20 juin 2010

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TUNISNEWS
10 ème année, N° 3680 du 20.06.2010
 archives : www.tunisnews.net 


Touensa Fehmine:  Succession, Tiraillement et autres Rumeurs… Magharebia: La Tunisie approuve le traité contre les actes de terrorisme nucléaire proposé par l’ONU Magharebia: Les prix alimentaires montent en flèche en Tunisie Mouwatinoun: L’agriculture biologique ; oui, mais.. Ali Mahjoubi: La réforme de l’enseignement en Tunisie (1989-1994) Jeuneafrique: Nouvelle génération de convertis AFP: Iran : pendaison du chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah AFP: Israël planifie la plus grande usine au monde de dessalement d’eau de mer


Succession, Tiraillement et autres Rumeurs…


 
Touensa Fehmine
 
La succession et les tensions qu’elle suscite apparait comme un leitmotiv dans les conversations et les débats plus ou moins discrets qui agitent l’opinion de plus en plus désorientée. Les craintes et les ambitions des cercles familiaux et claniques proches du bunker sont devenus un sujet de discussion permanent. Le dernier épisode du feuilleton nous dévoile un nouveau prétendant en l’occurence Monsieur Kamel Morjane. Homme lige, homme de paille ou simplement un acteur aux ambitions réelles, ce n’est pas encore évident pour l’homme de la rue. Toujours est-il que le clan Hammam Soussien le pousse énergiquement dans la course qui se joue entre les Ben Ali, les Trabelsi, les Materi etc…
L’homme est présenté comme un ex-Haut fonctionnaire International (HCR/ONU) promu figure politique nationale intègre et compétent. Ce que la population ignore c’est le vrai visage de clui-ci et surtout ses alliances familiales.
Essayons de démeler l’écheveau : Kamel Morjane est marié à la fille de Bouraoui Ben Ali ex-pilote à Tunis Air et cousin germain de Ben Ali. Il est par ailleurs le beau-frère de Mehdi Mlika (Leurs épouses respectives sont soeurs). Rappelons que le génial inventeur des Boulevards de l’Environnement et des Avenues de la Qualité de la Vie est surtout connu pour être Monsieur 10% sur tout ce qui s’achète et se vend en rapport avec l’environnement. Le frère de l’épouse de Kamel Morjane n’est autre que Béchir Ben Ali trafiquant en tout genre. Ce dernier est l’époux de la soeur de Hamdi Meddeb Président de l’Espérance  ex-associé de Slim Chiboub et actuel associé de Sakhr El Materi dans la Banque Zitouna. La fille de Béchir Ben Ali est l’épouse du fils de Hayet soeur cadette du Président. Dans son fief de Sousse érigé en « Triangle d’or » elle a la haute main sur tout ce qui est produits non réglementés et contrebande de toute sorte (Voir la Presse du 5 Mars 2010).
Tout ce beau monde s’agite pour faire rapidement de Kamel Morjane le successeur désigné  du Chef, pour permettre, bien entendu à la famille de continuer à jouir de l’impunité. Il reste aux observateurs d’intègrer ces éléments dans leurs analyses concernant la succession du Général/Flic/Président.
 
 
 Corbeille du Marié
 
Halima seconde fille de Ben Ali et de Leila Trabelsi née en 1992 (trois mois après le mariage) s’apprête à convoler en juste noce avec le jeune étudiant Mehdi Belgaid. Avant le mariage qui sera célébré cet été, l’heureux élu vient de racheter les parts de la BIAT dans la société STAFIM Peugeot soit 35% du capital qui selon une tradition bien établie seront payés par un chèque en bois à la BIAT. Il doit faire vite pour rattrapper les Materi, Mabrouk, Chiboub, Zarrouk, Trabelsi, Jilani qui ont eu le temps de piller un maximum le pays et le contribuable. Le père du fiancé éméché un soir exhorte son fils à accélérer le projet de mariage avant lui dit-il que  » … même la STEG et la SONEDE ne nous file sous le nez… » Imaginez le bonheur des Tunisiens rien qu’à voir une nouvelle famille opérer son intrusion dans les clans du Président et de la Présidente…
 
 
  L’humour arme de dérision massive
 
Dans les milieux populaires la comparaison entre les villes d’Amsterdam et de Tunis devient un sujet d’actualité. Pour ces milieux qui peuplent cafés, bistrots etc… il existe des différences et des points communs.
Amsterdam est une ville riche, dirigé par un conseil municipal élu démocratiquement et qui gère la ville dans l’intérêt de ses habitants sans pressions ni interférences maffieuses.
Tunis est une ville pauvre, anarchique dirigée par un conseil municipal désigné et dont le président joue plus le rôle de domestique des familles qui pillent la Tunisie que celui d’élu local au service de ses administrés.
Par contre Amsterdam et Tunis ont un point commun. Les deux villes partagent les expositions en vitrine des filles de joie. Amsterdam dispose d’un quartier où ces filles s’exposent dans les vitrines pour faire commerce de leur charme. Tunis de son côté dispose de kiosques à journaux où s’exposent quotidiennement et en première page les protraits retouchés de Leila Trabelsi Ben Ali…
 
 Mouvements en coulisse
 
Mondher Zenaidi actuel Ministre de la Santé file le parfait amour avec Samira Trabelsi-Meherzi. La soeur influente de Leila Ben Ali magouille avec l’aide précieuse de Marabouts Marocains, Mauritaniens et Sénégalais pour propulser son amant au poste de Premier Ministre en remplacement de M. Ghannouchi.
Dans cette perspective et en accord avec Belhassen Trabelsi, Taoufik Baccar actuel Gouverneur de la Banque Centrale serait désigné à la place de Abdelaziz Ben Dhia au Palais.
Dans le même ordre d’idée, Jalila autre soeur de Leila a fait élire le dénommé Khachnaoui en qualité de Député. Le frère de ce dernier vient d’être nommé Secrétaire Général du Comité de Coordination de Kasserine.
 
Touensa Fehmine.  


La Tunisie approuve le traité contre les actes de terrorisme nucléaire proposé par l’ONU


Ce traité a pour objectif d’empêcher les terroristes de mettre la main sur des armes nucléiaires, tout en autorisant l’utilisation du nucléaire à usage pacifique. Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 18/06/10 Mardi 15 juin, les législateurs tunisiens ont approuvé une proposition autorisant l’accession du pays à la Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire. Cette Convention, approuvée en 2005 par l’Assemblée Générale des Nations-Unies, a qualifié les actions de terrorisme nucléaire de « forme la plus dangereuse de terrorisme menée contre la paix internationale et la sécurité de tous les peuples ». « Je pense que cette loi mettra un terme à toute tentative de propagation de panique nucléaire », a déclaré Tarek Chaabouni, Parlementaire rattaché au Mouvement Ettajdid, à Magharebia. « Cela ne protègera pas seulement le pays contre toute toute tentative malveillante de ce type, mais cela protègera également ceux qui en sont à l’extérieur », dit-il. « La surveillance des matériaux nucléaires ou biologiques est une phase inévitable pour empêcher qu’ils ne tombent entre les mains d’extrémistes ». Adnan Hasnaoui, activiste des Droits de l’Homme, dit à Magharebia : « C’est une initiative positive prise par le Gouvernement tunisien pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes, en particulier après qu’il ait été confirmé à tous ceux qui pouvaient en douter qu’Al Qaida n’hésiterait pas à utiliser cette arme meurtrière si l’organisation pouvait y avoir accès . » L’analyste politique Chawki Ben Salem a qualifié ce problème de lutte contre le terrorisme nucléaire « d’extrêmement important, étant donné les tentatives effectuées par les nouvelles puissances qui veulent se doter des plus fortes armes de dissuasion, et la possible acquisition par les forces de l’extrémisme d’un tel type d’arsenal, qui viendrait menacer les équilibres actuels ». « Le traité reste toutefois peu clair, en particulier au vu des tentatives menées par les puissances traditionnelles visant à empêcher l’acquisition de ces armes chez ceux qu’elles considèrent comme ennemis de la paix internationale, alors qu’elles protègent l’armement militaire d’autres parties », ajoute Ben Salem. Ben Salem s’inquiète que le traité « ne fasse pas de différence entre l’utilisation de l’énergie dans un dessein économique de développement, et l’utilisation militaire de l’énergie nucléaire ». Il dit que « l’interprétation des clauses du traité est monopolisée par les superpuissances. En conséquence, tout Etat que ces puissances considèrent comme hostile sera accusé d’être impliqué dans la prolifération des armes nucléaires, et de permettre aux forces extrémistes de se doter d’un tel arsenal sévère de dissuasion. » Ben Salem dit que même si le traité « tente de préserver la paix internationale », il « cherche également à imposer la domination de certaines puissances dans le domaine de l’armement nucléaire tout en empêchant d’autres états d’y accéder ». « Je ne pense pas qu’une organisation terroriste puisse avoir accès à une telle arme », conclut-il. Pour sa part, Nada Mathari, étudiante en troisième année, déclare : « Je pense que cette mesure entre dans le principe de précaution. Même si nous sommes en sécurité face au terrorisme, et en particulier face au terrorisme nucléaire, parce que nous n’avons pas de sites nucléaires, prendre des précautions contre cette possibilité nous protègera contre toute prolifération ». Ce nouveau traité vient s’additionner à 12 accords internationaux antérieurs sur la lutte contre le terrorisme, tout en reconnaissant le droit à tous les Etats de produire de l’énergie nucléaire à usage pacifique. Lazhar Bououni, Ministre tunisien de la Justice et des Droits de l’Homme, a dit pour sa part que ce « traité concerne un nouveau phénomène lié à l’utilisation des matériaux nucléaires dans les opérations terroristes. Il va venir s’ajouter à de nombreux traités dirigeant le secteur de l’énergie nucléaire ».  

Les prix alimentaires montent en flèche en Tunisie


 
Alors que seulement 13% des produits alimentaires bénéficient de subventions, les consommateurs tunisiens dont le budget est serré attendent que le Gouvernement apporte des solutions.
Par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 18/06/10
Il est difficile pour les consommateurs tunisiens de joindre les deux bouts face à l »augmentation des prix du poisson, de la viande rouge et d’autres aliments de base sur le marché du pays. Le marché Bab Al-Fela, situé au coeur de Tunis, rassemble une clientèle à bas revenu. Adel Soltani, commerçant, dit à Magharebia qu’à cette époque de l’année – la saison des récoltes – les produits sont nombreux et les prix sont raisonnables. Mais le prix de la viande rouge ne cesse de grimper. Même si les chiffres délivrés par le Ministère du Commerce montrent que la production de viande est cette année en hausse – en comparaison avec 2009 – un kilo de mouton coûte maintenant 14 dinars et le prix du boeuf peut monter jusqu’à 12 dinars. Abdullah, boucher au marché central, défend les commerçants, en disant qu’ils ne sont pas responsables des prix établis. Les coûts de la viande rouge ne sont pas seuls à mettre à rude épreuve les familles tunisiennes. « Les prix du poisson ne sont plus abordables », dit Rajae, qui travaille dans une crèche. Son budget ne lui permet dorénavant de ne s’acheter qu’une seule sorte de poisson : des sardines. Selon le Ministère du Commerce, les pêcheurs tunisiens ont ramené cette année 28 000 tonnes de produits de la mer, contre 24 000 tonnes en 2009. « Ma famille ne peut pas faire face à des prix qui sont constamment en hausse », dit Khadija Riahi, femme au foyer. Elle ajoute que même si la production est abondante, il est devenu difficile d’assurer les besoins essentiels du quotidien en raison de la stagnation des salaires. De nombreux consommateurs ont dû souscrire des prêts pour parvenir à joindre les deux bouts. Yahiya Bouhali, fonctionnaire, dit à Magharebia que son salaire n’est pas suffisant pour lui permettre de payer ses dettes et de répondre aux besoins de sa famille composée de cinq membres. Bouhali n’est pas le seul dans ce cas : Une étude publiée par l’Association de Protection des Consommateurs révèle que 85% des tunisiens sont endettés. Ridha Ben Mosbah, Ministre du Commerce, a déclaré lors d’une conférence de presse, le 25 mai, qu’environ 87% des prix de l’alimentaire sont déterminés par l’offre et la demande. Seulement 13% des produits bénéficient de subventions gouvernementales. Hassan Mahmoudi, client sur le marché, dit que les prix fixés hors du contrôle du Gouvernement sont une réalité dont on doit s’occuper. Il ajoute qu’en même temps, un citoyen a le droit de boycotter des produits trop chers et de refuser de les acheter. « Malheureusement, cela ne fait pas partie de la culture du consommateur tunisien », dit-il. Mahmoudi soutient que le Gouvernement est totalement conscient des prix astronomiques dans le secteur, mais qu’il n’a guère de marge d’action. Le Ministre Ben Mosbah a affirmé que l’Etat lutte pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs et combat contre les hausses de prix injustifiées en régulant constamment les transactions dans tous les magasins. Et au cours des quatre premiers mois de 2010 seulement, le Ministère a mené 123 687 opérations de contrôle qui ont mis à jour 13 743 violations des prix.  
(Source: Magharebia.com le18 juin 2010)

L’agriculture biologique ; oui, mais..


 Depuis plusieurs semaines, l’agriculture biologique est à l’honneur. Il ne se passe pas un jour, sans que la presse nationale n’en parle ou que la télévision n’y  consacre un dossier,  rappelant ses vertus, ses avantages à la lumière des dernières mesures gouvernementales.  Le bio serait à en croire  le discours officiel, l’avenir de l’agriculture en Tunisie. Qu’en est-il au juste ? Si tout le monde s’accorde pour dire que cette forme d’agriculture mettant en œuvre  des pratiques soucieuses des équilibres écologiques, interdisant notamment  le recours aux produits chimiques de synthèse (engrais et pesticides) et aux OGM et permettant ainsi de produire des aliments plus sains, tout en préservant le milieu naturel, on oublie souvent de souligner que cela na va pas sans contraintes, ni exigences, qui ne sont ni simples ni faciles à assumer. En effet, l’agriculture biologique est d’abord un ensemble de pratiques régies par une réglementation stricte  (tant au plan national qu’international) qui doit être respectée à tous les stades de production.  On ne s’improvise donc pas producteur biologique du jour au lendemain et il  est toujours nécessaire de respecter un ensemble de règles et de se conformer à des cahiers des charges et des contrôles particulièrement rigoureux. Il nous paraît donc difficile d’imaginer que nous pourrons tous manger bio, demain ! Mais en plus de ses exigences techniques et réglementaires, le passage d’une agriculture conventionnelle à une agriculture biologique présuppose au moins deux choses ; Il faut d’abord rappeler que dans le mode de production biologique, interdisant le recours aux principaux engrais  chimiques (ammonitre, urée..), il est fondamental de disposer de sols suffisamment fertiles, donc riches en matière organique, pour pouvoir se passer des fertilisants de synthèse auxquels la plupart des agriculteurs se sont habitués. Or lorsqu’on sait que les niveaux de fertilité de la plupart de nos sols sont faibles  (autour de 1% de matière organique) on a de la peine à imaginer que le passage de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique se fera aussi allègrement que certains veulent nous le faire croire. Il y a donc un temps de conversion à observer. Cela est vrai partout au monde. Mais il y a  chez nous, la nécessité d’un travail assez long  pour restaurer les sols dégradés,  avant de pouvoir espérer produire des fruits ou des légumes biologiques. Quant aux céréales, il est difficile d’imaginer pouvoir  les produire en quantité, sans le recours quasi systématique aux herbicides et autres fongicides. Dans ces conditions, il ne semble pas possible d’imaginer produire en quantités suffisantes autre chose que des produits pour lesquels nous avons des avantages comparatifs notables, comme l’huile d’olive, les dattes (cultures peu intensives) ou certains fruits typiques de nos terroirs comme la figue de barbarie. Mais il faut aussi rappeler que  pour développer l’agriculture biologique, il ne suffit pas  de savoir produire du bio, il faut aussi savoir et pouvoir le vendre comme tel.  Il faut donc créer la demande, à travers une sensibilisation aux vertus des produits biologiques, qui doivent bénéficier d’une totale traçabilité et doivent surtout être valorisés et commercialisés pour ce qu’ils sont. Or là réside une autre faiblesse  structurelle chez nous, celle liée à l’insuffisante organisation de nos marchés et à l’absence de signes de qualité. Un autre chantier reste donc à mener, par les pouvoirs publics et les professionnels  pour assurer la transparence  des transactions et garantir la qualité et l’origine des produits mis à la consommation. Enfin, si ces conditions difficiles sont remplies, l’agriculture biologique, pour utile et vertueuse qu’elle soit, aura vocation à se développer notamment en fonction des conditions socio-économiques des populations, c’est à dire des consommateurs, mais elle ne pourra pas prétendre nourrir le monde, ni assurer la sécurité alimentaire tant recherchée (l’agriculture bio représente moins de 2% de la production agricole mondiale. Source IFOAM 2008).  Peut-être serait-il judicieux tout en l’encourageant,  de ne pas en faire une panacée, mais de s’inspirer des principes qui la fondent, pour remettre plus de raison et d’agronomie dans nos modes de production, afin de réconcilier agriculture et nature et réussir à nourrir les hommes sans compromettre l’avenir. LBB
 
(Source: « Mouwatinoun » Organe du FDTL nr 133 juin 2010)


La réforme de l’enseignement en Tunisie (1989-1994)


jeudi 17 juin 2010

L’article qui suit, écrit par Ali Mahjoubi, Professeur d’Histoire à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Tunis, est paru en deux parties dans les numéros 183 et 184 d’Attariq Aljadid (datés du 5 et 12 juin 2010), en hommage à Mohamed Charfi, à l’occasion du 2ème anniversaire de sa mort (le 6 juin 2008).

La nature non conjoncturelle de cet article et son importance nous ont incité à le diffuser sur le site du Mouvement Ettajdid pour qu’il reste une des références possibles sur les réformes de l’enseignement en Tunisie.

Le webmaster

Par Ali Mahjoubi Historien, Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

Cette réforme a été menée sous l’égide du Professeur Mohamed CHARFI, universitaire brillant, intellectuel engagé, militant de gauche et ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Il s’agit de saisir, à travers cette expérience, dans quelle mesure un intellectuel engagé, porteur de valeurs, d’une vision, et partant, d’un projet de société, peut participer au pouvoir tout en restant fidèle à ses principes et avoir un impact sur le devenir de son pays.

Mais pour saisir la portée de cette réforme, menée avec doigté durant près de cinq ans, il faut d’abord la situer dans son contexte politique et déceler les failles du système scolaire en Tunisie au moment où elle a démarré.

Le contexte politique

Sur le plan politique, la Tunisie est encore, en 1989, sous le coup du changement de 1987, à la suite duquel elle connaît même un certain « printemps ». En effet, le nouveau régime est encore fidèle à la déclaration du 7 novembre 1987, qui prétend rompre avec les pratiques de l’ancien régime et inaugurer une ère nouvelle qui garantit la liberté et les droits de l’homme et du citoyen. Il est même affirmé, dans cette déclaration, que le peuple tunisien a atteint un niveau d’évolution et de maturité qui lui permet d’accéder à la démocratie, et donc aux Tunisiens de passer du stade de sujets à celui de citoyens. Ces promesses semblent tenir durant les deux premières années du changement, et la Tunisie connaît alors une certaine libéralisation. Les prisonniers politiques, de gauche comme de droite, sont tous libérés, et la presse jouit même d’une large marge de manœuvre. Le Pacte national, approuvé, et même paraphé au cours d’une réunion solennelle au Palais de Carthage, par la plupart des courants politiques, y compris celui des islamistes, pourtant non reconnus, confirme et affine cette orientation, à telle enseigne que certains intellectuels libéraux et même de gauche sortent de leur réserve pour rejoindre le nouveau régime, pensant ainsi consolider la démocratie.

Bien plus, les élections organisées en 1989 sont relativement correctes. Si personne ne s’est présenté aux élections présidentielles contre « l’auteur du changement », les divers secteurs de l’opposition, y compris les islamistes, présentent des listes aux législatives. Ces élections sont beaucoup moins entachées d’irrégularités qu’auparavant, à telle enseigne que les islamistes, les seuls opposants à jouir d’une base populaire, obtiennent, selon les résultats officiels, 18% des voix (certains observateurs indépendants les créditent même de 30%). Ce qui amène une fraction de l’intelligentsia tunisienne à prendre conscience du danger qui menace les acquis modernistes de la Tunisie- notamment le code du statut personnel, qui abolit la polygamie et la répudiation et garantit ainsi les droits de la femme tunisienne, la généralisation d’un enseignement moderne, ouvert aux deux sexes, et même le planning familial, qui, en limitant les naissances, favorise un développement plus harmonieux de la Tunisie. On se trouve alors face à deux projets de société diamétralement opposés : un projet islamiste, qui préconise la restauration de l’islam dans sa pureté primitive, c’est-à-dire la stricte application du droit musulman, le repliement du pays sur lui-même et donc sa fermeture sur les autres civilisations ; l’autre projet repose sur le modernisme, le rationalisme, la tolérance, la liberté et la démocratie et, partant, sur l’ouverture sur la civilisation occidentale pour acquérir ses moyens de puissance et pouvoir relever ses défis.

Des menaces contre le modernisme

C’est dans ce contexte que Mohamed Charfi, alors président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, accepte de participer au gouvernement tunisien à titre de Ministre de l’Education Nationale. Il le fit aussi par fidélité à l’esprit du Pacte national, à l’élaboration duquel il a largement participé, et sur la base d’un projet de réformes destiné à rationaliser davantage les programmes scolaires en les purgeant des présupposés idéologiques et des préjugés qu’il considère comme un obstacle à l’ouverture sur les autres civilisations, et donc comme un frein au progrès et à un véritable développement. Il s’agit plus précisément de combattre, par le biais de l’école, toutes les formes d’intégrisme et de prémunir ainsi la société tunisienne contre les projets passéistes, le plus souvent générateurs de fanatisme et d’obscurantisme. D’autant plus que, par un curieux paradoxe, l’enseignement tunisien commence alors à s’écarter du modernisme pour faire objectivement le jeu des islamistes. Le système scolaire connaît en effet, dans les années cinquante et soixante, une modernisation à outrance, illustrée par la réforme de 1958 menée par un éminent intellectuel tunisien, Mahmoud Messaadi, selon le modèle du collège Sadiki fondé en 1875, c’est-à-dire avant l’établissement du protectorat français en Tunisie, par le réformateur tunisien Kheireddine Pacha, et qui repose sur le modernisme, le rationalisme et l’ouverture sur les autres civilisations, le but étant essentiellement de former une élite tunisienne capable d’être au diapason de son époque et de promouvoir le développement du pays selon le modèle occidental. On va même, pour marquer cette modernisation, jusqu’à supprimer, au lendemain de l’indépendance, l’enseignement secondaire traditionnel prodigué par la Zitouna, qui devint alors une simple faculté de théologie. Mais dès le début des années soixante-dix, cette orientation moderniste commence à péricliter, et l’école constitue de plus en plus un terrain favorable au développement de l’intégrisme.

Cette situation s’explique d’abord par des raisons inhérentes à la nature même des programmes scolaires. Ceux-ci comportent l’enseignement des sciences humaines et sociales, les sciences dures, les langues arabe, française et anglaise, dispensé, jusqu’à la fin des années soixante, par des professeurs français ou tunisiens de formation moderne. Mais l’islam étant la religion officielle de la Tunisie, l’Etat prend en charge l’éducation religieuse, qu’on confie à d’anciens cheikhs de la Zitouna dont l’enseignement, basé principalement sur des exégètes traditionnels, ne tient nullement compte des lectures modernes qui tendent à adapter l’Islam au monde contemporain. Cette situation s’accuse davantage avec la généralisation de l’enseignement primaire et même secondaire. Les besoins en enseignants se faisant alors de plus en plus pressants, on est amené à recruter de nombreux instituteurs et professeurs de formation zitounienne, qui impreignent l’école de leur vision traditionnelle, contribuant ainsi, consciemment ou inconsciemment, à inculquer à la jeunesse scolaire un projet de société conforme aux aspirations islamistes.

Neutraliser les « forces hostiles »

Cette tendance se renforce davantage dans les années soixante-dix, pour des raisons politiques. En plus de la puissance de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), qui manifeste de temps en temps une certaine velléité d’autonomie vis-à-vis du pouvoir et des courants de gauche, qui sont alors prépondérants au sein de l’Université, le Parti socialiste destourien (PSD), voit surgir en son sein un courant libéral, qui se manifeste énergiquement lors du congrès de 1971, où il obtient même la majorité du comité central.

Pour neutraliser toutes ces forces politiques considérées comme hostiles, le pouvoir entreprend d’amadouer et même d’encourager le courant islamiste, et se lance alors dans des concessions qui menacent les acquis modernistes. C’est ainsi que, dès 1972, alors que le pays vit depuis 1963 sous le régime du parti unique et que la liberté de la presse est pratiquement inexistante, on autorise l’apparition de journaux islamistes comme El Maarifa, Jawher El Islam et El Mojtamaa.

Dans le même ordre d’idées on se lance dans une entreprise d’arabisation improvisée des matières jugées subversives, comme l’histoire et la philosophie, pour combattre idéologiquement le marxisme, considéré comme dangereux depuis le mouvement de mai 1968 en France. De nombreux professeurs français et même tunisiens non préparés à l’arabisation sont remplacés par des cadres de formation traditionnelle pour enseigner l’histoire et la philosophie, qui se focalise alors sur les philosophes musulmans les moins éclairés et où l’esprit théologique l’emporte sur l’esprit philosophique, aux dépens du rationalisme, du modernisme et de l’ouverture sur les autres civilisations.

En 1974, à la veille du congrès du Parti Socialiste Destourien, le pouvoir s’applique même, pour neutraliser l’aile libérale de ce parti, à faire de nouvelles concessions aux islamistes, d’autant plus que de nombreux instituteurs de formation traditionnelle sont alors à la tête de cellules destouriennes, notamment à l’intérieur du pays, dans les villages et les douars, c’est-à-dire dans la Tunisie profonde. Ces concessions se traduisent par le doublement du volume horaire consacré à l’éducation religieuse dans l’enseignement secondaire, qui passe alors de une à deux heures par semaine. Par la même occasion, l’éducation civique est enlevée aux professeurs d’histoire pour être confiée aux professeurs d’enseignement religieux, nullement préparés pour cette tâche, qu’ils mènent généralement à travers le prisme de l’Islam. C’est ainsi qu’on insinue, dans les cours d’éducation civique, que le seul régime légitime est le Kalifa, que la démocratie est incompatible avec l’Islam et que le pouvoir législatif n’a pas de raison d’être puisque le musulman peut trouver les solutions adéquates à ses problèmes dans le droit coranique, qui constitue aussi la référence la mieux appropriée pour le pouvoir judiciaire.

Or, ce message, tout comme celui transmis par l’enseignement religieux, est incompatible avec la législation en vigueur en Tunisie et même avec sa Constitution. On évoque, dans les cours d’enseignement religieux, la polygamie, la répudiation, l’obligation pour la femme de se soumettre aux ordres de son mari -qui peut au besoin la battre, alors que ces pratiques sont strictement interdites par le code du statut personnel, promulgué en Tunisie le 13 août 1956 et entré en vigueur dès le début de l’année suivante.

De la même façon, les cours d’éducation civique sont en contradiction avec les institutions tunisiennes qui reposent, tout au moins en théorie, sur un parlement qui légifère au nom du peuple et un pouvoir judiciaire dont les références juridiques ne sont pas forcément conformes au droit musulman. Du coup, ce type d’enseignement se trouve en contradiction avec la réalité sociale, politique et institutionnelle qui prévaut alors en Tunisie. Ce qui est de nature à perturber les jeunes Tunisiens, dont beaucoup connaissent une certaine schizophrénie qui est probablement à l’origine de leur adhésion, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, aux mouvements islamistes.

Réconcilier l’Islam avec la modernité

Pour remédier à cette situation et combattre l’intégrisme, il faut adapter l’école à la réalité de la société tunisienne, le but étant de réconcilier le jeune Tunisien avec sa société, son histoire, ses institutions et son identité pour en faire un citoyen équilibré, rationaliste, moderne, sensible aux droits de l’Homme, tolérant et ouvert sur les autres civilisations.

De là la nécessité d’une refonte des programmes scolaires pour les dépouiller des présupposés idéologiques et des préjugés et de transmettre ainsi par le biais de l’école un message qui protège l’Islam des menées obscurantistes et le réconcilie avec le monde moderne. C’est sur la base de ces objectifs immédiats que de nouveaux ouvrages sont conçus par des commissions- qui ont fonctionné librement c’est-à-dire sans aucune forme de pression- et qui touchent toutes les matières enseignées au secondaire comme au primaire.

On s’occupe plus particulièrement de l’éducation religieuse et civique dont l’enseignement constitue depuis les années 1970 un terrain favorable au développement des islamismes. Et si on ne touche pas aux aspects métaphysiques de l’Islam qui constitue la religion officielle du pays, on révise toutes les questions sociales et juridiques pour les enseigner selon les théories de penseurs musulmans éclairés « qui ont démontré que l’Islam est parfaitement compatible avec la modernité » et éviter ainsi d’inculquer aux jeunes tunisiens des vérités qui sont en contradiction avec les lois en vigueur dans leurs pays.

Dans le même ordre d’idées, l’éducation civique est retirée aux professeurs d’enseignement religieux. On créé même une maîtrise d’éducation civique ouverte aux étudiants ayant déjà effectué un premier cycle d’histoire de géographie, de sociologie, de philosophie ou de droit. Cet enseignement est désormais conforme aux institutions républicaines de la Tunisie comme les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire dont il explique les tenants et les aboutissants. Le but étant de former des citoyens équilibrés, modernes, conscients de leurs droits et de leurs devoirs, ouverts sur le monde extérieur, imbus des droits de l’Homme et de transmettre ainsi, par le biais de l’école, une culture humanitaire et démocratique qu’accuse encore davantage l’enseignement de l’histoire et des langues et civilisations arabe comme étrangères.

Avec la réforme, les programmes d’histoire deviennent plus équilibrés et tendent à réconcilier l’élève avec son passé en accordant une place plus importante aux civilisations que connaît la Tunisie avant l’avènement de l’Islam et à réhabiliter ainsi certains grands noms comme Hannibal, Saint Augustin et même la Kahéna qui conduit la résistance berbère à l’invasion arabe, sans pour autant négliger la civilisation arabo-musulmane restée prépondérante dans les programmes. Parallèlement il ne faut pas occulter l’histoire occidentale notamment à l’époque moderne et contemporaine dont la connaissance est incontournable pour comprendre la situation que nous vivons actuellement. Il faut même insister sur les évènements cruciaux tels la révolution française de 1789 qui est à la base de la liberté de pensée, de la citoyenneté et des droits de l’Homme.

Toutes ces valeurs doivent être confirmées indirectement par le biais des langues et civilisations arabes et étrangères à travers le choix de texte pour leur apprentissage. Pour l’Arabe, on accorde, à côté des auteurs médiévaux, une place importante à la littérature moderne en privilégiant les auteurs et les œuvres éclairés.

Il en est de même pour la langue française qui connaît depuis les années soixante-dix une régression certaine. Elle n’est plus alors enseignée à partir de la 3ème année primaire mais de la 4ème année et ne constitue plus qu’une épreuve à option au Baccalauréat. La réforme consiste à réhabiliter le français qui constitue déjà en 1840 à l’Ecole Polytechnique du Bardo, puis au collège Sadiki, c’est-à-dire avant l’établissement du protectorat français en Tunisie, la langue véhiculaire non seulement des sciences dures mais aussi des sciences humaines. Les réformistes tunisiens comme Khéreddine Pacha et le Général Hussein, qui séjournent à Paris de 1853 à 1857, sont particulièrement imbus de culture française. Et le mouvement national tunisien qui constitue en quelque sorte le prolongement du mouvement réformiste, combat le système colonial dans des journaux de langue française et au nom des principes démocratiques hérités du siècle des lumières et de la révolution de 1789. Le Français constitue en outre pour les jeunes tunisiens une langue d’ouverture sur la civilisation occidentale et leur permet donc d’acquérir ses sciences, sa technologie, sa culture, conditions sine qua non au développement de leur pays.

C’est dans cette perspective que la langue française est désormais enseignée à partir de la 3ème année primaire et qu’elle constitue une épreuve obligatoire au Baccalauréat. Elle est en plus enseignée non seulement comme langue de vocabulaire scientifique mais aussi en tant que langue de culture contribuant ainsi à approfondir l’apprentissage des principes démocratiques et des droits de l’Homme.

Réhabiliter l’esprit critique

La réforme du système éducatif tunisien introduite par la loi du 28 juillet 1991 entreprend aussi de ramener l’enseignement de philosophie de l’âge métaphysique à celui de la raison. On inscrit aux nouveaux programmes en plus des philosophes musulmans éclairés, les principales écoles philosophiques étrangères dont on confie l’enseignement à des professeurs de métier. Le but étant d’initier les élèves à une réflexion rationnelle sans préjugés ni partis pris et de les ouvrir sur la pensée universelle.

En plus des lettres et sciences humaines, la réforme concerne aussi les sciences dures dont les adeptes se trouvent plus sensibles aux théories intégristes. En effet, les écoles d’ingénieurs et les facultés des sciences constituent depuis la fin des années 1970, de véritables bastions pour les mouvements islamistes. Les lois scientifiques étant enseignées comme des vérités absolues, les étudiants en sciences se trouvent paradoxalement dépourvus de tout esprit critique et donc inaptes à une véritable réflexion. Bien plus, les filières scientifiques, même à l’enseignement secondaire, ont tendance à négliger les sciences humaines et sociales et partant les divers courants rationalistes et idéologiques laissant ainsi les élèves à la merci de l’idéologie dominante de leur société qui reste marquée par des conceptions traditionnelles que les islamistes exploitent merveilleusement pour propager leurs théories.

De là la nécessité de réviser les méthodes de l’enseignement des sciences pour inculquer aux élèves suffisamment d’esprit critique et de réflexion. Il faut pour cela introduire dans les programmes des éléments d’histoire des sciences pour montrer que la vérité scientifique n’est pas absolue mais provisoire et relative puisqu’elle est progressivement complétée ou même rectifiée. Il faut aussi, à côté des sciences dures, nourrir les élèves des sciences humaines et sociales pour les initier au rationalisme et à la réflexion et leur permettre de comprendre le monde et de faire ainsi leur choix idéologique en connaissance de cause.

C’est dans cette perspective qu’on introduit un certain équilibre entre les matières dans l’enseignement secondaire pour accorder une place plus importante à l’enseignement des sciences humaines et sociales.

D’abord en reportant l’orientation c’est-à-dire le choix de la filière, de la 1ère année à la 3ème année secondaire. Désormais, dans les deux premières années du lycée tous les élèves suivent le même enseignement général et la spécialisation ne couvre que les deux dernières années du secondaire. Parallèlement, on établit un certain équilibre dans les coefficients pour mettre fin au règne des matières scientifiques et amener les élèves à ne pas négliger les lettres et sciences humaines considérées comme primordiales pour la formation du citoyen mais aussi pour son ouverture sur les autres civilisations.

Un véritable projet de société

Mais parallèlement à la refonte des programmes scolaires et des méthodes d’enseignement, une application judicieuse de la réforme de 1991 peut avoir des retombées autrement plus importantes sur la Tunisie pour déboucher sur un véritable projet de société. En effet, au-delà de la préparation des jeunes tunisiens à un métier qui leur permet de vivre dignement, l’école doit aussi contribuer à former des citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs envers leur patrie, sensibles à la liberté, la démocratie et les droits de l’Homme, ouverts sur le monde extérieur et donc réfractaires à toute forme de discrimination tant raciale que sexuelle. L’objectif lointain étant de préparer, par cette culture démocratique, les Tunisiens à passer du stade de sujets à celui de citoyens et d’asseoir ainsi les bases d’une véritable démocratie en Tunisie.

Il s’agit aussi de créer des ressources humaines de qualité capables de promouvoir le développement d’un pays dont les richesses naturelles sont limitées. Dans la lignée de Habib Bouguiba qui consacre, au lendemain de l’indépendance jusqu’au tiers du budget à l’éducation, la réforme de 1991 parie aussi sur l’Homme qui constitue la véritable richesse de la Tunisie et dont la formation est, à l’instar du Japon au 19ème siècle et des pays du sud-est asiatique dans la 2ème moitié du 20ème siècle, une condition sine qua non pour un véritable développement du pays. Cette vérité est démontrée magistralement par les conclusions d’une étude englobant 192 pays et qui prouve que le capital humain participe à concurrence de 64% dans le processus de développement[1]. D’autant plus que l’école réformée permet de surmonter les principaux obstacles qui bloquent toute entreprise de développement c’est-à-dire les déficits-que connaît la Tunisie comme les autres pays arabes- dans les domaines du savoir, du rôle de la femme dans les secteurs économiques et politiques, de la démocratie et de la citoyenneté[2].

Pour combler ces déficits, l’école doit être à même de promouvoir le savoir et son corollaire la recherche scientifique et technologique qui constitue le véritable moteur du progrès économique, social et culturel. Au demeurant, l’inégalité de développement entre le Nord et le Sud qui ne cesse pas de s’accroître, réside principalement, dans l’avance réalisée par les pays occidentaux dans ce domaine primordial.

Le progrès du savoir permet de surcroît de développer l’esprit scientifique dans les prises de décision qui engagent l’avenir de la nation et qui doivent par conséquent procéder d’une analyse rigoureuse de nature à déboucher sur les solutions adéquates. Tant il est vrai que, comme le dit si justement l’orientaliste et sociologue français Jacques Berque : « Il n’y a pas de sociétés sous-développées, il y a des sociétés sous-analysées ». La réforme de l’enseignement vise aussi l’intégration de la femme dans la société pour l’amener à jouer pleinement son rôle dans tous les domaines y compris dans les secteurs économique et politique où sa participation reste fort limitée et de lui permettre ainsi de participer effectivement au développement de son pays. Pour cela l’école doit combattre les séquelles de la culture patriarcale et tribale fortement ressuscitée par les courants islamistes, et qui placent la femme dans une position nettement inférieure à celle de l’homme.

Pour mettre fin à cette discrimination sexuelle, on procède à côté des réformes des programmes et de la révision des manuels scolaires, au développement de la mixité non seulement au niveau des établissements mais même au sein des salles de classes. Le but étant d’assurer l’égalité entre les deux sexes, de changer la mentalité afin de « supprimer tout complexe d’infériorité ou de supériorité en raison du sexe et de favoriser des rapports plus sains et plus naturels entre garçons et filles aujourd’hui et entre hommes et femmes demain », et de créer ainsi les conditions favorables à une véritable participation de la femme dans la renaissance de sa patrie.

Créer les conditions de la démocratie

Mais les retombées de la réforme de 1991 devaient être encore plus importantes dans le domaine politique. En effet, en transmettant aux jeunes tunisiens une culture démocratique, l’école crée les conditions favorables à l’émergence d’une véritable démocratie en Tunisie de nature à garantir les droits et libertés des citoyens et de les inciter à la création.

Au demeurant les tenants de cette réforme considèrent, à l’instar des réformistes tunisiens du 19ème siècle, que la démocratie est la clef du développement du pays dans tous les domaines. C’est la thèse que développe Khéreddine Pacha dans un livre paru en 1867 sous le titre : « La plus sûre direction pour connaître l’état des nations » et dans lequel il se pose cette question qui lancine encore aujourd’hui de nombreux intellectuels arabes : quelles sont les raisons du progrès des pays occidentaux et de la régression du monde arabo-musulman ? »

Il conclut que le secret réside dans la nature des régimes politiques qui prévalent dans ces deux sphères. Les pays occidentaux adoptent des régimes démocratiques qui protègent les citoyens, assurent leur liberté et leur sécurité et établissent ainsi un climat de confiance qui pousse à la création tant dans le domaine économique que culturel. Quant à la régression du monde arabo-musulman, elle découle du pouvoir absolu qui engendre inévitablement le despotisme, l’arbitraire et les passe-droits. Ce qui n’est pas à même de rassurer les habitants et donc de les inciter à la production et à la création.

Le régime démocratique favorise en outre la bonne gouvernance qui prémunit le pays contre la corruption et assure ainsi une gestion plus saine des deniers publics. Il développe aussi l’esprit patriotique tant il est vrai que le citoyen, participant directement ou indirectement dans les affaires de la Cité, se sent plus concerné par le devenir de sa patrie et donc plus attaché à elle.

La démocratie tend aussi à limiter considérablement le phénomène chronique de l’allégeance dont les adeptes placent leurs intérêts personnels avant l’intérêt général et manifestent plus de dévouement aux tenants du pouvoir qu’à la patrie. Pareil comportement est de nature à gêner le développement économique du pays et même à lui porter préjudice. Car, comme le dit si bonnement le philosophe français des lumières Montesquieu : « Lorsque dans un pays, il y a plus avantage à faire sa cour que son devoir, alors tout est perdu ».

Si l’école peut favoriser l’extension du savoir, une véritable participation de la femme aux affaires du pays et l’avènement de la démocratie, les investissements en matière d’enseignement, loin d’être improductifs, constituent au contraire la clef d’un véritable développement.

C’est dans cette perspective que Mohamed Charfi, intellectuel de gauche, préside, durant près de 5 ans (1989-1994), à la réforme scolaire en Tunisie sans pour autant trahir ses convictions.

Il parvient à mener convenablement cette entreprise de réforme à telle enseigne qu’il obtient à la fin de sa mission une distinction de la part de l’UNESCO. Et les livres scolaires conçus lors de son mandat, quoique retirés des programmes après son départ du gouvernement, continuent à constituer des références pour de nombreux enseignants du secondaire comme du primaire.

Membre du Gouvernement, il se heurte très vite aux aléas du pouvoir et tente difficilement de concilier ses responsabilités gouvernementales avec les valeurs auxquelles il reste attaché c’est-à-dire la liberté de pensée, les droits de l’Homme et du citoyen. Et s’il vit alors intensément ce dilemme, il finit par opter pour ses principes pour rester fidèle à lui-même.

C’est ainsi que lorsqu’un collègue de l’Institut de Presse contribue à la rédaction d’un article assez critique sur le régime tunisien paru dans le Monde Diplomatique, il refuse obstinément, malgré de fortes pressions, de le faire comparaitre devant un conseil de discipline pour l’exclure de l’Université. Il trouve inadmissible de prendre des mesures contre un universitaire pour avoir exercé son esprit critique et exprimé librement sa pensée. Plus tard, après l’éclipse du « Printemps » de Tunis et la perte de tout espoir d’un retour au libéralisme, il démissionne du Gouvernement pour rejoindre-après une période de réserves qu’il consacre intensément à la rédaction de son livre Islam et Liberté- ses amis de la société civile et reprend courageusement son combat pour la liberté de pensée, la citoyenneté et les droits de l’Homme.

C’est dire qu’un intellectuel engagé comme Mohamed Charfi, a réussi, au-delà des aléas du système politique tunisien, à avoir un certain impact sur le devenir de son pays par le biais de la réforme d’un secteur aussi important que l’enseignement, tout en restant fidèle à lui-même et sans tomber dans l’autocensure et encore moins dans le carriérisme, l’opportunisme et l’allégeance.

Ali Mahjoubi

Historien,

Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

(Source: Le site du mouvement Ettajdid le 17 juin 2010)

Lien:http://ettajdid.org/spip.php?article531


Nouvelle génération de convertis


17/06/2010 à 15h:16 Par Abdelaziz Barrouhi
Lorsque la culture biologique a été réglementée, en 1999, seuls quelques agriculteurs ont sauté le pas. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux à se lancer dans l’aventure et voient plus grand. Rencontre avec deux exploitants au parcours atypique.

Rachid Hamzaoui : pistaches, amandes… et pépins

Né d’un couple mixte tuniso-hollandais, Rachid Hamzaoui a fait un troisième cycle de droit des affaires à Amsterdam, aux Pays-Bas. De retour en Tunisie, il s’est établi à Thala (Centre-Ouest), le village natal de son père. Dans cette région semi-aride, les terres du patrimoine paternel, une quarantaine d’hectares, n’étaient pas rentables par manque d’eau. « Je me suis dit qu’il y avait quand même un potentiel agricole énorme », explique-t-il. La plupart des terres, vierges de toute exploitation intensive et d’engrais, n’attendaient qu’à être mises en valeur. Pour lui, la solution était dans le bio.

Depuis trois ans, Rachid Hamzaoui cultive les terres de sa Firma Birhena, qu’il a lancée en faisant revivre des pistachiers déjà plantés sur les terres de la famille. Après les amandiers, il veut aussi, désormais, développer la culture de céréales, qu’il compte ensuite transformer sur place pour commercialiser des produits gourmets labellisés. « Il y a un potentiel pour les céréales bios dans toute la région », estime Hamzaoui.

Mais le parcours d’obstacles avant d’y arriver n’est pas des moindres. Le crédit bancaire est bloqué pour des raisons foncières. « Certains prétendent que la quarantaine d’arbres que mon père avait plantés sur son terrain nu pour servir de coupe-vent et lui procurer un peu d’ombre n’étaient pas les siens. Et comme on est dans une région où il n’y a pas de titres bleus [titres de propriétés, NDLR], même si le service des forêts ne les revendique pas, le blocage persiste. » En attendant, Hamzaoui a installé des ruches plus au nord, au cap Bon, où il cultive aussi des agrumes, pour « faire » du miel bio.  

Tarek Kekli : prêche d’un convaincu

Il avait émigré en Allemagne, où il a passé quinze ans, dont onze à travailler chez l’un des plus gros distributeurs de produits bios. La meilleure des expériences pour Tarek Kekli, qui projetait de rentrer au pays pour se lancer dans l’agriculture biologique, d’autant que son patron d’alors lui assurait : « On peut commercialiser vos produits. » De retour en Tunisie, en 2007, bien qu’il soit parvenu à tout financer sur ses fonds propres, « lancer l’entreprise n’a pas été aussi simple. C’est comme si on venait d’une autre planète », explique le jeune patron de Bio Life. Faute de trouver localement un technicien spécialisé dans l’agriculture bio, il a dû faire appel à ses relations, allemandes et françaises, le temps de dénicher un collaborateur marocain. Autre casse-tête : certains intrants ne sont pas vendus en Tunisie et il faut les importer, avec le lot de tracasseries que cela implique…

Après trois ans d’activité, les choses se sont organisées. Tarek Kekli est en train de former deux ingénieurs tunisiens. Dans son exploitation, à Hammet Gabès (sud-est du pays), il utilise la géothermie pour l’irrigation – car, dans la région, l’eau est rare –, et cultive 11 ha de poivrons, tomates, aubergines et courgettes. Une première en Tunisie : en janvier, il a même exporté des melons « charentais » bio vers la France. Sa connaissance du marché européen est un atout, et ses produits s’y vendent comme des petits pains : « Je ne peux d’ailleurs satisfaire qu’une petite partie de la demande potentielle », dit Tarek. Alors il entre en contact avec de petits producteurs certifiés bio et signe avec eux des contrats d’achat et de culture. Au début de mai, il a ainsi exporté des oranges de qualité maltaise.

À 41 ans, Tarek Kekli est désormais confiant. « Le bio a un avenir en Tunisie, mais il faut le faire par conviction, sinon ce n’est pas la peine. »

(Source: Jeuneafrique.com le 17 juin 2010)


Iran : pendaison du chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah


AFP / 20 juin 2010 04h57 TEHERAN – Abdolmalek Righi, le chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah, qui a mené de nombreuses actions armées dans la province du Sistan-Balouchistan (Sud-Est), a été pendu dimanche matin, a rapporté l’agence officielle Irna. « Après la décision du tribunal révolutionnaire de Téhéran, Abdolmalek Righi a été pendu dimanche matin », a rapporté l’agence Irna. « Le chef du groupe armée contre-révolutionnaire de l’Est du pays (…) était responsable de vol armé, d’attentat, d’attaques armées contre les forces armées et de l’ordre, des gens ordinaires, de meurtre », selon le communiqué du parquet général et révolutionnaire de Téhéran. Abdolmalek Righi a été capturé en février lors d’une spectaculaire opération de détournement d’avion.

Israël planifie la plus grande usine au monde de dessalement d’eau de mer


AFP / 20 juin 2010 08h48 JERUSALEM – Le gouvernement israélien doit se prononcer dimanche sur la construction de la plus grande usine au monde de dessalement de l’eau de mer, a annoncé la radio publique israélienne. La construction de cet ouvrage prévue à Sorek, dans la région de Rishon Le Tzion et Palmahim, au sud de Tel-Aviv, s’inscrit dans le cadre d’un plan pluri-annuel prévoyant que la mer fournisse 40% de l’eau potable consommée en Israël. A terme, l’usine de Sorek devrait à elle seule produire quelque 300 millions de m3 par an, dont 150 millions de m3 dès 2013, a précisé la radio publique. Interrogé par l’AFP, le porte-parole de l’Autorité pour l’eau, Ouri Shor, a indiqué que la consommation domestique d’eau potable en Israël s’élevait à 700 millions de m3, l’agriculture et l’industrie utilisant respectivement 450 millions et 100 millions de m3 d’eaux recyclées. D’autres usines de traitement de l’eau de mer, déjà en fonctionnement, produisent respectivement 127 millions de m3 à Hadera (nord), 120 millions de m3 à Ashkelon (sud), et 45 millions de m3 à Palmahim. Une usine située à Ashdod (sud) doit en outre obtenir le feu vert du gouvernement, en consultations avec des organisations de défense de l’environnement et de la santé publique. La mise en service progressive de ce réseau d’usines devrait permettre à Israël de réduire considérablement sa dépendance des ressources en eaux puisées respectivement dans l’aquifère, le Jourdain et le lac de Tibériade.

 

 

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