20 novembre 2010

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TUNISNEWS 
  10 Úme année, N° 3833 du 20.11.2010
 archives : www.tunisnews.net 


Assabilonline: Ali Afif Isbaï, l’histoire d’une lutte, de souffrances et de privations

Kalima: L’Ă©tudiant Jamil Abdelli est dĂ©tenu par la sĂ©curitĂ© d’Etat

Kalima: TMG-IFEX:5 ans aprĂšs le SMSI,la libertĂ© d’expression continue dĂȘtre criminalisĂ©e

Kalima: D’anciens hauts responsables boycottent les festivitĂ©s de l’AĂŻd Ă  Monastir

AFP: Libye: un ingénieur torturé et décédé, preuve du manque de justice
Magharebia: Les femmes musulmanes s’unissent contre les violences sexuelles

Prof. Taoufik BACHROUCH: Démocratie et Ijtihad 3


Ali Afif Isbaï, l’histoire d’une lutte, de souffrances et de privations


 

Assabilonline, Tunisie

vidéo :http://www.youtube.com/watch?v=id7_57RxfqU&feature=player_embedded )

Un cheikh de quatre vingt ans

PrivĂ© de l’accomplissement du pĂšlerinage

Privé de passeport

PrivĂ© de rencontre avec son fils Ă  l’étranger depuis 21 ans

Il a Ă©tudiĂ© Ă  l’universitĂ© Zitouna et Ă©tait membre du comitĂ© central de la Voix de l’Etudiant Zitounien qui appelait Ă  dĂ©velopper les programmes de l’enseignement zitounien et Ă  l’adapter aux exigences de l’époque puis a terminĂ© ses Ă©tudes Ă  la facultĂ© de Charia et des origines de la religion oĂč il obtenu la licence en 1970. Il a enseignĂ© dans l’üle de Jerba pendant un an puis s’est rendu en Libye pour enseigner pendant cinq ans. Lors de son retour il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© professeur au lycĂ©e secondaire de GabĂšs ; il y a enseignĂ© pendant un an et a dĂ» interrompre l’enseignement trois ans pour des raisons de santĂ©.

« En 1984, un Ă©vĂ©nement grave s’est produit devant chez moi, qui a Ă©tĂ© Ă  l’origine du renforcement du contrĂŽle sur moi, c’est la mort en martyre de l’étudiant Othman Ben Mahmoud, Ă  la suite d’une poursuite de la SĂ»retĂ© et d’un tir de coup de feu » , « en 1987, mon fils Temmam a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© alors qu’il Ă©tait Ă©tudiant en troisiĂšme annĂ©e, en raison de son activitĂ© au sein de l’Union GĂ©nĂ©rale Tunisienne des Etudiants, puis j’ai Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et j’ai passĂ© plusieurs mois en prison »

L’ex prisonnier politique Ali IsbaĂŻ a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© une seconde fois en 1990 et il a passĂ© six ans et demi en prison. Il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  cinq ans de contrĂŽle administratif : « j’ai dĂ» signer quotidiennement au poste de police et pendant un an et demi environ au poste de la garde nationale et de la police. Pendant cette pĂ©riode mon domicile faisait l’objet de descentes tard dans la nuit. On m’emmenait pour m’interroger pendant une heure ou une heure et demi et quelquefois deux heures. A la fin du contrĂŽle administratif en 2003, j’ai demandĂ© Ă  pouvoir m’acquitter du pĂšlerinage et Ă  avoir mon passeport, mais je n’ai reçu aucune rĂ©ponse »

Le cheikh IsbaĂŻ a prĂ©sentĂ© chaque annĂ©e dune demande pour se rendre au pĂšlerinage. La sixiĂšme fois avant sa demande, le pĂšlerinage a Ă©tĂ© supprimĂ© en Tunisie, Ă  savoir l’annĂ©e passĂ©e, et ce pour la premiĂšre fois dans l’histoire du pays au prĂ©texte de la grippe porcine.

IsbaĂŻ n’a pas obtenu son passeport, il a prĂ©sentĂ© une demande en 2008 et a dĂ©posĂ© les documents requis, ainsi qu’un timbre fiscal de 60 dinars [
) il a prĂ©sentĂ© une autre demande en 2010 et a payĂ© le montant du timbre et les documents pour s’acquitter du pĂšlerinage de 2010, mais une fois de plus l’occasion de faire le pĂšlerinage a Ă©tĂ© manquĂ©e [. ;;] « J’ai 79 ans, je vais sur 80 ans et je ne me suis jamais acquittĂ© de l’obligation du pĂšlerinage avant [
] j‘en ressens une immense douleur. D’autre part mon fils Temmam qui a quittĂ© la Tunisie en 1990 en raison des filatures policiĂšres dues Ă  son militantisme estudiantin et son appartenance au mouvement islamique, je ne l’ai pas revu. Aujourd’hui il vit en SuĂšde. [
] A l’occasion de l’AĂŻd, j’adresse une invocation Ă  mon fils que je n’ai pas revu depuis 21 ans. J’adresse le mĂȘme salut aux frĂšres exilĂ©s, interdits de retour dans leurs pays et de rĂ©sidence dans leurs familles  [
]
Tunis, Abdessalam Toukabri

(Traduction d’extraits ni revue ni corrigĂ©e par les auteurs de la version en arabe, LT)


L’Ă©tudiant Jamil Abdelli est dĂ©tenu par la sĂ©curitĂ© d’Etat


Proposé par redaction le Vendredi 19 novembre 2010

Le susbstitut du procureur de la RĂ©publique de Gafsa Ă  indiquĂ© le matin du 19, aux proches de Jamil Abdelli, enlevĂ© le samedi 13 novembre par les agents de la brigade de sĂ©curitĂ© de l’Etat, que l’Ă©tudiant originaire de Ben Aoun se trouve dans les locaux du ministĂšre de l’IntĂ©rieur Ă  Tunis, pour des suspiscions de crimes en relation avec la loi de lutte contre le terrorisme.

 On Ă©tait sans nouvelles de cet Ă©tudiant en deuxiĂšme annĂ©e de gĂ©nie civil Ă  l’institut supĂ©rieur de technologie de Gafsa, enlevĂ© devant des camarades prĂšs de son domicile oĂč ils ont saisi son ordinateur, avant de l’emmener vers une destination inconnue.

Les avocats, qui ont assistĂ© la famille dans ses recherches, considĂšrent que ces pratiques sont assimilables Ă  un enlĂšvement, vu qu’elle sont soustraites au contrĂŽle de l’autoritĂ© judiciaire et que le dĂ©lai lĂ©gal de garde Ă  vue a Ă©tĂ© dĂ©passĂ©.

Les organisations de droits humains ont exprimĂ© de sĂ©rieuses craintes que le jeune Abdelli n’ait pas pu ĂȘtre prĂ©sentĂ© Ă  la justice Ă  cause de la torture dont la brigade de sĂ©curitĂ© de l’Etat fait usage systĂ©matiquement, une pratique favorisĂ©e par l’opacitĂ© des interrogatoires.   

(Source :Le site de radio  “Kalima” le 19-11-2010)
Lien :http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=326

 

TMG-IFEX:5 ans aprĂšs le SMSI,la libertĂ© d’expression continue dĂȘtre criminalisĂ©e


Proposé par redaction le Jeudi 18 novembre 2010


Le Groupe d’observation de la Tunisie de IFEX a publiĂ© le 18 novembre une dĂ©claration qui fait le point sur l’Ă©tat de la libertĂ© d’expression en Tunisie cinq ans aprĂšs la tenue du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI) organisĂ© par les Nations Unies sur la prĂ©somption que la libre expression progresserait dans le pays.

Le groupe constate que la Tunisie « demeure l’un des pays les plus rĂ©pressifs pour les journalistes indĂ©pendants, les blogueurs et les dĂ©fenseurs des droits de la personne. L’accĂšs Ă  l’Internet est lourdement censurĂ©, les sites web indĂ©pendants sont bloquĂ©s ou piratĂ©s, et les courriels et appels tĂ©lĂ©phoniques sont interceptĂ©s. »

 Au lieu de cela, l’assaut contre la libertĂ© d’expression continue de s’intensifier.
 Trois journalistes ont été incarcérés en moins de dix mois.

 Zouhaier Makhlouf,Taoufik Ben Brik et Fahem Boukaddous qui purge actuellement une peine de quatre ans d’emprisonnement.

 Le prĂ©sident du TMG de l’IFEX, Rohan Jayasekera, a dĂ©clarĂ© Ă  ce propos “Nous sommes profondĂ©ment troublĂ©s par le recours toujours aussi intense aux mesures administratives et aux tribunaux pour Ă©touffer la libertĂ© d’expression, et par l’affirmation dĂ©nuĂ©e de tout fondement profĂ©rĂ©e le 7 novembre par le PrĂ©sident Ben Ali selon laquelle aucun Tunisien n’a jamais Ă©tĂ© harcelĂ© ni emprisonnĂ© Ă  cause de ses opinions critiques” .

 Les membres du TMG de l’IFEX ont effectuĂ© une mission en Tunisie en avril et en mai, et ont rapportĂ© que les journalistes et les juges indĂ©pendants Ă©taient persĂ©cutĂ©s et que les demandes d’autorisation de journaux indĂ©pendants ou de frĂ©quences radio indĂ©pendantes Ă©taient ignorĂ©es.
 Alors que le gouvernement a autorisĂ© depuis 2003 le lancement de cinq stations de radio privĂ©es – appartenant toutes Ă  des parents du PrĂ©sident Ben Ali, ou Ă  des proches.

 Les journalistes sont traßnés devant les tribunaux de façon répétée, comme dans le cas de Mouldi Zouabi, de la station Radio Kalima, littéralement en état de siÚge, ou harcelés comme Ben Brik et Lotfi Hajji.

 La guerre contre la libertĂ© d’expression s’est intensifiĂ©e avec l’adoption Ă  la mi-juin d’un amendement de l’Article 61bis du Code pĂ©nal, qui punit tout citoyen tunisien qui Ă©tablit des “contacts avec des agents d’une puissance Ă©trangĂšre ou d’une organisation Ă©trangĂšre dans le but de l’inciter Ă  nuire aux intĂ©rĂȘts vitaux” de la Tunisie et Ă  sa “sĂ©curitĂ© Ă©conomique” L’adoption de cette loi est survenu aprĂšs qu’un groupe de dĂ©fenseurs tunisiens eut rencontrĂ© de hauts responsables de l’Union europĂ©enne au sujet du “statut avancĂ©” que sollicite le gouvernement.

 (Source :Le site de radio  “Kalima” le 18-11-2010)
Lien :http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=325
 


D’anciens hauts responsables boycottent les festivitĂ©s de l’AĂŻd Ă  Monastir


Proposé par redaction le Jeudi 18 novembre 2010
Un certain nombre d’anciens responsables de l’Etat ont refusĂ© de prĂ©senter leurs voeux au gouverneur de Monastir Ă  l’occasion de l’AĂŻd al-Adha durant la cĂ©rĂ©monie qui se tient traditionnellement Ă  cette occasion.

Ce boycott serait motivĂ©, selon les sources de Kalima, par les agissements dĂ©bridĂ©s du fils du gouverneur, Haythem Jbeniani, qui s’approprierait de façon peu catholique des biens fonciers et immobiliers, en usant de la fonction officielle de son pĂšre.
 Rappelons que plusieurs anciens hauts responsables (dont Ahmed Kellala, Abdallah Bachir et Moncef El Herguli) abvaient saisi le président de la république de ces pratiques répétées lésant des personnes et abusant des biens publics.

 (Source :Le site de radio  “Kalima” le 18-11-2010)
Lien: http://www.kalima-tunisie.info/fr/modules.php?name=News&file=article&sid=324
 


Libye: un ingénieur torturé et décédé, preuve du manque de justice


AFP – le 19 novembre 2010, 18h42

Trois ONG ont dĂ©noncĂ© vendredi le recours Ă  la torture en Libye oĂč la justice est, selon elles, “sous le contrĂŽle de l’executif”, comme l’illustre la mort d’un ingĂ©nieur de 30 ans dĂ©cĂ©dĂ© peu aprĂšs sa mise en dĂ©tention Ă  la suite de sĂ©vices.

Trois ONG ont dĂ©noncĂ© vendredi le recours Ă  la torture en Libye oĂč la justice est, selon elles, “sous le contrĂŽle de l’executif”, comme l’illustre la mort d’un ingĂ©nieur de 30 ans dĂ©cĂ©dĂ© peu aprĂšs sa mise en dĂ©tention Ă  la suite de sĂ©vices.
Emprisonné en 2006, Ismail Al-Khazmi, est décédé quelques jours aprÚs son incarcération, ont expliqué les organisations non gouvernementales Trial, Human Rights Watch et Alkarama dans un communiqué.
“Ce cas illustre piĂšces Ă  l’appui que la torture est utilisĂ©e jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive et qu’il existe un mĂ©canisme d’impunitĂ© institutionnalisĂ©”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP Philip Grant, porte-parole de Trial, une ONG spĂ©cialisĂ©e dans la traque des responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanitĂ©.
Il a soulignĂ© avoir obtenu plusieurs documents officiels, dont le rapport d’autopsie, dĂ©montrant que la torture a bien eu lieu et que les autoritĂ©s politiques ont refusĂ© que l’enquĂȘte se fasse.
“En Libye, le pouvoir judiciaire est sous contrĂŽle de l’exĂ©cutif”, a dĂ©plorĂ© M. Grant.
En 2008, le cas de cet ingĂ©nieur avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© par les ONG au nom de la famille de la victime devant le ComitĂ© des droits de l’Homme de l’ONU Ă  GenĂšve, qui doit, selon M. Grant, publier ses conclusions et recommandations en 2011.
En outre, les ONG ont demandĂ© Ă  plusieurs rapporteurs spĂ©ciaux de l’ONU sur les droits de l’Homme d’interpeller la Libye et d’obtenir des Ă©claircissements sur cette violation des droits de l’Homme, a prĂ©cisĂ© le responsable de Trial.
Il a Ă©galement indiquĂ© que “tout laissait Ă  penser qu’Ismail Al-Khazmi avait Ă©tĂ© dĂ©tenu pour des raisons politiques”.

 

Les femmes musulmanes s’unissent contre les violences sexuelles


19/11/2010

Une grande campagne en direction de l’opinion publique a rĂ©cemment attirĂ© l’attention de la communautĂ© internationale sur les questions assez mĂ©connues du harcĂšlement sexuel et des violences envers les femmes dans les pays musulmans.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis — 19/11/10

Des dizaines d’associations fĂ©minines d’Afrique, d’Europe, du Moyen Orient et d’Asie ont joint leurs forces la semaine derniĂšre dans le cadre d’une immense campagne orchestrĂ©e par la Coalition pour les droits sexuels et corporels dans les sociĂ©tĂ©s musulmanes (Coalition for Sexual and Bodily Rights – CSBR). 
Dans le cadre de cette manifestation “Un jour, un combat” organisĂ©e simultanĂ©ment en plusieurs endroits, mercredi 9 novembre, des manifestations publiques, des projections de films, des spectacles de théùtre et des ateliers ont Ă©tĂ© organisĂ©s au Bangladesh, en Egypte, au Ghana, en IndonĂ©sie, en Iran, au Liban, en Malaisie, au Pakistan, en Palestine, au Soudan, en Turquie et en Tunisie. 

Cette initiative mondiale visait Ă  attirer l’attention des sociĂ©tĂ©s musulmanes sur les abus sexuels, les mutilations gĂ©nitales, les meurtres pour l’honneur, la lapidation ou la flagellation des femmes, et le “droit Ă  l’intĂ©gritĂ© corporelle et sexuelle de toutes les personnes”, a indiquĂ© le CSBR. 

Cette journĂ©e a Ă©tĂ© une dĂ©claration d’action contre “toutes les forces rĂ©actionnaires qui cherchent Ă  contrĂŽler, disposer et prendre possession du corps des femmes”, a expliqué Sanaa Benachour, prĂ©sidente de l’Association des femmes dĂ©mocrates de Tunisie, lors d’un forum organisĂ© Ă  Tunis pour marquer cet Ă©vĂšnement. 

“Nous voulons prendre certaines mesures pour venir Ă  bout de l’hypocrisie sociale, de l’oppression culturelle et de la coercition politique, et pour nous permettre d’ouvrir un dĂ©bat sĂ©rieux sur les droits sexuels et physiques”, a-t-elle ajoutĂ©. 

Les droits corporels prĂ©voient la protection contre le harcĂšlement sexuel. Cette question revĂȘt une importance particuliĂšre en Tunisie, le seul pays du Maghreb Ă  participer Ă  cette campagne internationale. 

Le harcÚlement et les abus sexuels restent parmi les délits les moins signalés et les moins efficacement traités en Tunisie, a expliqué Me Faouzi ben Mrad, avocat, aux participants de ce forum. 

“Le Code pĂ©nal doit ĂȘtre revu. Il souffre de plusieurs lacunes, notamment dans la mesure oĂč la lĂ©gislation tunisienne n’utilise pas le terme “violence sexuelle”, mais parle plutĂŽt de dĂ©lits de viol, de prostitution publique ou d’obscĂ©nitĂ©”, a ajoutĂ© Me ben Mrad. 

Bien que la peine pour viol soit la prison Ă  vie en Tunisie, le pays est encore en retard par rapport Ă  l’AlgĂ©rie et au Maroc en matiĂšre de harcĂšlement, a-t-il prĂ©cisĂ©. 

“La victime ne peut porter plainte directement auprĂšs du tribunal ; elle doit le faire par le biais du procureur de la RĂ©publique, qui dĂ©cide si le cas doit ou non ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ© au juge. Mais mĂȘme dans ce cas, la victime peut ĂȘtre lĂ©galement poursuivie si l’accusĂ© est acquittĂ©”, a-t-il prĂ©cisĂ©. 
Les femmes tunisiennes se plaignent d’avoir Ă  endurer de frĂ©quentes violations sur leur lieu de travail ou dans la rue. 

“Je souffre de harcĂšlement tous les jours, mais je ne peux porter plainte parce que je ne peux fournir les preuves nĂ©cessaires, ce qui pourrait me placer en situation d’accusĂ©e”, a dĂ©clarĂ© Sarah, une enseignante. 

Pour sa part, la coordinatrice du ComitĂ© national des femmes travailleuses Najoua Makhlouf a apportĂ© des tĂ©moignages de femmes au travail sujettes Ă  des abus, expliquant que “elles sont issues de milieux modestes et ont besoin de ces emplois en usine, et se retrouvent parfois obligĂ©es de cĂ©der aux avances de leurs supĂ©rieurs par crainte de perdre leurs moyens de subsistance”. 

L’annĂ©e derniĂšre, avec l’aide de comitĂ©s pour les droits des femmes, une femme salariĂ©e dans un hĂŽpital privĂ© a osĂ© intenter un procĂšs pour harcĂšlement sexuel contre le propriĂ©taire de cet hĂŽpital. Le tribunal lui a rendu justice et lui a accordĂ© 80 000 dinars d’indemnisation. Le propriĂ©taire a dĂ» fermer son Ă©tablissement, mais la victime a dĂ©cidĂ© de ne pas porter plainte au civil contre lui. 

Bochra Bel Haj Hmida, avocate et ancienne prĂ©sidente de l’Association tunisienne des femmes dĂ©mocrates, a soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© de lois assurant un suivi psychologique et social pour les femmes et les enfants victimes de violences sexuelles. 

Elle a prĂ©sentĂ© le cas d’une jeune fille qui avait Ă©tĂ© sĂ©duite par son compagnon, puis agressĂ©e sexuellement par un groupe d’hommes jeunes. Le tribunal avait dĂ©cidĂ© que la victime de ce viol s’Ă©tait livrĂ©e Ă  la prostitution et l’avait condamnĂ©e Ă  une peine de prison. 

“Nous ne devrions pas nous contenter de punir le coupable, il faut mettre en place une procĂ©dure de suivi des victimes”, a-t-elle conclu.

Démocratie et Ijtihad 3


Prof. Taoufik BACHROUCH
 
   Bien que la laĂŻcitĂ© soit proclamĂ©e Ă  cor et Ă  cri, bien que la FacultĂ© de thĂ©ologie de la Zitouna fĂ»t jetĂ©e aux orties, et bien qu’une nouvelle mouture de l’enseignement religieux ait vu le jour en lieu et place, il ne reste pas moins que jusqu’à ce jour, l’Islam n’a pas Ă©tĂ© chez nous l’objet d’une discipline acadĂ©mique qui soit vouĂ©e Ă  l’étude critique et comparĂ©e des religions. La question se pose de savoir si nos Ă©tudes religieuses, telles qu’elles ont cours aujourd’hui, et portant sur les faits religieux, ont dĂ©passĂ© le stade dogmatique pour s’ouvrir Ă  un enseignement positif des religions, libre de sa problĂ©matique et franc de ses outils de travail. Que de tentatives infructueuses ! On a reprochĂ© Ă  M. Arkoun le français d’avoir eu une conception trop anthropologique de la religion musulmane, et Ă  Shahrour le syrien de ne pas avoir su se dĂ©gager d’une lecture linguistique du Coran. Lorsque Gamal al-Banna l’égyptien conditionne l’Ijtihad Ă  la raison, aux valeurs dominantes que le Coran recĂšle, Ă  la sunna et aux coutumes, il n’innove pas quant au fond et sa prĂ©tention ne tient pas ses promesses d’un dĂ©passement qualitatif. La modernitĂ© intellectuelle se trouve en situation d’échec. Le problĂšme est que nous ne disposons pas encore et toujours d’un enseignement religieux indĂ©pendant de l’Etat (comme l’avait Ă©tĂ© la Zitouna), d’un enseignement qui soit franchement libre et critique face Ă  la thĂ©ologie musulmane, mais respectueux quand mĂȘme de la chose rĂ©vĂ©lĂ©e. Le transfert de compĂ©tence de la thĂ©ologie aux disciplines historiques en ce qui concerne le discours universitaire sur la religion ne s’est pas encore rĂ©alisĂ©, chez nous, malgrĂ© les rares tentatives individuelles, mais timorĂ©es, qu’il nous a Ă©tĂ© donnĂ© de connaĂźtre.  Nos laĂŻcs n’on pas produit un vĂ©ritable substitut laĂŻque aux disciplines thĂ©ologiques, telles qu’elles sont encore pratiquĂ©es dans l’enseignement supĂ©rieur tunisien. Ils n’ont pas donnĂ© un sens nouveau au fait religieux. Ils dupliquent des mots d’ordre Ă©trangers. La laĂŻcitĂ© tunisienne qui veille Ă  ne pas transgresser la religion, comme dans l’ordre juridique, reste quand mĂȘme une laĂŻcitĂ© sous influence. L’Islam est dĂ©centralisation et pluralisme, pour que tout le monde trouve son compte. Un pluralisme politique sans pluralisme religieux est impensable. Serions nous plus dĂ©mocratiques qu’IsraĂ«l qui pratique le pluralisme religieux en autonomie ?

  Si des Musulmans s’émeuvent au point de verser dans l’action directe, c’est que la question religieuse a Ă©tĂ© bafouĂ©e quelque part, aussi bien par les politiciens que par les thĂ©oriciens du sĂ©rail, puisque la laĂŻcitĂ© n’a pas donnĂ© un sens nouveau au fait religieux, comme elle est en devoir de le faire, face Ă  des personnes en quĂȘte de Salut, ce Ă  quoi ils ont droit. 

 Si l’Etat ne doit pas ĂȘtre rĂ©gi par un personnel religieux, en revanche, il sied de ne pas mettre la vie publique uniquement sous la coupe des laĂŻcs. Si l’Islam est rangĂ© dans la sphĂšre privĂ©e, pourquoi l’Etat le prend-il en charge et en tient-il compte dans la marche de l’Etat ? Il dĂ©clare s’interdire de s’ingĂ©rer dans les affaires religieuses, ce qui n’est pas du goĂ»t des ultras parmi les laĂŻcs du cru. Et quoiqu’il fasse pour paraĂźtre bienveillant Ă  l’endroit de la religion, un pĂ©chĂ© originel lui colle Ă  la peau. Si la laĂŻcitĂ© incarne l’esprit dĂ©mocratique du peuple tunisien en acte, alors nous sommes loin et de l’une et de l’autre. La laĂŻcitĂ© n’organise pas encore le lien social comme la religion peut le faire, et ne peut consoler les laissĂ©s pour compte au mĂȘme titre. Elle ne prend pas encore la diversitĂ© de maniĂšre juste et satisfaisante. Nul n’a le droit d’imposer ses choix. Pas mĂȘme l’Etat et encore moins les tenants de la religion : les affaires de conscience ne sont pas de leur ressort exclusif. Or l’Etat n’est-il pas un ordonnateur du culte ?

  L’Ijtihad a Ă©tĂ© la bouteille Ă  l’encre pendant longtemps et il reste encore des Orientalistes pour nous y convier avec condescendance, alors que la maniĂšre dont il a Ă©tĂ© posĂ© a conduit Ă  l’échec de la modernitĂ© intellectuelle, celle dont nous pĂątissons aujourd’hui. Comment ĂȘtre laĂŻc sans tomber dans la transgression, et sans imposer la laĂŻcitĂ© impĂ©rativement Ă  ceux qui n’en veulent pas, en vouant l’Etat Ă  l’accomplissement de cette tĂąche, telle est la bonne question. Nos laĂŻcs ne placent pas en fait la libertĂ© de conscience au premier plan de leurs prĂ©occupations ; ils n’ont d’autre souci, en leur qualitĂ© de caisses de rĂ©sonances, que de mettre les appareils d’Etat au service de la lutte contre la vĂ©ritable libertĂ© de conscience, celle qui ne s’accommode pas de la main mise du pouvoir sur le personnel religieux et de mots d’ordre venus de tous ceux qui en occident nous veulent du bien. Un MinistĂšre des Affaires religieuses n’a pas de raison d’ĂȘtre dans une perspective vĂ©ritablement laĂŻque, alors que, si le culte musulman est Ă©troitement contrĂŽlĂ© de l’intĂ©rieur, le culte chrĂ©tien, concordataire, relĂšve du Vatican et les rabbins juifs sont autonomes religieusement parlant. Qu’est ce qui fait que le mouvement associatif est refusĂ© aux Musulmans de libre obĂ©dience, alors que l’ArchidiocĂšse de Tunis (0,2 % de la population sont des chrĂ©tiennes, 33 religieux et 168 religieuses, sans compter les prĂȘtres, qu’ils soient bien les bienvenus dans le pays) dispose d’une bibliothĂšque diocĂ©saine de 30.000 titres au moins (avant l’incendie coupable), d’un service social caritatif protĂ©gĂ© par le modus vivendi de 1964 et pouvant accueillir Ă©ventuellement des Musulmans en difficultĂ© aussi. L’Etat a-t-il bronchĂ© face Ă  la campagne d’évangĂ©lisation en cours, que d’aucuns perçoivent comme subversive ? Ce n’est plus son affaire apparemment. Mais si le moindre rigoriste bouge le petit doigt, il est soupçonnĂ© des desseins les plus sombres. LĂ , il a vocation Ă  respecter la libertĂ© de conscience, conformĂ©ment Ă  un Islam normalisĂ© par des agents dĂ©froquĂ©s, les « dĂ©senturbanĂ©s » de service. Il suffit de se poster devant l’église de la rue Mongi Slim ou celle de la place Thameur pour s’en rendre compte. J’y Ă©tais invitĂ© Ă  passer mon chemin par des agents de sĂ©curitĂ© en civil plutĂŽt agressifs. Alors si la laĂŻcitĂ© est synonyme de libertĂ© religieuse, qu’elle le soit pour tout le monde et au mĂȘme titre, c’est le propre de l’égalitĂ©. En France 90% des Ă©coles privĂ©es sont catholiques, alors que chez nous, il n’existe aucune Ă©cole privĂ©e qui s’affiche ĂȘtre musulmane, comme au temps de la colonisation (Ă  la diffĂ©rence de l’école hĂ©braĂŻque de la rue de Palestine par exemple). Notre laĂŻcitĂ© s’offre le luxe de ne pas sĂ©parer pour de bon le culte de l’Etat, comme en Turquie. La mise de la religion sous le boisseau de l’Etat est contre nature. Alors repensons le rĂŽle de l’Etat en la matiĂšre pour Ă©viter les ingĂ©rences et assurer la libertĂ© de conscience dans les limites de la loi et de l’ordre public, cela allant de soi. Ne perdons pas de vue que la laĂŻcitĂ© est en train de servir de catalyseur de l’Islamisme. 

   C’est le nouveau dĂ©fi qui est lancĂ© au Ijtihad dans le domaine laĂŻc. Le refoulement du religieux est comme cette eau qui dort et il n’y a pire eau que celle qui dort. Une laĂŻcitĂ© qui esquive les problĂšmes ne place pas l’avenir sous les meilleurs auspices. Notre culture ne nous incline pas Ă  solutionner les clivages, autrement que par diktat, malheureusement. 

 Mais voilĂ  que l’Ijtihad ne semble plus faire recette, remplacĂ© par un autre concept, celui de maqĂąsid ash-SharĂźa, fort Ă  la mode ces derniers temps, Ă  savoir les fins premiĂšres ou les intention ultimes du droit musulman, selon ses propres fondements. Or ces fondements sont eux-mĂȘmes source de divergences juridiques, selon les Ă©coles. Alors que reste-t-il ? Si la laĂŻcitĂ© est d’une nĂ©cessitĂ© absolue, exigeons d’elle de la neutralitĂ© et de l’impartialitĂ©, et faisons en sorte qu’elle ne se rĂ©solve pas en principe de contrĂŽle et de coercition. Militons pour une refondation de la laĂŻcitĂ© sur la base de ses postulats philosophiques, mais sans offusquer le vis-Ă -vis qui ne pense pas comme vous et qui se prĂ©vaut d’un systĂšme de valeurs autres. A charge de rĂ©ciprocitĂ©. LĂ  pointe le pluralisme vrai. La laĂŻcitĂ© d’exclusion devrait cĂ©der la place Ă  une laĂŻcitĂ© de comprĂ©hension, sans tabou et sans que surgisse une zone d’incomprĂ©hension et par suite de tensions. Et rĂ©ciproquement. En un mot la laĂŻcitĂ© doit se muer en une Ă©cole de cohabitation et de libertĂ©. Mais les esprits n’y sont pas encore et toujours prĂ©parĂ©s.

 L’Ijtihad comme effort de rĂ©interprĂ©tation de la RĂ©vĂ©lation divise. L’Ijtihad comme effort de rĂ©criture civile et consensuelle du droit canonique suscite de vives rĂ©sistances. Le problĂšme est que l’Ijtihad peut ĂȘtre considĂ©rĂ©, dans sa formulation moderne, comme un diviseur commun, parce que procĂ©dant de la malfaçon. DĂ©terminons ce qui est nĂ©gociable et ce qui ne l’est pas et agissons en consĂ©quence. La sĂ©paration du droit de sa source religieuse, sous couleur de sĂ©curisation, prĂ©suppose le renvoi Ă  une norme europĂ©enne Ă©rigĂ©e en principe universel, ce que certains rĂ©cusent. Alors que dans nombre d’Etats europĂ©ens, l’enseignement religieux ne cesse d’ĂȘtre supervisĂ© par des autoritĂ©s religieuses indĂ©pendantes de l’Etat (comme en IsraĂ«l aussi). Il en est de mĂȘme du Culte. L’Etat d’inspiration jacobine, comme le nĂŽtre, n’est pas neutre, mais partisan. La politique religieuse de Bourguiba constitue l’aspect le plus controversĂ© de son Ɠuvre.  Les laĂŻcs comptent sur les appareils d’Etat pour faire passer leurs revendications au moyen de la violence lĂ©gale, n’ayant pas de racines profondes dans la sociĂ©tĂ©, alors qu’ils devraient faire preuve d’impartialitĂ© et d’enracinement. Les radicaux parmi les islamistes se considĂšrent comme seuls au monde Ă  dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© et en arrivent Ă  miser sur la violence pour imposer leurs vues, munis de leurs miroirs aux alouettes. L’apaisement n’est pas pour demain. Comme l’Etat d’IsraĂ«l, l’Etat tunisien peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un Etat sĂ©culier, tandis que les contours de ce concept restent contestables Ă  l’endroit de l’un et de l’autre.

 Alors repensons notre laĂŻcitĂ© et soumettons la Ă  l’impĂ©ratif du Ijtihad elle aussi. Remettons la Ă  plat, de conserve avec une réévaluation mĂ©thodique des acquis de l’islamologie, bien que limitĂ©s et discutables. C’est la gageure nouvelle de l’Ijtihad religieux, un tant soit peu moderne. L’Islam militant pourrait reprendre du poil de la bĂȘte. Il n’est pas exclu qu’il obtienne un jour sa revanche sur une laĂŻcitĂ© paradoxale en vertu de laquelle l’Etat rĂ©gente la religion et dirige les consciences par le truchement d’un maillage d’Imams prĂȘchant pour son compte. La Tunisie pourrait ĂȘtre dite comme une forme de laĂŻcitĂ© adossĂ©e Ă  une religion et qui, contrairement Ă  sa Constitution, place les textes juridiques au dessus des textes religieux. Le fait que la RĂ©volution française ait Ă©tĂ© critiquĂ©e en profondeur durant ces derniĂšres dĂ©cades, cela a rĂ©agi sur les idĂ©ologies et les concepts qui en sont issues. Alors l’Ijtihad pourrait avoir beaucoup de chemin devant lui pour Ă©claircir les enjeux et les pĂ©rils, pour identifier et hiĂ©rarchiser les problĂšmes, et pour analyser les perceptions passionnelles qu’ils suscitent. Il est regrettable que l’enjeu des dĂ©bats manque si peu d’envergure. Le modĂšle français, qui nous inspire, a montrĂ© ses limites, en France d’abord, alors que dire chez nous. Mais sommes-nous intellectuellement outillĂ©s pour le faire, en tout bien tout honneur ? Nulle grande Ă©cole de la pensĂ©e politique et sociale n’existe encore dans le pays. L’aspiration Ă  l’égalitĂ© rĂ©publicaine est vaine devant l’emploi. La dissolution dans l’espace public des allĂ©geances familiales, religieuses et ethniques ou rĂ©gionales se fait attendre. L’école vouĂ©e Ă  ĂȘtre le creuset de l’identitĂ© rĂ©publicaine se dĂ©robe Ă  sa vĂ©ritable mission. Les normes de la dĂ©mocratie post-moderne ne sont pas Ă  l’ordre du jour pour transformer l’espace public, d’espace de soumission, en un espace de confrontation positive, alors que la domination par l’argent est en train de gangrener un semblant de dĂ©mocratie qui peine Ă  s’installer, sur fond de mondialisation, sur fond de privilĂšges de fait, et qui Ă©largit le champ des exclusions, des frustrations et du chĂŽmage. Face au nĂ©o-libĂ©ralisme d’aujourd’hui, l’Ijtihad peut avoir son mot Ă  dire, quand la mondialisation prospĂšre sur la marchandisation et que les nouvelles « LumiĂšres » ne nous viennent plus de Paris, mais des pays Ă©mergents. Si tout reste Ă  refaire, alors quel gĂąchis rĂ©trospectif. Un Islam qui nous rĂ©habilite Ă  la maniĂšre iranienne, scientifiquement parlant, voila ce dont nous avons besoin, un Islam qui nous fasse entrer dans la course des Ă©toiles, pour nous faire oublier nos babillages dĂ©risoires sur le port du voile. Notre laĂŻcitĂ© est comme un navire sans boussole, tout comme notre islamitĂ©. Suis-je autorisĂ© sans risque de conspirer Ă  instaurer un cours public Ă  mon domicile ou sur la place publique, comme mes prĂ©dĂ©cesseurs de la Zitouna avaient la facultĂ© de le faire, en ces temps lĂ ,  pour Ă©chapper Ă  un systĂšme qui les Ă©touffait .

 
(Source: “Mouwatinoun” organe du FDTL nr 18 novembre 2010)

 

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