20 juin 2010

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TUNISNEWS
10 Úme année, N° 3680 du 20.06.2010
 archives : www.tunisnews.net 


Touensa Fehmine:  Succession, Tiraillement et autres Rumeurs… Magharebia: La Tunisie approuve le traitĂ© contre les actes de terrorisme nuclĂ©aire proposĂ© par l’ONU Magharebia: Les prix alimentaires montent en flĂšche en Tunisie Mouwatinoun: L’agriculture biologique ; oui, mais.. Ali Mahjoubi: La rĂ©forme de l’enseignement en Tunisie (1989-1994) Jeuneafrique: Nouvelle gĂ©nĂ©ration de convertis AFP: Iran : pendaison du chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah AFP: IsraĂ«l planifie la plus grande usine au monde de dessalement d’eau de mer


Succession, Tiraillement et autres Rumeurs…


 
Touensa Fehmine
 
La succession et les tensions qu’elle suscite apparait comme un leitmotiv dans les conversations et les dĂ©bats plus ou moins discrets qui agitent l’opinion de plus en plus dĂ©sorientĂ©e. Les craintes et les ambitions des cercles familiaux et claniques proches du bunker sont devenus un sujet de discussion permanent. Le dernier Ă©pisode du feuilleton nous dĂ©voile un nouveau prĂ©tendant en l’occurence Monsieur Kamel Morjane. Homme lige, homme de paille ou simplement un acteur aux ambitions rĂ©elles, ce n’est pas encore Ă©vident pour l’homme de la rue. Toujours est-il que le clan Hammam Soussien le pousse Ă©nergiquement dans la course qui se joue entre les Ben Ali, les Trabelsi, les Materi etc…
L’homme est prĂ©sentĂ© comme un ex-Haut fonctionnaire International (HCR/ONU) promu figure politique nationale intĂšgre et compĂ©tent. Ce que la population ignore c’est le vrai visage de clui-ci et surtout ses alliances familiales.
Essayons de dĂ©meler l’Ă©cheveau : Kamel Morjane est mariĂ© Ă  la fille de Bouraoui Ben Ali ex-pilote à Tunis Air et cousin germain de Ben Ali. Il est par ailleurs le beau-frĂšre de Mehdi Mlika (Leurs Ă©pouses respectives sont soeurs). Rappelons que le gĂ©nial inventeur des Boulevards de l’Environnement et des Avenues de la QualitĂ© de la Vie est surtout connu pour ĂȘtre Monsieur 10% sur tout ce qui s’achĂšte et se vend en rapport avec l’environnement. Le frĂšre de l’Ă©pouse de Kamel Morjane n’est autre que BĂ©chir Ben Ali trafiquant en tout genre. Ce dernier est l’Ă©poux de la soeur de Hamdi Meddeb PrĂ©sident de l’EspĂ©rance  ex-associé de Slim Chiboub et actuel associĂ© de Sakhr El Materi dans la Banque Zitouna. La fille de BĂ©chir Ben Ali est l’Ă©pouse du fils de Hayet soeur cadette du PrĂ©sident. Dans son fief de Sousse Ă©rigĂ© en “Triangle d’or” elle a la haute main sur tout ce qui est produits non rĂ©glementĂ©s et contrebande de toute sorte (Voir la Presse du 5 Mars 2010).
Tout ce beau monde s’agite pour faire rapidement de Kamel Morjane le successeur dĂ©signé  du Chef, pour permettre, bien entendu à la famille de continuer Ă  jouir de l’impunitĂ©. Il reste aux observateurs d’intĂšgrer ces Ă©lĂ©ments dans leurs analyses concernant la succession du GĂ©nĂ©ral/Flic/PrĂ©sident.
 
 
 Corbeille du Marié
 
Halima seconde fille de Ben Ali et de Leila Trabelsi nĂ©e en 1992 (trois mois aprĂšs le mariage) s’apprĂȘte Ă  convoler en juste noce avec le jeune Ă©tudiant Mehdi Belgaid. Avant le mariage qui sera cĂ©lĂ©brĂ© cet Ă©tĂ©, l’heureux Ă©lu vient de racheter les parts de la BIAT dans la sociĂ©tĂ© STAFIM Peugeot soit 35% du capital qui selon une tradition bien Ă©tablie seront payĂ©s par un chĂšque en bois Ă  la BIAT. Il doit faire vite pour rattrapper les Materi, Mabrouk, Chiboub, Zarrouk, Trabelsi, Jilani qui ont eu le temps de piller un maximum le pays et le contribuable. Le pĂšre du fiancĂ© Ă©mĂ©chĂ© un soir exhorte son fils Ă  accĂ©lĂ©rer le projet de mariage avant lui dit-il que ” … mĂȘme la STEG et la SONEDE ne nous file sous le nez…” Imaginez le bonheur des Tunisiens rien qu’Ă  voir une nouvelle famille opĂ©rer son intrusion dans les clans du PrĂ©sident et de la PrĂ©sidente…
 
 
  L’humour arme de dĂ©rision massive
 
Dans les milieux populaires la comparaison entre les villes d’Amsterdam et de Tunis devient un sujet d’actualitĂ©. Pour ces milieux qui peuplent cafĂ©s, bistrots etc… il existe des diffĂ©rences et des points communs.
Amsterdam est une ville riche, dirigĂ© par un conseil municipal élu dĂ©mocratiquement et qui gĂšre la ville dans l’intĂ©rĂȘt de ses habitants sans pressions ni interfĂ©rences maffieuses.
Tunis est une ville pauvre, anarchique dirigĂ©e par un conseil municipal dĂ©signĂ© et dont le prĂ©sident joue plus le rĂŽle de domestique des familles qui pillent la Tunisie que celui d’Ă©lu local au service de ses administrĂ©s.
Par contre Amsterdam et Tunis ont un point commun. Les deux villes partagent les expositions en vitrine des filles de joie. Amsterdam dispose d’un quartier oĂč ces filles s’exposent dans les vitrines pour faire commerce de leur charme. Tunis de son cĂŽtĂ© dispose de kiosques Ă  journaux oĂč s’exposent quotidiennement et en premiĂšre page les protraits retouchĂ©s de Leila Trabelsi Ben Ali…
 
 Mouvements en coulisse
 
Mondher Zenaidi actuel Ministre de la SantĂ© file le parfait amour avec Samira Trabelsi-Meherzi. La soeur influente de Leila Ben Ali magouille avec l’aide prĂ©cieuse de Marabouts Marocains, Mauritaniens et SĂ©nĂ©galais pour propulser son amant au poste de Premier Ministre en remplacement de M. Ghannouchi.
Dans cette perspective et en accord avec Belhassen Trabelsi, Taoufik Baccar actuel Gouverneur de la Banque Centrale serait désigné à la place de Abdelaziz Ben Dhia au Palais.
Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©e, Jalila autre soeur de Leila a fait Ă©lire le dĂ©nommĂ© Khachnaoui en qualitĂ© de DĂ©putĂ©. Le frĂšre de ce dernier vient d’ĂȘtre nommĂ© SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral du ComitĂ© de Coordination de Kasserine.
 
Touensa Fehmine.  


La Tunisie approuve le traitĂ© contre les actes de terrorisme nuclĂ©aire proposĂ© par l’ONU


Ce traitĂ© a pour objectif d’empĂȘcher les terroristes de mettre la main sur des armes nuclĂ©iaires, tout en autorisant l’utilisation du nuclĂ©aire Ă  usage pacifique. Par Jamel Arfaoui pour Magharebia Ă  Tunis – 18/06/10 Mardi 15 juin, les lĂ©gislateurs tunisiens ont approuvĂ© une proposition autorisant l’accession du pays Ă  la Convention internationale pour la rĂ©pression des actes de terrorisme nuclĂ©aire. Cette Convention, approuvĂ©e en 2005 par l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des Nations-Unies, a qualifiĂ© les actions de terrorisme nuclĂ©aire de “forme la plus dangereuse de terrorisme menĂ©e contre la paix internationale et la sĂ©curitĂ© de tous les peuples”. “Je pense que cette loi mettra un terme Ă  toute tentative de propagation de panique nuclĂ©aire”, a dĂ©clarĂ© Tarek Chaabouni, Parlementaire rattachĂ© au Mouvement Ettajdid, Ă  Magharebia. “Cela ne protĂšgera pas seulement le pays contre toute toute tentative malveillante de ce type, mais cela protĂšgera Ă©galement ceux qui en sont Ă  l’extĂ©rieur”, dit-il. “La surveillance des matĂ©riaux nuclĂ©aires ou biologiques est une phase inĂ©vitable pour empĂȘcher qu’ils ne tombent entre les mains d’extrĂ©mistes”. Adnan Hasnaoui, activiste des Droits de l’Homme, dit Ă  Magharebia : “C’est une initiative positive prise par le Gouvernement tunisien pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes, en particulier aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© confirmĂ© Ă  tous ceux qui pouvaient en douter qu’Al Qaida n’hĂ©siterait pas Ă  utiliser cette arme meurtriĂšre si l’organisation pouvait y avoir accĂšs .” L’analyste politique Chawki Ben Salem a qualifiĂ© ce problĂšme de lutte contre le terrorisme nuclĂ©aire “d’extrĂȘmement important, Ă©tant donnĂ© les tentatives effectuĂ©es par les nouvelles puissances qui veulent se doter des plus fortes armes de dissuasion, et la possible acquisition par les forces de l’extrĂ©misme d’un tel type d’arsenal, qui viendrait menacer les Ă©quilibres actuels”. “Le traitĂ© reste toutefois peu clair, en particulier au vu des tentatives menĂ©es par les puissances traditionnelles visant Ă  empĂȘcher l’acquisition de ces armes chez ceux qu’elles considĂšrent comme ennemis de la paix internationale, alors qu’elles protĂšgent l’armement militaire d’autres parties”, ajoute Ben Salem. Ben Salem s’inquiĂšte que le traitĂ© “ne fasse pas de diffĂ©rence entre l’utilisation de l’Ă©nergie dans un dessein Ă©conomique de dĂ©veloppement, et l’utilisation militaire de l’Ă©nergie nuclĂ©aire”. Il dit que “l’interprĂ©tation des clauses du traitĂ© est monopolisĂ©e par les superpuissances. En consĂ©quence, tout Etat que ces puissances considĂšrent comme hostile sera accusĂ© d’ĂȘtre impliquĂ© dans la prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires, et de permettre aux forces extrĂ©mistes de se doter d’un tel arsenal sĂ©vĂšre de dissuasion.” Ben Salem dit que mĂȘme si le traitĂ© “tente de prĂ©server la paix internationale”, il “cherche Ă©galement Ă  imposer la domination de certaines puissances dans le domaine de l’armement nuclĂ©aire tout en empĂȘchant d’autres Ă©tats d’y accĂ©der”. “Je ne pense pas qu’une organisation terroriste puisse avoir accĂšs Ă  une telle arme”, conclut-il. Pour sa part, Nada Mathari, Ă©tudiante en troisiĂšme annĂ©e, dĂ©clare : “Je pense que cette mesure entre dans le principe de prĂ©caution. MĂȘme si nous sommes en sĂ©curitĂ© face au terrorisme, et en particulier face au terrorisme nuclĂ©aire, parce que nous n’avons pas de sites nuclĂ©aires, prendre des prĂ©cautions contre cette possibilitĂ© nous protĂšgera contre toute prolifĂ©ration”. Ce nouveau traitĂ© vient s’additionner Ă  12 accords internationaux antĂ©rieurs sur la lutte contre le terrorisme, tout en reconnaissant le droit Ă  tous les Etats de produire de l’Ă©nergie nuclĂ©aire Ă  usage pacifique. Lazhar Bououni, Ministre tunisien de la Justice et des Droits de l’Homme, a dit pour sa part que ce “traitĂ© concerne un nouveau phĂ©nomĂšne liĂ© Ă  l’utilisation des matĂ©riaux nuclĂ©aires dans les opĂ©rations terroristes. Il va venir s’ajouter Ă  de nombreux traitĂ©s dirigeant le secteur de l’Ă©nergie nuclĂ©aire”.  

Les prix alimentaires montent en flĂšche en Tunisie


 
Alors que seulement 13% des produits alimentaires bénéficient de subventions, les consommateurs tunisiens dont le budget est serré attendent que le Gouvernement apporte des solutions.
Par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 18/06/10
Il est difficile pour les consommateurs tunisiens de joindre les deux bouts face Ă  l”augmentation des prix du poisson, de la viande rouge et d’autres aliments de base sur le marchĂ© du pays. Le marchĂ© Bab Al-Fela, situĂ© au coeur de Tunis, rassemble une clientĂšle Ă  bas revenu. Adel Soltani, commerçant, dit Ă  Magharebia qu’Ă  cette Ă©poque de l’annĂ©e – la saison des rĂ©coltes – les produits sont nombreux et les prix sont raisonnables. Mais le prix de la viande rouge ne cesse de grimper. MĂȘme si les chiffres dĂ©livrĂ©s par le MinistĂšre du Commerce montrent que la production de viande est cette annĂ©e en hausse – en comparaison avec 2009 – un kilo de mouton coĂ»te maintenant 14 dinars et le prix du boeuf peut monter jusqu’Ă  12 dinars. Abdullah, boucher au marchĂ© central, dĂ©fend les commerçants, en disant qu’ils ne sont pas responsables des prix Ă©tablis. Les coĂ»ts de la viande rouge ne sont pas seuls Ă  mettre Ă  rude Ă©preuve les familles tunisiennes. “Les prix du poisson ne sont plus abordables”, dit Rajae, qui travaille dans une crĂšche. Son budget ne lui permet dorĂ©navant de ne s’acheter qu’une seule sorte de poisson : des sardines. Selon le MinistĂšre du Commerce, les pĂȘcheurs tunisiens ont ramenĂ© cette annĂ©e 28 000 tonnes de produits de la mer, contre 24 000 tonnes en 2009. “Ma famille ne peut pas faire face Ă  des prix qui sont constamment en hausse”, dit Khadija Riahi, femme au foyer. Elle ajoute que mĂȘme si la production est abondante, il est devenu difficile d’assurer les besoins essentiels du quotidien en raison de la stagnation des salaires. De nombreux consommateurs ont dĂ» souscrire des prĂȘts pour parvenir Ă  joindre les deux bouts. Yahiya Bouhali, fonctionnaire, dit Ă  Magharebia que son salaire n’est pas suffisant pour lui permettre de payer ses dettes et de rĂ©pondre aux besoins de sa famille composĂ©e de cinq membres. Bouhali n’est pas le seul dans ce cas : Une Ă©tude publiĂ©e par l’Association de Protection des Consommateurs rĂ©vĂšle que 85% des tunisiens sont endettĂ©s. Ridha Ben Mosbah, Ministre du Commerce, a dĂ©clarĂ© lors d’une confĂ©rence de presse, le 25 mai, qu’environ 87% des prix de l’alimentaire sont dĂ©terminĂ©s par l’offre et la demande. Seulement 13% des produits bĂ©nĂ©ficient de subventions gouvernementales. Hassan Mahmoudi, client sur le marchĂ©, dit que les prix fixĂ©s hors du contrĂŽle du Gouvernement sont une rĂ©alitĂ© dont on doit s’occuper. Il ajoute qu’en mĂȘme temps, un citoyen a le droit de boycotter des produits trop chers et de refuser de les acheter. “Malheureusement, cela ne fait pas partie de la culture du consommateur tunisien”, dit-il. Mahmoudi soutient que le Gouvernement est totalement conscient des prix astronomiques dans le secteur, mais qu’il n’a guĂšre de marge d’action. Le Ministre Ben Mosbah a affirmĂ© que l’Etat lutte pour protĂ©ger le pouvoir d’achat des consommateurs et combat contre les hausses de prix injustifiĂ©es en rĂ©gulant constamment les transactions dans tous les magasins. Et au cours des quatre premiers mois de 2010 seulement, le MinistĂšre a menĂ© 123 687 opĂ©rations de contrĂŽle qui ont mis Ă  jour 13 743 violations des prix.  
(Source: Magharebia.com le18 juin 2010)

L’agriculture biologique ; oui, mais..


 Depuis plusieurs semaines, l’agriculture biologique est Ă  l’honneur. Il ne se passe pas un jour, sans que la presse nationale n’en parle ou que la tĂ©lĂ©vision n’y  consacre un dossier,  rappelant ses vertus, ses avantages Ă  la lumiĂšre des derniĂšres mesures gouvernementales.  Le bio serait Ă  en croire  le discours officiel, l’avenir de l’agriculture en Tunisie. Qu’en est-il au juste ? Si tout le monde s’accorde pour dire que cette forme d’agriculture mettant en Ɠuvre  des pratiques soucieuses des Ă©quilibres Ă©cologiques, interdisant notamment  le recours aux produits chimiques de synthĂšse (engrais et pesticides) et aux OGM et permettant ainsi de produire des aliments plus sains, tout en prĂ©servant le milieu naturel, on oublie souvent de souligner que cela na va pas sans contraintes, ni exigences, qui ne sont ni simples ni faciles Ă  assumer. En effet, l’agriculture biologique est d’abord un ensemble de pratiques rĂ©gies par une rĂ©glementation stricte  (tant au plan national qu’international) qui doit ĂȘtre respectĂ©e Ă  tous les stades de production.  On ne s’improvise donc pas producteur biologique du jour au lendemain et il  est toujours nĂ©cessaire de respecter un ensemble de rĂšgles et de se conformer Ă  des cahiers des charges et des contrĂŽles particuliĂšrement rigoureux. Il nous paraĂźt donc difficile d’imaginer que nous pourrons tous manger bio, demain ! Mais en plus de ses exigences techniques et rĂ©glementaires, le passage d’une agriculture conventionnelle Ă  une agriculture biologique prĂ©suppose au moins deux choses ; Il faut d’abord rappeler que dans le mode de production biologique, interdisant le recours aux principaux engrais  chimiques (ammonitre, urĂ©e..), il est fondamental de disposer de sols suffisamment fertiles, donc riches en matiĂšre organique, pour pouvoir se passer des fertilisants de synthĂšse auxquels la plupart des agriculteurs se sont habituĂ©s. Or lorsqu’on sait que les niveaux de fertilitĂ© de la plupart de nos sols sont faibles  (autour de 1% de matiĂšre organique) on a de la peine Ă  imaginer que le passage de l’agriculture conventionnelle Ă  l’agriculture biologique se fera aussi allĂšgrement que certains veulent nous le faire croire. Il y a donc un temps de conversion Ă  observer. Cela est vrai partout au monde. Mais il y a  chez nous, la nĂ©cessitĂ© d’un travail assez long  pour restaurer les sols dĂ©gradĂ©s,  avant de pouvoir espĂ©rer produire des fruits ou des lĂ©gumes biologiques. Quant aux cĂ©rĂ©ales, il est difficile d’imaginer pouvoir  les produire en quantitĂ©, sans le recours quasi systĂ©matique aux herbicides et autres fongicides. Dans ces conditions, il ne semble pas possible d’imaginer produire en quantitĂ©s suffisantes autre chose que des produits pour lesquels nous avons des avantages comparatifs notables, comme l’huile d’olive, les dattes (cultures peu intensives) ou certains fruits typiques de nos terroirs comme la figue de barbarie. Mais il faut aussi rappeler que  pour dĂ©velopper l’agriculture biologique, il ne suffit pas  de savoir produire du bio, il faut aussi savoir et pouvoir le vendre comme tel.  Il faut donc crĂ©er la demande, Ă  travers une sensibilisation aux vertus des produits biologiques, qui doivent bĂ©nĂ©ficier d’une totale traçabilitĂ© et doivent surtout ĂȘtre valorisĂ©s et commercialisĂ©s pour ce qu’ils sont. Or lĂ  rĂ©side une autre faiblesse  structurelle chez nous, celle liĂ©e Ă  l’insuffisante organisation de nos marchĂ©s et Ă  l’absence de signes de qualitĂ©. Un autre chantier reste donc Ă  mener, par les pouvoirs publics et les professionnels  pour assurer la transparence  des transactions et garantir la qualitĂ© et l’origine des produits mis Ă  la consommation. Enfin, si ces conditions difficiles sont remplies, l’agriculture biologique, pour utile et vertueuse qu’elle soit, aura vocation Ă  se dĂ©velopper notamment en fonction des conditions socio-Ă©conomiques des populations, c’est Ă  dire des consommateurs, mais elle ne pourra pas prĂ©tendre nourrir le monde, ni assurer la sĂ©curitĂ© alimentaire tant recherchĂ©e (l’agriculture bio reprĂ©sente moins de 2% de la production agricole mondiale. Source IFOAM 2008).  Peut-ĂȘtre serait-il judicieux tout en l’encourageant,  de ne pas en faire une panacĂ©e, mais de s’inspirer des principes qui la fondent, pour remettre plus de raison et d’agronomie dans nos modes de production, afin de rĂ©concilier agriculture et nature et rĂ©ussir Ă  nourrir les hommes sans compromettre l’avenir. LBB
 
(Source: “Mouwatinoun” Organe du FDTL nr 133 juin 2010)


La rĂ©forme de l’enseignement en Tunisie (1989-1994)


jeudi 17 juin 2010

L’article qui suit, Ă©crit par Ali Mahjoubi, Professeur d’Histoire Ă  la FacultĂ© des Lettres et Sciences Humaines de Tunis, est paru en deux parties dans les numĂ©ros 183 et 184 d’Attariq Aljadid (datĂ©s du 5 et 12 juin 2010), en hommage Ă  Mohamed Charfi, Ă  l’occasion du 2Ăšme anniversaire de sa mort (le 6 juin 2008).

La nature non conjoncturelle de cet article et son importance nous ont incitĂ© Ă  le diffuser sur le site du Mouvement Ettajdid pour qu’il reste une des rĂ©fĂ©rences possibles sur les rĂ©formes de l’enseignement en Tunisie.

Le webmaster

Par Ali Mahjoubi Historien, Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

Cette rĂ©forme a Ă©tĂ© menĂ©e sous l’égide du Professeur Mohamed CHARFI, universitaire brillant, intellectuel engagĂ©, militant de gauche et ancien prĂ©sident de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Il s’agit de saisir, Ă  travers cette expĂ©rience, dans quelle mesure un intellectuel engagĂ©, porteur de valeurs, d’une vision, et partant, d’un projet de sociĂ©tĂ©, peut participer au pouvoir tout en restant fidĂšle Ă  ses principes et avoir un impact sur le devenir de son pays.

Mais pour saisir la portĂ©e de cette rĂ©forme, menĂ©e avec doigtĂ© durant prĂšs de cinq ans, il faut d’abord la situer dans son contexte politique et dĂ©celer les failles du systĂšme scolaire en Tunisie au moment oĂč elle a dĂ©marrĂ©.

Le contexte politique

Sur le plan politique, la Tunisie est encore, en 1989, sous le coup du changement de 1987, Ă  la suite duquel elle connaĂźt mĂȘme un certain « printemps ». En effet, le nouveau rĂ©gime est encore fidĂšle Ă  la dĂ©claration du 7 novembre 1987, qui prĂ©tend rompre avec les pratiques de l’ancien rĂ©gime et inaugurer une Ăšre nouvelle qui garantit la libertĂ© et les droits de l’homme et du citoyen. Il est mĂȘme affirmĂ©, dans cette dĂ©claration, que le peuple tunisien a atteint un niveau d’évolution et de maturitĂ© qui lui permet d’accĂ©der Ă  la dĂ©mocratie, et donc aux Tunisiens de passer du stade de sujets Ă  celui de citoyens. Ces promesses semblent tenir durant les deux premiĂšres annĂ©es du changement, et la Tunisie connaĂźt alors une certaine libĂ©ralisation. Les prisonniers politiques, de gauche comme de droite, sont tous libĂ©rĂ©s, et la presse jouit mĂȘme d’une large marge de manƓuvre. Le Pacte national, approuvĂ©, et mĂȘme paraphĂ© au cours d’une rĂ©union solennelle au Palais de Carthage, par la plupart des courants politiques, y compris celui des islamistes, pourtant non reconnus, confirme et affine cette orientation, Ă  telle enseigne que certains intellectuels libĂ©raux et mĂȘme de gauche sortent de leur rĂ©serve pour rejoindre le nouveau rĂ©gime, pensant ainsi consolider la dĂ©mocratie.

Bien plus, les Ă©lections organisĂ©es en 1989 sont relativement correctes. Si personne ne s’est prĂ©sentĂ© aux Ă©lections prĂ©sidentielles contre « l’auteur du changement », les divers secteurs de l’opposition, y compris les islamistes, prĂ©sentent des listes aux lĂ©gislatives. Ces Ă©lections sont beaucoup moins entachĂ©es d’irrĂ©gularitĂ©s qu’auparavant, Ă  telle enseigne que les islamistes, les seuls opposants Ă  jouir d’une base populaire, obtiennent, selon les rĂ©sultats officiels, 18% des voix (certains observateurs indĂ©pendants les crĂ©ditent mĂȘme de 30%). Ce qui amĂšne une fraction de l’intelligentsia tunisienne Ă  prendre conscience du danger qui menace les acquis modernistes de la Tunisie- notamment le code du statut personnel, qui abolit la polygamie et la rĂ©pudiation et garantit ainsi les droits de la femme tunisienne, la gĂ©nĂ©ralisation d’un enseignement moderne, ouvert aux deux sexes, et mĂȘme le planning familial, qui, en limitant les naissances, favorise un dĂ©veloppement plus harmonieux de la Tunisie. On se trouve alors face Ă  deux projets de sociĂ©tĂ© diamĂ©tralement opposĂ©s : un projet islamiste, qui prĂ©conise la restauration de l’islam dans sa puretĂ© primitive, c’est-Ă -dire la stricte application du droit musulman, le repliement du pays sur lui-mĂȘme et donc sa fermeture sur les autres civilisations ; l’autre projet repose sur le modernisme, le rationalisme, la tolĂ©rance, la libertĂ© et la dĂ©mocratie et, partant, sur l’ouverture sur la civilisation occidentale pour acquĂ©rir ses moyens de puissance et pouvoir relever ses dĂ©fis.

Des menaces contre le modernisme

C’est dans ce contexte que Mohamed Charfi, alors prĂ©sident de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, accepte de participer au gouvernement tunisien Ă  titre de Ministre de l’Education Nationale. Il le fit aussi par fidĂ©litĂ© Ă  l’esprit du Pacte national, Ă  l’élaboration duquel il a largement participĂ©, et sur la base d’un projet de rĂ©formes destinĂ© Ă  rationaliser davantage les programmes scolaires en les purgeant des prĂ©supposĂ©s idĂ©ologiques et des prĂ©jugĂ©s qu’il considĂšre comme un obstacle Ă  l’ouverture sur les autres civilisations, et donc comme un frein au progrĂšs et Ă  un vĂ©ritable dĂ©veloppement. Il s’agit plus prĂ©cisĂ©ment de combattre, par le biais de l’école, toutes les formes d’intĂ©grisme et de prĂ©munir ainsi la sociĂ©tĂ© tunisienne contre les projets passĂ©istes, le plus souvent gĂ©nĂ©rateurs de fanatisme et d’obscurantisme. D’autant plus que, par un curieux paradoxe, l’enseignement tunisien commence alors Ă  s’écarter du modernisme pour faire objectivement le jeu des islamistes. Le systĂšme scolaire connaĂźt en effet, dans les annĂ©es cinquante et soixante, une modernisation Ă  outrance, illustrĂ©e par la rĂ©forme de 1958 menĂ©e par un Ă©minent intellectuel tunisien, Mahmoud Messaadi, selon le modĂšle du collĂšge Sadiki fondĂ© en 1875, c’est-Ă -dire avant l’établissement du protectorat français en Tunisie, par le rĂ©formateur tunisien Kheireddine Pacha, et qui repose sur le modernisme, le rationalisme et l’ouverture sur les autres civilisations, le but Ă©tant essentiellement de former une Ă©lite tunisienne capable d’ĂȘtre au diapason de son Ă©poque et de promouvoir le dĂ©veloppement du pays selon le modĂšle occidental. On va mĂȘme, pour marquer cette modernisation, jusqu’à supprimer, au lendemain de l’indĂ©pendance, l’enseignement secondaire traditionnel prodiguĂ© par la Zitouna, qui devint alors une simple facultĂ© de thĂ©ologie. Mais dĂšs le dĂ©but des annĂ©es soixante-dix, cette orientation moderniste commence Ă  pĂ©ricliter, et l’école constitue de plus en plus un terrain favorable au dĂ©veloppement de l’intĂ©grisme.

Cette situation s’explique d’abord par des raisons inhĂ©rentes Ă  la nature mĂȘme des programmes scolaires. Ceux-ci comportent l’enseignement des sciences humaines et sociales, les sciences dures, les langues arabe, française et anglaise, dispensĂ©, jusqu’à la fin des annĂ©es soixante, par des professeurs français ou tunisiens de formation moderne. Mais l’islam Ă©tant la religion officielle de la Tunisie, l’Etat prend en charge l’éducation religieuse, qu’on confie Ă  d’anciens cheikhs de la Zitouna dont l’enseignement, basĂ© principalement sur des exĂ©gĂštes traditionnels, ne tient nullement compte des lectures modernes qui tendent Ă  adapter l’Islam au monde contemporain. Cette situation s’accuse davantage avec la gĂ©nĂ©ralisation de l’enseignement primaire et mĂȘme secondaire. Les besoins en enseignants se faisant alors de plus en plus pressants, on est amenĂ© Ă  recruter de nombreux instituteurs et professeurs de formation zitounienne, qui impreignent l’école de leur vision traditionnelle, contribuant ainsi, consciemment ou inconsciemment, Ă  inculquer Ă  la jeunesse scolaire un projet de sociĂ©tĂ© conforme aux aspirations islamistes.

Neutraliser les « forces hostiles »

Cette tendance se renforce davantage dans les annĂ©es soixante-dix, pour des raisons politiques. En plus de la puissance de l’Union GĂ©nĂ©rale Tunisienne du Travail (UGTT), qui manifeste de temps en temps une certaine vellĂ©itĂ© d’autonomie vis-Ă -vis du pouvoir et des courants de gauche, qui sont alors prĂ©pondĂ©rants au sein de l’UniversitĂ©, le Parti socialiste destourien (PSD), voit surgir en son sein un courant libĂ©ral, qui se manifeste Ă©nergiquement lors du congrĂšs de 1971, oĂč il obtient mĂȘme la majoritĂ© du comitĂ© central.

Pour neutraliser toutes ces forces politiques considĂ©rĂ©es comme hostiles, le pouvoir entreprend d’amadouer et mĂȘme d’encourager le courant islamiste, et se lance alors dans des concessions qui menacent les acquis modernistes. C’est ainsi que, dĂšs 1972, alors que le pays vit depuis 1963 sous le rĂ©gime du parti unique et que la libertĂ© de la presse est pratiquement inexistante, on autorise l’apparition de journaux islamistes comme El Maarifa, Jawher El Islam et El Mojtamaa.

Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©es on se lance dans une entreprise d’arabisation improvisĂ©e des matiĂšres jugĂ©es subversives, comme l’histoire et la philosophie, pour combattre idĂ©ologiquement le marxisme, considĂ©rĂ© comme dangereux depuis le mouvement de mai 1968 en France. De nombreux professeurs français et mĂȘme tunisiens non prĂ©parĂ©s Ă  l’arabisation sont remplacĂ©s par des cadres de formation traditionnelle pour enseigner l’histoire et la philosophie, qui se focalise alors sur les philosophes musulmans les moins Ă©clairĂ©s et oĂč l’esprit thĂ©ologique l’emporte sur l’esprit philosophique, aux dĂ©pens du rationalisme, du modernisme et de l’ouverture sur les autres civilisations.

En 1974, Ă  la veille du congrĂšs du Parti Socialiste Destourien, le pouvoir s’applique mĂȘme, pour neutraliser l’aile libĂ©rale de ce parti, Ă  faire de nouvelles concessions aux islamistes, d’autant plus que de nombreux instituteurs de formation traditionnelle sont alors Ă  la tĂȘte de cellules destouriennes, notamment Ă  l’intĂ©rieur du pays, dans les villages et les douars, c’est-Ă -dire dans la Tunisie profonde. Ces concessions se traduisent par le doublement du volume horaire consacrĂ© Ă  l’éducation religieuse dans l’enseignement secondaire, qui passe alors de une Ă  deux heures par semaine. Par la mĂȘme occasion, l’éducation civique est enlevĂ©e aux professeurs d’histoire pour ĂȘtre confiĂ©e aux professeurs d’enseignement religieux, nullement prĂ©parĂ©s pour cette tĂąche, qu’ils mĂšnent gĂ©nĂ©ralement Ă  travers le prisme de l’Islam. C’est ainsi qu’on insinue, dans les cours d’éducation civique, que le seul rĂ©gime lĂ©gitime est le Kalifa, que la dĂ©mocratie est incompatible avec l’Islam et que le pouvoir lĂ©gislatif n’a pas de raison d’ĂȘtre puisque le musulman peut trouver les solutions adĂ©quates Ă  ses problĂšmes dans le droit coranique, qui constitue aussi la rĂ©fĂ©rence la mieux appropriĂ©e pour le pouvoir judiciaire.

Or, ce message, tout comme celui transmis par l’enseignement religieux, est incompatible avec la lĂ©gislation en vigueur en Tunisie et mĂȘme avec sa Constitution. On Ă©voque, dans les cours d’enseignement religieux, la polygamie, la rĂ©pudiation, l’obligation pour la femme de se soumettre aux ordres de son mari -qui peut au besoin la battre, alors que ces pratiques sont strictement interdites par le code du statut personnel, promulguĂ© en Tunisie le 13 aoĂ»t 1956 et entrĂ© en vigueur dĂšs le dĂ©but de l’annĂ©e suivante.

De la mĂȘme façon, les cours d’éducation civique sont en contradiction avec les institutions tunisiennes qui reposent, tout au moins en thĂ©orie, sur un parlement qui lĂ©gifĂšre au nom du peuple et un pouvoir judiciaire dont les rĂ©fĂ©rences juridiques ne sont pas forcĂ©ment conformes au droit musulman. Du coup, ce type d’enseignement se trouve en contradiction avec la rĂ©alitĂ© sociale, politique et institutionnelle qui prĂ©vaut alors en Tunisie. Ce qui est de nature Ă  perturber les jeunes Tunisiens, dont beaucoup connaissent une certaine schizophrĂ©nie qui est probablement Ă  l’origine de leur adhĂ©sion, dans les annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, aux mouvements islamistes.

RĂ©concilier l’Islam avec la modernitĂ©

Pour remĂ©dier Ă  cette situation et combattre l’intĂ©grisme, il faut adapter l’école Ă  la rĂ©alitĂ© de la sociĂ©tĂ© tunisienne, le but Ă©tant de rĂ©concilier le jeune Tunisien avec sa sociĂ©tĂ©, son histoire, ses institutions et son identitĂ© pour en faire un citoyen Ă©quilibrĂ©, rationaliste, moderne, sensible aux droits de l’Homme, tolĂ©rant et ouvert sur les autres civilisations.

De lĂ  la nĂ©cessitĂ© d’une refonte des programmes scolaires pour les dĂ©pouiller des prĂ©supposĂ©s idĂ©ologiques et des prĂ©jugĂ©s et de transmettre ainsi par le biais de l’école un message qui protĂšge l’Islam des menĂ©es obscurantistes et le rĂ©concilie avec le monde moderne. C’est sur la base de ces objectifs immĂ©diats que de nouveaux ouvrages sont conçus par des commissions- qui ont fonctionnĂ© librement c’est-Ă -dire sans aucune forme de pression- et qui touchent toutes les matiĂšres enseignĂ©es au secondaire comme au primaire.

On s’occupe plus particuliĂšrement de l’éducation religieuse et civique dont l’enseignement constitue depuis les annĂ©es 1970 un terrain favorable au dĂ©veloppement des islamismes. Et si on ne touche pas aux aspects mĂ©taphysiques de l’Islam qui constitue la religion officielle du pays, on rĂ©vise toutes les questions sociales et juridiques pour les enseigner selon les thĂ©ories de penseurs musulmans Ă©clairĂ©s « qui ont dĂ©montrĂ© que l’Islam est parfaitement compatible avec la modernité » et Ă©viter ainsi d’inculquer aux jeunes tunisiens des vĂ©ritĂ©s qui sont en contradiction avec les lois en vigueur dans leurs pays.

Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©es, l’éducation civique est retirĂ©e aux professeurs d’enseignement religieux. On créé mĂȘme une maĂźtrise d’éducation civique ouverte aux Ă©tudiants ayant dĂ©jĂ  effectuĂ© un premier cycle d’histoire de gĂ©ographie, de sociologie, de philosophie ou de droit. Cet enseignement est dĂ©sormais conforme aux institutions rĂ©publicaines de la Tunisie comme les pouvoirs exĂ©cutif, lĂ©gislatif et judiciaire dont il explique les tenants et les aboutissants. Le but Ă©tant de former des citoyens Ă©quilibrĂ©s, modernes, conscients de leurs droits et de leurs devoirs, ouverts sur le monde extĂ©rieur, imbus des droits de l’Homme et de transmettre ainsi, par le biais de l’école, une culture humanitaire et dĂ©mocratique qu’accuse encore davantage l’enseignement de l’histoire et des langues et civilisations arabe comme Ă©trangĂšres.

Avec la rĂ©forme, les programmes d’histoire deviennent plus Ă©quilibrĂ©s et tendent Ă  rĂ©concilier l’élĂšve avec son passĂ© en accordant une place plus importante aux civilisations que connaĂźt la Tunisie avant l’avĂšnement de l’Islam et Ă  rĂ©habiliter ainsi certains grands noms comme Hannibal, Saint Augustin et mĂȘme la KahĂ©na qui conduit la rĂ©sistance berbĂšre Ă  l’invasion arabe, sans pour autant nĂ©gliger la civilisation arabo-musulmane restĂ©e prĂ©pondĂ©rante dans les programmes. ParallĂšlement il ne faut pas occulter l’histoire occidentale notamment Ă  l’époque moderne et contemporaine dont la connaissance est incontournable pour comprendre la situation que nous vivons actuellement. Il faut mĂȘme insister sur les Ă©vĂšnements cruciaux tels la rĂ©volution française de 1789 qui est Ă  la base de la libertĂ© de pensĂ©e, de la citoyennetĂ© et des droits de l’Homme.

Toutes ces valeurs doivent ĂȘtre confirmĂ©es indirectement par le biais des langues et civilisations arabes et Ă©trangĂšres Ă  travers le choix de texte pour leur apprentissage. Pour l’Arabe, on accorde, Ă  cĂŽtĂ© des auteurs mĂ©diĂ©vaux, une place importante Ă  la littĂ©rature moderne en privilĂ©giant les auteurs et les Ɠuvres Ă©clairĂ©s.

Il en est de mĂȘme pour la langue française qui connaĂźt depuis les annĂ©es soixante-dix une rĂ©gression certaine. Elle n’est plus alors enseignĂ©e Ă  partir de la 3Ăšme annĂ©e primaire mais de la 4Ăšme annĂ©e et ne constitue plus qu’une Ă©preuve Ă  option au BaccalaurĂ©at. La rĂ©forme consiste Ă  rĂ©habiliter le français qui constitue dĂ©jĂ  en 1840 Ă  l’Ecole Polytechnique du Bardo, puis au collĂšge Sadiki, c’est-Ă -dire avant l’établissement du protectorat français en Tunisie, la langue vĂ©hiculaire non seulement des sciences dures mais aussi des sciences humaines. Les rĂ©formistes tunisiens comme KhĂ©reddine Pacha et le GĂ©nĂ©ral Hussein, qui sĂ©journent Ă  Paris de 1853 Ă  1857, sont particuliĂšrement imbus de culture française. Et le mouvement national tunisien qui constitue en quelque sorte le prolongement du mouvement rĂ©formiste, combat le systĂšme colonial dans des journaux de langue française et au nom des principes dĂ©mocratiques hĂ©ritĂ©s du siĂšcle des lumiĂšres et de la rĂ©volution de 1789. Le Français constitue en outre pour les jeunes tunisiens une langue d’ouverture sur la civilisation occidentale et leur permet donc d’acquĂ©rir ses sciences, sa technologie, sa culture, conditions sine qua non au dĂ©veloppement de leur pays.

C’est dans cette perspective que la langue française est dĂ©sormais enseignĂ©e Ă  partir de la 3Ăšme annĂ©e primaire et qu’elle constitue une Ă©preuve obligatoire au BaccalaurĂ©at. Elle est en plus enseignĂ©e non seulement comme langue de vocabulaire scientifique mais aussi en tant que langue de culture contribuant ainsi Ă  approfondir l’apprentissage des principes dĂ©mocratiques et des droits de l’Homme.

RĂ©habiliter l’esprit critique

La rĂ©forme du systĂšme Ă©ducatif tunisien introduite par la loi du 28 juillet 1991 entreprend aussi de ramener l’enseignement de philosophie de l’ñge mĂ©taphysique Ă  celui de la raison. On inscrit aux nouveaux programmes en plus des philosophes musulmans Ă©clairĂ©s, les principales Ă©coles philosophiques Ă©trangĂšres dont on confie l’enseignement Ă  des professeurs de mĂ©tier. Le but Ă©tant d’initier les Ă©lĂšves Ă  une rĂ©flexion rationnelle sans prĂ©jugĂ©s ni partis pris et de les ouvrir sur la pensĂ©e universelle.

En plus des lettres et sciences humaines, la rĂ©forme concerne aussi les sciences dures dont les adeptes se trouvent plus sensibles aux thĂ©ories intĂ©gristes. En effet, les Ă©coles d’ingĂ©nieurs et les facultĂ©s des sciences constituent depuis la fin des annĂ©es 1970, de vĂ©ritables bastions pour les mouvements islamistes. Les lois scientifiques Ă©tant enseignĂ©es comme des vĂ©ritĂ©s absolues, les Ă©tudiants en sciences se trouvent paradoxalement dĂ©pourvus de tout esprit critique et donc inaptes Ă  une vĂ©ritable rĂ©flexion. Bien plus, les filiĂšres scientifiques, mĂȘme Ă  l’enseignement secondaire, ont tendance Ă  nĂ©gliger les sciences humaines et sociales et partant les divers courants rationalistes et idĂ©ologiques laissant ainsi les Ă©lĂšves Ă  la merci de l’idĂ©ologie dominante de leur sociĂ©tĂ© qui reste marquĂ©e par des conceptions traditionnelles que les islamistes exploitent merveilleusement pour propager leurs thĂ©ories.

De lĂ  la nĂ©cessitĂ© de rĂ©viser les mĂ©thodes de l’enseignement des sciences pour inculquer aux Ă©lĂšves suffisamment d’esprit critique et de rĂ©flexion. Il faut pour cela introduire dans les programmes des Ă©lĂ©ments d’histoire des sciences pour montrer que la vĂ©ritĂ© scientifique n’est pas absolue mais provisoire et relative puisqu’elle est progressivement complĂ©tĂ©e ou mĂȘme rectifiĂ©e. Il faut aussi, Ă  cĂŽtĂ© des sciences dures, nourrir les Ă©lĂšves des sciences humaines et sociales pour les initier au rationalisme et Ă  la rĂ©flexion et leur permettre de comprendre le monde et de faire ainsi leur choix idĂ©ologique en connaissance de cause.

C’est dans cette perspective qu’on introduit un certain Ă©quilibre entre les matiĂšres dans l’enseignement secondaire pour accorder une place plus importante Ă  l’enseignement des sciences humaines et sociales.

D’abord en reportant l’orientation c’est-Ă -dire le choix de la filiĂšre, de la 1Ăšre annĂ©e Ă  la 3Ăšme annĂ©e secondaire. DĂ©sormais, dans les deux premiĂšres annĂ©es du lycĂ©e tous les Ă©lĂšves suivent le mĂȘme enseignement gĂ©nĂ©ral et la spĂ©cialisation ne couvre que les deux derniĂšres annĂ©es du secondaire. ParallĂšlement, on Ă©tablit un certain Ă©quilibre dans les coefficients pour mettre fin au rĂšgne des matiĂšres scientifiques et amener les Ă©lĂšves Ă  ne pas nĂ©gliger les lettres et sciences humaines considĂ©rĂ©es comme primordiales pour la formation du citoyen mais aussi pour son ouverture sur les autres civilisations.

Un véritable projet de société

Mais parallĂšlement Ă  la refonte des programmes scolaires et des mĂ©thodes d’enseignement, une application judicieuse de la rĂ©forme de 1991 peut avoir des retombĂ©es autrement plus importantes sur la Tunisie pour dĂ©boucher sur un vĂ©ritable projet de sociĂ©tĂ©. En effet, au-delĂ  de la prĂ©paration des jeunes tunisiens Ă  un mĂ©tier qui leur permet de vivre dignement, l’école doit aussi contribuer Ă  former des citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs envers leur patrie, sensibles Ă  la libertĂ©, la dĂ©mocratie et les droits de l’Homme, ouverts sur le monde extĂ©rieur et donc rĂ©fractaires Ă  toute forme de discrimination tant raciale que sexuelle. L’objectif lointain Ă©tant de prĂ©parer, par cette culture dĂ©mocratique, les Tunisiens Ă  passer du stade de sujets Ă  celui de citoyens et d’asseoir ainsi les bases d’une vĂ©ritable dĂ©mocratie en Tunisie.

Il s’agit aussi de crĂ©er des ressources humaines de qualitĂ© capables de promouvoir le dĂ©veloppement d’un pays dont les richesses naturelles sont limitĂ©es. Dans la lignĂ©e de Habib Bouguiba qui consacre, au lendemain de l’indĂ©pendance jusqu’au tiers du budget Ă  l’éducation, la rĂ©forme de 1991 parie aussi sur l’Homme qui constitue la vĂ©ritable richesse de la Tunisie et dont la formation est, Ă  l’instar du Japon au 19Ăšme siĂšcle et des pays du sud-est asiatique dans la 2Ăšme moitiĂ© du 20Ăšme siĂšcle, une condition sine qua non pour un vĂ©ritable dĂ©veloppement du pays. Cette vĂ©ritĂ© est dĂ©montrĂ©e magistralement par les conclusions d’une Ă©tude englobant 192 pays et qui prouve que le capital humain participe Ă  concurrence de 64% dans le processus de dĂ©veloppement[1]. D’autant plus que l’école rĂ©formĂ©e permet de surmonter les principaux obstacles qui bloquent toute entreprise de dĂ©veloppement c’est-Ă -dire les dĂ©ficits-que connaĂźt la Tunisie comme les autres pays arabes- dans les domaines du savoir, du rĂŽle de la femme dans les secteurs Ă©conomiques et politiques, de la dĂ©mocratie et de la citoyennetĂ©[2].

Pour combler ces dĂ©ficits, l’école doit ĂȘtre Ă  mĂȘme de promouvoir le savoir et son corollaire la recherche scientifique et technologique qui constitue le vĂ©ritable moteur du progrĂšs Ă©conomique, social et culturel. Au demeurant, l’inĂ©galitĂ© de dĂ©veloppement entre le Nord et le Sud qui ne cesse pas de s’accroĂźtre, rĂ©side principalement, dans l’avance rĂ©alisĂ©e par les pays occidentaux dans ce domaine primordial.

Le progrĂšs du savoir permet de surcroĂźt de dĂ©velopper l’esprit scientifique dans les prises de dĂ©cision qui engagent l’avenir de la nation et qui doivent par consĂ©quent procĂ©der d’une analyse rigoureuse de nature Ă  dĂ©boucher sur les solutions adĂ©quates. Tant il est vrai que, comme le dit si justement l’orientaliste et sociologue français Jacques Berque : « Il n’y a pas de sociĂ©tĂ©s sous-dĂ©veloppĂ©es, il y a des sociĂ©tĂ©s sous-analysĂ©es ». La rĂ©forme de l’enseignement vise aussi l’intĂ©gration de la femme dans la sociĂ©tĂ© pour l’amener Ă  jouer pleinement son rĂŽle dans tous les domaines y compris dans les secteurs Ă©conomique et politique oĂč sa participation reste fort limitĂ©e et de lui permettre ainsi de participer effectivement au dĂ©veloppement de son pays. Pour cela l’école doit combattre les sĂ©quelles de la culture patriarcale et tribale fortement ressuscitĂ©e par les courants islamistes, et qui placent la femme dans une position nettement infĂ©rieure Ă  celle de l’homme.

Pour mettre fin Ă  cette discrimination sexuelle, on procĂšde Ă  cĂŽtĂ© des rĂ©formes des programmes et de la rĂ©vision des manuels scolaires, au dĂ©veloppement de la mixitĂ© non seulement au niveau des Ă©tablissements mais mĂȘme au sein des salles de classes. Le but Ă©tant d’assurer l’égalitĂ© entre les deux sexes, de changer la mentalitĂ© afin de « supprimer tout complexe d’infĂ©rioritĂ© ou de supĂ©rioritĂ© en raison du sexe et de favoriser des rapports plus sains et plus naturels entre garçons et filles aujourd’hui et entre hommes et femmes demain », et de crĂ©er ainsi les conditions favorables Ă  une vĂ©ritable participation de la femme dans la renaissance de sa patrie.

Créer les conditions de la démocratie

Mais les retombĂ©es de la rĂ©forme de 1991 devaient ĂȘtre encore plus importantes dans le domaine politique. En effet, en transmettant aux jeunes tunisiens une culture dĂ©mocratique, l’école crĂ©e les conditions favorables Ă  l’émergence d’une vĂ©ritable dĂ©mocratie en Tunisie de nature Ă  garantir les droits et libertĂ©s des citoyens et de les inciter Ă  la crĂ©ation.

Au demeurant les tenants de cette rĂ©forme considĂšrent, Ă  l’instar des rĂ©formistes tunisiens du 19Ăšme siĂšcle, que la dĂ©mocratie est la clef du dĂ©veloppement du pays dans tous les domaines. C’est la thĂšse que dĂ©veloppe KhĂ©reddine Pacha dans un livre paru en 1867 sous le titre : « La plus sĂ»re direction pour connaĂźtre l’état des nations » et dans lequel il se pose cette question qui lancine encore aujourd’hui de nombreux intellectuels arabes : quelles sont les raisons du progrĂšs des pays occidentaux et de la rĂ©gression du monde arabo-musulman ? »

Il conclut que le secret rĂ©side dans la nature des rĂ©gimes politiques qui prĂ©valent dans ces deux sphĂšres. Les pays occidentaux adoptent des rĂ©gimes dĂ©mocratiques qui protĂšgent les citoyens, assurent leur libertĂ© et leur sĂ©curitĂ© et Ă©tablissent ainsi un climat de confiance qui pousse Ă  la crĂ©ation tant dans le domaine Ă©conomique que culturel. Quant Ă  la rĂ©gression du monde arabo-musulman, elle dĂ©coule du pouvoir absolu qui engendre inĂ©vitablement le despotisme, l’arbitraire et les passe-droits. Ce qui n’est pas Ă  mĂȘme de rassurer les habitants et donc de les inciter Ă  la production et Ă  la crĂ©ation.

Le rĂ©gime dĂ©mocratique favorise en outre la bonne gouvernance qui prĂ©munit le pays contre la corruption et assure ainsi une gestion plus saine des deniers publics. Il dĂ©veloppe aussi l’esprit patriotique tant il est vrai que le citoyen, participant directement ou indirectement dans les affaires de la CitĂ©, se sent plus concernĂ© par le devenir de sa patrie et donc plus attachĂ© Ă  elle.

La dĂ©mocratie tend aussi Ă  limiter considĂ©rablement le phĂ©nomĂšne chronique de l’allĂ©geance dont les adeptes placent leurs intĂ©rĂȘts personnels avant l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et manifestent plus de dĂ©vouement aux tenants du pouvoir qu’à la patrie. Pareil comportement est de nature Ă  gĂȘner le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays et mĂȘme Ă  lui porter prĂ©judice. Car, comme le dit si bonnement le philosophe français des lumiĂšres Montesquieu : « Lorsque dans un pays, il y a plus avantage Ă  faire sa cour que son devoir, alors tout est perdu ».

Si l’école peut favoriser l’extension du savoir, une vĂ©ritable participation de la femme aux affaires du pays et l’avĂšnement de la dĂ©mocratie, les investissements en matiĂšre d’enseignement, loin d’ĂȘtre improductifs, constituent au contraire la clef d’un vĂ©ritable dĂ©veloppement.

C’est dans cette perspective que Mohamed Charfi, intellectuel de gauche, prĂ©side, durant prĂšs de 5 ans (1989-1994), Ă  la rĂ©forme scolaire en Tunisie sans pour autant trahir ses convictions.

Il parvient Ă  mener convenablement cette entreprise de rĂ©forme Ă  telle enseigne qu’il obtient Ă  la fin de sa mission une distinction de la part de l’UNESCO. Et les livres scolaires conçus lors de son mandat, quoique retirĂ©s des programmes aprĂšs son dĂ©part du gouvernement, continuent Ă  constituer des rĂ©fĂ©rences pour de nombreux enseignants du secondaire comme du primaire.

Membre du Gouvernement, il se heurte trĂšs vite aux alĂ©as du pouvoir et tente difficilement de concilier ses responsabilitĂ©s gouvernementales avec les valeurs auxquelles il reste attachĂ© c’est-Ă -dire la libertĂ© de pensĂ©e, les droits de l’Homme et du citoyen. Et s’il vit alors intensĂ©ment ce dilemme, il finit par opter pour ses principes pour rester fidĂšle Ă  lui-mĂȘme.

C’est ainsi que lorsqu’un collĂšgue de l’Institut de Presse contribue Ă  la rĂ©daction d’un article assez critique sur le rĂ©gime tunisien paru dans le Monde Diplomatique, il refuse obstinĂ©ment, malgrĂ© de fortes pressions, de le faire comparaitre devant un conseil de discipline pour l’exclure de l’UniversitĂ©. Il trouve inadmissible de prendre des mesures contre un universitaire pour avoir exercĂ© son esprit critique et exprimĂ© librement sa pensĂ©e. Plus tard, aprĂšs l’éclipse du « Printemps » de Tunis et la perte de tout espoir d’un retour au libĂ©ralisme, il dĂ©missionne du Gouvernement pour rejoindre-aprĂšs une pĂ©riode de rĂ©serves qu’il consacre intensĂ©ment Ă  la rĂ©daction de son livre Islam et LibertĂ©- ses amis de la sociĂ©tĂ© civile et reprend courageusement son combat pour la libertĂ© de pensĂ©e, la citoyennetĂ© et les droits de l’Homme.

C’est dire qu’un intellectuel engagĂ© comme Mohamed Charfi, a rĂ©ussi, au-delĂ  des alĂ©as du systĂšme politique tunisien, Ă  avoir un certain impact sur le devenir de son pays par le biais de la rĂ©forme d’un secteur aussi important que l’enseignement, tout en restant fidĂšle Ă  lui-mĂȘme et sans tomber dans l’autocensure et encore moins dans le carriĂ©risme, l’opportunisme et l’allĂ©geance.

Ali Mahjoubi

Historien,

Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

(Source: Le site du mouvement Ettajdid le 17 juin 2010)

Lien:http://ettajdid.org/spip.php?article531


Nouvelle génération de convertis


17/06/2010 Ă  15h:16 Par Abdelaziz Barrouhi
Lorsque la culture biologique a Ă©tĂ© rĂ©glementĂ©e, en 1999, seuls quelques agriculteurs ont sautĂ© le pas. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux Ă  se lancer dans l’aventure et voient plus grand. Rencontre avec deux exploitants au parcours atypique.

Rachid Hamzaoui : pistaches, amandes… et pĂ©pins

NĂ© d’un couple mixte tuniso-hollandais, Rachid Hamzaoui a fait un troisiĂšme cycle de droit des affaires Ă  Amsterdam, aux Pays-Bas. De retour en Tunisie, il s’est Ă©tabli Ă  Thala (Centre-Ouest), le village natal de son pĂšre. Dans cette rĂ©gion semi-aride, les terres du patrimoine paternel, une quarantaine d’hectares, n’étaient pas rentables par manque d’eau. « Je me suis dit qu’il y avait quand mĂȘme un potentiel agricole Ă©norme », explique-t-il. La plupart des terres, vierges de toute exploitation intensive et d’engrais, n’attendaient qu’à ĂȘtre mises en valeur. Pour lui, la solution Ă©tait dans le bio.

Depuis trois ans, Rachid Hamzaoui cultive les terres de sa Firma Birhena, qu’il a lancĂ©e en faisant revivre des pistachiers dĂ©jĂ  plantĂ©s sur les terres de la famille. AprĂšs les amandiers, il veut aussi, dĂ©sormais, dĂ©velopper la culture de cĂ©rĂ©ales, qu’il compte ensuite transformer sur place pour commercialiser des produits gourmets labellisĂ©s. « Il y a un potentiel pour les cĂ©rĂ©ales bios dans toute la rĂ©gion », estime Hamzaoui.

Mais le parcours d’obstacles avant d’y arriver n’est pas des moindres. Le crĂ©dit bancaire est bloquĂ© pour des raisons fonciĂšres. « Certains prĂ©tendent que la quarantaine d’arbres que mon pĂšre avait plantĂ©s sur son terrain nu pour servir de coupe-vent et lui procurer un peu d’ombre n’étaient pas les siens. Et comme on est dans une rĂ©gion oĂč il n’y a pas de titres bleus [titres de propriĂ©tĂ©s, NDLR], mĂȘme si le service des forĂȘts ne les revendique pas, le blocage persiste. » En attendant, Hamzaoui a installĂ© des ruches plus au nord, au cap Bon, oĂč il cultive aussi des agrumes, pour « faire » du miel bio.  

Tarek Kekli : prĂȘche d’un convaincu

Il avait Ă©migrĂ© en Allemagne, oĂč il a passĂ© quinze ans, dont onze Ă  travailler chez l’un des plus gros distributeurs de produits bios. La meilleure des expĂ©riences pour Tarek Kekli, qui projetait de rentrer au pays pour se lancer dans l’agriculture biologique, d’autant que son patron d’alors lui assurait : « On peut commercialiser vos produits. » De retour en Tunisie, en 2007, bien qu’il soit parvenu Ă  tout financer sur ses fonds propres, « lancer l’entreprise n’a pas Ă©tĂ© aussi simple. C’est comme si on venait d’une autre planĂšte », explique le jeune patron de Bio Life. Faute de trouver localement un technicien spĂ©cialisĂ© dans l’agriculture bio, il a dĂ» faire appel Ă  ses relations, allemandes et françaises, le temps de dĂ©nicher un collaborateur marocain. Autre casse-tĂȘte : certains intrants ne sont pas vendus en Tunisie et il faut les importer, avec le lot de tracasseries que cela implique


AprĂšs trois ans d’activitĂ©, les choses se sont organisĂ©es. Tarek Kekli est en train de former deux ingĂ©nieurs tunisiens. Dans son exploitation, Ă  Hammet GabĂšs (sud-est du pays), il utilise la gĂ©othermie pour l’irrigation – car, dans la rĂ©gion, l’eau est rare –, et cultive 11 ha de poivrons, tomates, aubergines et courgettes. Une premiĂšre en Tunisie : en janvier, il a mĂȘme exportĂ© des melons « charentais » bio vers la France. Sa connaissance du marchĂ© europĂ©en est un atout, et ses produits s’y vendent comme des petits pains : « Je ne peux d’ailleurs satisfaire qu’une petite partie de la demande potentielle », dit Tarek. Alors il entre en contact avec de petits producteurs certifiĂ©s bio et signe avec eux des contrats d’achat et de culture. Au dĂ©but de mai, il a ainsi exportĂ© des oranges de qualitĂ© maltaise.

À 41 ans, Tarek Kekli est dĂ©sormais confiant. « Le bio a un avenir en Tunisie, mais il faut le faire par conviction, sinon ce n’est pas la peine. »

(Source: Jeuneafrique.com le 17 juin 2010)


Iran : pendaison du chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah


AFP / 20 juin 2010 04h57 TEHERAN – Abdolmalek Righi, le chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah, qui a menĂ© de nombreuses actions armĂ©es dans la province du Sistan-Balouchistan (Sud-Est), a Ă©tĂ© pendu dimanche matin, a rapportĂ© l’agence officielle Irna. “AprĂšs la dĂ©cision du tribunal rĂ©volutionnaire de TĂ©hĂ©ran, Abdolmalek Righi a Ă©tĂ© pendu dimanche matin”, a rapportĂ© l’agence Irna. “Le chef du groupe armĂ©e contre-rĂ©volutionnaire de l’Est du pays (…) Ă©tait responsable de vol armĂ©, d’attentat, d’attaques armĂ©es contre les forces armĂ©es et de l’ordre, des gens ordinaires, de meurtre”, selon le communiquĂ© du parquet gĂ©nĂ©ral et rĂ©volutionnaire de TĂ©hĂ©ran. Abdolmalek Righi a Ă©tĂ© capturĂ© en fĂ©vrier lors d’une spectaculaire opĂ©ration de dĂ©tournement d’avion.

IsraĂ«l planifie la plus grande usine au monde de dessalement d’eau de mer


AFP / 20 juin 2010 08h48 JERUSALEM – Le gouvernement israĂ©lien doit se prononcer dimanche sur la construction de la plus grande usine au monde de dessalement de l’eau de mer, a annoncĂ© la radio publique israĂ©lienne. La construction de cet ouvrage prĂ©vue Ă  Sorek, dans la rĂ©gion de Rishon Le Tzion et Palmahim, au sud de Tel-Aviv, s’inscrit dans le cadre d’un plan pluri-annuel prĂ©voyant que la mer fournisse 40% de l’eau potable consommĂ©e en IsraĂ«l. A terme, l’usine de Sorek devrait Ă  elle seule produire quelque 300 millions de m3 par an, dont 150 millions de m3 dĂšs 2013, a prĂ©cisĂ© la radio publique. InterrogĂ© par l’AFP, le porte-parole de l’AutoritĂ© pour l’eau, Ouri Shor, a indiquĂ© que la consommation domestique d’eau potable en IsraĂ«l s’Ă©levait Ă  700 millions de m3, l’agriculture et l’industrie utilisant respectivement 450 millions et 100 millions de m3 d’eaux recyclĂ©es. D’autres usines de traitement de l’eau de mer, dĂ©jĂ  en fonctionnement, produisent respectivement 127 millions de m3 Ă  Hadera (nord), 120 millions de m3 Ă  Ashkelon (sud), et 45 millions de m3 Ă  Palmahim. Une usine situĂ©e Ă  Ashdod (sud) doit en outre obtenir le feu vert du gouvernement, en consultations avec des organisations de dĂ©fense de l’environnement et de la santĂ© publique. La mise en service progressive de ce rĂ©seau d’usines devrait permettre Ă  IsraĂ«l de rĂ©duire considĂ©rablement sa dĂ©pendance des ressources en eaux puisĂ©es respectivement dans l’aquifĂšre, le Jourdain et le lac de TibĂ©riade.

 

 

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20 octobre 2011

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