30 juin 2006

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2230 du 30.06.2006

 archives : www.tunisnews.net


LTDH:Communiqué
Chokri Hamrouni: Le calvaire d’Aymen Dridi continue!

L’Audace: Les charlatans

L’Audace: Interview avec Om Zied « Cette arnaque est puérile et cousue de fil blanc »

L’Audace: Interview avec le docteur Mustapha Ben Jaafar « Il s’agit, à l’évidence, d’une manœuvre de déstabilisation»

 

Jeune Afrique:Tunisie Violence au quotidien 

Jeune Afrique:Des froufrous au hijab

Réalités: La face cachée de “Reporters sans frontières”

Réalités: Cachez-moi ces Saints !

ATS: La TSR fait le bonheur des habitants du Maghreb

La Liberté : La TSR pourrait être privée de la suite du Mondial:  la faute aux Maghrébins

AFP: La télé américaine traque grossièretés et images indécentes

AFP: Trop de sexe: le parquet russe veut fermer 3 journaux pour jeunes

Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme   Tunis, le 28 juin 2006   Communiqué  
Le comité directeur de la LTDH suit avec intérêt et une vive préoccupation la vague d’enlèvements dont ont été victimes des citoyens tunisiens dans diverses régions de la République au cours du mois de juin, sans que leurs familles ne soient informées du lieu de détention des leurs ou des accusations portées contre eux. Des familles ont pris contact avec la Ligue, dont celle de monsieur Oulid Ouassi, professeur de mathématiques à Kébili dont la famille est sans nouvelles depuis le jeudi 15 juin 2006 et au sujet duquel la ligue a adressé un courrier à monsieur le directeur général de la Sûreté nationale le 22 juin, resté sans réponse. C’est le cas également de Naoufel Sassi, qui a un cabinet d’expert comptable à Tunis et dont la famille est sans nouvelles depuis le mercredi 14 juin 2006. Idem pour les étudiants Amir Charfeddine, Mahfoudh Sayadi et Oualid Ghaddhab, qui ont été arrêtés dans le gouvernorat de Monastir par des agents de la Sûreté en civil qui n’ont pas décliné leur identité.  La ligue a appris que d’autres régions du pays avaient été le théâtre d’arrestations extra judiciaires. Malgré les contacts pris par les familles avec les services de la Sûreté de l’Etat et ceux du ministère de l’Intérieur à Tunis, ces derniers ont nié avoir connaissance de ces arrestations, tout comme des lieux de détention. La ligue redoute qu’ils ne soient soumis à de mauvais traitements. (…) La ligue exige la libération immédiate des personnes détenues de façon illégale et l’ouverture d’une enquête déterminant les responsabilités de ces graves dépassements (…) Pour le comité directeur Le Président Mokhtar Trifi   LTDH, rue Baudelaire, 1005 El Omrane, Tunis Tel : 71 280 596, fax : 71 892 866 Adresse électronique : ltdhcongres6@yahoo.fr   (traduction d’extraits, ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)

Le calvaire d’Aymen Dridi continue!  

 
Aymen Dridi ce prisonnier politique qui a révélé au monde l’affaire de la profanation du Coran dans la redoutable prison « Borj Erroumi » de Bizerte  et qui a apporté une nième preuve sur la systématisation de la torture dans les prisons et autres lieux de détentions tunisiens, est en train de payer un lourd tribut sa dénonciation courageuse. En effet, le régime tunisien n’est pas prêt à lui pardonner un scandale dont il aurait aimé sûrement se passer tant son image est ternie à tout point de vue.    Sa maman, cette femme dont le courage et la dignité forcent le respect, est rongée d’inquiétude et de chagrin à son sujet. Déjà bouleversée par la tournure tragique qu’ont pris les évènements après les récentes révélations, elle s’est rendue comme tous les jeudis à la prison de « Borj Erroumi », la main sur le coeur, pour s’enquérir de sa santé et des conditions de sa détention qui se dégradent de jour en jour. Grande étaient sa tristesse et sa frustration lorsque les geôliers lui ont interdit l’accès au lieu de visite sous le prétexte fallacieux que son fils doit subir une punition qui le prive de tout droit à la visite. Aussitôt repartie, elle lança un appel de détresse dans l’espoir de dissuader les autorités tunisiennes de faire encore plus de mal à son fils qui n’en finit pas de souffrir. Les militants de la section de Bizerte de la LTDH et à leur tête le vaillant Ali Ben Salem, ou encore Tarek Essoussi ou Mohamed Ben Saïd, poursuivent leur formidable travail d’information et d’assistance à cette famille martyrisée en dépit des menaces qui pèsent sur leurs têtes. Pour nous ils sont des exemples à méditer et à suivre. Par ailleurs, le cri de cette mère au coeur brisé, sa bravoure et sa dignité nous obligent ! Ils nous incitent à la mobilisation et à l’action afin que son fils lui revienne sain et sauf.    Paris, le 30 juin 2006 Chokri Hamrouni 


 
Les charlatans
 
Slim Bagga  

Le poète disait : « la calomnie est une bête qui ne se rassasie jamais ». Des centaines de lecteurs, amis de notre journal  et d’autres affabulateurs m’ont fait transmettre l’information selon laquelle si « L’Audace » a des retards de parution depuis le mois d’avril, c’est parce que son directeur est entrain de négocier secrètement avec le pouvoir, son retour en Tunisie et peut-être même une retraite tranquille quelque part sur une île…

Fadaises que cela !

Je ne réponds pas à ces calomniateurs car, comme le disait Victor Hugo à juste titre, : « Calomniez, calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». En effet, la calomnie est comme la mauvaise herbe qui pousse avec l’arrivée du printemps…

Je ne m’adresserai donc pas à ces manipulateurs haineux qui ont construit leur vie sur le discrédit des autres et qui en font commerce. Ils me rappellent, au contraire, ce que théorisait Freud à travers « la projection du coupable ».

Le père de la psychanalyse considérait, en effet, qu’une sorte de psychopathie était susceptible médicalement d’atteindre des Hommes. Ceux-là, qui n’ayant rien fait de leur vie ou détruisant tout autour d’eux, se regardent dans un miroir et projettent leur déchéance, leur vulgarité et leur haine sur ceux qui agissent pour le Bien. En l’occurrence pour ce qui nous intéresse : la démocratie. Mais, j’informe en revanche nos fidèles lecteurs que certaines péripéties qui ont jalonné « le pèlerinage » d’un trio de charlatans dévergondés à travers la France et l’Europe. Il s’agit du guérisseur-sorcier de Ben Ali (qui est en fait à la tête de 23 000 taxis en Tunisie : imaginez la source d’informations dans un pays quadrillé par la police) du nom Hamadi Ferjaoui. Il s’agit aussi de Omar Raouahi, pseudo industriel dans le sud, se disant spécialisé dans les plastiques, ce qui n’est qu’une couverture à un trafic de drogue  dont l’élargissement s’étend jusqu’en Hollande plus spécialement à Amsterdam. Il s’agit enfin d’un prête-nom, conscient de rien qui ne mériterait pas que l’on en évoque le nom tant ces mafieux sont malsains et tant son jeune âge m’interpelle moralement.

C’est cette équipe qui m’a contactée début avril 2006 pour me tenir à peu près ce langage : « Le président Ben Ali veut que tous les exilés rentrent dans le pays ; nous sommes là pour vous proposer de vous apporter des informations critiques sur les véritables manipulateurs qui montent la sauce et à leur tête le ministre de la sécurité, Mohamed Ali Ganzoui ; nous sommes en mesure de vous fournir des informations exclusives sur les magouilles dans le domaine du sport et des détails explosifs sur la passation des marchés de certains profiteurs du régime. En contrepartie, nous vous promettons de vendre de 10 à 50 000 exemplaires de « L’Audace » en Tunisie pour peu que vous n’évoquiez plus Leïla Ben Ali et que vous soyiez moins saignant dans vos critiques à l’égard du Président lui-même. La dernière chose que « ces rois mages » m’ont recommandé est de leur faire un prix car, selon eux, le journal le plus cher en Tunisie coûte 3,300 DT, ce qui équivaut à 2 €, alors que « L’Audace » coûte 7 €, ce qui reviendrait environ à 10 DT. »

Je leur répondis alors que si votre transaction commerciale est honnête, si personne n’intervient dans la rédaction, ni dans le contenu de la publication, je verrai aucun inconvénient à commencer à vous livrer 4 à 5000 milles exemplaires pendant trois mois ; mon souci est que le journal entre légalement à Tunis et je vous fais un prix de 2,50 € l’unité pour le marché tunisien. Ils étaient d’accord et heureux de croire avoir atteint leur but en m’amadouant par l’argent. Ceci étant, je tiens à rappeler aux lecteurs qu’aucune négociation d’ordre politique concernant mon passeport injustement confisqué, mon permis de conduire injustement confisqué, mon retour absolument jamais envisagé, n’a été négocié avec ses charlatans. En France, en effet, j’ai des amis que j’aime et certaines affections que je ne trahirais jamais. De toute façon, tant que je vivrais, « L’Audace » ne trahira ni ses amis, ni ses principes. Le jour où tous les prisonniers politiques seront libérés, où tout le monda droit aura légalement droit à un passeport, sa dignité et sa liberté d’expression dans son pays, oui alors peut être je reviendrais… Si je dis peut être c’est parce que la France m’a adoptée dans les années de braise, elle ne m’a jamais laissée et mes affinités sont là.

Et voilà donc ce que j’ai expliqué à mes interlocuteurs qui ont essayé en vain de ma convaincre du retour en Tunisie.

Seulement voilà : trente minutes après notre transaction commerciale, et non politique, Ferjaoui se déplace à son hôtel, fait part de « notre accord » sur les 4 à 5000  exemplaires et reviens pour me dire ceci : « Slim Bagga, c’est d’accord, on vous demande juste une dernière chose : de nous permettre nous-mêmes de prendre sur vous le relais de Paris et de Genève. Nous voulons vous dégager de la diffusion dans un souci de vous faciliter la tâche ».

C’est justement à ce moment-là que j’ai considéré que l’enquête sur les charlatans était terminée, que j’ai renversé devant témoins, dans un grand restaurant parisien du 10ème, le plat qui m’était offert en leur disant : « au revoir les charlatans, l’enquête est terminée ».

Moralité : ce journal n’est ni à vendre, ni à acheter tant que Dieu (s’il existe) me prête vie.

Je devais aux lecteurs de ce journal, ces précisions et je leur fais part de toute ma gratitude parce que c’est grâce à eux qu’il existe en toute indépendance.

(Source : « L’Audace », Numéro double N° 135-136, juin 2006)

Interview avec Om Zied (CPR)

« Cette arnaque est puérile et cousue de fil blanc »

 
Depuis quelque temps un trio “d’hommes d’affaires” parcourt l’Europe en se disant proches du Président tunisien pour tenter de convaincre les opposants au retour en Tunisie. Pourtant, il suffisait de proclamer une amnistie, de libérer les prisonniers, de rendre leur dignité à ceux qui souffrent à l’intérieur. Comment interprètes-tu ce nouveau tour de force?
O.M : Je ne sais pas grand chose de cette “initiative”, à vrai dire elle ne m’intéresse pas moi qui suis dans la rupture totale avec le régime. Ce que j’en sais me fait croire qu’elle ne vient pas du tout de Ben Ali et ce pour 3 raisons. Premièrement, Ben  Ali aurait en ce moment bien d’autres soucis que de se concilier avec ses opposants qu’ils soient à l’intérieur ou l’extérieur. Des gens proches du pouvoir disent que ce n’est plus lui qui gouverne et qu’il ne sait pas grand chose de ce qui sepasse dans le pays. Deuxièmement, Ben Ali est connu pour sa susceptibilité légendaire et sa rancune tenace et donc on le voit mal opter pour le pardon et la réconciliation. Troisièmement, logiquement loin des appréciations personnelles, le régime de Ben Ali s’est construit sur la terreur et l’absence totale de générosité qui sont devenus sa seule légitimité et donc on voit mal comment il irait compromettre son régime en ayant des gestes humains qui risquent d’en ébranler les piliers. Non, à mon humble avis cette initiative est le fait d’un sous-fifre zélé  qui voudrait se rendre utile à celui qui succèdera à Ben Ali. Cette initiative se veut l’un des prémices des ravalements de façades du prochain 7 novembre et une tentative de disperser les rangs opposants. Cette arnaque est puérile et cousue de fil blanc … Elle sent l’amateurisme à mille lieues. De plus, plusieurs expériences passées ont prouvé qu’il est dangereux de se fier à la parole de ce régime et de ses sbires. J’espère qu’ils en ont tiré les leçons. D’ailleurs, comment peut-on penser que celui qui a pourri la vie des Tunisiens pendant 18 ans peut assainir l’atmosphère en permettant le rapatriement de certains exilés politiques à l’heure même où les Tunisiens de l’intérieur se sentent exilés dans leur propre pays confisqué par la bande mafieuse qu’on connaît ?!!!…
L’opposition de l’intérieur ne défend pas les opposants de l’étranger alors qu’ils constituent un relais. Dès qu’un opposant en Tunisie est emprisonné, nous remuons ciel et terre pour alerter l’opinion publique internationale, mais nous sommes tout le temps malmenés à l’intérieur du pays sans que les partis politiques ou les associations lèvent le petit doigt. En tant que journaliste toi-même, crois-tu ce rapport viable?
O.M. : Certains faits que vous évoquez sont malheureusement vrais, mais pas l’explication vous en donnez. Nous sommes tous égaux devant les répressions de ce régime de malheur et si nous manquons parfois à notre devoir de soutenir nos frères et sœurs à l’étranger, celà est tout simplement dû au désordre de nos actions, au fait d’être dépassé par tant de coups qui tombent sur les uns et les autres… et c’est surtout dû au fait que nous croyons à tort que nos amis de l’étranger sont un peu plus protégés que nous puisqu’ils sont un peu plus libres… ce n’est pas une excuse et surtout une raison pour que cela continue.
 
(Source : « L’Audace », Numéro double N° 135-136, juin 2006)

Interview avec le docteur Mustapha Ben Jaafar (FDTL)

« Il s’agit, à l’évidence, d’une manœuvre de déstabilisation»

 
Depuis quelques semaines, des VRP parcourent l’Europe et prennent des contacts avec l’opposition à l’étranger. On leur promet monts et merveilles. on leur dit aussi “Rentrez chez vous; le Président n’y est pour rien, il est mal informé, et son souci actuel est que le peuple soiy réconcilié” Croyez-vous à l’efficacité d’une telle démarche?

MBJ : Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de cette histoire, mais il s’agit, à l’évidence, d’une manœuvre de déstabilisation dans le but de diviser l’opposition et de créer le trouble dans ses rangs à un moment où  s’engage  une opération de rassemblement qui, au vu des réactions suscitées, semble déranger voir irriter les autorités. Ce n’est pas la première fois qu’on a recours à ce genre de procédé. Tout le monde se rappelle l’antécédent du patron d’Al Mustaquillah qui a tenté de jouer les intermédiaires pour ramener les dirigeants d ‘Annahdha à faire leur mea culpa, et, plus récemment le débat sur Internet appelant à une pseudo-réconciliation. Tout cela a fait long feu. Malheureusement, certaines personnes, que ce soit par manque de discernement ou par excès de confiance, tombent dans le panneau. Pour ma part, je considère que ce type de manœuvre traduit une incapacité des corps constitués à résoudre les problèmes. Je reste convaincu que le jour où le pouvoir aura la volonté de sortir de la crise que nous vivons et voudra engager une véritable ouverture politique, les grands décideurs ne laisseront pas à des comparses les avantages d’une telle opération. C’est à ce moment là que les choses sérieuses pourront commencer.   Avez personnellement été abordé?

MBJ : C’est simple. La réponse est non. Le Forum et ses responsables n’ont jamais été contactés. Les personnes qui ont conduit ces opérations savent bien que la direction de notre parti est difficile à manœuvrer. Cependant nous restons ouverts à tout dialogue sincère et positif avec de vrais responsables.   Les opposants tunisiens en France sont régulièrement malmenés. Ni la Ligue, ni le CNLT, ni des ^paetis politiques ne s’élèvent pour contester. Serions-nous des opposants de seconde zône? Comment est-ce que vous concevez ces relais?
Devrons-nous être des militants en prison pour mériter la bienveillance des spécialistes en communiqués? MBJ : Je perçois, à travers cette question, beaucoup d’amertume. En vérité, je dois admettre qu’il y a toujours eu un certain décalage entre l’action en Tunisie et la réaction au sein de l’émigration. Ce décalage est compréhensible si l’on tient compte des effets dévastateurs du verrouillage politique dans le pays, conjugué à la monopolisation de l’information.  Dans ces conditions, les militants de l’émigration ont, dans le cadre de leurs associations ou même individuellement, relayé les luttes en palliant avec une grande efficacité au déficit de communication. Le développement de l’Internet a changé sensiblement la donne. Citoyens à part entière, les Tunisiens à l’étranger ne se contentent plus de constater ce qui se passe en Tunisie et de le répercuter ; ils apportent aussi, sur leur propre terrain, leur contribution aux luttes pour le changement démocratique. De ce fait ils sont la cible d’attaques, de calomnies et de menaces, au même titre que l’opposition de l’intérieur. C’est parce que nous vivons une phase transitoire que les relations entre les militants de l’intérieur et ceux de l’immigration ne sont pas encore équilibrées et que le soutien est apparemment à sens unique. Cette situation s’explique aussi par le sentiment que, hors de nos frontières, on est moins vulnérable  et on dispose d’une marge de liberté et d’action plus grande. Le temps est venu pour que les uns et les autres, nous passions de la solidarité à la coordination. La différence de rythme ne sera alors qu’une affaire de contexte.
(Source : « L’Audace », Numéro double N° 135-136, juin 2006)
 


Tunisie

Violence au quotidien

 
par RIDHA KÉFI   À l’école, dans la rue, les stades et les lieux de travail, les agressions plus ou moins gratuites se multiplient.   Autoroute Tunis-Msaken, 26 mars. À la station de péage de Hergla, à une centaine de kilomètres de la capitale, des incidents éclatent entre des supporteurs de l’Étoile du Sahel et de l’Espérance de Tunis. Bilan : plusieurs blessés, dont une fillette de 11 ans gravement atteinte à la tête, et d’importants dégâts matériels. L’Ariana, 11 mai. À bord de leur véhicule 4×4, des supporteurs de l’Espérance de Tunis sillonnent la banlieue nord de Tunis. Soudain, ils foncent délibérément sur un jeune homme de 25 ans, dont le seul tort est d’arborer les couleurs d’une équipe rivale, le Club africain. Au terme d’une longue agonie, la victime a été inhumée le 3 juin.   La Manouba, 8 juin. Une jeune fille de 20 ans rentre à son domicile, dans cette cité ouvrière de la banlieue de la capitale. Selon le journal Essabah, il est très tard et la jeune fille est en état d’ébriété. Son père le lui reproche, elle le roue de coups. Elle vient d’être condamnée à un an de prison.   Agressions sexuelles, braquages de voitures, vols à l’arraché, rixes entre automobilistes… Les quotidiens tunisois sont pleins de ce genre de faits divers, qui, selon certains, traduirait l’apparition d’une nouvelle forme de violence, gratuite, absurde, inexplicable. « Les agressions physiques et verbales contre des conjoints, des parents ou des enseignants se multiplient un peu partout : à l’école comme dans la rue, sur les lieux de travail comme dans les stades », estime Noureddine Kridis, professeur de psychologie à l’université de Tunis-I. Même son de cloche chez le psychiatre Fathi Touzri, consultant à l’Unicef et auteur d’un essai sur la délinquance juvénile (éd. Cahiers du Ceres, Tunis, 2005) : « Les faits divers dans les journaux ne sont pas un indicateur fiable de la recrudescence de la violence, sauf peut-être en Tunisie, où il n’y a guère d’autres moyens pour appréhender le phénomène. »   La violence sociale se mesure généralement selon trois critères : la victimisation, la perception et les statistiques. On ne sait si des enquêtes de victimisation ont déjà été menées dans le pays, mais si c’est le cas, elles n’ont pas été rendues publiques. De même, il n’y a jamais eu de sondages d’opinion sur la perception du phénomène. Une seule étude a été entreprise conjointement par l’Unicef et l’Éducation nationale. Elle conclut à une recrudescence de la violence entre adultes et élèves dans les établissements scolaires. Précision intéressante : la violence est plus fortement ressentie par les élèves de sexe féminin issues de familles aisées et suivant une bonne scolarité que par ceux de sexe mâle, issus de familles pauvres et à la scolarité difficile. Cela signifie tout simplement qu’il existe dans les quartiers défavorisés, où il faut jouer les durs pour s’imposer, une banalisation de la violence, qui devient une condition de survie.   Quant aux statistiques de la police et de la justice, elles sont quasi inexistantes. « Depuis 1992, il y a comme un blocus sur les chiffres des délits, même des délits violents. On trouve certes quelques données éparses, notamment sur la violence infligée aux enfants et l’activité des services de justice, mais elles sont difficiles à analyser. Il n’y a pas davantage d’enquête sur la population carcérale. Et, encore moins, sur les victimes des violences », souligne Touzri.   Comment expliquer ce manque d’information ? Le psychiatre se souvient des trois arguments invoqués, un jour, par un responsable local pour justifier son refus de fournir des données sur la criminalité. 1. La Tunisie étant un pays touristique, de telles informations risqueraient de nuire à son image. 2. Le pays manque de statisticiens capables de manipuler ce genre de chiffres avec doigté. 3. Si elles étaient divulguées, de telles données pourraient être utilisées de manière malveillante par l’opposition (sic).   Qu’on en parle ou pas, la violence n’en est pas moins présente au quotidien. Surtout dans les cités difficiles qui ceinturent la capitale. Là, les taux de l’échec scolaire et du chômage des jeunes avoisinent 40 %, alors qu’ils ne dépassent pas 15 % au niveau national et 5 % dans les quartiers chic. Comment douter que ces écarts induits par le développement économique contribuent au développement de la violence ?   Sans nier ces réalités, les pouvoirs publics évitent cependant d’en parler. Ils préfèrent communiquer sur ce qu’ils font pour prévenir le phénomène. Officiellement, les « déviants » et les « inadaptés sociaux » bénéficient de programmes nationaux concernant l’éducation des adultes, la formation professionnelle et l’emploi. Des dispositions spéciales sont prévues pour faciliter leur insertion. Pour venir en aide aux jeunes exposés au risque de la délinquance, des centres de défense et d’intégration sociales ouverts aux garçons et aux filles ont ainsi été créés. La population carcérale bénéficie elle aussi d’un programme spécial d’alphabétisation et de formation. Ce n’est déjà pas mal, mais est-ce suffisant ? « Il faudrait aussi une prise en charge des victimes et un suivi de leur état, car il n’existe aucune structure spécialisée de ce type », estime Fathi Touzri.   La société civile est, elle aussi, très faiblement impliquée dans ce genre d’activité. Deux organisations de femmes, l’UNFT et l’ATFD, disposent de structures d’écoute pour les femmes battues, mais on reste loin du compte.   Noureddine Kridis s’efforce de replacer la recrudescence de la violence dans la crise générale de la société tunisienne. « Les mosquées ne désemplissent pas, explique-t-il. Ce n’est pas un mal en soi dans la mesure où la religiosité est un facteur de fraternité. On constate cependant qu’à la première contrariété ces mêmes personnes, qui affichent ostensiblement leur piété, n’hésitent pas à s’insulter et à s’agresser mutuellement. On parle beaucoup de liberté et d’égalité, en négligeant la fraternité. Or c’est elle qui cimente le lien social et permet de “vivre ensemble”. Fraternité signifie aussi tolérance, politesse, respect, pardon… Ces valeurs doivent être réhabilitées par le système éducatif. »   Faut-il néanmoins accroître le nombre des policiers ? « Non, estime Kridis, la solution n’est pas sécuritaire, mais sociale et éducative. Elle suppose notamment la diffusion de ces valeurs positives par des émetteurs crédibles et hautement symboliques, qu’ils soient écrivains, sportifs ou artistes. » Des Zidane locaux, en somme.   (Source : « Jeune Afrique » N° 2372 du 25 juin au 1er juillet 2006)


 

Des froufrous au hijab

par YASRINE MOUAATARIF   Les unes après les autres, actrices, chanteuses et danseuses orientales adoptent le voile islamique. Crainte pour leur sécurité ou révélation divine ?   Célèbre pour ses rôles de jeune femme « émancipée », l’actrice égyptienne Hanan Turk, 31 ans, portera désormais le hijab, le voile musulman. C’est elle-même qui l’a annoncé à la presse, en mai. Deux mois plus tôt, Hala Shiha, autre star montante du cinéma égyptien, avait elle aussi troqué ses costumes de scène pour des tenues plus conformes aux canons de l’islam. Hanan et Hala sont loin d’être des exceptions chez les actrices, chanteuses ou danseuses « orientales ». Dans les années 1970, déjà, Shams el-Baroudy, une vamp assez affriolante, avait semé la consternation en passant sans transition du bikini au niqab, le voile noir intégral, mais ce n’était qu’un cas isolé. Longtemps, les « re-conversions » n’ont concerné que des artistes en fin de carrière, sinon sur le retour, à l’instar de la chanteuse Chadia, icône des comédies musicales égyptiennes des années 1960, qui « prit le voile » il y a une dizaine d’années.   Aujourd’hui, le phénomène s’accélère. De Sabreen à Mona Abdel Ghani, en passant par Ghada Adel ou même l’ex-danseuse Zizi Mustapha, les ex-stars qui ont choisi de voiler pudiquement leurs charmes se comptent par dizaines. Au point de susciter les rumeurs les plus folles. Ont-elles été menacées par les islamistes ? Cédé aux instances sonnantes et trébuchantes de quelque austère potentat du Golfe ? La plupart préfèrent invoquer une « révélation divine », souvent intervenue par le biais d’un prédicateur « qui-a-changé-leur-vie », comme le charismatique Amr Khaled, 36 ans, qui compte plusieurs hijabs célèbres à son tableau de chasse.   Pour l’anthropologue Saâdia Radi, cette épidémie de mysticisme chez les artistes égyptiennes n’est qu’un microphénomène, le reflet, rehaussé par la célébrité, des profondes mutations dont le pays est le théâtre. Au moins 70 % des Égyptiennes seraient aujourd’hui des motahajibat (« femmes voilées »), chiffre jugé très inférieur à la réalité par la sociologue Madiha el-Safty, de l’université américaine du Caire, qui l’estime à plus de 80 %. Ce fulgurant essor de la ferveur populaire serait, au moins en partie, la conséquence « du wahhabisme importé des pays du Golfe par les milliers de travailleurs émigrés de retour au pays », explique cette dernière. Il est aussi « une réaction aux crises économiques, sociales et politiques à répétition qui affectent le pays ». Né dans les classes les plus pauvres, le phénomène s’est peu à peu étendu à l’ensemble de la société. « Aujourd’hui, porter le voile est normal. Mieux, c’est devenu la norme », commente la sociologue.   Désormais, il existe aussi un islam « branché » pratiqué aussi bien dans les sphères du show-biz que dans les beaux quartiers du Caire, d’Al-Mohandissine à Garden-City. Ici, la modernité se réinvente loin de toute référence occidentale. Petit à petit, on se réapproprie cette identité baladi (de balad, « le pays ») qui fut si longtemps synonyme de ringardise. Un fructueux business se développe autour de la religion en général, et de ses accessoires féminins en particulier. Fini le temps où les hijabs n’étaient vendus que sur le parvis des mosquées, entre tapis de prière et gadgets made in Medine. Aujourd’hui, les riches élégantes à voilette n’ont que l’embarras du choix, entre les boutiques de prêt-à-porter haut de gamme (la marque Rosée, par exemple) et les créations haute couture de la luxueuse griffe Al Motahaguiba. Il existe au moins deux magazines de mode islamiquement corrects, Jumanah, lancé en 2004, et Higab Fashion, sorti au début de l’année.   Plus encore qu’une mode vestimentaire, le hijab est un mode de vie. D’où l’apparition d’une industrie des loisirs à destination exclusive des femmes voilées. Désormais, les « sœurs » égyptiennes peuvent faire du sport dans des salles d’où toute présence masculine est rigoureusement bannie, la fête dans des soirées animées par des groupes 100 % féminins comme Al-Yachmak, et même trempette sur des plages privées comme « La Femme » (en français dans le texte), à quelques kilomètres d’Alexandrie…   « Une femme voilée peut fort bien réussir une brillante carrière professionnelle, explique Diana Darwich, journaliste à Al-Ahram Hebdo et récente lauréate du prix Samir-Kassir pour la liberté de la presse (elle-même porte le hijab depuis plus de dix ans). Elle peut-être journaliste, professeur d’université ou même militante des droits de l’homme. S’obstiner à opposer les traditionalistes rétrogrades aux modernes occidentalisés n’a aucun sens. »   Sans doute, mais il y a quand même des limites. À la télévision, par exemple – à ce jour, seules les chaînes par satellite acceptent les speakerines portant le voile -, mais aussi au cinéma. De nombreuses actrices qui ont récemment choisi de porter le voile dénoncent le « sectarisme » des réalisateurs qui continuent de réserver le hijab aux personnages de hagga, les femmes d’un certain âge. Il est vrai que les quelques audacieux qui ont osé déroger à cette règle se sont attiré de sérieux ennuis. Dernièrement, l’un d’eux a réalisé un vidéoclip mettant en scène une moutahajiba amoureuse… Protestations, scandale ! Sur la chaîne Al-Arabiya, une émission de grande écoute, Istifta ala al-hawaa (« Sondage en direct »), a aussitôt organisé un débat sur le thème « Pour ou contre les femmes voilées dans les vidéoclips ? ».   La vérité est que si le hijab est aujourd’hui partie intégrante de la vie des Égyptiens, les fantasmes de ces derniers ne s’encombrent pas de voiles pudiques. Ils portent des décolletés sur des poitrines siliconées et se prénomment Nancy, Ruby ou Elissa, des chanteuses à la mode. Et ces pulpeuses créatures ne viennent pas toujours du balad ! Dans une tribune publiée, à Londres, par le quotidien El Hayat, la sociologue libanaise Dalal Bizri tente d’analyser cet étrange paradoxe, qui, entre voile et frou-frou, écartèle la société égyptienne – et arabe en général. « La diffusion [du hijab] à l’échelle que nous connaissons actuellement exige la présence de la vulgarité, de la débauche, de la quasi-nudité, pour réveiller sans cesse la flamme de sa nécessité. L’importation au Caire d’“artistes” libanaises, top models ou reines de beauté, pour occuper l’espace laissé vacant par des Égyptiennes plongées jusqu’au cou dans la mode du délire dévotionnel signale la présence de deux pôles opposés qui parviennent néanmoins à cohabiter parfaitement : d’un côté, le voile, la pudeur, la ?pruderie ; de l’autre, le dévoilement, le dévergondage, la vulgarité, la damnation. »   (Source : « Jeune Afrique » N° 2372 du 25 juin au 1er juillet 2006)


 

La face cachée de “Reporters sans frontières”

 
Ryadh Fékih   Au fil des ans, Robert Ménard, ancien trotskiste devenu secrétaire général – apparemment à vie – de Reporters sans frontières (RSF) est arrivé à s’ériger en référence universelle en matière de défense de la liberté de la presse dans le monde. Noble cause… à laquelle personne ne peut refuser de souscrire ! Cependant, l’ONG la plus bruyante de France est en passe de devenir une courroie de transmission du Département d’État et un instrument de la stratégie états-unienne en Amérique latine et au Moyen- Orient. Enquête sur une dérive…   RSF a pour mission, officiellement, de défendre les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Son slogan, depuis 2005, est on ne peut plus clair à ce propos : “N’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre.”   Outre la controverse que provoque, chaque année, son classement annuel des pays sur la liberté de la presse, et dont les critères changent à la tête du client, RSF est accusée d’être à la solde des Etats-Unis, qui participent à son financement par le biais d’officines proches de la CIA, les services de renseignement américain.   L’organisation dirigée par le sulfureux Robert Ménard est accusée aussi par des associations altermondialistes de s’être associée avec l’extrême-droite cubaine de Miami pour mener une campagne contre le Cuba de Fidel Castro et le Venezuela d’Hugo Chávez, tous deux ennemis jurés des Etats-Unis, dans un but politique partisan plus que de défense des libertés.   Les réactions (ou l’absence de réaction) de RSF à certains abus d’Israël au Proche-Orient mais aussi son manque de zèle à défendre les journalistes d’Al-Jazira Samy Al-Haj, emprisonné à Guantanamo, et Tayssir Allouni, condamné en Espagne à une lourde peine de prison, jettent encore plus le doute – et le discrédit – sur cette organisation qui a la compassion décidément trop sélective, sinon partisane pour ne pas dire téléguidée par quelques généreux bailleurs de fonds.   Cible privilégiée : les pays en développement   On reproche souvent à RSF le fait que ses actions ont lieu souvent dans un cadre restreint, portant surtout sur des pays en développement. Dans son livre ‘‘Ces journalistes que l’on veut taire’’, publié aux éditions Albin Michel, en mars 2001, Robert Ménard l’écrit d’ailleurs noir sur blanc: “Pour défendre les journalistes dans le monde, nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion critique sur le métier de journaliste prête par définition à polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un évènement ?” Et de faire ensuite cet aveu, sans ciller: “Nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie et au Gabon et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens… mais de ne pas nous occuper des dérives françaises”   Très courageux, n’est-ce pas ?   Dans le même livre, Robert Ménard explique qu’un différend d’importance l’a opposé, au sujet de ce choix pour le moins discutable, à ses prédécesseurs, dont Jean-Claude Guillebaud. Ce dernier, soutenu par une grande partie des militants de l’association, estimait que RSF devait dénoncer, en France même, les dérives déontologiques, financières et économiques qui caractérisent l’évolution du monde médiatique (les concentrations et la restriction du pluralisme, par exemple).   Robert Ménard défend, pour sa part, une approche plus opportuniste, plus politique et, donc, moins crédible. Selon lui, en dénonçant les dérives de la presse française, “nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique”, écrit-il dans le même livre. Et d’ajouter : “Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien de patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique.” Traduire: tant pis pour les groupes de presse des pays en développement, qui ne peuvent pas, eux, acheter le silence de l’organisation.   Très honnête, n’est-ce pas ?   Certes, il arrive que RSF publie des communiqués pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse commis dans les dix pays les plus riches. Ces communiqués, “minimum syndical” selon certains, “poudre aux yeux” selon d’autres, sont rarement reproduits en première page de son site Internet, qui préfère s’en prendre à huit pays pauvres ou en développement. S’il arrive à l’organisation de protester contre les Etats-Unis ou la France ou quelque autre pays puissant, elle ne dépasse guère le seuil de la protestation platonique pour entreprendre des actions spectaculaires et suivies, comme elle le fait du reste souvent, contre Cuba et le Venezuela. On ne se souvient pas que RSF ait vraiment donné de la voix contre les Etats-Unis, le pays qui a tué le plus de journalistes dans le monde ces dernières années.   Très curieux, n’est-ce pas ?   Haro sur le Venezuela de Chávez   RSF a été la seule ONG à féliciter Pedro Carmona après son coup d’Etat raté contre Hugo Chávez entre le 11 et le 14 avril 2002. Le président vénézuélien, on le sait, a été remis au pouvoir par le peuple 48 heures plus tard. L’ONG française a ainsi montré un esprit partisan qui tranche avec ses prétentions de défendre la démocratie. A-t-elle été induite en erreur par ses trois correspondants au Venezuela, Ewald Schwarenberg, journaliste à ‘‘El Nacional’ l’ex-président Carlos Andrés Pérez et la politologue Maria José Perez, qui sont des figures de proue de l’opposition anti-chaviste ? Peut-être.   Peut-être bien aussi que RSF mène une campagne contre le Venezuela de Chávez pour le compte des Etats-Unis. Preuve de l’acharnement obsessionnel de RSF sur ce pays: dans le classement de la liberté de la presse établi par RSF, le Venezuela a été classé 96ème (sur 166 pays classés) en 2003, alors que les associations altermondialistes relèvent, pour l’année considérée, que :   — la majorité des médias étaient détenus par l’opposition au gouvernement. Venevision, RCTV, Televen, CMT, Globovision, la radio privée, qui occupent 95% du spectre hertzien, et neuf journaux sur dix, appartenaient à l’opposition;   — malgré le coup d’État raté de Pedro Carmona, aucune mesure de censure n’a été prise contre cette presse pour le moins partisane;   — en outre, le gouvernement de Chávez a continué de financer ou inciter au niveau local la création de médias alternatifs et locaux.   Le gouvernement Chávez n’a emprisonné aucun journaliste, fermé aucun média, censuré aucun article. Pourquoi, dès lors, RSF fait-elle de Chavez une de ses cibles et valide t-elle les allégations des médias privés selon lesquelles ce gouvernement réprime la liberté d’expression ?   — enfin, dans son acharnement obsessionnel sur le Venezuela de Chávez, RSF ne s’est pas préoccupée du rôle du magnat de l’audiovisuel Gustavo Cisneros, un ami personnel de George Bush et Jimmy Carter, et de ses chaînes de télévision dans la tentative de coup d’État militaire pour renverser le président constitutionnel. N’avait-on pas découvert une cache d’armes dans des locaux appartenant à l’une des ces chaînes TV Venevision ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce qui s’est réellement passé en ce mois d’avril 2002 ? Gustavo Cisneros, l’auteur du premier coup d’Etat médiatique de ce siècle, a fait croire au monde pendant 24 heures, grâce à ses chaînes de télévision, que Hugo Chávez avait fait tirer sur son peuple. “Le Murdoch latino coordonne le putsch […], accompagné de l’élite patronale dans son bunker de Caracas et offre son jet aux militaires putschistes pour évacuer le président». Pendant ce temps, Venevision, Globovision, et l’ensemble des chaînes privées célèbrent sur un ton jubilatoire le décret des putschistes abolissant parlement, constitution, défenseur du peuple, et autres institutions démocratiques. En 48 heures de putsch, des medias qui ne cessaient de parler de sauver la liberté d’expression au Venezuela, montrent leur vrai visage. Leurs ‘‘journalistes’’ mènent la chasse aux opposants en direct, sur un ton haletant, en compagnie de la police politique, tout en imposant le black-out sur la résistance croissante de la population civile. Cible privilégiée, les medias associatifs sont persécutés, certains de leurs membres arrêtés : on ne lira aucune protestation de RSF à ce sujet”, notent les confrères Thierry Deronne et Benjamin Durand, tous deux spécialistes de l’Amérique latine, dans un article intitulé “Venezuela : médias au-dessus de tout soupçon”, paru le 18 juin 2004.   Commentant ces évènements, Bahona a fait remarquer dans son article déjà cité :qu’“aucun propriétaire ou responsable de chaîne n’a été poursuivi ou ne s’est vu retirer sa licence d’émettre; cependant, RSF continue de se ranger du côté des médias privés et contre un Chávez ‘‘autoritaire’’.”   La célèbre journaliste américaine Naomi Klein s’est étonnée, pour sa part, que RSF fasse du gouvernement Chávez une menace pour la liberté d’expression. Selon elle la plus grave menace provient, en réalité, de médias capables d’organiser un coup d’Etat et de groupes transnationaux dont le propriétaire, Gustavo Cisneros, ne cache pas son désir de devenir le futur président du Venezuela. Récemment le cinéaste argentin Solanas et l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano, qu’on ne peut suspecter de naïveté en matière de droits de l’homme, ont témoigné de “l’incroyable liberté d’expression en vigueur au Venezuela”.   Ces dernières années, les notes du Venezuela se sont certes améliorées, à la suite des critiques adressées à l’organisation à ce sujet, mais le pays de Chávez reste encore très mal classé (90ème sur 167 pays en 2005). Est-ce parce qu’il est toujours aussi détesté par les Américains ?   A l’assaut du Cuba de Castro   RSF a classé Cuba en 2004 dans les dix pires pays en matière de liberté de la presse, devançant notamment la Chine, l’Irak et d’autres pays (Brésil, Haïti, Mexique, Pérou) où pourtant plus de crimes (notamment assassinats) auraient été commis contre les journalistes, alors qu’aucun assassinat de journaliste n’aurait eu lieu à Cuba depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années – la raison invoquée pour ce classement étant vingt-et-un journalistes emprisonnés, accusés par le régime d’être… à la solde des États-Unis. Ceci explique-t-il cela ? Les critères de RSF sont-ils malléables à souhait, de manière à permettre aux analystes de l’association de donner, pour chaque pays, un score décidé d’avance ? Certains le pensent et trouvent la confirmation de ce grief dans le sort que l’organisation réserve à certains pays.   C’est le cas, par exemple, de Salim Amrani, chercheur français à l’université Denis-Diderot (Paris VII), spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, auteur de “Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’Etat” (éditions Timéli, Paris, 2005).   “RSF prétend justifier ses attaques contre Cuba par le fait que ‘‘21 journalistes sont toujours détenus dans des conditions extrêmement difficiles’’. Là encore, l’organisation française manipule la réalité en reprenant la grossière campagne de propagande orchestrée par Washington, tendant à faire passer des agents stipendiés par les États-Unis pour des ‘‘journalistes’’”. Ces derniers étaient d’ailleurs parfaitement inconnus des Cubains et de la presse internationale avant leur arrestation. Pis : avant leur arrestation, ils se réunissaient régulièrement à la Section des intérêts nord-américains (SINA) de La Havane, entité diplomatique états-unienne, où ils recevaient les directives et encaissaient leurs émoluments. C’est ce financement perçu en provenance d’une puissance étrangère, et amplement prouvé lors des procès de mars et avril 2003, qui a été sanctionné par la loi cubaine, et non pas la production intellectuelle “indépendante” des intéressés.   Les propres documents officiels du département d’État nord-américain corroborent ces accusations. En effet, selon le rapport de l’ex-secrétaire d’Etat Colin Powell (Commission for Assistance to a Free Cuba, Washington : United States Department of State, mai 2004), un budget de près de 50 millions de dollars est alloué au “soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante” à Cuba.   Dans l’article déjà cité, Thierry Meyssan affirme que “Robert Ménard fréquente l’extrême-droite de Miami et RSF est bien financé par le lobby anticastriste pour mener campagne contre Cuba”. Le président du Réseau Voltaire ajoute : “En 2002, RSF a signé un contrat, dont les termes ne sont pas connus, avec le Center for a Free Cuba, à l’issue duquel il a reçu une première subvention de 24 970 euros. Celle-ci a été augmentée à 59 201 euros pour 2003. Le montant 2004 n’est pas connu ”.   Toujours selon Meyssan, “le contrat signé avec le Center for a Free Cuba a été négocié en 2001 avec le responsable de l’époque de cette organisation : Otto Reich, le champion de la contre-révolution dans toute l’Amérique latine. Le même Otto Reich, devenu secrétaire d’État adjoint pour l’hémisphère occidental, fut l’organisateur du coup d’État manqué contre le président élu Hugo Chávez; puis, devenu émissaire spécial du président Bush, il supervisa l’opération d’enlèvement du président Jean-Bertrand Aristide.”   Dans leur ouvrage ‘‘Le dossier Robert Ménard : Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba’’ (Lanctôt Éditeur, Québec), Jean-Guy Allard avec Marie-Dominique Bertuccioli démontrent, par ailleurs, les accointances entre le réseau anticastriste de Floride et les Néo-conservateurs au pouvoir aux Etats-Unis. “À Miami, l’associée de Robert Ménard, Nancy Pérez Crespo, a développé un véritable réseau d’agences d’information cubaine dont la prétendue indépendance est garantie par les subventions millionnaires de l’United States Agency for International Development (USAID) et de la National Endowment for Democracy (NED), organismes obéissant aux orientations de la Central Intelligence Agency (CIA)”, écrivent-ils. Et d’ajouter : “Le groupe de Nancy Crespo est ouvertement lié à un réseau d’individus qui a […] combattu férocement le retour du petit Elian à Cuba… et a livré la Maison Blanche à George W. Bush, en trafiquant les élections en Floride du Sud.”   Les fréquentations du secrétaire général de RSF et ses accointances sont pour le moins douteuses. Le responsable d’une ONG qui aime faire la leçon aux régimes dictatoriaux devrait prendre davantage de précautions, mieux sélectionner ses relations et s’interdire de traficoter avec des gens (et des officines) aussi louches.   Silence troublant sur les crimes américains en Irak   Contrairement à ce qu’elle affirme, RSF n’a jamais vraiment dénoncé les exactions commises par les troupes militaires états-uniennes en Irak. Elle a même implicitement soutenu l’invasion illégale et sanglante de l’Irak en affirmant que “le renversement de la dictature de Saddam Hussein a mis un terme à trente années de propagande officielle et ouvert une ère de liberté nouvelle, pleine d’espoirs et d’incertitudes, pour les journalistes irakiens”. L’organisation française ajoute que “pour les médias irakiens, des dizaines d’années de privation totale de liberté de la presse ont pris fin avec le bombardement du ministère de l’Information, le 9 avril à Bagdad”.   Ces propos ne sont pas tirés des communiqués du Pentagone ou des déclarations du ministre de la Défense étasunien, Donald Rumsfeld, mais bel et bien du rapport sur l’Irak de RSF en 2004.   La collusion entre RSF et Washington s’est déjà illustrée dans le cas du cameraman espagnol José Couso et de son collègue ukrainien Taras Protsyuk, assassinés de façon préméditée par le tir d’un char américain contre l’hôtel Palestine, à Bagdad, en avril 2003. Dans son rapport sur cet incident, publié le 15 janvier 2004, l’ONG parisienne avait exonéré de toute responsabilité les forces armées étasuniennes malgré les preuves flagrantes. Dans ses communiqués sur cette tragique affaire, RSF s’est contentée de regretter “cette erreur criminelle”, cette “ bavure” ou cette “erreur de jugement” qui constitue “l’élément essentiel à l’origine du drame.” Selon elle, les militaires tueurs n’avaient pas “été informés par leur propre hiérarchie de la présence de journalistes à l’hôtel Palestine.” Par suite, “le tir contre ce bâtiment n’est donc pas un tir délibéré contre des journalistes ou la presse à Bagdad.”   La connivence entre RSF et le Département d’Etat états-unien était d’ailleurs si criarde que la famille du journaliste espagnol a dénoncé le rapport de l’organisation et demandé à Robert Ménard de se retirer de l’affaire.   La famille de Couso a d’ailleurs publié une lettre ouverte, le 17 janvier 2004, sur les colonnes de journaux espagnols, pour dénoncer RSF: “Les conclusions de ce rapport exonèrent les auteurs matériels et reconnus du tir sur l’hôtel Palestine en se basant sur la douteuse impartialité des personnes impliquées, et sur le propre témoignage des auteurs et responsables du tir, rejetant cette responsabilité sur des personnes non identifiées.   “La réalisation du rapport a été signée par un journaliste, Jean-Paul Mari, qui entretient des relations notoires avec le colonel Philip de Camp, militaire qui a reconnu son implication dans l’attaque et les morts des journalistes de l’Hôtel Palestine, et de plus, son rapport s’appuie sur les témoignages de trois journalistes très proches des forces nord-américaines, tous états-uniens, dont l’un d’eux – Chris Tomlinson – a été membre des services de renseignements de l’armée des États-Unis durant plus de sept ans. Aucun des journalistes espagnols qui se trouvaient dans l’hôtel n’a été consulté pour l’élaboration de ce document.   “Le rapport contient de nombreuses erreurs, contradictions et irrégularités en ce qui concerne des données importantes comme la situation des chambres de l’hôtel, le lieu de l’impact du tir, le lieu de présence des témoins etc.   “Il nous semble, de plus, que la biographie si ‘‘humaine’’ faite d’un des assassins de José Couso Permuy et de Taras Protsyuk constitue un manque absolu de délicatesse, poussant l’offense jusqu’à remercier ces militaires nord-américains pour leur collaboration au rapport.   “Reporters sans frontières – Section espagnole” – a souhaité se porter partie civile dans la plainte déposée par la famille le 27 mai 2003 contre les responsables de la mort de José Couso. Au vu de la publication de ce rapport qui, selon votre version, les exonère de toute responsabilité dans l’assassinat des journalistes de l’Hôtel Palestine, la présence de votre organisation […] au procès est absolument incohérente et contradictoire.   “Pour cette raison, nous vous exprimons le désir de la famille que vous retiriez votre demande de présence au procès […]”   RSF ne s’est pas beaucoup soucié aussi de demander des explications à l’armée américaine sur les circonstances tragiques dans lesquelles s’est déroulée la libération de la journaliste italienne Giuliana Sgrena, dont le convoi, pourtant bien signalé, a été attaqué par un blindé américain. “Les ravisseurs m’ont dit : ‘‘Les Américains ne veulent pas que vous rentriez vivante en Italie”, a raconté Sgrena. Et d’ajouter : “Notre voiture roulait à 40 km/h, un véhicule blindé nous a aveuglé avec un projecteur et a ouvert le feu sans sommation. 300 à 400 projectiles ont été tirés.”   La journaliste d’ Il Manifesto, auteur d’un livre contre la guerre en Irak, d’un reportage sur le calvaire d’une Irakienne détenue à Abou Ghraïb et d’une enquête sur l’expérimentation par les Américains d’armes chimiques pendant le siège de la ville irakienne de Falloujah, a parlé d’“attaque délibérée” et le Garde des Sceaux italien a adressé une commission rogatoire à Washington pour “homicide et tentative d’homicide”.   RSF a préféré, pour sa part, donner la parole à l’Etat-major US, qui a affirmé que “la procédure a été respectée” et qu’il y a eu “une mise en garde du convoi”. Elle a aussi évité de donner foi au témoignage de Sgrena, grande reporter que RSF est censée défendre. Pour l’ONG, il s’est donc agi simplement d’“intervention”, de “bavure” aux “conséquences tragiques”.   Autre grave manquement de l’organisation : elle n’a pas remué ciel et terre pour apporter son soutien à Mohammed Al Joundi, l’accompagnateur syrien des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les ex-otages français en Irak, qui a subi des tortures et des mauvais traitements, entre le 12 et 17 novembre 2004, de la part de l’armée US.   Le classement des pays sur la liberté de la presse reflète l’opinion de RSF. Il est établi selon les rapports que l’organisation reçoit de ses correspondants dans le monde, et de certaines ONG partenaires, qui sont nécessairement incomplets, faute d’informations suffisantes sur certains pays.   Cependant, pour dénoncer l’esprit partisan présidant à l’établissement de ce classement, les pourfendeurs de l’organisation citent le classement séparé attribué, en 2005, aux Etats-Unis dans leur juridiction propre (44ème position) et pour les territoires occupés placés sous leur autorité, notamment en Irak et en Afghanistan (137ème). Par cet artifice, qui considère les Etats-Unis à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières, RSF semble vouloir couvrir l’armée américaine qui a tué “accidentellement” la plupart des journalistes en Irak, plus d’une soixantaine depuis mars 2003, qu’il serait fastidieux d’énumérer ici.   Il est tout de même curieux de constater que les nombreux journalistes assassinés, disparus ou blessés en Irak, dont l’organisation n’oublie pas de dresser la liste sur son site Internet, ne font apparemment pas trop de mal aux Etats-Unis dans le classement de RSF sur la liberté de la presse dans le monde.   L’oubli honteux de Sami Al-Haj   Toujours prompte à stigmatiser, souvent de manière arbitraire, certains pays dans la ligne de mire de Washington tels que Cuba, le Venezuela et la Chine, RSF a longtemps ignoré le calvaire enduré par le journaliste soudanais Sami Al-Haj, caméraman de la chaîne d’information qatarie Al-Jazira, détenu par les États-Unis depuis décembre 2001 et emprisonné depuis dans la base aérienne de Bagram – où il a avoué avoir été abusé sexuellement par les soldats nord-américains –, puis, depuis le 13 juin 2002, dans le tristement célèbre camp de Guantanamo, territoire cubain illégalement occupé par les Etats-Unis, où il a été gravement torturé pendant de longs mois. “Pendant plus de trois ans, la plupart de mes interrogatoires avait pour but de me faire dire qu’il y a une relation entre Al-Jazira et Al-Qaïda”, a-t-il rapporté à son avocat.   La chaîne d’information qatarie, extrêmement influente dans le Monde arabe, est également peu complaisante envers Washington, laquelle a toujours cherché – et cherche d’ailleurs toujours – à la faire taire. Le bombardement par l’aviation américaine des bureaux de la chaîne en Afghanistan et en Irak, qui s’est soldé par la mort du confrère jordanien Tarak Ayyoub, s’inscrit dans cette volonté d’en finir avec un écran qui donne à voir les abus et crimes commis par l’armée américaine dans ces pays.   Il a fallu attendre le 13 février dernier pour voir RSF demander enfin officiellement la libération du journaliste soudanais. Cette demande est intervenue avec un retard certain, après que l’attitude de l’organisation dans cette affaire ait été largement critiquée.   Ce soudain souvenir de l’existence du journaliste soudanais dans le camp de Guantanamo est intervenu un mois – et deux jours – après la publication d’un rapport d’Amnesty International intitulé “USA : Who Are the Guantanamo Detainees ? Case Sheet 16 : Sudanese National Sami al Hajj” (11 janvier 2006). Elle est aussi intervenue le même jour que la diffusion d’un rapport de l’ONU demandant la fermeture du camp de Guantanamo.   On ne peut s’empêcher de penser que cette intervention tardive, et presque contrainte, est la conséquence de la campagne menée par certains confrères contre RSF, dénonçant sa duplicité et sa complaisance vis-à-vis des États-Unis dans cette affaire.   Quand Ménard condamne Allouni   Le journaliste vedette de la chaîne Al-Jazira (également traducteur à l’agence espagnole EFE), l’hispano-syrien Tayssir Allouni, célèbre pour avoir interviewé Ben Laden en 2001, condamné à sept ans de prison par le juge espagnol Baltasar Garzón, en septembre 2005, n’a pas eu droit, lui non plus, à la compassion et au soutien de RSF. Sa condamnation n’a été que mollement désapprouvée par l’organisation qui s’est contentée d’“exprimer sa surprise” et d’espérer que des mesures seront prises “afin que la détention du journaliste n’aggrave pas son état de santé”.   A propos de cette affaire, Maxime Vivas écrit, le 28 septembre 2005: “Bête noire du Pentagone en raison de ses reportages sur la guerre et sur ses ravages parmi la population civile, Allouni a échappé plusieurs fois à la mort. Son bureau en Afghanistan fut ‘‘accidentellement’’ bombardé par l’US Air Force. En Irak, son bureau de Bagdad fut encore ‘‘accidentellement’’ bombardé : un de ses collaborateurs fut tué. Le bureau de ses confrères d’Abu-Dhabi TV où il trouva refuge fut lui aussi ‘‘accidentellement’’ bombardé. Il crut trouver un asile sûr auprès des autres journalistes logés à l’hôtel Palestine, mais celui-ci essuya aussitôt un tir ‘‘accidentel’’ états-unien. Finalement, Allouni a été arrêté en Espagne le 8 septembre 2003 sur renseignements fournis au gouvernement de José-Maria Aznar par la CIA qui l’accusait d’être un militant d’Al-Qaïda.”   Cette “chasse aux sorcières” menée contre les journalistes arabes réfractaires aux desseins des Américains, dénoncée, entre autres, par Aidan White, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), n’a pas suscité la colère de Robert Ménard, qui n’a pas bougé. Pas plus qu’il n’a organisé le moindre rassemblement médiatisé pour alerter l’opinion internationale contre les tentatives d’assassinat visant un si talentueux correspondant de guerre. Pis, le patron de RSF a prétendu, en octobre 2003, sur la chaîne Canal Plus, que le motif de l’arrestation d’Allouni “n’est pas lié à sa qualité de journaliste, mais à sa participation à des activités terroristes.” Ce verdict expéditif, prononcé “à chaud”, deux ans avant que la justice espagnole n’ait instruit le procès, valait condamnation à la prison à vie.   C’est tout de même étonnant de la part d’un homme qui a voué sa vie à la défense des journalistes !   Encore une fois, il a fallu attendre avril 2005 pour que le “terroriste” de 2003 redevienne enfin journaliste au regard de Robert Ménard, entre temps invité dans les bureaux d’Al-Jazira, au Qatar. Pour autant, le patron de RSF n’a pas demandé l’élargissement du journaliste mais seulement son bon traitement en prison. Le Réseau Damoclès, organisation interne chargée de défendre la liberté des journalistes et leur droit à enquêter, n’a pas bougé, lui non plus, son petit doigt. Et pour cause : le président d’honneur du Réseau Damoclès n’est autre que… le juge Baltasar Garzón, l’adversaire le plus acharné d’Allouni.   Le soutien que ce dernier pouvait espérer de la part de RSF avait donc ses limites, celles qu’imposent les généreux bailleurs de fonds.   Artifices grossiers pour ménager Israël   Depuis peu, par de troublants artifices (RSF ne considère plus les territoires occupés sous contrôle d’Israël, mais de celui de l’Autorité palestinienne et fait donc ainsi la distinction entre les deux territoires), RSF attribue une excellente place à Israël, en dépit des exactions menées contre les journalistes dans les territoires occupés. Certains spécialistes des médias, comme le chercheur israélo-suédois Kristoffer Larsson, ont souvent critiqué les dérives partisanes envers Israël de l’organisation parisienne.   Avec un bilan aussi peu glorieux, RSF a largement entamé ce qui restait de son crédit, sauf auprès de certaines officines parisiennes qui continuent de manger à son râtelier.   (Source : « Réalités » N° 1070 du 29 juin 2006)

Cachez-moi ces Saints !

Par Khémais Khayati   Le dernier round de la guerre que livre une tendance fondamentaliste arabo-musulmane et richissime à en crever par le don “ naphtier ” du Seigneur au courant “ laïque ” arabe qui déjà rend l’âme par lui-même, est celui du chant dit “ religieux ”.   Depuis un certain temps, et comme pour trouver un bouc émissaire à la déconfiture générale arabe même dans le Mondial allemand, un concert de casseroles se fit entendre, accusant les chaînes musicales de tous les maux. On est même allé jusqu’à faire pression sur certaines stations satellitaires pour qu’elles ne diffusent pas un clip de la libanaise Haifa Wahbi (A’ul Ahwâk). Et dans un talk show de Dream 2 intitulé pompeusement “ fil-mamnu’ ”, le “ Cheikh ” par qui tout arrive ces derniers temps, s’est vanté que l’une de ces chaînes a participé activement à la retraite des stars du petit et du grand écran. Mais voilà qu’elles y reviennent avec un cahier de charges dont nous verrons le résultat au Ramadan prochain et dont on voit l’effet (néfaste à notre sens) dès maintenant sur les rues et ruelles de mon pays… Le principal chef d’accusation est la propagation de la luxure, du libertinage qui rime avec athéisme et foutoir moral. Comme si la courbure d’une hanche qui se déhanche en ombre chinoise et sur une musique dans sa très grande majorité sirupeuse ou d’un train de marchandises sur des rails mal fixées pouvait mettre à mal le développement durable ou déclasser la monnaie nationale dans la Bourse de Tokyo.   Comme on nous prend encore pour des avortons des indépendances – et ce n’est pas nouveau – on nous cache que ceux qui financent ou diffusent ces clips sont ceux-là même qui financent et diffusent les chants dits “ religieux ”, des airs qui n’ont de religieux que l’intention des paroles dont on sait depuis Saussure et Lacan, Lucakch et Goldman, qu’elle n’est pas aussi saine qu’on veut bien le prétendre. Certains bailleurs de fonds puisés des tréfonds pétroliers dépensent sans compter dans la “ béa ”, pourvu qu’ils s’achètent une place là-bas à côté des houris virtuelles. Alors, incapables de tirer sur les ambulances des politiques arabes dont ils sont les chauffeurs, ils tirent sur les malades qu’elles transportent : la jeunesse arabe. Mais ces chanceux pétroleurs ont oublié qu’à l’opposé des franches et trébuchantes qu’ils possèdent et distribuent pour s’acheter leur virginité, il y a la psychanalyse. Pour cette science humaine, l’ennemi du corps c’est l’Autre. Et ce sur quoi focalisent nos richissimes bigots n’est autre que la liberté du corps, seule grâce de notre jeunesse, une jeunesse embarrassée dans la soumission et le cocooning avec quelques sautes d’humeurs roses. Et les choses se compliquent quand cet Autre n’est autre que soi-même. La schizophrénie est un signe arabe moderne. Sur Dram, notre Tunisienne de comédienne (Hind Sabri) a donné des indications sur le pourquoi de cette dualité à partir du cinéma et de la jeunesse égyptienne. Une vraie leçon de choses…   Frankenstein “ tartuffé ”…   Le chef de file de cette vague de chansonnettes religieuses est l’Azéri Samy Youssef, ce Frankenstein du prédicateur cathodique égyptien installé à Londres, Amrou Khaled. Sa chanson “ Yâ Mu’allim ” donne suite à des infiltrations de Amrou Dhiab, Med Mounir (madad Ya rasoul allahi), Med Fouad et Consort… Certains en font même une zakat. La chanson de Med Fouad “ Amin, Amin ” était utilisée à la fois comme musique du générique du feuilleton “ Mitwalli Cha’raoui ”, comme chant de noces et sonnerie de téléphone cellulaire… Un vrai commerce qui côtoie sur les chaînes les annonces à propos de la Qibla à 100%, des heures de prières, de mariages musulmans et tutti quanti… Ceci, on l’appelle “ le téléphone musulman ”. A elles seules, ces chansonnettes ont apporté plus de 12 millions de L.E aux sociétés de production (un peu plus de 2 millions de dollars. Avouez que c’est une foi qui couve bien des affaires juteuses. Conjuguée avec les sœurs Majd, al-Risala, al-Nass, al-Hoda, et leur mentor Iqra, nous nous trouvons devant une araignée qui tisse son filet par tartufferie interposée.   Passons sur ces chaînes qui proposent à la vente aux enchères un “ Djinn ”, passons sur ces news-barres qui traînent des prières pour le baccalauréat ou même des demandes en mariage, passons sur ces deux jeunes en jean et t-shirt tout ce qu’il y a de plus in et qui prient dans le patio d’une mosquée avec champ/contre champ, plongée et tout le tralala… Le respect du langage du cinéma prime sur la crédibilité de la prière. On voit même l’ombre du caméraman qui, lui, ne prie pas. Tout ceci ne peut venir que d’un retour du religieux sous son mauvais aspect : l’embrigadement.   Quand on marie ces manifestations de piété avec les prêches disséminés partout sur les 90% des satellitaires arabes où il est interdit d’écouter et de pratiquer la musique, le chant etc, de se maquiller, de mettre du vernis sur les ongles, d’élever la voix, de voyager (seule), de sortir dans la rue (sans raison), etc etc. on tombe des nues… Est-ce ainsi que les Arabes vivent aujourd’hui ?   Le dernier fleuron de ce prétendu retour aux sources est “ Nahj al-Burda ” d’un certain Machary Rachid qui, soit dit en passant, est le proprio d’une chaîne de psalmodie du Coran portant le nom d’al-Affasi (Nile sat. Fréquence 12015 MHz). Ce clip est réalisé par Yasser Samy. Tout y est par réaction sauf le chanteur qui avance… Les soldats qui retournent à la base, le conseil d’administration qui se refait, le jeune qui ne se révolte plus contre son père etc. Cette chanson qui remonte le temps pour corriger ce qui y allait de travers comme guerre, révolte et tutti quanti, se termine par un plan où tout le monde repenti se dresse côte à côte comme pour une prière dans le désert et devant eux, l’imam-chanteur debout comme un mât, se tourne vers eux et les regarde avec le sourire malin de celui qui se dit : j’y suis arrivé. Si la chanson de ce Rachid est d’une débilité incroyable qui inscrit dans un de ses plans “ Allah rasoulu Mohammad ” ( ?), celles d’autres chanteurs ne sont pas moins des cris de Frankensteins… un concert des nouveaux Saints qu’on nous propose gratis. Pourquoi ? Va savoir…   (Source : « Réalités » N° 1070 du 29 juin 2006)

Vient de paraître : La relation du siège de la Goulette par les Espagnols en 1573 : Quand les aventures d’un auteur dépassent celles de son illustre créature…

 
Marie-Astrid de Galembert      Difficile de trouver rassemblées dans un même ouvrage, de manière agréable, artistique et historique, les péripéties du héros Don Quichotte et la biographie complète de son auteur. Exercice de style pourtant réussi par Mika Ben Miled, dans un livre intéressant, intitulé “ La relation du siège de la Goulette par les Espagnols en 1573 ”, venant de paraître aux éditions Cartaginoiseries, en commémoration du 400ème anniversaire de la première parution de Don Quichotte. Un nouvel élément de la littérature, qui permet d’avoir un angle d’approche différent des autres écrits parus jusqu’à présent sur le sujet.   Miguel de Cervantès Saavedra (1547-1616), soldat sous les ordres de Don Juan d’Autriche (demi-frère du roi Philippe II), et captif à Alger, est un auteur incontournable de la littérature espagnole, devenu internationalement connu. Les péripéties de Cervantès sont articulées, dans l’ouvrage de Mika Ben Miled retraçant “ La relation du siège de la Goulette par les Espagnols en 1573 ”, autour de chapitres et d’images, nous permettant de mieux connaître l’auteur de la fameuse œuvre intitulée “ L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ”.   Rentrant au cœur de l’histoire de ce héros, répandue dans le monde entier (Don Quichotte est devenu le personnage de roman le plus connu au monde) et au cœur de la réalisation de l’œuvre, nous voyons l’avancée comme les rebondissements, du début aux plagiats, de ce chef d’œuvre littéraire. Les longs extraits de Don Quichotte et les sonnets de Cervantès, nous permettent de goûter à son excellente plume. En témoignent les termes que Francisco Marquez de Torrès, à l’époque chapelain de l’archevêque de Tolède et chargé de faire la censure de la seconde partie de Don Quichotte, avait employés à l’égard de Cervantès : “ Si c’est la nécessité qui l’oblige à écrire, Dieu veuille qu’il n’ait jamais l’abondance, afin que, par ses œuvres, lui restant pauvre, il fasse riche le monde entier ”.   Ainsi, les impressions détaillées du soldat Cervantès permettent de nous mettre dans l’ambiance de l’époque et d’imaginer le caractère et la personnalité de Don Juan, aimé des femmes, avide de victoire et soucieux de se faire son propre territoire à l’instar de son demi- frère le roi Philippe II. Entre les préparatifs pour la bataille de Lépante et la capture de Cervantès, nous comprenons alors, l’ampleur des desseins de Philippe II et de Don Juan, nous imaginons dans tous les ports le tumulte agitant le peuple, les galères prêtes à partir, remplies de soldats et de marins armés, hâtés de conquérir d’autres rivages. La précision des dates permet de se repérer et de suivre aisément la biographie de Cervantès, de sa capture à ses nombreuses tentatives d’évasions, de sa liberté à son statut d’écrivain : de la conception à la naissance de l’ingénieux Hidalgo.   L’alternance entre le côté artistique de l’écriture et le côté historique, font de ce livre une sorte de “ musée littéraire ”. Agréablement, au gré des pages, nous pouvons revivre l’histoire de la Tunisie, autour de villes comme Tunis, La Goulette ou Carthage, devenues aujourd’hui des sites archéologiques et des lieux où les touristes se concentrent chaque année. A la fois roman et manuel historique, ce livre est particulièrement intéressant.   Voyageant au cœur de la vie des bagnes et celle des soldats de l’époque, c’est un véritable périple à travers le temps, qui aujourd’hui encore, fait frissonner le lecteur.   Cela nous touche d’autant plus que l’écrivain nous fait part d’évènements survenus en Tunisie.   (Source : « Réalités » N° 1070 du 29 juin 2006)

 

La TSR fait le bonheur des habitants du Maghreb

 
ATS, le 30 juin 2006 à 16h12Mondial 2006: Genève (ats) La TSR fait un tabac en Afrique du Nord depuis le début du Mondial. Des petits malins sont parvenus à pirater les clés de cryptage de la chaîne romande et à offrir aux amateurs de ballon rond du Maghreb les matchs de football dont ils se croyaient privés.   Beaucoup d’Algériens et de Tunisiens ont exprimé leur gratitude à la Télévision suisse romande (TSR) par courriel. « Nous avons reçu énormément de remerciements de ces pays », a fait savoir vendredi Jean-François Sauty, responsable technique et informatique à la TSR, confirmant une information parue dans « La Liberté ».   Rien n’est gratuit   L’histoire pourrait prêter à sourire, mais la Coupe du Monde de football est aussi une question d’argent. Les droits de diffusion du Mondial dans le monde arabe ont été cédés à ART, une chaîne de télévision privée comparable à Canal+. Et celle-ci ne voit pas d’un très bon œil la façon dont elle a été court-circuitée.   Infront, la société chargée par la FIFA du contrôle des droits de diffusion de la Coupe du Monde 2006 est notamment intervenue auprès de la TSR. M. Sauty a pour sa part assuré que la chaîne romande faisait de son mieux pour éviter d’être piratée. « Nous modifions la clé de cryptage chaque jour ».   Pas de menace immédiate   Les juristes de la SSR travaillent de leur côté à arrondir les angles et empêcher que l’affaire ne s’envenime. La diffusion de la fin du Mondial par la TSR n’est toutefois pas compromise, a fait savoir M. Sauty. En revanche, les difficultés risquent de surgir lors de tractations futures.   « Nous pourrions perdre les droits sur le football », a indiqué M. Sauty. La menace ne planerait pas seulement sur le ballon rond. La TSR négocie aussi des droits pour des séries ou d’autres émissions, avec l’autorisation parfois de les diffuser avant les chaînes françaises. Cette affaire pourrait lui porter préjudice.   (Source : www.tsr.ch , le 30 juin 2006)


 
La TSR pourrait être privée de la suite du Mondial:

la faute aux Maghrébins

 
PIRATAGE · La Télévision suisse romande a été tancée par la FIFA qui n’apprécie pas que ses retransmissions soient facilement piratées dans les pays du Maghreb.   Sid Ahmed Hammouche Patrick Vallélian   Un miracle… Les passionnés de foot du Maghreb croyaient être pri- vés de Mondial à cause du groupe de télévision ART, le Canal+ du monde arabe, qui a acquis en exclusivité les droits de la Coupe du monde en Allemagne («La Liberté», 7 juin 2006). Il n’en est rien. Et ceci grâce à la Télévision suisse romande (TSR).   Comment? Les fans du ballon rond ont réussi à pirater le signal satellite des programmes de la TSR, diffusés sur le bouquet numérique Sataccess. Ainsi à Rabat, Alger et Tunis, l’accent genevois du journaliste sportif Pascal Droz bat le rappel des fans de la Coupe du monde à chaque rencontre.   «Gonflés les Maghrébins»   «C’est super, la télévision suisse. Elle a une bonne couverture du Mondial», affirme Jamel, jeune Marocain de Rabat. «On se régale avec ce plateau qui nous dissèque les différentes rencon tres», ajoute Karim à Alger. «C’est franchement mieux que Canal+», juge Hamid à Tunis[100]. D’autant que les pirates du Mondial ont facilement eu raison des clefs de cryptage du code de la télévision helvétique.   A Genève, en revanche, on rigole moins. Cet acte de piratage est pris au sérieux. «Depuis le lancement de la Coupe du monde, on a reçu beaucoup d’e-mails qui nous remercient pour la transmission de la Coupe du monde et s’excusent en même temps pour l’acte de piratage», confirme Jean-François Sauty, responsable technique et informatique à la TSR. «Ils sont gonflés les Maghrébins. Ils vous pillent et vous remercient au passage.»   Les responsables de la TSR doivent vite trouver une solution efficace contre le piratage. Car du côté de la FIFA, qui a vendu les droits à prix d’or, ça chauffe. «On a été mis en demeure par Infront, la société chargée par la Fifa pour le contrôle des droits de diffusion de la Coupe du monde 2006», souligne Jean-François Sauty. «On va changer le cryptage.»   L’enjeu est important pour la TSR, mais aussi pour sa maison mère, la SRG SSR idée suisse. «Nous risquons de perdre la licence de diffusion du Mondial», s’inquiète Jean-François Sauty. Bref: les pirates maghrébins pourraient priver les Romands de la suite de la Coupe du monde.   Pour éviter le pire, SRG SSR idée suisse est donc forcée de changer plusieurs fois par semaine le codage pendant la compétition. Elle a même décidé de changer le cryptage une heure avant le début des rencontres. «Il faudra entre 3 à 4 heures aux hackers pour trouver le code», note Jean-François Sauty. Revers de la médaille: cette mesure risque de priver d’images les 300 000 abonnés qui reçoivent – et paient – la SSR par satellite…   Facile à pirater   Or Kader, un fou du ballon rond de Rabat, jure que les codes sont disponibles sur internet. Facilement. En outre, les hackers ont développé toutes les combinaisons possibles des codes des bouquets numériques. Ils ont mis au point un petit logiciel intelligent qui cherche la bonne combinaison chaque fois que le code change.   Ils injectent après leur trouvaille dans un récepteur numérique. Et ces fameux récepteurs «prodiges» circulent partout en Afrique du Nord. A Alger, Samir explique qu’il continue de suivre la Coupe du monde sur TSR2 malgré les efforts des techniciens suisses.   «Ici les boutiques spécialisées dans le domaine de la télévision par satellite rechargent votre carte avec le nouveau code pour suivre la TSR pour deux francs suisses seulement. Et ça marche à tous les coups. Nous sommes tous satisfaits du professionnalisme de la télévision suisse. D’ailleurs, j’ai écrit des e-mails pour la féliciter de son bon travail.»   François Jeannet, responsable du sport à la TSR, confirme. «C’est surprenant. Mais on ne travaille pas pour eux. Ceci dit, nous sommes contents d’apprendre qu’ils apprécient notre travail. Mais cela ne nous empêche pas de leur rappeler que ce qu’ils font c’est du piratage.» Avant d’ajouter qu’il regrette que la Coupe du monde soit devenue une affaire de gros sous. Et que des amoureux de foot en soient privés.   (Source : « La Liberté » (Suisse) du 30 juin 2006)

La télé américaine traque grossièretés et images indécentes

 AFP, le 30 juin 2006 à 06h33
Par Chantal Valery, AFP   Washington – Un sein dévoilé, une injure proférée, une caresse esquissée: la diffusion de grossièretés et d’images jugées choquantes à la télévision fait l’objet d’une traque sans précédent aux Etats-Unis, au risque d’affecter les programmes.   Sous la pression des organisations de la droite religieuse, les parlementaires viennent d’adopter une loi multipliant par dix le montant des amendes infligées aux réseaux publics, en cas d’obscénités ou de propos indécents et profanes entre 06h00 et 22h00.   « L’ère de la petite tape sur les doigts est terminée », s’est félicité Tony Perkins, président de l’association conservatrice Family Research Council. Les chaînes herziennes devront payer jusqu’à 325 000 dollars par infraction, contre 32 500 auparavant.   Les amendes visent autant le langage cru des militaires du film « Il faut sauver le soldat Ryan », les nudités suggestives dans un reportage, un mot « indécent » prononcé par un chanteur de rock ou des  scènes à connotation sexuelle ou de vulgarités dans les séries « Desperate Housewives », « New York Police Blues » et « Friends ».   Langage inadapté   « Je suis impatient de voir le prochain documentaire ‘Frontline’ à propos des soldats américains en Irak, où le langage le plus corsé après une explosion sera: ‘zut, ça fait mal' », écrit Vince Horiuchi, chroniqueur TV dans une tribune du « Salt Lake Tribune ».   « Vous allez avoir des programmes, même des informations ou des documentaires, sur un soldat, une prostituée ou un gangster, et comment pourrez-vous rendre compte de la réalité sans utiliser leur langage? », s’est lui demandé  Timothy Jay, professeur de psycho- linguistique au Massachusetts College of liberal arts.   Saluée comme une victoire pour « les valeurs familiales » par le président George W. Bush, la nouvelle loi est née du scandale du sein de la chanteuse Janet Jackson, dévoilé en 2004 lors d’une finale de Superbowl très regardée.   8 millions d’amendes en 2003   Cette image furtive avait motivé plus d’un million de plaintes auprès de l’Agence fédérale des communications (FCC). Celle-ci avait infligé, cette année-là, des amendes de près de 8 millions de dollars, contre 440 000 dollars en 2003.   Depuis, les plaintes se multiplient. Pour les seuls trois premiers mois de 2006, la FCC dénombre plus de 275 000 plaintes et près de 4 millions de dollars d’amendes. Pour le groupe d’intérêt TV Watch, qui comprend les chaînes NBC et CBS, « la grande majorité de ces plaintes émanent d’une poignée de gens poussés par des activistes et non par les téléspectateurs eux-mêmes ».   De fait, 75 % des Américains apparaissent favorables à un renforcement des mesures. Mais à peine un tiers se disent « personnellement » inquiets par le sexe et la violence à la TV, selon une étude du centre Pew de mars 2005.   En outre, près de la moitié (48 %) estime que l’intervention du gouvernement dans l’industrie du divertissement est plus dangereuse que le contenu même des programmes.   Enfants influencés ?   Pourtant, s’inquiète Tim Winter de PTC, « la plupart des recherches montrent de grandes probabilités que les enfants exposés à des programmes sexuels à un jeune âge soient actifs sexuellement à un jeune âge ». « Il n’y a pas de preuve que ces programmes les affectent », juge au contraire Timothy Jay.   « Vous pouvez prendre tous les cas, y compris le sein de Janet Jackson ou le soldat Ryan. Vous regardez le lendemain, est-ce qu’ils ont mouillé leur lit? ont-ils eu des symptômes de stress post-traumatique, sont-ils devenus anxieux, dépressifs? La réponse est non, cela ne leur fait aucun mal », affirme-t-il.   AFP

Trop de sexe: le parquet russe veut fermer 3 journaux pour jeunes

 
AFP, le 30 juin 2006 à 02h15   Moscou – Un haut responsable du parquet général russe a demandé la fermeture de trois magazines pour jeunes, révèle le quotidien « Kommersant ». Il leur reproche d’utiliser trop de gros mots et d’exploiter « l’intéret des mineurs pour le sexe ».   Le procureur général adjoint Sergueï Fridinski a demandé au service fédéral pour le respect de la loi dans les médias et la protection du patrimoine culturel de fermer les journaux « Molotok », « Cool » et « Cool Girl ». Il leur reproche notamment de faire la propagande de la drogue et d’utiliser un « langage de chiottes ».   Les journaux incriminés « publient systématiquement des textes, y compris des publicités, sur toutes sortes de services de téléphonie mobile, exploitant l’intérêt des lecteurs mineurs pour le sexe (…) et les incitant à commencer tôt leur vie sexuelle », affirme M. Fridinski.   Cependant, des experts cités par « Kommersant » estiment que le danger de fermeture ne saurait être immédiat, les publications en question n’ayant pas reçu les avertissements prévus par la loi. L’hebdomadaire « Cool » et le mensuel « Cool Girl » annoncent un tirage de 200 000 exemplaires chacun, le mensuel « Molotok » 215 000 exemplaire.  

 

 


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