13 janvier 2011

TUNISNEWS 10 ème année, N° 3887 du 13.01.2011 archives : www.tunisnews.net

Liberté et Equité: 29 martyrs au moins et des dizaines de blessés – Nouveau massacre du peuple tunisien Liberté et Equité: 13 tués, les affrontements augmentent AFP: Tunisie : deux tués pendant le discours d’apaisement du président AFP: Al-Qaïda soutient les manifestations en Tunisie et en Algérie AFP: Tunisie: levée de la censure sur les sites internet bloqués AFP: Tunisie: le président Ben Ali écarte un nouveau mandat, demande la fin des tirs Condamnation de la répression violente du mouvement social tunisien

Appel du PSE au dialogue et aux réformes en Tunisie GROUPE DE TRAVAIL SUR LA TUNISIE (GTT): Lettre urgente à M. le Procureur MORENO-OCAMPO Amnesty International: UA on arrest of Tunisian Hamma Hammami Bakchich: Jacques Séguéla au secours de la Tunisie Bakchich: Tunisie, Hamma Hammami enlevé par les flics de Ben Ali Rue Frontenac: La maison d’El Materi à Westmount aspergée de ketchup L’express.fr: Tunisie: les manifestants ciblent les symboles du pouvoir Le Monde.fr: Tunisie : heurts et tension dans la capitale AFP: La France hausse le ton envers la Tunisie AFP: Tunisie: une Suisse d’origine tunisienne tuée pendant les violences Reuters: UN rights boss urges Tunisia to probe killings, torture europe1: Un universitaire franco-tunisien tué Le Nouvel Observateur: « Le gouvernement tunisien n’est pas credible » BBC Afrique: Le lourd bilan de la FIDH sur la Tunisie Le Nouvel Observateur: Les syndicats Francais solidaires des manifestants en Tunisie Le Figaro: Tunisie: Aubry veut une « condamnation La voix du nord: Tunisie : la fin du mirage démocratique OujdaCity: La grande leçon de Sidi Bouzid Rue89: Tunisie : limogeage de deux faucons du président Ben Ali econostrum: Le syndicat UGTT appelle à une grève générale en Tunisie Rue Frontenac: Le gendre du president etait bien a Montreal The New York Times: Tunisian Rioters Overwhelm Police Near Capital NPR: Tunisia Conflict Between Protesters, Police Escalates Le Soir: Facebook, le messager de la révolte F.L.B.L.Q.A.Y.: LA VÉRITABLE NATURE DU RÉGIME DE BEN ALI Habib M. Sayah: Lettre aux Tunisiens : Ce que je crois… Fathi Jerbi: De quel bilan économique et social parle t-on ? Taoufik Ben Brik: Le soulèvement de la jeunesse en Tunisie est une vraie révolte politique Taoufik Ben Brik: C’est la révolution des enfants de la balle  SONIA.D: UNE VALISE VIDE EST TOUJOURS TRÈS LOURDE.


Liberté et Equité:

Tunis, le 13 janvier

29 martyrs au moins et des dizaines de blessés

Nouveau massacre du peuple tunisien


 

[…]

La situation est devenue explosive à Tunis, entraînant 4 décès, dont celui du jeune Heulmy Ben Othmane, 17 ans et de nombreux blessés à la suite des affrontements violents [….] dans de nombreux quartiers de la capitale […] Les affrontements perdurent à l’approche du couvre feu dans nombre de quartiers et en banlieue. Un martyr est tombé cité Tadhamoun Il s’agit de Ouejdi Nasri. Il y a eu deux martyrs, cité Intilaka, un autre à la cité du 5 décembre au Kram Ouest, 3 à la cité Douar Hichem, 2 à Mellassine. A Hammam-Lif, c’est un lycéen qui est décédé, Naceur Talbi, 21 ans, alors qu’il était sur le balcon de son domicile.

 

Gouvernorat de Bizerte 

3 morts et de nombreux blessés

Cité Bassatine à Bizerte, Skander Khlifi est mort en martyr […] à Menzel Bourguiba, il y a eu deux morts, Khaled Rhimi et Houssem Souilhi [..]

 

Gouvernorat de Nabeul, 4 morts et des dizaines de blessés

A Slimane, deux citoyens sont morts et un autre a été blessé […] A Maamoura, un manifestant a été tué par balles […]

 

El Hamma, dans le gouvernorat de Gabès

3 citoyens sont morts dans les affrontements : Ramzi Ghmaqi, Mohsen Bouzaiene et Naoufel Laakoubi. On ne sait pas ce que sont devenus Hassouna Laamari, Mohsen Ghouma, Khaled Bouzaiene et Naoufel Ghmaki.

 

Douzdans le gouvernorat de Kebili

A Douz, dans le gouvernorat de Kebili, se sont déroulées les funérailles des martyrs tombés sous les balles […]

 

Zarzisdans le gouvernorat de Médenine : deux morts […]

Makram Mastour (17 ans) et le citoyen Mra’i (32 ans)

 

Gouvernorat de Tataouine

3 citoyens sont tombés sous les balles.

Pour le Bureau exécutif de l’Organisation

Le Président

Maître Mohammed Nouri


 

Liberté pour tous les prisonniers politiques

Liberté et Equité

Organisation Indépendante de droits humains

33 rue Mokhtar Atya, Tunis

Tel/fax : 71 340 860

 

13 tués, les affrontements augmentent

 


 

 En dépit du limogeage du ministre de l’Intérieur et du couvre-feu

Deux jours seulement après le discours du chef de l’Etat lundi 10 janvier 2011, […] les affrontements ont redoublé d’intensité dans la capitale si bien que le pouvoir a eu recours à l’imposition du couvre-feu sur le grand Tunis de huit heures du soir à cinq heures du matin. Les affrontements se sont déplacés mercredi 12 janvier […] des banlieues de Tunis au centre ville. Des syndicalistes réunis place Mohammed Ali dans la capitale ont été agressés physiquement et pour la première fois depuis 1978 les forces de police ont investi le siège central de l’UGTT.

 L’ordre national des avocats a tenu une réunion dans son bureau au tribunal pour constituer une commission des organisations de droits de l’homme sur les dossiers de la corruption et des crimes graves commis à l’encontre du peuple tunisien

Dans les banlieues de la capitale, les manifestations et les affrontements ont repris entre les manifestants et les forces de police dans les cités Tadhamoun, Intilaka, Zahrouni, Soukra. Le poste de police de Mellassine a été incendié. Des unités de l’armée ont été postées sur de nombreux axes et en face des institutions.

En dépit du couvre-feu, les affrontements ont repris dans de nombreux quartiers de la capitale jusque tard dans la soirée, à Sidi Houssine Sijoumi et Intilaka à l’ouest de la capitale, la cité de l’Aouina, Soukra, et la cité Nassim à Borj Elouzir au nord de la capitale.

Suite à une tentative des forces de police de donner l’assaut à une manifestation dense à Ben Guerdane dans le gouvernement de Médenine, des affrontement violents ont eu lieu entre les manifestants et la police qui a utilisé des gaz lacrymogènes et a tiré à balles réelles, blessant au thorax Abdallah Reb’i, professeur de gymnastique qui a été conduit à l’hôpital de Médenine dans un état critique. La recette des finances a été brûlée, ainsi que le « marché libyen » et le plus grand dépôt de la douane comme celui des voitures. Des unités de l’armée ont pris place dans des axes de la ville et ont érigé des cordons devant la délégation et les banques.

A Douz, il y a eu des affrontements violents entre les manifestants et les forces de police qui ont ouvert le feu, tuant cinq citoyens dont Hatem Bettahar, professeur d’université, par un tir dans le thorax et le jeune Riyadh Ben Aoun, par un tir à la tête.

A Deggache, cinq citoyens sont tombés, dont Maher Laabidi, Lamjed Ben Rejeb, et Abdelkader suite aux violents affrontements entre manifestants et forces de police qui ont tiré à balles réelles.

A Jemna, des citoyens ont tenté de récupérer une oasis de palmiers qui était autrefois propriété de l’Etat, qui a été appropriée par le pouvoir et dont la population ne pouvait plus bénéficier.

[…]

A Sfax, des dizaines de milliers de personnes ont participé à une manifestation populaire qui a débouché sur des affrontements violents avec les forces de police à cause de l’assassinat d’un enfant de quatorze ans. Le local du Comité de Coordination du Parti au pouvoir a été incendié.

A Tala, les affrontements ont repris […] La police a tiré à balles réelles tuant le jeune Ouejdi Saïhi et blessant des dizaines de personnes […]

A Hammamet, des affrontements ont eu lieu entre citoyens en colère et forces de police qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs à balles réelles, tuant le citoyen Zouhaïer Souissi, marié à une Anglaise, et le jeune Frej Atia, professeur de théâtre. Les locaux d’une banque, du poste de police et des voitures de police ont été incendiés.

A Nabeul, il y a eu des affrontements dans l’après midi La police a utilisé les gaz lacrymogènes et les balles réelles blessant gravement des dizaines de citoyens, notamment :

Mohammed Ben Nsib, à la jambe

Oussama Mabrouk, au thorax et au bras

Sami Dimassi, aux deux jambes

Mountassar Dakhlaoui, aux deux jambes

Bilel Mezni, au niveau du cœur,

Abdelbasset Hammami, qui est décédé à l’hôpital des suites de ses blessures

Fehri Ben Mtir, deux balles au niveau de la ceinture

Marouane Byoudh, au niveau de la cuisse

Zahi Bouhamed, cinquante ans, à la tête

Fethi Ben Ali Sebi’i, aux jambes

Les citoyens ont remarqué la présence de personnes qui n’étaient pas de la ville qui se sont livrés à des opérations de bris et de pillage, notamment un agent de police en civil nommé Abdelaziz Ben Khedher qui exhortait les gens à casser tandis qu’un autre agent prenait des photos.

A Bizerte, une manifestation populaire importante a traversé les rues de la ville […] et n’a pas rencontré d’opposition de la part des forces de police.

A Gabès, une marche est sortie du local de l’URT et a parcouru l’avenue Mohammed Ali, Elle a essuyé la répression, lacrymogènes, ce qui a obligé les manifestants à rebroussé chemin vers le local de l’UGTT où ils ont été encerclés. Des bombes lacrymogènes ont été lancées à l’intérieur du local, d’où des cas d’étouffements. Le blocus n’a été forcé que grâce à l’arrivée de jeunes de l’extérieur.

Une série de grèves générales […]  ont démarré à Sfax, Gabès et Médenine qui ont été très suivies […]

Pour le bureau exécutif de l’Organisation

Le Président

Maître Mohammed Nouri

(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)


A l’Ariana, les milices du parti au pouvoir attaquent les protestataires et la télévision filme


Assabilonline, Tunisie Des manifestants de l’Ariana, plus précisément à Sidi Ammar, ont été attaqués par les milices du parti au pouvoir en Tunisie, (le Rassemblement Constitutionnel Démocratique) auxquelles participaient le gouverneur, le délégué et des responsables locaux du parti au pouvoir. Ils ont attaqué les manifestants avec des matraques et les manifestants ont sauvé un enfant tombé d’entre les mains des assaillants. C’est un indice grave de ce que le parti au pouvoir entraîne délibérément les citoyens dans la guerre civile après que les services de police aient été incapables de contrôler la situation. Mis à jour le 13-01-2011 (Traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)

Tunisie : deux tués pendant le discours d’apaisement du président


TUNIS – Deux civils ont été tués par des tirs de la police dans la ville de Kairouan, dans le centre de la Tunisie, au moment même où le président Zine El Abidine ben Ali prononçait un discours dans lequel il ordonnait la fin des tirs sur les manifestants, ont raconté des témoins. Sayed, un électricien de 23 ans, a été tué d’une balle dans la poitrine près des locaux de la gendarmerie lors d’affrontements qui ont éclaté après une manifestation pacifique à l’appel du syndicat régional dans cette ville du centre, a dit l’un des témoins. Un autre quadragénaire, Lamjed Dziri, employé d’une fabrique de tabac, a également été tué par des tirs de police dans les mêmes circonstances, a indiqué un autre témoin. Ces deux habitants ayant requis l’anonymat ont évoqué des scènes de chaos dans la ville qui a connu des pillages durant plusieurs heures. Trois postes de police, une municipalité, une permanence du parti présidentiel au pouvoir, ont été incendiés et des commerces ont été pillés. Près de Tunis, dans la Cité El Ghazala, des affrontements ont eu lieu jeudi soir entre la police et des manifestants aux abords d’un pôle technologique gardé par l’armée, a constaté un journaliste de l’AFP. (©AFP / 14 janvier 2011 00h19)

 

Al-Qaïda soutient les manifestations en Tunisie et en Algérie


WASHINGTON – Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a appelé les manifestants à étendre leurs mouvements en Tunisie et en Algérie, afin de renverser les pouvoirs en place et instaurer la charia, a rapporté jeudi le service américain de surveillance des sites islamistes SITE. Dans une vidéo de 13 minutes, le chef d’Aqmi, Abou Moussab Abdel Wadoud, suggère aux contestataires tunisiens, qui manifestent depuis un mois, « de nous envoyer leurs fils afin qu’ils reçoivent un entraînement militaire », a rapporté SITE. « Nous vous offrons notre soutien et notre réconfort ainsi que notre aide dans votre détresse et votre soulèvement », a déclaré le dirigeant islamiste. Abou Moussab Abdel Wadoud a appelé les Tunisiens à se soulever dans tout le pays contre « le régime corrompu, criminel et tyrannique » en place à Tunis et à établir la charia. « Nous exercerons tôt ou tard des représailles contre vos tortionnaires et leurs maîtres », a-t-il menacé. Des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre ont eu lieu jeudi à Tunis et sa banlieue dans le cadre d’un mouvement sans précédent de contestation du régime, qui a fait 66 morts en un mois selon une ONG des droits de l’homme. Le président Zine El Abdine Ben Ali s’est engagé jeudi soir à quitter le pouvoir au terme de son mandat en 2014 et a ordonné la fin des tirs contre les manifestants, dans l’espoir d’apaiser la contestation. A propos des manifestations en Algérie, le dirigeant d’Al-Qaïda les a qualifiées de « prévisibles, honorables et positives » et estimé qu’elles ne pourraient atteindre leurs objectifs que par le renversement du président Abdelaziz Bouteflika. Il a accusé Alger d’avoir « vendu le pays, acculé le peuple à la pauvreté et propagé la corruption ». Les dirigeants algériens « ont volé l’argent du pays et l’ont partagé avec leurs maîtres français et américains », a-t-il lancé. « Nous vous vengerons et nous tiendrons dans vos rangs avec nos fusils contre les criminels apostats », a menacé Abou Moussab Abdel Wadoud. Des émeutes en Algérie ont fait cinq morts la semaine dernière selon plusieurs témoignages mais le calme est revenu après une baisse des prix des aliments de base ordonnée par le pouvoir. (©AFP / 14 janvier 2011 00h12)


 

Tunisie: levée de la censure sur les sites internet bloqués


TUNIS – Les sites internet qui étaient bloqués en Tunisie, notamment Dailymotion et Youtube, étaient de nouveau accessibles jeudi soir, peu après la promesse du président Zine El Abidine Ben Ali de garantir « la liberté totale » de l’information et de l’accès à l’internet. Des utilisateurs ont très vite célébré la disparition du censeur du ministère de l’Intérieur, qui se faisait appeler « Ammar 404 ». « Ammar 404 est au chômage », « bye, bye Ammar 404 », écrivaient les internautes sur Facebook. Ils ont joué un rôle de premier plan dans l’information sur le protestation sociale qui secoue la Tunisie depuis un mois, faisant au moins 66 morts, selon des défenseurs des droit de l’Homme. Le président tunisien avait annoncé, dans un discours à la Nation jeudi en début de soirée, « la liberté totale » de l’information et de l’accès à internet alors que son pays était accusé d’être l’un des principaux prédateurs de ce média au même titre que la Birmanie ou l’Iran. Sur Facebook, des internautes ont commencé à dérouler un livre qui était strictement interdit en Tunisie, « La régente de Carthage », écrit par les journalistes français Nicolas Beau et Catherine Graciet. L’ouvrage dénonce le rôle supposé de Leïla Trabelsi, l’épouse du président Ben Ali, et sa famille pour contrôler des secteurs clefs de l’économie tunisienne. Autre fait notable jeudi, la télévision publique Tunis 7 a invité pour la première fois, lors d’une émission politique, le chef de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Mokhtar Trifi, qui n’était pas reconnu par le pouvoir et un opposant, l’islamiste modéré, Salaheddine Jourchi, qui était vice-président de cette association avant qu’elle ne soit contesté par des membres proches au pouvoir. (©AFP / 13 janvier 2011 23h07)


Tunisie: le président Ben Ali écarte un nouveau mandat, demande la fin des tirs


TUNIS – Le président tunisien Zine El Abdine Ben Ali a annoncé jeudi ne pas avoir l’intention de briguer un nouveau mandat, a dit avoir demandé de cesser les tirs contre les manifestants et a promis la liberté « totale » pour l’information et l’internet. « Pas de présidence à vie et je refuse de toucher à la limite d’âge fixée par la Constitution », a déclaré le président, au pouvoir depuis 1987 et qui a été réélu en octobre 2009 pour un mandat de cinq ans. Il était sollicité par des membres de son parti pour se représenter en 2014. La Constitution limite l’âge des candidats à la présidence à 75 ans et il était question pour ses partisans de l’amender pour qu’il se représente en 2014, date à laquelle il aurait 77 ans. « Assez de tirs à balles réelles », a-t-il ajouté dans ce discours prononcé en tunisien dialectal dans une intention apparente de se faire comprendre par tous les Tunisiens. « Je refuse de voir de nouvelles victimes tomber (…) Assez de violences, assez de violences », a-t-il poursuivi, en affirmant que « personne ne serait plus inquiété à moins qu’il tente de se saisir de l’arme d’un agent de l’ordre ». « Je vous ai compris », a martelé le président à plusieurs reprises, avant de promettre la « liberté totale » pour l’information et l’accès à internet, sujets sur lesquels il était critiqué notamment par les Etats-Unis. Dans un rare aveu, le président tunisien a également admis avoir été « trompé » sur l’analyse de la crise sociale qui agite la Tunisie depuis près d’un mois et affirmé que l’enquête qu’il a ordonnée serait indépendante et établirait les « responsabilités de chacun ». « La situation aujourd’hui nécessite un profond changement et de travailler main dans la main (le pouvoir et les opposants) pour le bien du pays », a encore dit le président tunisien. « Je réaffirme ici que j’ai l’intention d’approfondir la pratique démocratique et de revitaliser le pluralisme », a encore déclaré M. ben Ali. Ce discours est le troisième depuis le déclenchement de la révolte sans précédent contre le chômage à la mi-décembre. Le mouvement a débuté à Sidi Bouzid (centre-ouest) avant de s’étendre à d’autres villes pour toucher la capitale et ses environs ces dernières 48 heures. Le 28 décembre, M. Ben Ali avait regretté les évènements de Sidi Bouzid et dénoncé une « instrumentalisation politique de certaines parties ». Il avait souligné « l’impératif de respecter la liberté d’opinion et d’expression et le souci de les consacrer dans la législation et la pratique ». Dans un second discours, il a promis le 10 janvier 300.000 emplois sur deux ans et dénoncé « des actes terroristes » orchestrés depuis l’étranger. Les affrontements meurtriers ont fait 66 morts en un mois selon une ONG des droits de l’Homme. (©AFP / 13 janvier 2011 21h30)

 


TUNISIE: Condamnation de la répression violente du mouvement social tunisien et appel des

organisations internationales de défense des droits de l’Homme à une réaction forte de la communauté internationale


13  janvier 2011 – Nos organisations, le Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, l’Organisation mondiale contre la Torture, l’Institut du Caire pour les Etudes des Droits de l’Homme et Reporters sans frontières expriment leur plus vive inquiétude quant à l’évolution dramatique de la situation en Tunisie, où se déroule actuellement une répression violente et aveugle d’un mouvement de protestation d’ampleur nationale sans précédent dénonçant l’injustice sociale, la corruption, le déni des libertés fondamentales et du droit à la dignité. Nos organisations condamnent avec la plus grande fermeté les violations graves, disproportionnées et systématiques des droits de l’Homme perpétrées par les autorités à l’encontre du mouvement de contestation. En particulier, nos organisations condamnent l’usage d’armes à feu par les forces de police contre des civils désarmés qui a déjà provoqué la mort d’au moins 23 personnes, des centaines d’arrestations arbitraires et l’usage répété des mauvais traitements et de la torture.  Nos organisations ont dénoncé avec constance la dégradation de la situation des droits de l’Homme en Tunisie depuis les élections présidentielles et législatives d’octobre 2009, et demandent avec insistance à l’Union européenne (UE) de tirer les conséquences du déni, par le gouvernement tunisien, de ses engagements internationaux, notamment en matière de libertés d’expression, d’association et de rassemblement. Nous regrettons d’autant plus l’absence de réaction rapide et appropriée de la part de l’UE, alors même qu’elle négocie actuellement un rehaussement de ses relations avec la Tunisie par l’octroi d’un « statut avancé » dans le cadre de la politique de voisinage. Les violations flagrantes du droit international commises par les autorités tunisiennes ne peuvent être ignorées par l’UE et ses Etats membres et nos organisations appellent l’UE à condamner ces violations expressément. Dans ce contexte, nos organisations demandent à la communauté internationale, et notamment l’ONU et l’UE d’adopter une position ferme vis-à-vis des autorités tunisiennes pour faire respecter les engagements conjoints en matière de droits de l’Homme, et de demander à la Tunisie : •       le respect de la liberté de rassemblement pacifique, notamment la fin immédiate de l’escalade de la violence et l’arrêt des tirs à balles réelles par les forces de l’ordre sur les manifestants; •       la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes, notamment les défenseurs des droits de l’Homme, les avocats, les journalistes, les bloggeurs, les syndicalistes et les personnalités politiques retenues arbitrairement lors de ce mouvement de protestation et la cessation immédiate de tout acte de torture et autres mauvais traitements; •       la mise en place d’une commission nationale d’enquête, indépendante et impartiale, chargée d’enquêter sur les violations aux droits de l’Homme commises, y compris les cas d’exécutions extrajudiciaires et d’arrestations arbitraires, d’identifier les responsables et de les traduire, le cas échéant, en justice, avec octroi de réparations aux victimes et/ou à leurs familles; •       la levée du blocus des médias tunisiens et étrangers afin qu’ils puissent couvrir ces évènements; •       le respect des engagements internationaux en matière de droits de l’Homme souscrits par la Tunisie avec invitation immédiate, sans réserve aucune, des Rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture ; l’indépendance des juges et des avocats ; la liberté d’expression, les défenseurs des droits de l’Homme et les exécutions extrajudiciaires. En outre, nos organisations demandent à la communauté internationale la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante sous l’égide des Nations Unies, et à l’UE, la suspension des négociations d’un statut avancé UE-Tunisie jusqu’à ce que des progrès concrets aient été effectivement accomplis par le gouvernement tunisien en matière de respect des droits de l’Homme, en particulier en ce qui concerne la liberté d’expression, d’association et de rassemblement pacifique, le pluralisme politique et syndical, le respect de l’autonomie des organisations de la société civile, l’indépendance du système judiciaire, la levée de la censure de l’Internet et la libération des prisonniers d’opinion – ces progrès devant être évalués par des experts indépendants. Il est vital que l’Etat tunisien respecte les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, et qu’il renonce à recourir à toute mesure qui puisse davantage encore exacerber la violence. Sans cela, cette crise ne trouvera aucune issue.  

COMMUNIQUÉ DE PRESSE PSE 13.01.2011

Appel du PSE au dialogue et aux réformes en Tunisie


Le PSE s’inquiète des vagues de manifestations et affrontements qui ont actuellement lieu entre la population et les autorités Tunisiennes. L’acte désespéré de Mohamed Bouazizi, jeune diplômé sans emploi, le 17 Décembre 2010 à Sidi Bouzid (Sud-Est de Tunis) est à l’origine de ces mouvements anti-gouvernementaux. Ces rassemblements de sans emplois ont engendrés de violents affrontements, qui ont amplifiés la colère des protestataires. Les conflits ont engendrés de nombreuses victimes le weekend du 8-9 janvier 2011. Le PSE tient à exprimer son entier soutien aux familles des victimes. Le PSE lance un appel aux autorités tunisiennes afin de mettre un terme aux violences. Il est inacceptable d’ouvrir le feu sur des manifestants, cela doit être condamné. Le PSE demande le respect de l’expression des droits de l’homme en Tunisie. LE PSE exige la libération immédiate des journalistes, bloggeurs, avocats et autres personnes qui ont manifesté pacifiquement, et qui sont toujours en détention. Le PSE réclame un dialogue immédiat entre la société civile indépendante, les partis politiques, les syndicats et les autorités. Le PSE exprime sa solidarité aux mouvements de droits civils en Tunisie. La crise actuelle est causée par un profond malaise social avec un taux élevé de chômage et doit en conséquence recevoir des réponses adaptées avec la mise en place rapide de réformes économiques, sociales et politiques qui mèneront à une ouverture démocratique du régime. Le président du PSE, Poul Nyrup Rasmussen déclare « Le régime doit comprendre que la source du mécontentement populaire est profondément enracinée et nécessite des mesures concrètes. L’agitation actuelle reflète le malaise profond de la société tunisienne causé par le manque de liberté politique, la corruption, la pauvreté et un semblant de démocratie. Des réformes doivent immédiatement êtres mises en place !» Le Secrétaire General du PSE Philip Cordery, ajoute « Le gouvernement doit savoir qu’un  renforcement  des relations bilatérales avec l’UE n’ira de pair qu’avec  des réformes garantissant le respect des droits de l’homme et les libertés fondamentales, ce qui implique également d’honorer les clauses sur les Droits de l’Homme de l’Accord d’Association ». Le PSE organisera très prochainement une visite d’étude en Afrique du Nord. INTERNATIONAL UNIT


GROUPE DE TRAVAIL SUR LA TUNISIE (GTT)

C/O Gilles PERRAULT  50480 Sainte-Marie-du-Mont

Tél.:  (33 2) 33 71 58 13    Fax: 33 2) 33 71 01 46

Email : gttunisie@free.fr

 

Le GTT est un groupe informel de réflexion et de proposition sur la Tunisie. Il est né 1999 de la conviction de ses membres, que les Tunisiens méritent mieux que le sort qui leur est fait depuis plus de deux décennies.

Le GTT est animé par  Mgr. Jacques GAILLOT, évêque, François GÈZE, éditeur, Pr. Albert JACQUARD, universitaire, Pr. Léon SCHWARZENBERG, cancérologue (†) et l’écrivain Gilles PERRAULT.

 

Sainte-Marie-du-Mont, 12 janvier 2011

 

 

                                    Monsieur Luis MORENO-OCAMPO

                                    Procureur de la Cour pénale internationale

Boîte Postale 19519               2500 CM, La Haye – Pays-Bas

Par mail

                

Monsieur le Procureur,

Nous, soussignés, citoyens démocrates amis du peuple tunisien, avons l’honneur de porter à votre connaissance la situation suivante

En Tunisie, une révolte populaire est en train d’être noyée dans le sang depuis la mi-décembre. Des jeunes se suicident en s’immolant par le feu devant les institutions officielles pour protester contre le chômage, la précarité et l’arbitraire. La rue se soulève pour les soutenir et le pouvoir recourt à la police et à l’armée pour mater sa propre population.

Monsieur le Procureur,

Le week-end des 8 et 9 janvier est probablement le plus sanglant depuis la féroce répression des émeutes populaires de janvier 1984. C’est à cette époque-là que le pouvoir avait nommé Zine el Abidine Ben Ali à la tête de la Sûreté nationale pour « pacifier » un pays exsangue et meurtri. Le militaire gravira les échelons jusqu’à renverser le président Habib Bourguiba en novembre 1987.

Face à l’émeute suscitée par ses politiques et sa mainmise sur le pays depuis vingt-trois ans, cet officier a directement menacé son peuple que la révolte pacifique serait réprimée « avec toute la rigueur, avec toute la rigueur ! ». C’est ce qu’il a martelé lui-même dans une allocution solennelle adressée à l’opinion en direct sur les médias d’Etat, le mardi 28 décembre 2010[1].

C’est assurément cet acharnement du général-président qui a amené le Département d’Etat américain à convoquer l’ambassadeur tunisien à Washington, pour lui faire part des inquiétudes américaines quant aux intentions funestes du pouvoir en place à Tunis.

Monsieur le Procureur,

Nous avons apprécié la mise en garde que vous avez adressée aux dirigeants sortants de Côte-d’Ivoire, notamment à Charles Blé Goudé, dangereux activiste pro-Gbagbo nommément cité dans votre déclaration du 28 décembre 2010. Nous estimons que vous étiez pleinement en droit de rappeler à ces gens-là que « s’ils planifient des violences, ils finiront à La Haye ».[2]

Une telle démarche, Monsieur le Procureur, est encore plus pressante à l’endroit de M. Ben Ali, dans la mesure où il a consacré ces derniers jours à l’exécution sanglante de sa menace de vengeance.

            Comme la Côte-d’Ivoire, la Tunisie n’a pas signé ni ratifié le « Statut de Rome » de la CPI, mais nous sommes convaincus que vous saurez utiliser tous les moyens de droit à votre disposition pour contribuer à protéger la population civile tunisienne

La situation évoluant d’heure en heure, nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir agir au plus vite en vue d’arrêter les massacres. Il y va de la sécurité d’un peuple qui souffre.

Nous vous prions, Monsieur le Procureur, de bien vouloir agréer l’expression de notre reconnaissance et de toute notre estime

Signatures :

 

Mgr Jacques GAILLOT, Evêque

François GEZE, Editeur

Pr Albert JACQUART, Universitaire

Gilles PERRAULT, Ecrivain


 


[1]  Lien pour ce discours : http://www.tuniscope.com/index.php/article/6264/actualites/tunisie/discours-110620

 

[2] Déclaration du Procureur MORENO-OCAMPO sur ce lien :

http://www.icc-cpi.int/NR/exeres/EB76851B-C125-4E70-8271-D781C54E2A65.htm


 

URGENT ACTION

TUNISIAN activists arrested


 

Hamma Hammami, spokesperson for the banned Tunisian Workers’ Communist Party (Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens, PCOT), was arrested at his home on 12 January. Two people who were also in the house, lawyer Mohamed Mzem and Mounia Obaid, were arrested as well.

Hamma Hammami is reported to have been arrested by more than 20 officers from the Presidential Security. He was in his house with his 11-year-old daughter, as well as lawyer Mohamed Mzem and Mounia Obaid, who were also arrested. His daughter managed to slip away. Security officers also took Hamma Hammami’s computer. His wife, lawyer and human rights activist Radhia Nasraoui, believes Hammami was arrested because he had spoken to several different media networks about the views of the Tunisian Workers’ Communist Party, regarding the ongoing protests in Tunisia, which are calling for better living conditions and an end to unemployment and corruption.

Eyewitnesses informed Radhia Nasraoui that Mounia Obaid was not arrested at first but that security officers re-entered the house to arrest her, apparently after receiving orders not to leave any witnesses. Mounia Obaid was released later but there is no news on the fate of Hamma Hammami and Mohamed Mzem.

Hamma Hammami has been previously targeted by the Tunisian authorities for peacefully exercising his right to freedom of expression and has been arrested and reportedly tortured or otherwise ill-treated during detention several times in past years. In September 2009 he was physically assaulted by men believed to be plain-clothes police officers at Tunis airport upon his return from France after having criticized the then recent presidential and parliamentary elections, President Zine El-Abidine Ben Ali and corruption in interviews to Al Jazeera Mubasher and France 24 satellite television channels. In October, he was summoned by the criminal police but did not respond to the summons for fear of being arbitrarily arrested. He subsequently went into hiding and only recently came out of hiding. His wife and children have also been harassed by security officers.

Over the past few weeks protests have been taking place in Tunisia, following the suicide of a 26-year-old unemployed graduate on 17 December, and the government has responded in a heavy-handed manner. Throughout this period scores of people have reportedly been arrested, among them journalists, bloggers and others who have spoken out. Amnesty International fears for the safety of those who remain in detention.

 

PLEASE WRITE IMMEDIATELY in Arabic, French or your own language:

n Urging the Tunisian authorities to immediately disclose the whereabouts of Hamma Hammami, and Mohamed Mzem and to allow them immediate access to their family members, lawyers of their choice, and to ensure that they are protected from all forms of torture or other ill-treatment;

n Calling on the Tunisian authorities to either charge Hamma Hammami and Mohamed Mzem with recognizable criminal offences, and try them accordingly, or to release them.

 

PLEASE SEND APPEALS BEFORE 23 FEBRUARY 2011 TO:


 

Minister of Justice and Human Rights

Lazhar Bououni

Ministry of Justice and Human Rights

31 Boulevard Bab Benat           

1006 Tunis – La Kasbah

Tunisia 

Fax: + 216 71 568 106

Salutation: Your Excellency

Minister of Interior

Ahmed Friaa    

Ministry of Interior and Local Development

Avenue Habib Bourguiba          

1000 Tunis, Tunisia       

Fax: +216 71 340 888

Salutation: Your Excellency

And copies to:

Director General of Prisons and Re-education

Direction générale des prisons et de la rééducation

Rue 8003 – Appartement L

Espace de Tunis

Monplaisir, Tunis, Tunisia

Salutation: Dear Director


 

Also send copies to diplomatic representatives accredited to your country. Please check with your section office if sending appeals after this date.

 


Jacques Séguéla au secours de la Tunisie

Plan com | jeudi, 13 janvier 2011 | par Nicolas Beau

Jacques Séguéla est rentré voici deux jours de Tunis où il a prêté main forte au président Ben Ali avant son intervention télévisée, qui fut un flop retentissant.

Le 7 octobre 2010, Jacques Séguéla, grand communicant devant l’éternel et conseiller du régime tunisien, déclarait : « La Tunisie demeure un pays mal aimé et ma connu parce qu’il est mal communiqué« . Depuis, comme on l’a vu encore dans sa dernière intervention télévisée, où il proposait de renouer le dialogue avec le peuple tunisien après avoir provoqué des dizaines de morts, le Président Ben Ali ne cesse de progresser en termes de communication. Et il doit ces progrès foudroyants à Séguéla, chargé de la communication du Palais de Carthage, où il se trouvait encore voici deux jours.

Force pas très tranquille

C’est qu’en effet les dix minutes d’intervention télévisée du général président, laborieusement enregistrées pendant quatre longues heures, ont été préparées avec soin avec Jacques Séguéla. Quel talent pour imaginer de proposer aux jeunes tunisiens la création de 300.000 emplois en deux ans – un chiffre extravagant qui, rapporté à la population française, équivaudrait à la création de deux millions d’emplois dans notre pays. Les conseils de fermeté donnés aux parents dans la même intervention ont porté leurs fruits. On a vu sur la chaine Al Jazeera la mère d’un jeune tué durant les manifestations déclarer avec courage : « Un de mes cinq fils a été assassiné par ce régime, il en reste quatre pour combattre« . Disons que l’on a connu Séguéla plus habile lorsqu’il conseillait à Mitterrand le fameux slogan de « la force tranquille« .

Jacques Séguéla, un proche de l’Élysée aujourd’hui, est décidément fidèle en amitié. Un de ses adjoints est resté à Tunis pour aider le chef de l’État à ré-intervenir à la télévision aujourd’hui jeudi

 

Dessin de Pakman

La situation ne cesse de se détériorer en Tunisie où dans la soirée de mercredi à jeudi, les jeunes ont continué à manifester dans plusieurs villes, dont Lamarsa toute proche de Tunis, et cela malgré le couvre-feu. Une grève générale devrait avoir lieu demain vendredi, qui pourrait constituer le commencement d’un embrasement général

La situation est tellement critique que les deux filles du Président et de Leila Trabelsi sont parties fissa à Montréal. Leila Trabelsi, la régente de Carthage, qui, il y a un mois encore, se vivait comme la future présidente, a fait deux voyages éclair à Genève et Dubai. A Tunis, un de ses neveux, Wissem, a été assassiné par des jeunes dans la rue, ce qui laisse augurer, demain, de quelques règlements de compte avec la famille. Partout, les immenses photos de Ben Ali, que l’on trouvait en masse dans toutes les communes de Tunisie, sont lacérées. La peur a changé de camp

La fuite de Varenne

Le clan au pouvoir est conscient de la montée des périls au point d’avoir déjà préparé sa fuite. Un des militaires fidèles à Ben Ali, le général Antar, veille à ce que trois hélicoptères, de dix-sept places chacun, soient en permanence en état de marche. A Malte, qui peut être atteint en vingt minutes par hélico, un jet privé est prêt pour transporter la famille présidentielle dans quelque pays ami. L’avion est la propriété d’une société basée à Monaco, elle-même filiale d’un groupe situé à Dubaï et propriété de Leila Trabelsi.

Si ce n’est pas une fin de règne, cela y ressemble.

(Source: Bakchich.info le 13 janvier 2011) Lien:http://www.bakchich.info/Jacques-Seguela-au-secours-de-la,12804.html


Tunisie, Hamma Hammami enlevé par les flics de Ben Ali


Révolte / mercredi 12 janvier par Nicolas Beau En Tunisie, le ministre de l’Intérieur a été démissionné et l’armée appelée en renfort. Un des rares opposants historiques, Hamma Hammami, a été enlevé mercredi matin à son domicile. Face à la mobilisation de la rue qui se poursuit dans tout le pays, le président tunisien Ben Ali donne l’impression d’être totalement désemparé. Lundi, le chef de l’Etat tunisien promettait 300.000 emplois à la jeunesse tunisienne- soit, rapporté à la population française, un chiffre totalement aberrant de deux millions d’emplois. Seul l’autisme du pouvoir tunisien, habitué à manier une propagande aussi brutale que sommaire, peut imaginer qu’il s’agit là d’un effet d’annonce susceptible de convaincre la société tunisienne totalement révoltée par la corruption du clan présidentiel. Ce mercredi matin, le pouvoir semble, plus que jamais, perdre la main. Un des dirigeants historiques de l’opposition, Hamma Hammami, leader du petit Parti communiste des ouvriers de Tunisie (interdit par le pouvoir) et époux de la célèbre et courageuse avocate, Radhia Nasraoui, a été enlevé à son domicile par la police politique de Ben Ali. Depuis, sa famille est sans nouvelles. Espérons que le gouvernement français, dont plusieurs membres ont pris la défense, toute honte bue, du pouvoir tunisien, tentera une démarche auprès de ses amis tunisiens. Pour l’instant, la France que l’on a vue très en pointe sur le dossier ivoirien au nom des grands principes, est beaucoup plus tiède face aux événements tunisiens, alors que la police tire à balles réelles sur les manifestants. Dernier signe du désarroi du pouvoir à Tunis, Ben Ali qui, dans une première vie, fut général avant d’être ministre de l’Intérieur puis chef de l’Etat, a fait appel à l’armée pour rétablir le calme. Mal connue et tout aussi secrète que son homologue en Algérie, l’armée tunisienne passe, pour les connaisseurs du régime actuel, comme très peu favorable au clan présidentiel. Les contacts se sont multipliés, ces derniers mois, avec les diplomates américains, très hostiles désormais au président Ben Ali dont l’entourage était qualifié, dans un télégramme diplomatique révélé par Wikileaks, de « quasi mafieux ». Excusez du peu. Il faut vraiment que Ben Ali, malgré le soutien de ses amis français, soit bien désemparé pour faire appel aux gradés tunisiens. Prudent, l’hôte du Palais de Carthage a exigé la démission du chef d’état-major de l’armée de terre, hostile à une intervention contre les manifestants ; Autant dire que le pouvoir tunisien est condamné aujourd’hui à parier sur la loyauté d’une armée qui ne l’aime guère. Et pour cause, un étrange accident d’avion, voici une dizaine d’années, provoquait la mort de tout l’état-major, une sorte de purge qui a laissé de mauvais souvenirs. Face à la tragédie vécue par les démocrates à Tunis, il est difficile de ne pas revenir sur les étranges revirements de certains à Paris qui, hier, soutenaient le régime et qui aujourd’hui se font les chantres de l’opposition. Ainsi l’ancien bâtonnier Christian Charrière Bournazel, l’avocat d’El Taief, le meilleur ami de Ben Ali dans les années 90 surnommé « le vice-Roi », prétend aujourd’hui organiser la solidarité des avocats français avec leurs collègues tunisiens. (Source: bakchich.info le 12 janvier 2011) Lien: http://www.bakchich.info/La-Tunisie-de-Ben-Ali-au-bord-de-l,12794.html

 


 

 La maison d’El Materi à Westmount aspergée de ketchup


     
Nouvelles générales – International
Écrit par David Santerre  
Mercredi, 12 janvier 2011 22:13
Mise à jour le Jeudi, 13 janvier 2011 09:22
Le gendre du président de la Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali, s’est-il ou non réfugié à Montréal pour fuir la tourmente que vit son pays? Toujours impossible d’en avoir la confirmation. Chose certaine, il n’est pas le bienvenu pour tous, sa luxueuse demeure de Westmount ayant été vandalisée mercredi.  

   
   

La demeure que Mohamed Sakher El Materi a achetée pour 2,5 millions de dollars en 2008 et qui est depuis en rénovation semble inhabitée et vide pour cause de travaux. Lors d’une visite de Rue Frontenac, qui tentait de vérifier si, comme le voulaient certaines rumeurs, El Materi s’y trouvait, nous avons plutôt constaté que la façade avait été copieusement aspergée de ce qui semble être du ketchup. Et le méfait semblait tout récent. Dans le contexte du vaste mouvement de contestation populaire qui secoue la Tunisie depuis un mois, réprimé de façon sanglante dans les derniers jours par le gouvernement, le méfait contre la maison d’El Materi cause peu de dommages mais est lourd de sens. C’est comme si on avait voulu imiter le sang. En toute fin de soirée mercredi, après publication de cet article, Rue Frontenac a reçu un lien vers une vidéo sur YouTube réalisée par les auteurs de ce méfait. On y voit la porte de la demeure aspergée de ketchup pendant que l’auteur explique le geste. «C’est symbolique, ça veut rien dire, peut-être que c’est con, mais ça représente le sang des Tunisiens morts pour leur liberté. Que Dieu ait leur âme», récite-t-il. La police de Montréal dit ne pas avoir reçu de plainte concernant ce méfait, et on n’a donc aucune idée de qui l’a perpétré. Joint par Rue Frontenac, le consul de Tunisie à Montréal, Imed Sassi, a affirmé ne pas être au courant de cet acte de vandalisme, pas plus que de la présence ou non du gendre de son président. «Je ne sais rien. Vous savez, moi, je fais des passeports et des actes de naissance. Je ne suis pas réseauté, on ne m’informe d’aucune de ces choses-là», a-t-il lancé, l’air exaspéré par la tourmente que causent les rumeurs de la présence d’El Materi à Montréal. Ces rumeurs se sont propagées mardi, relayées par des dizaines de Tunisiens via les réseaux sociaux Facebook et Twitter. On disait que les filles du président Ben Ali fuyaient le pays mis à feu et à sang et se réfugieraient à Montréal, où elles disposent de la propriété de Mohamed Sakher El Materi, qui est vu par certains observateurs de la politique tunisienne comme un potentiel dauphin pour Ben Ali. La goutte qui a fait déborder le vase Ce qui a mis le feu aux poudres en Tunisie, un pays d’Afrique du Nord qui, pour les nombreux touristes étrangers qui y profitent de la plage et du désert, semble calme, voire relativement prospère, c’est le geste insensé de Mohamed Bouazizi. Le jeune homme s’est immolé publiquement en décembre, dans la ville de Sidi Bouzid, au centre du pays, en guise de protestation contre la répression dont il dit avoir été victime quand la police lui a saisi un étalage de fruits qu’il vendait, semble-t-il, sans les autorisations requises. Bouazizi est mort le 4 janvier. Cette tragédie a malheureusement déclenché une vague de drames similaires et fait sortir de ses gonds une jeunesse, puis un grand pan de la population, qui dénoncent le chômage endémique au pays, la perte de libertés individuelles, la répression contre l’opposition et les atteintes à la liberté de presse. De bruyantes manifestations ont eu lieu dans tout le pays. La police et l’armée tunisiennes ont, ces derniers jours, décidé d’intervenir massivement pour tenter de contrer les protestataires. Résultat: 21 morts, plusieurs tombés sous les balles des autorités, selon le gouvernement. Mais les syndicats annoncent plutôt une cinquantaine de morts. Voulant probablement donner l’impression d’ouverture aux manifestants, le premier ministre, sous la recommandation du président Ben Ali, a démis de ses fonctions le ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem. Mais cela ne semble pas avoir apaisé les tensions. L’armée s’est installée dans la capitale Tunis où un couvre-feu a été imposé. Le Canada préoccupé Des interventions des forces tunisiennes que dénonce d’ailleurs le Canada. «Le Canada est préoccupé par le fait que des manifestations pacifiques dégénèrent en violence généralisée en Tunisie. Nous sommes particulièrement préoccupés par les rapports selon lesquels des actes de violence, perpétrés au cours de rassemblements publics, auraient fait de nombreux morts et blessés, et mené à un grand nombre d’arrestations. Le Canada exhorte les autorités tunisiennes à modérer leurs forces de sécurité et à instituer un dialogue transparent avec la société civile, de façon à trouver des solutions aux problèmes sociaux et économiques auxquels est confronté le pays», a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Tout-puissants Le président Zine el-Abidine Ben Ali a pris le pouvoir en novembre 1987 dans ce que certains qualifient de coup d’État. Premier ministre, il a en fait démis le président Habib Bourguiba pour cause de sénilité et pris sa place. Au départ, il a donné de l’espoir aux Tunisiens, mettant en place des lois favorables à un meilleur respect des droits de l’homme et limitant la présidence à trois mandats. Loi qu’il abolira plus tard pour se maintenir en poste. Cela s’est toutefois gâté dans le futur. Par des lois empêchant littéralement à l’opposition d’exercer ses droits, il a toujours été réélu avec des majorités de 89 à 99 % des voix lors des élections que des organisations non gouvernementales qualifient de simulacres d’élections. Selon Reporters sans frontières, Ben Ali est un «prédateur» de la liberté de presse et pour quiconque défend les droits de la personne. Son gendre El Materi, lui, a connu une ascension fulgurante dans le monde des affaires tunisiennes pour devenir, par des méthodes controversées, une des plus grandes fortunes du pays. À 30 ans seulement, il est distributeur pour le pays des véhicules Volkswagen, Audi et Porsche à travers une société qui fournit les véhicules de toute l’administration tunisienne. Propriétaire d’une banque islamique, il s’est aussi plongé dans l’acquisition de journaux et a lancé une radio coranique, ce qui ne manque pas d’inquiéter les tenants de la liberté de presse quand on pense à ses liens avec le président Ben Ali. Plus récemment, il a pris le contrôle de l’opérateur de téléphonie Tunisiana, une opération de 1,2 milliard de dollars. Il est aussi député depuis 2009. Tout cela, avec comme diplôme un simple brevet de gestion. (Source: Rue Frontenac le 13 janvier 2011) Lien: http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/international/32383-la-maison-del-materi-aspergee-de-ketchup  


  Tunisie: les manifestants ciblent les symboles du pouvoir

Manifestants et forces de l’ordre se sont violemment affrontés jeudi dans le centre de Tunis. 8 civils ont été tués à Tunis et 3 en province dont un franco-tunisien.

Malgré l’instauration d’un couvre-feu mercredi soir à Tunis, la tension persiste dans la capitale et dans le reste du pays, alors que lemouvement de contestation dure depuis un mois

Un manifestant a été tué ce jeudi par les tirs de la police dans le quartier Lafayette à proximité de l’artère centrale de l’avenue Bourguiba à Tunis selon l’AFP. Les forces de l’ordre ont tenté de disperser les manifestants à coup de bombes lacrymogènes avant de tirer, selon des témoins. Les forces de l’ordre se sont interposées pour empêcher des manifestants, venus des abords de l’avenue Bourguiba, de se diriger vers le quartier où se trouvent un supermarché de la chaîne Carrefour et la Maison de la radio publique. 

Huits morts dans la banlieue de Tunis

8 ont été tuées dans la nuit dans la banlieue de Tunis. La présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Souhayr Belhassen évalue à 66 le nombre de morts depuis le début des troubles mi-décembre: « Nous avons une liste nominative. On a recensé 58 morts depuis le début des troubles, hors Tunis. On vient de recevoir confirmation de 8 morts et 50 blessés dans la nuit dans l’agglomération de Tunis », at-elle précisé. 

Banques saccagées, voitures calcinées, sous-préfecture et poste de police attaqués, le couvre-feu imposé dans Tunis et sa banlieue n’a pas empêché des bandes de jeunes de s’en prendre dans la nuit de mercredi à jeudi à des symboles du pouvoir et de l’argent. Si le coeur de la capitale où se trouvent les principaux commerces, banques et administrations publiques, a été épargné en raison d’une forte présence des forces de l’ordre, cela n’a pas été cas aux alentours, en particulier à El Aouina, près de l’aéroport international de Carthage, et à Ettadhamen, au nord de la capitale. 

Poursuite des violences en province

Mercredi trois civils ont été tués en province. ADouz, deux civils ont été tués. Parmi eux, un Franco-Tunisien de 38 ans,Hatem Bettahar, maître de conférences en génie informatique à l’université de technologie de Compiègne (Oise), qui se trouvait en vacances dans sa famille en Tunisie. Il était en Tunisie dans le cadre d’un échange universitaire avec un établissement d’enseignement àGabès (sud-ouest). 

D’après un témoin, les civils auraient été abattus par des tirs de la police lors d’une manifestation qui a dégénéré. C’est la première fois depuisle début des émeutes que Douz, ville de 30 000 habitants, située à 550 km au sud de Tunis, connaît de telles violences. 

AThala (centre-ouest), un manifestant a également été tué par balle mercredi soir, selon un syndicaliste. Un quatrième jeune homme a été tué par balle dans les affrontements qui ont eu lieu mercredi soir à la cité Ettadhamen, en banlieue ouest de Tunis. « Magid, 25 ans, a été mortellement blessé par des tirs de la police, une heure environ avant le couvre-feu », a indiqué un habitant de la cité. 

Selon la radio suisse romande une Suisse « a été tuée mercredi soir au cours d’une manifestation àDar Chaabane, dans le nord de la Tunisie ». Selon le frère de la victime, sa soeur, une retraitée, se trouvait au « deuxième étage » d’un bâtiment d’où elle assistait, avec d’autres femmes, à une manifestation. « Ils ont crié sur Ben Ali, »Alors ils ont tiré une balle. Elle est venue (…) dans sa gorge », a-t-il ajouté, sans donner de détails sur les auteurs du tir.  » Selon le Comité de soutien du peuple tunisien en Suisse, au moins trois autres personnes sont décédées dans le même quartier mercredi soir ». 

Source : « L’express.fr » Le 13-01-2011

Tunisie : heurts et tension dans la capitale


 

Au lendemain de violents affrontemements dans la banlieue de Tunis, dans la nuit de mercredi, la situation était toujours explosive dans la capitale tunisienne, jeudi 13 janvier. Des tirs ont été signalés dans le centre-ville, où la police et les unités anti-émeutes étaient fortement présentes. Des témoins affirment qu’un manifestant a été tué par les tirs de la police dans le quartier Lafayette, quadrillé par les unités spéciales de la police en lieu et place de l’armée.

Confronté à une crise sans précédent depuis vingt-cinq ans, le présidentZine El-AbidineBen Ali s’adressera de nouveau jeudi soir aux Tunisiens, selon l’agence gouvernementale TAP.

Les forces de l’ordre ont tenté de disperser les manifestants à coups de bombes lacrymogènes avant de tirer, selon ces témoins. Elles se sont interposées pour empêcher des manifestants, venus des abords de l’avenue Bourguiba, de se diriger vers le quartier où se trouvent un supermarché de la chaîne Carrefour et la Maison de la radio publique. D’autres témoins cités par les agences de presse font état d’un blessé grave.

UN BILAN QUI S’ALOURDIT

Avant cette nouvelle victime,un  bilan de la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) s’établissait à 66 morts depuis le début des troubles, mi-décembre. Selon la présidente de la FIDH, la TunisienneSouhayr Belhassen, huit personnes ont été tuées dans la capitale au cours des affrontements de la nuit. Cinquante auraient été blessées.

L’organisation affirme détenir une liste nominative de ces personnes tuées.Parmi les victimes, ununiversitaire franco-tunisien de 38 ans, professeur à l’université de Compiègne, tué par balles, mercredi, dans la ville de Douz. Jeudi, le ministère des affaires étrangères suisse a de son côté confirmé la mort d’une de ses ressortissantes : selon laRadio suisse romande, il s’agit d’une infirmière d’origine tunisienne de 65 ans, atteinte par une balle alors qu’elle se trouvait sur un balcon dans la ville de Dar Chaabane.

A Tunis, les affrontements de la nuit se sont produits dans les cités d’Ettadhamen et Intilaka, où vivent quelque 30 000 habitants, à environ 15 km du centre de la capitale. « Toute la nuit, on a entendu des tirs, des cris et des bruits de casse », a déclaré à l’AFP une infirmière. Elle a expliqué que « les incidents ont démarré hier après-midi pendant un rassemblement qui a ensuité dégénéré en affrontements violents entre forces de sécurité et des jeunes ».

Plusieurs bâtiments municipaux et des commerces ont été partiellement endommagés, et deux voitures ont été incendiées devant les locaux de la sous-préfecture. Les autorités tunisiennes ont imposé un couvre-feu nocturne pour une durée illimitée, la première mesure de ce genre depuis l’arrivée au pouvoir du président Zine El-Abidine Ben Ali en 1987.

Source: “Le Monde.fr” Le 13-01-2011

 

 

Fillon inquiet de «l’utilisation disproportionnée de la violence» en Tunisie


Le gouvernement français hausse le ton face au régime du président tunisienZine el Abidine Ben Ali. François Fillon, le Premier ministre français, s’est alarmé jeudi de «l’utilisation disproportionnée de la violence» en Tunisie, en appelant «l’ensemble des parties à faire preuve de retenue et à choisir la voie du dialogue» alors que de nouveaux affrontements ont faitun mort dans le centre ville de Tunis, selon des témoignages rapportés par l’AFP.

Depuis le début des troubles en Tunisie,l’opposition française critiquait vivement le manque de réaction du gouvernement français et le fait qu’il n’avait pas condamné clairement la répression policière ordonnée par le président tunisien Ben Ali en raison du principe de non ingérence. 

A l’occasion de la présentation jeudi matin de ses voeux à la presse,Martine Aubry avait ainsi demandé que «la France adopte une position forte de condamnation de la répression».

Alors que la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) chiffre à au moins 66 — dont un Franco-Tunisien– le nombre des morts depuis le début des troubles mi-décembre, la ligne de non ingérence et d’extrême retenue du gouvernement français apparaissait de plus en plus difficile à défendre.

En Tunisie, dans la nuit de mercredi à jeudi,de violents affrontemements ont à nouveau opposé les forces de sécurité à des jeunes dans la banlieue de Tunis malgré le couvre-feu imposé dans la capitale tunisienne et ses environs.  Le président Zine El Abidine Ben Ali s’adressera de nouveau jeudi soir aux Tunisiens, la troisième fois depuis le début des violences.

Un Franco-Tunisien de 38 ans, Hatem Bettahar, maître de conférences en génie informatique à l’université de technologie de Compiègne (Oise), a été tué ce mercredi lors d’incidents alors qu’il se trouvait dans sa famille en Tunisie.

Source: ”Le Parisien.fr” Le 13-01-2011

La France hausse le ton envers la Tunisie


 

Le gouvernement français a haussé le ton jeudi face au régime du président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, s’inquiétant de « l’utilisation disproportionnée de la violence », sous la pression des bilans humains qui ne cessent de s’aggraver et des critiques de l’opposition.

S’exprimant après une rencontre à Londres avec son homologue britannique David Cameron, le Premier ministre François Fillon a lancé un appel à la retenue et au dialogue, et surtout dénoncé pour la première fois la répression par les forces de sécurité du président Ben Ali.

« On ne peut continuer dans cette utilisation disproportionnée de la violence », a-t-il dit, rejoignant les positions exprimées par l’Union européenne et l’administration Obama qui avaient déjà condamné l’usage de la force dans des termes similaires.

Alors que la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) chiffre à au moins 66 — dont un Franco-Tunisien– le nombre des morts depuis le début des troubles mi-décembre, la ligne de non ingérence et d’extrême retenue du gouvernement français apparaissait de plus en plus difficile à défendre.

La France va devoir adopter « une position forte de condamnation de la répression inacceptable » menée contre la contestation sociale, avait lancé plus tôt jeudi la dirigeante du Parti socialiste (PS, opposition), Martine Aubry.

« On tire sur des gens, il y a des morts » et en France « on a le silence », avait accusé le chef de file des députés PS Jean-Marc Ayrault. Selon lui, « la voix de la France aujourd’hui est totalement embarrassée » et la diplomatie française ménage un « régime corrompu et policier ».

Les socialistes français, dont certains jugent désormais « inévitable » un départ de Ben Ali, ont lancé une salve de critiques contre les ministres, qui, à l’unisson, se contentaient de « déplorer » les affrontements et d’appeler à l' »apaisement ».

La ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie avait donné le ton mardi en suggérant devant l’Assemblée nationale de se livrer à une analyse « sereine et objective » de la situation et de ses causes économiques, plutôt que de « s’ériger en donneur de leçons ».

Elle avait proposé à la Tunisie « le savoir faire » des forces de sécurité françaises, qui « permet de régler des situations sécuritaires de ce type » sans pertes humaines.

La France, ex-puissance coloniale, est traditionnellement très prudente dans ses prises de positions à l’égard du régime du président Ben Ali, un de ses alliés les plus proches en Afrique du Nord.

« La Tunisie est un ancien protectorat (français). Compte tenu de nos liens d’amitié et compte tenu de notre histoire commune, aller plus loin serait faire preuve d’une ingérence qui n’est pas du tout la ligne de la diplomatie française », avait expliqué le porte-parole du gouvernement, François Baroin.

Mais la France a aussi voulu rester fidèle à un allié qui, selon elle, a su contenir l’islamisme, gérer l’immigration illégale, développer son système éducatif et son économie, estiment plusieurs responsables politiques de la majorité de droite.

Les organisations de défense des droits de l’Homme, de leur côté, dénoncent depuis des années le caractère policier du régime tunisien, les atteintes aux libertés et la mainmise de la famille du président sur le pays.

Certaines d’entre elles demandent que soient suspendues les négociations entamées avec la Tunisie en vue de lui octroyer un « statut avancé » dans ses relations avec l’Union européenne. Ce statut, dont bénéficie déjà le Maroc, permet une densification des relations politiques et économiques.

Source: “AFP” Le 13-01-2011

Lien: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hSb3_64BpN5umvPR81BEgFVmviNg?docId=CNG.e8d333768c43f182ddca14898e4ed042.851

 


 

Tunisie: une Suisse d’origine tunisienne tuée pendant les violences


 

 Une Suisse d’origine tunisienne a été tuée en Tunisie en proie à des troubles depuis la mi-décembre, a annoncé jeudi le ministère helvétique des Affaires étrangères (DFAE), confirmant une information de la radio suisse.

« Le DFAE confirme le décès d’une citoyenne de double nationalité en Tunisie », explique-t-il dans une note envoyée à l’AFP.

L’ambassade de Suisse à Tunis est « en contact avec les proches » (de la victime), poursuit-il sans donner plus d’informations « pour des raisons de protection des données et des personnes ».

Selon la radio suisse romande qui a interrogé son frère, cette Suissesse, « a été tuée mercredi soir au cours d’une manifestation à Dar Chaabane, dans le nord de la Tunisie ».

« Elle devait rentrer en Suisse ce jeudi », ajoute la radio sur son site internet.

Un de ses neveux résidant en Suisse, Adel Tajouri, a indiqué à l’AFP que sa tante, retraitée, était infirmière et avait travaillé dans plusieurs localités suisses dont Neuchâtel et Yverdon (ouest).

L’hôpital de Lausanne a en revanche démenti l’information de la radio suisse affirmant que la victime était employée par l’établissement.

Le frère de la victime a de son côté raconté que sa soeur se trouvait au « deuxième étage » d’un bâtiment avec d’autres femmes d’où elle assistait à une manifestation en cours.

« Elle (était) en train de regarder la manifestation dans la rue. Ils ont crié sur Ben Ali (le président de Tunisie, ndlr) », a-t-il raconté dans un français approximatif.

« Alors ils ont tiré une balle. Elle est venue (…) dans sa gorge », a-t-il ajouté, sans donner de détails sur les auteurs du tir. « Elle est décédée sur place », a-t-il déploré.

Le neveu de la victime et le Comité de soutien du peuple tunisien en Suisse affirment que la retraité a été touchée « par un tir de policier ».

Son frère a ainsi annoncé qu’il avait l’intention avec le mari de la victime, en Suisse au moment des faits, de « porter plainte » contre la police.

Dans l’interview à la radio suisse, il souligne par ailleurs avoir « téléphoné à la sécurité civile, à la centrale de police, à l’hôpital pour (obtenir) une ambulance » dans les plus brefs délais, mais explique que ces différents interlocuteurs lui ont indiqué n’avoir « ni voiture, ni ambulance ».

« Elle sera enterrée en Tunisie vendredi après-midi », a encore indiqué le neveu de la Suissesse tuée.

Selon le Comité de soutien du peuple tunisien en Suisse, cette dernière, « née le 8 novembre 1944 » était « rentrée en Tunisie il y a quelques semaines pour passer des vacances auprès de sa famille et devait rentrer vendredi 14 janvier, à Lausanne ».

« Selon nos sources, au moins trois autres personnes sont décédées dans le même quartier hier soir », a ajouté le comité dans un communiqué.

Plusieurs dizaines de personnes sont décédées en Tunisie depuis le début des affrontements il y a un mois.

Face aux émeutes sociales qui secouent le pays nord-africain, Berne a appelé jeudi « la Tunisie au respect du dialogue, des libertés fondamentales et des droits de l’homme; ceux-ci incluent la liberté d’opinion et de réunion ».

« A cette fin, le DFAE a invité hier l’ambassadeur de Tunisie à Berne à un entretien afin de lui transmettre les préoccupations de la Suisse », ont encore indiqué les autorités.

Source:”AFP” Le 13-01-2011

Lien: http://www.romandie.com/ats/news/110113152427.lrtddo7p.asp


 

 

UN rights boss urges Tunisia to probe killings, torture


U.N. High Commissioner for Human Rights Navi Pillay called on Tunisia on Thursday to investigate police killings of scores of civilians and voiced concerns that detained activists have been tortured.

Pillay, in an interview with Reuters, said that her office was prepared to help Tunisian authorities to investigate excessive use of force so as to bring perpetrators to justice.

« We are trying to verify the number killed. Human rights organisations report almost 40 killed. So clearly that is a result of some excessive measures used, such as (police) snipers, the indiscriminate killing of peaceful protestors, » she said in her Geneva office.

« My office has specialists in conducting these investigations, I am going to offer the help of my office to the government, » she said.

The latest official count for the number of civilians killed in the unrest is 23. But witnesses told Reuters on Wednesday another five were killed. A Paris-based rights group said earlier this week it believed the count was at least 35.

One man was killed in clashes with police in the capital of Tunis overnight, witnesses said, after crowds defied a curfew.

The North Africa country, which is experiencing its worst unrest in decades, has a history of harassing and jailing activists and torturing them, according to Pillay, a former U.N. war crimes judge from South Africa.

Citing demonstrators’ grievances against corruption and unemployment, Pillay said: « I’m very concerned that this has erupted, that people were forced to take to the streets. »

« The government has now called in the army which is patrolling various cities and it has imposed a curfew at night. It is continuing to arrest people, » she added. « I’m aware that Tunisia does not have a good record in tolerating protest. »

The U.N. Human Rights Committee — composed of independent experts who monitor civil and political rights — had already called attention to harassment and intimidation of activists in Tunisia in 2008, she said.

« Therefore I am concerned about conditions of peaceful protestors who are being held in detention. They are allegations they are being subjected to torture, » Pillay said.

President Zine al-Abidine Ben Ali, struggling to contain the biggest challenge to his rule since he took office over 23 years ago, sacked his interior minister and ordered the release of arrested rioters.

Defending the death toll from the unrest, the government has said police only fire in self-defence when rioters attack with petrol bombs and sticks.

« As High Commissioner I always encourage independent investigation. In this case, I’m not necessarily calling for an international investigation but it has to be independent, » Pillay said, underlining that it must be credible.

She awaited the follow-up to the prime minister’s announcement that the government is setting up a commission to investigate allegations of corruption — noting it was « one of the major frustrations expressed by the demonstrators ».

« I welcome this, but I am very cautious in welcoming it because of the continuation in arrests and because of this past history of very easy resort to torture, » Pillay said.

« Human rights defenders and bloggers have been arrested and detained and the numbers continue (to rise), » she said.

Source: “Reuters” Le 13-01-2011


Un universitaire franco-tunisien tué


 

Un universitaire de 38 ans a été tué mercredi dans le sud du pays. Il avait enseigné en France.

Les émeutes ont fait de nouvelles victimes, mercredi en Tunisie. Dans l’agitation de la rue, deux civils ont été abattus par balle à Douz, une ville de 30.000 habitants située à 550 km de Tunis, jusqu’alors épargnée par la violence de la contestation.

Parmi les victimes figure Hatem Bettahar, un franco-tunisien de 38 ans, qui a enseigné durant plus de dix ans à l’Université de technologie de Compiègne (UTC). Il était en poste en tant que professeur en génie informatique. « Il était en Tunisie dans le cadre d’un échange universitaire avec un établissement d’enseignement à Gabès (sud-est de la Tunisie) », a détaillé le Quai d’Orsay.

Selon plusieurs sources, Hatem Bettahar a été pris dans la tourmente d’une manifestation pacifique entamée mardi soir, et qui a dégénéré dans la journée de mercredi. Des jeunes s’en seraient pris à des bâtiments publics, ainsi qu’à un poste de police et à un local de la sous-préfecture. Les forces de l’ordre sont ensuite intervenues, dispersant les manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs à balles réelles.

Une mort « injuste »

Joint par Europe 1, Abdelwaled, un cousin de Hatem Bettahar vivant en France, a appris la nouvelle en téléphonant à sa famille, en Tunisie. « Tout le monde était en état de choc, là-bas », a-t-il confié. « Ce n’était pas une personne qui cherchait les problèmes, ce n’était pas un délinquant, ni un terroriste. C’est injuste », a aussi déploré le cousin de la victime.

Par ailleurs, selon lui, Hatem a été bel et bien été atteint par un de policer, en pleine tête. Une vidéo publiée par le site Rue89 montre Hatem Bettahar gisant. Elle semble plutôt laisser penser qu’il a été atteint au niveau du dos.

Une carrière brillante

Hatem Bettahar cumulait les titres universitaires. En 2001, il avait soutenu une thèse de doctorat relativement complexe sur les « protocoles de routage dans l’Internet ». Après un DEA obtenu à l’Université de Compiègne, il avait été diplômé en ingénierie informatique en 1997.

Après avoir enseigné dans l’Oise, Hatem Bettahar avait regagné la Tunisie avec sa femme et sa fillette en 2009.

Les troubles se poursuivent

De violents affrontements ont opposé les forces de sécurité à des jeunes dans la banlieue de Tunis dans la nuit de mercredi à jeudi, et ce malgré le couvre-feu imposé dans la capitale tunisienne et ses environs (une première depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali, en 1987). Des bâtiments publics ont été partiellement incendiés et des commerces ont été également endommagés.

Source : « europe1 » Le 13-01-2011

 

« Le gouvernement tunisien n’est pas credible »

« On ne mesure pas le désespoir de ces jeunes descendus dans la rue au prix de leur vie », estime Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des droits de l’Homme.

C’est trop peu et trop tard… Si ces mesures avaient été annoncées dans le premier discours de M. Ben Ali, il y a quatre jours, peut-être qu’il y aurait eu un effet de surprise et un effet positif. Mais tarder à annoncer cela prouve que l’on ne mesure pas le désespoir de ces jeunes qui sont descendus dans la rue au prix de leur vie. Dire que les prisonniers vont être libérés est la seule mesure positive, mais nous attendons que les cyberdissidents arrêtés, Slim Amamou et Azyz Amami, soient effectivement libérés. Ce serait un signal fort aux internautes qui ont été l’image de ce soulèvement face à la communauté internationale.

Mais je crains fort que ces annonces n’aient pas de répercussions importantes. Nous n’avons jamais su combien de personnes avaient été arrêtées. Donc, il sera difficile de mesurer le résultat de telles déclarations. Voilà l’illustration du musèlement de l’information, de l’absence de communication, de l’absence de transparence. Cela finit par se retourner contre le pouvoir. Quelque soit les décisions prises aujourd’hui, le gouvernement tunisien n’est plus crédible.

 

Avez-vous des informations concernant le dernier bilan sur le nombre de personnes tuées lors des émeutes ?

– Le dernier bilan syndical fait état d’une cinquantaine de morts. Mais je crains fort qu’il y en ait plus. On ne sait pas quel est le chiffre des morts. Si le gouvernement avait donné le nombre des arrestations et le véritable nombre des morts, alors les décisions de Ben Ali auraient eu une portée beaucoup plus grande. Mais là, on ne sait pas de quoi l’on parle.

 

Que pensez-vous de la timide position de la France ?

– La France n’a jamais été aussi loin de la réalité tunisienne. La France se repose sur une Union européenne qui n’est pas beaucoup plus brillante dans ses prises de positions. Si Mme [Catherine] Ashton a condamné les violences en Biélorussie après les élections, elle a simplement déploré les morts en Tunisie. Les mots ont leur poids. Faire cette distinction prouve que Mme Ashton ne se montre pas très préoccupée de la situation. Quant à la France, sa réserve est très grande. Ainsi Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture qui a la nationalité tunisienne, estime que « dire que M. Ben Ali est un dictateur, c’est franchement exagéré ». On voit bien que M. Mitterrand, s’il est tunisien « de cœur », n’est pas le Tunisien qui a reçu une balle dans le corps. Mme [Michèle] Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, est elle loin de se préoccuper de la situation, au-delà de son aspect économique. Le langage public des autorités françaises doit être à la fois dissuasif et incitatif envers un pays qui se veut démocratique.

Source : « Le Nouvel Observateur » le 13-01-2011


 

Le lourd bilan de la FIDH sur la Tunisie


Selon la Fédération internationale de défense des droits de l’homme (FIDH), 66 personnes ont été tuées en Tunisie depuis le début des remous sociaux.

La présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, qui fait cas de ce bilan affirme que son organisation dispose d’une liste nominative des personnes tuées.

Dans un entretien à l’Agence France Presse, madame Belhassen dit que la FIDH a recensé 58 morts hors de la capitale Tunis depuis que les troubles ont éclaté.

Et quant au bilan des incidents dans la capitale, il est de 8 morts et 50 blessés, toujours selon Souhayr Belhassen.

Les habitants du Grand Tunis, qui regroupe les gouvernorats de Tunis, d’Ariana, de Ben Arous et de la Manouba, ont passé leur première nuit de couvre-feu allant de 20H00 à 05H30.

Le couvre-feu a été décrété mercredi en fin d’après-midi, pour une période non précisée, quelques heures après l’annonce à la mi-journée, par le premier ministre Mohamed Ghannouchi, d’une série de mesures d’apaisement prises par le chef de l’Etat, Zine El Abidine Ben Ali.

Malgré le couvre-feu, les violences ont continué durant la nuit, et la FIDH parle d’une situation grave.

Pour Mme Belhassen, un massacre continue et la priorité aujourd’hui est « d’arrêter ce massacre ».

La Tunisie est en ébullition depuis le week-end dernier. Les émeutes sont alimentées par la colère face au chômage élevé et ce que les manifestants appellent un gouvernement corrompu et intolérant.

Après ces perturbations, le Président Ben Ali a limogé son ministre de l’Intérieur, ordonné la libération des personnes arrêtées pendant les manifestations et la mise en place d’un comité pour enquêter sur la corruption.

Source : « BBC Afrique » Le 13-01-2011

Les syndicats Francais solidaires des manifestants en Tunisie


 

L’intersyndicale CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA et Solidaires dénonce la « politique répressive du gouvernement tunisien », et appelle « les autorités françaises et européennes à exiger la libération et l’amnistie des prisonniers et des condamnés suite aux mouvements sociaux ».

Dans un communiqué diffusé jeudi, les six syndicats appellent notamment « au retrait immédiat de l’armée des villes », à « la fin de l’Etat d’urgence qui touche certaines régions » et à « la libération de tous les prisonniers ».

Ils demandent que « soient poursuivis et jugés tous ceux qui ont ouvert le feu sur les manifestants » et déclarent soutenir « la demande du Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU pour une enquête transparente et crédible ».

L’intersyndicale exprime également son « indignation devant les déclarations de certains membres du gouvernement français soutenant le président Ben Ali, déniant la nature autoritaire du régime tunisien ou encore optant pour une coopération avec les autorités tunisiennes pour le maintien de l’ordre ».

Source : « Le Nouvel Observateur » Le 13-01-2011

Tunisie: Aubry veut une « condamnation

La première secrétaire du PS Martine Aubry a demandé aujourd’hui que la France adopte « une position forte de condamnation de la répression inacceptable » menée par le régime tunisien contre le mouvement de contestation sociale. « Je voudrais dire le soutien et la solidarité de tout le PS au peuple tunisien, et nous demandons que la France adopte une position forte de condamnation de la répression inacceptable », a déclaré Aubry lors de ses voeux à la presse. La responsable socialiste a déploré que « de nombreux pays vivent des situations extrêmement inquiétantes en ce début d’année », citant aussi la Côte d’Ivoire et le Liban. Depuis le début de la crise, les autorités françaises sont restées plutôt discrètes sur les événements tunisiens. Aujourd’hui, le porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré que la France était « extrêmement vigilante » sur la situation mais en même temps qu’elle n’avait pas « à s’ingérer dans les affaires » de Tunis.

Source : « Le Figaro » Le 13-01-2011


 Tunisie : la fin du mirage démocratique

La Tunisie n’est pas que plages ensoleillées, palmeraies enchanteresses et terrasses blanches immaculées. Depuis le 17 décembre, le monde découvre qu’à côté de Djerba la douce, Hammamet, Monastir ou Sidi-Bousaïd, il y a des cités en proie à la misère où souffle un puissant vent de révolte.

Partie du centre-ouest du pays, région minière et déshéritée, loin des paillettes du littoral, cette révolte gagne du terrain, touchant désormais Tunis, la capitale. Elle laisse derrière elle des images de jeunes qui s’immolent et d’une police qui réprime les manifestations dans le sang, comme en témoignent les scènes extrêmement dures qui font le tour de la planète Internet.

Du jamais vu

C’est que le « tigre » économique tunisien n’est plus ce qu’il était. La crise est passée par là. Le chômage est endémique, notamment chez les jeunes diplômés, au coeur de la contestation.

Le miracle économique tunisien a fait long feu et avec lui le mirage démocratique bâti autour du compromis prospérité économique contre libertés confisquées.

Ce compromis a permis jusqu’à présent à la population d’accepter sa situation. Il a volé en éclat.

D’économique et sociale, la poussée de violence vire déjà au politique. On s’en prend au symbole du pouvoir, LE pouvoir, celui qu’incarne sans partage depuis près de 24 ans le président Ben Ali qui, avec ses proches, détient les ressorts politique et économique du pays. Des portraits du président sont aujourd’hui déchirés, brûlés. Du jamais vu.

Et à l’inverse des précédentes secousses – des émeutes contre la vie chère avaient fait au moins 70 morts en 1983 et 1984 – cette fois le pouvoir est dans l’incapacité de couler une chape de plomb sur ce qui se passe : la colère s’exprime aussi désormais largement sur le Net, blogs et réseaux sociaux en tête, et à la télévision, les chaînes du monde entier étant largement reçues par la population tunisienne.

La sortie de crise s’annonce délicate pour le président Ben Ali, qui jouit encore d’une certaine complaisance des dirigeants occidentaux


  La grande leçon de Sidi Bouzid

La ville de Sidi Bouzid est la boite de Pandore d’où sont sortis les malheurs qui frappent la Tunisie.  La situation politique est très grave en Tunisie ,elle frôle le chaos ;mais, en fait,l ‘événement de Sidi Bouzid est l’arbre qui cache la forêt.j’entends par là la question des droits de l’homme:la crise socio-économique  ,le chômage des jeunes ,la liberté d’expression bafouée et les manifestants qui tombent par dizaines sous les balles des policiers et des militaires..Avec l’internet , les portables et les caméras d’amateurs,les nouvelles de dernières minutes arrivent à franchir les frontières et la colère qui frappe les jeunes Tunisiens s’est propagée jusqu’en Algérie .Tout le monde a vu  à la télévision la violence des émeutes à travers  les villes d’Algérie. C’est surtout les jeunes qui étaient au- devant de la scène.On a vu les dégâts matériels et en vies humaines.Toutefois,La situation est encore plus grave en Tunisie qu’en Algérie.        Pour la presse ,c’est le black-out total sur les événements. Avec la gravité des faits ,les médias du pouvoir sortent à peine de leur mutisme.  Le malaise social frappe en vérité tous les jeunes  arabes.,il s’ est généralisé ,il n’est pas propre à la Tunisie et à l’Algérie, le monde arabe en pâtit aussi .Les maîtres- mots qui ressortent de cette crise sociale sont: d’une part,l’appauvrissement des franges importantes des populations et le chômage de plus en plus accru des jeunes ,,et d’autre part, l’absence d’une démocratie réelle et effective dans la plupart des régimes arabes. Les spécialistes de l’économie s’accordent sur le fait que les richesses  générées par ces pays  profitent uniquement à ceux qui gouvernent , à leurs familles et aux classes privilégiées au détriment de larges classes défavorisées.         C’est pourquoi  devant cette spirale de violence qui frappe nos deux pays frères, le monde arabe devrait tirer de grandes leçons .En l’occurence,le Maroc devrait faire preuve d’une grand prudence en se penchant   de façon efficace sur la question épineuse du chômage des jeunes ;il devrait ,par exemple, accorder aux jeunes diplômés une aide financière si minime soit-elle ,en attendant de leur trouver du travail ,que ce soit dans le secteur public ou privé.¨Le gouvernement devrait également résoudre le problème des marchands ambulants en  leur trouvant une situation stable et digne.II devrait lutter davantage contre la corruption.Il devrait également assurer le contrôle des prix de denrées à travers tout le royaume.L’expérience a montré que l’explosion de la colère des jeunes peut s’enclencher dans la rue et spontanément sans l’initiative des organisations syndicales ou politiques comme c’est le cas en Tunisie ou en Algérie. Tout cela ,afin de ne pas revivre le spectre des années 80 et 90 qui rappellent les soulèvements populaires des grandes villes marocaines comme Fes et Casablanca .

Source: ”OujdaCity” Le 13-01-2011

 

  Tunisie : limogeage de deux faucons du président Ben Ali

Abdelwaheb Abdallah, l’inamovible conseiller de Ben Ali en charge de la presse (et ancien ministre des Affaires étrangères), vient d’être limogé, ainsi que le ministre d’Etat et conseiller spécial du PrésidentAbdelaziz Ben Dhia.

C’étaient les deux durs parmi les durs, les faucons des faucons. Il s’agit là d’un signe irrémédiable d’affaiblissement du régimeaprès des semaines d’émeutes. L’information, encore non-officielle, a été confirmée parAlarabiya. Cela fait suite au limogeage, mercredi, du ministre de l’IntérieurRafik Belhaj Kacem.

Abdallah, le Mazarin de Ben Ali

Abdelwaheb Abdallah, 68 ans est l’ennemi juré des libéraux et de tous les partisans de l’ouverture du régime. Il passe pour l’architecte et le maître d’œuvre de la politique de verrouillage de l’information.

Décrit comme l’âme damnée ou le mauvais génie du Président, ce monastirien habile et intelligent, est un ancien professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), ancien directeur de la TAP, l’agence de presse officielle.

Il a intègré le gouvernement, en septembre 1987, comme… ministre de l’Information.

« AA » a connu pourtant une semi-disgrâce en novembre 2003, quand les attributions de porte-parole lui sont brutalement retirées pour être confiées à Abdelaziz Ben Dhia. Mais il conserve son bureau au palais de Carthage et continue d’exercer son influence en coulisses.

Véritable Mazarin, Abdelwaheb Abdallah, dont la femme, Alia, préside le conseil d’administration de l’Union internationale de banques (UIB), passe aussi pour être un proche de Leïla Trabelsi – Ben Ali.

Ben Dhia, l’exécuteur des basses œuvres juridiques

Abdelaziz Ben Dhia, juriste sans états d’âme formé à Toulouse, avait confectionné la révision constitutionnelle sur mesure de 2002, qui avait permis à Ben Ali de briguer un quatrième mandat en 2004. C’est l’exécuteur des basses œuvres juridiques du régime.

Et Ben Dhia, ces derniers temps, planchait sur la révision constitutionnelle qui devait faire sauter la limite d’âge de 75 ans (Ben Ali est né en 1936) pour se porter candidat, et l’autoriser à solliciter un nouveau mandat en 2014.

Il est âgé de70 ans. Natif de Moknine, ce professeur de droit privé, ancien doyen de la faculté de Tunis, est issu d’une famille nationaliste de la moyenne bourgeoisie sahélienne. Il avait été propulsé, en 1996, à la tête du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir, après cinq années passées au ministère de la Défense – un poste nettement moins exposé que l’Intérieur, la Tunisie ne possédant qu’une armée de dimension restreinte.

Source : « Rue89 » Le 13-01-2011

 

  Le syndicat UGTT appelle à une grève générale en Tunisie

L’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), seule centrale syndicale du pays, appelle ses adhérents à une grève générale de deux heures vendredi 14 janvier 2011.

 

Ce mouvement se déroulera de 9h à 11h du matin et consistera en un débrayage sur les lieux de travail et en aucun cas à des manifestations.

 

Abdessalem Jerad, secrétaire général de l’UGTT, a été reçu mercredi 12 janvier 2011 par le président Zine el-Abidine Ben Ali.

 

Réunie en session extraordinaire mardi 11 janvier 2011 dans la banlieue nord de Tunis, la Commission administrative nationale du syndicat avait déjà stigmatisé le « recours au tir de balles réelles lancées sur les manifestants, tirs qui ont fait de nombreux morts parmi les citoyens » et demandé la constitution d' »une commission d’enquête en vue d’élucider les conditions dans lesquelles ont eu lieu les tirs à balle réelles sur les manifestants… et en déterminer les responsabilités. » 

 

Tout en exprimant son « attachement au droit d’expression libre et au droit de manifestation pacifique en vue de consacrer les droits légitimes des populations conformément aux conventions internationales et à la Constitution tunisienne, de protéger les biens publics contre tout saccage ou destruction et de les préserver en tant qu’acquis réalisés tout au long des luttes nationale et sociale du peuple.« 

 

Vues les circonstances, l’UGTT a décidé de reporter son Comité national qui devait se tenir du 10 au 12 février 2011.

 

La centrale syndicale doit également fêter son soixante cinquième anniversaire le 20 janvier 2011

Source: ”econostrum.info” Le 13-01-2011

 

  Le gendre du president etait bien a Montreal

Comme l’affirmaient plusieurs Tunisiens de Montréal, Mohamed Sakher El Materi, le gendre du très contesté président tunisien Ben Ali, a bel et bien atterri à l’aéroport Trudeau mardi soir. Mais il est déjà reparti dans son pays et dément toute tentative de fuite à l’étranger.

Dans un point de presse annoncé très peu de temps à l’avance et auquel n’étaient conviés qu’un petit groupe de blogueurs tunisiens, devant le parlement à Tunis, il a déclaré être venu à Montréal pour quelques heures seulement. Sur sa page Facebook, on peut d’ailleurs visionner le point de presse en question, qui s’est toutefois déroulé en arabe.

Il a expliqué qu’il avait ainsi conduit sa femme à Montréal, car elle doit bientôt y accoucher. Leur premier enfant serait d’ailleurs né à Montréal. Mais il a juré qu’il n’était pas dans son intention d’y rester et il serait rentré aussitôt.

Il faut dire que son départ pour Montréal était interprété par certains Tunisiens comme une fuite, dont quelques uns auraient même commencé à retirer leurs économies des banques d’El Materi.

À 30 ans, il est déjà député et l’une des plus grandes fortunes de son pays, une fortune bâtie dans la controverse. Il est pressenti comme possible dauphin de son beau-père, un président dont la position est de plus en plus fragile en raison de sa gestion des manifestions du dernier mois.

La répression des manifestants aurait jusqu’à maintenant fait 66 morts selon la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme. Des manifestations contre un régime dirigé d’une main de fer par le président Zine el-Abidine Ben Ali, à qui on reproche d’appauvrir une population victime d’un taux de chômage élevé et de limiter au maximum les libertés individuelles.

Les événements ont été déclenchés en décembre lorsque Mohamed Bouazizi s’est immolé dans la ville de Sidi Bouzid pour dénoncer la saisie, par des policiers, d’un étalage de fruits qu’il vendait parce qu’il ne détenait pas les autorisations requises. Il est mort le 4 janvier.

La répression sanglante de la police et de l’armée tunisienne sont décriées par plusieurs gouvernements, dont celui duCanada, par l’Union Européenne et par l’ONU.

Rumeurs fondées

Mardi, une rumeur a couru que Mohamed Sakher El Materi, gendre de Ben Ali, était en train de fuir le pays avec sa femme, sa sœur et sa mère, et qu’il était sur un vol devant atterrir à Montréal en soirée. La révolution en Tunisie est menée par des jeunes, très actifs sur le Web, et la rumeur s’est propagée à la vitesse d’un éclair.

Un comité de manifestants tunisiens s’est même dirigé à l’aéroport Trudeau pour l’y accueillir. Plusieurs ont par la suite affirmé l’avoir vu arriver avec sa famille, ainsi qu’une vingtaine de valises. Selon d’autres sources, ils auraient ensuite séjourné au chic hôtel St-James, dans le Vieux-Montréal.

Et ce, même si Mohamed Sakher El Materi possède une luxueuse résidence achetée pour 2,5 millions de dollars en 2008 à Westmount. La maison en rénovation a d’ailleurs étéaspergée de ketchup mercredi par des protestataires qui voulaient ainsi symboliser le sang versé par leurs frères tunisiens, et dont El Materi est selon eux en partie responsable.

Pourtant, sa présence n’était confirmée par aucun officiel tunisien. Mardi, l’ambassadeur de Tunisie Imed Sassi démentait cette information en entrevue avec RueFrontenac.com.

« En tant que consul général, si une personne comme ça se déplaçait (à Montréal), nous serions avisés par le département, a martelé M. Sassi en entrevue. C’est de l’intoxication d’enfants sur Facebook, tout ça. Il faut prendre beaucoup de précautions parce qu’il y a beaucoup de grabuge là », avait-il déclaré.

Hier, il se faisait toutefois plus évasif, disant que son rôle à Montréal se limite à faire des passeports et des actes de naissance, et qu’il n’est pas « réseauté » en matière de mouvements d’éminents Tunisiens.

Source: “Rue Frontenac” Le 13-01-2011

 

  Tunisian Rioters Overwhelm Police Near Capital

HAMMAMET, Tunisia — The police on Thursday all but abandoned this exclusive Mediterranean beach town — haven to the capital’s rich and powerful — as rioters calling for the ouster of Tunisia’s authoritarian president swarmed the streets, torched bank offices and ransacked a mansion belonging to one of his relatives.

In the fourth week of protests sweeping Tunisia, violence escalated in the capital, Tunis, as well, where late in the afternoon crowds defied tanks and machine guns deployed around the central boulevards. Witnesses said several were killed, adding to a death toll already in the dozens. There were reports that a general strike had been called for Friday.

In a possible sign of divisions in the government, the Tunisian military withdrew from the capital later Thursday and interior security forces took their place in the streets. Tunisian news organizations reported that the president, Zine El Abidine Ben Ali, would deliver a televised address on Thursday evening.

The protesters — many from the ranks of Tunisia’s legions of unemployed college graduates, demanding more jobs and denouncing perceived corruption by the president’s family — relied on social networking media to advertise and coordinate their actions.

The riots in Hammamet, a town roughly equivalent to Tunisia’s East Hampton, were announced this morning on an Arabic Facebook page called “The People of Tunisia are setting themselves on fire, Mr. President.” The name is a reference to the Dec. 17 event that sparked the protests, the self-immolation of an college graduate who sold vegetables on the street of a small town in the provinces. And on Thursday morning the page called on patriotic Tunisians to prepare to shed their blood in protest in the town of Hammamet.

By midday, hundreds of rioters were rampaging through the streets here. Several banks were aflame and police officers huddled defensively shields and clubs raised around their station. A few hours later, they had given up the pretense. Most relaxed, smoking, while one officer at the center of talked with angry residents about the problem of government corruption and the need to stay calm.

Protesters in the crowd explained that the few officers left were locals, born in Hammamet. “They are poor like us,” one said.

As the rioters lost interest in taunting the police, they shifted attention to the beachfront mansion of a presidential relative. Several said it belonged to the family of the president’s second wife, the former Leila Trabelsi, but a neighbor said it belonged to the president’s uncle, Sofiane Ben Ali.

After breaking down the gate to the empty house, rioters pulled out two all terrain vehicles and set them aflame on the streets. A horse kept by the family ran free in the mansion’s yard, and young men on motorcycles did wheelies around rows of towering palm trees on the well-manicured lawn. (Two said the yard had previously been a public soccer field.) A Tunisian coast guard boat watched from the sea.

Two of the rioters said that fearful police had directed them away from attacking the station and toward the mansion. “They said, please you go to the Trabelsi’s, and it is logical,” said Cheadi Mahamed, a 32-year-old protester with a job at the airport.

Like others in the crowd, he said he was feeling emboldened to speak publicly without fear of reprisals. “Now we can say we what we want—it has started to change,” he said.

Asked why the riots broke out here on Thursday, one protester said the police had killed two people here on Wednesday and a third in a neighboring town.

But the focus on the mansion was also vivid evidence of the deep resentment at the great wealth and lavish life of the president’s family. Some presidential relatives appear to have fled to other homes abroad.

“They have gone and taken all the money,” one protester said. “And we don’t have any jobs.”

As evening approached, trucks of police reinforcements arrived. But they proceeded to stand idle as rioters began looting a shoe store, a toy store, and a hotel.

Overnight, at least three civilians were killed by Tunisian security forces in the south and west of the country, according to news reports on Thursday. The victims included a 38-year-old French professor of information technology, Hattem Bettahar, who was vacationing with his family and was shot dead in the city of Douz, around 330 miles south of Tunis. Tunisia, a former French colony, has a large French community, many with dual nationality.

David D. Kirkpatrick reported from Hammemet, Tunisia, and J. David Goodman from New York. Mona El-Naggar contributed reporting from Cairo, and Katrin Bennhold from Paris.

Source:”The New York Times” Le 13-01-2011

 

 Tunisia Conflict Between Protesters, Police Escalates

A protester was fatally shot and a journalist was hit in the leg by police gunfire Thursday as rioting youths clashed with authorities in Tunisia’s capital, witnesses said.

The second day of violence in the heart of Tunis sharply escalated a conflict between protesters angry over unemployment and repression and an authoritarian government that appears more and more willing to use force to put down its greatest challenge in at least a generation.

At least 23 people, possibly dozens more, have now been killed.

On Thursday, rioters hurled stones at trams and government buildings in Tunisia’s capital. The smell of tear gas filled the air, and so many stones littered the streets that it was difficult to walk through the city, normally quiet and tightly controlled.

In one clash near the state radio headquarters in central Tunis, police fired on protesters with bullets, two witnesses said. One protester was hit by a sniper on the balcony of a building overlooking the violence, said witness Hassene Ayadi, who lives in the surrounding La Fayette neighborhood.

In the melee, an American journalist was wounded in the leg, according to another witness who spoke on condition of anonymity out of concerns for his security. The witness said police did not appear to be targeting the journalist, who was taken to the Charles Nicolles Hospital.

The journalist’s identity and employer were not immediately clear. The U.S. Embassy would not comment, citing privacy considerations.

The unprecedented violence has revealed deep anger against autocratic President Zine El Abidine Ben Ali, who has clamped down on civil liberties, jailed opponents and tightly controlled the media during 23 years of rule in the Mediterranean tourist haven.

Online media and social networks have helped spread the outrage since a desperate young graduate tried to set himself on fire in a provincial town last month. That incident touched off protests around the country that turned into increasingly violent clashes with police before reaching the capital this week.

Social networks also helped spread U.S. diplomatic cables released by WikiLeaks describing corruption in Tunisia. Many ordinary Tunisians who have complained of corruption for years felt vindicated to see the cables.

Ben Ali announced plans to give his third television address since the start of tensions later in Thursday.

Unions, meanwhile, announced a general strike for Friday in Tunis and some other regions.

Overnight, police fire killed four people who defied a government curfew in several towns, opposition members said, driving up a death toll already in the dozens.

Looters in the Bizerte region raided a supermarket, pharmacy, clothing shops and a bookstore amid chaos, said union leader and human rights advocate Souad Ghousami, a member of the opposition PDP party.

Security forces appeared unable or unwilling to intervene, and the military appeared to focus its efforts on protecting public buildings, she said. Many youths were taken into custody.

The government’s death toll stands at 23, while opposition figures and witnesses say it is much higher.

The International Federation of Human Rights Leagues, known by its French acronym FIDH, said Thursday it has tallied 66 dead in the unrest, including seven people who killed themselves.

French and Swiss citizens visiting their native country were among those killed, the two European governments said.

In the capital, which until this week had been spared the violence erupting in provincial towns, rioters threw stones at Metro trains, forcing them to return to their depot. The Interior Ministry building and a municipal services building were among targets of protesters’ anger.

Near the French Embassy, hundreds of protesters, some throwing rocks, clashed with undercover officers and riot police who fired tear gas in an effort to disperse them, a witness said.

Police were deployed on major thoroughfares in the capital, and stores across town were shuttered — as was the central souk, or market.

European governments warned citizens about travel in Tunisia, where the tourism industry is the bulk of the economy.

The European Union has complained about the disproportionate use of force in a country that is considered an oasis of calm compared to its neighbors, Algeria and Libya.

Source: “NPR” Le 13-01-2011

Lien: http://www.npr.org/2011/01/13/132904677/tunisia-conflict-between-protesters-police-escalates


 

 

LE SOIR (Belgique) 13.01.2011
 

Facebook, le messager de la révolte


 
« C’est le triomphe d’internet sans lequel rien n’eût été possible ! »
 
Cette réflexion que nous avait confiée notre confrère tunisien Rachid Kechana (Al-Jazira) le dimanche 2 janvier s’est confirmée au fil des jours suivants : la mobilisation des Tunisiens s’est largement inspirée des informations et mots d’ordre diffusés par internet. Le comble, c’est que si le régime tunisien s’enorgueillit à juste titre d’avoir développé l’usage du net – il y aurait 3,5 millions de Tunisiens connectés sur 10 millions d’habitants et mille « Publinets » (cybercafés) –, il s’est aussi spécialisé dans la censure de la Toile, pratiquée grâce à l’appui d’une armée de brillants techniciens informatiques. Ceux-ci interdisent notamment les sites « suspects » (comme… celui du Soir, depuis de nombreuses années).
 
Le régime a censuré des sites de partage de vidéos comme Dalymotion ou YouTube, mais n’a pas osé s’en prendre ouvertement au réseau social Facebook, très populaire (entre un et deux millions de Tunisiens abonnés).
 
« Face à cet engouement, expliquait mercredi le site Afrik.com, le gouvernement a bloqué une centaine de pages Facebook, interdisant d’y poster des photos et vidéos. Mais ces restrictions importent peu aux jeunes qui créent de nouvelles pages quand les anciennes sont censurées. »
 
Du coup, ce réseau social a pu confirmer son efficacité.« Facebook, a été un véhicule très important dans les mobilisations, nous confirme Taïeb Moalla, journaliste tunisien résidant au Québec. L’essentiel des images et des vidéos amateurs est passé par Facebook et, à un degré moindre, par Twitter. »
 
Et quelles images ! Celles, par exemple, prises par un téléphone portable aux urgences de l’hôpital de Kasserine, dans le centre du pays, la région qui compte le plus grand nombre de victimes jusqu’à présent, se révèlent à la limite du supportable.Les blogs, malgré la censure, font également circuler l’information à une vitesse supersonique.
 
Ainsi, un administrateur de Nawaat.org, blog collectif animé par trois Tunisiens, affirmait à Libération, le 11 janvier, que leur site recevait en moyenne 80.000 visiteurs uniques par jour. D’autres se sont fait connaître, comme A Tunisian Girl, animée par la jeune Lina Ben Mhenni.
 
Revers de la médaille, la qualité des informations est parfois sujette à caution, comme le relève Taïeb Moalla : « A cause de l’absence quasi-totale des journalistes sur le terrain qui ont été empêchés de faire leur travail, Facebook est devenu également le royaume de la… désinformation. De bonne foi dans la plupart des cas, les gens copient-collent d’innombrables faussetés. Une bêtise copiée-collée ou retweetée 3.000 fois ne se transforme pas magiquement en vérité ! »
 
Sur Facebook, des comptes ont subi des assauts de la police locale hyper-spécialisée : l’Agence tunisienne d’internet, qui est le principal fournisseur d’accès, a été accusée de vols de mots de passe, réalisés grâce à des techniques sophistiquées. La semaine dernière, la police tunisienne a aussi arrêté plusieurs internautes jugés trop actifs, dont un Belgo-Tunisien qui sévit sous le pseudonyme de Hamadi Kaloutcha. Tous ont été libérés au bout de quelques jours, sauf deux.
 
BAUDOUIN LOOS
 

 

 

LE SOIR (Belgique) 13.01.2011

 


 LA VÉRITABLE NATURE DU RÉGIME DE BEN ALI


L’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi a déclenché en Tunisie une révolte sans précédent. L’immolation n’est pas un suicide, il s’agit d’un acte de courage destiné à montrer à la foule le rejet absolu des pratiques d’un pouvoir qui vous empêche littéralement de vivre et c’est bien la raison pour laquelle le peuple a décidé une fois pour toutes d’en finir avec la dictature. Ce document est destiné à informer le lecteur de la véritable nature du régime mis en place par Ben Ali, un homme qui a distribué à son entourage immédiat les ressources du pays et qui joue le rôle d’arbitre entre les différents détenteurs des richesses, retirant aux uns et donnant aux autres dans une valse des allégeances qui l’a complètement éloigné des réalités de la Tunisie. Cette logique du pouvoir a entraîné une si grave déliquescence des valeurs que la société dérive rapidement et sûrement vers la décadence ou alors l’intégrisme religieux, considéré comme le dernier refuge de la dignité. Outre les mouvements de foule spontanés comme les révoltes de Redeyef en 2009 et de Sidi Bouzid qui se sont étendues à toute la république et où les slogans scandés par la foule sont dirigés contre la corruption de la famille de Ben Ali, une multitude d’écrits et d’articles ont condamné depuis 1988 les dérives du régime, qu’elles soient politiques ou financières. Concernant les dérives politiques, il suffit de lire la déclaration du 7 novembre 1987 pour être convaincu de l’absence totale de volonté politique et cette absence est confirmée par le fait que Ben Ali accepte et couvre les pratiques mafieuses de son entourage immédiat, et ce, au vu et au su de tout le monde et avec la complicité de plusieurs membres de tous les corps de l’État.   Le dossier que nous présentons cible les opérations réalisées par l’entourage immédiat de Ben Ali. La liste n’est évidemment pas complète car quelques proches du pouvoir opèrent par l’intermédiaire de prête-noms et le suivi des opérations devient plus difficile. Bien que l’ensemble des secteurs de l’économie du pays ait été touché par la rapacité des proches de Ben Ali, ce sont évidement les gros marchés et les meilleures entreprises du pays qui ont été visées en premier. Ainsi, les privatisations ont toutes été opérées dans l’illégalité totale et en contradiction flagrante avec la loi et les règlements. La première grande victime de ces opérations est l’État tunisien, un État qui a été complètement vidé de sa substance par Ben Ali et son entourage, et ce, pour s’assurer de sa main-mise sur le pays en éliminant toute voix discordante et en allant jusqu’à créer de toutes pièces une opposition fantoche. Le Comité de Salut Public Concernant les « affaires » qui sont devenues la principale activité de Ben Ali et de son entourage, nous vous présentons ci-dessous une première liste des richesses accumulées par Ben Ali et ses proches, et ce, avec une arrogance qui nous éclaire sur la mentalité de ces individus qui n’ont aucune conscience politique, qui sont convaincus que la Tunisie leur appartient et qui se substituent à l’État. Comme nous le verrons ci-dessous, le poids de Ben Ali et de ses proches dans l’économie du pays est de plus en plus important, ce qui fait que le jeu économique en est lourdement affecté. Le vérouillage de l’économie empêche tout investissement et toute évolution dans les secteurs clés, ce qui entraîne un nivellement de l’économie par le bas. En clair, la gestion opaque de l’économie et la phagocytation des instruments économiques entraînent le pays vers un désastre sans précédent dans l’histoire de la Tunisie, surtout que la dénonciation de cet état de fait est impossible à cause du verrouillage total de l’information et du blocage – organisé par Abdelwahab Abdallah – de toute émergence d’une société civile. Cette dynamique concourt très rapidement à la désintégration de la société tunisienne et à l’émergence des extrêmes.      LE SECTEUR BANCAIRE

Le clan Ben Ali a commencé son enrichissement par l’entremise des crédits sans garanties accordés par les banques nationales de développement. Ces pratiques, poussées à l’extrême, ont mis à mal ces institutions. Alors, pour avoir les coudées franches, le clan a décidé de s’approprier des institutions financières.    

LA PRISE DE CONTRÔLE DE LA BANQUE INTERNATIONALE ARABE DE TUNISIE.

La prise de contrôle de la BIAT a été opérée d’une façon complètement opaque par une famille proche du pouvoir. Les frères Mabrouk ont opéré une prise de contrôle musclée de ladite banque, l’un des fleurons du secteur bancaire tunisien. La famille Mabrouk, qui était déjà fortunée sous l’ancien régime, et même avant l’Indépendance, s’est toujours assuré des liens privilégiés avec le pouvoir en place. Elle possède aujourd’hui un empire commercial et financier qui a été bâti, depuis l’union avec les Ben Ali, sur des passe-droits et des coups de pouce «venus d’en haut».  

LA PRISE DE CONTRÔLE DE LA BANQUE DE TUNISIE

La Banque de Tunisie, l’une des plus anciennes institutions bancaires du pays, connue pour son professionnalisme et son excellente gestion, est tombée dans l’escarcelle de Monsieur Belhassen Trabelsi, frère de Mme Ben Ali. La prise de contrôle de la banque a été faite d’une façon qui s’apparente à un véritable hold-up. Plusieurs grands actionnaires ont été mis devant le fait accompli et la direction de la banque a été accordée à Mme Abdallah, femme de Abdelwahab Abdallah, qui, avec Abdelaziz Ben Dhia, est l’un des deux piliers du régime, et qui est, comme nous le verrons plus loin, l’homme qui a bloqué toute émergence d’une société civile en Tunisie.  

DEUX NOUVELLES BANQUES

Alors que la Banque Mondiale et le FMI dénoncent dans leurs rapports envoyés aux autorités tunisiennes le «surbanking» du pays (trop de banques par rapport aux besoins de l’économie) et évoquent la nécessité d’opérer des concentrations et des fusions des institutions bancaires, le gouvernement, par l’intermédiaire du gouverneur de la banque centrale, délivre deux licences de banque à deux gendres du président, la Banque Zitouna pour M. Matri et la MEDIOBANCA pour M. Slim Zarrouk.    

la privatisation de la banque du sud

Il ne s’agit pas ici de la prise de contrôle d’une banque, mais d’un délit d’initié qui a privé l’Etat d’un revenu considérable au profit de la famille. Il faut rappeler que la vente de la Banque du Sud au groupe hispano-marocain ATTIJARI BANK s’est faite à travers un délit d’initié coopté par l’État: Sakhr el Matri, gendre de Ben Ali a acheté à bas prix une part des actions de la Banque du Sud et les a revendues, avec une grosse plus value, au moment de l’OPA lancée par le groupe hispano-marocain.     Commision de contrôle des transferts a la banque centrale D’énormes abus ont été constatés en matière de transfert d’argent à l’étranger, des mouvements de fond de plusieurs centaines de milliards sont effectués en totale contradiction avec la loi tunisienne des transferts de devise. Une commission d’enquête doit être organisée pour arrêter ce fléau de fuite de devises dont bénéficient Ben Ali et ses proches.    

 Le secteur des transports  

la société ennakl :

Volkswagen – audi – porsche – seat – KIA

La société nationale Ennakl a été quasiment offerte au gendre de Ben Ali, Sakhr el Matri, qui sans aucun apport personnel, par l’intermédiaire de crédits accordés (sans aucune garantie) par la BNA, s’est retrouvé à la tête de cette entreprise. Aux dernières nouvelles, le chèque de 17 millions de dinars déposé par Sakhr el Matri en garantie au ministère des Finances n’aurait pas été versé à ce jour. Il faut également mentionner le fait que selon les experts, la valeur réelle de l’entreprise serait au minimum de 300% supérieure à la valeur de la transaction. Dès la prise de contrôle de cette société par M. Matri, les licences d’importation de véhicules, qui étaient accordées au compte-gouttes selon les besoins du pays, ont été données à tour de bras et on en est même arrivés à importer des Porsche qui coûtent un peu moins de 500 mille dinars ! Ce qui constitue une absurdité absolue dans un pays comme la Tunisie. Concernant KIA, des industriels coréens sont venus pour monter en Tunisie une industrie de fabrication de pièces détachées, et encore une fois, c’est un proche de Ben Ali, Sakhr el Matri, qui s’est approprié la licence d’importation et de distribution des véhicules.    

LA SOCIÉTÉ LE MOTEUR

mercedes – fiat... La Société LE MOTEUR, l’un des fleurons de l’État, propriétaire des «cartes» MERCEDES  et FIAT, entre autres, a été privatisée dans des conditions très obscures au bénéfice de Cyrine Ben Ali et de son époux Marouane Mabrouk. La décision de privatisation a été suivie par la mise à l’écart du Secrétaire d’État a la privatisation à cause du fait qu’il ait défendu un prix de cession beaucoup plus élevé.    

Peugeot

En décembre 2008, la fille cadette de Ben Ali a été promise à un jeune garçon de la famille Ben Gaied. Le jeune homme a alors été immédiatement coopté comme P.D.-G. de la Société STAFIM PEUGEOT, dont les actions ont été achetées au rabais, sinon au nominal, auprès de la BIAT, banque du groupe Mabrouk, allié à Ben Ali.

FORD – range rover – jaguar – hyunday – man

La privatisation à très bas prix de la société étatique qui détenait la licence Ford a été réalisée par Belhassen Trabelsi, frère de Mme Ben Ali, et son ami Hamadi Touil. Ils ont réussi à imposer à tout le secteur public l’achat de leurs véhicules. Plusieurs « cartes » de marques leurs sont attribuées, comme Range Rover, Jaguar et Hyundai, sans compter l’assemblage des véhicules MAN.     Les seules taxes qui baissent sont celles des voitures! Le marché automobile étant trusté par les familles proches de Ben Ali, les seules taxes qui baissent sont celles des voitures. Ces baisses des taxes ne concernent pas seulement les voitures populaires, mais aussi des voitures de luxe dont le montant dépasse parfois le prix d’une usine.    

TUNISAIR

La compagnie Tunisair, fleuron historique de l’aérien tunisien, a subi sous l’ère Ben Ali un harcèlement sans précédent de la part de la famille. La Présidence de la République, comme si elle n’avait pas d’autres chats à fouetter,  s’est immiscée dans toutes les décisions de la Compagnie, et ce, de la désignation des hôtesses à l’achat d’avions, principalement depuis l’arrivée à la tête de la Compagnie du tristement célèbre Rafaa Dekhil qui s’est donné corps et âme à la famille. Parmi les scandales, deux sont d’une dimension légendaire. L’un concerne l’achat par la compagnie, pour le compte de la Présidence, d’un Boeing 737/600 comportant salons, chambres à coucher, bureaux (on se demande pourquoi). Nonobstant le fait que ces achats pèsent très lourd sur les comptes de la compagnie, on se demande pourquoi Ben Ali a besoin d’un luxe pareil alors que, depuis l’Indépendance, un simple réaménagement des avions existants était suffisant pour les voyages officiels. Si M. Ben Ali avait développé une diplomatie active, cet achat surdimensionné par rapport à la taille du pays aurait pu à la limite se justifier, mais la politique internationale de la Tunisie s’est complètement désintégrée durant le règne de Ben Ali qui n’est plus reçu que par des dictateurs ou, au meilleur des cas, des présidents honorifiques. Or, cet avion gouvernemental sert surtout pour les voyages privés de la famille qui part régulièrement calmer son avidité au Boulevard St Honoré et va frimer aux frais de l’État à St Tropez ou ailleurs. Comme si cela ne suffisait pas, voici que Ben Ali décide de faire acheter par Tunisair un nouvel avion, un A340 qui coûte, au prix catalogue d’Airbus, 280 millions d’euros ; auxquels il faut ajouter les frais de réaménagement qui font que cet avion coûtera, à sa livraison, à peu prés 600 milliards. De quoi relancer le développement de plusieurs régions du pays et donner du travail à des dizaines de milliers de chômeurs. Pour comparaison, l’achat par le gouvernement  français d’un A320 usagé a provoqué un tollé général en France. Or, l’avion de M. Ben Ali coûtera le prix de 8 (huit) A320, et ce, pour un pays dont le PIB est des centaines de fois inférieur à celui de la France. Il faut également ajouter qu’à la suite de cet achat noyé dans une grosse commande de Tunisair, messieurs Sakhr el Matri et Belhassen Trabelsi ont acheté deux avions privés.     carthago airlines & nouvelair Concernant les licences accordées aux compagnies aériennes : Licence accordée à Slim Chiboub et Aziz Miled  pour Nouvelair. Licence accordée à Belhassen Trabelsi pour Carthago-airlines et fusion de Carthago et de Nouvelair après la disgrâce de Slim Chiboub.  

LA GESTION DES SERVICES DE L’AEROPORT DE TUNIS

La concession du premier opérateur privé pour la gestion de la logistique des services de l’OPAT a été accordée dans une opacité totale à la société MAS. Encore une fois, c’est un gendre de Ben Ali, M. Slim Zarrouk, qui en est le bénéficiaire. Dans quelles conditions financières et pourquoi lui?    

Appel d’offreS pour la privatisation des free-shops

La société qui a été retenue pour l’attribution de la licence des Free-Shops est la Sté Weitnauer qui était chapeautée par Sofiene Ben Ali et Abderahmane Tlili. Ce dernier a ensuite été mis hors-circuit.    

La Compagnie Tunisienne de Navigation

La CTN, compagnie de navigation historique, qui a joué depuis l’Indépendance un rôle exceptionnel dans l’économie du pays, est aussi visée par les proches de Ben Ali, surtout depuis que le jeune Sakhr el Matri a ouvert son village pour croisiéristes. Avant la privatisation prévue de la CTN, la compagnie a reçu l’ordre de commander à coup de centaines de milliards de nouveaux navires qui ne seront livrés qu’une fois la CTN privatisée, et ce, pour le bénéfice des futurs preneurs qui sont déjà choisis par le pouvoir.  

Imed trabelsi et la CTN

Imed Trabelsi, connu pour ses frasques dont le vol et recel de yachts et une multitude d’opérations douteuses, a également créé à lui tout seul une nouvelle ligne pour la CTN reliant Sfax à Tripoli. Il a laissé une ardoise de plusieurs centaines de milliers de dinars à la CTN.  

téléphonie 

tunisiana

L’État tunisien se fait voler des centaines de millions de dinars par les «Premières Dames» de Tunisie et de Palestine. Pourquoi la deuxième concession de téléphonie mobile a-t-elle été accordée à El Sawiress, un ami de Mme Arafat? Parce que Mme Arafat a demandé à son amie, Mme Ben Ali d’intercéder en sa faveur contre une somme faramineuse. Encore une fois, dans cette affaire, c’est l’État tunisien qui s’est fait voler une somme d’à peu près 400 millions de dinars. L’ouverture des offres pour la licence de téléphonie mobile a révélé que VIVENDI était le mieux placé pour l’emporter. Mais pour leur propre intérêt, les proches de M. Ben Ali ont averti ORASCOM pour qu’il fasse une contre-offre supérieure à celle de VIVENDI. Six mois après avoir obtenu la licence, ORASCOM n’avait toujours pas réglé le gouvernement tunisien. Après plusieurs menaces du ministère des Télécoms pour annuler la transaction, les proches de Ben Ali et à leur tête Mongi Safra ont concocté une solution miracle qui restera dans les annales de l’histoire des détournements de biens public de la planète : un groupe de financiers s’est réuni pour accorder à Orascom un crédit avec un pool bancaire 100% tunisien. Et la licence, accordée à une société étrangère, a donc fini par être payée avec un chèque en dinars tunisiens ! Ce sont donc les banques tunisiennes qui ont offert Tunisiana à Orascom! Cette affaire a provoqué des remous jusqu’à la Banque Mondiale qui, constatant ces irrégularités flagrantes, a décidé d’annuler un crédit bancaire à long terme de 250 millions de dollars au bénéfice de la Tunisie. Cette institution financière internationale qui depuis l’Indépendance a toujours soutenu le développement de la Tunisie, se méfie désormais de toute opération concernant notre pays. L’affaire TUNISIANA n’est qu’un épisode des frasques des deux «Premières Dames» qui ont également défrayé la chronique par la création de l’ISC.    

L’AFFAIRE WATANIA-QTEL / SAKHR EL MATRI

La téléphonie mobile étant une activité délicate pour la sécurité du pays, la Tunisie n’a pas manqué, comme cela se fait partout ailleurs, de conditionner la vente de parts des entreprises de téléphonie à approbation préalable. Watania-Qtel, propriétaire de 50% de Tunisiana, a décidé d’acquérir les 50% restants. Or, pour obtenir l’aval du gouvernement tunisien, Watania Qtel a« offert »à Skhar el Matri 25 % de l’affaire en contrepartie de l’aval du gouvernement et de la promesse d’obtention d’une licence 3G. Tout le montage financier dont on parle dans les médias tunisiens est pur mensonge, nous publierons ultérieurement les documents prouvant la malversation.    

ORANGE

Les opérations se suivent et se ressemblent, la licence du troisième opérateur téléphonique a été accordée à la fille du président, Cyrine Ben Ali, qui est également, à travers Planet Tunisie, le principal fournisseur d’accès Internet du pays.    

ORANGE, suite:

Le contrat signé entre ORANGE et l’État tunisien prévoyait une clause de non concurrence d’une année concernant la licence 3G. Ce contrat stipulait que si la licence 3G était accordée dans l’année à un autre opérateur, l’État se verrait obligé de rembourser 70 millions de dinars du montant de la licence. Il est étonnant que l’État n’ait pas su attendre une année avant d’accorder à un autre opérateur une licence 3G.  La Tunisie a ainsi perdu 70 millions de dinars.    

MEDIAS   La famille Ben Ali est aujourd’hui à la tête d’un empire médiatique sans précédent dans l’histoire. Cet empire couvre tous les secteurs médiatiques, de la presse écrite à la télévision.    

RADIO MOSAIQUE FM

Il était clair que les médias aussi allaient subir la razzia de la famille de Ben Ali. Non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour des raisons d’influence politique. En effet, dans leur folie des grandeurs, les proches de Ben Ali se sont crus aptes à prendre le pouvoir, c’est ainsi qu’ils ont investi à tour de bras dans les médias. Radio, journaux, agences de publicité. Nous nous en tiendrons ici aux grands médias. C’est ainsi que la licence de la première radio privée a été accordée à un groupe d’hommes d’affaires dont Belhassen Trabelsi est comme par hasard le frère de Mme Ben Ali. Pour couper court aux rumeurs, la licence a été accordée au nom de M. Boutar, prête-nom et P.D.-G. de ladite radio.    

CHAMS FM

Autre radio privée, mais même système : la licence de CHAMS FM a été accordée à la fille Ben Ali épouse Mabrouk. Le prête-nom est Fathi Bhouri, ancien directeur général de Planet Tunisie, dont elle est également propriétaire.  

ZITOUNA FM

L’imagination ne fait pas partie des proches du régime: la licence de ZITOUNA FM a été accordée à Sakhr el Matri, gendre du président qui, à travers cette radio «islamisante», veut se faire passer pour un «véritable musulman» et acquérir les faveurs du peuple.    

JAWHARA FM

Pour ne pas être en reste, évoquons la radio FM du Sahel. La licence a été donnée à M. Néji Mhiri, ami personnel de Ben Ali et administrateur à la Banque Centrale de Tunisie alors qu’il doit environ 600 millions de dinars aux banques tunisiennes!    

CARTHAGE TV

Non content d’avoir, avec leur société de production CACTUS, complètement phagocyté la télévision nationale avec la vente de programmes achetés clé en main et la production de séries vendues à l’avance avec l’appropriation des plages publicitaires, Belhassen Trabelsi et Sami Fehri décident de créer leur propre chaîne de télévision. Il faut noter que Cactus production s’est approprié, ces dernières années,  60 % des revenus de la chaine nationale TV7. Les directeurs de la chaîne ont ainsi contribué à l’effacement de toute une génération de producteurs en achetant au seul Cactus l’écrasante majorité des programmes.    

HANNIBAL TV

Même procédé complètement illégal d’accord de licence que pour les radios. Monsieur Mohamed Nasra, époux d’une proche de Mme Ben Ali a obtenu la première licence privée de télévision. Il a d’ailleurs contribué de façon exceptionnelle à l’abêtissement de la société tunisienne en présentant des débats nerveux qui ne concernent jamais les questions essentielles que tous les Tunisiens se posent. Il faut également mentionner qu’Hannibal TV doit au fisc tunisien plus de 5 millions de dinars et que les ordres de laisser faire partent directement de la Présidence de la République ! D’autre part, comme si tout ceci ne suffisait pas, le patron d’Hannibal TV jouit d’une immunité de fait devant les tribunaux. Il ne paie aucun fournisseur de sa chaîne et ne verse aucun droit de retransmission à la Fédération tunisienne de football, privant ainsi les clubs de football d’une source de revenus très importante.  

groupe dar assabah

A la suite d’une dispute au sein de la famille propriétaire du groupe de presse Dar Assabah, Sakhr el Matri a racheté l’affaire. Le groupe Assabah publie, entre autres titres, les journaux Assabah et Le Temps.     Le contrôle des médias en Tunisie est complété par le système mis en place par l’un des piliers du régime, M. Abdelwahab Abdallah, qui contrôle tout le reste des médias grâce à une agence d’État :    

L’ATCE

L’Agence Tunisienne de Communication Extérieure est l’organisme mis en place par Abdelwahab Abdallah pour mettre au pas les médias qui aspireraient à une quelconque liberté d’expression et contrôler ainsi toute émergence d’une société civile. L’ATCE gère le budget publicitaire de toutes les entreprises étatiques et l’utilise pour soumettre les médias à l’autorité de M. Abdelwahab Abdallah. Exemple : un média tunisien s’exprime d’une façon qui ne plait pas au régime. Immédiatement, le service des commandes publicitaires de l’ATCE est averti et retire à ce média toutes les publicités étatiques qui lui sont dévolues. Il ne reste alors qu’un seul choix au responsable du média en question : se limiter aux insertions du secteur privé. Or, Abdelwahab Abdallah et ses sbires vont jusqu’à influencer les choix publicitaires des entreprises privées en appelant les responsables pour leur conseiller de retirer leur budget au média en question. Mais il ne faut pas croire que l’essentiel de cet argent va aux médias amis. Plusieurs millions d’euros de l’ATCE (donc des entreprises publiques) sont destinés à financer la communication extérieure de M. Abdelwahab Abdallah en payant à tour de bras : • des médias réputés indépendants (Jeune Afrique, Arabies, Tunisie PLUS…) • des responsables politiques étrangers. • des auteurs de livres qui font l’apologie du régime, comme ceux du journaliste-mercenaire Salvatore Lombardo qui présente Ben Ali comme une grande personnalité politique internationale, porteuse d’un grand message humanitaire. En même temps, l’ATCE compte, partout dans le monde, des protégés, des agents qui, à la première alerte politique, écrivent des articles et produisent des reportages soulignant l’excellente gouvernance de la Tunisie. Il est utile de préciser que ce ne sont que les médias nationaux qui reproduisent l’essentiel de ces articles et reportages, et ce, pour mieux tromper les Tunisiens en voulant leur faire croire que les médias internationaux parlent de la «réussite de la Tunisie de Ben Ali» alors qu’il ne s’agit que de journalistes payés. La communication politique de M. Abdallah s’évertue également, envers l’opinion publique étrangère, à présenter Ben Ali comme un bouclier contre l’islamisme radical. A chaque crisette ou crise, ses journalistes-agents véreux crient au loup: « Les islamistes veulent prendre le pouvoir » ! Or la population tunisienne dans son écrasante majorité a toujours renié l’islamisme radical. Seul le comportement indigne et irresponsable des proches du régime pousse les Tunisiens vers l’extrémisme. D’ailleurs, nous avons appris que face à la révolte actuelle, les conseillers politiques de Ben Ali ont évoqué la nécessité d’une grande manipulation destinée à détourner la population de ses revendications légitimes. En effet, une action terroriste islamiste commanditée par le pouvoir serait en gestation. C’est tout ce que ces conseillers de Ben Ali auraient trouvé pour salir cette révolte non violente et légitime. Cette recette consistant à brandir l’épouvantail de l’islamisme radical est une recette vieillotte qui ne trompe plus personne et qui renvoie à chaque fois aux calendes grecques les réformes nécessaires au pays. Les manœuvres de désinformation à grande échelle sont subies par la Tunisie depuis les premières années du régime de Ben Ali. Mais la nullité de la communication politique tunisienne a détourné l’ensemble de la population vers les chaînes étrangères, Al Jazera en premier lieu. En fait, la politique de communication dirigée par M. Abdallah est un véritable désastre national : l’ensemble de la population ne fait plus aucune confiance aux médias nationaux qui ont par ailleurs été durement visés par les slogans des manifestants de l’hiver 2010/2011 qui font l’apologie d’Al Jazeera. Il faut aussi rajouter à l’actif de M. Abdelwahab Abdallah l’une des plus stupides opérations de censure de toute la planète. En effet, à la fin des années 90, un livre dénonçant les dérives de Ben Ali étant paru à Paris, Monsieur Abdallah donna l’ordre d’acheter tous les exemplaires. C’est ainsi qu’il propulsa ce livre au top des ventes, lui donnant un succès et une notoriété inespérés. Cette leçon n’a même pas servi à Monsieur Abdallah, car une autre version de la même bêtise a été renouvelée une décennie plus tard concernant le livre «La Régente de Carthage». La plainte déposée sans base juridique devant le tribunal des référés à Paris par Me Samia Maktouf, dont l’habileté s’est limitée à l’obtention des faveurs de Mme Ben Ali, a donné au livre un coup de pouce publicitaire sans précédent puisque tous les journaux en ont parlé. Autre conséquence des limites intellectuelles de ces deux conseillers politiques de Ben Ali : la campagne de fouilles opérée durant des mois aux aéroports tunisiens à la suite de la publication de «La Régente de Carthage» restera dans les annales : les douaniers et policiers avaient reçu l’ordre de demander à tous les arrivants en Tunisie : «Avez-vous des livres dans vos bagages?». Beaucoup ont dû croire que les livres, comme la drogue ou les explosifs, étaient interdits en Tunisie. Triste résultat pour l’un des rares pays au monde ayant 3000 ans de civilisation.  

l’immobilier Faire une liste des biens et opérations immobilières concernant la famille élargie de Ben Ali est une opération de longue haleine. Nous citerons, dans le tas, la razzia opérée par Belhassen Trabelsi sur les maisons de Sidi Bou Said et l’acquisition au dinar symbolique du village touristique construit autour du port de Sidi Bou Said et le groupe des hôtels Carthago vendu dernièrement au libyen Leico. A Gammarth, Slim Chiboub et Aziz Miled ont construit une marina. La zone «Les Côtes de Carthage» a été presque entièrement distribuée par l’Agence Foncière Touristique aux Ben Ali, Trabelsi, Mabrouk, etc… La plupart des opérations immobilières du pays sont aux mains de la famille. Ben Ali leur distribue des zones entières. Il l’a fait pour Montassar Maherzi (époux de la sœur de Mme Ben Ali)à Gabès, pour lui-même à la Baie des Anges au Kantaoui, il a distribué à tour de bras des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles à ses proches (Utique, Zagouan etc…).  

L’agence fonciere d’habitation

L’AFH, agence étatique qui a garanti, durant des décennies, aux foyers tunisiens à revenu faible ou moyen l’accès à la propriété est devenue une véritable pompe à fric au bénéfice des proches du pouvoir qui en usent pour soudoyer tous ceux qui les soutiennent. C’est ainsi que les proches du pouvoir mettent en danger l’un des meilleurs acquis de l’histoire sociale de la Tunisie : l’accession à la propriété.     LES TERRAINS DE LA SATPEC A GAMMARTH. La SATPEC, organisme fondé pour la promotion du cinéma tunisien, a été concédée à une société appartenant à Tarak Ben Ammar. Mais là où le bât blesse, c’est qu’avant cette opération, tous les terrains compris dans la concession ont été retirés et vendus pour promotion immobilière, toujours en faveur de la famille.    

les TERRAINS De la steg

Suite à la privatisation de la Société Ennakl, celle-ci s’est illégalement approprié un terrain public de plusieurs hectares rendu accessible suite à la fermeture de la centrale électrique de La Goulette. Sur ce même terrain qui possède une berge sur les rives du Canal de Tunis, à quelques centaines de mètres du port, M. Matri a fait construire un village touristique comprenant un quai destiné aux bateaux de croisières et un centre commercial de plusieurs dizaines de boutiques, le tout bâti sur un terrain appartenant à l’État et concédé au Holding PRINCESS (appartenant à hauteur de 90% à Ben Ali et 10% à Matri) sans aucune consultation ni appel d’offres. Cette véritable razzia sur les croisières, dont profitait auparavant l’État par l’intermédiaire de l’OPAT, touche également l’ensemble des commerçants du tourisme qui voient petit à petit les croisiéristes limiter leur visite au port touristique de M. Matri. Drôle de façon de promouvoir le tourisme tunisien en limitant la visite des touristes aux berges du canal de Tunis, alors que le parc archéologique de Carthage, l’un des plus prestigieux de la Méditerranée, est juste à côté.  les terrains de la sonede

Le même M. Matri n’a pas trouvé mieux pour élever un palais des 1001 nuits que de le bâtir à Sidi Bou Said, sur un terrain appartenant à la Compagnie tunisienne des Eaux : la SONEDE. Comment ce terrain est-il sorti du patrimoine de la SONEDE pour aboutir dans celui de M. et Mme Matri, les Tunisiens aimeraient bien le savoir. Mais le vol manifeste des biens de l’État ne suffit pas, car par la construction de ce palais, la famille de M. Ben Ali, certainement frustrée par la richesse des familles royales du Golfe, a exposé à tous les regard sa folie des grandeurs car cette habitation de 8 000m2 construits contient – outre une mosquée et un garage de plusieurs milliers de m2 – une chambre à coucher de 700m2, sans compter les fauves dans le jardin. L’ambassadeur des USA n’a pas manqué de le préciser avec un humour moqueur dans un câble révélé par Wikileaks. Bref, la bêtise et l’avidité sont telles que la famille de M. Matri – une digne famille tunisienne dont un ancêtre est un héros de l’Indépendance du pays – renie les frasques du rejeton qui s’est acoquiné avec un pouvoir dont les pratiques doivent faire se retourner dans sa tombe le grand et digne Mahmoud el Matri. 

jardin public au bénéfice

de la famille

La Tunisie compte peu de lieux de loisirs mythiques. Il a fallu raser le dernier d’entre eux, une boîte de nuit qui a fait la notoriété internationale de l’ambiance nocturne tunisienne. On a détruit cet endroit pour construire un jardin public parsemé de lieux de loisirs tout à fait privés. En effet, un club privé et un centre de thalassothérapie gérés par Mme Ben Ali et sa sœur ont été édifiés sur ce terrain public. L’investissement a été financé par le frère de Mme Ben Ali, Belhassen Trabelsi, et son associé Hamadi Touil. On se demande une nouvelle fois comment les mairies – qui sont si souvent tatillonnes sur leurs privilèges – accordent avec autant de passe-droits des concessions et des permis de bâtir sur leurs propres domaines sans aucune consultation ni appel d’offres. En fait, il s’agit encore du phénomène de deux poids, deux mesures». Les biens de la communauté sont entièrement dévolus aux proches de Ben Ali en faveur desquels aucune loi ne s’applique, à part celle du plus fort.  

La grande distribution

 

Carrefour

Licence obtenue par l’entremise de Slim Chiboub qui a conditionné son intervention contre une somme faramineuse.  

Géant

Licence obtenue par la famille Mabrouk grâce à Mme Mabrouk, fille de Ben Ali.    

Monoprix

Egalement entré dans le patrimoine des Mabrouk.  

Bricorama

Affaire entièrement réalisée par M. Mahbouli puis carrément confisquée par Imed Trabelsi.   

INDUSTRIE   Outre les briquetteries qui ont fait l’objet d’une concentration aux mains du discret mais néanmoins actif Slim Zarrouk, époux de Ghazoua Ben Ali, il est utile de mentionner le plus grand scandale de l’histoire financière de la Tunisie :    

Carthage cement

En matière de détournement de biens publics, l’affaire Carthage Cement est celle où les excès les plus incroyables ont été réalisés. Un pool industriel international mené par des Italiens a proposé à l’État tunisien l’achat de la cimenterie de Tunis. Après plusieurs mois de travail et après avoir obtenu l’essentiel des autorisations nécessaires, au moment de signer le contrat définitif avec l’État tunisien, les industriels sont contactés par Belhassen Trabelsi qui conditionne l’accord de l’État à 20% de l’affaire (80 millions de dinars). Choqués par ces pratiques, les industriels se retirent, laissant à Belhassen Trabelsi l’affaire qu’ils avaient montée. Celui-ci procède alors à l’appropriation de plus de 400ha de terrain (acquis au dinar symbolique) appartenant à l’État et en flagrante irrégularité avec toutes les règles, fait entrer en bourse Carthage Cement qui n’a aucun bilan, et ce, grâce à des banquiers irresponsables. Pour couronner le tout, la Société Tunisienne des Chemins de Fers se permet de financer, pour Carthage Cement, 15 kms de voies de chemin de fer. Le ministère des Transports et l’Assemblée Nationale n’y voient aucun inconvénient. Ne citons pas la Cour des Comptes, la Commission de contrôle des opérations de bourse ni tous ces organismes de contrôle mis en place par le régime pour mieux tromper son monde et qui harcèlent tous les Tunisiens sauf ceux qui mettent le pays sous leur coupe réglée. Carthage Cement constitue certainement le plus gros scandale de l’ère Ben Ali, et ce, avec la complicité active de plusieurs hauts responsables.    

DIVERSES AFFAIRES  

L’International School of Carthage. Un terrain et une subvention d’à peu près 2 millions de dinars du ministère de l’Education nationale accordés gracieusement à Mmes Ben Ali et Arafat pour la création d’une école privée! Alors que les écoles tunisiennes subissent un manque flagrant de budget de fonctionnement, alors que les classes sont dans un état de délabrement avancé, un budget national est alloué à une école élitiste privée! Comme si tout cela ne suffisait pas, pour obliger les Tunisiens à inscrire leurs enfants dans son école, Mme Ben Ali a usé de tout son pouvoir pour fermer la principale institution concurrente. Le fondateur de cette institution, M.  Bouabdeli, a été obligé de mener une véritable campagne de presse internationale, ponctuée par la publication d’un livre, pour pouvoir recouvrer ses droits. Sans succès. Comme l’a révélé Wikileaks, Mme Ben Ali s’est même frottée à l’Ecole américaine de Tunis en ordonnant au ministère des Finances d’annuler le régime de faveur fiscale dont bénéficiait l’institution américaine. Il faut préciser que suite à la petitesse de ces pratiques, le gouvernement américain a revu à la baisse ses aides économiques à la Tunisie.  

Les bananes de la république

Comme cela devait se faire dans une république devenue bananière, l’importation des bananes a été retirée à l’une des plus prestigieuses sociétés de développement tunisienne, la STIL, qui avait lancé, au début de la Tunisie indépendante, un exceptionnel plan de développement du Sud et qui bénéficiait de plusieurs monopoles d’État. L’un de ces monopoles concernait l’importation de bananes qui été soustrait à cette société nationale de développement pour être accordé aux membres de la famille Trabelsi, Moncef, ancien photographe de rue et M. Jaraya, son acolyte. Il faut préciser que les ministres du Commerce se pressaient pour leur signer les licences d’importation et obtenir ainsi les faveurs du pouvoir.    

La sucrerie de Bizerte

L’importation du sucre était un monopole d’Etat, mais pour mieux se sucrer, M. Belhassen Trabelsi, frère de Mme Ben Ali, a décidé de se substituer à ce monopole d’Etat en créant sa propre usine à Bizerte. Il s’est même approprié une partie du port de Bizerte pour y installer ses silos. Et ce, avec l’homme d’affaires prête-nom Lotfi Abdenadher.  

LES ALCOOLS

Comme tout État en développement, les monopoles juteux avaient été accordés, comme nous l’avons vu plus haut, à des Sociétés de Développement destinées à mettre à niveau l’économie tunisienne. C’est ainsi que le monopole d’importation et de distribution des alcools appartenait, lui aussi, à la STIL. Mais la liquidation de cette entreprise particulièrement juteuse ne s’est pas fait attendre et les Trabelsi ont immédiatement mis la main sur ses divers monopoles et même sur le marché noir de l’alcool, dont la distribution passe obligatoirement par Imed Trabelsi. Et c’est ainsi que l’œuvre de développement de la Tunisie a été abandonnée au profit de quelques personnes sans envergure, pour leur seul profit. Des régions entières sont ainsi tombées en désuétude, complètement abandonnées par un État devenu soucieux du seul enrichissement de Ben Ali et de ses proches qui à leur tour récompensent les agents véreux de l’État en leur accordant des postes en haut lieu. L’explication de la déchéance de tout un pays apparaît alors dans toute sa simple vérité.    

Les trabelsi et Les Ben ali se substituent à la douane

Une multitude de sociétés officient depuis des années au vu et au su de tout le monde pour permettre à certains commerçants tunisiens d’importer des produits sans droits de douane avec un prix fixe au mètre cube importé. Les conteneurs passent la douane sans aucun contrôle. Cette pratique avait créé un scandale en décembre 2006 à la suite d’une attaque intégriste à Soliman. Tout le monde se demandait si les intégristes n’avaient pas fait entrer les armes dans ces conteneurs non contrôlés. Cette pratique d’importation sauvage contribue à appauvrir tout le tissu industriel tunisien, alimente le marché parallèle de produits et d’objets volés et provoque la faillite des honnêtes commerçants. Les principaux bénéficiaires de ce trafic sont Jalila Trabelsi, sœur de Madame Ben Ali, et Hayet et Kaies Ben Ali, sœur et neveu du président et d’autres membres de la famille que nous citerons la prochaine fois.    

LE THON TUNISIEN, MONOPOLE DE M. MOURAD TRABELSI, FRERE DE MME BEN ALI

L’exportation du thon est depuis quelques années devenue monopole personnel de Mourad Trabelsi qui est également le seul individu autorisé en Tunisie à en faire l’élevage et à l’exporter.  

Pêche au  Lac de Tunis

Le même Mourad Trabelsi a obtenu, par l’intermédiaire d’un Italien prête-nom, le monopole de la pêche au Lac de Tunis. Son unique contrepartie : nettoyer les algues du Lac. Quel est le prix de la concession ; comment a-t-elle été accordée ? Mourad Trabelsi paye-t-il des impôts en contrepartie de ces énormes privilèges?  

La friperie

Même système, mêmes bénéficiaires. La friperie n’a pas échappé aux proches de Ben Ali, dont elle est devenue une chasse gardée !  

Conclusion

Cette énumération est rébarbative tellement le manque d’imagination des proches de Ben Ali est éprouvant en matière de détournement de biens publics et autres enrichissements illégaux. Nous préparons un second dossier où nous poursuivrons l’énumération de ces scandales qui ne doivent jamais être oubliés pour que ces gens qui ont mis le pays à genoux puissent payer un jour tous leurs méfaits. Nous tenons également à avertir les Tunisiens des arnaques qui sont déjà en cours de préparation, tel le déclassement du terrain de l’ IHEC à Carthage. En effet, les proches du Président considèrent que ce terrain, merveilleusement placé sur le versant de l’historique Carthage, conviendrait bien mieux à la construction de dizaines de villas pour leur compte. La même logique a été adoptée pour le stade Zouiten, situé sur les hauteurs du Belvédère et de Mutuelleville. La même logique a été adoptée pour le versant sud de la colline de Gammarth où les constructions vont très bientôt être entamées par un certain Imed, clone de son homonyme trabelsien et prête-nom de certains membres de la famille et qui a déjà loti un terrain archéologique entre Carthage et La Marsa, terrain déclassé par un ancien dirigeant de l’Institut du Patrimoine et par des complicités au sein du ministère de la Culture, nous y reviendrons aussi. Nous parlerons également du neveu de Ben Ali, Monsieur Mehdi Mlika, et de sa politique d’embellissement de l’environnement qui s’est soldée par la simple exécution d’une «Avenue de l’environnement» dans chaque ville de Tunisie. L’embellissement de ces artères, qui a consisté en quelques bacs à fleurs et terre-pleins gazonnés et quelques horreurs artistiques, a coûté des fortunes dont les principaux bénéficiaires sont Mehdi Mlika et Ben Ali, par l’intermédiaire d’entrepreneurs véreux qui n’ont ramassé que des miettes. Bref ce sont les budgets des municipalités et du ministère de l’Environnement qui en ont pâti. Nous évoquerons aussi le hold-up réalisé au profit de Sakhr el Matri et du fils de Ben Ali par l’achat au nominal des actions du groupe Nestlé détenues par la Banque Nationale Agricole depuis une cinquantaine d’années. Nestlé International a violemment réagi devant ces pratiques dignes des pires républiques bananières. Nous évoquerons aussi l’acharnement avec lequel la famille de Ben Ali se réserve tous les marchés publics du pays, contribuant ainsi à appauvrir l’État en imposant des prix qui n’ont rien à voir avec la réalité des offres. Nous parlerons du monopole accordé à Moncef Trabelsi dans le transport des produits pétroliers dans tout le pays, nous évoquerons les malversations ayant eu lieu autour des projets immobiliers géants de Sama Dubai et de Boukhater et qui ont engrangé de telles commissions qu’ils ont fini par couler malgré des terrains acquis parfois au dinar symbolique et alors que nos propres entrepreneurs sont écartés de ces projets juteux. Sans oublier la résidence de St Tropez, acquise par Ben Ali et sa femme sous la médiation de Sakhr el Matri et François Benaceur. Nous n’évoquerons pas la saga Imed Trabelsi/Faouzi Mahbouli concernant Bricorama car elle est étalée en large et en travers sur Internet. Par contre, nous reviendrons sur l’affaire de l’aéroport des pèlerins, construit sans appel d’offres ni consultation et ayant coûté 10 fois son prix. Nous parlerons aussi de l’aéroport international d’Enfida et de la concession remportée par la Société turque TAV. Cette société, représentée par Belhassen Trabelsi et Youssef Zarrouk, n’était pas en mesure de payer la concession. Belhassen Trabelsi leur a concocté, avec l’intervention de Ben Ali, un concours bancaire en dinars tunisiens alors que le paiement était prévu en dollars.Comment ce crédit sera remboursé alors que l’aéroport reste désespérément désert? Nous dévoilerons également dans le prochain dossier d’autres détournements de milliards de dinars à l’OACA, à la Poste, à Tunisie Télécom, au groupe chimique, au ministère de l’Environnement, etc. Nous appelons les responsables honnêtes, s’il en demeure, de réagir le plus vite possible en désignant une commission d’enquête indépendante qui devra faire la lumière sur toutes ces affaires. Nous appelons également tous les responsables politiques à saisir la gravité de la situation et à s’entendre pour déposer Ben Ali et procéder à l’arrestation de toute la clique qui a procédé à un véritable dépècement du pays. Il faut avoir présent à l’esprit que ces personnes sans scrupules sont prêtes à mettre le pays à feu et à sang pour glaner encore quelques mois au pouvoir, de quoi leur permettre de finaliser leurs opérations en cours. Il faut que les consciences s’éveillent, que les responsables politiques et ceux de la sécurité du pays, militaires compris, cessent de faire allégeance à des individus sans foi ni loi qui utilisent le prestige du pouvoir pour faire ce que bon leur semble sans aucun sens des responsabilités ni même de la mesure. Tous les responsables savent que tout ce qui est écrit ici est vrai et nous tenons à les avertir que s’ils continuent à faire la sourde oreille, ils se mettrons dans la position définitive de complices de la mise à sac du pays. Nous appelons également les responsables de la sécurité du pays de refuser de s’engager dans des complots qui visent à faire changer l’opinion des Tunisiens et à les garder sous un régime qui ne peut aboutir qu’à la désintégration du pays. Nous remercions de tout cœur tous ceux qui nous ont permis de réaliser ce dossier, ils ne l’ont fait sans aucun calcul, simplement par nationalisme, pour défendre ce pays qui ne mérite pas ses dirigeants actuels. Nous tenons encore une fois à évoquer ceux qui se sacrifient pour que la Tunisie ne soit plus jamais à la solde de tristes individus. Tous ceux qui défilent, se battent, parlent et écrivent sont le fer de lance de notre pays car ils le font tout en sachant qu’ils se battent contre l’une des pires dictatures de notre temps. Nous appellons tous les Tunisiens à continuer à manifester pacifiquement leur ras le bol, à ne pas toucher aux biens communs. Nous appelons enfin une nouvelle fois les responsables à se comporter avec force et honneur et à réagir à la mise à sac du pays en déposant Ben Ali, le premier responsable de cette situation. Nous proposons comme alternative politique l’élévation du premier ministre actuel, M. Mohamed Ghanouchi, au poste de Président de la République pour une période d’une année pendant laquelle aura lieu la consolidation de la société civile née des événements actuels et l’organisation d’un tribunal spécial. Nous appelons la convocation d’une Assemblée Nationale Constituante pour un changement constitutionnel relatif au rôle et au mandat du chef de l’État dans le sens de leur réduction pour que plus jamais aucun individu ne confisque aux Tunisiens leur pays. Plus d’un demi-siècle de dictature et de culte de la personnalité suffisent. Nous proposons que chaque futur dirigeant de la Tunisie n’ait la possibilité de gouverner que durant un unique et court mandat, pour laisser à la société civile tunisienne, qui durant ces dernières semaines a merveilleusement résisté au terrible système de Ben Ali, la possibilité d’émerger définitivement.   Au nom de tous les Tunisiens dignes.

F.L.B.L.Q.A.Y.


Lettre aux Tunisiens : Ce que je crois…


Habib M. Sayah

« Lé, lé lel hiwar. Ben Ali ya jazzar ! » Je souhaite m’exprimer sur de nombreux points pour répondre à ce que j’ai lu à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux au cours de ces derniers jours. AU SUJET DES CASSEURS Diverses sources ont affirmé que les casseurs et pilleurs étaient en réalité des agents mandatés par la Police et par les cellules locales du RCD (parti au pouvoir). Parmi ces témoignages se trouve celui publié par Nawaat.org dans lequel un responsable du RCD repenti expliquait que dès le début de la révolte les agents de la police avaient saccagé des bâtiments privés et publics et avaient exercé des violences à l’égard de la population afin de rendre crédible l’hypothèse de la présence de casseurs parmi les manifestants et ainsi instaurer un climat de peur en vue de faire échec au soutien de la population aux manifestants et de saboter l’unité du peuple tunisien face au régime. Radio Kalima a recueilli des témoignages affirmant que des agents de la Police avaient commis des viols sur de jeunes femmes dans le centre du pays, en vue, encore une fois, de favoriser la peur des tunisiens et de fragiliser l’unité et la solidarité de la population dans la lutte contre le pouvoir. Des médias français comme France Inter ont émis l’analyse selon laquelle les saccageurs seraient des hommes cagoulés, trop organisés et entrainés pour être de simples manifestants et ils les soupçonnent d’être des agents de la Police. Le régime de Ben Ali a compris que la peur de l’Etat avait disparu et, étant habitué à gouverner par la terreur, il tente aujourd’hui de nous communiquer la peur de l’autre, la peur du chaos. Mais ce n’est qu’un leurre. En effet, les vidéos des manifestations, même dans les quartiers les plus populaires, montrent que les jeunes qui protestent scandent des slogans anti-Ben Ali. Ce ne sont pas des gens qui sortent dans la rue pour réclamer de l’argent. Ils ne sortent pas aujourd’hui pour protester contre le chômage ou la faim qu’ils subissent. Tous leurs cris retentissent pour affirmer leur attachement à leur dignité bafouée par ce régime corrompu qui se nourrit de la faiblesse des individus ligotés par la peur. Plusieurs vidéos ont montré que les habitants des quartiers défavorisés (qui font tant peur à cette bourgeoisie qui ne les connait pas et qui a peur pour sa Clio) étaient responsables, plus responsables que cet Etat-poubelle dont nous n’avons pas besoins pour nettoyer nos ordures. En effet, nous avons vu des dizaines d’habitants de Kasserine nettoyer spontanément et de manière solidaire les rues et les ronds-points de leur ville après les affrontements, lorsque l’Etat n’a pas réussi à maintenir l’ordre. Une autre scène montre des jeunes de Cité Initilaq qui collectaient des dons auprès des habitants de leur quartier en vue d’aider les familles des victimes tuées par la Police. Tous ont répondu à l’appel et ont fait preuve de solidarité. Dans une troisième vidéo, nous avons pu voir les habitants de Tunis crier « N’attaquons pas les voitures ! », conscients que l’ennemi était la Police et non nos concitoyens. Ce n’est pas une lutte des classes. Il s’agit d’une lutte de l’ensemble des Tunisiens, de tous milieux et de toutes tendances, contre l’oppression et les injustices que nous subissons depuis 23 ans. Personne ne veut voir le pays sombrer dans le chaos. Tous les Tunisiens ont la volonté de maintenir l’ordre dans leurs quartiers, tous sont attachés à leur sécurité et à celle de leur famille et les attitudes que nous voyons en ce moment reflètent une grande maturité de la part de nos concitoyens qui tentent de maintenir l’ordre sans pour autant renoncer à la lutte. Au lieu d’avoir peur des manifestants qui casseraient vos Clios, vous devriez avoir peur de la Police qui s’est montrée capable d’assassiner des Tunisiens pacifiques pour semer le désordre et briser notre solidarité. Hier soir, la Police a déserté les rues de Bizerte. Il semble que l’ordre a été donné à l’armée de demeurer passive et de laisser le chaos se répandre afin de diviser les Tunisiens. L’Etat a décidé de sacrifier Bizerte pour asseoir sa propagande fondée sur la peur du désordre, mais le désordre est l’instrument de cet Etat. La lutte doit continuer et les esprits doivent soutenir plus que jamais le mouvement. Il est triste de voir des bâtiments et des biens privés détruits et saccagés (que ce soit par la Police ou par des civils, peu importe), mais cela ne doit pas nous diviser. N’oubliez pas que la Police tire en ce moment sur des Tunisiens et que le sang a déjà trop coulé. La FIDH affirme détenir une liste nominative de 66 morts par balles au cours de ces affrontements, mais des sources syndicales annoncent que le bilan s’élève à plus d’une centaine de morts. En tant que libéral, je suis le premier à affirmer que la propriété est un droit inaliénable, mais la vie humaine est le bien le plus sacré. Ne tombons pas le piège qui consiste à déplorer l’incendie d’un Monoprix ou la destruction d’un véhicule alors les véritables bouches continuent à assassiner de sang-froid des Tunisiens désarmés. Il ne s’agit malheureusement pas de légitime défense. D’une part, la Police – qui vise la tête, le thorax et le foie – a tiré sur des cortèges funéraires, des manifestations pacifiques, comme celle de Douz où le Professeur Hatem Bettahar a été assassiné par des snipers. D’autre part, il est vrai que les forces de l’ordre ont tiré sur des manifestants hostiles. Il s’agissait de jeunes en colère qui ont attaqué des bâtiments publics tels que des postes de police, des administrations ou des biens privés méritant d’être attaqués comme les cellules du RCD (parti au pouvoir). S’il est dommage, d’un certain point de vue, que des biens appartenant à l’ensemble de la collectivité soient détruits à l’occasion de cette révolte, l’emploi de la force et l’assassinat sont des réponses inappropriées, des réponses cruelles et inadmissibles. Le sacrifice de tous les bâtiments publics ou privés n’est rien comparé à la perte de vies tunisiennes, innocentes ou pas, révoltées ou pas, hostiles ou tranquilles. Puis les bâtiments attaqués étaient pour la plupart des symboles du pouvoir… BFM TV a d’ailleurs annoncé qu’un journaliste américain avait été touché par des balles, et ce n’était sans doute pas une balle perdue. Hier, une femme a été tuée à Cité Intilaq, un adolescent de 14 ans a trouvé la mort à Sfax, et un enfant de 11 ans a succombé à Hammamet… et la liste est encore longue. LA LUTTE CONTINUE Il est important à l’heure actuelle de faire un bilan des événements. Le régime de Ben Ali ne se maintenait et ne parvenait à se maintenir jusqu’à présent que par la terreur qu’il inspirait à l’ensemble des Tunisiens. Aujourd’hui, la barrière de la peur a été franchie et tout le monde ose s’exprimer librement, de la ménagère de 40 ans sur son profil Facebook aux tunisiens acquis au régime. Des militants RCD, horrifiés par la vue du sang des Tunisiens, se sont exprimés et ont retiré leur soutien au régime. Un haut responsable du RCD s’est exprimé sur Nawaat.org et a dénoncé les crimes commis par les hommes du pouvoir. Des peureux qui soutenaient publiquement Ben Ali avec ferveur il y a quelques jours se sont exprimés publiquement pour se rallier au peuple et pour dénoncer le régime, comme Zied Krichen ou, de manière plus anecdotique l’humoriste Lotfi El Ebdelli. Des militaires, même si c’est de manière marginale, ont manifesté avec les habitants de certaines villes. Une vidéo nous a montré le chef de la Police Jbeniana qui a répondu à l’appel des citoyens et est sorti dans la rue en clamant « Tounes horra, Ben Ali ala barra ! » (Tunisie Tunise, libre libre, Ben Ali dehors !). De nombreux policiers son non seulement sensibles à la cause des manifestants, mais aussi terrorisés par la vengeance du peuple. Dans le commissariat de La Goulette, encerclé hier par les manifestants, des policiers pleuraient et appelaient à l’aide dans leurs Talky-Walikies « Bech yo9tlouna ! » (Ils vont nous tuer). Qui aurait cru, il y a quelques semaines, que nous purrions voir des milliers de Tunisiens protester au Passage ? Qui aurait cru que 30 000 manifestants chanteraient d’une même voix « Tunise libre, Ben Ali dehors ! » ? Le pouvoir de Ben Ali est donc fortement fragilisé et la peur de la répression a été anéantie. C’est aujourd’hui le pouvoir qui est terrifié car il se sait coupable et il sait que les Tunisiens sont unis pour arracher leur dignité volée par ces traitres corrompus. Les seules réponses que Ben Ali et ses hommes peuvent apporter aux Tunisiens sont les cartouches des fusils de précision et les rafales des mitraillettes. Ils savent qu’il ne s’agit plus de maintenir l’ordre en attendant une transition, un apaisement ou un dialogue. La peur, pierre angulaire du système, a été non seulement détruite mais retournée contre le régime. Et le régime sait qu’il ne pourra pas gouverner sans la peur comme instrument de gestion. J’entends plusieurs personnes proposer de formuler des revendications adressées au gouvernement, parler de transition, ou bien crier « Non aux balles » ou alors demander à Ben Ali de « ne pas cautionner l’usage de balles réelles ». Ceux-là ont la mémoire courte et ont oublié que le 26 janvier 1978, la première fois que l’Etat a tiré sur le peuple, c’est Ben Ali qui était aux commandes, en tant que Directeur de la Sûreté Nationale. Et aujourd’hui, Ben Ali ordonne l’assassinat des manifestants. Un ami pris au milieu d’une fusillade dans la banlieue nord de Tunis vient de me rapporter que les policiers tiraient à vue sur un rassemblement de jeunes non-violents. Il n’y a pas de dialogue possible, ni de revendications à formuler. Al Jazeera a annoncé que le gouvernement discutait avec l’opposition « radicale », mais l’heure n’est pas à la discussion. Il me semble inadmissible de négocier avec des terroristes. On ne dialogue pas avec des assassins. Pour faire cesser l’augmentation constante de ce bilan macabre, la seule solution est de pousser les assassins à quitter le pouvoir et non pas demander aux manifestants de s’apaiser. Les manifestations étaient pacifiques et c’est la Police qui a fait le pari que si le sang coulait, la terreur gagnerait à nouveau le coeur des Tunisiens. Mais cela n’a fait que renforcer la résistance et la colère des Tunisiens qui sont aujourd’hui engagés dans un duel mortel contre le pouvoir. Tout ceci se soldera par une victoire, espérons que ce sera celle du peuple Tunisien et pas celle de l’oppresseur, car ni le peuple ni le régime ne peuvent reculer ajourd’hui. Si le peuple venait à reculer, un apaisement ne serait pas envisageable. Comme l’a expliqué Vincent Geisser : « Le scénario que les Tunisiens réclament est que Ben Ali fasse de vraies annonces : celle notamment qu’il partira dans un ou deux ans, qu’il ne se représentera pas aux élections et l’initiation d’un processus de démocratisation, en donnant des garanties pour une réelle solution démocratique. Mais c’est impossible que ce scénario se réalise car on se trouve dans un système nourri par une logique sécuritaire et une logique de corruption. Si on touche à la moindre pièce du système, il s’effondre. » Si le peuple reculait et que le régime en sortait indemne, la vengeance des autorités sera sanglante. Elles ne pourront pas se maintenir tout en répondant aux revendications des Tunisiens. En effet, nos revendications sont la fin de la corruption, une justice indépendante et impartiale, le respect de notre liberté d’expression et de nos libertés politiques et civiles. Or, si par exemple le régime se maintenait, la lutte contre la corruption et l’indépendance de la justice mènerait à des procès visant l’ensemble des acteurs du système : des Trabelsi aux Ben Ali, en passant par les gouverneurs, officiers de police, responsables d’administrations, jusqu’au flic de la circulation qui garde son uniforme après le service et qui arrête les voitures pour les racketter. Pire : même les juges ne seraient pas épargnés. Bref, si le régime s’ouvrait et répondait à nos revendications, il signerait son propre arrêt de mort, et ces gens-là ne sont pas prêts à le faire spontanément et volontairement. Donc si l’apaisement survenait, il est inévitable que Ben Ali tenterait de nous berner pour mieux réprimer et faire taire toutes les voix qui se sont élevées aujourd’hui. Nous sommes trop engagés pour reculer et le peuple Tunisien n’a d’autre choix que de continuer et de renforcer la lutte pour mettre un terme à ce régime qui n’attend que de se venger, et ainsi mettre fin à ce bain de sang. Nous ne pouvons plus nous permettre de voir le compteur tourner et afficher toutes les minutes la mort d’un Tunisien de trop. Mais, je le répète, le recul du peuple n’est pas le bon moyen d’arrêter le carnage. C’est le régime qui doit sauter, pas notre liberté ! Il faut faire en sorte que tous ces innocents n’aient pas donné leur vie pour rien. Nous avons une occasion rêvée de nous libérer pour de bon et pour montrer l’exemple aux opprimés du monde entier. A ceux d’entre vous qui restent timorés et qui ont peur du vide de l’après Ben Ali, je réponds que moi aussi j’avais peur il y a quelques jours. Mon espoir était la formation d’un gouvernement de transition, de sorte à assurer que l’oppression s’arrêtera en 2014. Mais aujourd’hui non seulement les Tunisiens sont largement les plus puissants dans le rapport de force avec le régime, mais attendre ne fera qu’empirer les choses. Vous avez peur du vide ? J’ai peur de Ben Ali. Il m’est difficile de croire que la libération politique des tunisiens pourrait mener à pire que ces assassins qui massacrent en ce moment même des innocents. La Tunisie est à feu et à sang par la faute de Ben Ali et sous ses ordres. La démocratie nous fera connaitre ses difficultés (grèves, opposition, scandales, rivalités) mais elle ne nous fera pas connaitre le goût du plomb et du sang de nos frères. Le pire est aujourd’hui arrivé. Dépassons-le ! A ceux qui clament que nous ne pouvons pas nous passer de Ben Ali parce que nous n’avons pas une opposition organisée ni de leader, je réponds que ces dernières semaines j’ai entendu des Tunisiens, jeunes ou moins jeunes, instruits, à l’esprit fin et aux propos mesurés et dont les noms évoquent aujourd’hui la fierté. Ne vous inquiétez pas, nous avons de quoi repeupler notre Parlement. Et nous le repeuplerons mieux, sans cette racaille corrompue qui nous suce le sang. C’est au contraire le départ de Ben Ali qui fera revenir les Tunisiens les plus brillants qui ont choisi l’exil plutôt que la dictature. A ceux qui ont peur de la montée des islamistes après la chute de Ben Ali, je rappelle que lors de ces révoltes qui ont rassemblé le plus grand nombre de Tunisiens, aucun slogan islamiste n’a été scandé. C’est, au contraire, en attendant un ouverture en 2014 que nous laisserions aux islamistes le temps de s’organiser et de profiter du sentiment d’injustice né de la fin de cette révolte pour infecter les esprits avec leur propagande. Prenons en main le pays et notre liberté tant que nous pouvons éviter le péril islamiste. Ce n’est pas Ben Ali ou un quelconque dictateur qui nous en protègera, et l’histoire nous a montré que Ben Ali n’a fait que radicaliser les islamistes. Nous seuls pourrons lutter contre l’islamisme, dans une société ouverte à travers la libre expressions des laïcs de ce pays que le pouvoir étouffe. L’avenir de la Tunisie est entre les mains du peuple. Et le peuple est mature !

De quel bilan économique et social parle t-on ?

  Article élaboré en 1997  


 

Fathi Jerbi.   « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». Abraham LINCOLN.   L’analyse de l’économie et du social d’un quelconque pays n’est pas purement une démarche comptable ou une lecture simple des statistiques celles que l’on veut mettre à la disposition du public, c’est surtout une observation, un constat, une démarche scientifique qui consiste à chercher les vérités, à confronter les statistiques, les sources, voire à produire par soi-même les chiffres.   Dans le cas de la Tunisie, il est autant prétentieux d’évaluer des bilans économiques et sociaux, que d’analyser le résultat d’un quelconque scrutin électoral orchestré par un pouvoir qui régit la chose publique par la mystification de la réalité et .   Dans le cas de la Tunisie, il est absolument difficile d’évaluer des bilans économiques et sociaux dans un contexte où les statistiques produites sont instrumentalisées par ceux là mêmes qui gèrent les politiques économiques et sociales du pays. Que ceux qui reproduisent les statistiques telles que le FMI, la BM, leurs pouvoirs sont limités ; leurs plans, en règle générale, sont dictés de Washington ainsi que de l’Atce (agence tunisienne de communication extérieure), et mis en forme au cours de brèves missions par des hauts responsables qui dès leur descente d’avion, s’immergent dans les chiffres du ministère des finances et de la banque centrale et, pour le reste, résident confortablement dans les hôtels de la capitale. La plupart de ces institutions internationales, on le comprendra, n’ont pas les moyens de contrôler la véracité des données et encore moins d’auditer les comptes des nations.   Bien qu’ils se positionnent, comme faisant partie de l’opposition tunisienne au régime de ben ali, fervents défenseurs des idéaux de la pensée économique socialisante, certains adeptes de l’économisme font l’écho hystérique et grossier d’un développement certain de la Tunisie, des acquis et des réalisations du régime dans le domaine de l’économique et du social. Ils vont jusqu’à élaborer des diagnostics et prescrire des remèdes. 5% de croissance… c’est un taux insuffisant pour ceci et pour cela…, 15% de chômage… c’est une catastrophe, 4% d’inflation… c’est un dérapage dangereux, etc…comme si ces indices reflètent réellement leurs niveaux.   Ces mêmes fervents défenseurs des idéaux de la pensée économique socialisante, colportent aussi et paradoxalement les quelques performances macroéconomiques à teneur ultralibérale (monétariste) que tentent désespérément à exécuter les responsables incuries de la politique budgétaire et monétaire de la Tunisie à savoir : la libéralisation des marchés, la réduction des déficits budgétaires, la diminution des fonctionnaires, la vente des entreprises publiques, l’assainissement des secteurs bancaires. Outre qu’ils passent sous silence comme le font les sherpas du régime, le constat fait par ces mêmes experts des institutions financières internationales sur les critères utilisés par les autorités tunisiennes pour mesurer le degré de développement socio-économique et sectoriel du pays et qui sont de moins en moins en phase avec ceux des organismes internationaux[1]. Ces mêmes adeptes de l’économisme passent aussi sous silence le constat de ces mêmes experts de l’état de non performance des vrais indicateurs macroéconomiques.  Car, dans toutes les conclusions des consultations au titre de l’Article IV avec la Tunisie, le FMI, pour ne citer que celui-ci, ces mêmes experts notent la fragilité structurelle de l’économie, le surendettement extérieur, les déséquilibres chroniques de la balance commerciale, en somme sur l’insuffisance et l’absence d’une croissance économique soutenue pour résoudre le problème du chômage, la faiblesse de la demande intérieure, le manque d’investissement privé intérieur et extérieur. Cinquante ans plus tard, l’économie tunisienne est à bout de souffle. Et ce n’est pas faire preuve de pessimisme que de dire que la situation est particulièrement grave et les perspectives qu’elle implique pour le pays à moyen et long terme le sont d’autant. Piètre cette performance ; quand on songe que rien n’a été fait pour la génération d’aujourd’hui et surtout celle de demain, qui viendra, mal éduquée et sans perspectives d’emploi, exprimer avec force leur désir d’émigrer.   Certes que la Tunisie est plus riche qu’elle n’est développée et qu’elle vient d’être classée parmi les cinq pays africains les plus performants par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Mais à l’exception de l’Afrique subsaharienne, la croissance moyenne et réelle du revenu du tunisien qui était supérieur à celui de l’Asie dans les années 1960, déclinait depuis lors. Alors que les habitants de certaines régions en développement doublent leurs revenus en une décennie, on estime qu’il faudrait, au rythme actuel, cent quarante ans à la Tunisie pour réaliser la même performance. Tandis que, dans les autres zones de la planète, la productivité augmentait à un rythme accéléré depuis 1960, elle déclinait en Tunisie.   En l’absence de ressources propres pour financer l’économie, l’équilibrisme macro-économique et financier, auquel se livrent depuis plusieurs années les autorités (depuis 1986), ne reflète que les conditionnalités imposées par l’ajustement structurel et par le code de conduite fixé par le consensus de Washington : austérité budgétaire, privatisations massives, ouverture de l’économie aux investisseurs étrangers, instauration du régime du taux de change flottant et ouverture du compte capital. Et que parallèlement à la problématique du développement, qui est une problématique propre, se greffe une problématique financière qui résulte de ce recours aux capitaux extérieurs libellés en devises fortes.   En fait, derrière ces équilibres de façade des plus aléatoires, des enjeux autrement plus graves se jouent en permanence.   Dès lors, dans l’attente d’un réel audit des comptes de l’économie tunisienne, toute démarche sérieuse ne peut consister qu’à constater les prolégomènes à l’inefficacité des politiques économiques et sociales, à savoir :   Les prolégomènes relatifs au cadre politique et institutionnel des politiques socio-économiques. Les prolégomènes relatifs aux contraintes des politiques socio-économiques.   Première Partie :   Les prolégomènes relatifs au cadre politique et institutionnel des politiques   La crise économique qui frappe actuellement la Tunisie, liée entre autres aux dépenses sécuritaires pharaoniques et à la corruption généralisée du régime, a de graves incidences sur les violations des droits humains particulièrement ceux des journalistes, des syndicalistes et de la population. L’arsenal législatif répressif, les intimidations, et les emprisonnements se combinent pour faire taire ceux qui osent critiquer la politique économique et sociale du régime ou encore dénoncer la corruption des élites, la pauvreté et les violations des droits économiques et sociaux.   Les performances macro-économiques servent aujourd’hui de couverture à l’échec économique et à l’exploitation, avec peu d’empressement officiel pour remédier à l’inefficacité des institutions ou pour s’engager dans des réformes structurelles majeures comme celles préconisées par le FMI[2].  Les causes de cette situation sont toutefois bien antérieures à la crise actuelle.   L’histoire économique et sociale de 50 ans d’indépendance est celle des occasions manquées.  Les responsables de la politique économique et sociale de la Tunisie se sont condamnés eux-mêmes à répéter les erreurs tragiques qu’ils avaient déjà commises dans les années 1970 et 1980..   En réalité, le problème n’est pas fondamentalement économique, mais il est aussi institutionnel et politique.  Tant que les dysfonctionnements induits par des structures institutionnelles et politiques archaïques ne seront pas traités, il n’y a guère d’espoir d’une prospérité économique et encore moins d’un bien être social.   Peu de choses ont été faites pour répondre à la question essentielle, à savoir que les raisons internes du manque de performance de l’économie tunisienne et de l’utilité sociale ou collective des interventions publiques sont la conséquence logique d’une triple défaillance :   1) L’absence de contrôle – sanction ;   2) Des politiques tatillonnes  et de l’évitement ;   3) La mauvaise gouvernance.   4) L’absence de nationalisme économique   1) L’absence de contrôle – sanction    De fait, le pouvoir de ben ali autant que celui de bourguiba, ont fonctionné pendant plus de 50 ans, sans  » régulateur « , sans  » sanction  » : ni sanction démocratique (parti unique), ni sanction de marché (jadis économie administrée et de nos jours économie parallèle), ni sanction financière internationale (prêts abondants), ni sanction morale (soumission des intellectuels tunisiens et exil des récalcitrants). Portés par une idéologie populiste et unanimiste qui niait toute différence d’intérêts, les deux pouvoirs n’ont jamais pu arbitrer entre les intérêts des différents secteurs économiques (entreprises publiques, privées, salariés..) ni définir avec la population un contrat social explicite et crédible.   Quand des options de socialisation ou de libéralisation économique sont prises, ils ne parviendraient pas à les faire appliquer par leurs administrations et par le lobby du parti psd et plus tard le rcd.  Nul doute que dans un contexte où la problématique des prises de décision dans l’économie et dans le social est appréhendée sans débats publics. Qu’elle est non assortie d’un processus répondant à certaines normes d’utilité collective et par le canal desquels les désirs des agents économiques peuvent être déterminés et enregistrés (la souveraineté par le vote). Ces prises de décision dans l’économie et dans le social ne peuvent être qu’assez mal saisies par les pouvoirs publics. Mal saisies, donc mal mises en œuvre ; constat primaire, avouons-le.   2) Des politiques tatillonnes et de l’évitement   Pendant cinquante ans les deux pouvoirs qui se sont succédé en Tunisie ont véhiculé des affirmations et des jugements qui n’ont pas toujours des assises solides et objectives. Les arguments avancés et les solutions proposées sont teintés d’éléments irrationnels, leurs discours s’apparentent à celui des années 30 en Europe où, avec la montée du national socialisme, on avance des solutions simplistes et globalisantes à des problèmes complexes.   La mise en œuvre de toutes les réformes ont été et resteront, dans une certaine mesure, contrainte par les hésitations et les revirements et de façon générale, par une discontinuité et une inconstance, reflétant, en dernière analyse, une absence de stratégie dans la démarche dont le volet législatif n’est que, dans son incohérence, l’illustration. Ces indécisions ont souvent altéré toute lisibilité des objectifs réellement poursuivis, ont favorisé la persistance des comportements attentistes, et ont stérilisé en grande partie tout le potentiel d’initiatives. Ces contraintes ne sont pas imputables aux seules résistances éventuelles des intérêts en jeu, mais découlent plus fondamentalement de l’absence d’une ingénierie d’ensemble des réformes.   En dehors même de savoir si les résultats sont en mesure de juger convenablement des performances des politiques économiques et sociales, le fait de concevoir quasiment en parallèle des modèles de politiques sociales avec ceux des politiques de développement économique, manque de rationalité ou fait preuve d’une pure démagogie.  En effet, l’analyse des modèles de politique économique et sociale mis en œuvre dans les différents pays, nous enseigne que si les conditions structurelles d’une économie en croissance soutenue ne sont pas réunies et si tous les agents économiques cherchent à maximiser leur propre optimum, l’allocation des ressources rares autant internes qu’externes ne serait pas efficiente, et les phénomènes d’externalités négatifs se trouveraient amplifiés.    L’élaboration des modèles de politique sociale quasiment en parallèle avec la politique de croissance économique ne saurait être réalisée sur des marchés concrets aussi structurés que ceux des pays développés ! Et qu’aux phénomènes d’indivisibilité, de congestion, de déformation des préférences individuelles et d’imperfection de l’information pouvant entraîner l’échec du marché concurrentiel dans les pays développés, viennent se greffer dans le cas de la Tunisie les éléments d’un système de causalité circulaire et cumulative qui ont tendance à accroître les inégalités et à neutraliser les effets de diffusion de la croissance depuis des centres d’expansion vers les autres.    Dans une économie, où persistent la rareté de l’offre et l’insuffisance d’accumulation du capital physique et financier, les pseudo stratégies d’un développement tout azimut (social et économique en parallèle) ne peuvent nullement aboutir à la réalisation simultanée des objectifs de croissance économique et de bien-être social ; constat primaire, avouons-le.     3) La mauvaise gouvernance   Tous les travaux de diagnostic effectués par des économistes sérieux ainsi que par les experts des institutions internationales montrent que les symptômes de la mauvaise gouvernance constituent un obstacle au développement social et économique. Qu’une mauvaise gouvernance, je cite Mustapha Nabli Economiste en chef pour la région du Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la Banque Mondiale : « coûte cher aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, environ 1 point de croissance par an ». « Que l’économie dans son ensemble va payer les conséquences sous la forme d’une croissance beaucoup plus lente, qui contraste avec celle de quelques groupes puissants qui « achètent » des lois et réglementations pour qu’elles leur servent directement ». « Que les opérations de privatisation des entreprises publiques peuvent faire l’objet d’une « capture de l’état » par les milieux proches du pouvoir en place (nomenklatura, apparatchik) souvent intermédiaires pour de grands groupes étrangers ! »   Comme l’expliquait et concluait le rapport confié à des experts arabes, par le PNUD « qu’au cours des 20 dernières années, le taux d’accroissement du revenu par tête y est le plus bas du monde. La productivité du travail est faible et en baisse continue entraîne une baisse des salaires réels …que les pays arabes ne se sont pas développés, ni quantitativement, ni qualitativement, aussi rapidement ou harmonieusement que d’autres pays de régions comparables. Le produit intérieur brut cumulé des 22 pays arabes est inférieur à celui de l’Espagne ».   Comme l’avait découvert l’ONG américaine Freedom House, les nations les plus pauvres sont en général celles où les droits politiques et les libertés civiques sont restreints, où sévissent la corruption… où le même parti garde le pouvoir des décennies durant et où les femmes ont moins d’opportunités que les hommes. Que se sont les pauvres qui sont les plus touchés par la corruption ! La corruption fausse le plan d’affectation des ressources dans la société.  Elle enlève aux pauvres et aux démunis pour donner à ceux qui ont le pouvoir.    Au déficit de l’inclusion et à l’absence de responsabilisation des gouvernants vient se greffer un nouveau phénomène celui de l’émergence au cours de ces dernières années des groupes criminels (clans et mafias). Ces derniers sont devenus des acteurs politiques et économiques à part entière, enlevant à l’Etat le monopole de la violence légale, en accord ou non avec les responsables officiels. Cette criminalisation croissante ne se fait pas uniquement sentir au niveau local car certaines mafias locales entretiennent des réseaux transnationaux (trafic de drogue, prostitution, immigration clandestine, frappe des faux dollars, etc. Ce caractère transnational des trafics ainsi que les bénéfices qu’il génère ont des répercussions indéniables sur l’appréciation des modèles et des politiques de développement du pays, En récupérant une partie de la manne blanchie le pays permet d’entretenir une économie, juste l’entretenir.   Ainsi il apparaît clairement que la corrélation entre démocratie et développement économique et social est forte. Qu’une mauvaise gouvernance ne peut-être qu’un obstacle au développement social et économique de n’importe quel pays ; constat primaire, avouons-le.   4) L’absence de nationalisme économique   Le Nationalisme économique signifie donc l’indépendance économique.   Le nationalisme économique positif  suppose l’action de l’Etat, notamment par le biais de la politique industrielle. Il faut en effet orienter le capital et le travail vers les industries à haute valeur ajoutée par travailleur, pour maintenir la supériorité économique tunisienne. Le Nationalisme économique consiste notamment à veiller à ce que la Tunisie soit totalement autonome en matière de production et totalement autonome dans le domaine du ravitaillement en matières premières.   Mais ici comme ailleurs, comme en toute thèse il y a lieu de dénoncer les lois corollaires de la loi principale. Affronter l’économie européenne de type unitaire avec l’ensemble intégré de l’économie européenne c’est courir à la phagocytation de notre appareil économique par l’appareil économique européen.   Tant que la Tunisie n’aura pas consolidé son économie par des structures politiques elle devra se défendre de l’action européenne, s’en protéger. Les formes de libre-échangisme ne doivent être acceptées qu’après la constitution d’une entité économico-politique solide.  
[1] les critères pour calculer le taux de chômage. L’utilisation de 1996 comme année de base pour déflater les composantes du PIB. L’emploi des ratios adéquats. la méthode de calcul des variations de stocks. [2] Chose que l’on ne pouvait pas, au prime abord, lui reprocher, puisque la fameuse déclaration du 7 novembre 1987 ne présageait pas un programme économique en rupture avec le passé. La fameuse déclaration du 7 novembre 1987 a exclusivement dessiné l’évolution du pays vers la démocratie, les libertés civiles et les respects des droits de l’Homme tunisien. Cette volte face de ces dernières années pour mettre en exergue son bilan économique et social n’est en quelque sorte qu’un aveu d’échec de la mission pour laquelle il prétendait se voir confier en 1987, un alibi qui par nature s’est avéré difficile à vérifier.    Prochainement la deuxième partie : « Les prolégomènes relatifs aux contraintes des politiques socio-économiques ».


 

Le soulèvement de la jeunesse en Tunisie est une vraie révolte politique


| 13.01.11 | 09h47  •  Mis à jour le 13.01.11 | 15h22   Cinquante morts au bas mot. Des immolés par le feu chaque jour. Des villes entières, partout le pays s’insurge. L’armée entre en lice. Un couvre-feu décrété sur le grand Tunis. Quels contre-feux pour éteindre la révolte ? L’hiver 2011 a vu, avec le sang qui a coulé à Kasserine et à Tala la radicalisation de la protestation et l’émergence d’une révolte inédite dans une Tunisie longtemps encagée. Une révolte sans revendications sociales. Une révolte qui s’en fiche comme de l’an quarante du pain et de l’emploi. C’est une révolte politique, entière. Ce n’est pas une révolte de poussières d’individus mais de villes, de village et de cités entières. Une révolte politique radicale. Celle qui campe sur une position non négociable. Une révolte qui plaide pour le collectif contre l’individualisme, pour la loi contre celle du plus fort, l’égalité contre les privilèges, pour le citoyen contre le client. Une révolte qui traque les tièdes, les mous, les hésitants, les parvenus. Une Tunisie qui croit – encore – à la révolution contre l’involution. Elle somme Ben Ali de déguerpir : « vingt trois ans, basta ! ». Du côté du pouvoir, la répression s’est naturellement radicalisée. L’irrémédiable. Ça a tourné au carnage ! Personne ne voulait de cette tournure des événements. Ni le microcosme de l’opposition en charpie, peu enclin à la confrontation, ni les puissances protectrices soucieuses de l’image – bon enfant – de ce petit pays du Maghreb. Vite. Il faut sauver Ben Ali de Ben Ali pour que son régime ne sombre pas dans une violence sanglante. « Car la dérive du pouvoir tunisien éclabousse ses protecteurs occidentaux et amène leur opinion publique à leur demander des comptes », dit Hélène Flautre, députée européenne. Lui tendre la perche ? Manifestement, il s’agit de pousser le résident de Carthage à opter pour un changement dans la continuité et de convaincre l’opinion publique que ce changement sans le changement est crédible. Il peut être porté par des bénalistes ou des figures de l’opposition bon teint et conciliants. Pour cela, il faut, bien entendu, surtout ne plus parler de ce qui doit changer vraiment : la paupérisation, la confiscation des deniers publics, la prise en otage du pouvoir par la mafia, la corruption à outrance, le système policier, la torture généralisée, les procès pipés, l’omerta, la dépendance de toutes les institutions… Désormais, les sujets abordés, le ton utilisé, les arguments avancés doivent affermir et promouvoir la certitude que la Tunisie est, avant tout, un pays ordinaire, banal. Y a-t-il une crise entre le pouvoir et la société ? « Quel pouvoir n’y est pas confronté ? », se demande Borhène Bessaies, un propagandiste de renom. Une jeunesse désabusée ? « N’est-ce pas le lot de toutes les jeunesses de la terre ? » s’indigne Samir Laâbidi, le tout nouveau ministre de la Communication. Des intellectuels militants frustrés qui redressent la tête ? N’est-ce pas le rôle de ces figures médiatiques, à l’image de l’avocat Raouf Ayadi et consorts, de dénoncer et de faire appel aux valeurs universelles ?, minimise encore un blanchisseur de Ben Ali, Béchir Tekkari, le ministre de l’enseignement supérieur. Ils oublient que ce n’est plus les temps des atermoiements. Ben Ali a à faire à un adversaire de taille : la rue qui a repris son mot à dire. Et les formes de persécution les plus rebutantes sont des « bavures isolées » : tentatives d’assassinat, chasse à l’homme, passage à tabac, vol et saccage des biens, filature, privation de passeport, coupure de ligne téléphonique… toutefois, pour faire sérieux, on admet que ces exactions sont contre-productives. Contre-productif, voilà le terme clef à brandir chaque fois qu’il est question de remise en cause de la légitimité de ceux qui détiennent le pouvoir en Tunisie. Ce qui est une manière de valider les buts tout en récusant uniquement l’usage abusif des moyens. En somme, il faut croire que le carcan est plus bête que méchant et ceux qui ne peuvent pas le contourner ou s’y adapter, plus méchants qu’intelligents. Et pour parfaire l’acte de réhabilitation de Ben Ali, on s’attarde longtemps sur ses embellies : l’intention de libérer les manifestants, promesse de créer 300 000 emplois, la volonté de créer une commission d’enquête sur la corruption et les exactions, tandis que le premier ministre, Mohamed Ghannouchi s’efforce de faire bouger les choses (sic). L’infra-message ne manque pas de sel : la tuerie, assure-t-on, touche peu de monde (une poignée de malfrats cagoulés, pour reprendre les dires de Ben Ali). Elle est donc plus maladroite que caractéristique du régime. Elle appelle un ajustement tactique, une gestion plus souple, plutôt qu’une remise en cause radicale. D’autant que les manifestants, les vrais, sont préoccupés du quotidien et du pain. Ils n’ont cure des aspirations politiques de la dizaine de têtes d’affiches créées par les media étrangers. Elle ne subit donc pas les affres du régime policier et répressif intentionnellement décrié. En définitive, pas de révolution à l’orée. Une révolution de palais suffira. Michèle Alliot-Marie, Frédéric Mitterrand, ou Bruno Lemaire, plaident : « Dire que la Tunisie est une dictature univoque… me semble tout à fait exagéré. Ben Ali est souvent mal jugé ». DÉFINIR LE TERRAIN COMMUN SUR LEQUEL DEVRONT S’AFFRONTER LES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE VOIR Allons plus loin : Ben Ali serait, paraît-il, partagé entre les clans qui s’affrontent sur la politique à mener. Il n’aurait pas encore tranché. Ce serait donc un homme réfléchi, capable d’apprécier les enjeux de la situation et disposant de ressources personnelles pour se rénover de l’intérieur. Branle-bas de combat pour présenter en toute complicité un semblant de changement : un ministre de la communication qui part, un nouveau ministre de l’intérieur qui débarque, et une valse de gouverneurs… Un exercice que les dictateurs pratiquent sans joie mais couramment. Car cette alternance truquée peut-être une brèche dont Ben Ali en personne ne connaît pas l’issue. Ce qui est sûr, c’est que les révoltés, véritables protagonistes du cataclysme actuel seront certainement écartés de ce processus, tant les pressions extérieures seront fortes pour garantir un pouvoir acquis aux intérêts du libre-échange et conforme au rôle du partenaire docile assigné à la Tunisie dans la géopolitique internationale. Toutefois, cette jeunesse révoltée a, aujourd’hui, un espace potentiel plus large. Saura-t-elle l’occuper ? En se situant sur les droits fondamentaux, individuels et collectifs, sur la constitution d’une démocratie vivante, de valeurs partagées et de lois communes, elle peut mieux s’ancrer dans la population et le paysage politique. L’enjeu n’est pas de choisir un porte-drapeau et de faire gagner son écurie. L’enjeu est de définir démocratiquement le terrain commun sur lequel, dorénavant, devront s’affronter les différentes manières de voir. L’appel au lancement d’une convention nationale, décentralisée, pluraliste, non sectaire, serait sans aucun doute opportun. Mais qui est en situation d’assurer sa reconnaissance, de garantir son pluralisme politique, la diversité des acteurs et son ancrage populaire ?

Taoufik Ben Brik, journaliste et écrivain tunisien Article paru dans l’édition du 14.01.11


C’est la révolution des enfants de la balle

Par TAOUFIK BEN BRIK Journaliste

Couvre-feu décrété. Pour qui? Pour la police et l’armée peut-être qui ont déserté la rue la nuit du jeudi 14 janvier! Car les manifestants sont toujours là, ils veillent sur la ville.

Dans l’euphorie de l’intifada, de ces journées lumineuses et précieuses, les Tunisois n’ont de respect pour rien: ni couvre-feu, ni dieu. Ils proposent une Tunis ouverte, sans limites. Un club sans cafards. Un endroit où tout est possible. Un parc d’attraction pour adultes et enfants. Hay Ettadhamen, quartier des khobsistes (les fanatiques du pain), le plus grand parti du pays: une bastille sans centre, sans trottoirs, sans cafés, sans ruelles, sans impasses, sans carrefours, sans stations de taxis. Avec foule et bruit. On se croirait au sud de Brazil. Même le ciel paraît artificiel, en cette première nuit de couvre-feu non respecté. Un ciel de faïence. Les enfants de la balle occupent tout l’espace et les adultes réapprennent à aller chez les adultes d’à côté. Un Tunis dessiné à partir de gribouillage. On dirait un pigeon, un épervier ou un faucon. On a le sentiment de l’avoir habité avant même de naître. C’est le carnaval. La fiesta. Ezzarda. La révolution.

Imagine… Tunis résonnant de mille débats en plein air, comme à Hyde Park Corner, ce coin de pelouse londonienne où chaque passant se change, si l’envie lui en prend, en tribun. Dans ces quartiers populos, ces corners, on peut chicaner, s’épancher. Une femme peut cracher sur le poster géant de Ben Ali.

Le pays a le charme d’un grand café

Ben Ali, sans le vouloir peut-être, avait retourné la réalité comme on le fait d’un gant: le monde réapparu en joie. En l’air, de toutes les couleurs, les paroles. Le pays a le charme d’un grand café, d’un grand théâtre, d’un hammam. Sans gêne et sans honte, tout pouvait être dit. Dans toutes les villes et dans tous les villages, on entendait enfin se lever bavardages et caquetages, commérages et potins, blagues et plaisanteries. Le rire enveloppait désormais le moindre mot. Ca bavarde dans les ruelles, les boulevards, les souks… Il suffit d’aller dans n’importe quel bar, on se croirait sur les planches, où que vous regardiez, à gauche, à droite, au centre, les gens conversent, font le mariole. Un apprentissage de la fraternité.

Chacun entre dans cette intifada moubaraka avec ses outils, ses bidons et ses aiguilles à coudre qui traînent dans son passé, comme une offrande. Le défi, la manifestation de l’après-midi, la mort d’un ami sont étalés avec des mots qui s’entrechoquent, s’entrecroisent, se multiplient, se divisent et s’enracinent. On énumère les abîmes enjambés sur de frêles passerelles. Puis… petit à petit les mots s’enrichissent, des mots qui tapent fort: A mort Ben Ali. Les mots deviennent habitables. Des mots contre les transgressions, la misère physique, le handicap, le dégoût, la tyrannie. Des mots qui donnent sens à chaque déplacement, à chaque geste, à chaque regard.

On rit pour injecter le courage

C’est moins la gestuelle qu’on retient que la voix, les paroles débitées en rafales. On bondit sur chaque mot à prononcer comme un fauve sur sa proie. Comme si les ayant aussitôt dits, on cherchait déjà à les rattraper et les rapatrier dans l’antre d’où ils sont sortis. C’est le refus de considérer la parole comme objet perdu, chuté, et le désir sans fin de contrôler ce flux. Avoir le droit de nommer et être celui qui nomme et se nomme en même temps: Je suis Slah Ferchichi et je défie Ezzine…

On vient à peine de naître à la parole, à l’écoute de l’autre, l’écoute des mains qui savent parler, et voilà que ça barde. On devient mordants, féroces, grossiers, cyniques. Les gens se moquent de ses cheveux teints et gominés et de sa femme liftée. Ils rient de ses gendres mafiosi, d’un rire de Woody Woodpecker. Un rire qui éclabousse les trois P (Police, Parti, Pègre). On rit pour ignorer la crainte. On rit pour conjurer le ridicule des pontifes. On rit pour dépoussiérer les geôles. On rit pour fragmenter le mensonge qui perdure. On rit pour injecter le courage. On rit pour aimer ce qui est aimé déjà de tous. Pour ces guérilleros de l’asphalte, Ben Ali est devenu un filon inépuisable. De sa tête peut naître une tête de cochon, de son œil, l’œil d’un serpent, de son sein du lait caillé, de son postérieur une queue de cochonglier…

Plus c’est grand, plus c’est mou

Ils raillent son accent, parodient ses déambulations, réduisent en cendre «sa pensée» cachée. Ils ont édifié un sanctuaire pour son pet. Petit à petit, ils l’ont fait descendre dans leurs bavardages et dans leurs caquetages, dans leur commérages et leurs potins, dans leurs blagues et leurs plaisanteries. C’est lui que, désormais, leur rire enveloppait et prenait au piège. C’est un siège.

Et ils firent de lui un bouffon. Ben Ali, le morose. Ben Ali, rien dans la caboche, tout dans la main de forgeron. Ben Ali le surchargé pondéral. Ben Ali ta gueule. Ils lui ont attribué des palais dans tous les pays, de l’Argentine à Abou Dhabi, de Wak Wak à Baalbek. Ils ont compté toutes les femmes -blondes, brunes, rousses- qui réchauffaient son lit. Ils ont dit qu’il se dopait. Ils ont soutenu qu’il avait l’intelligence d’un enfant de douze ans. Picasso, le talent en moins. Ils ont fait courir toutes sortes de rumeurs… Ils ont même voulu se moquer de son pénis de sa taille, de sa vigueur, de ce qu’il pouvait et ne pouvait plus faire. Plus c’est grand, plus c’est mou.

Ben Ali le barbot!

Les gens se racontent les histoires de la famille? Sa famille s’occupe de l’argent. Aux petites gens, ils escroquent leur argent. Du temps de Ben Ali, les clandestins remontent à la surface. Les ex-trafiquants de devises deviennent des cambistes; les passeurs, des grossistes; les voleurs, d’honnêtes banquistes. Le temps des solistes est révolu. C’est le règne de l’harissa-dinars. Le calcul est simple: obtenir un crédit pour un projet bidon est plus rentable que de mettre en circulation de la fausse monnaie ou mettre sur pied une distillerie de Boukha dans une grange… Des pots de vin pour graisser la patte à un employé trop regardant. Ces paillards ne cessent jamais de clamer:

Ben Ali le barbot!

Débarrasse le plancher

Le peuple aura ta peau.

A Tunis, par les temps qui courent, la maxime est toujours: «Quelle bonne soirée nous avons passé, comme nous avons pleuré!» Eh bien, des jours terribles en perspective. Tunis, en ce moment même, sèche ses larmes. De rire ou de pleurs ? Quelle importance.


UNE VALISE VIDE EST TOUJOURS TRÈS LOURDE.


Par SONIA.D   BEN ALI reste quand même un flic, limite flic de circulation aux carrefours de n’importe quel pays du tiers-monde, avec tout ce que cela suppose de mesquinerie, de mépris de soi, de hâbleries et de mensonge. Son discours , ce jour, jeudi 13 janvier est d’une lâcheté insupportable, et un canevas de lieues ciommuns et de banalités morbides qui tient de la voltige et de l’artistique, tout dans l’affect, la bassesse et le déshonneur, juste, et il ne faut pas être un génie de la politique pour le comprendre, juste pour diviser, tromper les tunisiens, leur faire baisser leur garde, les endormir et encore une fois, les flouer et  refermer sur eux les grilles de sa grande prison à ciel ouvert. Croire  ce dictateur, c’est être suicidaire, nihiliste et désespéré aux confins de la débilité, c’est  nourrir encore une fois une vipère à cornes en son sein. Ce dictateur supplie les tunisiens à la raison,les prend à témoins de sa douleur devant la violence  et les exécutés par balles, alors que cette mode d’exécuter et de corvée de bois,   et de tirer les manifestants comme des pigeons pour intimider la population, c’est lui BEN ALI, au temps qu’il était ministre de l’intérieur qui l’avait introduite dans l’espace sociétal tunisien , pacifique et civilisé. La société civile qu’il supplie aujourd’hui d’intervenir et de venir à son secours, il l’a depuis toujours massacrée et remplacée par des traîtres, des alimentaires et des imbéciles n’ayant d’autres qualités que de n’avoir aucune  conscience nationale, politiquement et intellectuellement du même niveau que le dictateur, c’est à dire, un niveau plus que bas. Il nous l’a joue, pâle et maladif au propre comme au figuré,  l’ignare,  sur le mode GAULLISTE « je vous ai compris »,il se prosterne devant le socle civilisateur des tunisiens, aujourd’hui, hier, lui et sa maffia  ils piétinaient l’histoire et la grandeur des tunisiens, il en appelle  aux tunisiens pour qu’il arrêtent la violence, il s’écrie « halte à la violence » « halte à la violence », alors qu’il est un être d’une violence inouïe, inhumaine, ce sont les tunisiens qui subissent ses horreurs et ses violences, ce sont eux qui demandent son départ, pour que la violence, s’arrête. En fin de compte, il reconnait qu’il existe un problème politique, et un problème économique, il veut nous refaire le coup' » de la révolte du pain », mais ces temps sont finies, il proclame l’instauration de toutes les libertés, en contradiction avec sa propre situation, son pouvoir illégitime et son droit de cuissage sur la nation tunisienne sont l’ultime outrage et atteinte à toutes les libertés des tunisiens, un voyou qui se fait élire avec 99,95% des voix n’a pas le droit de parler de  DÉMOCRATIE et de LIBERTÉ, aucun être humain doté de raison ne peut le croire, et encore moins toutes ces centaines de tunisiens torturés, exilés, tués depuis 23 ans, depuis le début de son règne barbare.  
En résumé.  

Le discours de BEN ALI aujourd’hui est une forfaiture, il renonce à se présenter en 2014, il pleure pour dire qu’il a été trompé par son entourage, et que ceux qui l’avaient trompés seront punis.Il annonce qu’il met fin à la censure, qu’il a très mal, et qu’il ordonne la fin de la violence,  

  • il ordonne la création d’une commission indépendante pour se prononcer sur la corruption, la violence et tout le reste, il nous prend pour des imbéciles, ce dictateur malade et déchu continue à nous prendre pour des imbéciles, alors que la seule solution aux problèmes de la TUNISIE, c’est purement et simplement son départ, et celui de tous ceux qui ont collaboré avec lui et sa dictature à tous les niveaux, il clame que lui BEN ALI est innocent de tout et les plumes ordurières de TV7 flagornent ses larmes de crocodile, dés la fin de son discours, les habituels propagandistes et autres larbins, toujours les mêmes et applaudissent leur soi-disant  SECOND 7 NOVEMBRE, du faux et de l’usage du faux, où sont donc ces voix de l’opposition démocratique qui devraient se prononcer sur la révolte et ce discours minables, la censure est une seconde nature des bureaucrates de BEN ALI, des journalistes , fonctionnaires du ministère de l’intérieur;  rien de nouveau au sud  de nulle part , mon général de pacotille, on vient d’apprendre que tes miliciens mauves du RCD, malgré le couvre feu qui terrorise les tunisiens, sont dans la rue pour maquiller tes crimes, et donner à ta fausse et vulgaire repentance, un visage humain , pour vraiment prouver que tu regrettes tes crimes, CASSE TOI .

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