1 janvier 2007

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2415 du 01.01.2007

 archives : www.tunisnews.net


Lettre du Président Saddam Hussein au peuple iraquien La Presse : Les partis politiques et la société civile : la position de la Tunisie «sage et empreinte de dignité»

La Presse: Justice ou vengeance ?! 

Ginette Hess Skandrani : Salam Saddam

Tommaso De Francesco : Qui sont les barbares ? Pierre Vermeren: Conjurer le « mal arabe » François Burgat: « Ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne » Géostratégie: Les courants islamistes face à la question des libertés Géostratégie: Un réserviste américain qui refusait d’être envoyé en Irak tué par la police Géostratégie: Le rabbin Aryeh Cohen victime d’ostracisme


 

Lettre du Président Saddam Hussein au peuple iraquien

Saddam Hussein, 26 décembre 2006 Traduit par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice Au nom de Dieu, Le Miséricordieux, Le Tout Miséricordieux ! « Dis que rien ne nous arrivera, s’il n’est voulu par Dieu » Oh grand peuple iraquien ! Oh hommes valeureux de nos forces armées…Et vous nobles Iraquiennes ! Enfants de notre fière nation ! Et vous, hommes de foi et redoutables combattants de notre Résistance héroïque ! Me voici de nouveau sur le champ du Jihad et de la lutte, face à des épreuves plus difficiles et plus dures qu’auparavant, mais toujours animé par le même esprit auquel je vous ai habitué avant la révolution. Telle est la volonté divine ! Mes très chers, La dure et pénible situation qui est la nôtre à tous et dans laquelle se trouve le grandissime Iraq est une nouvelle épreuve dans laquelle chacun se révèle tel qu’il est réellement et se présente à Dieu et à aux hommes selon sa véritable identité, aujourd’hui et demain quand tout ne sera qu’histoire. C’est aussi la base sur laquelle se fonde tout succès pour les générations futures et sur laquelle s’affirme la volonté des hommes sincères et vient échouer celle des insignifiants. Les hommes qui ont fait appel à l’étranger contre les leurs, ont commis un acte aussi vil que le sont leurs âmes et dans notre pays il ne subsistera que ce qui est solide et durable : « L’écume s’en va au rebut, tandis que ce qui est utile aux hommes, demeure en terre » (Le Saint Coran). Oh grand peuple iraquien ! Et vous hommes de notre Oumma et de l’humanité ! Beaucoup d’entre vous ont connu l’auteur de cette lettre et ont testé sa sincérité, son honnêteté, l’intérêt qu’il porte à son peuple, sa sagesse, sa vision et sa fermeté dans le règlement des problèmes ainsi que son intégrité morale par rapport aux deniers de l’état et aux biens d’autrui. Beaucoup d’entre vous ont constaté que cet homme vit les problèmes de son peuple dans sa conscience et dans tout son être, qu’il partage la peine de ses compatriotes et ne trouve de repos que lorsqu’il aura répondu à l’attente des plus démunis d’entre eux et qu’il ait relevé le niveau des plus pauvres : un homme croyant et sincère, dont le c½ur rassemble tout son peuple et toute sa Oumma, sans distinction d’aucune sorte entre les enfants du même peuple, hormis celle qui provient du mérite dans l’accomplissement du devoir. Iraquiens ! Notre peuple et notre famille, nos nobles frères et soeurs de notre Oumma ! Vous avez tous connu votre frère et votre chef, tel que l’ont connu les siens : il n’a jamais baissé la tête devant les tyrans et les oppresseurs et demeure toujours une épée et un porte-drapeau, tel que le désirent les hommes sincères et pour enrager les oppresseurs. N’est-ce pas ainsi que vous voulez que soit votre frère, votre fils et votre chef ? Bien sûr que oui ! Saddam Hussein doit être ainsi pour que son attitude réponde à votre attente et, si à Dieu ne plaise, il avait agi autrement, il ne se serait pas reconnu lui-même. Ainsi doit être l’attitude de celui qui assume votre direction et qui se veut le drapeau de la Oumma et son modèle, après Allah notre créateur omnipotent. Me voilà offrant ma vie en sacrifice et, si Allah Le Miséricordieux l’accepte, Il fera monter mon âme où Il voudra, en compagnie des hommes sincères et des martyrs. Si par contre et selon Sa Volonté, Il surseoit à sa décision, alors nous ne sommes que ses créatures consentantes. C’est Lui qui nous a crées et à Lui nous sommes de retour et c’est à Lui que nous demandons justice et soutien contre les oppresseurs. Mes frères…Grand peuple d’Iraq… Je vous invite à demeurer fidèles aux idéaux qui ont fait de vous de vrais croyants, à être la lumière qui éclaire la civilisation et à maintenir votre pays, berceau du patriarche Abraham et d’autres prophètes, dans la fidélité aux idéaux qui vous ont toujours grandis, d’une manière incontestable et attestée, à travers l’histoire. En se sacrifiant pour la patrie et pour le peuple, en sacrifiant la vie de sa famille, grands et petits, depuis le départ, en offrant sa vie à l’Oumma et à ce grand peuple, généreux et fidèle, Saddam Hussein a continué dans cette voie, sans jamais y déroger. Malgré toutes les difficultés et les tempêtes qui ont secoué l’Iraq et moi-même, avant et après la révolution, Dieu n’a pas ôté la vie à Saddam Hussein. Si cette fois-ci, Il la Veut, cette vie n’est en fin de compte qu’une pousse à laquelle Il donna naissance et qu’Il a jusqu’ici protégée. Ce faisant, Il ennoblit une âme qui Lui est dévouée et qui accepte son sort, consentante, joyeuse et heureuse d’avoir accédé au martyr ! Patience donc, mes frères, à l’ombre de la Grandeur divine et de Sa protection et confiance dans notre créateur, notre soutien face aux oppresseurs. Et souvenez-vous surtout que c’est Dieu qui vous a faits ainsi, multiples et divers, pour témoigner et servir de modèle aux autres, par votre bienveillance, votre capacité à pardonner et votre disposition à cohabiter dans la tolérance. Souvenez-vous aussi que vous avez hérité d’un patrimoine glorieux et que cet édifice grandiose vous interpelle et vous met tous à l’épreuve. Certains d’entre vous sont restés fidèles à l’engagement envers la patrie, d’autres par contre, ont rejoint les dirigeants perses rancuniers, héritiers de la haine des Sassanides et d’autres encore ont trahi les leurs et leurs voisins et se sont retrouvés dans les rangs des forces de l’Otan, manipulées par l’ennemi sioniste qui a poussé la Maison blanche à commettre contre notre pays, une agression qui n’a rien à voir avec les valeurs humaines. Souvenez-vous que ce que vous avez construit et édifié, vous l’avez fait sans haine ni animosité, mais au contraire sur la base de l’amitié, de la paix et de la foi. C’est pour cette raison que vous avez pu jouir, si longtemps et jusqu’à un passé récent, de la sécurité et de la dignité sous les couleurs de votre patrie et principalement depuis la glorieuse révolution de juillet 1968. Patriotes et citoyens baignant dans la fraternité, vous avez réalisé la victoire dans les domaines de l’édification nationale et aussi sur les champs de bataille, sous les couleurs du glorieux Iraq. Vos ennemis, les envahisseurs et les Perses, ont réalisé que votre unité barrait la route à leur hégémonie et à leur volonté de faire de vous des esclaves. C’est ainsi qu’ils ont planté le clou de la haine et semé les graines de la discorde parmi vous, ce à quoi ont adhéré certains étrangers, porteurs néanmoins de la nationalité iraquienne, disciples de l’école des rancoeurs. Ils ont cru ainsi atteindre les patriotes sincères et affaiblir leur volonté de continuer ensemble, dans la même voie et sous la bannière de Allahou Akbar, bannière du peuple et de la patrie. Mes frères, combattants et moujahiddine ! C’est à ceci que je vous invite maintenant. Je vous conjure de ne point laisser de place à la haine dans vos c½urs. La haine s’oppose à l’équité et empêche de rendre la justice. Elle aveugle les yeux et l’esprit, empêche la réflexion et interdit aux gens d’éviter les solutions extrêmes et de choisir la bonne et juste voie. La haine vous empêche de vous rendre compte des changements s’opérant chez ceux-là même qui se sont écartés de la voie juste, celle de notre peuple glorieux et de notre Oumma. Je vous invite aussi, mes frères et mes soeurs, mes enfants et ceux de l’Iraq, mes frères de combat, de ne point porter de haine contre les peuples des ةétats qui nous ont agressés et de distinguer entre les hommes du pouvoir et les peuples. Certes, il faut condamner leur action et s’il faut combattre et lutter contre leurs méfaits, il ne faut pas les haïr en tant qu’hommes. Et si certains d’entre eux, à l’intérieur de l’Iraq ou à l’étranger, font amende honorable, alors il faut leur pardonner et ouvrir avec eux une nouvelle page, parce que Allah est Clément et aime les gens cléments. La fermeté est de règle, chaque fois que cela est nécessaire, mais pour qu’elle soit acceptée par le peuple et la nation, elle doit être exercée sur la base de la loi, juste et équitable et non sur la base des rancunes et des ambitions injustifiées. Sachez mes frères qu’il y a, dans les nations qui nous ont agressés, des gens qui soutiennent votre combat contre les envahisseurs et certains se sont portés volontaires pour défendre les prisonniers, entre autres Saddam Hussein. D’autres ont tout fait pour dévoiler au monde les scandales des agresseurs et les ont dénoncés. Certains d’entre eux pleuraient à chaudes larmes et dignement quand est venu le moment de nous quitter, son devoir accompli. C’est à cela que je vous invite : à demeurer un peuple uni, digne de confiance, amical avec la Oumma et l’humanité entière, honnête avec soi et les autres ! Saddam Hussein Président de la République et Commandant en chef des forces armées combattantes. Signé par lui-même N.B J’ai écrit cette lettre suite à ce que m’ont rapporté les avocats que « le prétendu tribunal pour les grands crimes » que les envahisseurs ont crée, ainsi que le gouvernement, allaient donner à ceux qu’ils appellent « les accusés », l’occasion d’une prétendue dernière déclaration. Mais ce tribunal infâme, ainsi que son président Raouf, ne nous ont pas donné l’occasion de faire cette dernière déclaration. Il a prononcé son verdict sans même les attendus et a simplement lu, en notre présence, l’acte d’accusation, conformément aux ordres des envahisseurs. C’est ce dont j’ai voulu informer notre peuple, notre Oumma et l’opinion publique. Signé Saddam Hussein NdT : le texte se termine par un poème qu’il n’a pas été possible de traduire pour l’instant. ************ Original : www.albasrah.net Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp ?reference=1813&lg=fr  

HONTE AU BOURREAU !

Que Saddam fut un tyran ? Ce n’est ni un scoop, ni un événement. Que Saddam méritait la potence ? C’est à l’Histoire de briser le silence. Mais que Saddam soit exécuté le jour de l’Aïd, c’est une insulte aux Musulmans, et c’est sordide ! Enfin, s’il y a un doute, il est levé : Bush est un vrai boucher !  Fathi EL MOULDI (Source : « Le Temps » (Tunisie), le 1er Janvier 2007)  


Après l’exécution de l’ancien président irakien le jour de l’Aïd El Idha, jour de fête religieuse sacrée

Les partis politiques et la société civile : la position de la Tunisie «sage et empreinte de dignité»

La Presse – En ces moments difficiles que traverse le peuple irakien après l’exécution de la sentence capitale contre l’ancien président Saddam Hussein, le jour même de la célébration de l’Aïd El Idha, la Tunisie s’est distinguée, comme à l’accoutumée, par une prise de position, à la fois, claire, pertinente, constructive et empreinte de dignité. En effet, avec une grande célérité, le ministère des Affaires étrangères a rendu public, quelques heures après le triste événement, un communiqué dans lequel « la Tunisie exprime son profond regret que cette exécution ait eu lieu le jour de l’Aïd El Idha et considère que l’application de cette sentence en ce jour est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans au moment où ils célèbrent cette fête religieuse sacrée. » Réagissant à cette prise de position, les représentants des partis politiques et de la société civile ont salué la sagesse de cette position qui se caractérise par son sens positif et constructif et qui est empreinte de dignité et de sens éthique. Tout en exprimant leur appui total aux propos contenus dans le communiqué officiel, les acteurs de la vie nationale mettent en exergue leur adhésion aux principes et aux valeurs exprimés par la position officielle quant à la nécessité de respecter les sentiments et les spécificités des peuples musulmans. Les intervenants ont tenu à se féliciter, par ailleurs, de l’approche, prônée par le Président Zine El Abidine Ben Ali, consistant à dépasser les éventuels clivages et à regarder résolument vers l’avenir. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’appel de la Tunisie à « préserver l’unité, l’intégrité et la stabilité de l’Irak, tout en formulant l’espoir que ce nouveau drame n’entraîne pas une escalade de la tension et de la violence et que le peuple irakien frère parviendra à réaliser la réconciliation nationale ». Les mêmes intervenants trouvent que la position tunisienne est survenue à point nommé pour répondre aux attentes de l’opinion publique aussi bien en Tunisie que dans les pays arabes en général. N.H. Me Abdelwahab El Béhi, membre de la Chambre des Conseillers, ancien bâtonnier et militant des droits de l’homme : « Sage et pertinente » « L’exécution de la sentence contre l’ancien président irakien Saddam Hussein est une agression non seulement contre l’ordre public juridique, mais également et surtout contre l’ordre public moral. Et de ce point de vue, la position officielle de la Tunisie est, à la fois, pertinente, sage et positive. Elle répond aux attentes de l’opinion publique tunisienne et arabe dans la mesure où elle s’élève contre un timing inadéquat pour l’exécution de la peine capitale. En effet, le fait d’exécuter la pendaison contre un musulman dans un pays musulman lors d’une fête religieuse musulmane sacrée est une atteinte délibérée aux sentiments des musulmans. C’est une honte pour ceux qui l’ont commise et une humiliation pour les peuples arabo-musulmans. Et je suis persuadé que des musulmans ne prendraient pas une décision pareille qui aurait été, probablement, dictée par des forces étrangères. Nonobstant le cadre juridique du procès et de la sentence, il y a lieu de souligner que l’exécution de la sentence ne revêtait aucun caractère urgent. Elle ne peut que contribuer, malheureusement, à davantage de déstabilisation de l’Irak. Et c’est ainsi qu’on apprécie la sagesse de la position tunisienne à sa juste valeur dans le sens où elle prône la réconciliation nationale, l’entente et la concorde en Irak. » M. Mondher Thabet, S. G du Parti social libéral (PSL) : « Dans la droite lignée d’une tradition instaurée par le Président Ben Ali » « Le communiqué rendu public hier par le ministère des Affaires étrangères résume et condense les sentiments d’amertume et de regrets vécus par les Tunisiens le jour de l’Aïd et s’inscrit dans la droite lignée d’une tradition instaurée par le Président Zine El Abidine Ben Ali depuis le 7 novembre 1987. Cette tradition fait le métissage entre l’éthique et le politique. A maintes reprises, le Président Ben Ali a insisté sur le fait que la morale devrait guider tout acte politique et que toute politique qui se dispenserait de l’impératif moral relèverait de la barbarie. L’exécution hâtive de l’ex-président irakien Saddam Hussein, le jour de l’Aïd El Idha, relève de cette politique longtemps stigmatisée par le Président de la République. La Tunisie, qui a déploré officiellement cette exécution, exprime par là même l’amertume des peuples arabes pour la situation chaotique qui prévaut actuellement en Irak. Le Parti social libéral appelle la Ligue des Etats arabes et les gouvernement du monde arabe à se mobiliser pour prendre part au règlement du conflit irakien et œuvrer énergiquement à l’arrêt du génocide perpétré contre des citoyens innocents. La situation est grave et la sécurité arabe est gravement menacée. Le Président Ben Ali a, toujours, exprimé son adhésion à une œuvre politique réaliste pour appuyer et défendre les intérêts spécifiques de la nation arabe. » M. Mongi Khammassi, S.G. du Parti des verts pour le progrès (PVP) : « Une position ferme et digne » « Le Parti des verts pour le progrès ne peut qu’exprimer sa profonde indignation face au timing d’exécution de Saddam Hussein qui a eu lieu à l’aube d’un jour de fête sacrée pour toute la nation arabe et musulmane. Le PVP a relevé, également, avec satisfaction le profond regret exprimé par la position ferme et digne de la Tunisie dans un communiqué rendu public le jour même de la douloureuse exécution et qui a considéré l’application de cette sentence en ce jour comme une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée. Le PVP s’indigne que la sentence ait eu lieu au moment où l’Irak est encore occupé, renforçant par là même la thèse de la politisation du procès et du jugement émis contre Saddam. Le PVP s’indigne, aussi, que l’humanité ait accueilli, à la veille de l’année 2007, cette exécution avec indifférence et que les démocraties occidentales tolèrent la peine capitale par pendaison, une pratique condamnée, prohibée et bannie dans plus d’un pays depuis plus d’une décennie. Le PVP appelle, incessamment, chiites et sunnites à dépasser les clivages internes et à instaurer un climat de réconciliation pour concrétiser l’unité nationale. Saddam pendu, l’Irak, lui survit et survivra. Nous le souhaitons. » Hichem El Hajji, député et membre du Bureau politique du Parti de l’unité populaire (PUP) « Conforme aux attentes de l’opinion publique » « Nous considérons que la position officielle de la Tunisie exprime les sentiments d’indignation de tout le peuple tunisien suite à la pendaison de l’ancien président irakien en ce jour de fête religieuse des musulmans. Cette position s’inscrit dans le même ordre des principes prônés par le Président Zine El Abidine Ben Ali chaque fois qu’il s’est agi des causes arabes et chaque fois qu’il s’est agi du sacro-saint droit à la vie. Il s’agit, aussi, d’un message clair pour souligner que la violence ne peut générer que la violence, compliquer davantage les situations et constituer une entrave supplémentaire à la concorde et au dialogue entre les peuples et les civilisations. Nous sommes tous conscients que l’approche du Président de la République est fondée sur la sérénité dans les relations internationales loin de toute violence qui suscite l’extrémisme et le terrorisme. D’où la nécessité d’opter pour le dialogue, la négociation et le respect des spécificités des peuples afin de dépasser les divergences et d’imposer la légalité internationale. Nous tenons à mettre en exergue la clarté des termes du communiqué officiel tunisien qui répond aux attentes de l’opinion publique, non seulement sur le plan national, mais arabe aussi. » M. Laroussi Nalouti, député, membre du BP du Mouvement des démocrates socialistes (MDS) : « Positive et constructive » « La position officielle de la Tunisie est positive à l’instar de ses positions lors des grands événements internationaux. C’est une position pertinente dans le sens où elle s’élève contre le fait d’avoir procédé à l’exécution de l’ancien président irakien en ce jour de fête sacrée pour les musulmans qui, au contraire, observaient une trêve en pareille période. La position tunisienne a été prise avec la célérité requise pour être en conformité avec les sentiments d’indignation de l’opinion publique dans notre pays. Elle s’est illustrée par sa sagesse et son aspect constructif en se projetant dans l’avenir et en émettant le vœu que cet épisode n’entame pas davantage l’unité du peuple irakien qui devrait bannir tout ce qui est de nature à attiser les velléités interconfessionnelles. Il ne faut pas, justement, tomber dans le piège tendu par cette exécution en ce jour d’Aïd qui vise probablement l’exacerbation des rancœurs. » M. Thameur Idriss, député et membre du BP d’Ettajdid « Conforme à l’approche tunisienne bannissant la violence et les rancœurs » « La pendaison de l’ancien président irakien Saddam Hussein est un événement et un nouveau crime commis contre l’Irak. Et l’exécution de la sentence le jour-même de l’Aïd El-Idha est une volonté délibérée de la part de l’administration américaine d’humilier toute la nation arabe et musulmane, à savoir près d’un milliard 300 millions de personnes. Et c’est une grande honte. Et la position tunisienne est survenue à temps pour répondre aux attentes de l’opinion publique. Elle est conforme à l’approche tunisienne qui bannit la violence et les rancœurs d’où l’indignation dans la position officielle quant à l’exécution de la sentence en un jour de fête religieuse sacrée prônant la concorde et la réconciliation. C’est une exécution contraire à toute éthique morale ». M. Ahmed Ghandour, député et membre du BP de l’Union démocratique unioniste (UDU) « Appui total à la position de la Tunisie » « La position de la Tunisie entre dans le cadre de sa démarche en de pareilles circonstances. Une démarche qui n’a jamais admis, n’admet pas et n’admettra point que la nation arabe et musulmane soit humiliée. Car l’exécution de la sentence capitale contre l’ancien président irakien est un acte d’humiliation qui survient en ce jour de fête sacrée pour tous les musulmans. Notre parti appuie totalement la position tunisienne qui s’inscrit dans le cadre du respect des droits de l’homme dans leur dimension globale. » Propos recueillis par Noureddine HLAOUI (Source : « La Presse » (Tunisie), le 1er Janvier 2007)

Justice ou vengeance ?!

Par Noureddine HLAOUI On épiloguera longtemps sur la pendaison de l’ex-président irakien Saddam Hussein. On épiloguera, certes, sur le timing, — à savoir le choix délibéré du jour de l’Aïd El Idha pour l’exécution de la sentence —, mais on polémiquera, surtout, sur les circonstances du procès depuis son début jusqu’à son « in-achèvement » en procédant à l’exécution de l’ancien raïs. En effet, dès le départ, le dossier du jugement de Saddam était entaché de multiples irrégularités. A commencer par la situation chaotique régnant en Irak, un pays où il n’y a aucune autorité ni politique ni, encore moins, sécuritaire dignes de ce nom. Un pays où, malgré la présence de 140 000 soldats américains et britanniques, ce sont les insurgés qui font la loi, entraînant, quotidiennement, des morts et des blessés par centaines dont l’écrasante majorité est à déplorer parmi la population irakienne. D’ailleurs, le procès s’est déroulé dans une atmosphère de peur et de terreur. Des avocats de la défense tués, des juges démissionnés, des témoins parfois douteux … Bref, il n’y avait aucune garantie ni transparence pour un déroulement normal et équitable durant les différentes péripéties du jugement. Pourquoi avoir commencé la série des procès, prévus et programmés, par l’affaire de Doujail ? Pourquoi avoir interrompu le second procès pour en finir avec la personne de Saddam ? Qui a intérêt à couper court et d’une manière aussi brutale la suite des autres dossiers ? Pourquoi dire qu’il s’agit d’une décision souveraine irakienne alors que tout le monde sait que l’Irak est sous tutelle américaine? Pourquoi avoir fait assister à l’exécution un ou deux témoins seulement parmi les proches des victimes de Doujail ? Et les proches des autres victimes dans d’autres affaires telle la tristement célèbre Halabja ? Autant de point d’interrogations et bien d’autres zones d’ombre persistent et persisteront encore sur ce drame qui s’ajoute aux multiples tragédies endurées par le peuple irakien. Ce peuple appelé à affronter des jours encore plus sombres, selon les estimations les plus optimistes. Et les deux attentats, commis juste après l’annonce de la pendaison et ayant fait plusieurs dizaines de tués, risquent d’être un amer avant-goût des jours à venir … Pour toutes ces considérations, l’exécution rapide, voire sommaire de Saddam Hussein, plus particulièrement un jour d’Aïd, afin d’en faire « une double fête », prend les allures d’une véritable vengeance plutôt que l’aboutissement d’un cheminement judiciaire normal et équitable. Les scènes de joie montrées à Bagdad et dans d’autres villes irakiennes, les déclarations de satisfaction exprimées par des personnalités et les populations chiites sont des faits réels et tangibles conférant à cette pendaison des relents de « vendetta ». La colère exprimée par les uns et la joie manifestée par les autres ne laissent rien présager de bon. Au contraire, tout porte à croire que le cercle vicieux de la violence ira crescendo. D’ailleurs, Washington n’a pas caché son appréhension quant aux incertitudes et autres inquiétudes pesant sur le proche avenir de l’Irak. On craint, en effet, la plongée du pays du Tigre et de l’Euphrate dans une guerre civile à connotation confessionnelle entre sunnites et chiites. Ce serait le pire scénario qui puisse arriver à ce pays. Un scénario qu’on s’efforce, depuis quelque temps déjà, à éviter. L’autre fait saillant à relever réside dans ces déclarations, de satisfaction ou d’indifférence, enregistrées un peu partout à travers le monde. Si Washington et Londres approuvent, Paris prend, simplement, acte, Téhéran parle de « victoire des Irakiens » et la plupart des autres capitales « respectent la décision d’un Etat souverain ». Heureusement qu’il y a eu la Suède pour souligner « que la peine de mort à l’encontre de Saddam Hussein est regrettable. Cela est d’autant plus regrettable qu’elle signifie que la procédure judiciaire (engagée) contre lui ne peut pas être menée à terme ». La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a abondé dans le même sens en indiquant qu’au-delà de la condamnation absolue de la peine de mort, « l’exécution hâtive » hier de l’ancien président irakien « prive les Irakiens et le monde entier d’un procès global » qui aurait permis de mettre en lumière les complicités occidentales dont il a joui. Ces positions du monde occidental ne font que confirmer que c’est un monde qui n’a de principes que ses intérêts. Sinon comment expliquer que ni l’Europe ni les Etats-Unis n’ont bougé le petit doigt à l’encontre du dictateur chilien Augusto Pinochet. Ce dernier, qui a exécuté des milliers de civils innocents rassemblés dans un stade, n’a jamais eu de procès et a pu se la couler douce jusqu’à la fin de ses jours. Encore une triste et malheureuse illustration de la pratique des deux poids, deux mesures, érigée, désormais, en règle absolue dans l’approche des divers dossiers par les pays du monde occidental. Une pratique qui ne fait qu’exacerber les frustrations de ceux qui y en sont victimes et qui sont toujours les mêmes … N.H. (Source : « La Presse » (Tunisie), le 1er Janvier 2007)


Basta !

Journal de marche zapatiste

publié par l’Alliance zapatiste de libération sociale fondée à Paris en mars 1995

Justice, liberté, démocratie pour tous et partout !

 

lundi 1 janvier 2007

 

Salam Saddam

 

par Ginette Hess Skandrani

Présidente de l’AZLS

 

Tu as été pendu comme un vulgaire voleur et de surcroît le premier jour de l’Aïd el Kebir pour les Musulmans et en cette fin d’année 2006 pour les Chrétiens. Ont – ils voulu, les bandits qui t’ont exécuté comme un vulgaire voleur, après un honteux procès colonial et leurs commanditaires haineux, donner une leçon aux Musulmans et aux populations arabes dans le monde entier ?

 

Ont-ils voulu, ceux qui sont responsables de la destruction d’un pays issu d’une civilisation prestigieuse, du massacre et de la mort programmée par un embargo criminel de centaines de milliers

d’Irakiens, toutes tendances confondues, achever leur sinistre besogne ?

 

En leur disant : « Regardez ce que nous faisons avec ceux qui ne s’alignent pas sur les  » valeurs occidentales, les seules qui sont humaines  » ? Nous pouvons tout faire y compris pendre le président

des Irakiens. Continuez à ramper, faites ce que les maîtres programment pour vous, continuez à réprimer ceux qui vous échappent chez vous et aplatissez vous devant  » cet ordre mondial colonial « .

 

Car, tu si tu as résisté à l’impérialisme sioniste, malheureusement bien trop tard, après avoir entraîné ton peuple dans des guerres commanditées ou programmées par eux, nous ne pourrons pas l’oublier.

 

Tu as été leur jouet pendant de nombreuses années, souvent contre ton propre peuple, tu as laminé toutes les oppositions à ton pouvoir, tu as été, comme tous les dirigeants de cette partie du monde. un

dictateur manipulé et protégé par l’Occident.Il est vrai que tu n’as pas plié sur le sionisme, tu as toujours continué à soutenir les Palestiniens et refusé de reconnaître l’État qui a usurpé la terre des

Palestiniens.

 

Tu as également été pendu un jour de Shabbat, a-t-on voulu te punir pour les quelques malheureux Scuds que tu as fait expédier sur Tel Aviv lors de la guerre du Golfe ?Qui sait ?

 

En tous les cas nous devons reconnaître que tu es mort dignement le jour du sacrifice d’Abraham.Et ceux qui t’ont exécuté ont raté leur coup : de dictateur tu es passé au rang de martyr de la cause arabe.

 

Salam Saddam


Qui sont les barbares ?

ParTommaso De Francesco (*)

 

« L’auteur tragique George W. Bush met en scène dans le théâtre du monde la condamnation à mort du tyran Saddam Hussein avec la scène matrice de la pendaison, qui peut être mise en ondes dans les prochaines heures. C’est une tragédie grecque. On en est au tyran qui tue le tyran, et non, bien sûr, au « peuple » tyrannicide ou à quelque justice supérieure. Nous qui sommes contre la peine de mort, à propos de démocratie américaine exportée par les armes, nous qui avons été contre la guerre inventée et injuste contre l’Irak, après dix ans de sanctions criminelles contre ce peuple, nous devons dire haut et fort : sauvez le tyran. Pour trois bonnes raisons au moins.

 

Parce que le procès ne constitue pas une avancée de la justice internationale, mais réduit le droit international à un torchon. Parce que la sentence n’aide pas à approfondir le rôle réel du régime de Saddam Hussein mais au contraire annule la vérité historique. Et enfin parce que la peine de mort pour le raïs n’est pas un pas en avant vers la pacification de l’Irak, mais une descente aux enfers de la guerre civile. Le procès a été une farce dès le début, quand il est devenu la seule justification d’une une guerre autrement désastreuse. Où les « termes procéduraux » ont pour le moins chancelé de façon répétée.

 

A la place d’une justice internationale, où le monde aurait jugé les nombreux méfaits de Saddam Hussein, nous avons vu à l’œuvre d’abord les troupes d’occupation qui l’ont capturé, puis une cour unilatérale qui a fait le reste. De véritable défense, il n’y en a jamais eue : les avocats de Saddam Hussein ont été l’objet d’intimidations, ont subi des attentats, quand ils n’ont pas été assassinés. Souvenons-nous que ce procès s’est déroulé à partir de 2005, l’année qui a marqué le début de la fin pour le sort des troupes occupantes anglo-étasuniennes, et pour la violence endémique en Irak. On pouvait juger Saddam Hussein différemment, à travers une cour internationale des Nations Unies, éventuellement à La Haye. Mais les Etats-Unis qui aiment les procès théâtraux, méprisent par contre le Tribunal pénal international. Et même, tout simplement, ne le reconnaissent pas.

 

Ainsi la sentence de mort, maintenant confirmée et définitive, apparaît comme une cérémonie hâtive et formelle, cérémonie pour mettre une fois pour toutes une pierre sur l’histoire du régime de Saddam Hussein et ses connivences connexes étasuniennes. Parce que ce régime n’aurait jamais prospéré sans le soutien des Etats-Unis qui, à l’époque des crimes imputés à Saddam – l’exécution de 140 chiites à Dujail, le massacre de milliers de kurdes- étaient les premiers alliés du raïs de Bagdad. La vérité c’est qu’il y a au moins un siège vide sur le banc des accusés à côté du tyran : celui de Georges W. Bush et de sa famille pétrolière.

 

Nous ne parlons ni d’Abu Ghraib ni des 650.000 morts irakiens, selon des estimations récentes et officielles étasuniennes, qui prouvent une responsabilité criminelle autant si ce n’est plus grande que celle attribuée au tyran irakien. Non, nous parlons vraiment des chefs d’inculpation pour lesquels Saddam Hussein sera probablement pendu, qui voient comme complices et mandants justement les Administrations étasuniennes.

 

Qui, de fait, si ce n’est l’administration Reagan envoya chez Saddam Hussein, en 1983, le diplomate Donald Rumsfeld, qui ensuite allait devenir ministre de la défense, pour apporter des armes et des systèmes logistiques pour engager l’Irak dans une guerre épuisante contre le terrible Iran des ayatollahs ? N’était-il pas sous-entendu et explicite, comme le révéla April Glaspie l’ambassadrice étasunienne à Bagdad, immédiatement défenestrée après ses déclarations, qu’après l’engagement anti-iranien, qui avait coûté des millions de morts, il y avait une certaine « légitimité » dans la prétention irakienne sur la « province du Koweït » ? Qui, si ce n’est des entreprises d’armement étasuniennes et européennes, fournît des armes létales de destruction massives, des gaz et des armes chimiques, pendant cette période, au tyran irakien ?

 

Au point qu’ensuite, dans les années 91, les services secrets étasuniens récupérèrent les installations fournies en les démantelant au nom de l’Onu ? Qui si ce n’est Bush père, quand les sociétés pétrolières Us devinrent les principaux acquéreurs du pétrole irakien, empêcha en 1988, dans un de ses premiers actes publics, par un veto, les sanctions du Congrès Us contre l’Irak pour usage des gaz à Halabja ? Qui, si ce n’est Bush père, arrêta l’invasion de l’Irak en 1991 devant les marais de Bassora, préférant garder Saddam Hussein (« notre fils de pute ») plutôt que les infidèles chiites pro-iraniens qui, à l’époque, s’étaient insurgé, sûrs du soutien étasunien ?

Enfin, sur le destin du corps de Saddam Hussein se joue le résidu de possibilité de pacifier l’Irak désormais engouffré dans une guerre civile pour la partition du pays qui fait plus de cent morts par jour. Pendant que les chiites exultent, les sunnites couvent une rancœur à venir et vont grossir les rangs des insurgés. Et Al Qaeda, ennemi juré du régime séculaire du raïs, exulte. Et le président irakien, le kurde Talabani, voudrait le garder en vie pour que justice soit faite, mais pour les crimes contre les kurdes. Quand la sentence de mort sera exécutée et que Saddam sera promu au rang de «martyre », le sillon creusé dans les âmes du peuple irakien sera plus profond qu’une blessure mortelle. »

 

(*) Edition de jeudi 28 décembre 2006 du journal italien « il manifesto »

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

CAPJPO-EuroPalestine

 

(Source : le site oumma.com (France), le 31 décembre 2006)

Lien : http://oumma.com/spip.php?article2301


Après l’échec dramatique de la « démocratie » en Irak, reste l’expérience marocaine. Conjurer le « mal arabe »

 

Par Pierre VERMEREN (*) Le constat d’échec américain en Irak, que dressent les électeurs et les parlementaires de ce pays, est considéré en Europe comme un retour au réel. « On vous l’avait bien dit ! » Du point de vue des sociétés « arabes », ce constat d’échec est une forte revanche symbolique, après l’humiliante chute de Bagdad en 2003. Toutefois, le présent et le devenir de l’Irak, sa balkanisation sanglante, religieuse et tribale, sont catastrophiques pour ce pays, mais aussi pour toute la région. La vingtaine de pays membres de la Ligue arabe constitue la seule grande région du monde totalement privée de régimes démocratiques. Depuis les années 80, les régimes arabes théocratiques et militaires sont contestés par l’islamisme politique. Jusqu’à la fin des années 90, la monarchie marocaine a préservé l’illusion d’une opposition interne nationaliste et social-démocrate. Jusqu’en 2003, les observateurs les moins attentifs imaginaient que l’Irak de Saddam Hussein était laïc. La Tunisie, l’Egypte ou la Jordanie donnaient encore des espoirs de démocratisation. Ces illusions sont aujourd’hui ruinées. Partout, les peuples arabes (ou présumés tels) vivent sous la double tutelle d’un régime autoritaire, et d’une opposition islamiste, entre l’enclume et le marteau. C’est d’un côté le « mal arabe », décrit par l’avocat tunisien Moncef Marzouki, de l’autre la « malédiction », dépeinte par feu le romancier algérien Rachid Mimouni. Au moment où les dictatures se durcissent face à la violence croissante du radicalisme islamiste et au glissement inexorable des populations urbaines paupérisées vers l’islamisme politique, deux expériences politiques ont tenté d’endiguer ce flot montant. En dehors du Liban si fragilisé, il s’agit du Maroc, soutenu par la France, et de l’Irak, à la manière des Américains. Depuis plus de dix ans, la monarchie marocaine tente de s’extraire de la double menace qui pèse à la fois sur elle et la société marocaine, un islamisme politique omniprésent, et une armée affairiste décidée à maintenir coûte que coûte l’ordre qui la sert. Non sans mal, on s’achemine vers des élections législatives difficiles en 2007, qui doivent prolonger le processus en cours. A l’autre extrémité du monde arabe, l’« importation » armée de la démocratie en Irak a échoué, au moins à échelle de cinq ou dix ans. L’échec patent de cette utopie politique est lourd de menaces pour les peuples arabes. Les promoteurs de la guerre d’Irak avaient imaginé que le renversement du pire dictateur de la région serait l’amorce de sa démocratisation. Le raisonnement était simple : les masses arabes sont islamistes car l’islamisme est le seul moyen de s’opposer aux dictatures, que seul peut faire trembler le nom de Dieu. La chute du dictateur doit apaiser les rapports sociaux et faire retomber la tension politico-religieuse. C’était compter sans les effets dévastateurs de la dictature, couplés aux dissensions ethniques et confessionnelles du Proche-Orient. Le bilan est dramatique. 1. Les sceptiques, quant à la capacité des sociétés arabes à se démocratiser, voient leurs doutes confortés. 2. Les cyniques, qui considèrent que seule la force peut réguler les « sociétés arabes », voient confortés leurs préjugés naturalistes. 3. Les naïfs, appelant de leur voeu une laïcité arabe, et les utopiques, persuadés que la chute du dictateur apporte la paix sociale, sont prêts à renoncer à tout espoir. « Qu’ils se débrouillent! » 4. Les régimes arabes autoritaires, engagés depuis des décennies dans une répression politique ininterrompue (souvent dans le cadre légal de l’Etat de siège), voient leurs positions politiques légitimées. « C’est nous ou le chaos ! » 5. Les militants arabes de la démocratie, qu’ils soient républicains, socialistes, libéraux ou islamistes, voient s’envoler leurs espoirs de sollicitude et de libéralisation. « Il ne reste que l’exil ! » Car sans un appui extérieur, il n’y a presque aucune chance que les peuples arabes échappent à l’engrenage qui les broie depuis si longtemps. Cette dramatique situation nous ramène à l’Afrique du Nord et au Maroc. Le Maghreb n’est pas le Proche-Orient. Sa société est religieusement homogène. La colonisation et les Etats indépendants ont détribalisé le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Nulle part ailleurs dans le monde arabe, la proximité et les échanges avec l’Occident latin ne sont aussi intenses (langue, télévision, immigrés, touristes, modes…) En Algérie, et plus encore au Maroc, les Berbères sont davantage un élément d’ordre et de stabilité que de scission. Ce tableau n’empêche ni la contagion islamiste, ni l’autoritarisme, ni même la violence politique à grande échelle (Algérie des années 90), car ici comme ailleurs, militaires « conservateurs » et islamistes « révolutionnaires » se font face. Mais les préalables à la transformation des sociétés maghrébines sont plus encourageants qu’ailleurs. La Tunisie (1987-1991) et l’Algérie (1988-1991) ont connu à leurs manières des « printemps démocratiques », qui ont hélas échoué. Depuis le milieu des années 90, le Maroc a pris le relais en s’engageant dans une expérience de libéralisation politique très progressive. Sans naïveté ni démagogie, il y a lieu de favoriser l’évolution politique de ce pays, qui, en dépit des inquiétudes qu’il inspire, est un des rares exemples d’évolution politique dans la région. Si le Maroc bouge, la société algérienne se dépêchera de le rattraper. Ni le découragement, ni le cynisme, ni le messianisme ne porteront l’avenir de la région. Face à l’assourdissante souffrance des peuples arabes « humiliés », toute régression serait périlleuse. Le monde « arabe » devant passer en trente ans de 300 à 450 millions d’habitants, on voit mal comment les régions voisines pourraient échapper à ses troubles. Si le « mal arabe » devenait vraiment une « malédiction », qui pourrait l’ignorer autour de la mare nostrum ? (*) Pierre Vermeren est maître de conférence en histoire du Maghreb contemporain à Paris-I. Auteur de « Maghreb, la démocratie impossible » ? Fayard, 2004. (Source : « Libération » (France), le 28 décembre 2006) Lien : www.liberation.com

« Ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne »

Par François Burgat  « Quand il s’agit de décrire la crise profonde qui secoue le monde musulman en général et les pays arabes en particulier, les feux des projecteurs occidentaux sont systématiquement dirigés sur la mise en évidence des défauts de nos structures intérieures » relève très lucidement le sociologue tunisien Aziz Krichen (1) . « Ces carences sont rapportées à des déterminismes enfouis dans la longue durée, et présentées comme le résultat logique nécessaire d’une histoire et d’une culture qui nous seraient propres. Lorsque de telles problématiques sont reprises et relayées par des acteurs autochtones, on peut constater que ces derniers sont fortement encouragés, soutenus, applaudis et reconnus. On les publie, on les « médiatise », on les invite, on les récompense : ils font le travail à votre place ». En matière d’information, le « service public des uns » a en France deux façons de faire taire les autres. La première est d’interdire de facto de micro ou de plateaux toute une partie du tissu intellectuel national. La seconde, plus sophistiquée, et plus dangereuse pour le « vivre ensemble », a de profondes racines coloniales : faire taire l’autre c’est bien, parler à sa place c’est mieux encore ! Sur le « service public des uns », la voix des autres doit ainsi respecter une sorte de cahier des charges. Une émission sur l’Islam permet généralement, dans une première partie, de vanter sans restriction la grandeur, la noblesse et l’inventivité des musulmans… qui ont quitté ce monde. La seconde se doit en revanche de dénoncer les humeurs protestataires et le goût intempestif de la violence de l’immense majorité… de ces intégristes qui leur ont succédé. La conclusion conduit le plus souvent le « savant musulman » du jour à laisser entendre que, ma foi, si tous étaient aussi polis que lui ou si c’était à lui qu’était confiée l’éducation de ces empêcheurs de moderniser en rond, de Gaza jusque dans nos banlieues, le calme serait vite revenu. Depuis le « psychanalyste musulman » qui a découvert (et qui le lui reprocherait !) tout le plaisir qu’il a à ne plus l’être, jusqu’au converti de fraîche date qui vient avec entrain, du haut de son soufisme tout neuf (ah… le bon soufisme !), pourfendre si opportunément la résistance du Hamas et du Hezbollah, sans oublier bien sûr la banlieusarde qui refuse d’être « soumise », l’imam adoubé par les généraux d’outre méditerranée, le roi de la caméra cachée régulièrement « infiltré chez les terroristes », le spécialiste des pathologies de la pensée musulmane et, de l’extrême droite chrétienne à l’extrême gauche marxiste, toute la cohorte des perdants récents de la politique arabe, venus sur le ton de l’expertise nous dire combien nous avons raison de penser tout ce mal de « nos ennemis communs », la palette sans cesse renouvelée des médiateurs « islamiquement corrects » de l’autre musulman s’enrichit et se renouvelle à l’infini. Chacune et chacun de ces hérauts de nos « autres » a bien évidement son charme, sa respectabilité et sa légitimité. Le problème est que leur fortune médiatique est trop souvent inversement proportionnelle à leur ancrage dans la population qu’ils sont supposés représenter. Et qu’ils ne doivent leur temps d’antenne qu’à leur capacité à occulter beaucoup d’autres visions, bien d’autres sensibilités, de multiples autres exigences, qui sont souvent celles de la vaste majorité de leurs concitoyens ou de leurs compatriotes, ainsi privés de voix. La recette de ce parfait déni de représentation n’est pas nouvelle. En Algérie, au début des années 1950, pour dénoncer la manipulation des institutions représentatives des musulmans et qualifier cette technique dont le dominant use au détriment de celui qu’il ne veut pas entendre, Malek Bennabi avait eu une formule cinglante : « Ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne ! » Cinquante ans plus tard, de l’autre coté de la Méditerranée, Bennabi n’en finit pas d’être d’actualité. Note : (1)     Intervention à la rencontre pour le 10ème anniversaire de la création du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRDDHT), Paris, décembre 2006. (Cette intervention remarquable a été publiée le 21 décembre 2006 sur le site « Tunisie, Réveille-toi » sur le lien suivant :http://www.reveiltunisien.org/article.php3?id_article=2414 ) (Source : le site « Oumma » (France), le 1er Janvier 2007) Lien : http://www.oumma.com/spip.php?article2303  

Les courants islamistes face à la question des libertés

Entretien avec le politologue François Burgat (auteur de L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaïda, La Découverte, 2005) réalisé par Thierry Fabre, rédacteur en chef de la revue « La pensée de Midi » (Actes Sud) Novembre 2006. T.F. Les mouvements islamistes, au Sud de la Méditerranée, apparaissent aujourd’hui, notamment en Europe, comme la principale menace pour les libertés. Nombre de ces mouvements sont porteurs d’une grande violence, ils dénient la liberté de pensée hors de l’islam. Peut-on vraiment parler d’un projet à caractère totalitaire ? En parcourant vos questions, j’ai le sentiment d’avoir souvent tenté d’y répondre, depuis près de vingt ans maintenant. Mais pourtant, elles n’ont rien perdu de leur actualité. Cela m’incite à la… modestie puisque de toute évidence, mes explications – comme celles de nombre de mes collègues – ont fort peu d’impact. La structure de ces explications s’organise autour de quelques principes : au sortir de la longue parenthèse coloniale, la vertu mobilisatrice de la référence « islamique » tient moins à sa dimension sacrée ou religieuse qu’à sa dimension endogène. La réintroduction, parfois volontariste, du vocabulaire et des codes de la culture musulmane dans le discours politique remplit des fonctions qui me paraissent plus largement identitaires que strictement « religieuses ». A mes yeux, « parler musulman » ne veut donc pas dire nécessairement, « parler théocrate ». Sur le terrain, les islamistes, sous leurs innombrables versions (qui vont des Talibans afghans jusqu’au parti au pouvoir en Turquie), adoptent en fait un très large registre de modes d’action qui, s’ils englobent la guérilla révolutionnaire, passent tout autant, chaque fois que cette possibilité leur est reconnue, par le parlementarisme. J’ai essayé de montrer qu’en fait, cette affirmation islamique qui réorganise le champ politique arabe ne participait pas de l’émergence d’une idéologie politique particulière (qui entraînerait ses adeptes dans le machisme ou la violence révolutionnaire et sectaire), mais bien plutôt d’une réconciliation complexe du terroir de production d’à peu près toutes les idéologies politiques avec l’univers symbolique sinon normatif de la culture musulmane. La principale erreur du regard occidental consiste dès lors à se focaliser sur une frange « intégriste » bien présente, mais tout à fait distincte des majorités électorales que peut former ce courant, et à ignorer ce faisant la plasticité extrême de la référence islamique et sa capacité à produire elle aussi « de l’universel » parfaitement compatible avec « nos » valeurs. Nous avons sur la rive nord de la Méditerranée la confortable conviction que seuls les acteurs qui font usage des marqueurs identitaires de la culture occidentale sont à même de faire progresser les dynamiques de libéralisation politique ou de modernisation sociale : il ne peut aucunement « être des nôtres », celui qui ne veut pas boire son verre « comme les autres ». En réalité, on y reviendra, tout comme on peut faire progresser la justice sociale, le respect des minorités ou la cause des femmes, avec des références « socialistes » ou humanistes, on peut le faire en se servant de références empruntés au vaste registre de la culture musulmane, y compris dans sa dimension religieuse. T.F. On entend pourtant de plus en plus des expressions comme « fascislamisme » ou « fascisme vert ». Comment analysez vous ces catégories de discours ? N’assiste t-on pas, notamment dans les médias, à un certain nombre de glissements de sens qui pourraient s’avérer fort dangereux ? C’est au début du mois d’août 2006 que je prends connaissance de la problématique dans laquelle vous inscrivez vos questions. Le tonnerre des obus et des bombes qui tombent quotidiennement sur Gaza et qui, au Liban ont détruit en un mois 130 000 unités d’habitation résonne encore. Il est difficile de ne pas lier votre grille de questionnement et la lecture que fait l’opinion occidentale de ce dernier épisode de la guerre au Proche-Orient. Dans les deux cas, ce sont en effet des « islamistes » que canons, missiles, chasseurs et destroyers sont supposés ramener à la norme du politiquement correct. Au cœur du dispositif de légitimation de l’offensive de l’État hébreu, le fait de réduire l’adversaire, Hamas en Palestine, Hezbollah au Liban, à l’expression guerrière et sectaire de l’« intégrisme musulman », cet « ennemi des libertés » contre lequel un vieil aphorisme (« pas de liberté pour les ennemis de la liberté) légitime tous les débordements. En écho, retentissent les plaidoiries passionnées des défenseurs de la « seule démocratie du Proche-Orient », « agressée » par la « milice chiite pro-iranienne », ce « parti de Dieu » qui a « pris en otage le peuple libanais ». Cette terminologie du porte-parole du gouvernement israélien est intériorisée par une large majorité des médias occidentaux qui ont adopté ce que j’ai pour ma part stigmatisé comme une sorte de « télavivision » du conflit. Plus que tout examen historicisé et documenté, la seule référence émotionnelle à l’« intégrisme islamique » suffit ainsi à expliquer ses racines et la violence dont il est porteur. T.F Comment percevez- vous, dans ces conditions, la question des libertés ? Pour qui prend le temps de le faire, un simple survol factuel des griefs respectifs des belligérants du Proche-Orient laisse précisément entrevoir tout ce que masque cette mise en scène sémantique – beaucoup trop unilatérale pour être « honnête » – autour de la « protection des libertés »… de certains, au détriment évident de celles des autres ! Le belligérant qui n’en finit plus de faire pleuvoir des bombes pour libérer ses trois prisonniers en détient lui même plus de dix mille, dont cinq cent femmes et enfants. Celui qui dit vouloir réagir à une violation de ses frontières se permet depuis des décennies, de traverser quotidiennement, par air, par mer ou par terre, celles de ses voisins. Celui qui en appelle au respect d’une décision onusienne (parce qu’elle prévoit le désarmement de son adversaire) ignore superbement depuis quarante années la plupart de celles qui ont précédé et dont l’application aurait précisément pu éviter au conflit de s’envenimer. L’« adepte des libertés » n’est pas l’homme politique qui est élu démocratiquement et mérite le respect des siens, mais celui qui se soumet au diktat du pays voisin en acceptant d’affaiblir le potentiel de défense de son pays. Nos alliés « démocrates » israéliens, pour étendre leur « zone de sécurité », ont ainsi kidnappé dans l’indifférence générale la moitié du gouvernement de Palestine et une bonne partie du Parlement, y compris son président. Au Liban comme en Palestine, la seule appartenance à un parti dit « islamiste » suffit à faire de celui qui la revendique (ou en est… seulement « soupçonné ») une cible de guerre légitime. Peu importe que le Hezbollah ait été en fait créé en réponse à la première invasion israélienne, qu’il soit dûment représenté au Parlement et au gouvernement libanais et la principale expression politique de toute une population. Peu importe que l’histoire de sa militarisation soit la conséquence plus que la cause de l’effondrement de la défense nationale. Peu importe encore qu’un général aussi chrétien que Michel Aoun et au moins deux autres formations politiques non chiites lui accordent ostensiblement leur soutien, témoignant de la dimension politique « moderne », non confessionnelle, de son assise nationale. Dans le discours d’une partie au moins de la classe politique et médiatique occidentale, la magie de la sémantique de criminalisation de l’autre a pourtant réussi, au nom de cette « défense des libertés », à déshumaniser l’un des deux belligérants. Pendant que les mères israéliennes nous redisaient pour la énième fois leurs craintes pour la vie de leurs fils réservistes chargés de « finir le travail », c’est sur le ton d’indicateurs de police infiltrés dans les rangs de la mafia calabraise que les envoyés spéciaux des chaînes publiques françaises, au milieu des champs de ruines, évoquaient les combattants « islamistes » libanais défendant leur sol, s’étonnant que « même des femmes puissent être embrigadées ». Survient-il un (second) massacre des femmes et des enfants de la bourgade de Qana ? Logique ! a analysé pour nous l’un d’entre eux : « Après le premier massacre, la population de Qana s’est radicalisée et a massivement adhéré au Hezbollah. » C’est pour cela, nous a-t-il laissé conclure, qu’Israël lui aurait infligé une « si terrible punition ». Alors, bien sûr, on se demande quelle est cette magie sémantique qui permet, malgré d’aussi évidentes contradictions, de nourrir le quasi consensus de l’Europe au point de lui – de nous – faire boycotter le gouvernement palestinien issu des premières élections crédibles de ce pays et, au Liban, d’accorder sciemment à l’un des deux belligérants tout le temps nécessaire pour « finir » de détruire les infrastructures civiles de l’autre. Au révélateur « israélien » du statut de l’agresseur islamiste des libertés, il faut ajouter le prisme des promoteurs américains de la « démocratisation » du Proche-Orient », eux aussi grand défenseurs des libertés des Irakiens ou des Afghans contre les menaces islamistes. Pour mesurer toute l’ambiguïté de cette rhétorique qui cimente la politique proche-orientale du camp des plus forts, il faut y ajouter enfin le bilan de ses relais étatiques locaux. D’Hosni Moubarak à Abedelaziz Bouteflika en passant par Zin al-Abidîn Ben Ali (et son « expérience exemplaire de modernisation » comme l’a qualifiée le président de la République française à plusieurs reprises), les performances de ces « Pinochets arabes » que nous soutenons au nom de leur « lutte contre les intégristes », suscitent tout de même bien des interrogations. Dans ce qui nous apparaît comme la dérive violente du monde arabo-musulman, qui sont aujourd’hui, des « islamistes » ou de ceux qui les combattent, les plus grands dangers pour les libertés ? Qui sont, des électeurs du Hezbollah ou du Hamas ou des néo-chrétiens américains priant pour que – à n’importe quel prix – une victoire de l’expansion israélienne vienne annoncer celle de leur propre secte, les véritables « fous de Dieu » ? Qui sont, de ceux qui ont érigés la torture en mode de gouvernement ou de ceux qui, portés par un puissant soutien populaire, pourraient à tout moment les défaire dès lors que les urnes ne seraient pas préventivement bourrées par les régimes, les véritables « menaces pour la démocratie » ? Quelles sont ces « libertés » dont nous nous préoccupons tant ? les nôtres et celles que nous prenons, précisément, avec les principes humanistes universels ou celles des autres, opposants, résistants ou contestataires qui sont autrement plus coûteuses à mettre en œuvre ? T F Le temps serait-il alors venu de changer notre regard sur l’islam ? De déplacer les lignes ? Dans cette chambre d’écho proche-orientale où mondiale, les catégories du discours occidental – israélien, américain et européen confondus – sur « les libertés » et ceux qui les menacent ont effectivement des sonorités de plus en plus surréalistes. Les mots ont une résonance duale, laissant entendre le tout et son contraire, le verso du discours politique occidental sur les valeurs et l’envers des contradictions flagrantes de ses pratiques. L’éthique politique occidentale et ses « libertés » ne seraient-elles pas en train de « perdre le nord » de leurs repères pour faire ou laisser faire le pire de ce dont elles entendent nous protéger ? Le romancier britannique Percy Kemp a magnifiquement exprimé un volet au moins de ce désarroi que je ressens moi aussi tout autant depuis que, au contact des sociétés où j’ai eu le privilège de vivre plus de dix-huit années, j’ai entrepris de donner un contrepoint sociologique et rationnel à ce « spectre » de « l’islamisme » qui borne la lecture occidentale du politique arabe. Dans le journal Libération, Kemp a dit en juillet dernier son malaise de voir les grands leaders occidentaux laisser à leurs challengers arabes les ressources de la dialectique et emprunter les raccourcis de cette rhétorique qu’ils reprochent depuis si longtemps à leurs homologues orientaux. À la télévision, Kemp a vu un homme glabre, à qui il avait l’habitude de s’identifier, « perdre ses nerfs devant la Knesset, lancer des anathèmes à la volée, menacer ses ennemis d’une guerre à outrance, user de tous les artifices de la rhétorique, et en appeler aux instincts les plus primaires de ses électeurs ». La veille, il avait vu « son adversaire, un barbu enturbanné (un homme qui (lui) ressemble donc guère), user d’un langage savamment dosé, jongler avec des mots bien pesés sans jamais le ton hausser, appeler les choses par leur nom, manier la dialectique comme s’il venait à l’instant de refermer le Gorgias de Platon, et conseiller à ses ennemis de faire taire leurs émotions pour n’écouter que leur seule raison ». D’un mot, poursuit Kemp, « j’ai vu un dirigeant israélien se comporter comme on imaginerait qu’un raïs arabe pourrait se comporter en pareille circonstance, et un chef de milice arabe se conduire comme un dirigeant occidental devrait se conduire, quelles que soient les circonstances ». Et peu après, poursuit-il, « et toujours à la télé (quoiqu’ils ne pensaient pas y être), j’ai vu le président des États-Unis et le Premier ministre du Royaume-Uni échanger, à propos du Liban, des propos d’une vulgarité telle que je frissonne à l’idée que ces deux apprentis sorciers président à nos destinées ». Or la rhétorique « n’a d’efficacité que pour autant que le public soit ignorant des faits ». Mais tel semble être malheureusement le cas, de plus en plus souvent, du public occidental : dans le même Libération, quelques jours plus tard, pour commenter de nouvelles rumeurs de bombes, un éditorial qui, en disant la position de principe du journal, renvoyait les pages idées et autres « Rebonds » éclairés au statut d’exception confirmant la règle et retombait dans la bonne vieille ornière essentialiste : « Le radicalisme islamiste a plusieurs fers au feu ou plutôt plusieurs feux à son enfer. En version chiite, il inspire les candidats martyrs du Hezbollah au Liban. En version sunnite, il suscite les ramifications terroristes plus ou moins siglées Al-Qaida. » « Autant », donc, « s’habituer à vivre avec ». Débranchons nos cerveaux, branchons nos tripes, couvrons-nous les yeux, bouchons-nous les oreilles : du Hamas au Hezbollah, le chiisme et le sunnisme sont les deux mamelles du terrorisme ! Rien dans les violences dirigées contre les sociétés occidentales n’a donc quoi que ce soit à voir avec ce qu’elle font (ou ne font pas !). L’explication est plus simple et plus confortable : la pensée occidentale « s’éclaire » désormais à « l’islamisme » ! Tristes lumières ! T.F. Je partage votre critique de ce que le titre du beau livre de Robert Fisk évoque comme la «grande guerre pour la civilisation ». J’ai toutefois le sentiment que vous ne répondez pas complètement au questionnement. Ces courants islamistes n’ont-ils pas un problème spécifique vis-à-vis des libertés ? Tout ne vient tout de même pas de l’extérieur, de la violence occidentale. Les islamistes sont des acteurs responsables qui définissent leur propre trajectoire politique, culturelle et religieuse et il n’est pas ethnocentrique d’analyser leur rapport aux libertés. Il ne s’agit pas d’adopter une posture de donneur de leçons, mais d’analyser les lignes de partage et de voir les modèles de société et les styles de vie qui se dessinent selon la vision de ces différents mouvements. Les expressions sectaires de cette l’affirmation identitaire « islamique » sont suffisamment médiatisées de ce côté-ci de la Méditerranée pour que nul ne risque de les ignorer. Elles doivent bien évidemment être dites et condamnées sans réserve. Je persiste toutefois à penser qu’elles sont cantonnées à une frange radicale et ne peuvent nullement être considérées comme l’alpha et l’omega ou la clef de lecture de ce phénomène. Je m’oppose clairement en cela, il est vrai, à la thèse que sont parvenus à imposer la coalition de ceux (élites et régimes autoritaires du monde arabe, État hébreu et maîtres de l’ordre politique mondial) dont la contestation islamiste, plus certainement que les libertés, menace aujourd’hui les intérêts ou les privilèges politiques. Rappelons d’abord les limites de cette exceptionnalité supposée de la génération islamiste. A-t-on oublié les contre-performances des autres idéologies, religieuses ou athées, orientales ou occidentales, y compris d’ailleurs de celle qui a accouché de nos « Lumières » ? Que dire du traitement des libertés par la génération du nationalisme « laïque », Saddam Hussein et Hafez al-Assad en tête ? (Beaucoup) plus près de nous encore, prend-t-on le temps de réaliser que la terrible « guantanamisation » que réserve l’administration américaine aux combattants d’Al-Qaida – c’est-à-dire la privation des garanties et des droits de ceux qu’ils refusent de considérer comme membres de la communauté légitime des prisonniers de guerre – n’a pas grand-chose à envier au pire de ce que « justifie » le « takfir » que manient certains extrémistes musulmans ? N’a-t-on pas tendance par ailleurs à ne mesurer le statut des libertés qu’à l’aune de l’appréciation de ceux que, dans le monde arabe, le renouvellement des élites politiques met aujourd’hui en difficulté ? Si l’histoire de la Révolution française n’avait été écrite que sur la base du témoignage des aristocrates émigrés, le reste du monde, sous les ruisseaux de sang répandus par la « terreur », n’aurait-il pas tardé à mesurer la portée des « Lumières » ? Pourtant, la vraie question n’est pas là. Nos débordements passés, ou ceux des autres, ne sauraient en effet en aucune façon justifier des débordements présents ou à venir. Ils rappellent seulement tout ce que cette posture exceptionnaliste de criminalisation indiscriminée et émotionnelle de la génération islamiste (avec eux, tout est pire !) a d’irrationnel. La vraie raison de mon désaccord avec cette perspective criminalisante du phénomène islamiste dans sa totalité, ou dans son essence, est que si l’on s’en tient au cœur, au mainstream, des pratiques, c’est-à-dire à la majorité de la population qui a élu le Hamas ou le Hezbollah ou aux millions d’électeurs susceptibles d’accorder demain leur confiance à des dirigeants « islamistes », on constate que la dynamique de « réislamisation » produit quelque chose d’infiniment plus complexe qu’une simple alternative impliquant un sinistre choix entre l’« islam » d’un côté et les « libertés » ou la « démocratie » de l’autre. Cette dichotomie qui structure les questionnements occidentaux sur ce sujet est parfaitement pernicieuse. La réintroduction des marqueurs identitaires de la culture musulmane ne débouche pas sur l’anéantissement corollaire des dynamiques de modernisation sociale et de libéralisation politique. Elle les nourrit seulement d’un autre carburant symbolique, elle les inscrit dans un autre univers de référence. Les réponses que donne le réservoir « musulman » dépendent très largement de la nature des questions qui lui sont posées. L’affirmation « islamique » peut certes cautionner des postures de repli culturel sectaire ou de machisme. Mais elle peut tout autant légitimer le dépassement des appartenances primaires et l’affirmation des libertés individuelles et collectives. Pour apercevoir cette réalité-là, sortons si vous le voulez bien de cette rhétorique qui « théologise » beaucoup trop à mon sens la lecture des défis qui se posent aux citoyens du Proche-Orient, au point d’occulter la réalité concrète du comportement des acteurs. Revenons à des exemples factuels. Empruntons-les à l’actualité du Liban, terrain exemplaire puisque les islamistes y évoluent dans un environnement pluriconfessionnel. Au printemps de l’année 2000, les troupes israéliennes, sous la pression des attaques du Hezbollah, se sont retirées du sud du pays. La majorité des 1 500 membres de l’« Armée du Liban Sud », la milice soutenue par Israël contre l’OLP puis contre le Hezbollah, n’ont pas pu se réfugier chez l’occupant israélien et sont tombés aux mains des combattants du Hezbollah. Ils étaient à la fois (majoritairement) chrétiens et, d’un point de vue nationaliste, pouvaient assez légitimement être accusés de collaboration avec l’occupant, voir de traîtrise. Il y avait donc là une double raison de craindre pour le statut des « libertés » dont ils pourraient espérer bénéficier de la part de la « milice chiite pro-iranienne du Parti de Dieu ». Rien du pire prévisible ne s’est pourtant produit. Le parti « islamiste » n’a pas, dans cette situation emblématique où il était pourtant en situation de force, eu « de problème particulier avec les libertés ». Tous les membres de l’armée du Liban Sud ont été remis aux fonctionnaires de l’État libanais pour y être jugés. Deuxième clin d’œil factuel, dans le contexte cette fois du tout dernier épisode de la guerre israélienne au Liban. Il n’entend pas bien évidemment emporter à lui seul votre conviction et clore le débat ; il a pour seule ambition de rappeler qu’il existe pour poser ce débat des termes autres que ceux du regard occidental dominant. Pour le sens commun des médias français, la population libanaise « prise en otage par le Hezbollah » est réputée avoir une peur en quelque sorte proportionnelle à la distance qui la sépare du cœur (« chiite », donc « intégriste » et donc « machiste ») du « Parti de Dieu ». Les femmes chrétiennes du nord sont ainsi réputées craindre plus que tout autre « pour leurs libertés ». Au début du mois de septembre, une jeune chanteuse libanaise, Julia Boutros – ni « intégriste » ni chiite, ni même musulmane puisqu’elle est de culture chrétienne orthodoxe –, est l’une de celle qui ont mis un grain de sable dans cette terrible simplification. Elle a choisi de dire son admiration à la personne et à la ligne d’action du leader de la « milice chiite pro-iranienne » et de le faire de surcroît en… mettant en chanson l’un de ses discours. Il est vrai que son geste n’a pas fait la une de nos journaux télévisés. Ailleurs dans le monde arabe, depuis au moins quinze ans déjà, dans les enceintes des multiples séminaires réunissant « islamistes » et « nationalistes », dans l’Algérie en guerre civile, dès 1995 lors de la signature du « Pacte de Sant’ Egidio » par toutes les forces politiques opposées aux généraux et à leurs alliés éradicateurs, en Tunisie où les militants du « 18 octobre » 2005, laïques et islamistes confondus, dénoncent en commun l’autoritarisme du régime, en Égypte où les magistrats de toutes les familles politiques coopèrent également pour promouvoir l’État de droit, les preuves les plus crédibles du caractère caricatural de la vision européenne dominante viennent des propres concurrents de ces islamistes dans le champ des oppositions arabes. De plus en plus souvent, ces islamistes apparaissent à leurs concurrents politiques, qui les côtoient au quotidien, comme de possibles partenaires, pas moins efficaces que les autres dans la longue, complexe et contradictoire dynamique de dépassement des appartenances primaires confessionnelles et de défense des libertés collectives ou individuelles, des femmes aussi bien que des hommes. C’est pour toutes ces raisons que je ne puis inscrire notre nécessaire réflexion dans une problématique « exceptionnalisant » la posture des islamistes sur le terrain des libertés. Je persiste de ce point de vue dans une sorte… d’optimisme. Je ne me fais pas de souci particulier pour l’avenir des libertés dans les sociétés de cette région sud de la Méditerranée. En revanche, notre propre crispation devant cette banale et inéluctable résurgence de l’autre me rend terriblement inquiet aujourd’hui. Mais, une fois n’est pas coutume, j’espère que sur ce point, l’avenir me démentira très vite. Entretien paru dans le numéro 19 de la revue La Pensée de Midi (Source : le portail « Géostratégie », le 24 novembre 2006) Lien : http://www.geostrategie.com/cogit_content/verbatim/Lescourantsislamistesfacel.shtml  

Dean ne voulait pas aller à la guerre

Un réserviste américain qui refusait d’être envoyé en Irak tué par la police

Un réserviste de l’armée de terre américaine déprimé à l’idée d’être envoyé en Irak a été tué mardi par la police après être resté 14 heures retranché chez son père, dans le Maryland (nord-est), en menaçant de se tuer si quiconque approchait. Selon sa famille, James Emerick Dean, âgé de 28 ans, s’était barricadé lundi soir avec plusieurs armes à feu. Après avoir menacé de retourner son arme contre lui, il avait ensuite averti la police qu’il tirerait sur toute personne qui pénétrerait dans la maison. Mardi, vers la mi-journée, alors que la police s’apprêtait à utiliser des gaz lacrymogènes pour le forcer à quitter les lieux, le réserviste est apparu à la porte de la maison et a pointé son arme sur un policier. Un collègue de ce denier a alors tiré et tué Dean, selon le shérif du comté de St. Mary, Tim Cameron. Le jeune homme, qui avait déjà servi 18 mois en Afghanistan, avait mal accepté que l’armée décide son déploiement en Irak, ont expliqué ses proches. Une voisine du père de Dean, Wanda Matthews, a confirmé au « Washington Post » que le réserviste souffrait de dépression depuis qu’il se savait en partance pour l’Irak. « Son père m’avait dit qu’il ne voulait pas aller à la guerre », a-t-elle témoigné. « Il connaissait et ne voulait pas y retourner. » (Source : le portail « Géostratégie », le 30 décembre 2006) Lien : http://www.geostrategie.com/cogit_content/analyses/Deannevoulaitpasallerlague.shtml  

Le rabbin Aryeh Cohen victime d’ostracisme

Le rabbin Aryeh Cohen, de la communauté des Netourei Karta de Manchester, qui a participé au colloque sur l’holocauste de Téhéran et a été photographié serrant la main d’Ahmadinejad, ne pourra plus être « anonyme » dans sa ville. Des manifestations hostiles ont accompagné son retour. Il a été insulté, a reçu des lettres de menaces, sa voiture a été endommagée et toutes les communautés juives de la ville se sont publiquement démarquées de son attitude, la dénonçant comme « inacceptable et insultante ». Rappelons que plusieurs représentants de la communauté des Netourei Karta se sont rendus au colloque sur l’holocauste de Téhéran. Ils ont été reçus chaleureusement par le Président iranien. Ces représentants juifs ont affirmé que la Shoah avait certes eu lieu, mais ont cependant prétendu qu’elle s’était produite à cause du mouvement sioniste. Aryeh Cohen a subi des manifestations devant son domicile de sionistes religieux et non-religieux « brandissant des drapeaux de l’Etat juif, pour le vomir de la communauté juive. » « La communauté ne lui pardonne pas et n’a nullement l’intention de rester silencieuse. Il ne peut pas voyager comme cela, revenir et faire ce qui lui plait avec les ennemis d’Israël, tout en s’imaginant agir correctement,» a affirmé un membre de la communauté juive de Manchester. «Il ne pourra plus se rendre à la synagogue, il a d’ailleurs essayé Shabbat dernier, mais il a été expulsé,» raconte David Sharon, 37 ans, membre d’un groupe sioniste britannique. «La Hevra Kadisha (les pompes funèbres) lui a déjà rendu son argent et il ne pourra même pas bénéficier d’un enterrement juif, seulement derrière la barrière,» a-t-il ajouté. Selon Sharon, les grands rabbins de Manchester ont ordonné aux magasins cashers de ne plus lui vendre de nourriture cashère. «Quiconque violera l’excommunication, ce verra également touché d’anathème.» Le 15 décembre, le grand rabbin ashkénaze, le rav Yonah Metzger, avait appelé à excommunier les orthodoxes qui ont participé à la Conférence de Téhéran. Le rabbin Metzger avait dit aux journalistes : «il faut excommunier et boycotter les Juifs qui ont participé à cette conférence. Il s’agit d’une insulte à Dieu et aux saints tombés pendant la Shoah.» Le grand rabbin a demandé à tous les rabbins ayant des juifs antisionistes dans leur communauté de ne pas leur permettre d’entrer à la synagogue ou de participer à tout les actes saints : ne pas les faire participer au Minyan et monter à la Torah. Il a également demandé à l’Etat d’Israël de trouver un moyen légal de les empêcher de venir en Israël. (Source : le portail « Géostratégie », le 22 décembre 2006) Lien : http://www.geostrategie.com/cogit_content/a_lire_voir/LerabbinAryehCohenvictimed.shtml

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