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Succession, Tiraillement et autres Rumeurs…
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La rĂ©forme de lâenseignement en Tunisie (1989-1994)
jeudi 17 juin 2010
Lâarticle qui suit, Ă©crit par Ali Mahjoubi, Professeur dâHistoire Ă la FacultĂ© des Lettres et Sciences Humaines de Tunis, est paru en deux parties dans les numĂ©ros 183 et 184 dâAttariq Aljadid (datĂ©s du 5 et 12 juin 2010), en hommage Ă Mohamed Charfi, Ă lâoccasion du 2Ăšme anniversaire de sa mort (le 6 juin 2008).
La nature non conjoncturelle de cet article et son importance nous ont incitĂ© Ă le diffuser sur le site du Mouvement Ettajdid pour quâil reste une des rĂ©fĂ©rences possibles sur les rĂ©formes de lâenseignement en Tunisie.
Le webmaster
Par Ali Mahjoubi Historien, Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis
Cette rĂ©forme a Ă©tĂ© menĂ©e sous lâĂ©gide du Professeur Mohamed CHARFI, universitaire brillant, intellectuel engagĂ©, militant de gauche et ancien prĂ©sident de la Ligue tunisienne des droits de lâhomme. Il sâagit de saisir, Ă travers cette expĂ©rience, dans quelle mesure un intellectuel engagĂ©, porteur de valeurs, dâune vision, et partant, dâun projet de sociĂ©tĂ©, peut participer au pouvoir tout en restant fidĂšle Ă ses principes et avoir un impact sur le devenir de son pays.
Mais pour saisir la portĂ©e de cette rĂ©forme, menĂ©e avec doigtĂ© durant prĂšs de cinq ans, il faut dâabord la situer dans son contexte politique et dĂ©celer les failles du systĂšme scolaire en Tunisie au moment oĂč elle a dĂ©marrĂ©.
Le contexte politique
Sur le plan politique, la Tunisie est encore, en 1989, sous le coup du changement de 1987, Ă la suite duquel elle connaĂźt mĂȘme un certain « printemps ». En effet, le nouveau rĂ©gime est encore fidĂšle Ă la dĂ©claration du 7 novembre 1987, qui prĂ©tend rompre avec les pratiques de lâancien rĂ©gime et inaugurer une Ăšre nouvelle qui garantit la libertĂ© et les droits de lâhomme et du citoyen. Il est mĂȘme affirmĂ©, dans cette dĂ©claration, que le peuple tunisien a atteint un niveau dâĂ©volution et de maturitĂ© qui lui permet dâaccĂ©der Ă la dĂ©mocratie, et donc aux Tunisiens de passer du stade de sujets Ă celui de citoyens. Ces promesses semblent tenir durant les deux premiĂšres annĂ©es du changement, et la Tunisie connaĂźt alors une certaine libĂ©ralisation. Les prisonniers politiques, de gauche comme de droite, sont tous libĂ©rĂ©s, et la presse jouit mĂȘme dâune large marge de manĆuvre. Le Pacte national, approuvĂ©, et mĂȘme paraphĂ© au cours dâune rĂ©union solennelle au Palais de Carthage, par la plupart des courants politiques, y compris celui des islamistes, pourtant non reconnus, confirme et affine cette orientation, Ă telle enseigne que certains intellectuels libĂ©raux et mĂȘme de gauche sortent de leur rĂ©serve pour rejoindre le nouveau rĂ©gime, pensant ainsi consolider la dĂ©mocratie.
Bien plus, les Ă©lections organisĂ©es en 1989 sont relativement correctes. Si personne ne sâest prĂ©sentĂ© aux Ă©lections prĂ©sidentielles contre « lâauteur du changement », les divers secteurs de lâopposition, y compris les islamistes, prĂ©sentent des listes aux lĂ©gislatives. Ces Ă©lections sont beaucoup moins entachĂ©es dâirrĂ©gularitĂ©s quâauparavant, Ă telle enseigne que les islamistes, les seuls opposants Ă jouir dâune base populaire, obtiennent, selon les rĂ©sultats officiels, 18% des voix (certains observateurs indĂ©pendants les crĂ©ditent mĂȘme de 30%). Ce qui amĂšne une fraction de lâintelligentsia tunisienne Ă prendre conscience du danger qui menace les acquis modernistes de la Tunisie- notamment le code du statut personnel, qui abolit la polygamie et la rĂ©pudiation et garantit ainsi les droits de la femme tunisienne, la gĂ©nĂ©ralisation dâun enseignement moderne, ouvert aux deux sexes, et mĂȘme le planning familial, qui, en limitant les naissances, favorise un dĂ©veloppement plus harmonieux de la Tunisie. On se trouve alors face Ă deux projets de sociĂ©tĂ© diamĂ©tralement opposĂ©s : un projet islamiste, qui prĂ©conise la restauration de lâislam dans sa puretĂ© primitive, câest-Ă -dire la stricte application du droit musulman, le repliement du pays sur lui-mĂȘme et donc sa fermeture sur les autres civilisations ; lâautre projet repose sur le modernisme, le rationalisme, la tolĂ©rance, la libertĂ© et la dĂ©mocratie et, partant, sur lâouverture sur la civilisation occidentale pour acquĂ©rir ses moyens de puissance et pouvoir relever ses dĂ©fis.
Des menaces contre le modernisme
Câest dans ce contexte que Mohamed Charfi, alors prĂ©sident de la Ligue tunisienne des droits de lâhomme, accepte de participer au gouvernement tunisien Ă titre de Ministre de lâEducation Nationale. Il le fit aussi par fidĂ©litĂ© Ă lâesprit du Pacte national, Ă lâĂ©laboration duquel il a largement participĂ©, et sur la base dâun projet de rĂ©formes destinĂ© Ă rationaliser davantage les programmes scolaires en les purgeant des prĂ©supposĂ©s idĂ©ologiques et des prĂ©jugĂ©s quâil considĂšre comme un obstacle Ă lâouverture sur les autres civilisations, et donc comme un frein au progrĂšs et Ă un vĂ©ritable dĂ©veloppement. Il sâagit plus prĂ©cisĂ©ment de combattre, par le biais de lâĂ©cole, toutes les formes dâintĂ©grisme et de prĂ©munir ainsi la sociĂ©tĂ© tunisienne contre les projets passĂ©istes, le plus souvent gĂ©nĂ©rateurs de fanatisme et dâobscurantisme. Dâautant plus que, par un curieux paradoxe, lâenseignement tunisien commence alors Ă sâĂ©carter du modernisme pour faire objectivement le jeu des islamistes. Le systĂšme scolaire connaĂźt en effet, dans les annĂ©es cinquante et soixante, une modernisation Ă outrance, illustrĂ©e par la rĂ©forme de 1958 menĂ©e par un Ă©minent intellectuel tunisien, Mahmoud Messaadi, selon le modĂšle du collĂšge Sadiki fondĂ© en 1875, câest-Ă -dire avant lâĂ©tablissement du protectorat français en Tunisie, par le rĂ©formateur tunisien Kheireddine Pacha, et qui repose sur le modernisme, le rationalisme et lâouverture sur les autres civilisations, le but Ă©tant essentiellement de former une Ă©lite tunisienne capable dâĂȘtre au diapason de son Ă©poque et de promouvoir le dĂ©veloppement du pays selon le modĂšle occidental. On va mĂȘme, pour marquer cette modernisation, jusquâĂ supprimer, au lendemain de lâindĂ©pendance, lâenseignement secondaire traditionnel prodiguĂ© par la Zitouna, qui devint alors une simple facultĂ© de thĂ©ologie. Mais dĂšs le dĂ©but des annĂ©es soixante-dix, cette orientation moderniste commence Ă pĂ©ricliter, et lâĂ©cole constitue de plus en plus un terrain favorable au dĂ©veloppement de lâintĂ©grisme.
Cette situation sâexplique dâabord par des raisons inhĂ©rentes Ă la nature mĂȘme des programmes scolaires. Ceux-ci comportent lâenseignement des sciences humaines et sociales, les sciences dures, les langues arabe, française et anglaise, dispensĂ©, jusquâĂ la fin des annĂ©es soixante, par des professeurs français ou tunisiens de formation moderne. Mais lâislam Ă©tant la religion officielle de la Tunisie, lâEtat prend en charge lâĂ©ducation religieuse, quâon confie Ă dâanciens cheikhs de la Zitouna dont lâenseignement, basĂ© principalement sur des exĂ©gĂštes traditionnels, ne tient nullement compte des lectures modernes qui tendent Ă adapter lâIslam au monde contemporain. Cette situation sâaccuse davantage avec la gĂ©nĂ©ralisation de lâenseignement primaire et mĂȘme secondaire. Les besoins en enseignants se faisant alors de plus en plus pressants, on est amenĂ© Ă recruter de nombreux instituteurs et professeurs de formation zitounienne, qui impreignent lâĂ©cole de leur vision traditionnelle, contribuant ainsi, consciemment ou inconsciemment, Ă inculquer Ă la jeunesse scolaire un projet de sociĂ©tĂ© conforme aux aspirations islamistes.
Neutraliser les « forces hostiles »
Cette tendance se renforce davantage dans les annĂ©es soixante-dix, pour des raisons politiques. En plus de la puissance de lâUnion GĂ©nĂ©rale Tunisienne du Travail (UGTT), qui manifeste de temps en temps une certaine vellĂ©itĂ© dâautonomie vis-Ă -vis du pouvoir et des courants de gauche, qui sont alors prĂ©pondĂ©rants au sein de lâUniversitĂ©, le Parti socialiste destourien (PSD), voit surgir en son sein un courant libĂ©ral, qui se manifeste Ă©nergiquement lors du congrĂšs de 1971, oĂč il obtient mĂȘme la majoritĂ© du comitĂ© central.
Pour neutraliser toutes ces forces politiques considĂ©rĂ©es comme hostiles, le pouvoir entreprend dâamadouer et mĂȘme dâencourager le courant islamiste, et se lance alors dans des concessions qui menacent les acquis modernistes. Câest ainsi que, dĂšs 1972, alors que le pays vit depuis 1963 sous le rĂ©gime du parti unique et que la libertĂ© de la presse est pratiquement inexistante, on autorise lâapparition de journaux islamistes comme El Maarifa, Jawher El Islam et El Mojtamaa.
Dans le mĂȘme ordre dâidĂ©es on se lance dans une entreprise dâarabisation improvisĂ©e des matiĂšres jugĂ©es subversives, comme lâhistoire et la philosophie, pour combattre idĂ©ologiquement le marxisme, considĂ©rĂ© comme dangereux depuis le mouvement de mai 1968 en France. De nombreux professeurs français et mĂȘme tunisiens non prĂ©parĂ©s Ă lâarabisation sont remplacĂ©s par des cadres de formation traditionnelle pour enseigner lâhistoire et la philosophie, qui se focalise alors sur les philosophes musulmans les moins Ă©clairĂ©s et oĂč lâesprit thĂ©ologique lâemporte sur lâesprit philosophique, aux dĂ©pens du rationalisme, du modernisme et de lâouverture sur les autres civilisations.
En 1974, Ă la veille du congrĂšs du Parti Socialiste Destourien, le pouvoir sâapplique mĂȘme, pour neutraliser lâaile libĂ©rale de ce parti, Ă faire de nouvelles concessions aux islamistes, dâautant plus que de nombreux instituteurs de formation traditionnelle sont alors Ă la tĂȘte de cellules destouriennes, notamment Ă lâintĂ©rieur du pays, dans les villages et les douars, câest-Ă -dire dans la Tunisie profonde. Ces concessions se traduisent par le doublement du volume horaire consacrĂ© Ă lâĂ©ducation religieuse dans lâenseignement secondaire, qui passe alors de une Ă deux heures par semaine. Par la mĂȘme occasion, lâĂ©ducation civique est enlevĂ©e aux professeurs dâhistoire pour ĂȘtre confiĂ©e aux professeurs dâenseignement religieux, nullement prĂ©parĂ©s pour cette tĂąche, quâils mĂšnent gĂ©nĂ©ralement Ă travers le prisme de lâIslam. Câest ainsi quâon insinue, dans les cours dâĂ©ducation civique, que le seul rĂ©gime lĂ©gitime est le Kalifa, que la dĂ©mocratie est incompatible avec lâIslam et que le pouvoir lĂ©gislatif nâa pas de raison dâĂȘtre puisque le musulman peut trouver les solutions adĂ©quates Ă ses problĂšmes dans le droit coranique, qui constitue aussi la rĂ©fĂ©rence la mieux appropriĂ©e pour le pouvoir judiciaire.
Or, ce message, tout comme celui transmis par lâenseignement religieux, est incompatible avec la lĂ©gislation en vigueur en Tunisie et mĂȘme avec sa Constitution. On Ă©voque, dans les cours dâenseignement religieux, la polygamie, la rĂ©pudiation, lâobligation pour la femme de se soumettre aux ordres de son mari -qui peut au besoin la battre, alors que ces pratiques sont strictement interdites par le code du statut personnel, promulguĂ© en Tunisie le 13 aoĂ»t 1956 et entrĂ© en vigueur dĂšs le dĂ©but de lâannĂ©e suivante.
De la mĂȘme façon, les cours dâĂ©ducation civique sont en contradiction avec les institutions tunisiennes qui reposent, tout au moins en thĂ©orie, sur un parlement qui lĂ©gifĂšre au nom du peuple et un pouvoir judiciaire dont les rĂ©fĂ©rences juridiques ne sont pas forcĂ©ment conformes au droit musulman. Du coup, ce type dâenseignement se trouve en contradiction avec la rĂ©alitĂ© sociale, politique et institutionnelle qui prĂ©vaut alors en Tunisie. Ce qui est de nature Ă perturber les jeunes Tunisiens, dont beaucoup connaissent une certaine schizophrĂ©nie qui est probablement Ă lâorigine de leur adhĂ©sion, dans les annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, aux mouvements islamistes.
RĂ©concilier lâIslam avec la modernitĂ©
Pour remĂ©dier Ă cette situation et combattre lâintĂ©grisme, il faut adapter lâĂ©cole Ă la rĂ©alitĂ© de la sociĂ©tĂ© tunisienne, le but Ă©tant de rĂ©concilier le jeune Tunisien avec sa sociĂ©tĂ©, son histoire, ses institutions et son identitĂ© pour en faire un citoyen Ă©quilibrĂ©, rationaliste, moderne, sensible aux droits de lâHomme, tolĂ©rant et ouvert sur les autres civilisations.
De lĂ la nĂ©cessitĂ© dâune refonte des programmes scolaires pour les dĂ©pouiller des prĂ©supposĂ©s idĂ©ologiques et des prĂ©jugĂ©s et de transmettre ainsi par le biais de lâĂ©cole un message qui protĂšge lâIslam des menĂ©es obscurantistes et le rĂ©concilie avec le monde moderne. Câest sur la base de ces objectifs immĂ©diats que de nouveaux ouvrages sont conçus par des commissions- qui ont fonctionnĂ© librement câest-Ă -dire sans aucune forme de pression- et qui touchent toutes les matiĂšres enseignĂ©es au secondaire comme au primaire.
On sâoccupe plus particuliĂšrement de lâĂ©ducation religieuse et civique dont lâenseignement constitue depuis les annĂ©es 1970 un terrain favorable au dĂ©veloppement des islamismes. Et si on ne touche pas aux aspects mĂ©taphysiques de lâIslam qui constitue la religion officielle du pays, on rĂ©vise toutes les questions sociales et juridiques pour les enseigner selon les thĂ©ories de penseurs musulmans Ă©clairĂ©s « qui ont dĂ©montrĂ© que lâIslam est parfaitement compatible avec la modernité » et Ă©viter ainsi dâinculquer aux jeunes tunisiens des vĂ©ritĂ©s qui sont en contradiction avec les lois en vigueur dans leurs pays.
Dans le mĂȘme ordre dâidĂ©es, lâĂ©ducation civique est retirĂ©e aux professeurs dâenseignement religieux. On créé mĂȘme une maĂźtrise dâĂ©ducation civique ouverte aux Ă©tudiants ayant dĂ©jĂ effectuĂ© un premier cycle dâhistoire de gĂ©ographie, de sociologie, de philosophie ou de droit. Cet enseignement est dĂ©sormais conforme aux institutions rĂ©publicaines de la Tunisie comme les pouvoirs exĂ©cutif, lĂ©gislatif et judiciaire dont il explique les tenants et les aboutissants. Le but Ă©tant de former des citoyens Ă©quilibrĂ©s, modernes, conscients de leurs droits et de leurs devoirs, ouverts sur le monde extĂ©rieur, imbus des droits de lâHomme et de transmettre ainsi, par le biais de lâĂ©cole, une culture humanitaire et dĂ©mocratique quâaccuse encore davantage lâenseignement de lâhistoire et des langues et civilisations arabe comme Ă©trangĂšres.
Avec la rĂ©forme, les programmes dâhistoire deviennent plus Ă©quilibrĂ©s et tendent Ă rĂ©concilier lâĂ©lĂšve avec son passĂ© en accordant une place plus importante aux civilisations que connaĂźt la Tunisie avant lâavĂšnement de lâIslam et Ă rĂ©habiliter ainsi certains grands noms comme Hannibal, Saint Augustin et mĂȘme la KahĂ©na qui conduit la rĂ©sistance berbĂšre Ă lâinvasion arabe, sans pour autant nĂ©gliger la civilisation arabo-musulmane restĂ©e prĂ©pondĂ©rante dans les programmes. ParallĂšlement il ne faut pas occulter lâhistoire occidentale notamment Ă lâĂ©poque moderne et contemporaine dont la connaissance est incontournable pour comprendre la situation que nous vivons actuellement. Il faut mĂȘme insister sur les Ă©vĂšnements cruciaux tels la rĂ©volution française de 1789 qui est Ă la base de la libertĂ© de pensĂ©e, de la citoyennetĂ© et des droits de lâHomme.
Toutes ces valeurs doivent ĂȘtre confirmĂ©es indirectement par le biais des langues et civilisations arabes et Ă©trangĂšres Ă travers le choix de texte pour leur apprentissage. Pour lâArabe, on accorde, Ă cĂŽtĂ© des auteurs mĂ©diĂ©vaux, une place importante Ă la littĂ©rature moderne en privilĂ©giant les auteurs et les Ćuvres Ă©clairĂ©s.
Il en est de mĂȘme pour la langue française qui connaĂźt depuis les annĂ©es soixante-dix une rĂ©gression certaine. Elle nâest plus alors enseignĂ©e Ă partir de la 3Ăšme annĂ©e primaire mais de la 4Ăšme annĂ©e et ne constitue plus quâune Ă©preuve Ă option au BaccalaurĂ©at. La rĂ©forme consiste Ă rĂ©habiliter le français qui constitue dĂ©jĂ en 1840 Ă lâEcole Polytechnique du Bardo, puis au collĂšge Sadiki, câest-Ă -dire avant lâĂ©tablissement du protectorat français en Tunisie, la langue vĂ©hiculaire non seulement des sciences dures mais aussi des sciences humaines. Les rĂ©formistes tunisiens comme KhĂ©reddine Pacha et le GĂ©nĂ©ral Hussein, qui sĂ©journent Ă Paris de 1853 Ă 1857, sont particuliĂšrement imbus de culture française. Et le mouvement national tunisien qui constitue en quelque sorte le prolongement du mouvement rĂ©formiste, combat le systĂšme colonial dans des journaux de langue française et au nom des principes dĂ©mocratiques hĂ©ritĂ©s du siĂšcle des lumiĂšres et de la rĂ©volution de 1789. Le Français constitue en outre pour les jeunes tunisiens une langue dâouverture sur la civilisation occidentale et leur permet donc dâacquĂ©rir ses sciences, sa technologie, sa culture, conditions sine qua non au dĂ©veloppement de leur pays.
Câest dans cette perspective que la langue française est dĂ©sormais enseignĂ©e Ă partir de la 3Ăšme annĂ©e primaire et quâelle constitue une Ă©preuve obligatoire au BaccalaurĂ©at. Elle est en plus enseignĂ©e non seulement comme langue de vocabulaire scientifique mais aussi en tant que langue de culture contribuant ainsi Ă approfondir lâapprentissage des principes dĂ©mocratiques et des droits de lâHomme.
RĂ©habiliter lâesprit critique
La rĂ©forme du systĂšme Ă©ducatif tunisien introduite par la loi du 28 juillet 1991 entreprend aussi de ramener lâenseignement de philosophie de lâĂąge mĂ©taphysique Ă celui de la raison. On inscrit aux nouveaux programmes en plus des philosophes musulmans Ă©clairĂ©s, les principales Ă©coles philosophiques Ă©trangĂšres dont on confie lâenseignement Ă des professeurs de mĂ©tier. Le but Ă©tant dâinitier les Ă©lĂšves Ă une rĂ©flexion rationnelle sans prĂ©jugĂ©s ni partis pris et de les ouvrir sur la pensĂ©e universelle.
En plus des lettres et sciences humaines, la rĂ©forme concerne aussi les sciences dures dont les adeptes se trouvent plus sensibles aux thĂ©ories intĂ©gristes. En effet, les Ă©coles dâingĂ©nieurs et les facultĂ©s des sciences constituent depuis la fin des annĂ©es 1970, de vĂ©ritables bastions pour les mouvements islamistes. Les lois scientifiques Ă©tant enseignĂ©es comme des vĂ©ritĂ©s absolues, les Ă©tudiants en sciences se trouvent paradoxalement dĂ©pourvus de tout esprit critique et donc inaptes Ă une vĂ©ritable rĂ©flexion. Bien plus, les filiĂšres scientifiques, mĂȘme Ă lâenseignement secondaire, ont tendance Ă nĂ©gliger les sciences humaines et sociales et partant les divers courants rationalistes et idĂ©ologiques laissant ainsi les Ă©lĂšves Ă la merci de lâidĂ©ologie dominante de leur sociĂ©tĂ© qui reste marquĂ©e par des conceptions traditionnelles que les islamistes exploitent merveilleusement pour propager leurs thĂ©ories.
De lĂ la nĂ©cessitĂ© de rĂ©viser les mĂ©thodes de lâenseignement des sciences pour inculquer aux Ă©lĂšves suffisamment dâesprit critique et de rĂ©flexion. Il faut pour cela introduire dans les programmes des Ă©lĂ©ments dâhistoire des sciences pour montrer que la vĂ©ritĂ© scientifique nâest pas absolue mais provisoire et relative puisquâelle est progressivement complĂ©tĂ©e ou mĂȘme rectifiĂ©e. Il faut aussi, Ă cĂŽtĂ© des sciences dures, nourrir les Ă©lĂšves des sciences humaines et sociales pour les initier au rationalisme et Ă la rĂ©flexion et leur permettre de comprendre le monde et de faire ainsi leur choix idĂ©ologique en connaissance de cause.
Câest dans cette perspective quâon introduit un certain Ă©quilibre entre les matiĂšres dans lâenseignement secondaire pour accorder une place plus importante Ă lâenseignement des sciences humaines et sociales.
Dâabord en reportant lâorientation câest-Ă -dire le choix de la filiĂšre, de la 1Ăšre annĂ©e Ă la 3Ăšme annĂ©e secondaire. DĂ©sormais, dans les deux premiĂšres annĂ©es du lycĂ©e tous les Ă©lĂšves suivent le mĂȘme enseignement gĂ©nĂ©ral et la spĂ©cialisation ne couvre que les deux derniĂšres annĂ©es du secondaire. ParallĂšlement, on Ă©tablit un certain Ă©quilibre dans les coefficients pour mettre fin au rĂšgne des matiĂšres scientifiques et amener les Ă©lĂšves Ă ne pas nĂ©gliger les lettres et sciences humaines considĂ©rĂ©es comme primordiales pour la formation du citoyen mais aussi pour son ouverture sur les autres civilisations.
Un véritable projet de société
Mais parallĂšlement Ă la refonte des programmes scolaires et des mĂ©thodes dâenseignement, une application judicieuse de la rĂ©forme de 1991 peut avoir des retombĂ©es autrement plus importantes sur la Tunisie pour dĂ©boucher sur un vĂ©ritable projet de sociĂ©tĂ©. En effet, au-delĂ de la prĂ©paration des jeunes tunisiens Ă un mĂ©tier qui leur permet de vivre dignement, lâĂ©cole doit aussi contribuer Ă former des citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs envers leur patrie, sensibles Ă la libertĂ©, la dĂ©mocratie et les droits de lâHomme, ouverts sur le monde extĂ©rieur et donc rĂ©fractaires Ă toute forme de discrimination tant raciale que sexuelle. Lâobjectif lointain Ă©tant de prĂ©parer, par cette culture dĂ©mocratique, les Tunisiens Ă passer du stade de sujets Ă celui de citoyens et dâasseoir ainsi les bases dâune vĂ©ritable dĂ©mocratie en Tunisie.
Il sâagit aussi de crĂ©er des ressources humaines de qualitĂ© capables de promouvoir le dĂ©veloppement dâun pays dont les richesses naturelles sont limitĂ©es. Dans la lignĂ©e de Habib Bouguiba qui consacre, au lendemain de lâindĂ©pendance jusquâau tiers du budget Ă lâĂ©ducation, la rĂ©forme de 1991 parie aussi sur lâHomme qui constitue la vĂ©ritable richesse de la Tunisie et dont la formation est, Ă lâinstar du Japon au 19Ăšme siĂšcle et des pays du sud-est asiatique dans la 2Ăšme moitiĂ© du 20Ăšme siĂšcle, une condition sine qua non pour un vĂ©ritable dĂ©veloppement du pays. Cette vĂ©ritĂ© est dĂ©montrĂ©e magistralement par les conclusions dâune Ă©tude englobant 192 pays et qui prouve que le capital humain participe Ă concurrence de 64% dans le processus de dĂ©veloppement[1]. Dâautant plus que lâĂ©cole rĂ©formĂ©e permet de surmonter les principaux obstacles qui bloquent toute entreprise de dĂ©veloppement câest-Ă -dire les dĂ©ficits-que connaĂźt la Tunisie comme les autres pays arabes- dans les domaines du savoir, du rĂŽle de la femme dans les secteurs Ă©conomiques et politiques, de la dĂ©mocratie et de la citoyennetĂ©[2].
Pour combler ces dĂ©ficits, lâĂ©cole doit ĂȘtre Ă mĂȘme de promouvoir le savoir et son corollaire la recherche scientifique et technologique qui constitue le vĂ©ritable moteur du progrĂšs Ă©conomique, social et culturel. Au demeurant, lâinĂ©galitĂ© de dĂ©veloppement entre le Nord et le Sud qui ne cesse pas de sâaccroĂźtre, rĂ©side principalement, dans lâavance rĂ©alisĂ©e par les pays occidentaux dans ce domaine primordial.
Le progrĂšs du savoir permet de surcroĂźt de dĂ©velopper lâesprit scientifique dans les prises de dĂ©cision qui engagent lâavenir de la nation et qui doivent par consĂ©quent procĂ©der dâune analyse rigoureuse de nature Ă dĂ©boucher sur les solutions adĂ©quates. Tant il est vrai que, comme le dit si justement lâorientaliste et sociologue français Jacques Berque : « Il nây a pas de sociĂ©tĂ©s sous-dĂ©veloppĂ©es, il y a des sociĂ©tĂ©s sous-analysĂ©es ». La rĂ©forme de lâenseignement vise aussi lâintĂ©gration de la femme dans la sociĂ©tĂ© pour lâamener Ă jouer pleinement son rĂŽle dans tous les domaines y compris dans les secteurs Ă©conomique et politique oĂč sa participation reste fort limitĂ©e et de lui permettre ainsi de participer effectivement au dĂ©veloppement de son pays. Pour cela lâĂ©cole doit combattre les sĂ©quelles de la culture patriarcale et tribale fortement ressuscitĂ©e par les courants islamistes, et qui placent la femme dans une position nettement infĂ©rieure Ă celle de lâhomme.
Pour mettre fin Ă cette discrimination sexuelle, on procĂšde Ă cĂŽtĂ© des rĂ©formes des programmes et de la rĂ©vision des manuels scolaires, au dĂ©veloppement de la mixitĂ© non seulement au niveau des Ă©tablissements mais mĂȘme au sein des salles de classes. Le but Ă©tant dâassurer lâĂ©galitĂ© entre les deux sexes, de changer la mentalitĂ© afin de « supprimer tout complexe dâinfĂ©rioritĂ© ou de supĂ©rioritĂ© en raison du sexe et de favoriser des rapports plus sains et plus naturels entre garçons et filles aujourdâhui et entre hommes et femmes demain », et de crĂ©er ainsi les conditions favorables Ă une vĂ©ritable participation de la femme dans la renaissance de sa patrie.
Créer les conditions de la démocratie
Mais les retombĂ©es de la rĂ©forme de 1991 devaient ĂȘtre encore plus importantes dans le domaine politique. En effet, en transmettant aux jeunes tunisiens une culture dĂ©mocratique, lâĂ©cole crĂ©e les conditions favorables Ă lâĂ©mergence dâune vĂ©ritable dĂ©mocratie en Tunisie de nature Ă garantir les droits et libertĂ©s des citoyens et de les inciter Ă la crĂ©ation.
Au demeurant les tenants de cette rĂ©forme considĂšrent, Ă lâinstar des rĂ©formistes tunisiens du 19Ăšme siĂšcle, que la dĂ©mocratie est la clef du dĂ©veloppement du pays dans tous les domaines. Câest la thĂšse que dĂ©veloppe KhĂ©reddine Pacha dans un livre paru en 1867 sous le titre : « La plus sĂ»re direction pour connaĂźtre lâĂ©tat des nations » et dans lequel il se pose cette question qui lancine encore aujourdâhui de nombreux intellectuels arabes : quelles sont les raisons du progrĂšs des pays occidentaux et de la rĂ©gression du monde arabo-musulman ? »
Il conclut que le secret rĂ©side dans la nature des rĂ©gimes politiques qui prĂ©valent dans ces deux sphĂšres. Les pays occidentaux adoptent des rĂ©gimes dĂ©mocratiques qui protĂšgent les citoyens, assurent leur libertĂ© et leur sĂ©curitĂ© et Ă©tablissent ainsi un climat de confiance qui pousse Ă la crĂ©ation tant dans le domaine Ă©conomique que culturel. Quant Ă la rĂ©gression du monde arabo-musulman, elle dĂ©coule du pouvoir absolu qui engendre inĂ©vitablement le despotisme, lâarbitraire et les passe-droits. Ce qui nâest pas Ă mĂȘme de rassurer les habitants et donc de les inciter Ă la production et Ă la crĂ©ation.
Le rĂ©gime dĂ©mocratique favorise en outre la bonne gouvernance qui prĂ©munit le pays contre la corruption et assure ainsi une gestion plus saine des deniers publics. Il dĂ©veloppe aussi lâesprit patriotique tant il est vrai que le citoyen, participant directement ou indirectement dans les affaires de la CitĂ©, se sent plus concernĂ© par le devenir de sa patrie et donc plus attachĂ© Ă elle.
La dĂ©mocratie tend aussi Ă limiter considĂ©rablement le phĂ©nomĂšne chronique de lâallĂ©geance dont les adeptes placent leurs intĂ©rĂȘts personnels avant lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et manifestent plus de dĂ©vouement aux tenants du pouvoir quâĂ la patrie. Pareil comportement est de nature Ă gĂȘner le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays et mĂȘme Ă lui porter prĂ©judice. Car, comme le dit si bonnement le philosophe français des lumiĂšres Montesquieu : « Lorsque dans un pays, il y a plus avantage Ă faire sa cour que son devoir, alors tout est perdu ».
Si lâĂ©cole peut favoriser lâextension du savoir, une vĂ©ritable participation de la femme aux affaires du pays et lâavĂšnement de la dĂ©mocratie, les investissements en matiĂšre dâenseignement, loin dâĂȘtre improductifs, constituent au contraire la clef dâun vĂ©ritable dĂ©veloppement.
Câest dans cette perspective que Mohamed Charfi, intellectuel de gauche, prĂ©side, durant prĂšs de 5 ans (1989-1994), Ă la rĂ©forme scolaire en Tunisie sans pour autant trahir ses convictions.
Il parvient Ă mener convenablement cette entreprise de rĂ©forme Ă telle enseigne quâil obtient Ă la fin de sa mission une distinction de la part de lâUNESCO. Et les livres scolaires conçus lors de son mandat, quoique retirĂ©s des programmes aprĂšs son dĂ©part du gouvernement, continuent Ă constituer des rĂ©fĂ©rences pour de nombreux enseignants du secondaire comme du primaire.
Membre du Gouvernement, il se heurte trĂšs vite aux alĂ©as du pouvoir et tente difficilement de concilier ses responsabilitĂ©s gouvernementales avec les valeurs auxquelles il reste attachĂ© câest-Ă -dire la libertĂ© de pensĂ©e, les droits de lâHomme et du citoyen. Et sâil vit alors intensĂ©ment ce dilemme, il finit par opter pour ses principes pour rester fidĂšle Ă lui-mĂȘme.
Câest ainsi que lorsquâun collĂšgue de lâInstitut de Presse contribue Ă la rĂ©daction dâun article assez critique sur le rĂ©gime tunisien paru dans le Monde Diplomatique, il refuse obstinĂ©ment, malgrĂ© de fortes pressions, de le faire comparaitre devant un conseil de discipline pour lâexclure de lâUniversitĂ©. Il trouve inadmissible de prendre des mesures contre un universitaire pour avoir exercĂ© son esprit critique et exprimĂ© librement sa pensĂ©e. Plus tard, aprĂšs lâĂ©clipse du « Printemps » de Tunis et la perte de tout espoir dâun retour au libĂ©ralisme, il dĂ©missionne du Gouvernement pour rejoindre-aprĂšs une pĂ©riode de rĂ©serves quâil consacre intensĂ©ment Ă la rĂ©daction de son livre Islam et LibertĂ©- ses amis de la sociĂ©tĂ© civile et reprend courageusement son combat pour la libertĂ© de pensĂ©e, la citoyennetĂ© et les droits de lâHomme.
Câest dire quâun intellectuel engagĂ© comme Mohamed Charfi, a rĂ©ussi, au-delĂ des alĂ©as du systĂšme politique tunisien, Ă avoir un certain impact sur le devenir de son pays par le biais de la rĂ©forme dâun secteur aussi important que lâenseignement, tout en restant fidĂšle Ă lui-mĂȘme et sans tomber dans lâautocensure et encore moins dans le carriĂ©risme, lâopportunisme et lâallĂ©geance.
Ali Mahjoubi
Historien,
Ancien Doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis
(Source: Le site du mouvement Ettajdid le 17 juin 2010)
Lien:http://ettajdid.org/spip.php?article531
Nouvelle génération de convertis
Rachid Hamzaoui : pistaches, amandes… et pĂ©pins
NĂ© dâun couple mixte tuniso-hollandais, Rachid Hamzaoui a fait un troisiĂšme cycle de droit des affaires Ă Amsterdam, aux Pays-Bas. De retour en Tunisie, il sâest Ă©tabli Ă Thala (Centre-Ouest), le village natal de son pĂšre. Dans cette rĂ©gion semi-aride, les terres du patrimoine paternel, une quarantaine dâhectares, nâĂ©taient pas rentables par manque dâeau. « Je me suis dit quâil y avait quand mĂȘme un potentiel agricole Ă©norme », explique-t-il. La plupart des terres, vierges de toute exploitation intensive et dâengrais, nâattendaient quâĂ ĂȘtre mises en valeur. Pour lui, la solution Ă©tait dans le bio.
Depuis trois ans, Rachid Hamzaoui cultive les terres de sa Firma Birhena, quâil a lancĂ©e en faisant revivre des pistachiers dĂ©jĂ plantĂ©s sur les terres de la famille. AprĂšs les amandiers, il veut aussi, dĂ©sormais, dĂ©velopper la culture de cĂ©rĂ©ales, quâil compte ensuite transformer sur place pour commercialiser des produits gourmets labellisĂ©s. « Il y a un potentiel pour les cĂ©rĂ©ales bios dans toute la rĂ©gion », estime Hamzaoui.
Mais le parcours dâobstacles avant dây arriver nâest pas des moindres. Le crĂ©dit bancaire est bloquĂ© pour des raisons fonciĂšres. « Certains prĂ©tendent que la quarantaine dâarbres que mon pĂšre avait plantĂ©s sur son terrain nu pour servir de coupe-vent et lui procurer un peu dâombre nâĂ©taient pas les siens. Et comme on est dans une rĂ©gion oĂč il nây a pas de titres bleus [titres de propriĂ©tĂ©s, NDLR], mĂȘme si le service des forĂȘts ne les revendique pas, le blocage persiste. » En attendant, Hamzaoui a installĂ© des ruches plus au nord, au cap Bon, oĂč il cultive aussi des agrumes, pour « faire » du miel bio. Â
Tarek Kekli : prĂȘche d’un convaincu
Il avait Ă©migrĂ© en Allemagne, oĂč il a passĂ© quinze ans, dont onze Ă travailler chez lâun des plus gros distributeurs de produits bios. La meilleure des expĂ©riences pour Tarek Kekli, qui projetait de rentrer au pays pour se lancer dans lâagriculture biologique, dâautant que son patron dâalors lui assuraitâ: « On peut commercialiser vos produits. » De retour en Tunisie, en 2007, bien quâil soit parvenu Ă tout financer sur ses fonds propres, « lancer lâentreprise nâa pas Ă©tĂ© aussi simple. Câest comme si on venait dâune autre planĂšte », explique le jeune patron de Bio Life. Faute de trouver localement un technicien spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture bio, il a dĂ» faire appel Ă ses relations, allemandes et françaises, le temps de dĂ©nicher un collaborateur marocain. Autre casse-tĂȘteâ: certains intrants ne sont pas vendus en Tunisie et il faut les importer, avec le lot de tracasseries que cela impliqueâŠ
AprĂšs trois ans dâactivitĂ©, les choses se sont organisĂ©es. Tarek Kekli est en train de former deux ingĂ©nieurs tunisiens. Dans son exploitation, Ă Hammet GabĂšs (sud-est du pays), il utilise la gĂ©othermie pour lâirrigation â car, dans la rĂ©gion, lâeau est rare â, et cultive 11 ha de poivrons, tomates, aubergines et courgettes. Une premiĂšre en Tunisieâ: en janvier, il a mĂȘme exportĂ© des melons « charentais » bio vers la France. Sa connaissance du marchĂ© europĂ©en est un atout, et ses produits sây vendent comme des petits painsâ: « Je ne peux dâailleurs satisfaire quâune petite partie de la demande potentielle », dit Tarek. Alors il entre en contact avec de petits producteurs certifiĂ©s bio et signe avec eux des contrats dâachat et de culture. Au dĂ©but de mai, il a ainsi exportĂ© des oranges de qualitĂ© maltaise.
Ă 41 ans, Tarek Kekli est dĂ©sormais confiant. « Le bio a un avenir en Tunisie, mais il faut le faire par conviction, sinon ce nâest pas la peine. »
(Source: Jeuneafrique.com le 17 juin 2010)
Iran : pendaison du chef du mouvement rebelle sunnite Joundallah
IsraĂ«l planifie la plus grande usine au monde de dessalement d’eau de mer
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