16 février 2007

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TUNISNEWS
7 ème année, N° 2461 du 16.02.2007

 archives : www.tunisnews.net


“Pour la libération des prisonniers politiques et pour la promulgation d’une loi d’amnistie générale au profit des victimes de la répression en Tunisie »

AISPP: Communiqué

SOS Tunesien: Presseerklärung

Le Temps : Demain, conférence d’Ettajdid et des personnalités politiques et des indépendants: Vers la constitution d’un rassemblement des forces démocratiques

Tunis Hebdo : « KHAMSOUN » DE JAÏBI ET BACCAR: Une pièce trop «voilée» !

Réalités:  Vient de paraître – « L’égalité entre hommes et femmes en droit successoral »

Réalités: Le sort des Husseïnites

Réalités: La Tunisie du Nord au Sud vue par un Canadien (1ère partie)

ATS: Irak – l’OIM s’attend à un million de déplacés supplémentaires

AFP: Un « Richard III » en arabe parle des conflits actuels à travers Shakespeare


 

Journée internationale de soutien aux prisonniers politiques en Tunisie

Sixième édition

Vendredi 23 février 2007

 

 “Pour la libération des prisonniers politiques et pour la promulgation d’une loi d’amnistie générale au profit des victimes de la répression en Tunisie »

 

Une coordination d’associations tunisiennes, maghrébines et arabes à Paris s’apprête à organiser la sixième édition de la journée internationale pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion, pour la promulgation d’une loi d’amnistie générale au bénéfice de l’ensemble des victimes de la répression politique en Tunisie. Cela se fera en partenariat avec les associations de défense des droits humains en Tunisie ainsi qu’avec le soutien des organisations internationales de défense des droits humains et des organisations politiques et des personnalités amies aux niveaux arabe et international.

Il est d’autant plus urgent que cette sixième journée se tienne de la manière la plus large possible qu’elle se déroule dans un contexte d’une extrême gravité lié aux affrontements armés qu’a connu dernièrement le pays. Ce contexte occasionne d’ores et déjà un renforcement de la politique répressive et liberticide du régime, couvert par un black-out médiatique total. Il appelle une mobilisation et une vigilance de l’ensemble du mouvement démocratique et des amis de la Tunisie.

 

Dans l’attente de la communication du programme précis et du détail des activités qu’il est prévu de tenir à Paris, en Tunisie ainsi que dans diverses capitales arabes et internationales, la coordination parisienne vous communique une proposition de grandes lignes du programme d’activités et des objectifs de la journée en question.

 

Quant au contenu :

 

L’accent sera mis sur les points suivants :

 

1-       Les prisonniers :

       Les prisonniers du mouvement En-Nahdha

       Les prisonniers victimes de la loi « antiterroriste »

       Le prisonnier Mohammad Abbou

 

2-       Les ex-prisonniers : Situation des prisonniers politiques et d’opinion libérés

 

3-       Les familles : La punition collective et les familles de prisonniers

 

4-       La question de l’amnistie générale

 

Quant aux objectifs :

 

1-       Garantir à l’initiative un large écho médiatique et mettre à profit le contexte français de campagne électorale afin d’obtenir un positionnement public des différents candidats sur le dossier qui nous concerne

2-       Renforcer l’attention et l’intérêt internationaux pour le dossier

3-       Travailler avec nos partenaires en Tunisie à impulser une dynamique nationale permanente travaillant sur la revendication d’une « loi d’amnistie générale au bénéfice des victimes de la répression politique en Tunisie »

 

Les associations initiatrices de ce projet vous appellent à vous joindre au comité d’organisation ou à soutenir l’initiative. Il s’agit de faire de cette sixième édition un événement à même de susciter le plus large écho et d’avoir des conséquences significatives dans le sens de la levée de l’injustice que représente l’incarcération de citoyen(ne)s en raison de leurs opinions et de leurs choix politiques.

 

Organisée par : Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Solidarité Tunisienne, Voix Libre, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT), Association des Travailleurs Maghrébins en France (ATMF), Commission Arabe des Droits Humains (ACHR), Rencontre Culturelle Euro-Arabe (RCEA), Vérité Action, Comité International pour la Libération de Mohamed Abbou

 

En partenariat avec : La Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH), L’Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques (AISPP), Le Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT), L’Association Tunisienne Contre la Torture (ATCT)

 

Soutenue par : Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), Addameer pour la Défense des Droits de l’Homme (Gaza), Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, Al-Karama pour la Défense des Droits de l’Homme (Genève), Amman Centre for Human Rights Studies (Amman), Association des Droits de la Personne au Maghreb (ADPM – Canada), Collectif 18 octobre pour les Droits  et les Libertés, Collectif des Avocats de Défense du procès d’été 1992 devant Tribunal militaire de Tunis, Collectif des Enfants et Proches des Prisonniers Politiques (CEPPP), Comité de Défense des Prisonniers en Iraq (Bagdad), Comité de Défense du Pr Moncef ben Salem,  Centre Tunisien de l’indépendance de la Justice (CIJ), Comité Pour Les Libertés en Tunisie Aix Marseille, Comités du Réveil de la Société Civile en Syrie (Damas), Damascus Center for Theoretical Studies and Civil Rights (Sweden), Egyptian Association Against Torture, Fondation pour la Liberté d’expression, Human Rights First (Saudi Arabia), Human Rights Watch (HRW),  INTERNATIONAL COMPAIN FOR HUMAN RIGHT IN TUNISIA (GB), Le Centre d’Information Inter-Peuples (CIIP) (Grenoble), Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Nadim Center for Rehabilitation of Victims of Violence-Egypt, Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), Reporters Sans Frontières (RSF), Réseau Associatif Aix-Marseilles, Réseau Euro Méditerranéen des Droits de l’Homme (REMDH), SADA pour les Droits et les Libertés (Madrid), Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocats de France (SAF), Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Forum Marocain pour la vérité et la justice (FMVJ-France); Congrès Pour la République (CPR), Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL), La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), Les Verts, Mouvement Ennahdha, Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (PCOT), Parti Communiste Français (PCF), Parti Démocrate Progressiste (PDP), M. BRET Robert, Sénateur des Bouches-du-Rhône (Provence Alpes Cote d’Azur), Mme BORVO COHEN-SEAT Nicole, Sénatrice de Paris (Ile-de-France), Mme BOUMEDIENE-THIERY Alima, Sénatrice de Paris (Ile-de-France), Mme Monique CERISIER ben GUIGA, Sénatrice des Français établis hors de France, M. José Bové.


Liberté pour Maître Mohammed Abbou Liberté pour tous les prisonniers politiques Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques 33 rue Mokhtar Atya 1001 Tunis Tel/fax : 71 354 984 aispptunisie@yahoo.fr Le 15 février 2007 Communiqué  
L’AISPP a reçu la lettre suivante : « Nous, familles des prisonniers politiques victimes de la loi sur le terrorisme, et dont les noms suivent :

 

1) Mohammed Ben Gharbi Ben Slimane Soussi, 2) Mejdi Ben Mohammed Dhakouani, 3) Yassine Ben Salah Jebri, 4) Slim Ben Mohammed Moncef Belhajj Salah, 5) Ali Ben Tahar Elouni Herzi, 6) Ibrahim Ben Tahar Elouni Herzi, 7) Saber Kilani Hasni, 8) Anis Ben Mbarek Bouzidi, 9) Saber Ben Mokhtar Hasni, 10) Sahl Ben Fadhel Beldi, 11) Mohammed Amine Ben Hedi Aoun, 12) Mahfoudh Ben Béchir Ayari, 13) Ghaith Ben Ahmed Ghazouani, 14) Maher Ben Salem Béziouche, 15) Nabil Ben Hamadi Nefzi,

Appelons les organisations de défense des droits de l’homme à nous aider et à se solidariser avec nous, afin de nous encourager, nous et nos fils qui seront déférés devant la chambre criminelle du Tribunal de Première Instance de Tunis en vertu de la loi antiterroriste, samedi 17 février 2007. Persuadés que nous enfants sont innocents des accusations qui leur ont été portées, nous craignons qu’ils ne fassent l’objet de peines iniques, comme cela a été le cas dans ce genre de procès et nous espérons que vous nous soutiendrez moralement, en vous tenant à nos côtés, en faisant prévaloir le droit, et ce droit minimum que peut exiger un prisonnier politique à savoir le droit à un procès équitable. Monsieur Ahmed Ghazouani, Pour le reste des familles » Pour le comité directeur de l’association Le Président Maître Mohammed Nouri (traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)


 
PRESSEERKLÄRUNG
16.02.2007   Nach Schusswechseln im Dezember und Januar zwischen tunesischen Sicherheitskräften und mutmaßlichen Mitgliedern einer bewaffneten Gruppierung sind zahlreiche Personen festgenommen worden; nicht alle Namen sind bekannt.   Wir fordern Gerichtsprozesse, die sowohl den tunesischen als auch den internationalen Gesetzen und Standards entsprechen. In diesem Rahmen fordern wir auch, dass die Gefangenen Kontakt zu ihren Anwälten und Familien haben und notwendige medizinische Versorgung erhalten. Wir wissen, dass in Tunesien gefoltert wird und dass diese unter Folter erpressten Geständnisse als Beweismittel zugelassen werden.   Wir wenden uns gegen jede Form von Gewalt und dazu gehört auch die Gewaltanwendung von Seiten des Staates. Diktatorische Unterdrückung löst keine Probleme; sie produziert ihrerseits Gewalt. Der Staat muss im Rahmen der Gesetzgebung handeln. Tunesien ist ein Staat, in dem die Menschenrechte verletzt werden.   Schon seit langem geben die Verhältnisse in Tunesien zu sehr großer Sorge Anlass. Wir fordern eine Demokratisierung des Landes, Freiheit und Rechtsstaatlichkeit.   SOS TUNESIEN – Vorstand .

 
Demain, conférence d’Ettajdid et des personnalités politiques et des indépendants

Vers la constitution d’un rassemblement des forces démocratiques

La coalition démocratique constituée par le Mouvement Ettajdid et des personnalités indépendantes tiendra, demain et après demain, une conférence nationale à l’hôtel L’Orient Palace de Tunis.   L’ordre du jour consiste dans  l’examen d’une plate-forme de la coalition   pour préparer et participer  en commun   au prochain congrès du Mouvement  Ettajdid qui se tiendra au courant de cette  année et qui sera ouvert sur la base  de cette plate forme   aux personnalités qui  participeraient  à toutes les étapes du congrès  sur un pied  d’égalité que les militants   du parti.   Initiative   La tenue de cette conférence nationale a été   précédée par un marathon de réunions  des parties concernées « Les alliances et  notamment les rassemblements  ne  se font pas du jour au lendemain sinon ils seront voués à l’échec. Nous tenons à constituer une vraie  coalition    qui se transformera progressivement en un pôle  regroupant   les forces  démocratiques et progressistes », souligne un membre du bureau  politique d’Ettajdid.   L’idée  de créer une telle coalition germait  déjà depuis des années chez les militants et les cadres   du Mouvement Ettajdid.   Elle  a été inscrite au dernier congrès   du parti qui s’est tenu en mai 2001 et était  parmi les recommandations majeures. Elle s’est  concrétisée ensuite par « l’Initiative Démocratique » constituée de personnalités indépendantes et des militants d’Ettajdid et qui a participé aux élections présidentielle  et législatives  d’octobre 2004.   Refus de toute alliance avec ceux appartenant au courant religieux   « Après l’expérience que nous jugeons réussie de « l’Initiative Démocratique », nous avons œuvré pour constituer une coalition », a déclaré la même source.   Après les consultations  entre les   parties concernées qui n’ont pas été de tout repos pour les uns et les autres, du fait  que certains éléments actifs de « l’Initiative Démocratique » se sont retirés. Le 4 janvier 2006, Mohamed Harmel, secrétaire général d’Ettajdid, et des personnalités politiques et des indépendants, ont tenu en commun une conférence de presse à Tunis au cours de laquelle ils ont annoncé la constitution de « la Coalition Démocratique et  Progressiste ». M. Harmel  a souligné  à cette occasion » : « cette coalition constitue un pas en avant pour la concrétisation du rassemblement des forces démocratiques et progressistes ». Mais les initiateurs de cette coalition ont précisé dans un communiqué daté du 18 décembre  2005 « leur refus absolu  de toute action commune avec les porteurs d’un projet fondé sur l’instrumentalisation et l’exploitation de la religion et qui représentent une grande menace pour les acquis réalisés dans le pays ». En clair, la coalition tient à se démarquer de l’autre alliance de certains partis de l’opposition lesquels n’excluent pas ceux appartenant au courant religieux.   Néjib SASSI   (Source : « Le Temps » (Quotidien – Tunis), le 12 février 2007)

  « KHAMSOUN » DE JAÏBI ET BACCAR

Une pièce trop «voilée» !

En sortant de la représentation de « Khamsoun », la nouvelle pièce de Fadhel Jaïbi, écrite par Jalila Baccar, que nous avons vue le vendredi 2 février, nous tremblions de tout notre corps. Ces tremblements n’étaient pas dus à un quelconque plaisir mais à l’énervement qui est monté au fur et à mesure de cette pièce de théâtre. Et apparemment, nous n’avons pas été la seule !   Le célèbre couple du théâtre tunisien, à savoir Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar, se goure de discours dans «Khamsoun» et a profité de toute la polémique qu’avait suscitée la pièce. Celle-ci aurait dû subir des coups de ciseau avant de pouvoir être présentée au public ; ce qu’avait refusé catégoriquement Jaïbi (ce qui est tout à fait son droit). Le metteur en scène aurait déclaré que si sa pièce devait souffrir des coupures, il irait la présenter en France ! Un beau coup de pub pour du vent ! Et puis s’il y a du linge sale à laver que cela se fasse en dehors de la sphère scénique !   Jouda s’est faite kamikaze en commettant un attentat-suicide. La police s’en prend à ses connaissances et à ses deux colocataires. Jouda était voilée tout comme ces dernières. En fait, l’histoire de « Khamsoun » tourne autour d’Amal (Espoir), du désir de sa mère de la sortir de l’ »endoctrinement » dans lequel elle se trouve, de son père ancien communiste « torturé » par la police.   Les fantômes du passé   On ne comprend pas trop où ont voulu aboutir Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar. Qu’ont-ils voulu mettre à l’index ? Le spectateur est comme pris en otage de la pièce, essayant de comprendre l’histoire et sa finalité. Ces personnalités du théâtre tunisien ont eu des comptes à régler. Nous l’avons senti tout au long de la pièce.   Le propos de la pièce, issu d’un texte faible, n’est pas construit. Il n’y a pas de véritable regard sur le « problème » de l’intégrisme ou de la brutalité policière. Et puis, le discours sur l’intégrisme est un faux problème. Nous avons l’impression que les créateurs artistiques ont choisi d’en faire un thème à la mode, sans en chercher les causes profondes.   Beaucoup pourront dire que Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar ont osé ! Mais oser quoi ? Ils se sont attaqués à un ancien système. C’est comme s’ils déclaraient que tout ce qui se passe actuellement de mauvais dans le pays a pour origine la période précédente. Faut-il leur rappeler que chaque système a ses propres failles, plus ou moins faibles, et que ce qui peut arriver dans le présent ne découle pas forcément du passé ? Si nous connaissons des problèmes quels qu’ils soient, nous les devons à notre présent et uniquement à notre présent ! Puisqu’il y a eu changement ; changement de mœurs, changement de tons etc. Alors pourquoi déterrer les fantômes du passé pour expliquer l’ »intégrisme » d’aujourd’hui ? Et pas uniquement l’intégrisme religieux ! « Khamsoun » montre deux extrémités faisant fi du milieu, soit de la majeure partie de la population tunisienne comme si elle n’existait pas du tout ! Exit donc plus de 90 % des Tunisiens ! Alors on peut se demander en quoi nous concerne le sujet de la pièce !   L’habit ne fait pas l’intégriste !   Nous nous demandons également si la paire théâtrale vit dans le même monde que nous, s’il sort, côtoie les gens du peuple que nous sommes tous, ou reste confiné tranquillement chez lui à philosopher sur un monde qu’il ne connaît pas ou très peu. Les idées reçues émaillent la pièce.   L’histoire se déroule entre 2005 et le début de l’année 2006. Pourquoi donc les filles voilées sont-elles représentées en tenue vestimentaire que nous appellerons à la chiite ? Cet habit n’est en vogue que depuis quelques mois. Il nous semble que son accentuation a eu lieu courant septembre 2006. Avant cela, cette mise était très rare ! Pourquoi représenter des filles vêtues de la même manière ? Sauf pour Amal dont le voile fait plus penser à celui d’une nonne qu’à celui d’une musulmane voilée. L’habit ne fait pas l’intégriste ! L’intégrisme le plus dangereux est celui qui ne se voit pas !   Pourquoi les créateurs veulent-ils à tout prix intégrer dans leurs pièces des éléments chorégraphiques? Dans « Khamsoun », cela a été d’un très mauvais goût ! Faire faire aux jeunes filles la gestuelle des ablutions comme si elles dansaient sensuellement, c’est quelque part une insulte à toutes les personnes qui font leur prière sans pourtant être intégristes.   La chèvre et le chou   Et puis, Fadhel Jaïbi joue sur deux facettes car il n’a pas osé prendre position clairement : d’un côté, il présente ceux qui suivent la religion comme des personnes dangereuses, de l’autre comme des anges, toujours par des mouvements chorégraphiques. Quand les personnages orientent leur index droit vers le ciel, comme pour dire la profession de foi, et les pointent, par la suite, vers le public, c’est comme une menace ou une accusation. A d’autres moments, quand les jeunes filles lèvent les bras, nous avons l’impression d’avoir affaire à des anges, effet donné par l’amplitude de leurs vêtements.   L’autre extrémité représentée est la violence policière. Là aussi, nous avons rencontré un problème de lecture. Les policiers nous ont fait penser à des flics américains par leur manière d’être, de s’asseoir sur les chaises etc. Il ne manquait plus qu’ils s’expriment en anglais américain. Jaïbi et Baccar n’ont pas arrêté de ménager la chèvre et le chou, expliquant cette violence par les événements du passé, comme si les policiers actuels répétaient la gestuelle de tous ceux qui les ont précédés. Mais qui nous dit que ce n’est pas pire maintenant ou le contraire ?   La scénographie est glauque à la limite du sordide. Elle emprisonne les spectateurs sans pour autant les faire réfléchir. Elle les oblige à consommer comme si ce qu’elle présentait était la pure vérité. Mais la pureté a fait défaut et sur tous les plans. Rien dans « Khamsoun » ne force le respect : ni la soi-disant liberté d’expression, ni le sujet mal traité, ni la performance des comédiens qui restent dans des clichés. Pour nous, cette pièce est, tout simplement, une insulte au peuple tunisien ! Et tout Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar qu’on soit, on ne peut pas réussir à tous les coups !   Z.H   (Source : « Tunis Hebdo » (Hebdomadaire – Tunis), le12 février 2007)
 

Vient de paraître :

« L’égalité entre hommes et femmes en droit successoral » de Ali Mezghani et Khalthoum Meziou-Douraî : Ce qui manque au CSP…

On ne s’attaque pas impunément à la sacralité du Texte, lors même que l’on pense que ce Texte, le Coran en l’occurrence, a été révélé pour être interprété littéralement, sans tenir compte des mutations profondes qu’a connu le monde depuis. En Tunisie, déjà bien avant l’Indépendance, Kheireddine et Tahar Haddad notamment, s’étaient attirés les foudres de la majorité bien pensante, rétive à tout changement qui puisse déranger ses habitudes. Des habitudes qui ont beaucoup à voir avec des convictions obsolètes, qui avantagent bien évidemment la gent masculine, au détriment d’une gent féminine qui n’avait pas du tout voix au chapitre.   Manière de rappeler que tout changement, quelle que soit sa nature, nécessite une certaine dose d’audace et beaucoup de persévérance, les auteurs du livre « L’égalité entre hommes et femmes en droit successoral », à savoir Ali Mezhani et Khalthoum Meziou-Douraî pour la partie française, et Zahia Jouirou pour la partie arabe, remontent l’histoire à la source, pour démontrer que le Coran est passible de moult interprétations, pour être en adéquation avec toutes les époques. Ce qui fonde sa force et sa continuité. Les auteurs rappellent ainsi qu’à l’orée de l’Indépendance le leader Habib Bourguiba, avec l’institution du Code du Statut Personnel, et toutes les réformes qui s’en sont suivies, avait eu le courage de trancher dans le vif, voulant ancrer son pays de plain-pied dans la modernité, dans le cortège des nations évoluées, en instaurant l’égalité entre les sexes. En éradiquant aussi bien la répudiation que la polygamie et tous leurs corollaires, ainsi que toute mainmise sur l’intégrité physique et morale de la femme, Bourguiba avait donné le « la ». Bien des choses ont été réalisées depuis, et bien de l’eau a passé sous les ponts. Sauf qu’il s’est avéré difficile, et qu’il s’avère difficile encore de régler définitivement la question de l’égalité dans l’héritage.   Parce qu’il faut tenir compte des impératifs de l’époque, il importe de repenser le texte de cette législation autrement. « Pour que l’anomalie se corrige», préciseront les auteurs de ce livre en substance.   Et d’ajouter : « C’est parce que l’inégalité successorale est maintenue que la modernisation de la société tunisienne reste inachevée et que la Nation n’est pas pleinement citoyenne… Aussi, cinquante années après le Code du Statut Personnel, le temps est-il venu de corriger cette anomalie. Parce que l’œuvre de modernisation n’est jamais finie, la Tunisie a mieux à faire que de s’accrocher aux archaïsmes, que d’attendre les retardataires. La Tunisie, qui a été pionnière, a le devoir moral de montrer, une nouvelle fois, la voie. »   Structuré en deux chapitres, l’ouvrage, sorti aux Editions du Sud, prend en compte la « cohérence globale de l’ordre juridique », ainsi que « La cohérence interne du droit de la famille », pour aboutir à une conclusion : « Cette situation n’est le fait ni des parents, ni des frères, c’est la loi qui perpétue l’injustice et le droit qui ne joue pas au mieux son rôle de régulation des rapports sociaux. ». Le débat est ouvert.   S.G   (Source: « Réalités » (Magazine hebdomadaire – Tunis), N° 1103 du 15 février 2007)


  Bourguiba, les Beys et la République (Suite et Fin) :

Le sort des Husseïnites.

Par Béchir Turki   Nous continuons à publier, cette semaine, la troisième et dernière partie de la contribution de M. Béchir Turki sur «Bourguiba, les Beys et la République»   Laissons de côté les griefs formulés par les députés de l’Assemblée Nationale Constituante. Allons à l’essentiel. Sur les dix-neuf husseinites, huit Beys ont régné de 1881 à 1957. Pour les condamner globalement, nos élus ont avancé l’argument du cramponnement au trône. « Le trône était leur unique souci », ont-ils dit et répété sur tous les tons.   Mais justement, tout leur mérite est dans la force avec laquelle ils s’y étaient cramponnés. En sauvegardant le Trône, ils ont maintenu le symbole de la souveraineté et donné à nos aïeux le signal de prendre les armes. Le combat pour la liberté n’a été interrompu, malgré les apparences, à aucun moment. Du même coup, ils ont permis à notre drapeau de continuer à flotter sur les bâtiments publics ; ce drapeau dont nous caressions en frémissant l’étamine rouge percée d’un disque blanc garni d’un croissant et d’une étoile rouges. En se cramponnant au Trône, ils ont maintenu la publication de nos lois dans le Journal Officiel Tunisien. En se cramponnant au Trône ils ont sauvé notre monnaie et permis à la Tunisie de demeurer un pays de monométallisme à étalon-or.   Précisons-le pour nos compatriotes nés après 1958, année de la naissance du dinar tunisien et de la Banque Centrale Tunisienne : nos pièces de monnaie portaient sur l’une des faces en caractères arabes, le monogramme du Bey régnant et l’année hégirienne de fabrication ; sur l’autre face, en caractères latins, le mot « Tunisie », l’indication de la valeur en francs ou, selon le cas, en centimes et le millésime de l’année grégorienne de fabrication. Et puis, nous avions, bien sûr, comme tout le monde une monnaie fiduciaire. Ah ! ces billets de banque de l’ère beylicale ! Comme je voudrais pouvoir en retrouver au moins un exemplaire ! Ils portaient non seulement l’estampille de l’Etat tunisien mais la caractéristique d’un Etat musulman. Une arabesque reproduisant un verset du Coran ornait le verso des billets. Eh oui ! un verset du Coran. Précédés de la « basmala » les trois premiers mots de la sourate 83 « ويل للمطففين » (1) mettaient en garde les falsificateurs. Y avait-il au monde le papier-monnaie d’un autre pays islamique présentant en exergue une parole du livre sacré ?   En se cramponnant au trône, les beys ont assuré le maintien de la légitimité tunisienne, la pérennité d’une nation et la survie d’un peuple. En un mot, ils ont empêché la dissolution de notre identité sociale et culturelle.   Il faut le dire loyalement, la suppression de l’Etat tunisien n’a figuré dans le programme d’action d’aucun gouvernement français ni d’aucun résident général. Par contre elle a été de tout temps revendiquée par « les prépondérants ». Par ce terme on désignait la partie virulente de la colonie française, frange constituée initialement par les négociants et les hommes d’affaires. Leur représentant, dès les premiers mois du protectorat, a été Joseph Ventre, descendant d’une riche famille française installée à Tunis depuis 1823, soit cinquante-huit ans avant le traité du Bardo. Les agriculteurs se regroupèrent un peu plus tard. Leur premier porte-parole s’appelait Victor Pouillade de Carnières, alias Victor de Carnières. Il avait débarqué à Tunis en 1884. Trente-quatre ans, licencié en droit, il s’était fait attribuer par Paul Cambon, résident général, un immense domaine à Soliman. Monstre d’ingratitude, Victor Pouillade – pardon – Victor de Carnières passa les trente-quatre années suivantes de son existence à chanter pouilles aux indigènes et à attiser la haine raciale. Cultivé, maniant une plume trempée dans du fiel, il put dominer rapidement l’ensemble des colons. Dès lors, il se mit à casser du sucre sur le dos du résident général Justin Massicault, arrivé à Tunis le 22 décembre 1886. Les deux hommes n’avaient pas la même conception du protectorat. Le prépondérant réclamait une annexion immédiate ; le ministre plénipotentiaire parlait d’assimilation.   Une année après l’arrivée du nouveau résident général, le leader des agriculteurs français créa le 18 décembre 1887 un hebdomadaire dans lequel il développa sa marotte : suppression du protectorat et proclamation d’un « département français de Tunisie ». Le périodique était intitulé La Tunisie. Victor de Carnières y déversait une antipathie viscérale pour le résident général, plus forte de semaine en semaine jusqu’au jour où Justin Massicault, diabétique, entra dans un coma profond. De toute l’histoire du protectorat, il fut le seul résident général mort en poste.   Dès l’annonce du décès de ce Français juste et respectueux du droit, la feuille de Victor de Carnières abandonna son appellation première et parut sans masque. Le nouveau nom – L’Annexion – confirmait la couleur. Le premier numéro, daté du samedi 5 novembre 1892, annonçait en un court entrefilet, au haut de la première page, l’évènement du jour. « Le Résident général a succombé ce matin vers trois heures ». Le défunt n’était pas nommé. Sa fonction seule intéressait l’informateur. Les condoléances n’étaient pas présentées. Le flash était clos par cette phrase cruelle : « Devant cette tombe entrouverte, nous garderons le silence ».   Le cynisme était rendu total par le titre d’un long article faisant suite à l’information du décès. Intitulé « Le Salut », le papier commençait par ces termes: « Après onze ans de Protectorat la Tunisie n’est pas encore officiellement une terre française ». L’adverbe était souligné. En échange de l’annexion, Victor de Carnières offrait au Bey la permanence de son titre. Autrement dit Victor de Carnières rêvait d’un « département français de Tunisie avec le Bey comme préfet ». Personne ne mordit à l’hameçon.   Charles Rouvier, successeur de Justin Massicault, n’agréa ni le nom provocateur du périodique ni les idées du porte-parole de la prépondérance terrienne. Le colon du Cap Bon, fécond comme un lapin, donna à sa feuille un troisième nom. L’Annexion, au bout de quatre semaines d’existence, devint La Tunisie française. C’était du kifkif. Le journal, cependant, aura cette fois la vie longue. D’hebdomadaire il se mua, en 1905, en quotidien et continua après la mort de son fondateur à répandre le même venin sous la responsabilité de trois ou quatre directeurs successifs jusqu’au 2 juin 1947, date à partir de laquelle il se métamorphosa en Tunisie – France, M. Jean Mons venant d’être nommé résident général. Le journal fondé par Victor de Carnières survécut jusqu’en 1955 et disparut à, l’avènement de l’autonomie interne.   Le terrain où est érigé le mausolée de Farhat Hached, en contrebas du Collège Sadiki, était destiné à l’origine à recevoir la dépouille de Victor de Carnières, mort le 26 mars 1917. Le choix du lieu impliquait tout un symbole. Il était situé juste en face de la Direction générale de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation. « Les Jeunes Tunisiens », avec l’appui de Naceur Bey, empêchèrent cette honte de se produire. Enfin, il est resté dans la mémoire collective, cette parole lapidaire du haineux colon : « Si vous rencontrez un Arabe et un scorpion, avait-il dit dans l’un de ses discours, tuez l’Arabe et épargnez le scorpion ».   Tout cela, Bourguiba ne l’ignorait pas.   Le 20 mars 1948, Bourguiba, en sa nouvelle qualité de secrétaire général du Comité de libération du Maghreb arabe, entreprend une tournée dans les Etats du Moyen-Orient pour y faire connaître la cause nord-africaine et solliciter l’appui des pays arabes. Le 9 septembre 1949, il est de retour à Tunis. Triomphalement reçu, sa première visite est pour Lamine Bey. Une foule enthousiaste lui fait un cortège considérable jusqu’au palais de Carthage. « La dynastie demeure le symbole de l’unité tunisienne » avait-il proclamé.   Le jour même il alla se recueillir au Jellaz sur la tombe de Moncef Bey.   Que n’a-t-il rappelé ces faits, le 25 juillet 1957 ?   Nous étions, en 1957, pour le régime républicain. Nous continuons aujourd’hui à l’être. Nous ne confondions pas Bourguiba et la République. Lui seul faisait cet amalgame et rayait d’un trait de plume tout notre passé. Aussi devons-nous avoir l’honnêteté de nous poser une question comme nous devons avoir le courage d’y répondre: Lamine Pacha Bey et sa famille méritaient-ils les outrages subis immédiatement après l’abolition de la monarchie? La journée du 25 juillet 1957 fit du souverain – il ne faut pas l’oublier – un citoyen tunisien. Le décret abolissant la Monarchie n’a édicté aucune sanction infamante à l’endroit de Lamine Pacha Bey. La loi de son pays lui garantissait les droits élémentaires dus à tout être humain: la dignité ; la sécurité de la personne et des biens ; la présomption d’innocence en cas de poursuite pénale.   Or, ni Lamine Bey ni les membres de sa famille n’ont bénéficié de la protection de la loi.   Quelques faits me reviennent en mémoire. Je les avais glanés il y a quelques années dans deux témoignages publiés après la chute de Bourguiba. Le premier est celui du prince Slaheddine paru dans l’hebdomadaire Al Ayem du 7 avril 1988; le deuxième est celui de la princesse Zakia, inséré dans un ouvrage collectif paru sous le titre « نساء وذاكرة » (2) , ouvrage présenté par M. Habib Kasdoghli et édité à Tunis en 1993 sous le patronage du CREDIF et de l’Institut Supérieur de l’Histoire du Mouvement National.   Comment Lamine Bey a-t-il pu subvenir à ses besoins durant son séjour de quinze mois au palais de la Manouba ? Le prince Slaheddine nous donne une révélation intéressante. A l’insu de la délégation chargée de la mission de le transférer de son palais de Carthage à la résidence surveillée de la Manouba, l’ex-souverain put camoufler dans ses vêtements une liasse de 500.000 francs. La somme représentait à peu près le salaire annuel d’un fonctionnaire moyen. Dépensée parcimonieusement, elle lui permit de tenir le coup un bon moment. On mit à sa disposition un coursier. Une fois le petit trésor épuisé, Lamine Bey dut implorer la pitié de Hassouna El Karoui. « Mon père et ma mère, nous confie Slaheddine Bey, restèrent sans nourriture durant trois jours ».   Lamine Bey portait au doigt une bague au chaton finement travaillé. Quelle a été la destinée de ce bijou fascinant ? Le prince Slaheddine répond à cette question : « Le jour où on lui avait fait quitter son palais, mon père avait pris avec lui deux joyaux : sa bague et sa montre en or. La montre, il me l’offrit après sa libération car, à son étonnement de me voir demander l’heure, je l’avais mis au courant de la dépossession de mon bracelet-montre et de mon anneau nuptial lors de mon séjour à la prison civile de Tunis. Quant à la bague nous l’avons confiée à notre sœur aînée. Le bijou était serti d’un diamant d’une valeur actuelle estimée à 70.000 dinars.   L’accalmie ne dura pas longtemps. Elle était un pur calcul stratégique conçu par la cauteleuse Wassila. Cinq ou six jours après la deuxième visite de Férida, un haut fonctionnaire du premier ministère, M. Hédi Chénoufi, prit la relève et vint informer Lalla Aïcha du désir de la mejda de montrer la bague au président. Le messager se fit délivrer l’unique relique héritée de notre père qui fut confisquée. Personne n’est revenu nous restituer notre bien ».   La princesse Aïcha et la princesse Zakia étaient deux femmes exceptionnelles, patriotes et militantes énergiques.   La princesse Aïcha avait, à cinq ou six ans près, l’âge de Bourguiba. Née en 1906, elle épousa en 1939 Slaheddine Meherzi et mourut en 1994 à l’âge de 88 ans. Elle était mère de trois garçons.   J’avais entendu parler de Lalla Aïcha, au début des années 50, au 115, Boulevard Saint-Michel. Elle venait régulièrement à Paris et, sur recommandation, prenait contact discrètement avec un membre de la cellule néodestourienne. Croyant avoir affaire à une personne de sa trempe, elle lui remettait en toute confiance de grosses liasses de billets de banque et plusieurs paquets de gâteaux tunisiens à charge pour lui de distribuer équitablement aux étudiants l’argent et les douceurs. Hélas ! L’intermédiaire n’avait pas les qualités de cœur de la princesse. Insatiable, il gardait pour lui-même la totalité des dons. Aucun étudiant n’a jamais touché un centime de la munificence princière ; aucun étudiant, à ma connaissance n’a jamais vu la couleur des baklawas de la princesse.   Bourguiba, disais-je, avait à peu près l’âge de Lalla Aïcha. Aussi, aimait-il se rendre chez elle. La princesse Zakia nous fait cette révélation dans le texte précédemment signalé. La fille aînée du Bey recevait le Combattant Suprême. Durant ses voyages comme durant son exil, elle l’avait aidé matériellement. Cette génération ne fut pas payée en retour.   M. Jean Mons a été résident général du 19 février 1947 au 2 juin 1950. Son proconsulat se situe entre celui du général Mast et celui de François Perillier. Dès son arrivée à Tunis, il essaya sincèrement de faire réinstaller Moncef Bey sur le trône. Paul Ramadier, président du Conseil, ne disait pas non mais la conjoncture française ne le permettait pas. Jean Mons eut, quelques mois plus tard, le privilège d’organiser au Jellaz le 5 septembre 1948 les funérailles du Bey martyr, décédé à Pau quatre jours plus tôt. Jean Mons a été également le promoteur de la politique libérale, annonciatrice de l’émancipation irréversible de notre pays.   En 1988, j’avais eu le plaisir de faire la connaissance à Paris de M. Jean Mons. Il vivait seul, dans un petit appartement. Nous avions déjeuné ensemble six ou sept fois. Au cours de l’un de nos entretiens il me parla de la princesse Zakia. « A la résidence générale, nous la surnommions la panthère noire », me révéla-t-il.   La princesse, dans son texte ci-dessus indiqué, confirme le surnom à elle donné mais elle le supposait créé par les journalistes. Elle avait installé au sous-sol de son domicile un atelier de fabrication de bombes artisanales. Intrépide, elle escaladait les djebels, dès 1949, et ravitaillait les fellaghas en armes, en argent et en victuailles de toutes sortes.   Fin juillet 1957, peu avant le coucher du soleil, debout et tremblante, à l’angle de la rue Sophonisbe et du boulevard reliant Salammbô à Sidi-Bou-Saïd, une femme, entourée de six enfants, trahissait les signes d’une immense détresse. Désemparée, craignant pour sa progéniture la tombée de la nuit, elle fouillait du regard l’intérieur des automobiles. Les véhicules passaient en trombe.   La malheureuse, trente ans environ, espérait être reconnue et secourue par l’une de ses nombreuses connaissances. C’était la princesse Zakia. Cette femme valeureuse, cette patriote émérite, était avec ses enfants, sur le pavé.   En 1960, elle eut le courage de demander audience à Bourguiba. Il la reçut. Elle plaida sa cause. Elle sut l’émouvoir. Il reconnut en elle une authentique militante, prétendit tout ignorer de ses malheurs, lui alloua une rente mensuelle de 100 dinars et lui promit de faire libérer son mari.   La princesse Zakia, née le 10 septembre 1927, s’était mariée au docteur Mohamed Ben Salem le 25 juin 1944. Elle mourut quelques mois après le président Bourguiba.   Notes:   1) Malheur aux fraudeurs !   2) « Des femmes et une mémoire»   (Source: « Réalités » (Magazine hebdomadaire – Tunis), N° 1103 du 15 février 2007)  


La Tunisie du Nord au Sud vue par un Canadien (1ère partie)

Etienne Gauthier   De Tunis à Douz, en passant par Tameghza, Djerba, Le Kef et Tabarka, Etienne Gauthier, journaliste stagiaire canadien au sein de Réalités, a profité de ses vacances pour faire un tour du pays. Il nous livre ici, sous forme d’un journal de voyage, son regard et ses expériences. Parti le 23 décembre et revenu le 6 janvier, le jeune reporter du Nord a parcouru plus de 2.600 kilomètres. Reportage sur une Tunisie vue par un Québécois.   Des vacances ! Je comprends bien que cela sonne faux dans la bouche d’un stagiaire, mais on travaille fort à Réalités et le temps que l’on peut consacrer à la découverte de la Tunisie, du moins de mon côté, est assez limité. Alors voilà : 22 décembre, je suis officiellement en congé. Après avoir souhaité : Joyeux Noël, Aïd Mabrouk, en avance, et Bonne Année à tout le monde au journal, je pars ! Objectif : un tour de la Tunisie en 15 jours.   Ma fiancée, Amélie, et moi avons loué une automobile pour l’occasion, une petite Clio à kilométrage illimité, 600 dinars TTC pour les deux semaines. Je voulais payer 500 dinars, mais pendant les vacances de l’Aïd, on dirait que les prix grimpent un peu…Ou est-ce ma tête de touriste qui fait monter les prix ?   23 décembre (1er jour) – De la route   Nous allons à Kairouan rejoindre des amies, Julie et Mila, la première est Québécoise et la seconde est Allemande. Ensuite, direction Douz, où nous allons dormir le premier soir. Une journée de route donc.   Les filles nous attendaient dans la ville sainte, sur les bords d’un marché public où l’on vendait de vieux vêtements. Julie a acheté un vieux chandail beige avec un trou. Au total, il nous a fallu six heures et demie pour arriver à Douz, à partir de Tunis. Nous sommes passé par Matmata, mais il faisait noir et il pleuvait, donc nous n’avons pas vu grand chose. Demain à Douz, c’est le Festival du Sahara qui commence. Il paraît que ça vaut vraiment la peine. Des chameaux, du sable, des Bédouins, du folklore…   24 décembre (2e jour) – Le Festival du Sahara   Après un petit déjeuner assez ordinaire (œuf dur, pain baguette et café tiède), Amélie et moi nous rendons en ville. On y prépare le grand défilé qui marquera le début des festivités. Des musiciens du Sénégal battent du tambour, des danseurs de tous les coins de la Tunisie discutent en sautillant, vêtus de leurs costumes traditionnels. Il y a aussi les Algériens, les Marocains et de véritables Bédouins, venus accompagnés de leurs plus beaux dromadaires. Les costumes étincellent dans la lumière crue du soleil. Le temps est clément. Le défilé ne sera pas très long, mais haut en couleur avec ses danseuses, ses musiciens et ses percussionnistes. Tout le petit village de Douz s’anime le temps d’une danse.   L’après-midi, nous nous rendons dans un stade, en bordure de Douz. Un grand spectacle a été organisé. Au menu : course de dromadaires, défilé de dromadaires, combat de dromadaires. Pour ceux qui préfèrent les chevaux, il y en a aussi. C’est une reprise du défilé de ce matin, mais cette fois, plutôt que de le faire dans les rues, on le fait dans le stade. Les troupes défilent, une à une, devant une estrade où sont assis quelques responsables locaux.    Une estimation de la foule, toute aléatoire, me fait penser qu’au moins 20.000 personnes se sont entassées dans le stade en plein air pour apprécier ce mélange de couleur, ces costumes, ces danses et ces rites désertiques.   Ce soir, c’est la veille de Noël. Mila, Julie, Amélie et moi jouons aux cartes. On a mis des chandelles pour que ce soit plus intime, mais sur la terrasse de notre petit hôtel, le soleil s’est maintenant couché, et il commence à faire froid. Après : soirée dansante chez Ali Baba, petit resto de Douz. On a fêté Noël un peu, mais il manquait la neige. On s’est tout de même bien amusé au restaurant. On a chanté, on a dansé et j’ai même joué de la darbouka. Le couscous était exquis, surtout assis en tailleur, à même le sol, sous une tente bédouine. Demain nous partons dans le désert.   25 décembre (Jour 3) – Le désert   Il est 14h00 quand nous grimpons maladroitement sur nos dromadaires pour aller passer une nuit dans le désert. Amélie a hérité d’une bête qui bave beaucoup. Elle émet aussi des sons gutturaux qui ne sont pas sans rappeler les rots, qui vont de pair avec un bon dîner de Ramadan. Le dromadaire d’Amélie est en période d’accouplement, ça la fait bien marrer. Nous aussi d’ailleurs.   Deux heures de dromadaire, ça donne mal aux fesses ! Nous élisons campement à environ 6 kilomètres au sud de Douz. Pas très loin, mais bon, c’est seulement pour passer une nuit dans le désert. Nous avons tous très hâte de vivre comme des Bédouins. Et nous mettons la main à la pâte. Nous aidons à monter les tentes, nous allons chercher de quoi alimenter le feu.   Pendant ce temps, un de nos guides prépare le couscous. Je suis très impressionné par la manière dont il le prépare, directement sur le feu, avec ses mains, avec beaucoup d’attention, tranquillement, méthodiquement. Il y a de l’amour dans ses gestes. C’est le jour de Noël et nous sommes dans le désert. Le soleil se couche tranquillement sur les dunes et le froid humide du Sahara commence à nous glacer les os. Pour nous réchauffer, nous mangeons à grands coups de cuillère le couscous. C’est chaud, c’est épicé, c’est simplement excellent.   Il est 18h00 et les étoiles sont toutes sorties. Au loin, on voit les feux d’artifice de Douz. La nuit est claire, la lune nous montre son plus beau croissant et je commence à avoir sommeil. Ce que je ne sais pas encore, c’est que je m’apprête à vivre la pire nuit de ma vie. Dieu que le sable est inconfortable! J’ai dormi quatre heures entre 22h00 et 7h00, le lendemain matin. J’ai aussi battu un record de tourne-sur-un-bord-tourne-sur-l’autre-toute-la-nuit.   26 décembre (Jour 4) – Direction Tozeur   Nous quittons Douz, après être revenus tout courbatus de notre nuit dans le désert. Le Canadien que je suis n’a jamais eu aussi froid de toute sa vie. En plus, mon dos est dans tous ses états. J’ai de la misère à marcher à cause du dromadaire et à chaque fois que je bouge un peu, je découvre avec douleur des muscles insoupçonnés. Ça fait mal.   Nous reprenons la route à quatre. Nous laisserons Mila et Julie à Kébili. Elles partent vers Tataouine. De notre côté, Amélie et moi avons décidé de continuer vers les palmeraies de Tozeur et Nefta. Le paysage qui s’offre à nous en traversant le Chott el-Djerid est hallucinant. Cette ancienne mer intérieure, maintenant asséchée, offre au regard un paysage de fiction : les montagnes de roches rouges à l’horizon, la terre argileuse partout autour et les reflets du soleil font danser les teintes de rose et de bleu sur une eau stagnante. Impossible de distinguer le ciel de la terre. La ligne d’horizon a disparu. Dans la lumière aveuglante du soleil, un mirage : une voiture flotte à ma rencontre.   Nous arrivons à Tozeur une heure et demie après avoir quitté Douz. Nous louons une chambre dans un petit hôtel coquet. J’ai besoin d’un lit. Je suis fatigué, courbatu et j’ai un début de grippe. À demain…   27 décembre (Jour 5) – Tozeur et Nefta Je me sens mieux. J’ai de nouveau envie de jouer les touristes. À Tozeur, il y a aussi un festival qui bat son plein, Le festival international des Oasis de Tozeur. Mais la ville dort. Il n’y a pas d’activité dans les rues, tout se déroule à l’intérieur d’édifices sombres. Et dehors, il fait un temps superbe. Nous décidons donc de laisser ces sombres festivités pour voir la ville et ce qu’elle a à nous offrir, son architecture faite de briques et sa palmeraie surtout. Superbe étendue de plus de 400.000 arbres fruitiers, une richesse au milieu du désert et les meilleures dattes de Tunisie.   Mais Tozeur s’est ouvert au tourisme international au début des années 90’ et un terrain de golf a été construit. Un vrai terrain de golf avec de la verdure, du gazon en plein milieu du désert. Je trouve ça un peu bizarre.   L’après-midi, destination Nefta, site d’une autre très jolie palmeraie. Visite de la médina. Nous nous perdons dans ce dédale de ruelles. Les enfants jouent au foot, soulevant la poussière à chaque coup de pied, quelques marchands nous apostrophent pour nous vendre tout et n’importe quoi, mais la balade reste charmante. Coucher de soleil sur la Corbeille de Nefta, offrant une vue imprenable sur la palmeraie et le Roc rouge qui l’entoure. Cette nuit-là, nous la passons à Tozeur encore.   28 décembre (Jour 6) – La Vallée de l’Oued Nous partons dès le lever du jour. Nous prenons la direction de Tameghza. Nous voulons voir l’Oued et sa vallée. La route est difficile, sinueuse, étroite, les courbes abruptes, mais on aime ça. Premier arrêt : Chebika, son oasis, sa chute d’eau et ses rochers.   Une fois l’attroupement de touristes occidentaux passé, à l’entrée du site tant convoité par les photographes du dimanche, nous nous enfonçons dans la montagne. La roche s’effrite sous nos bottes, mais la pente est douce. Au sommet, la vue sur cette chute d’eau en pleine terre aride est un peu irréelle, mais nous ne rêvons pas : l’eau est turquoise comme celle des annonces d’un Club Med. Le bassin qui la recueille n’est, par contre, pas très profond. Plusieurs dizaines de photos plus tard (qui se ressemblent pas mal toutes au final) nous reprenons la route vers Tameghza.   L’ancien village, complètement submergé lors des grandes inondations de 1969, a maintenant fait peau neuve et borde la route. Sans charme. Mais au loin, en aval, au creux d’une vallée, on aperçoit le vieux village. Les maisons ocres ne ressemblent plus tellement à ce qu’elles devaient être à l’époque : les toits sont arrachés, il n’en reste que les murs. Le cimetière du village, encore solidement en place a, lui, résisté au déluge. On ne peut, devant ce triste spectacle, que constater la force destructrice de la nature qui a tout dévasté.   Juste auparavant, nous nous sommes arrêtés à la cascade de Tameghza. Nous ne sommes pas descendus jusqu’à son bord. Trop de touristes, trop de kiosques et de vendeurs de babioles, trop de monde. En restant en hauteur, le panorama est magnifique. L’eau émeraude se déverse dans un bassin relativement profond. On aurait le goût de plonger, mais la brise, un peu fraîche, qui caresse ma nuque me l’interdit. Il y a aussi que ce serait un saut d’une cinquantaine de mètres !   En quittant Tameghza, nous avons suivi la route jusqu’à Midès. Quel enchantement ! Un site magnifique tout en canyon, en roche et en vent. Un peu désolant, à la suite de son abandon durant les inondations (d’énormes coulées de boue ont ravagé le village dont il ne reste maintenant plus rien). Mais rien n’est désolant dans le spectacle qu’offre Midès et ses panoramas, on se croirait dans le Far West américain. Le canyon creusé par le lit d’une rivière, désormais disparue, raconte son histoire par strates détaillées. On peut y descendre, nous nous en abstenons, pour mieux profiter de la vue.   En marchant dans ce petit village devenu halte touristique, les vendeurs sont nombreux à offrir des répliques de géodes de quartz. Amélie et moi sommes au courant, nous connaissons le subterfuge. Les marchands peinturent une roche toute ressemblante au quartz, et la vendent en faisant croire n’importe quoi au touriste prêt à croire n’importe qui. Sachez qu’en mouillant votre doigt et en menaçant de toucher la roche peinte avec, pour faire disparaître la peinture, les marchands vous le refuseront tout net et partiront tenter leur arnaque sur un autre.   Il est 15h00, Julie, notre amie Québécoise vient de quitter Tataouine. Nous nous fixons rendez-vous à Gabès. Amélie et moi sommes à l’autre bout de la Tunisie. Trois heures et demie de route plus tard. Nous arrivons à Gabès. Notre seul regret : ne pas avoir pu prendre le Lézard Rouge pour parcourir les Gorges de Selja. Par contre nous retrouvons nos deux amies, à qui s’est joint un autre Allemand, ami de Mila, qui s’appelle Daniel. Tous ensemble, nous irons passer les fêtes de l’Aïd et du nouvel an à Djerba. Nous partons demain.   (à suivre)   (Source: Réalités“ (Magazine hebdomadaire – Tunis), N° 1101 du 1er février 2007)

La Tunisie du Nord au Sud vue par un Canadien (2ème et dernière partie) : De Douz à Tunis

Etienne Gauthier    De Tunis à Douz, en passant par Tameghza, Djerba, Le Kef et Tabarka, Etienne Gauthier, journaliste stagiaire canadien au sein de Réalités, a profité de ses vacances pour faire un tour du pays. Il nous livre ici, sous forme d’un journal de voyage, son regard et ses expériences. Parti le 23 décembre et revenu le 7 janvier, le jeune reporter du Nord a parcouru plus de 2.600 kilomètres. Reportage sur une Tunisie vue par un Québécois.   Je viens de parcourir plus de 1.400 kilomètres en moins d’une semaine. En partant de Tunis, je me suis rendu à Douz pour le Festival du Sahara, j’ai été courbatu, à cause d’une nuit dans le désert et j’ai visité les palmeraies et les oasis de la région de Tozeur et de Tameghza. Maintenant, direction Djerba pour aller fêter l’Aïd.   29 décembre (Jour 7) : Gabès – Djerba   Je me retrouve à Gabès au matin de cette septième journée de voyage. La veille nous avons traversé le pays d’Ouest en Est pour venir rejoindre Julie, mon amie québécoise et ses deux amis allemands : Daniel et Mila. À présent nous sommes cinq dans la petite Clio et nous voulons aller fêter le nouvel an et l’Aïd à Djerba. Mais avant de nous retrouver sur l’île qu’Ulysse aurait visitée dans son voyage mythique, nous voulons voir Matmata.   En arrivant de Gabès, le village de Matmata s’offre à nous par une route sinueuse. Au dessus de nos têtes, dans les montagnes, on voit son nom écrit en grosses lettres hollywoodiennes, petit clin d’œil à son passé récent, où le village a fait la rencontre des films de la série « La guerre des étoiles ». Les filles dans l’auto semblent d’ailleurs se foutre éperdument de ce détail. Elles n’ont même pas vu les films ! « Ici, c’est les maisons troglodytes qui sont impressionnantes », lance Julie. Ok, ok…   Nous passons trois heures dans ce village, en compagnie d’un guide officiel frôlant les 70 ans. Il parle cinq langues, mais son français est approximatif, son italien aussi, à ce que disent les touristes italiens qui prennent la visite avec nous. Nous visitons une de ces maisons. La famille qui y habite vit son quotidien tranquillement, la maîtresse du foyer prépare le déjeuner tandis que ses filles reviennent avec quelques victuailles. Sous notre œil intéressé, leurs vies continuent, dix mètres sous terre, bien à l’abri des chauds rayons du soleil. Elles s’exposent à nous et nous laissent, l’espace d’un instant, partager leur quotidien. En retour nous leur laissons quelques dinars ; je me sens un peu voyeur.   L’après-midi nous poursuivons notre route vers Djerba. Chemin faisant nous nous arrêtons à Metameur, pour visiter un ksar, le seul que je verrai de tout mon voyage. Nous sommes les seuls touristes dans ce petit village près de Medenine. Quand nous arrivons, la mosquée est en train de se vider. Les hommes, plutôt âgés, se suivent et redescendent vers le village. Le ksar de Metameur est très bien conservé et sa cour intérieure est très spacieuse. Nous y sommes seuls et nous en profitons pour faire toutes sortes de photos.   Le soleil va se coucher bientôt et nous voulons aller passer la nuit à Djerba. Nous prenons le bac qui relie la côte à l’île et mettons le cap sur Houmt Souk, mais nous sommes le jeudi avant l’Aïd, demain c’est congé, samedi aussi et tout a déjà commencé à fermer. Nous ne savons pas vers où nous diriger, nous qui allons passer les trois prochains jours ici. Finalement, nous mettons le cap vers la zone touristique, où nous louons un charmant appartement juste au-dessus d’une épicerie. « 70 dinars la nuit, je ne négocie pas », nous lance le propriétaire. Nous sommes fatigués, il est tard et l’appartement est neuf, bien équipé et confortable, en plus d’être assez spacieux pour nous accueillir tous les cinq. Petit caucus occidental : « Ça va pour 70 dinars, nous resterons trois nuits, jusqu’à lundi. » La réponse du proprio ? « Bienvenue en Tunisie !». Inch Allah !   30, 31 décembre (Jours 8 et 9) : Djerba   Nous serons à Djerba pendant deux jours. La première journée, nous décidons de la passer à la plage. De toute façon tout est fermé, c’est l’Aïd. Même la plage est tranquille, il n’y pas de vendeurs de colliers de corail à 2 dinars ou même de plagiste pour distribuer les chaises. Tout le monde mange le mouton en ce beau matin ensoleillé. Par contre, on retrouve des propriétaires de chevaux qui offrent, pour 40 dinars, trois heures d’équitation sur la plage. Mila, Amélie et Daniel acceptent l’offre et en bon négociateurs réussissent tout de même à «gratter» quelques dinars, pour enfin n’en payer que 30 chacun. Ils partiront le lendemain matin à 10 heures.   Le reste de la journée se déroule dans la détente. Nous en profitons pour lire sur la plage, y marcher un peu, écouter le bruit des vagues, nous y tremper les pieds. Il fait 23 degrés et le soleil nous inonde de sa lumière. Une belle journée de détente. Le soir, nous allons manger dans un restaurant, où le serveur nous convie, de l’extérieur de son restaurant, à venir manger du mouton de l’Aïd. Quelle déception ! Une fois dans le resto, le serveur nous lance : «Alors, brick-escalope pour tout le monde ? » -«Non, on veut manger du mouton » – «Y en a pas de mouton’, c’est fini». – «Comment ça ? Tu viens de nous inviter à en manger» -«Non ’, le mouton c’est ce que j’ai mangé ce matin… » -«Du couscous, t’en as ? » -« Non missieu’». Finalement j’ai pris un brick-escalope, c’est-à-dire un brick avec une escalope de dinde, mais le repas a été horrible. Le serveur nous a offert de la bière, mais il n’en avait plus, il nous a offert du thé mais il n’en avait plus, les filles voulaient plus de sauce sur leurs pâtes, mais il…   Le second jour, c’était la veille du Jour de l’An. Après le retour de nos cavaliers du dimanche (tous forts heureux de leur randonnée sur la plage – Mila était même amoureuse de son cheval), nous sommes allés faire un peu de thalassothérapie dans les installations cinq étoiles d’un nouvel hôtel avec autant d’étoiles. Chic, mais surtout fantastique. Piscine à l’eau de mer, dont une partie du bassin se trouve à l’extérieur, hammam avec un bain, massages, piscine à jets, tisane servie dans la piscine… Deux heures de pur bonheur.   Dans la soirée nous célébrons la nouvelle année, en mangeant un excellent spaghetti, cuisiné maison, tout en l’arrosant de plusieurs bouteilles de vin. Il nous en restera d’ailleurs beaucoup le lendemain. Plus tard, vers minuit, nous sommes sortis en boîte. En rentrant, vers trois heures du matin, nous avons mangé le reste de la sauce spaghetti avec beaucoup d’appétit.   1er janvier (Jour 10) : Djerba – Sfax   En cette première journée de l’année, le réveil se fait tranquillement. Après avoir fait un petit ménage de l’appartement loué, nous partons tous ensemble pour Sfax, nous irons y reconduire Julie, Daniel et Mila, pour qu’ils y prennent un train vers Tunis. Mais la route entre Djerba et Sfax est longue et ardue. Il y a du trafic, ces petites routes à une voie rendent difficiles les dépassements et par-dessus le marché le train de nos trois comparses part à 18h00. Il est 15h30 quand nous quittons finalement l’île de Djerba, après y avoir attendu le bac plus de 40 minutes. Course contre la montre. Nous avons deux heures et demie pour nous rendre à Sfax. Je ne regarde plus le paysage et me transforme en un Michael Schumacher en puissance derrière un volant à 60 chevaux, ça donne ce que ça donne. Nous arrivons à Sfax à 17h40, à la gare à 17h50. Nous nous embrassons et nous nous quittons rapidement. Pause. Amélie et moi soufflons un peu. Trois minutes plus tard, Daniel, Mila et Julie réapparaissent. « Qu’est-ce qui se passe ? ». Il n’y a plus de place dans le train.   2 janvier (Jour 11) : Sfax – Le Kef   La veille, nous avons laissé nos trois amis loger dans un hôtel près de la gare, Amélie et moi nous sommes rendu un peu plus loin, vers le centre-ville. À Sfax, une visite de la Médina s’impose. Balade entre les murs de la vieille ville. Je cherche vaguement une ceinture, Amélie achète des oranges, nous sommes un peu las, nos regards flânent, comme nous d’ailleurs. Nous sommes un peu impressionnés par le nombre de vendeurs, installés les uns à côté des autres, qui vendent tous les mêmes choses. Finalement, je n’achèterai pas de ces ceintures contrefaites, qui me sont d’ailleurs présentées par les différents vendeurs, comme étant de « véritables répliques. » Pendant notre promenade dans la médina, nous croisons Julie, Mila et Daniel. Leur train part à 18h00.   L’après-midi, on ressaute dans l’auto. Direction Le Kef. Donc une après-midi de route pour Amélie et moi. Nous arrivons au Kef en fin de journée, vers 18h00, après être passés par Sbeitla, dont (pardonnez-nous) nous n’avons vu que le vieux centre-ville poussiéreux. Nous ne savions pas qu’on pouvait y retrouver quelques ruines, derniers vestiges d’un passé glorieux, que le petit village tente de mettre en valeur. Nous, on est passé tout droit. C’est mon deuxième regret après avoir manqué les Gorges de Selja.   La route vers le Kef est assez plane, sauf qu’elle est ponctuée d’une dizaine de barrages policiers. Ça en devient marrant, nous sommes arrêtés systématiquement. Peut-être que mon look de barbu ne leur plaît pas trop en ces temps troubles, mais la vue d’Amélie, bel ange blond à mes côtés, semble les rassurer. En plus, quand ils nous abordent, j’en profite pour retrouver mon pire accent québécois, ce qui les confond un peu. Habituellement, ces opérations de routine se concluent par un vibrant : «Bienvenue en Tunisie », mais parfois, sans qu’on ne leur ai rien demandé, ils nous disent : « Le Kef ? C’est par là. ». Merci monsieur.   3 janvier (jour 12) – Le Kef – Hammam Bourguiba   Nous sommes fatigués et nous escamotons notre journée au Kef. De toute manière il pleut à boire debout et il vente, on dirait le Québec en octobre. Ce contraste climatique nous saisit. La veille nous étions encore sur les côtes, à nous faire bercer par les rayons d’un soleil hivernal, mais aujourd’hui, on est en pleine montagne, il pleut, il vente, les feuilles des arbres ont changé de couleur, Brrrrrr.   Après avoir fait tant de route ces deux derniers jours, nous ne souhaitons pas en faire trop aujourd’hui. Notre seul objectif : nous rendre à Hammam Bourguiba, presqu’assis sur la frontière algérienne, pour aller nous y détendre. Mais avant, nous passons par Aïn Draham, petit village niché en pleine montagne. Décor génial. D’ailleurs le paysage que nous offre cette route, qui nous mène du Kef à Hammam Bourguiba, est d’une splendeur cinématographique. Pendant que quelques sommets percent les nuages, des vallées verdoyantes s’offrent à nous, avec leurs moutons et leurs bergers. La route est sinueuse, difficile, mais chaque tournant nous offre un panorama toujours plus spectaculaire. Amélie et moi voyons une maison abandonnée sur la face d’une montagne. C’est plutôt un manoir abandonné. On se met à rêver, on se dit qu’on pourrait l’acheter, y construire une belle auberge, y offrir une cuisine normande, des fondues, de la raclette. On aurait une cheminée… Dialogue : «Mais bon… On est pas rendu là, chérie, arrête de rêver. Pourquoi ? c’est beau de rêver. «Oui je sais, c’est beau de rêver».   4 janvier (Jour 13) : Hammam Bourguiba   Une journée de détente. On voulait en faire deux, mais l’état des lieux et le peu qu’il y a à faire sur place nous en dissuade. L’endroit n’est pas tellement rempli, mais il y a beaucoup de familles et tout le bruit qui vient avec. Oui je sais, je peux paraître intolérant, mais on était là pour se reposer. Dans la salle à manger, des enfants couraient partout, chahutaient, pleuraient, criaient, on aurait dit une garderie. Dans la piscine, c’est pire, ça crie, ces petites bêtes-là ! En plus, ça patauge, ça plonge, ça éclabousse… Comme font tous les enfants   de la terre, je l’admets d’emblée, mais Amélie et moi, nous avons un peu passé cet âge-là et surtout nous étions là pour nous reposer comme nous le proposait d’ailleurs cet hôtel. En plus ça m’a un peu énervé de laisser 20 dinars par peignoir emprunté en guise de caution. Finalement, le buffet était bien ordinaire.   5 janvier (Jour 14) : Tabarka   Nous sommes arrivés à Tabarka en début d’après-midi, après, encore une fois, quelques contrôles policiers. Quel beau village ! Située en bord de mer, Tabarka est tournée vers cette dernière, avec son petit port, sa promenade qui longe la plage et ses multiples cafés entourant plusieurs petits jardins fort bien entretenus. Le soleil est de retour, après deux jours de pluie et nous en profitons pleinement. Nous passons toute la journée dehors à nous balader, à flâner (Y a-t-il autre chose à faire ?), à s’asseoir dans des cafés. Amélie complète ses emplettes de souvenirs. Elle achète un canon en bois d’olivier pour son père et une chicha pour son frère. Pendant ce temps, le soleil se couche sur le fort gênois et nous rentrons aux « Mimosas», un petit hôtel aux magnifiques jardins, qui a déjà accueilli Léo Ferré dans ses murs. Une belle journée.   6 janvier (Jour 15) : Tabarka – Hammamet   Nos vacances s’achèvent. Amélie n’a pas vu le Cap Bon et voudrait bien voir Hammamet. Bon, ok, va pour Hammamet. La route est longue et nous n’arrivons là-bas que vers 15h00. Assez par contre, pour une visite complète de la médina. Une médina magnifique, fleurie, qui vous happe dans un dédale de petites ruelles. Évidemment, les commerçants y sont plus agressifs qu’ailleurs, on se sent un peu bousculés, quand on y entre, des dizaines de vendeurs vous jaugent, vous lancent : «Espagnols ? Français ? Belges ? Suisses?… ». Ils connaissent tous les pays d’Europe, les vendeurs de la médina d’Hammamet. Amélie a vu en rentrant de jolis plats qu’elle souhaite ramener au Canada. Le premier round des négociations s’amorce à l’extérieur de la médina : « Combien pour ton plat ? » «30 dinars madame». Éclats de rire de notre part, nous poursuivons notre chemin, mais Amélie veut ce plat. Quand nous ressortons de la médina, Amélie souhaite le faire par où nous sommes entrés. Le deuxième et dernier round s’amorce. Après 20 minutes d’intenses négociations, Amélie laissera vingt dinars à ce jeune vendeur et repartira non seulement avec le plat de ses rêves, mais avec en main trois autres plats, qu’elle trouvait aussi très séduisants. J’ai beaucoup appris en la regardant, mais sincèrement, je crois que ses cheveux blonds et ses yeux bleus lui ont donné un coup de main.   7 janvier (Jour 16) : Retour sur Tunis   Nous profitons de nos derniers moments de vacances en nous prélassant sur une des plages d’Hammamet avant de reprendre la route de Tunis. Arrivé dans la Capitale, je me sens suffoquer. Le trafic est intense, quelqu’un devant moi, au volant de sa Mercedes décide de faire demi-tour en passant par-dessus un terre-plein. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. À l’aéroport, quand nous sommes allés rapporter la Clio, le loueur m’a serré la main très fort. Il m’a dit : « La prochaine fois que tu viens chez nous, mon ami, je te ferai un bon prix. » Ça veut dire quoi ça ? 600 dinars c’était trop cher ? De toute façon, je m’en fous un peu. J’ai fait un superbe voyage, dans un pays magnifique. (Source: « Réalités » (Magazine hebdomadaire – Tunis), N° 1103 du 15 février 2007)

Irak: l’OIM s’attend à un million de déplacés supplémentaires

 ATS, le 16 février 2007 à 15h08 Genève (ats) Au moins 18 000 personnes supplémentaires ont été déplacées ces trois dernières semaines en Irak, a affirmé vendredi l’OIM. Si les violences ne cessent pas, l’organisation redoute le déplacement d’un million d’Irakiens de plus cette année.   « Les besoins sont énormes. Des abris et de la nourriture sont nécessaires de toute urgence », a déclaré le chef de la mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Irak, Rafiq Tschannen, cité par une porte-parole à Genève.   Depuis un an, environ 290 000 Irakiens ont été déplacés par les violences interethniques dans les 15 provinces du centre et du sud de l’Irak, a indiqué l’OIM. En outre, 84 000 autres personnes ont été obligées de fuir leur domicile dans les trois provinces du nord.   Les communautés locales sont de moins en moins capables d’aider les déplacés, a souligné la porte-parole de l’organisation, Jemini Pandya. La fermeture des frontières de l’Irak aggrave le problème.   Enfants dans la rue   Les responsables de certaines provinces interdisent la venue des nouveaux arrivés, a ajouté la porte-parole. Les hôpitaux, les écoles et les centres de santé sont en effet submergés.   Faute de pouvoir aller à l’école, des enfants cherchent un travail ou mendient dans les rues. Selon des informations recueillies à Diyala, des enfants de 10 à 14 ans ont rejoint les insurgés, soit pour de l’argent, soit pour venger les membres de leur famille tués dans les affrontements.   L’OIM fait état d’un nombre croissant de cas de malnutrition, de maladies et d’infections parmi les enfants. Les déplacés se logent dans des constructions abandonnées ou construisent eux-mêmes des abris de fortune, qui n’ont ni électricité, ni sanitaires.   Près de la moitié des déplacés interrogés par l’OIM ont déclaré qu’ils ne reçoivent plus aucune assistance alimentaire. L’insécurité et le manque de fonds entravent l’action des organisations humanitaires, déplore l’OIM.   (Source : www.edicom.ch , le 16 février 2007)

Un « Richard III » en arabe parle des conflits actuels à travers Shakespeare

Par Katherine HADDON  AFP, le 16 février 2007 à 06h11 LONDRES, 14 fév 2007 (AFP) – En représentant en langue arabe un « Richard III » oriental à Stratford-upon-Avon, la patrie de Shakespeare, le metteur en scène Sulayman Al-Bassam revisite ce grand classique, transposé dans l’actualité brûlante du Moyen-Orient. L’Anglo-koweïtien situe dans un pays du Golfe non identifié son « Richard III: Une Tragédie Arabe », d’après la pièce du dramaturge élisabéthain qui décrivait les luttes de pouvoir et la tyrannie dans l’Angleterre du XVème siècle. Sulayman Al-Bassam explique à l’AFP qu’il pensait à l’origine travailler sur l’ascension et la chute de Saddam Hussein, après avoir été frappé par les similitudes entre le dictateur irakien exécuté et Richard le comploteur. Il a finalement abandonné l’idée, craignant de banaliser les crimes de l’ère Saddam Hussein, mais considère sa pièce comme un « récit édifiant » sur la politique contemporaine du Golfe. « Le Moyen-Orient actuel, comme beaucoup de tragédies de Shakespeare, offre une pléthore d’exemples sur la façon dont il ne faut pas diriger » un pays, relève le metteur en scène. Le « Richard III » de Shakespeare se déroule pendant la Guerre des Roses, une bataille de trente ans entre des prétendants au trône d’Angleterre. « La pièce est une parabole sur une crise de succession qui devient un cauchemar », dit Sulayman Al-Bassam, soulignant le potentiel des puissantes monarchies du Golfe aujourd’hui à connaître ce type de conflits au moment du transfert du pouvoir entre générations. « Je vois +Richard III+ comme un monde qui est régi par des allégeances tribales et dans ce monde, si le sang est versé dans ma famille, c’est mon devoir de chercher une compensation », explique-t-il. Ce n’est pas la première fois que Sulayman Al-Bassam, dont la compagnie compte des acteurs venant d’Irak, du Koweït, du Liban et de Syrie, utilise Shakespeare pour se plonger dans la politique du Moyen-Orient. En 2004 il avait monté « Le sommet de Al-Hamlet », représenté à Tokyo et Londres, en utilisant le même artifice. Et même si les écrits du barde du XVI et XVIIèmes siècles sont remplis de politique, leur statut de chef d’oeuvre de la littérature les place sur un piédestal, et fait taire les critiques. « Ce n’est pas un matériel controversé vu de l’extérieur mais son génie est qu’il peut provoquer des remous pendant qu’il est joué ». Explorer des thèmes tabous ou incendiaires sous couvert de Shakespeare offre « un voile de sécurité », relève-t-il. « Je pense qu’il serait pratiquement impossible de s’attaquer à ces sujets à travers une nouvelle pièce, aujourd’hui dans le monde arabe », insiste-t-il. Shakespeare lui-même avait déjà utilisé cette astuce puisque « Richard III » relate des événements qui se sont produits un siècle plus tôt, une façon de faire croire aux censeurs élisabéthains que la pièce n’était pas subversive. Ce nouveau contexte oriental permet aussi de mieux comprendre certains aspects de la pièce. Au début de la tragédie, Richard essaie de séduire sa future épouse Anne, la veuve du roi rival qu’il vient juste de tuer, alors qu’elle se recueille sur la dépouille de son époux. Elle le rejette au début avec rage mais s’adoucit ensuite quand il lui dit que c’est à cause de son visage « céleste » qu’il a commis ce meurtre. Les spectateurs modernes peuvent avoir du mal à comprendre ce revirement, mais la situation est plus crédible si on la replace dans un contexte ou une femme est dépendante des autres pour son existence, comme souvent aujourd’hui dans le monde arabe. « J’ai toujours considéré cette scène comme peu réaliste, mais plus je la travaille, plus elle devient crédible, particulièrement dans un monde où une cette femme (…) n’a plus personne » pour la soutenir, relève Sulayman Al-Bassam. La pièce, en arabe et sous-titrée en anglais, a été créée le 8 février à Stratford-upon-Avon (centre-ouest de l’Angleterre), où Shakespeare est né. Elle s’y joue jusqu’au 17 février et devrait être jouée ensuite à Abou Dhabi, et à travers l’Europe.


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