17 mai 2006

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2186 du 17.05.2006

 archives : www.tunisnews.net


AFP: Grève de la faim d’une journée de trente-deux avocates tunisiennes  Libération : Une trentaine d’avocates jeûnent pour préserver leur indépendance  AFP: Hausse de plus d’un tiers des exportations israéliennes vers des pays arabes  Jeune Afrique : Ben Ali : « Mes objectifs économiques »  Jeune Afrique : « Une économie vertueuse »   Jeune Afrique :: Le PJD sans voile  Le Soir: Les juges qui gênent   « Le Temps » (Suisse): Sea, sex, sun and Marockn’roll à Casa   Libération: La député d’origine somalienne renonce à son siège de députée aux Pays-Bas: La descente aux enfers de «sainte Ayaan»

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La rédaction d eTUNISNEWS

15 mai ‏2006


Grève de la faim d’une journée de trente-deux avocates tunisiennes

 

AFP, mercredi 17 mai 2006 TUNIS – Trente-deux avocates tunisiennes ont indiqué mercredi dans un communiqué qu’elles observaient une grève de la faim d’une journée pour protester contre des « agressions » contre certaines d’entre elles par des policiers.   Cette grève est décidée « suite aux agressions physiques et verbales commises récemment contre plusieurs avocates, en particulier Me Leila Ben Debba, par des agents de police postés en permanence devant la Maison du Barreau », ont indiqué les signataires du communiqué.   « Les agressions commises contre des avocates sont une manifestation de mépris envers des femmes », ont-elles affirmé, demandant l’ouverture d’une enquête judiciaire et des poursuites contre les responsables.   Les protestaires font partie d’un groupe d’avocats qui occupe depuis mardi, à l’appel du Conseil national de l’ordre des avocats (CNOA), la Maison du barreau, en face du palais de la justice de Tunis.   Elles ont aussi indiqué qu’elles poursuivaient ce mouvement contre l’adoption par le parlement d’un projet de loi prévoyant la création d’un institut de formation du barreau. Le CNOA dénonce le caractère « unilatéral » de sa création et estime qu’il met en cause l’indépendance de la profession. Le ministre de la Justice, Béchir Tekkari, avait déclaré lundi que « toutes les parties, notamment le CNOA, étaient présentes au sein de la commission » chargée de préparer ce projet.

 

 
 

Tunisie: grève de la faim du barreau

Une trentaine d’avocates jeûnent pour préserver leur indépendance.

 

Par Christophe BOLTANSKI

 

Une trentaine d’avocates tunisiennes entament aujourd’hui une grève de la faim pour défendre l’indépendance de leur profession, menacée, selon elles, par le régime de Zine Ben Ali. Avec des dizaines de leurs confrères, elles font depuis huit jours un sit-in permanent, en face du palais de justice, à Tunis, pour protester contre une loi instaurant un institut de formation du barreau. «Ce sera une école dirigée par des fonctionnaires où, comme cela existe déjà pour les magistrats, seuls des gens proches du pouvoir pourront être recrutés», dénonce le bâtonnier, Abdelsattar Ben Moussa.

 

Tutelle. Au terme de la législation adoptée le 9 mai par la Chambre des députés, les études d’avocats vont échapper à la supervision du Conseil de l’ordre pour être confiées à un établissement placé sous la tutelle des ministères de la Justice et de l’Enseignement supérieur. «Actuellement, c’est moi qui choisis les enseignants», poursuit Me Ben Moussa. Dorénavant, «ce sera le gouvernement qui contrôlera l’entrée au barreau.»

 

Au moment où le texte était examiné par les députés, les avocats ont tenté, le 9 mai, de se rendre au ministère de la Justice, mais en ont été empêchés par les forces de l’ordre. Après des échauffourées, ils se sont repliés sur leur siège, la Maison du barreau, qu’ils occupent depuis lors. Le bâtiment «est encerclé par la police et nous sommes agressés physiquement et verbalement quand nous tentons de sortir. Deux d’entre nous ont été hospitalisés», affirme Me Radhia Nasraoui, qui avait déjà observé une grève de la faim pendant plus de sept semaines en 2003 pour dénoncer les atteintes aux libertés en Tunisie.

 

Harcèlement. Les avocats payent notamment le long combat qu’ils avaient mené l’an dernier pour obtenir la libération d’un des leurs, Me Mohammed Abbou. Ce dernier, condamné en juin 2005 à trois ans et demi de prison pour avoir écrit et mis sur l’Internet des articles critiquant le régime, continue de purger sa peine dans des conditions de détention très difficiles, et son épouse, Samia Abbou, a déclaré la semaine dernière être à son tour la cible, ainsi que ses enfants, d’une campagne de harcèlement de la part d’agents de la police politique.

 

(Source : « Libération » (France) du 17 mai 2006)

URL: http://www.liberation.fr/page.php?Article=382663


Hausse de plus d’un tiers des exportations israéliennes vers des pays arabes 

  AFP, mercredi 17 mai 2006 JERUSALEM – Les exportations israéliennes vers des pays arabes ont augmenté de 34,5% durant le premier trimestre de 2006 par rapport à la même période de l’an dernier pour atteindre 57 millions de dollars a indiqué mercredi l’Institut Israélien des Exportations. Vingt-sept entreprises israéliennes ont notamment exporté vers l’Irak essentiellement pour fournir l’armée américaine en équipements de télécommunications. Ces ventes à l’Irak ne se sont toutefois élevées qu’à 320.000 dollars. Pour l’ensemble de l’année, les ventes de ce genre en Irak ont atteint 780.000 dollars, a ajouté l’Institut. Selon cet organisme, 1.343 exportateurs israéliens sont actifs en Jordanie, soit une baisse d’un quart par rapport à l’an dernier. Les ventes à la Jordanie ont reculé de 6% au premier trimestre à 26,5 millions de dollars sous forme de bois de construction, de meubles, de papier, de machines et d’équipements divers. Le nombre d’exportateurs vers l’Egypte a en revanche plus que doublé à 257. Le volume des ventes a pour sa part bondi de 148,5% à 26,5 millions de dollars sous forme de textile, de produits chimiques et pétroliers raffinés. Cette forte augmentation a été stimulée par les accords conclus entre l’Egypte, Israël et les Etats-Unis sur la création de zones industrielles « qualifiées » en décembre 2004. Cet accord permet aux marchandises égyptiennes d’être exonérées des droits de douanes sur le marché américain à condition qu’elles incluent un pourcentage minimum de composants israéliens. L’impact de ces zones qui existent également en Jordanie a par contre diminué à la suite de la récente signature d’accords sur l’instauration d’un libre échange entre ce pays et les Etats-Unis. Les exportations israéliennes vers le Maroc ont augmenté de 23,5% à 2 millions de dollars, alors que les ventes à la Tunisie ont reculé de 16% à 500.000 dollars, a poursuivi l’Institut.


 

Nouveau roman de Fawzia Zouari

 

Le septième livre de notre collaboratrice Fawzia Zouari, La Deuxième Épouse, paraîtra en septembre chez Ramsay. Ce roman lui a été inspiré par un fait divers, l’assassinat, en France, d’un député algérien par sa belle-mère qui avait découvert qu’il avait plusieurs femmes. La Retournée, le précédent, publié en 2002 par la même maison, a été réédité en avril dans la collection Ramsay Poche. 

 

(Source : « Jeune Afrique », N° 2366 du 14 au 20 mai 2006)

 

Le coût du « non-Maghreb »

 

Dix-sept années après sa création, l’Union du Maghreb arabe (UMA) n’est toujours pas parvenue, du fait des blocages politiques et administratifs – et pas seulement à cause de l’affaire du Sahara occidental -, à mobiliser les énergies pour ouvrir les frontières à la libre circulation des biens et des personnes. Selon le gouvernement tunisien, le coût du « non-Maghreb » représente un point de croissance économique en moins par an (1 %). Autrement dit, si l’union maghrébine existait, elle aurait fait gagner aux cinq pays une valeur ajoutée annuelle de l’ordre de 10 milliards de dollars par an, l’équivalent de 5 % de leurs produits intérieurs bruts cumulés. 

 

Qanat Al-Hiwar : le retour

 

La chaîne privée de télévision par satellite Qanat Al-Hiwar (« Canal du dialogue »), lancée en mars 2004 à Paris, a repris sa diffusion, après une longue interruption, le 7 mai dernier, à partir de Rome. Créée par l’homme d’affaires Tahar Belhassine, la chaîne se veut une tribune de l’opposition au régime tunisien. Dans un premier temps, Qanat Al-Hiwar se contentera de quatre heures de programmes par semaine, le mercredi et le dimanche. 

 

(Source : « Jeune Afrique », N° 2366 du 14 au 20 mai 2006)

 


 

Ben Ali : « Mes objectifs économiques »

 

 

par SAMIR GHARBI

 

Réduction de 4 % du taux de chômage, doublement du revenu par habitant, accélération du « développement humain »… Le chef de l’État affiche de grandes ambitions pour la période 2006-2016.

 

Le président Zine el-Abidine Ben Ali a fixé un nouvel objectif à son gouvernement : « faire de la Tunisie un pays développé », et non plus seulement un pays émergent. Cet objectif, il l’a solennellement annoncé le 20 mars, lors du cinquantième anniversaire de l’indépendance, puis à nouveau le 6 mai, à Tozeur, où il a plus particulièrement insisté sur le développement régional.

 

Situé à 450 km au sud-ouest de la capitale, le gouvernorat de Tozeur compte moins de 100 000 habitants, soit 1 % de la population du pays (17 habitants au km2). Beaucoup de progrès y ont été réalisés dans le domaine social : accès généralisé aux soins, à l’eau et à l’électricité… Pourtant, les entreprises – et les emplois – tardent à venir. Qui dit développement dit, bien sûr, éradication des dernières « poches » de pauvreté. En encourageant les investissements, qui ont spontanément tendance à se concentrer dans les grandes villes côtières, à prendre la direction de l’intérieur du pays, le Sud-Ouest comme le Nord-Ouest, le président s’efforce d’étendre la modernisation de la société à l’ensemble du territoire.

 

Dans son discours du 20 mars, il a fixé trois objectifs intermédiaires :

 

1. Rejoindre, à l’horizon 2009, le peloton des pays possédant les meilleurs indicateurs en matière de développement humain ;

 

2. Multiplier par deux le revenu par habitant d’ici à 2016, en le portant à 8 000 dinars (6 200 dollars) ;

 

3. Ramener le taux de chômage de 14 % à 10 % à la fin de 2016.

 

Ces objectifs ont été entérinés, le 29 avril, par le Conseil supérieur du développement et seront donc intégrés aux « Perspectives décennales 2007-2016 », actuellement en cours d’élaboration. Depuis, les membres du gouvernement se mobilisent pour expliquer et promouvoir le nouveau « cahier des charges ». Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a profité de son premier voyage officiel à Paris, du 3 au 4 mai (il était notamment accompagné par Mohamed Nouri Jouini, le ministre du Développement économique et de la Coopération internationale, et par Afif Chelbi, celui de l’Industrie, de l’Énergie et des PME), pour dresser le bilan de la décennie écoulée (1997-2006) et annoncer de nouveaux grands projets.

 

Dès lors, une série de questions se posent : ces objectifs sont-ils réalistes ? À quelles conditions peuvent-ils être atteints ? Nécessitent-ils de nouvelles découvertes pétrolières ? Quel type de politique économique supposent-ils ?

 

 

1. Développement humain : oui, c’est possible

 

La Tunisie devrait sans trop d’efforts rejoindre le groupe des pays les plus favorisés en ce domaine. Selon les critères définis par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), il faut pour cela disposer d’un Indicateur de développement humain (IDH) supérieur à 0,8 (sur 1). Cet indicateur prend en compte trois données essentielles : les conditions de vie (Produit intérieur brut par habitant recalculé sur la base de la parité de pouvoir d’achat), l’espérance de vie à la naissance (santé et longévité) et le niveau d’instruction (alphabétisation et scolarisation). Les progrès de la Tunisie dans ces trois domaines étant constants depuis 1975, l’objectif d’un IDH de 0,8 paraît tout à fait à sa portée. En 2005, il était de 0,753 (sur la base des données de 2003). Selon nos calculs, il pourrait atteindre au moins 0,83 en 2009. Voir infographie n° 1.

 

 

2. Revenu par habitant : ?possible aussi, mais un ?peu plus difficile

 

En se contentant d’accentuer son effort des dernières années, la Tunisie devrait réussir à multiplier son revenu par habitant par deux. Celui-ci a déjà doublé entre 1995 et 2006, passant d’environ 2 000 dinars à 4 000 dinars (de 1 500 dollars à 3 000 dollars). Sauf accident, il devrait atteindre plus de 5 600 dinars en 2011 et 8 000 dinars en 2016. Mais, pour cela, il faudra que la croissance moyenne annuelle soit comprise entre 6,5 % et 7 %. Elle n’est que de 5 % actuellement. Voir infographie n° 2.

 

 

3. Le taux de chômage : ? possible encore, mais ?beaucoup plus difficile

 

Le problème de l’emploi est assurément le plus difficile. Le gouvernement estime que le taux de chômage sera cette année de 14 %, contre 16 % en 1999. À en croire l’Institut national de la statistique (INS), il y aurait aujourd’hui près de 488 000 chômeurs en Tunisie, pour une population active de 3,42 millions de personnes âgées de 15 ans et plus. Pour atteindre l’objectif présidentiel (10 % en 2016), il faudrait créer plus de 92 000 emplois par an, contre 75 000 en moyenne (hors agriculture) actuellement. Ce n’est pas irréalisable, mais c’est difficile… Voir infographie n° 3.

 

Comment atteindre ces objectifs ambitieux ? Tous les économistes sérieux – y compris ceux de la Banque mondiale et du FMI – sont convaincus que la Tunisie doit absolument accroître son taux de croissance « habituel » (5 % an) pour se rapprocher de celui des pays émergents (entre 7 % et 8 %). Avec un taux de croissance démographique net de 1,1 %, cela lui permettrait d’améliorer son revenu par habitant de 7 % en moyenne et de satisfaire presque toutes les nouvelles demandes d’emploi.

 

Si la Tunisie n’est pas, jusqu’à présent, parvenue à franchir ce palier, c’est essentiellement en raison de la faiblesse de son taux d’investissement privé (13 % du PIB), qui ne représente qu’un peu plus de la moitié de l’investissement total (23 % du PIB). Selon les chiffres officiels, les investissements privés ont représenté, au cours de la période 2002-2006, 57 % de l’ensemble des investissements, alors que l’objectif était de 60 %. Accroître l’effort du secteur privé de 1 % du PIB représenterait un investissement supplémentaire de 500 millions de dinars par an et un potentiel de 10 000 emplois dans le secteur manufacturier et celui des services. C’est la condition indispensable pour ramener le taux de chômage à environ 10 % en 2016.

 

Comment inciter les privés à investir davantage ? Jusqu’à présent, les autorités se sont contentées d’incitations fiscales (baisse de l’impôt sur les bénéfices, aides à l’exportation, etc.). De l’avis des banquiers, il ne s’agit là que de « saupoudrages » très insuffisants pour convaincre les investisseurs de prendre des risques à moyen et long terme. Le FMI s’est exprimé sur ce point, de manière allusive, en appelant à une « amélioration du climat des affaires ». « Un secteur privé plus dynamique, estiment ses responsables, est primordial pour permettre à la Tunisie d’atteindre un palier de croissance plus élevé, dans un environnement international marqué par une concurrence de plus en plus vive. »

 

Inutile de faire un dessin. Améliorer le climat des affaires exige une meilleure « visibilité ». Autrement dit : un cadre juridique stable, applicable à tous les investisseurs, sans exception. Or il existe actuellement en Tunisie une catégorie d’hommes d’affaires apparemment au-dessus des lois, qui se jouent de tous les obstacles administratifs ou douaniers et obtiennent des banques tous les crédits et facilités qu’ils peuvent souhaiter. « La justice est avec le débiteur, contre le créancier, explique un responsable bancaire chargé du contentieux. Mais lorsque les juges disent le droit, l’application de la sentence pose souvent problème. » « Le commerce parallèle – et déloyal – est roi », déplore pour sa part un industriel. Des importations sauvages se font au vu et au su de l’administration, au détriment de l’économie formelle.

 

Le FMI recommande donc l’instauration d’une vraie liberté d’entreprendre, d’une vraie flexibilité du travail et d’une vraie concurrence. Car la Tunisie n’est pas seule sur le marché : un investisseur étranger a désormais tout loisir de s’établir ailleurs, là où le climat des affaires se trouve être moins opaque. Moins de népotisme et de favoritisme, plus d’égalité dans les affaires et de transparence dans les prises de décision, l’attribution des marchés ou la mise en œuvre des grands projets : tels devraient être les objectifs d’un vrai « gouvernement économique ». Nul besoin pour cela d’une révolution, mais d’une évolution en douceur, accompagnée de l’émission de signaux montrant clairement que les mœurs sont en train de changer. Dans le bon sens, bien sûr. Bref, comme le dit plaisamment un banquier, il faut faire savoir que « le temps de la récréation est fini ».

 

Pour mener à bien les objectifs définis par le président Ben Ali, ce gouvernement a la chance de disposer d’un secteur pétrolier actif – ce qui, comme l’on sait, n’est pas le cas du Maroc, par exemple. Une nouvelle grande découverte n’est nullement indispensable : il suffit de poursuivre le « ratissage » du territoire national. Ainsi, l’exploration du bassin de Ghadamès (dans le Sud) a permis au cours des cinq dernières années de découvrir une dizaine de petits gisements pétroliers et gaziers. Plusieurs gisements célèbres – ceux d’El-Borma et d’Ashtart, notamment – sont sur le déclin, mais d’autres, peu connus des Tunisiens, prennent progressivement la relève : Adam, Hawa, Nour, Dalia, Jannet… Cette « constellation » produit 20 000 barils par jour, soit plus qu’El-Borma (12 000 b/j) et Ashtart (11 500 b/j). Au total, une trentaine de gisements onshore et offshore produisent 3,4 millions de t de brut par an (70 000 b/j) et 2,3 milliards de m3 de gaz, auxquels s’ajoute la redevance du gazoduc algéro-italien (1,2 milliard de m3/an).

 

L’ensemble permet à la Tunisie de satisfaire 95 % de sa consommation en volume (7 millions de tonnes-équivalent pétrole, tep), pour une consommation de 7,3 millions de t. Au cours des huit dernières années (1996-2003), la Tunisie a produit 45 millions de tep et augmenté ses réserves de 52 millions grâce à de nouvelles découvertes. L’effort d’exploration est ininterrompu et le cadre juridique sans cesse modernisé de manière à attirer les compagnies étrangères (qu’elles soient canadiennes, suédoises, émiraties, koweïtiennes ou américaines), sans parler de leurs consœurs déjà présentes en Tunisie comme Eni-Agip (Italie) et British Gas. Au total, une quarantaine sont présentes sur autant de permis. Le coût de production du pétrole demeure très attractif (5 dollars le baril), avec un taux de réussite assez élevé. Et les perspectives restent prometteuses dans le Sud (bassin de Ghadamès, Djerba) et dans l’offshore (golfes de Gabès et d’Hammamet). Par ailleurs, le récent règlement du litige frontalier avec Malte (février) ouvre de belles perspectives dans l’offshore lointain. Les réserves sont officiellement estimées à 838 millions de barils (425 pour le brut, 413 pour le gaz), soit une bonne vingtaine d’années de production. Par chance, le secteur pétrolier a été fort bien géré depuis la découverte du gisement d’El-Borma, en 1964, jusqu’à aujourd’hui. Grâce au travail d’excellents professionnels, ingénieurs et managers.

 

Conscient de la nécessité d’accroître les investissements privés au cours des dix prochaines années, le chef du gouvernement a engagé une campagne tous azimuts. À Paris, il était accompagné d’une délégation d’une vingtaine d’hommes d’affaires (voir J.A. n° 2365). Le pays devra réussir à mobiliser 210 milliards de dinars (160 milliards de dollars) en dix ans pour financer l’ensemble de ses besoins (remboursement de la dette, projets publics et privés). Le volume des investissements devra, pour sa part, tripler par rapport à la précédente décennie (1997-2006), et la part du secteur privé passer de 57 % en 2006 à 65 % en 2011 et à 70 % en 2016. L’essentiel (près de 90 %) de cet effort reposera sur les épaules des nationaux.

 

Par ailleurs, Ghannouchi ne doute pas que son pays soit capable de créer 85 000 emplois par an entre 2007 et 2011 et 100 000 entre 2012 et 2016. Ce qui permettrait de satisfaire la totalité des nouvelles demandes (845 000) et de réduire le nombre des chômeurs (- 80 000), le taux de chômage passant de 14,2 % à la fin de 2006 à 10,3 % à la fin de 2016. D’ici là, il est certain que la Tunisie aura rejoint le groupe des quarante pays disposant d’un revenu par habitant « moyen supérieur » (entre 3 000 dollars et 10 000 dollars). Mais il lui faudra, dans la meilleure hypothèse, attendre les années 2020 pour accéder au niveau des pays développés (plus de 10 000 dollars).

 

(Source : « Jeune Afrique », N° 2366 du 14 au 20 mai 2006)


 

« Une économie vertueuse »

par SAMIR GHARBI

 

« De 1962 à aujourd’hui, le taux de croissance moyen de la Tunisie a été de 5 % par an, a indiqué le Premier ministre Mohamed Ghannouchi lors de sa visite officielle en France (3-4 mai). Notre économie est vertueuse, parce qu’elle repose sur une vision à long terme, la bonne gouvernance, le partage équitable des fruits de la croissance, la stabilité politique et sociale. Le plan de développement est chez nous un formidable instrument d’orientation, d’évaluation, de mobilisation des énergies pour préparer l’avenir. Mais ce n’est pas un plan à la soviétique. » Pour la période 2007-2016, les trois priorités de son gouvernement sont les suivantes :

– parachèvement de l’intégration économique dans l’espace européen : libre-échange industriel, début de la libération des services et de l’agriculture ;

 

– développement de « l’économie du savoir », qui concerne tous les secteurs à haute valeur ajoutée – de la santé à l’informatique, en passant par la biologie et l’électronique – bénéficiant d’un taux de croissance supérieur à 9 % par an. Leur part dans le PIB devrait ?passer de 20 % en 2006 à 28 % en 2011 et à 35 % en 2016 ;

 

– réalisation d’une série de grands projets : construction d’une centrale électrique de 450 MW, d’une centrale éolienne de 100 MW et d’un réseau ferroviaire urbain rapide (74 km) ; extension du métro de Tunis, construction d’une usine de dessalement de l’eau de mer (à Djerba) et d’une station de retraitement des eaux usées (60 000 m3/jour) à El-Attar, dans la région de Tunis-Ouest ; abonnement d’au moins un million de Tunisiens à l’Internet haut débit et triplement du réseau autoroutier (près de 1 000 km) ; construction d’une raffinerie dans le Sud (capacité : 6 millions de tonnes, dont la moitié destinée à l’export), d’un port en eau profonde à Enfidha (le premier en Tunisie) et d’un aéroport international à Enfidha.

 

« Plus on avance, plus on a des ambitions et plus on grandit », a conclu le Premier ministre, qui n’a pas fait mystère de son ambition de lutter contre les rigidités administratives et d’optimiser les facteurs de production afin d’assurer une croissance soutenue et de préserver l’équilibre social.

 

(Source : « Jeune Afrique », N° 2366 du 14 au 20 mai 2006)


 

Le PJD sans voile

par HAMID BARRADA

 

Les islamistes appellent au boycottage de « Marock », le film de Laïla Marrakchi sorti en salles le 10 mai. Sans grand succès.

 

Le distributeur de Marock est un homme heureux. La sortie dans le royaume du film de Laïla Marrakchi, le 10 mai, rencontre un succès franc et massif. Au Megarama, sur la corniche de Casablanca, la salle, qui compte 800 places, ne désemplit pas.

 

En quatre séances, 2 043 entrées sont recensées. La recette s’élevant à 82 433 dirhams (7 500 euros), le record détenu par Chouchou, de Gad Elmaleh (120 millions de DH en un mois), risque fort d’être battu. Pour répondre à la demande, une projection est improvisée dans une deuxième salle du complexe. Majoritairement jeune dans l’après-midi, le public est plus mûr dans la soirée, avec beaucoup de femmes voilées. Mais d’une séance à l’autre, l’enthousiasme ne faiblit pas et de longs applaudissements retentissent pendant que défile le générique de fin. On entend même des « Vive Laïla ! » et « Vive le Maroc ! ». La veille, 2M, la deuxième chaîne de télévision, avait consacré un sujet au film, à une heure de grande écoute.

 

Pour leur part, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) avaient réclamé son interdiction, puis, ne l’ayant pas obtenue, son boycottage. Un reporter de 2M est devant le Megarama. « C’est un film qui parle de nous », commente un spectateur. Certaines scènes en ont choqué un autre, mais nul n’approuve le mot d’ordre islamiste.

 

Partout, Marock est réclamé. Dès le lendemain, le film est projeté au Colisée, à Marrakech, au Rex, à Fès, à l’Avenida, à Tétouan… Le patron du Lynx, dans le quartier Mers Sultan, à Casablanca, se mord amèrement les doigts de l’avoir déprogrammé après la « fatwa » du PJD…

 

Sélectionné pour le Festival de Cannes (dans la section « Un Certain regard »), puis pour ceux de Casablanca et de Tanger, Marock, qui évoque les amours de deux adolescents marocains (elle musulmane, lui juif), a donc suscité l’anathème des islamistes. Interrogé par J.A. (n° 2360, 2-8 avril 2006), le Dr Saad Eddine el-Othmani, secrétaire général du PJD, avait pourtant juré qu’il n’était pas question de recourir à la censure. Sa profession de foi libérale avait provoqué des « remous » au sein de son parti. At-Tajdid, que dirige Abdelilah Benkirane, l’un des dirigeants islamistes, a ouvert les hostilités, le 3 mai. Pas moins de quatre pages sont consacrées à Marock.

 

À la une, en manchette, affiche du film à l’appui, on proteste contre l’autorisation accordée à un film qui « méprise les Marocains et leur religion ». L’un des articles s’efforce de cerner les « arrière-pensées de la jeune réalisatrice ». Il est également question d’un « discours israélien hostile à la nation » face auquel « le silence est un crime ». Le flot d’insanités que répand cette rhétorique bête et méchante ne recule devant rien. Même le jeu de mots du film, pourtant limpide, devient « une expression de mépris » pour le royaume !

 

En déclenchant cette polémique, le PJD fait certainement une mauvaise affaire. Depuis quelque temps, il s’évertue à se présenter comme une formation démocratique, tolérante et, pour tout dire, normale. Non sans succès, d’ailleurs, au Maroc et au-delà. Mais il a suffi d’un film pour que son idéologie inavouable, faite d’intolérance et de bêtise, se manifeste sans retenue. Aux dernières nouvelles, il aurait pris la mesure de son erreur. Des manifestations prévues pour la sortie de Marock ont été décommandées. Le seront-elles encore dans les prochains jours ?

 

(Source : « Jeune Afrique », N° 2366 du 14 au 20 mai 2006)


Egypte Membres de la Cour de cassation poursuivis

Les juges qui gênent

Quand deux juges réclament leur indépendance, le régime brandit la matraque. Mais un mouvement est né.

BAUDOUIN LOOS
Mahmoud Mekki et Hicham Bastawisi sont en passe de devenir très célèbres en Egypte. Sans l’avoir voulu. Voilà deux juges, vice-présidents de la Cour de cassation, devenus la cible de l’ire du régime de Hosni Moubarak. Mais leur affaire prend une tournure nationale et risque de se retourner contre les autorités. Leur tort ? Avoir critiqué les irrégularités qui ont entaché les élections législatives de novembre et décembre derniers, et, surtout, d’avoir demandé une enquête sur les allégations de fraudes électorales perpétrées avec la complicité de certains juges (trucages signalés par plus d’une centaine de leurs confrères). Les foudres du régime n’ont pas tardé : l’immunité judiciaire des deux hommes a été levée le 15 avril et ils ont été convoqués devant le Conseil de compétence (le conseil disciplinaire). L’audience devait se tenir le 27 avril mais des milliers de policiers massés devant le tribunal ont entrepris de matraquer brutalement les quelques centaines de sympathisants venus soutenir les deux juges, dont des collègues et des journalistes, provoquant le report. Jeudi, une scène identique se produisit et un nouveau report a dû être ordonné. Jamais des magistrats de la Cour de cassation n’avaient dû subir une comparution devant le Conseil de compétence, instance sans appel et dont la saisine revient au Haut conseil de la magistrature… lui-même désigné par le président de la république. Mahmoud Mekki l’a dit sans ambages à notre confrère Al-Ahram : « La décision de nous renvoyer devant le Conseil de compétence ne vise qu’à nous terroriser et à nous faire taire. Mais nous ne renoncerons jamais : nous voulons un système juridique indépendant et un système électoral sans fraudes ». L’affaire prend dans l’ampleur en Egypte, où d’aucuns parlent non sans jubilation de « la révolte des juges ». Les juges civils, en Egypte, jouissent globalement d’une bonne réputation d’indépendance, et si la corruption existe, elle n’a pas le caractère massif rencontré ailleurs dans le monde arabe. La réaction répressive adoptée par le régime montre que ce dernier comprend que les fondements mêmes de l’Etat autocratique sont menacés. Mekki l’expliquait à note confrère égyptien, commentant des promesses non tenues : « La réforme de la justice mènerait à une réforme électorale, ce qui mettrait sans doute fin à la fraude des élections. Et c’est ce que l’Etat ne souhaite évidemment pas. Car dès lors, il y aurait au Parlement des représentants qui refuseraient la prorogation de l’état d’urgence et qui s’opposeraient aux plans du gouvernement ». Etat d’urgence prorogé Le 30 avril dernier, l’état d’urgence en vigueur depuis 1981, a été prorogé de deux ans par le parlement égyptien archi-dominé par le Parti national démocratique (PND) du président Moubarak. Cet état d’urgence permet aux autorités de réprimer les manifestations et de procéder à des arrestations massives. Hosni Moubarak rêve d’une évolution « sous contrôle » lui permettant de céder le témoin le jour venu à son fils Gamal, déjà désigné chef du PND. Les Américains, qui pressent pour plus de démocratie, ont critiqué la répression actuelle. Mais le succès électoral des Frères musulmans (malgré la fraude) et les attentats meurtriers dans le Sinaï ont eu leur effet. La démocratie peut attendre. Et si les Égyptiens, avec l’aide des juges, l’entendaient autrement ? (Source: Le Soir (Belgique), mercredi 17 mai 2006)


 

FILM. «Marock», de la jeune réalisatrice Laila Marrakchi, est sorti hier sur les écrans marocains. Les islamistes ont appelé au boycott.

 

Sea, sex, sun and Marockn’roll à Casa

 

Il y aura dans l’histoire du cinéma marocain un avant et un après Marock, le film de Laila Marrakchi à l’affiche depuis mercredi dans six salles à Casablanca, Fès, Marrakech et Tétouan. Six copies: c’est peu mais c’est beaucoup sachant que cette fiction au ton très irrévérencieux a failli ne jamais sortir au Maroc. Si les quartiers huppés de Casablanca saluent déjà «une avancée démocratique», le fief intégriste de Sidi Moumen, à la périphérie, maudit «un spectacle écrit par Satan». Cassure.

 

A l’image du pays, Marock se situe dans l’univers de la jeunesse dorée et dresse le portrait de Rita, une adolescente débridée qui jure, enfile des jeans serrés, picole dans les boîtes de nuit, roule à toute vitesse, allume les garçons. Un condensé à première vue d’American Graffiti, de la Fureur de vivre et de La Boum. Une seconde lecture lui accorde plus d’ambition: la jolie délurée se déhanche là où le Maroc va mal, en plein dans ses paradoxes, entre modernité et archaïsmes.

 

Sélectionné l’an passé à Cannes, Marock est sorti sur les écrans romands et français en début d’année. 150000 entrées. Jolie performance qui méritait d’être reconduite auprès de son public naturel: les Marocains. Exclu, jurait-on. il ne passerait pas la censure car tout le monde en prend pour son grade, la police en tête. Illustration: Rita et son petit copain Amine flirtent de manière très poussée dans une voiture. Un agent les débusque et veut les traîner au poste. Rita dit à Amine: «Putain mais envoie-le chier! Pays de merde, on n’a rien le droit de faire» Et crie: «Donne-lui à manger pour qu’il ferme sa grande gueule!» Le policier empoche un billet de banque et laisse le couple tranquille. Corruption: un mal congénital au royaume chérifien. Le très tatillon CCM (Centre cinématographique marocain) n’a pourtant pas été offusqué: il a délivré un visa d’exploitation. Marock est certes interdit aux moins de 12 ans mais aucune scène n’a été coupée.

 

Colère des militants du très influent PJD (parti islamiste de la justice et du développement) qui appellent au boycott. Parce qu’il y aurait aussi dans ce film «de nombreuses atteintes portées au rite de l’islam comme la prière et le jeûne». Autre scène: Rita, un jour de ramadan avec ses copines sur une terrasse. Elle ne jeûne pas. Une femme de ménage s’insurge: «T’as pas honte?» Rita (un hamburger dans la bouche): «J’ai mes règles…» (*) La domestique: «Chez toi, les règles durent les trente jours du ramadan.» Irrespect vis-à-vis de l’un des cinq piliers de l’islam, vocifèrent les islamistes. Laila Marrakchi corrige: «Je dénonce l’hypocrisie, beaucoup de gens prétendent qu’ils respectent le ramadan alors qu’ils se cachent pour manger, fumer, boire. Idem pour d’autres comportements.»

 

Mais les attaques les plus virulentes sont venues du très machiste et conservateur milieu artistique marocain. La polémique est née au festival du film de Tanger en décembre 2005: selon les chers confrères de Laila Marrakchi, Marock ne serait pas un film marocain et sa réalisatrice, née à Casablanca mais qui vit en France depuis 1993, ne connaîtrait plus rien aux réalités du pays. Marock serait, enfin, l’étendard d’un lobby sioniste. Arguments? Laila Marrakchi est l’épouse d’un juif. Et puis, il y a cette idylle dans le film entre Rita, qui est musulmane, et Youri, un marocain de confession juive, et ce passage qui a choqué: sur le point de faire l’amour avec Rita, Youri lui met une étoile de David autour du cou. Les islamistes sont tétanisés, ceux que la réalisatrice nomme les pseudo-intellectuels sont outrés. «Mon message est celui de la tolérance, explique l’auteur. Mais qu’une femme soit réalisatrice et qu’une actrice tienne un premier rôle de jeune fille libérée, voilà qui fait sans doute beaucoup dans un pays où le statut des femmes demeure rétrograde.»

 

Marock, film de la double identité et de la double culture, est somme toute prude. Pas réellement de scène de sexe, seulement quelques baisers goinfres. Pas de blasphème mais plutôt quelques insolences d’ados à l’égard de la religion. Depuis hier, les Marocains sont libres de se forger leur propre opinion. Et c’est tant mieux.

 

(Source : « Le Temps » (Suisse), le 11 mai 2006)

 


La député d’origine somalienne renonce à son siège de députée aux Pays-Bas.

La descente aux enfers de «sainte Ayaan»

 

Par Sabine CESSOU

 

La Haye de notre correspondante

 

Menteuse ou victime ? Visiblement émue, la députée néerlandaise d’origine somalienne a renoncé hier devant la presse à son mandat au Parlement. En quelques jours, la trajectoire flamboyante d’Ayaan Hirsi Ali, 36 ans, a tourné à la chute vertigineuse. Arrivée en 1992 aux Pays-Bas en tant que simple réfugiée, elle s’est forgée en moins de dix ans une destinée d’héroïne internationale, critique de l’islam. Attaquée de toutes parts, menacée de mort par les islamistes, contrainte à déménager par des voisins apeurés qui ont eu recours à la justice, accusée de mensonges et sommée de renoncer à sa nationalité néerlandaise, elle a jeté l’éponge, hier, secouée mais toujours prête à défendre sa «liberté».

 

Controverses. Sainte Ayaan, un documentaire critique produit par NPS, la télévision nationale, diffusé le 11 mai, s’est ajouté à une longue série de controverses autour d’un personnage éminemment contesté. Accusée par cette émission d’avoir menti sur son nom, sa date de naissance, son statut réel ainsi que sur son mariage forcé, elle s’est défendue hier, grave et tendue. «J’ai dit à de nombreuses reprises que je ne suis pas fière d’avoir menti lorsque j’ai demandé l’asile aux Pays-Bas. J’ai eu tort de le faire. Je l’ai fait parce que je sentais que je n’avais pas le choix.» Alors que dans Sainte Ayaan, son frère, sa mère et son ex-mari affirment qu’elle s’est mariée de son plein gré avec un Somalien installé au Canada, elle a maintenu le contraire. «J’avais peur d’être renvoyée à ma famille si je déclarais simplement fuir un mariage forcé.»

 

Dès l’automne 2005, a-t-elle révélé, elle a informé son parti de son intention de quitter un pays épris de consensus, où son langage direct a souvent choqué. Sans confirmer son embauche par American Enterprise Institute (AEI), un think tank conservateur basé à Washington, elle dit avoir «opté pour une plate-forme internationale» afin de «contribuer au débat sur l’émancipation des femmes musulmanes et la relation complexe entre l’islam et l’Occident».

 

Sanction. L’affaire Hirsi Ali a pris les proportions d’une véritable crise politique aux Pays-Bas. Jan Peter Balkenende, le Premier ministre, a lui-même volé à la rescousse d’une femme décrite par ses camarades du parti libéral VVD comme un «animal blessé». Surpris par la rapidité avec laquelle Rita Verdonk, la ministre de l’Intégration, a remis le 15 mai en question la citoyenneté d’Ayaan Hirsi Ali, sa collègue de parti, le chef du gouvernement a affirmé qu’il «ne l’abandonnerait pas». Un débat urgent au Parlement s’est tenu hier soir, à la demande de Femke Halsema, la présidente du parti écologiste Groenlinks. Derniers adeptes du multiculturalisme tant décrié par Ayaan Hirsi Ali, les Verts demandent à Rita Verdonk de revenir sur sa «sanction très dure». Du coup, la ministre de l’Intégration, qui brigue la présidence du VVD et le poste de Premier ministre en 2007, s’est retrouvée sur la défensive. Rita Verdonk a rappelé son «immense respect» pour Ayaan Hirsi Ali, avec laquelle elle a eu des contacts étroits après le meurtre du cinéaste Theo Van Gogh, le 2 novembre 2004, par un jeune islamiste néerlandais.

 

Elle n’en a pas moins révélé qu’une enquête avait déjà été menée en 2002 par les services de l’immigration sur le trajet exact d’Ayaan Hirsi Ali avant son arrivée aux Pays-Bas. Alors qu’elle prétendait arriver de Somalie, elle venait en fait du Kenya, où elle avait déjà le statut de réfugiée. L’enquête n’avait pas abouti à cause de la prescription prévue par la loi : douze ans s’étaient écoulés depuis ses premiers mensonges.

 

«Disproportionnée». La tourmente passée, Ayaan Hirsi Ali pourrait bien ressortir grandie d’une sanction qu’elle n’est pas la seule à trouver «disproportionnée». Sans attendre que Rita Verdonk lui demande de rendre son passeport néerlandais, elle aurait l’intention d’accélérer son départ pour les Etats-Unis. «Je vais quitter les Pays-Bas triste mais soulagée, a-t-elle annoncé hier. Je vais faire mes valises et avancer.»

 

(Source : « Libération » (France) du 17 mai 2006)


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