11 avril 2010

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TUNISNEWS
9 Úme année, N° 3610 du 11.04.2010
 archives : www.tunisnews.net 


Luiza Toscane: Vient de paraĂźtre : « Le contrĂŽle administratif en Tunisie » un rapport de l’Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques (AISPP) Mourad Zitouni: Mohamed Sayah ou l’éthique en politique RMC: Al-QaĂŻda au Maghreb menace la Coupe du monde Le Parisien: Maghreb United, le concert qui dĂ©range AFP: ThaĂŻlande: une sociĂ©tĂ© bloquĂ©e


Luiza Toscane: Vient de paraĂźtre
 « Le contrĂŽle administratif en Tunisie » un rapport de l’Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques (AISPP).

L’AISPP vient de publier un volumineux rapport sur la condition des ex prisonniers soumis Ă  une peine complĂ©mentaire de contrĂŽle administratif. 290 pages, fouillĂ©es, circonstanciĂ©es, illustrĂ©es de nombreux documents. Ce rapport est concomitant de ceux d’Amnesty International (Freed But Not Free, Tunisia’s Former Political Prisonners) et de Human Rights Watch (Une prison plus vaste, RĂ©pression des anciens prisonniers politiques en Tunisie) sur le mĂȘme sujet, Ă  savoir la vie aprĂšs la prison.

Le rapport de l’AISPP se distingue des deux prĂ©cĂ©dents par une mise en perspective historique du contrĂŽle administratif, une approche juridique de cette peine prĂ©vue par le Code de ProcĂ©dure pĂ©nale, une dĂ©finition politique de cette mesure, et la langue de publication, l’arabe.

L’AISPP fait remonter l’origine de la peine complĂ©mentaire de contrĂŽle administratif au protectorat français et en retrace l’évolution jusqu’à nos jours. Un point commun Ă  toutes ces Ă©poques rĂ©side dans le bannissement des opposants. PrononcĂ©e comme une peine devant commencer dĂšs la sortie de prison, le contrĂŽle administratif vise Ă  l’ « éradication sociale et politique » de l’ex prisonnier politique.

En principe, il s’agit d’une mesure visant Ă  fixer la rĂ©sidence de l’ex prisonnier politique dans un lieu donnĂ© pendant une pĂ©riode donnĂ©e. Cette peine est prononcĂ©e lors du procĂšs et est effectuĂ©e en fin de peine ou lors d’une libĂ©ration conditionnelle, dans les cas d’infractions liĂ©es au terrorisme, Ă  la drogue, Ă  l’atteinte Ă  la SĂ»retĂ© de l’Etat, la contrefaçon de monnaie, ou l’incitation Ă  la dĂ©bauche. Le non respect de cette mesure est passible d’un an d’emprisonnement, peine prononcĂ©e par le tribunal cantonal. Le code pĂ©nal ne dĂ©taille pas les mesures qui accompagnent l’application du dĂ©cret de contrĂŽle administratif, ce qui laisse le champ libre Ă  la police, cette derniĂšre Ă©tant chargĂ©e de le faire appliquer.

L’essentiel du rapport est donc consacrĂ© Ă  l’examen de tous les dĂ©passements policiers auxquels donne lieu cette peine sous le rĂ©gime de Ben Ali : le premier est l’émargement au poste de police, non prĂ©vu par le juge, mais appliquĂ© dans les faits Ă  un rythme dĂ©fini par la police pouvant aller Ă  plusieurs fois par jour dans des postes diffĂ©rents, Ă  des horaires pas forcĂ©ment fixes, dans des postes Ă©loignĂ©s du domicile dans lesquels il faut attendre ou revenir plus tard, et aux violences et humiliations et provocations auxquelles donne lieu ce pointage. Dans les annĂ©es 90, bien que le juge n’ait pas condamnĂ© tous les prisonniers politiques Ă  une peine de contrĂŽle administratif, la police avait pris l’initiative de les obliger tous Ă  signer.

Second dĂ©passement, l’interdiction de travailler, par destruction pure et simple de boutiques, kidnapping sur le lieu du travail, par pressions policiĂšres sur les employeurs. Les membres de la famille peuvent aussi ĂȘtre victimes d’interdits professionnel.

Quant aux autres dĂ©passements, il s’agit de la privation de la carte d’identitĂ© par non dĂ©livrance ou confiscation, ou de celle du passeport, qui peut durer des annĂ©es, enfin, la privation du droit Ă  la santĂ© et aux Ă©tudes. Dans la pratique, le fait de devoir Ă©marger, le refus de la police d’autoriser le malade Ă  quitter la zone oĂč se dĂ©roule le contrĂŽle empĂȘche une consultation ou une hospitalisation. Il peut y avoir refus de dĂ©livrance d’une carte d’handicapĂ©

Autre abus signalĂ© par le rapport : la dĂ©tention dans les postes de police lors des visites prĂ©sidentielles dans les villes ou les rĂ©gions habitĂ©es par les anciens prisonniers ou lors de visites de personnalitĂ©s Ă©trangĂšres invitĂ©es par l’Etat tunisien, dĂ©tention parfois accompagnĂ©es de mauvais traitements.

Les procĂšs pour contravention au contrĂŽle administratif (dĂ©placement jugĂ© interdit, hors du gouvernorat, absence lors d’un pointage, etc..) se multiplient, mĂȘme si le contrĂŽle administratif stricto sensu est respectĂ©.

Enfin le contrÎle administratif, prononcé pour une durée fixée par le juge, est bien souvent prolongé dans les faits sur ordre oral de la police et le non-respect de cette nouvelle mesure sera sanctionné à son tour.

Les réclamations ou plaintes envoyées par les victimes sont systématiquement ignorées.

Bien Ă©videmment, un ex prisonnier peut ĂȘtre victime de plusieurs dĂ©passements. Et des personnes qui n’ont pas de condamnations peuvent ĂȘtre l’objet de ces mesures policiĂšres. Un tableau portant sur un Ă©chantillonnage significatif illustre le dĂ©classement social des ex prisonniers.

Le rapport jette une lumiĂšre crue sur cinq d’entre eux (Ali Ben Salem, Moncef Ben Salem, Abdallah Zouari, Hamdi Zouari et Sami Bouras) qu’il dĂ©crit comme des otages.

Ces persĂ©cutions se pratiquent dans un grand climat de violences physiques et morales perpĂ©trĂ©es aussi sur les familles des prisonniers. Les descentes de police nocturnes au domicile, les intrusions de la police sur les lieux de travail, les arrestations ostentatoires dans les lieux publics visent Ă  couper l’ex prisonnier des siens de ses voisins, patrons collĂšgues, etc.,
 et crĂ©er chez tous un sentiment de terreur.

L’AISPP estime que ce dĂ©ferlement de violence a atteint son apogĂ©e entre 1991 et 2000 pour s’attĂ©nuer ensuite, mais se maintenir. Les intĂ©ressĂ©s ont eu deux types de rĂ©actions : les grĂšves de la faim et la franchise illĂ©gale des frontiĂšres dans l’objectif de dĂ©poser des demandes d’asile.

Toutefois, cette violence a eu des conséquences dramatiques pouvant entraßner la mort, et le rapport cite plusieurs cas de décÚs.

Une importante partie du rapport est consacrée à la traque actuelle de la société civile.

Il n’est pas besoin d’insister sur l’importance de ce document, car il concerne des pans entiers de la sociĂ©tĂ© tunisienne. Depuis les annĂ©es 90 les prisonniers politiques se chiffrent par dizaines de milliers et ce sont des centaines de milliers de proches qui ont vĂ©cu par ricochet ces persĂ©cutions. Au point que les auteurs se demandent si de « peine complĂ©mentaire », le contrĂŽle administratif n’est pas une peine « tout court ».

Il y a donc urgence Ă  ce que ce document soit traduit et mis Ă  la disposition de l’opinion publique internationale qui ne peut deviner ce que cache le terme apparemment anodin de « contrĂŽle administratif ». Comme tout rapport, il est sobre et pudique mais laisse deviner l’incommensurable souffrance entraĂźnĂ©e par ces persĂ©cutions qui ne semblent pouvoir cesser que par l’exil, et encore ! Les autoritĂ©s consulaires poursuivent leur traque des ex prisonniers. Les luttes pointĂ©es dans ce document sont des luttes individuelles, et pour cause, l’ex prisonnier vit dans une sorte d’apartheid, il est atomisĂ©, isolĂ©, y compris de ses pairs.

Toutefois, ce document laisse une question entiĂšre. Il est conjuguĂ© au masculin. Tous les prisonniers citĂ©s, sans exception, dans les annĂ©es 90 ou 2000, sont des hommes. Il ne se singularise guĂšre sur ce plan du document d’Amnesty International. Les anciennes prisonniĂšres n’auraient-elles pas Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©es aprĂšs leur libĂ©ration ? Une question posĂ©e avec une fausse naĂŻvetĂ© qui aurait mĂ©ritĂ© une explication.

Luiza Toscane


Mohamed Sayah ou l’éthique en politique

Mourad Zitouni

Géographe

 

La politique peut-elle ĂȘtre Ă©thique ? Poser cette question de la sorte signifie qu’on est Ă  la recherche d’une autre acception de la politique qui cherche Ă  la sortir de sa pathologie politicienne. En effet, si la politique et la morale ne peuvent se confondre, on ne peut, en revanche, ignorer qu’il y a bien une morale en politique : c’est « l’éthique de responsabilité ». Cette Ă©thique doit, en principe, investir l’attitude des politiques afin que le pouvoir dans sa pratique cesse d’ĂȘtre une forme de jouissance personnelle. C’est cette vertu qui permet, entre autres, de diffĂ©rencier une dĂ©mocratie d’un rĂ©gime autoritaire ou tyrannique. Car aussi bien l’autoritarisme que la tyrannie comme modĂšle d’organisation du pouvoir ne peuvent aboutir qu’à la nĂ©gation  de la morale en politique. L’un comme l’autre procĂšdent d’une pratique du pouvoir qui cherche sciemment  Ă  mettre hors d’atteinte un certain nombre de valeurs telles que « le bien commun » ou « l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ». Cependant, aucun dictateur, aucun tyran ne se dit agir au nom du mal. Au contraire, il va toujours prĂ©tendre agir pour le bien de son peuple. Et s’il y a contestation de cette prĂ©tention, elle ne pourrait ĂȘtre que la rĂ©sultante d’une dĂ©marche portĂ©e par des esprits malfaisants et vicieux qui ne veulent point laisser « le grand homme » semer le bien. C’est en effet cette configuration que vit la Tunisie actuelle. Elle est frappĂ©e depuis une vingtaine d’annĂ©es d’une malĂ©diction qui s’appelle dictature. Pouvoir immoral exercĂ© par un prĂ©sident cynique dont la seule prĂ©occupation est de s’enrichir et enrichir sa famille et ses proches. Point d’autres projets. Vol, corruption, mensonge, trafic (.. .) constituent dĂ©sormais les nouveaux rĂ©fĂ©rents des gouvernants dans ce pays. Plus de place ni pour la morale ni pour l’éthique. Au contraire, ces valeurs apparaissent comme dĂ©suĂštes appartenant Ă  un autre Ăąge et Ă  une Ă©poque rĂ©volue oĂč des hommes et des femmes dans cette mĂȘme Tunisie agissaient pour « le bien commun » et « l’intĂ©rĂȘt des Tunisiens ». Il y avait dans leur pratique une croyance selon laquelle la politique pourrait ĂȘtre porteuse d’espoir et de bonheur pour le peuple. Ces politiques on les trouvait aussi bien dans les rangs de l’opposition qui ferraillait contre le rĂ©gime que dans les rangs des hommes et des femmes proche de Bourguiba. Parmi eux je souhaite parler d’un homme politique qui a marquĂ© l’histoire de notre pays. DĂ©criĂ© par les uns et adulĂ© par les autres, l’homme a certainement sa part d’ombre, mais avec le recul et l’objectivitĂ© qu’impose aujourd’hui une lecture sĂ©rieuse des faits historiques (surtout depuis quelques annĂ©es outre les mĂ©moires et les rĂ©cits de plusieurs acteurs, les langues se sont dĂ©liĂ©es sur des Ă©vĂ©nements qui ont jalonnĂ©s l’histoire de notre pays), la part de lumiĂšre qui caractĂ©rise aussi bien le personnage que son action ne cesse de grandir et de s’imposer comme une nouvelle rĂ©alitĂ©. Et ces qualitĂ©s sont d’autant plus apprĂ©ciables qu’elles ont disparu de notre paysage politique. L’homme sur lequel va porter ma narration c’est Mohamed Sayah.   

Le souci de prĂ©voir rationnellement l’avenir des sociĂ©tĂ©s a toujours Ă©tĂ© nourri par la dĂ©couverte de la variĂ©tĂ© de qualitĂ©s de leurs gouvernants. La question mĂ©rite d’autant plus rĂ©flexion que la classe politique et ceux qui la composent ont Ă©trangement changĂ© en Tunisie. Nul besoin de procĂ©der Ă  un comparatisme poussĂ© pour se rendre compte que cette classe politique est dĂ©pourvue d’hommes de la stature d’un Mohamed Sayah. Le dĂ©ficit n’est point humain mais plutĂŽt de valeurs et d’idĂ©es. Ceux qui gouvernent le pays actuellement ne semblent avoir ni idĂ©es ni valeurs. Le nĂ©ant, le vide, le rien. A l’image de la dictature dont ils sont les prĂ©posĂ©s serviles. Que dire alors du chef et de son proche entourage ? LĂ  encore un grand « Rien » surgit. Ni culture, ni valeurs, ni idĂ©es, ni mĂȘme envie d’en avoir. L’ignorance absolue. Toutefois, l’homme est rusĂ©. Au lieu de gouverner par l’idĂ©e, il gouverne exclusivement par la ruse. Triste Tunisie. Face Ă  un tel paysage de dĂ©solation, les valeurs qui caractĂ©risent l’homme politique Mohamed Sayah ne peuvent que nous amener Ă  lutter contre cette dangereuse avancĂ©e du « NĂ©ant » et croire qu’un jour meilleur est encore possible. Mohamed Sayah possĂšde plusieurs qualitĂ©s, nous souhaitons apporter spĂ©cialement un Ă©clairage sur deux d’entre elles : la FidĂ©litĂ© aux idĂ©es et le sens de l’Etat

I) La suite dans les idées.                      

Plusieurs fois Ministre dans des secteurs diffĂ©rents, Directeur du parti (PSD) et  surtout biographe de Bourguiba, Mohamed Sayah est un homme politique qui a sans conteste fait l’histoire de son pays. On ne peut analyser ou rĂ©flĂ©chir l’époque bourguibienne sans que  son nom ne soit citĂ©. De cette continuitĂ©, l’homme a tirĂ© une notoriĂ©tĂ© qui lui a certainement attirĂ© aussi bien de l’animositĂ© que de l’admiration. Mais ce n’est point de l’action de l’homme lors de cette pĂ©riode qui nous intĂ©resse ici. Laissons aux historiens et aux biographes le soin de nous Ă©clairer en faisant l’inventaire. C’est Mohamed Sayah  de l’aprĂšs 7 novembre qui nous intĂ©resse. MĂȘme s’il n’y a point de rupture car l’homme est entier et son caractĂšre n’est point binaire. Cependant, ce parti pris mĂ©thodologique n’est que la rĂ©sultante d’un constat que nous avancions comme une hypothĂšse de dĂ©part : la lumiĂšre du pouvoir est tellement Ă©clatante qu’elle tamise parfois les qualitĂ©s des hommes qui l’exercent. A contrario, ce sont les traversĂ©es du dĂ©sert qui font jaillir ces qualitĂ©s en les rendant visibles Ă  l’Ɠil nu. Point de courtisaneries et de flatteries. L’homme se trouve alors face Ă  lui-mĂȘme. Et  c’est cet entre soi qui permet Ă  l’observateur de diffĂ©rencier les hommes politiques porteurs de qualitĂ©s rĂ©elles et ceux qui n’en ont aucune.

Mohamed Sayah a Ă©tĂ© un des plus proches collaborateurs du PrĂ©sident Bourguiba, il a cĂŽtoyĂ© l’homme pendant plusieurs annĂ©es, il lui a  consacrĂ© un certain nombre d’ouvrages Ă  travers lesquels il a analysĂ© non seulement l’Ɠuvre, les idĂ©es et l’action, mais Ă©galement « l’ĂȘtre » lui-mĂȘme. De cette filiation naĂźt une admiration. Admirer c’est s’étonner. Toutefois, il faut distinguer deux sortes d’admiration, celle qui est perte de l’ĂȘtre et celle qui est croissance de l’ĂȘtre. Il y a une admiration qui n’est qu’hĂ©bĂ©tude et comme une invasion de l’autre en nous et une autre admiration qui ne dĂ©truit pas la personnalitĂ© qu’elle Ă©panouit ; elle ne tue pas la libertĂ© qu’elle exalte. Dans ce cas l’admiration pour le modĂšle, c’est la rĂ©alisation du meilleur en soi. C’est cette derniĂšre catĂ©gorie d’admiration qui correspond le mieux au rapport que Mohamed Sayah a Ă©tabli avec le pĂšre de l’indĂ©pendance tunisienne. Il ne s’agit point de contemplation passive, mais d’une adhĂ©sion Ă  un projet politique et un profond respect pour l’homme. Aussi, ne faut-il pas parler chez lui d’une admiration automatique, mais d’admiration inventive. Actualisation et transmission constituent la matrice de cette attitude. Par lĂ  se dĂ©gage  ce qui fait l’admiration de l’admirateur lui-mĂȘme.

Faites un jeu : prononcez le nom de Mohamed Sayah oĂč vous voulez en Tunisie (en ville ou en compagne), il dĂ©clanche toute une gamme de commentaires :, intĂšgre, intelligent, autoritaire, rusĂ©, incorruptible, travailleur, compĂ©tent, adepte du parti unique
.  mais celui qui revient constamment  dans la bouche des locuteurs : fidĂšle Ă  ses idĂ©es. Cette qualitĂ© apparaĂźt comme un trait de caractĂšre particuliĂšrement prĂ©gnant de l’homme (Mohamed Sayah). En effet, aprĂšs le coup de force de Ben Ali alors que plusieurs de ses anciens collĂšgues (proches collaborateurs de Bourguiba) sont allĂ©s broutĂ©s l’herbe grasse de la dictature, sans mĂȘme se soucier de prĂ©server les apparences, Mohamed Sayah a visiblement pris l’option de rĂ©sister Ă  cette affreuse tentation. Qu’aurait-on pensĂ© de lui s’il avait tournĂ© kazakh aprĂšs le 7 novembre pour aller faire allĂ©geance au tombeur de Bourguiba ?  Il ne l’a pas fait. Et maintenant avec le recul nous pouvons mĂȘme affirmer qu’il ne l’aurait jamais fait. La premiĂšre des raisons qui l’a certainement empĂȘchĂ© de se compromettre est d’abord et avant tout d’ordre personnel. Mohamed Sayah est un homme de principe. Le lien qu’il avait tissĂ© pendant toute une vie avec Bourguiba dĂ©passe de loin la simple collaboration politique. C’est une relation que ne peut ĂȘtre vĂ©cue qu’en fonction de la filialitĂ© et qui ne doit rien Ă  un rĂŽle ministĂ©riel. Il y a dans cette relation une forme de croyance en la justesse du projet bourguibien et son adĂ©quation avec les attentes des Tunisiens. Ainsi, il est mĂ» par des mobiles indissociablement politiques et affectifs. Cette attitude, qui tient compte Ă  la fois du prĂ©sent et de l’avenir, veut empĂȘcher qu’on usurpe et qu’on souille le projet. Le rĂ©gime de Ben Ali est nĂ© du parricide, il s’est fondĂ© sur la mise Ă  mort du PĂšre (de la nation). Ce meurtre symbolique est politiquement immoral. Il ne pourrait que lui inspirer dĂ©goĂ»t et rejet. Rien, selon Mohamed Sayah, n’est plus destructeur de toute Ă©thique (politique) que la trahison. Et Ben Ali a trahi. Dans cette hypothĂšse l’incompatibilitĂ© ne pourrait qu’ĂȘtre que totale.

Mais ce qui rend le rĂ©gime qui s’est installĂ© en Tunisie aprĂšs le coup d’Etat, illĂ©gitime, c’est qu’il porte en lui les premiers craquements d’une sociĂ©tĂ© promise bientĂŽt Ă  d’immenses troubles. Par son acte, Ben Ali a inversĂ© le systĂšme de valeurs. Il a rompu le pacte civil qui lie jusque lĂ  les Tunisiens avec leurs gouvernants. Il a promu une autre culture politique intrinsĂšquement dĂ©pourvue de qualitĂ©s. Comment un rĂ©gime dont l’acte fondateur est d’enfermer pourrait-il ĂȘtre porteur de liberté ? Ben Ali n’a-t-il pas dĂ©butĂ© sa carriĂšre de nouveau prĂ©sident en enfermant Bourguiba ? Ce geste politique d’une violence symbolique et rĂ©elle inouĂŻ n’a pas Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ© Ă  sa juste valeur par beaucoup de Tunisiens notamment par les plus Ă©clairĂ©s d’entre eux. Or, contrairement aux autres politiques, Mohamed Sayah  a dĂšs le dĂ©but vu le danger d’un tel geste. Il n’a cessĂ© d’attirer l’attention des uns et des autres sur la gravitĂ© d’une telle situation en dĂ©montrant que le traitement dĂ©gradant que Ben Ali infligeait Ă  Bourguiba dĂ©passait et de loin la personne de l’ancien PrĂ©sident. Et en agissant de la sorte, il cherchait Ă  tester la capacitĂ© des Tunisiens Ă  rĂ©sister et Ă  se mobiliser contre l’humiliation et l’injustice.  Le silence d’une partie de l’élite Ă©tait assourdissant. Il n’y a pas lieu de s’enorgueillir. Cette complicitĂ© par abstention a ouvert grand la voie Ă  Ben Ali et Ă  ses proches de continuer leur Ɠuvre. DĂ©sormais, c’est toute la Tunisie qui se trouve l’instar de Bourguiba (avant sa mort) enfermĂ©e et humiliĂ©e. On voit par lĂ  Ă  quel point l’absence d’une lecture politique des faits peut aboutir Ă  une catastrophe  dont on ne mesure pas encore l’étendue de ses consĂ©quences. Pourtant, Mohamed Sayah nous a prĂ©venu.                                                                                                              

Le devoir d’un politique est celui que l’on ne choisit pas, qui surprend par sa nouveautĂ© toujours renouvelĂ©e, qui crĂ©e perpĂ©tuellement l’idĂ©e en la mettant Ă  l’épreuve des citoyens. Car la caractĂ©ristique de l’action politique est prĂ©cisĂ©ment que l’approfondissement de l’idĂ©e y ait du mĂȘme coup un dĂ©veloppement du lien politico-social. Et ce n’est qu’au nom de cet idĂ©al qu’on peut parler de transmission politique. C’est parce que faire de la politique est d’abord et avant tout une lutte entre les hommes et les idĂ©es, que la persuasion et la pĂ©dagogie sont (et seront) toujours nĂ©cessaires pour transformer continuellement l’opposition en une position rĂ©ciproque. Dans la vision Ă©volutionniste qu’il a de l’Histoire, Mohamed Sayah considĂšre que la situation dans laquelle se trouve la Tunisie n’est qu’une parenthĂšse. Ce qui implique politiquement qu’il faut rapidement fermer cette parenthĂšse. Pour ce faire, il appartient Ă  toutes les forces politiques de guider la marche de la sociĂ©tĂ© tunisienne vers un avenir meilleur. Et pour l’ancien ministre, cet avenir ne peut se construire que par un dĂ©tour obligatoire  au projet bourguibien qui demeure dans ses grandes lignes d’une grande acuitĂ©. Il faut alors occuper la scĂšne politique, marquĂ©e depuis le coup d’Etat par une absence  cruelle de rĂ©fĂ©rents idĂ©ologiques en adĂ©quation avec le contexte tunisien, d’idĂ©es de Bourguiba. Plaçant le rĂ©cepteur devant l’évidence de faits, cette dĂ©marche provoque un double effet. Elle rĂ©actualise le projet d’une part, et elle engendre un processus de comparaison entre l’ancien et l’actuel prĂ©sident, d’autre part. Du coup, on se rend compte qu’un gouffre  sĂ©pare aussi bien les deux hommes que les deux projets.

Mais, dira-t-on n’est-ce pas le propre de tout discours politique ? Sans doute la communication politique est-elle par essence unilatĂ©rale. Or, ce qui caractĂ©rise cette dĂ©marche c’est qu’elle ne se veut point unilatĂ©rale. DerriĂšre la parole se profilent les images du pĂšre, du chef qui font partie du patrimoine de tous les Tunisiens. Inconsciemment, ce retour vers l’histoire s’inscrivant au niveau du binĂŽme affectif PĂšre de la nation-citoyen, renvoie Ă  l’interlocuteur l’état de dĂ©labrement politique dans lequel se trouve le pays sous le rĂšgne de Ben Ali.  Comme Bourguiba, pour la majoritĂ© des Tunisiens, inspire des sentiments mĂȘlĂ©s de manque et de gratitude, mais toujours nimbĂ©s d’amour, il reste l’objet d’un intense investissement politique. Cette identification sincĂšre du peuple Ă  son pĂšre assure du mĂȘme coup la pĂ©rennitĂ© de ses idĂ©es. Perçues comme infiniment justes et infiniment bonnes, ces idĂ©es ne sauraient ĂȘtre mises en cause, bafouĂ©es, sans crĂ©er encore un sentiment de trahison.  D’oĂč l’obligation de les dĂ©fendre contre une nouvelle entreprise d’usurpation.

 

 Cependant, cette nouvelle actualitĂ© du projet bourguibien n’est nullement le fruit du hasard. Elle est la rĂ©sultante d’un travail politique du terrain menĂ© tambour battant par Mohamed Sayah. Tel un hĂ©raut camusien, il s’est acharné  Ă  contourner tous les obstacles et Ă  surmonter toutes les tracasseries pour rendre ledit projet de nouveau accessible. ArmĂ© de sa profonde conviction, il a mis tout son savoir-faire et son intelligence politique au service de cette pĂ©rilleuse entreprise que nul ne pensait au lendemain du 7 novembre politiquement viable. Pourtant, quelques annĂ©es aprĂšs le coup d’Etat, Bourguiba a retrouvĂ© une nouvelle jeunesse et ses idĂ©es n’ont  jamais Ă©tĂ© aussi prĂ©sentes sur la scĂšne politique en Tunisie. Comme par magie l’homme manque et ses idĂ©es suintent la modernitĂ©. Et cette donne est d’autant plus honorable pour Mohamed Sayah que la dictature a mis tout en oeuvre (surveillance, menace, filature, rĂ©sidence surveillĂ©e
) afin de rĂ©duire ses mouvements et limiter ses contacts.

 

Nous sommes ainsi conduits Ă  une autre idĂ©e encore, celle de la compromission. Jusqu’oĂč peut-on aller dans le soutien des idĂ©es et des hommes sans se compromettre ? La rĂ©ponse Ă  une telle question nĂ©cessite d’abord de diffĂ©rencier le contexte dans lequel agissent les ĂȘtre et se produisent les idĂ©es
 En effet, il est beaucoup plus facile de dĂ©fendre des idĂ©es sans se compromettre dans une dĂ©mocratie que dans un rĂ©gime dictatorial. Vient, ensuite, le problĂšme de la lĂ©gitimitĂ© (morale, Ă©thique, politique
.) : peut-on dĂ©fendre sans se compromettre une idĂ©e, un projet ou mĂȘme un homme dont la lĂ©gitimitĂ© est douteuse ? C’est Ă  ce niveau qu’il faut chercher le sens et le fondement politique de l’opposition de Mohamed Sayah au rĂ©gime de Ben Ali. Il le considĂšre comme dĂ©pourvu non seulement de lĂ©galitĂ©, mais surtout de lĂ©gitimitĂ©. En effet, Ă  l’instar de MendĂšs France (luttant en 1958 contre l’installation de la VĂšme  RĂ©publique), il refuse toute lĂ©galitĂ© juridique au coup de force portĂ© Ă  l’encontre de Bourguiba par son premier ministre. En effet, ce dernier, en agissant de la sorte, fait dĂ©libĂ©rĂ©ment le choix de se mettre hors la loi. Car un premier ministre dont le rĂŽle premier et d’ĂȘtre le garant des institutions ne peut sans se compromettre les violer. En forçant son prĂ©sident au dĂ©part et surtout de cette maniĂšre, Ben Ali a agi plutĂŽt en comploteur et non en homme d’Etat digne de confiance. Par consĂ©quent, selon M. Sayah, il ne peut prĂ©tendre Ă  aucune indulgence en la matiĂšre. DĂšs lors, c’est un rĂ©gime profondĂ©ment illĂ©gal. Quant Ă  son dĂ©ficit de lĂ©gitimitĂ©, il est intiment liĂ©, aux yeux de Mohamed Sayah Ă  un dĂ©faut originel. En effet, Ă  la diffĂ©rence des rĂ©volutions populaires dont la lĂ©gitimitĂ© peut se dissocier de la lĂ©galitĂ©, les coup-d’Etats sont non seulement illĂ©gitimes, mais Ă©galement illĂ©gaux. Si on applique cette thĂ©orie Ă  la prise du pouvoir de Ben Ali, on est en face d’un cas d’école oĂč l’acte ne peut aucunement prĂ©tendre une quelconque lĂ©gitimitĂ©. RĂ©sultat, l’ADN mĂȘme de ce type d’accession au pouvoir est porteuse d’illĂ©gitimitĂ©. Outre la manipulation, le mensonge, c’est l’usurpation qui Ă©loigne encore plus, selon Mohamed Sayah, ce rĂ©gime  de la lĂ©gitimitĂ©. Comment alors peut-on sur le plan Ă©thique faire confiance Ă  un usurpateur ?

 

Mourad Zitouni

Géographe


Terrorisme

Al-QaĂŻda menace la Coupe du monde


|  RMC.fr  |  09/04/2010  Menace terroriste sur la Coupe du monde. Le groupe Al-QaĂŻda en Afrique du Nord et au Maghreb vient de menacer de faire sauter une bombe lors d’une rencontre du prochain Mondial en Afrique du Sud. « Une rencontre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne (programmĂ© le 12 juin, ndlr), diffusĂ©e en direct dans le monde entier et avec un stade rempli de spectateurs, serait une occasion parfaite. L’explosion gronderait Ă  travers la planĂšte et les cadavres se compteraient par dizaines, par centaines, si Allah le veut », pouvait-on lire dans un communiquĂ© publiĂ© sur le site jihadiste “Mushtaqun”. Outre les États-Unis et le Royaume-Uni, les Ă©quipes de France, d’Allemagne et d’Italie sont Ă©galement visĂ©es. « Tous ces pays font partie de la campagne sioniste-croisĂ©s contre l’islam », poursuit le communiquĂ© du groupe terroriste. Al-QaĂŻda avait fait peser des menaces similaires sur l’Euro 2008 et les Jeux Olympiques de PĂ©kin.
 
(Source: RMC.fr le 9 avril 2010)

RAP, R’N’B ET RAÏ. 

Maghreb United, le concert qui dérange


Deux Ă©lus UMP franciliens demandent l’interdiction du concert qu’ils jugent « provocateur ». PrĂ©vu ce soir au ZĂ©nith de Paris, ce show a Ă©tĂ© annulĂ© dans trois villes. LOUIS MOULIN | 10.04.2010, 07h00 Les quelque 7 000 spectateurs attendus ce soir au ZĂ©nith de Paris pour assister au concert Maghreb United vont-ils se retrouver face Ă  des portes closes ? C’est ce que souhaitent deux dĂ©putĂ©s UMP du Val-d’Oise, Yanick Paternotte et Claude Bodin, qui demandent l’interdiction de cet Ă©vĂ©nement rap, raĂŻ et R’n’B, le jugeant « provocateur ». Les Ă©lus de droite s’indignent des « appels Ă  la haine et Ă  la violence de pseudo-chanteurs n’ayant de cesse de bafouer et d’insulter nos valeurs nationales et tous ceux qui sont chargĂ©s de les faire respecter ». Dans le viseur des Ă©lus UMP, deux artistes en particulier : Rim’K, le rappeur du groupe 113 (de Vitry dans le Val-de-Marne), organisateur de ce concert qui rassemble une quarantaine d’artistes, et Sefyu, rappeur d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), rĂ©vĂ©lation des Victoires de la musique 2009. Les dĂ©putĂ©s pointent en particulier les chansons « Face Ă  la police », de Rim’K, et « la Vie qui va avec » de Sefyu. Aucune des deux ne figure pourtant au rĂ©pertoire de Maghreb United et le premier texte a mĂȘme plus de dix ans. DĂ©jĂ  interdit Ă  Lyon et Marseille Rim’K, tout Ă  la prĂ©paration de son concert, n’a pas souhaitĂ© s’exprimer directement, « pour faire retomber la pression », selon son entourage. Un communiquĂ© signĂ© « Rim’K management » souligne tout de mĂȘme que Maghreb United se veut « un vrai rassemblement populaire multiculturel et multigĂ©nĂ©rationnel, sans distinction d’origine ou de nationalitĂ©, dans une grande manifestation multicolore Ă  l’image de notre pays ». Le communiquĂ© prĂ©cise par ailleurs que « tous les propos que nous estimons diffamatoires feront l’objet d’une plainte en diffamation et sont Ă  l’étude par nos conseils ». Le concert Maghreb United a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© interdit Ă  Lyon (RhĂŽne-Alpes), Seyssins (IsĂšre) et Marseille (Bouches-du-RhĂŽne). Dans la citĂ© phocĂ©enne, l’annulation avait Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e Ă  la suite des pressions de Jacques Bompard, le prĂ©sident de la Ligue du Sud, un mouvement d’extrĂȘme droite. (Source: leparisien.fr le 9 avril 2010)


Thaïlande: une société bloquée


PubliĂ© le 11 avril 2010 Ă  07h42 | Mis Ă  jour Ă  07h49   Didier Lauras Agence France-Presse Bangkok Une vingtaine de morts, un Premier ministre en sursis, une division chaque jour plus profonde entre les Ă©lites et les milieux populaires: la ThaĂŻlande s’est rĂ©veillĂ©e dimanche sur un tas de ruines, aprĂšs avoir vĂ©cu les affrontements les plus violents depuis 20 ans. Le pays a observĂ© en direct samedi, sur les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, les soldats s’affronter avec les «chemises rouges», mouvement nĂ© dans les rĂ©gions rurales du nord et du nord-est du royaume, et aujourd’hui rejoint par une fraction de plus en plus importante des masses populaires de Bangkok. AprĂšs un mois de manifestations pacifiques, de plaisanteries et de sourires Ă©changĂ©s entre les deux camps, le face-Ă -face a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© pour faire au moins 19 morts et 825 blessĂ©s. Mais le conflit dĂ©passe largement l’affrontement entre l’opposition et Abhisit Vejjajiva, Premier ministre dĂ©mocrate diplĂŽmĂ© d’Oxford. Ce qui se joue, rappellent des analystes, est une fracture profonde entre la masse des dĂ©shĂ©ritĂ©s du pays et les Ă©lites de Bangkok qui gravitent autour du palais royal, des hauts fonctionnaires, magistrats, hommes d’affaires. «Cette sociĂ©tĂ© n’aborde pas les problĂšmes de fond: la justice Ă  deux vitesses, l’Ă©quilibre des pouvoirs, le rĂŽle de Bangkok et des provinces. Donc le pays n’avance pas», rĂ©sume Arnaud Leveau, directeur adjoint de l’Institut de recherche pour l’Asie du sud-est contemporaine (IRASEC). Les «rouges» rĂ©clament le retour Ă  l’ordre constitutionnel en vigueur avant le putsch militaire de 2006 qui a renversĂ© le Premier ministre Thaksin Shinawatra pour nĂ©potisme et corruption. Ils vĂ©nĂšrent l’homme d’affaires, dont la politique populiste (2001-2006) a Ă©tĂ© trĂšs favorable aux masses rurales du nord. Et ils dĂ©nient Ă  Abhisit toute crĂ©dibilitĂ©, en rappelant qu’il est arrivĂ© au pouvoir, en 2008, Ă  la faveur de dĂ©cisions de justice et d’un renversement d’alliances parlementaires. Dimanche, la ThaĂŻlande s’est rĂ©veillĂ©e dans un cul-de-sac politique. Abhisit a dĂ©jĂ  indiquĂ© qu’il ne voulait pas dĂ©missionner. L’armĂ©e sort affaiblie des affrontements, Ă  l’issue desquels elle a dĂ» faire marche arriĂšre. Et les «rouges» ont dĂ©montrĂ© qu’ils ne cĂ©deraient pas. «Le bain de sang est un rappel urgent de la nĂ©cessitĂ© de mettre fin au glissement vers l’anarchie», estimait le quotidien The Nation dans un Ă©ditorial. «MĂȘme les optimistes ne peuvent pas croire qu’un rĂ©el processus d’apaisement peut dĂ©buter dans un avenir proche». Pour Pavin Chachavalpongpun, chercheur thaĂŻlandais Ă  l’Institut des Ă©tudes sur l’Asie du sud-est de Singapour, les violences ne dĂ©signeront aucun vainqueur. «Il y a deux jours, j’aurais dit qu’Abhisit n’allait pas dĂ©missionner. Maintenant, il y a une possibilitĂ© que ses alliĂ©s le lĂąchent», estime-t-il. Le bain de sang aura aussi coĂ»ter cher aux opposants, assure le chercheur. «Ils disaient qu’ils organisaient des manifestations non violentes, et regardez ce qui s’est passé». Reste la figure du roi, 82 ans dont 64 de rĂšgne, vers lequel se sont longtemps tournĂ©s les ThaĂŻlandais lorsqu’ils Ă©taient en difficultĂ©. Mais Bhumibol Adulyadej, hospitalisĂ© depuis septembre, n’est pas intervenu publiquement au cours de cette crise. Dimanche soir, un leader «rouge» a implicitement lancĂ© un appel au monarque, immensĂ©ment rĂ©vĂ©rĂ©. «Quelqu’un va-t-il informer le roi que ses enfants ont Ă©tĂ© tuĂ©s au milieu de la route sans justice?», a proclamĂ© Jatuporn Prompan. Mais ce dernier «n’espĂšre rien en rĂ©alité», assure Pavin. «Le roi ne pourrait offrir qu’une forme de compromis et il ne veut pas de compromis (…). Jatuporn voulait juste montrer que les +rouges+ ne se battent pas contre la monarchie, mais contre les Ă©lites de Bangkok».

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