police politique encerclent toujours le domicile du prĂ©sident de lâOrganisation LibertĂ© et EquitĂ©, MaĂźtre Mohammed Nouri, et ce, pour le troisiĂšme jour dâaffilĂ©e et empĂȘchent toute personne de lui rendre visite sans motif.
Dâautres encerclent le domicile du frĂšre Hamza Hamza, membre du Bureau exĂ©cutif de lâorganisation LibertĂ© et EquitĂ©, lundi 28 juillet dans lâaprĂšs midi et nâont autorisĂ© des invitĂ©s de se rendre Ă un dĂźner quâaprĂšs avoir vĂ©rifiĂ© leur carte nationale dâidentitĂ©. Lâorganisation est toujours privĂ©e de son droit Ă surfer sur le net, les membres du bureau exĂ©cutif sont toujours filĂ©s et surveillĂ©s de façon « collante ». Le siĂšge de lâOrganisation est encerclĂ© en permanence et la porte de lâimmeuble du 33 rue Mokhtar Atya a Ă©tĂ© fermĂ©e Ă plusieurs reprises.
[…]
2) Abdessalam Smiri, un ex prisonnier politique, a commencĂ© le lundi 28 juillet 2008 une grĂšve illimitĂ©e de la faim pour exiger son droit Ă lâemploi et Ă une carte de soins gratuits. Il a cinquante huit ans, il est sourd et aveugle, et il a sa charge sa mĂšre paralysĂ©e, ĂągĂ©e de quatre vingt quinze ans, ainsi que ses enfants et son Ă©pouse. Depuis sa sortie de prison, il a menĂ© plusieurs grĂšves de la faim afin dâattirer lâattention sur sa situation dramatique. A chaque fois les responsables lui ont fait des promesses creuses pour lâamener Ă suspendre sa grĂšve. [âŠ]
4) Lundi 28 juillet, monsieur Mohammed HĂ©di Ben SaĂŻd, militant politique et des droits de lâhomme, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© dans la zone industrielle de Cherguia alors quâil Ă©tait avec monsieur Lotfi Hajji. Il a Ă©tĂ© dĂ©fĂ©rĂ© en Ă©tat dâarrestation devant le Procureur de la RĂ©publique du Tribunal de PremiĂšre Instance de Tunis qui lâa fait dĂ©fĂ©rer Ă son tout devant le Tribunal cantonal de Tunis pour nâavoir pas obtempĂ©rĂ© aux ordres de la police. Aujourdâhui, mardi 29 juillet, il a Ă©tĂ© Ă©crouĂ© Ă la prison civile de Mornaguia. Pour le bureau exĂ©cutif de lâorganisation
Le Président
MaĂźtre Mohammed Nouri
(traduction dâextraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version originale, LT)
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Sauvez la vie du prisonnier politique et ingĂ©nieur Ridha Boukadi LibertĂ© et EquitĂ© Organisation de droits de lâhomme indĂ©pendante 33 rue Mokhtar Atya, 1001 Tunis Tel/fax: 71 340 860 Email : liberte.equite@gmail.com Tunis, le 29 juillet 2008
Report du procĂšs de militants de droits de lâhomme Ă Bizerte
Mardi 29 juillet 2008, messieurs Khaled Boujemaa, membre fondateur de lâassociation LibertĂ© et EquitĂ©, Othman Jemili et Faouzi Sadkaoui, membres de lâAISPP et Ali Naffati, ex prisonnier politique, ont comparu en Ă©tat dâarrestation devant le tribunal cantonal de Bizerte dans lâaffaire n°31453 pour y rĂ©pondre des accusations dâattroupement sur la voie publique et dâoutrage aux bonnes mĆurs sur la base dâun procĂšs verbal rĂ©digĂ© par la brigade de la police judiciaire de Bizerte sous le n°509. De nombreux avocats se sont prĂ©sentĂ©s pour les dĂ©fendre et ont demandĂ© un report de lâexamen de lâaffaire pour pouvoir prendre connaissance du dossier et prĂ©parer la dĂ©fense.
Les militants ont niĂ© ce qui leur Ă©tait imputĂ© et ont dit lors de leur interrogatoire par le juge cantonal que la brigade de la police judiciaire de Bizerte nâavait pas menĂ© dâinvestigations avec eux, quâils avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s alors quâil se trouvaient dans un cafĂ© de Menzel Jmil dans lâaprĂšs midi du 25 juillet aprĂšs la manifestation du matin Ă Bizerte Ă lâoccasion de la fĂȘte de la RĂ©publique, quâils nâavaient pas signĂ© de PV et que les investigations sâĂ©taient dĂ©roulĂ©es Ă lâadministration de la SĂ»retĂ© de lâEtat au ministĂšre de lâIntĂ©rieur Ă Tunis oĂč ils avaient Ă©tĂ© contraints dâapposer leur pouce sur des PV prĂ© rĂ©digĂ©s par cette brigade. La dĂ©fense a alors demandĂ© quâil ne soit pas tenu compte des PV Ă la base des poursuites, dans la mesure oĂč il y avait nombre dâirrĂ©gularitĂ©, la plus importante Ă©tant quâils ne soient pas signĂ©s.
Le juge cantonal de Bizerte a dĂ©cidĂ© du report de lâaffaire pour le 5 aoĂ»t 2008 et a refusĂ© la demande de mise en libertĂ© [âŠ]
Pour le bureau exĂ©cutif de lâorganisation
Le Président
MaĂźtre Mohammed Nouri
(traduction dâextraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version originale, LT)
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Le président Ben Ali candidat à sa succession en 2009
Tunisie: Ben Ali candidat pour un cinquiÚme mandat à la présidence en 2009
TUNISIE âąÂ Ben Ali candidat Ă sa succession en 2009
ÂLes Tunisiens respirent : Ben Ali sera candidat et donc réélu en 2009
Ben Ali, de Naima Kéfi à Leïla Trabelsi Le président tunisien et les femmes
LESÂ DĂFISÂ DEÂ BENÂ ALIÂ ETÂ DEÂ SONÂ RCD
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Italie: nouvelle vague de clandestins sur l’Ăźle de Lampedusa
Malte: deux morts, un disparu lors d’un naufrage de clandestins
La Turquie évite la crise, le gouvernement appelé au compromis
Les milieux Ă©conomiques turcs soulagĂ©s par la non interdiction de l’AKP
La presse turque soulagĂ©e par la survie de l’AKP, appels au compromis
Washington salue la démocratie turque, aprÚs la décision sur le parti AKP
AKP: l’UE, soulagĂ©e, ne va pas pour autant accĂ©lĂ©rer l’adhĂ©sion turque
ANALYSIS-Turkish AK Party court victory is double-edged sword
Turkey’s Islamic ruling party narrowly avoids ban
ÂDanemark/caricatures: des associations musulmanes saisissent la Cour suprĂȘme
Entretien avec Violette Daguerre –  Guerre contre le « terrorisme » : Quelle justice pour les prisonniers musulmans?
Silvia Cattori
Violette Daguerre, nĂ©e au Liban en 1955, docteur en psychologie, prĂ©side la « Commission arabe des droits humains » quâelle a contribuĂ© Ă fonder. Elle sâest particuliĂšrement engagĂ©e depuis 2001 pour exiger la fermeture du camp de torture de GuantĂĄnamo Bay. Elle Ă©voque dans cet entretien les difficultĂ©s Ă faire rĂ©agir les mĂ©dias, les ONG, les politiciens, quand il sâagit de ces victimes arabes et musulmanes, dĂ©shumanisĂ©es par la propagande de guerre et dĂ©signĂ©es comme « terroristes ».
Silvia Cattori :Quand avez-vous commencĂ© Ă croire que, par votre lutte, vous pouviez rĂ©ussir Ă
contraindre lâadministration Bush Ă libĂ©rer les prisonniers de GuantĂĄnamo ?
Violette Daguerre : Le combat de la « Commission arabe des droits humains » [1] pour dĂ©noncer les conditions de dĂ©tention Ă GuantĂĄnamo et exiger la fermeture de ce camp, a commencĂ© aussitĂŽt que nous avons appris sa mise en fonction, fin 2001. Nous avons tout de suite adressĂ© une lettre Ă lâambassade des Ătats-Unis Ă Paris, en collaboration avec le Centre de lâindĂ©pendance de la Justice, basĂ© au Caire, puis une lettre Ă lâambassade des Ătats-Unis au Caire, demandant la permission dâenvoyer trois experts pour visiter les dĂ©tenus de GuantĂĄnamo. Demande qui sâest heurtĂ©e Ă un refus.
Jâai Ă©galement adressĂ©, le 18 mars 2002, une lettre Ă M. Louis Joinet, Ă lâĂ©poque PrĂ©sident-rapporteur du Groupe de travail de lâONU sur la dĂ©tention arbitraire, lui demandant de considĂ©rer la dĂ©tention des dĂ©tenus de GuantĂĄnamo comme arbitraire.
Il a fallu attendre le 11 janvier 2003 pour quâun collectif se constitue, Ă lâoccasion dâun colloque que nous avions organisĂ© Ă Paris. Nous Ă©tions alors Ă©galement prĂ©occupĂ©s de dĂ©fendre les ONG caritatives et humanitaires, notamment arabes et musulmanes qui commençaient Ă ĂȘtre inquiĂ©tĂ©es par lâadministration de Bush, sous couvert de « lutte contre le terrorisme ». Il nous a semblĂ© urgent quâun collectif se mette en place pour rassembler les efforts et constituer une pression plus soutenue. DĂšs lors, nous avons commencĂ©, notre association et des ONG de plusieurs pays avec des militants europĂ©ens et arabes des droits humains, Ă collaborer pour en finir avec les cages de GuantĂĄnamo Bay.
Certaines ONG, comme « Global Policy Forum » [2] aux Ătats-Unis, ont appuyĂ© notre dĂ©marche. Dâautres ont prĂ©fĂ©rĂ© travailler seules. Mais, avant dâen arriver lĂ , il a fallu lutter contre vents et marĂ©es, dans un contexte trĂšs dĂ©favorable. DĂ©fendre des prisonniers musulmans, que les Ătats et les mĂ©dias, associaient au « terrorisme », comportait le risque dâĂȘtre soupçonnĂ©s de sympathiser avec eux. Ainsi, MaĂźtre Wendell Beliw, un des premiers avocats Ă©tats-uniens que nous avons contactĂ©, a fini par payer le prix de son engagement lorsque, en mai 2008, il a Ă©tĂ© mis lui-mĂȘme sur la « liste noire » des Ătats-Unis. Cette crainte a dĂ» sĂ»rement dissuader beaucoup de militants des droits de lâHomme.
Certains, parmi nous, ont fait lâobjet dâenquĂȘtes de la part des services de renseignements. Ce qui montre, encore une fois, que se constituer en contre-pouvoir en dĂ©fense des droits humains, nâest pas chose facile. Mais est-ce quâon a le droit de faiblir lorsquâon veut agir efficacement sur ce terrain ? Aujourdâhui, notre association, se fĂ©licite de nâavoir pas cĂ©dĂ© Ă la peur et aux intimidations ; et dâavoir Ă©tĂ© capable de continuer Ă lutter dans ce contexte hostile.
Silvia Cattori :Les mĂ©dias ont-ils, durant cette pĂ©riode, contribuĂ© Ă tenir lâopinion Ă distance des souffrances que cette guerre contre les arabes et les musulmans gĂ©nĂ©rait ?
Violette Daguerre : SĂ»rement, au dĂ©but surtout. Mais, par la suite, une distinction plus nette sâest faite entre ceux des politiques et journalistes qui prĂ©sentaient ces lieux de dĂ©tentions comme un mal nĂ©cessaire – et qui apportaient, dâune maniĂšre ou dâune autre, leur appui aux thĂšses de lâadministration Bush – et ceux qui ont commencĂ© Ă nous aider Ă soutenir publiquement le point de vue que nous dĂ©fendions.
Nous avons continuĂ© patiemment notre combat, dâabord solitaire, sans nous laisser dĂ©courager par ces campagnes anti-arabes et antimusulmanes. Nous avons engagĂ© des frais importants pour faire du tapage mĂ©diatique et publier des encarts publicitaires, dans des organes de presse comme « The Nation », « LibĂ©ration » et « Le Monde diplomatique », afin dâalerter lâopinion sur les conditions inhumaines des dĂ©tenus et exiger la fermeture du « camp de la honte ».
Silvia Cattori :Il a donc été trÚs difficile, au départ, de vous faire entendre ?
Violette Daguerre : Certainement, il y a eu Ă©normĂ©ment de difficultĂ©s pour modifier la perception de lâopinion sur ce sujet. La dĂ©sinformation Ă©tait Ă son comble Ă propos de ces « terroristes » qualifiĂ©s par lâadministration Bush, dâ« ennemis combattants », et contre lesquels on avait conçu un statut spĂ©cial pour les tenir Ă lâĂ©cart du monde.
Il y a eu beaucoup dâobstacles, ou de rĂ©ticences, mĂȘme de la part de ceux qui Ă©taient censĂ©s soutenir cette cause, comme le montre lâattitude adoptĂ©e au dĂ©but par « Reporters sans frontiĂšres » (RSF) Ă lâĂ©gard du journaliste emprisonnĂ© Sami El Haj [3]. Quand nous avons Ă©tĂ© informĂ©s par le directeur dâAljazeera, M. Mohammad Jasem al Ali, que ce journaliste Ă©tait dĂ©tenu Ă GuantĂĄnamo, nous avons immĂ©diatement contactĂ© le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de RSF, M. Robert MĂ©nard. Nous nous attendions Ă ce que son association apporte tout de suite un appui Ă Sami El Haj et engage une campagne pour le faire libĂ©rer.
M. MĂ©nard nous a dâabord rĂ©pondu quâil allait vĂ©rifier la vĂ©racitĂ© de cette dĂ©tention. Deux jours plus tard, il a exprimĂ© son refus de soutenir ce journaliste parce que le DĂ©partement dâĂtat des Ătats-Unis leur avait « confirmé » que Sami El Haj avait des liens avec lâorganisation terroriste Al âQaĂŻda [4].
Cet exemple vous montre combien il Ă©tait difficile de faire face Ă la mauvaise foi de tous ces acteurs qui donnaient crĂ©dit Ă lâadministration Bush, malgrĂ© tout ce que les images montraient dâinquiĂ©tant au sujet des violations des droits humains. Il a fallu attendre 2005 pour que RSF finisse par modifier sa position.
Silvia Cattori :Ă quel moment votre action a-t-elle commencĂ© Ă apporter des rĂ©sultats concrets aux prisonniers eux-mĂȘmes ?
Violette Daguerre : Pas avant octobre 2003, quand lâadministration Ă©tats-unienne sâest vue obligĂ©e dâamĂ©liorer leurs conditions de dĂ©tention, Ă lâissue de la permission donnĂ©e Ă une dĂ©lĂ©gation du CICR de visiter GuantĂĄnamo Bay. MĂȘme si cela a Ă©tĂ© dĂ» principalement Ă la rĂ©sistance des prisonniers eux-mĂȘmes, qui ont entamĂ© des grĂšves de la faim trĂšs dures et qui ont pu obtenir par la suite (vers juin 2004) le droit Ă une consultation mĂ©dicale. Je crois que le fait que nous ayons maintenu une pression continue contre les violations de leurs droits par lâadministration Bush, a contribuĂ© Ă soutenir moralement les dĂ©tenus, dont 24 sont tout de mĂȘme des mineurs.
Par la suite, et aprÚs que des avocats militaires aient été nommés en 2003, des avocats civils de nationalité états-unienne ont été autorisé à entrer à Guantånamo pour la premiÚre fois en 2004. DÚs lors, le transfert de détenus vers Guantånamo a été stoppé. Et des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour remettre en question le statut légal du camp.
Nâoublions pas que, jusquâĂ fin 2004, il y a eu 24 tentatives de suicide, appelĂ©es, « Self-Harm », par lâadministration de la prison. Des cas de tuberculose ont Ă©tĂ© diagnostiquĂ©s, des agressions physiques par des chiens dressĂ©s et plus de 12 mĂ©thodes de torture qui ne laissent pas de traces ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s.
Silvia Cattori :Combien de prisonniers ont-ils pu sortir de Guantånamo, en partie grùce à vos interventions ?
Violette Daguerre : Sans fausse modestie, je dois insister sur le fait que Guantanamo nâest plus restĂ©e, depuis sa quatriĂšme annĂ©e, la seule affaire des ONG. Car, suite aux efforts de la sociĂ©tĂ© civile mondiale, le Parlement europĂ©en, lâOrganisation pour la coopĂ©ration et la sĂ©curitĂ© en Europe, des sĂ©nateurs et des membres du CongrĂšs Ă©tats-unien, le CICR, ainsi que le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de lâHomme, sont tous devenus partie intĂ©grante de la campagne pour la fermeture de GuantĂĄnamo. Et, fait inhabituel, plusieurs ministres de pays alliĂ©s des Ătats-Unis ont exprimĂ© publiquement leurs protestations Ă lâĂ©gard de lâexistence de ce camp. DĂšs lors, les actions visant Ă obtenir la fermeture de GuantĂĄnamo sont devenues lâaffaire dâune majoritĂ© dâĂtats dĂ©mocratiques, des ONG et des organisations intergouvernementales, mĂȘme si elles nâont pas Ă©tĂ© conduites collectivement.
Les partisans du maintien de GuantĂĄnamo se sont alors trouvĂ©s isolĂ©s. GrĂące Ă cette mobilisation, 600 prisonniers ont pu en sortir. Il reste toujours 265 dĂ©tenus aujourdâhui, dont le dernier libĂ©rĂ© il y a quelques jours est un Qatari. Parmi eux, prĂšs de 200 nâont pas de dossier dâaccusation juridique cohĂ©rent. Câest pourquoi lâadministration Bush cherche maintenant Ă se dĂ©barrasser dâeux, plutĂŽt que dâavoir Ă les juger.
Silvia Cattori :Pourquoi des prisonniers sont-ils sortis de GuantĂĄnamo et dâautres pas ?
Violette Daguerre : La pression de certains Ătats, la coordination entre services de sĂ©curitĂ© des Etats concernĂ©s, et les programmes de rĂ©habilitation mis en place Ă lâĂ©chelle locale, ont jouĂ© dans le choix de la majoritĂ© des dĂ©tenus libĂ©rĂ©s. Il y a eu aussi des cas de dĂ©tenus qui ont recouvrĂ© leur libertĂ© suite Ă la mobilisation de gens qui travaillaient dans lâaction humanitaire, lâenseignement, les mĂ©dias.
Mentionnons que, dĂšs sa prise de fonction, le nouveau ministre de la dĂ©fense, Robert Gates, a demandĂ© au prĂ©sident Bush de mettre Ă lâĂ©cart certains faucons du Bureau de dĂ©tention. M. Bush a partiellement acceptĂ© cette demande, et lâĂ©quipe actuelle tente de trouver une solution qui lui permette de sauver la face.
Silvia Cattori :Quelle est la nationalité des détenus restants ?
Violette Daguerre :Sur les 265 prisonniers encore Ă GuantĂĄnamo, il y aurait 98 YĂ©mĂ©nites, 25 AlgĂ©riens, 16 Chinois, 13 Saoudiens, 9 Syriens et quelques prisonniers originaires du Soudan, de la Mauritanie, dâOuzbĂ©kistan, de Somalie, dâIndonĂ©sie, dâĂgypte, du KoweĂŻt, de Libye, de Tunisie, sans oublier les Afghans et les Pakistanais.
Silvia Cattori :Quelles sont les ONG « occidentales » qui se sont montrées neutres, hors de tout soupçon ?
Violette Daguerre : Elles sont nombreuses, sauf celles sous influence, liĂ©es aux intĂ©rĂȘts des Ătats-Unis. Il est bien connu que ce pays finance massivement ce que nous appelons des « one man organisations ». Câest-Ă -dire des organisations qui se rĂ©duisent Ă une personne qui engage quelques fonctionnaires bien payĂ©s et qui opĂšrent dans le sens de la politique gouvernementale. Ce genre dâorganisation sâillustre assez aisĂ©ment Ă ses dĂ©buts, mais plus difficilement lorsque les choses commencent Ă apparaĂźtre plus claires aux yeux de lâopinion publique. LĂ , il ne leur est plus possible de justifier lâinjustifiable, surtout pour des soi-disant ONG qui prĂ©tendent dĂ©fendre les droits humains. Il faut aussi prĂ©ciser que les dossiers dĂ©fendus ne sont malheureusement pas toujours les mĂȘmes, selon que lâon se trouve au Nord ou au Sud de la planĂšte. RĂ©alisme ne va pas de pair avec idĂ©alisme.
Il reste que les ONG qui se sont distinguĂ©es pour leur rĂŽle dans la fermeture de Guantanamo sont : ACCR, lâACLU, lâACHR, AI,Reprieve, et Cage Prisoners [5].
Silvia Cattori :Lâintervention de M. Bernard Kouchner pour la libĂ©ration de certains prisonniers a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e. Quâen est-il ?
Violette Daguerre : Je commence par dĂ©mentir formellement lâintervention du ministre français dans la libĂ©ration de dĂ©tenus de GuantĂĄnamo, qui Ă©taient des mĂ©decins ou de simples volontaires dans lâhumanitaire. Les 6 prisonniers français libĂ©rĂ©s lâont Ă©tĂ© sans son appui, et dĂ©jĂ avant quâil ne
devienne ministre. En outre, il a toujours affichĂ©, par le passĂ©, des positions agressives Ă lâĂ©gard des dĂ©tenus musulmans accusĂ©s sans preuves de terrorisme. Ă ma connaissance M. Kouchner nâa jamais Ă©levĂ© de protestations en faveur des ONG humanitaires inscrites sur la « liste noire ».
Ceci est malheureusement le cas de plusieurs personnalitĂ©s françaises ; elles interviennent sĂ©lectivement dans les dossiers des droits de lâhomme, en fonction de leur vision politique des rĂ©alitĂ©s, et conformĂ©ment Ă leurs intĂ©rĂȘts.
Il ne faut pas oublier que la perception est subjective et la mĂ©moire est sĂ©lective. Que lâon est conditionnĂ© par la culture dans laquelle on baigne, lâĂ©ducation que nous avons eue, les positions idĂ©ologiques et bien dâautres paramĂštres qui font que lâaffectif a son mot Ă dire, et non pas seulement la raison et les principes universels qui devraient nous guider.
Silvia Cattori :à partir de quand les Parlementaires nationaux et européens ont-ils exigé la fermeture du camp de détention de Guantanamo ?
Violette Daguerre : Ă partir, me semble-t-il, de la deuxiĂšme annĂ©e Ă titre individuel, et de la troisiĂšme annĂ©e en tant que groupes parlementaires. En 2006, le Parlement europĂ©en a votĂ© la fermeture de GuantĂĄnamo. Ce qui nâempĂȘche que les parlementaires restent trĂšs peu visibles, mĂȘme lorsque lâon organise une action Ă lâĂ©chelle nationale.
Silvia Cattori :Que faire pour les ex-dĂ©tenus et les dĂ©tenus qui attendent encore leur libĂ©ration mais qui risquent dâĂȘtre persĂ©cutĂ©s dans leurs pays alignĂ©s sur Washington, comme la Tunisie et le Maroc ? Connaissez-vous des cas oĂč ces revenants ont Ă©tĂ© maltraitĂ©s ?
Violette Daguerre : On rencontre des situations diverses. Si certains ex-dĂ©tenus ont Ă©tĂ© bien traitĂ©s par leur gouvernement, comme au Soudan, dâautres ont Ă©tĂ© maltraitĂ©s ou emprisonnĂ©s, en effet, comme en Tunisie et au Maroc. La Tunisie a condamnĂ© deux ex-dĂ©tenus Ă , respectivement, 3 et 7 annĂ©es de prison. Et, au Maroc, un ex-dĂ©tenu, libĂ©rĂ© en mĂȘme temps que Sami El Haj, est toujours en prison.
Des prisonniers tunisiens qui sont toujours emprisonnĂ©s Ă GuantĂĄnamo demandent Ă ĂȘtre extradĂ©s vers un autre pays que la Tunisie. Et la recherche dâun pays dâaccueil est dâailleurs lâune des raisons qui retarde la libĂ©ration de certains dĂ©tenus de GuantĂĄnamo.Il reste prĂšs de 60 prisonniers originaires de la Chine, dâOuzbĂ©kistan, dâAlgĂ©rie, de Syrie, de Libye, de Tunisie, dâEgypte, qui risquent dâĂȘtre arrĂȘtĂ©s et torturĂ©s Ă leur retour chez eux.
Ce qui contraste avec le cas des ex-prisonniers ayant pu bĂ©nĂ©ficier dâun programme de rĂ©habilitation et de rééducation, comme en Arabie saoudite ; ou ayant Ă©tĂ© pris en charge par les ONG et leur gouvernement, comme au Soudan.
Silvia Cattori :Quels pays europĂ©ens ont-ils acceptĂ©, ou vont-ils accepter, de recevoir ces revenants qui ne veulent plus retourner chez eux par peur dâĂȘtre emprisonnĂ©s, ou que leurs pays refusent ?
Violette Daguerre : JusquâĂ maintenant, il y a trois pays qui sont prĂȘts Ă en accueillir : la Lituanie, la GrĂšce et lâAlbanie. Nous espĂ©rons que lâIrlande, lâAngleterre, Djibouti et dâautres pays se joignent Ă eux. De toute maniĂšre, une fois sortis du camp, leur calvaire nâest pas terminé ; il faudra continuer Ă les aider Ă soigner leurs blessures physiques et psychiques et Ă se rĂ©insĂ©rer dans leur sociĂ©tĂ©. Il va falloir sâatteler notamment Ă la mise en place dâun programme pour accueillir par exemple les nombreux dĂ©tenus yĂ©mĂ©nites.
Silvia Cattori :Pensez-vous que quelque chose de positif Ă©mergera de ce dĂ©sastre ? Une volontĂ© de sâunir – par delĂ les croyances politiques et religieuses – pour exiger justice et rĂ©paration pour le mal fait par cette guerre de lâ « Occident » qui a assimilĂ© lâIslam au « terrorisme » ?
Violette Daguerre : La soi-disant « guerre contre le terrorisme » a fait beaucoup de dĂ©gĂąts et de victimes. Il va de soi que des associations comme la nĂŽtre vont tout faire pour que ceux qui ont commis des crimes et violĂ© les droits humains, non seulement dâindividus, mais de groupes humains et de peuples, soient punis. Et pour que les victimes obtiennent rĂ©paration morale et matĂ©rielle du prĂ©judice subi. Câest un combat de tous les jours et ce nâest pas gagnĂ© dâavance. Surtout lorsquâon voit les manĆuvres dâinstrumentalisation de la justice internationale par les grands faiseurs de la politique.
On peut tout de mĂȘme espĂ©rer que puisse Ă©merger, par delĂ le mal engendrĂ©, une conscience politique plus aiguisĂ©e ; une volontĂ© plus dĂ©terminĂ©e Ă combattre toutes les formes dâinjustices qui rongent notre monde ; et une sociĂ©tĂ© civile Ă lâĂ©chelle mondiale plus Ă©tendue, plus solidaire, plus combative et plus forte des expĂ©riences passĂ©es et des Ă©checs essuyĂ©s.
Silvia Cattori, journaliste suisse.
[1] Voir : http://www.achr.eu Mme Violette Daguerre accompagnait M. Sami El Haj Ă GenĂšve, lors de la ConfĂ©rence publique quâil a donnĂ©e le 27 juin 2008, Ă lâinvitation de la Fondation « Alkarama for Human Rights ».
[2] Voir : http://www.globalpolicy.org
[3] Voir : http://www.samisolidarity.net
Voir Ă©galement : « Sami El Haj, journaliste dâAl-Jazira, tĂ©moigne »,RĂ©seau Voltaire, 25 juillet 2008.
[4] Voir : « Reporters Sans FrontiÚres se souvient (tardivement) de Sami Al Haj »,Réseau Voltaire, 17 février 2006.
[5] Voir les sites : http://www.ccr-ny.org http://www.aclu.org http://www.reprieve.org.uk http://www.cageprisoners.com
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(Source: Réseau Voltaire (France), le 30 juillet 2008)
Lien :http://www.voltairenet.net/article157838.html
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Refus dâoctroi de la nationalitĂ© : Entretien du CCIF avec les membres de la famille
Par le Collectif Contre lâIslamophobie en France
AprĂšs que le Conseil dâEtat ait dĂ©cidĂ© Ă travers son arrĂȘt en date du 27 juin 2008 de confirmer la dĂ©cision du ministĂšre des affaires sociales de refuser la nationalitĂ© française Ă lâĂ©pouse dâun ressortissant français au motif « dâune pratique radicale de sa religion », le CCIF a souhaitĂ© en savoir plus sur cette affaire en prenant contact avec la famille. Le CCIF nâa pas pour vocation de faire lâapologie dâune tenue ni de la dĂ©nigrer dâailleurs.
Il sâinscrit uniquement sur le plan du droit et des libertĂ©s. En lâespĂšce, il sâagissait de comprendre quelles informations ont Ă©tĂ© retenues par le Conseil dâEtat pour motiver sa dĂ©cision.Nous nous sommes rendus au domicile de la famille. Nous avons tout de suite Ă©tĂ© touchĂ©s par lâaccueil, la gentillesse, la gĂ©nĂ©rositĂ©, la modestie et la simplicitĂ© de chacun. La discussion Ă©tait intĂ©ressante, diverse voir contradictoire dans le respect des opinions de chacun. La premiĂšre question qui nous venait Ă lâesprit Ă©tait de savoir les raisons pour lesquelles ils ne voulaient pas rencontrer les journalistes ?
Cela aurait pu constituer une opportunitĂ© pour sâexprimer devant lâopinion publique. Ils en reçurent certains nous prĂ©cisent ils mais ils ne voulaient pas accorder leur confiance Ă dâautres parce quâils « dĂ©forment les propos et nous nâavons aucune possibilitĂ© de vĂ©rifier ce qui va ĂȘtre dit sur notre compte par la suite ». Trois heures de discussion ne nous ont pas permis de dĂ©plorer des propos ou des attitudes que lâon pouvait qualifiĂ© objectivement de radicales. Nous avons alors demandĂ© ce qui avait pu selon eux motiver la dĂ©cision du Conseil dâEtat. La rĂ©ponse ne semblait souffrir dâaucun doute.
Les conclusions des rapports de polices et sociaux indiquent que le comportement en sociĂ©tĂ© de madame est considĂ©rĂ© comme incompatible avec les valeurs essentielles de la communautĂ© française. Madame F. sâexprime trĂšs bien en français. Elle est mariĂ©e Ă un français. Elle vit depuis huit ans en France et elle nâa pas revu son pays dâorigine depuis six ans. « Jâaime ce pays » dit-elle. On peut le croire aisĂ©ment puisquâelle a fait le choix de venir y vivre. Elle y a dâailleurs toutes ses attaches. Ses parents vivent Ă©galement en France depuis trente six ans et ses frĂšres et sĆurs ont eux-mĂȘmes la nationalitĂ© française. Cette situation permettrait presque Ă elle seule de comprendre quâelle veuille rejoindre le destin commun dâune famille qui a choisi de faire de la France son pays dâadoption et de cĆur.
Elle portait le voile avant de se marier et de venir en France contrairement Ă ce qui a Ă©tĂ© dit et surtout soulignĂ© dans le rapport dâenquĂȘte. Lâapprentissage en commun de la religion musulmane lâa amenĂ© ainsi que son mari Ă plus dâorthodoxie dans leur pratique personnelle mais cela nâa eu aucune incidence dans leurs rapports avec les autres. Nous avons dit orthodoxie et pas radicalitĂ© car ce dernier suppose que cette femme vit recluse, sans contacts extĂ©rieurs. Câest dâailleurs ce que le rapport de la Direction DĂ©partementale des Affaires Sanitaire et Sociale (DDASS) avance.
La tenue : Ă©lĂ©ment central dâapprĂ©ciation Madame F porte dĂ©sormais le niqab et non pas la burqa comme lâaffirme la DDASS. Mais cette derniĂšre ne pouvait pas le savoir Ă©tant donnĂ© que lâentretien que ses agents ont eu avec Madame F sâest dĂ©roulĂ© Ă son domicile et quâelle Ă©tait alors « habillĂ©e Ă lâeuropĂ©enne » (sic). Elle leur a surement expliquĂ© comment elle sâhabillait Ă lâextĂ©rieur mais ils ont imaginĂ© un « visage grillagĂ© » (sic). Leur imagination les a-t-elle menĂ© consciemment ou non Ă faire un lien avec les femmes dâAfghanistan que lâon voit dans les mĂ©dias ?
La responsable du bureau de la nationalitĂ© qui rencontre Madame F dans son bureau ne fait pas cette erreur et ne relĂšve donc pas ce « grillage ». Mais elle dĂ©crit avec minutie (longueur, couleur etc) la tenue avec laquelle Madame F sâest prĂ©sentĂ©e. Lâimportance qui est donnĂ©e dans les diffĂ©rents rapports Ă la tenue vestimentaire non seulement de Madame mais Ă©galement de Monsieur (totalitĂ© du rapport des services de police, plusieurs paragraphes dans les rapports des services sociaux et administratifs) suppose que pour ĂȘtre français il est prĂ©fĂ©rable dâĂȘtre habillĂ© Ă la convenance des autoritĂ©s administratives que de savoir sâexprimer dans la langue du pays dont on souhaite acquĂ©rir la nationalitĂ©.
A tel point que le rapport tient Ă prĂ©ciser que Monsieur est vĂȘtu dâun pantacourt resserrĂ© au dessus des chevilles mais surtout que sa barbe est « dâune largeur approximative de deux mains » !!!! A partir de quelle taille la barbe serait acceptable pour quâune conjointe puisse obtenir la nationalitĂ© française? Pourquoi tant dâinsistance sur la tenue de ce couple ? Ce sont des informations qui nâauraient pas suffit Ă fonder une dĂ©cision de refus mais les rapporteurs devaient ĂȘtre convaincus que les prĂ©jugĂ©s entourant cette tenue ne pouvaient laisser insensible lâopinion voir les juges de lâadministration. Le mode de vie du couple. Câest le point crucial de cette enquĂȘte qui aurait motivĂ© le refus. LâenquĂȘte sociale semble avoir Ă©tĂ© faite en plusieurs temps.
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Une premiĂšre enquĂȘte avec un rapport succinct indique que Madame F communique aisĂ©ment, lit et Ă©crit le français. Elle est mĂȘme considĂ©rĂ©e comme suffisamment assimilĂ©e pour accomplir seule les dĂ©marches de la vie courante !! Dans le paragraphe consacrĂ© Ă lâinsertion dans la communautĂ© française il est indiquĂ© que Madame F vit dans un milieu composĂ© de nationalitĂ©s diffĂ©rentes et que les Ă©changes se font en français. Cependant, lâenquĂȘtrice ne semble pas apprĂ©cier que Madame F ne soit pas inscrite dans un club sportif !! En effet, Madame F explique que de sâoccuper de ses trois enfants en bas Ăąge ne lui laisse pas beaucoup de temps pour se consacrer au sport dans un club mĂȘme si elle en fait chez elle.
Dâailleurs, cette impossibilitĂ© nâest pas seulement appliquĂ©e au sport puisquâelle prĂ©cise que pour les mĂȘmes raisons elle nâa pas dâengagement religieux non plus. A lâheure oĂč lâon considĂšre que certains parents ne sont pas assez sensibles Ă lâĂ©ducation de leurs enfants, cette qualitĂ© essentielle ne semble pas servir Madame F. Dans le rapport faisant suite Ă une enquĂȘte complĂ©mentaire, nous apprenons que le couple prend ses dĂ©cisions ensemble, que madame sort souvent seule ou avec ses enfants, quâelle conduit le vĂ©hicule de la famille, quâelle fait les achats seule et utilise la carte bancaire et quâelle nâa pas de problĂšmes de couple.
Le couple indique voir des films de cinĂ©ma en famille. Madame maitrise lâoutil informatique et est Ă lâaise avec internet. Elle ne travaille pas parce quâelle sâoccupe de ses enfants mais aimerait un jour avoir une activitĂ© professionnelle. Mais lâenquĂȘtrice ne semble pas se satisfaire des rĂ©ponses de Madame F qui Ă©tait selon elle « Ă lâaise pendant lâentretien ». Elle souhaite interroger le mari seul. Lâentretien avec le mari allait il avoir une incidence sur le jugement de lâenquĂȘtrice ?
En tout Ă©tat de cause les rĂ©ponses du mari qui lui prĂ©cise se rendre rĂ©guliĂšrement Ă la priĂšre, considĂ©rer que lâĂ©galitĂ© entre les hommes et les femmes et le droit de vote sont des points positifs, que lâislam lui semble mal compris en France, ne semblent pas convenir Ă lâenquĂȘtrice. Elle nâa pas ressenti la mĂȘme chose pour Monsieur. Elle considĂšre quâelle a Ă©tĂ© obligĂ©e dâinsister pour obtenir des rĂ©ponses prĂ©cises puis conclut son rapport en indiquant que « compte tenu du doute ressenti âŠ..je maintiens lâavis dĂ©favorable ». Provocation ? Mais le plus choquant dâun point de vue dĂ©ontologique est la demande de lâenquĂȘtrice qui, aprĂšs avoir invitĂ© le couple Ă sâassoir, demande Ă Madame F de bien vouloir retirer son voile.
Madame F sâest exĂ©cutĂ©e et Ă ce moment est entrĂ© dans le bureau un homme prĂ©textant la recherche dâun dossier ! Visiblement cette manĆuvre Ă©tait destinĂ©e Ă observer la rĂ©action du couple. Ne semblant pas convaincue par la rĂ©action du couple, lâenquĂȘtrice sâest alors permis de demander une fois seule avec Madame F, si cela ne lâa pas gĂȘnĂ©. En tout Ă©tat de cause, ce genre de provocation est indigne dâune administration qui se dit respectueuse de tous.
Le Collectif Contre lâIslamophobie en France
(Source: « Oumma » (France), le 22 juillet 2008)
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