25 août 2006

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2286 du 25.08.2006

 archives : www.tunisnews.net


Omar Khayyam: Tunisnews bombardée avec des missiles basés en RFA Balha Boujadi: Comment osent-ils parler de liberté ?

Sami Ben Abdallah: Après les campagnes de dénigrement contre les contestataires politiques, le journalisme sportif est victime des mêmes maux.

Le Temps : Crise de la LTDH – Taieb Baccouche: « Instaurer un dialogue continu et fructueux entre la ligue et le pouvoir exécutif»

ATS: Droits de l’homme, fin de la sous-commission de l’ONU AFP: Plus de 50% des Britanniques pensent que l’islam menace l’occident Reute: USA – Les Arabes et les Musulmans gagnent moins depuis le 11/9 AFP: Intégration: Londres veut un débat « sans censure » sur le multiculturalisme AFP: La France compte près de cinq millions d’immigrés AFP: GB: un soldat se suicide pour ne pas tuer « des enfants » en Irak (presse) Sadek Hadjerès: Forger ENSEMBLE les armes politiques dune résistance décisive

Gilles Kepel: L’échec de la stratégie Bush

 
 

Cliquez ici pour accéder au reportage exceptionnel de l’AISPP sur la catastrophe humanitaire des prisonniers politiques Tunisiens 


Notre ami Omar Khayyâm a désormais son blog ! A consulter absolument  sur: http://omarkhayyam.blogsome.com

Tunisnews bombardée avec des missiles basés en RFA

Omar Khayyam Est-ce vrai que les Tunisiens sont paresseux? Moi, j’ai la preuve du contraire: il y a une équipe qui non seulement travaille jour et nuit mais aussi 365,25 jours par an ! Il s’agit de l’équipe de Tunisnews. Si cette lettre d’infos quotidienne a été attaquée, c’est qu’elle  dérange  les flics de la Dakhilia. Trop de travail pour ces pauvres fonctionnaires. Trop de textes à lire, à étudier et à classer. Comme je les comprends. Tunisnews ne leur accorde aucun jour de congé. Ils veulent aussi briser ce lien précieux, presque magique, qui « connecte » les Tunisiens « non-lobotomisés », qu’il soient en Tunisie, en Nouvelle Zélande, en Argentine, en Afrique du Sud ou au Canada. Une Tunisienne a dit il y a quelques années: « Ben Ali a brisé l’âme de mon peuple ». Peut-être exagère-t-elle, mais en tout cas l’âme de Tunisnews n’est pas brisée. (Source : le blog de O. Khayyam, le 24 août 2006)

Chers amis Je ne sais pas si ça marche ou non ce courrier, mais j’espère vous faire entendre ma voix pour vous souhaitez bon courage et j’espère que les choses rentreront en ordre et qu’on puisse encore respirer un peu de liberté à travers votre et notre Tunisnews. A bientôt BALHA BOUJADI Bonjour Chers amis, Je vous réitère mon soutien total à la suite de l’attaque criminelle dont vous étiez l’objet Cordialement                                         Rachid Khechana
 

COMMENT OSENT-ILS PARLER DE LIBERTÉ ?

BALHA BOUJADI J’ai suivi le « feuilleton » de Cheikh Hedi Brik sur la femme tunisienne qui a fêté le 50ème anniversaire du CSP, l’une des œuvres maîtresse de l’esprit moderniste de la génération de l’Indépendance et de Habib Bourguiba. Ce Bourguiba qui a encaissé tellement des claques de la part de ce Cheikh intégriste qui parle de la liberté de la femme dans le projet islamiste avec autant d’audace qu’il doit être ou bien dérangé d’esprit, ou que les mots ont perdu leurs sens. Comment osent-ils, ces gens-là, de parler de la liberté de la femme alors que, dans la conception islamiste, elle n’a aucun droit sauf celui de choisir l’heure de son suicide. Quand Bourguiba a fait le geste symbolique d’enlever le « safsari » à une femme en pleine rue, c’est tout le projet de société qu’il a inauguré pour ce pays qui, malgré tout vos manigances et complots, restera toujours penché vers l’avant, vers le progrès et la modernité, ces mots qui vous font frémir car vous ne savez que marcher en reculant. Votre littérature et idéologie archaïques ne cessent de nous sommer tout le temps que nous devons s’attacher à notre dimension arabo-musulmane et à notre langue et à nos traditions et à nos coutumes ancestrales, comme si le monde est statique et ne bouge plus depuis les temps de Haroun Errachid… Moi je me demande pourquoi ces barbus ne parlent jamais de notre dimension méditerranéenne ? Est-ce qu’ils oublient qu’on voit l’Italie depuis Kélibia (alors que l’Arabie Saoudite est à 4.000 Km?), et que  Malte parle une langue à 80% tunisienne ? Et qu’en Espagne on parle une langue qui possède 4.000 mots d’origine arabe ? Et que sur notre terre il y’a plus de 200 monuments romains dont Carthage l’une des plus grandes civilisations du monde antique ? Qu’est-ce qu’on fait avec cette histoire, monsieur Hedi Brik? On la jette à la poubelle pour vous faire plaisir à vous et à vos compères obscurantistes? Ce chantre de la liberté de la femme qui, sournoisement, ne voit en elle qu’une honte « Aoura » n’a pas le droit de parler de liberté car il doit changer sa petite cervelle mille fois avant de concevoir l’égalité entre la femme et l’homme, et pour qu’il apprenne une fois pour toute que sans égalité il n’y a ni liberté, ni dignité, ni démocratie, ni droit de l’homme, ni progrès, ni modernité. Pour ce démagogue de Deutschland, la femme n’est libre que lorsqu’elle choisit de porter le voile, mais elle n’est plus libre quand elle choisit de se révolter contre les chaînes des traditions médiévales, de crier son existence, d’affirmer son être, d’envoyer balancer les discours moralistes des gens des cavernes (comme le cheikh Brik), de posséder son corps, de déterminer son destin, de choisir son mari, d’avoir son autonomie financière, de travailler, de critiquer, de hausser la voix pour défendre ses intérêts… C’est ça le projet Bourguiba qui vous fait peur et qui, malgré tout, reste enraciné dans l’esprit et le conscient et le subconscient des tunisiens. Bien sûr, vous avez profité d’une crise politique de fin de règne et d’un système policier qui a muselé la culture et la liberté d’expression qui ne s’exerce que dans les mosquées, là où vous prêchez votre idéologie répugnante qui tue tout élan de liberté, la vraie, et non pas la liberté de porter le voile. Votre liberté voilée est une farce comme tout votre projet de société enraciné dans la culture de la haine et des conquêtes, et comme l’a dit à « Libération » Mohamed Kacimi (10/12/2003), « Le hijab est l’étoile jaune de la musulmane, et toute musulmane est une juive que chaque fondamentaliste rêve de déporter cinq fois par jour ».  C’est-à-dire que le hijab n’est que le symbole de l’effacement et de l’abolition virtuelle de la femme conçue comme un être inférieur. Vous pouvez écrire votre feuilleton en mille épisodes, mais vous ne pouvez jamais convaincre les tunisiens que Bourguiba a eu tort, au contraire, il peut mourir en paix car tous les défauts qu’il avait eu peuvent être pardonnés pour le seul fait d’avoir promulgué cette loi libératrice.  Quant à votre « liberté », vous pouvez faire avec ce que vous voulez, mais elle est caduque et périmée comme toute votre idéologie. Vous avez la chance de profiter des pauvres gens sans projet, sans perspective, soumis à un régime totalitaire et qu’ils n’ont pour unique espace de respiration que la religion et la spiritualité primaire. Comme l’a dit Marx, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Par conséquent vous pouvez bégayer autant que vous voulez, mais le courant de l’histoire tire vers l’avant et jamais vers l’arrière, vous pouvez freiner sa marche un an ou même des décennies mais il vous écrasera sous ses marches comme des parasites sans importance. BALHA BOUJADI, le 25 août 2006 balhaboujadi@yahoo.es

Tunisie

Après les campagnes de dénigrement contre les contestataires politiques,

le journalisme sportif est victime des mêmes maux.

 

« ….Quel est votre avis sur ses péripéties dont le football est le grand perdant car le lecteur est manipulé entraîné dans des fausses vérités sous le sceau d’une soit disant liberté de la parole et de la Presse. Que pensez vous des journalistes tunisien en général. Sont-il digne de confiance ? Font –ils leur boulot correctement ou sont ils la cinquième roue du carrosse condamnés à être toujours à la traîne du football tunisien…Toujours déphasés, en porte a faux par rapport à la réalité….. » (Extrait)

 

 

Luttes de clans, manœuvres des proches du pouvoir pour retourner au devant de la scène médiatique…

Depuis la démission de M. Slim Chiboub, sous la pression des supporters, il y a deux ans, L’Espérance Sportive de Tunisie est victime de campagnes de dénigrement à répétition.

Au Club Africain, le pouvoir a mis la majorité des Supporters devant le fait accompli en « désignant » M. Kemel Idir comme président du Club 3 jours avant l’Assemblée générale  » élective « . Et ce dernier, qui a déclaré que M. Imed Trabelsi est l’avenir du Club Africain, semble déjà avoir désigné son successeur.

Ainsi vient le tour de l’Espérance Sportive de Tunisie….

( les Commentaires ainsi que la sélection des deux articles sont ceux de Sami Ben Abdallah

sami_tunisie_soir@yahoo.fr

 

 

 

L’Espérance Sportive de Tunisie dans la tourmente

Les attaques fusent de partout

 

 » Les chiens sont lâchés  » comme qui dirait feu F. Mitterand

 

L’Espérance Sportive de Tunisie se trouve depuis quelques temps dans l’œil du cyclone. Les vindictes et les diatribes venant et véhiculées par une certaine Presse nous rappelle le décor planté l’an dernier et matérialisé par des attaques assassines envers le Club Africain. Mais a quoi carbure la Presse en Tunisie.

Mis à part la monnaie , ce nerf de la guerre qui amène des personnes à vendre leur pères et mères au lieu de se taire ! Qu’est ce qui est à l’origine de cette campagne orchestrée contre l’Espérance par des journalistes manipulés sinon mu que par l’appât du gain !

Dernièrement, à l’issue du match Etoile Sportive du Sahel (ESS)- Espérance Sportive de Tunisie (EST), M.Moez Driss a convié M. Aziz Zouhir à un dîner dans le cadre enchanteur d’un restaurant à El Kantaoui. Quelle ne fut l’indignation de lire dans un journal en langue arabe le lendemain le titre suivant :  » Aziz Zouhir et Moez Driss fête la défaite « ( yahtafilani bil hazima !!)

Plus pernicieuses encore, les allégations du journal le Temps a travers son pivot Raouf Khalsi. Ce dernier mu par des raisons et des intérêts purement financiers a reçu des instructions par son patron (le propriétaire du journal) de ne jamais mentionner le nom du Psdt de l’EST…Seulement le Président de l’EST !!! Mis a part cela il en rajoute une couche je cite :  » Le Président de l’EST et son vice….Pour ceux qui savent lisent entre les lignes c’est carrément inacceptable, irrespectueux et pervers.

La diffamation ne s’arrête pas la. Le branle bas de combat est d’un tout autre poids. Les blessures anodines des joueurs de l’EST seraient du, selon un autre journal en langue arabe à un mépris et une nonchalance volontaire des médecins de l’EST envers leur devoir d’efficience ! Il n’en n’est rien. L’EST dispose de 10 médecins (podologue, chirurgiens, orthopédiste etc…) monopolisés et volontaires qui prennent leur travail à cœur…D’ailleurs leur collecte de quelques 100 000 DT en faveur de l’EST en est la parfaite illustration. Il se trouve juste que les blessures musculaires sont le lot quotidien des grandes associations malgré le suivi y afférent, et la prévention inhérente au innombrables contrôles soumis aux compétiteurs de l’EST.

La vindicte ne s’arrête pas la…Loin de la. Une pétition circule sous le manteau afin de destituer tout le staff technique et administratif de l’EST. Bizarre venant de personnes ayant vibrés quand l’EST a remporté le doublé !! Une contre pétition circule aussi…L’objectif de la première est de rassembler 500 000 signatures…C’est le bluff que nous relate Raouf Khalsi ce corbeau doublé d’une casquette de caméléon mu que par son instant de survie aux basques du boss du journal son maître es- déontologie et honnêteté intellectuel à savoir le proprio du journal !

Pourquoi ? Parce que de source digne de foi…Aziz Zouhir et Nabil Chaibi ont refusé d’augmenter leur quota publicité en faveur du journal le Temps, et ce pour ne pas pénaliser les autres journaux de cette manne financière vitale pour les journalistes. Mais le Temps voulait tout le gâteau…il n’aura que les miettes par vice de gourmandise !! Chantage fût proposé par ce journal et ses trublions au dépend d’une présentation soignée sur l’EST sur ses colonnes…Un refus poli fût rétorqué…Les grandes équipes ne mangent pas de ce pain la !

Voilà les amis la triste réalité d’une certaine Presse sportive a sensation dont le Club Africain fût aussi l’une des victime l’an dernier. Quel est votre avis sur ses péripéties dont le football est le grand perdant car le lecteur est manipulé entraîné dans des fausses vérités sous le sceau d’une soit disant liberté de la parole et de la Presse. Que pensez vous des journalistes tunisien en général. Sont-il digne de confiance ? Font –ils leur boulot correctement ou sont ils la cinquième roue du carrosse condamnés à être toujours à la traîne du football tunisien…Toujours déphasés, en porte a faux par rapport à la réalité.

 

Source : Forum de discussion www.forza-ca.com

 

 

FOOTBALL :Aziz Zouhir

« Nous répondons par les actes! »

 

L’Espérance en crise? On connaît plusieurs clubs qui voudraient être à la place d’une équipe qui vient de remporter le doublé et qui a enregistré le plus gros budget de son histoire. Mais que voulez-vous, l’Espérance est un club très « convoité » et souvent courtisé, mais pas toujours d’une manière très élégante. Toujours est-il que Aziz Zouhir et Khaled Ben Yahia font face, depuis leur arrivée, à une campagne de dénigrement. En parfait gentleman, le président commente en propos très clairs : « A ce que je sache, l’Espérance vient de remporter le doublé après une saison blanche et difficile. Au bout également d’une saison dont les débuts ont été particulièrement perturbés, entre autres par le départ de Mrad Mahjoub. Cet exploit, au lieu d’engendrer l’union sacrée autour du club, a paradoxalement fait beaucoup de jaloux qui se sont acharnés à détruire ce qui est censé être une fierté pour l’Espérance. Cette campagne est d’autant plus condamnable qu’elle se fait dans les cafés et les cercles privés pour être relayée et se propager au sein de la grande famille espérantiste. Mais il est évident que je ne tomberai pas dans le piège et que je continuerai à ignorer ces fauteurs de troubles professionnels.

En revanche, j’aimerais m’adresser au public « sang et or » et faire les précisions suivantes: • L’Espérance est titulaire d’un doublé, en course pour la coupe de la CAF et a toujours pour objectif les titres locaux et la Ligue des champions

• Sur le plan financier, le club a enregistré l’un des plus gros budgets et il n’y a jamais eu autant d’argent dans les caisses.

• Le troisième volet concerne Khaled Ben Yahia, puisque c’est lui qu’on attaque et qu’on dénigre également. Khaled Ben Yahia a été l’homme du doublé. C’est vrai que l’homme a son caractère et ses méthodes, mais doit-on en vouloir à un technicien qui a atteint le maximum d’objectifs en un temps record?! L’équipe a enregistré plusieurs blessés en ce début de saison et nous sommes aussi soucieux que lui d’améliorer la qualité de jeu de l’équipe seniors et nous le lui faisons savoir. Notre devoir à nous est de mettre tous les moyens nécessaires à sa disposition pour qu’il puisse atteindre ses objectifs. C’est ce que nous faisons. Comme nous lui ferons confiance jusqu’au bout.

Ceci pour dire que le changement d’entraîneur n’est pas d’actualité, même si un comité directeur doit tout prévoir et même anticiper. Maintenant, nous ne pouvons rien contre la méchanceté gratuite. Mais que nos supporters sachent que nous sommes vigilants et qu’ils doivent l’être également pour ne pas tomber dans un piège qui fera l’intérêt des autres et sûrement pas celui de l’Espérance.

Nous, nous répondons par les actes! ».

A bon entendeur, mille saluts!

Sami AKRIMI

 

Source : La Presse reprise par le forum de discussion www.taraji.net/forum


Crise au sein de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme Taieb Baccouche président de l’Institut Arabe des Droits de l’Homme :

« Instaurer un dialogue continu et fructueux entre la ligue et le pouvoir exécutif»

Aprés avoir donné la parole à des anciens responsables de la Ligue Tunisienne pour la Dèfense des Droits de l’Homme (L.T.DD.H) et à des membres de la Commission des bons offices,voir nos précédents numéros,notre invité aujourd’hui est M.Taieb Baccouche président de l’Institut Arabe des Droits de l’Homme et ancien président de la section d’el Menzeh et d’el Manar de la LTDH.Il nous parle de la crise de la Ligue des solutions possibles et de ses fonctions. Interview : Le Temps: Quelles sont, d’après vous les  solutions pour sortir la Ligue de la crise qui la secoue ? M.Taieb Baccouche :Les solutions ne peuvent être envisagées qu’en fonction de diagnostics corrects. Il y a d’abord le recours à la justice  fait par certains responsables ou membres de sections pour régler leurs divergences avec le comité directeur de la ligue. Ce recours a connu des rebondissements qui ne manquent pas d’ambiguïtés puisqu’ il y a eu des retraits et des revirements qui entachent cette procédure.  Je me limite ici  à la forme sans émettre  de jugement sur le fond qui reste discutable et négociable. Il y a par conséquent une décision judiciaire empêchant la tenue du sixième congrès de la ligue avant d’avoir statué sur le fond de  l’affaire; le procès étant sans cesse reporté. Il y a enfin le blocage des sièges de la ligue qui entrave ses activités et son fonctionnement normal. Ce sont là les trois éléments essentiels, me semble t-il, de la crise actuelle de la ligue.          Au vu de ces éléments, la solution la plus simple et la plus pratique serait le retrait des plaintes pour cesser de faire intervenir inutilement la justice dans des affaires qui devraient être  réglées- comme il a été le cas habituellement- par le dialogue franc  et  la négociation entre toutes les parties concernées.  Il va de soi  que des catalyseurs pourraient y contribuer. Si des difficultés apparaissent, les bons offices ne manquent heureusement pas. Il suffit de penser aux anciens de la ligue et à toutes les bonnes volontés qui, j’en suis sûr, ne ménageront aucun effort pour aider à débloquer la situation. Quels sont les scénarios possibles pour une éventuelle issue à la crise ? Il serait prétentieux de proposer  des scénarios possibles ou envisageables .Cela relèverait plutôt du travail journalistique. Un responsable se doit d’indiquer des voies possibles et des orientations de nature à aider à envisager des scénarios possibles. J’en ai  déjà  cité une qui me semble la plus saine. Une telle démarche favorise le dialogue plutôt que la confrontation. Dans le cas de la ligue précisément,  ce dialogue se situe à deux niveaux : _ Un niveau interne, entre les membres de la ligue et de ses diverses structures, dans la sérénité,  la tolérance et le respect de l’autre. Il est préférable que cela se passe à l’intérieur des structures, tant qu’elles le permettent et qu’elles fonctionnent démocratiquement.       C’est en effet  le fonctionnement non démocratique qui risque de favoriser les exclusions et les scissions. _ Un niveau externe, ou la ligue a besoin d’être en contact régulier avec l’administration et les pouvoirs publics. Ces rapports réguliers devraient être la règle. Ce qu’on observe actuellement et depuis quelques années est anormal car il y a une rupture de facto qui trahit une méfiance et une suspicion qui pourraient remonter à de malheureux malentendus. Quelles sont d’aprés vous les fonctions essentielles de la Ligue ? Ce que je viens de dire débouche en effet sur  la nécessité de définir les fonctions essentielles d’une ligue des droits de l’Homme et  la nature des rapports qui devraient s’instaurer entre elle et l’administration publique. Il est évident que la première fonction d’une association de droits de l’Homme est de défendre, auprès des pouvoirs publics, les droits de personnes victimes de violations flagrantes . Toutes les administrations du monde tendent, à des degrés divers, à violer certains droits, volontairement ou involontairement. Les structures mises en place par le pouvoir exécutif ou législatif pour limiter ces abus- telles que les cellules des droits de l’Homme, les commissions nationales ou  consultatives,  les ombudsmans -peuvent jouer un rôle important, mais qui ne saurait remplacer celui d’ une association indépendante de défense des droits de l’Homme que le pouvoir exécutif se doit d’écouter, car elle remplit une fonction sociale très importante qui contribue à sécuriser le citoyen grâce à la fonction de recours qu’elle représente . Aucun pouvoir, quelle que soit sa bonne volonté ne peut tout voir et contrôler dans une administration tentaculaire  et surtout dans une bureaucratie.  Il devrait donc se féliciter de trouver des bénévoles  qui l’aident à servir les citoyens et leur  rendre justice sans qu’ils soient obligés de recourir, pour n’importe quoi,  à la  justice, dont les procédures sont longues, coûteuses et encombrantes. Il arrive qu’un pouvoir éprouve à son tour le besoin d’être sécurisé  quant à la portée éventuellement politique des revendications  formulées par une association. La défense des droits de l’Homme a certes une dimension politique réelle, mais elle ne saurait être confondue avec une action politicienne. Bref, un minimum de confiance et de respect mutuel est nécessaire pour instaurer un dialogue continu et fructueux entre la ligue et le pouvoir exécutif. Ce dialogue est incontournable pour la promotion des droits de l’Homme dans le pays. Interview réalisée par : Néjib Sassi (Source : « Le Temps » (Tunisie), le 25 août 2006)  

Droits de l’homme: fin de la sous-commission de l’ONU Elle recommande de créer un nouvel organe d’experts

 
ATS, le 25 août 2006 à 14h51   Genève (ats) Organe créé en 1947, la sous-commission de l’ONU pour les droits de l’homme a mis fin vendredi à ses travaux à Genève. Elle a recommandé, pour la remplacer, la création d’un nouvel organe d’experts indépendants.   « Le Conseil des droits de l’homme est un organe Intergouvernemental et politique. Il a besoin de l’assistance d’un comité d’experts indépendants », a déclaré à la presse le président de la sous-commission, Marc Bossuyt.   « Il serait présomptueux pour le Conseil de croire qu’il n’a pas besoin du conseil d’experts », a-t-il ajouté. Le Conseil des droits de l’homme a remplacé le 19 juin la Commission des droits de l’homme. Il est composé des représentants de 47 pays, dont la Suisse.   Examen périodique universel   Selon M. Bossuyt, le Conseil pourrait prendre une décision sur le remplacement de la sous-commission lors de sa prochaine session du 18 septembre au 6 octobre, ou en tout cas dans un délai d’un an prévu par la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 15 mars.   Le nouvel organe conseillant le Conseil devrait être composé de 26 experts, comme la sous-commission, nommés par leur gouvernement et élus par le Conseil des droits de l’homme, a précisé M. Bossuyt, pour assurer une bonne diversité des opinions et représentation géographique.   Il pourrait notamment s’occuper du nouveau mécanisme d’examen périodique universel de tous les Etats, créé en même temps que le Conseil, a-t-il indiqué. Les pays membres du Conseil doivent discuter de la création de ce mécanisme lors d’un séminaire organisé lundi par la Suisse à Lausanne.   (Source: www.tsr.ch , le 25 août 2006)
 

USA – Les Arabes et les Musulmans gagnent moins depuis le 11/9

Reuters, le 25 août 2006 à 02h13 NEW YORK, 25 août (Reuters) – Les salaires des Arabes et des Musulmans travaillant aux Etats-Unis ont chuté d’environ 10% au cours des années suivant les attentats du 11-Septembre, selon une nouvelle étude. La baisse des salaires a été la plus spectaculaire dans les zones qui ont signalé des taux élevés de crimes racistes, selon un rapport à paraître dans l’édition du printemps 2007 du Journal of Human Resources. L’étude mesure les variations de salaires chez les immigrés de première et seconde génération arrivés entre septembre 1997 et septembre 2005 en provenance de pays dont les populations sont majoritairement arabes ou musulmanes. Elle les compare ensuite aux évolutions des salaires d’immigrés avec des qualifications similaires venant d’autres pays. Le salaire moyen, qui avoisinait les 20 dollars de l’heure avant le 11-Septembre, a baissé de deux dollars après les attentats, a précisé jeudi Robert Kaestner, co-auteur de l’étude et professeur d’économie à l’Université de l’Illinois à Chicago. Cette diminution s’est poursuivie en 2004 avant de ralentir en 2005, a-t-il ajouté. Pour expliquer cette tendance, l’étude note bon nombre d’Arabes et de Musulmans ont dû se contenter d’emplois dans des secteurs moins rémunérateurs qu’avant le 11-Septembre. Après les attentats, ils ont également eu 20% de chances de moins de déménager au sein de l’Etat où ils travaillaient, ce qui pouvait affecter leur capacité à rechercher des postes mieux rémunérés. Dans les régions où la proportion de crimes racistes était supérieure à la moyenne, les salaires ont reculé de 12 à 13% après le 11-Septembre, contre des baisses de 6 à 7% ailleurs, a précisé Kaestner. L’étude a porté sur 4.300 Arabes et Musulmans âgés de 21 à 54 ans dans les 20 Etats américains où vivent 85% l’ensemble des Américains arabes et musulmans. REUTERS

Plus de 50% des Britanniques pensent que l’islam menace l’occident

AFP, le 25 août 2006 à 03h21 LONDRES, 25 août 2006 (AFP) – Plus de la moitié des Britanniques pensent que l’islam constitue une menace pour le monde occidental, un taux en hausse d’un tiers par rapport à il y a cinq ans, selon un sondage publié vendredi par le quotidien The Daily Telegraph. Selon cette enquête réalisée par l’institut YouGov auprès de 1.757 adultes, 53% des personnes interrogées estiment que l’islam, indépendamment des organisations fondamentalistes, menace la démocratie libérale occidentale, contre 32% dans un sondage similaire de YouGov effectué après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Ce sondage a été effectué après la révélation d’un complot terroriste déjoué visant des avions de ligne reliant les Etats-Unis à la Grande-Bretagne. Toutes les personnes mises en examen dans le cadre de ce complot jusqu’ici étaient des musulmans. Le taux des personnes interrogées qui estiment qu’une « grande proportion de musulmans britanniques ne ressentent pas de loyauté à l’égard de ce pays et sont prêts à couvrir, ou même à accomplir des actes de terrorisme » progresse à 18%, contre 10% après les attaques terroristes dans les transports londoniens du 7 juillet 2005. Seulement 16% sont d’accord avec l’affirmation que « pratiquement tous les musulmans britanniques sont des citoyens pacifiques et respectueux de la loi qui déplorent les attentats terroristes autant que toute autre personne », en baisse par rapport aux 23% enregistrés en juillet dernier. Quelque 65% des personnes interrogées pensent que les services de sécurité britanniques devraient concentrer sur les musulmans leur recherche de renseignement et leur lutte anti-terroriste, contre 60% il y a un an. Si seulement 14% des sondés estiment que les contrôles de sécurité devraient se concentrer sur les passagers qui ont l’air bizarre, qui agissent de manière suspecte ou qui semblent venir du proche-Orient ou d’Asie, les trois-quarts d’entre eux admettent cependant la nécessité de contrôles de sécurité renforcés avant le départ dans les aéroports. AFP

Intégration: Londres veut un débat « sans censure » sur le multiculturalisme

AFP, le 25 août 2006 à 19h50 LONDRES, 24 août 2006 (AFP) – Le gouvernement britannique a demandé jeudi un « débat nouveau et franc » sur l’intégration qui ne soit pas « censuré par le politiquement correct », alors que la Grande-Bretagne doute de son « multiculturalisme » après les attentats terroristes de juillet 2005. « Nous sommes passés d’une période de consensus uniforme sur la valeur du multiculturalisme à une autre période où nous pouvons nous poser la question de savoir s’il encourage la séparation entre les communautés », a déclaré la ministre des Communautés Ruth Kelly lors de la mise en place d’une commission sur l’intégration et la cohésion. « Dans notre tentative d’éviter d’imposer une identité et une culture britannique unique, est-ce que nous n’avons pas encouragé certaines communautés à vivre isolées les unes des autres, sans aucun lien commun qui les unisse? », s’est interrogée Mme Kelly. La ministre a ainsi affirmé avec force qu’il ne pouvait y avoir de « traitement spécial » pour une minorité ethnique ou une communauté religieuse donnée, car cela n’aboutirait qu’à encourager le ressentiment et à exacerber les divisions. Il y a des règles « non négociables » que doivent respecter toutes les communautés, « que celles ci soient arrivées récemment au Royaume-Uni ou installées de longue date ». Concernant la communauté musulmane, Mme Kelly a parlé de « défi idéologique » au sujet de la lutte contre l’extrémisme, « une forme perverse » de la foi « qui s’avère attirante pour un certain groupe de jeunes gens dans ce pays ». Selon la ministre, c’est en fait le devoir de « la majorité responsable » de marginaliser ces éléments qui cherchent à provoquer « des conflits et des tensions » au sein de la communauté. Cette commission sur l’intégration et la cohésion installée jeudi avait été souhaitée par le Premier ministre Tony Blair après les attentats de juillet 2005 contre les transports publics londoniens. En l’occurrence, les quatre kamikazes étaient des Britanniques de confession musulmane, d’origine pakistanaise pour trois d’entre eux. Cette commission doit se déplacer à travers toute la Grande-Bretagne avant de présenter ses conclusions en juin 2007. Le discours de Mme Kelly a été fraîchement accueilli au sein de la communauté musulmane. Mme Ifath Nawaz, présidente de l’association des juristes musulmans, a ainsi estimé que cela risquait d’être contreproductif et que cela pourrait « marginaliser encore un peu plus les musulmans ». « Il doit aussi y avoir un devoir pour la communauté majoritaire d’intégrer et d’accueillir la minorité, il ne doit pas y avoir des devoirs à sens unique », a réagi de son côté Mohammad Shafiq, de la fondation Ramadhan, un groupe au sein de la communauté musulmane agissant dans le domaine de l’éducation. AFP

La France compte près de cinq millions d’immigrés

AFP, le 25 août 2006 à 00h01 PARIS, 23 août 2006 (AFP) – La France, premier pays d’immigration en Europe, comptait en 2004 quelque 4,9 millions d’immigrés, soit 8,1% de la population, plus souvent venus d’Afrique et d’Asie que d’Europe, selon une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En 1990, les immigrés n’étaient que 4,2 millions et en 1999, année du dernier recensement général, seulement 100.000 de plus, mais les chiffres semblent montrer un emballement de l’immigration les cinq années suivantes, avec l’arrivée de 600.000 personnes supplémentaires. Mais Catherine Borrel, l’auteur de cette étude, estime toutefois que le recensement de 1999 avait « sous-estimé le nombre d’immigrés ». En 2004, 1,7 million venaient des 25 pays de l’UE actuelle, comme en 1999, mais la géographie bouge: Italiens, Espagnols et Polonais, issus d’une immigration plus ancienne, diminuent, les Portugais se maintiennent et les Britanniques font une percée (+ 45.000). Malgré un bond de 37% des Européens de l’Est (hors UE) par rapport à 1999, la part du Vieux Continent parmi les immigrés ne cesse de baisser: de 57% en 1975, elle est tombée trente ans plus tard à 40%. Un million et demi d’immigrés viennent du Maghreb, soit 220.000 de plus qu’en 1999, presque exclusivement des Algériens et Marocains. L’immigration en provenance du reste du monde totalise 1,4 million de personnes, 29% des immigrés (20% en 1999), un afflux dû essentiellement à l’Asie, d’abord la Turquie, et à l’Afrique sub-saharienne dont les natifs, issus des anciennes colonies françaises, étaient 570.000 (+45 % en 5 ans). La France a adopté en mai une loi sur « l’immigration choisie » qui durcit les conditions d’entrée et de séjour des étrangers sur son territoire. Selon le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, à l’origine de cette loi, entre 80.000 et 100.000 immigrés clandestins arrivent chaque année en France. AFP

GB: un soldat se suicide pour ne pas tuer « des enfants » en Irak (presse)

AFP, le 25 août 2006 à10h30 LONDRES, 25 août 2006 (AFP) – Un soldat britannique de 19 ans, sur le point d’être envoyé en Irak, s’est suicidé car il ne supportait pas l’idée de devoir « tirer sur des jeunes enfants », ont rapporté vendredi deux quotidiens britanniques. « Je ne peux pas aller là-bas et tirer sur de jeunes enfants. Je ne peux vraiment pas aller en Irak. Peu importe de quel bord ils sont. Je ne peux pas faire ça », aurait déclaré Jason Chelsea à sa mère sur son lit de mort, selon The Independent. D’après sa mère, ses instructeurs lui auraient dit qu’en Irak « des enfants de parfois deux ans portent des bombes » et que les soldats devraient peut-être tirer sur eux pour se défendre, rapporte le Guardian. « Il n’y a pas eu de cas d’attaques suicidaires commises par des enfants en Irak », reconnaît The Independent qui fait campagne contre la politique extérieure de Tony Blair et l’engagement des troupes britanniques en Irak. Le jeune homme originaire de la région de Manchester est décédé quatre jours après avoir absorbé 60 comprimés et s’être tailladé le poignet le 10 août. Des problèmes avec l’alcool, qui avait endommagé son foie, aurait précipité l’effet des médicaments. « J’estime qu’ils doivent repenser l’entraînement qu’ils donnent aux jeunes soldats avant qu’ils aillent en Irak », a déclaré la mère du jeune homme. Au total 1.541 soldats britanniques qui ont servi en Irak depuis 2003 souffrent de troubles psychiatriques, a récemment indiqué le ministère de la Défense. AFP  


Forger ensemble les armes politiques d’une résistance décisive

 Sadek HADJERES
Dure, mais d’une certaine façon féconde, a été cette fois la énième invasion étrangère d’un pays du monde arabe et musulman, autant par ses premiers résultats que par ses enseignements. Je n’aborderai pas ici ce qui s’est déroulé du point de vue, pourtant capital, des enjeux internationaux. Je me limiterai à quelques préoccupations et interrogations de l’opinion algérienne, attentive aux résonances et répercussions incontournables chez nous de ce qui se passe au Proche et Moyen Orient.
Il est évidemment illusoire de penser, et les soixante dernières années le confirment, que la récente agression du tandem impérialo-sioniste contre le Liban vient de trouver son terme avec l’adoption d’une résolution de l’ONU. Encore moins qu’elle marque le début d’une ère de paix et de justice dans la région. L’Algérie n’échappera pas aux graves turbulences de cet environnement international.
Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, l’amertume et la douleur des pertes humaines et matérielles s’accompagnent d’une heureuse nouvelle que les peuples et les progressistes attendaient de leurs vœux, tandis que les occupants et agresseurs ne la souhaitaient pas du tout.
Cette fois ci, le décompte des erreurs commises par les deux camps s’est inversé. La justesse fondamentale de la cause des opprimés a été renforcée par un comportement de la résistance en conformité avec la justesse de la cause.
Voila en effet une résistance qui, dans les conditions particulières et même compliquées de l’Etat libanais (ou peut-être même à cause de cela), a commencé à réaliser trois conditions de succès jusqu’ici défaillantes dans tout l’environnement régional.
D’abord, agissant sur le terrain d’une guérilla pour l’indépendance, cette résistance a apprécié correctement le rapport de force aussi bien militaire que politique, sans user des rodomontades dépassant les capacités réelles, de triste mémoire dans le monde arabe. Ensuite, politiquement, ses armes ont été tournées entièrement contre l’envahisseur et l’occupant et à aucun moment contre une autre formation patriotique libanaise ou arabe. Enfin elle a misé davantage sur le rayonnement de son exemple que sur la revendication du monopole politique et sur son imposition par voie autoritaire.
En ce cinquantième anniversaire du Congrès de la Soummam, nous souvenant des temps où l’Algérie était perçue comme la Mecque des révolutionnaires, c’est à notre tour de prêter attention et solidarité à ce pas en avant bénéfique. Plus que jamais, nous gagnerons à nous ouvrir aux leçons de ce drame et aux raisons de fierté et d’espoirs fondés qu’il nous donne. Sans idéaliser ni se cacher les lourds problèmes à venir (il y en aura), l’évènement peut en effet marquer un tournant si les mêmes tendances se prolongent. Il indique les horizons nouveaux d’une vraie libération, restée en panne ou fortement enlisée dans notre région du monde, maltraitée depuis des décennies par les méfaits croisés de l’emprise néocoloniale et des systèmes de pouvoir et de gouvernement post-coloniaux.
Ces réflexions me taraudaient l’esprit il y a deux semaines, lorsqu’au plus fort de la tragédie et de ses interrogations brûlantes, un journaliste grec était venu témoigner de l’immense besoin de solidarité qui montait des populations plongées dans la fournaise de l’invasion.
Leçons de courage et de dignité
Avec d’autres confrères, il était revenu de Gaza et du Liban, visiblement encore sous le coup de l’émotion et de l’indignation. Il nous a décrit la situation des familles du Sud Liban et de Beyrouth, écrasées et dispersées sous les bombes. Il avait suivi entre autres la tournée de solidarité d’une délégation du Parti de la Gauche Européenne (formation composée de dix sept partis membres et huit partis observateurs, provenant les uns et les autres de 20 pays de l’Europe géographique). Il avait suivi aussi une initiative du Forum Social Grec dont la délégation s’était rendue dans les deux pays agressés ainsi qu’en Syrie.
Les populations, dit-il (dont près d’un million de déplacés et réfugiés), vivent sous un stress permanent, torturées par la faim et la soif. Mais dans leur malheur, les gens gardent leur dignité et clament leur haine de l’agression.
Le journaliste poursuit avec tristesse : « Je ne parviens pas à me réhabituer à la vie normale d’ici. Prendre un café avec vous me paraît étrange. Là bas, certains n’ont pas une goutte d’eau pour le préparer ou simplement tromper leur soif. Ici, si tu souffres de la canicule, tu te réfugies dans un local ventilé ou climatisé. Là bas, dans les habitations encore intactes, que peux-tu faire sans électricité ? Ici, tu peux espérer te rafraîchir à la plage. Là-bas,
même s’ils y pensaient, les gens ne pourraient se baigner dans la marée noire, car suite aux bombardements, une nappe de pétrole s’étend jusqu’à 70 kms au large et risque de gagner une partie de la Méditerranée orientale…
Il continue : « Au plus profond de leur détresse matérielle, je n’ai pas rencontré un Libanais quelle que soit sa confession ou sa sensibilité politique, homme, femme ou enfant, qu’aurait effleuré l’idée de se rendre aux agresseurs. Personne ne croit que cela apporterait une solution à leurs malheurs Il m’a semblé que les bombardements, au lieu de terroriser et diviser les Libanais ont créé chez eux un sentiment et un besoin plus forts de cohésion. Dans un village totalement détruit, où des corps de victimes civiles étaient encore sous les décombres, des militants du Hizboullah restés sur le terrain et ayant appris ma nationalité, m’ont accompagné et permis de photographier. Ils m’ont dit qu’ils allaient prendre un peu de repos, ils s’attendaient à affronter à nouveau au sol des commandos d’Israël.
Eux-mêmes et la population sont attentifs et sensibles à tout ce qui pourrait les soutenir, rendre moins douloureux leur calvaire. Leur amertume et souvent leur colère m’ont impressionné quand ils évoquaient l’inertie, ou pire encore, ce qu’ils qualifiaient de lâcheté et trahison des régimes arabes…. A mon retour de là bas, je ne vois plus la vie et le monde comme avant… ».
Tous les témoignages relatifs au déluge criminel qui s’est abattu sur le Liban sont insoutenables. Pourquoi le sont-ils beaucoup plus que les précédents, déjà horribles, que nous avaient livrés les tragédies palestinienne et irakienne ?
En partie sans doute parce que le cynisme et la barbarie des moyens utilisés ont été davantage mis en lumière par la répétition des mêmes mécanismes, érigés en doctrine et code de conduite. Barbares, ils le sont en effet non seulement d’un point de vue humain, mais aussi par les leviers politiques et diplomatiques sordides et méprisables qui les ont rendus possibles. Les mêmes enchaînements se sont reproduits à un rythme plus rapide depuis l’Europe balkanique jusqu’à l’Asie centrale après l’épisode des bombardements sur Belgrade. Celui ci avait « clôturé » les guerres de Yougoslavie il y a moins de dix ans, coïncidant avec l’adoption de la nouvelle doctrine de l’OTAN et l’élargissement de son champ d’application. De ce fait, ces prétextes et mécanismes trompent de moins en moins de monde. Ils ne convainquent que ceux qui veulent l’être, ceux qui croient qu’ils vont y trouver un intérêt économique ou politique.
Vers des horizons politiques nouveaux
Il y a une autre différence importante dans les situations vécues depuis quelques années. On a vu s’amorcer plus rapidement que lors des agressions précédentes, l’échec et l’impasse aussi bien des prétextes invoqués que des objectifs géopolitiques et stratégiques initialement assignés par les agresseurs à leur nouvelle aventure.
On le doit en grande partie au courage, à la cohésion du peuple libanais face au danger et à l’esprit de responsabilité de la plupart des courants politiques, acquis au soutien de la résistance armée dans les formes et les orientations politiques adoptées par le Hizboullah. Les douloureuses épreuves passées, dont celle d’une guerre civile de quinze ans, semblent avoir davantage mûri les diverses composantes confessionnelles et politiques de ce peuple contre les méfaits de la division et des manipulations internationales toujours présentes.
Pour nous, peuples d’une région dite du « Grand Moyen Orient » tant convoitée et ciblée par les stratèges atlantiques, le récent « évènement » libanais élargit les horizons et les possibilités d’une résistance plus efficace que par le passé. D’autant plus nécessaire que les perspectives de solution positive sont très éloignées et les menaces sur la région plus préoccupantes que jamais
Pourquoi ai-je parlé de résistance plus efficace ? C’est en pensant, comme nombre de mes compatriotes, à la tragédie d’une autre résistance actuelle, celle du peuple irakien. Elle a pourtant à son actif, grâce au refus global de la « solution américaine » par la majorité de la population, d’avoir provoqué l’embourbement de l’armada US et d’avoir discrédité politiquement et moralement les dirigeants yankees responsables d’un terrible gâchis. Mais les divisions frôlant le risque de guerre civile ont grandi entre les composantes irakiennes qui se réclament de la résistance. Elles ont considérablement nui à son efficacité. Elles font le jeu des envahisseurs dont la débâcle aurait pu être déjà plus rapide et plus décisive si toutes ces composantes avaient oeuvré à instaurer entre elles des rapports plus unitaires et constructifs. L’ennemi trouve argument dans le chaos dont il est lui-même le premier responsable, pour s’opposer au retrait de l’armée occupante, de plus en plus réclamé y compris dans l’opinion américaine.
On voit hélas dans ces faits les conséquences à retardement et les séquelles non corrigées de tout ce qu’avait semé dans le pays et la région environnante le régime violemment antidémocratique de Saddam Hussein. Les orientations et pratiques hégémonistes et communautaristes, le militarisme aventuriste de ce régime au nationalisme despotique, avaient imprégné la pensée et les réflexes politiques en Irak. Plus encore, leurs conséquences perverses avaient pollué les rapports régionaux au-delà de l’Irak. L’aiguisement des conflits et contradictions régionales (notamment avec l’Iran et le Koweit), ont fragilisé les perspectives d’une stabilisation positive, (c’est à dire anti-colonialiste et plus démocratique) dans la région, au profit du Front commun dont l’ensemble des peuples sous menace d’Israël ont besoin .
Les leviers d’une résistance efficace
Autre chose est la façon dont les forces et capacités de la résistance ont évolué en Palestine et au Liban. Elles ont donné chaud au cœur et plus d’espoirs à tous ceux que révolte l’ignoble comportement de la coalition impérialo-sioniste. La comparaison avec l’évolution irakienne suggère que le secret de la mobilisation et de la résistance dans ces deux petits pays ne réside pas pour l’essentiel dans des potentiels militaires évalués selon le critère étroit d’une guerre classique. La différence ne réside pas non plus dans le degré de courage et d’abnégation des uns et des autres. Ces trois peuples en sont tous largement pourvus. La différence essentielle est dans les orientations politiques qui ont prévalu dans l’un et l’autre cas.
Remarquons en premier lieu en Palestine et au Liban un phénomène exceptionnel dans les pays arabes. Malgré l’état d’urgence grave et permanent dans lequel vivent ces pays depuis longtemps, leurs gouvernements aujourd’hui sont en bonne part le reflet (respecté par les pouvoirs en place) d’élections qui sont les plus régulières et loyales observées, comme tout le monde le reconnaît, en comparaison des simulacres électoraux que tous les autres régimes arabes organisent depuis des décennies. Liban et Palestine malgré la guerre : deux oasis fécondes de mœurs démocratiques émergentes, dans le désert d’autoritarisme qui couvre le champ politique sud méditerranéen en le stérilisant de l’Atlantique jusqu’au Golfe.
Deuxième remarque : En Palestine (avec des similitudes au Liban), la formation politique qui a gagné la confiance d’une majorité de la population, qui a acquis auprès de cette majorité une image de fer de lance de la résistance, une réputation de plus grande fermeté et de radicalité contre l’occupation, est celle qui s’est le plus liée à la base populaire et socialement défavorisée. Le fait à mon avis ne tient pas seulement aux ressorts idéologiques et à l’espace religieux dans lesquels la révolte socio-politique et la soif de dignité ont trouvé à s’exprimer. Avant tout, ces catégories de la société se sont reconnues dans le travail social de proximité mené depuis de longues années par les organisations d’inspiration idéologique islamique. Activité démagogique pour capter la confiance, diront certains ? Soit, pourquoi donc ce type d’activité n’a pas été mené par la direction du Fatah, dont le mérite historique dans la résistance n’est pas moindre, mais dont l’influence a été érodée par les pratiques de pouvoir et de laxisme économique et financier reprochées à des secteurs influents de cette direction.
Troisième remarque, qui n’est pas la moindre. En Irak, les mouvements et les courants se réclamant souvent d’idéologies confessionnelles ou identitaires travaillent férocement à se détruire, au nom de leur conception hégémoniste de la conquête du leadership politique. Par contre en Palestine, le Fatah et le Hamas étaient avant l’agression contre Ghaza, sur le point de parvenir à un accord politique sur les questions essentielles du destin palestinien et sur les voies et moyens à mettre en œuvre. En tout cas, les deux formations avaient engagé des discussions sérieuses qui ont contribué à rapprocher leurs points de vue, parce que les deux formations, à l’écoute des espoirs et des angoisses de leurs bases populaires, ont emprunté la voie de la sagesse politique et de l’intérêt national.
On pourrait faire une remarque similaire dans les mêmes domaines pour ce qui est du Liban, où avaient commencé à prévaloir les orientations unitaires qui ont contribué à mettre en échec les prévisions des stratèges de l’Etat hébreu. Ces derniers et leurs experts travaillent depuis des décennies à faire éclater la cohésion nationale libanaise (le terme de libanisation est entré dans le vocabulaire comme celui de balkanisation). Ils croyaient dur comme fer que le coup de force contre la partie du territoire libanais et de sa capitale tenue par les militants du Hizboullah allait enfin donner un coup décisif à une fragile cohésion et ouvrir la voie aux étapes suivantes de déstabilisation de la région. Démonstration magistrale que la diversité au sein du même Etat n’est pas nécessairement un handicap, à la condition fondamentale que la gestion politique de cette diversité contribue à consolider l’intégrité territoriale et tous les attributs de la souveraineté nationale, ainsi qu’une coexistence et coopération consciemment assumées par les populations et leurs organisations.
L’avenir proche et lointain du Liban tient dans le renforcement ou l’affaiblissement du courant unitaire face aux pièges permanents toujours présents et liés aux intérêts privés économiques et stratégiques locaux et internationaux.
Le prix de l’unité d’action
L’unité d’action de la résistance pour l’indépendance, les libertés et les besoins sociaux est d’une importance si capitale, que mieux vaut la forger pendant qu’il est encore temps. Les barbares le savent souvent mieux que nous. Ils perçoivent l’union patriotique et démocratique des peuples comme la menace suprême contre leurs plans hégémoniques.
Est-ce un hasard si, après avoir longtemps joué les divisions des Palestiniens et des Libanais, ils ont décidé d’engager les moyens de guerre extrêmes et les plus illégitimes au moment où commençaient à se dessiner les grandes lignes d’un accord entre le Hamas et le Fath en Palestine, entre le Hizboullah et les autres formations politiques au Liban ?
S’ils se sont permis cette réaction violente et calculée contre ces deux petits pays, c’est qu’ils ont estimé que le processus de cohésion nationale est loin d’être réalisé dans les autres pays du monde arabe, réduits ainsi à l’incapacité d’intervenir en solidarité et qu’il fallait en profiter. C’est l’un des calculs qui ont motivé le timing des va-t-en guerre. Après avoir longtemps joué du prétexte de l’absence d’interlocuteur arabe uni en Palestine et au Liban, il leur fallait prendre de vitesse le processus de rapprochement entre les courants de résistance, court-circuiter toute évolution démocratique endogène, dissuader les forces de liberté dans les autres pays de réaliser à grande échelle cette haute exigence dans la région.
Sans réaliser un pas en avant dans cette direction unitaire et démocratique, toute proclamation de solidarité émanant d’autres Etats, institutions et organisations envers ces deux peuples à la fois victimes et combattants, n’a été et ne restera que bavardage impuissant, qu’il soit sincère et sentimental, ou simplement hypocrite et bassement opportuniste. Sans réaliser un pas en avant dans cette direction unitaire et démocratique, toute proclamation de solidarité émanant d’autres Etats, institutions et organisations envers ces deux peuples à la fois victimes et combattants, n’a été et ne restera que bavardage impuissant, qu’il soit sincère et sentimental, ou simplement hypocrite et bassement opportuniste
Comment ne pas le comprendre ? Durant les semaines où les courageux chevaliers de la démocratie atlantique faisaient pleuvoir du haut du ciel bombes et armes interdites sur les populations civiles, tant d’Algériens se sont souvenus, des moments les plus pénibles de notre guerre de libération, quand nous nous sentions encouragés par la moindre lueur de solidarité régionale et mondiale.
Sommes nous encore des humains, pouvons-nous nous prévaloir d’une pensée politique, si nous restons les bras croisés ou levés au ciel devant l’infamie et l’arrogance de ceux qui se croient tout permis par les voies de la guerre. Leurs objectifs et méthodes sont restés aussi criminels, réalisant même un retour en arrière dans l’Histoire. Donneurs de leçons de morale biblique, ils s’arrogent le droit d’occuper des territoires qui ne leur appartiennent pas, contre la volonté de leurs occupants naturels et légitimes qui y vivent et travaillent depuis des siècles, qu’ils ne sont pas disposés à fuir ou à céder, pas plus qu’ils ne sont disposés à vendre leur âme, leurs intérêts, leurs convictions, leurs racines culturelles et de civilisation. Et parce qu’ils veulent vivre dans la liberté et la justice sur leur terre, ils sont traités de fanatiques et de terroristes comme nous le fûmes nous aussi.
Choix inévitables pour une époque nouvelle
Cèderons-nous à la stratégie des agresseurs, reconduite de décennie en décennie, consistant à laisser passer la vague d’indignation, en attendant qu’elle retombe devant la lourdeur du fait accompli ? Laisserons-nous les assertions fatalistes et la loi de la carotte et du bâton continuer à nous dominer, qu’elles proviennent des ennemis de la liberté des peuples, ou de nos propres sociétés et de leurs mauvais bergers ? Consentirons-nous à nous aplatir comme esclaves d’une pseudo modernité anti-sociale et anti-droits de l’Homme ?
Face à l’évolution récente au Liban, les assertions défaitistes ne manqueront pas de reculer, mais le terrain est miné. Ces arguties avaient eu des échos grandissants dans des cercles influents du pouvoir, des « élites » politiques et de la société depuis le début des années 1990, quand les prétendants à la domination du monde et leurs sous-traitants conscients ou inconscients avaient décrété la fin de l’Histoire, c’est-à-dire la fin des résistances (considérées comme archaïques) à l’exploitation et à l’oppression, la soumission à une pseudo modernité dominatrice et frelatée à l’américaine. Les sermons de sagesse impuissante pourront rebondir et trouver des faux-fuyants à la faveur d’autres conjonctures, pour reprendre les thèmes d’un disque plus que rayé : « Nous ne sommes pas si directement concernés par les lointains actes d’agression au Proche et Moyen Orient, mieux vaut s’en mêler le moins possible ; il n’y a rien à faire dans l’état actuel des « autres » classes dirigeantes arabes dont nous n’avons pas à payer les erreurs ; les orientations des dirigeants des USA bien que détestables peuvent par certains côtés aller objectivement dans notre propre intérêt ; les opposants à la politique extérieure des USA sont surtout animés de motifs idéologiques ou partisans ; en définitive mieux vaut se couler dans les évolutions mondialistes néo-conservatrices qui nous dépassent ; etc… ».
Combien faudra-t-il de nouveaux déboires, comme la stupéfaction devant les conséquences pourtant prévisibles d’une incompréhensible dénationalisation de nos hydrocarbures, pour découvrir l’insanité de ces dérobades ? Mais n’en restons pas aux sentiments, générateurs chez les uns ou les autres de rancoeurs ou de faux espoirs. Engageons plutôt le grand débat qui a tant fait défaut, autour des facteurs objectifs susceptibles de rassembler et de mener ensemble le combat le plus honorable, le plus judicieux, le plus réaliste. Nous avons à faire progresser la primauté du critère des actes sur celui des proclamations. Nous avons la chance, grâce aux expériences et à l’abnégation de tant de peuples, y compris du nôtre, de voir mieux apparaître les bases concrètes autour desquelles ont commencé à se réaliser des constats convergents. J’en citerai ici, sans les développer, quatre qui me paraissent les plus saillants, les plus susceptibles de nous éclairer sur le pourquoi et le comment construire les solidarités décisives :
1. Le jeu cynique et la responsabilité écrasante de l’administration actuelle des USA dans sa gestion irrationnelle et anti-démocratique des affaires mondiales, en particulier la soi-disant prise en charge de la lutte anti-terroriste mondiale et les soi-disant avantages escomptés d’une coopération « compréhensive » ou « inévitable » avec les projets globaux ou partiels mis en oeuvre par les cercles dirigeants US.
2. L’impuissance avérée des régimes arabes actuels, qu’ils soient pris un par un ou pris globalement (Ligue arabe, conflits régionaux interarabes etc.). Elle va des insuffisances notoires ou d’une coupable inertie jusqu’à l’inféodation aux plans néocolonialistes et à la répression des courants populaires et politiques lorsqu’ils exigent une lutte conséquente contre les entreprises de guerre et de tyrannie du système agressif mondial.
3. La distance énorme entre les optiques, les préoccupations, les opinions dominantes dans les pays du « Grand Moyen Orient » et celles d’Europe et d’Occident. L’enjeu est considérable quand on sait que les lobbies fondamentalistes des USA et d’Israël, liés aux complexes militaro-industriels et aux multinationales travaillent à transformer cette distance en fossé infranchissable entre les peuples et sociétés de part et d’autre. Comment contrecarrer au mieux ces actions néfastes ? De façon symétrique (« choc des civilisations) ou en oeuvrant à édifier des passerelles concrètes fondées sur les intérêts sociaux et culturels pour isoler les fabricants de haine et faire respecter le droit des peuples dans leur diversité et leurs spécificités ?
4. Les défaillances respectives de nos institutions et de nos sociétés et leurs interactions négatives. Ce point, le dernier dans la liste, est cependant pour nous le plus déterminant. Il est au cœur de nos malheurs et de nos impuissances. La force des agresseurs et des fauteurs de guerre réside essentiellement dans nos propres faiblesses. En quoi consistent ces défaillances, comment s’imbriquent-elles en un cercle vicieux qui dure depuis les indépendances ? Dans quel sens et comment les surmonter ?
Eclairer ces points pour notre action est la meilleure façon de marquer, autrement que par des célébrations rituelles, le cinquantième anniversaire du Congrès de la Soummam. Celui-ci (Août 1956), avait été étroitement encadré, souvenons-nous, en amont par la nationalisation du canal de Suez (quelques semaines auparavant) et en aval (quelques semaines plus tard) par la guerre de Suez engagée par le trio super-armé d’Israël, France et Grande-Bretagne contre l’Egypte de Nasser et en fait aussi contre l’Algérie combattante. Illustration saisissante et toujours actuelle, que Bagdad, Jérusalem, Beyrouth, Damas et Le Caire, ont été et restent nos voisins géopolitiques immédiats, ne serait-ce que par la délicate attention de nous avoir fait tous figurer sur la même carte du « Grand Moyen-Orient » américain.
Images poignantes de ce Grand Moyen-Orient sur le terrain : les habitants de retour au Sud-Liban, fouillent sous les décombres où certains des leurs ont été ensevelis, pour y retrouver les maigres biens et souvenirs précieux par lesquels ils vont renouer avec la vie.
Quant à nous, il nous reste à fouiller dans les décombres de la politique arabe des dernières décennies. Que fut-elle en 1948, en 1956, en 1967, en 1973, en 1982, en 1991 ? Toujours aussi dépassée par la marche du monde. Toujours rongée et minée par des conflits interétatiques et régionaux interminables au grand plaisir et profit des puissances d’Occident qui tirent les ficelles et des castes locales qui en vivent et se survivent. Toujours en décalage avec les aspirations profondes des Arabes, Berbères, Kurdes, Coptes et autres peuples qui rêvent de vivre heureux et fraternels dans cet espace de civilisation à la fois un et diversifié. Les vrais « anti-arabes » ne sont-ils pas ceux qui, conscients ou inconscients, n’avaient que cette invective à la bouche pour tenter de réduire au silence leurs opposants démocratiques, partisans de justice sociale, d’ouverture culturelle et de lutte anti-impérialiste digne et conséquente ? Le résultat n’est pas beau, ce sont les peuples du monde arabe qui le payent. Impossible de ne pas revenir là-dessus, non par esprit revanchard, mais par besoin vital de clarté, de climat assaini, apaisé et créateur, pour une vraie politique arabe dont pourrait s’enorgueillir chacun des peuples et des Etats de cette région.
Le nationalisme libérateur avait fait sortir l’Algérie de ses douars pour la hisser au diapason des réalités internationales contemporaines. Le nationalisme conservateur, voire réactionnaire, l’a tirée en arrière au grand bonheur des faucons et charognards néocoloniaux.
Mais Août 2006 ne nous offre plus la même configuration géopolitique et géostratégique mondiale que celle de la guerre du Golfe de 90 qui a donné un nouveau signal à la reconquête coloniale. A notre Ouest, le sous-continent latino américain œuvre à se redresser de toute sa taille et prouve que sa solidarité dans les épreuves n’est pas un vain mot. A notre Est, les peuples de Palestine et du Liban nous enseignent le courage et la sagesse de ne plus vivre courbés. Et nous, au milieu, saurons-nous renouer avec notre meilleur héritage ? Saurons-nous comme eux unir, croiser librement et féconder dans l’action les idéologies et théologies de la Libération, en leur donnant le contenu démocratique et social qu’elles méritent, celui qu’avaient tenté d’anticiper de façon timide et ambiguë la proclamation du 1er Novembre 1954 et la plate-forme de la Soummam de 1956 ?
Malgré elle, l’agression barbare nous a aidés à ouvrir et poursuivre le débat sous les meilleurs auspices. Je considère comme une dette envers les martyrs hommes, femmes et enfants d’Irak, de Palestine, du Liban ainsi qu’envers les pacifistes d’Israël et d’Occident, d’y contribuer avec mes compatriotes.
Sadek HADJERES, 19 août 2006 Sadek HADJERES Sadek Hadjerès, aujourd’hui âgé de 78 ans, médecin praticien et universitaire dans les années 50, chercheur en géopolitique dans les années 90.
Il a été militant du PPA de 1944 à 1949, président de l’AEMAN en 1950, responsable national adjoint de l’organisation armée des « Combattants de la Libération » en 1955 (intégrés dans l’ALN en 1956, membre du Bureau politique du PCA pendant a guerre et premier Secrétaire du PAGS (communiste, interdit) de 1966 à 1990.
Il est probablement, parmi les militants et personnalités algériennes, celui qui a été contraint à la plus longue durée de vie clandestine (trente et un ans, dont 7 durant la guerre de libération et 24 après l’indépendance).
Par ses activités à la base et aux postes de responsabilité dans la mouvance nationaliste puis communiste, il a connu de près les multiples facettes et évolutions sociales, politiques, culturelles et idéologiques de l’Algérie au cours des soixante dernières années. De : Sadek HADJERES lundi 21 août 2006 (Source: Liste Maghreb des Droits de l’homme, le 24 août 2006)

Point de vue

L’échec de la stratégie Bush

 

par Gilles Kepel

 

LE MONDE | 08.08.06 | 13h50  •  Mis à jour le 08.08.06 | 15h06

 

Les enjeux de la nouvelle guerre qu’Israël mène simultanément au Liban et dans la bande de Gaza dépassent de beaucoup les affrontements armés qui ont opposé de manière récurrente l’Etat hébreu et ses voisins arabes depuis 1948.

Elle entérine l’échec de la politique de l’administration Bush à sécuriser le Moyen-Orient par l’usage unilatéral de la force, après le fiasco de l’occupation de l’Irak – tandis que les deux grandes lignes de faille de la région, qui passent par la question israélo-palestinienne et par la tension dans le Golfe, se conjuguent désormais en préparation des séismes à venir. La « guerre contre la terreur » avait en effet vocation, en renversant la dictature de Saddam Hussein et en promouvant la démocratisation du Moyen-Orient, à pacifier pour de bon cette partie du monde récalcitrante qui n’aurait d’autre choix que de se plier à l’hégémonie bienveillante des Etats-Unis.

« La route de Jérusalem passe par Bagdad », disait-on à Washington pour signifier que les Palestiniens, privés du soutien d’un monde arabe abasourdi et vaincus dans la seconde Intifada, se résigneraient aux conditions d’un Ariel Sharon détruisant systématiquement les infrastructures de l’Autorité palestinienne avant d’évacuer Gaza, et éliraient en février 2006 une majorité accommodante.

On connaît le résultat – de la victoire du Hamas à sa mise au ban, de l’enlèvement du caporal Shalit au retour des blindés de Tsahal à Gaza.

Pendant ce temps, en Irak, les Etats-Unis s’enlisaient face à l’insurrection sunnite, tandis qu’à Téhéran, principal soutien des partis religieux chiites, le président Ahmadinejad saisissait cette opportunité politique pour affirmer ses ambitions nucléaires tout en appelant à « effacer Israël de la carte ». Les missiles de son protégé libanais, le Hezbollah, s’abattant sur Haïfa, en sont, aux yeux de l’opinion israélienne, un avant-goût et signifient que la route de Haïfa et de Tel-Aviv passe par Téhéran – faisant aussi la preuve de l’incapacité de Washington, empêtré à Bagdad, de garantir la sécurité de son principal allié.

De son côté, Israël plonge dans l’abîme un pays dont le gouvernement, issu de la « révolution du Cèdre » du printemps 2005 – avec l’appui de Paris et Washington – s’était libéré de la tutelle syrienne. Beyrouth, à son tour, fait l’expérience amère que l’alliance américaine n’est pas une garantie de sécurité.

En se posant en champion de la résistance à la politique des Etats-Unis dans la région et en adversaire de l’Etat hébreu par Hezbollah interposé, Téhéran met en porte à faux les dirigeants de la plupart des Etats arabes. Mais dans les villes arabes, les manifestations de solidarité avec le Liban victime mettent en avant le portrait du cheikh Nasrallah, tandis qu’Al Jazeera lui offre trois d’heures d’interview – consacrant le secrétaire général du « Parti de Dieu » chiite comme le héros des foules et des téléspectateurs sunnites. Un oecuménisme contre « l’ennemi sioniste » qui vient à propos pour laver les chiites d’Irak, aux yeux des mêmes sunnites, de l’accusation de collusion avec l’occupation américaine.

Pareil désastre pour la politique de sécurité mise en place par les Etats-Unis au Moyen-Orient ne vient pas seul : l’ingénierie démocratique, qui devait parachever la « guerre contre la terreur » en portant au pouvoir des élites philo-occidentales issues de la société civile, s’est traduite, dans la plupart des pays où des élections libres ou semi-libres ont eu lieu, par des gains significatifs ou par la victoire de partis islamistes anti-occidentaux, de l’Iran à la Palestine en passant par le Koweït, l’Egypte, l’Arabie saoudite ou le Bahrein.

Ces succès ont été motivés par le refus des électeurs d’entériner une politique unilatérale américaine dont les chaînes satellites arabes leur montrent au quotidien l’inanité et que vitupèrent en chaire et sur le petit écran des prédicateurs qui appellent au djihad pour libérer la terre d’islam de la domination des infidèles et glorifient les « martyrs » morts lors des attentats-suicides.

Désormais, la démocratisation n’est plus une priorité pour Washington, au grand soulagement des régimes autoritaires, et à l’amertume des démocrates du Moyen-Orient, qui s’estiment d’autant plus trahis que dans le seul pays où des élections ne s’étaient pas traduites par la victoire islamiste – le Liban, si l’on excepte les succès du Hezbollah dans les urnes chiites – les Etats-Unis n’ont rien fait pour protéger l’intégrité du territoire face aux frappes israéliennes, et ne se pressent pas pour demander un cessez-le-feu.

De cette déconfiture générale émergent plusieurs leçons, conditionnant le devenir d’une région cruciale pour la planète – qui ne peut se passer une seule journée des hydrocarbures dont le Moyen-Orient est le principal producteur. La sécurité, qui repose sur l’équilibre des forces, doit se traduire par la négociation et la prise en compte des intérêts des communautés ou des peuples en situation de faiblesse – sous peine de les transformer en électrons libres.

La destruction de l’Autorité palestinienne par Israël a amené la victoire du Hamas, la marginalisation des sunnites d’Irak par l’occupant américain, l’insurrection. Ces garanties de sécurité ne peuvent être fournies par les seuls Etats-Unis, mais doivent impliquer les Etats de la région et l’Europe.

A cet égard, le déploiement d’une force internationale à la frontière israélo-libanaise, pour préparer le contrôle de celle-ci par l’armée libanaise, en application de la résolution 1559, sera un test de la capacité de la communauté internationale.

Le télescopage entre la crise israélo-arabe et la crise du Golfe est l’autre défi majeur. Il fait, pour l’heure, de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad l’un des principaux bénéficiaires de la situation, créant une menace de déstabilisation pour la péninsule Arabique, dont les dirigeants redoutent un retour au messianisme de l’ère Khomeiny.

Le découplage des deux crises ne peut se produire que si se mettent en place des garanties internationales à la sécurité du Golfe, dans les eaux duquel transitent les pétroliers de tous les pays. Par-delà sa rhétorique belliqueuse, Téhéran joue son va-tout : il sait qu’il ne pourra pas accéder au nucléaire civil s’il ne négocie pas avec ses voisins et les grandes puissances un pacte régional de sécurité.

Dans ce domaine, l’initiative européenne est seule à même d’arrêter la spirale de la surenchère et de favoriser à terme des changements structurels à Téhéran – sans quoi il n’y aura plus d’échappatoire à un affrontement militaire qui prendrait en otage le monde entier en mettant en péril son approvisionnement en hydrocarbures.

Gilles Kepel est professeur à Sciences Po-Paris (chaire Moyen-Orient Méditerranée)

 

(Source : Le journal ”Le Monde” du 09.08.06)


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