18 octobre 2010

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TUNISNEWS 10 ème année, N° 3800 du 18.10.2010
 archives :www.tunisnews.net 


Reporters sans frontières: Sakher Materi, gendre du président, décoré. Le sénat italien se déshonore Liberté et Equité: Arrestations des jeunes Mahfoudh Ayari et Jihad Belhajj Salah à Mateur Comité National de Soutien aux Populations du Bassin Minier: Libération Ridha Amaïdi

Afrik.com: La censure sur le Net, une réalité en Egypte et en Tunisie – Human Rights Watch sort un rapport Afef Bennaceur: Onzième jour de la grève de la faim de Fahem Boukadous et de son calvaire Le Soir: Radhia Nasraoui, l’avocate tunisienne qui se bat pour son mari Abou Firas: Lettre ouverte à Monsieur Béchir Ben Yahmed – Jeune Afrique – AP: Un jeune Carthaginois « réapparaît » plus de 26 siècles après sa mort

Leaders: Comment changer l’image de la femme dans les médias tunisiens ? L’exemple de Leaders Réalités: Tahar Belkhodja : Ma vérité sur les décennies Bourguiba


Reporters sans frontières TUNISIE

Sakher Materi, gendre du président, décoré. Le sénat italien se déshonore


18.10.2010
Reporters sans frontières est scandalisée par le choix du président du Sénat italien, Nicola Squiteiri, qui a décerné le prix « Guido dorso » de la presse et de l’information, le 17 octobre dernier, à Sakher Materi, président-directeur général d’El-Materi Princess Group et président des conseils d’administration de Dar Assabah et de Radio Zitouna. Ce prix, fondé il y a 31 ans, est censé récompenser l’apport du lauréat dans le domaine de la presse et de l’information.   L’heureux élu n’est autre que le gendre du Président tunisien Zine El-dine Ben Ali. Il a,  certes, créé des médias privés, mais ils ne sont en rien indépendants du pouvoir tunisien. Au contraire.   Le Sénat italien semble avoir oublié que la Tunisie ne brille pas par son ouverture dans le domaine de la liberté de la presse. Depuis la réélection de Zine El-Abidine Ben Ali en octobre 2009, la répression n’a fait que se renforcer contre les défenseurs de la liberté d’expression. Taoufik Ben Brik a été arrêté et condamné à six mois de prison ferme dans une affaire montée de toutes pièces. Le cyberdissident Zouhaïer Makhlouf a également été incarcéré. Aujourd’hui, c’est le journaliste Fahem Boukadous, condamné à quatre ans de prison ferme, qui est derrière les barreaux, malgré un état de santé plus que critique. A ceci il faut ajouter l’adoption, par les autorités tunisiennes, de l’amendement de l’article 61bis du code pénal tunisien qui risque à terme de limiter la liberté de parole. Et on ne compte plus les procès iniques, les agressions physiques, le harcèlement policier et les tracasseries administratives à l’encontre des journalistes indépendants qui vivent un véritable calvaire.   La remise de ce prix à Sakher Materi déshonore l’institution pourtant respectable qu’est le Sénat italien. En décernant ce prix, il bafoue les valeurs qui l’animent.

Liberté pour Sadok Chourou, le prisonnier des deux décennies Liberté pour tous les prisonniers politiques Liberté et Equité Organisation de droits humains indépendante 33 rue Mokhtar Atya, 1001, Tunis Tel/fax : 71 340 860

Nouvelles des libertés en Tunisie


1)   Arrestations des jeunes Mahfoudh Ayari et Jihad Belhajj Salah à Mateur   Aujourd’hui 17 octobre, le jeune Mahfoudh Ayari, ex prisonnier d’opinion, a été arrêté en compagnie du jeune Jihad Belhajj Salah à Mateur. Ils ont été emmenés dans un lieu inconnu alors qu’ils se déplaçaient dans le cadre de leur travail en tant que marchands ambulants. L’ex prisonnier d’opinion Mahfoudh Ayari est en butte depuis sa sortie de prison à la répression quotidienne des agents de la police politique. Le jeune Jihad Ben Salah est en butte aussi au harcèlement de ces agents. Ils posent des questions à son sujet, se présentent à son domicile et le convoquent au district de police pour l’interroger. […] Organisation Liberté et Equité (traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)

Comité National de Soutien aux Populations du Bassin Minier Le 17 octobre 2010 Information

Libération Ridha Amaïdi


Le syndicaliste Ridha Amaïdi a été libéré il y a peu de temps après avoir rédigé une demande d’arrêt des recherches. On lui a demandé de revenir au district de la garde à Metlaoui demain pour achever de régler sa situation. Ridha Amaïdi avait été arrêté ce matin alors qu’il était sur la route menant de Redeyef à Tozeur, en vertu d’un mandat de recherches émis contre lui en 2008 à la suite du mouvement de protestation du bassin minier […] Comité national de soutien aux populations du bassin minier (traduction d’extraits ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)


 

La censure sur le Net, une réalité en Egypte et en Tunisie

Human Rights Watch sort un rapport


 

L’ONG américaine Human Rights Watch sort un rapport sur la censure sur le Net et la répression envers les internautes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Pays visés : la Tunisie, l’Egypte, la Syrie et l’Iran.

De notre partenaire El Watan

Alors que le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) s’est ouvert mercredi à Tunis, « la Tunisie continue d’emprisonner des personnes qui expriment leurs opinions sur le Net et supprime les sites Internet qui critiquent le gouvernement », a déclaré, hier, l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) dans un rapport intitulé « Fausse liberté : la censure sur le Net au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Le rapport analyse la répression envers les utilisateurs d’Internet dans ces régions, particulièrement en Tunisie, en Iran, en Syrie et en Egypte.

Pour Sarah Leah Whitson, directrice de la division du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à HRW, « les gouvernements du Moyen-Orient devraient prouver leurs engagements pour la construction d’une société de l’information en mettant fin à la censure politique des sites Internet et en libérant les écrivains emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinons politiques en ligne ». L’organisation considère qu’Internet reste un moyen de contourner la censure de la presse. « Les sites en langue arabe ou en farsi peuvent atteindre une audience de millions de visiteurs, gratuitement et très rapidement », a affirmé Whitson.

Le SMSI à Tunis, « une humiliation »

HRW s’est aperçu que ces gouvernements appliquaient des politiques contradictoires à l’égard d’Internet. « Avec plus ou moins d’enthousiasme, ils cherchent à faciliter la diffusion des technologies de l’information et de la communication en gardant à l’esprit leurs intérêts économiques. Mais ils cherchent, en même temps, à avoir la mainmise sur la circulation de l’information », note l’ONG. En Tunisie, selon HRW, le gouvernement emprisonne des internautes qui publient des critiques sur le Net et ferme des sites publiant des rapports sur les abus des droits de l’Homme. « Quand j’ai appris, la première fois, que le sommet aurait lieu ici, que la dictature aurait la chance de se montrer sous son meilleur visage, celui de la modernité, et qu’elle pourrait cacher tout le reste, j’ai vu cela comme une humiliation », a confié, à l’ONG, Mokhtar Yahyaoui, du Centre tunisien pour l’indépendance de la justice.

La police en civil a arrêté le journaliste en ligne tunisien Mohamed Abou, le 1er mars 2005. La veille, il avait publié un article sur un site prohibé, qui comparait le président Zine El Abidine Ben Ali au Premier ministre israélien Ariel Sharon. Abou purge maintenant une peine de trois ans de prison à Le Kef (environ 200 km au sud-ouest de Tunis). En Iran, suite à la fermeture par le gouvernement des journaux réformistes, Internet est devenu le principal moyen de communication pour échanger informations politiques et idées. Le pays compte sept millions d’internautes, ce qui alimente le développement de la société civile, estime HRW. Le gouvernement réagit en emprisonnant des internautes, bloggers et administrateurs de sites.

Répression en Egypte

En Egypte, des activistes et bloggers utilisent désormais Internet, les messages électroniques et les SMS pour attirer l’attention sur les violations des droits de l’Homme, pour organiser des manifestations et même pour harmoniser les slogans chantés lors des protestations. Le premier site Internet des Frères musulmans est fermé. Le 26 octobre 2005, des agents de sécurité en civil ont emprisonné le blogger égyptien Abd Al Karim Nabil Souleiman à Alexandrie et ont confisqué les tirages de ses écrits en ligne. Souleiman étudiait la jurisprudence islamique à l’université Al Azhar à Mouharram Bek, un district d’Alexandrie qui fut, quelques jours avant son arrestation, le décor funeste d’émeutes sectaires. Le 22 octobre, il avait posté des commentaires sur Internet critiquant les émeutiers musulmans et l’Islam.

En Syrie, les autorités censurent avec facilité les informations et les correspondances grâce à l’état d’urgence promulgué il y a plus de 40 ans. Le gouvernement manipule la structure même d’Internet, limitant l’usage des règles de base qui permettent aux gens d’envoyer des messages électroniques et de construire des sites. Les forces de sécurité détiennent des internautes isolés du monde extérieur et qui subissent des tortures, selon HRW. Mais les Syriens, relève l’ONG, trouvent de nouveaux moyens pour contourner la censure. « Internet est aujourd’hui en Syrie le seul moyen pour les intellectuels de se rencontrer et de partager des idées », indique ainsi un activiste syrien des droits de l’Homme à HRW.

(Source: afrik.com le 18 octobre 2010) Lien:http://www.afrik.com/article9049.html

 


Carte de visite 18 octobre 2010

Onzième jour de la grève de la faim de Fahem Boukadous et de son calvaire


Aujourd’hui, Fahem a pu se rendre au parloir avec difficulté. La première chose qui m’a frappée c’est son état extrêmement critique : sa pâleur évidente, la difficulté à poser son regard, sa perte de poids visible. Il m’a dit qu’il avait une infection des bronches, une baisse de tension artérielle et une augmentation inquiétante des globules blancs (14100 quand la moyenne est de 10000) ce qui menace son immunité. Son poids a chuté de plus de 5 kilos. Il a été transporté aux urgences de l’hôpital de Gafsa à deux reprises à la suite de crises d’asthme les lundi 11 et vendredi 15 octobre. Les examens pratiqués ont révélé une infection thoracique et le médecin lui a prescrit des antibiotiques qu’il n’a pas pris car ils sont nocifs s’il ne prend pas de nourriture. Malgré ces épreuves physiques Fahem reste déterminé et il reste déterminé à continuer sa grève jusqu’à l’obtention de sa liberté, quoi qu’il en coûte. Il remercie chaleureusement tous les êtres libres qui en Tunisie et dans le monde sont prêts à se mobiliser pour des causes justes et refusent de marchander la liberté, la vérité et la détermination. Il exhorte toutes les associations et les organisations de droits humains et politiques à continuer de solidariser avec son combat pour la liberté et la vie. Liberté pour Fahem Boukadous Demain verra l’aube d’un jour nouveau Afef Bennaceur (traduction d’extraits ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en arabe, LT)  

 


Radhia Nasraoui, l’avocate tunisienne qui se bat pour son mari


BAUDOUIN LOOS

lundi 18 octobre 2010, 16:27

Dure, la vie d’avocate, en Tunisie, lorsqu’on voue sa vie à défendre les droits de l’homme, lorsque l’on fait partie d’une association qui lutte contre la torture, et lorsque son propre mari est le chef d’un parti politique non reconnu qui s’est réfugié depuis quelques mois dans la clandestinité.

Radhia Nasraoui, c’est d’elle qu’il s’agit, lance un appel en faveur de Hamma Hammami, son mari. Ce dernier, qui a déjà connu les geôles du régime du président Ben Ali à plusieurs reprises, a quitté les écrans radar de la police politique tunisienne le 12 octobre 2009, quand une vingtaine de policiers s’étaient vainement présentés au domicile tunisois du couple.

 
Quelques jours plus tôt, à son retour de France, il avait été sévèrement battu à Tunis par des hommes de main au beau milieu de l’aéroport. Comme souvent, sa plainte n’avait pas été actée par la police. Son vrai « crime » ? Des déclarations sans complaisance contre le régime données à des télévisions (Al-Jazira et France 24). Convoqué ensuite à la brigade criminelle, il choisit alors la clandestinité, comme il l’avait déjà fait quelques années plus tôt. Le ministre tunisien de la justice dira peu après qu’« une plainte avait été déposée contre lui et contre son épouse par un citoyen qu’ils avaient agressé ».
 
La méthode qui consiste à accuser d’« agression physique » des journalistes ou des militants des droits humains n’est pas neuve. Notre confrère Taouffik Ben Brik le sait bien, qui encourut une plainte semblable à Paris en 2002 (il vient d’être relaxé) et fut condamné à Tunis à six mois de prison ferme (qu’il a prestés jour pour jour) dans une autre affaire du genre en novembre 2009.
 
Dans le communiqué que Radhia Nasraoui a rendu public ces derniers jours, elle révèle que son mari a subi avec succès une intervention chirurgicale dans la clandestinité.
Mais qui est Hamma Hammami ? D’abord et avant tout un homme qui se situe dans la gauche radicale. Son parti, le PCOT (parti communiste ouvrier de Tunisie) est interdit. Le journal du parti, Al Badil, subit le même sort depuis 1991 (il existe néanmoins en ligne). Comme le dit sa femme, « depuis l’arrivée de Ben Ali au pouvoir, mon mari a été maintes fois traduit en justice, condamné suite à des procès inéquitables à de longues années de prison pour des délits d’opinion ou parfois pour des délits de droit commun, dans le but de le discréditer. Il a souvent purgé ses peines au pavillon des condamnés à mort et subi tortures, mauvais traitements, agressions. Jamais il n’a eu la chance de voir ses plaintes donner lieu à enquête ».
 
Radhia Nasraoui elle-même continue son métier avec bien des difficultés – « ils essaient par l’intimidation de dissuader tous mes clients de me confier leurs affaires, heureusement tout le monde ne se laisse pas faire », nous dit-elle – alors que son cabinet a plusieurs fois reçu la visite de cambrioleurs jamais identifiés. Mais, pour le moment, ce qui anime cet infatigable petit bout de femme, c’est le sort précaire de son mari dans la tourmente, comme elle l’explique dans son communiqué : « J’appelle les organisations de défense des droits de l’Homme, les partis politiques et toutes les personnes concernées par les libertés à exprimer leur solidarité avec mon mari Hamma Hammami pour que cesse enfin le calvaire que vit notre famille ».
 
(Source: « Le Soir » (Quotidien – Belgique) le 18 octobre 2010)

 Lettre ouverte à Monsieur Béchir Ben Yahmed – Jeune Afrique –  


 

 
Par Abou Firas.   J’ai mis longtemps à vous écrire cette lettre, partagé entre l’inutilité du geste et son absence d’impact. A chaque fois ou je lis vos analyses je me plais à en partager l’essentiel , je suis admiratif de votre lucidité, modération et recul.   Finalement je le fais par respect pour vous, car après votre parcours personnel et professionnel, vous êtes ce que nous pouvons  appeler  « une institution », et à ce titre vous n’avez pas le droit de céder à  la facilité, à l’appât du gain ou encore moins à la flagornerie inacceptable.   Monsieur, vous avez été l’un des ministres les plus écoutés d’un grand président tunisien à ses débuts. Par humilité, vous n’avez pas voulu dire dans quelles conditions vous avez du quitter ce grand politicien mais néanmoins homme arabe et africain, avec toutes ses grandeurs et ses déchéances.   Monsieur. Je suis frappé, outré et scandalisé par votre silence assourdissant en ce qui concerne la Tunisie de Ben Ali, de sa femme et de leurs familles. Est-il concevable que vous soyez à ce point silencieux face à ce qui s’apparente comme une des plus grandes farces du monde arabo-musulman de notre époque ?   Seriez-vous ignorant de la main mise des familles du président et de sa femme et de leurs alliés sur l’économie du pays ? des mascarades d’élections depuis 20 ans ? d’un régime hyper-centralisé qui n’a de cesse que de protéger ses sbires et leurs malversations ? des injustices flagrantes commises par l’administration envers les citoyens et sa grande bienveillance à tous les abus, détournements de toutes sortes commises dans notre pays ?   Seriez-vous à ce point ignorant des manouvres de coulisse, ou le pouvoir en réalité est partagé entre une poignée (le mot est juste) d’hommes aux ordres simultanés de Ben Ali et de sa femme de plus en plus omniprésente ? Vous êtes si silencieux devant la mascarade qui se répète d’un plébiscite populaire demandant ou plutôt implorant un président de briguer un 6ème mandat consécutif à l’âge de 79 ans et de modifier pour cela la constitution -encore une fois- afin de consacrer de fait une présidence à vie.   Seriez-vous mal informé des abus d’une bande de malfrats qui a accumulé au fil de ces dernières années des richesses au défi de toutes les lois, de toute éthique,  dans tous les domaines licites et surtout illicites ?   Votre équipe et vous-même seriez vous si mal informés que l’état de l’économie réelle tunisienne puisse vous échapper : investissement privé très faible, chômage explosif , clientélisme et corruption galopantes ? votre rédaction donne du  « l’homme d’affaires » aux voyous notoires de ce régime qui saigne à blanc l’économie de toute une nation, comme si ces hommes d’affaires sont un pur produit de réussite au mérite.   Est-il concevable que vous soyez insensible aux tracas (et le mot est si faible) d’une courageuse poignée de femmes et d’hommes dignes qui souffrent dans leur chair tous les jours juste par ce qu’ils ont osé braver le général et sa bande ? vos colonnes ne leur donnent pas la parole ou si peu. Le même silence vis-à-vis des milliers de jeunes traduits devant la justice pour des raisons politiques et les milliers de prisonniers d’opinion dans le pays dont vous ne cessez de vanter les mérites.   Seriez-vous si ignorant des milliers de prisonniers politiques qui sont jugés par une justice corrompue et obéissant à des lois scélérates et inconstitutionnelles.   Seriez-vous à ce point déconnecté de la réalité Tunisienne et de la grande frustration de tout un peuple face à ces familles de voyous ? Seriez-vous sourds aux récriminations de ce peuple qui ne se cache plus pour critiquer ouvertement les pratiques de plus en plus mafieuses de ce régime ?   Pourquoi au point de reproduire dans certains de vos articles les arguments peu glorieux d’une presse aux ordres de ce régime ?   Et votre silence personnel ?……  Et votre silence personnel ?   Qu’une personne anonyme comme moi ait peur d’affronter un régime criminel qui ne reculera pas devant toutes les pratiques inavouables pour me faire taire et m’écraser ? Mais vous ? De quoi auriez-vous peur ? Ou quel marché justifie un silence aussi coupable ?   Votre ligne de rédaction choisie pour ne pas heurter un pouvoir qui pourrait vous interdire la diffusion sur un marché important justifie t’elle cette connivence coupable ? Je n’ose comparer votre comportement à un autre journaliste -ou presque-  , tunisien et qui sur les ondes de sa chaine satellitaire fait comme si la Tunisien n’existe plus sur la carte du monde, d’après les termes d’un juteux accord avec un régime voyou.   Je ne suis pas un donneur de leçons.. Loin de la … je suis conscient de ma faiblesse et de ma vulnérabilité mais si des gens comme vous s’inclinent devant l’ignominie … l’espoir est fatalement perdu.   Vous ne méritez pas qu’on s’adresse à vous Mr Béchir Ben Yahmed derrière l’anonymat d’internet de peur des représailles d’un régime dont vous avez choisi d’être l’allié.   Un révolté anonyme.

 

Un jeune Carthaginois « réapparaît » plus de 26 siècles après sa mort


AP 17/10/2010 TUNIS (AP) — Découvert en 1994 par une équipe d’archéologues tunisiens et français, le squelette d’un jeune homme ayant vécu à Carthage au VIe siècle avant J.-C. a « repris vie » grâce à une reconstitution réalisée par le laboratoire parisien d’Elisabeth Daynès spécialisé en dermoplastie. C’est sur la colline de Byrsa, à l’entrée du musée de Carthage qui surplombe la baie de Tunis, qu’une chambre funéraire datant de l’époque punique a été « fortuitement » découverte à près de cinq mètres de profondeur, alors qu’il était question au départ de planter un arbre à cet endroit précis. Une des deux tombes juxtaposées renfermait « le squelette presque intact » d’un Carthaginois, et les analyses devaient démontrer qu’il avait vécu il y a quelque 27 siècles. Ce haut lieu de l’histoire d’une Carthage maintes fois détruite, notamment par le général romain Scipion-Emilien en représailles des victoires remportées sur Rome par le célèbre chef carthaginois Hannibal, « est aujourd’hui ressuscité à travers la ‘renaissance’ de l’un de ses fils », se réjouit le Pr Leïla Ladjimi Sebaï, directeur de recherche à l’Institut national du patrimoine (INP) de Tunisie. La fouille et l’étude de la sépulture et le « mobilier funéraire » ont alors été confiées à l’archéologue français Jean-Paul Morel, professeur émérite à l’université de Provence, alors en mission à Carthage-Byrsa. L’étude anthropologique menée par la chercheuse, le Pr Sihem Roudesli-Chebbi, puis par l’Américaine Karen Ramey Burns, devait révéler que le squelette était celui « d’un très jeune homme âgé de 19 à 24 ans, d’une belle stature, assez robuste et d’une taille d’environ 1m70 ». Présentant un crâne plutôt long, un front large, une face relativement étroite, un orifice nasal plutôt fin et étroit, des orbites hautes et une région mentonnière vraisemblablement carrée, les anthropologues le rapprochent d’un type européen, hispanique, appartenant donc au bassin méditerranéen. Le Pr Morel en conclut que « ce jeune homme était sans doute bien né, selon la qualité de sa sépulture et celle des objets qui l’accompagnaient dans son ultime voyage ». Il s’agit de divers objets en céramique, notamment des amulettes de style égyptisant en stéatite et « une très belle gemme scarabée figurant un athlète agenouillé en position de course, ainsi que de fragments de tissus et d’ossements d’une oie sacrificielle ». Après plusieurs années de labeur et grâce à la dermoplastie qui, selon le Pr Leïla Sebaï, « s’appuie sur la technique la plus exacte et l’art le plus accompli, le squelette a retrouvé sa physionomie, ses traits, son visage, ses vêtements, bref son apparence humaine ». Souriant, vêtu de sa tunique phénicienne en lin blanc, portant des sandales à la mode carthaginoise, ce témoin exceptionnel de Carthage de l’époque punique est exposé au public depuis samedi au musée de la cité d’Hannibal. La reconstitution « saisissante » du « jeune homme de Byrsa » semble à tel point proche du réel que des archéologues et paléo-anthropologues impressionnés par la performance scientifique s’interrogeaient sur sa façon de parler et sur ses occupations quotidiennes au VIème siècle avant J.-C., rapporte le chroniqueur de l’agence TAP, Abdelmajid Bettaib. L’atelier parisien de la dermoplasticienne Elisabeth Daynès avait réalisé auparavant d’autres reconstitutions à partir de fossiles, dont celles de « l’Homme de Neandertal », de « Lucy » et du portrait du pharaon Toutankhamon. L’opération a été conduite par le bureau tunisien du Conseil international des musées (ICOM), une ONG associée à l’UNESCO.

 
 

Comment changer l’image de la femme dans les médias tunisiens ? L’exemple de Leaders


17/10/2010
Les médias sont-ils équitables à l’égard de l’image et des représentations de la femme dans le monde arabe? Comment lutter contre les stéréotypes qui plombent cette image et la confinent souvent à un statut réducteur, immérité ? Et surtout, quelle démarche suivre : régulation, autorégulation, prise de conscience, formation des journalistes et animateurs radio et TV? Mohamed Gontara, à la tête du CAPJC, ne pouvait choisir meilleur thème (Le genre  social dans les médias), ni meilleurs intervenants et meilleure opportunité pour ce grand débat. A la veille de la tenue à Tunis des assises de l’Organisation de la Femme Arabe, présidée par la Première Dame de Tunisie, il a invité journalistes, chercheurs en communication et enseignants à l’Ipsi pour dresser l’état des lieux et, surtout, définir des modes opératoires efficaces. Au même moment à Paris (le 13 octobre précisément), c’est dire l’acuité du thème, la France convertissait la Commission « Image des femmes dans les médias », mise en place en 2008 et placée auprès de la Secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, et présidée par Michèle Reiser, devient officiellement une instance de veille chargée d’examiner les efforts et les progrès réalisés par les médias en termes de représentation des femmes. La Secrétaire d’Etat, Nadine Morano lançait ce jour-là une démarche inédite d’autorégulation, sous forme de charte signée en acte d’engagement par des représentants des différents médias pour une démarche équilibrée visant à favoriser la lutte contre la sous-représentation des femmes, faire évoluer les mentalités et promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. A Tunis, au cours du débat au CAPJC, Hamida El Bour, Fatma Azzouz, Naziha Zouabi, Zohra Gharbi et nombre d’autres intervenants avaient souligné l’importance d’une prise de conscience collective des communicateurs tunisiens, plaidant pour une mise en avant des réussites féminines dans le monde arabe. Au nom de Leaders, Samira Chtila, très à l’aise avec le concept éditorial adopté par notre journal en ligne et réconforté par le grand nombre de success stories mises en ligne, n’avait que l’embarras de choix quant aux exemples à rappeler. « La femme tunisienne, a-t-elle souligné, méritent effectivement une meilleure médiatisation, plus équilibrée, plus juste et plus valorisante. Qu’elle soit dans les champs, ou les laboratoires, elle est toujours laborieuse, studieuse, accrochée à ses multiples statuts d’épouse, de maman, de gestionnaire du foyer et d’agent économique et social. Sa réussite est à mesurer sur tous ces fronts et elle est impressionnante. » Samira a expliqué qu’en parlant des femmes tunisiennes qui réussissent au pays et à l’étranger, et en soulignant leurs mérites, Leaders a contribué à rendre justice à tant de talents et de compétences peu connues. « Cet élan, a-t-elle appelé, doit se poursuivre, en approche générale, par tous les médias. C’est non-seulement un vecteur d’image pour notre pays, mais aussi un devoir de reconnaissance à l’égard de la femme, auquel nous devons tous souscrire, naturellement.»  
(Source: Leaders.com le 17 octobre 2010) Lien: : http://www.leaders.com.tn/article/comment-changer-l-image-de-la-femme-dans-les-medias-tunisiens-l-exemple-de-leaders?id=3197
 

Tahar Belkhodja : Ma vérité sur les décennies Bourguiba


Il y a de cela douze ans, Tahar Belkhodja avait créé l’évènement, et la polémique aussi, avec son livre “Les trois décennies Bourguiba”, alors pourquoi parler d’une réédition même si elle est “revue et complétée” ?. En fait la couverture du livre, qui reprend celle de la première édition de 1998, est trompeuse. Le livre qui vient de paraître est beaucoup plus qu’une édition revue et complétée. C’est quasiment un nouveau livre où l’ancien ministre de l’Intérieur et ensuite de l’Information, entre autres, de Bourguiba revient sur tous les chapitres de son livre pour répondre, clarifier et analyser tout ce qui s’est dit et écrit sur ces trente ans de la vie de notre pays durant ces douzes dernières années. Tahar Belkhodja revient particulièrement sur les témoignages et les écrits récents de trois personnages centraux de ces décennies : Ahmed Ben Salah, l’ancien hyperministre des années soixante, Mohamed Mzali, le Premier ministre de 1980 à 1986 et Beji Caïd Essebsi qui a occupé des portefeuilles de première importance des années soixante aux années quatre-vingt, Tahar Belkhodja a beaucoup travaillé. Il s’attarde sur les dates, les références et les documents afin d’établir ce qu’il estime être la vérité des faits. Ce livre n’est pas pour autant un manuel d’histoire, mais un témoignage vivant d’un acteur qui a souvent compté surtout durant les vingt dernières années du règne de Bourguiba. Tahar Belkhodja a accepté, pour les lecteurs de Réalités, de répondre dans une grande interview à toutes nos questions. Il n’aura éludé aucune. Son franc parler peut gêner, mais il a le mérite de ne pas manier la langue de bois. Et même si son ambition est d’établir la véracité des faits, il est conscient qu’il présente sa propre vérité. Mais c’est une vérité, dit-il, qui se base sur des données concrètes et vérifiables et il met aux défis ses détracteurs potentiels de relever une seule erreur factuelle dans sa narration. Avis aux amateurs. Pourquoi avoir réédité ce livre, douze ans après ? Il fallait actualiser en fonction de ce qui s’est passé, de ce qui s’est dit, des commentaires qui ont suivi la première édition, de ce que j’ai oublié, de ce que j’ai peut-être déformé, de ce que je n’ai pas réussi à expliquer… Il me fallait donc actualiser tout cela. La première édition date de 1998, mais le manuscrit était terminé en 1996, et c’est sur l’intervention personnelle du Président de la République Zine El Abidine Ben Ali, auquel je rends hommage, que ce livre a été diffusé en Tunisie à partir de 1998. Il a été peu de temps après traduit en arabe. Les éditeurs avaient imprimé 10.000 exemplaires. La version arabe n’est pas encore totalement épuisée, mais la française l’est depuis très longtemps. Cela, à lui seul, justifiait une réédition, mais ce n’est pas là la raison principale de cette nouvelle édition revue et complétée. Je dois vous avouer que je suis passé, ces douze dernières années, par des états d’âme assez pénibles. Je me suis beaucoup interrogé sur ce qui s’est dit et écrit dans des institutions de recherches aussi bien publiques que privées. Les témoignages qui y ont été apportés, surtout par d’anciens collègues et les écrits de certains d’entre eux m’ont beaucoup interpelé. Si je leur reconnais le mérite d’avoir témoigné et écrit, je constate pour autant que cela n’a pas éclairé la lanterne de nos concitoyens. Qu’entendez-vous par cela ? Il y a trois sortes de lecteurs. Il y a ceux de la génération Bourguiba qui sont au fait des principaux évènements et qui ont été scandalisés par un certain nombre de ces témoignages, mais il ne voulaient pas réagir. Il y a ceux de ma génération qui ont servi leur pays sous Bourguiba. Certains témoignages nous ont offusqué d’autres nous paraissaient très peu vraisemblables, car on ne peut pas faire parler les morts à sa guise en s’arrogeant des propos ou des prises de positions qui ne peuvent pas cadrer avec le contexte de l’époque et la psychologie des personnages. Il y a enfin ceux qui ne connaissent ni les personnages ni les évènements et qui voient déferler des témoignages de toutes parts dont un feuilleton fleuve sur les colonnes d’un quotidien de la place. Ces lecteurs se posent beaucoup de questions, mais n’ont pas de réponses satisfaisantes. Malheureusement nous n’avons pas en Tunisie la tradition d’une véritable critique. Sous d’autres cieux, tout ce qui se dit ou s’écrit est passé immédiatement au crible par la critique des historiens, des journalistes et des politiques. C’est ce travail de vérification et de validation qui nous manque. C’est cela qui m’a incité à revenir sur ce que j’avais écrit pour répondre à certains de ces témoignages et pour clarifier les faits. Ma génération va bientôt partir et tous ceux qui ont assumé des responsabilités de premier plan dans le régime de Bourguiba ont un devoir de mémoire. Il faudrait que nos citoyens sachent ce qui s’est réellement passé dans ces trois décennies Bourguiba, et après chacun est libre d’avoir sa propre opinion. Je n’ai pas voulu dans cette nouvelle édition polémiquer avec personne, mais tenter de restituer des faits précis dans leur contexte historique et politique. Mon ambition est qu’à partir de ce livre, et d’autres, il y ait un véritable débat contradictoire et une clarification des faits et des responsabilités afin que les historiens et les critiques puissent trancher en connaissance de cause. L’un des principaux personnages de la Tunisie des années soixante est Ahmed Ben Salah. Vous avez beaucoup répondu dans votre livre à ses témoignages écrits et oraux. Globalement, diriez-vous qu’Ahmed Ben Salah est en train de falsifier l’histoire ? Non, je ne peux pas dire qu’Ahmed Ben Salah falsifie l’histoire, loin de là. C’est un honnête homme. C’est un homme intégré et très intelligent. Il n’a pas cherché à s’enrichir. C’est aussi un grand travailleur. Mais à côté de ces qualités indéniables, l’homme avait aussi ses défauts. C’est un homme qui a été trop seul et qui a voulu l’être. Ahmed Ben Salah n’accordait aucune importance aux institutions, ni au Parlement, ni au parti. Il a usé et abusé du système de Bourguiba. Ce système existait depuis 1934 du temps du mouvement national. Sa philosophie était de mobiliser les masses dans l’ordre et la discipline et cela a continué après l’indépendance. Ben Salah avait une politique, le coopérativisme, et pour lui il fallait que tout le monde le suive sans discussion. Il a marginalisé le Parlement et assujetit le parti. Il aurait pu avoir réellement tout le monde avec lui, mais d’une autre manière. Ben Salah était un peu trop pressé et il n’acceptait pas les résistances. Il croyait peut-être trop en lui-même. L’homme a connu des déboires et des malheurs, mais la posture de martyr ne me semble pas être intéressante. Au vu de ce qu’il dit et de ce qu’il écrit on a l’impression qu’il veut revivre une deuxième fois les années soixante à sa manière. Je ne dirais pas qu’il est en train de falsifier l’histoire, mais il la raconte telle qu’il avait voulu la vivre et non pas dans sa factualité réelle. Le seul grand reproche que je peux me permettre de lui faire est qu’il n’a pas fait sa mea culpa comme Bourguiba l’avait faite. Bourguiba avait dit : peuple, j’ai fait des erreurs et je te demande de me pardonner. Ben Salah maintient jusqu’à aujourd’hui que son système est le meilleur et qu’il a été victime d’un complot. Tout cela n’est pas très crédible mais je pense, qu’à sa manière, il est de bonne foi. Ahmed Ben Salah dit qu’il n’avait pas voulu généraliser les coopératives, qu’il fut surpris par la nationalisation des terres agricoles qui appartenaient aux colons, qu’il fut victime d’un complot ourdi par les “tunisois” et l’Ambassadeur de France de l’époque et vous, dans votre livre, vous prétendez exactement le contraire… alors éclairez nous… Bourguiba avait un grand défaut : quand il donne sa confiance à quelqu’un, il la donne de manière absolue. Ben Salah avait les mains libres et jouissait de la confiance totale de Bourguiba. Plus tard avec Hédi Nouira ce fut exactement la même chose. Bourguiba avait le sens de la hiérarchie. Cela l’avait poussé à sacrifier certains de ses proches. Je fus moi-même sacrifié et emprisonné du temps de Ben Salah . Ainsi Ben Salah ne pouvait pas dire qu’il ne gouvernait pas de 1960 à 1969. Bourguiba le soutenait fermement et absolument et c’est probablement cela qui avait poussé Ben Salah à délaisser ses collègues du gouvernement, le parlement et le parti. Pour dire la vérité, de 1960 à 1964 tout le monde était convaincu des bienfaits de la politique de Ben Salah. Il faut rappeler que la planification, à ce moment là, était une tendance générale même dans des pays comme la France. Nous croyons tous à l’époque que le plan était tunisien, alors que ce n’était pas vrai. Aucune institution ne fonctionnait correctement à ce moment-là. Nous étions tous des suiveurs, d’abord du fait du parti unique. Le Parlement pendant trente ans ne débattait pas. Il ne faisait qu’entériner les décisions de l’exécutif. Le parti non plus. Les motions du congrès de Bizerte de 1964, où le néo-Destour devenait le Parti Socialiste Destourien, étaient déjà décidées depuis mars 1963 par le Conseil national. Le Congrès de 1964 n’était là que pour la galerie. Ainsi du fait du système du parti unique et du régime présidentiel il n’y avait ni débat ni prise de décision collective. Dans les années soixante tout se décidait entre Bourguiba et Ben Salah. Taïeb M’hiri était, du fait de son passé militant et de son charisme, l’un des rares à échapper à l’influence  de Ben Salah. Mais à sa mort en 1965 Ahmed Ben Salah étendait son influence au Ministère de l’Intérieur en y mettant Béji Caïd Essebsi. Vous voulez dire que Béji Caïd Essebsi était l’homme de Ben Salah? Je ne peux pas dire que Béji Caïd Essebsi était l’homme de Ben Salah, mais je dis que Ben Salah avait contribué à le nommer. En 1965 Ben Salah était plus fort que jamais et il est normal qu’à la disparition de Taïeb M’hiri, il ait voulu mettre quelqu’un de confiance dans un ministère aussi important que l’Intérieur. Normalement ce portefeuille devait revenir à Abdelmajid Chaker. Je dis aussi que Bourguiba savait cela. La preuve est que quand Bourguiba a démis Ben Salah le 9 septembre 1969, il avait démis le même jour, Béji Caïd Essebsi. Après les émeutes de juin 1967, Bourguiba me confia le dossier de la sécurité. Mon rôle était de rendre aux services de sécurité leur fonction d’être au service de l’Etat. Le Ministère de l’Intérieur devrait refléter fidèlement ce qui se passe dans le pays. Il fallait connaître la réalité du terrain, or les rapports qui nous provenaient de l’intérieur du pays étaient paraphés par les gouverneurs et donc ne contenaient que ce que Ben Salah voulait bien entendre. J’ai changé cet état de choses et c’est là que j’ai eu des problèmes avec mon ministre du tutelle et avec Ahmed ben Salah. Mais c’est à ce moment-là qu’on a commencé à savoir ce qui se passait réellement dans le pays. Revenons au Congrès de 1964. Qu’est-ce qui a radicalement changé? En 1964 j’étais Ambassadeur à Dakar et j’ai eu la chance de vivre en direct deux ans auparavant le crash du socialisme au Sénégal en 1962. Mamadou Dia, le Premier ministre sénégalais faisait le même socialisme que chez nous. Il y avait une équipe française avec François Péan, un grand professeur d’économie et Demenis qui était à Tunis et qui avait imaginé un système pour les pays en développement et qui avait installé des bureaux d’études et de planification à Tunis, à Alger, à Niamey et à Dakar et cela entre 1960 et 1961. En 1962 à Dakar Mamadou Dia avait voulu aller trop vite et Senghor a résisté à cela. Il y avait une nuit où le pouvoir avait failli basculer à Dakar et c’est finalement le Président Senghor qui avait pris le dessus. Quand Bourguiba avait visité le Sénégal en 1965, Senghor lui avait raconté cet épisode en lui disant que ce qui s’est passé à Dakar risque de se passer à Tunis. Au congrès de 1964 j’étais invité, comme tous les autres ambassadeurs, en tant qu’observateur. Le Congrès était bien verrouillé. Trois hommes tenaient le Congrès : Ben Salah, Amor Chéchia et Hédi Baccouche. Les motions, déjà préparées et mises en application depuis mars 1963 furent entérinées. Taïeb M’hiri avait bataillé pour qu’on parle des trois secteurs : le coopératif, le public et le privé. Il avait réussi une prouesse extraordinaire en ramenant Habib Achour qui avait quitté le Congrès, autrement on aurait eu en 1964 une scission entre le Parti et la Centrale syndicale. Ben Salah avait aussi réussi à transformer le parti quasiement à la soviétique. Le Comité central n’était plus composé uniquement de militants élus par le congrès, mais il y avait à côté d’eux tous les gouverneurs, les secrétaires généraux des comités de coordination, des hauts fonctionnaires. Ces gens-là étaient tous désignés par Ben Salah. Il y a eu un autre changement qui est presque passé inaperçu en 1964. En cas de vacance du pouvoir, ce n’est plus la Consitution de 1959 qui s’applique (elle prévoyait que c’était au Président du Parlement d’assumer un intérim de quarante jours et d’organiser une nouvelle élection générale), mais que c’est au Comité central de choisir le successeur de Bourguiba qui devait continuer la législature en vigueur. Une autre nouveauté du Congrès de 1964 et qui a mené au jeudi noir de 1978 est la constitution de comités d’entreprises qui étaient sensées dans les faits, contrer et doubler les structures syndicales et c’était pour cette raison que Habib Achour avait voulu quitter le Congrès. Tout cela fait que le Congrès de Bizerte fut un Congrès très, très spécial. En 1965 Taïeb M’hiri décédé et Béji Caïd Essebsi qui lui succède, au Ministère de l’Intérieur. En 1967 il y a eu ces émeutes, en apparence suite à la débacle des armées arabes face à Israël, mais en fait cela exprimait surtout le ras-le-bol de la population. Ahmed Ben Salah dit que n’eut été le rapport unique de l’Ambassadeur de France de l’époque, les évènements auraient pu prendre une autre tournure… Ce n’est pas le rapport de l’Ambassadeur de France. C’est le rapport des six ambassadeurs des pays qui formaient la CEE (Commission Economique Européenne) de l’époque signé par eux six. Prétendre jusqu’à aujourd’hui que c’est un rapport de l’Ambassadeur français n’est que pure désinformation. En plus je ne peux pas croire au dialogue surréaliste entre Ben Salah et Sauvagnac, quand Ben Salah prétend qu’il aurait dit à l’Ambassadeur de France : «tu ne sais pas à qui tu parles ! Heureusement que je n’ai pas d’éventail» (allusion à l’éventail du Dey d’Alger en 1830). On ne peut pas parler à un Ambassadeur comme cela. Cela n’est pas vraisemblable. Mais les grands choix n’étaient-ils pas ceux de Bourguiba ? Ben Salah ne peut pas dire que la nationalisation de terres coloniales lui a été imposée. C’est à partir de ces terres-là que Ben Salah avait fait ses noyaux de production et sa réforme agraire. Il ne peut pas dire maintenant que ce n’est pas lui. C’est cela qui me rend furieux et c’est pour cela que j’ai voulu rééditer ce livre pour m’insurger contre ces contre vérités. Nous, les responsables politiques du temps de Bourguiba, nous devons de dire la vérité. Nous devons dire que nous avons nationalisé les terres coloniales de bonne foi, mais que nous n’avons pas réussi ce que nous avons entrepris. Pourquoi nous dérober à nos responsabilités et accabler les morts ? Je ne cherche pas à charger Ben Salah mais uniquement à rétablir la vérité historique des faits. Ahmed Mestiri, alors ministre de la Défense, fut le premier à critiquer publiquement la politique de Ben Salah en 1968 et à démissionner du gouvernement. Comment jugiez-vous à l’époque son attitude ? Avant Ahmed Mestiri, il y a eu Ahmed Tlili. Quand Taïeb M’hiri décéda en 1965, Ahmed Tlili après la cérémonie funèbre quitta immédiatement le pays. C’étaient ces deux là, avec Abdelhamid Chaker, qui faisaient de la résistance. La mort de Taïeb M’hiri avait donc rompu l’équilibre… Absolument. C’était le seul qui pouvait tenir tête à Ben Salah. Ahmed Tlili avait écrit en 1966 une lettre que Bourguiba nous avait cachée. Il y avait posé clairement le problème du manque de démocratie et de la dérive autoritaire. Il faut dire que les choses avaient commencé à s’effilocher. On a eu les évènements de Msaken à la fin de 1965, quand on a voulu déraciner 8.000 pieds d’oliviers. C’était la première alerte. Il y a eu ensuite les évènements de 1967, de Ouerdanine en 1969, de Jebeniana, etc… Notre grande erreur à tous était de ne pas prendre l’exacte mesure des évènements. Mais que pensiez-vous de la position d’Ahmed Mestiri ? Est-ce que vous la partagiez ? Absolument, surtout que je l’avais vécu en direct. Ahmed Mestiri est un homme très intègre que j’aime beaucoup. C’est aussi un homme de conviction. En 1968 j’étais au Palais de Carthage. Bourguiba avait reçu auparavant Mestiri. Il m’avait dit : “ce bourgeois ne comprend pas le socialisme et il n’a rien à faire avec nous”. Je lui avais répondu délicatement que nous avons besoin de tout le monde et que la période est difficile. Bourguiba m’avait répondu : “c’est lui qui ne veut pas. Il vient de démissionner”. Je me suis rendu directement chez Ahmed Mestiri et j’avais longuement discuté avec lui, mais il était décidé à rendre public son désaccord. Il est vrai qu’un certain nombre de responsables politiques comme Ferjani Belhaj Ammar, Habib Achour et Hédi Nouira avaient exprimé en interne quelques critiques, mais les véritables coups de semonce furent ceux d’Ahmed Tlili en 1966 et d’Ahmed Mestiri en 1968. Fin 1968 je fus sacrifié par Bourguiba et j’ai fait deux mois de prison. Ahmed Ben Salah avait dit qu’il y avait un complot contre le socialisme et que j’étais l’un de ses instigateurs. Ben Salah avait menacé de démissionner et Bourguiba avait décidé de me sacrifier car Ben Salah ne pouvait pas partir de la sorte. Près de quarante ans après, comment voyez-vous le procès de Ben Salah ? Avant que Ben Salah ne soit destitué j’étais nommé ambassadeur à Dakar, après mes deux mois de prison, et ensuite à Madrid avant que je ne revienne pour être secrétaire d’Etat à l’Agriculture. C’est à ce moment-là que le procès de Ben Salah se déroulait… Je pense, en toute responsabilité, que Ben Salah devait assumer sa responsabilité. La décennie des années soixante avait bien débuté puis a été dénaturée par des fantasmes personnels. Cela s’est soldé par un échec qui aurait pu mettre le régime en péril n’eut été Bourguiba et le crédit dont il jouissait auprès des Tunisiens. Un régime qui subit un échec aussi cuisant doit changer et il devrait y avoir des responsables qui payent pour cet échec. Fallait-il le condamner à la prison pour autant alors qu’il n’y a ni enrichissement personnel ni malversations financières ? Je suis d’avis qu’il ne fallait pas faire un procès pénal. Mais le fait que Ben Salah n’ait pas fait sa mea culpa. Ce qui a énervé Bourguiba, c’était l’entêtement de Ben Salah à vouloir défendre une politique qui  a échoué. D’ailleurs c’est son débat télévisé avec Béhi Ladgham où il s’est évertué à défendre le socialisme allant jusqu’à humilier le numéro deux du régime qui a signé sa perte. Bourguiba avait voulu aider Ben Salah à rectifier le tir et cela depuis 1967, mais ce dernier n’a rien voulu entendre. La preuve est que Bourguiba avait nommé dès 1968 Mansour Maala au Commerce, Tijani Chelli, Mekki Zidi et Mokhtar Fakhfakh. L’objectif du Président était d’opérer un changement de politique en douceur et c’est Ben Salah qui n’en a pas voulu. Ben Salah a été démis en septembre 1969. Bourguiba s’était rendu à Paris en novembre 1969 pour ne revenir qu’en juin 1970. Le pays a vécu pendant ces mois une situation extrêmement difficile. Je pense que c’était tout un régime qui était jugé mais malheureusement Ben Salah n’a pas voulu assumer ses propres responsabilités. Cela étant, moi je ne suis pas pour les procès politiques car l’issue est connue d’avance. De toutes les façons c’est aux historiens de faire le point sur cet épisode pénible de notre histoire nationale. Il y a eu un autre procès retentissant dans les années soixante, celui du groupe “Perspective” en 1968. Comment avez-vous vécu ce procès ? A ce moment-là j’étais aux affaires et j’assume totalement ma responsabilité. Mais il faudrait revenir un peu à l’histoire. Depuis 1953 nous avions une organisation estudiantine (UGET) qui était représentative de toutes les tendances politiques et idéologiques de la jeunesse tunisienne : des baathistes aux trotskistes en passant par les destouriens et les communistes. Moi même j’étais secrétaire général de l’UGET en 1957 et je n’étais pas le candidat du parti. Le candidat du parti était Mohamed Amamou et j’étais élu grâce aux voix de gauche. Au congrès du Kef, le parti avait fait main basse sur l’UGET. Le Parti a voulu prendre par la force la section parisienne de l’UGET et c’est à partir de ce moment-là que la gauche estudiantine a commencé à s’exprimer en dehors de cette structure. Cela découlait de la logique même du parti unique. Ce n’était pas le seul sort de l’UGET, les deux organisations syndicale et patronale ont connu la même chose. Avant ma nomination en 1967 à la sureté il y a avait eu déjà quelques echaffourées avec les perspectivistes en 1966. En 1967 Perspectives représentait un problème aigu pour le gouvernement. Le journal du groupe “Perspectives” attaquait la politique socialiste du régime et Ben Salah. Le pouvoir de l’époque ne pouvait accepter pareille fronde. En 1967 devant cet activisme, le parti avait voulu corriger ces éléments et nous avons eu des agressions contre certains éléments de “Perspectives”. La milice du parti agissait en dehors de la loi. J’avais dit, après qu’on ait mis devant le commissariat central un perspectiviste malmené, que je ne couvrirais plus ces agissements au futur et que j’en parlerai au Président. De mon point de vue pour arrêter ces exactions, il fallait mettre tout ce monde à l’abri et les intégrer dans le circuit légal. A côté de cela ni Ben Salah, ni Bourguiba, ni le parti ne pouvaient permettre le développement d’une pareille contestation. Vous voulez dire que ce procès, en quelque sorte, visait à protéger les militants de perspectives de la milice destourienne ? Non. Honnêtement pas tellement pour les protéger, mais d’en finir avec une situation qui risquait de déraper. On a arrêté, plus d’une centaine de militants perspectivistes et j’ai déjà dit qu’il y avait eu des exactions dans les locaux de la police et j’ai dit dans mon témoignage à “El Jazira” que j’en assumais toute la responsabilité en tant que Directeur général de la sureté. Je ne peux pas dire que je n’étais pas au courant, mais je ne pensais pas que cela ait allé, parfois, aussi loin. Là j’ai appris que les pontes de la sécurité qu’on a hérité de la colonisation usaient de moyens pas très catholiques. Après l’affaire “perspectives”, j’ai congédié tout ce beau monde, et les ai mis à la retraite. Mais après mon départ on les a tous remis en service. Il y a eu des exactions, mais il n’y a pas eu de mutilation ou de tortures atroces. Est-ce qu’il y a eu de la torture ? Il y a eu une espèce de torture tout à fait condamnable. J’en assume indirectement la responsabilité, mais on ne peut pas crier au martyre. Le procès de 1968 de perspectives arrangeait tout le monde au pouvoir et notamment Ahmed Ben Salah. C’était une opposition en moins. *Dans le prochain numéro : le litige frontalier tuniso-algérien, l’Union avec la Libye, Ahmed Mestiri, Hédi Nouira et le jeudi noir (A suivre) (Source: “Réalités” (Hebdomadaire – Tunisie) le 18 octobre 2010) lien: http://41.226.15.227/realites/home/lire_article.asp?id=1144025&t=293

 

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