17 novembre 2005

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TUNISNEWS
6 Úme année, N° 2006 du 17.11.2005

 archives : www.tunisnews.net


AFP: Sylvan Shalom visite sa ville natale avant de quitter la Tunisie

AFP: Tunis présente ses excuses à la RTBF

AFP: Experts de l’Onu: vives prĂ©occupations sur les droits de l’Homme en Tunisie

AFP: “Sommet citoyen” en marge du SMSI Ă  Tunis

AFP: Le Sommet de l’information se penche sur les innovations technologiques

AFP: Shirin Ebadi demande aux grĂšvistes de la faim d’arrĂȘter leur jeĂ»ne

InfoSud: La grĂšve de la faim sur le point d’ĂȘtre interrompue

AFP: Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de RSF refoulĂ© Ă  l’aĂ©roport de Tunis

AFP: Paris “regrette qu’aucune solution n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e” pour Robert MĂ©nard

AFP: “Instruction judiciaire en Tunisie” contre Robert MĂ©nard (autoritĂ©s)

AFP: Robert Ménard refoulé de Tunis met en cause Philippe Douste-Blazy

AFP : GrÚve de la faim de Montréalais solidaires de Tunisiens

AFP: L’agence Tunis Afrique Presse Ă  l’heure de l’internet

AFP: Le Sommet de l’information appelle le monde Ă  la solidaritĂ© numĂ©rique

Le Canard Enchaßné: Ben Ali irrite enfin ses amis français

GeisseVincent, Hamrouni Chokri: Ben Ali, l’information torturĂ©e

Swissinfo: La tension persiste entre Tunis et Berne

Swissinfo: Samuel Schmid en Guillaume Tell de Tunisie

« 24 Heures» (Suisse),: «Vous avez été censuré, Monsieur le président!»

La Liberté » (Suisse),: Samuel Schmid impose son courage au

Sommet mondial de l’information

Le Temps (Suisse): Sans la nommer, la Suisse tance la Tunisie Ă  l’ouverture du SMSI

TSR : Tunisie, le sommet de l’intox

LibĂ©ration: A Tunis, une grĂšve de la faim contre l’oppression

Libération: Un sommet sous bonne escorte Ouverture hier de la rencontre, conçue comme une opération de propagande par Tunis.

Libération: Moindre mal

LibĂ©ration: Le sommet organisĂ© par l’ONU en Tunisie s’ouvre dans un pays oĂč rĂšgnent injustice et arbitraire. Ben Ali, l’information torturĂ©e

Le Figaro: Les chefs d’Etat ont boudĂ© le sommet de Tunis

Le Figaro: Le paradoxe tunisien

Le Soir: Les vrais amis des petits barons de ben ali

Le Soir: « La liberté est, à terme, inéluctable ! »

Le Soir: « Discuter en toute liberté »

Le Soir: Carte blanche Laurent Deutsch Responsable du groupe Amnesty International de Chaumont-Gistoux. De la parole aux actes !

Chokri Hamrouni: AprĂšs le communiquĂ© des cinq parlementaires français : Pas de position officielle de l’UMP

Rouge: Soutien aux grévistes de la faim en Tunisie

Meddeb Halim : TUNISIE : SMSI ou le dialogue des sourds

Wed Erreiss: RĂ©flexion sur l’initiative : “La campagne de la dignité  pour le changement dĂ©mocratique en Tunisie”

 

 

Sylvan Shalom visite sa ville natale avant de quitter la Tunisie

AFP 17.11.05 | 17h26 Le ministre israĂ©lien des Affaires Ă©trangĂšres, Sylvan Shalom, s’est rendu jeudi dans sa ville natale de GabĂšs, dans le sud-est de la Tunisie, a indiquĂ© son porte-parole.AccompagnĂ© d’une dĂ©lĂ©gation de cent cinquante personnes, dont sa mĂšre, Mariam, et d’autres membres de sa famille, M. Shalom a visitĂ© la maison de son enfance, dans le quartier dit “europĂ©en” du centre de GabĂšs, ville cĂŽtiĂšre et industrielle Ă  400 km au sud-est de Tunis.Son cortĂšge a traversĂ© la ville quadrillĂ©e par “un imposant service de sĂ©curitĂ©”, alors que quelques manifestants tentaient de protester contre cette visite, a indiquĂ© un tĂ©moin.Une cinquantaine de manifestants ont tentĂ© d’organiser un “sit-in” dans une rue proche, criant des slogans Ă  la gloire de la Palestine avant d’ĂȘtre Ă©vacuĂ©s par la police, a prĂ©cisĂ© Abdeljabar Reguigui, responsable du Parti dĂ©mocratique progressiste (PDP).M. Shalom, qui a quittĂ© la Tunisie avec sa famille il y a une quarantaine d’annĂ©es, Ă©tait arrivĂ© mardi pour participer Ă  Tunis au Sommet mondial de la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), organisĂ© par l’Onu, durant lequel il a pressĂ© Tunis d’Ă©tablir des relations diplomatiques avec IsraĂ«l.Il s’est entretenu jeudi matin Ă  Tunis avec son homologue Abdelawahab Abdallah, ainsi qu’avec le ministre tunisien du Tourisme, Tijani Haddad, a indiquĂ© le porte-parole israĂ©lien, Lior Ben Dor, joint par tĂ©lĂ©phone.La dĂ©lĂ©gation israĂ©lienne a quittĂ© la Tunisie en fin d’aprĂšs-midi.


Tunis présente ses excuses à la RTBF

 
(…) Le ministre belge des Affaires Ă©trangĂšres, Karel De Gucht, a indiquĂ© jeudi devant le parlement que la Tunisie avait “prĂ©sentĂ© des excuses” pour l’incident dont a Ă©tĂ© victime  une Ă©quipe de la tĂ©lĂ©vision publique belge. Ces excuses ont Ă©tĂ© formulĂ©es par le SecrĂ©taire d’Etat aux Affaires Ă©trangĂšres, Hatem Ben Salem. La RTBF avait indiquĂ© lundi qu’une de ses Ă©quipes avait Ă©tĂ© molestĂ©e le mĂȘme jour Ă  Tunis alors qu’elle prĂ©parait un reportage sur la libertĂ© d’_expression en Tunisie en vue du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information. Mardi, les autoritĂ©s tunisiennes avaient dĂ©menti l’agression. http://news.tf1.fr/news/monde/0,,3263958,00.html

Experts de l’Onu: vives prĂ©occupations sur les droits de l’Homme en Tunisie

AFP, le 16.11.2005 Ă  21h21                       GENEVE, 16 nov 2005 (AFP) – Trois experts de l’Onu ont fait part  mercredi, de leurs vives prĂ©occupations sur la situation des droits  de l’Homme et la libertĂ© d’_expression en Tunisie alors que s’ouvrait  le mĂȘme jour Ă  Tunis le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de  l’information (SMSI).                       Ces experts, dans un rapport Ă  la Commission des Droits de  l’Homme de l’Onu ont pointĂ© du doigt “la dĂ©tĂ©rioration de la  situation de la libertĂ© d’_expression, de rĂ©union et d’association et  de l’indĂ©pendance des juges et des avocats en Tunisie.”                       Ils citent “des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es” contre des organisations de  dĂ©fense des droits de l’homme et leurs membres y compris des  associations de magistrats, ainsi que contre des journalistes et  certains avocats.                         Ils en appellent au Gouvernement tunisien pour prendre  immĂ©diatement “toutes les mesures nĂ©cessaires au respect des  libertĂ©s fondamentales”.                       Ces experts indiquent qu’ils lancent cet appel en jugeant que le  sommet est “une occasion de rĂ©itĂ©rer l’importance de la liberté  d’opinion et d’_expression dans le monde en particulier pour la  promotion et protection des droits de l’Homme.”                        Les militants des droits de l’Homme, les juges, les homme de loi  et les journalistes en Tunisie devraient ĂȘtre en mesure d’exercer  leurs activitĂ©s dans “dans un climat sĂ»r, libre et constructif”,  estiment-ils.                       Les trois experts sont la ReprĂ©sentante spĂ©ciale sur la  situation des dĂ©fenseurs des droits de l’Homme, Hina Jilani, le  Rapporteur spĂ©cial sur la libertĂ© d’opinion et d’_expression, Ambeyi  Ligabo, et le Rapporteur spĂ©cial sur l’indĂ©pendance des juges et des  avocats, Leandro Despouy.                        Le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI),  organisĂ© par l’Onu, s’est ouvert mercredi Ă  Tunis et prendra fin le  18 novembre. Il a l’ambition de faire jouer la solidaritĂ© numĂ©rique  entre pays riches et pays pauvres.                       Le choix de Tunis pour tenir cette rĂ©union a Ă©tĂ© critiquĂ© par  des organisations de dĂ©fense des droits de l’Homme qui dĂ©noncent des  atteintes Ă  la libertĂ© d’_expression, notamment sur l’internet, et  aux libertĂ©s publiques.                       Deux suspects ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s aprĂšs une agression vendredi soir  Ă  Tunis contre un reporter du journal LibĂ©ration venu enquĂȘter sur  la situation des droits de l’homme en Tunisie. 

“Sommet citoyen” en marge du SMSI Ă  Tunis

 

AFP, le 16.11.2005 Ă  19h25                       TUNIS, 16 nov (AFP) – Environ deux cents personnes, dont le prix  Nobel de la Paix Shirin Ebadi, ont participĂ© mercredi Ă  Tunis Ă  un  “sommet citoyen” en marge du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de  l’information (SMSI), Ă  l’appel d’ONG internationales et tunisiennes  de dĂ©fense des droits de l’homme et de la libertĂ© d’_expression.                       Le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration internationale des ligues des  droits de l’homme, Sidiki Kaba, a dĂ©clarĂ© “ouverte” cette rĂ©union au  siĂšge de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH).                       “Votre mobilisation est une victoire, un signe de dĂ©termination  Ă  dĂ©fendre les libertĂ©s partout dans le monde”, a-t-il ajoutĂ© à  l’adresse des participants rassemblĂ©s dans les locaux de la LTDH  baptisĂ©s “siĂšge de la rĂ©sistance citoyenne”.                       Shirin Ebadi a Ă©voquĂ© la grĂšve de la faim observĂ©e depuis un  mois par sept opposants tunisiens qui rĂ©clament plus de libertĂ©s.                       “Ils ont pris le risque de leur vie pour que nous puissions nous  rĂ©unir ici”, a dĂ©clarĂ© Mme Ebadi. “Pour rendre hommage Ă  ces  personnes, je vous invite Ă  vous rendre jeudi Ă  leur chevet”,  a-t-elle proposĂ© sous les acclamations de l’assistance.                       Elle a Ă©galement appelĂ© Ă  la libĂ©ration de “tous les prisonniers  politiques”, faisant Ă©cho Ă  l’une des demandes des grĂ©vistes de la  faim.                       Mme Ebadi a reprĂ©sentĂ© la sociĂ©tĂ© civile Ă  l’ouverture,  mercredi, du SMSI et a dĂ©noncĂ© notamment la censure sur internet et  la rĂ©pression des cyberdissidents dans plusieurs pays.                       Le rapporteur spĂ©cial de l’Onu pour la protection des droits  d’opinion et d’_expression, Ambeyi Ligabo, a assistĂ© Ă  l’ouverture du  “sommet citoyen”, de mĂȘme que le maire de GenĂšve, Manuel Tornare,  qui a tĂ©moignĂ© de “la solidaritĂ©” de sa citĂ© “avec tous ceux et  celles qui sont l’objet de harcĂšlement, de mesures de rĂ©pression ou  d’emprisonnement”.                       “Nous apportons notre soutien aux personnalitĂ©s en grĂšve de la  faim”, a-t-il dit, condamnant “fermement les actes de violence  exercĂ©s, Ă  l’Ă©gard des militants des droits de l’homme et des  journalistes ces derniers jours” en Tunisie.                       Yves Steiner, reprĂ©sentant d’Amnesty International, a dĂ©ploré  qu’un rapport de son organisation sur “les atteintes aux droits  humains” en Tunisie n’ait pu ĂȘtre distribuĂ© dans l’enceinte du  SMSI.                       Le prĂ©sident de la LTDH Mokhtar Trifi a soulignĂ© que les  autoritĂ©s tunisiennes avaient tentĂ©, en mettant “tous les  obstacles”, d’empĂȘcher la tenue de ce sommet parallĂšle.                       Les autoritĂ©s tunisiennes accusent les grĂ©vistes de la faim de  monter “une mise en scĂšne” Ă  l’occasion du SMSI et estiment que  leurs revendications “n’ont aucune substance”.                   

Le Sommet de l’information se penche sur les innovations technologiques

par Patrick BAERT                         AFP, le 17.11.2005 Ă  11h54                        TUNIS, 17 nov (AFP) – Le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de  l’information (SMSI) s’est penchĂ© jeudi Ă  Tunis sur les innovations  technologiques, notamemnt un ordinateur bon marchĂ© pour rĂ©duire la  fracture numĂ©rique, alors que les atteintes Ă  la liberté  d’_expression Ă©taient Ă  nouveau dĂ©noncĂ©es.                       Les 170 pays membres, dont une cinquantaine de chefs d’Etat, ont  poursuivi leurs travaux au lendemain de l’inauguration du sommet par  le prĂ©sident tunisien Zine El Abidine Ben Ali et le secrĂ©taire  gĂ©nĂ©ral de l’Onu, Kofi Annan.                       M. Annan a profitĂ© de son passage Ă  Tunis pour lancer devant la  presse un ordinateur Ă  bas prix destinĂ© Ă  Ă©quiper les pays en  dĂ©veloppement. Ce projet prend la forme d’un prototype portable au  prix coĂ»tant de cent dollars.                       Le projet ambitionne de doter chaque enfant, en particulier ceux  des pays pauvres, d’un ordinateur portable personnel pour faciliter  l’accĂšs Ă  l’Ă©ducation et Ă  la communication.                       Le Sommet, qui rassemble des dirigeants politiques mais aussi  des centaines d’entreprises multinationales au Palais des  expositions du Kram, prĂšs de Tunis, est aussi dominĂ© par le Fonds de  solidaritĂ© numĂ©rique, initiative africaine visant Ă  financer des  projets technologiques dans les pays en dĂ©veloppement.                       Officiellement lancĂ© cette annĂ©e, le Fonds a recueilli Ă  ce jour  prĂšs de huit millions d’euros, ont annoncĂ© ses initiateurs.                        Mais la tenue du sommet en Tunisie continue Ă  susciter des  critiques envers le respect de la libertĂ© d’_expression dans ce  pays.                       Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation française de dĂ©fense des  journalistes Reporters sans frontiĂšres (RSF), Robert MĂ©nard, venu  participer au SMSI, a ainsi annoncĂ© qu’il avait Ă©tĂ© refoulĂ© par les  autoritĂ©s tunisiennes.                       M. MĂ©nard, arrivĂ© de Paris Ă  bord d’un vol rĂ©gulier d’Air  France, a dĂ©clarĂ© par tĂ©lĂ©phone depuis l’avion que des civils  tunisiens Ă©taient montĂ©s Ă  bord pour lui demander de ne pas  descendre car il n’Ă©tait “pas accrĂ©ditĂ© au SMSI”.                       RSF, dont des reprĂ©sentants participent au SMSI, a critiqué  l’organisation en Tunisie d’un sommet de l’Onu sur l’information,  estimant que ce pays bafoue la libertĂ© de la presse et emprisonne  les cyberdissidents.                       En Ă©cho, trois experts indĂ©pendants de l’Onu ont fait part de  leurs vives prĂ©occupations sur la situation en Tunisie.                       Dans un rapport Ă  la Commission des droits de l’homme de l’Onu,  ces rapporteurs spĂ©ciaux ont pointĂ© du doigt “la dĂ©tĂ©rioration de la  situation de la libertĂ© d’_expression, de rĂ©union et d’association et  de l’indĂ©pendance des juges et des avocats en Tunisie.”                       L’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix 2003, a  demandĂ© de son cĂŽtĂ© Ă  sept opposants tunisiens en grĂšve de la faim  depuis un mois de cesser leur mouvement.                       “L’objectif de la grĂšve a Ă©tĂ© largement atteint et le message  est parvenu au monde entier”, a dĂ©clarĂ© Mme Ebadi en rendant visite  Ă  Tunis Ă  ces opposants, aprĂšs avoir dĂ©noncĂ© mercredi au Sommet la  censure sur l’internet et la rĂ©pression des cyberdissidents partout  dans le monde.                       La Chine a en revanche dĂ©fendu la mise en place d’un mĂ©canisme  permettant de lutter contre les atteintes Ă  la “sĂ©curitĂ© de l’Etat”,  une terminologie  frĂ©quemment utilisĂ©e dans ce pays Ă  l’encontre des  opposants.                       “Les technologies de l’information et de la communication sont  de plus en plus prĂ©sentes dans notre vie quotidienne et leur impact  nĂ©gatif se fait de plus en plus jour”, a expliquĂ© le vice-Premier  ministre chinois, Huang Ju.   

Focusing on its mission, U.N. tech summit renews push to bring Internet to poor

By MATT MOORE, Associated Press Writer  Associated Press, le 17.11.2005 Ă  09h07                       TUNIS, Tunisia (AP) _ A U.N. technology summit was set to get down to business on Thursday as it focused on bringing more communications, including Internet access, to developing countries where the cost has been too high and the technology too low-tech.                       Libyan leader Moammar Gadhafi and Senegalese President H.E. Wade were among the leaders scheduled to address the World Summit on the Information Society, which ends on Friday.                       At the same time, several companies and organizations were unveiling their plans to bring the world closer and, in a sense, narrow the digital divide, by providing laptops that cost just US$100 to portable, satellite-based radios that can pull in international programming from just about anywhere.                       More than 16,000 people from 176 countries are attending the three-day summit.                       Microsoft Corp., the world’s largest maker of software, unveiled a new network of learning centers in Tunisia that will train people to be teachers in technology.                       The effort is part of a joint push with UNESCO to make technology easier to understand and, ultimately, to spread its reach across Africa, Asia and the Middle East.                       «We welcome this project for its scope and potential,» said Koichiro Matsuura, UNESCO’s general director.                       Jean-Phillippe Courtois, president of Microsoft International, told The Associated Press that the year-old project has gained steam and the 200 centers it plans to open in Tunisia will be replicated elsewhere.                       «The InfoYouth Center represents the type of program that effectively addresses education and development issues to date,» he said.                       ___ On the Net: http://www.itu.int/wsis
Associated Press

Shirin Ebadi demande aux grĂšvistes de la faim d’arrĂȘter leur jeĂ»ne

AFP TUNIS – L’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel 2003 de la Paix, a demandĂ© jeudi Ă  Tunis Ă  sept opposants tunisiens en grĂšve de la faim depuis un mois de cesser leur mouvement, a constatĂ© un journaliste de l’AFP. “Nous vous prions de cesser votre grĂšve de la faim”, a demandĂ© Mme Ebadi aux sept hommes en grĂšve de la faim depuis le 18 octobre dans le cabinet d’un avocat du centre de la capitale tunisienne. L’avocate iranienne, qui participe depuis mercredi au Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), a symboliquement offert des dattes aux grĂšvistes pour les convaincre de mettre un terme Ă  leur mouvement. “Votre santĂ© est indispensable pour que vous puissiez continuer votre combat pour la libertĂ©”, a ajoutĂ© le prix Nobel de la Paix. “L’objectif de la grĂšve a Ă©tĂ© largement atteint et le message est parvenu au monde entier”, a-t-elle ajoutĂ©. Mme Ebadi s’exprimait au nom des ONG reprĂ©sentant la sociĂ©tĂ© civile au SMSI, en prĂ©sence de dizaines de reprĂ©sentants d’ONG internationales et tunisiennes. “Votre requĂȘte sera prise en considĂ©ration”, a assurĂ© l’un des grĂšvistes, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti dĂ©mocratique progressiste (PDP, lĂ©gal), Nejib Chebbi, affirmant que la dĂ©cision de continuer ou non la grĂšve sera annoncĂ©e vendredi “aprĂšs concertations”. “L’objectif politique que nous avions fixĂ© a Ă©tĂ© largement atteint”, a estimĂ© Me Chebbi, se fĂ©licitant d’un “large mouvement de soutien” sur les plans national et international. “Vous avez gagnĂ©. Je vous rĂ©itĂšre notre demande de cesser votre grĂšve”, a dĂ©clarĂ© pour sa part le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration internationale des droits de l’homme, Sidiki Kaba. La Commission nationale de soutien aux grĂšvistes regroupant des ONG et des personnalitĂ©s politiques tunisiennes, dont le prĂ©sident d’honneur de la Ligue tunisisienne des droits de l’Homme, SaĂądoun Zmerli, a formulĂ© la mĂȘme requĂȘte. TrĂšs acclamĂ©e et saluĂ©e par des youyous de femmes, parentes de prisonniers et militantes fĂ©ministes, Mme Ebadi a ensuite quittĂ© le rassemblement sous le regard de policiers en civil en faction autour de l’appartement cabinet de Me Ayachi Hammami, lui-mĂȘme grĂšviste. Les grĂ©vistes demandent le respect des libertĂ©s publiques et des droits de l’homme et rĂ©clament la libĂ©ration de quelque cinq cents “prisonniers d’opinion”. Parmi eux figurent Ă©galement le porte-parole du Parti communiste des ouvriers tunisiens (PCOT, interdit), Hamma Hammami, le prĂ©sident du syndicat des journalistes (non agréé), Lotfi Hajji, et le prĂ©sident de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP, non reconnue), Mohamed Nouri. Les autoritĂ©s tunisiennes accusent les grĂ©vistes de la faim de monter “une mise en scĂšne” Ă  l’occasion du SMSI et estiment que leurs revendications “n’ont aucune substance”.

La grĂšve de la faim sur le point d’ĂȘtre interrompue
Rachid KHECHANA TUNIS, 17.11.05 (InfoSud)
Des personnalitĂ©s internationales ont insistĂ© auprĂšs des grĂ©vistes de la faim tunisiens pour qu’ils interrompent leur mouvement. Des dattes offertes aux grĂ©vistes de la faim aux visages pales et aux
yeux creux au bout de trente jours de jeĂ»ne. C’Ă©tait l’avocate iranienne Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix qui leur tendait le fruit symbolique en signe de solidaritĂ©, “selon les traditions iraniennes”, prĂ©cisait-elle. L’Ă©tude exiguĂ« de Me Ayachi Hammami oĂč logent les sept grĂ©vistes a Ă©tĂ© envahie par des dizaines de sympathisants. La dĂ©lĂ©gation comprenait Ă©galement le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration internationale des droits de l’homme Seddiki Kaba, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration internationale des journalistes Aidan White, Alexis Krikorian, de la FĂ©dĂ©ration internationale des Editeurs (GenĂšve) et d’autres responsables de l’IFEX (International Freedom of _Expression Exchange). Le premier prĂ©sident de la Ligue Tunisienne des droits de l’homme (LTDH), le Dr Saadoun Zmerli qui parlait au nom des Tunisiens prĂ©sents. Les grĂ©vistes revendiquent la proclamation d’une amnistie gĂ©nĂ©rale, la libĂ©ralisation des mĂ©dias et la lĂ©galisation des partis et associations non reconnus. Tout en rendant un hommage Ă  leur action, Mme Ebadi les a exhortĂ© d’y mettre fin : “Vos revendications sont dĂ©sormais les nĂŽtres”, a-t-elle affirmĂ© sous les applaudissements nourris de l’assistance. Et Dr.Zmerli d’enchaĂźner : “Pour des raisons humaines mais aussi pour vous prĂ©server d’un danger Ă©minent, il faut absolument cesser la grĂšve le plus tĂŽt possible. Dans sa rĂ©ponse Ă  l’appel, Me NĂ©jib Chebbi secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti DĂ©mocratique Progressiste (PDP), manifestement Ă©mu, a affirmĂ© au nom de ses camarades que cette proposition “sera Ă©tudiĂ© avec beaucoup d’intĂ©rĂȘt”. Les sept grĂ©vistes se sont rĂ©unis cet aprĂšs-midi avec le huitiĂšme, Me Abderraouf Ayadi, (que les mĂ©decins ont contraint Ă  s’alimenter au quinziĂšme jour de jeĂ»ne), pour fixer une dĂ©cision jeudi soir. La tendance est nettement Ă  satisfaire le dĂ©sir des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile internationale. InfoSud/Rachid Khechana

Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de RSF refoulĂ© Ă  l’aĂ©roport de Tunis

Je suis sidĂ©rĂ©. J’ai tous les papiers en rĂšgle pour entrer dans ce pays, un passeport et un numĂ©ro d’accrĂ©ditation au SMSI, et on me dit que je ne peux pas entrer”, a annoncĂ© jeudi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Reporters sans frontiĂšres (RSF), Robert MĂ©nard, depuis l’avion Paris-Tunis oĂč il a Ă©tĂ© bloquĂ©, refoulĂ© par les autoritĂ©s tunisiennes alors qu’il venait participer au Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI). M. MĂ©nard a racontĂ© qu’aprĂšs l’atterrissage, vers 11 h 15, l’avion a diffusĂ© par haut-parleur une annonce lui demandant de ne pas quitter son siĂšge. Pendant que les autres passagers dĂ©barquaient, “plusieurs Tunisiens en civil” sont venus le voir pour lui indiquer qu’il “ne pouvait pas descendre car il n’Ă©tait pas accrĂ©ditĂ© au SMSI”, a-t-il indiquĂ© Ă  un reprĂ©sentant français de RSF, Jean-François Julliard, prĂ©sent Ă  l’aĂ©roport et Ă  des journalistes. Les autoritĂ©s tunisiennes ont plusieurs fois indiquĂ© que le responsable de l’association de dĂ©fense des journalistes Ă©tait “sous le coup d’une instruction judiciaire” en Tunisie et ne pouvait entrer dans le pays que sur la convocation d’un magistrat. “BÊTE NOIRE DU PRÉSIDENT BEN ALI” “Robert MĂ©nard est un peu devenu la bĂȘte noire du prĂ©sident Ben Ali. C’est devenu une affaire quasi personnelle, puisqu’il y a des reprĂ©sentants de RSF au SMSI. Ce sont les autoritĂ©s tunisiennes qui bloquent”, a dĂ©clarĂ© M. Julliard Ă  des journalistes prĂ©sents Ă  l’aĂ©roport de Tunis-Carthage. Le dĂ©roulement du sommet de Tunis, qui vise Ă  rĂ©duire la fracture numĂ©rique entre pays riches et pays pauvres, a Ă©tĂ© critiquĂ© par des organisations comme RSF qui accusent la Tunisie de bafouer la libertĂ© de la presse. La polĂ©mique a rebondi aprĂšs l’agression dont avait Ă©tĂ© victime vendredi 11 novembre Ă  Tunis un journaliste de LibĂ©ration, Christophe Boltanski, venu enquĂȘter sur les droits de l’homme. Paris, qui a demandĂ© Ă  Tunis de faire “toute la lumiĂšre” sur cette affaire, a haussĂ© le ton mardi : le ministre des affaires Ă©trangĂšres, Philippe Douste-Blazy, a appelĂ© la Tunisie Ă  garantir “la libertĂ© d’information et le libre exercice par les journalistes de leur mĂ©tier”. Les autoritĂ©s tunisiennes ont niĂ© toute implication dans cette affaire, comme dans l’agression d’une Ă©quipe de la tĂ©lĂ©vision belge RTBF qui a dit avoir Ă©tĂ© molestĂ©e lors d’un reportage sur la libertĂ© d’_expression. AFP  

Paris “regrette qu’aucune solution n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e” pour Robert MĂ©nard

AFP 17.11.05 | 13h35 Le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres a “regrettĂ©” jeudi “qu’aucune solution n’ait pu ĂȘtre trouvĂ©e” pour le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation de dĂ©fense des journalistes Reporters sans frontiĂšres (RSF), empĂȘchĂ© d’entrer en Tunisie.Le porte-parole du Quai d’Orsay, Jean-Baptiste MattĂ©i, a rappelĂ© que le chef de la diplomatie Philippe Douste-Blazy avait appelĂ© lundi “les autoritĂ©s tunisiennes Ă  tout mettre en oeuvre afin que la libertĂ© d’information et le libre exercice par les journalistes de leur mĂ©tier soient garantis”.”Ce message a Ă©tĂ© transmis aux autoritĂ©s tunisiennes, Ă  Tunis comme Ă  Paris”, a dĂ©clarĂ© M. MattĂ©i Ă  la presse.InterrogĂ© sur le fait que M. MĂ©nard a Ă©tĂ© refoulĂ© Ă  l’aĂ©roport de Tunis, il a rĂ©pondu: “nous regrettons que, dans ce cas particulier, aucune solution n’ait pu ĂȘtre trouvĂ©e”.Une source officielle tunisienne a indiquĂ© jeudi que le responsable de RSF Ă©tait “sous le coup d’une instruction judiciaire en cours pour violences et saccages de biens publics tunisiens en France” et avait Ă©tĂ© “priĂ© ce jour de quitter le territoire tunisien en attendant de recevoir une convocation du magistrat en charge de l’affaire”.M. MĂ©nard, venu participer au Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI) dans la capitale tunisienne, s’est dĂ©clarĂ© “sidĂ©rĂ©”, et a ajoutĂ© qu’il avait “tous les papiers en rĂšgle pour entrer dans ce pays”.

“Instruction judiciaire en Tunisie” contre Robert MĂ©nard (autoritĂ©s)

AFP 17.11.05 | 13h19 Les autoritĂ©s tunisiennes ont indiquĂ© jeudi que Robert MĂ©nard, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation française de dĂ©fense des journalistes Reporters sans frontiĂšres (RSF), avait Ă©tĂ© empĂȘchĂ© d’entrer en Tunisie car il y est “sous le coup d’une instruction judiciaire en cours”.”M. Robert MĂ©nard, sous le coup d’une instruction judicaire en cours pour violences et saccages de biens publics tunisiens en France, a Ă©tĂ© priĂ© ce jour de quitter le territoire tunisien en attendant de recevoir une convocation du magistrat en charge de l’affaire”, a-t-on indiquĂ© de source officielle.Venu participer au Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), organisĂ© par l’Onu, M. MĂ©nard a Ă©tĂ© empĂȘchĂ© de dĂ©barquer Ă  l’aĂ©roport de Tunis-Carthage dĂšs son arrivĂ©e de Paris d’un avion d’Air France, des officiels tunisiens lui ayant signifiĂ© qu’il n’Ă©tait pas accrĂ©ditĂ© au sommet. Se rĂ©fĂ©rant Ă  l’Union internationale des tĂ©lĂ©communications (UIT), agence de l’Onu chargĂ©e des accrĂ©ditations au SMSI, les autoritĂ©s tunisiennes ont indiquĂ© que “les poursuites contre M. MĂ©nard sont visiblement Ă©trangĂšres Ă  sa participation au SMSI”. “Les dispositions de l’accord avec le pays hĂŽte relatives Ă  l’immunitĂ© juridictionnelle ne sont pas applicables”, a-t-on notĂ© source officielle Ă  Tunis.De mĂȘme source, on a ajoutĂ© que “les Nations Unies avaient dĂ©cidĂ© en 2003 de suspendre le statut consultatif de l’organisation Reporters sans frontiĂšres pour comportement violent”.En dĂ©cembre 2003, lors de la premiĂšre phase du SMSI Ă  GenĂšve, “cette organisation (RSF) s’Ă©tait vu interdire tout accĂšs aux travaux du sommet, les autoritĂ©s suisses s’Ă©tant alors chargĂ©es de faire respecter cette interdiction”.S’agissant de l’instruction judiciaire contre M. MĂ©nard, les autoritĂ©s tunisiennes ont rappelĂ© “les faits, tels qu’ils se sont dĂ©roulĂ©s”.”Le 28 juin 2001, a-t-on indiquĂ© de source officielle, M. Robert MĂ©nard, accompagnĂ© d’un groupe d’individus, s’Ă©tait introduit par effraction dans les locaux de l’Office national tunisien du tourisme, Ă  Paris. AprĂšs avoir dĂ©foncĂ© la porte d’entrĂ©e, M. MĂ©nard et son groupe ont agressĂ© une employĂ©e de l’Office du tourisme, puis se sont livrĂ©s Ă  des opĂ©rations de saccage des biens mobiliers et des documents de l’office”.”Devant le refus de M. MĂ©nard et ses complices de quitter les lieux, le reprĂ©sentant de l’office avait Ă©tĂ© amenĂ© Ă  saisir le justice française qui a ordonnĂ© en rĂ©fĂ©rĂ© son expulsion des lieux et sa poursuite pour obstruction par la violence Ă  la libertĂ© de travail dans un Ă©tablissement public, et destruction volontaire de bien d’autrui”, a-t-on ajoutĂ©.L’Office du tourisme, “en la personne de son reprĂ©sentant lĂ©gal, avait aussi introduit une plainte auprĂšs du parquet de Tunis Ă  l’encontre de M. Robert MĂ©nard”, a-t-on indiquĂ©.”Les propos indĂ©cents tenus en outre hier (mercredi) par M. MĂ©nard Ă  l’Ă©gard des Nations Unies, dont il qualifie les fonctionnaires de +faux-culs+ et oĂč il se dĂ©finit lui-mĂȘme comme +fou furieux+ sont suffisamment Ă©loquents, et se passent de tout commentaire”, ont enfin soulignĂ© les autoritĂ©s tunisiennes.  

Robert Ménard refoulé de Tunis met en cause Philippe Douste-Blazy

AFP, jeudi 17 novembre 2005 TUNIS – Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation française de dĂ©fense des journalistes Reporters sans frontiĂšres, Robert MĂ©nard, refoulĂ© jeudi de Tunis, a accusĂ© le ministre français des Affaires Ă©trangĂšres Philippe Douste-Blazy de tenir “un double langage”. “Il y a un double langage, un Ă  Paris et un Ă  Tunis. Douste-Blazy fait de grandes dĂ©clarations Ă  Paris, mais il ne veut pas se fĂącher avec les Tunisiens”, a dĂ©clarĂ© M. MĂ©nard qui s’adressait par tĂ©lĂ©phone depuis l’avion Ă  des journalistes Ă  l’aĂ©roport de Tunis-Carthage. Il a affirmĂ© que M. Douste-Blazy lui avait dĂ©clarĂ© mercredi Ă  Paris “qu’il allait informer l’ambassade de France et quelqu’un de l’ambassade m’attendrait Ă  l’aĂ©roport.” M. MĂ©nard, qui est sous le coup d’une instruction judiciaire en Tunisie, selon les autoritĂ©s de ce pays, s’est vu interdire jeudi de dĂ©barquer de l’avion venant de Paris oĂč il devait retourner par le mĂȘme vol Ă  midi (11H00 GMT).

GrÚve de la faim de Montréalais solidaires de Tunisiens

Touzin, Caroline AFP La Presse (MontrĂ©al) Monde, jeudi 17 novembre 2005, p. A25 Une quinzaine de MontrĂ©alais ont entrepris une grĂšve de la faim de 48 heures, hier matin, pour protester contre la rĂ©pression des libertĂ©s en Tunisie. Ils ont installĂ© un campement devant le consulat de la Tunisie dans la mĂ©tropole, au moment oĂč le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI) s’est ouvert dans ce pays du Maghreb. L’une des grĂ©vistes, Imen Derouiche, 39 ans, connaĂźt bien le rĂ©gime du prĂ©sident tunisien Ben Ali. En 1998, elle a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e, puis emprisonnĂ©e durant un an et demi en Tunisie. Son crime: avoir organisĂ© une manifestation pacifique contre la prĂ©sence policiĂšre Ă  l’UniversitĂ© des sciences Ă©conomiques et de droit Ă  Tunis. En prison, elle dit avoir Ă©tĂ© torturĂ©e et violĂ©e. Mme Derouiche a fini ses Ă©tudes en Ă©conomie derriĂšre les barreaux. À sa sortie de prison en 2000, elle part pour la France. Aujourd’hui, elle vit Ă  MontrĂ©al. Elle refuse de se taire. MĂȘme si, Ă  la suite de son arrestation, sa famille a reçu des menaces. Son frĂšre a perdu son emploi et a aussi quittĂ© le pays. ” La Tunisie a faim de libertĂ©s “, a-t-elle scandĂ© d’un air dĂ©fiant, hier, alors qu’un reprĂ©sentant du consulat prenait des photos des grĂ©vistes. Plusieurs organismes de dĂ©fense des droits, dont Amnistie internationale, Reporters sans frontiĂšres et la Ligue des droits et libertĂ©s, ont uni leurs voix Ă  celle des grĂ©vistes. Ils dĂ©noncent l’augmentation ces derniers mois de la rĂ©pression et de la censure du rĂ©gime de Ben Ali. ” Quelle aberration de tenir ce sommet Ă  Tunis. La Tunisie est l’un des pays les plus rĂ©pressifs, oĂč le mot dĂ©mocratie a Ă©tĂ© depuis longtemps vidĂ© de son sens et oĂč la libertĂ© sur Internet a Ă©tĂ© confisquĂ©e par une police du cyberespace “, a affirmĂ© le directeur gĂ©nĂ©ral de la section canadienne francophone d’Amnistie internationale, Michel Frenette, en confĂ©rence de presse aux cĂŽtĂ©s des grĂ©vistes. Ces propos font Ă©cho Ă  ceux de trois experts de l’ONU qui ont exhortĂ©, hier Ă  Tunis, le gouvernement du pays Ă  prendre immĂ©diatement ” toutes les mesures nĂ©cessaires au respect des libertĂ©s fondamentales “. Dans un rapport Ă  la Commission des droits de l’homme des Nations unies, ils citent ” des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es ” contre des organisations de dĂ©fense des droits de l’homme, y compris des associations de magistrats, ainsi que contre des journalistes et des avocats. SolidaritĂ© des grĂ©vistes Les grĂ©vistes de MontrĂ©al sont solidaires des sept leaders tunisiens qui mĂšnent une grĂšve de la faim illimitĂ©e depuis le 18 octobre. Ces derniers ont reçu un appui important, hier, du Prix Nobel de la Paix, Shirin Ebadi, reprĂ©sentante de la sociĂ©tĂ© civile au SMSI. Elle a Ă©galement prononcĂ© un discours au ” sommet citoyen “, organisĂ© en marge du sommet officiel. ” Ils ont pris le risque de leur vie pour que nous puissions nous rĂ©unir ici “, a-t- elle dit. Pour leur part, les autoritĂ©s tunisiennes accusent les grĂ©vistes de la faim de faire ” une mise en scĂšne “. Elles estiment que leurs revendications ” n’ont aucune substance “. Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement, des centaines de patrons d’entreprises informatiques et quelque 20 000 dĂ©lĂ©guĂ©s sont rĂ©unis jusqu’au 18 novembre Ă  Tunis dans le cadre du SMSI pour discuter de l’administration d’Internet. Ce sommet est organisĂ© par l’ONU.  

L’agence Tunis Afrique Presse Ă  l’heure de l’internet

AFP Infos Mondiales International, jeudi 17 novembre 2005 TUNIS – L’agence tunisienne d’information Tunis Afrique Presse (TAP) a annoncĂ© Ă  l’ocasion du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information Ă  Tunis le lancement d’un site internet pour “marquer son entrĂ©e effective dans le monde de l’information numĂ©rique”. Le site www.tap.info.tn est destinĂ© Ă  ses abonnĂ©s traditionnels (medias nationaux et institutions publiques) mais aussi Ă  un public plus Ă©tendu et plus spĂ©cialisĂ©. Le site en trois langues (arabe, français, anglais) comporte un espace vitrine en accĂšs libre grand public prĂ©sentant les activitĂ©s de la TAP et offre des services aux mĂ©dias et entreprises avec outils de recherche. Certains rubriques de ce site oĂč la couleur bleue domine sont encore en construction, mais des liens orientent aussi vers les sites officiels du gouvernement, du Palais prĂ©sidentiel de Carthage, du patronat et de certains quotidiens. Créée en 1961, la TAP, l’une des agences d’information les plus en vue parmi celles des pays en dĂ©veloppement, compte aujourd’hui 220 journalistes et photographes et dispose d’un rĂ©seau de correspondants dans tout le pays. Elle utilise “en exclusivitĂ© et en relais” les trois agences mondiales (AFP, AP, Reuter) ainsi qu’une quarantaine d’agences arabes et rĂ©gionales.


 

Le Sommet de l’information appelle le monde Ă  la solidaritĂ© numĂ©rique

par Patrick BAERT                         AFP, le 16.11.2005 Ă  20h56                       TUNIS, 16 nov (AFP) – Le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de  l’information (SMSI), plus grande manifestation jamais organisĂ©e par  l’Onu, a dĂ©marrĂ© mercredi Ă  Tunis avec l’ambition de faire jouer la  solidaritĂ© numĂ©rique entre pays riches et pays pauvres.                       Le prĂ©sident tunisien Zine El Abidine Ben Ali a ouvert le sommet  au Palais des expositions du Kram (banlieue Nord de Tunis), en  prĂ©sence de plusieurs milliers de reprĂ©sentants de 170 Etats, de la  sociĂ©tĂ© civile et du secteur privĂ©.                       “Nous souhaitons que ce sommet soit l’occasion d’un vĂ©ritable  nouveau dĂ©part pour une sociĂ©tĂ© de l’information juste, Ă©quilibrĂ©e  et solidaire”, a dĂ©clarĂ© M. Ben Ali.                       Le choix de Tunis pour tenir cette rĂ©union a Ă©tĂ© critiquĂ© par  des organisations de dĂ©fense des droits de l’homme qui dĂ©noncent des  atteintes Ă  la libertĂ© d’_expression, notamment sur l’internet, et  aux libertĂ©s publiques.                       DĂšs l’ouverture du sommet, l’avocate iranienne Shirin Ebadi,  Prix Nobel de la Paix, a condamnĂ©, au nom de la sociĂ©tĂ© civile, la  rĂ©pression des cyberdissidents et demandĂ© Ă  l’Onu de crĂ©er un comité  chargĂ© de lutter contre la censure sur le net.                        Le SMSI, entourĂ© d’un considĂ©rable dispositif de sĂ©curitĂ©, est  la plus importante manifestation jamais organisĂ©e par l’Onu, avec  23.000 participants inscrits, selon l’Union internationale des  tĂ©lĂ©communications (UIT).                       Aucun grand dirigeant occidental n’est prĂ©sent Ă  Tunis, le  sommet rĂ©unissant une majoritĂ© de responsables africains et arabes.                       Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Onu, Kofi Annan, a appelĂ© la  communautĂ© internationale Ă  se mobiliser pour mettre les nouvelles  technologies au service des pays pauvres. Leur bĂ©nĂ©fice demeure  “inaccessible pour beaucoup trop de gens”, a dĂ©plorĂ© M. Annan, qui  avait lancĂ© l’idĂ©e de connecter tous les villages du monde à  l’internet en 2015.                       “Les obstacles sont, en l’occurrence, de nature politique plus  que financiĂšre. Il est possible de rĂ©duire le coĂ»t des connexions,  des ordinateurs et des tĂ©lĂ©phones mobiles”, a-t-il lancĂ©.                       Mais les pays riches s’opposent au principe d’une contribution  obligatoire. Les prĂ©sidents sĂ©nĂ©galais, Abdoulaye Wade, et nigerian,  Olusegun Obasanjo, ont plaidĂ© pour le Fonds de solidaritĂ© numĂ©rique  qui a dĂ©jĂ  recueilli 8 millions d’euros.                       Le SMSI est aussi marquĂ© par le dĂ©bat sur le contrĂŽle de  l’internet opposant les Etats-Unis, actuels superviseurs de la  toile, aux autres pays qui souhaitent gĂ©nĂ©ralement mettre en place  un cadre international.                       Les participants Ă©taient parvenus mardi Ă  un compromis, au prix  d’un maintien de la main-mise amĂ©ricaine sur le systĂšme. Un accord  doit encore ĂȘtre formellement approuvĂ© par le sommet qui s’achĂšve  vendredi.                       En Ă©cho aux aux dĂ©fenseurs de la libertĂ© de la presse dĂ©nonçant  le choix de Tunis, M. Annan a estimĂ© que “la sociĂ©tĂ© de  l’information est impensable sans libertĂ©”.                       Alors que le prĂ©sident suisse Samuel Schmid a directement appelé  la Tunisie Ă  respecter la libertĂ© d’_expression, sept opposants  tunisiens en grĂšve de la faim depuis prĂšs d’un mois ont adressĂ© un  message Ă  M. Annan pour dĂ©noncer la situation des libertĂ©s et des  droits de l’homme dans leur pays.                       Environ deux cents militants associatifs ont pu participer dans  le centre de Tunis Ă  un “sommet citoyen” en marge du SMSI aprĂšs  avoir Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s Ă  plusieurs reprises de se rĂ©unir au cours des  jours prĂ©cĂ©dents.                       Toujours en marge du sommet, le dirigeant palestinien Mahmoud  Abbas a rencontrĂ© le chef de la diplomatie israĂ©lienne, Sylvan  Shalom, sa premiĂšre entrevue avec un haut responsable de l’Etat juif  depuis plusieurs mois.  

 
16-11-2005 http://www.radio-canada.ca/actualite/ L’Ă©mission “Le Monde” Ă  partir de la minute 6 (+ les titres du journal)

Un sujet sur la grÚve de la faim de solidarité organisée à Montréal devant le Consulat tunisien.

__________________ http://jt.france2.fr/13h/

Un sujet sur la Tunisie dans le JT de 13 heures de ce 17 novembre 2005 (Ă  partir de la 22Ăšme minute)


Le sommet organisĂ© par l’ONU en Tunisie s’ouvre dans un pays oĂč rĂšgnent injustice et arbitraire. Ben Ali, l’information torturĂ©e

Par Vincent GEISSE et Chokri HAMROUNI jeudi 17 novembre 2005
Vincent Geisse politologue et Chokri Hamrouni politologue et responsable de la coordination du CongrĂšs pour la RĂ©publique. a Tunisie est en train de vivre l’un des moments les plus dramatiques de son histoire moderne. Une vĂ©ritable chape de plomb s’est abattue sur le pays et un sentiment accru de morositĂ© et d’impatience, faisant craindre le pire, se fait de plus en plus ressentir chez une majoritĂ© de Tunisiens. Incontestablement, la Tunisie va mal. Elle est devenue le pays oĂč la population s’ennuie le plus tant les visages et les discours sont demeurĂ©s inchangĂ©s (en atteste le nombre croissant des candidats Ă  l’Ă©migration clandestine). Plus grave encore, la Tunisie est surtout devenue le pays oĂč l’injustice et l’arbitraire font office de loi, oĂč la rĂ©pression est le seul sort rĂ©servĂ© Ă  ceux qui luttent contre le fatalisme et veulent changer les choses pacifiquement. SociĂ©tĂ© civile bĂąillonnĂ©e, partis politiques domestiquĂ©s sinon systĂ©matiquement harcelĂ©s et intimidĂ©s, universitĂ© normalisĂ©e, presse muselĂ©e, justice asservie et achevant le travail d’une police politique des plus redoutables du monde arabe… Et pendant ce temps, des centaines de prisonniers politiques (500 environ) continuent de croupir injustement dans les prisons du gĂ©nĂ©ral Ben Ali qui ressemblent de plus en plus Ă  des mouroirs. Bref, la Tunisie de Ben Ali n’est pas cette «terre de sĂ©rĂ©nité» comme le proclame dans le mĂ©tro parisien les affiches de l’office du tourisme tunisien et encore moins ce «miracle Ă©conomique» dont se vante inlassablement la propagande officielle. Le fossĂ© entre le pays rĂ©el et le pays imaginaire ne cesse de se creuser. TiraillĂ©e entre la peur de l’inconnu et la crainte de l’arbitraire, la Tunisie panique, se recroqueville sur elle-mĂȘme et dilapide peu Ă  peu ses acquis. Dans ce contexte, l’organisation de la deuxiĂšme phase du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), sous l’Ă©gide de l’ONU, ressemble Ă  une provocation malsaine et agit comme le rĂ©vĂ©lateur de toutes ces tensions qui font de la Tunisie, selon une mĂ©taphore qui circule au pays du jasmin, une «Cocotte-Minute» susceptible d’exploser Ă  tout moment. D’un cĂŽtĂ©, des opposants indĂ©pendants et des militants des droits de l’homme qui croient tenir une chance historique pour mettre Ă  nu la nature rĂ©pressive du rĂ©gime tunisien. En atteste la multiplication des initiatives protestataires et des opĂ©rations «VĂ©rité» Ă  l’approche du sommet : grĂšve de la faim de huit personnalitĂ©s du monde politique et associatif, organisation d’un «contre-sommet du SMSI», manifestations sur l’Internet (Yezzi, «ça suffit !») appelant au dĂ©part de Ben Ali et lancement de la campagne pour la dignitĂ© (Elkarama), inspirĂ©e du mouvement civique Ă©gyptien Kifaya !, revendiquant un changement dĂ©mocratique et pacifique…
De l’autre, un rĂ©gime policier qui refuse de cĂ©der la moindre parcelle de libertĂ©, alternant violence (agression des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne et du journaliste français Christophe Boltanski, expulsion du prĂ©sident de Reporters sans frontiĂšres) et mensonges d’Etat sur des Ă©niĂšmes promesses d’ouverture politique. Un bien piĂštre dosage pseudo dĂ©mocratique qui ressemble plutĂŽt Ă  du saupoudrage autocratique. Durant cette pĂ©riode d’indĂ©cision dans l’attente d’une providentielle ouverture qui ne viendra jamais, le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Ben Ali veut gagner un «double temps». Un temps prĂ©-SMSI, celui de l’atermoiement et du dĂ©cor de carton-pĂąte (qui sera dĂ©montĂ© aussitĂŽt le sommet terminĂ©), et un temps post-SMSI, celui de la dĂ©sillusion et surtout de la rĂ©pression.
Pour mieux comprendre les origines de ce phĂ©nomĂšne de grand Ă©cart dont le rĂ©gime est passĂ© maĂźtre, il faut revenir Ă  un certain 7 novembre 1987. Un gĂ©nĂ©ral policier sorti du ministĂšre de l’IntĂ©rieur (la Dakhilia, comme l’appellent ironiquement les Tunisiens), arrivĂ© au pouvoir au bĂ©nĂ©fice d’un coup d’Etat qualifiĂ© pudiquement de «mĂ©dical», contraint de faire mieux que son prĂ©dĂ©cesseur. Il est vrai que porter l’hĂ©ritage du «Vieux Bourguiba» n’a pas dĂ» ĂȘtre une partie de plaisir pour l’ancien ministre de l’IntĂ©rieur, habituĂ© davantage Ă  la discrĂ©tion que lui impose l’action sĂ©curitaire. Bourguiba, l’autocrate Ă©clairĂ©, avait mis la barre trĂšs haut. Faire mieux que lui, c’est faire ce qu’il n’a pas su rĂ©aliser : instaurer durablement la dĂ©mocratie. En promettant Ă  son peuple la dĂ©mocratie rĂȘvĂ©e, Ben Ali a fait le grand Ă©cart entre ses intentions cachĂ©es d’autocrate patentĂ© (consolider le systĂšme autoritaire) et les nĂ©cessitĂ©s d’une rĂ©alitĂ© rĂ©gionale changeante, appuyĂ©e par des citoyens rendus exigeants et lucides par la retraite forcĂ©e de leur Combattant suprĂȘme ! Verrouiller le systĂšme en mĂȘme temps que vendre la dĂ©mocratie ! Le discours officiel ­ certains diront la propagande ­ se devait de colmater les brĂšches et travestir la rĂ©alitĂ©. Pour se faire, Ben Ali a pu compter sur une «presse aux ordres du PrĂ©sident», ces «fonctionnaires de la plume», comme les appellent les Tunisiens, qui n’ont de journalistes que le titre. Une dictature des plus aiguĂ« prĂ©sentĂ©e comme une dĂ©mocratie modĂšle ! Il n’y a qu’en Tunisie que ce genre de miracle sĂ©mantique peut se produire ! Et il n’y a qu’en France qu’un prĂ©sident de la RĂ©publique peut y apporter aussi vertement sa bĂ©nĂ©diction !
Aujourd’hui, le rĂ©gime de Ben Ali continue Ă  persĂ©vĂ©rer dans cette voie jusqu’Ă  en devenir une rĂ©fĂ©rence internationale en matiĂšre d’illusionnisme dĂ©mocratique : dĂ©mocrate un jour, plĂ©biscitaire et unanimiste un autre ; «tigre Ă©conomique» une fois, chantre de la solidaritĂ© sociale une autre fois ; hĂ©ros arabe de la lutte contre le terrorisme islamiste Ă  l’occasion, grand dĂ©fenseur de l’identitĂ© arabo-musulmane lorsque la conjoncture l’exige… En somme, un «Etat camĂ©lĂ©on» capable d’Ă©pouser toutes les formes, encouragĂ©, d’une part, par le soutien complice des pays occidentaux (la France en tĂȘte) prĂ©tendant lutter avec acharnement contre la contrefaçon, exceptĂ© en politique semble-t-il, et, d’autre part, par la rĂ©signation d’un peuple assujetti et apeurĂ©. Depuis la rĂ©vision de la Constitution en mai 2002, la schizophrĂ©nie d’Etat a atteint son paroxysme : utiliser un procĂ©dĂ© dĂ©mocratique (le rĂ©fĂ©rendum) pour lĂ©gitimer de nouvelles lois qui font fi de la dĂ©mocratie et renforcent le «corset autoritaire» sur la sociĂ©tĂ© en institutionnalisant l’impunitĂ© du chef de l’Etat (le dictateur peut dormir tranquille !), en restaurant la prĂ©sidence Ă  vie pourtant abrogĂ©e en 1987 et surtout en criminalisant toute expression de l’opposition indĂ©pendante assimilĂ©e dĂ©sormais Ă  des actes antipatriotiques (le thĂšme du «parti de l’Ă©tranger» bien connu dans les dictatures !). C’est donc ce mĂȘme «rĂ©gime camĂ©lĂ©on» qui s’est proposĂ© d’accueillir la deuxiĂšme phase du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information, alors que le rĂ©gime de Ben Ali est classĂ© par Reporters sans frontiĂšres et Human Rights Watch parmi «les plus grands ennemis de la libertĂ© d’expression dans le monde». Un sommet vĂ©cu comme une «mauvaise blague» par les Tunisiens excĂ©dĂ©s du double langage qui les rĂ©duit cyniquement Ă  ĂȘtre des figurants dans leur propre histoire. Les dĂ©fenseurs des libertĂ©s sont prĂ©venus. Le professeur nĂ©erlandais Cees Hamelink, conseiller personnel du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nation unies Kofi Annan, dĂ©missionnaire pour protester contre la tenue de ce sommet au «pays de Ben Ali», est affirmatif : «Une fois le sommet clĂŽturĂ©, les activistes tunisiens qui sont entrĂ©s en contact avec les Ă©trangers seront arrĂȘtĂ©s, emprisonnĂ©s et torturĂ©s.» Les nervis du rĂ©gime l’ont d’ailleurs bien compris, rĂ©pĂ©tant sur un ton menaçant aux militants des droits de l’homme, organisateurs du contre-sommet : «Le 19 [le lendemain du SMSI, ndlr] sera un autre jour» !!!
Vincent Geisse est coauteur avec Michel Camau du Syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba Ă  Ben Ali, Presses de Sciences-Po, 2003.


 
La tension persiste entre Tunis et Berne
 
AprĂšs Samuel Schmid, le vice-prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration Moritz Leuenberger a rĂ©affirmĂ© jeudi Ă  Tunis l’importance de la libertĂ© d’_expression. Lors d’une confĂ©rence de presse, Moritz Leuenberger a eu droit Ă  une charge fĂ©roce de plusieurs journalistes tunisiens. Quant Ă  swissinfo, il n’est plus visible en Tunisie…
 
 
  Il fallait s’y attendre. AprĂšs le discours musclĂ© du PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration Ă  l’ouverture du Sommet mondial de la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), le ministre suisse de la communication – venu Ă  Tunis pour les deux derniers jours de la confĂ©rence onusienne – a subi une salve de questions agressives de la part des mĂ©dias tunisiens.
 
En substance, la Suisse a été critiquée pour son secret bancaire et pour sa bonne conscience de pays riche.
 
Mais les journalistes ont Ă©galement reprochĂ© aux autoritĂ©s helvĂ©tiques d’avoir embastillĂ© des internautes musulmans, des personnes effectivement poursuivies par la justice genevoise pour avoir utilisĂ© les ordinateurs de l’UniversitĂ© de GenĂšve, afin de diffuser de la propagande extrĂ©miste.
 
A l’issue de la confĂ©rence de presse, Moritz Leuenberger a rĂ©pondu aux questions de swissinfo. Une interview qui ne pourra pas ĂȘtre lue en Tunisie.
 
swissinfo: Il semble se confirmer qu’il n’est plus possible de consulter swissinfo en Tunisie. Or, Ă  tord ou Ă  raison, ce site est considĂ©rĂ© comme la voix de la Suisse. Quel est votre rĂ©action?
 
Moritz Leuenberger: Si cela s’avĂšre exact, il s’agit d’une violation de la libertĂ© d’_expression. Ce que je dĂ©plore et condamne Ă  la fois.
 
swissinfo: Ces derniers jours, la tension monte entre Berne et Tunis. Comment évaluez-vous cette crise diplomatique et son évolution?
 
M. L.: Le sommet est organisĂ© par l’ONU. Il s’est tenu pour une premiĂšre phase Ă  GenĂšve et pour la deuxiĂšme ici mĂȘme Ă  Tunis. Et nous avons toujours su que la question des droits de l’homme pouvait devenir un sujet dĂ©licat.
 
Mais contrairement Ă  d’autres pays qui ont prĂ©fĂ©rĂ© ne pas envoyer de dĂ©lĂ©gations de haut niveau, la Suisse a dĂ©cidĂ© d’ĂȘtre bien reprĂ©sentĂ©e Ă  Tunis et de s’exprimer en prioritĂ© sur les thĂšmes traitĂ©s par ce sommet.
 
Car les droits de l’homme ne sont pas l’unique sujet de ce sommet. Actuellement, on ne parle que de la situation des droits de l’homme en Tunisie. Or, nous n’avions pas pour but de venir Ă  Tunis pour exclusivement thĂ©matiser cette problĂ©matique.
 
Il y a beaucoup d’autres questions que la Suisse a empoignĂ©es dans le cadre du SMSI. Nous avons Ă©galement aidĂ© Ă  organiser cette 2e phase en Tunisie pour que ce sommet soit un succĂšs.
 
Mais si nous abordons la question des contenus vĂ©hiculĂ©s par l’Internet et la libertĂ© des mĂ©dias, alors il faut s’exprimer sans dĂ©tour.
 
swissinfo: Vous ne craignez pas que cette crise autour de la libertĂ© d’_expression en Tunisie ne finissent par porter ombrage au sommet et Ă  son contenu?
 
M.L.: Il ne faut pas abandonner notre profond attachement Ă  la libertĂ© d’_expression pour Ă©viter une crise.
 
Interview swissinfo, Frédéric Burnand et Thomas Stephen à Tunis
 
(Source : www.swissinfo.org, le 17 novembre 2005 à 21h49)
 


 
Tunis. Applaudi Ă  l’ouverture du Sommet de l’info, dans la capitale tunisienne, pour avoir osĂ© critiquer la censure de l’information en Tunisie, le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration a Ă©tĂ© censurĂ© Ă  son tour… par la TV locale!

 «Vous avez été censuré, Monsieur le président!»
Les gouvernements se sont engagĂ©s hier Ă  Tunis, Ă  l’ouverture du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), Ă  rĂ©duire la fracture numĂ©rique entre le Nord et le Sud. Un compromis a Ă©tĂ© conclu sur la rĂ©gulation d’internet. Le sommet a Ă©tĂ© ouvert par le prĂ©sident tunisien Ben Ali, en prĂ©sence d’une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont Samuel Schmid. Son discours trĂšs critique vis-Ă -vis des mĂ©thodes du rĂ©gime tunisien a Ă©tĂ© trĂšs applaudi. Le torchon brĂ»le entre Berne et Tunis. Samuel Schmid a Ă©tĂ© censurĂ© hier matin par la TV tunisienne qui transmettait en direct l’ouverture du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI). AprĂšs l’homme fort tunisien, Ben Ali, et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Kofi Annan, le prĂ©sident helvĂ©tique avait la parole, la Suisse Ă©tant l’hĂŽte de la premiĂšre phase du SMSI Ă  GenĂšve en 2003. Le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration a alors abordĂ© sans dĂ©tours la rĂ©pression et la censure en Tunisie: «Disons-le clairement » InstantanĂ©ment, le discours suivi par des millions de Tunisiens sur la chaĂźne locale Canal 7 est interrompu par une speakerine glorifiant Ben Ali. Mais Ă  vingt kilomĂštres de la capitale, au Palexpo du Kram oĂč se tient le Sommet, le prĂ©sident suisse est suivi avec intĂ©rĂȘt: «Il n’est pas acceptable que l’Organisation des Nations Unies compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu’ils ont critiquĂ© leur gouvernement ou leurs autoritĂ©s sur internet ou dans la presse. »   Salve d’applaudissements   Interrompu par une salve d’applaudissements, il reprend: «Pour moi, il va de soi qu’ici, Ă  Tunis, dans ces murs mais aussi Ă  l’extĂ©rieur, tout un chacun puisse discuter en toute libertĂ©. C’est l’une des conditions sine qua non de la rĂ©ussite de cette confĂ©rence internationale. » Autre ovation. . . Avec son français «bernois» hĂ©sitant mais confiant, le bonhomme capte l’attention internationale. Selon les opposants tunisiens, c’est historique: pour la premiĂšre fois, quelqu’un a osĂ© critiquer publiquement le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Ben Ali. . . assis Ă  cĂŽtĂ© de son hĂŽte. Dans les couloirs, des dĂ©lĂ©guĂ©s occidentaux se sont dĂ©clarĂ©s trĂšs satisfaits de l’audace suisse. Un dĂ©putĂ© italien a demandĂ© que le discours de Schmid soit affichĂ© au Parlement europĂ©en. «Monsieur le prĂ©sident, savez-vous que vos propos ont Ă©tĂ© censurĂ©s sur notre tĂ©lĂ©vision nationale?» lui demande le journaliste indĂ©pendant tunisien Rachid Khechana. «Il faut continuer la discussion avec les autoritĂ©s tunisiennes sur ce thĂšme, rĂ©pond Schmid. Il s’agit d’un processus et je suis convaincu que des Ă©vĂ©nements comme ce sommet le favorisent. » Autre affront: le prĂ©sident avait reçu mardi soir un accueil glacial Ă  l’aĂ©roport. Seul le chef du protocole l’y attendait. Alors que la ConfĂ©dĂ©ration est l’invitĂ©e d’honneur du SMSI. Devant les journalistes, Schmid prend les choses avec humour: «J’ai Ă©tĂ© bien reçu par notre ambassadeur Ă  Tunis. Que voulez-vous de plus? En Suisse, on est pragmatique et pas compliquĂ©!» La colĂšre du rĂ©gime Ben Ali fait suite Ă  une interview au Matin Dimanche du conseiller fĂ©dĂ©ral Moritz Leuenberger, chef de la dĂ©lĂ©gation suisse, oĂč il dĂ©nonçait les violations des droits de l’homme. En outre, des diplomates suisses, ainsi que des ONG de droits humains, ont rĂ©guliĂšrement fait savoir Ă  Tunis qu’organiser un sommet mondial — auquel la sociĂ©tĂ© civile est pleinement associĂ©e — implique le respect de ses propres citoyens.   La Toile reste en mains amĂ©ricaines   Les autres travaux du SMSI ont Ă©tĂ© un peu Ă©clipsĂ©s par ces pĂ©ripĂ©ties. Mais la principale nouvelle concerne la gouvernance d’internet: les Etats-Unis, sans lĂącher du lest — c’est-Ă -dire leur contrĂŽle de facto sur la gestion du web — ont acceptĂ© de poursuivre le dialogue dans un forum international sur cette question. SuccĂšs ou dĂ©cision de dĂ©cider plus tard? C’est selon.   Tunis / carole vann et Daniel Wermus infosud   (Source : « 24 Heures» (Suisse), le 17.11.2005)

 

Mini-Sommet dissident plébiscité

c. v. et d. w.   Le mĂȘme aprĂšs-midi, les dissidents tunisiens conviaient les journalistes internationaux Ă  une confĂ©rence de presse dans les locaux de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), en pleine ville. Jusqu’à la derniĂšre minute, la grande interrogation Ă©tait de savoir si la police quadrillerait une fois de plus le quartier et disperserait la rĂ©union par la force. Mais non.   Des centaines de journalistes, Ă©quipes TV, diplomates, militants de tous pays (Tunisiens compris) ont pu assister sans embĂ»ches Ă  la rĂ©union. La salle Ă©tait comble. MĂȘme Manuel Tornare Ă©tait au rendez-vous. Le maire genevois a rappelĂ© que sa ville, comme organisatrice de la premiĂšre phase du Sommet, Ă©tait directement concernĂ©e par la tournure des Ă©vĂ©nements en Tunisie. Et il a saluĂ© «le courage de Samuel Schmid».   Le coup d’éclat de ce dernier tenait la vedette durant cette rencontre mĂ©diatique transformĂ©e Ă  l’improviste en mini-Sommet dissident. «Les autoritĂ©s ont prouvĂ© devant le monde entier qu’ils pratiquent la censure. Difficile aprĂšs ça de dire que nous l’inventons», a dĂ©clarĂ© l’Iranienne Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, qui Ă©tait aussi au rendez-vous citoyen.   (Source : « 24 Heures» (Suisse), le 17.11.2005)  


 

BEN ALI IRRITE ENFIN SES AMIS FRANÇAIS

Nicolas Beau

 

Cette fois, le rĂ©gime tunisien a dĂ©passĂ© les bornes“, estime un haut fonctionnaire du quai d’Orsay aprĂšs la violente agression dont a Ă©tĂ© victime, Ă  Tunis le 11 novembre le journaliste de “LibĂ©ration” Christophe Boltanski. Et le mĂȘme diplomate d’affirmer, trois jours plus tard, que le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres allait rĂ©diger une protestation officielle. Quelle audace !

 

Une certitude, les agressions en pleine rue par des nervis non identifiĂ©s contre des militants des droits de l’homme se multiplient ces derniers jours Ă  Tunis oĂč le Sommet mondial de la sociĂ©tĂ© de l’information, patronnĂ© par l’ONU, doit dĂ©buter le 16 novembre.

 

Un vĂ©ritable “sommet de la dĂ©sinformation“, comme titrent plusieurs journaux français… Tunis, ripolinĂ© de neuf, est en Ă©tat de siĂšge : les militants des droits de l’homme en grĂšve de la faim sont accusĂ©s de trahir leur pays; le patron de Reporters sans frontiĂšres, Robert MĂ©nard, est interdit d’entrĂ©e en Tunisie sous prĂ©texte d’une plainte dĂ©posĂ©e Ă  son encontre, et le patron de la ligue tunisienne des droits de l’homme, tabassĂ© en pleine rue, n’a mĂȘme plus accĂšs Ă  son courrier Ă©lectronique.

 

LUTTE DE CLANS

 

En organisant ce sommet surrĂ©aliste dans un pays oĂč l’information est cadenassĂ©e, le rĂ©gime tunisien se tire une balle dans le pied. D’autant que le prĂ©sident Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, apparaĂźt ” trĂšs malade, fatiguĂ© et isolĂ©“, selon les confidences d’un ancien ministre. Lors de la “nuit du destin”, la plus sacrĂ©e du ramadan, le 30 octobre, le chef de l’Etat priait assis, ce que l’islam ne permet que pour les fidĂšles malades. Durant le mois de jeĂ»ne, il n’est apparu qu’en de rares occasions, le regard fixe, sans que la tĂ©lĂ©vision s’attarde comme Ă  l’accoutumĂ©e sur sa personne. Fin de rĂšgne ? On l’espĂšre…

Le 28 septembre, Ben Ali a d’ailleurs fait adopter Ă  la sauvette une loi pour que l’Etat lui garantisse son traitement en cas de dĂ©mission. Un article du texte prĂ©cisait que l’administration prendrait Ă©galement en charge les dĂ©penses d’eau, de gaz et d’Ă©lectricitĂ© de l’ancien prĂ©sident !

 

Il est possible que dans cette relative vacance du pouvoir certains clans jouent la politique du pire“, estime-t-on au quai d’Orsay. Dans ce cas, l’agression contre le journaliste de ” LibĂ©ration” serait la bavure de trop. Des proches de Leila Trabelsi, la trĂšs ambitieuse femme du chef de l’Etat, passent en effet pour des partisans des mĂ©thodes expĂ©ditives et refusent de rĂ©pondre aux timides appels Ă  la modĂ©ration des amis de la Tunisie tels la France ou les Etats-unis. Peu leur importe que Washington souhaite que Ben Ali en fasse autant “dans le domaine des rĂ©formes politiques” qu’en matiĂšre Ă©conomique. Mais c’est dĂ©jĂ  un peu tard pour sauver ce rĂ©gime familial.

 

(Source : Le Canard Enchaßné, Mercredi 16 novembre 2005)


 

Samuel Schmid en Guillaume Tell de Tunisie

Carole Vann et Frédéric Burnand à Tunis

 

Le discours du président de la Confédération et sa censure par la télévision publique tunisienne ont frappé les esprits au pays du président Zine Ben Ali. Coïncidence ou non, le régime semble avoir lùché la bride aux ONG tunisiennes indépendantes.

 

Selon les opposants tunisiens, c’est historique: pour la premiĂšre fois, une personnalitĂ© a osĂ© critiquer publiquement le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral Ben Ali. Et ceci alors que le prĂ©sident Ă©tait assis Ă  cĂŽtĂ© de son hĂŽte lors de l’ouverture du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI).

 

Dans les couloirs du Sommet, des dĂ©lĂ©guĂ©s occidentaux se sont Ă©galement dĂ©clarĂ©s trĂšs satisfaits de l’audace suisse. Un parlementaire italien a mĂȘme demandĂ© que le discours de Samuel Schmid soit affichĂ© au parlement europĂ©en.

 

Sur les Champs Elysée de Tunis

 

Et le soir mĂȘme dans les cafĂ©s qui bordent l’avenue Bourguiba – les Champs ElysĂ©e de Tunis – il n’Ă©tait pas rare d’entendre des Tunisiens commenter l’affaire.

 

Echantillon: «Tu te rends compte. Le président de la Suisse a défendu la liberté en Tunisie. Et Canal 7 a stoppé son discours pour le remplacer par un reportage sur les animaux !»

 

Quant aux mĂ©dias du monde entier, prĂ©sents au sommet de Tunis, ils ont Ă©galement tressĂ© des couronnes au prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration, tout comme certains journaux en ligne indĂ©pendants tunisiens (gĂ©nĂ©ralement bloquĂ©s par les autoritĂ©s tunisiennes et donc invisibles sur les Ă©crans d’ordinateurs du pays).

 

L’Ă©tau se desserre

 

CoĂŻncidence ou non, les dissidents tunisiens soutenus par les ONG internationales ont enfin pu – le jour du discours – tenir une confĂ©rence de presse dans les locaux de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), en pleine ville.

 

Parmi ces ONG figure la plate-forme suisse Communica-ch qui cherchait depuis des jours Ă  organiser un sommet citoyen en marge du SMSI.

 

Des centaines de journalistes, équipes TV, diplomates, militants de tous pays (Tunisiens compris) ont été autorisés à assister sans embûches à la réunion. La salle était comble.

 

MĂȘme Manuel Tornare Ă©tait au rendez-vous. Le maire de GenĂšve a rappelĂ© que sa ville, comme organisatrice de la premiĂšre phase du Sommet, Ă©tait directement concernĂ©e par la tournure des Ă©vĂ©nements en Tunisie. Et il a saluĂ© «le courage de Samuel Schmid».

 

De fait, le coup d’Ă©clat du prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration a tenu la vedette durant cette rencontre mĂ©diatique, transformĂ©e Ă  l’improviste en mini sommet dissident.

 

«Les autoritĂ©s ont prouvĂ© devant le monde entier qu’elles pratiquent la censure. Difficile aprĂšs ça de dire que nous l’inventons», a dĂ©clarĂ© Shirin Ebadi, l’avocate iranienne des droits de l’homme, Prix Nobel de la Paix 2003, qui participait Ă  ce rendez-vous citoyen.

 

Une chose est sure. Les autoritĂ©s tunisiennes ont – au moins momentanĂ©ment – lĂąchĂ© la bride aux opposants. En tous cas dans la capitale.

 

Pour preuve, une manifestation d’environ 150 personnes a pu se dĂ©ployer dans les rues de Tunis et scander «à bas le rĂ©gime» sans se faire rĂ©primer par la police.

 

swissinfo avec Infosud, Carole Vann et Frédéric Burnand à Tunis

 

(Source : Le site www.swissinfo.org (Suisse), le 17 novembre 2005 à 17h42)

URL: http://www.swissinfo.org/sfr/swissinfo.html?siteSect=107&sid=6247420&cKey=1132251314000


 

Samuel Schmid impose son courage au Sommet mondial de l’information

TUNIS · Le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration a Ă©tĂ© si courageux qu’il a Ă©tĂ© censurĂ©.
Roger de Diesbach   Hier matin, Ă  l’ouverture du Sommet mondial de l’information (SMSI) Ă  Tunis, Samuel Schmid, prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique, et l’Iranienne Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix 2003 et reprĂ©sentante de la sociĂ©tĂ© civile Ă  ce sommet, ont incontestablement volĂ© la vedette aux autres illustres orateurs. Samuel Schmid a Ă©tĂ© interrompu Ă  deux reprises par des salves d’applaudissements. Avant lui, le prĂ©sident tunisien Ben Ali et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU Kofi Annan avaient parlĂ© dans le silence.   Critiques planĂ©taire   Pourquoi ce succĂšs du couple Schmid-Ebadi? Parce que tous deux ont fait preuve d’un courage certain, rappelant sĂšchement qu’un sommet mondial sur l’ouverture d’internet n’Ă©tait pas dissociable du respect des droits de l’homme et de la libertĂ© d’_expression. La Tunisie n’Ă©tait pas explicitement montrĂ©e du doigt mais c’en Ă©tait dĂ©jĂ  trop. La TĂ©lĂ©vision tunisienne qui prĂ©sentait l’ouverture du sommet a brusquement interrompu son Ă©mission lorsque Samuel Schmid a commencĂ© Ă  parler des droits de l’homme. La censure est Ă©vidente. Mme Ebadi connaĂźtra le mĂȘme sort.   Si Kofi Annan avait rappelĂ© que la sociĂ©tĂ© d’information ne pouvait pas fonctionner sans la libertĂ© de chacun de chercher, de recevoir et de transmettre de l’information et des idĂ©es, Samuel Schmid a Ă©tĂ© bien plus explicite: «UtilisĂ©es Ă  mauvais escient, les technologies de l’information peuvent ĂȘtre prĂ©judiciables Ă  la sociĂ©tĂ© en conduisant les Etats Ă  surveiller leurs citoyens sans respecter leur sphĂšre privĂ©e ou leurs droits dĂ©mocratiques.»   Et «Super-Schmid» de poursuivre Ă  l’adresse des 172 pays reprĂ©sentĂ©s Ă  Tunis: «Parmi les individus encore interdits d’accĂšs aux moyens d’information, nombreux le sont pour des raisons politiques. Il n’est pas acceptable que l’ONU compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu’ils ont critiquĂ© leur gouvernement ou leurs autoritĂ©s sur internet ou dans la presse (rĂ©d: c’est le cas de la Tunisie). Toute sociĂ©tĂ© du savoir respecte l’indĂ©pendance de ses mĂ©dias comme elle respecte les droits de l’homme. J’attends donc que les libertĂ©s d’_expression et d’information constituent les thĂšmes centraux de ce dĂ©bat.» A son arrivĂ©e mardi soir, le prĂ©sident suisse avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© reçu par les Tunisiens au plus bas niveau, «aussi mal que le roi du NĂ©pal», nous dit-on de source autorisĂ©e. Gageons qu’il repartira dans une froideur sibĂ©rienne. Le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a donnĂ© l’impression de dire tout haut ce que l’ONU n’avait pas le courage de dire. Elle dĂ©nonce ces pays qui manipulent les rĂ©unions internationales en y envoyant des ONG qu’ils ont eux-mĂȘmes créées, s’Ă©lĂšve contre les pays qui, pour des raisons morales, empĂȘchent l’accĂšs Ă  l’information ou emprisonnent les auteurs de propos critiques, les Ă©crivains, les dĂ©fenseurs de droits de l’homme. Shirin Ebadi exige enfin la libĂ©ration de tous les dĂ©tenus pour dĂ©lits d’opinion.   Un vrai miracle   Par ailleurs, Mme Ebadi propose que les pays riches achĂštent moins d’armes, ce qui leur donnerait les moyens de combler le fossĂ© numĂ©rique existant entre le Nord et le Sud. Elle propose aussi de crĂ©er un comitĂ© ONU-ONG pour Ă©viter le filtrage d’internet par des Etats qui sacrifient l’intĂ©rĂȘt de leur peuple Ă  leurs ambitions politiques.   Hier soir, la Ligue tunisienne des droits de l’homme donnait confĂ©rence de presse devant plus de 200 journalistes venus pour le sommet. Miracle! La police tunisienne n’a pas empĂȘchĂ© cette manifestation. La Tunisie changerait-elle d’attitude grĂące au SMSI? Mokhtar Trifi, prĂ©sident de la Ligue, estime le fait positif mais refuse de croire au PĂšre NoĂ«l. Il a connu tant de revirements. Sujet principal de cette confĂ©rence: annoncer que le forum citoyen qui devait se tenir parallĂšlement au SMSI n’aura pas lieu, interdit par le rĂ©gime Ben Ali. Ils sont navrĂ©s.   Shirin Ebadi, de nombreux orateurs et mĂȘme le maire de GenĂšve Samuel Tornare sont venus apporter leur soutien Ă  la Ligue, aux grĂ©vistes de la faim et Ă  tous les combattants tunisiens pour les droits de l’homme. Ils ont parlĂ© si longtemps que les journalistes n’ont pas eu le temps de poser de questions. Commentaire d’une militante Ă  la sortie: «Il faut les comprendre, ils ont si peu d’occasions de parler de leurs malheurs qu’ils en profitent. Et la confĂ©rence de presse oĂč l’on a le droit de poser des questions, ils ne connaissent pas vraiment.»   (Source : « La LibertĂ© » (Suisse), le 17.11.2005)

  SOMMET. Le prĂ©sident Samuel Schmid a appelĂ© au respect de la libre _expression dans son discours inaugural. Trop tard: il n’y aura pas de «confĂ©rence alternative», ont regrettĂ© les ONG.  

Sans la nommer, la Suisse tance la Tunisie Ă  l’ouverture du SMSI

L’obsession sĂ©curitaire du rĂ©gime de prĂ©sident Ben Ali lors du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), qui s’est officiellement ouvert mercredi matin, frise parfois le ridicule. ParallĂšlement aux nĂ©gociations onusiennes proprement dites, qui ont connu un premier cycle de dimanche Ă  mardi soir (lire ci-dessous), une sĂ©rie d’Ă©vĂ©nements sont organisĂ©s au Palexpo de Tunis.   La Suisse soutient notamment un atelier consacrĂ© aux aveugles et Ă  leur usage du Web. L’un des participants s’est dĂ©placĂ© accompagnĂ© de son chien qui lui sert de guide. Les responsables tunisiens ont refusĂ© catĂ©goriquement de laisser l’animal entrer dans l’enceinte du sommet. Les bus officiels lui Ă©taient Ă©galement refusĂ©s. On Ă©tait Ă  deux doigts de l’incident diplomatique lorsque les organisateurs ont finalement cĂ©dĂ©. La brave bĂȘte est dĂ©sormais accrĂ©ditĂ©e. Comme quoi, si le gouvernement tunisien ne respecte pas toujours les droits humains, Ă  force d’insister, il peut respecter celui des chiens. Cette anecdote, entendue auprĂšs d’officiels tunisiens dans les allĂ©es du Palexpo, reste un dĂ©tail dans l’organisation d’une confĂ©rence internationale. Elle rĂ©vĂšle pourtant Ă  quel point culmine la crispation du rĂ©gime tunisien.   Le respect des droits de l’homme, voilĂ  l’accent que Samuel Schmid, prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration et hĂŽte d’honneur de la seconde phase du SMSI (GenĂšve a abritĂ© sa premiĂšre phase en dĂ©cembre 2003) avait choisi de donner Ă  son discours d’ouverture. Protocole oblige, Samuel Schmid a parlĂ© aprĂšs le prĂ©sident tunisien Ben Ali et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU Kofi Annan. «La diversitĂ© d’Internet ne reflĂšte pas celle du monde», s’est plaint le premier dans un appel ambigu Ă  «prĂ©server les spĂ©cificitĂ©s culturelles». «L’ONU ne veut pas prendre le contrĂŽle d’Internet», a rappelĂ© le second pour mettre fin aux rumeurs lancĂ©es notamment par les Etats-Unis.   «Il est inacceptable que l’ONU compte en ses rangs des Etats qui emprisonnent des individus car ils ont critiquĂ© leur gouvernement sur Internet, a dit le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration. J’attends qu’ici, Ă  Tunis, dans ces murs et Ă  l’extĂ©rieur, tout un chacun puisse discuter en toute libertĂ©.» Ces Ă©vidences, un grand nombre de membres de l’assemblĂ©e onusienne peut y souscrire en privĂ©. Les Ă©noncer Ă  la tribune est pourtant un pas que tous ne sont pas prĂȘts Ă  franchir. Samuel Schmid a recueilli autant d’applaudissements que l’Iranienne Shirin Ebadi, qui parlait hier au nom de la sociĂ©tĂ© civile, partie prenante du sommet. Celle qui a reçu le Prix Nobel de la paix en 2003 a pris un ton plus dramatique en demandant la libĂ©ration des prisonniers enfermĂ©s suite Ă  l’exercice qu’ils ont fait de la libertĂ© d’_expression.   L’allusion de Samuel Schmid Ă  la situation tunisienne, oĂč les prisonniers d’opinion ne manquent pas, Ă©tait transparente. Depuis lundi, les ONG spĂ©cialisĂ©es dans les droits humains attirent l’attention sur leur impossibilitĂ© physique d’organiser une «ConfĂ©rence alternative», rendue nĂ©cessaire, selon elles, par la non-accrĂ©ditation de membres de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne. Des salles avaient Ă©tĂ© rĂ©servĂ©es pour ce rassemblement. Ces rĂ©servations ont Ă©tĂ© annulĂ©es et, depuis lundi, toute tentative de se rassembler a fini sous les matraques policiĂšres.   L’appel Ă  l’aide lancĂ© mardi Ă  l’Union europĂ©enne pour que les diplomates dĂ©nichent eux-mĂȘmes un espace oĂč les ONG pourraient s’exprimer librement a Ă©tĂ© vain. Hier, elles ont annoncĂ© qu’elles n’Ă©taient pas en mesure d’organiser un Ă©vĂ©nement alternatif au SMSI. PĂ©kin et BahreĂŻn, pas exactement des modĂšles de dĂ©mocratie, avaient chacun autorisĂ© la tenue d’un «contre-sommet». Le prĂ©sident Ben Ali a dĂ©cidĂ© que son sol national n’en connaĂźtrait pas.   (Source : « Le Temps » (Suisse), le 17.11.2005)  

Washington gagne la guerre de la gouvernance du Net

Un forum non contraignant sera créé en 2006.

David Haeberli   Qui doit diriger Internet? C’Ă©tait l’une des grandes questions de cette confĂ©rence onusienne Ă  Tunis. Une partie de la rĂ©ponse est tombĂ©e mardi soir, Ă  22h10, aprĂšs trois jours de nĂ©gociations: un forum (le «Internet Governance Forum») sera créé en 2006, a dĂ©cidĂ© l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU. Ouvert aux gouvernements, au secteur privĂ© et Ă  la sociĂ©tĂ© civile, le forum sera le lieu oĂč pourront ĂȘtre discutĂ©s les problĂšmes du Web: spam, «phishing» et autres formes de piraterie, pornographie enfantine, systĂšme d’adressage, etc. Son existence devra ĂȘtre réévaluĂ©e dans cinq ans. «C’est le dĂ©part de l’internationalisation du Net», a dit un reprĂ©sentant de l’UIT. Mais les Etats-Unis ne perdront rien de leur pouvoir sur le rĂ©seau.   Paradoxalement, la crĂ©ation de ce forum est un grand succĂšs de la diplomatie amĂ©ricaine. Il y a six semaines, Ă  GenĂšve, lors de la derniĂšre confĂ©rence de prĂ©paration du sommet de Tunis, le gouvernement de George Bush s’Ă©tait pourtant trouvĂ© absolument seul pour combattre son existence. Le reste du monde voulait mettre fin Ă  l’avantage historique que les AmĂ©ricains s’Ă©taient assurĂ© en participant, du point de vue technologique et financier, Ă  l’Ă©dification du Net, en crĂ©ant un corps de type onusien qui chapeauterait la Toile. Dans le viseur de la communautĂ© internationale: le contrat liant l’Icann, sociĂ©tĂ© californienne en charge notamment de «l’annuaire des annuaires» qui permet au Net de fonctionner, et le DĂ©partement du commerce amĂ©ricain qui valide ses dĂ©cisions. Ce contrat doit prendre fin en septembre 2006 mais l’administration Bush avait clairement dit qu’elle ne cĂ©derait en rien la position qu’elle s’est assurĂ©e.   Hier, Michael Gallagher, sous-secrĂ©taire au Commerce, s’est rĂ©joui de l’arrivĂ©e prochaine du forum. «Nous soutenons entiĂšrement sa crĂ©ation. Le texte reprend exactement ce que nous prĂŽnons», a-t-il dit au Temps. Son enthousiasme s’explique par le fait que ce forum n’aura aucune force contraignante. Nulle part les textes officiels ne mentionnent le contrat liant l’Icann et les autoritĂ©s amĂ©ricaines. Pas un mot non plus sur l’Iana, autre agence opĂ©rant dans le mĂȘme domaine que l’Icann et dont le rĂŽle est d’Ă©gale importance. La discussion sur la position dominante des Etats-Unis sur le Net a eu lieu, et cette derniĂšre en ressort intacte.   (Source : « Le Temps » (Suisse), le 17.11.2005)


 

Temps présent (*)

Tunisie, le sommet de l’intox

17 novembre 2005   Peut-on organiser le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information dans un pays qui censure les mĂ©dias et Internet ? Une Ă©quipe de Temps PrĂ©sent s’est rendue Ă  Tunis pour filmer une dĂ©mocratie de façade oĂč le respect de la loi permet de couvrir toutes les violations des droits de l’homme. Reportage sous surveillance.   Du 16 au 18 novembre, Tunis accueille la deuxiĂšme phase du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), une manifestation parrainĂ©e par les Nations Unies visant Ă  rĂ©duire la fracture numĂ©rique entre pays riches et pays pauvres et permettre Ă  ces derniers d’avoir accĂšs aux technologies de l’information et de la communication, tel l’Internet.   Parler de la sociĂ©tĂ© de l’information dans un pays qui musĂšle la libertĂ© d’_expression et qui est rĂ©guliĂšrement dĂ©noncĂ© par la Ligue des droits de l’homme : c’est le paradoxe tunisien. Pour s’en convaincre, une Ă©quipe de Temps PrĂ©sent s’est rendue Ă  deux reprises Ă  Tunis afin de vĂ©rifier s’il est possible pour la presse Ă©trangĂšre de remplir son devoir d’information.   Sur place, le maĂźtre-mot du rĂ©gime, c’est la surveillance. Mais pas question de montrer ce dispositif aux Ă©trangers. Les policiers sont en civil et esquivent les questions des journalistes. Officiellement, tout est possible, Ă  condition d’ĂȘtre chaperonnĂ©. Pour sa propre sĂ©curitĂ©.   Notre Ă©quipe a nĂ©anmoins pu rencontrer Radia Nasraoui, une avocate qui est une des figures de la lutte pour les droits de l’homme et qui a permis de dĂ©jouer quelques filatures pour interviewer des opposants au rĂ©gime et recueillir les tĂ©moignages de victimes de la rĂ©pression.   Car sous ses atours modernes et prospĂšres, la Tunisie est avant tout le pays du prĂ©sident Ben Ali, un homme affable qui gouverne depuis 18 ans d’une main de fer. La tenue de ce sommet est une fabuleuse publicitĂ© pour la Tunisie et doit permettre Ă  Ben Ali de lĂ©gitimer son modĂšle : une dĂ©mocratie de façade.   Un reportage de Jean-Philippe Schaller et Christian Karcher Image : Yves Dubois Son : BenoĂźt Crettenand Montage : Didier Sergent   (*) Temps PrĂ©sent, le plus ancien magazine d’information de la TSR, traite depuis 1969 de sujets politiques, sociaux, Ă©conomiques, historiques et de faits de sociĂ©tĂ© puisĂ©s dans l’actualitĂ© au sens large, suisse ou internationale.   Le programme peut ĂȘtre visionnĂ© sur le site de la TSR : http://www.tsr.ch   Il est rediffusĂ© sur TV5 le mercredi  23 novembre 2005, Ă  21h03   Site web ou l’on pourra visionner le magazine: http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=370506


Tunis Moindre mal
SABATIER Patrick LibĂ©ration EVENEMENT, jeudi 17 novembre 2005, p. 3 Kofi Annan aurait dĂ» commencer par s’appliquer Ă  lui-mĂȘme le principe qu’il a Ă©dictĂ© hier Ă  Tunis : «La sociĂ©tĂ© de l’information est impensable sans la libertĂ©.» Il aurait de la sorte Ă©vitĂ© le ridicule de ce Sommet sur la sociĂ©tĂ© de l’information organisĂ© dans un sultanat oĂč les experts de l’ONU eux-mĂȘmes constatent que la libertĂ© d’information est une espĂšce disparue. La «fracture numĂ©rique» entre les pays dĂ©veloppĂ©s et les autres est bien sĂ»r un vrai problĂšme. Comme la question de la gouvernance du rĂ©seau des rĂ©seaux est lĂ©gitime. Par essence et vocation multinational, l’Internet ne pourra rester Ă©ternellement sous contrĂŽle d’un seul pays, les Etats-Unis, Ă  travers la tutelle qu’ils exercent sur l’Icann, la sociĂ©tĂ© privĂ©e qui gĂšre les «noms de domaine», adresses qui permettent la circulation sur les autoroutes de l’information. Il faudra que l’Icann coupe le cordon ombilical qui la lie Ă  Washington. Mais c’est une bonne chose, ou un moindre mal, que l’offensive des rĂ©gimes autoritaires, qui voudraient que la gouvernance du Net soit confiĂ©e Ă  l’ONU, sous couvert de lutte contre la «domination amĂ©ricaine», ait Ă©chouĂ©e. Le compromis, d’inspiration europĂ©enne adoptĂ© Ă  Tunis laisse Ă  l’Icann la gestion du rĂ©seau. Il ouvre en mĂȘme temps un forum international de discussions oĂč les questions de rĂ©gulation (lutte antispams, virus et cybercriminalitĂ©) pourront ĂȘtre abordĂ©es. Encore faut-il qu’en tĂȘte de son ordre du jour, ce forum place la question de la libertĂ© du Net, de la censure et de la rĂ©pression, en particulier dans les quinze pays, Tunisie en tĂȘte, qui embastillent leurs internautes, comme l’Ă©tablit le rapport de Reporters sans FrontiĂšres dont nous publions les conclusions. _(Source : LibĂ©ration, le 17 novembre 2005, p. 41) 

 


A Tunis, une grĂšve de la faim contre l’oppression

A quelques kilomĂštres du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information, huit opposants politiques se sont mis en grĂšve de la faim pour dĂ©noncer l’absence de libertĂ©s en Tunisie ‱ Reportage par Christophe ALIX LIBERATION.FR : jeudi 17 novembre 2005 – 15:17 Tunis envoyĂ© spĂ©cial Assis sur des chaises, ils sont tous regroupĂ©s dans une petite piĂšce de ce cabinet d’avocats du centre de Tunis. Ils sont huit, les huit grĂ©vistes de la faim que viennent visiter de nombreuses personnes, journalistes et reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile venus assister Ă  Tunis au Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© d’information (SMSI). «Ça dĂ©file tout le temps… Plusieurs centaines de personnes par jour, explique couverture sur le dos Ayachi Hammami, avocat et grĂ©viste de la faim qui hĂ©berge dans ses locaux cette manifestation et dirige le comitĂ© pour la libĂ©ration de Mohammed Abbou, condamnĂ© Ă  trois ans et demi de prison pour avoir critiquĂ© Ben Ali sur le site interdit Tunisnews. Devant des murs couverts de tĂ©moignages et de banderoles, les grĂ©vistes reçoivent les encouragements de leurs proches et rĂ©pondent aux interviews. «Le sommet nous a donnĂ© une belle tribune, explique l’un d’eux, mais nous avons surtout rĂ©ussi Ă  tenir dans la durĂ©e et Ă  rĂ©unir autour de nous toutes les tendances de l’opposition». Suivis par des mĂ©decins, trĂšs affaiblis pour plusieurs d’entre eux, ces opposants se contentent de boire des infusions avec un peu de sucre. Plusieurs d’entre eux ont du temporairement arrĂȘter leur jeĂ»ne en raison d’ennuis de santĂ©. Dans les couloirs, les visiteurs du jour s’informent auprĂšs des journalistes de l’ambiance Ă  l’intĂ©rieur du sommet et dĂ©noncent les fermetures des Ă©coles, des universitĂ©s et de la fonction publique Ă  l’occasion du SMSI. «Le rĂ©gime avait trĂšs peur de manifestations et de rassemblements devant les camĂ©ras Ă©trangĂšres, explique une femme. C’est pourquoi il a donnĂ© congĂ© aux Ă©tudiants, Ă©coliers et fonctionnaires». «C’est une honte d’organiser un sommet sur la sociĂ©tĂ© de l’information dans un pays qui censure Ă  ce point internet, explique un autre. En mĂȘme temps, c’est une belle caisse de rĂ©sonance pour la cause de la dĂ©mocratisation de la Tunisie». Dehors l’ambiance est toute diffĂ©rente. CachĂ©s dans des recoins de portes cochĂšres ou Ă©loignĂ©s de plusieurs dizaines de mĂštres, la prĂ©sence policiĂšre, uniquement en civils, est impressionnante. Ils sont plusieurs dizaines probablement. Ils filment, photographient et notent toutes les allĂ©es et venues. DĂ©butĂ© il y a trente jours, le mouvement doit recevoir aujourd’hui la visite du prix Nobel de la paix iranienne, Shirin Ebadi, la seule hier avec le prĂ©sident suisse Samuel Schmid Ă  avoir dit tout haut ce que l’Onu n’avait pas eu le courage de dire sur la libertĂ© d’_expression sur l’internet. ReprĂ©sentante de la sociĂ©tĂ© civile au SMSI oĂč elle a demandĂ© la crĂ©ation d’un comitĂ© de l’Onu pour Ă©viter le filtrage d’internet par des Etats limitant la libertĂ© d’_expression sur le rĂ©seau, elle devrait demander aux grĂ©vistes de mettre un terme Ă  leur mouvement. http://www.liberation.fr/page.php?Article=339172

Tunis

Un sommet sous bonne escorte Ouverture hier de la rencontre, conçue comme une opération de propagande par Tunis.

LibĂ©ration EVENEMENT, jeudi 17 novembre 2005, p. 2 AYAD Christophe Le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), qui s’est ouvert hier Ă  Tunis, aura servi Ă  quelque chose : le prĂ©sident de l’AutoritĂ© palestinienne, Mahmoud Abbas, y a eu deux entretiens dans la mĂȘme journĂ©e avec le chef de la diplomatie israĂ©lienne, Sylvan Shalom. Cela faisait des mois qu’IsraĂ©liens et Palestiniens ne s’Ă©taient pas rencontrĂ©s Ă  ce niveau. Pour le reste, rien Ă  signaler au pays des libertĂ©s cybernĂ©tiques ­ comme d’autres ont Ă©tĂ© ceux des «libertĂ©s rĂ©elles». Le prĂ©sident tunisien Zine al-Abidine Ben Ali a plaidĂ©, dans son discours d’ouverture du sommet, pour une sociĂ©tĂ© de l’information «juste, Ă©quilibrĂ©e et solidaire». Ni «libre», ni «ouverte», ni «dĂ©mocratique» : ces gros mots n’ont pas troublĂ© les dĂ©bats des 23 000 participants et de la douzaine de chefs d’Etat prĂ©sents au sommet, qui se tient au Kram, banlieue de Tunis. Seule l’avocate et prix Nobel de la paix iranienne Shirin Ebadi et le prĂ©sident suisse ont dĂ©noncĂ© la censure et plaidĂ© pour la libertĂ© d’_expression et d’information. Le chef de l’Etat helvĂ©tique, Samuel Schmid, n’y est pas allĂ© par quatre chemins : «Pour moi, il va de soi qu’ici Ă  Tunis, dans ces murs mais aussi Ă  l’extĂ©rieur, tout un chacun puisse discuter en toute libertĂ© […] Il n’est pas acceptable que l’ONU compte encore parmi ses membres des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu’ils ont critiquĂ© leur gouvernement sur l’Internet ou dans la presse.» La tĂ©lĂ©vision d’Etat tunisienne a interrompu la retransmission de son discours. Les autoritĂ©s ont tout fait pour le bon dĂ©roulement du sommet, conçu comme une opĂ©ration de prestige et de propagande: Ă©coles et universitĂ©s fermĂ©es, fonctionnaires en congĂ©, circulation rĂ©duite, dĂ©ploiement policier massif, notamment Ă  cause de la prĂ©sence d’une forte dĂ©lĂ©gation israĂ©lienne Ă  Tunis malgrĂ© l’absence d’un traitĂ© de paix entre les deux pays… Les confĂ©renciers, coincĂ©s Ă  15 km du centre-ville, ne risquent pas de se mĂ©langer avec la population tunisienne. Mais un grain de sable est venu perturber ce bel ordonnancement. Huit, puis six, opposants politiques se sont mis en grĂšve de la faim depuis le 18 octobre pour dĂ©noncer l’absence de libertĂ©s en Tunisie, confirmĂ©e par un rĂ©cent rapport de Human Rights Watch et les dĂ©clarations de trois rapporteurs spĂ©ciaux de l’ONU. MalgrĂ© de fortes pressions, le pouvoir n’est pas parvenu Ă  «casser» ce mouvement. Il s’en est pris aux mĂ©dias Ă©trangers venus en parler. Vendredi soir, l’envoyĂ© spĂ©cial de LibĂ©ration, Christophe Boltanski, a Ă©tĂ© agressĂ© Ă  Tunis, rouĂ© de coups et poignardĂ© par quatre inconnus, vraisemblablement des policiers en civil. Lundi, une Ă©quipe de la RTBF a Ă©tĂ© agressĂ©e Ă  son tour par la police, et s’est vu confisquer une cassette. Les autoritĂ©s nient toute implication et affirment enquĂȘter. Cette sĂ©rie d’incidents a fini par irriter Paris qui a, pour une fois, osĂ© critiquer Tunis. Les deux capitales risquent d’Ă©changer de nouvelles amabilitĂ©s aujourd’hui Ă  l’occasion de l’arrivĂ©e de Robert MĂ©nard, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Reporters sans frontiĂšres (RSF), invitĂ©s par l’ONU, mais que les autoritĂ©s tunisiennes ont dĂ©crĂ©tĂ© persona non grata. Elles ont opportunĂ©ment dĂ©terrĂ© une plainte contre lui, dont il n’avait jamais eu connaissance et datant de 2002, pour une brĂšve occupation de l’Office de tourisme tunisien Ă  Paris… Pendant ce temps, dans la capitale française, par le biais d’un communiquĂ© publiĂ© hier, cinq dĂ©putĂ©s UMP, dont le vice-prĂ©sident de l’AssemblĂ©e, Eric Raoult, et Pierre Lellouche, ont pris la dĂ©fense du prĂ©sident Ben Ali, qui, pour eux, «n’est pas un ennemi de la dĂ©mocratie». Ils dĂ©noncent la campagne «injuste et inamicale» qui serait menĂ©e contre celui-ci par des «adeptes du tout ou rien dĂ©mocratique». Sans oser Ă©voquer les nombreuses agressions, commises notamment contre notre envoyĂ© spĂ©cial.
 
(Source : Libération le 17.11.2005)

Tunis Les quinze bĂȘtes noires du Net

Reporters sans frontiĂšres rend publique, aujourd’hui au sommet de Tunis, la liste des pays oĂč la libertĂ© sur la Toile est la plus limitĂ©e.

LibĂ©ration EVENEMENT, jeudi 17 novembre 2005, p. 2 ALIX Christophe Tunis envoyĂ© spĂ©cial Reporters sans frontiĂšres (RSF) les a surnommĂ©s les «trous noirs» de l’Internet. Des branches mortes du rĂ©seau, dĂ©connectĂ©es du reste de la Toile mondiale non pas en raison d’un mauvais rĂ©fĂ©rencement ou de bugs techniques, mais par la seule volontĂ© d’Etats dĂ©terminĂ©s Ă  bloquer toute libertĂ© d’_expression en ligne. RSF, qui a rĂ©alisĂ© un long travail de collecte d’informations auprĂšs de son rĂ©seau de correspondants et d’experts en nouvelles technologies, en rĂ©vĂ©lera dans la journĂ©e la liste Ă  Tunis, par la voix de son prĂ©sident, Robert MĂ©nard ­ Ă  moins que ce dernier ne soit refoulĂ© ou arrĂȘtĂ© Ă  son arrivĂ©e Ă  l’aĂ©roport ce matin (lire ci-dessous). LibĂ©ration s’est procurĂ© le rapport de RSF et publie cette liste en avant-premiĂšre. Les «ennemis de l’Internet» sont au nombre de quinze: Arabie Saoudite, BĂ©larus, Birmanie, Chine, CorĂ©e du Nord, Cuba, Iran, Libye, Maldives, NĂ©pal, OuzbĂ©kistan, Syrie, Tunisie, TurkmĂ©nistan et Vietnam. Ils sont tous ou presque reprĂ©sentĂ©s au sommet de Tunis, exhibant dans leurs stands leurs rĂ©ussites en matiĂšre de nouvelles technologies et/ou de lutte contre la fracture numĂ©rique. Premier au hit-parade de la rĂ©pression : la Chine. TrĂšs prĂ©sente Ă  Tunis et au sein de l’UIT (Union internationale des tĂ©lĂ©communications) oĂč elle rĂ©clame un transfert de la gestion de l’Internet Ă  l’ONU, c’est une superpuissance du rĂ©seau, avec plus de 130 millions d’internautes. Le rĂ©gime rĂ©ussit la gageure d’avoir aseptisĂ© son rĂ©seau en le purgeant de toute information critique tout en le dĂ©veloppant Ă  grande vitesse. «Les Chinois ont créé une police spĂ©ciale de l’Internet, explique Julien Pain, de RSF, responsable du rapport. Elle filtre des milliers de sites [dont celui de LibĂ©ration et le blog de son correspondant Ă  PĂ©kin, ndlr] et bloque des centaines de mots clĂ©s. Ce sont ceux qui sont allĂ©s le plus loin dans l’automatisation de la censure.» L’Arabie Saoudite revendique avec fiertĂ© le blocage de prĂšs de 400 000 sites dans son oeuvre «d’assainissement» de la Toile. Signe qui ne trompe pas, selon Julien Pain, plusieurs pays comme la Chine ou la Tunisie, autrefois importateurs de technologies de filtrage essentiellement amĂ©ricaines, se mettent maintenant Ă  en exporter vers Cuba et d’autres pays membres du rĂ©seau des «ennemis de l’Internet». Plus grave encore, plusieurs de ces pays ne se contentent pas de priver leurs habitants de l’accĂšs Ă  des milliers de sites : 62 des 70 cyberdissidents emprisonnĂ©s dans le monde pour des textes publiĂ©s sur l’Internet sont des Chinois. Les autres sont des Tunisiens (comme l’avocat Mohammed Abbou, condamnĂ© Ă  trois ans et demi de prison pour avoir critiquĂ© le prĂ©sident Ben Ali sur un site), Libyens ou citoyens des Maldives. L’Iran, dont le chef de la dĂ©lĂ©gation Ă  Tunis affiche fiĂšrement sa place de «douziĂšme pays mondial par le nombre de blogueurs» (700 000 selon les estimations), dĂ©tient pour sa part le record de blogueurs passĂ©s par la case prison: une vingtaine ces douze derniers mois. Pourtant, sur le stand de la RĂ©publique islamique, Davoud Zareian affirme : «On n’interdit que les sites pornographiques.» Avant de reconnaĂźtre, gĂȘnĂ©, que «certains sites politiques, contraires Ă  la loi, sont Ă©galement filtrĂ©s». Si, d’enjeu secondaire, la cyber-rĂ©pression devient une prioritĂ© et mĂȘme un marchĂ© avec le dĂ©veloppement de l’Internet, elle concerne Ă©galement des pays comme Cuba. «ComparĂ© Ă  la Chine, l’Internet y est trĂšs peu dĂ©veloppĂ©. Mais le fait d’accĂ©der au Net est un privilĂšge auquel trĂšs peu ont droit, et qui nĂ©cessite une autorisation expresse du parti.» Sur le stand de Cuba, la question de la libertĂ© d’_expression en ligne laisse plutĂŽt froide Beatriz, reprĂ©sentante de la dĂ©lĂ©gation. «Il n’y a pas de censure Ă  Cuba, Ă  part pour certains sites pornographiques, et encore pas tous. Notre problĂšme avec l’Internet est un problĂšme Ă©conomique, pas un enjeu de libertĂ©s»… A cĂŽtĂ© des quinze ennemis de l’Internet, RSF publie une liste d’une dizaine de «pays Ă  surveiller». Rien de comparable avec les «trous noirs», mais les Etats-Unis, l’Union europĂ©enne ou encore la CorĂ©e du Sud sont Ă©pinglĂ©s pour certaines dĂ©rives liberticides, selon RSF, dans leur lutte, souvent «louable» nuance l’ONG, contre le terrorisme, la pĂ©dophilie ou la cybercriminalitĂ©… www.rsf.com  
(Source : Libération le 17.11.2005)


Les chefs d’Etat ont boudĂ© le sommet de Tunis

Le Figaro Jeudi 17 novembre 2005 Thierry OberlĂ© EN VISITE sur le stand français du sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), le ministre de l’Industrie François Loos Ă©lude les questions sur le sens politique de sa visite Ă  Tunis. «La France transmet toujours par tradition un message fort de dĂ©fense des droits de l’homme», rĂ©pond-t-il, plutĂŽt Ă©vasif, lorsqu’il est interrogĂ© sur la censure en Tunisie. «Mais c’est aux Tunisiens de s’occuper de la Tunisie», ajoute-t-il. Dans l’emplacement voisin, celui de la Suisse, Samuel Schmid, le prĂ©sident de la confĂ©dĂ©ration helvĂ©tique, pays d’accueil de la premiĂšre phase du SMSI en 2003 tient, quelques minutes plus tard, des propos plus musclĂ©s. «Nous aurions pu opter pour la politique de la chaise vide mais ce n’est pas la bonne solution. Des moments comme celui-ci sont favorables pour faire avancer la cause des libertĂ©s. Il faut continuer», explique-t-il. Dans son intervention Ă  la tribune onusienne, le chef d’Etat s’est fait le dĂ©fenseur de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne en dĂ©licatesse avec le rĂ©gime. Mais les tĂ©lĂ©spectateurs n’ont pas eu le loisir de l’entendre. La diffusion en direct de la sĂ©ance inaugurale du SMSI par la tĂ©lĂ©vision nationale a Ă©tĂ© subitement coupĂ©e lorsque le prĂ©sident suisse a expliquĂ© qu’il allait parler «franchement». SĂ©vĂšrement critiquĂ© pour avoir acceptĂ© d’organiser un sommet de l’information dans un pays oĂč la presse est muselĂ©e, Kofi Annan avait auparavant estimĂ© que «la sociĂ©tĂ© de l’information est impensable sans liberté». «Sans elle» a-t-il prĂ©cisĂ© «elle ne verra jamais le jour.» Peut ĂȘtre gĂȘnĂ©s par le choix de Tunis comme capitale de l’information ou tout simplement peu optimistes sur les rĂ©sultats concrets d’une telle rencontre, les chefs d’Etat ne se bousculent pas dans le parc d’exposition de Carthage. Aucun grand dirigeant occidental n’assiste Ă  la plus importante manifestation jamais organisĂ©e par l’ONU, avec 23 000 participants accrĂ©ditĂ©s. Une cinquantaine de prĂ©sidents avaient Ă©tĂ© annoncĂ©s, mais ils ne sont qu’une vingtaine Ă  avoir effectuĂ© le dĂ©placement. La plupart d’entre eux reprĂ©sentent des pays africains ou arabes qui, dans leur majoritĂ©, et Ă  l’instar de la GuinĂ©e Ă©quatoriale, du Togo ou du Soudan, ne brillent guĂšre par leur tropisme dĂ©mocratique. Les dĂ©fections n’ont pas dĂ©couragĂ© le prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali, qui entend faire du rendez-vous une vitrine pour son pays. Ami des arts, il a inaugurĂ© un monument aussi futuriste que grandiloquent Ă  la gloire des autoroutes de l’information. Quant Ă  Tunis, ville de carte postale d’ordinaire coquette, elle a atteint un rare niveau de propretĂ© et de quadrillage policier. Des dizaines de policiers en tenue, et en civil, Ă  cheval ou Ă  moto, veillent sur la sĂ©curitĂ© des visiteurs. «Ce prĂ©sident gĂšre le sommet comme il gĂšre un commissariat», raille la dissidente Sihem Bensedrine. Exceptionnellement, la Ligue tunisienne des droits de l’homme a toutefois pu tenir une confĂ©rence de presse dans le centre de Tunis. L’occasion pour son prĂ©sident Mokhtar Trifi de regretter d’avoir Ă©tĂ© empĂȘchĂ© «par la force et la violence» d’organiser des contre-manifestations. Thierry OberlĂ©
(Source : Le Figaro le 17.11.2005)  

Le paradoxe tunisien

Le Figaro Jeudi 17 novembre 2005 La chronique d’Alexandre Adler La Tunisie reçoit actuellement en grande pompe un vĂ©ritable arĂ©opage mondial pour cĂ©lĂ©brer la nouvelle sociĂ©tĂ© des mĂ©dias et le monde de la communication instantanĂ©e. Le monde d’Internet est celui d’une communication peu censurable, qui abolit les distances et facilite l’individualisme. Non seulement la Tunisie n’ignore pas la dynamique qu’une telle poussĂ©e technologique comporte, mais, trĂšs visiblement, elle a choisi cette circonstance pour proclamer une ouverture et une disponibilitĂ© vĂ©ritables vis-Ă -vis de ses alliĂ©s traditionnels occidentaux – la France et les Etats-Unis en tĂȘte -, mais Ă©galement vis-Ă -vis des nouvelles puissances Ă©mergentes asiatiques, la Chine et l’Inde, ainsi que vis-Ă -vis d’un Etat d’IsraĂ«l avec lequel elle avait un peu trop rapidement rompu les relations semi-diplomatiques lors du dĂ©clenchement de l’intifada des mosquĂ©es, en l’an 2000. Ces trois Ă©lĂ©ments sont centraux et mĂ©riteraient d’ĂȘtre analysĂ©s comme tels : volontĂ© d’accepter pleinement la nouvelle logique d’une sociĂ©tĂ© d’information ; dĂ©sir d’ouverture tous azimuts et acceptation sans geignardise de la mondialisation ; volontĂ©, enfin, de retrouver un rĂŽle pacificateur au Moyen-Orient que lui permettent de jouer, tout ensemble, la longue hospitalitĂ© accordĂ©e dans les annĂ©es 80 aux dirigeants palestiniens et l’affectueuse familiaritĂ© maintenue avec une communautĂ© juive trĂšs ancienne, maintenant rĂ©partie entre la France et l’Etat d’IsraĂ«l. Mais ce ne serait pas compter avec les idĂ©ologues de la capitulation face Ă  l’islamisme : ils savent, quand ils le veulent et avec une dextĂ©ritĂ© exemplaire, dĂ©tourner le regard devant les meurtres et l’oppression la plus nue, pour ensuite se faire les procureurs vĂ©tilleux, lĂ  aussi quand ils le veulent. Nous connaissons bien leurs ennemis, ce sont nos amis : la dĂ©mocratie rĂ©publicaine turque et mĂȘme les anciens islamistes modĂ©rĂ©s qui acceptent aujourd’hui de jouer son jeu, la Jordanie tolĂ©rante et dynamique du roi Abdallah, le roi du Maroc, et surtout… la Tunisie façonnĂ©e par le laĂŻcisme sans hypocrisie de Habib Bourguiba, continuĂ© aujourd’hui par Ben Ali. Pour peu qu’un dirigeant iranien fasse mouvement vers l’Occident Ă  l’instar de Rafsandjani, et on le trouvera corrompu. Depuis que le prĂ©sident Bouteflika fait de mieux en mieux mĂ©nage avec les islamistes, le voilĂ  crĂ©ditĂ© par les mĂȘmes d’une authentique bonne volontĂ©… On pourrait imaginer que la rĂ©sistance des faits aurait peu Ă  peu discrĂ©ditĂ© les auteurs de pareilles arguties. Il n’en est malheureusement rien. Le mĂ©lange de complaisance Ă  l’Ă©gard de l’islamisme, de haine de soi et de trouille pure et simple conduit Ă  des condamnations sans appel, et notamment Ă  la condamnation des simples faits. Non certes que la Tunisie soit un modĂšle achevĂ© de participation dĂ©mocratique. Car mĂȘme si des partis et des mouvements d’opposition ont pignon sur rue, ils sont encore loin d’Ă©voluer dans un cadre parfaitement dĂ©mocratique. Et l’opposition la plus dure et la mieux organisĂ©e, celle des islamistes n’a, quant Ă  elle, aucune libertĂ© d’_expression. Mais la dĂ©mocratie peut aussi se mesurer Ă  d’autres critĂšres. Qui, dans le monde musulman – surtout parmi les femmes et les intellectuels -, prĂ©fĂ©rerait aujourd’hui l’incontestable pluralisme politique iranien, il est vrai tempĂ©rĂ© par de petits meurtres rĂ©guliĂšrement commis dans la solitude des commissariats de police, au despotisme trĂšs relatif d’un Etat tunisien qui reste Ă©clairĂ© ? Aucun pays d’Islam, mĂȘme la Turquie, beaucoup plus dĂ©veloppĂ©e Ă©conomiquement, n’a fait et ne fait autant que la Tunisie une si large place aux responsables fĂ©minins, et ce Ă  tous les niveaux de la sociĂ©tĂ©. Bourguiba appelait d’ailleurs ses concitoyens Ă  une pratique modĂ©rĂ©e du ramadan, et buvait lui-mĂȘme aux alentours de midi un verre de lait en public… Qui comprend que, pour des milliers de couples de touristes Ă©gyptiens et souvent maghrĂ©bins, la CĂŽte d’Azur tunisienne est Ă  prĂ©sent le seul lieu de libertĂ© oĂč ils peuvent se dĂ©nuder au soleil et se tenir par la main sans s’exposer Ă  la censure vĂ©tilleuse des oulĂ©mas ? Quant au gĂ©nĂ©ral Ben Ali, il est, certes, un officier de l’armĂ©e tunisienne ; mais sait-on que le budget de la DĂ©fense y est l’un des plus faibles du monde arabe, malgrĂ© l’existence de voisins qui peuvent ĂȘtre menaçants ? La vĂ©ritĂ© toute simple, c’est que la Tunisie est largement en tĂȘte, non seulement du monde musulman mais de la plus grande partie du tiers-monde en matiĂšre de budget dĂ©volu Ă  l’Ă©ducation, arc-boutĂ©e sur une laĂŻcitĂ© sans faille. Des figures issues de la gauche marxiste comme le professeur Cherfi, aujourd’hui passĂ©es Ă  une opposition politique nuancĂ©e, sont les premiĂšres Ă  se rĂ©clamer avec orgueil de ces rĂ©sultats. Enfin, la Tunisie demeure largement Ă  l’abri des puissants courants xĂ©nophobes et antisĂ©mites qui balayent en ce moment mĂȘme toute la rĂ©gion. Restent les islamistes qui eurent leur heure de gloire quand le long rĂšgne de Bouguiba s’affaissait de jour en jour et que leur chef Rachid Ghannouchi, gloire Ă©ternelle du Londonistan, se prĂ©parait trĂšs calmement Ă  installer ses bureaux dans un Alger converti Ă  l’islamisme, celui-lĂ  mĂȘme que les militaires algĂ©riens, non sans risques personnels, rĂ©ussirent Ă  faire avorter. Alors, rĂ©pondons simplement Ă  cette question : qui sont nos alliĂ©s, qui sont nos ennemis dans cette longue et difficile bataille qui se livre de Casablanca Ă  Jakarta ? La chronique d’Alexandre Adler
 
(Source : Le Figaro le 17.11.2005)

Les vrais amis des petits barons de ben ali

Le Soir TEMPS FORT, jeudi 17 novembre 2005, p. 3 eric deffet L’amitiĂ© a bon dos. Et Ben Ali jubile. Le Hainaut fait copain-copain avec le gouvernorat tunisien de Nabeul, ses plages et ses palmiers. Idem pour la province de LiĂšge avec le gouvernorat de Sousse, ses plages et ses palmiers. Sont-ils aveugles, ou sourds, nos Ă©lus, pour s’acoquiner avec les barons rĂ©gionaux du rĂ©gime tunisien ? La rĂ©ponse fuse. Un : ces jumelages sont « validĂ©s » par la politique belge Ă  l’Ă©gard de Tunis. Deux : le lien avec la Tunisie, c’est un souffle de dĂ©mocratie qui franchit la MĂ©diterranĂ©e ; la flamme de l’espoir que l’on entretient envers et contre tout. Tout plutĂŽt que l’ignorance, l’indiffĂ©rence. Gare : les bons sentiments passent par le filtre du pouvoir, qui les mitonne Ă  sa sauce. La vigilance s’impose. Et le coup de gueule aussi, bien sĂ»r, pour dĂ©noncer… Mais sans rire : que reprocher au Hainaut ? Un MoliĂšre jouĂ© dans les dunes ? Du matĂ©riel mĂ©dical offert Ă  un hĂŽpital ? Un accord pour favoriser l’enseignement du français en Tunisie ? Hypocrisie. Interdira-t-on aux hommes d’affaires de se remplir les poches dans les faubourgs de Carthage ? Et surtout Ă  ces milliers de touristes de bronzer Ă  Hammamet, gouvernorat de Nabeul, ses plages et ses palmiers ? Les voilĂ , les vrais copains de Ben Ali et de ses barons.
 
(Source : Le Soir (Belgique) le 17.11.2005)  

« La liberté est, à terme, inéluctable ! »

BAUDOUIN LOOS

ENTRETIEN TUNIS
Le Soir TEMPS FORT, jeudi 17 novembre 2005, p. 3 DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL Georges Adda n’est pas un citoyen tunisien ordinaire. A 90 ans, voilĂ  un vĂ©tĂ©ran respectĂ© de la lutte nationaliste, militant communiste et syndicaliste, qui continue Ă  « se mouiller » malgrĂ© une santĂ© problĂ©matique. Rencontre avec un sage, qui se dit lui-mĂȘme issu d’une famille berbĂšre judaĂŻsĂ©e. Pouvez-vous rĂ©sumer votre carriĂšre ? J’ai commencĂ© la lutte nationaliste Ă  17 ans, et j’ai connu maintes fois la prison sous le protectorat français. J’ai vu certains de mes codĂ©tenus fusillĂ©s par la puissance coloniale. J’ai connu les camps de concentration, oĂč j’ai rencontrĂ© Habib Bourguiba, qui allait devenir le premier prĂ©sident de la Tunisie moderne. AprĂšs l’indĂ©pendance, je n’ai jamais Ă©tĂ© associĂ© au pouvoir. Pouvoir que vous critiquez ? Le peuple est privĂ© des libertĂ©s Ă©lĂ©mentaires. Je continue Ă  me mobiliser, j’ai soutenu plusieurs mouvements, comme la grĂšve de la faim de l’avocate Radhia Nasraoui et je suis actuellement membre du comitĂ© de soutien des sept grĂ©vistes de la faim qui rĂ©clament l’accĂšs aux libertĂ©s d’_expression et d’association, ainsi que l’amnistie gĂ©nĂ©rale. Ce rĂ©gime se prĂ©sente comme le « rempart contre l’islamisme »… C’est un alibi, un habillage. Le meilleur rempart c’est la dĂ©mocratie, pas la police. Il faut convaincre le peuple qu’il faut vivre en dĂ©mocratie. Il n’y a mĂȘme pas besoin d’une rĂ©volution, ici. Juste les libertĂ©s: libertĂ© d’_expression, libertĂ© d’informer, d’ĂȘtre informĂ©. Ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire : voyez les dictatures d’AmĂ©rique latine, qui sont devenues de respectables dĂ©mocraties. Mais ce rĂ©gime ne prend pas cette direction, et il est soutenu par l’Occident… Il existe une chape de plomb imposĂ©e sur tous les peuples arabes. Et cela surtout en raison de la politique des Etats-Unis. Il faut tout de mĂȘme savoir que Saddam Hussein Ă©tait leur outil, il n’y a pas si longtemps. Et Ben Laden, leur crĂ©ature ! Croit-on que les gĂšnes des Arabes prĂ©viennent l’avĂšnement de la dĂ©mocratie chez eux ? HĂ©las !, le rĂ©gime tunisien a embobinĂ© l’Occident. Comment dĂ©cririez-vous les rĂ©ussites de la Tunisie? Elles ne sont pas du tout nĂ©gligeables – on les doit d’ailleurs Ă  Bourguiba : une scolarisation remarquable, une sĂ©curitĂ© sociale exemplaire, avec des allocations familiales, la retraite, etc., ce qui fait de la Tunisie le pays en tĂȘte des pays en dĂ©veloppement. Dommage que certaines choses soient actuellement dĂ©tricotĂ©es, comme le rĂŽle de l’Office des cĂ©rĂ©ales et l’Office des huiles, qui assuraient aux producteurs des prix rĂ©munĂ©rateurs ; maintenant, on privilĂ©gie les lois du marchĂ©, mais parfois ce sont deux ou trois personnes, qui contrĂŽlent l’office, qui dĂ©cident des prix… Et puis, il y a le statut de la femme, unique dans le monde arabe, statut trĂšs avancĂ© – avec la seule exception du secteur de l’hĂ©ritage. Bourguiba est allĂ© plus loin que ce que les femmes demandaient ! Mais il y a aussi eu, sous Bourguiba, les procĂšs politiques, la torture, les Ă©lections truquĂ©es, on a tirĂ© sur la foule… Ben Ali apporta l’espoir, en l’Ă©vinçant, en 1987… Oui, il a libĂ©rĂ© les prisonniers politiques, il a rĂ©digĂ© le « Pacte national »… mais il ne l’a pas respectĂ© : ce pacte supprimait, par exemple, la prĂ©sidence Ă  vie, mais Ben Ali, Ă  force de changements constitutionnels, a fini par devenir un prĂ©sident Ă  vie. Ce rĂ©gime a-t-il une idĂ©ologie? Oui, celle d’Ă©touffer les libertĂ©s. Ce pouvoir a tentĂ© de dĂ©politiser les Tunisiens. Mais ce mal n’est pas incurable ! Personne ne peut dire quand le dĂ©verrouillage se produira, ni comment, mais il est inĂ©luctable. La dynamique des peuples en marche vers la libertĂ© ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e par personne.  
(Source : Le Soir (Belgique) le 17.11.2005)

 Tunisie Ouverture du sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information

« Discuter en toute liberté »

DAVID HAEBERLI Tunis Le Soir MONDE, jeudi 17 novembre 2005, p. 16 De notre envoyĂ© spĂ©cial L’obsession sĂ©curitaire du rĂ©gime de prĂ©sident Ben Ali lors du Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI), qui s’est officiellement ouvert hier, frise parfois le ridicule. ParallĂšlement aux nĂ©gociations onusiennes proprement dites qui ont connu un premier cycle de dimanche Ă  mardi soir, une sĂ©rie d’Ă©vĂ©nements sont organisĂ©s au Palexpo de Tunis. La Suisse soutient notamment un atelier consacrĂ© aux aveugles et Ă  leur usage du Web. L’un des participants s’est dĂ©placĂ© accompagnĂ© de son chien qui lui sert de guide. Les responsables tunisiens ont refusĂ© catĂ©goriquement de laisser l’animal entrer dans l’enceinte du Sommet. Les bus officiels lui Ă©taient Ă©galement refusĂ©s. On Ă©tait Ă  deux doigts de l’incident diplomatique lorsque les organisateurs ont finalement cĂ©dĂ©. La pauvre bĂȘte est dĂ©sormais accrĂ©ditĂ©e. Comme quoi, si le gouvernement tunisien ne respecte pas toujours les droits humains, Ă  force d’insister, il peut respecter celui des chiens. Cette anecdote reste un dĂ©tail dans l’organisation d’une confĂ©rence internationale. Elle rĂ©vĂšle pourtant Ă  quel point culmine la crispation du rĂ©gime tunisien. Le respect des droits de l’homme, voilĂ  l’accent que Samuel Schmid, prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration et hĂŽte d’honneur de la seconde phase du SMSI (GenĂšve a abritĂ© sa premiĂšre phase en dĂ©cembre 2003) avait choisi de donner Ă  son discours d’ouverture. Protocole oblige, Samuel Schmid a parlĂ© aprĂšs le prĂ©sident tunisien (« la diversitĂ© d’Internet ne reflĂšte pas celle du monde », s’est-il plaint dans un appel ambigu Ă  « prĂ©server les spĂ©cificitĂ©s culturelles ») et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU (« L’ONU ne veut pas prendre le contrĂŽle d’Internet », a rappelĂ© Kofi Annan pour mettre fin aux rumeurs lancĂ©es notamment par les Etats-Unis). « Il est inacceptable que l’ONU compte en ses rangs des Etats qui emprisonnent des individus car ils ont critiquĂ© leur gouvernement sur Internet, a dit le Conseiller fĂ©dĂ©ral. J’attends qu’ici, Ă  Tunis, dans ces murs et Ă  l’extĂ©rieur, tout un chacun puisse discuter en toute libertĂ©. » Samuel Schmid a recueilli autant d’applaudissements que Shirin Ebadi, qui parlait hier au nom de la sociĂ©tĂ© civile, partie prenante du Sommet. Celle qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 2003 a pris un ton plus dramatique en demandant la libĂ©ration des prisonniers enfermĂ©s suite Ă  l’exercice qu’ils ont fait de la libertĂ© d’_expression. Depuis le dĂ©but de la semaine, les ONG spĂ©cialisĂ©es dans les droits humains attirent l’attention sur leur impossibilitĂ© physique d’organiser une « confĂ©rence alternative », rendue nĂ©cessaire selon elles par la non-accrĂ©ditation de membres de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne. Des salles avaient Ă©tĂ© bloquĂ©es pour ce rassemblement ; ces rĂ©servations ont Ă©tĂ© annulĂ©es. L’appel Ă  l’aide lancĂ© mardi Ă  l’Union europĂ©enne pour que les diplomates dĂ©nichent eux-mĂȘmes un espace oĂč les ONG pourraient s’exprimer librement a Ă©tĂ© vain. Hier, elles ont annoncĂ© qu’elles n’Ă©taient pas en mesure d’organiser un Ă©vĂ©nement alternatif au SMSI. PĂ©kin et BahreĂŻn, pas exactement des modĂšles de dĂ©mocratie, avaient chacun autorisĂ© la tenue d’un « contre-sommet ». Le prĂ©sident Ben Ali a dĂ©cidĂ© que son sol national n’en connaĂźtrait pas.

Carte blanche Laurent Deutsch Responsable du groupe Amnesty International de Chaumont-Gistoux De la parole aux actes !

Le Soir FORUM, jeudi 17 novembre 2005, p. 21 Au coeur de ce mois de novembre, l’opĂ©ration 11 11 11 fait fleurir sur nos murs cette revendication de bon sens : « De la parole aux actes ». Merci au CNCD de nous rappeler la nĂ©cessitĂ© de la cohĂ©rence entre le comportement et les idĂ©es, cet art difficile mis Ă  mal par le recours systĂ©matique et presque incontinent aux promesses, notamment dans l’univers politique. Il est pourtant des personnes qui n’ont pas attendu cet appel pour passer de la parole aux actes. Radhia Nasraoui, par exemple. C’est une avocate tunisienne qui a jugĂ© indigne de son pays l’emprisonnement de personnes dont le seul « tort » est d’avoir exprimĂ© pacifiquement des opinions contraires Ă  celles du pouvoir en place. Peu lui importe qu’elle partage ou non, Ă  titre personnel, ces opinions : notre appartenance au genre humain et les droits les plus fondamentaux dont nous sommes dĂšs lors les dĂ©positaires transcendent les divergences de vues. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai toute ma vie pour que vous puissiez le dire. » Voltaire, dĂ©jĂ , l’avait dit ; Radhia Nasraoui le fait. Elle se bat et se dĂ©bat contre une « justice » pour laquelle l’indĂ©pendance n’est plus qu’un lointain souvenir. Elle dĂ©nonce les arrestations arbitraires, les incarcĂ©rations pour raisons politiques, les procĂšs inĂ©quitables, les sentences injustes, toutes choses qui, hĂ©las, fleurissent sous le soleil tunisien. Cela lui vaut toutes les intimidations du monde. Son tĂ©lĂ©phone est sous Ă©coute, son cabinet a Ă©tĂ© saccagĂ©, on dĂ©courage ses clients ordinaires de recourir Ă  ses services, on la frappe (elle a eu le nez fracturĂ© en mars passĂ©), on va jusqu” simuler l’enlĂšvement d’une de ses filles. Son mari, pendant trois annĂ©es, s’est rĂ©fugiĂ© dans la clandestinitĂ© pour Ă©chapper Ă  la torture toujours pratiquĂ©e Ă  quelques dizaines de kilomĂštres Ă  peine des belles plages de sable fin. Tout cela, cependant, n’arrĂȘte pas Radhia Nasraoui. Sa rĂ©solution est faite des pierres dont on construit les brise-lames. Son opiniĂątretĂ© est saluĂ©e de tous les dĂ©fenseurs des droits humains. Elle est soutenue depuis de nombreuses annĂ©es par le groupe Amnesty International de Chaumont-Gistoux et par d’autres militants en France, en Autriche, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. La commune de Chaumont-Gistoux a ouvert la voie des honneurs en l’Ă©levant au titre de citoyenne d’honneur. Mercredi, l’ULB lui remettait les insignes de son doctorat honoris causa, sa plus haute distinction. Cette reconnaissance salue un engagement permanent en faveur des droits humains dans un pays qui les viole allĂ©grement. Les rĂ©cents Ă©vĂ©nements survenus aux journalistes Ă©trangers sur le sol tunisien ont braquĂ© les projecteurs vers une rĂ©alitĂ© bien ancienne : la libertĂ©, en Tunisie, n’existe que dans les dictionnaires ou les livres d’histoire. Il faut que cela change. Il faut que la Belgique se mobilise pour la dignitĂ© de Tunisiens oppressĂ©s. D’importants accords euro-mĂ©diterranĂ©ens lient l’Union europĂ©enne et la Tunisie. Ceux-ci prĂ©voient explicitement que le respect des droits humains fondamentaux en est une condition sine qua non. En fermant les yeux sur l’Ă©vidence, nous nous couvrons du ridicule tout Ă  la fois des benĂȘts naĂŻfs et des pleutres les plus couards. Il est grand temps d’exiger ce qui Ă©tait convenu. Le parti du prĂ©sident Ben Ali (dont, soyons prĂ©cis, nous ne rĂ©clamons pas forcĂ©ment le dĂ©part, mais simplement qu’il respecte les droits fondamentaux des Tunisiens) est membre de l’Internationale socialiste. Des socialistes belges tels que Simone Suskind sont trĂšs investis aux cĂŽtĂ©s des dĂ©fenseurs tunisiens des droits humains. Une pression clairement plus insistante des prĂ©sidents francophone et flamand des partis socialiste pourrait aussi s’exercer avec la dĂ©termination qu’on leur connaĂźt dans d’autres dossiers. De la parole aux actes !
 
(Source : Le Soir (Belgique) le 17.11.2005)


 

Soutien aux grévistes de la faim en Tunisie

 

Au moment oĂč se tient le Sommet mondial sur la sociĂ©tĂ© de l’information (SMSI) en Tunisie, la solidaritĂ© avec les grĂ©vistes de la faim tunisiens s’élargit, grĂące Ă  des dĂ©lĂ©gations, notamment syndicales, et Ă  des rassemblements dans plusieurs villes du pays. Au plan international, des initiatives ont notamment Ă©tĂ© prises en France, en Suisse, en Allemagne, au Maroc et au Canada.
La rĂ©ponse du rĂ©gime tunisien ne varie pas : dĂ©ploiement de milliers de policiers Ă  Tunis ; agression au couteau du journaliste de LibĂ©ration, Christophe Boltanski ; molestage de l’équipe de la RTBF ; tabassage des prisonniers politiques en grĂšve de la faim ; lignes tĂ©lĂ©phoniques coupĂ©es ; accĂšs impossible aux sites Internet de l’opposition…
La crise se prolonge jusqu’au sein de l’ONU et des États membres : dĂ©mission du conseiller personnel nĂ©erlandais de Kofi Annan, et demande d’explications du Quai d’Orsay sur l’agression du journaliste de LibĂ©ration. DĂ©velopper la mobilisation autour des revendications d’amnistie gĂ©nĂ©rale, de libertĂ© d’_expression et d’association, tel est l’enjeu de l’heure. Poursuivre la lutte au-delĂ  de la tenue de SMSI, prolonger la grĂšve de la faim par de nouvelles initiatives, ont fait partie des exigences affichĂ©es lors de l’initiative parisienne « Cinq heures pour la dĂ©mocratie en Tunisie », qui a rĂ©uni, le 12 novembre, plusieurs centaines de personnes. Des reprĂ©sentants du PS, du PCF, des Verts, de la LCR, du Syndicat de la magistrature et Jacques Gaillot se sont exprimĂ©s.
 
Rouge n°2134


AprÚs le communiqué des cinq parlementaires français :
Pas de position officielle de l’UMP
  Chokri Hamrouni a Ă©tĂ© reçu aujourd’hui en sa qualitĂ© de responsable de la Coordination du CongrĂšs Pour la RĂ©publique et Coordinateur du ComitĂ© International pour la LibĂ©ration de Mohamed Abbou (CILMA) par Pascal Drouhaud Directeur des Relations Internationales et des Affaires EuropĂ©ennes de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) parti de la majoritĂ© en France depuis mai 2002.   Trois questions Ă©taient Ă  l’ordre du jour lors de cette rĂ©union :   1-     La dĂ©tĂ©rioration de la situation des libertĂ©s et des droits de l’Homme en Tunisie qui accueille paradoxalement la deuxiĂšme phase du Sommet Mondial sur la SociĂ©tĂ© de l’Information. La grĂšve de la faim de huit personnalitĂ©s du monde politique et associatif et la grĂšve de solidaritĂ© de onze personnalitĂ©s de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne Ă  Paris ont fait l’objet d’un intĂ©rĂȘt particulier lors de cette rencontre.
2-     La position de l’UMP face aux Ă©vĂšnements rĂ©cents a Ă©tĂ© aussi au centre des dĂ©bats. Pascal Drouhaud qui, tout en rappelant la position de la France « on ne peut plus claire » par le biais de son Ministre des affaires Ă©trangĂšres M. Philippe Douste-Blazy, a rappelĂ© Ă  Chokri Hamrouni qui protestait Ă©nergiquement contre le communiquĂ© de soutien Ă  Ben Ali publiĂ© par cinq parlementaires français de l’UMP (un contre communiquĂ© de protestation a Ă©tĂ© remis au responsable français), qu’il n’avait pas connaissance de ce texte et que seul Nicolas Sarkozy est habilitĂ© Ă  rendre public les positions de l’UMP. Il a promis par ailleurs de discuter avec le prĂ©sident de l’UMP sur une Ă©ventuelle prise position du Parti de la majoritĂ©.
3-     L’affaire Mohamed Abbou a encore une fois Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e lors de cette deuxiĂšme rencontre avec Pascal Drouhaud. Une lettre a Ă©tĂ© remise au responsable français ainsi qu’une demande d’intervention adressĂ©e Ă  Jacques Chirac, au gouvernement français et au parti de la majoritĂ© par Samia Abbou Ă©pouse de l’avocat tunisien injustement emprisonnĂ© depuis le premier mars dernier.   Paris, le 17 novembre 2005 Chokri Hamrouni, responsable de la Coordination du CPR et CILMA

 

 

TUNISIE : SMSI ou le dialogue des sourds

  Du 16 au 18 novembre, la TUNISIE accueillera le Sommet Mondial de la SociĂ©tĂ© de l’Information, organisĂ© sous l’égide des Nations unies.
La prĂ©sidence de ce sommet a Ă©tĂ© confiĂ©e par le PrĂ©sident tunisien (en Tunisie tout est dĂ©cidĂ© par l’homme fort, Ben Ali, mĂȘme le nombre de victimes d’une catastrophe naturelle) Ă  son ami de longue date, le GĂ©nĂ©ral Habib Ammar, co-investigateur du coup d’Etat mĂ©dical et  ancien ministre de l’intĂ©rieur ou plutĂŽt ancien ministre de la rĂ©pression et de la torture.
Le 7 novembre 1987, jour du coup d’Etat, Ben Ali dresse un communiquĂ© au peuple tunisien (dĂ©sespĂ©rĂ© et soulagĂ© par le dĂ©part d’un rĂ©gime vieillissant) garantissant libertĂ©s individuelles sociales et politiques.
Ce discours, Ă©videmment bien prĂ©parĂ© Ă  l’avance, a permis au GĂ©nĂ©ral de mettre Ă  ses cotĂ©s une large partie de la sociĂ©tĂ© civile.   En dictateur intelligent, Ben ALI s’est fait construire virtuellement 2 pyramides d’échelles ; au sommet de la premiĂšre figure son ennemi numĂ©ro 1 et au bas de l’échelle le dernier de ses soucis, et dans l’autre une analyse des besoins des tunisiens et des moyens pour faire face efficacement Ă  toute forme de dissidence.
A partir de cette analyse, il a pu, tour Ă  tour, liquider les islamistes (emprisonnement, disparitions, mises en scĂšnes
), paralyser les forces syndicales, absorber les partis politiques, monopoliser les moyens de communication  et robotiser le cerveau des citoyens et donc leurs volontĂ©s et rĂ©flexes.   Aujourd’hui, on compte en Tunisie environ 253 prisonniers politiques sans compter les derniĂšres arrestations pour des infractions d’intention : des jeunes de moins de 25 ans avaient projetĂ© d’aller en Irak pour la rĂ©sistance et ils Ă©taient arrĂȘtĂ©s (suite Ă  l’utilisation de l’Internet) et condamnĂ©s Ă  pourrir en prison.
Mars 2004, MaĂźtre Abbou Mohamed avait Ă©tĂ© kidnappĂ© pour avoir critiquer le rĂ©gime policier, puis condamnĂ© Ă  3 ans et demi de prison ferme Ă  la suite d’un procĂšs honteux. MaĂźtre Abbou a Ă©tĂ© emprisonnĂ© pour un article publiĂ© sur un site censurĂ© (depuis sa crĂ©ation) donc inaccessible au simple citoyen tunisien. D’ailleurs, une grande partie de la population n’est pas au courante de ces Ă©vĂšnements, Ă  dĂ©faut de moyens de communication libres et indĂ©pendants.   Aujourd’hui et pour la premiĂšre fois de l’histoire de la Tunisie indĂ©pendante, 8 grandes personnalitĂ©s politiques (interdites des mass mĂ©dias de l’audiovisuel et pour certains de l’exercice mĂȘme de leurs fonctions), MaĂźtre Ahmed NĂ©jib Chabbi, MaĂźtre Ayachi Hammami, M. Hamma Hammami, MaĂźtre Abderraouf Ayachi, le juge Mokhtar Yahyaoui, MaĂźtre Mohamed Nouri, le journaliste Lotfi Hajji et MaĂźtre Samir Dilou entament depuis le 18 octobre une grĂšve de la faim illimitĂ©e pour revendiquer une cause nationale et humanitaire.
Ils ont eu le courage de dire que ça ne peut plus continuer comme avant et cela au dĂ©triment de leur finance, de leur santĂ© (la plupart d’entre eux ont des antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux) et de leurs vie familiale (l’harcĂšlement des familles des opposants est le meilleur moyen de pression utilisĂ© par ce rĂ©gime)
MaĂźtre ABBOU qui s’est fait coudre les lĂšvres en prison est aussi en grĂšve de la faim, ainsi que plusieurs autres prisonniers politiques et militants des droits de l’homme. Aujourd’hui l’ONU cautionne ce rĂ©gime. L’Union EuropĂ©en, qui trouve dans ce rĂ©gime une stabilitĂ© politique et une barriĂšre solide Ă  l’immigration clandestine, ne fait pas mieux. Quant Ă  la France, qui demande des explications au sujet du tabassage de M. Christophe Boltanski (journaliste Ă  LibĂ©ration) par des inconnus Ă  Tunis, n’a rien compris ou plutĂŽt fait semblant ne pas comprendre (heureusement qu’il Ă©tait français sinon il aurait connu un autre sort)   Du 16 au 18 novembre, durant le SMSI, les atteintes aux droits de l’homme observeront une « trĂȘve », mais passĂ© ce dĂ©lai le rĂ©gime de Ben ALI et sa police reprendront leurs activitĂ©s  habituelles et ainsi la vie des opposants sera Ă  nouveau en danger
surtout celle des prisonniers politiques, des grĂ©vistes du 18 octobre et des fervents dĂ©fenseurs des droits de l’homme tels Mme Radhia Nasraoui, Sihem Bensedrine, Mokhtar Trifi
   Meddeb Halim – Toulouse. halimmeddeb@yahoo.fr


RĂ©flexion sur l’initiative : “La campagne de la dignité  pour le changement dĂ©mocratique en Tunisie”

 

Je suis Ă©tonnĂ© de cette initiative et je ne sais pas est-ce que c’est une dĂ©gradation ou une progression ?! Et malgrĂ© ça, j’aimerais formuler les remarques suivantes :

 

1.           Cette initiative dĂ©passe les partis de l’opposition alors que trois partis politiques de l’opposition en tant que tels ont participĂ© Ă  la grĂšve de la faim. Ceci nous laisser demander si  cette initiative est un investissement politique ou de droits de l’Homme.

 

 

2.           L’initiative semble  vouloir sensibiliser l’opinion publique alors que l’heure actuelle est l’heure d’investissement au niveau politique, l’heure de rĂ©colte au niveau concret mĂȘme s’il faut presser encore, vu qui nous sommes actuellement au top de sensibilisation.

 

3.           L’initiative, si elle n’est pas suivie par une autre politique, elle concrĂ©tise un esprit de combattre pour combattre, et droits de l’home pour droit de l’homme.

 

4.           Oui les droits de l’Homme sont trùs importants pour permettre un changement, mais le changement doit avoir un leader politique.

 

5.           Cette initiative va tuer la politique en Tunisie. L’action du 18 octobre a manifestĂ© la politique par la prĂ©sence des leaders politiques alors que cette initiative ne touche la politique que comme base de Droits. La politique a besoin d’un corps partisan.

 

6.           Dans l’action du 18 octobre les grĂ©vistes reprĂ©sentent des corps existants et les partis sont prĂ©sent en tant que tels et pas en tant que personnes indĂ©pendantes alors que dans cette initiative on trouve des simples personnages mĂȘme s’ils appartiennent aux parties politiques.

 

7.           Cette initiative reprĂ©sente le modĂšle Ben Breck, qui appartient au lutte pour les Droits de l’Homme, mĂȘme si elle reprĂ©sente un pas, raisonnable, rationnel et logique, en avant par rapport Ă   la CNLT et de l’action du 18 octobre.

 

8.           Cette initiative est un mĂ©lange de ce qui est Droits de l’Hommes et ce qui est politique alors que le jeu entre le pouvoir (le gouvernement) et l’opposition politique est toujours un jeu politique, une concurrence sur le pouvoir, qui gouverne et qu’elle attitude adopte-t- il envers ses opposants.

 

9.           Cette initiative Ă©parpille et disperse l’unanimitĂ© de la sociĂ©tĂ© civile requis par l’action 18 octobre et il faut se demander est-ce que la sociĂ©tĂ© civile a besoin d’un nouveau leader ?  et est-ce on n’est pas en face d’un phĂ©nomĂšne de “pagaille organisationnelle” ou plutĂŽt ” pagaillement organisationnelle” qui rĂ©pond Ă  un soif de libertĂ© d’organisation ?

 

10.      Cette initiative est la mort des partis en tant qu’opposition, en tant qu’institutions politiques de la sociĂ©tĂ© civile tunisienne.

 

11.      Il faut un acteur politique clair en termes d’opposition politique pour reprĂ©senter la sociĂ©tĂ© civile en Tunisie, et au niveau rĂ©gional et au niveau mondial.

 

12.      Maintenant il y a un jeu entre les organisations de droits de l’Homme et le pouvoir et pas entre deux joueurs de mĂȘme ligue. Les organisations de droits de l’Homme en tant qu’organisations et en tant qu’instruments de lutte (le plaindre) mĂȘme si elles semblent jouer ce gigantesque rĂŽle en Tunisie ne devrait avoir pour rĂŽle que  la garde d’une vie politique saine sans exclusion que ce soit de droit (autorisation) ou de fait (prison, censure, silence..). Les droits de l’Homme ne sont que gradient, entre autre, de « la dĂ©ontologie politique ». 

 

13.      La participation de tunisnews et tunezine Ă  cette compagne va enterrer la seule, unique et authentique expĂ©rience mĂ©diatique tunisienne indĂ©pendante. Je me demande pourquoi tunisnews adhĂšre Ă  cette compagne alors que ce site joue son rĂŽle professionnel et patriote loin de tout cadre associatif ou partisan. Vous avez pris partie, est-ce que vous aller permettre l’apparition des articles qui sont contre la politique de cette compagne ? je doute mĂȘme si vous me donner des milliers de garanties et ne me dites pas que l’apparition de ces lignes reprĂ©sente une garantie.

 

 

Je n’attaque pas cette initiative, au contraire je la salue, parce qu’elle reprĂ©sente un ajout Ă  la sociĂ©tĂ© civile tunisienne, mais je ne suis pas d’avis, ni d’accord qu’elle puisse guider un changement politique en Tunisie.

 

Je vous appelle maintenant pour re-responsabiliser les parties politiques, spĂ©cialement, ceux qui ont participĂ© Ă  la grĂšve de la faim et Ennahda. J’appelle ces partis  pour se prĂ©senter en tant que partis politique de l’opposition.

 

Je me demande pourquoi l’Europe a pu inventer un systĂšme d’alternance entre 15 et 25 pays, grands pays et petits pays, gouvernements de gauche et de droite, voire une alliance  dans une seule Allemagne unie mĂȘme, alors que quatre partis tunisiens n’arrivent pas Ă  crĂ©er une alternance entre eux. Prenez chacun 3 ou 4 mois de prĂ©sidence du corps créé et avancez. Vous ne vous reconnaissez pas, comment alors voulez vous qu’ « un dictateur » vous reconnaisse ?! Est-ce que c’est parce que chacun d’entre vous reprĂ©sente « un dictateur » pour l’autre. ArrĂȘtez maintenant ce scandale et assumez votre rĂŽle.

 

Ben Breck, un journaliste, un modĂšle de lutte, guide silencieusement l’opposition politique et la sociĂ©tĂ© civile.

 

Wed Erreiss

wederreiss@yahoo.fr

___________________

J’ai mis dictateur entre 2 “…” parce que je ne suis plus sĂ»r qu’on est en face d’un seul dictateur et pas en face d’une dictature au fond du chaque politicien. 

 


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