Assabilonline: Ali Afif IsbaĂŻ, lâhistoire dâune lutte, de souffrances et de privations
Kalima: TMG-IFEX:5 ans aprĂšs le SMSI,la libertĂ© d’expression continue dĂȘtre criminalisĂ©e
AFP: Libye: un ingénieur torturé et décédé, preuve du manque de justice
Magharebia: Les femmes musulmanes s’unissent contre les violences sexuelles
Prof. Taoufik BACHROUCH: Démocratie et Ijtihad 3
Ali Afif IsbaĂŻ, lâhistoire dâune lutte, de souffrances et de privations
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Assabilonline, Tunisie
vidéo :http://www.youtube.com/watch?v=id7_57RxfqU&feature=player_embedded )
Un cheikh de quatre vingt ans
PrivĂ© de lâaccomplissement du pĂšlerinage
Privé de passeport
PrivĂ© de rencontre avec son fils Ă lâĂ©tranger depuis 21 ans
Il a Ă©tudiĂ© Ă lâuniversitĂ© Zitouna et Ă©tait membre du comitĂ© central de la Voix de lâEtudiant Zitounien qui appelait Ă dĂ©velopper les programmes de lâenseignement zitounien et Ă lâadapter aux exigences de lâĂ©poque puis a terminĂ© ses Ă©tudes Ă la facultĂ© de Charia et des origines de la religion oĂč il obtenu la licence en 1970. Il a enseignĂ© dans lâĂźle de Jerba pendant un an puis sâest rendu en Libye pour enseigner pendant cinq ans. Lors de son retour il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© professeur au lycĂ©e secondaire de GabĂšs ; il y a enseignĂ© pendant un an et a dĂ» interrompre lâenseignement trois ans pour des raisons de santĂ©.
« En 1984, un Ă©vĂ©nement grave sâest produit devant chez moi, qui a Ă©tĂ© Ă lâorigine du renforcement du contrĂŽle sur moi, câest la mort en martyre de lâĂ©tudiant Othman Ben Mahmoud, Ă la suite dâune poursuite de la SĂ»retĂ© et dâun tir de coup de feu » , « en 1987, mon fils Temmam a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© alors quâil Ă©tait Ă©tudiant en troisiĂšme annĂ©e, en raison de son activitĂ© au sein de lâUnion GĂ©nĂ©rale Tunisienne des Etudiants, puis jâai Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et jâai passĂ© plusieurs mois en prison »
Lâex prisonnier politique Ali IsbaĂŻ a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© une seconde fois en 1990 et il a passĂ© six ans et demi en prison. Il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă cinq ans de contrĂŽle administratif : « jâai dĂ» signer quotidiennement au poste de police et pendant un an et demi environ au poste de la garde nationale et de la police. Pendant cette pĂ©riode mon domicile faisait lâobjet de descentes tard dans la nuit. On mâemmenait pour mâinterroger pendant une heure ou une heure et demi et quelquefois deux heures. A la fin du contrĂŽle administratif en 2003, jâai demandĂ© Ă pouvoir mâacquitter du pĂšlerinage et Ă avoir mon passeport, mais je nâai reçu aucune rĂ©ponse »
Le cheikh IsbaĂŻ a prĂ©sentĂ© chaque annĂ©e dune demande pour se rendre au pĂšlerinage. La sixiĂšme fois avant sa demande, le pĂšlerinage a Ă©tĂ© supprimĂ© en Tunisie, Ă savoir lâannĂ©e passĂ©e, et ce pour la premiĂšre fois dans lâhistoire du pays au prĂ©texte de la grippe porcine.
IsbaĂŻ nâa pas obtenu son passeport, il a prĂ©sentĂ© une demande en 2008 et a dĂ©posĂ© les documents requis, ainsi quâun timbre fiscal de 60 dinars [âŠ) il a prĂ©sentĂ© une autre demande en 2010 et a payĂ© le montant du timbre et les documents pour sâacquitter du pĂšlerinage de 2010, mais une fois de plus lâoccasion de faire le pĂšlerinage a Ă©tĂ© manquĂ©e [. ;;] « Jâai 79 ans, je vais sur 80 ans et je ne me suis jamais acquittĂ© de lâobligation du pĂšlerinage avant [âŠ] jâen ressens une immense douleur. Dâautre part mon fils Temmam qui a quittĂ© la Tunisie en 1990 en raison des filatures policiĂšres dues Ă son militantisme estudiantin et son appartenance au mouvement islamique, je ne lâai pas revu. Aujourdâhui il vit en SuĂšde. [âŠ] A lâoccasion de lâAĂŻd, jâadresse une invocation Ă mon fils que je nâai pas revu depuis 21 ans. Jâadresse le mĂȘme salut aux frĂšres exilĂ©s, interdits de retour dans leurs pays et de rĂ©sidence dans leurs familles  [âŠ]
Tunis, Abdessalam Toukabri
(Traduction dâextraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)
L’Ă©tudiant Jamil Abdelli est dĂ©tenu par la sĂ©curitĂ© d’Etat
Le susbstitut du procureur de la RĂ©publique de Gafsa Ă indiquĂ© le matin du 19, aux proches de Jamil Abdelli, enlevĂ© le samedi 13 novembre par les agents de la brigade de sĂ©curitĂ© de lâEtat, que l’Ă©tudiant originaire de Ben Aoun se trouve dans les locaux du ministĂšre de l’IntĂ©rieur Ă Tunis, pour des suspiscions de crimes en relation avec la loi de lutte contre le terrorisme.
 On Ă©tait sans nouvelles de cet Ă©tudiant en deuxiĂšme annĂ©e de gĂ©nie civil Ă l’institut supĂ©rieur de technologie de Gafsa, enlevĂ© devant des camarades prĂšs de son domicile oĂč ils ont saisi son ordinateur, avant de l’emmener vers une destination inconnue.
Les avocats, qui ont assistĂ© la famille dans ses recherches, considĂšrent que ces pratiques sont assimilables Ă un enlĂšvement, vu qu’elle sont soustraites au contrĂŽle de l’autoritĂ© judiciaire et que le dĂ©lai lĂ©gal de garde Ă vue a Ă©tĂ© dĂ©passĂ©.
Les organisations de droits humains ont exprimĂ© de sĂ©rieuses craintes que le jeune Abdelli n’ait pas pu ĂȘtre prĂ©sentĂ© Ă la justice Ă cause de la torture dont la brigade de sĂ©curitĂ© de l’Etat fait usage systĂ©matiquement, une pratique favorisĂ©e par l’opacitĂ© des interrogatoires.  Â
(Source :Le site de radio “Kalima” le 19-11-2010)
Lien :http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=326
TMG-IFEX:5 ans aprĂšs le SMSI,la libertĂ© d’expression continue dĂȘtre criminalisĂ©e
Proposé par redaction le Jeudi 18 novembre 2010
Le Groupe d’observation de la Tunisie de IFEX a publiĂ© le 18 novembre une dĂ©claration qui fait le point sur l’Ă©tat de la libertĂ© d’expression en Tunisie cinq ans aprĂšs la tenue du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI) organisĂ© par les Nations Unies sur la prĂ©somption que la libre expression progresserait dans le pays.
Le groupe constate que la Tunisie « demeure l’un des pays les plus rĂ©pressifs pour les journalistes indĂ©pendants, les blogueurs et les dĂ©fenseurs des droits de la personne. L’accĂšs Ă l’Internet est lourdement censurĂ©, les sites web indĂ©pendants sont bloquĂ©s ou piratĂ©s, et les courriels et appels tĂ©lĂ©phoniques sont interceptĂ©s. »
 Au lieu de cela, l’assaut contre la libertĂ© d’expression continue de s’intensifier.
 Trois journalistes ont été incarcérés en moins de dix mois.
 Zouhaier Makhlouf,Taoufik Ben Brik et Fahem Boukaddous qui purge actuellement une peine de quatre ans d’emprisonnement.
 Le prĂ©sident du TMG de l’IFEX, Rohan Jayasekera, a dĂ©clarĂ© Ă ce propos “Nous sommes profondĂ©ment troublĂ©s par le recours toujours aussi intense aux mesures administratives et aux tribunaux pour Ă©touffer la libertĂ© d’expression, et par l’affirmation dĂ©nuĂ©e de tout fondement profĂ©rĂ©e le 7 novembre par le PrĂ©sident Ben Ali selon laquelle aucun Tunisien n’a jamais Ă©tĂ© harcelĂ© ni emprisonnĂ© Ă cause de ses opinions critiques” .
 Les journalistes sont traßnés devant les tribunaux de façon répétée, comme dans le cas de Mouldi Zouabi, de la station Radio Kalima, littéralement en état de siÚge, ou harcelés comme Ben Brik et Lotfi Hajji.
 La guerre contre la libertĂ© d’expression s’est intensifiĂ©e avec l’adoption Ă la mi-juin d’un amendement de l’Article 61bis du Code pĂ©nal, qui punit tout citoyen tunisien qui Ă©tablit des “contacts avec des agents d’une puissance Ă©trangĂšre ou d’une organisation Ă©trangĂšre dans le but de l’inciter Ă nuire aux intĂ©rĂȘts vitaux” de la Tunisie et Ă sa “sĂ©curitĂ© Ă©conomique” L’adoption de cette loi est survenu aprĂšs qu’un groupe de dĂ©fenseurs tunisiens eut rencontrĂ© de hauts responsables de l’Union europĂ©enne au sujet du “statut avancĂ©” que sollicite le gouvernement.
 (Source :Le site de radio “Kalima” le 18-11-2010)
Lien :http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=325
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D’anciens hauts responsables boycottent les festivitĂ©s de l’AĂŻd Ă Monastir
Proposé par redaction le Jeudi 18 novembre 2010
Un certain nombre d’anciens responsables de l’Etat ont refusĂ© de prĂ©senter leurs voeux au gouverneur de Monastir Ă l’occasion de l’AĂŻd al-Adha durant la cĂ©rĂ©monie qui se tient traditionnellement Ă cette occasion.
 (Source :Le site de radio “Kalima” le 18-11-2010)
Lien: http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=324
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Libye: un ingénieur torturé et décédé, preuve du manque de justice
AFP – le 19 novembre 2010, 18h42
Trois ONG ont dĂ©noncĂ© vendredi le recours Ă la torture en Libye oĂč la justice est, selon elles, “sous le contrĂŽle de l’executif”, comme l’illustre la mort d’un ingĂ©nieur de 30 ans dĂ©cĂ©dĂ© peu aprĂšs sa mise en dĂ©tention Ă la suite de sĂ©vices.
Il a soulignĂ© avoir obtenu plusieurs documents officiels, dont le rapport d’autopsie, dĂ©montrant que la torture a bien eu lieu et que les autoritĂ©s politiques ont refusĂ© que l’enquĂȘte se fasse.
En 2008, le cas de cet ingĂ©nieur avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© par les ONG au nom de la famille de la victime devant le ComitĂ© des droits de l’Homme de l’ONU Ă GenĂšve, qui doit, selon M. Grant, publier ses conclusions et recommandations en 2011.
En outre, les ONG ont demandĂ© Ă plusieurs rapporteurs spĂ©ciaux de l’ONU sur les droits de l’Homme d’interpeller la Libye et d’obtenir des Ă©claircissements sur cette violation des droits de l’Homme, a prĂ©cisĂ© le responsable de Trial.
Il a Ă©galement indiquĂ© que “tout laissait Ă penser qu’Ismail Al-Khazmi avait Ă©tĂ© dĂ©tenu pour des raisons politiques”.
Les femmes musulmanes s’unissent contre les violences sexuelles
19/11/2010
Une grande campagne en direction de l’opinion publique a rĂ©cemment attirĂ© l’attention de la communautĂ© internationale sur les questions assez mĂ©connues du harcĂšlement sexuel et des violences envers les femmes dans les pays musulmans.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia Ă Tunis â 19/11/10
Dans le cadre de cette manifestation “Un jour, un combat” organisĂ©e simultanĂ©ment en plusieurs endroits, mercredi 9 novembre, des manifestations publiques, des projections de films, des spectacles de théùtre et des ateliers ont Ă©tĂ© organisĂ©s au Bangladesh, en Egypte, au Ghana, en IndonĂ©sie, en Iran, au Liban, en Malaisie, au Pakistan, en Palestine, au Soudan, en Turquie et en Tunisie.Â
“Nous voulons prendre certaines mesures pour venir Ă bout de l’hypocrisie sociale, de l’oppression culturelle et de la coercition politique, et pour nous permettre d’ouvrir un dĂ©bat sĂ©rieux sur les droits sexuels et physiques”, a-t-elle ajoutĂ©.Â
Les droits corporels prĂ©voient la protection contre le harcĂšlement sexuel. Cette question revĂȘt une importance particuliĂšre en Tunisie, le seul pays du Maghreb Ă participer Ă cette campagne internationale.Â
Le harcĂšlement et les abus sexuels restent parmi les dĂ©lits les moins signalĂ©s et les moins efficacement traitĂ©s en Tunisie, a expliquĂ© Me Faouzi ben Mrad, avocat, aux participants de ce forum.Â
“Le Code pĂ©nal doit ĂȘtre revu. Il souffre de plusieurs lacunes, notamment dans la mesure oĂč la lĂ©gislation tunisienne n’utilise pas le terme “violence sexuelle”, mais parle plutĂŽt de dĂ©lits de viol, de prostitution publique ou d’obscĂ©nitĂ©”, a ajoutĂ© Me ben Mrad.Â
Bien que la peine pour viol soit la prison Ă vie en Tunisie, le pays est encore en retard par rapport Ă l’AlgĂ©rie et au Maroc en matiĂšre de harcĂšlement, a-t-il prĂ©cisĂ©.Â
“La victime ne peut porter plainte directement auprĂšs du tribunal ; elle doit le faire par le biais du procureur de la RĂ©publique, qui dĂ©cide si le cas doit ou non ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ© au juge. Mais mĂȘme dans ce cas, la victime peut ĂȘtre lĂ©galement poursuivie si l’accusĂ© est acquittĂ©”, a-t-il prĂ©cisĂ©.Â
Les femmes tunisiennes se plaignent d’avoir Ă endurer de frĂ©quentes violations sur leur lieu de travail ou dans la rue.Â
“Je souffre de harcĂšlement tous les jours, mais je ne peux porter plainte parce que je ne peux fournir les preuves nĂ©cessaires, ce qui pourrait me placer en situation d’accusĂ©e”, a dĂ©clarĂ© Sarah, une enseignante.Â
Pour sa part, la coordinatrice du ComitĂ© national des femmes travailleuses Najoua Makhlouf a apportĂ© des tĂ©moignages de femmes au travail sujettes Ă des abus, expliquant que “elles sont issues de milieux modestes et ont besoin de ces emplois en usine, et se retrouvent parfois obligĂ©es de cĂ©der aux avances de leurs supĂ©rieurs par crainte de perdre leurs moyens de subsistance”.Â
L’annĂ©e derniĂšre, avec l’aide de comitĂ©s pour les droits des femmes, une femme salariĂ©e dans un hĂŽpital privĂ© a osĂ© intenter un procĂšs pour harcĂšlement sexuel contre le propriĂ©taire de cet hĂŽpital. Le tribunal lui a rendu justice et lui a accordĂ© 80 000 dinars d’indemnisation. Le propriĂ©taire a dĂ» fermer son Ă©tablissement, mais la victime a dĂ©cidĂ© de ne pas porter plainte au civil contre lui.Â
“Nous ne devrions pas nous contenter de punir le coupable, il faut mettre en place une procĂ©dure de suivi des victimes”, a-t-elle conclu.
Lien:Â http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2010/11/19/feature-01
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Démocratie et Ijtihad 3
Prof. Taoufik BACHROUCH
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  Bien que la laĂŻcitĂ© soit proclamĂ©e Ă cor et Ă cri, bien que la FacultĂ© de thĂ©ologie de la Zitouna fĂ»t jetĂ©e aux orties, et bien quâune nouvelle mouture de lâenseignement religieux ait vu le jour en lieu et place, il ne reste pas moins que jusquâĂ ce jour, lâIslam nâa pas Ă©tĂ© chez nous lâobjet dâune discipline acadĂ©mique qui soit vouĂ©e Ă lâĂ©tude critique et comparĂ©e des religions. La question se pose de savoir si nos Ă©tudes religieuses, telles quâelles ont cours aujourdâhui, et portant sur les faits religieux, ont dĂ©passĂ© le stade dogmatique pour sâouvrir Ă un enseignement positif des religions, libre de sa problĂ©matique et franc de ses outils de travail. Que de tentatives infructueuses ! On a reprochĂ© Ă M. Arkoun le français dâavoir eu une conception trop anthropologique de la religion musulmane, et Ă Shahrour le syrien de ne pas avoir su se dĂ©gager dâune lecture linguistique du Coran. Lorsque Gamal al-Banna lâĂ©gyptien conditionne lâIjtihad Ă la raison, aux valeurs dominantes que le Coran recĂšle, Ă la sunna et aux coutumes, il nâinnove pas quant au fond et sa prĂ©tention ne tient pas ses promesses dâun dĂ©passement qualitatif. La modernitĂ© intellectuelle se trouve en situation dâĂ©chec. Le problĂšme est que nous ne disposons pas encore et toujours dâun enseignement religieux indĂ©pendant de lâEtat (comme lâavait Ă©tĂ© la Zitouna), dâun enseignement qui soit franchement libre et critique face Ă la thĂ©ologie musulmane, mais respectueux quand mĂȘme de la chose rĂ©vĂ©lĂ©e. Le transfert de compĂ©tence de la thĂ©ologie aux disciplines historiques en ce qui concerne le discours universitaire sur la religion ne sâest pas encore rĂ©alisĂ©, chez nous, malgrĂ© les rares tentatives individuelles, mais timorĂ©es, quâil nous a Ă©tĂ© donnĂ© de connaĂźtre. Nos laĂŻcs nâon pas produit un vĂ©ritable substitut laĂŻque aux disciplines thĂ©ologiques, telles quâelles sont encore pratiquĂ©es dans lâenseignement supĂ©rieur tunisien. Ils nâont pas donnĂ© un sens nouveau au fait religieux. Ils dupliquent des mots dâordre Ă©trangers. La laĂŻcitĂ© tunisienne qui veille Ă ne pas transgresser la religion, comme dans lâordre juridique, reste quand mĂȘme une laĂŻcitĂ© sous influence. LâIslam est dĂ©centralisation et pluralisme, pour que tout le monde trouve son compte. Un pluralisme politique sans pluralisme religieux est impensable. Serions nous plus dĂ©mocratiques quâIsraĂ«l qui pratique le pluralisme religieux en autonomie ?
 Si des Musulmans sâĂ©meuvent au point de verser dans lâaction directe, câest que la question religieuse a Ă©tĂ© bafouĂ©e quelque part, aussi bien par les politiciens que par les thĂ©oriciens du sĂ©rail, puisque la laĂŻcitĂ© nâa pas donnĂ© un sens nouveau au fait religieux, comme elle est en devoir de le faire, face Ă des personnes en quĂȘte de Salut, ce Ă quoi ils ont droit.Â
 Si lâEtat ne doit pas ĂȘtre rĂ©gi par un personnel religieux, en revanche, il sied de ne pas mettre la vie publique uniquement sous la coupe des laĂŻcs. Si lâIslam est rangĂ© dans la sphĂšre privĂ©e, pourquoi lâEtat le prend-il en charge et en tient-il compte dans la marche de lâEtat ? Il dĂ©clare sâinterdire de sâingĂ©rer dans les affaires religieuses, ce qui nâest pas du goĂ»t des ultras parmi les laĂŻcs du cru. Et quoiquâil fasse pour paraĂźtre bienveillant Ă lâendroit de la religion, un pĂ©chĂ© originel lui colle Ă la peau. Si la laĂŻcitĂ© incarne lâesprit dĂ©mocratique du peuple tunisien en acte, alors nous sommes loin et de lâune et de lâautre. La laĂŻcitĂ© nâorganise pas encore le lien social comme la religion peut le faire, et ne peut consoler les laissĂ©s pour compte au mĂȘme titre. Elle ne prend pas encore la diversitĂ© de maniĂšre juste et satisfaisante. Nul nâa le droit dâimposer ses choix. Pas mĂȘme lâEtat et encore moins les tenants de la religion : les affaires de conscience ne sont pas de leur ressort exclusif. Or lâEtat nâest-il pas un ordonnateur du culte ?
 LâIjtihad a Ă©tĂ© la bouteille Ă lâencre pendant longtemps et il reste encore des Orientalistes pour nous y convier avec condescendance, alors que la maniĂšre dont il a Ă©tĂ© posĂ© a conduit Ă lâĂ©chec de la modernitĂ© intellectuelle, celle dont nous pĂątissons aujourdâhui. Comment ĂȘtre laĂŻc sans tomber dans la transgression, et sans imposer la laĂŻcitĂ© impĂ©rativement Ă ceux qui nâen veulent pas, en vouant lâEtat Ă lâaccomplissement de cette tĂąche, telle est la bonne question. Nos laĂŻcs ne placent pas en fait la libertĂ© de conscience au premier plan de leurs prĂ©occupations ; ils nâont dâautre souci, en leur qualitĂ© de caisses de rĂ©sonances, que de mettre les appareils dâEtat au service de la lutte contre la vĂ©ritable libertĂ© de conscience, celle qui ne sâaccommode pas de la main mise du pouvoir sur le personnel religieux et de mots dâordre venus de tous ceux qui en occident nous veulent du bien. Un MinistĂšre des Affaires religieuses nâa pas de raison dâĂȘtre dans une perspective vĂ©ritablement laĂŻque, alors que, si le culte musulman est Ă©troitement contrĂŽlĂ© de lâintĂ©rieur, le culte chrĂ©tien, concordataire, relĂšve du Vatican et les rabbins juifs sont autonomes religieusement parlant. Quâest ce qui fait que le mouvement associatif est refusĂ© aux Musulmans de libre obĂ©dience, alors que lâArchidiocĂšse de Tunis (0,2 % de la population sont des chrĂ©tiennes, 33 religieux et 168 religieuses, sans compter les prĂȘtres, quâils soient bien les bienvenus dans le pays) dispose dâune bibliothĂšque diocĂ©saine de 30.000 titres au moins (avant lâincendie coupable), dâun service social caritatif protĂ©gĂ© par le modus vivendi de 1964 et pouvant accueillir Ă©ventuellement des Musulmans en difficultĂ© aussi. LâEtat a-t-il bronchĂ© face Ă la campagne dâĂ©vangĂ©lisation en cours, que dâaucuns perçoivent comme subversive ? Ce nâest plus son affaire apparemment. Mais si le moindre rigoriste bouge le petit doigt, il est soupçonnĂ© des desseins les plus sombres. LĂ , il a vocation Ă respecter la libertĂ© de conscience, conformĂ©ment Ă un Islam normalisĂ© par des agents dĂ©froquĂ©s, les « dĂ©senturbanĂ©s » de service. Il suffit de se poster devant lâĂ©glise de la rue Mongi Slim ou celle de la place Thameur pour sâen rendre compte. Jây Ă©tais invitĂ© Ă passer mon chemin par des agents de sĂ©curitĂ© en civil plutĂŽt agressifs. Alors si la laĂŻcitĂ© est synonyme de libertĂ© religieuse, quâelle le soit pour tout le monde et au mĂȘme titre, câest le propre de lâĂ©galitĂ©. En France 90% des Ă©coles privĂ©es sont catholiques, alors que chez nous, il nâexiste aucune Ă©cole privĂ©e qui sâaffiche ĂȘtre musulmane, comme au temps de la colonisation (Ă la diffĂ©rence de lâĂ©cole hĂ©braĂŻque de la rue de Palestine par exemple). Notre laĂŻcitĂ© sâoffre le luxe de ne pas sĂ©parer pour de bon le culte de lâEtat, comme en Turquie. La mise de la religion sous le boisseau de lâEtat est contre nature. Alors repensons le rĂŽle de lâEtat en la matiĂšre pour Ă©viter les ingĂ©rences et assurer la libertĂ© de conscience dans les limites de la loi et de lâordre public, cela allant de soi. Ne perdons pas de vue que la laĂŻcitĂ© est en train de servir de catalyseur de lâIslamisme.Â
  Câest le nouveau dĂ©fi qui est lancĂ© au Ijtihad dans le domaine laĂŻc. Le refoulement du religieux est comme cette eau qui dort et il nây a pire eau que celle qui dort. Une laĂŻcitĂ© qui esquive les problĂšmes ne place pas lâavenir sous les meilleurs auspices. Notre culture ne nous incline pas Ă solutionner les clivages, autrement que par diktat, malheureusement.Â
 Mais voilĂ que lâIjtihad ne semble plus faire recette, remplacĂ© par un autre concept, celui de maqĂąsid ash-SharĂźa, fort Ă la mode ces derniers temps, Ă savoir les fins premiĂšres ou les intention ultimes du droit musulman, selon ses propres fondements. Or ces fondements sont eux-mĂȘmes source de divergences juridiques, selon les Ă©coles. Alors que reste-t-il ? Si la laĂŻcitĂ© est dâune nĂ©cessitĂ© absolue, exigeons dâelle de la neutralitĂ© et de lâimpartialitĂ©, et faisons en sorte quâelle ne se rĂ©solve pas en principe de contrĂŽle et de coercition. Militons pour une refondation de la laĂŻcitĂ© sur la base de ses postulats philosophiques, mais sans offusquer le vis-Ă -vis qui ne pense pas comme vous et qui se prĂ©vaut dâun systĂšme de valeurs autres. A charge de rĂ©ciprocitĂ©. LĂ pointe le pluralisme vrai. La laĂŻcitĂ© dâexclusion devrait cĂ©der la place Ă une laĂŻcitĂ© de comprĂ©hension, sans tabou et sans que surgisse une zone dâincomprĂ©hension et par suite de tensions. Et rĂ©ciproquement. En un mot la laĂŻcitĂ© doit se muer en une Ă©cole de cohabitation et de libertĂ©. Mais les esprits nây sont pas encore et toujours prĂ©parĂ©s.
 LâIjtihad comme effort de rĂ©interprĂ©tation de la RĂ©vĂ©lation divise. LâIjtihad comme effort de rĂ©criture civile et consensuelle du droit canonique suscite de vives rĂ©sistances. Le problĂšme est que lâIjtihad peut ĂȘtre considĂ©rĂ©, dans sa formulation moderne, comme un diviseur commun, parce que procĂ©dant de la malfaçon. DĂ©terminons ce qui est nĂ©gociable et ce qui ne lâest pas et agissons en consĂ©quence. La sĂ©paration du droit de sa source religieuse, sous couleur de sĂ©curisation, prĂ©suppose le renvoi Ă une norme europĂ©enne Ă©rigĂ©e en principe universel, ce que certains rĂ©cusent. Alors que dans nombre dâEtats europĂ©ens, lâenseignement religieux ne cesse dâĂȘtre supervisĂ© par des autoritĂ©s religieuses indĂ©pendantes de lâEtat (comme en IsraĂ«l aussi). Il en est de mĂȘme du Culte. LâEtat dâinspiration jacobine, comme le nĂŽtre, nâest pas neutre, mais partisan. La politique religieuse de Bourguiba constitue lâaspect le plus controversĂ© de son Ćuvre. Les laĂŻcs comptent sur les appareils dâEtat pour faire passer leurs revendications au moyen de la violence lĂ©gale, nâayant pas de racines profondes dans la sociĂ©tĂ©, alors quâils devraient faire preuve dâimpartialitĂ© et dâenracinement. Les radicaux parmi les islamistes se considĂšrent comme seuls au monde Ă dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© et en arrivent Ă miser sur la violence pour imposer leurs vues, munis de leurs miroirs aux alouettes. Lâapaisement nâest pas pour demain. Comme lâEtat dâIsraĂ«l, lâEtat tunisien peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un Etat sĂ©culier, tandis que les contours de ce concept restent contestables Ă lâendroit de lâun et de lâautre.
 Alors repensons notre laĂŻcitĂ© et soumettons la Ă lâimpĂ©ratif du Ijtihad elle aussi. Remettons la Ă plat, de conserve avec une réévaluation mĂ©thodique des acquis de lâislamologie, bien que limitĂ©s et discutables. Câest la gageure nouvelle de lâIjtihad religieux, un tant soit peu moderne. LâIslam militant pourrait reprendre du poil de la bĂȘte. Il nâest pas exclu quâil obtienne un jour sa revanche sur une laĂŻcitĂ© paradoxale en vertu de laquelle lâEtat rĂ©gente la religion et dirige les consciences par le truchement dâun maillage dâImams prĂȘchant pour son compte. La Tunisie pourrait ĂȘtre dite comme une forme de laĂŻcitĂ© adossĂ©e Ă une religion et qui, contrairement Ă sa Constitution, place les textes juridiques au dessus des textes religieux. Le fait que la RĂ©volution française ait Ă©tĂ© critiquĂ©e en profondeur durant ces derniĂšres dĂ©cades, cela a rĂ©agi sur les idĂ©ologies et les concepts qui en sont issues. Alors lâIjtihad pourrait avoir beaucoup de chemin devant lui pour Ă©claircir les enjeux et les pĂ©rils, pour identifier et hiĂ©rarchiser les problĂšmes, et pour analyser les perceptions passionnelles quâils suscitent. Il est regrettable que lâenjeu des dĂ©bats manque si peu dâenvergure. Le modĂšle français, qui nous inspire, a montrĂ© ses limites, en France dâabord, alors que dire chez nous. Mais sommes-nous intellectuellement outillĂ©s pour le faire, en tout bien tout honneur ? Nulle grande Ă©cole de la pensĂ©e politique et sociale nâexiste encore dans le pays. Lâaspiration Ă lâĂ©galitĂ© rĂ©publicaine est vaine devant lâemploi. La dissolution dans lâespace public des allĂ©geances familiales, religieuses et ethniques ou rĂ©gionales se fait attendre. LâĂ©cole vouĂ©e Ă ĂȘtre le creuset de lâidentitĂ© rĂ©publicaine se dĂ©robe Ă sa vĂ©ritable mission. Les normes de la dĂ©mocratie post-moderne ne sont pas Ă lâordre du jour pour transformer lâespace public, dâespace de soumission, en un espace de confrontation positive, alors que la domination par lâargent est en train de gangrener un semblant de dĂ©mocratie qui peine Ă sâinstaller, sur fond de mondialisation, sur fond de privilĂšges de fait, et qui Ă©largit le champ des exclusions, des frustrations et du chĂŽmage. Face au nĂ©o-libĂ©ralisme dâaujourdâhui, lâIjtihad peut avoir son mot Ă dire, quand la mondialisation prospĂšre sur la marchandisation et que les nouvelles « LumiĂšres » ne nous viennent plus de Paris, mais des pays Ă©mergents. Si tout reste Ă refaire, alors quel gĂąchis rĂ©trospectif. Un Islam qui nous rĂ©habilite Ă la maniĂšre iranienne, scientifiquement parlant, voila ce dont nous avons besoin, un Islam qui nous fasse entrer dans la course des Ă©toiles, pour nous faire oublier nos babillages dĂ©risoires sur le port du voile. Notre laĂŻcitĂ© est comme un navire sans boussole, tout comme notre islamitĂ©. Suis-je autorisĂ© sans risque de conspirer Ă instaurer un cours public Ă mon domicile ou sur la place publique, comme mes prĂ©dĂ©cesseurs de la Zitouna avaient la facultĂ© de le faire, en ces temps lĂ , pour Ă©chapper Ă un systĂšme qui les Ă©touffait .
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