26 avril 2010

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TUNISNEWS
9 ème année, N° 3625 du 26.04.2010
 archives : www.tunisnews.net 


ST- ACHR- AISPP- Voix Libre- OIET:Invitation Soirée de solidarité

Abdel Wahab Hani: Le Jurisconsulte Ismaïl Saïdi nous a quitté 

Reporters sans frontières: Un nouveau militant des droits de l’homme victime de violences policières

DOSSIER: LA TERRIBLE MORT TRAGIQUE DE « SKANDER », UN JEUNE TUNISO-SUISSE DECEDE BRULE VIF DANS SA CELLULE DE PRISONNIER

Mourad Regaya: La liste indépendante de “la citoyenneté vraie” court-circuitée par la milice du RCD

Dossier « Jeune Afrique » : QUE RESTE-T-IL DE BOURGUIBA ?

AFP: France: une amende routière vire en polémique sur le niqab et la polygamie

Reuters: Besson n’exclut pas une « évolution législative » sur la polygamie

AFP: France/polygamie: fondement juridique incertain pour retirer la nationalité (ministre)

L’homme accusé par Hortefeux se défend d’être polygame

AFP: Une mosquée du sud de la France visée par un mitraillage

AFP: Kosovo : Du voile islamique d’une jeune fille et de la laïcité


Invitation
Soirée de solidarité


Une soirée de solidarité avec les citoyens tunisiens, persécutés à vie par l’abominable  procédure du contrôle administratif, aura lieu :

Jeudi 29 avril 2010 (18h30)

Salle AGECA

177 rue Charonne 75011 Paris Metro Ligne 2 – Station Alexandre Dumas.

Ce serait une occasion pour présenter le dernier livre / document  élaboré par l’AISPP (Association Internationale de Soutien aux  Prisonniers Politiques) :

« Citoyens en état de siège, le contrôle administratif en Tunisie »

L’objectif  étant la sensibilisation et la mobilisation des tunisiens vivant en  France, de la communauté arabo-musulmane et de l’opinion française et internationale par rapport au calvaire post-carcéral des ex-détenus politiques, des militants politiques et des défenseurs des droits Humains en Tunisie (contrôle administratif, privation de droits civiques, Exil …).

ORGANISATEURS :

 

Solidarité Tunisienne

ACHR (Commission Arabe des Droits Humains)

AISPP (Association Internationale de Soutien  aux Prisonniers Politiques)

Voix Libre

OIET (Organisation Internationale des Exilés Tunisiens)

 


Allahou Akbar

Le Jurisconsulte Ismaïl Saïdi nous a quitté

 

انا له وإنا إليه راجعون 

قال تعالى : « يا أيتها النفس المطمئنة ارجعي إلى ربك راضية مرضية فادخلي في عبادي و أدخلي جنتي » صدق الله العظيم 

 


Par: Abdel Wahab Hani

 
Notre ami, le jurisconsulte et grand militant Ismaïl Saïdi vient de nous quitter ce soir lundi 26 avril 2010, après un long combat avec la maladie. Ismaïl Saïdi est le frère ainé du Aïd / Retornado Abdeljelil qui s »apprêtait à rentrer au pays mercerdi 28 avril, au terme de près d’une vingtaine d’années d’exil.
 
Ismaïl été admis à l’hôpital La Rabta, à Tunis, depuis le début de l’année, où il a combattu un comat profond provoqué par une ménigite tuberculeuse. Les autorités médicales de la Rabta et les médecins ont déployés d’énormes efforts pour le sauver de cette saleté de maladie contractée dans des conditions médicores d’hygiène, en prison.
 
Ancien prisonnier politique, condamné à une lourde peines lors du début des années 1990, Ismaïl a payé pour d’autres qui a ont pris la fuite. Poursuivant des études de Droit  à la Faculté de Ben Aknoun, Ismaïl voulait rendre service à ses comatrioes en fuite à Alger, en assurant leurs liens familieux avec leurs proches restés en Tunisie.
 
Juriste, Thélogien, Islamologue, Faqih, ENArque, Banquier, Hafidh et Moudarris à 19 ans, notre ami Ismaïl a laissé une énorme tristesse pour tous ceux qui l’ont connu à Tunis, à Constatine ou à Alger, mais surtout à ses parents agés, ses deux frères et sa soeur dans le deuil ainsi que sa jeune épouse, qui vient de le perdre qualque mois après leur mariage.
 
Après la prison, Ismaïl a refusé de succcomber à la victimisation Ismaïl. Il a ouvert un cabinet de conseil, s’est inscrit en deux Doctorats de Droit et de Sciences religieuses. Il a  surtout entamé un vaste programme de recherche et de développement de produit d’aide à la décision et de gestion, en matière successorale.
 
Ismaïl a laissé une oeuvre inachevée de solutions informatiques intelligents d’aide à la répartition des héritages selon le droit musulman, en vigueur dans notre pays et dans l’ensemble du monde musulman. De l’avis de tous les praticiens du Droit, son produit MawarithSoft est de loin la meilleure innovation en la matière, non seulement en Tunisie mais dans l’ensemble du monde arabe et musulman.
 
Nos condoléances les plus sincères au père agé d’Esmaïl, qui n’a jamais crié victimisation et n’a jamais laisser apparaître sa douleur, celle de l’emprisonnement et de l’exil de ses fils, pour des raisons politiques.
 
Cet originaire de Adrar dans le sud de l’Algérie, marié à une tunisienne, mérite notre compassion à nous tous, nous autres tunisiens. Notre terre millénaire d’acceuil a failli deux décennies durant à son devoir de Dhiafah. Nous devons rendre à M. Saïdi père ne serait-ce que ce setiment d’être chez lui, dans la Tunisie qu’il a tant aimé et à qui il a tant donné.
 
Nos condoléances les plus sincères à la maman d’Ismaïl, à ses frères et soeur et notamment à son frère Aïd Abdelejelil, à l’ensemble de la famille Saïdi et les familles proches et alliées, en Tunisie, en Algérie et en France.
 
Ce drame, de la disparition tragique du Faqih Ismaïl Saïdi doit nous inciter nous tous, à entamer un examen de conscience des responsabilités partagées dans les graves dérives ayant qui ont accompagné et qui accompagnent encore les affrontements politiques entre l’opposition islamiste de M. Rached Khriji, alias R. Ghannouchi, le pouvoir en place et notamment son aile dure, ainsi que l’ensemble de l’élite tunisienne.
 
Qu’avons nous fait pour arrêtre l’hémorragie qui a dessimé une partie du meilleur des enfants de la Tunsie sur l’autel de l’éradication mutuelle.
 
Les autorités qui ont le privilège de l’initiative doivent prendre en charge, sans tarder, le dépistage et le traitement des anciens prisonniers politiques qui ont vécu dans des conditions propices au développement de maladies que nous avons cru un temps éradiqué.
 
L’opposition, notamment islamo-khrijiste, doit s’absetenir d’instrumentaliser les soufrances des gens pour allumer le feu et diffuser une culture de la haine, immorale et totalement inefficace. La Tunisie en a assez d’un conflit qui dure depuis maintenant une demi-Basous, Basta. Ayons le courage de tourner la page et de regader les deux décennies en face, dans la Sérénité et le Sens des Responsabilités.
 
كل نفس ذائقة الموت
 
Genève, le 26 avril 2008
Aïd Bi Idhni Allah
Abdel Wahab Hani
 
PS: Pour contacter son frère Aïd Abdljalil Saïdi: +33 6 25 39 45 02
Pour contacter la famille et s’enquérir des dates de la Janazah, se renseigner à la Mosquée Zrarîyyah aux portes de la Médina de Tunis.


  REPORTERS SANS FRONTIERES
26 avril 2010
TUNISIE
Un nouveau militant des droits de l’homme victime de violences policières.
La libération du journaliste Taoufik Ben Brik imminente


Alors que la libération du journaliste Taoufik Ben Brik ne devrait plus être qu’une question d’heures, le militant des droits de l’homme et journaliste en ligne Zouhaïer Makhlouf a été violemment agressé par la police au cours de son interpellation le 24 avril dernier.

« Nous sommes profondément choqués par l’agression sauvage et gratuite d’un militant pacifiste des droits de l’homme par les forces de l’ordre. Les autorités reprochent à Zouhaïer Makhlouf de ternir l’image du pays. Or, cette agression, révélatrice de la brutalité de la police tunisienne, tout comme de ses méthodes d’intimidation envers les journalistes, montre une nouvelle fois l’envers du décor », a déclaré l’organisation.

Huit policiers en civil se sont présentés au domicile du journaliste le 24 avril à 17h15 pour procéder à l’interpellation de Zouhaïer Makhlouf. En l’absence d’un mandat d’arrêt, il a refusé de les suivre. Il s’est alors fait sauvagement frapper devant son épouse et ses enfants, âgés de 8 à 12 ans. Emmené de force au commissariat de Borj Ouzir, dans la ville d’Ariana, près de Tunis, il a à nouveau été victime de mauvais traitements. Il a pu prévenir son avocate, Me Imen Triki, par SMS.

Au cours de son interrogatoire, les policiers ont évoqué deux vidéos récemment produites par le journaliste sur plusieurs faits divers, dont l’affaire Sabrine Khemiri. Etudiante actuellement emprisonnée, Sabrine Khemiri a été agressée en mars par des agents de police à Tunis et a porté plainte contre ces derniers. Selon Me Imen Triki, ce ne serait que l’une des véritables raisons. Car Zouhaïer Makhlouf était convié, le 24 avril au soir, en compagnie d’autres militants et défenseurs des droits de l’homme, à un dîner organisé par Me Christian Charrière-Bournazel, ancien Bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau de Paris. Informé de l’arrestation du militant, ce dernier s’est rendu, à 23h30, en compagnie de deux avocats, au commissariat en question. Les policiers en faction ont alors nié la présence du journaliste. Zouhaïer Makhlouf a pu enfin les contacter vers minuit pour leur annoncer qu’il avait été relâché. Ils se sont aussitôt rendus à son domicile et ont constaté que le journaliste présentait des blessures au visage et était couvert de sang. Une voiture de police banalisée était stationnée à proximité. Depuis des mois, le domicile du journaliste et de son épouse est surveillé en permanence par des policiers en civil. Joint ce matin par Reporters sans frontières, Zouhaïer Makhlouf a confirmé que son nez était cassé et ses enfants choqués.

Correspondant du journal Assabilonline (http://www.assabilonline.net), Zouhaïer Makhlouf a passé 116 jours en détention ces derniers mois. Arrêté le 20 octobre 2009, il avait été condamné le 1er décembre à trois mois de prison pour son reportage sur les conditions environnementales dans la zone industrielle de Nabeul. Libérable le 18 janvier 2010, il avait été maintenu en détention puis avait vu sa peine aggravée d’un mois et assortie d’une amende d’un montant de 6 000 dinars (3 165 euros) pour dommages et intérêts.

Par ailleurs, le journaliste Taoufik Ben Brik, condamné à six mois de prison, le 26 novembre 2009, dans une affaire montée de toutes pièces, devrait être libéré incessamment sous peu. Incarcéré le 29 octobre 2009, après la publication d’articles critiques envers le régime du président Ben Ali par deux médias français, Le Nouvel Observateur et le site Mediapart, il avait été condamné à six mois de prison ferme et transféré vers la prison de Siliana, à 130 kilomètres de la capitale.

Enfin, le procès en appel du journaliste Fahem Boukadous reprend le 27 avril 2010 à Gafsa. Le 26 avril 2010, Me Charrière-Bournazel a adressé une lettre au Président Zine El-Abidine Ben Ali pour lui faire part de son inquiétude quant au sort de ce journaliste et de ses co-accusés et lui rappeler les enjeux internationaux : « A l’heure où la Tunisie souhaite nouer un partenariat avec l’Europe, il n’est pas concevable qu’elle n’adopte pas les standards juridiques européens dans le domaine des libertés et des droits de l’homme ».

Lien : :http://fr.rsf.org/tunisie-un-nouveau-militant-des-droits-de-26-04-2010,37142.html


DOSSIER: LA TERRIBLE MORT TRAGIQUE DE « SKANDER », UN JEUNE TUNISO-SUISSE DECEDE BRULE VIF DANS SA CELLULE DE PRISONNIER

 Scandale

 «Nous exigeons des réponses claires»


 

La famille du détenu Skander Vogt est persuadée que sa mort à Bochuz (VD) est un homicide, après avoir lu les documents publiés par «Le Matin». «Nous voulons rencontrer les responsables.»

Dominique Botti

Naser Hoti (40 ans) et sa femme (34 ans), la sœur du détenu Skander Vogt mort à 30 ans au pénitencier de Bochuz (VD), sont en colère. Les conversations téléphoniques publiées par «Le Matin» vendredi dernier prouvent ce qu’ils ont toujours pressenti. «Les autorités n’ont pas tout fait pour sauver mon frère, affirme la sœur. Je me dis même qu’elles ont voulu lui donner une bonne leçon et que cela a mal tourné. »

La sœur a déjà déposé une plainte pénale pour homicide par négligence. Mais après avoir écouté ces coups de téléphone tenus la nuit du drame entre la prison, le 117, la police et les urgences médicales, elle et son mari vont encore plus loin: «C’est un homicide. »

Ces conversations soulignent la désorganisation, l’incompétence et le manque de respect envers son frère. La nuit du drame, le 11   mars, les intervenants ont tergiversé sur la marche à suivre, selon le couple, alors que Skander était emprisonné dans sa cellule enfumée.

Skander Vogt a mis le feu à son matelas dans sa cellule à 1 heure. Les gardiens attendront 90 minutes avant de l’extraire inconscient (sa mort sera constatée à 3 h) de ce piège mortel. Car il était dangereux et avait proféré des menaces de mort, selon les autorités. Seul le corps d’élite de la police pouvait entrer dans la cellule. Or cette unité met 50 minutes pour être opérationnelle de nuit.

Ces conversations contestent la version officielle, selon le couple. Pourquoi les gardiens ont-ils attendu 40 minutes avant d’alerter les secours? Comment a-t-il pu être dangereux, ce soir-là, alors que les entretiens au téléphone révèlent qu’il était inconscient dans sa cellule? Pour le couple, ce document publié par «Le Matin» pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. «C’est la moitié de la vérité qui éclate. Nous ne comptons pas nous arrêter là. Nous voulons connaître l’autre moitié maintenant. Il faut que justice soit faite. » La sœur ajoute: «Mon frère était en prison parce qu’il était soi-disant dangereux. Ce que je conteste. Mais il a payé. Si la justice est égale pour tous, il faut que les responsables de sa mort paient aussi. »

Naser Hoti et sa femme n’en peuvent plus. Certes, une enquête pénale est en cours. Mais ces révélations mettent en doute la version officielle des circonstances de la mort de Skander. «Nous avons trop d’interrogations en suspens. Nous nous disons de plus en plus que nous devons les poser aux responsables. Pourquoi pas au conseiller d’Etat Philippe Leuba qui s’exprime dans la presse? Nous exigeons des réponses claires rapidement. »

(Source : « Le Matin » (Quotidien – Suisse), le 19 avril 2010)


Suisse
Ces questions les dérangent


Après les révélations du «Matin» sur la mort du détenu à la prison de Bochuz (VD), le conseiller d’Etat en charge du dossier a décidé de parler aujourd’hui. Fera-t-il toute la lumière?

Dominique Botti

L’ambiance était tendue, hier, au Parlement vaudois (lire encadré). En cause: la polémique autour de la mort du détenu Skander Vogt à Bochuz. Le conseiller d’Etat en charge des prisons, Philippe Leuba, était présent dans l’hémicycle. Mais pour d’autres affaires. Au sujet de ce drame, il n’a fait aucun commentaire. «Je n’ai pas de déclaration à faire, a-t-il répété. Demain(ndlr: aujourd’hui)le Conseil d’Etat sera informé. Puis je tiendrai une conférence de presse. »

Cet événement médiatique est attendu. Car, depuis le jeudi   11 mars, les déclarations du conseiller d’Etat et le silence de son Service pénitentiaire ont ébranlé la transparence et la crédibilité de l’Etat. Philippe Leuba abordera-t-il aujourd’hui les questions qui restent en suspens dans cette affaire? Des interrogations fondamentales qui demandent une réponse rapide pour peut-être améliorer le fonctionnement du Service pénitentiaire. Et ainsi éviter un éventuel nouveau drame à Bochuz.

Quelle est la procédure d’extraction d’un détenu?

Selon la version officielle, seul le corps d’élite de la police – qui met 50 minutes pour être opérationnel de nuit – était habilité à sortir de sa cellule Skander Vogt, un détenu dit dangereux qui vivait en haute sécurité. C’est pourquoi les gardiens ont attendu 90 minutes pour entrer dans la cellule enfumée. Le détenu a mis le feu à 1 h. Il a été sorti à 2 h 30. Sa mort a été constatée à 3 h.

Existe-t-il une directive à Bochuz qui rend indispensable le corps d’élite dans cette situation? Le conseiller d’Etat Philippe Leuba peut-il la rendre publique? Et l’a-t-il déjà modifiée pour éviter ce long délai d’attente à l’issue fatale le 11   mars?

Quelle est la procédure en cas d’incendie?

Selon la version officielle, les agents pénitentiaires ont rapidement éteint l’incendie et évacué la fumée. Or il semble que le feu, après avoir été éteint une première fois, a repris à l’insu des gardiens. Ces derniers suivent-ils une formation de sapeur-pompier? Existe-t-il une alarme incendie dans les cellules? La prison est-elle reliée aux corps de pompiers de la plaine de l’Orbe? Le conseiller d’Etat a-t-il déjà amélioré ce système d’alarme? Selon les gardiens, Skander Vogt est resté enfermé 50 minutes dans sa cellule enfumée. A 1 h 40, il parlait très peu. Vingt minutes plus tard, il était inconscient toujours dans sa cellule. Il a dû attendre encore trente minutes avant d’en être extrait, alors que les médecins disent que la mort par intoxication à la fumée peut arriver en cinq minutes. Les gardiens suivent-ils une formation de premiers secours?

Quelle est la procédure d’alerte de la direction?

Il y avait trois gardiens de faction la nuit du drame, comme le veut la procédure, selon le Service péniten-tiaire. De plus, selon le règlement de la prison, les membres du personnel renseignent la direction sur tout fait important. L’incendie dans une cellule est-il un fait urgent? Existe-t-il un piquet de la direction de la prison la nuit? Les gardiens l’ont-ils alerté au moment du drame? A quelle heure? L’éventuel membre de la direction de piquet s’est-il immédiatement déplacé? Qui a pris la décision de ne pas entrer dans la cellule? Le conseiller d’Etat Philippe Leuba veut-il améliorer la prise de décision en cas d’urgence? Autant de questions qui recevront peut-être une réponse aujourd’hui.

la gauche exige une enquête indépendante

Les députés des groupes socialistes, Verts et A Gauche toute! ont demandé hier au Conseil d’Etat l’ouverture d’une enquête administrative indépendante sur la mort du détenu Skander Vogt à Bochuz, confiée à un organe extérieur à l’Etat. Les députés de gauche ont répondu ainsi au conseiller d’Etat en charge des prisons, Philippe Leuba. Ce dernier, selon La Liberté, a demandé à sa cheffe du Service pénitentiaire, Catherine Martin, de mener cette enquête sur son propre service. Ces députés demandent au Conseil d’Etat, d’une part, de confirmer l’information et, d’autre part, s’il exclut d’emblée la responsabilité de la cheffe de service dans cette affaire. Ces députés constatent encore que la teneur du communiqué de presse sur le drame, signé par Catherine Martin et la police, est en contradiction avec la chronologie des faits publiée dans «Le Matin». Ils prient le Conseil d’Etat de répondre rapidement à ces questions.

(Source : « Le Matin » (Quotidien – Suisse), le 21 avril 2010)


Le détenu maudit de Bochuz

Enquête sur l’histoire carcérale de Skander Vogt et l’engrenage infernal qui a abouti à sa mort dans sa cellule de la prison de Bochuz

Fati Mansour

«Profite bien de la vie.» C’est ainsi que Skander Vogt avait pour habitude de clore ses conversations téléphoniques avec son avocat. Dans la bouche de celui qui traînait son ­mètre 87 depuis plus de dix ans dans les quartiers de haute sécurité du pays, cette phrase prenait un sens particulier. Pour lui, l’existence s’est brutalement arrêtée le 11   mars dernier dans une cellule enfumée de la prison de Bochuz. Gardiens et secouristes ont assisté à l’agonie de ce détenu sans pouvoir ou sans oser intervenir avant qu’il ne soit finalement trop tard.

Ce drame a entraîné l’ouverture d’une information pénale, d’une enquête administrative et poussé les autorités policières et politiques vaudoises à présenter de plates excuses pour le mépris affiché par certains agents lors de l’intervention. Les résultats de ces investigations permettront de savoir ce qui s’est vraiment passé et peut-être de dégager des responsabilités. Au-delà des circonstances précises du décès, c’est toute l’histoire personnelle et carcérale de Skander Vogt qui explique l’engrenage infernal ayant abouti à cette mort absurde.

Un immense désert affectif. C’est ainsi que commence l’existence du petit Skander, né le 6   mars 1980 à Tunis. Sa mère décède alors qu’il n’a que 3 ans. Son père, un Suisse, revient au pays et rompt tout contact avec lui. Le garçon et sa sœur aînée sont pris en charge par leur grand-mère tunisienne mais celle-ci meurt aussi quatre ans plus tard.

Placé chez une tante maternelle peu concernée, Skander entame une scolarité chaotique, se bagarre et fait l’école buissonnière. Prétextant un déménagement, la tante se débarrasse de ces deux enfants en les envoyant en Suisse où ils sont pris en charge – les traces du père s’étant perdues en route – par le Service de protection de la jeunesse vaudois en juillet 1995. Famille d’accueil, foyers divers, l’adolescent se forge vite une réputation d’insupportable. Et même pire.

A 16   ans, il est condamné une toute première fois à 10 jours de détention avec sursis pour des vols. Il remet ça l’année suivante en cambriolant des caves et en fumant du cannabis. Une première expertise psychiatrique est ordonnée par le Tribunal des mineurs. Skander Vogt est dépeint comme un antisocial qui peut devenir violent à la moindre frustration mais qui sait aussi se montrer attachant. Ses réactions démesurées sont interprétées comme des appels au secours. L’expert penche pour un placement en maison d’éducation.

Il va à Pramont et devient le cauchemar de ce centre pour jeunes ­délinquants. «Un gendarme devait aller le nourrir au sous-sol», se souvient André Vallotton, chef du Service pénitentiaire vaudois jusqu’en 2004. Après avoir fait une fugue et agressé un éducateur, il devient le premier mineur à intégrer la prison pour adultes du Bois-Mermet.

Libéré conditionnellement en mars 1998, Skander commet de nouvelles infractions cinq mois plus tard. Encore des vols mais aussi une agression au spray contre une vendeuse. Il passe près d’un an en préventive – où il tâte déjà de la sécurité renforcée à 19   ans – avant d’écoper d’une peine de 15 mois. Le second psychiatre – Jacques Gasser – qui s’est penché sur son cas n’exclut pas une récidive mais estime qu’il ne compromet pas gravement la sécurité publique. Il préconise un cadre de vie stabilisé qui permette à ce jeune homme d’entamer la formation qui lui fait cruellement défaut.

Skander part habiter chez sa sœur. Trois mois de répit. Les événements qui l’enverront définitivement derrière les barreaux se produisent en novembre 1999. Par une sorte de nuit de folie – il a pris un stupéfiant indéterminé qui le rend psychotique – il monte dans un bus, gifle un passager qui porte l’uniforme militaire, donne encore deux coups au chauffeur qui veut le raisonner. Interpellé, la police décide d’envoyer cet étrange excité en psychiatrie à l’Hôpital de Cery.

Il quitte les lieux sans autorisation mais revient quelques jours plus tard pour l’entretien déjà agendé avec le docteur Bruno Gravier. Dans la salle d’attente, Skander gifle un médecin qui aurait eu le tort de le tutoyer, puis le poursuit dans le couloir et pointe sur lui un cran d’arrêt sorti de sa poche. Bruno Gravier le calme et le désarme. Il le fait aussi arrêter. S’estimant trahi, Skander n’aura plus jamais confiance en ce docteur qui s’avère être aussi le chef du service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires du canton.

On est le 23 novembre 1999. Skander est placé en détention préventive – 415 jours – avant son ultime procès. Les choses se passent mal. Il boute deux fois le feu à ses affaires. Transféré à Champ-Dollon, il est placé dix jours en cellule forte en raison – dit le rapport – de menaces envers les surveillants et d’un coup à un médecin. Au Bois-Mermet, il invective le directeur et bouscule un gardien qui veut le mettre au cachot.

Un troisième expert – le Genevois Gérard Niveau – est mandaté pour se prononcer sur la dangerosité de Skander suite à l’épisode de Cery. Aux yeux de ce psychiatre, Skander souffre d’un trouble grave de la personnalité dyssociale, il présente des décharges fréquentes d’agressivité et de violence, il se révèle indifférent vis-à-vis d’autrui et n’éprouve aucun remords à l’égard de ses victimes. Insensible aux normes sociales, il accuse volontiers les autres de mal se comporter mais ne se remet jamais en question. Le docteur Niveau préconise un internement afin de prévenir des actes aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Fait assez rare pour être souligné dans le jugement rendu par le Tribunal correctionnel de Lausanne en date du 9   janvier 2001, l’expert a peur de venir confirmer son rapport et de s’exprimer devant l’accusé au procès. Il acceptera finalement de déposer et relativise un peu le sombre tableau. Skander serait en fait surtout dangereux sous l’influence de psychotropes. Cette nuance n’emporte pas la conviction du tribunal qui condamne Skander à 20 mois de prison et prononce son internement pour une durée indéterminée en raison du risque qu’il représente pour la société.

Skander entre dans ce tunnel sans fin qu’est l’internement. «Il souffre de ne pas avoir d’échéance précise», écrit Bruno Gravier dans un premier rapport adressé à la Commission interdisciplinaire consultative (CIC) chargée d’apprécier la dangerosité des détenus en cours d’exécution et d’aider l’autorité et les soignants à choisir un suivi adapté.

Dans le cas de Skander, ce suivi se transforme vite en casse-tête. «On a essayé beaucoup de choses pour le maintenir dans un circuit ordinaire mais il usait tout le monde et se mettait lui-même dans les pires situations», raconte André Vallotton. Ce dernier n’a pourtant pas baissé les bras. «On le changeait régulièrement de lieu en espérant que les années allaient estomper ses tendances antisociales.»

Entre janvier 2001 et décembre 2009, Skander est transféré à 23 reprises d’un pénitencier à un autre. Un record absolu. Lenzburg (Argovie), Thorberg (Berne), Pöschwies (Zurich), Bochuz, Bois-Mermet, La Croisée (Vaud), il fait régulièrement des allers-retours, le plus souvent placé en haute sécurité. Un régime spécial dont il aura souvent l’occasion de se plaindre. En février 2002, il prend lui-même la plume, avec son orthographe très approximative, pour contester cette sanction en forme d’isolement à la Cour de cassation pénale du canton. «J’ai réagi très violemment. C’est vrai que j’ai cassé une chaise et une télévision en cellule mais c’est aussi vrai que les dégâts ont été remboursés en grande partie par mon pécule. Je trouve cette décision disproportionnée.»

Ce recours est rejeté et sa libération conditionnelle de l’internement également refusée. Pourtant, en cette fin 2002, des signes positifs sont donnés. La commission de dangerosité relève «avec satisfaction» que Skander contrôle mieux ses impulsions violentes même si ses difficultés à accepter les règles restent élevées. Dans la foulée, le Tribunal cantonal écarte la demande d’une nouvelle expertise mais laisse la porte ouverte pour le cas où cette évolution favorable devait se confirmer. «Je lui ai conseillé d’avoir un comportement irréprochable et d’admettre un transfert à La Pâquerette», se souvient Jean Lob, son avocat de l’époque.

La Pâquerette, c’est là où tous les intervenants dépassés aimeraient bien voir Skander aller. Ce centre de sociothérapie, situé dans la prison de Champ-Dollon, accueille justement les délinquants perturbés dont le caractère impulsif les conduit à passer rapidement à l’acte. Une population carcérale difficile, mal aimée, plongée dans cette zone grise qui n’est ni la normalité, ni la maladie mentale.

Le 3   août 2004, Skander, voulant sans doute vivre autre chose que l’isolement, est admis dans cette unité qui fonctionne sur le mode de la communauté thérapeutique. Il y passera seulement 1 mois, 3 semaines et 6 jours. Déjà placé dans une posture où il ne cultive plus que le combat, raccroché à son histoire faite de conflits, habité par un sentiment de persécution, imbibé par sa révolte, il supporte mal ce travail de profonde remise en question.

Le 23   février 2005, il fait une seconde tentative à La Pâquerette mais sabote rapidement ses chances de rester dans ce lieu ouvert et donc soumis à des règles strictes. Sanctionné pour d’incessantes provocations, il s’empare de deux couteaux dans la cuisine, les brandit en criant qu’il attend de pied ferme les gardiens de Champ-Dollon. La crise est désamorcée par le dialogue. Jamais il ne menace les personnes présentes. Toutefois, le point de non-retour est atteint et il doit à nouveau quitter le centre. Skander ne voudra plus y retourner.

A partir de là, les choses ne font qu’empirer. Les sanctions disciplinaires – six entre 2005 et 2007 – se multiplient. La commission de dangerosité estime que la sécurité renforcée est le seul régime adapté à son cas et cette mesure extrême est reconduite régulièrement. Le service médical de la prison n’arrive toujours pas à entrer en contact avec Skander et lui refuse le psychiatre externe qu’il réclame. L’impasse est telle que son avocate de l’époque parle, dans un courrier au juge d’application des peines, de «maltraitance institutionnelle».

En 2007, l’entrée en vigueur du nouveau droit des sanctions impose un réexamen de toutes les mesures d’internement. Sans surprise, le tribunal reconduit celle qui frappe Skander alors que les délits pour lesquels il a été condamné ne permettraient pas aujourd’hui un internement de sécurité. Cette décision est prise sans ordonner de nouvelle expertise malgré les sept ans qui se sont écoulés depuis le dernier avis psychiatrique. Les instances supérieures approuvent.

Cette impasse aggrave sa révolte. En mars 2008, le directeur de Bochuz, Sébastien Aeby, écrit à la cheffe de l’Office d’exécution des peines à l’occasion d’une énième reconduction de l’isolement cellulaire: «Il profère des menaces de mort, des insultes et refuse qu’on lui enlève les menottes aux pieds. Il ne respecte pas l’autorité et veut dicter sa propre loi.»

Dans cet univers carcéral résolument rigide, où l’on préfère éduquer par la manière forte plutôt qu’user de souplesse pour tenter une évolution, Skander s’abîme encore plus au fil des ans. Il développe une stratégie propre d’isolement. Il est seul contre le système. Un combat perdu d’avance. Ce dont il semble s’accommoder. «Je pense pour ma part que la liberté va au-delà du matériel et du physique. La liberté de penser et d’exprimer ses convictions sont beaucoup plus belles que toutes les richesses du monde», écrit-il ainsi en mai 2008 à l’une de ses correspondantes.

Tout est motif à sanction et à réaction de sa part. Il a parlé 58 minutes avec son avocat au lieu des 15 minutes prévues et lancé un «va chier» au gardien qui le sermonne, on lui suspend l’accès au téléphone. On repousse sans cesse ses soins dentaires car c’est trop compliqué à organiser, il monte sur le toit de la prison à l’occasion de sa promenade solitaire en guise de protestation. C’est le fameux épisode de juillet 2008 où il faut l’intervention d’une unité spéciale de la police pour le faire redescendre. La dernière décision ayant fait l’objet d’une contestation est celle de lui interdire de mettre des posters sur les murs de sa cellule.

Quelques mois avant sa mort, Skander obtient enfin gain de cause sur un point. Le juge chargé d’examiner à intervalle régulier l’éventualité d’une libération conditionnelle ordonne une nouvelle expertise psychiatrique. Non sans tenir audience au siège de la police cantonale – sécurité encore oblige – plutôt qu’à son bureau. Et ce malgré la présence du détachement d’intervention qui entoure le détenu à chacune de ses sorties.

Skander ne verra jamais l’expert dont il a longtemps négocié le choix. Il est mort avant de s’entretenir avec le docteur Philippe Vuille, de Neuchâtel, auquel il aurait pu montrer son autre visage. «C’était une personne très attachante. A la naissance de mon fils, il a réussi à trouver un cadeau – un perroquet peint dans les ateliers de la prison – qu’il m’a fait remettre par un surveillant», relate Me Mattenberger.

Le 10   mars 2010, c’est l’ultime provocation. Il met le feu à son matelas. On l’a privé de radio. Lui qui aime tellement la musique et surtout le rap. A l’époque où il nourrissait encore des projets, Skander Vogt voulait devenir vendeur de disques. C’était avant que le piège carcéral ne se referme sur lui. Définitivement.

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Suisse), le 24 avril 2010)


Editorial
Mort à Bochuz ou l’immense faillite du système


Par Fati Mansour

La vision du détenu Skander Vogt, agonisant sur le sol de sa cellule enfumée de Bochuz, entouré de gardiens et de secouristes paralysés par la peur et la bureaucratie, hantera certainement encore longtemps le canton de Vaud. Les enquêtes en cours devront déterminer si certaines personnes portent une responsabilité plus directe dans ce drame. On peut toutefois déjà parler d’une immense faillite du système.

A la lumière de l’histoire carcérale hallucinante vécue par ce garçon certes difficile, interné pour avoir distribué des claques et avoir menacé de faire bien pire, soumis durant dix ans à un régime de détention digne d’Hannibal Lecter – le cannibale du film Le silence des agneaux –, c’est un examen de conscience beaucoup plus global qu’il s’agit de mener. Tous les acteurs de la chaîne pénale et pénitentiaire peuvent aujourd’hui se remettre en question.

Les psychiatres qui ont oublié leurs états d’âme et concluent si souvent à la dangerosité des expertisés tout en disant – quand cela les arrange – que le pronostic sur la récidive est aléatoire. Les juges qui prononcent des internements à tour de bras alors que cette mesure – en raison de l’atteinte à la liberté qu’elle suppose – doit rester un dernier recours. Les services pénitentiaires qui laissent croupir les détenus les plus récalcitrants dans des quartiers de haute sécurité – régime d’exception par excellence – quitte à détruire encore plus toute chance d’amélioration. Les commissions et les magistrats qui n’osent plus adoucir la réponse violente que l’institution réserve à certains pensionnaires mal aimés. Les politiques qui tardent à construire les établissements plus adaptés à la prise en charge des grands perturbés.

Cette rigidification du système est allée de pair avec le renforcement du discours sur la nécessaire protection de la société qui a connu son apogée avec l’acceptation de l’initiative sur l’internement à vie des plus irrécupérables. Aux excès inverses – congés ou libérations accordés trop légèrement – qui ont pu par le passé provoquer des drames s’est substituée la philosophie du risque zéro. Les conséquences d’une telle posture ne sont pas moins inquiétantes lorsqu’on songe à la fin d’un Skander Vogt mourant mais considéré – non menotté – comme encore trop dangereux pour être approché par d’autres que l’unité d’intervention de la police. Kafkaïen.

(Source : « Le Temps » (Quotidien – Suisse), le 24 avril 2010)


L’affaire Skander Vogt
Questions à Jacques Antenen, Chef de la police vaudoise?


• Le 11 mars dernier, le détenu de la prison vaudoise de Bochuz meurt dans sa cellule, après avoir lui-même bouté le feu à son matelas. Les bandes sonores des conversations entre les forces d’intervention, la nuit où le détenu est mort, publiées par «Le Matin», ont déclenché de vives réactions sur le plan politique. Certains élus estiment notamment anormal que les secours aient mis 90 minutes à sortir l’homme de sa cellule enfumée. Le langage tenu par les policiers a aussi choqué.

La famille du détenu mort à Bochuz, Skander Vogt, parle également de «meurtre». Vous l’admettez puisque vous avez présenté vos excuses?

Non, nous avons présenté nos excuses pour le langage utilisé à l’interne qui était malvenu et mal choisi. Mais cela est sans rapport avec le décès. Les bandes enregistrées, rendues publiques par «Le Matin», ne sont pas publiques. Elles sont sorties en violation du secret d’enquête. Il est compréhensible qu’il y ait un langage de corps de garde à l’interne d’un corps de métier. Ce n’est pas plus choquant que les propos tenus par un chirurgien dans une salle d’opération avec un individu qu’il est «en train de perdre», comme on dit dans les séries.

Ça n’excuse pas qu’on traite de «connard» un homme en train de mourir dans sa cellule?

Bien sûr que non, c’est bien pour cela que je me suis excusé. On a pris des dispositions à l’interne pour que cela change.

Ça ne vous fait pas honte, ce mot «connard» pour un homme qui meurt?

Parlons plutôt de malaise. Mais cette question de vocabulaire n’a pas du tout affecté la rapidité d’intervention de la police. Au demeurant, le collaborateur qui tient ces propos n’imagine pas, à ce moment-là, que le détenu est en danger de mort.

Quand on lit ces bandes, on se dit quand même que le sauvetage aurait pu intervenir plus vite?

Pas au niveau policier et avec les moyens qui sont les nôtres.

 

(Source: “Le Matin Dimanche” (Hebdomadaire – Suisse), le 25 avril 2010)

 


 

 RTL diffuse les bandes sonores

 


 

Skander VogtLa radio française a diffusé hier les échanges téléphoniques des autorités la nuit de la mort du détenu de Bochuz (VD).

Muhieddine

Le scandale vaudois autour de l’affaire Skander Vogt retentit jusqu’en France. «Un détenu suisse meurt dans sa cellule… sous les rires des gardiens. » C’est ainsi que RTL, la radio française de grande écoute, a résumé hier, lors de son journal de 18 h, l’affaire révélée par «Le Matin». Ce jeune trentenaire est mort asphyxié dans sa cellule de Bochuz (FR) après avoir mis le feu à son matelas. Et être resté cinquante minutes dans la fumée.

Trois extraits diffusés

«Des insultes, des rires et une bonne dose de haine. L’administration pénitentiaire et les forces de police suisses au centre d’un scandale», commente la radio française, qui parle d’«une police qui a laissé mourir un détenu». Et de diffuser trois extraits sonores des échanges entre les gardiens, les groupes de secours et la police vaudoise, que «Le Matin» avait publiés sur quatre pages.

Premier son: «Ça fait cinquante minutes qu’il respire, il peut crever…» lance un des gardiens de prison. Un policier lui répond: «Eh bien, ça lui fait du bien!»

Des rires en ligne

Puis on entend un représentant du groupe d’intervention de la police vaudoise qui lâche: «Ah, ce connard! Il a mis le feu à son matelas?»

Finalement, dernier extrait sonore dans lequel les secours rappellent la police: la conversation des deux interlocuteurs – qui parlent du détenu allongé par terre inconscient – est ponctuée par des rires. «On ne rigole pas», lâche le secouriste. Avant d’éclater de nouveau de rire.

(Source: “Le Matin” (Hebdomadaire – Suisse), le 26 avril 2010)


 

Un détenu suisse agonise dans l’indifférence amusée de ses gardiens


Que s’est-il passé la nuit du 10 au 11 mars dans le pénitencier suisse de Bochuz ? Lundi 26 avril, après plusieurs semaines de polémique, la justice suisse a indiqué avoir ouvert une enquête pénale pour déterminer les circonstances de la mort d’un détenu mort asphyxié dans sa cellule.

 

Cette nuit de mars, Skander Vogt met le feu au matelas de sa cellule pour protester contre la confiscation de sa radio. L’homme est considéré comme dangereux et les gardiens refusent d’entrer dans sa cellule pour lui porter assistance. Une heure et demie plus tard, lorsque les secours ouvrent la porte de la cellule, Skander Vogt est « en arrêt respiratoire. Son cœur ne bat plus. Les pupilles sont dilatées, sa peau est froide. Il a de la mousse noire autour du nez et de la bouche. »

 

 

Ce que la justice cherche à déterminer, c’est l’enchaînement des événements qui ont conduit à la mort de cet homme de 30 ans. Mi-avril, le quotidien suisseLe Matin relatait cette heure et demie de tergiversations entre la prison, les secours, la police et les forces spéciales chargées de s’occuper des détenus dangereux. Dimanche,RTL diffusait les enregistrements audio d’une partie de ces conversations.

« IL PEUT CREVER »

A la lumière de ces deux sources et d’après lestémoignages recueillis dans la prison, la responsabilité de l’administration pénitentiaire semble écrasante : les gardiens de service auraient attendu 40 minutes avant de se préoccuper du sort de Vogt, alors même que le détenu appelait à l’aide et s’étonnait qu’on ne le sorte pas de sa cellule.

Le contenu des discussions entre les protagonistes est lui aussi édifiant. A 1 h 52, un gardien s’entretient avec un homme du DARD, sorte de GIGN suisse. Skander Vogt y est décrit comme un « connard » auquel il faut mettre « une démerdée ». A d’autres moments, la conversation est ponctuée d’éclats de rire. « Ça fait 50 minutes qu’il respire la fumée. Il peut crever », constate un autre agent, auquel son collègue répond :« Ouais, ben ça lui fait du bien. »

Au-delà des circonstances de son agonie, le cas de Skander Vogt remet également en cause le système pénitentiaire helvétique. Le jeune homme avait été condamné en 1999 à vingt mois de prison pour une multitude de petits délits : dommages à la propriété, vol, injures, menaces. Mais un article du code pénal suisse permet de priver le condamné du droit à la liberté à l’expiration de sa peine, pour une durée illimitée, s’il est jugé dangereux. « Faut comprendre qu’il se fâche au bout d’un moment », reconnaît un policier, à 2 heures, cette nuit-là.

(Source: Le Monde.fr le 26 avril 2010)
 


 Suisse : des gardiens laissent un détenu mourir asphyxié


ParFlore Galaud Skander Vogt avait mis le feu à son matelas, mais les gardiens ne sont intervenus qu’au bout d’une heure et demie. Des enregistrements sonores révèlant leur total mépris à l’égard du prisonnier ont été rendus publics.

 «Il peut crever, de toute façon ça fait cinquante minutes qu’il respire la fumée», raconte au téléphone un gardien du pénitencier de Bochuz, dans le canton de Vaud, en Suisse romande. Son interlocuteur, un policier, répond, manifestement sourire aux lèvres : «Ça lui fait du bien». Puis prononce, très distinctement, le mot de «connard».

Le détenu dont il est question s’appelle Skander Vogt. Et, dans la nuit du 10 au 11 mars dernier, il est décédé dans l’indifférence générale. Pire encore, sous les rires de ses surveillants. Le jeune homme, âgé de 30 ans, avait décidé de mettre le feu à son matelas pour protester contre le fait qu’on lui ait confisqué sa radio. Mais les trois gardiens présents ce soir-là ne lui sont pas venus en aide. Et le jeune homme est mort seul, asphyxié dans sa cellule.

Skander Vogt était un détenu considéré comme dangereux. Le jeune homme avait été arrêté en 1999 à vingt mois de prison pour une multitude de petits délits : vols, injures, menaces et détention de stupéfiants. Mais la Suisse, utilisant l’article 43 du Code pénal, ne l’a pas libéré depuis, considérant qu’il pouvait «compromettre gravement la sécurité publique». Le jeune homme ne pouvait d’ailleurs pas quitter sa cellule sans être attaché. Il y a deux ans, il s’était fait remarquer en réussissant à monter sur le toit de la prison. Alors souffrant d’une atroce rage de dent, il demandait à voir un dentiste, ce que l’administration lui avait refusé jusqu’ici.

 

Il agonise durant deux heures

 

Le 10 mars dernier, le détenu n’a, une fois de plus, pas souhaité se laisser faire. Furieux qu’on lui ait confisqué sa radio, il hurle dans sa cellule : «Ça va cramer ce soir !». Vers les 1h du matin, il joint le geste à la parole. Mais, surprise, personne n’intervient. Un détenu du centre de détention raconteau site d’information bakchich qu’il a entendu Skander Vogt crier : «J’ai foutu le feu à ma cellule, j’ai interphoné et ils refusent de venir». Un autre prisonnier témoigne : «La nuit où Skander Vogt est décédé, je l’avais entendu crier par la fenêtre qu’il y avait le feu dans sa cellule. Je l’ai aussi entendu dire : «Vous ne me sortez de la cellule ?».

Ce ne sont que quarante minutes plus tard que les gardiens décident de prévenir les secours. S’ensuivent alors plusieurs conversations téléphoniques entre les urgences médicales et les services de police. Des échanges consternants quela radio RTL est parvenue à se procurer. Skander Vogt, «c’est celui qui était sur le toit ?» entend-on notamment. «Oui, non de dieu de merde», lui répond une voix. «Il peut crever». «Ca lui fait du bien», renchérit la voix. Le détenu se fait également traiter de «connard», «crapule», «couillon» ou encore de «crevure» à plusieurs reprises. Le tout sur un ton presque hilare. Au même moment, Skander Vogt agonise dans sa cellule.

Entre-temps, le Smur (service mobile d’urgence et de réanimation), alerté à 2h11 seulement, tente d’intervenir. Mais les gardiens, sous prétexte qu’ils ne sont que trois pour surveiller toute la prison, refusent d’ouvrir la cellule de Skander Vogt. «Je me souviens que le détenu était couché dans sa cellule, sur le dos, la tête côté fenêtre, raconte un docteur présent ce soir-là à Bakchich. J’ai essayé de l’appeler mais il n’y avait aucune réponse. Je l’entendais respirer très fort avec des râles. Je ne pouvais pas m’approcher de lui pour l’examiner car la porte en grille était fermée».

Il faut attendre 2h50 – l’arrivée du Dard (police spéciale chargée des détenus dangereux) – pour que la porte soit enfin ouverte. Soit 1h50 après que le détenu a mis le feu à son matelas. Beaucoup trop tard pour que le solide gaillard de 100 kilos ne puisse en réchapper. A 3h du matin, son décès est prononcé.

 

«Ils ont organisé sa mort»

 

Dans un premier temps, le directeur de la prison annonce à la soeur du détenu, seule famille qui lui reste, que son petit frère s’est suicidé. Mais rapidement, plusieurs témoignages de détenus viennent contredire cette version. Les avocats de Skander Vogt décident alors de porter plainte pour «homicide par négligence». «Il s’agit d’un être humain. Il a 30 ans. On ne laisse pas les gens mourir comme ça. Pour moi c’est un meurtre», explique la soeur de Skander Vogt à RTL. «Ils ont organisé sa mort, renchérit l’un de ses avocats. C’est à la fois du mépris de l’être humain et du sadisme».

Les services pénitentiaires ne se prononceront pas tant que l’enquête n’est pas bouclée. Dimanche, dans l’hebdomadaire suisse Le Matin, le commandant de la police cantonale vaudoise ne reconnait qu’à moitié les faits. Les enregistrements sonores «ne sont évidemment pas à notre gloire. Les propos tenus sont regrettables et inadmissibles, explique-t-il. Toutefois, ils «n’ont pas eu d’influence sur la rapidité de la prise en charge de la police », poursuit-il, rejetant ainsi indirectement la responsabilité sur l’administration du pénitencier de Bochuz.

(Source:lefigaro.fr le 26 avril 2010)


La liste indépendante de “la citoyenneté vraie” court-circuitée par la milice du RCD


Mourad Regaya.

Bien que la plupart des acteurs politiques Tunisiens exceptés le mouvement-Ettajdid-et le FDLT ont opté pour le boycott de l’échéance municipale du 9Mai2010 pour de multiples raisons essentiellement la mise sous séquestre des libertés fondamentales primaires, et le climat de terreur régnant par le biais d’une administration régionale et locale désignée, alignée d’office, et par le RCD totalitaire ; nous avons voulu dans notre ville de Ksar-Hellal,berceau du2mars1934, métropole millénaire au patrimoine textile haut en couleurs(n’ayant pas encore de musée quoi qu’étant la ville natale du Professeur Fantar), berceau des mouvements émancipation, et des courants politiques divers, dénommée par les autorités coloniales Françaises « Petit Lyon », ville qui a vu l’éclosion du mouvement syndical associatif au sein du secteur textile artisanal depuis1913,une décennie ou plus avant celui fondateur du leader national Mohamed Ali Hammi,dans cette ville de quarante cinq mille habitants, un groupe de militants a voulu créer l’événement en proposant à nos électeurs d’élire une liste indépendante sous l’étiquette “liste de la citoyenneté vraie” pour concurrencer la liste officielle,et imposée haut la main du RCD qui opte chaque fois pour la désignation à deux niveaux ce qui un outrage à la citoyenneté vraie,tout aussi que pour le bon sens tout court.

Notre liste savait dès le départ que le climat n’était propice aussi bien au niveau de la formation de la liste du fait du climat de terreur stalinienne imposée à la ville du 2mars1934 par la milice du RCD ,mais nous avons relevés le défi en nous réunissant un certain nombre de fois dans des garages,et dans les cafés du fait du goulag,et de l’absence de locaux adéquats,locaux de partis,ou locaux associatifs.Nous avons réussis tant bien,que mal à constituer une liste représentative groupant des femmes,et des hommes appartenant aux différents secteurs (universitaires, pharmaciens, enseignants, ouvriers, commerçants, retraités,étudiants),au fur et à mesure que l’échéance approchait nous avons observés que notre groupe rétrécissait comme une peau de chagrin du fait de l’infiltration, de l’intimidation,des menaces proférées par la fédération du RCD de Ksar-Hellal, de sa milice.

On a cru revenir aux années de terreur suivant le conflit Bourguiba-Ben Youssef avec ses équipes farouches de liquidation,et ses séances de bastonnade dont la Zaouia de Sidi Ben Aissa aujourd’hui rasée était le haut lieu privilégié.La fédération du RCD,ses hommes de main ont quadrillés la ville,une couverture par quartiers était opérationnelle,on usa de tous les moyens possibles et imaginables :les liens de parenté(pressions familiales),les liens de travail( marchandage sur les postes de responsabilité),on menaça même les membres de la liste de prendre à partie leurs enfants arrivant de suite,ou sous peu sur le marché de travail.Un des éminents membres de la liste,fils de martyr demandant avant son ralliement la mutation de sa fille sans résultat,fut informé que sa demande serait exhaussée en cas de départ de la liste.

Moi-même,universitaire,chercheur,spécialiste de l’histoire et du patrimoine de Ksar-Hellal,blogueur utilisant la toile aussi bien en français, qu’en arabe, fut menacé le soir du vendredi16 avril2010 à travers mon téléphone de subir une correction exemplaire,que même ma famille ne sera pas épargnée, ne l’oublions pas nous sommes en Tunisie « pays de la paix et de la sérénité », pays de la joie de vivre.

En visitant le siège de la délégation le samedi après midi 17 avril2010, juste avant la clôture du délai de dépôt des candidatures pour remettre au délégué de la ville ou vice-préfet un communiqué relatant les péripéties de la non candidature de notre liste par le biais des pressions,des menaces,j’ai été étonné de trouver l’ancien maire reconduit dans ses fonctions ,et quelques autres candidats dans le salon du délégué comme s’ils attendaient la cérémonie d’investiture le17 avril2010, et non le10 mai 2010 !!!!!

(Source : nawaat.org (censuré en Tunisie), le 25 avril 2010)


  Dossier « Jeune Afrique » : QUE RESTE-T-IL DE BOURGUIBA ?

Par Marwane Ben Yahmed

Le 6 avril 2000, les Tunisiens perdaient le père de leur nation. Enquête, dix ans plus tard, sur les traces qu’a laissées le Combattant suprême.

« Ma mission est terminée. Je laisse de grands enfants poursuivre la tâche… » C’est entre les murs de l’ancienne villa du gouverneur de Monastir, où il a fini ses jours, que Habib Bourguiba écrivit, à la fin de 1988, ces quelques mots à l’adresse de son successeur, Zine el-Abidine Ben Ali. Un an après sa destitution, l’ancien avocat passait ainsi le témoin à celui qu’il appelait « mon fils ». Bourguiba s’accrochera ensuite à la vie, malgré la maladie et les vicissitudes d’un exil intérieur que cet homme, qui a si longtemps incarné le pouvoir absolu, ne pouvait supporter. Il décédera près de douze ans plus tard, le 6 avril 2000. Les « grands enfants », eux, ont bel et bien poursuivi la tâche. Sur les plans économique et social, la Tunisie a connu une progression constante et fait son entrée dans la catégorie des pays émergents. Il lui reste, ce n’est pas la moindre des facettes de l’héritage bourguibien, à ouvrir le champ politique comme celui des libertés.

Trois générations de Tunisiens auront vécu à l’ombre protectrice de « Si Lhabib », séduits par ce tribun de génie, moderne et autoritaire, angoissés par sa longue déliquescence. Ceux qui ont aujourd’hui entre 30 ans et 40 ans n’ont longtemps retenu que les dix dernières années de sa vie, ce naufrage pathétique d’un vieillard au corps et à l’esprit affaiblis, qui se voyait en président éternel, aveugle à l’usure du temps. L’enfant de Monastir fut incapable de choisir lui-même le terme de son règne. Mais réduire Bourguiba au crépuscule de sa vie, aussi pénible que fût cette mise en scène permanente, serait une grande injustice. C’était un personnage hors du commun: artisan de l’indépendance, bâtisseur d’un État moderne, visionnaire, courageux, responsable, intègre, humaniste. Le Combattant suprême a connu un extraordinaire parcours politique, véritable entrelacs d’âpres batailles pour l’indépendance, la libération de la femme, la généralisation de l’enseignement et de l’accès aux soins, le développement de son pays, ou contre l’obscurantisme. La trace laissée dans l’Histoire par le fils d’Ali Bourguiba et de Fattouma Khefacha est à la mesure de sa stature: immense. Côté sombre, sa conception monarchique, pour ne pas dire tyrannique, du pouvoir, un ego démesuré, la censure, un caractère colérique ne souffrant aucune contradiction.

Dix ans après sa mort, que reste-t-il du père fondateur? Un véritable mythe, une conception de l’État et de son rôle mais aussi, et surtout, un pays en paix et ouvert sur le monde qui, sans lui, ne serait peut-être qu’un petit coin de terre sans intérêt, coincé entre deux géants pétroliers, l’Algérie et la Libye. Certains l’ont oublié, qui ne regardent qu’avec réticence le passé. D’autres, plus jeunes, ne mesurent pas la valeur de son héritage, parce qu’on ne leur a pas (ou mal) enseigné.

Ne pas comprendre d’où l’on vient, c’est s’exposer à ne pas savoir où l’on va…

DANS CE DOSSIER

Lien :

http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAJA2569p022-023.xml0/developpement-president-tunisie-censureque-reste-t-il-de-bourguiba.html

(Source : « Jeune Afrique » (Magazine hebdomadaire – France), N°2569 du 4 au 10 avril 2010)

 

France: une amende routière vire en polémique sur le niqab et la polygamie


AFP, le 25 avril 2010 à 13h55 PARIS, 25 avr 2010 (AFP) – Une affaire anecdotique de port du niqab au volant a dégénéré en controverse en France, où le gouvernement veut bannir le voile intégral de la rue, après que le ministre de l’Intérieur a demandé la déchéance de la nationalité française du mari de la conductrice pour polygamie. L’affaire démarre par une contravention de 22 euros infligée début avril à une femme conduisant à Nantes (ouest) avec le niqab, le policier ayant estimé que son champ de vision était réduit par le port de ce vêtement qui ne laisse apparaître qu’une fente pour les yeux. Tout aurait pu en rester là mais la conductrice, une Française de 31 ans qui porte le niqab depuis neuf ans, tient vendredi avec son avocat une conférence de presse pour dénoncer une « amende injustifiée en termes de sécurité routière » et « une atteinte aux droits de l’homme ». La polémique, deux jours après l’annonce par Nicolas Sarkozy d’un projet de loi interdisant le voile intégral, décolle du champ de la sécurité routière quand, quelques heures après, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux demande à son collègue de l’Immigration d’étudier une « éventuelle déchéance » de la nationalité française du mari de la conductrice, soupçonné de polygamie et de fraude aux prestations sociales. Celui-ci, né à Alger, devenu Français par mariage en 1999, « appartiendrait à la mouvance radicale du +Tabligh+, vivrait en situation de polygamie, avec quatre femmes dont il aurait eu 12 enfants », selon M. Hortefeux. Des soupçons qui doivent encore être confirmés par une enquête. Le procureur de la République de Nantes, Xavier Ronsin, a indiqué dimanche qu’il n’était saisi « à ce jour d’aucune plainte » de la part d’un organisme social. Et il a appelé à la prudence sur la polygamie car « si un homme est marié civilement mais a cinq maîtresses, l’adultère n’est plus puni par la loi ». En outre, la polygamie et la fraude ne sont pas des délits susceptibles d’entraîner une déchéance de nationalité, une procédure très rare. Cette affaire tombe à pic en tout cas pour le gouvernement au moment où la classe politique est divisée sur l’opportunité de son projet de loi d’interdiction du voile intégral dans tout l’espace public, et pas seulement certains lieux publics comme le recommandent les juristes. Un projet que le gouvernement veut déposer le 12 mai et faire adopter par le Parlement avant l’été. Certains responsables de gauche ont ainsi regretté une « exploitation politicienne » de l’affaire de Nantes. « La situation de cet homme est connue depuis un bon moment par les services de l’Etat. Pourquoi rien n’a été fait ? Pourquoi feint-on aujourd’hui de découvrir cette situation? », s’interroge Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés socialistes. Au contraire, son alter-ego de la majorité, Jean-François Copé, a lui estimé que Brice Hortefeux « a eu raison de mettre les pieds dans le plat ». La communauté musulmane, lassée de ce débat sur la burqa qui dure depuis des mois, a elle dénoncé une « stigmatisation systématique » de l’islam. « La verbalisation d’une conductrice relève de procédures judiciaires courantes (…) Encore une fois, les musulmans et l’islam ont été fortement médiatisés par rapport à un évènement insignifiant, non représentatif de leur immense majorité, et qui ne répond aucunement aux préoccupations réelles de nos concitoyens », a ainsi regretté le collectif des mosquées de Nantes. Si cinq à six millions de musulmans vivent en France, le niqab ne concerne qu’une toute petite minorité de femmes, moins de 2.000 selon les estimations.

Besson n’exclut pas une « évolution législative » sur la polygamie


Reuters, le 26 avril 2010 à 09h17 Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, n’exclut pas une adaptation du code civil pour déchoir de leur nationalité des personnes naturalisées françaises et coupables de polygamie et de fraude aux prestations sociales. Il a reconnu qu’il était « controversé juridiquement », dans l’état actuel des textes, de sanctionner de la sorte un homme dont la polygamie serait avérée, comme le lui a demandé le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, dans l’affaire du conjoint d’une automobiliste verbalisée parce qu’elle portait un voile intégral à Nantes. « Juridiquement est-ce possible sur la base de l’article 25 du code civil, c’est très controversé, j’ai rencontré hier des experts, certains m’ont dit oui d’autres ont dit non », a déclaré Eric Besson sur RTL. « Si le peuple français considère qu’on ne peut pas frauder dans ces conditions – polygamie et prestations sociales -, eh bien à ce moment là, sous l’arbitrage du président de la République et du Premier ministre, on pourrait très bien concevoir une évolution législative », a-t-il ajouté. Il a précisé que le projet de loi sur l’immigration qu’il a présenté en conseil des ministres il y a quelques semaines « pourrait servir de véhicule pour une adaptation législative ». « Le conditionnel est de rigueur, l’arbitrage ne dépend pas de moi », a-t-il souligné. STIGMATISATION Eric Besson a souligné que, ce faisant, le gouvernement ne stigmatisait pas la communauté musulmane contrairement à ce que lui reproche l’opposition. « Nous ne sommes pas en train d’instruire le procès de l’islam, on ne peut pas dire parce qu’on stigmatise des dérives de l’islam (…) qu’on s’en prendrait aux musulmans. Ce sont deux sujets disjoints », a-t-il assuré. L’opposition continue de son côté de dénoncer l’instrumentalisation d’un fait divers et les fondements juridiques de la requête de Brice Hortefeux. Sur France 2, le député socialiste Pierre Moscovici a dénoncé des « imprécisions juridiques à tous les étages », rappelant que la déchéance de la nationalité n’était prévue que dans les cas de crimes touchant à l’intérêt de la nation ou au terrorisme. « Tout cela donne l’impression d’une instrumentalisation politique par un gouvernement qui est dans l’imprécision au moins comme il l’est sur la burqa », a-t-il dit en faisant allusion au débat sur l’interdiction du voile intégral. Marie-George Buffet, la secrétaire nationale du Parti communiste français, a de son côté rappelé qu’il existait déjà des lois interdisant la polygamie. « Là on vise uniquement les gens qui ont acquis la nationalité française, une nouvelle fois on stigmatise une partie de la population », a-t-elle déclaré sur i-Télé, dénonçant « une opération politicienne où on joue aux apprentis sorciers ». Véronique Tison, édité par Clément Dossin

 

France/polygamie: fondement juridique incertain pour retirer la nationalité (ministre)


AFP, le 26 avril 2010 à 09h53 PARIS, 26 avr 2010 (AFP) – Le ministre français de l’Immigration Eric Besson a admis lundi que la déchéance de la nationalité française d’un musulman présumé polygame, menace brandie par le gouvernement envers l’époux d’une femme verbalisée pour port du niqab, avait un fondement juridique incertain. « La question qui m’est posée est de savoir, si la justice le condamne pour polygamie, d’une part, et fraude aux prestations sociales d’autre part, est-ce que l’on peut et est-ce que l’on doit prononcer la déchéance de la nationalité française (…) qu’il a acquise par mariage? », a déclaré M. Besson à l’antenne de la radio RTL. « C’est très controversé, j’ai rencontré hier des experts, certains m’ont dit oui, certains m’ont dit non », a ajouté le ministre de l’Intérieur. La menace d’une déchéance de la nationalité a été brandie la semaine dernière par le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à l’encontre de l’époux d’origine algérienne d’une femme verbalisée dans l’ouest de la France pour port du niqab au volant, qu’il a accusé de polygamie et de fraude aux prestations sociales. Une affaire survenue en plein débat sur la nécessité d’interdire totalement en France le port du voile intégral, et que la gauche a accusé le gouvernement d’instrumentaliser à des fins électorales. « Si le peuple français considère qu’on ne peut pas frauder dans ces conditions, polygamie, fraude aux prestations sociales, eh bien à ce moment là, sous l’arbitrage du président de la République et du Premier ministre, on pourrait très bien concevoir une évolution législative », a ajouté M. Besson. Le procureur de la République de Nantes (ouest), Xavier Ronsin, a indiqué dimanche qu’il n’était saisi « à ce jour d’aucune plainte » pour fraude, soulignant en outre que ni ce délit, ni la polygamie — par ailleurs difficile à prouver — n’étaient susceptibles d’entraîner une déchéance de nationalité. Brice Hortefeux avait évoqué une éventuelle déchéance de la nationalité française pour cet homme, qui aurait quatre femmes toutes voilées et 12 enfants. Son épouse s’était insurgée la semaine dernière contre une amende qui lui avait été infligée par la police pour port du niqab au volant, au prétexte que le voile intégral réduirait son champ de vision.  


L’homme accusé par Hortefeux se défend d’être polygame


Reuters, le 26 avril 2010 à 13h52 NANTES, 26 avril (Reuters) – Le compagnon d’une femme verbalisée pour avoir avoir conduit sa voiture vêtue d’un voile intégral a démenti lundi être polygame, comme l’en soupçonne le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Selon ce dernier, Liès Hebbadj, né à Alger, aurait quatre femmes et chacune bénéficierait de l’allocation de parent isolé des délits qui méritent selon lui la déchéance de la nationalité française qu’il a obtenue par mariage en 1999. L’homme qui est au coeur de la tourmente a admis avoir des « maîtresses », à la sortie du bureau de l’avocat de sa compagne. « Si on est déchu de sa nationalité française parce qu’on a des maîtresses, alors beaucoup de Français peuvent l’être, les maîtresses ne sont pas interdites par l’islam, peut-être par le christianisme, mais pas en France que je sache », a-t-il déclaré. Il a annoncé avoir mandaté un autre avocat, Franck Boëzec, qui verra les suites à apporter à l’affaire de la polygamie et des fraudes aux prestations sociales. Ces déclarations expliquent la prudence du ministre de l’Immigration, Eric Besson, qui étudie le dossier de déchéance de la nationalité de Liès Hebbadj à la demande de Brice Hortefeux, en plein débat sur l’interdiction du voile intégral. Dimanche, il a reconnu qu’il serait délicat de prouver sa polygamie. L’homme peut vivre avec plusieurs femmes, les avoir « épousées » devant un imam et ne s’être marié qu’une seule fois civilement. Il ne serait alors pas condamnable. De plus, aucun des deux délits évoqués par Brice Hortefeux ne peut provoquer la déchéance de nationalité. L’annulation de sa naturalisation peut être obtenue sur avis conforme du Conseil d’Etat s’il est prouvé que l’homme était déjà marié civilement au moment du mariage de 1999 et a donc obtenu sa naturalisation « par mensonge ou par fraude ». LE CFCM NE SE PRONONCE PAS Liès Hebbadj, qui n’est pas décrit par les pouvoirs locaux comme un extrémiste, tient une boucherie hallal dans le sud de Nantes. Il préside une association culturelle musulmane à Rezé, dans la banlieue nantaise, et souhaite y construire une mosquée. L’enquête est en cours et la gauche a déploré un coup médiatique de la part de la droite, qui se servirait de cette affaire pour promouvoir sa future loi sur l’interdiction du port du voile intégral annoncée par Nicolas Sarkozy. Le Premier ministre, François Fillon, s’est entretenu ce lundi avec la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohamed Moussaoui, pour débattre de la loi. Il devait également consulter les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat sur son calendrier. Le CFCM a déploré qu’un « élément marginal » ait pris une telle importance médiatique et n’a pas souhaité donner son avis sur le fond de l’affaire. « Si la justice le condamne pour cela et si le ministre de l’Immigration, ou les autorités concernées, pensent que c’est la mesure qu’il faut prendre, ce n’est pas au Conseil français du culte musulman de dire s’il est pour ou contre », a dit Mohammed Moussaoui, rappelant que le CFCM était « respectueux du droit ». En revanche, le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, entend mettre cette affaire à profit. « Il serait sans doute utile d’élargir les possibilités dans notre droit de renforcer et d’accélérer les procédures de déchéance de nationalité et pour cela d’envisager dès le texte qui sera présenté par le ministre de l’Immigration qu’un certain nombre de dispositions puissent être votées », a-t-il dit lors du point de presse hebdomadaire du parti majoritaire. Il a estimé qu’en 2008, 9.400 cas de fraudes aux allocations familiales représentant « des dizaines de millions d’euros » avaient été constatées en France, l’allocation de parents isolés faisant l’objet des fraudes les plus fréquentes. « On est au cœur d’un système qui pèse sur la collectivité », a dit Frédéric Lefebvre.
 

 

Une mosquée du sud de la France visée par un mitraillage


AFP, le 26 avril 2010 à 17h05         MARSEILLE (France), 26 avr 2010 (AFP) – La mosquée d’Istres, une commune du sud de la France, a été la cible d’un mitraillage dans la nuit de samedi à dimanche, a-t-on appris lundi auprès du parquet d’Aix-en-Provence.     « Un peu plus » de trente impacts ont été relevés sur les murs de l’édifice inauguré en juillet 2009 et qui n’avait « jamais eu de problème », a dit le procureur de la République adjoint d’Aix-en-Provence, Denis Vanbremeersch, précisant qu’il n’y avait « pas eu de revendication ».     Le Premier ministre François Fillon a indiqué lundi par communiqué avoir fait part de sa « vive émotion » aux membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’organisme représentatif des musulmans de France. Ils les a reçus lundi dans le cadre des consultations sur le projet de loi sur le voile islamique intégral, que le gouvernement entend interdire en France.     « On est stupéfait, abasourdi de noter un acte de ce type dans notre ville. Depuis des décennies, on ne vit que dans l’harmonie, la reconnaissance et l’estime mutuelles », a déclaré le maire d’Istres, François Bernardini.     Cette mosquée peut accueillir 600 à 700 fidèles.  

Kosovo : Du voile islamique d’une jeune fille et de la laïcité


AFP, le 26 avril 2010 à 06h16 Par Ismet Hajdari Drobesh (afp) Le refus d’une jeune Kosovare d’ôter son voile islamique à l’école et l’interdiction de fréquenter l’établissement suscite un débat passionné au Kosovo autour de la nature laïque du nouvel Etat. La très grande majorité de la population kosovare est musulmane. Arjeta Halimi, une jeune fille de 17 ans, explique comment on lui signifia, en janvier dernier, qu’elle ne pouvait plus entrer dans son école de Vitina, dans l’est du Kosovo, proche du village de Drobesh, où vit sa famille. « Les agents de sécurité m’ont dit que je ne pouvais pas entrer dans l’établissement avec mon foulard », dit- elle. « Ils m’ont dit qu’ils avaient reçu des instructions du directeur. J’ai refusé de l’enlever. Depuis, je n’ai pas pu revenir à l’école ». Le voile d’Arjeta couvre ses cheveux et ses épaules, encadrant son visage. Aucune de ses quatre soeurs cadettes ne le porte. En dépit d’une décision du tribunal en sa faveur, l’établissement scolaire refuse d’autoriser Arjeta à assister aux cours, faisant valoir que la Constitution du Kosovo sépare clairement l’Etat de la religion. « Notre pays est un Etat séculier… Nous ne faisons que respecter la Constitution », indique Fehri Qerimi, le directeur de l’école de Vitina. S’il y a eu dans le passé d’autres élèves interdites d’école pour avoir refusé d’enlever leur foulard, le cas d’Arjeta est le premier depuis la proclamation de l’indépendance du Kosovo, en février 2008. C’est peut-être la raison pour laquelle l’attitude de la jeune fille a suscité un grand débat public qui, au delà d’Arjeta, porte sur la laïcité de l’Etat kosovar. Les auteurs de la Consitution « pressés » Politiques, personnalités religieuses, journalistes, juristes, sociologues, chacun y va de son commentaire. Les uns soutiennent les autorités kosovares dans cette affaire et rappellent que la Constitution définit le Kosovo comme un Etat « neutre sur les questions religieuses ». Les partisans d’Arjeta insistent pour leur part sur le droit à la liberté de confession et au droit à l’éducation, faisant valoir que la justice avait donné raison à la jeune fille. Selon le sociologue kosovar Fadil Maloku, les auteurs de la Constitution kosovare se sont hâtés d’insister sur la nature séculière du nouveau pays pour « prévenir toute accusation que le Kosovo voulait établir un Etat islamique ». Les jeunes filles et les femmes sont rarement voilées au Kosovo, en particulier dans les villes. A Vitina, les positions sont particulièrement tranchées sur le cas d’Arjeta. « Il s’agit d’un abus grave des droits de l’Homme. Le foulard n’est pas un symbole, mais une obligation des croyants », selon Fehim Abazi, l’imam local. Scolarisée à la maison Mais l’école visée rejette les critiques. « Nous ne lui avons pas refusé le droit à l’éducation étant donné qu’elle peut passer les examens », souligne le directeur. Arjeta, quant à elle, reste à la maison et se rend aux classes de religion à la mosquée, étudie le Coran. Elle projette de passer les examens de fin d’année. « Je ne veux pas enlever mon foulard, dit-elle. Il fait partie de mon identité ». Certains camarades d’Arjeta sont favorables au retour de la jeune fille dans l’école. Mais d’autres y sont opposés. « Je suis contre (contre son retour). Sinon, tout le monde porterait le voile à l’école qui se transformerait en établissement religieux », explique Magdalena, 18 ans. « Si on lui permet de porter le foulard, d’autres porteront la croix et les conflits apparaîtront », estime Amanda Ajvazi, 18 ans. Certains observateurs à Vitina sont persuadés que les autorités locales ont pour souci primordial de ne pas déstabiliser les relations entre la majorité musulmane et la minorité catholique locale. « Ces communautés vivent en pleine harmonie, sans aucun incident religieux entre elles », souligne le journaliste Ibrahim Sefedini. AFP

 

 

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