29 novembre 2005

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TUNISNEWS
6 ème année, N° 2017 du 29.11.2005

 archives : www.tunisnews.net


Atmosphère délétère au palais de Carthage II- Le dauphin est choisi et s’installe… L.T.D.H  Section de Bizerte: Communiqé


Atmosphère délétère au palais de Carthage…

 

Correspondance de Tunis (*)

 

II- Le dauphin est choisi et s’installe…

 

Le clan Trabelsi-Materi qui fait la loi dans le pays a définitivement choisi le successeur de Ben Ali. Ce sera Abdelaziz Ben Dhia. Il est l’otage du clan dont il est devenu partie intégrante. Avec les membres du clan et sur leurs instructions (de Leila et de Belhassen principalement) il a investi et occupé tous les centres névralgiques des institutions politiques, financières et sécuritaires. Et avec le retour de Mohamed Ali Ganzoui à la tête de la Sécurité de l’Etat avec le titre de Secrétaire d’Etat (en fait le ministre actuel, le pâle et insignifiant Haj Kacem, jouera le rôle de figurant) l’édifice est parachevé et le plan ficelé. Ganzoui ayant été un des plus importants architectes, sinon le plus important, de la mafiocratie qui gère le pays. Désormais, rien ne peut échapper à ce clan sur aucun plan.

 

Abdelaziz Ben Dhia a manœuvré, il faut le reconnaître, avec beaucoup de doigté, de persévérance et d’efficacité. En 2004, il choisit un à un les députés du RCD et ceux des partis décoratifs. En 2005, c’est encore lui qui concocte la composition de la chambre des conseillers en tenant compte des préférences de Zine et en les anticipant. Il aura l’habilité d’y enterrer certains parmi les caciques du régime qui pourraient le gêner, tels les Hédi Baccouche, Habib Ammar et surtout Abdallah Kallel qu’il ligota en l’intronisant président de la dite chambre. Les autres sept-novembristes historiques (Naffati, Chaouch, Zouari etc…) sont évacués dans des fonctions techniques sans aucune emprise sur les mécanismes de la décision.

 

 Au gouvernement, c’est une entrée massive de cadres originaires du sahel et dévoués à sa personne qu’il favorise : Korbi, Hadhri, Tekari entre autres…Et, pour le RCD,  c’est un de ses obligés les plus sûrs, sahélien aussi, Hédi M’henni, qu’il impose  dans la fonction sensible de Secrétaire Général. Quant au bureau politique, il y est mathématiquement majoritaire et politiquement dominant. Outre le fait que quatre sur les sept membres sont sahéliens, il s’est arrangé pour qu’il n’y ait aucun prétendant sérieux à la candidature présidentielle en cas de vacance du pouvoir autre que lui. Hamed Karoui est « out » pour limite d’âge, Fouad M’bazaa et Abdallah Kallel en sont constitutionnellement empêchés et Mohamed Ghannouchi a depuis fort longtemps exprimé son désir de terminer sa carrière sous d’autres cieux. Si, aujourd’hui, la vacance du pouvoir est constatée, le bureau politique du RCD désignera sans coup férir Ben Dhia, comme candidat du RCD aux élections présidentielles anticipées qui seront organisées dans l’espace de temps de quarante jours que la constitution prévoit.

 

Quid de Abdelwahab Abdallah ? Pendant longtemps, il a paru jouer les premiers sinon le premier rôle. En fait sa nomination aux Affaires Etrangères est une expulsion pure et simple du palais de Carthage où il y a perdu jusqu’à la confiante proximité de Leila. Celle-ci, ayant eu vent des calomnies que Abdelwahab proférait contre elle et les siens auprès de son mari, ordonna une expédition punitive. Son frère Imed se chargera, à titre de premier avertissement, d’aller détruire la voiture de Mme Abdelwahab Abdallah stationnée devant sa maison et de la traiter publiquement de « pute…»…. Ce qu’elle n’est pas en vérité.

 

La voie est désormais libre devant Ben Dhia. Plus personne ne le gêne, ni à l’horizon, ni à ses cotés, ni à ses trousses. Il poussera le machiavélisme jusqu’à imaginer et faire passer dans la fiévreuse précipitation que l’on sait la fameuse loi du 27 septembre 2005 octroyant à Leila et à ses enfants les exorbitants privilèges que l’on sait en cas d’empêchement de Zine d’exercer le pouvoir. Le plan est presque parfait.

 

Et Zine ? Que devient-il, le pauvre dans tout cela ? En même temps qu’on lui prépare, mine de rien, un linceul, Ben Dhia et les membres du clan à la tête duquel officie Leila, sont aux petits soins. Ils lui passent ses crises, ses sautes d’humeur, précèdent ses désirs, aiguisent ses haines contre tous ceux dont ils veulent avoir la peau, l’isolent de ceux dont ils redoutent les influences, de telle sorte que, durant les quelques heures par jour de répit que lui laisse l’intensif traitement hormonal qu’il subit et au cours desquels il a l’impression d’être le « Président », il ne fait pas autre chose qu’exécuter, à son insu, les plans de son successeur… Abelaziz Ben Dhia.

 

Et, en attendant le jour J, le pillage des richesses du pays continue, s’accélère et s’intensifie…

 

 

Demain : Le pillage s’intensifie…

 

 

(*) L’équipe de « tunisnews » a reçu les précisions nécessaires quant à l’identité des auteurs de ces importantes correspondances qui nous parviennent de Tunis.

 

UPP


 

 

Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme –

Section de Bizerte

 

Bizerte, le 28 novembre  2005

 

 

Communiqué

 

La section de Bizerte de la  L.T.D.H  porte à la connaissance  du public que de graves événements sont  en  train de se dérouler actuellement, l’intégrité physique et même la vie de son  président,  le résistant  et le militant  Ali Ben Salem,  sont  en danger . En  effet , ce dernier n’a cessé d’être la victime, depuis des année de curieux  accidents dont le dernier a failli lui coûter la vie le 25 novembre 05  où il a du échappé à une voiture qui voulait manifestement le heurter alors qu’il marchait dans un trottoir d’une rue de Bizerte.

 

La section de Bizerte de la : L.T.D.H  tient à souligner que ces développements ne sont pas étrangers à l’aboutissement de la plainte que  Ali Ben Salem  a adressée à l’0NU  dans laquelle il accusait :  le ministre de l’intérieur Abdallah Kallal, et le secrétaire d’Etat à la sûreté et conseiller à la Présidence de la République Mohammed Ali Ganzouϊ , d’être responsables de la tentative de l’assassinat sur sa personne  le 26 avril 2000 .La section de Bizerte informe à ce sujet  que le Gouvernement Tunisien a été sommé par les Instances Onusiennes  d’apporter  des éclaircissements sur cette affaire. 

 

Dans leurs réponse, les autorités Tunisiennes  ont  manié  la désinformation  de  la  manière  la  plus    grossièrement  basse :

 

Elles ont prétendu que le Procureur de la République a invité  Ali Ben Salem  a produire un certificat médical, que le Directeur de la Sûreté  a mené une enquête sur requête du Procureur, qu’un substitut  du Procureur  a procédé à une audition de trois policiers, que le Parquet a décidé  de procéder à une confrontation  mais  il n’a pas pu  la  mener  vu  l’absence  du plaignant  de son domicile .

 

La  ltdh  section  de Bizerte précise que : Ali Ben Salem  n’a jamais été convoqué ni par les autorités judiciaires ni policières  et qu’il n’a jamais été  mis au courant  d’une quelconque  enquête concernant  sa  plainte .  Mais plutôt  au contraire : La persécution dont  il fait l’objet  a franchi un nouveau  cap par la mise en place d’un blocus assiégeant  jour  et nuit  son domicile ( qui abrite aussi le local de la section de la ltdh – bénévolement – depuis plus de 20 ans) et le mettre sous filature constante  dans  tous ses déplacements sans exception . Ceci  sans oublier  la coupure  ROUTINIERE  de tous les moyens  de communication. 

 

La police a ajouté  une nouvelle perle à sa panoplie : la  ligne GSM de Ali  Ben  Salem est raccordée à un message  vocal  qui lui rappelle à longueur  de journée  que : « les traîtres n’ont pas de place parmi  nous »

 

Tout  en informent  l’opinion publique de ces faits , la section de Bizerte de la Ligue Tunisienne pour la Défense des  Droits de l’Homme tient à :

 

–          Réaffirmer sa ferme intention  à poursuivre son  Combat  jusqu’à la comparution des responsables de la tentative de l’assassinat  sur la personne de  Ali Ben  Salem  devant  un  Tribunal  Intègre  et Indépendant.

–         Confirmer  son  inébranlable  volonté  pour  l’abolition de la Torture qui est devenue presque  officiellement  automatique en Tunisie.    ( La loi contre le terrorisme  et le blanchissement  de l’ argent   en est un cheval  de  Troie)

–         Poursuivre  à joindre ces  efforts avec ceux  des autres  composants  de la  société  civile  au  niveau local  et  international  pour faire triompher  le respect  des  Droits de l’ Homme  et  l’institution  d’une  Amnistie Générale.

–         Réassurer  encore   une foi de plus que  nous ne dévierions jamais du Pacte  de la ltdh  et  ce  de la  Déclaration  Universelle des  Droits de l’Homme  du 10 décembre 1948 .

 

Pour  le comité directeur  de la section  de Bizerte

Le  secrétaire  général  adjoint

 

Hamda Mazghich

 

(*) Téléphone coupé : la  routine

 UPP


 

Appel à une réunion à Paris

pour débattre des conditions de la poursuite de l’action commune

autour des revendications du Mouvement du 18 Octobre

 

  A présent que les personnalités du monde politique et de la société civile ont mis fin avec succès et sagesse à la grève de la faim qui a duré un peu plus d’un mois pour réclamer :

 

1- La libération de tous les prisonniers politiques et la promulgation d’une loi d’amnistie générale

2- Le respect du droit à l’_expression et à l’information

3- Le respect du droit à la constitution des partis et des associations

 

Les représentants des partis, des ONG, des associations, ainsi que des personnalités politiques tunisiennes indépendantes présents sur le terrain de l’immigration, et signataires du présent manifeste tiennent:

 

Premièrement : a réaffirmer leur respect envers le courage et la combativité dont  les huit personnalités démocratiques ont fait preuve en mettant leur vie en danger pour défendre la liberté et la dignité des Tunisiens et des Tunisiennes, et qui ont réussi, par leur geste, à impulser également une dynamique politique nouvelle, pleine de promesses, eu égard aux espérances qu’elle a fait naître dans les cœurs, par l’accueil unanime, la mobilisation puissante et le retentissement national et international sans précédent que leur triple revendication a déclenché.

 

Deuxièmement : Les signataires du présent manifeste estiment que le mouvement de solidarité qu’ils ont entraîné dans l’immigration autour de la grève de la faim du 18 Octobre, aux côtés de nombreux autres, a constitué, sous l’angle de l’action concrète, un apport qualitatif et quantitatif appréciable, tant du point de vue médiatique que politique, dont le résultat fut le large écho donné à la grève, ainsi que le caractère massif imprimé à la solidarité multiforme qui s’était mise en place autour des revendications portées par les grévistes de la faim, que ce soit au sein de l’immigration tunisienne ou parmi les nombreux amis, épris des valeurs de démocratie et de liberté, que compte le peuple tunisien

 

Troisièmement : fermement convaincus de l’impérieuse nécessité de poursuivre le combat contre le despotisme et la dictature dans notre pays, les signataires du présent manifeste, renouvellent leur engagement en vue de mener des actions communes autour d’un axe central, celui des trois revendications portées par les huit grévistes de Tunis, et autour desquelles ont convergé toutes les forces démocratiques et patriotiques à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

 

En conséquence  :

Ils proclament leur totale adhésion au contenu du Mouvement du 18 Octobre et expriment leur volonté d’agir en commun jusqu’à la satisfaction complète des revendications suivantes :

 

La liberté de l’information et de l’_expression

Le droit de s’organiser en parti et en association

La libération des prisonniers politiques et la promulgation d’une loi d’amnistie générale au profit de toutes les victimes de la répression en Tunisie

 

Ils lancent un appel pressant à tous les citoyens(es), à toutes les militantes, à tous les militants indépendants (es), à tous les représentants des partis et des courants politiques, à toutes les ONG et associations dans l’immigration, et particulièrement aux intellectuels et aux artistes désireux de contribuer, à nos côtés, à la mise en place de ce processus, a venir débattre et à se concerter sur les meilleurs moyens de réactiver le Mouvement du 18 Octobre en le redynamisant sur la base des revendications avancées et ce, le :

                   

 

Mercredi 30 novembre 2005 à 18h

CICP, Salle verte

 21 ter rue Voltaire 75011 Paris

 

 

Liste des signataires par ordre alphabétique

 

Associations et ONG

Tarek Ben Hiba :                      Fédération des Citoyens des Deux Rives

Noureddine Ben Ticha :         Conseil National pour les Libertés en Tunisie

Ahmed El Amri :                       Voie Libre

Fathi Ennaes :                          Solidarité Tunisienne

Abdelbaki Fathi :                      Collectif des familles des prisonniers politiques

Kamel Jendoubi :                     CRLDHT

Anouar Kanzari :                      UGET-France

 

Partis politiques

Lotfi Hammami :                       Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie

Choukri Hamrouni :                  Congrès pour la République (CPR)

Houcine Jaziri :                         Ennahda

Hédi Jilani:                                Forum Démocratique (FDTL)

 

Indépendants

Néjib Baccouchi :                    Chercheur  en philosophie politique

Abdelatif Ben Salem :             Auteur-traducteur

Seif Ben Salem :                     Militant des droits Humains

Fathia Châari :                         Militante des droits des femmes

Jaouhar Fékih :                        Militant politique

Adelwahab Hani :                     Journaliste                        

Tahar Labidi :                           Journaliste

Soufiane Makhloufi :                Psychologue

Houweida Yahyaoui :               Etudiante

                                                                            

 

Paris le 24 novembre 2005           

 

 

Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie

CRLDHT

21ter rue Voltaire

75011 PARIS – FRANCE

Tel/Fax : +33(0)1.43.72.97.34.

contact@crldht.org

www.crldht.org

UPP


Peut-on- faire confiance à l’opposition ?

Par Khaled Traouli

ktraouli@yahoo.fr

 

Nulle doute que la question pourrait générer une confusion, nulle doute qu’elle pourrait contenir déjà sa réponse… mais loin de toute approche idéologique ou un satisfecit hypocrite, il serait intéressant de s’interroger de temps en temps sur des actes ou des événements ou des positions qui semblaient acquérir une certaine « évidence » chez certains , ce qui pourrait à leurs yeux rendre toute démarche critique, nuisible et non productive ! d’autant que poser une telle question dans la conjoncture très particulière que traverse l’opposition actuellement, pourrait toucher chez certains le stade du traître et de collabo ! Toute fois la question devrait être posée par simple souci de minimiser ou d’écarter les facteurs de risque et d’optimiser toute action saine susceptible de précipiter le changement.

 

 

Etat des lieux

 

La confiance demeure un acte primordial dans toute alliance ou relation bilatérale entre individus ou entités, pour la réussite et la bonne marche de leur projet. La relation que voudrait établir l’opposition avec le peuple forme la pierre angulaire de toute méthodologie de construction. Un déficit dans l’accompagnement, ou un refus, constituent les prémisses d’un échec programmé. L’opposition tunisienne a-t-elle réussi à acquérir cette confiance ? L’histoire aussi bien récente que lointaine ne semble pas jouer en sa faveur, la désaffection constatée, le désintéressement d’une frange majoritaire du peuple ne peut que s’ajouter ou expliquer cette méfiance et contribuer à son amplification.

 

Le pourquoi demeure une question fondamentale pour initier tout projet de changement ; toute ignorance ou marginalisation de ce problème de fond ne fait que retarder l’échéance, ou de la rendre un mirage, du moins pour cette génération !

 

Durant deux décennies, l’absence du peuple était flagrante, l’existence de quelques îlots de résistances ne fait que confirmer la règle, le sommeil était total ou presque, et le réveil sera long, difficile, et nécessite beaucoup de patience et beaucoup de compréhension. La devise « laisser le temps au temps » semble être d’actualité !

 

Cette absence et ce mutisme s’expliquent entre autre par la peur et la crainte vis à vis d’un régime qui, à travers la « correction » donnée au mouvement islamiste, voudrait envoyer un signal fort à toute la société tunisienne : l’ère d’un SMIG de liberté, constatée auparavant, est révolue, la récréation est finie et une chape de plomb est tombée… la société semblait capter le signal !

 

Le début de la première décennie a vu passer une croissance économique, plus ou moins intéressante selon les sources officielles, le citoyen trouvait dans « la bouffée d’air » économique une possible acceptation du « manque d’air » politique , la devise « consommes et tais toi » semblait être partagée aussi bien par le pouvoir que par la majeure partie de la société.

 

Ces deux facteurs importants qui expliquaient cette désaffection du citoyen, s’ajoutaient à une question fondamentale restée sans réponse : « ou est l’opposition ? » Peut-on en faite se révolter, s’exaspérer, se rebeller, manifester son mécontentement, sans un guide, sans un projet alternatif, sans un minimum de confiance dans ce qui pourrait se nommer une opposition solide et crédible ? 

A la recherche du soldat perdu !

 

Une longue nuit hivernale a généré une longue et pénible hibernation de l’opposition, le paysage politique était majoritairement occupé par un régime aux apogées de sa fuite en avant, et une opposition de façade ; l’opposition républicaine a quitté les lieux, certains ont fuit le territoire par crainte de représailles, d’autres ont préféré y rester en assurant un minimum du parler vrai malgré l’hégémonie de l’arbitraire.

 

Pendant tout une période l’opposition était à la recherche de soi, occupée surtout par des questions byzantines et un dialogue de sourds, qui apparaissaient fondamentaux pour certains : peut-on inclure les islamistes dans un projet de rassemblement de l’opposition ? La divergence des propos était flagrante, La démocratie apparaît déjà sélective et réductrice, comment peut-on alors manifester son désaccord vis à vis d’un régime autoritaire alors que notre discours contient déjà les prémisses de l’exclusion ? La crédibilité de tout un projet de changement est touchée, la confiance est malmenée, l’espoir est blessé, et l’œil du peuple veille…

 

L’entrée en scène de l’initiative de 18 octobre apparaissait comme un ressaisi de l’opposition, la « coexistence pacifique » entre plusieurs leaders et adeptes sous le même toit et pour une revendication commune, sonnait le glas à une série de rendez-vous manqués, la chaleur des lieux et la noble cause ont fini par convaincre les plus réticents que point de salut sans un front uni de l’opposition, point de réussite avec un esprit d’exclusion et de marginalisation de l’autre.

 

L’image de ce rassemblement est saisissante, le succès du mouvement a marqué les esprits et l’imaginaire des Tunisiens, ce qui rend le moindre faux pas de l’opposition générateur de conséquences terribles sur sa crédibilité et sur un éventuel changement. Pour autant peut-on crier victoire, et réclamer que la confiance du peuple en son opposition est en marche ?

 

Les différents messages d’encouragement et de solidarité aux grévistes, la constitution de plusieurs comités de soutient à travers tout le pays et à l’étranger donnaient l’image et la conviction que la société civile bouge, et accompagnée d’un élan de solidarité intérieur et extérieur sans précédent. Toutefois certaines zones d’ombre persistent et nous obligent à beaucoup d’humilité et de réflexion… La vérité peut choquer mais on ne peut guerre bâtir une construction saine et de longue durée sans une clarté totale dans les propos et l’action.

 

La société tunisienne n’était pas totalement au rendez-vous, elle n’est pas descendue dans la rue, elle n’a pas non plus boudé l’événement ; mais son absence apparente est un indice révélateur que la route est encore longue et que sa participation directe pour créer l’événement ou l’accompagner n’est pas encore d’actualité.

 

La confiance d’abord !

 

La confiance est un long fleuve, tantôt tranquille, tantôt plein d’embûches, établir la confiance nécessite de part et d’autre de la patience et de la compréhension. Le peuple tunisien commence à peine et doucement à sortir d’une longue nuit de peur et de crainte, et il faudrait entretenir cette sortie, comprendre ses limites et sa lenteur, ne pas la brusquer ni la précipiter, mais plutôt l’accompagner. Il faudrait aussi favoriser les initiatives qui pourraient engendrer l’adhésion de tout un peuple, et accepter le rôle qu’il pourrait assumer, le degrés et le niveau qu’il pourrait atteindre. Une initiative, quelque soit son importance, quelque soit sa perfection, sa beauté peut être, quelque soit ses initiateurs … ne pourrait songer à la réussite sans qu’elle tienne compte de la capacité du peuple à assumer et à réagir, des moyens qu’il dispose, de son environnement proche et lointaine, de son aptitude à accepter et à coopérer.

 

« La confiance ça se gagne » pour cela l’opposition est condamnée à l’union, condamnée à réfuter l’exclusion, condamnée à comprendre son peuple, ne pas heurter sa sensibilité et ne pas sous estimer son aspiration au changement. Même s’il se trompe, le peuple a toujours raison ! même s’il s’absente, il est toujours présent…

 UPP


 

DOSSIER

La Tunisie est-elle une dictature laïque ?

 

Le premier dimanche d’octobre, sur France 5 dans l’émission Riposte, l’islamologue Olivier Roy évoquait « les dictatures laïques du monde arabe, de la Tunisie à Saddam ». Nous avons demandé à quelques intellectuels de commenter cette caractérisation du régime tunisien. Slah Jourchi, Neïla Jrad, Latifa Lakhdar, Ilhem Marzouki et Salah Zeghidi s’expriment sur la question, de même que Mahmoud Ben Romdhane, qui, en rubrique économie de ce numéro, l’analyse en relation avec la question du développement.

 

 

Présentation : La Tunisie est-elle une dictature laïque ?

– La vraie laïcité dérange les régimes despotiques, par Slah Jourchi

– Un despotisme musulman plutôt qu’une dictature laïque, par Neïla Jrad

– Dictature laïque ?, par Latifa Lakhdar

– La laïcité, un attribut de la démocratie, par Ilhem Marzouki

– Un système ni dictatorial ni laïque, mais anachronique et pervers, par Salah Zeghidi

 

 

La vraie laïcité dérange les régimes despotiques

Slah Jourchi

 

Le despotisme n’a pas de couleur idéologique. C’est un mécanisme de gouvernement qui cherche à soumettre les sociétés à la volonté d’une seule personne ou d’un groupe d’individus qui sont au pouvoir. Les slogans des despotes et le degré de violence pour empêcher la résistance peuvent changer d’un cas à l’autre, mais le but reste le même : assurer l’encadrement de la société par les instances politiques, sécuritaires et idéologiques du pouvoir.

 

Ces pratiques se sont reproduites parfois au nom de religions et d’autres fois sous différentes idéologies, même les plus libératrices. On peut justifier la dictature au nom de la modernité, de la lutte des classes ou de la démocratie. La Révolution française elle-même a détourné ses slogans pour devenir un cauchemar qui a englouti ses propres enfants.

 

Pour le cas tunisien, Bourguiba et le parti du Destour n’étaient pas démocrates. Le pouvoir a mis en avant, au début de l’Indépendance, deux slogans contradictoires :

 

1. Construire un État moderne. Dans sa forme, l’État tunisien ressemble à l’État français : Constitution, régime républicain, séparation des pouvoirs, Parlement élu par les citoyens. De plus, le pouvoir a adopté un discours moderniste qui rompt avec le patrimoine politique arabo-musulman et qui s’inspire de l’occident libéral et de l’esprit de la Renaissance européenne.

 

2. Le second aspect consiste dans un gouvernement patriarcal qui se considère au-dessus de l’Institution et qui se voit l’incarnation véritable de l’État.

 

Ainsi, Bourguiba, qui a révolutionné un régime politique archaïque, s’est converti en despote « moderniste non religieux » dans sa manière de gérer les affaires publiques. Le reste n’est que le prolongement naturel d’un système qui a maintenant des racines profondes.

 

La question qui se pose est : peut-on parler d’un pouvoir laïque en Tunisie ?

 

Je crois que la modernisation du régime politique en Tunisie reste superficielle et n’a pas changé radicalement la nature du pouvoir, qui reste traditionnel, trop personnalisé et despotique.

 

La pratique politique et culturelle depuis un demi-siècle a empêché d’installer un régime laïque fictif qui sépare la religion de l’État et permet aux citoyens d’exercer leurs choix politiques et culturels en toute liberté.

 

La vraie laïcité dérange les régimes despotiques car elle les oblige à respecter les choix de leurs citoyens et à partager le pouvoir, ce qui est complètement contradictoire avec la tendance à s’approprier toutes les composantes de l’État. C’est pour cela que Bourguiba a refusé de façon catégorique la séparation entre l’État et la religion, en insistant pour considérer que l’État-pouvoir est responsable de la protection de la religion et de l’organisation de la vie religieuse. C’est-à-dire que le pouvoir doit rester la seule force politique qui a le droit d’exploiter la religion pour renforcer sa légitimité et assurer sa continuité.

 

Les symboles ne sont pas importants en soi, tant qu’ils assurent la continuité et la domination du pouvoir.

UPP

 

Un despotisme musulman plutôt qu’une dictature laïque

Neïla Jrad

 

La Tunisie vit-elle sous un régime de « dictature laïque » ? Tout d’abord à remarquer que les dictatures, dans l’histoire moderne, ont été le plus souvent laïques. Dictature d’une idéologie (comme le furent le nazisme, le fascisme ou le régime des khmers rouges) impliquant le plus souvent celle du plus haut dignitaire de l’État (Hitler, Mussolini, Staline, Mao), d’une armée (dictatures ouvertement militaires façon Espagne de Franco ou Chili de Pinochet, déguisées en civil comme l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie de Hafedh El Assad ou l’Égypte de Nasser). Certaines expériences récentes ont fait croire que les dictatures pouvaient aussi être religieuses (façon Iran de Khomeyni ou Afghanistan des talibans).

 

Mais la dictature et la démocratie, en tant que catégories du monde moderne (qui n’ont qu’un rapport lointain avec la conception que le monde antique s’en faisait, où la démocratie n’excluait ni l’esclavage ni la ségrégation et où la dictature faisait de tous ceux qui la subissaient des sous-hommes sur lesquels le dictateur avait le droit de vie ou de mort), n’appartiennent pas au même espace référentiel que les « dictatures » religieuses à l’exemple de celles citées plus haut. Celles-ci sont davantage des régimes absolutistes, voire tyranniques, que dictatoriaux, n’ayant pour seule référence idéologique que la religion, à la fois créneau de fonctionnement du pouvoir politique et du fonctionnement social et culturel.

 

Or, les dictatures militaires ou politico-idéologiques sont laïques en ce qu’elles s’exercent non par le recours à la religion – bien que celle-ci puisse être utilisée pour consolider la dictature, comme cela fut fait avec le catholicisme pour le nazisme ou le fascisme et, durant la guerre du Golfe, avec l’Islam que Saddam Hussein a utilisé en recours, pour consolider son camp – mais par la force d’un groupe social (par exemple l’armée) ou d’une idéologie profane (le nazisme, le socialisme, le marxisme, le nationalisme arabe). La religion prise comme seule créneau du pouvoir et du fonctionnement idéologique et social fabrique des tyrannies religieuses plus que des dictatures, appartenant en cela davantage à la pré-modernité, la laïcité faisant intégralement partie du fonctionnement moderne des États et des pouvoirs politiques où il est admis que la gestion de la cité et de son devenir est du seul et unique ressort des êtres humains qui la composent, qu’ils soient opprimés par une dictature ou citoyens libres choisissant leurs élus.

 

C’est pourquoi la dictature s’inscrit paradoxalement dans le même champ référentiel que la démocratie, bien que comme son exact contraire. Toutefois, si on considère que la démocratie est un processus qui porte en lui non seulement l’existence de l’État de droit et de la société civile comme celle du citoyen, mais de plus la libre collaboration entre ces trois instances, il existe entre la démocratie et la dictature toute une gradation de formes de gouvernements dont les deux formes citées ne constituent que les extrêmes dans le meilleur et dans le pire.

 

À ce titre on pourrait, pour faire bref, dire du régime tunisien qu’il est une « dictature », signifiant par là que ses caractéristiques le font davantage tendre vers cette extrémité que vers l’autre, entre autres en raison de l’existence de quelques pointes ouvertement dictatoriales chaque fois que le régime, par usage arbitraire du pouvoir de la force dont il dispose – police, armée, prisons, tortures, censure -, non seulement rejette mais empêche une expression libre de se manifester. Nous venons d’en avoir un exemple très récent si l’on pense aux procédés autoritaires et expéditifs avec lesquels la police tunisienne s’est comportée dans les jours qui ont précédé le SMSI et durant sa tenue et ce, aussi bien avec la société civile tunisienne qu’avec les journalistes étrangers dont certains ont été sérieusement molestés ou certaines délégations internationales empêchées de se réunir en marge du Sommet faute de lieux mis à sa disposition !

 

Mais l’existence même d’un corpus juridique et constitutionnel comme d’une logomachie politico-médiatique de type démocratique, même s’ils ne sont pas respectés et du seul fait même qu’ils existent, empêchent de caractériser le régime dans sa globalité comme une dictature.

 

Les dictatures telles qu’elles se sont manifestées au cours du dernier siècle sont des régimes plus ou moins longs selon le cas mais avec des législations et des pratiques qui les justifient et les maintiennent – par exemple des pouvoirs d’exception donnés à l’armée – et sur lesquelles aucune confusion n’est possible avec la démocratie. On ne peut en dire autant du régime tunisien, de l’indépendance à nos jours, et c’est ce qui fait justement la difficulté à le caractériser. Il en est ainsi de cette oscillation constante entre une ouverture déclarée et la fermeture réelle de la société et de ses institutions, entre une démocratie de façade et des pratiques parfaitement antidémocratiques, entre une Constitution et des lois globalement favorables au respect des droits humains, y compris le droit à la démocratie, et le viol constant de ces mêmes lois chaque fois qu’est remis en cause un aspect de la politique du régime ou que sa pérennité est menacée. À ces caractéristiques s’ajoutent des innovations sur le plan constitutionnel et juridique – par exemple la récente réforme de la Constitution sur le mandat présidentiel – qui semblent, elles, faire plutôt partie de l’arsenal des pratiques dictatoriales par la manière dont elles ont été décidées et imposées. Ainsi que l’ impossibilité dans laquelle on tient le citoyen et la société civile de demander des comptes à ses gouvernants, assortie au non respect du devoir, pour ceux-ci, de rendre compte de leur mandat à leurs électeurs en toute transparence.

 

Autoritaire voire despotique, oui, cela, semble-t-il, on peut le dire pour caractériser la nature du régime tunisien, si l’on considère que l’autoritarisme caractérise plutôt un rapport de l’État aux citoyens basé sur la soumission à l’autorité de l’État – ce qui, sans exclure l’existence des lois, assure la mainmise de l’État autoritaire sur ces lois – et que le despotisme – qui peut à la limite se passer de lois autres que celles voulues par le despote – en est la forme la plus avancée, puisque le despote devient le maître de la loi (il la fait, la défait ou s’en passe), le maître du jeu politique, et nie donc l’existence du citoyen et de la société civile.

 

Quant à la laïcité, où est-elle donc ? l’article 1 de la Constitution affirme l’Islam comme religion d’État, la juridiction est prisonnière de la Chariaa, surtout sur ce point chaud que constitue l’héritage mais aussi, pour ne citer que les plus connus, sur l’interdiction du mariage de la musulmane avec le non musulman et l’abolition de la peine de mort. Un examen attentif des droits privés et publics trouverait encore d’autres manifestations du respect de la loi islamique.

 

Certes, on le dit si souvent, les acquis des femmes tunisiennes avec en particulier l’abolition de la polygamie, l’abolition de la répudiation et le droit au divorce ainsi que le report de l’age du mariage, sont un dépassement de la Chariaa. Mais n’oublions pas que ce dépassement s’inscrit lui-même dans le cadre d’un Ijtihad de l’Islam, donc dans l’Islam lui-même.

 

Par ailleurs le processus de sécularisation semble en net recul et, derrière une tolérance apparente, l’identité affirmée de plus en plus lourdement et de moins en moins sujette à débat est bien l’identité musulmane du corps social et les comportements y afférents. Même les opposants dits laïques s’y sont mis pour la plupart, et bien rares sont ceux qui se réclament d’une autre appartenance : juifs, agnostiques, athées, bouddhistes ou autres… L’affirmation de l’islamité aux plus hauts niveaux de l’État – et non de la laïcité – et de pratiques nouvelles depuis le départ de Bourguiba – comme le rappel des prières à la radio et à la télévision – ont certainement joué un rôle déterminant dans ce recul du processus de sécularisation – pourtant légèrement amorcé durant la période bourguibienne.

 

Le régime tunisien est donc bien un despotisme musulman, mais ni tyrannie religieuse ni dictature laïque. Il en a les caractéristiques essentielles : le paternalisme du despote, fut-il éclairé, allant de pair avec l’infantilisation des populations, contraire à une citoyenneté authentique, l’autoritarisme qui se manifeste particulièrement par le refus de la critique ou de la contestation comme de la concertation réelle, le recours à la force voire à la violence pour mater une opposition et le non respect de la personne humaine qu’il sous-entend et provoque. Tout cela associé à un aspect louvoyant et sournois qui fait que le régime, s’il aime montrer la peau de la panthère – des réalisations de prestige et une législation plus avancée que sa pratique – en dissimule soigneusement les griffes – la répression, la violence. Tout cela associé à un côté « bon enfant » pour qui se soumet, qui accepte, qui joue le jeu avec, pour récompense, les facilités y afférentes.

 

En somme, un despotisme musulman qui peut arborer, dans les moments d’accalmie, un « visage humain » avec toutes les connotations que cette expression (précédemment appliquée à une forme de socialisme apparemment moins dictatorial) peut receler ! Mais un « despotisme musulman » qui pourrait bien, si l’opposition démocratique de gauche tunisienne n’y prenait garde, évoluer, sous l’influence des forces les plus conservatrices de la société, vers une tyrannie religieuse dissimulée sous les atours d’une « démocratie musulmane ».

 

 UPP

Dictature laïque ?

Latifa Lakhdar

 

Pas tout à fait, dans le sens où les dictatures de la modernité occidentale n’étaient que de simples intermèdes forcément éphémères, instaurées par le grand capital dans des situations de crise et pour barrer la route à la « menace » révolutionnaire. Ces dictatures étaient aussi le résultat d’une perversion d’un État de droit déjà existant.

 

Maintenant, il semble que l’histoire ne tolère plus aussi facilement ce genre de dictature à caractère « flagrant », où un seul individu impose sa loi et son seul point de vue à tous les autres, avec à la fois l’appui et l’instrumentalisation des institutions répressives comme l’armée et la police et celle de la transmission propagandiste, organisations dont la culture politique se crispe sur la seule bénédiction des faits et dires du « chef ».

 

Chez nous, cette forme anti-moderne de pouvoir politique existe bel et bien, mais avec des freins qui lui sont imposés par un certain code de conduite permettant un minimum de respectabilité et de crédibilité sur le plan extérieur.

 

La différence maintenant, est que ce genre de pouvoir politique ne se présente pas chez nous comme phénomène exceptionnel, ponctuel, mais en tant que phénomène en perpétuelle reproduction.

 

Pour marquer sa rupture avec le pouvoir totalitaire de Bourguiba, celui du 7 novembre a commencé par prendre des « précautions » politiques qui rappellent une certaine recherche de légitimité démocratique, mais cette phase était de très courte vie. À peine si les élites politiques du pays avaient commencé à y croire et à s’y investir que très rapidement ce pouvoir décide tout seul que cette légitimité est acquise. Le réflexe totalitaire revient. Le pouvoir s’installe aussitôt dans une logique de monologue et à la place du large consensus national que seul un large vis-à-vis institutionnel peut assurer autour de lui, il se met à procéder par élimination maximale : celui qui n’est pas inconditionnellement avec moi est contre moi. L’absence de toute nuance qu’implique cette logique totale a fait que tout le monde s’est trouvé malgré lui en dehors du jeu politique minimal.

 

Résultat : gestion politique sur la base du schéma « un chef, un parti, un peuple », avec une philosophie qui fait du chef l’incarnation du parti et du peuple.

 

Bien évidemment ce schéma qui revient de près et de loin par rapport à notre histoire ne peut plus fonctionner dans l’histoire actuelle. D’abord la notion de peuple, bloc monolithique, n’est plus possible aujourd’hui, et même si on n’a pas une société libre, auto-fondée, souveraine, le peuple est traversé par toutes formes de différenciation. Celle d’un seul parti non plus, on ne peut pas disserter ici sur les raisons d’adhésion des gens au parti du pouvoir, son élite elle-même n’a jamais senti le besoin de réfléchir sur cela avec le recul qu’il faut, mais il reste clair que ce parti ne peut en aucune manière répondre tout seul aux aspirations politiques, idéologiques, culturelles, diverses du peuple tunisien, l’existence sur le terrain politique d’autres partis le prouve même si ces partis subissent une stratégie d’asphyxie qui cherche à les maintenir dans l’isolement pour pouvoir dire que le peuple n’en a pas besoin.

 

Un seul chef, oui, mais pas un chef total. La conscience moderne portée avec grande conviction par une bonne partie de la société tunisienne et par une élite qui ne compte céder à aucune forme d’obscurantisme politique qu’il soit d’essence « laïque » ou religieuse, empêche d’accepter d’être dirigé par le mépris et la peur, qui en dehors des règles d’un État de droit, restent et quoi qu’on dise les deux rouages les plus opérants politiquement dans notre pays.

 UPP

La laïcité, un attribut de la démocratie

Ilhem Marzouki

 

C’est par décision politique que la Turquie a constitutionnellement adopté la laïcité et, aujourd’hui encore, c’est l’armée qui en est la gardienne. Des militant-e-s portent la revendication de la laïcité dans un grand nombre de pays arabes, dont la Tunisie, et cherchent à obtenir sa reconnaissance en soi. La question est : la laïcité est-elle insoluble dans la dictature ? (pour inverser terme à terme la question de savoir si l’islamisme est soluble dans la démocratie).

 

Face à l’émergence de théocraties dans des pays de confession musulmane, deux types de réactions se sont faites jour a posteriori. Une première qui a tendance à considérer comme laïques tous les régimes non spécifiquement islamistes. Une seconde qui consiste à considérer que la laïcité dans ces pays où règne la foi musulmane ne peut que se décréter par des régimes autoritaires, sinon dictatoriaux. Autrement dit, les dictatures seraient le paravent qui protègerait les laïques, toujours minoritaires bien entendu, contre l’islamisation rampante des sociétés. Drôle d’équation sachant que ces mêmes laïques sont, par ailleurs, les premiers à réclamer la démocratie.

 

Comment sortir de ce cercle vicieux où chacun des segments est aussi « compromettant » que l’autre ?

 

J’aimerais rappeler ici une vérité toute simple, à savoir que l’Islam politique n’est pas l’apanage des islamistes et que les États ont fait et continuent de faire un usage extensif du religieux pour asseoir leur légitimité. Au regard de la question posée ici, c’est ce qui fait d’eux précisément des dictatures et non pas des démocraties puisqu’ils tirent une part de leur souveraineté non pas de la soumission aux lois positives mais de l’invocation de la suprématie divine.

 

Pourrait-il en être autrement ? Les leaders nationalistes puis les États indépendants ont toujours proclamé que le recours à cette forme de légitimité traditionnelle ne servait pas tant à asseoir leur domination qu’à s’assurer de la mobilisation d’une société animée par la croyance. Aujourd’hui, la situation se complexifie encore dans la mesure où les États visent plutôt la démobilisation des sociétés et aspirent à un monopole sur le religieux.

 

Cependant, dans la première période historique comme dans la seconde, l’usage instrumental du religieux s’est avéré être contreproductif pour les pouvoirs en place puisqu’il n’a fait que susciter un regain de foi dans les sociétés réagissant à cette instrumentalisation patente. La spirale de surenchère de religiosité est ainsi déclenchée rendant la reconnaissance de la laïcité de plus en plus hypothétique.

 

Quelles chances peut avoir la revendication de la laïcité dans un tel contexte ? Autrement dit, un État peut-il l’adopter sans changer sa nature même, sans se conformer aux mécanismes du système démocratique ? Car comment concevoir un système démocratique qui ne soit pas laïque, c’est-à-dire qui ordonne son espace public non pas selon une volonté citoyenne mais selon une volonté divine et, inversement, comment imaginer l’instauration de la laïcité sans un système démocratique, c’est-à-dire en dépit de la volonté citoyenne et par la seule force de la volonté politique (sinon militaire) ? Autant dire que la revendication de la laïcité est partie intégrante de la revendication démocratique et ne peut en être dissociée.

 

Oui mais voilà, que faire de nos sociétés islamisées ? Vouloir la laïcité, c’est accepter la démocratie avec les risques et périls que cela représente aujourd’hui pour toutes les minorités qu’elles soient numériques ou culturelles. Celles-ci doivent prendre conscience que la démocratie est d’abord une chance pour elles puisque c’est le seul système où elles peuvent faire entendre leurs voix dans la pluralité et dans la diversité. Elles doivent surtout prendre conscience que les choses ne changeront jamais en dépit des sociétés par des décisions autocratiques, aussi éclairées soient-elles, sans participation citoyenne (l’échec de toutes les politiques volontaristes de par le monde est là pour le démontrer) et qu’il relève de leur propre responsabilité de se construire et se constituer en forces autonomes pour faire face à toute velléité ou prétention uniformisante, hégémoniste d’abord au sein de la société et pour pouvoir s’imposer comme étant une des composantes de celle-ci.

 

 UPP

Un système ni dictatorial ni laïque, mais anachronique et pervers

Salah Zeghidi

 

Le champ politique est probablement celui qui véhicule avec plus de fréquence et de facilité que d’autres le discours approximatif, qui ne se soucie guère de rigueur, qui cultive même l’ambiguïté, la confusion, qui se contente de « l’à peu près ». Quand de surcroît ce discours a une fonction d’agitation ou de propagande, il est évident que l’exigence de rigueur et même simplement de sérieux y laisse parfois toutes ses plumes. Cette réflexion me vient à l’esprit en rapport avec la question posée par Alternatives citoyennes à propos de la caractérisation du régime tunisien comme « une dictature laïque ».

 

Le régime tunisien est-il un régime de dictature ?

 

Certes, la science politique, à l’instar de toutes les sciences humaines, n’est pas et n’a pas la prétention d’être une science exacte. Il reste cependant qu’il existe un certain nombre de notions dont chacune correspond à une catégorie bien déterminée : despotisme, autoritarisme, dictature, fascisme. Ce sont des notions qui se recoupent, en ce qu’elles expriment des régimes qui sont tous non démocratiques, mais elles ne se confondent pas. Que le régime politique qui dirige la Tunisie depuis bientôt 50 ans ne soit pas un régime démocratique, cela est évident. Que l’on ait affaire à un pouvoir autoritaire ne fait aucun doute. Que l’excessive concentration du pouvoir entre les mains du président de la République, et l’absence totale de contrôle sur ce pouvoir ou de tout contre-pouvoir, correspondent à une forme de despotisme, ne peut être contesté. Mais peut-on dire qu’il s’agit d’un régime de dictature ? Je ne le crois pas. L’on sait en la matière que, lorsqu’une notion est utilisée pour signifier des réalités très différentes, il y a problème, c’est-à-dire qu’il convient de revoir sa copie ! Si le régime du Chili de Pinochet est une dictature, si celui de l’Irak saddamiste est une dictature, il faut trouver autre chose pour le régime tunisien de Bourguiba ou de Ben Ali.

 

Disons tout de suite qu’une dictature ne se soucie jamais de sa légitimation. Elle agit comme si sa légitimité « allait de soi ». Elle est légitime du fait qu’elle est là et qu’elle détient le pouvoir. Le souci majeur et constant pour le régime tunisien, par contre, consiste à affirmer et renforcer sa légitimité : par l’Histoire durant de très nombreuses années, par les élections – même s’il s’agit d’élections très peu démocratiques, c’est le moins qu’on puisse dire -, par une politique qui se veut au service du peuple et notamment des catégories défavorisées, etc.

 

Régime présidentialiste à l’excès, dans lequel les pouvoirs législatif et judiciaire sont laminés et leurs prérogatives réduites à la portion congrue, le régime politique qui dirige la Tunisie est en réalité à nul autre pareil. On ne dit pas assez que le système du parti unique, avec la fusion entre appareil de L’État et celui du parti au pouvoir, avec l’attribution au parti de prérogatives qui sont celles de l’État et de son administration (établissement et distribution des cartes de soins médicaux gratuits, ou de cartes d’électeurs, intervention du parti dans les recrutements dans la fonction publique, organisation des aides de l’État aux familles nécessiteuses, etc.), avec le monopole sur la totalité du système d’information, y compris les médias privés, ce système d’État-parti imposé à notre pays est unique en son genre dans le monde entier. Le problème, c’est que ce système est anachronique au regard de l’évolution enregistrée dans le monde au cours des 15 dernières années.

 

Mais il est plus qu’anachronique, il est inacceptable pour un pays comme la Tunisie qui a enregistré tant d’acquis au cours du dernier demi-siècle. On ne peut gouverner avec un système aussi rétrograde un peuple qui a réalisé la scolarisation totale, qui a conquis et consolidé le Code de Statut Personnel, qui a réussi (partiellement et imparfaitement, et malgré les tentations ajoutées aux pressions des oiseaux de malheur qui veulent ramener notre pays en arrière), à garantir et maintenir, à défaut d’une séparation, une « distance » non négligeable entre l’État et la religion, et qui est la plus importante et la plus effective en comparaison avec les pays de l’aire arabo-musulmane. On se veut un État moderne, ouvert sur le progrès, sur l’universalité, mais on continue à s’accrocher à un système périmé et condamné. Un système dans lequel l’État de droit laisse la place au droit de l’État, dans lequel, pour reprendre Iadh Ben Achour, « la légalité ne peut se détacher de la personne du Chef qui préside à cette légalité », au point qu’on en arrive à l’hypostase du leadership qui génère une sorte de « patrimonialisme dans lequel le Raïs reste un homme providentiel, une sorte de prophète au-dessus de le légalité ». On se veut République, et on impose une organisation des pouvoirs qui pervertit ce « socle » de l’État qu’est le système juridique, dont on fait un succédané du système politique. .

 

Le complexe État-parti constitue la matrice de ce système anachronique et pervers. L’État se confond avec les gouvernants du moment, avec leur parti, avec leur clientèle et avec leur projet politique. Il s’affirme ainsi comme une puissance tutélaire. L’État est partout, et il reste cependant « extérieur » aux gouvernés. Parlant de démocratie, Durkheim disait : « Si l’État est partout, il n’est nulle part ». Dans ce système, les gouvernants du complexe État-parti se considèrent comme responsables du renforcement permanent de l’État. Et pour le renforcer, ils le monopolisent, ils le « privatisent » (l’expression est de Camau) et ils finissent par s’identifier à l’État. C’est évidemment ce système qui est à l’origine du déficit de citoyenneté. Et le blocage de toute vie politique réelle et dynamique vient de là. Même l’apparition de nouveaux espaces de liberté (associations, mouvements politiques, presse indépendante, espaces culturels, etc.) peut n’avoir d’impact et de portée que pour certaines franges de la société, celles pour lesquelles la sphère privée est relativement dense. La pérennisation du complexe État-parti maintiendra les larges franges de la population, bénéficiaires à des degrés divers de l’assistance étatique, dans une situation de soumission aux contraintes du clientélisme d’État.

 

On le voit : la situation n’est pas simple. Mais le changement réel n’interviendra pas par des « réformettes » partielles du système politique. C’est la matrice du « modèle », à savoir le complexe État-parti, qui doit être mise en cause et mise à bas. L’accès à la démocratie passe inéluctablement par là. Pour l’heure, nous sommes face à un État qui s’enfonce et se complait dans une situation véritablement schizophrénique : il se soumet de plus en plus aux lois du marché, mais il refuse obstinément de se soumettre à la loi tout court, c’est-à-dire d’être enfin un État de droit.

 

Dictature, donc ? Non, mais un régime autoritaire, despotique, anti-démocratique donc, et qui constitue un anachronisme, et aussi quelque part une insulte à un peuple et à une société. Le révolutionnaire cubain José Marti a peut-être raison de dire : « un peuple qui supporte une dictature la mérite », mais le peuple tunisien ne mérite pas d’être gouverné par un régime en totale « distanciation » avec une société évoluée. On ne fait pas le Code de Statut Personnel (demi-centenaire aujourd’hui !), on ne généralise pas l’enseignement en le rendant de surcroît obligatoire jusqu’à 16 ans, on ne promeut pas une politique sociale fondée sur la négociation contractuelle entre partenaires sociaux, on ne crée pas par dizaines de milliers une élite large et entreprenante de cadres, d’universitaires, de médecins, d’ingénieurs et de techniciens supérieurs, de gestionnaires, de juristes, d’avocats et de magistrats…, hommes et femmes, en continuant en même temps et nonobstant tout cela à vouloir gouverner tout ce beau monde par un système véritablement sous-développé, et totalement obsolète !

 

L’attitude de certains milieux politiques et médiatiques en Europe et en particulier en France est proprement surprenante, pour ne pas dire plus. Ces milieux ne s’offusquent et ne se « mobilisent » à propos de notre pays que sur des « affaires » de type droits de l’homme. Tel militant a été arrêté, tel autre privé de son passeport, tel leader est suivi par la police politique, tel autre a été jugé dans un procès inéquitable, etc. Dès que les choses « se calment » sur ce terrain, ces milieux ne s’intéressent plus à la Tunisie. C’est un peu comme si la question de la démocratie en Tunisie se réduisait à ces aspects, comme si « la dictature » (et c’est la notion qui a leur prédilection) qu’ils prétendent dénoncer se réduisait à ces violations des droits de la personne et des libertés individuelles. Ils ignorent ou veulent ignorer que nos élites, notre peuple aspirent à des changements profonds au niveau du système de pouvoir.

 

Nous avons un régime républicain depuis près de cinquante ans, mais nous n’avons pas de République parce que les fondements essentiels de celle-ci ont été pervertis par le système de parti unique et par le pouvoir excessivement concentré et personnalisé. Nous avons des ministres, mais nous n’avons pas de Gouvernement. Nous avons des députés, mais nous n’avons pas de Parlement. Nous avons des juges, des magistrats, mais nous n’avons pas de Justice. Nous avons des journalistes, mais nous n’avons pas de Journalisme. Nous avons des journaux et des médias, mais nous n’avons pas de Presse et nous n’avons pas d’Information. La totalité de nos institutions, de nos pratiques, de notre discours, de notre vie politique sont pervertis, vidés de leur sens par le complexe État-parti-pouvoir personnel.

 

Nous ne voulons pas seulement mettre un terme aux persécutions dont sont régulièrement victimes nos militant(e)s démocrates et progressistes, nous aspirons à bien plus que cela : nos élites, notre peuple veulent une véritable République, un Chef de l’État et non le chef d’une faction ou d’un parti, des élections et non des farces électorales, un Parlement et non une Chambre (ou deux, la belle affaire !) d’enregistrement et de décor, un Gouvernement qui gouverne et non un certain nombre de secrétaires du Président, une Justice qui dise la justice en permanence et en toute indépendance et non un corps de juges et de magistrats fonctionnarisés, domestiqués et régulièrement humiliés, un système d’information au service du journalisme, des lecteurs et des citoyens, et non un certain nombre de médias et de journalistes en permanence réduits à la fonction de scribouillards et forcés de se mettre au service du complexe État-parti-pouvoir personnel, une société civile autonome, dynamique, plurielle, et non un nombre d’associations et d’organisations « bidons » qui n’ont de raison d’être que de servir le pouvoir et sa politique. Vaste programme en réalité…

 

L’État tunisien est-il un État laïc ?

 

Je crois que la réponse à cette question peut être plus succincte. Il faudrait cependant préciser au départ que, par-delà les polémiques sur la définition de la laïcité, et par-delà les nuances importantes qui distinguent la laïcité (à la française) de la sécularisation (à l’anglo-saxonne), on peut s’entendre sur ce qui me semble constituer une sorte de « SMIG » pour que l’on puisse parler d’un État laïc. Il s’agit :

 

 

D’un modèle qui respecte et garantit la liberté de croyance des gens, et donc de leurs croyances religieuses.

 

 

D’un modèle qui sépare la religion de l’État , ce qui signifie que :

a) les hommes de religion ne doivent avoir, en tant que tels, aucune place particulière dans l’appareil de l’État et aucune participation à la prise de décisions ;

b) les lois, les législations, les réglementations émanant des instances étatiques et publiques doivent être édictées librement, sans référence à quelque prescription religieuse que ce soit.

 

 

D’un modèle qui rejette toute instrumentalisation de la religion dans l’action politique ou associative.

 

 

D’un modèle qui renvoie la religion à la sphère privée.

 

À partir de là, il est clair que l’État tunisien n’est pas un État laïc. L’Islam est inscrit dans la Constitution comme religion de l’État. Nul ne peut être élu à la tête de l’État s’il n’est pas musulman. Le Chef de l’État et ses représentants au niveau national et régional participent en tant que tels aux cérémonies religieuses. Le Mufti qui prend certaines décisions à caractère religieux est un fonctionnaire de l’État, son titre officiel est même « Mufti de la République » ! Le Code de Statut Personnel contient toujours des dispositions charaïques. Une tunisienne, parce que réputée musulmane, n’a pas le droit d’épouser un juif ou un chrétien. L’État tunisien a ratifié la Convention Internationale contre toutes les discriminations à l’égard des femmes, mais il a tenu à émettre des réserves sur certaines dispositions de cette Convention, presque toutes étant jugées contraires à la Chariaa islamique. Que l’État tunisien ne soit pas un État laïc tient donc de l’évidence, et l’on ne comprend guère l’obstination de certains milieux européens à voir une Tunisie laïque. Ceux parmi eux qui parlent de « dictature laïque » voudraient-ils se convaincre (et nous convaincre, nous tunisien(ne)s, peut-être ?) que le caractère « laïc » du régime tunisien pourrait lui « faire pardonner » son caractère « dictatorial » ?

 

Cela dit, je suis de ceux qui ont toujours pensé que le mouvement démocratique tunisien n’a jamais suffisamment pris la mesure de ce que représentent les avancées réalisées par notre pays en matière de statut des femmes et sur le plan de la relation entre l’État et la religion. Comment peut-on se permettre de minimiser ce fait que la Tunisie est le pays de l’aire arabo-musulmane où l’État s’est le plus « distancié » de la religion, où celle-ci, directement et indirectement, est bien moins présente que partout ailleurs dans les pays de cette aire ? Que c’est le pays où la marge de tolérance religieuse est la plus large. Voyez pour l’observance du jeûne du mois de Ramadhan : dans certains pays arabes comme le Maroc, l’inobservance du jeûne est passible des tribunaux !

 

Ne pas prendre la mesure de l’importance des acquis de notre pays en matière de droits des femmes laisse pantois, mais soulève aussi une légitime inquiétude. Les réformes réalisées il y a 50 ans, complétées par d’autres mesures au cours des dernières années (en matière de tutelle parentale, de nationalité des enfants, de répression de la violence conjugale contre les femmes, de garanties pour la femme divorcée ou en instance de divorce en matière de nefka etc.), constituent un tissu de mesures qui n’ont leur équivalent nulle part dans les pays de la zone géoculturelle à laquelle appartient notre pays. C’est un fait, et un fait considérable. Je crois que si les termes ont un sens, il n’y a pas lieu de s’offusquer de cette affirmation qui m’est chère, et selon laquelle le Code de Statut Personnel tunisien constitue la réforme démocratique la plus importante réalisée jusqu’ici dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Libre à certains de continuer à mettre au nième rang de leurs préoccupations et revendications la question des droits des femmes. Libre à d’autres d’occulter délibérément cette « question gênante » pour ne pas créer d’obstacles à l’alliance avec leurs amis nahdhaouis, surtout maintenant que les fiançailles sont devenues officielles et publiques…

 

Il est évident que les réalisations en matière de droits des femmes, la distanciation relative de l’État par rapport à la religion, ne saurait « pardonner » ou occulter le caractère autoritaire et despotique du pouvoir actuel. Bien au contraire, c’est au nom des acquis réalisés par notre peuple que nous réclamons avec encore plus de conviction, de force et de détermination la nécessité, l’urgence, de l’accès de notre pays à la démocratie. Le déphasage va en s’accentuant entre une société moderne, entreprenante, cultivée, ouverte sur le monde, concernée par les dernières réalisations de la technologie, et un système de pouvoir retardataire, fermé, accroché à un schéma qui a fait son temps, se gargarisant de discours « à côté de la plaque », se confinant dans une posture réellement schizophrénique. Il est temps que cela cesse. La situation commande un sursaut. Le découragement des élites, leur démission, leur désespérance, cela ne sert pas les intérêts du pays. L’exemple de notre voisin de l’Ouest et de la terrible expérience qu’il a vécue tout au long de la dernière décennie du siècle disparu a montré avec une évidente clarté que, le système de l’État-parti unique se sclérosant au fil des années, il a fini par rejeter une large partie des élites dans la marginalité et a jeté une autre partie dans les bras de l’intégrisme.

 

Et après tout, qu’est-ce qui motive profondément l’hostilité de nos élites au projet porté par Ennahdha et consorts, sinon le refus de vivre sous le despotisme, la dictature, et, au contraire, l’attachement aux libertés d’opinion, d’expression, de presse, de réunion, d’association, au droit d’être traité par les gouvernants comme des citoyens au plein sens du terme, à celui de contester et de critiquer la politique et les décisions du pouvoir ? Si le système du parti unique de l’État moderne, non intégriste, impose aux intellectuels, aux élites, de s’aligner sur sa politique, sur ses décisions, sur ses choix, si ce système réprime toute voix discordante, toute velléité d’autonomie, toute possibilité d’opposition démocratique, alors la question se pose : mais où est donc la différence entre un État despotique se réclamant de la modernité et un État despotique se réclamant de la religion ?

 

Comment et qui donc pourrait-on convaincre un simple instant qu’« il vaut mieux que les libertés soient bafouées par un État moderniste qu’elles ne le soient par un État intégriste » ? Qui peut croire, ne serait-ce qu’un instant, que le système de l’État-parti unique-pouvoir personnel, sclérosé et fermé sur lui-même, reposant sur un personnel politique fonctionnarisé et habitué durant des décennies à confondre parti et État, à considérer la démocratie comme le comble de la subversion sinon du chaos, et la contestation comme une trahison, à regarder un score électoral de 50 ou 60 % comme une défaite ou une catastrophe, à répondre à une opinion contestataire par l’invective et/ou par la répression, oui, qui peut croire qu’un tel système peut constituer un choix crédible pour les intellectuels, pour les élites démocratiques et les citoyens attachés aux libertés et rejetant le projet intégriste ?

 

C’est pourtant clair : ce n’est qu’avec les hommes et les femmes résolument engagés dans la modernité, profondément attachés à la démocratie, à la tolérance, au pluralisme, à la responsabilisation et à la participation active de toutes et de tous à l’oeuvre collective pour le développement, le progrès et la prospérité de ce pays auquel les uns et les autres nous sommes si attachés, ce n’est qu’avec de tels hommes et de telles femmes que l’on pourra éviter à notre pays l’aventure et les lendemains douloureux.

 

(Source : « Alternatives Citoyennes », N° 17 mis en ligne le 24 novembre 2005)


 

A propos de l’article «Tunis censure Swissinfo», paru le 20 novembre

«Bravo, Samuel Schmid!»

Chokri Yacoub, Renens (VD)

 

Il y a des moments où l’on se sent fier d’appartenir à un pays. Ce sentiment de fierté, je l’ai ressenti lors du discours prononcé par M.  Samuel Schmid le 16 novembre lors de l’ouverture du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’est tenu en Tunisie. Sur ordre des autorités de ce pays, le discours diffusé en direct par la télévision a été brusquement interrompu. Plus censure que ça, tu meurs!

 

Devant des milliers de personnes et en présence du général Zine el-Abidine Ben Ali et de M.  Koffi Annan, secrétaire général des Nations Unies, le président de la Confédération a clairement signifié au dictateur de Carthage qu’il n’est pas acceptable que l’ONU compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu’ils ont critiqué leur gouvernement sur Internet ou dans la presse.

 

Etant originaire de la Tunisie, je peux vous assurer que les propos de M.  Schmid ne sont aucunement exagérés. Le régime policier tunisien est répressif et n’autorise aucune liberté d’expression. (. . . ) Sans des interventions courageuses et franches telles celles du président de la Confédération, le régime de Ben Ali continuera la répression à l’encontre de ces concitoyens et le verrouillage de toute information libre. (. . . )

 

(Source : « Le Matin Dimanche » (Suisse), le 27.11.2005; page 23)

UPP


 

Mercure J’étais au travail quand je reçus un appel d’un numéro inconnu sur mon téléphone portable, la personne appelle d’une cabine. Je reconnais immédiatement un accent de Tunis, j’aime bien cet accent, même si pour moi c’était un accent de chochottes, sujet de moquerie au lycée.   Bonjour c’est qui ?   Salut, c’est Zouhair ! ettounsi ! J’ai du mal à réaliser que c’est bien ettounsi qui m’appelle, je n’ai même pas le temps de reprendre mon souffle et il enchaîne   Alors toujours partant pour le fight club ? [à l’époque à chaque fois que le débat s’enflammait un fight club devait faire office de solde de tout compte]   Comment t’as eu mon numéro ?   En fait c’est Sophie qui me l’a passé   T’as un numéro où je peux te joindre ? dès que je finis le travail je t’appelle.   Non je n’ai pas de numéro mais dit moi à quelle heure je peux t’appeler.   18h00   Ca marche ! Je passe ma journée au boulot mais ma tête est ailleurs, je vais rencontrer ettounsi de Tunezine ya bou galb ! je passe beaucoup de temps sur Tunezine, je n’arrive pas à me retenir, j’ai envie de crier que j’étais le mec le plus chanceux de l’univers, je vais rencontrer ettounsi de Tunezine. Il m’appelle à l’heure convenue à partir d’un numéro inconnu. il me donne le lieu du RV, j’ai envie de me dépêcher d’y aller mais d’un autre côté, comme pour chaque premier RV je ne pouvais pas me présenter sans me préparer. Alors je prends le métro, la foule est là mais ma tête est toujours ailleurs, je me dépêche, je cours, je me rase, je prends une douche, je me parfume. Enfin prêt. J’arrive au lieu du RV, j’entre dans la salle et je fais presque un allez retour, je ne vois en effet pas ettounsi que j’avais dans ma tête, pour moi ettounsi c’était cette photo d’un jeune homme en forme avec un sourire éclatant comme sur cette photo en tee-shirt bien connue, mais je ne pouvais quand même pas rater la table où trois tunisiens était assis, ettounsi n’était pas le même, normal avec tout ce qu’il avait vécu, la prison, les privations, les coups, les grèves de la faim, très amaigris, avec un bonnet sur la tête. Je me dirige vers eux et le sourire en question est enfin visible, je l’embrasse et je serre la main aux deux autres personnes. Ils se présentent : Chokri Hamrouni et Abdel Waheb Hani, ce dernier m’offre un exemplaire du Tunisien, le magazine qu’il venait de lancer. Un homme très délicat et soigné, qui parle avec beaucoup de mesure. Chokri est beaucoup plus bavard, mais qui a beaucoup d’humour et d’esprit. Quelle journée ! en même temps que je rencontrais le boss, je rencontrais deux personnes que je ne connaissais que par média interposé. On parle beaucoup de politique mais de tout et de rien aussi, ils s’intéressent au phénomène Mercure et ça m’intrique parce que je ne me vois pas autrement qu’en petit voyou du web. Ils me demandent de faire attention à moi mais je leur réponds qu’à côté d’eux j’avais encore beaucoup de chemin à faire, je leur dis combien la jeunesse tunisienne avait soif de parler et que quelque part je m’accordais un privilège, la liberté de parler et que je n’avais aucun mérite. On finit nos cafés mais la discussion continue un bon moment à l’extérieur, Chokri cède enfin et fume une cigarette avec nous. Ettounsi et moi les laissons prendre le métro, entre nous le fight pouvait enfin avoir lieu. J’en avais hâte, on marche beaucoup à pied, zou me dit qu’il adore ça, la marche à pied, déjà un point en commun. On rigole on évoquant nos activités tunezinenne, après un bon moment de marche on arrive enfin là je voulais l’embarquer, un café parisien branché fréquenté par de jeunes cadres, on s’installe et on commande notre boisson favorite. Au départ nous sommes un peu gênés, ettounsi est très timide comme prévu et moi un peu intimidé par le personnage mais la boisson aidant on se décontracte, on parle de la Tunisie et on arrête pas, enfin je rencontre quelqu’un qui la même maladie que moi, cette Tunisie si aimée mais pour laquelle nous souffrons, nous sommes réunis en même temps par son amour et par la souffrance qu’elle nous fait subir, bien que je n’ai rien subit de ce qu’il a vécu, cette souffrance je la ressens jusqu’au jour d’aujourd’hui. Nous étions entourés par des jeunes cadres dynamiques qui venaient là après leur boulot pour dîner, rencontrer du monde ou passer un bon moment. Nous aussi nous passions un bon moment, mais pour moi rien du bonheur de ces jeunes cadres qui ont réussit ne pouvait égaler le mien d’être là avec ettounsi. On se raconte un peu nos vies mais pour le moment nous restons un peu sur des généralités puis on quitte le bar, je pensais que nos chemins allaient se séparer là mais implicitement nous avions envie en même temps de continuer la soirée, je l’embarque vers un autre lieu plus décontracté, on commande encore et enfin nos notre discussion devient plus chaleureuse, ettounsi se lâche, il me raconte tout son parcours, il me raconte son arrestation et de la prison, les grèves de la faim qu’il a faites pour que les autres prisonniers soient mieux traités, surtout des islamistes qui avaient beaucoup d’estime pour lui, mais il m’en parle avec légèreté, de sorte qu’on rigolait de choses qui étaient au fond plutôt dramatiques. Il me demande pourquoi je n’écris pas plus souvent, il me répète ce qu’il me disait souvent sur le forum que je pouvais écrire un article par jour, que je dispersais mes idées dans des posts, que certaines étaient vraiment intéressantes et que je me devaient de les approfondir. Je lui fait la promesse de m’y mettre. On parle de Kacem d’Omar Khayyam, de Lecteur Assidu et même de Salah Karker, à l’époque ils s’étaient accrochés sur Tunezine mais ils n’y avait pas l’ombre d’une animosité dans ses propos et il me dit qu’il aurait bien voulu le rencontrer. On parle de tout et de rien jusqu’au bout de la nuit. Je rentre chez moi il ne me reste que quelques heures de sommeil avant d’aller au boulot mais je n’en sens pas le besoin. Ettounsi avait apparemment apprécié la soirée, il ne voulait plus partir et j’étais assez heureux de lui avoir fait passer un bon moment. J’avais la ferme attention de le rencontrer de nouveau aussitôt que possible, en discutant avec lui, j’avais pris la ferme décision de rentrer chez moi en Tunisie, j’avais envie de m’installer à Tunis et de voir dans quel mesure je pouvais être utile. Je lui ai posé la question, il avait toute les possibilités du monde pour vivre il voulait, mais jamais il n’aurait quitté la Tunisie quitte à y être en prison. Quelque temps après, c’était un dimanche, en me connectant sur Tunezine, je lisais la nouvelle postée par Sophie, je lisais et relisais et les larmes coulaient, je tremblais, je ne pouvais pas les empêcher alors même que je pensais encore que c’était une blaque ettounsienne, il était capable de tout ! Au jour d’aujourd’hui je me dis que je pourrais tout supporter mais je me dis que rien, absolument rien ne pourrait m’enlever ce bonheur immense d’avoir connu ettounsi le virtuel et ettounsi le réel, en même temps qu’aucune douleur, absolument aucune, nous pourra d’être aussi pénible que celle que j’aie vécu à son départ, vers la liberté, comme avait dit Sophie. Voilà le SMSI est finit, Ben Ali aussi partira un jour aussi, mais Zouhair sera toujours là, sa légende est gravée à jamais sur le front de chaque tunisien qu’il le veuille ou non. Parce que lui n’est pas mort pour le pouvoir, ni pour l’Islam, ni pour aucun intérêt, il est mort parce qu’il est né libre dans un pays où c’est interdit. Mercure 29-11-2005 (Source: Tunezine, le 29 novembre 2005)

 

Neila Charchour Hachicha
Mon étonnement de lire vos questionnements sur mon compte adressés au journal Al Mawkif a été aussi important que le votre lorsque vous avez lu mon article « Halte à la manipulation du patriotisme » sur le même journal. Mon étonnement vient du fait que vous n’avez pas exprimé la volonté de débattre d’un article et des idées qu’il véhicule, mais que vous avez pris position contre le fait qu’Al Mawkif me donne la parole sur un sujet bien précis alors que nous avons des divergences dans nos positions politiques. Si Al Mawkif a fait preuve d’un esprit démocratique, on ne peut dire autant de vos questionnements qui relèvent d’un esprit fermé. Vous qui réclamez la liberté d’_expression à cors et à cri, vous voulez choisir à qui Al Mawkif doit ou ne doit pas accorder la parole ! La tradition de la pensée unique est tellement ancrée dans les esprits que des membres de l’opposition dite démocratique, se mettent maintenant à revendiquer leur propre pensée unique. D’après vous il faut entrer dans le moule de cette opposition pour être considéré apte à revendiquer la démocratie ou le droit à l’_expression. Non Monsieur Moalla, la première règle de la démocratie reste et restera le droit et la liberté de chacun de penser comme il le souhaite et de pouvoir s’exprimer librement où il le souhaite dans le cadre du respect des différences et surtout sans risque de se faire agresser ni verbalement ni physiquement pour sa différence d’opinion ou de croyance. Ce n’est pas la confiscation de la parole qui permettra l’évolution d’une pensée unique car nous tomberons de cette manière dans la propagande stérile que nous ne cessons de dénoncer lorsqu’il s’agit du RCD et de ses organes de propagande. Seul le débat respectueux est en mesure de faire évoluer les pensées et de faire surgir certaines vérités du moment. Ne refusent cela que ceux qui veulent masquer les vérités selon leurs convenances. Par conséquent, et quel que soit l’avis ou l’opinion que j’ai pu exprimer à tort ou à raison, je ne pense pas avoir à m’en excuser ni à m’en justifier à moins que vous ne veuillez établir un débat respectueux autour d’un thème précis et à ce moment je vous propose de lancer le débat sur le sujet de votre choix. Mais je n’ai pas à vous répondre sur des débats qui ont eu lieu en dehors d’Al Mawkif et dont les lecteurs n’en sont pas forcément informés. Mes différences d’opinions son un droit inaliénable que ni le régime ni l’opposition ne peuvent m’interdire d’exprimer. Seul le débat peut nous faire évoluer vers l’entente et la concorde car ni vous ni moi ne détenons la vérité nous ne détenons que des opinions qui restent à débattre. Refuser le débat c’est refuser la différence et par conséquent refuser les principes même qui fondent la démocratie. Si le PDP a compris cela c’est tout à son honneur. Reste qu’il doive aussi l’expliquer aux lecteurs de son journal afin de mieux diffuser les principes démocratiques qui semblent malheureusement encore largement incompris. (Source: Forum Tunezine, le 29 novembre 2005 à 15h54)


 
 

L’Euromed veut lutter contre l’immigration en réduisant la pauvreté au Sud

AFP, le 28.11.2005 à 16h35

 

Par Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS

             

            BARCELONE (Espagne), 28 nov 2005 (AFP) – Les 35 partenaires de  l’Euromed sont convenus lundi de renforcer leur coopération sur  l’immigration et d’agir pour améliorer les conditions de vie des  populations du Sud, afin de réduire le fossé entre elles et une  Europe qu’elles perçoivent comme l’Eldorado.

            L’Union européenne et ses dix partenaires méditerranéens  (Turquie, Algérie, Autorité palestinienne, Egypte, Israël, Jordanie,  Liban, Maroc, Syrie et Tunisie) ont adopté lundi un plan de travail  sur cinq ans qui fait une place importante à cette question.

            « Nous avons inclus une partie très forte sur les migrations, où  nous disons que nous devons promouvoir les possibilités de migration  légale, mais aussi réduire de manière significative le niveau de  l’immigration illégale et des trafic d’êtres humains », a déclaré le  Premier ministre britannique Tony Blair lors de la conférence de  presse finale.

            « Nous devons particulièrement accroître la coopération dans la  lutte contre l’immigration clandestine », a continué M. Blair.

            Avec la poussée migratoire incontrôlée venant du Sud, illustrée  par les récents drames humanitaires autour des enclaves espagnoles  de Ceuta et Melilla, l’immigration avait été annoncée comme un des  points majeur de ce premier sommet Euromed.

            Et malgré l’attention presque exclusive portée au combat contre  le terrorisme pendant ces deux jours, ce problème reste présent dans  les documents finaux.

            Dans son programme sur cinq ans, l’Euromed appelle par exemple à  la négociation de nouveaux accords de réadmission ou au renforcement  du contrôle des frontières.

            Mais les 35 reconnaissent aussi que l’immigration peut être une  « opportunité pour la croissance économique et un moyen de renforcer  les liens entre les pays ».

            La déclaration finale de la présidence appelle ainsi à renforcer  « la gestion des flux migratoires » de manière à ce qu’ils soient  « bénéfiques pour les peuples des deux côtés de la Méditerranée ».

            Le président du Parlement européen Josep Borrell a aussitôt  appelé à appliquer « dès demain » le programme sur cinq ans, estimant  que « des questions comme l’immigration ne peuvent attendre un jour  de plus ».

            Prédisant un « clash des civilisations » en cas d’échec des  politiques d’immigration, M. Borrell a particulièrement insisté sur  « les inégalités de revenu (…) si grandes que le flux migratoire  est inévitable et nécessaire ».

            Selon lui, entre 1994 et 2004, le PIB par habitant des 15  anciens membres de l’UE a plus que doublé (30.000 dollars), pendant  qu’il stagnait sur la rive sud (5.000 dollars). 

            « Il reste un long chemin à parcourir pour créer une région de  prospérité partagée qui s’attaquerait aux besoins des populations  pauvres du sud de la Méditerranée », a commenté l’organisation  humanitaire britannique Oxfam dans un communiqué.

            Pour « réduire la pauvreté », le programme de travail réaffirme  notamment l’objectif de la création d’une zone de libre-échange en  2010, principalement pour les produits industriels. Il appelle  également à une libéralisation des échanges de produits agricoles et  des services et à une accélération de l’intégration Sud-Sud.

            Les 35 encouragent aussi la mise en place de systèmes de  protection sociale pour « assurer un niveau de vie minimal aux plus  vulnérables ».

            Lors de son intervention en plénière, le président français  Jacques Chirac a demandé le maintien des « engagements financiers de  l’Union » envers les pays du sud de la Méditerranée.

            L’instrument européen de financement du processus de Barcelone  (MEDA) a accordé quelque 9 milliards d’euros pour la période  1995-2006, mais l’absence d’accord sur le budget européen 2007-2013  ne permet pas pour l’instant à l’UE de donner une nouvelle  perspective financière à ses partenaires méditerranéen.

 

UPP


 

France – Mariages et étudiants étrangers sous contrôle

 

Reuters, le 29.11.2005 à 11h08

 

    PARIS, 29 novembre (Reuters) – Le troisième comité interministériel de contrôle de l’immigration, réuni mardi par Dominique de Villepin, a arrêté des mesures concernant les mariages célébrés à l’étranger et leur transcription en droit français et les modalités de sélection des étudiants étrangers.

            Sur les quelque 170.000 étrangers qui s’installent légalement en France chaque année, 34.000 ont obtenu ce droit en 2004 parce qu’ils avaient épousé un résident français.

            Ceci représente une très forte augmentation par rapport à 1995 (13.000) et fait du mariage célébré à l’étranger le premier mode d’immigration en France.

            Le gouvernement français a donc décidé d’agir par la loi pour soumettre à vérification préalable et non plus postérieure le contrat conclu entre les deux conjoints.

            Les autorités ont aussi allongé le délai à l’issue duquel un étranger qui a fait un mariage avec un Français peut demander la nationalité. Ce délai était aujourd’hui de deux ans s’il résidait en France. Il passe à quatre ans. Il était de trois ans si le couple ne résidait pas en France. Il passe à cinq ans.

            Désormais le parquet de Nantes, qui traite de ces questions, pourra agir en amont et s’opposer à un mariage à l’étranger si l’audition des futurs conjoints par le consul a révélé des éléments de doute.

            La mécanique de la transcription de l’acte de mariage qui était automatique au bout de six mois deviendra elle aussi plus rigoureuse.

            Plus généralement, le gouvernement français veut exercer un contrôle accru sur les actes d’état civil rédigés à l’étranger, dont certains sont parfois frauduleux.

            Aujourd’hui, il revient à l’administration française de démontrer qu’un acte est faux. La charge de la preuve va donc être inversée. Un acte d’état civil pourra être rejeté à titre provisoire, l’étranger devant alors saisir la justice pour faire rétablir ses droits.

           

            ATTIRER LES « MEILLEURS » ÉTUDIANTS

 

            Ces mesures sont législatives puisque relevant du code civil. Un projet de loi sera présenté au Parlement « de préférence au premier semestre 2006 ».

            Elles impliquent un renforcement des consulats à l’étranger, qui sont « en première ligne » dans la lutte contre l’immigration illégale.

            La maîtrise des flux étudiants est tout aussi importante pour le gouvernement.

            Ils sont 50.000 de plus à venir étudier chaque année en France, troisième pays attractif pour les cursus supérieurs, derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

            Le gouvernement français souhaite qu’une sélection soit exercée avant l’entrée en France, avec une extension de l’expérience des centres pour les études en France (CEF), qui sont actuellement présents en Chine, au Maghreb, au Sénégal et au Vietnam et seront installés au printemps 2006 au Mexique, en Corée du sud, au Cameroun, à Madagascar et en Turquie.

            Les étudiants qui seront passés par les CEF se verront immédiatement attribuer un titre de séjour à leur arrivée en France, qui souhaite attirer « les meilleurs ».

            Ainsi, les étudiants qui iront au-delà du mastère pourront obtenir à l’issue de leurs études un visa de six mois pour leur permettre de travailler ou de chercher un emploi en France.

            Enfin, l’objectif est de parvenir à une durée maximale de six mois pour le traitement des demandes d’asile, en réduisant à 15 jours le délai d’un mois accordé jusqu’ici aux demandeurs pour déposer un recours devant la commission des recours.  

UPP


Les islamistes arrêtés aspiraient à établir Al-Qaïda au Maghreb (police)

 

AFP, le 26.11.2005 à 08H49

 

Par Mohamed CHAKIR

 

RABAT, 26 nov 2005 (AFP) – Les 17 islamistes arrêtés à la  mi-novembre au Maroc voulaient implanter Al-Qaïda au Maghreb avec  l’aide du Groupe salafiste de la prédication et du combat (GSPC)  algérien, selon un procès verbal de la police.

D’après ces aveux dont l’AFP a obtenu une copie, le projet  « d’étendre les activités d’Al-Qaïda » dans les autres pays du Maghreb  avait été élaboré depuis la Belgique par l’islamiste algérien Khalid  Abou Bassir.

Considéré comme un des chefs d’Al-Qaïda en Europe, ce dernier en  a confié l’exécution à trois adjoints arrêtés à la mi-novembre au  Maroc. Il s’agit de deux Belges d’origine marocaine Mohamed Reha, 18  ans, son oncle Ahmed Zemmouri, 25 ans, et Khalid Azzig, un chômeur  24 ans, qui a fait un séjour en Syrie et en Turquie comme les deux  autres.

« Non seulement, nous préparions des opérations jihadistes au  Maroc mais nous travaillions pour élargir le mouvement jihadiste à  tous les pays maghrébins avec l’aide de nos frères algériens du  GSPC », a dit Mohamed Reha à la police, en rappelant que ce mouvement  armé présent dans le Sahara algérien a déjà fait acte d’allégeance à  Al Qaïda d’Oussama ben Laden.

Les 17 islamistes ont en moyenne entre 18 et 25 ans. Ils sont  pour la plupart chômeurs, issus de familles modestes et leur niveau  d’instruction ne dépasse pas celui du collège. Ils sont originaires  de Casablanca -où les cinq attentats du 16 mai 2003 avait fait 33  morts- Tanger (nord) et Agadir (sud).

Certains d’entre eux ont affirmé à la police avoir résidé en  Syrie et participé depuis ce pays à l’inflitration en Irak de  combattants marocains et tunisiens au profit de la branche irakienne  d’Al-Qaïda d’Abou Moussab Al-Zarqaoui.

Bien qu’ils étaient à la recherche de fonds, les 17 islamistes,  selon la police, étaient convaincus que ce n’était qu’une simple  question de temps.

« Des frères en Espagne étaient disposés à nous envoyer de  l’argent et la première étape était le recrutement de jeunes », a  affirmé Mohamed Reha, cité par la police.

Le prévenu, considéré comme l’un des « cerveaux de la cellule  terroriste », a indiqué à la police avoir évoqué avec son oncle  islamiste Ahmed Zemmouri, la nécessité « de créer une organisation  secrète ».

Ahmed Zemmouri a déclaré à la police qu’il préparait un voyage  en Algérie pour établir des « contacts avec le GSPC », « recruter » des  éléments et former d’autres jeunes.

Son neveu Reha confirme, indiquant que « nos frères du GSPC »  devait « s’occuper de la formation de recrues marocaines ».

Khalid Abou Bassir aurait fait part aussi à Reha de son projet  de créer un « mouvement jihadiste pour le Maghreb arabe sous la  direction d’Al-Qaïda avec une organisation unique pour le Maroc et  l’Algérie ».

« Après que le GSPC eut fait acte d’allégeance à Al-Qaïda, nous  avons décidé, aurait-il déclaré à la police, d’appeler notre  mouvement: +organisation Al-Qaïda dans les pays du Maghreb arabe+ »

Selon la police, Mohamed Reha a également déclaré lors de son  interrogatoire que des jeunes étaient en cours de recrutement en vue  de les envoyer en Algérie pour « s’entraîner au maniement des armes  et à la fabrication d’explosifs » et qu’il s’agissait là d’une  « première étape » dans « le projet de jihad au Maroc et dans la  région ».

Selon les déclarations qu’il a faites à la police, des Marocains  et des Algériens, proches d’Al-Qaïda, devaient « commettre des  attentats contre les intérêts américains et juifs au Maroc notamment  à Tanger (nord) et Essaouira (sud-ouest) ».

« Des attaques étaient programmées contre des hôtels  particulièrement à Essaouira (sud-ouest) où affluent de nombreux  touristes juifs, et à Agadir, ainsi que contre le casino de Tanger  et le Parlement à Rabat », selon la même source qui évoque aussi des  navires « transportant des Américains ».

Selon une source policière, le démantèlement de cette cellule a  évité au Maroc un « décembre sanglant ».

UPP


 

ANALYSE

Le Maroc voit dans sa pauvreté le ferment de l’islamisme

par Charles Dick

Reuters, le 29.11.2005 à 16h31

 

RABAT, 29 novembre (Reuters) – La Maroc semble avoir adopté une démarche à double détente pour lutter contre l’islamisme radical qui l’a frappé de plein fouet en 2003 à Casablanca, où une série d’attentats ont fait 45 morts, dont 12 kamikazes.

A court terme, le royaume du jeune Mohamed VI réprime sans faiblesse les activistes les plus radicaux mais, à plus long terme, il s’est engagé dans un plan ambitieux pour éradiquer la pauvreté considérée comme un terreau pour l’extrémisme.

Attribués par les autorités à Al Qaïda, les attentats de Casablanca ont frappé les esprits des Marocains qui jusque-là se croyaient à l’abri du radicalisme islamique moyen-oriental, voire de celui, a priori plus local, rongeant son grand voisin algérien depuis 1992.

Depuis, un millier d’activistes présumés ont été arrêtés au Maroc, la plupart pour appartenance au groupe interdit Djihad salafiste, bien que le roi ait accordé son pardon à une moitié d’entre eux.

Des six personnes jugées dans le monde en rapport avec les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, quatre sont d’origine marocaine, dont Mounir el Motassadek, condamné en août à Berlin à sept ans de prison pour appartenance à un groupe terroriste.

 

Sur la centaine de personnes arrêtées en Espagne à la suite des attentats dans des trains de banlieue qui ont fait 191 morts le 11 mars 2004 à Madrid, la plupart sont d’origine maghrébine, et marocaine pour l’essentiel.

Pas plus tard que la semaine dernière, une quinzaine de membres d’une cellule présumée d’Al Qaïda ont été interrogés par un juge d’instruction au sujet du projet qui leur était prêté de faire sauter des immeubles symboliques à Casablanca et Rabat.

Aux yeux des Etats-Unis, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), principal maquis islamiste encore actif en Algérie, cherche à exporter sa lutte au Maroc. Certains analystes jugent son influence limitée, d’autres non.

Le but du GSCP, qui a lancé une attaque meurtrière contre une caserne mauritanienne cette année, est d’implanter une branche d’Al Qaïda en Afrique du Nord, affirme Mohamed Darif, enseignant en sciences politiques à l’université Hassan II de Mohammedia.

 

ERADIQUER LES BIDONVILLES

 

L’Algérie et le Maroc sont des alliés régionaux des Etats-Unis dans leur « guerre mondiale contre le terrorisme » et tous deux ont été pris pour cibles récemment pour leur soutien aux nouvelles autorités irakiennes.

La branche irakienne d’Al Qaïda, dirigée par le Jordanien Abou Moussab Zarkaoui, a assassiné cette année deux diplomates algériens travaillant à Bagdad et a enlevé deux employés de l’ambassade du Maroc qu’elle menace d’exécuter.

Le Maroc, qui prône un islam modéré et surveille de près les imams trop radicaux, est conscient des risques de boomerang qu’impliquerait une répression trop brutale de ses islamistes affichés.

Bien implanté à la fois dans les quartiers pauvres et les universités, le groupe Al Adl oual Ihsane (Justice et charité), qui s’efforce d’éviter la violence, n’est pas autorisé en tant que parti politique mais peut s’adonner à des actions éducatives et caritatives.

A la Chambre des représentants, le parti modéré Justice et développement, seule formation politique islamiste autorisée, est devenu la première force d’opposition après avoir triplé le nombre de ses sièges aux élections législatives de 2002.

Estimant que l’islamisme se nourrit de la pauvreté, les autorités ont entrepris de s’atteler à l’amélioration du niveau de vie des 30 millions de Marocains, dont 40% sont illettrés et 14% vivent en dessous du seuil de pauvreté.

En mai, deux ans après les attentats de Casablanca, Mohamed VI a dévoilé un plan national de développement d’un coût annuel de près de 115 millions de dollars visant à éradiquer les bidonvilles, aider les communautés rurales déshéritées et réhabiliter les zones urbaines délaissées.

« Le problème du Maroc relève de la pauvreté globale et non pas du terrorisme mondial », estime l’analyste britannique George Joffe, basé au Maghreb.

UPP


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مجازرعربية يومية بدم بارد..أنموذج تونس

 (الحلقة السادسة)

بقلم: حسين المحمدي


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