24 mai 2011

TUNISNEWS
11 ème année, N°4018 du 24.05.2011


AFP: Tunisie: le gouvernement maintient les élections au 24 juillet
AFP: Egypte et Tunisie: la Banque mondiale promet jusqu’à 6 milliards de dollars
ANSA: Tunisia: domani vertice Interpol per mandato cattura Ben Ali
AFP: Tunisie: le blogueur Slim Amamou démissionne du gouvernement
AFP: Le chef de la diplomatie libyenne entré en Tunisie
AFP: L’Union pour la Méditerranée doit soutenir le « printemps arabe » (ministre français)
AFP: L’UE veut encourager ses voisins à des réformes démocratiques
Reuters: Libya oil chief no longer on Gaddafi side-Tunisia
AFP: Les cyberdissidents syriens se cachent, même au Liban
Assabilonline: Arrestation de Safouane Mohammed Mongi Ayari au sortir de la mosquée – Il a été torturé et une affaire d’ébriété a été montée
Dynamique Citoyenne des Tunisiens à l’Etranger (D.C.T.E.) :L’axe citoyenneté


REVUE DE PRESSE


Tunisie: le gouvernement maintient les élections au 24 juillet


 
AFP / 24 mai 2011 16h04
TUNIS – Le gouvernement tunisien de transition a décidé de maintenir au 24 juillet l’élection cruciale d’une Assemblée constituante, contre l’avis de la commission électorale qui proposait de la reporter au mois d’octobre pour des raisons techniques et logistiques, a-t-il annoncé mardi.
 
Le Conseil des ministres a discuté longuement de la proposition de report de la Haute instance pour les élections du 24 juillet au 16 octobre et il a décidé de respecter la date fixée par le gouvernement et le président, c’est à dire l’organisation des élections le 24 juillet, a déclaré le porte-parole du gouvernement Taïeb Baccouche.
 
Le gouvernement décide de maintenir le rendez-vous du 24 juillet, en prenant l’engagement d’offrir à la Haute instance tous les moyens pour organiser les élections, a-t-il ajouté, en soulignant que la Haute instance a proposé ce report sans discuter avec le gouvernement.
 
Le président de la Haute instance indépendante chargée de préparer et superviser ce prochain scrutin, Kamel Jendoubi, avait suggéré dimanche un report de l’élection au 16 octobre, faute de conditions matérielles adéquates.
 
On ne peut pas faire autrement que de repousser les élections vu l’état d’impréparation dans lequel on se trouve aujourd’hui, sur les plans logistique, technique, administratif et financier. Organiser les élections le 24 juillet, c’est courir le risque de faire de mauvaises élections, non crédibles, faisait encore valoir mardi matin le président de la Commission de réforme politique, Yadh Ben Achour.
 
Nous n’avons pas le choix, avait-il assuré en rappelant qu’il faut 6.000 agents inscripteurs, 1.500 centres d’inscription, il faut procéder à l’inscription des électeurs, ce qui va prendre au moins un mois, il faut 8.000 bureaux de vote et un total de 40.000 agents scrutateurs, etc…
 
La question d’un report faisait polémique ces dernières semaines en Tunisie, dans un contexte incertain, entre difficultés économiques, spectre d’une menace terroriste sur son territoire et débordement du conflit libyen à sa frontière sud.
 
Une partie de la classe politique, notamment le mouvement islamiste Ennahda (Renaissance), s’est prononcé pour le maintien de l’élection au 24 juillet, en agitant la menace d’une période prolongée d’instabilité en cas de report.
 
La prolongation de la période transitoire aurait des impacts sur les domaines économique, social et sécuritaire, a affirmé lundi à l’AFP Ali Laraydh, le porte-parole de ce mouvement durement combattu sous le régime Ben Ali, bien connu des Tunisiens et crédité par les experts du meilleur score aux prochaines élections.

Egypte et Tunisie: la Banque mondiale promet jusqu’à 6 milliards de dollars


AFP 24/05/2011 à 16h:07 |
La Banque mondiale a annoncé mardi qu’elle allait promettre lors du sommet du G8 qui s’ouvre jeudi jusqu’à six milliards de dollars de financements pour l’Egypte et la Tunisie, à la condition que ces deux pays poursuivent les réformes de leur système politique et économique.
Ces 4,5 milliards de dollars pour l’Egypte et 1,5 milliard de dollars pour la Tunisie, qui intègrent des financements déjà annoncés, seraient versés sur deux ans, « en fonction du rythme et de l’étendue des réformes », a indiqué le président de la Banque mondiale Robert Zoellick dans un communiqué.
Ces deux pays, où des révoltes populaires ont renversé cet hiver les présidents respectifs qui régnaient sans partage depuis environ un quart de siècle, sont l’objet de toute l’attention de la communauté internationale.
« Nous travaillons en étroite collaboration avec le FMI [Fonds monétaire international] et les autres banques multilatérales de développement sur une approche intégrée pour essayer de stabiliser puis moderniser les économies de la région », a expliqué M. Zoellick.
« Et ces efforts conjoints seront le sujet des discussions que nous aurons avec le Groupe des Huit », dont les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se retrouver jeudi à Deauville (France), a poursuivi le président de la Banque mondiale.
« J’espère montrer à quel point la croissance dans toute l’Afrique du Nord ainsi qu’au Proche et au Moyen-Orient est liée la réussite économique de la Tunisie et de l’Egypte », a-t-il expliqué.
La Banque mondiale a indiqué avoir abaissé sa prévision de croissance pour la région, à 3,6% en 2011 contre 5% auparavant estimé.


ANSA, le 24 mai 2011 à 10h21 GMT

Tunisia: domani vertice Interpol per mandato cattura Ben Ali


 

Si terrà domani, nella sede di Lione dell’Interpol, in Francia, una riunione per fare il punto sulle richieste avanzate dalla giustizia tunisina per l’esecuzione di mandati di cattura internazionali a carico dell’ex presidente Zine El Abidine Ben Ali e di suoi congiunti o ex collaboratori.
Alla riunione, riferisce la Tap, parteciperà una delegazione tunisina, in rappresentanza del dipartimento degli Affari penali del ministero della Giustizia e del giudice istruttore del tribunale di Tunisi, che conduce una parte delle indagini su Ben Ali e sull’operato suo e di molti appartenenti alla sua famiglia e a quella della moglie, Leila Trebelzi, che dopo la caduta del regime sono fuggiti all’estero.
Ieri sera, peraltro, l’ex governatore della Banca centrale tunisina, Taoufik Baccar, è stato interrogato per due ore, dal giudice istruttore di Tunisi, su alcune operazioni di esportazione di valuta che sarebbero state fatte da appartenenti al clan di Ben Ali. In particolare, da parte di congiunti della moglie, Leila Trebelzi, e di esponenti di una famiglia legatissima all’ex presidente, quella dei Materi.
L’interrogatorio di Baccar, secondo quanto riferiscono alcuni siti online locali, si sarebbe incentrato su esportazioni di grandi quantità operate senza l’autorizzazione amministrativa della Banca centrale tunisina, ma con documenti che portavano la sola firma dell’ex governatore.
L’inchiesta sta cercando ora di verificare se Baccar, o altri, abbiano avuto dei benefici dalle operazioni irregolari.
 
 
 
 


 
 
 
 

AFP, le 23 mai 2011 à 22h36 GMT

Tunisie: le blogueur Slim Amamou démissionne du gouvernement


TUNIS, 23 Mai 2011 (AFP) – Un cyberdissident très actif sous le régime Ben Ali, emprisonné pendant la « révolution du jasmin », Slim Amamou, a démissionné de son poste de secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports au sein du gouvernement tunisien de transition, a-t-il annoncé lundi soir sur Twitter.
« Je confirme, j’ai démissionné. Il ne reste plus que les formalités administratives », affirme le blogueur et militant de la liberté d’expression, très connu en Tunisie.
M. Amamou avait annoncé plus tôt lundi son intention de quitter le gouvernement, dans un entretien à la radio tunisienne Express FM, en estimant que sa mission au sein du gouvernement était terminée.
« C’était une expérience importante mais fatigante, surtout les critiques constantes », a-t-il déclaré à la radio.
« La chose la plus importante aujourd’hui pour la Tunisie, ce sont les élections » de l’Assemblée constituante, « dont la Haute instance pour les élections est responsable maintenant », a-t-il encore expliqué, faisant valoir que sa présence au gouvernement n’était plus nécessaire.
Ce scrutin crucial, qui devait initialement avoir lieu le 24 juillet, pourrait être repoussé de plusieurs semaines pour des raisons d’organisation. Un Conseil des ministres devait se prononcer mardi sur un possible report de ces premières élections post Ben Ali.
Dans cette interview, M. Amamou s’indigne par ailleurs du retour de la censure sur internet, faisant allusion à la décision des autorités de fermer quatre sites à la demande de l’armée.
M. Amamou n’était pas immédiatement joignable pour commenter sa décision.
Ce blogueur de 33 ans a été l’une des figures indépendantes et d’opposition à intégrer le nouveau gouvernement tunisien après la révolution du 14 janvier, qui avait fait tomber le régime du président déchu Zine el Abidine Ben Ali.
Arrêté dans les derniers jours du régime autoritaire, Slim Amamou avait été libéré le 13 janvier.


 
 
 
AFP, le 23 mai 2011 à 21h36 GMT

Le chef de la diplomatie libyenne entré en Tunisie


TUNIS, 23 Mai 2011 (AFP) – Le chef de la diplomatie libyenne Abdelati al-Obeïdi est entré lundi en Tunisie par le poste-frontière tuniso-libyen de Ras Jedir, a indiqué l’agence officielle TAP.
Le ministre libyen des Affaires étrangères, qui pourrait gagner l’île touristique de Djerba, au sud de la Tunisie, est accompagné de plusieurs responsables libyens dont l’ambassadeur au Libéria et de conseillers, a ajouté la TAP sans citer sa source.
M. Al-Obeïdi a déjà traversé plusieurs fois la frontière tuniso-libyenne, pour d’autres destinations notamment la capitale éthiopienne Addis Abeba, précise la TAP.
Son précédesseur Moussa Koussa avait fait défection début avril à Londres.
Le ministre libyen du Pétrole, Chokri Ghanem, un cacique du régime de Mouammar Kadhafi, était passé le 14 mai en Tunisie par le poste-frontière de Ras Jedir, alimentant aussi des spéculations sur sa défection.
Le porte-parole du gouvernement libyen, Moussa Ibrahim a assuré jeudi qu’il était en mission en Tunisie puis en tournée dans plusieurs pays européens et qu’il devait se rendre ensuite en Egypte.


 
 
 
AFP, le 24 mai 2011 à 11h46 GMT

L’Union pour la Méditerranée doit soutenir le « printemps arabe » (ministre français)


PARIS, 24 Mai 2011 (AFP) – L’Union pour la Méditerranée (UPM) devrait être le vecteur pour soutenir, y compris financièrement, les pays pionniers du « printemps arabe », a plaidé mardi le secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur Pierre Lellouche.
« A titre personnel, je défends l’idée d’utiliser l’Union pour la Méditerranée, de la changer en Union pour la démocratie en Méditerranée et de la découpler des affaires israélo-palestiniennes pour en faire une cible prioritaire des moyens financiers et commerciaux pour la construction de la démocratie », a-t-il déclaré à l’AFP en marge du forum de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris.
Selon lui, les pays riches doivent préparer, lors du sommet du G8 jeudi et vendredi à Deauville (nord-ouest), « un ensemble de propositions, un paquet à la fois finance et commerce, pour gérer cette période de transition démocratique avec en première ligne les deux pays les plus immédiatement concernés, la Tunisie et l’Egypte ».
« Nous devons mobiliser les institutions financières internationales, essayer de trouver des fonds sur le plan national, même si personne n’en a beaucoup, et nous travaillons à des mécanismes, dans le cadre du Club de Paris, pour soulager un peu la pression de la dette et convertir une partie de celle-ci en investissements », a-t-il ajouté.
Pierre Lellouche, qui s’est entretenu au siège de l’OCDE avec le sous-secrétaire américain aux Affaires économiques et au Commerce Bob Hormats, a souhaité « que l’on travaille ensemble, Européens et Américains, à l’ouverture du commerce, qu’on aide ces pays à pouvoir exporter le plus rapidement possible ».
« Tout ça, ça ressemble un peu à un plan Marshall », a-t-il assuré. « Ce n’est pas des énormes sommes d’argent qu’on va afficher mais bien plus des choses concrètes, une boîte à outils de choses peut-être plus efficaces. »
« Les Etats-Unis et l’Europe doivent travailler ensemble sur ce sujet », a acquiescé Bob Hormats, dans un entretien accordé à l’AFP. « Si nous agissons collectivement, avec des efforts parallèles, c’est beaucoup mieux » car « cela envoie un message politique très fort et permet de mobiliser davantage de ressources », a-t-il ajouté.
Selon lui, Washington et Paris partagent la conviction que le « printemps arabe » représente « une opportunité historique » semblable à l’effondrement des régimes communistes en Europe en 1989.
« La tragédie de cette période, c’est que cette énorme opportunité intervient alors que les budgets des principaux pays industrialisés sont très serrés et sous pression », a-t-il souligné.
Les principaux pays industrialisés du G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Canada, France, Royaume-Uni, Italie et Russie) doivent s’accorder à Deauville sur l’aide financière à apporter à la Tunisie et à l’Egypte afin de les aider à réussir leur transition vers des systèmes démocratiques.


 
 
 
 
AFP, le 24 mai 2011 à 11h06 GMT

L’UE veut encourager ses voisins à des réformes démocratiques


Bruxelles (afp) L’Union européenne veut tirer les leçons du « printemps arabe ». Elle veut encourager les bons élèves de son voisinage méditerranéen et de l’Est par une politique récompensant les progrès démocratiques, selon un projet de document obtenu mardi par l’AFP.
Ce texte, élaboré par la Commission européenne et les services de la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton, doit être présenté officiellement mercredi. Il tire les conséquences de la « Politique européenne de voisinage », accusée de complaisance envers des régimes autoritaires comme la Tunisie de Zine El Abidine Ben Ali
ou l’Egypte d’Hosni Moubarak finalement renversés par la rue.
Ce document propose « d’adapter les niveaux d’aide aux progrès (des pays partenaires) en matière de réformes démocratiques ». Il prévoit des incitations à construire une « démocratie profonde », pas uniquement fondée sur des élections libres, mais aussi sur une vie politique pluraliste, une justice indépendante et le respect des libertés fondamentales.
Le texte propose aussi de soutenir un développement économique « inclusif », ainsi que des initiatives en matière de mobilité, de commerce, d’énergie ou de migrations.
« Le soutien de l’UE à ses voisins est conditionnel », assure le document. « Plus le pays progressera dans ses réformes internes, et plus vite il le fera, plus il aura d’aide de l’UE ».
Des rapports annuels évalueront ces progrès. « Pour les pays où les réformes n’auront pas eu lieu, l’UE va reconsidérer et éventuellement réduire ses aides », précise-t-il.


 
 
 
 
Reuters, le 23 mai 2011 à 15h21 GMT

Libya oil chief no longer on Gaddafi side-Tunisia


* Ghanem no longer working for Gaddafi – Tunisian minister
* Former Libyan oil minister « on island in south of Tunisia »
TOKYO/TUNIS, May 23 (Reuters) – Tunisian Foreign Minister Mouldi Kefi said on Monday he believed Libyan oil chief Shokri Ghanem was no longer working for Muammar Gaddafi’s government.
The whereabouts of Ghanem have been a mystery since Libyan rebels said last Tuesday he had defected. The government in Tripoli has denied the rebels’ accusation and said last Thursday he was on an official trip to Tunisia, Europe and Egypt.
« I believe and I suspect Mr. Ghanem just left Libya and that he is not any more working with the Gaddafi regime. Probably that’s why he came to Tunisia, » Kefi, in Tokyo to meet Japanese government officials, told a news conference.
Kefi added that Ghanem was staying in a hotel on a small southern island of Tunisia but when asked whether Ghanem plans to travel to other countries, Kefi said: « Only God knows what is in Mr. Ghanem’s mind. »
As head of Libya’s NOC state energy firm and its delegate to the Organization of the Petroleum Exporting Countries, Ghanem is the country’s most important energy official. He is widely respected by people in the industry.
Separately, Tunisia’s official news agency TAP reported that a number of Libyans, including Foreign Minister Abdelati Obeidi and Libya’s ambassador to Liberia, had crossed the border into Tunisia at Ras Jadir.
It was not immediately clear why they were travelling.


 
 
 
AFP, le 23 mai 2011 à 14h03 GMT

Paris et Tunis renforcent leur coopération dans la formation professionnelle


TUNIS, 23 Mai 2011 (AFP) – La ministre française de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, Nadine Morano, a entamé lundi une visite de deux jours en Tunisie pour renforcer les partenariats franco-tunisiens visant à favoriser l’accès à l’emploi, dans un contexte de montée du chômage.
« La France sera à vos côtés pour construire cette nouvelle page d’histoire de la Tunisie », a souligné Mme Morano lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre tunisien de l’Emploi et de la Formation professionnelle Saïd Aydi.
A l’approche de la saison touristique en Tunisie, cruciale pour l’économie du pays, la ministre a évoqué le projet d’accueillir en France « dès cet été » une centaine de Tunisiens « destinés à être des formateurs » dans ce secteur, et de former également des jeunes dans l’hôtellerie, la restauration ou la cuisine, « qui seront directement employables à leur retour » dans leur pays.
Les deux ministres ont par ailleurs signé une déclaration d’intention de coopération à long terme en matière de développement de la formation professionnelle et en alternance.
Mme Morano a rappelé que la France avait récemment accordé une aide financière de 350 millions d’euros sous forme de prêts de l’Agence française du développement (AFD), dont 185 millions d’euros pour financer des projets relatifs à l’emploi, à la formation professionnelle et au secteur financier.
La croissance économique en Tunisie devrait se situer entre 0 et 1% à peine en 2011, en raison notamment de la crise du secteur du tourisme, qui assure près de 7% du PIB mais est à la peine depuis la révolution, selon des estimations officielles tunisiennes.
Pour cet été, l’Office national du tourisme tunisien fait état d’un recul des réservations de 55%.
Le gouvernement redoute que le chômage, autour de 13% de la population active en 2010, monte aux alentours de 20% cette année.


 
 
ANSA, le 24 mai 2011 à 08h41 GMT

Libia: psicologa, 270 casi stupro da parte gheddafiani


ROMA (ansa) Sono 270 le donne che affermano di essere state stuprate dai soldati di Muammar Gheddafi. Lo dice alla Cnn una psicologa libica, Siham Sergewa, che sta raccogliendo informazioni sui casi di presunte violenze sessuali.
Sergewa sottolinea di trasmettere tutte le informazioni alla corte penale internazionale e ricorda di aver iniziato ad occuparsi del caso dopo una prima denuncia di una donna di Ajdabiya, a sud di Bengasi, che denunciò di essere stata stuprata nella fase iniziale degli scontri tra lealisti e ribelli.
Da allora, la psicologa raccoglie informazioni lungo i campi profughi al confine tra Libia e Tunisia ed Egitto.


 
 
 
 
AFP, le 24 mai 2011 à 11h14 GMT

Les cyberdissidents syriens se cachent, même au Liban


Par Khaled SOUBEIH
 
BEYROUTH, 24 Mai 2011 (AFP) – Quand il a quitté sa Syrie natale, où pendant des années il a été opposant clandestin au régime de Bachar Al-Assad, Shaheen rêvait de pouvoir enfin mener sa lutte au grand jour.
Mais au Liban voisin, le journaliste doit encore se cacher lorsqu’il rassemble des images des manifestations en Syrie et les compile dans des rapports quotidiens utilisés par les sites internet et d’autres médias.
« Nous pensions que d’aller au Liban nous apporterait plus de liberté de mouvement et d’expression », explique le jeune homme de 30 ans qui préfère s’exprimer sous un faux nom.
« Nous avons été surpris quand nous avons découvert que les Libanais ont encore plus peur des services de renseignements syriens que les Syriens eux mêmes », raconte-t-il à l’AFP, installé chez un ami à Beyrouth qui l’héberge depuis qu’il a quitté son pays en mars.
La Syrie a retiré ses troupes du Liban, sous le pression internationale après le meurtre en février 2005 du Premier ministre Rafic Hariri, mettant un terme à 29 ans de domination militaire et politique sur son petit voisin.
Mais Damas continue d’exister au Liban à travers le Hezbollah et le puissant parti chiite, qui est soutenu par la Syrie et l’Iran, a fait tomber le gouvernement du Premier ministre Saad Hariri le 12 janvier.
« Quand j’appelle mes amis au Liban, il me disent +fais attention, ton téléphone est sur écoute+ ou +le Hezbollah est là+ », dit Shaheen.
C’est après l’arrestation d’un de ses amis, au début du mouvement de contestation en Syrie, que Shaheen s’est réfugié au Liban. En un peu plus de deux mois de manifestations dans le pays, des milliers de Syriens ont été arrêtés et plus de 900 civils ont été tués, selon des ONG.
Shaheen avait été invité par le bureau des renseignements syriens pour prendre « une tasse de café », expression consacrée pour une convocation à un interrogatoire « politique ».
« Nous avions déjà été interrogés plusieurs fois, mais cette fois nous avons décidé que nous n’allions pas pouvoir continuer à nous battre pour notre cause à moins que nous ne quittions la Syrie », explique-t-il.
« Maintenant on ne peut plus s’arrêter, quoi qu’il arrive », ajoute-t-il. « Nous le devons à tous ceux qui risquent la mort et la torture, qui ont le courage d’aller à toutes les manifestations ».
Mujab Samra, 32 ans, un autre militant syrien basé à Beyrouth, se dit très déçu par le Hezbollah, pourtant un symbole de la résistance, celle à Israël, au Proche-Orient.
« Comment ce parti peut-il soutenir la liberté en Egypte, en Tunisie ou à Bahreïn et se dresser contre elle en Syrie, alors que les racines de ces révolutions sont communes: la tyrannie, l’oppression et l’injustice », s’interroge Samra.
Pour Shaheen, même au Liban, sa plus grand crainte n’est pas la mort, mais la détention et la torture.
« La seule chose que je redoute est la torture, je ne sais pas ce que je suis capable de supporter », confesse-t-il.
L’armée libanaise a arrêté plusieurs réfugiés syriens qui ont fui vers le Liban à travers des passages frontaliers illégaux dans le nord du pays.
Des organisations internationales des droits de l’Homme ont fait état de leur inquiétude concernant ces arrestations, Human Rights Watch appelant à la libération de tous ceux qui sont en garde à vue.
Mais les cyberdissidents syriens sont déterminés à lutter pour leur liberté dans leur patrie où depuis 48 ans le parti Baas est au pouvoir.
« Nous n’avons pas le choix. Soit nous poursuivons la lutte ou alors nous acceptons l’idée que nos enfants vivront sous le régime des enfants de Bachar Al-Assad, tout comme nos parents eux ont vécu sous celui de Hafez », le père de Bachar, dit Samra.
« La Syrie a vécu dans le silence, et ce terrible silence est maintenant brisé », estime Shaheen.


 

Arrestation de Safouane Mohammed Mongi Ayari au sortir de la mosquée

Il a été torturé et une affaire d’ébriété a été montée


 

Assabilonline– Tunis

[…] Safouane Mohammed Monji Ayari, fils du martyr Monji Ayari : sa famille nous a affirmé lundi 23 mai 2011 que leur fils Safouane avait été arrêté samedi 21 mai par un chef de brigade relevant du poste de Jbel Jelloud alors qu’il sortait de la mosquée où il conduisait la prière du soir avec un groupe d’amis à lui qui ont été arrêtés eux aussi puis remis en liberté.

Le jeune Safouane a affirmé aujourd’hui lundi, dans l’après midi après sa remise en liberté par le tribunal de Sijoumi qu’on lui avait monté une accusation d’ébriété et qu’il avait subi des violences extrêmes à Bouchoucha.

[…]

En collaboration avec Saïed Mabrouk, militant des droits de l’homme, Tunis

23-05-2011

(traduction d’extraits ni revue ni corrigée par l’auteur de la version en arabe, LT)


 

Dynamique Citoyenne des Tunisiens à l’Etranger (D.C.T.E.)


 

L’axe citoyenneté

Après avoir mis en ligne son texte fondateur N° 4004 du 10.05. 2011 et son texte de l’axe culture et mémoire N° 4012 du 18.05.2011 sur tunisnews la Dynamique Citoyenne des Tunisiens à l’Etranger , lancée vers la fin du mois de février 2011 par des associations des Tunisiens à l’étranger et par des personnalités indépendantes (voir liste des initiateurs sur facebook), poursuit sa présentation au public en publiant le présent texte portant sur l’axe « citoyenneté», sachant que les débats qui se sont poursuivis tout au long des trois derniers mois ont abouti à la configuration d’une approche globalisante s’articulant autour de trois thèmes ou axes : la problématique de la mémoire et de la culture, les revendications citoyennes (élections, représentativité etc..) spécifiques aux communautés tunisiennes expatriées et les efforts pour nourrir la réflexion sur leur rôle et leur contribution solidaire à la tâche de reconstruction économique après la Révolution de la liberté et de la dignité. On ne saurait trop insister sur le fait que la déclinaison de ces axes en autant de projets tangibles ne revêt aucun caractère définitif, bien au contraire, elle n’a d’autre but que de susciter le débat afin d’en améliorer le contenu de ceux-ci, d’en affiner les contours et d’y remédier aux insuffisances. Vos propositions seront prises en considération et automatiquement intégrées dans la mouture générale. Ce sont des projets qui n’appartiennent à personne en particulier, ils sont le fruit d’un effort collectif. Ils concernent tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes tant à l’étranger que sur le sol national.

Ensemble réussissons-les !

 

DCTE – L’axe citoyenneté

parDynamique Citoyenne des Tunisiens à l’Etranger (DCTE),

Version du 01/04/2011

Avant la révolution, les tunisiennes et les tunisiens vivant à l’étranger ont été marginalisés et exclus de la vie politique.

N’ayant le droit de vote qu’aux élections présidentielles qui étaient de fait un rituel sans grand intérêt en raison du système despotiques, la plupart de nos compatriotes se désintéressaient complètement de ces rendez-vous formels et ne se sentaient pas concernés par ces échéances.

Le clientélisme, doublé d’une police omniprésente, d’un parti-Etat hégémonique et d’une instrumentalisation de l’appareil de l’Etat y compris dans les locaux des missions consulaires et diplomatiques ne pouvaient qu’éloigner les tunisiennes et les tunisiens attachés à une citoyenneté réelle comme ils la perçoivent et/ou l’exercent dans les pays d’accueil.

Ces politiques du mépris ont eu pour effet de détourner bon nombre de nos concitoyens et surtout les plus jeunes, de tout intérêt à la chose publique en Tunisie et n’a pas permis l’organisation de la communauté, tunisienne à l’étranger qui refuse l’allégeance à l’ancien parti-état, exception faite de quelques associations autonomes relevant du droit des pays d’accueil.

Depuis le 14 janvier 2011, notre pays est entré dans une phase de reconstruction et de transition démocratique pour faire aboutir la révolution de la dignité pour que chaque tunisienne et chaque tunisien puisse exercer sa citoyenneté pleine et entière, c’est à la fois le droit et la responsabilité de chacun d’entre nous.

La citoyenneté implique avant tout, que tout tunisien majeur jouissant de ses droits, puisse participer à la vie politique de la Tunisie même s’il vit en dehors du pays: Pouvoir être électeur et éligible aux différentes élections, choisir celles et ceux qui prennent en son nom et pour l’intérêt de toutes et tous, les décisions importantes, leur demander des comptes et au besoin les sanctionner dans les urnes, sont les attributs du citoyen et du peuple qui doivent l’exprimer en toute souveraineté.

Citoyens et acteurs de la société civile tunisienne à l’étranger, nous revendiquons l’exercice de ces droits rattachés à la citoyenneté tunisienne, d’autant que la transition démocratique devrait consacrer une nouvelle constitution, un nouveau système politique démocratique, pluriel qui réalise une rupture définitive avec le passé et consacre la souveraineté de notre peuple dans ses choix. De même, partie intégrante de notre peuple, nous avons les mêmes devoirs.

Aujourd’hui notre peuple se doit de trouver sa voie, instaurer une république démocratique et ouverte au monde, un Etat de droit qui garantisse l’égalité des citoyens en droits et devoirs sans distinction de genre, d’origine, de condition sociale ou d’appartenance régionale.

Dans cette œuvre de reconstruction, nous voulons prendre notre part même si, contraints par les nécessités, nous résidons à l’étranger. Il s’agit d’édifier tous ensemble sur le champ de ruine du régime déchu, des nouvelles réalités politiques, économiques, sociales et culturelles.

Dans ce contexte, le processus en cours ne manque pas de susciter chez nombre d’entre nous des interrogations pour lesquelles nous espérons avoir rapidement des réponses rassurantes.

1- A propos de la loi électorale et de la Constituante.

Dans son article 30 le projet de loi relatif à la loi électorale consacre le principe du droit de vote et relatif à la loi électorale consacre le principe du droit de vote et d’éligibilité à la constituante, des tunisiennes et tunisiens résidents à l’étranger mais renvoie à un autre décret le soin de fixer les modalités de cette représentation. D’après des informations, une commission gouvernementale étudierait un projet de décret qui serait pris à part pour organiser les élections de la constituante hors du territoire national.

Nous n’ignorons pas que l’organisation d’élections à l’étranger est plus compliquée que les élections à l’intérieur, mais nous réclamons pour les tunisiens qui vivent à l’étranger les mêmes droits sans discrimination et les mêmes possibilités d’exercer pleinement leur droit de choisir leurs représentants parmi eux.

C’est non seulement un droit et une exigence démocratique ; c’est aussi un enjeu de taille. Il y va de la crédibilité du processus de transition démocratique. Le réussir c’est jeter les bases d’une réconciliation avec 1/10ème de notre population qui vit de surcroit, en grande partie dans des pays à tradition démocratique et dont beaucoup sont porteur d’une double nationalité.

Quelques bruits ayant couru sur d’éventuelles restrictions quand à l’éligibilité des binationaux, nous ne voudrions pas que le décret organisant les élections hors du territoire national remette en cause ces acquis que nous considérons comme historiques.

Nos propositions :

Sur le scrutin, le nombre de siège et le découpage électoral.

Dans le projet de décret-loi tel qu’adopté le 11 avril, il a été décidé que le scrutin serait un scrutin de liste à un tour avec répartition des sièges à la proportionnelle avec le plus fort reste. Il a également été décidé que les listes doivent être paritaires alternées (un homme-une femme ou l’inverse).

Il a été adopté que la Tunisie sera découpée en 26 circonscriptions électorales en optant pour le gouvernorat comme circonscription (Tunis et Sfax auront deux circonscriptions) La base d’attribution des sièges est de ‘un pour 60.000’ avec divers modes de bonification pour favoriser la représentation des gouvernorats sous-peuplés.

Nous proposons que les circonscriptions électorales à l’étranger soient construites sur les mêmes bases en considérant les pays à forte concentration de tunisiens comme « région » avec le même souci de faire représenter au mieux les citoyens à la constituante .

Ainsi nous pensons qu’il doit y avoir :

– trois circonscriptions pour la France sur la base du découpage du ressort de compétence des trois consulats généraux: Paris, Lyon et Marseille (10 sièges) pour un total de 598 504 résidents tunisiens selon les derniers chiffres de l’OTE

– Une circonscription pour l’Italie (total de 3 sièges pour un total de 152721 résidents)

– Une circonscription pour les pays européens à forte présence de tunisiens (Allemagne, Belgique et Luxembourg, Suisse, Pays-Bas, Autriche Angleterre, Espagne Suède) 3 sièges pour un total de 150 976 tunisiens résidents

– Une circonscription pour le moyen monde Arabe avec le même esprit qui a animé le projet de décret-loi.

– Une circonscription pour les USA et le Canada (même si les tunisiens sont en dessous de 60 000)

Cette répartition paraît la plus équitable et la plus en rapport avec le poids démographique.

Listes électorales

·Il est proposé que le vote ait lieu avec la carte nationale d’identité avec inscription sur les listes électorales selon des listes électorales. Nous voulons une refonte des listes électorales établies par les services consulaires sous l’ancien régime et nous voulons que la haute instance indépendante chargée de l’organisation des élections supervise cette refonte.

·Beaucoup de nos compatriotes notamment les jeunes binationaux n’ont pas de CNI et nous pensons que l’Etat doit, à travers les services consulaires, mobiliser les moyens faire une campagne d’information civique auprès des citoyens pour la délivrance et/ou le renouvellement des carte d’identité, et l’inscription sur les listes électorales. Pour notre part, nous mobilisons nos moyens citoyens pour informer et sensibiliser les tunisiennes et les tunisiens pour l’exercice de leur droits de citoyens.

·Nous considérons qu’il est indispensable que la haute commission indépendante en charge de l’organisation des élections désigne des délégations pour l’organisation des élections dans les pays d’émigration avec les compétences et les moyens nécessaires pour remplir ses missions.

·Nous demandons que les litiges relatifs aux listes électorales soient de la compétence de cette commission et non du chef de la mission consulaire comme cela est prévu dans le projet de décret-loi initialement proposé.

·Nous pouvons mobiliser des bénévoles pour prêter main forte à l’organisation des élections (observateurs et contrôleurs à former si besoin)

Campagne électorale

La campagne électorale à l’étranger ne peut avoir le même déroulement qu’à l’intérieur et des adaptations sont nécessaires.

·Le financement doit être strictement contrôlé et l’égalité entre les candidats doit être assurée au moyen d’une subvention publique identique attribuée à chaque liste recevable.

·Pour permettre le respect de l’équilibre de la compétition, nous proposons que les dépenses de campagne soient plafonnées à un niveau qui permette aux listes en présence de participer à égalité de moyens aux élections et qu’une avance forfaitaire soit attribuée à l’avance à chaque liste recevable.

Cette mesure indispensable pour faire respecter l’égalité des candidats est amplement justifié par la nécessité d’accompagner l’organisation des tunisiens à l’étranger et l’émergence d’une société civile à même de contribuer à l’effort national de reconstruction démocratique.

·L’autorité de contrôle ne peut exercer un contrôle sur les médias audiovisuels privés mais peut par le contrôle des dépenses, au besoin faire invalider les listes ayant pratiqué des dépassements des plafonds.

L’opération de vote

Vu la configuration de la présence des tunisiens dans certaines zones et pour encourager les tunisiennes et tunisiens à remplir leur devoir de citoyen, il est nécessaire de prévoir des bureaux de vote dans des lieux de proximité (des locaux associatifs autonomes peuvent être mobilisés dans certains cas, les locaux des anciennes amicales sont à Bannir).

parDynamique Citoyenne des Tunisiens à l’Etranger (DCTE),

dynamique.tunisie@yahoo.com

 


Tunisie. Pourquoi Slim Amamou a-t-il démissionné?


Par Imed Bahri

«Je confirme, j’ai démissionné. Il ne reste plus que les formalités administratives», a-t-il affirmé sur les ondes. «C’était une expérience importante mais fatigante, surtout les critiques constantes», a-t-il déclaré à la radio. Avant de s’indigner du retour de la censure sur internet, son jardin des délices, par allusion à la décision des autorités de fermer quatre sites à la demande de l’armée.

L’entrée de Slim Amamou (33 ans) dans le premier gouvernement provisoire après Ben Ali était, il est vrai, un simple coup de pub, une manière de gagner les faveurs de la communauté des internautes, des blogueurs et des facebookers qui ont largement contribué au départ du dictateur. Le reste était cousu de fil blanc.

Un cyber-activiste au gouvernement Le cyber-activiste, qui a été emprisonné du 6 au 13 janvier en pleine «révolution du jasmin», n’avait, il est vrai, rien à faire dans un gouvernement où, dès les premiers jours, il se sentait à l’étroit. Membre du «Parti pirate tunisien», il a donc continué à faire semblant, sans trop se prendre au sérieux, gardant le contact avec sa famille naturelle, qu’il alimentait, presque en direct, en informations croustillantes sur les décisions du gouvernement. L’homme n’avait décidément pas le profil de l’emploi. Il n’avait rien à faire parmi cette assemblée hétéroclite d’hommes politiques sur le retour et de jeunes technocrates jouant les utilités, et profitant du provisoire pour consolider le durable en garnissant leur carnet d’adresses.

Même si Slim Amamou, devenu une célébrité mondiale de l’Internet et, accessoirement, une icône de la révolution tunisienne, n’a pas évoqué les raisons exactes de sa démission, on peut aisément les deviner. Car, sauf à continuer à faire l’hypocrite, sa place dans le gouvernement provisoire était devenue presque une incongruité. Une blague, en somme, qui ne l’amusait plus. L’homme, un peu artiste sur les bords, donc très jaloux de sa liberté, se sentait-il piégé dans une posture qui le condamnait à subir les travers d’une administration dénuée d’imagination et qui continue de fonctionner, dans son écrasante majorité, comme au bon vieux temps de Zaba. Et qui est encore tenue par des apparatchiks résistant au changement, pour ne pas avoir à rendre des comptes et à céder la place aux plus méritants.

Bruits et chuchotements Slim Amamou a-t-il souffert des pressions des Rcdistes présents à tous les étages de l’administration et qui pullulent aussi dans la sphère de la jeunesse et des sports? A-t-il entendu, lui aussi, les bruits et les chuchotements d’un «gouvernement de l’ombre»? A-t-il entendu des voix comme Farhat Rajhi? On ne le sait pas, mais on le devine. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que l’internaute a senti que ne servait à rien et qu’il n’avait plus rien à donner à un gouvernement qui, du reste, ne lui demandait rien, sauf peut-être de fermer la gueule… ou de démissionner. Voilà maintenant c’est fait. Au suivant…

Source : « Kapitalis » Le 24-05-2011

Tunisie : Qui est le grand perdant après la démission de Slim404 ?


Slim 404, représente l’une des icônes de la Révolution. Le seul, parmi, les politiciens en place, à s’être réellement battu pour la chute de Ben Ali. Le seul à avoir une réelle légitimité populaire au sein du gouvernement provisoire. La dernière feuille de vigne ministérielle serait-elle tombée quand Slim404 a claqué la porte ?

Le tweet de Slim404 est tombé comme un couperet : «Je confirme, j’ai démissionné. Il ne reste plus que les formalités administratives». Et la démission de Slim Amamou, secrétaire d’Etat à la Jeunesse a provoqué une avalanche de commentaires sur twitter, le média préféré du cybermilitant. Certains s’interrogeront sur les causes de cette sortie fracassante. Karim2k, par rexemple, notera : «et l’affaire Oussema Achouri ? ca peut pas être elle la première cause de départ de @slim404» ?

D’autres relèveront que c’est le retour insidieux de la censure sur le web qui aurait fini par le faire sortir de ses gonds et de son ministère. Inacceptable, en effet, pour un homme qui a tout risqué, et qui a même connu les geôles du ministère de l’intérieur sous Ben Ali, pour défendre un internet libre et sans entraves.

D’autres auront relevé que de toute façon, le rôle de Slim404 a été plutôt marginal, dans un gouvernement dominé par une certaine gérontocratie, avec des politiciens pour le moins vieillissants ayant repris in extremis du service. Certes le saupoudrage de quelques sémillants technocrates tente de faire illusion. Mais Slim Amamou ne se retrouve ni avec les uns, ni avec les autres. Les gouvernements intérimaires qui se sont succédé s’en sont servis pour le décor. Le grand public y a pourtant trouvé son compte, ne serait-ce que par le biais des tweets qu’il livrait en direct des conseils ministériels jusqu’ici hermétiquement fermés et discrets.

Certes les déclarations iconoclastes du blogueur sur notamment le porno en ligne et le haschich ont pu choquer, et gêner quelques-uns aux entournures. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Slim 404, représente l’une des icônes de la Révolution. Le seul, parmi, les politiciens en place, à s’être réellement battu pour la chute de Ben Ali. Le seul à avoir une réelle légitimité populaire au sein du gouvernement provisoire. En clair : c’est le gouvernement à la légitimité brinquebalante qui a le plus à perdre dans la sortie de Slim Amamou.

Mi-sérieux, mi-sarcastique, son compère de toujours, Azyz Amamy, plus connus sous le pseudo Azyoz ne se prive pas de poser la question qui tue : «Bon, maintenant que @slim404 a démissionné, on peut faire tomber le gouvernement siouplé????». La dernière feuille de vigne du gouvernement provisoire serait-elle tombée quand Slim404 a claqué la porte ?

Source : « Tekiano » Le 24-05-2011

Tunisie/Report des élections, la polémique enfle


En attendant la décision du gouvernement sur le report ou non de la date des élections au 16 octobrequi sera annoncée ce mardi à l’issue d’un conseil des ministres, la polémique continue à enfler sur la scène politique entre ceux qui sont favorables à ce report, et ceux qui s’y opposent catégoriquement. Le mouvement Ennahdha réitère dans un communiqué son attachement à la date du 24 juillet, et considère que « les difficultés invoquées ne justifient pas un tel report ». Le mouvement considère que « tout report des élections et tout prolongement de la période transitoire sont dommageables pour le pays, sa stabilité et sa capacité à régler les affaires socio-économiques urgentes ». Il appelle le gouvernement provisoire à s’attacher à la date convenue et à l’entourer des conditions de succès. Ennahdha annonce qu’il va revoir ses relations avec certaines instances Le communiqué considère que « l’instance supérieure indépendante des élections, en prenant une telle position, en ce moment précis et avec toutes les équivoques l’ayant entourée, a dévié de la mission pour laquelle elle a été créée, et a pris seule une position dont elle ne mesure pas les répercussions sur la stabilité du pays, sa sécurité et qui, plus est, risque de le précipiter dans l’inconnu ». Ennahdha accuse d »es parties et des centres influents et cachés d’exercer une tutelle sur le peuple tunisien à travers des institutions bien déterminées et non-équilibrées, qui s’arrogent la posture d’institutions constitutionnelles ». Le mouvement dénonce « les tentatives de récupération de la révolution de la part des résidus de l’ancien régime d’une part et de sensibilités idéologiques d’autre part, qui cherchent à s’interposer entre le peuple et sa volonté d’élire ses institutions et de déterminer ses choix en toute souveraineté ». Le mouvement annonce qu’ »il va revoir ses relations avec certaines de ces instances, étant donné qu’elles sont sorties du cadre de leurs missions provisoires objet de consensus et tentent de s’attribuer, injustement, une tutelle sur le peuple ». « Soixante jours est une période fort suffisante pour organiser les élections » Pour sa part, Imed Daimi, membre fondateur du congrès pour la République CPR, estime dans un communiqué, que toutes les difficultés évoquées par Kamel Jendoubi, président de la haute instance des élections, sont surmontables, si la volonté, la détermination et la compétence de l’administration existent. « Nous avons en Tunisie des milliers de cadres, de compétences prêtes à travailler jour et nuit en vue de faire réussir ce processus et relever le défi ». « Et si nous éprouvions un besoin d’experts spécialisés dans l’organisation électorale, étant donné l’absence d’expérience en la matière dans notre pays depuis l’instauration de l’Etat moderne, il n’y aurait pas de mal, et il serait inévitable de nous faire aider par des observateurs, des contrôleurs et même des superviseurs étrangers, de pays frères et amis comme les pays scandinaves, ceux d’Amérique latine, l’Inde, l’Afrique du Sud ou autres ». « Soixante jours est une période fort suffisante pour organiser les élections, c’est pour cette raison que la constitution tunisienne et d’autres constitutions l’ont adopté comme un délai maximum pour la tenue des élections », relève-t-il. Le membre-fondateur du CPR appelle le gouvernement « à refuser la proposition de l’instance des élections, à maintenir la date du 24 juillet, et appelle gentiment Monsieur Kamel Jendoubi à démissionner de cette instance, et à en céder la supervision à celui qui a une expérience administrative plus grande, une audace politique, et des dispositions morales et physiques pour accomplir un effort pendant les deux prochains mois, afin que la Tunisie ne rate pas son rendez-vous avec l’histoire pour recouvrer une légitimité ». Ettajdid appelle à aider l’instance à venir à bout des difficultés Dans une déclaration aux médias, le premier secrétaire d’Ettajdid souligne que son mouvement a affirmé à plusieurs reprises qu’il était pour la tenue des élections de l’Assemblée constituante le 24 juillet 2011 et s’est tenu prêt à y participer à cette date. « Tout en prenant acte de la proposition de l’Instance supérieure indépendante de reporter la date des élections, proposition mue par le souci d’assurer à celles-ci les meilleures conditions de crédibilité, le mouvement Ettajdid appelle le gouvernement provisoire à mettre rapidement à la disposition de l’Instance tous les moyens lui permettant de venir à bout des difficultés qui l’ont obligée à proposer le report et d’exercer ses prérogatives de supervision de toutes les étapes du processus électoral en toute indépendance ».

Source: “GlobalNet” Le 24-05-2011

Ne laissons pas se flétrir la révolution du jasmin


 

Jeudi 26 et vendredi 27 mai, la Tunisie sera sur les planches de Deauville. Et les mots « révolutions arabes » fleuriront dans les discours des chefs d’État du G8. Mais cela fera-t-il éclore un plan économique de soutien à la transition démocratique ?

Des économistes de renom, dont Joseph Stiglitz, prix Nobel, ont lancé unappel pressant pour que les pays riches, réunis à Deauville à l’occasion du G8, investissent massivement en Tunisie. Cela tombe bien : pour la première fois de son histoire, ce petit pays qui vient de commettre une grande révolution – « contagieuse » de surcroît – vient d’y être invité.

« Il est essentiel que les pays membres du G8 fassent le nécessaire pour que la Tunisie puisse être et demeurer l’exemple en matière de changement social, économique et démocratique pour l’ensemble de la région et au-delà », écrivent ces têtes pensantes (et avisées). Qui concluent leur plaidoyer en rappelant que ce nouveau Plan Marshall (ou Plan « Karama » – pour Dignité – comme joliment baptisé par un homme politique tunisien) ne coûterait que 2 à 3 % de ce qu’a coûté la réunification allemande et à peine un à deux mois de guerre en Irak ! Une broutille, en somme.

Mais certains argueront que les pays riches ne le sont plus (la faute à la crise) et puis qu’avec ces « Arabes » on ne sait jamais, mieux vaut attendre de voir s’ils ne vont pas nous élire quelques barbus infréquentables.

Pourtant, Stiglitz et ses compères ont tout prévu : « Nous avons la responsabilité collective de faire en sorte que cette transition réussisse pour prouver que la coopération économique est la meilleure barrière contre les extrémismes », insistent-ils. Seront-ils entendus ?

Barack Obama – qui a toujours eu le sens du timing – a pris les devants : dans un beau discours, il vient de promettre monts et merveilles à la Tunisie (et à l’Égypte aussi, d’ailleurs). Yes, he can, mais « le vendeur de rue de Sidi Bouzid » (je cite) fait-il vraiment partie de ses priorités ? On peut se poser la question car on se souvient qu’au Caire en 2009, il avait aussi fait sensation : deux ans plus tard, qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose.

Alors, wait and see…

C’est ce qu’a dû se dire également notre Sarkozy national en recevant à l’Élysée le très vénérable (et néanmoins fringuant) Premier ministre tunisien. Paroles aimables, là encore, promesses de soutien indéfectible, comme il se doit entre « amis ». Sauf qu’à la première occasion de manifester concrètement sa solidarité,par exemple en recevant à peu près correctement les quelques milliers de Tunisiens de Lampedusa, la France s’est fermée comme une huitre frileuse. Dans le même temps, à la frontière tuniso-libyenne, plus de 300.000 réfugiés ont été accueillis dignement (et continuent à l’être !).

Je sais que j’y reviens encore et toujours, mais si la politique étrangère de la France est désormais indexée sur les sondages de Le Pen fille, autant le dire tout de suite. Remarquez, c’est ce qu’a sans doute expliqué Guéant lors de sa récente visite à Tunis…

En tout cas, tout ce cirque ne peut profiter qu’aux bas du plafond d’ici et de là-bas : les premiers sont ravis de hurler à l’invasion, histoire de picorer quelques voix (croient-ils), quant aux seconds, ils ont beau jeu de pointer le mépris abyssal dont fait décidément preuve « l’Occident ». Résultat, en Tunisie, on ne peut plus parler de laïcité sans se faire traiter de mécréant tant le concept a été dévoyé.

Pour sauver les meubles, certains « progressistes » un peu mous donnent des gages : il est de bon ton de claironner haut et fort son identité arabo-musulmane et d’affirmer illico qu’il ne faudra pas manquer de la réinscrire dans la nouvelle Constitution. Exit les Berbères, les Carthaginois, les Romains, les Turcs et j’en oublie ?

Qu’on nous lâche donc les babouches avec « l’authenticité » et nos ancêtres les Arabes (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?) ! Moi, ma tunisianité, c’est la chakchouka, un savant mélange poivrons, tomates, oignons et harissa. À chacun sa recette.

Et si le G8 voulait bien y rajouter quelques milliards en guise de dessert, je ne verrais aucun inconvénient à ce que l’on offre le thé à la menthe à Obama et même à Sarkozy, sans oublier Stiglitz, bien entendu…J’en connais un excellent à Hammamet. D’ailleurs, comme dirait mon ami le ministre du Tourisme tunisien (qui se donne beaucoup de mal en ce moment et que je salue au passage), la mer y est probablement plus chaude qu’à Deauville…

Source : « Le Nouvel Observateur » Le 24-05-2011

Tunisie – sondage : triomphe de la laïcité ?


 

Les Tunisiens ont rejeté fermement un droit basé uniquement sur la Chariaa. 70% ont considéré que les gouvernements doivent légiférer en se référant à un droit civil où la Chariaa pourrait être appliquée sur certains sujets.

Ils ont rejeté un droit basé uniquement sur la Chariaa à 92.3%, c’est ce qui ressort d’une enquête présentée samedi, 23 mai 2011 à Tunis par M. Hassen Zargouni, directeur général de Sigma Conseil. Il s’agit de la première conférence de la commission politique de Nour, couvrant le thème suivant : « la religion dans la constitution de la nouvelle République ». La même enquête montre que 69,5 % sont favorables à des lois selon les souhaits des gens dans certains sujets et selon la Chariaa dans d’autres sujets. Tandis que 21,7% ont opté pour des lois selon seulement les souhaits des gens. Seulement, 8,7% ont voté pour un gouvernement qui doit émettre des lois selon seulement la Chariaa. A l’égard du niveau de la tolérance religieuse, l’enquête a montré que 3/4 des Tunisiens considèrent que les non-musulmans doivent avoir les mêmes droits. D’une façon plus détaillée, 75% ont affirmé que les non-musulmans doivent avoir les mêmes droits que les musulmans à n’importe quel endroit du monde. 20% ont déclaré que les non-musulmans doivent avoir moins ou aucun des droits en Tunisie. Cependant, 5% on dit qu’ils doivent avoir des droits dans leur pays mais pas en Tunisie. Concernant les pratiques religieuses, près de la moitié des Tunisiennes et un peu plus que le quart des Tunisiens n’ont jamais été à la mosquée pour la prière. Concernant le rapport aux pratiques religieuses, 87% des Tunisiens considèrent que les pratiques religieuses constituent une affaire personnelle et ne doivent être en aucun cas imposées. Bien encore, pour les lieux de culte et la politique, 70% des Tunisiens sont contre l’usage des mosquées comme tribunes électorales. Par rapport à la position des Tunisiens face à la polygamie, 25% sont d’accord sur le retour de la polygamie avec 16.7% de femmes et 32.3% d’hommes. Ce sont majoritairement les habitants du Sud et le Centre-Ouest. A la question de la tolérance vis-à-vis du leadership politique féminin, près de 50% sont d’accord sur le fait que la femme peut être chef de gouvernement, les autres soit 50% ne le sont pas. Des conférences seront organisées toutes les deux semaines en Tunisie. Ces rencontres de réflexions et de pensées répondent d’une part à une démarche pédagogique et d’autre part visent à instaurer un débat entre experts et hommes politiques.

Source : « Investir en Tunisie » Le 24-05-2011

 

« La situation de la Tunisie est inquiétante »


 

 

Jaloul Ayed, le ministre tunisien des Finances, revient pour Challenges.fr sur la situation en Tunisie, après que la révolution a chassé du pouvoir Zine el Abidine Ben Ali et son clan en janvier dernier.

La Tunisie, qui a retrouvé sa liberté le 14 janvier après une révolution devenue un exemple dans le monde entier, connaît actuellement deux problèmes majeurs. En pleine campagne pour les élections, qui devraient être reportées du 24 juillet au 16 octobre, elle doit assurer la sécurité de sa population. Après des manifestations sévèrement réprimées, le couvre-feu instauré le 7 mai a été levé le 18 mai. Mais la situation à la frontière libyenne s’aggrave. De plus, le gouvernement doit relancer une économie au plus mal. Pour faire le point sur cet élément essentiel à une bonne transition démocratique, Challenges.fr a rencontré le ministre tunisien des Finances, Jaloul Ayed, en visite à Paris, le 19 mai, quelques jours avant le G8.

On parle en Tunisie d’un taux de croissance négatif, de plusieurs banques en difficultés, de chute des investissements directs de l’étranger. Pouvez-vous nous préciser la situation économique ?

 

– La situation est bien sûre inquiétante, mais tout à fait normale étant donné ce que le pays a connu : arrêt d’entreprises, troubles sociaux, demandes de hausses de salaires. De plus, la jeunesse a fait de cette révolution sans leader. Et elle se sent en droit de demander toutes sortes de choses, qui toutes remontent au ministère des Finances. Nous devons les appeler à la raison. Car il faut maintenir le déficit public en dessous de 5%. Pour le premier trimestre, le taux de croissance sera en effet vraisemblablement négatif, mais je ne peux pas le confirmer. Nous tablons sur une croissance annuelle comprise entre 0% et 1%, ce qui représente 20.000 créations nettes d’emploi. Avant la révolution, le taux de croissance prévu était de 5,5%, avec 85.000 créations d’emploi.

 

A l’occasion du G8 de Deauville la France devrait signer, la première tranche des 350 millions d’euros de prêts accordés à la Tunisie, soit 185 millions d’euros. Est-ce suffisant ?

 

– Non cet appui budgétaire ne sera pas suffisant. Mais nous recevons aussi 1 milliard de dollars (700 millions d’euros) de prêts de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale et 115 millions d’euros de l’Union européenne. Nous avons été très touchés de la réactivité des bailleurs de fonds. Mais il nous manque encore entre 1 et 1,3 milliard d’euros. Nous allons faire passer une loi de finances rectificative à la fin du mois et reporter certains projets comme l’extension du métro de Tunis. Nous envisageons aussi de lever de l’argent sur les marchés financiers, ce que nous avions évité de faire jusque-là étant donné la baisse de notre note souveraine. Je reste confiant en notre capacité de gérer le déficit cette année.

 

Des économistes réputés, dont le prix Nobel Joseph Stiglitz, ont lancé le 17 mai un appel pour demander au G8 un plan d’aide de 25 milliards de dollars sur cinq ans pour la Tunisie. Est-ce le montant précis de vos besoins ?

 

– Oui, ces économistes soutiennent la demande d’aide internationale que le gouvernement va soumettre au G8. Nous avons besoin de 5 milliards de dollars par an. Pour encadrer ces investissements, nous avons deux projets. Nous allons créer avant les élections une Caisse des dépôts et consignations pour des investissements à rendement économique et social forts, comme la construction d’autoroutes. Et nous allons mettre en place un Fond générationnel pour des projets privés, sur le mode du Fonds d’investissement stratégique en France. C’est notre « plan jasmin ».

 

Quelle est votre vision de l’économie tunisienne pour les années à venir ?

 

– Celle d’un pays tourné vers l’extérieur. Nous voulons faire de la Tunisie une plate-forme économique au cœur du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Afrique sub-saharienne… comme au temps des Phéniciens. Nous allons attirer des investissements dans le ‘nearshoring’, le ‘offshoring’, l’énergie solaire, la finance islamique… Par exemple, dès que la situation se stabilisera en Libye, je suis sûr que les entreprises étrangères viendront s’implanter en Tunisie pour « attaquer » le marché libyen.

 

Craignez-vous une contre-révolution ?

 

– Le risque existe toujours. Et il subsistera après les élections si les partis sont très dispersés. C’est pour cela qu’il y a urgence à relancer l’économie. Chaque jour quand je me lève, j’ai l’impression qu’un grand microscope nous regarde et nous force à réussir cette transition. La prospérité doit consolider la démocratie et la démocratie va consolider la prospérité. C’est un cercle vertueux.

 

Le Premier ministre français François Fillon a déclaré qu’il n’y avait plus de raison d’accorder l’asile politique à des Tunisiens. Qu’en pensez-vous ?

– Des centaines de milliers de réfugiés ont traversé nos frontières, des Libyens, des Egyptiens, des Afghans…, et nous n’avons pas fait tant de remous que la France et l’Italie. Nous vivons des moments extraordinaires et j’ai été étonné de voir que 20.000 tunisiens créaient de telles réactions dans l’espace de Schengen.

Source: “Challenges” Le 24-05-2011

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Tunisie. Pourquoi Néjib Chebbi rejette-t-il le report de l’élection?


 

C’est aussi, et surtout, contre l’intérêt de Me Néjib Chebbi, fondateur du parti et son candidat pour la présidentielle, qui a lancé prématurément sa campagne, vendredi dernier, en grandes pompes, et avec des moyens impressionnants. Ce report, s’il venait à être entériné par le gouvernement, pourrait chambarder son agenda et sa stratégie. Et exigerait la mobilisation de moyens financiers supplémentaires, nécessaires pour maintenir la flamme parmi les troupes. C’est également aussi pour cette raison que Maya Jeribi, secrétaire générale du Pdp, a tenu à rappeler, lors d’un point de presse tenu au siège du Pdp, que la date du 24 juillet, qui est «est née d’un consensus entre toutes les parties concernées», devrait être maintenue. C’est une date «très attendue par les Tunisiens, la classe politique et plusieurs parties étrangères», a-t-elle expliqué.

Un faux problème? Au moment où la Tunisie a aujourd’hui besoin de consensus, l’annonce du report des élections par la Haute instance indépendante pour les élections «était une surprise pour nous car elle n’a été précédée par aucune consultation», souligne Mme Jeribi. «En plus, le report des élections aura des répercussions politiques, économiques et sécuritaires néfastes. Et le pays a énormément besoin de ces élections pour instaurer la légalité. Ceux qui appellent au report ne prennent pas en considération l’intérêt du pays, ni les attentes du peuple», estime Mme Jeribi. La Haute instance pour les élections a évoqué des raisons techniques et logistiques derrière sa proposition de reporter les élections. Le Pdp répond que «le technique doit être au service du politique et non pas l’inverse». L’Instance des élections a été initialement choisie pour une mission bien déterminée: préparer les élections du 24 juillet. Elle n’a pas le droit de «briser ce contrat consensuel sur lequel les Tunisiens se sont mis d’accord». «Nous savions, dès le début, la difficulté de la tâche et au lieu de parler de report, nous aurions aimé avoir la possibilité de débattre, ensemble et dans le consensus et la collaboration, de tous les détails des préparatifs en vue de la date butoir», souligne Mme Jeribi.

Rien que le consensus Et la secrétaire générale du Pdp d’enchaîner: «le gouvernement s’est engagé à mettre en place toutes les conditions requises pour réussir les élections et plusieurs Tunisiens sont prêts à contribuer bénévolement à l’organisation. On aurait, donc, aimé que l’Instance indépendante parle de ses plans pour réussir l’échéance du 24 juillet». Mme Jeribi pense également que l’Instance «est supposée traiter avec le gouvernement, les partis politiques et les sensibilités nationales sans pour autant mettre son indépendance en question. Elle doit favoriser le consensus et les urgences du moment. Ce consensus ne peut être atteint que par une consultation entre le monde». Et sur le terrain, comment le Pdp régira-t-il à la nouvelle donne? Réponse de l’intéressée: «Nous avons demandé une audience avec le Premier ministre et une réunion d’urgence de la Haute instance de pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique pour mettre fin à cette hésitation qui marque les préparatifs de l’échéance électorale», annonce Maya Jeribi. Qui tient à préciser: «Nous ne nous retirerons pas de la procédure électorale même si les élections sont reportées». C’est plus sage…

Et Me Chebbi dans tout ça? Ce que Mme Jeribi n’a pas dit et qui explique aussi ce rejet du report des élections, c’est que le candidat du parti à la prochaine élection présidentielle, Me Néjib Chebbi, a déjà lancé sa campagne pour la présidentielle, vendredi dernier. Il espérait sans doute une élection présidentielle en mars 2012, ce qu’il a déjà affirmé à haute voix dans ses meetings. Ce report des élections de l’assemblée constituante chambarde donc son agenda, ses préparatifs et sa stratégie. En montrant ainsi ses appétits de conquête, et en dévoilant au passage ses alliances, le candidat du Pdp s’est pour ainsi dire découvert. Trop tôt… Or, le temps politique est, par définition, trop long. Interminable pour celui qui le subit.

Source : « Kapitalis » Le 24-05-2011

«Les peuples tunisien et égyptien ont surpris même les Occidentaux»


 

Par Madjid Makedhi

La révolte populaire dans le monde arabe, l’avenir de la région et le rôle des Occidentaux, en particulier les Etats-Unis d’Amérique, dans l’échiquier politique régional…

Ce sont autant de questions qui taraudent les esprits des Algériens, qu’ils soient hommes politiques, universitaires ou simples citoyens intéressés par l’évolution de la situation dans la région. Ils cherchent des éléments de réponse, des analyses qui les éclaireront, un tant soit peu, sur l’événement de l’année : la révolte des peuples arabes contres les régimes autoritaires qui les ont gouvernés pendant plusieurs décennies. Et la nouvelle édition du forum, Les débats d’El Watan, organisée dimanche 23 mai 2011 à Alger, sous le thème «Maghreb-Machrek : entre vague démocratique et reflux autoritaire», était, pour eux, une occasion de poser leurs questions et de recevoir des réponses d’une spécialiste : Bessma Kodmani, politologue et directrice du centre de recherches Arab Reform Initiative.

Ils n’ont pas été déçus. En observatrice avisée de l’évolution rapide et surprenante de la situation en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, Bessma Kodmani a répondu, sans détour, à toutes les interrogations de la salle Cosmos de Riadh El Feth à Alger. Du Maroc au Yémen, en passant par l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte et la Syrie, la conférencière a conduit l’auditoire au cœur même des vieux systèmes politiques qui ont perdu ou commencent à perdre les commandes. Ainsi, la première interrogation de l’assistance porte sur la nature des révolutions tunisienne et égyptienne.

«Pas de manipulation des mouvements en Tunisie et égypte»

Y a-t-il une manipulation derrière les révoltes tunisienne et égyptienne ? Et à Bessma Kodmani de rejeter, d’emblée, toutes les spéculations à ce sujet. «Les mouvements en Tunisie et en Egypte ne sont ni manipulés ni récupérés», assure-t-elle. Les révoltes dans les deux pays ont été menées par un «acteur essentiel», qui a surpris tout le monde, y compris les Occidentaux, «le peuple». Mais l’issue de ces révolutions reste pour le moment inconnue. Seront-elles détournées par les mouvements islamistes ou les militaires ? «Nous ne savons rien pour le moment», rétorque-t-elle. Bassma Kodmani se dit, toutefois, «prudente face au discours développé jusque-là et qui attire l’attention sur la dangerosité du ‘monstre islamiste’ qui risque de s’emparer de l’acquis de la population dans les deux pays». Pour elle, ce discours «est très dangereux». «Nous aurons des islamistes qu’on le veuille ou non. Mais, le report avec ce mouvement est tributaire des règles du jeu qui seront mises en place en Tunisie et en Egypte», lance-t-elle. Quid de la séparation de la religion de l’Etat ? Cette question peut être traitée différemment et selon les pays. «La séparation de la religion de l’Etat sera traitée selon les pays. Il y aura une différence entre la Tunisie et l’Egypte. En Egypte, il y a un consensus autour de l’importance de la charia et l’article 2 de la Constitution du pays qui stipule que les lois du pays seront inspirées de la charia est intouchable», souligne-t-elle. Abordant le rôle de l’armée après la chute des régimes dans les deux pays, Bessma Kodmani précise que le processus de mise en place des institutions civiles va prendre du temps.Ainsi, l’armée ne tombera pas de sitôt sous le contrôle des institutions civiles.

«Les USA n’ont pas eu ce qu’ils voulaient en égypte»

Répondant à une question sur le rôle joué par les Américains dans cette nouvelle situation dans le monde arabe, la conférencière affirme que le poids des USA est toujours important en Egypte. Toutefois, la première puissance mondiale n’a pas tiré profit de la révolution dans ce pays. «Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que les USA ont eu ce qu’ils voulaient en Egypte», soutient-elle. Selon elle, l’Administration américaine a été également contrariée par le verrouillage du système Moubarak. «L’Administration US était frustrée par le fait que le pouvoir égyptien est géré par une poignée de gens et par le verrouillage du système de ce pays qui a tout fait pour baliser le terrain à l’intronisation du fils de Moubarak, notamment depuis les législatives de 2010. Pour les USA, c’était trop dangereux», estime-t-elle. Dans le reste des pays arabes, ajoute-t-elle, les régimes qui n’ont pas réussi à moderniser leurs sociétés seront, sans nul doute, confrontés au même type de révolution. Et seuls les régimes ayant des ressources financières réussiront à se maintenir plus longtemps. «Ceux qui ont les ressources financières pour noyer la demande sociale vont se maintenir au pouvoir un peu plus longtemps que les autres. Mais, même ceux-là ne sont pas à l’abri. L’intervention de l’Arabie Saoudite au Bahreïn risque d’irriter la communauté chiite du pays qui est moins importante, mais qui risque de devenir scissionniste», dit-elle.

«En Algérie, le peuple peut nous surprendre»

Invitée à s’exprimer sur les cas de l’Algérie et du Maroc, Bassma Kodmani affirme que les régimes de ces deux pays ont beaucoup de similitudes avec ceux de l’Egypte et de la Syrie. Pour le moment, explique-t-elle, «l’acteur» qui était à l’origine des révolutions en Egypte et en Tunisie, en l’occurrence «le peuple», ne s’engage pas pour le moment. «Mais il peut nous surprendre», avertit-elle. En revanche, le Maroc est face à deux vrais tests. «L’enjeu de la révision de la Constitution au Maroc concerne d’abord les prérogatives du roi et la possibilité de contrôler les gestions des ressources du pays. Je crois en les capacités du peuple marocain à se mobiliser. Mais le débat est reporté jusqu’au lendemain de l’adoption de la nouvelle Constitution», indique-t-elle. Source: “EL Watan” Le 24-05-2011

Tunisie : Les avocats de la révolution


 

Le groupe des 25 poursuit ses plaintes contre les lieutenants de Ben Ali

Le groupe des 25, pourrait être qualifié de garde fou en ces temps de transition confuse. Ce sont des avocats culottés et militants qui portent plainte en leur qualité de citoyens en usant de leur expérience d’avocat, palliant, disent ils, à la paresse latente dans les poursuites contre les caciques de l’ancien régime impliqués dans des crimes contre les tunisiens. Leur requêtes sont derrière l’arrestation et le jugement de plusieurs anciens ministres dont Abdallah Qallel, Abdelwaheb Abdallah et Abdelaziz ben Dhia, trois d’une longue liste fournie à la justice et aux médias. C’est eux aussi qui ont saisi la justice pour des actes commis par le président déchu et son entourage. Estimant que leur action reste entravée par le manque de volonté évident, ils tiennent des conférences de presse, alertent l’opinion publique, rencontrent des hauts responsables et montrent une détermination inépuisable. Afrik.com est allée à leur rencontre fin avril et a recueilli les propos de trois d’entre eux, Amor Safraoui, figure fédératrice, Soumaya Abderrahmane et Abdelkrim Rajah.

Afrik.com : Vous avez déposé des plaintes successives contre certaines personnalités, quel est l’historique de la naissance de ce collectif ? Amor Safraoui : Nous avons au début constaté que certains hauts responsables qu’on surnomme le symbole de l’ancien régime n’étaient pas inquiétés malgré les forts soupçons sur leur culpabilité. Normalement, le travail qu’on accomplit incomberait au gouvernement provisoire et aux différentes organisations gouvernementales, mais malheureusement, ce qu’on a constaté c’est qu’il n’y avait pas de volonté politique de poursuivre les mis en cause.

Afrik.com : Comment vous êtes vous fédérés les 25 ? Amor Safraoui : Nous sommes pour la plus part des confrères et amis. Au fil de nos discussions et évaluation de la situation dans le pays, nous avons décidé d’entreprendre ces actions. Soumaya Abderrahmane : Il y avait un noyau de 10 personnes qui a fait le premier pas puis les autres ont suivi. Ce qui nous a fédéré c’est qu’au cours du suivi des événements du tout début de la révolution, nous avons constaté que rien n’avait changé. On espérait un changement mais en fait dans cette transition, les mêmes têtes étaient toujours présentes à toutes les réunions et prenaient les décisions. C’est surtout par réaction a ce qu’on a vu a la télé, comme tout le monde. Il ne faut pas oublier que cette situation a suscité beaucoup de colère chez les tunisiens de voir a la télé Qallel auprès de Mébazza surenchérir sur les Articles 56 et 57. On ne pouvait pas rester sans réagir. Au départ nous étions donc une dizaine de confrères et progressivement d’autres ont suivi, on en est arrivé à quarante deux signatures.

Afrik.com : 42 avocats sur un corps qui compte beaucoup plus de confrères ? C’était un choix ou vous êtes vous heurtés à des refus ? Soumaya Abderrahmane : Les deux ! Abdelkrim Rajah : Je crois qu’il faut nuancer, il n’y a pas eu véritablement de tri.

Afrik.com : Vous n’avez pas proposé a tout le monde de vous rejoindre ? Soumaya Abderrahmane : Ceux qui veulent se racheter une nouvelle peau ou les gens qui veulent se montrer révolutionnaires grâce a nous ont été écartés. Amor Safraoui : Vous savez, du fait de nos relations professionnelles, nous nous connaissons les uns les autres et nous connaissons aussi les différentes tendances. De là, nous savons plus ou moins à qui faire appel. De toute façon, nous n’avons pas attendu qu’un tel ou un tel nous rejoigne, nous avons déjà déposé ces plaintes en tant que citoyens, par la suite les médias et autres, nous désigne « Groupe des 25 avocats ». Bien entendu, il était hors de question que nous fassions appel à des avocats qui étaient de mèche avec l’ancien régime. Il y avait surtout le facteur temps qui jouait, il fallait agir vite. Nous reprochons au gouvernement de ne pas avoir pris les mesures nécessaires tout de suite.

Afrik.com : Et pourquoi cette lenteur ? Amor Safraoui : La position réelle du gouvernement actuel on ne l’a pas et on ne sait pas ou il va. Peut être que c’est voulu. Ce n’est pas clair. Les mêmes attitudes qu’on voyait durant l’ancien régime, on les vit actuellement. Regardez, pour les abus de biens sociaux, la liste est longue et pourtant le gouvernement provisoire semble avoir d’autres priorités. En ce qui concerne l’information, ce n’est pas satisfaisant non plus. On ne prend pas le citoyen Tunisien pour quelqu’un de responsable, on le prend toujours pour un mineur et on pratique sur lui la tutelle. Afrik.com : Cette liste de 15 noms déposée en février parmi les quels« Mohamed Ghannouchi » et « Kamel Morgen », est elle complète ? Ou sera –t-elle appelée à évoluer ? Soumaya Abderrahmane : Il y a d’autres noms nouveaux qui vont suivre. Amor Safraoui : C’était une première liste de quinze personnes.

Afrik.com : Justement, quel est a été l’impact de vos requêtes ? Amor Safraoui : Dans une plainte normale il se passe que : Soit le procureur poursuit en transmettant au juge d’instruction, soit c’est classé. Dans notre cas, on est resté entre les deux. On s’est dirigé vers le procureur général pour éclaircir cela, mais sans résultat. Ceci est l’un des obstacles qu’on rencontre aujourd’hui, vous savez qu’en cas de classement on doit nous délivrer une attestation de classement, document qui nous permettra de poursuivre sur la responsabilité personnelle. Or, comme c’est resté entre les deux, nous sommes bloqués, pour certains, le procureur ne poursuit pas mais il ne délivre pas d’attestation. Sur notre première plainte qui concernait le président déchu, ben Ali, le ministre de l’intérieur Hajj Kassem et Ahmed Friaa qui lui était ministre de l’intérieur après le 14 janvier. Eh bien, le procureur a poursuivi le premier et le deuxième mais pas Ahmed Friaa à qui on reproche des tueries durant son court mandat. On reste dans le flou. Et malgré la requête auprès du procureur général et la conférence de presse qu’on a organisée, on a rien vu venir et on attend toujours une amélioration sur le plan juridique. (interview réalisée fin avril 2011). Abdelkrim Rajah : Ce n’est pas normal sur les trois niveaux : On sait que les circonstances sont exceptionnelles et on espérait qu’avec la révolution, ces réflexes de deux poids de mesure, allaient disparaitre. D’autre part comme l’a dit Mr Amor, on traduit les uns et on ignore intentionnellement les autres. On classe sans suite les affaires mais on ne traduit pas et on ne donne pas d’attestation sur la décision.

Afrik.com : Considérez vous qu’il s’agit d’un empêchement clair de poursuivre, parce que si vous n’avez pas d’attestation de classement sans suite, vous ne pouvez pas renouveler votre action. Amor Safraoui : Toutes les interprétations sont possibles. Est ce que ce sont des instructions du gouvernement provisoire ou du ministère de la justice ? On est en droit d’interpréter comme on veut. Les accusations sont en principe les mêmes pour tous les inculpés ainsi que les preuves, pourtant, certains ont été maintenus en détention et d’autres remis en liberté.

Afrik.com : Quels sont ceux qui restent en liberté ? Soumaya Abderrahmane : Pour l’instant Kamel Morjen et Hamed el Karoui. Amor Safraoui : Justement, moi je trouve que c’est étrange et c’est une anomalie que pour les mêmes accusations on retienne les uns et on libère les autres.

Afrik.com : Est ce que le juge d’instruction a motivé ces libérations ? Abdelkrim Rajah : Je crois qu’il n’a pas à motiver maintenant, toutes les investigations ne sont pas clauses.

Afrik.com : Donc, dans les grandes lignes, les sujets clés n’ont pas été abordées alors avec les accusés ? Abdelkrim Rajah : Oui, je crois que vous pouvez le dire.

Afrik.com : Quels sont vos moyens de riposte dans ce cas ? Quand est ce que vous allez réagir et comment ? Soumaya Abderrahmane : Justement on prévoit de rectifier un peu le chemin de l’instruction si elle ne va pas dans le sens escompté. On ajoute nos conclusions et notre rapport dans le dossier à l’intention du juge d’instruction.

Afrik.com : Pensez-vous que c’est faisable dans les conditions actuelles ? Soumaya Abderrahmane : Rien n’est garanti. On ne peut pas dire qu’on a la garantie que nos actions seront prise en considération, et on ne peut pas dire le contraire non plus. On va laisser à cette justice la chance de réagir, nous observons.

Afrik.com : Subissez vous des intimidations suite a ces plaintes ? Abdelkrim Rajah : Excusez-moi mais quand on entend Beji caid Essebsi ironiser sur la démarche de notre collectif…. Amor Safraoui : Ce n’est pas dans l’intérêt du pouvoir provisoire de le faire et jusqu’ici nous restons unis.

Afrik.com : Pensez-vous avoir présenté les éléments nécessaires ? Soumaya Abderrahmane : Écoutez, dans une affaire pénale, le procureur transmet, même s’il s’agit d’une délation, au magistrat pour instruction et investigation. Donc ramener les preuves nécessaires, ce n’est pas notre charge. Au civil, c’est a la charge du demandeur de fournir les preuves et documents. Tout le monde sait que ces gens là ont faits exactions graves allant même jusqu’à tuer ou donner l’ordre de le faire.

Afrik.com : En tant que plaignants est ce qu’on vous donne le droit d’avoir accès aux pièces du dossier ? Soumaya Abderrahmane : Oui on a accès à l’exception du dossier de Kamel Morjen. On n’a pas pu parce que le dossier est parti en appel. Il y a en plus maintenant les dossiers des trois premiers accusés qui ont fait appel de leur mandât d’arrêt.

Afrik.com : Donc Kallel, Abdallah et Ben Dhié ? Abdelkrim Rajah : Oui leurs dossiers sont actuellement chez la chambre de mise en accusation.

Afrik.com : Vous n’avez pas pu accéder à ces dossiers ? Soumaya Abderrahmane : Non, on a pu au début sans difficulté, mais depuis une semaine et vu que les dossiers sont à la chambre d’accusation on n’a pas eu de nouvelles.

Afrik.com : Quels sont vos principales difficultés pour l’instant ? Amor Safraoui : La principale difficulté c’est que nous ne voyons pas jusqu’à présent de la part du gouvernement provisoire une volonté de changement réelle de politique. La question d’abus de biens public est claire : Est ce qu’il y a eu des abus financiers ou non ? Si oui qu’est ce qu’on attend pour accélérer les poursuites et saisir les instances internationales et déclarer ? Tout le monde sait qu’il y a eu des abus financiers et que ce n’est pas que Ben Ali. Il existe une organisation mafieuse dans une large partie des instances gouvernementales et administratives, RCD et autres… On le répète peut être mais on ne voit pas une volonté concrète du gouvernement actuel de faire une politique de justice équitable et libre vis a vis de ces abus. On, a le pressentiment qu’on veut dresser un écran sur certaines personnes pour ne pas les impliquer.

Afrik.com : Pourquoi selon vous ? Amor Safraoui : L’une des explications c’est que ces gens ont un poids politique important, au point que l’on craigne la divulgation de secret qui vont impliquer d’autres personnes. Le grand problème c’est l’absence d’informations crédibles et l’absence aussi d’organes qui enquêtent sur ces abus pour informer le peuple et agir. Qu’on quantifie par exemple et qu’on nous éclaire sur les richesses accumulées par le RCD qui est devenu aussi fort et qui a mis ces tentacules partout dans le pays.

Afrik.com : Sur ces « dossiers impénétrables » Est ce que vous avez des pistes ? Amor Safraoui : Prenons par exemple les exactions du RCD : le fait que des ministères ou des organisations détachent des cadres ou du personnel auprès du RCD. Tout ce monde fait la double casquette à savoir double paye et avantages. Si le RCD vivait dans le faste et se permettait des dépenses exorbitantes avec des festivités où les invités se comptaient par milliers, on se demande si c’est l’argent du contribuable et dans ce cas que la loi dise son mot.

Afrik.com : A ce propos, quelle est d’après vous la meilleure façon de financer les nouveaux partis et d’une façon équitable, dans la transparence. Amor Safraoui : Ce problème sera discuté au sein de la haute autorité pour la réalisation des objectifs de la révolution. Nous voyons déjà des partis qui ont fait un grand bond dans les structures financières, à l’instar du parti Ennahdha qui est entrain de s’implanter partout, alors que d’autres peinent à bouger. Après, la loi des partis et leur financement doit en principe être équitable et tous les partis sur le même pied d’égalité. La loi de financement des partis va voir le jour en retard et en cela, certains seront favorisés parce que mieux structurés depuis longtemps et bien implantés. Abdelkrim Rajah : Mais ceci dans une grande transparence.

Afrik.com : Que pensez-vous de l’appareil de la justice aujourd’hui ? Est-il apuré ? Le syndicat de la police par exemple pointe la défaillance de la justice quand on lui parle de poursuites. Soumaya Abderrahmane : La justice totalement apurée ? Non ! Je ne pense pas qu’il n’y a que la police seulement qui le dit !!! On peut conclure qu’on n’est pas sortis de l’auberge puisque cet appareil est sous la coupe des politiques alors qu’il devrait être indépendant.

Afrik.com : On assiste à des mouvements d’apurement au sein même de la justice, comme ceux qui ont « dégagé » certains juges, est ce suffisant ? Soumaya Abderrahmane : Il aurait fallu ne pas agir de la sorte mais les traduire avec des chefs d’inculpation devant le public et assainir les rouages des juges corrompus ou a la solde de l’ancien régime. Cela aboutira à mettre fin aux fonctions des juges coupables et de confirmer ceux qui sont innocents. Puisqu’il n’y a pas eu de décision disciplinaire et que déjà ils contestent cette mesure, ils pourront dans quelques mois revenir avec un nouveau gouvernement.

Afrik.com : Quelle solution préconisez vous pour aboutir a une justice indépendante du pouvoir ? Soumaya Abderrahmane : La solution est de ramener de vrais dossiers.

Afrik.com : Qui s’en charge ? Soumaya Abderrahmane : Toutes les personnes qui ont subi des abus de pouvoir et de spoliation de leurs biens ou des tortures par l’ancien régime… Parce que cette justice compte des éléments qui doivent être écartés, elle a aussi en son sein des éléments sur qui on compte pour sortir le pays de cette phase d’errance. Amor Safraoui : Pour cela il faut commencer par le haut comité de justice qui doit être élu mais non désigné, donc pas sous la coupe du pouvoir.

Afrik.com : Quel appel souhaitez vous lancer ? Soumaya Abderrahmane : Je dirai que notre cause n’est pas la cause des 25. Cela relève du droit commun, permettre à chacun d’exercer sa citoyenneté et passer d’une citoyenneté passive à une citoyenneté active. D’ailleurs quand on a entamé cette procédure, c’était en tant que citoyens et non en tant qu’avocats. C’est ça le principe sur le quel on a manifesté comme tous les autres citoyens dans la rue et on est entrain de le concrétiser un peu par ces actions. Amor Safraoui : : L’action post révolution doit se diriger vers la concrétisation des demandes légitimes du peuple qui sont essentiellement, une justice indépendante et l’inculpation des symboles des abus de pouvoir. Notre action s’introduit dans ce sens et je tiens à remercier entre autres la ligue des droits de l’homme qui s’est coordonnée avec nous pour que notre action avance plus vite.

Source: “Afrik.com” Le 24-05-2011

Tunisie : Du caviar pour tous avec Afek Tounes ?


Par Thameur Mekki

A voir les pouvoirs attribués à Afek Tounes sur la page Afek Facts, les partis politiques tunisiens peuvent se rhabiller. Afek Tounes fait pleurer la vache qui rit, propose de l’aide financière à Google et sert du caviar pendant ses meetings. Face à Afek Tounes, le tout puissant Chuck Norris serait impuissant !

Après la campagne anti-Nahdha sur Facebook, voilà qu’Afek Tounes, parti des «cols blancs» comme l’identifient certains observateurs du paysage politique tunisien, est pris pour cible. Et c’est encore une fois à coups d’ironie que les souris mitrailleuses des Facebookeurs ont dessiné la caricature de ce parti. «Afek Facts» est la page réunissant plus de 600 adhérents en moins de 48 heures. Les administrateurs de la page s’y expriment au nom du parti «Afek Tounes» tout en amplifiant les clichés collant au dos de ce parti, un des nouveaux né du paysage politique tunisien de la période post-révolutionnaire. Les Afekistes sont catalogués, par leurs détracteurs, comme culturellement ultra-francophones et non arabisant et socialement classés dans la grande bourgeoisie. Dans la page en question, ils sont dépeints comme les représentants du capitalisme sauvage dans la sphère politique tunisienne. C’est ce qu’on peut lire, parmi les répliques lancées, de temps à autre, par les modérateurs de la page «Afek Facts» sur Facebook.

«Il faut exactement 18764,767 McDonald’s pour régler le problème du chômage en Tunisie. Ceci est notre programme économique» écrit-on sur la page Afek Facts. Et le délire satirique s’intensifie avec des statuts de ce genre : «En apprenant la défaillance de 99,7% des phones Android, Afek appelle le gouvernement à envoyer autant d’aides financières que possible à Google et à décréter 3 jours de deuil national». Et les faux-représentants d’Afek se présentent ainsi : «Vous vous rappelez les premiers de la classe que tout le monde détestait ? C’était nous !» ou encore «Vous vous rappelez du parti politique que Picsou a créé…eh oui c’est AFEK !». A part la critique satirique, un membre acharné de la page est intervenu pour préciser que «les fondateurs d’Afek Tounes ont repris la dénomination du premier mouvement de véritable opposition démocratique connu également sous le nom de  »perspectives »». Le facebookeur rappelle au passage que «les perspectivistes de l’époque furent torturés sous le règne de Habib Bourguiba, avec, aux commandes du ministère de l’Intérieur, un certain… Béji Caid Essebsi». Nous rappelons que parmi les membres de ce mouvement figurait Ahmed Néjib Chebbi, le gourou du Part Démocratique Progressiste ou encore l’incontournable cinéaste tunisien, Nouri Bouzid.

A noter que le procédé employé par les créateurs de la page «Afek Facts» a été connu et propulsé sur le web depuis quelques années par «Chuck Norris Facts». Il s’agit d’un site lancé par des internautes américains où ils caricaturent les héros très forts et virils que l’acteur Chuck Norris a souvent interprétés dans ses films et ses séries d’action. Le site a eu beaucoup de succès et une version française a également été créée. Son trafic a dépassé récemment la version originale. Ils lui attribuent des superpouvoirs qui défient la logique. L’inspiration de la page «Afek Facts» se manifeste avec des commentaires comme «Afek peut faire pleurer la Vache Qui Rit».

Le concept a été appliqué, avec moins de succès, à d’autres personnages américains à l’instar de Jack Bauer, héro de la série 24 heures chrono et le cryptologue américain Bruce Schneier. Mis à part «Afek Facts», le concept a commencé par être importé en Tunisie avec «Mehdi Lamloum Facts» pour ensuite passer à d’autres blogueurs tunisiens. Emna Ben Jemaa et Yacine Ayari en savent quelque chose. Mais la page ayant le plus de succès demeure celle dédiée à Afek Tounes. Fabuleux destin pour ce fraichement né parti politique tunisien !

Source : « Tekiano » Le 24-05-2011

Martyr tunisien: Cri d’outre tombe


ParJalel Snoussi

Il est des cris dont le retentissement est plus révélateur que les plus émouvants discours. Cette lettre est un grand cri de cœur! Derrière chaque mot, à la moindre virgule, entre les lignes, un cœur tunisien bat et se débat. Un écrivain disait « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Et c’est justement avec « mes tripes » que j’écris, vous écris, chaque mot s’arrachant en moi tel un sanglot, je veux croire que je retranscris, dans ces quelques mots poignants, des souhaits tus ou prononcés, de part et d’autre. Je joins seulement ma voix à ceux, malgré tout nombreux, qui conçoivent autrement l’avenir de notre cher pays et qui cultivent une tout autre idée de son identité, de son avenir, de son rang et de son exemple. Je suis enfant de la Tunisie profonde, enfant des steppes, des agrumes, des dattes, des céréales et des oliviers, je suis l’enfant incestueux de parents, par trop exclusifs et bouleversants, à savoir, la terre tunisienne et le peuple tunisien. J’ai saigné, de mon vivant, pour la fierté de mes parents et pour en être digne, ruisselant de sueur et de larmes pour me frayer un chemin vers une vie décente. Dès les premières étincelles, j’étais à la rue, scandant l’hymne national et les cris de révolte, quand la mère patrie, toujours nourricière et féconde, a appelé ses filles et fils à son secours. Sans mentors ni logistiques, j’ai repris, comme d’autres, les chants pathétiques de la Tunisie d’en bas, j’ai hurlé, haut et fort, « Dégage ! Dégage ! », vomissant jusqu’à l’étourdissement le régime, son maître et ses hommes de main ou de paille. Comme d’autres martyrs, j’ai reçu une balle mortelle tirée par un frère tunisien, lâche ou complice, ou les deux à la fois, je n’ai pas vu mon meurtrier et heureusement, à certains égards, car les assassins sont comme les charognards, ils ne se nourrissent que de leur veulerie. J’ai sacrifié ma vie et arrosé de mon sang le terroir, convaincu que là où je tombe le soleil se lèvera et qu’un autre jour, certainement moins sombre, lavera la Tunisie de ses souillures et livrera le peuple de ses boulets. Comme d’autres, j’ai payé mon tribut, consentant et ravi, pour séduire encore une fois, la dernière fois somme toute, cette belle femme, la Tunisie, orgueilleuse et réticente, et dont nous partageons la passion, chacun à sa manière. L’amour qui m’a mu m’a achevé. Ma passion et mon rêve m’ont pris par la main et m’ont guidé jusqu’au champ d’honneur ! Un philosophe écrivait « Il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve ». Ceci résume cela. Et je reste convaincu que quelque part le rêve est également une autre forme de combat ! J’ai contribué de ma pierre pour paver ce long chemin vers la liberté, pour que l’histoire ait un autre sens, l’avenir un tout autre souffle, persuadé que, la voie étant balisée, on saura mener l’œuvre à bon port et rompre définitivement avec un passé par trop oppressif et non moins douloureux. Malheureusement, quatre mois après, je découvre, non sans amertume, que le chemin, que je croyais pourtant suffisamment défraîchi, s’est avéré nettement tortueux et torturant, et que les pesanteurs du passé et les hommes d’ombre sont encore bien présents pour le pervertir sinon le détourner. Trop de braillements, de manipulations, de manoeuvres et de dérapages notamment de ceux qui ont pris le relais, ceux-là mêmes qui vocifèrent, à longueur de journée, leur foi en la révolution et leur engagement à la protéger. On dirait un grand gâteau dont on s’arrache les morceaux, particulièrement la cerise. Je ne peux admettre que j’ai donné ma vie, non pour la dignité, mais pour un noyau de dignitaires, non pour couper avec le pain noir, mais pour le partage d’une offrande. Quelque part, je me sens trahi. On disait que « la révolution mange ses enfants », dans le cas de figure, il semble que la révolution tunisienne soit bouffée par ses enfants ! Pénible constat : – Des partis, sans programme sociopolitique ni enracinement populaire, qui s’entredéchirent, qui braillent beaucoup plus qu’ils n’agissent. – un paysage audio-visuel encore empêtré dans ses réflexes d’instrumentalisation et ses vieux démons. Les supports médiatiques foisonnent mais on s’entête à passer à coté. – On tente de se partager le cadavre du tristement célèbre RCD dont tout un chacun a honni jusqu’à le nom et revendiqué la dissolution, en multipliant les offensives de charme à l’égard des hommes, apparatchiks ou caciques ou tauliers de l’ancien régime, de sinistre mémoire. Une démarche digne d’une hyène qui, c’est connu, a une courte vue et agit dans l’obscurité. – dépérissement de l’ordre tant social que moral, une déconfiture à plate couture. Comme si l’échelle des valeurs est incompatible avec l’effervescence révolutionnaire. – une logique de vendetta qui imprègne les idées et les positions, contrairement non seulement à la personnalité de la Tunisie et à sa culture mais aux revendications premières de la révolution, – une centrale syndicale, pourtant grand phare de la Tunisie moderne, qui se dit garante de la révolution mais qui prend en otage tout un pays, des acquis majeurs, arrachés de haute lutte, qui sont remis en cause. – un peuple plus angoissé que naguère qui ne voit pas le bout du tunnel. On le traite au mieux comme un bétail électoral, au pire comme de la chair à canon. Et d’aucuns ont le culot de déplorer « la majorité silencieuse » ou de semer les germes de la discorde au sein de la même population, pourtant homogène et modérée, opposant les manifestants de la « Kasbah » à ceux de « La Coupole ». – résurgence des rivalités et clivages d’ordre infranational aussi bien régional que tribal qu’on croyait définitivement révolus. – un contexte de sécurité truffé de bombes à retardement où la délinquance, la criminalité et la gabegie rivalisent de voies de fait, de larcins et de braquages, sans compter le climat de terreur que le banditisme, grand et petit, fait ramper dans les ruelles et les quartiers, – une force armée, réputée pour sa vocation au service exclusif de la République et de la constitution, et dont la révolution tunisienne lui doit, entre autres, son aboutissement, fait l’objet aujourd’hui de velléités de déstabilisation, voire de dénigrement, – une justice qui cafouille minée par ses contradictions internes et des débordements contre-nature, des juges et avocats qui, au nom d’un mandat auto-attribué de premiers défenseurs de la révolution, outrepassent leur champ de compétence et , par là, défigurent le principe d’indépendance tant revendiqué suite à leur ambiguë démarche de sur-politiser leurs fonctions, trahissant une propension à conditionner l’évolution de la vie politique à leur oukase et à faire le lit de la « République des juges ». – une économie au bord de la faillite, en mesure de précipiter la banqueroute, sans prendre conscience de la gravité d’une telle « démission » et son impact adverse sur la Tunisie. – un taux de chômage en nette hausse malgré l’intérêt central dont l’emploi fait l’objet au sein de la société politique et civile tunisienne, – un gouvernement débordé par les dossiers et largué par les partenaires politiques, qui croupit sous le poids des urgences et des requêtes. Bref, un pays à la dérive, c’est le règne des paradoxes et des contradictions ! On dirait que la révolution, sans rompre totalement avec le passé, a remis en surface, non le meilleur de nous autres tunisiens, comme il en est question en pareil contexte, mais le moins bon, pour ne pas dire le pire. L’impératif de s’adapter pleinement et non moins collectivement au nouvel environnement national, d’en valoriser les propriétés et les symboles et d’en capitaliser les énormes dividendes, réelles ou potentielles, est pris à contre-pied par le chaos, la course au leadership et le réflexe partisan, clanique ou corporatif. Chacun met en avant sinon impose sa propre grille de lecture et dresse sa propre « feuille de route ». Il y en plein alors que le bon sens et la foi en un avenir commun commandent d’en convenir d’une seule dans un esprit de consensus et pour l’intérêt suprême de la Tunisie. Malheureusement le tableau est inversé : On desserre les rangs, on opère par ordre dispersé alors que la situation exige une communauté d’approche et d’action de toutes les parties prenantes. Aucune construction nationale n’est envisageable dans le rejet, la fragmentation et l’adversité disproportionnée. Tous les tunisiens, sans exception aucune, quelles qu’en soient la catégorie sociale, la filiation régionale, l’obédience idéologique ou la couleur politique, sont investis, conjointement, d’un destin national inclusif, contrairement aux discours qu’on tient actuellement où le message est trop brouillé par le tribalisme, voire le cannibalisme politique et l’enjeu particulièrement partisan. Une attitude extrémiste, de part et d’autre, traduisant forcément un état d’ignorance réciproque et une incapacité à découvrir et accepter le rival tel qu’il est et non tel qu’on veut qu’il soit. Aucun dialogue n’est possible entre des camps retranchés dans leurs certitudes et leurs a-priori. C’est la Tunisie qui en pâtira ! Il est inadmissible qu’historiquement terre de rencontre, d’ouverture et de pondération, la Tunisie post-révolutionnaire sombre dans le repli sur soi, le cloisonnement, la radicalisation et la désaffection. Plus que jamais, la Tunisie a besoin de se retrouver, de se réconcilier avec elle-même, de se reconstruire et de rassembler tous ses enfants autour d’un seul mot d’ordre, un seul objectif, un seul programme. Le délabrement observé aujourd’hui, à différents niveaux, n’honore personne, outre qu’il handicape, voire hypothèque lourdement le processus transitoire. Ceci dit, nos hommes politiques ne semblent pas avoir dépassé la phase des bonnes intentions et des discours de circonstances, manifestement incapables de faire accéder le débat à un palier opérationnel tangible. N’y aurait-il pas un décalage entre le sommet et la base, à savoir, entre une élite tunisienne de plus en plus imperméable au compromis, pourtant salutaire, et une population perdant confiance et patience, inconsciemment empêtrée dans une posture de suspicion et d’expectative. Quelque part, et sans s’en rendre compte, chacun participe, dans une certaine mesure et à des nuances près, à la contre-révolution. Je n’ai pas sacrifié ma jeunesse pour voir mon pays finir sur ce sombre tableau, loin s’en faut. J’aurais aimé reposer en paix, rassuré sur le devenir de mon pays et son processus de transition démocratique. Non ! Il faut qu’à chaque instant, je me retourne dans ma tombe, implorant mes grands dieux et mes braves concitoyens de sauver la mère patrie ! Voilà, j’arrive au bout de ma lettre, mais pas au bout de mes illusions. Veuillez excuser mes écarts, si jamais cette lettre en comporte, vous savez bien que les passionnés sont des grands enfants souvent maladroits ! On ne le dirait jamais assez : « qui aime bien, châtie bien » Enfin, je ne peux conclure sans hurler de toutes mes forces: Tunisiens de tour bord ! Respectez vos martyrs, anciens et nouveaux. Notre sang n’est pas encore asséché pour nous oublier et occulter les objectifs de la révolution derrière d’obscurs intérêts particuliers ou partisans ou derrière quelques agendas dissimulés ou desseins fourbes. Nous méritons un tout autre égard, du moins je nourris la faiblesse de le présumer ! Vive la Tunisie libre !

Source : « Espace Manager » Le 24-05-2011

Tunisie. Ennahdha le parti le mieux implanté dans le territoire


 

C’est Rached Ghannouchi qui a inauguré le siège de Gabès et rencontré des hommes d’affaires, des médecins, des ingénieurs, des étudiants et des universitaires de la région. Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, le président du mouvement a affirmé que l’instauration d’une justice équitable, d’une information libre et d’une vie politique pluraliste ainsi que l’alternance au pouvoir sont les conditions essentielles pour préserver la liberté et l’indépendance de la Tunisie post-révolution. M. Ghannouchi a souligné aussi la nécessité pour les compétences du pays, quelles que soient leurs orientations idéologiques, de relever les défis qui se posent, saluant le rôle des jeunes tunisiens qui ont élaboré «une approche internationale pour l’élimination des dictatures». Il a, aussi, relevé l’importance d’adopter un modèle économique permettant de libérer le pays de toute dépendance et de réaliser le développement durable à travers la complémentarité et l’intégration dans toutes les régions et les secteurs, particulièrement l’agriculture, l’industrie et les services.

Source : « Kapitalis » Le 24-05-2011

Bénédict de Saint-Laurent : « Les pays du Printemps arabe sont confrontés à un fort recul économique »


Synthèse des travaux en cours d’ANIMA Investment Network sur l’impact économique des révolutions arabes, et sur l’incontournable question corollaire : comment peut – doit – se positionner l’Europe pour accompagner au mieux ces changements ?

Conseiller scientifique d’ANIMA Investment Network (plateforme multi-pays réunissant plus de 80 organisations de développement du bassin méditerranéen) Bénédict de Saint-Laurent nous livre ici une synthèse des travaux en cours sur l’impact économique des révolutions arabes, et sur l’incontournable question corollaire : comment peut – doit – se positionner l’Europe pour accompagner au mieux ces changements ?

LeMED.fr – Bénédict de Saint-Laurent, vous venez de réaliser une revue des conséquences économiques des révolutions arabes. Quels en sont les points essentiels ?

Bénédict de Saint-Laurent – Le premier constat, d’ordre général, est que les révolutions arabes attirent davantage de sympathie auprès des opinions publiques, en particulier européennes, qu’auprès des investisseurs… Et même le public, aussi acquis soit-il à l’avancement de la démocratie, répugne parfois à y séjourner en tant que touriste. Dans le même temps, les travailleurs migrants venant du sud, source importante de financement extérieur, sont regardés avec méfiance par les gouvernements européens. Nous sommes en pleine ambigüité…

LeMED.fr – Et sur le plan économique, quelles précisions nous apportent les indicateurs que vous avez explorés ? On imagine évidemment une situation relativement dégradée ?

Bénédict de Saint-Laurent – À court terme, l’impact des révolutions est en effet plutôt négatif pour l’économie des pays MED-11 (1). Toutes les recettes extérieures baissent -tourisme, envois des migrants, investissements étrangers. L’activité est souvent perturbée par un climat politique et syndical très revendicatif. Beaucoup d’entreprises tournent au ralenti. Malgré les perspectives lointaines d’amélioration – gouvernance, justice sociale, transparence – l’économie souffre et cela fragilise bien sûr ceux qui soutiennent la démocratie.

Dans notre domaine, les IDE, et surtout les partenariats avec les entreprises étrangères, enregistrent une baisse sensible depuis le début de 2011.

Plus précisément, d’après la note de conjoncture trimestrielle de Zoé Luçon, responsable au sein d’ANIMA de l’Observatoire ANIMA-MIPO, le nombre d’annonces de projets d’IDE dans les pays MED a diminué de 13 % en rythme annuel, au 1er trimestre 2011, avec 184 projets contre 845 au total en 2010. Les montants sont en revanche en hausse – 10 milliards d’euros annoncés contre 33,7 en 2010 –, mais cette hausse est due pour l’essentiel à la Turquie et à Israël. Les pays arabes sont en nette baisse.

Les partenariats d’entreprises enregistrent aussi un net recul : 76 annonces pour le 1er trimestre 2011, contre 511 au total pour l’année 2010 (-41 %). La chute est supérieure à 50 % dans les pays du Maghreb et du Machreck (sauf le Maroc, à -35 %). Il s’agit du premier recul dans l’évolution des partenariats depuis que nous les suivons, c’est à dire depuis 2003.

Enfin, les fonds mobilisés par le capital-investissement sont également en baisse depuis le pic observé en 2007 et malgré un redressement en 2010. Sur le premier trimestre 2011 et selon l’observatoire ANIMA-MedFunds, les créations de fonds baissent de 50 % en rythme annuel.

LeMED.fr – En quelle manière les pays particulièrement concernés par le Printemps arabe sont-ils plus affectés par ce recul général ?

Bénédict de Saint-Laurent – La Tunisie, l’Égypte et la Libye connaissent les baisses les plus sévères des nombres de projets d’IDE : -25 % pour la Libye et -50 % pour la Tunisie et l’Égypte au premier trimestre 2011 par rapport au T1- 2010. En termes de montants, les annonces diminuent même davantage (environ -70 % pour l’Égypte et la Libye), sauf en Tunisie qui continue d’accueillir des investissements (offshore, donc peu concernés par la situation domestique) dans le secteur des hydrocarbures (OMV, ENI). En Égypte, seules quatre annonces ont été enregistrées après la chute du pouvoir en février 2011 . En Libye, aucun projet n’a été détecté depuis une prise de participation qatarie dans une banque en janvier 2011.

La Syrie, quant à elle, subit une baisse de deux tiers des intentions d’investissement en nombre de projets au T1 2011 par rapport au T1 2010. La baisse est d’un tiers en Jordanie, où les troubles ont été davantage contenus.

LeMED.fr – La relative stabilité du Maroc, dont le Roi a annoncé des réformes, permet-elle au Royaume d’enregistrer de meilleures performances ?

Bénédict de Saint-Laurent – Oui, toujours d’après le bilan de ma collègue Zoé Luçon, le Maroc se démarque des autres pays MED en enregistrant la seule hausse significative en nombre de projets d’IDE avec 37 annonces au T1-2011, mais tout de même avec des montants en deçà des niveaux d’avant crise, à moins de 500 millions d’euros.

Les autres pays qui semblent bénéficier d’une situation relativement protégée, ou en tout cas apparemment stable jusqu’ici, comme la Turquie, Israël, le Liban et l’Algérie, continuent d’enregistrer de bonnes performances.

La Turquie conserve pour sa part la tête du palmarès (52 projets et 4,3 milliards d’euros annoncés). En Israël, après le record de 2010 (179 annonces de projets), le rythme se maintient (montants dépassant déjà 3 milliards d’euros, contre 4,5 au total pour l’année 2010). A eux deux, Israël et la Turquie attirent les trois quarts des montants annoncés dans la région MED, un record absolu depuis la création de l’observatoire MIPO.

LeMED.fr – Outre la forte baisse des IDE, plusieurs pays du Printemps arabe sont aussi confrontés à la dégradation des notations, des recettes externes et des valorisations boursières…

Bénédict de Saint-Laurent – Effectivement, les agences de notation ont immédiatement abaissé la note de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye, rendant plus coûteux l’accès au financement des projets et des entreprises.

Pour la Tunisie, elles estiment par exemple que l’impact économique se traduira par une baisse de 3 à 4 % du PIB en 2011. La plupart des grands opérateurs (Banque mondiale, etc.) estiment qu’au mieux le PIB de 2011 sera légèrement positif, contre 4 à 5 % escomptés avant la révolution. Quant à la Libye, selon une estimation Coface d’avril 2011, elle subira une très violente contraction de l’activité d’au moins 15 %, elle est donc quasiment classée en « spéculatif ». La note de la Syrie (C) est aussi « mise sous surveillance négative, compte tenu de l’amplification de la contestation politique dans un environnement des affaires déficient » écrit encore cette note Coface.

Même dans les pays moins touchés, un impact existe à travers le rapatriement de nombreux migrants, la baisse des exportations, la hausse du prix de l’énergie, l’annulation ou le gel de projets. Tout cela est bien sûr incomplètement compensé par l’aide internationale. En attendant ce que va décider éventuellement le G8, saisi de suggestions pour un « paquet » en faveur des nouvelles démocraties.

LeMED.fr – Qu’en est-il des autres ressources externes, comme le tourisme ? Et quelles sont les conséquences sur l’équilibre des comptes ?

Bénédict de Saint-Laurent – Selon les autorités, la baisse des recettes touristiques a été de 40 % en Tunisie et de 25 % en Égypte au 1er trimestre 2011. Les transferts des migrants tunisiens ont accusé une baisse de 12 % au T1-2011. En Égypte, les autorités craignent une baisse de 25 % en 2011 par rapport aux transferts de 2010. Il faut dire que l’Égypte venait déjà de subir en 2009-2010 la crise du Golfe, avec le rapatriement de nombreux travailleurs basés par exemple à Dubaï.

Dans le même temps, les gouvernements ont été quasiment contraints d’annoncer des plans sociaux, le maintien de tarifs subventionnés pour certains produits de base, des augmentations de salaire (à l’instar du privé), et certaines embauches, pour les jeunes en particulier. Au contraire de l’Algérie, qui peut se permettre une « ardoise » alourdie de 25% pour acheter la paix sociale, la Tunisie ou l’Égypte disposent de recettes d’hydrocarbures (ou de phosphates) qui n’ont rien à voir avec le pactole algérien. En outre, en Tunisie, les hausses de salaire, bien que justifiées, mettent à mal un modèle industriel souvent basé sur la sous-traitance à bas coût, dont d’ailleurs les responsables ne veulent plus vraiment.

Dans ce contexte, une aide du FMI – une douzaine de milliards de dollars – a été demandée cette semaine par l’Égypte, et la Tunisie va probablement suivre. Les bourses de valeurs ont perdu, depuis leurs plus hauts trimestriels, jusqu’à 20 % de la capitalisation. La bourse turque a perdu, elle, près de 16 %. Les bourses libanaise, jordanienne et syrienne – d’ouverture toute récente – ont perdu environ 10 % au T1 2011. Seules les bourses marocaine et israélienne n’ont perdu qu’environ 5 %, tout ceci à une période où les bourses mondiales se sont plutôt bien comportées, avec une hausse de l’ordre de 10 % en moyenne.

Bénédict de Saint-Laurent – On ne sait pas encore ce qu’il sortira du Sommet du G8, où l’Égypte et la Tunisie ont été invités, mais les institutions européennes, la BEI-FEMIP, la France ou encore l’Italie ont depuis quelques semaines déjà annoncé leur intention de soutenir fortement la « transition démocratique » dans les pays arabes sud méditerranéens. Pensez-vous que la mobilisation soit à ce jour à un niveau suffisant ?

Bénédict de Saint-Laurent – On peut en tout cas observer que les appels bien intentionnés à investir en Tunisie ou en Égypte – pays devenus « fréquentables », donc à encourager – sont pour le moment assez peu écoutés des investisseurs. La situation reste souvent confuse sur le plan politique et les entreprises ne détestent rien autant que l’incertitude.

En revanche, jusqu’ici les mouvements populaires paraissent neutres sur la question du nationalisme économique, et les entreprises étrangères ne sont pas du tout visées… L’opinion semble au contraire plutôt favorable au modèle occidental, ou à une européanisation à la turque. Ce que les gens veulent surtout, c’est des dirigeants qui sachent faire bien fonctionner l’économie, sans biais, en donnant leur chance à ceux qui entreprennent ou qui travaillent sérieusement. Il n’en reste pas moins qu’à court terme, l’impact économique des révolutions arabes n’est pas favorable. Les recettes diminuent, le chômage et les prix augmentent, le système de décision est désorganisé. Ces difficultés fragilisent les démocrates !

LeMED.fr – Estimez-vous que l’Europe a adopté la posture adéquate face au Printemps arabe ?

Bénédict de Saint-Laurent – L’Europe devrait se réjouir du caractère citoyen et non théocratique de révolutions où elle retrouve ses valeurs. Pour une fois, les difficultés arabes ne trouvent pas leur origine dans l’existence d’Israël ou dans les méfaits de la colonisation… Il faut saluer cette adhésion au principe de réalité, qui témoigne de la montée d’une nouvelle génération.

Or l’Europe est, en cette affaire, quelque peu schizophrène : l’Union européenne trouve à la fois sympathique le mouvement des pays MED vers la démocratie et voudrait les aider… et en même temps, elle rehausse ses barrières à l’entrée de migrants qui sont pour une large part de pures victimes des crises en cours. Paradoxalement, l’Europe se raidit, a la frousse, ne voit pas l’opportunité – il faudrait même paraphraser, « l’Europe ne ressent pas l’ardente obligation » ! – de concrétiser une vaste entité euro-méditerranéenne souvent mise en chantier, mais jamais vraiment aboutie. On a eu le Processus de Barcelone, puis le nouveau voisinage, puis l’Union pour la Méditerranée., que l’on essaie de relancer, bravo. Mais tout ça n’a marché qu’à 50%…

LeMED.fr – Selon vous, est-ce que la responsabilité de ces demi-succès ou demi-échecs incombe à la seule Europe ?

Bénédict de Saint-Laurent – Non bien sûr. Les pays MED, en particulier la plupart de leurs dirigeants, ont une incapacité quasi-congénitale à s’entendre, à travailler ensemble. Chacun veut son petit dialogue privé avec l’UE. Personne n’est vraiment intéressé par les programmes régionaux (c’est à dire transnationaux), comme ceux sur lesquels nous travaillons. Ce faisant, les pays MED s’affaiblissent en tant qu’ensemble et disposent d’une faible capacité de négociation avec l’UE, ou dans le concert mondial.

Il serait essentiel de créer d’abord une entité économique et politique représentant les intérêts des pays MED – comme l’ont fait depuis des décennies l’ASEAN, le Comasur, la SADC ! Même le Maghreb n’y arrive pas vraiment… Du coup, les échanges intra-MED sont très faibles (7 % des échanges internationaux de MED), de même que les IDE intra-MED (3 %). On croit rêver, un village qui refuse d’échanger avec les villages voisins, mais qui va commercer avec des puissances au-delà des mers…

La responsabilité MED est donc réelle. Mais, comme toujours, c’est au plus fort, à celui qui a le plus de cartes en main, d’être le plus généreux et de prendre quelques risques. Sur toute la question des relations avec son sud — les frontières de l’Europe, ses racines, le statut des pays MED, l’accueil des migrants, la place de l’Islam dans la société… –, l’Europe hésite entre rejet et intégration : en termes politiques, comme le montre le débat sur la Turquie ; en termes financiers aussi, car les moyens accordés au rattrapage de ces économies restent très faibles par rapport aux fonds structurels accordés aux pays du centre et de l’est européen (PECO) avant le dernier élargissement de 2004. En gros, par habitant, les « sud-méditerranéens » reçoivent un trentième (!) seulement des crédits PECO, eux-mêmes représentant le tiers de ce qui fut attribué en son temps à l’Irlande, à la Grèce et au Portugal… Pas de quoi financer un quelconque rattrapage des pays MED… Ils pourront longtemps végéter…

LeMED.fr – Quel est votre sentiment sur la déclaration d’Alain Juppé, indiquant qu’il voulait « refonder l’UPM », et que sa création avait été « une intuition prémonitoire » ?

Bénédict de Saint-Laurent – La Méditerranée est une grande chance pour l’Europe, qui n’a pas le choix de ses voisins, mais qui n’est pas si mal lotie : ceux-ci ont le potentiel de pays émergents et ils disposent de plusieurs mines d’or -leur jeunesse, leur civilisation, le soleil, le temps… et mille autres ressources rares. Une vraie fraternité existe aussi, très souvent, entre les deux rives, qui partagent une longue histoire commune. Encore faut-il saisir cette chance, en respectant un partenaire avec lequel existent d’extraordinaires complémentarités, et en sortant de la crise « par le haut », c’est-à-dire en construisant autour de la Méditerranée un espace politique et économique ambitieux.

Le scénario le plus probable, qui consiste à laisser les voisins du sud se débrouiller plus ou moins seuls avec leurs problèmes -au prétexte qu’ils sont désorganisés et que ce serait leur faute-, ne revient qu’à repousser les échéances, en attendant des crises autrement plus sérieuses que ce qui se passe actuellement.

Le scénario souhaitable serait au contraire de faire de la Méditerranée un laboratoire concret d’expérimentation de solutions de développement durable – dont a besoin la planète entière, d’où un marché fantastique – mais qui sont absolument vitales dans l’espace clos et fragile qu’est le bassin méditerranéen. Sans tomber dans l’angélisme, il s’agit, selon moi, et tout en intégrant les exigences de la globalisation, de systématiser – comme ce qui a été engagé par des programmes quelque peu prophétiques, comme le Plan Bleu Méditerranée ou Invest in Med – d’une part la notion de « Méditerranée région pilote pour la préservation de l’environnement naturel et de la culture » ; d’autre part les filières créatrices de valeur et d’emplois pour les deux rives, plutôt que de s’en tenir, par exemple, à la seule sous-traitance et à l’export ; et systématiser enfin le déploiement de solutions technologiques appropriées : faible coût, utilisation de ressources locales, priorité à la gestion de la demande (en eau ou en transport par exemple) sur la recherche d’offres nouvelles, logique de long terme. La Méditerranée sera très vite épuisée si notre modèle productiviste et gaspilleur s’y généralise dans les 100 villes millionnaires prévues sur la rive sud à la fin de ce siècle.

C’est un magnifique projet pour la Méditerranée, mère de toutes les régions du monde.

Source : « Les Echos » Le 24-05-2011

Entretien – Mourad Ben Cheikh, réalisateur


«Le jour où j’ai pu récupérer ma dignité de citoyen, j’ai pleinement acquis celle de cinéaste…»

Mourad Ben Cheikh vit et exerce ses activités professionnelles entre la Tunisie et l’Italie. Il est l’auteur de « Un Taxi à Tunis » (2010), « Mare Nostrum » (2007), les cinq épisodes de la série “Histoire en Méditerranée” 2004/2005, “ Il Cinema dei paesi Arabi ” (1997). Il a également signé des travaux télévisuels (Fondeq el-ghalla 1998 en Tunisie, SFIDE 99/2000 en Italie).

 

Dans la fiction, il est l’auteur des courts métrages “Le pâtre des étoiles” (2003 ; compétition officielle JCC 2004 et plusieurs autres sélections) et « Une Saison entre Enfer et Paradis » (2008 ; Sélection officielle au FESPACO 2009, en panorama aux JCC 2008, Mons 2009, festival du Court Métrage Méditerranéen de Tanger 2009 et plusieurs autres sélections).

Rencontré au pavillon tunisien à Cannes, le jour même de la projection de son film, Mourad Ben Cheikh largement médiatisé et sollicité par la presse française et étrangère, a bien voulu répondre à nos questions.

 

Le Temps : quel a été l’accueil réservé à votre documentaire « plus jamais peur », lors des premières projections ?

Mourad Ben Cheikh : « Plus jamais peur » a été projeté deux fois dans le cadre du Marché du film ; une autre fois pour la presse internationale et une projection officielle grand public.

Nous avons d’ores et déjà un distributeur international basé en Allemagne, « Film boutique », et une sortie en salles en France durant le mois d’octobre prochain. Le film bénéficie par ailleurs, de l’intérêt de la presse internationale à Cannes : (la célèbre revue américaine Variety, Le Monde, Libération…) ; des radios : France Inter, France Culture, RFI, Radio Monte Carlo et la Radio Nationale Allemande ; des TV : égyptiennes, russes, ukrainiennes et françaises (FR3,FR24 et C. Cinéma…). Le journal indien, Times of India , dont le tirage est de l’ordre de deux millions d’exemplaires, s’est également focalisé sur le film .Et, croyez-moi, ce n’est pas peu !

 

*Pensez-vous donc qu’il est suffisamment médiatisé pour être distribué dans les quatre coins du monde ?

-A vrai dire, « Plus jamais peur » entre, du point de vue de la distribution, dans les canons du marché international et c’est très important. Cela fait longtemps qu’un film tunisien non co- produit par des parties occidentales, prenne de telles dimensions. Pour cette projection officielle dans la salle du Soixantième, c’est le grand test avec le grand public, dans le sens où le film n’a été vu jusque là, que dans des contextes purement professionnels, et encore plus à Cannes où on n’espère pas mieux . Le film est totalement différent de ce que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui dans l’approche, méthode…Ce qui est important, c’est que le jour où j’ai pu récupérer une dignité de citoyen, j’ai pleinement acquis celle de cinéaste ; cela a changé toute mon approche dans mon métier.

Car, on était obligé de par le passé, de faire des sauts mortels pour finir par ne dire que bien peu.

 

*Pourrions nous considérer votre documentaire comme une sorte de thérapie ?

-Je n’en étais pas conscient au moment où je le faisais mais ce film a agi sur moi comme une sorte de thérapie. J’ai partagé les douleurs qui étaient celles de tous les Tunisiens. Quand j’ai vu les images des morts, j’étais révolté et je ne voulais plus accepter l’inacceptable, c’est à dire, la mécanique de la dictature.

Après le festival de Cannes, le film est programmé à partir du 23 mai dans nos salles, (Africart, Le mondial, Al Hambra à la Marsa et à El manar), en attendant de le projeter dans le reste du pays. Ce qui est sûr, c’est que sa sortie en Tunisie est à but non lucratif ; plutôt, au profit des œuvres caritatives et de bienfaisance dans notre pays.

Pour ce qui est de sa participation à l’étranger, nous avons entrepris de nombreux contacts avec les différents festivals mais il s’agit de savoir dans quel ordre et de quelle manière vont s’organiser les projections et les sorties dans chaque pays.

J’ai par ailleurs, un projet de long métrage pour lequel j’ai obtenu une aide à la production.

Source: “Le Temps” Le 24-05-2011

Sondages et politique

Une nouvelle culture s’instaure


 

• Attention à la marge d’erreur Deux sondages d’opinion viennent d’être réalisés à quelques jours d’intervalle. Le premier, du 21 avril au 2 mai, sur «les Tunisiens, la politique et les élections» et qui a touché un échantillon de 1.304 individus de 18 à 80 ans. Cette enquête a été réalisée «sur terrain selon la méthode des quotas à plusieurs degrés en retenant comme variables de stratification la région, le genre, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle». Le second, du 5 au 11 mai, sur «les Tunisiens et la religion» et qui a porté sur un échantillon de 948 individus «selon la méthode quotas portant sur le gouvernorat d’habitation, le sexe, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle des individus de 18 ans et plus». Parmi les questions posées dans les deux sondages, celles concernant l’intention de vote chez les Tunisiens. Le premier sondage révèle que 83.2% des Tunisiens ne savent pas encore pour qui voter. Alors que le second situe le taux de ceux qui n’ont pas encore fait leur choix, c’est-à-dire les indécis, à 36%. Mieux encore, une personne sur cinq (20.5%) déclare, dans le premier sondage, être non intéressée par les élections de la Constituante contre 12.5% dans le second. Les résultats, comme on le voit, sont loin d’être concordants. Ils sont venus ajouter à la confusion et semer le doute dans les esprits des Tunisiens qui ne sont pas préparés à ce genre d’enquêtes qui sont censées «apporter des éclaircissements utiles et servir de base à des choix». Il est vrai qu’en Tunisie, nous n’avons pas de tradition d’enquêtes politiques qui commencent à fleurir en cette période pour mesurer l’impact de la révolution sur les Tunisiens, sonder leurs soucis et leurs attentes pour la période à venir, obtenir des réponses quant à leurs intentions de vote…Bref, nous renvoyer une image réelle de la population. Certains médias s’y adonnent de manière assez régulière auprès de leurs auditeurs et téléspectateurs, mais ils doivent éviter toute confusion en précisant qu’il ne s’agit pas de l’ensemble des Tunisiens d’autant plus que les sondages express ne se basent pas sur des critères scientifiques. Un sondage, aussi fiable soit-il, contient une marge d’erreur qui pourrait varier de 3 à 5%. C’est même un principe dont on doit tenir compte, notamment dans les élections. Les instituts de sondage français, voire américains, l’ont, à un moment ou à un autre, vérifié à leurs dépens. La date du 21 avril 2002 est restée en travers de la gorge de tous les instituts français qui se sont plantés sur les résultats du premier tour des élections présidentielles dont aucun n’avait prédit l’élimination du candidat socialiste à l’époque, Lionel Jospin, au profit de Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front national. Toujours est-il que les sondages politiques sont devenus des ingrédients nécessaires pour toutes les démocraties. Aussi bien hommes politiques que partis y recourent souvent pour mesurer leur audience et leur degré de confiance auprès des électeurs. A l’ère des démocraties de communication, «tous les politiques travaillent à partir de sondages de façon continue et calent leur discours et leur prise de parole en tenant compte de ces paramètres», concède un politologue français. Comment administrer un sondage? Pour avoir des réponses précises, l’instrument le plus valable demeure le questionnaire qui permet «d’obtenir des évaluations précises et impartiales sur ce qui est mesuré». Comment alors réaliser un sondage d’opinion ou une enquête à base de questionnaire ? Quels sont les critères requis et quelles sont les règles à respecter? Quelles sont les étapes nécessaires pour une bonne administration? L’enquête par questionnaire se prépare comme on prépare un vrai projet. Elle requiert un certain nombre de préalables pour aboutir à des résultats qui reflètent la réalité des choses. On commence d’abord par définir les objectifs de l’enquête qui doivent être formulés dans un objectif principal et dans quelques objectifs secondaires. Ensuite, on doit définir le public cible et choisir l’échantillon qui «désigne un sous-ensemble d’individus extraits d’une population initiale», c’est-à-dire une fraction de la population. Celui-ci doit obéir à un certain nombre de règles afin de s’assurer de sa représentativité. Sans trop entrer dans des détails techniques, l’échantillon peut, généralement, être choisi selon la méthode aléatoire qui consiste à tirer au sort les personnes à interroger ou selon la méthode des quotas qui consiste à «interroger un échantillon proportionnellement similaire à la population de référence. Les critères habituellement retenus sont le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la répartition géographique». Et même si la taille de l’échantillon ne détermine pas toujours la fiabilité des résultats, il est souvent recommandé d’élargir le nombre de personnes interrogées pour réduire la marge d’erreur à sa plus simple proportion. L’élaboration des questions obéit à son tour à la rigueur scientifique et elles doivent refléter, de par leur clarté et leur simplicité, les objectifs assignés à l’enquête et surtout être compréhensibles pour toutes les personnes, indépendamment de leur niveau d’instruction. Mais l’étape la plus difficile, c’est l’administration du questionnaire qui nécessite des moyens humains et matériels importants. Quatre modes sont généralement utilisés, avec chacun ses avantages et ses inconvénients. Le face à face qui assure la réelle représentativité de l’échantillon mais qui demande plus de temps et d’argent. L’utilisation du téléphone est le moyen le plus couru parce que plus simple et plus rapide qui remplace le courrier longtemps utilisé mais dont les résultats n’étaient pas tout à fait assurés à cause du retard qui en découlait et de la fiabilité des réponses. Avec l’apparition d’Internet, beaucoup d’instituts commencent à y recourir de plus en plus parce que ce type de sondage est moins onéreux. Mais quel que soit le moyen choisi, un minimum de temps et d’argent sont nécessaires si l’on veut obtenir des résultats fiables. Entre la définition des objectifs, l’élaboration des questions et la réalisation du sondage et l’analyse des résultats, les experts recommandent trois à quatre mois. Toutefois, il faut reconnaître à nos instituts de sondage cette pratique délibérée de se lancer dans ce genre d’entreprise animés qu’ils sont par la volonté de bien faire afin d’éclairer la lanterne du public et des hommes politiques. Car cette nouvelle culture qui commence à faire ses premiers pas chez nous doit être instaurée sur des bases solides pour favoriser un climat de confiance qui permet d’appréhender l’avenir politique avec plus de sérénité et gagner en crédibilité auprès de l’opinion publique. Aussi faut-il penser à réglementer ce genre d’enquêtes pour lui assurer la transparence requise.

Source: “La Presse” Le 24-05-2011

Lien: http://www.lapresse.tn/24052011/29827/une-nouvelle-culture-sinstaure.html

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