28 mai 2007

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TUNISNEWS
8 ème année, N° 2561 du 28.05.2007

 archives : www.tunisnews.net


Tunisia Watch: L’accident de Fouchana du 17 mai subi par une brigade de la garde nationale aurait entraîné la mort des 12 agents

African Manager : Tunisie : Des réductions sur Internet à partir de juin ? African Manager : Que fait le tunisien sur Internet ? Voici le Top 100 des sites les plus visités par les tunisiens !

Réalités: Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme : Une sortie de crise est-elle encore possible ? Réalités: Fadhel Jaïbi : Un amoureux de théâtre dans un désert des signes

Reporters sans frontières: Les internautes abonnes au fournisseur d’acces Maroc Telecom ne peuvent plus acceder a Youtube

TF1: Espagne – coup de filet anti-terrorisme islamiste

Le Monde : Entretien avec Azzedine Layachi : « Seule la question sécuritaire est essentielle pour les Etats-Unis »


L’accident de Fouchana du 17 mai subi par une brigade de la garde nationale aurait entraîné la mort des 12 agents.

Le grave accident survenu le jeudi 17 mai 2007 sur la route régionale n°39, reliant Fouchana à Naassan (Gouvernorat de Ben Arous), à la suite d’une collision entre un poids lourd et un véhicule de la Garde nationale transportant 12 agents et dont un bilan provisoire avait fait etat de la mort de 5 agents de la garde nationale aurait vu son bilan s’alourdir entraînant la mort des 12 douze agents qui été abord de la véhicule de la garde nationale. Tous des jeunes recrus qui ont vu ainsi leurs vie tronqués laissant dans la douleurs et le chagrin leurs familles et leurs amis.

L’affaire avait commencé suite au meurtre d’un propriétaire d’un taxiphone de la localité suite à une opération de vol avec agression à l’arma blanche dont il a fait l’objet de la part d’un criminel notoire de la région. Déplacé sur les lieux le substitut du procureur de la république aurait été empêché d’accomplir sa mission par des délinquants qui cherchaient à protéger l’agresseur et l’obligeant à rebrousser chemin. Ce qui a nécessité l’intervention de la brigade décimée par l’accident. L’intervention de la brigade terminée, c’est lors de leur retour de leur mission qu’ils ont subi le choc frontal du camion poids lourd sur la route de Fouchana vers Naasaan non loin du lieu de leur intervention

Le black out sur l’information concernant ce drame ne permet pas toujours de savoir s’il s’agit d’un accident ordinaire ou d’une opération qui visait délibérément le véhicule de la brigade des agents de la garde nationale.

Une autre, fois et en moins d’un mois après le drame du concert de Star Académie de Sfax un autre drame plus grave encore est occulté et les tunisiens sont privés de leur droit d’être informé. Un droit fondamental garantie par la constitution.

(Source: TUNISIA Watch le 27 05 2007)

Lien: http://tunisiawatch.rsfblog.org/


Reportage en allemand

Une emission concernant

les femmes en Tunisie

sera diffusée dans la chaine allemande « Phoenix » et ce le mardi 29.05.2007 à 08:00 du matin.

Di. 29.05.2007 08.00h..08.15h Phoenix *Tunesien, Frauen im Islamstaat* Reportage

Merci et bon courage


Tunisie : Des réductions sur Internet à partir de juin ?

 

 
par : A.M. On croit savoir, de sources généralement bien informées, que toutes les parties concernées par l’Internet en Tunisie, s’entendraient très prochainement, sur une nouvelle grille tarifaire. Mois de juin réduction tarifaire internet. Des rencontres entre Tunisie Télécom et les fournisseurs d’accès Internet en Tunisie, auraient eu ces derniers jours et continueront avec les FAI, pour que cette réduction ne soit pas décidée, comme la précédente fois, unilatéralement, mais aussi qu’elle soit accordée des deux côtés du cordon de connexion. On croit ainsi savoir, chez certains FAI, que l’Adsl 512 qui était de 40 DT pour la seule redevance TT, ne serait plus que de 30 DT et que l’Adsl un méga baisse aussi de 10 DT côté TT pour ne plus coûter que 50 DT en redevance TT. Mais les contacts, nous dit-on, devraient aboutir à une facture Adsl totale qui devrait varier entre 90 et 100 DT maximum ! Chiche et à condition que le débit soit un tant soit peu constant et ne baisse pas comme les prix ! (Source: African Manager le 28 mai 2007) Lien: http://www.africanmanager.com/articles/113593.html  

Que fait le tunisien sur Internet ? Voici le Top 100 des sites les plus visités par les tunisiens !

par : A.M. Il y avait longtemps, du temps du ministre Sadok Rabah, une décision présidentielle avait été mal appliquée. Elle concernait alors, l’encouragement du contenu tunisien, par l’octroi à ces fabricants de contenu local, d’une ristourne sur le trafic Internet du FAI chez lequel ce contenu était hébergé. Les temps ont depuis évolué et le trafic qu’on générait alors par connexion téléphonique, devient difficilement quantifiable.
Plusieurs années après cette décision, le nombre des internautes tunisien a augmenté, bien que la Tunisie soit encore loin, en matière de pourcentage de connectés, encore loin de certains autres pays similaires. Ce qu’on appelle communément le haut débit, est maintenant chose courante en Tunisie et les prix (Voir nos News), ont plutôt une tendance baissière ! Il n’en demeure pas moins vrai, que la Tunisie, cette même Tunisie qui avait organisé le sommet mondial de l’information, enregistre encore un manque flagrant de contenu local, celui qui retiendrait l’internaute tunisien sur le Backbone national et réduirait la consommation de bande passante que Tunisie Télécom achète à prix élevé ! La décision présidentielle était pourtant réellement visionnaire. Elle visait par cet encouragement, à réduire ce flot d’argent qu’on dépense pour la bande passante. Cela n’a pas été, jusqu’à présent, le cas ! La preuve.
Dans un classement des sites les plus visités par pays, fait par le site www.alexa.com, une dépendance d’amazone, il apparait clairement que le Tunisien «voyage» beaucoup.
Le site, il est vrai, agit par «sondage d’opinion», par le biais de sa Tools-barre. Dès qu’on la télécharge, on fait partie de l’échantillon de ce «sondage» et chaque adresse connectée est automatiquement prise en compte dans ce classement.
Selon ce classement, le premier site tunisien qui apparaît est un site presque dédié (que ces initiateurs nous excusent cette définition) au piratage, en tout cas au «bricolage» informatique ! Ce genre d’occupations tunisiennes sur Internet revient d’ailleurs très souvent et donne une idée claire, sur ce que vont faire les Tunisiens sur la toile, c’est-à-dire y chercher musique, vidéos, téléchargements de programmes gratuits et parfois pas catholiques. La seconde activité des internautes tunisiens semble être, d’après ce classement, la musique, à l’écoute ou au téléchargement. On s’explique alors aisément les paroles de ceux qui accusent ce qu’on appelle les «par-to-par», d’être les «bouffeurs» de bande passante, dans un pays où elle coûte cher et empêchent donc ceux qui travaillent de vaquer sereinement à leurs utiles occupations !
Troisième et grande occupation des Tunisiens sur le Net, la tchatche et la recherche des rencontres avec toute la ribambelle de sites dédiés ou de blogs à cette activité et où le «contenu» (façon de dire) tunisien commence à pointer son nez, même chez certains FAI locaux sérieux ! Dernière lubie de cet internaute des pays en développement, le foot avec presque tous les sites des grands clubs qui figurent dans ce classement.
On trouvera, tout de même la concrétisation d’autres occupations, non moins importante du Tunisiens, telles que la recherche de l’emploi sur le site de l’Agence nationale de l’emploi ou, enfin la recherche de la connaissance sur le site de l’éducation nationale.
La recherche de l’information restera, il est vrai, un souci moindre du Tunisien, et encore, toujours ailleurs que sur les médias nationaux, puisque le site de la chaîne arabe Al Jazira se classe en très bonne place et bien avant les médias tunisiens, tels que ceux d’Assabah et de La Presse de Tunisie qui y figurent aussi.
Notons aussi, que www.africanmanager.com est le seul média électronique tunisien qui figure dans ce top 100 des sites Internet les plus visités par les internautes tunisiens. Et qu’on se le dise, ce n’est pas nous qui le disons, c’est un site indépendant qui l’affirme ! 1. yahoo.com 2. msn.com 3. google.com 4. Google.fr 5. live.com 6. Badoo.Com 7. Hi5.com 8. microsoft.com 9. skyrock.com 10. tunisia-sat.com 11. megaupload.com 12. Startimes2.com 13. Free.fr 14. YouTube.com 15. Wikipedia.org 16. Mosaiquefm.net 17. Dailymotion.com 18. Rapidshare.com 19. Gsmhosting.com 20. kooora.com – Site Info 21. Fannansat.com 22. Blogger.com 23. Skyblog.com 24. emploi.nat.tn 25. Voila.fr 26. cssfaxien.com 27. Passport.net 28. 01net.com 29. clubafricain.com 30. aljazeera.net 31. Topnet.tn 32. Gsm4Arab.net 33. Wanadoo.tn 34. Myspace.com 35. ABCoeur.com 36. Tchatche.com 37. aufeminin.com 38. Taraji.net 39. assabah.com.tn 40. bramjnet.com 41. Panet.co.il 42. Netlog.com 43. over-blog.com 44. lapresse.tn 45. Msn.fr 46. e-s-tunis.com 47. Power-ess.com 48. Googlesyndication.com 49. canalblog.com 50. kafteji.com 51. commentcamarche.net 52. islamweb.net 53. eorezo.com 54. Tunisiana.com 55. www.edunet.tn 56. Webvirage.com 57. globalnet.tn 58. 4shared.com 59. Mac125.com 60. ebay.fr 61. Mywebsearch.com 62. etoile-du-sahel.com 63. Zshare.net 64. Jawharafm.net 65. ballouchi.com 66. Cheriecom.com 67. sweetim.com 68. orange.fr 69. mininova.org 70. Tagged.com 71. linternaute.com 72. Tunisie-foot.com 73. Maktoob.com 74. Adobe.com 75. Doctissimo 76. Whbdns.com 77. Rs3.whbdns.com 78. Depositfiles.com 79. Marwaforums.com 80. imageshack.us 81. rapidshare.de 82. SmsCity 83. Rdvsurnet.com 84. chat-land.org 85. Starware.com 86. 6rb.com 87. bacweb.tn 88. clubic.com 89. galacsys.net 90. Lycos.fr 91. cools4u.com 92. 6arab.com 93. developpez.net 94. skype.com 95. alchourouk.com 96. Jeuxvideo.com 97. africanmanager.com 98. hp.com 99. Ifrance.com 100. gsm-egypt.com
(Source: African Manager le 28 mai 2007) http://www.africanmanager.com/articles/113595.html  

Tunisie : Tuninter achète de nouveau chez ATR

 
par : A.M.

Compagnie mixte de transports intérieurs (Sfax, Djerba, Tozeur, Tabarka), devenue le troisième transporteur charter depuis juillet 1999, Tuninter est la filiale domestique de Tunisair. Elle assure les vols intérieurs mais compte développer des lignes sur des destinations de proximité telles que Malte ou des villes de Sicile et d’Italie du Sud. Elle a obtenu la certification ISO 9001, version 2000, en janvier 2006, pour son domaine d’activité : « exploitation des lignes aériennes commerciales nationales et internationales régulières et charter pour le transport des passagers » couvrant l’ensemble des structures. La compagnie exploite actuellement une flotte de 3 appareils dont un ATR 72 et un ATR 42 (affrété auprès de Gill Airways), en plus d’un Airbus qu’elle loue pour la période estivale. L’appel d’offres de Tuninter relatif à la fourniture de deux aéronefs d’une capacité de 70 à 100 places, a été attribué à la société franco-italienne ATR. Celle-ci fournira deux ATR 72-500 dont le premier sera livrable en Juin 2007. Dès sa mise en service, l’appareil volera sous le nouveau nom de la compagnie « Sevenair».

(Source: African Manager le 28 mai 2007)


Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme : Une sortie de crise est-elle encore possible ?.

Par Zyed Krichen   La Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH) vient de fêter son trentième anniversaire. Seulement la doyenne des ligues arabes et africaines est engluée dans une crise depuis bientôt sept ans. Toutes les initiatives de bonne volonté ont échoué dans leur tentative de trouver une issue à cette crise. ********* Depuis sa fondation en 1977 la LTDH était le fruit d’une subtile alchimie. Elle a réussi le tour de force de représenter, dès les années 80, toutes les sensibilités politiques du pays : des franges le plus radicales aux partisans du parti au pouvoir. Que s’est-il passé au Congrès de 2000 ? Certains ont estimé, et pas seulement dans les rangs du pouvoir, que cet équilibre a été brisé et que le Comité directeur de la Ligue est devenu, en quelque sorte, otage de la forte minorité radicale en son sein. Mais la crise de la Ligue remonte à un peu plus loin, le congrès de 1994 a été déjà l’enjeu d’un règlement de compte politique sans précédent. Les «modérés » de l’époque ont organisé un véritable coup de force pour s’accaparer la direction de la Ligue. Beaucoup de militants sincères se sont retirés de la Ligue à cette époque. On ne sait, formellement, si cette prise de pouvoir n’a pas été encouragée de l’extérieur de la Ligue. De toutes façons la politisation était à son summum. Mais le comportement des autorités de l’époque fut critiquable. La direction, somme toute, modérée, issue du congrès de 1994 n’a pas trouvé d’interlocuteur attentif. Cela n’a fait que radicaliser davantage les milieux des Droits de l’Homme. Certains même des « utras » modérés de 1994 sont devenus « ultra » protestataires en 2000. Lors de ce fameux congrès, les congressistes d’obédience destourienne représentaient près de 40%, une partie d’entre eux a voté pour les radicaux. Pour la première fois de l’histoire de la Ligue, le congrès de 2000 a été, pour certains une tribune pour une critique dure du régime. Que le parti au pouvoir ne soit pas content des résultats du congrès de 2000 est une évidence. Mais de là à jeter le discrédit sur tous ceux qui ont contesté le déroulement du congrès et certaines accommodations avec les statuts, il n’y a qu’un pas que d’aucuns ont franchi allègrement. Les mécontents du 5ème Congrès avaient-ils le droit de porter leurs revendications devant la justice ? On peut le regretter, mais c’est un droit garanti par la Constitution. Etaient-ils manipulés par certaines sphères du régime ? On peut ergoter longtemps là-dessus. Il n’en demeure pas moins que le résultat est ceic : une Ligue complètement paralysée depuis près de sept ans et une accumulation d’incompréhensions et de tensions en son sein et dans ses relations avec les autorités. La LTDH jouit d’une aura incontestable à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Des dizaines de milliers de nos concitoyens se reconnaissent dans son message essentiel : la défense des Droits humains. L’élection de Mme Souhayr Belhassen, militante issue des rangs de la LTDH, à la plus haute fonction dans la Fédération Internationale des Droits de l’Homme est une reconnaissance pour notre Ligue nationale et pour le pays. Alors pourquoi tous ces blocages ? et sur quoi portent-ils réellement ? Il y a le sentiment chez certains que la Ligue a basculé dans une alliance gauchiste-islamiste qui n’a qu’un seul objectif : discréditer le régime en place. Si l’on observe objectivement la composition du Comité Directeur de la LTDH, ce jugement paraît très exagéré. Mais si l’on ne tient compte que des communiqués et des propos de ses principaux dirigeants, alors là notre appréciation devient plus mitigée. Est-ce que cela signifie que la Ligue doit céder sur son indépendance ou sur sa mission ? Oh que non ! Les autorités doivent aussi admettre, sportivement, que le rôle de la Ligue n’est pas de signaler les atteintes aux Droits humains mais de les dénoncer. Sinon la Ligue devient une commission de veille humanitaire au sein du ministère de l’Intérieur. Mais la différence est nette entre la dénonciation ponctuelle sur un dossier précis et le jugement global sur la politique du gouvernement, qui appartient aux partis politiques et non à la Ligue. Si l’on est d’accord sur la mission de la Ligue, son indépendance et la pluralité sereine et non politisée en son sein, que reste-il aux différents protagonistes ? Peut-être dépasser des intérêts personnels et des problèmes d’ego qui exaspèrent les militants des Droits humains et nuisent à l’action de la Ligue et à son rayonnement. Réalités déjà proposé aux principaux protagonistes un débat ouvert et sans tabous sur ses colonnes. Le Comité directeur de la LTDH a décliné notre invitation. Notre offre tient toujours pour le bien de la Ligue et du pays. (Source : « Réalités » (Magazine hebdomadaire – Tunis), N°1117 du 24 mai 2007)  

Fadhel Jaïbi : Un amoureux de théâtre dans un désert des signes

 Fadhel Jaïbi n’est pas un artiste comme les autres. Aucune de ses créations (pièces de théâtre et films) n’est passée inaperçue. Avec sa nouvelle pièce “Khamsoun” Jaïbi retrace le désarroi d’une génération et les espérances déçues de la jeunesse des années soixante. Abdelkrim Gabous revient, dans un portrait saisissant, sur l’homme et son itinéraire. Derrière ses lunettes rondes, ses yeux ont tout vu pour témoigner de toute une génération. On serait tenté de rattacher à Fadhel Jaïbi la mémoire de la génération des années 60 des Tunisiens qui ont cru à l’Indépendance et qui ont tenté d’asseoir une culture tunisienne moderne. Depuis ses premiers pas, “Actes sans paroles” (déjà on voit poindre Beckett à travers cet incipit), jusqu’au succulent “Les Amoureux du Café désert” , le dérangeant “Jounoun” jusqu’à la nouvelle pièce « Khamsoun” ou « Corps otages” , Fadhel Jaïbi a été le témoin des heurs et malheurs du théâtre tunisien lors des trente-cinq dernières années. Tel les héros shakespeariens, il a vécu l’ubiquité de l’acteur culturel et du témoin engagé. Personnage séduisant, créateur parfois retors, en tout cas sans compromis, il a su durant sa carrière conjuguer les délices de l’expression aux douleurs de la création. Sa démarche est singulière : pas de concession, mais rigueur, recherche et vastitude des références théoriques. Pour ceux qui s’attachent à l’anecdote, la vie de Fadhel Jaïbi (sa pudeur lui impose d’être chiche en informations sur sa vie privée), ressemble à celle de tous ceux dont le destin fut tracé par les vicissitudes du temps que l’on retrouve à travers ce discours si propre aux écorchés vifs débordant d’un trop plein de sensibilité et d’une incommensurable soif de dire. Homme de “théâtre”, Fadhel Jaïbi n’est pas un simple théâtreux. Son œuvre, sa démarche, son itinéraire ont révélé un intellectuel qui égrène ses réflexions sur scène et un homme de théâtre pour qui les planches ne sont que les prothèses de la réflexion. Génération L’itinéraire de Fadhel Jaïbi ressemble à celui de sa génération. Celle des intellectuels et créateurs tunisiens qui ont aujourd’hui 60 ans et qui, devant les cheveux blancs qui commencent à parsemer leurs tempes, se posent aujourd’hui une question qui paraît comme une balafre à côté des cicatrices taillées sur leur mémoire collective : “qu’avons-nous fait de nos 60 ans ?” La génération de Fadhel Jaïbi a vu sa vie comme un succédané de celle qui l’a précédée et par celle qui est en train de la suivre. La coalition des petits-fils et des grands-pères contre les pères. Ces 60 ans qui semblent aujourd’hui surannés alors que ce demi-siècle de tous les malheurs et de tous les bonheurs fut saccadé par des cycles sinusoïdaux rythmés par les malices de l’Histoire de la deuxième moitié du dernier siècle que nous fustigions alors quand il tirait vers sa fin comme si nous voulions atteindre notre catharsis par l’auto-flagellation. Heureusement que des balises culturelles comme Fadhel Jaïbi, sont témoins des halètements culturels d’une génération qui a voulu tout donner pour ne rien prendre. Cette génération, comme Fadhel Jaïbi, est née avec la fin de la deuxième guerre mondiale, à la veille de l’émergence des nationalismes arabes et la naissance d’Israël, dix ans avant les indépendances des pays du Maghreb et vingt ans avant la gifle de juin 67 et les évènements de 68, deux plaies aux démangeaisons douloureuses et exquises sur la peau de cette génération qui ne finit pas de se gratter la mémoire. Une génération de bilingues qui aiment, pleurent, souffrent, apprennent, jouissent dans deux langues : l’arabe et le français. Quelle chance ! Une génération qui savoure la poésie de Ronsard comme celle de Omar Ibn Abi Rabiaâ, lisent Voltaire et Ibn Khaldoun dans le texte, savourent Camus et Taha Husseïn, apprécient le théâtre de Ionesco et celui de Tawfik Elhakim. Une génération qui lit Sartre, Freud, Marx, mais connaît le “Coran” et les “Mille et une nuits” à la mamelle. Une génération qui n’a jamais fait cas des frontières à travers lesquelles elle saute à cloche-pied et pour laquelle la Méditerranée n’est qu’un pont entre les deux rives méridionale et septentrionale d’une mare qui déborde d’un trop plein d’histoire commune et d’amours réciproques entre ces Méditerranéens aux cœurs éclos sur les jasmins et les bougainvillées. Ces jeunes qui voyaient, au début des années 60, la Tunisie comme un beau jardin en face du balcon de l’Europe et que Paris était la porte de la maison d’en face. Ces jeunes qui ont fait leurs études bilingues dans les capitales du Maghreb et qui sont allés parfaire leur quête du savoir à la Sorbonne, au Piccolo Théâtre de Milano, à l’IDHEC, à l’INSAS ou à Kiev. Fadhel Jaïbi est le prototype de cette génération. S’il a appris en Tunisie l’amour de ce pays et l’enracinement dans son terreau, il ira parfaire sa formation à la Sorbonne. En apprenant le Théâtre à Paris, il a su apprécier les Beattles, les Pink-Floyd, le vin rouge, Marx, Wilheim Reich, Brooks, Streller, Bob Wilson ; il a chanté avec Brel et fredonné Brassens sans avoir oublié le malouf. Il a frissonné devant les films de Hitchcok et suivi à la cinémathèque Fellini, Renoir et Godard tout en restant collé à la réalité tunisienne dont a il su se faire imbiber par tous les pores quand il côtoyait une tante mariée à une figure de proue de la vie culturelle de Tunis : l’écrivain Larbi Kabadi. Comme tous ces jeunes à la culture binoculaire, bilingue et porteuse d’un trop-plein d’émotion et d’imaginaire ont voulu sortir des sentiers battus d’un théâtre arabe déjà croulant au milieu des années 60, sous un pseudo-classicisme de pacotille, mauvaise copie des vaudevilles et des théâtres de boulevards de Paris dont il n’ont emprunté que le cramoisi du rideau et le carmin du maquillage, les dictons augustes et les décors kitch. Premiers pas A cette époque Ali Ben Ayed était au faîte de sa célébrité, sorte de croisement entre Jean Vilar et Gérard Philippe, dirigeant l’unique Troupe Théâtrale en Tunisie (Le Théâtre de la Ville de Tunis), une sorte de copie lointaine de la Comédie Française à la tunisoise. Faire du théâtre pour ces jeunes formés dans d’autres ateliers et imprégnés du nouveau théâtre dont les jalons furent lancés par Beckett, Ionesco, Adamov, Genet, n’était pas facile car les structures les renvoyaient entre le Charybde de l’institutionnel Ali Ben Ayed et le Scylla de la médiocrité d’un théâtre amateur populiste qui ne dépassait guère les vaudevilles de mauvais aloi. Nous étions à cette époque charnière, la fin des années 60 et le début des années 70 : premières manifestations estudiantines, premiers procès, chasse aux sorcières ; bref les années de braise et de plomb durant lesquelles théâtre, ciné-clubs, syndicats, activisme politique versaient tous dans la même mare de contestation et de désir de changement. En ces années-là, Fadhel Jaïbi rejoignit Moncef Soussi, parti au Kef faire bouger le théâtre à partir de la Tunisie profonde. Vers le Sud : l’ère de Gafsa Les jeunes intellectuels de retour au pays, diplômes en proche et nouvelles visions plein le regard, se rencontrent sur les terrasses des cafés et sous les ficus de l’unique avenue de la Capitale, à l’ombre des auvents des bars et des salles de cinéma, ils faisaient tourner et retourner la même question sous tous les angles : Que faire ? (Lénine était encore à la mode !) Si Moncef Souissi a fait jaillir au Nord-Ouest du pays un théâtre autre, Fadhel Jaïbi partit avec un groupe d’autres jeunes d’hommes de théâtre au Sud-Ouest fonder le Théâtre du Sud de Gafsa, à 400 kilomètres de la Capitale. Ils se nommaient Fadhel Jaïbi, Fadhel Jaziri, Mohamed Driss, Raouf Ben Amor, Jalila Baccar, Raja Farhat. Très vite, à partir de ce bassin minier au climat particulièrement inhospitalier, où il caille l’hiver et l’on crame l’été, une nouvelle tendance théâtrale va naître. Fadhel Jaïbi y sera le responsable de la mise en scène, d’abord collective puis conduite pratiquement sous sa houlette. Une série de pièces saura attirer le public : “Jha où l’Orient en désarroi”, “Mohamed Ali Hammi” (sur la vie du fondateur du syndicalisme), “Elborni Wel atra” (hommage au théâtre paysan de Buzatti), « Jazia la hélalienne » etc. Cinq années durant lesquelles cette jeune génération de créatures a pu jauger ses théories à l’aune de la triste réalité du terrain pour comprendre combien sa vision socialisante et d’utilité publique était en porte-à-faux avec les affres de la bureaucratie, dans une ville où il n’y avait ni scène, ni tradition théâtrale, ni vision culturelle régionale. Le même groupe commença à penser à une nouvelle démarche. Un intermède : découvrant un groupe de jeunes titubant théâtralement à la Maison de la Culture Ibn Rachiq, Fadhel Jaibi et Habib Masrouki, question de ne pas perdre la main et ce fut le plus grand succès de toute l’histoire du théâtre tunisien et la vraie découverte de Lamine Nahdi : “El Karrita”. Le Nouveau Théâtre D’abord la formation. Pratiquement le même groupe se verra confier le centre d’Art Dramatique où la formation souffrait d’une conception scolastique et plate au moment où dans le monde les techniques d’animation de groupe, de panel et de travaux corporels s’imposent devant la diction et l’étude du texte. Leur expérience a débouché sur la formation d’émules qui iront enrichir le théâtre tunisien. Et puis ce fut cet été 75, quand un groupe de théâtre totalement indépendant annonce sa naissance ; il se nomme «Le Nouveau Théâtre». Si l’hommage est rendu au classique mouvement du Boulevard Saint-Germain, il cligne de l’œil vers la Nouvelle Vague et la référence au «Groupe de Cinéma Nouveau » égyptien y est claire. Quinze ans durant, le Nouveau Théâtre est incontournable. Si on ne l’applaudit pas, on l’imite; si on n’est pas d’accord avec son discours, on reconnaît son professionnalisme et sa cohérence : Fadhel Jaïbi, Fadhel Jaziri, Mohamed Driss, Raouf Ben Amor, Jalila Baccar, Raja Ben Ammar, Taoufik Jbali, rejoints par feu Habib Masrouki, fraîchement débarqué de Paris et affublé de son diplôme de Directeur de la photographie de la prestigieuse école de Vaugirard. Les travaux et la démarche du Nouveau Théâtre se démarquent de tout le reste de la vie culturelle à travers la façon d’agir avec l’establishment et le public, l’attitude face à la critique. Dans un mélange de contestation qui frôle la hargne et la rage de tout dénoncer, leur discours est tellement incisif qu’il paraîtrait provocateur; leur introversion les fait prendre pour une secte. Les membres du Nouveau Théâtre dérangent et attirent le respect. Portrait de groupe avec femme Première œuvre “La Noce”, d’après “La Noce chez les petits bourgeois”, qui commence là où finit le texte de Brecht, va annoncer la couleur dans l’écriture, le discours, le jeu, la mise en scène et même dans l’espace de la représentation. Un duo, Mohamed Driss et Jalila Baccar, cette dernière, ayant rejoint le groupe à Gafsa depuis 1973, sera depuis cette première pièce la comédienne centrale de toutes les pièces de Fadhel Jaïbi. Ce fut la première réelle transgression du classicisme du théâtre tunisien. Une pièce calme et explosive où l’on découvre que l’acteur n’est pas seulement une anatomie scénique, mais un être à la recherche de son corps, de son cœur, des idées et d’un message. Suivra “L’Instruction”, une décharge de contestation dans l’atmosphère nauséabonde de cette fin des années 70 couvant le premier éclatement populaire en janvier 78, qui va entrouvrir les portes de la démocratie et du pluralisme. “Dernière pluie”, “Ghassalet Ennwadir” est un succès populaire, une belle fresque où le réalisme se double de métaphores qui vont rendre le personnage de Lalla Baya, une mascotte populaire. L’apothéose fut “Arab”: un réquisitoire sur l’auto-flagellation de l’Arabe, inspiré de la guerre civile du Liban et au moment où se déroule la guerre irako-iranienne. “Lam”, souvent oubliée par la critique, une pièce tout en noir au décor en fer massif qui traduit la chape de plomb que l’intellectuel portait sur sa tête, une remise en question d’un discours politique qui semble ne plus s’inscrire avec l’accélération de l’histoire. “Al Awada” est une gageure où le travail s’est recentré sur la dissection du milieu de la chanson. Il ne faut pas oublier “L’héritage”, donnée quelquefois et qui, si elle était une sorte de flop public, pousse à la réflexion. La première innovation du Nouveau Théâtre est le texte et sa respiration, l’espace et son occupation, le comédien et sa direction, le discours et le non-dit. Si le Nouveau Théâtre était une donnée fixe lors des quinze années de son existence, il n’en a pas moins mené large dans sa quête de l’espace adéquat pour une nouvelle éducation du public. “La Noce” fut donnée la première fois à la regrettée Galerie Yahya, une Galerie d’Art au parquet tellement bien ciré que le spectateur se trouve astreint à un recueillement imposé par le grincement de ses chaussures. “L’Instruction” est donnée au Théâtre de Hammamet sur un sarcophage en bois noble sous une lampe à la lumière chiche. “Pluie d’automne” a élu domicile dans un petit cinéma de quartier, en plein milieu des marchands de friperies, désaffecté et transformé en théâtre se jouant sur une longue estrade où le public se place autour de ce podium: une miniature de la cartoucherie de Vincennes quand elle présente les pièces d’Ariane Mnouchkine. “Arab” a renversé le flux du public et joua à guichets fermés. En sauvant la Cathédrale de Saint-Louis juchée sur les cimes de Byrsa, là où Virgile fait immoler Didon et où les médiévistes font trépasser Saint-Louis, le dernier des Croisés. Habib Masrouki quitte le Théâtre et le cinéma en choisissant de démissionner de la vie. Quelle perte ! Mohamed Driss ira arpenter le monde et monter l’un des premiers One-man show avec « Salut l’Instit» et fonde avec Tawfik Jbali un nouvel espace théâtral dont s’enorgueillit le Théâtre tunisien en tant qu’espace indépendant et expérience théâtrale singulière, après avoir fondé avec Raja Ben Ammar et Moncef Sayem le Théâtre Fou. On parle d’un théâtre tricéphale. Les deux Fadhel Jaïbi et Jaziri et Jalila Baccar continuent donc avec “Arab” et “Al Awada” et un film tiré de “Arab”. On parle de l’ère des deux Fadhel dont le théâtre draine le public, le fidélise et s’exporte en Orient et en Occident. Duo ou duel ? Qui sait ? En tout cas en les voyant travailler, Fadhel Jaziri et Fadel Jaïbi paraissaient comme deux palmiers à la souche commune dans un désert théâtral de fin des années 80. Comme Don Quichotte et Sancho sur le célèbre dessin de Picasso. Mais qui est Don Quichotte, qui est Sancho parmi les deux ; en tout cas ils sont comme ce fameux Ghost dans “Henri IV” de Shakespeare, on ne sait pas qui est le corps et qui est l’ombre. En 1990 les rapports entre Fadhel et Fadhel sont comme les personnages de la chanson de Brel dans son dernier disque “Orly”. Ils se confondent, se fendent en deux, se détachent et se rapprochent pour se séparer. On parle dans la rue théâtrale de séparation qui sonne le tocsin de l’enterrement du « Nouveau Théâtre ». Non ! C’est vraiment quasi-mythologique, il fallait se séparer et sur les cendres de cette séparation naîtront deux Phénix, chacun s’adonnant à sa vision théâtrale. Quand le Nouveau Théâtre était un groupe, on le comparait à une ruche d’abeilles formée uniquement de reines toutes ouvrières. Les apiculteurs vous diront que quand il y a plus d’une reine dans une ruche on ne se sépare pas, on ne s’entre-tue pas, mais on essaime pour multiplier les ruches. Le coup de pied donné par la praxis dans la fourmilière du Nouveau Théâtre a parsemé la scène théâtrale par le miel de ces abeilles et a permis l’enrichissement et la confrontation. Familia Fadhel Jaïbi continue en famille, il vit désormais avec Jalila Baccar et monte sa propre troupe théâtrale : Théâtre Familia. Ce n’est pas un théâtre familier, mais une nouvelle approche peu familière. Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar imaginent ensemble, travaillent ensemble et signent ensemble trois merveilleuses pièces “Commedia”, “Familia” et “Les amoureux du café Désert” ; suivront “Jounoun” et “Quamsoun” , où le talent de Fadhel Jaïbi va paraître sous un grand jour après avoir été dissous et diffus dans le travail théâtral accompli en groupe, que les spectateurs d’Orient et d’Occident apprécient et que les lourds dossiers de presse affirment et qu’un jour des études fondamentales, hélas très rares chez nous, confirmeront. L’esprit de famille, on le trouve à un autre niveau de la carrière de Fadhel Jaïbi. Pour lui, le cinéma est le théâtre ne sont que deux rameaux sur la même branche, deux biefs versant derrière la même écluse de l’imaginaire. Depuis “La Noce”, le cinéma et le théâtre vont se côtoyer, s’alterner et se compléter chez Jaïbi. “La Noce” fut tout de suite portée à l’écran. Ce ne fut pas du théâtre filmé à l’anglaise, mais une traduction du discours scénique en un discours filmique. « La Noce », film en noir et blanc, ne manquera pas d’attirer l’attention du public ; la critique, plus particulièrement ceux qui ne savaient pas qu’il s’agissait d’une adaptation. Le résultat: un film proposant une approche singulière dans le cinéma sous le regard strident de feu Habib Masrouki, une recherche sur les rapports entre le son et l’image, pluie, obscurité, silence, ombre, chuchotement et lumière à la recherche du difficile rapport paradigmatique entre champs et contre-champs, une polyphonie de la profondeur de champs digne de l’approche de Welles dans le Procès. «Arab», spectacle endogène en vase clos qui, telles les fleurs carnivores, engloutissant leurs spectateurs à l’intérieur de son obscurité, ne pouvait continuer à vivre que sous forme de film. Un film dérangeant, inclassable, largement primé qui a fait dire au célèbre critique Serge Daney que « Arab est la première entorse au discours cinématographie arabe ». « Les Amoureux du café désert » est un prototype de ces textes qui est à notre sens la quintessence d’une expérience de trente ans où le lecteur découvrira la douceur du style mariée à la violence du sens. Comme le seront “Jounoun” et “Kahmsoun”. Si l’on a déjà vu la pièce, c’est un régal de lire ce texte. Si on le lit pour la première fois comme on lit une fable, c’est une délicieuse découverte. Car un texte écrit en images, écrit sous forme compacte, incrusté de métaphores, remodelé au moment de la mise en scène passant du dialectal à travers le théâtral au français, n’en fait qu’une écriture magique et inhabituelle. Lisez le texte des pièces , il y a beaucoup à voir. L’esprit de famille est à souligner dans le rapport de Fadhel Jaïbi et Mahmoud Ben Mahmoud, cousins maternels qui ne cessent de discuter en famille, d’échanger des idées et de débattre des théories, caresser des rêves et parfois concrétiser des projets comme ce fut le cas dans « Chichkhane », film pratiquement écrit et réalisé par Mahmoud Ben Mahmoud et Fadhel Jaïbi où magistralement Jalila Baccar, révéle une comédienne de cinéma qui s’inscrit entre Anna Magnani et Anouk Aimé. Désormais on peut parler d’une école de théâtre tunisien, dite de Fahdel Jaïbi ? Celui-ci s’est imposé à travers une devise qu’il ne cesse de répéter : « Je ne sais pas ce que je veux, mais je connais certainement ce que je ne veux pas ». L’ŒUVRE ET LA DÉMARCHE Ceux comme l’auteur de ces lignes qui ont eu la chance de suivre toute la production de Fahdel Jaïbi peuvent tirer des conclusions certainement hâtives, car l’analyse de l’œuvre de cet auteur-créateur nécessite un attirail critique plus fournis et des outils d’analyse plus affûtés, mais d’ores et déjà, nous nous permettons de dégager que Fadhel Jaïbi travaille sur une plate-forme formée de trois paradigmes: Rigueur, Douleur et Dire. Rigueur Une constante dans l’œuvre de Jaïbi est que toutes ses créations sont des pièces compactes, totalement nettoyées. Aucune fausse note, aucun hiatus rythmique, et aucune redondance gratuite n’y apparaissent, telles les symphonies où chaque note trouve sa place dans l’harmonie et le sens. Mais la rigueur chez Jaïbi n’est pas synonyme d’asepsie professionnalisante, comme dans certains théâtres où les règles académiques cachent l’exemption et la transgression… Mais il y a toujours une touche de génie, comme la note bleue de Chopin, qui différencie un bon instrumentaliste d’un virtuose. Les scènes inoubliables de métamorphose de faciès de Jalila Baccar dans “Familia” en sont l’exemple, l’utilisation de la notion du cadrage cinématographique dans la même pièce en est aussi un prototype éloquent. Rigueur dans le discours, rigueur dans la langue, dans le gestus et la lumière ; dans la direction des acteurs et l’occupation de l’espace et, enfin, rigueur dans le rapport de tous ces éléments ensemble. Travail d’orfèvre doublé de celui d’un sidérurgiste. Fadhel Jaïbi est connu comme stakhanoviste de la répétition, chaque pièce nécessite une année de travail en huit heures par jour en huis clos. Alors ses personnages finissent comme ceux de Rodin -surtout dans les baisers- où la rigueur du marbre est domptée par la grâce du mouvement. Ses tableaux sont comme ceux de Goya , dans le fameux tableau “Chronos mangeant Jupiter” et celui de Géricaut , dans “Le radeau de la Méduse” ; sont à la fois dessinés par la dureté des scènes et des personnages qui s’entremangent et grâce à des touches qui font dissoudre la douleur de la violence du regard dans l’élégance du style. Douleur Comme la délivrance, la création est souvent douloureuse, chez Jaïbi le travail se fait souvent dans la douleur. Douleur dictée par un indescriptible souci de perfection. Une quête d’absolu. Ce à quoi rêve tout créateur qui se fait violence sur soi-même avant d’imposer ses règles à ses matériaux : textes, scène et comédiens. Sa démarche dans la direction des comédiens est à la fois kazanienne dans Actor’s Studio, et chahinienne qui se transmet à travers l’amour. L’acteur chez lui est une matière première qu’il faut pétrir, malaxer, modeler, remodeler lui donner une forme, lui insuffler une âme pour en tirer un personnage. Il travaille toujours en vase clos dans le noir comme dans une chambre noire où l’obscurité assure la netteté de l’image. Sa méthode est semblable à celle que décrit Balzac quand il a dit : « Je vis le plus dur du despotisme, celui que l’on exerce sur soi-même, je travaille tout le temps. » Travailler dans la douleur corporelle, physique ou même psychique n’élimine pas le fait que Jaïbi, excellent pédagogue, décompresse quand il ponctue ses répétitions par une formation théorique à la Platon, sur le temps en marchant, et par des exercices de maïeutique à la Socrate pour que le comédien se découvre lui même et de se rappeler comme disaient les Grecs anciens : « La répétition est la mère du savoir ». Le travail est donc formation-recherche-création. Avec lui on désapprend puis on apprend. Prototypes, ces étudiants de l’Institut du Théâtre qui jouent dans les trois dernières pièces de Fadhel Jaïbi et qui, forts de leur formation livresque, découvrent le Théâtre quand Jaïbi leur comble les interstices vides de leur formation par ce ciment que seuls les maîtres en connaissent les arcanes. Alors la douleur devient exquise, délice et le travail en continu devient une quête de nirvana de perfection à la découverte de ses propres performances. Ceci n’entache en rien le travail de Jaïbi de formalisme qu’engendre parfois le rigorisme professionnel. Car rigueur et douleur sont employées au service du discours : le dire. Dire Le théâtre de Fadhel Jaïbi a cette particularité d’être double : bi-imaginaire, il imagine avec Jalila Baccar ; bi-créatif, il est auteur-metteur en scène et bivectoriel : homme de théâtre et cinéaste. S’il accorde dans son théâtre une importance capitale à la scène, à l’improvisation, à la recherche au moment des répétitions, il n’en est pas moins soucieux que le texte doit être écrit. Rigoureusement écrit. Son théâtre est-il un théâtre à texte ? Oui. Mais un méta-texte, un prétexte et surtout et essentiellement un discours. Donc écrire chez Jaïbi est dire. Tout ce que dit Barthes sur la relation des compressions des signes avec la fluidité gestuelle s’applique au discours de Jaïbi. D’abord une règle générale chez ce créateur au courage inhabituel : rien n’est tabou. Corps, politique, religion, famille, sexe, jeunesse, vieillesse, art etc, tout doit être dit. Sans stéréotypes ni slogans, et sans vulgarité. Un périlleux exercice de finesse de la dénonciation: dénoncer, focaliser, souligner est l’essentiel dans le théâtre de Fadhel Jaïbi ce qui lui a valu de concilier le théâtre tunisien avec son public. Ce public qui a déserté les théâtres à partir du début des années 80 quand l’amalgame entre idéologie et art, aidé par les pertes des références, les chutes des idéologies et la sociologie de l’échec que vivait le Tunisien lors du troisième décade de l’indépendance. Jaïbi invente un théâtre comme il aime à répéter. Les textes de Fadhel Jaïbi, comme celui des “Amoureux du café désert”, se démarquent par une nouvelle facture linguistique. D’abord anoblir le dialectal pour le hisser au statut d’un vrai support de discours artistiques. L’écriture chez Jaïbi n’est pas un acte qui consiste à égrener des phonèmes en kyrielles de mots et former de chapelets sémantiques. L’écriture, avec le “Nouveau Théâtre”, se révéla un éclatement du son à la recherche du sens. Un travail méticuleux sur la voix. La technique du mono-monème (souvent un mot par ligne, un mot une courte phrase par souffle) engendre une polyphonie où le phonème n’est guère uniquement un item du champs sémantique, mais un élément d’une charpente formée de mots, cris, souffles et silences. C’est en quelque sorte la structure des cristaux de la voix. D’où cette magie du discours à travers des bourrasques de sons suivies de plages de silences auxquelles Fadhel Jaïbi incruste ces non-dit que seules les composantes théâtrales peuvent ajouter à un texte pour qu’ils se transforment discours et théâtralité. Abdelkrim Gabous (Source : « Réalités » (Magazine hebdomadaire – Tunis), N°1117 du 24 mai 2007)  

Reporters sans frontières

LES INTERNAUTES ABONNES AU FOURNISSEUR D’ACCES MAROC TELECOM NE PEUVENT PLUS ACCEDER A YOUTUBE

 

Reporters sans frontières s’inquiète du blocage du site de partage de vidéos YouTube,  inaccessible depuis le 25 mai aux internautes connectés via le fournisseur d’accès Maroc Telecom.
Les raisons du blocage ne sont pas connues avec certitude. Maroc Telecom, contacté à plusieurs reprises par Reporters sans frontières, n’a pas donné suite à ces appels. Néanmoins, l’organisation a appris selon un journaliste européen que l’attaché de presse de la société Maroc Telecom aurait affirmé qu’il s’agit d’un « problème technique ». « On est en droit de se demander comment ‘un problème technique’ peut affecter un seul site. Par ailleurs, aucune déclaration officielle n’est venue asseoir cette thèse. Or, nous rappelons qu’un blocage de site est illégal s’il n’est pas la conséquence d’une décision judiciaire », a déclaré Reporters sans frontières. Les internautes abonnés à Wana et Meditel, fournisseurs d’accès privés moins importants, peuvent toujours y avoir accès. Parmi les hypothèses envisagées, le blocage pourrait être la conséquence de la mise en ligne de vidéos montrant de jeunes manifestants sahraouis. D’autre part, le blocage de site n’est pas nouveau au Maroc. Google Earth et Livejournal sont inaccessibles depuis l’année dernière. Et en décembre 2005, des sites proches du mouvement indépendantiste sahraoui Front Polisario avaient déjà été bloqués (http://www.rsf.org/article.php3?id_article=15808).
 


Espagne : coup de filet anti-terrorisme islamiste

 

 
 . 15 personnes soupçonnées de faire partie d’un réseau d’envoi de moudjahidine hors d’Espagne ont été arrêtées en Catalogne. . Depuis les attentats dans le Maghreb, l’Espagne est particulièrement vigilante face aux menaces.
– le 28/05/2007 – 15h14 La police espagnole a réalisé lundi un coup de filet anti-terroriste dans les milieux islamistes, procédant à 15 arrestations, principalement en Catalogne (nord-est). Le réseau démantelé « effectuait un travail de prosélytisme et d’endoctrinement par l’enseignement radical des préceptes islamiques, à travers l’exaltation du jihad », a rapporté le ministère. Parmi les 15 personnes interpellées, toutes « accusés de délits d’intégration d’une organisation terroriste », figurent treize Marocains et deux Algériens, selon le communiqué.
Aucune des personnes arrêtées n’est mineure, selon le ministère de l’Intérieur, contrairement à une première information faisant état lundi matin d’au moins un mineur parmi les interpellés. Les personnes interpellées sont soupçonnées d’être liées à « diverses organisations terroristes implantées dans le nord de l’Afrique et dans d’autres pays » comme l’Irak, auxquelles elles auraient envoyé des combattants et qu’elles auraient aidé à financer. Reconquête
Depuis plusieurs mois, et plus particulièrement depuis les attentats perpétrées par la branche d’Al-Qaïda dans le Maghreb, au Maroc et en Algérie au mois d’avril, l’Espagne est particulièrement vigilante face à la menace islamiste. Le groupe terroriste a plusieurs fois mentionné dans ses récents communiqués Al Andalus, la péninsule ibérique sous domination musulmane entre les VIIIe et XVe siècle, comme référence mythique et territoire à reconquérir par le Jihad. Ce coup de filet intervient alors que se déroule depuis mi-février dans la capitale le procès des 29 accusés des attentats islamistes de Madrid du 11 mars 2004 (191 morts et 1.824 blessés), qui avaient été revendiqués au nom d’Al-Qaïda. Ce procès doit s’achever à la mi-juillet. Le jugement devrait être rendu courant octobre. Avec agence
(Source: Le site du TF1 le 28 mai 2007)


Entretien avec Azzedine Layachi

« Seule la question sécuritaire est essentielle pour les Etats-Unis »

Comment évoluent les relations entre les Etats-Unis et le Maghreb ?
Depuis le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont rompu avec une approche bilatérale. Ils ont englobé le Maghreb dans leurs initiatives sur l’Afrique et le Grand Moyen-Orient arabe, et mis en avant un projet multidimensionnel touchant à l’économie, la politique, la culture… Ils veulent améliorer leurs relations avec les gouvernements et leur image dans l’opinion publique. Mais jusqu’ici, cette stratégie globale n’a pas été mise en oeuvre : seule la question sécuritaire est apparue essentielle.
Dans ce domaine, la relation n’a jamais été aussi forte entre Alger et Washington. Les Algériens ont l’expérience de la violence des groupes armés, de leurs réseaux et de leurs façons de travailler. Les Américains, en échange de cette connaissance, leur ont fourni l’assistance que les Européens avaient refusé d’apporter dans les années 1990. Au Maroc, les relations sécuritaires existent depuis les années 1950 ; les Etats-Unis essaient maintenant de les renforcer.
Et sur le plan économique ?
Le Maghreb conserve des relations privilégiées avec l’Europe en général et la France en particulier. Soixante-cinq pour cent des échanges sont réalisés avec le Vieux Continent ! Le commerce américano-maghrébin se limite aux hydrocarbures algériens. Contrairement aux Européens, les Américains ont continué, pendant la guerre civile algérienne des années 1990, à signer des contrats d’exploration, établissant même une liaison aérienne directe entre Houston, au Texas, et Hassi-Messaoud, dans le Sud algérien. Mais ils ne sont pas très intéressés par des investissements dans d’autres secteurs. L’ouverture économique algérienne avance en effet très lentement. Les entreprises américaines sont de plus en plus nombreuses à se rendre à la Foire d’Alger, mais la lenteur des réformes économique et du système bancaire ainsi que les blocages bureaucratiques ne les incitent pas à aller plus loin.
Au Maroc, les réformes avancent plus vite, mais les lourdeurs administratives empêchent souvent de concrétiser les promesses de l’ouverture. Signé en 2004, l’accord de libre-échange américano-marocain devrait accélérer les choses, mais cela prendra du temps. Les entreprises locales s’inquiètent d’une invasion de produits américains. D’autant qu’elles vont être aussi confrontées à la concurrence européenne en raison de l’accord de libre-échange avec l’Union qui doit entrer en vigueur d’ici à 2015.
Pourquoi les Etats-Unis n’arrivent-ils pas à élargir leur approche ?
Au Maghreb, les Américains marchent sur des oeufs. Pour préserver la coopération sécuritaire avec tous, ils essayent de n’en casser aucun. Ils voudraient bien que le conflit entre le Maroc et l’Algérie au Sahara occidental soit résolu, mais ils ne veulent froisser ni les uns ni les autres… De même, la question de la démocratie et des droits de l’homme est évoquée, mais elle reste secondaire devant la « guerre au terrorisme ». Une ouverture démocratique soudaine et sérieuse des systèmes politiques maghrébins risquerait de déstabiliser certains pays, comme on l’a vu en Algérie en 1989. Les Américains devraient sans doute réfléchir à la possibilité d’inclure des islamistes modérés dans le jeu politique, compte tenu de la forte popularité de cette mouvance, en particulier au Maroc, et de s’inspirer d’un scénario du type turc, même si les pays sont différents. Or ils ne semblent pas actuellement l’envisager.
Le Maghreb a-t-il intérêt à établir une relation plus étroite avec les Etats-Unis ?
L’apparition d’une élite plus ouverte sur le monde succédant à celle qui a dirigé ces pays après les indépendances marque un tournant. S’ils discutent non seulement avec l’Europe mais aussi avec les Etats-Unis ou la Chine, les pays du Maghreb auront plus d’options et de capacité de négociation.
Propos recueillis par Adrien de Tricornot —————————— CV 1998 Azzedine Layachi, titulaire d’un PhD de relations internationales (Université de New York), publie Economic Crisis and Political Change in North Africa (Praeger Publishers), non traduit. 1990 Il devient professeur de sciences politiques à la St. John’s University à New York, où il enseigne toujours, ainsi que dans son antenne de Rome. Il est notamment spécialisé sur le Maghreb, le Moyen-Orient, l’Afrique, ainsi que sur la politique étrangère des Etats-Unis. (Source : « Le Monde » (Quotidien – France), le 29 mai 2007)

 


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